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En Égypte, l’université Al-Azhar
s’engage pour la liberté religieuse
La plus haute autorité de l’islam sunnite vient d’adresser
aux Égyptiens un document où elle souligne la nécessité de respecter les
libertés fondamentales du peuple.
Parmi celles-ci figure la liberté de religion, d’opinion,
de recherche scientifique et de créativité artistique.
À en croire le P. Samir Khalil Samir, il s’agit là d’un « grand pas en avant
» pour l’Égypte. Dans une tribune publiée sur le site d’information italien
AsiaNews, ce jésuite né au Caire en 1938, professeur de sciences religieuses
à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, décrypte un document diffusé il y a
quelques jours par l’université islamique Al-Azhar, au Caire.
Dans cette déclaration dense et argumentée, la plus haute autorité islamique
d’Égypte – et l’autorité sunnite la plus influente au monde – se prononce en
faveur de la liberté de religion, d’opinion, de recherche scientifique et de
créativité artistique. C’est dire si de tels propos sont de nature à
rassurer les coptes d’Égypte, alors que le printemps arabe laisse craindre
une radicalisation de l’islam égyptien.
C’est le deuxième document présenté par Al-Azhar à la nation égyptienne
depuis la révolte de la place Tahrir. Le premier avait été publié le 11 juin
dernier. Mais ce nouveau texte aborde de front les points qui inquiètent
chrétiens et musulmans modérés, alors que les dernières élections ont validé
le poids des Frères musulmans.
« Le concept islamique de liberté est différent de celui prôné en Occident »
Selon le P. Samir Khalil, ces orientations témoignent de la volonté
d’ouverture impulsée par le nouveau recteur, Ahmed El Tayyeb, nommé en 2010.
Depuis son arrivée, cet ancien étudiant de la Sorbonne s’efforce de rendre à
l’université son indépendance et de prôner un islam modéré.
Ce texte promeut un islam d’ouverture, en particulier dans le domaine
scientifique : l’université rappelle que l’islam était autrefois à la pointe
de la recherche scientifique, tandis qu’aujourd’hui seul l’Occident paraît
être créatif en la matière. Il est donc temps, selon elle, que le monde
musulman « se réveille ». Quant à la création littéraire, Al-Azhar souligne
l’importance de laisser à chaque intellectuel la « liberté de s’exprimer »,
avec pour limite de « ne pas heurter la sensibilité religieuse du peuple ».
Dans ces deux points, analyse le P. Samir Khalil, on entrevoit « une
critique de l’Occident » ; l’affaire des caricatures danoises est toujours «
vivante » dans le monde arabe, explique-t-il. « En cela, le concept
islamique de liberté est différent de celui prôné en Occident. Mais,
ajoute-t-il, il est à noter qu’il est tout autant proscrit d’offenser les
deux autres religions révélées, c’est-à-dire christianisme et judaïsme ».
Un document « bien apprécié des chrétiens »
L’université Al-Azhar insiste par ailleurs sur la nécessité d’« une harmonie
» entre les principes de la charia et les droits humains fondamentaux,
reconnaissant la valeur de la charte des Nations unies sur les droits de
l’homme.
Al-Azhar précise qu’il n’y a pas de conflit entre démocratie et charia,
allant jusqu’à critiquer les tendances islamistes qui ne sont « pas
conformes » à l’évolution de l’Égypte moderne. Une façon, selon le P.
Khalil, de « critiquer les tendances islamistes, les salafistes ».
Toutefois, regrette le jésuite, s’il reconnaît « la liberté religieuse », ce
texte « évite le problème fondamental de la conversion ».
Selon un observateur chrétien sur place contacté par La Croix , ce document,
ainsi que celui de juin sur la vision de la société égyptienne comme un État
démocratique civil, « sont bien appréciés par des chrétiens » même si « des
craintes demeurent ». Il met ainsi en garde : « Il n’y a pas d’“islam
égyptien” : il y a différents groupes de musulmans. Certains vont respecter
les chrétiens, car ils ont vécu toujours avec eux, et un bon nombre a
fréquenté des écoles catholiques. D’autres ont déjà fait des déclarations
antichrétiennes ». Selon lui, « il y a une immense incertitude sur l’avenir
en ce moment ».
François-Xavier Maigre - La Croix du 18 janvier 2012
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Baptistes et catholiques parlent ensemble de Marie
Le Comité mixte baptiste-catholique de
France publie un document commun sur Marie, premier texte officiel dans
lequel ces deux confessions s’adressent des recommandations réciproques.
« Dès que protestants et catholiques abordent la
question de Marie, on voit apparaître, en chaque catholique, un preux
chevalier prêt à défendre sa dame et, en chaque protestant, un rabbin
décidé à préserver l’unicité de son Dieu ! », plaisante le pasteur
baptiste Louis Schweitzer, coprésident du Comité mixte
baptiste-catholique, en citant l’écrivain anglican irlandais Clive Staples
Lewis : « C’est dire la charge affective et symbolique que comporte
ce sujet. » C’est dire aussi le pas que représente la publication
d’un document commun sur Marie, résultat de six ans de travaux de ce
Comité réunissant onze responsables et théologiens de l’Église catholique
et de la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France.
« Dans l’histoire des relations avec le monde
évangélique, il y a un avant et un après », assure le dominicain
Franck Lemaître, nouveau directeur du Service des évêques de France pour
l’unité des chrétiens. Un verrou a sauté. On ne voit pas bien quel
autre sujet, à l’avenir, pourrait résister au dialogue. »
Certes, le document ne présente pas d’avancée
spectaculaire. Il s’inspire du rapport final Marie dans le dessein
de Dieu et la communion des saints, publié en 1997 par le Groupe
des Dombes, pionnier sur la question. Et les sujets de divergence restent
nombreux :coopération de Marie au salut, virginité perpétuelle, Immaculée
Conception, Assomption, culte marial et lien de Marie à l’Église. Mais,
pour la première fois dans un texte officiel, catholiques et baptistes
français s’accordent sur des points de doctrine en relisant ensemble dans
le texte biblique ce qui traite de la mère du Christ.
Ce document va, du reste, plus loin que les
précédents cosignés sur le baptême (1998), la cèn eeucharistie (2001) et
l’Église (2006). En termes francs, il s’achève par des interpellations
réciproques, relevant ainsi que les baptistes ont eu tendance à rester
silencieux sur Marie « par souci de se démarquer de ce qu’ils
considèrent comme des excès ». Est-ce juste au regard du texte
biblique ?, s’interrogent ses rédacteurs, encourageant à « parler
plus souvent de manière décomplexée de la Mère du Sauveur ». De
leur côté, les baptistes invitent les catholiques, au nom de la même
conformité au témoignage biblique, à éviter « certaines inflations
de la piété ou de la théologie ».
À l’heure où les baptistes – 40 000 fidèles en France
– célèbrent leur quatrième centenaire, ce texte est loin d’être un point
final à la réflexion, souligne Louis Schweitzer : « Nous
souhaiterions que, partout, des groupes se saisissent du texte pour
approfondir la compréhension mutuelle. »
La Croix du 28 octobre 2009
CÉLINE HOYEAU
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Les aveux du voleur
COLMAR, 25 jan 2008 (AFP) - Un Colmarien, poussé par la
lecture de la Bible à se rendre au commissariat de police pour avouer une série
de vols, a été condamné à trois mois de prison ferme par le tribunal
correctionnel de Colmar. L'homme, âgé de 35 ans, sans profession, s'était
rendu en début de semaine au commissariat, reconnaissant avoir commis huit
vols en 2007, parmi lesquels un vol de sac à main à une touriste américaine,
le vol de 3.000 euros en liquide chez une Mulhousienne ainsi que le vol de 3
tonnes de câble électrique.
Ses aveux ont rapidement permis aux enquêteurs d'élucider six plaintes. Jugé
hier en comparution immédiate, l'homme a expliqué à la barre avoir fait récemment
la rencontre d'un témoin de Jéhovah et "avoir réussi à faire ce
travail, uniquement à travers la lecture de la Bible".
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Le sauveteur de
Vendenheim a changé de vie
Au
printemps, il a sauvé un enfant de la noyade. Timothée Gross affirme que cet
événement a renforcé sa foi et lui a donné le courage de quitter un travail
où il n'était pas heureux. Vendenheim
(Bas-Rhin), de notre correspondante régionale.
«Il n'y avait pas
beaucoup d'actualité à ce moment-là. Ils avaient trouvé une belle histoire
à raconter. Mais si j'avais cédé aux médias, j'aurais pu en tirer de
l'orgueil, alors que j'ai juste fait mon devoir. Il ne faut pas chercher sa
propre gloire. C'est le Christ qui m'a poussé ce jour-là, et c'est à lui que
cela revient. » Huit mois après avoir sauvé un enfant de la noyade, Timothée
Gross, technicien de maintenance de 23 ans, porte un regard tranquille sur
l'élan de sympathie qu'a suscité son acte de courage.
Hormis quelques mots
accordés aux Dernières Nouvelles d'Alsace, deux semaines après les faits,
c'est la première fois qu'il accepte de répondre à un journaliste. « Parce
que vous représentez un journal chrétien », et parce que « ça peut donner
courage et montrer à tous qu'il faut aider les autres ». Timothée a grandi
dans une famille modeste, a dû très tôt s'occuper de la maison et dit s'être
toujours intéressé aux autres. Venu à la foi tardivement, baptisé il y a
deux ans, il passe quasiment tous ses loisirs au sein d'une communauté évangélique.
Il joue de la guitare dans un groupe de louange, participe au groupe de prière
pour les Églises persécutées et à celui de partage des étudiants.
D'un naturel gai, il se
livre avec générosité, chez lui, dans la maison du lotissement proche du
canal, où il vit avec sa mère. « Il faisait presque nuit, l'eau était
glaciale, au fond je n'y voyais rien. J'ai pensé qu'ils étaient musulmans,
j'ai demandé au père de prier avec moi. J'ai saisi l'enfant par la jambe. Il
était bleu. Il était resté au moins cinq minutes au fond. » Timothée
minimise toujours son mérite. Il ne tire aucune gloire particulière des
honneurs auquel il a eu droit. Quelques jours après le sauvetage, la commune
de Vendenheim a organisé un buffet. Timothée a
été chaleureusement félicité par les pompiers, les gendarmes et vivement
remercié par la famille d'Areski, avant d'être décoré de la médaille de la
commune. Puis Nicolas Sarkozy lui a accordé la « médaille d'argent pour acte
de courage et de dévouement », au cours d'une cérémonie collective. Timothée
n'était jamais allé à Paris auparavant. Il se souvient avec humour des
marquages au sol du ministère « pour que chacun se place exactement au bon
endroit », et de cette promenade dans Paris, escortée par une grosse voiture
de police.
Si tout cela n'a, au fond,
rien changé à sa vie, il n'en va pas de même de « ce témoignage concret du
Seigneur », à un moment où il déprimait. « Dans la société de
maintenance où je travaillais, mes collègues me critiquaient sans arrêt. À
l'église, je me demandais à quoi je servais », confie-t-il. L'épisode du
sauvetage a « renforcé sa foi » et imprimé un tournant à son existence. Félicité
de toutes parts pour son acte, il a pris confiance en lui. Et s'est décidé à
démissionner. « Sans l'histoire d'Areski, je ne l'aurais pas fait. Mais j'ai
eu une prise de conscience. Quand ils ont su que j'avais aidé des Arabes,
certains collègues ont tenu des propos racistes. Ces réflexions, qui
s'ajoutaient à tout le reste, m'ont dégoûté. J'ai attendu de trouver un
autre poste, et je suis parti. »
Aujourd'hui, Timothée
n'est plus en CDI. Il travaille comme vacataire dans le domaine de l'équipement.
Mais il ne regrette rien. Régulièrement, il prend des nouvelles des Belarbi
et de leur fils Areski. « Il a longtemps fait des cauchemars, mais à part ça,
il va bien, et son frère fait maintenant du scoutisme avec le mien, à l'église
évangélique », raconte Timothée. L'histoire n'est pas finie. Le jeune homme
« continue à les porter dans sa prière ». Et, pour longtemps sans doute,
dans son cœur.
Elise
Descamps dans La Croix du 22/12/2006 |
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Olivier Clément, grand penseur orthodoxe
du XX
Né dans
une famille athée du Midi, converti à l’orthodoxie, ce disciple d’Alphonse
Dupront et de Vladimir Lossky était devenu l’un des plus grands
théologiens français.
Avec la mort d’Olivier Clément, survenue jeudi à 87 ans, c’est un des
grands noms de la pensée orthodoxe qui vient de s’éteindre. Disciple de
Vladimir Lossky, ce théologien français aura en effet été l’une des
figures majeures de cette « École de Paris », qui s’était épanouie autour
de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, dans la lignée du grand
courant spirituel et théologique né en Russie à la fin du XIX e
siècle et replié en France après la Révolution russe.
Rien, pourtant, ne prédisposait Olivier Clément, né en 1921 dans une
famille athée des Cévennes, à devenir l’un des plus grands théologiens
chrétiens du XXe siècle. « J’ai grandi dans un milieu déchristianisé,
racontait-il en 2001 à La Croix. Je n’ai pas été baptisé et je n’ai pas
reçu d’instruction religieuse. » Ce n’est qu’au moment des lectures
d’adolescent que se posent pour lui les premières questions spirituelles.
« La poésie me touchait beaucoup, en particulier Rilke. Et puis la
Bible. » Mais si l’Évangile le fascine, il paraît alors «
insupportable » à cet athée convaincu. Après le bac, ses études
d’histoire lui feront découvrir à quel point les civilisations sont
marquées par le spirituel. Il faut dire qu’il reçoit alors, à Montpellier,
l’enseignement de grands professeurs que la guerre y avait déplacés.
Notamment Henri-Irénée Marrou, Marc Bloch et, surtout, Alphonse Dupront,
figure de l’anthropologie religieuse, qui deviendra son maître et qu’il
suivra dans la Résistance. L’agrégation en poche, Olivier Clément prend en
effet le maquis. L’occasion pour lui d’approfondir la dimension
spirituelle de la vie. Kierkegaard, Newman, Chestov se bousculent alors
dans ses lectures. Puis vient la rencontre avec l’Inde.
« Pendant dix ans, j’ai cherché dans le vaste monde des religions et des
mythes. Tout m’attirait. Mais je me suis retrouvé coincé entre l’Inde, où
tout est sacré, divin, englouti dans l’océan de la divinité, et d’autre
part le sens du caractère unique de la personne. » Sa rencontre avec
l’orthodoxie se fera avec La Théologie mystique de l’Église d’Orient
, de Vladimir Lossky. Le chapitre sur « La Trinité et l’homme à son image
» l’enthousiasme. « La Trinité m’est alors apparue comme la solution à
mon impasse : une unité totale, plus grande encore que celle dont
parlait l’Inde, tout en étant la différence absolue ! » À la même
époque, il se jette à corps perdu dans les grands écrivains russes comme
Dostoïevski ou Berdiaev.
« Je découvrais le christianisme et je me demandais ce que je devais en
faire. »
Le jeune homme trouve encore les paroles du Christ trop «
exclusivistes » . « Il “est” le chemin : cela me heurtait » ,
expliquait-il. C’est dans la prière face à une icône achetée à un
antiquaire parisien, une déisis , que se fera sa conversion. « À
un moment, le Christ est venu me chercher et je l’ai suivi. J’ai mis entre
parenthèses tout ce que je savais sur les religions. Je lui ai fait
confiance. » Avec Vladimir Lossky, il se met à la théologie, et
notamment aux Pères de l’Église qui sont pour lui « un éblouissement »
. Au fil de ses études, cet homme nourri aux maîtres du soupçon que furent
Nietzsche, Freud ou Marx saura être le digne continuateur de Vladimir
Lossky, devenant à son tour un maître de « l’École de Paris » et l’une des
figures majeures de l’Institut Saint-Serge. Il acquerra rapidement une
dimension internationale qui faisait de lui une figure respectée à travers
toute l’orthodoxie.
Le rayonnement de ce Cévenol devenu orthodoxe de tout son être, mais qui
ne sera jamais tenté par les outrances des convertis, dépassera d’ailleurs
largement les frontières de son Église. Au point que, en 1998, c’est à lui
que JeanPaul II demandera de rédiger les méditations du Chemin de croix
du Vendredi saint, au Colisée. Dans la lignée du patriarche Athénagoras,
qu’il avait interviewé en 1968 pour un livre, Olivier Clément aura
toujours été un ardent défenseur de l’unité de l’Église. « L’œcuménisme
d’Olivier Clément a ses racines dans cette attitude qui met le Christ au
centre de toute sa vie» , déclarait en 2001 le P. Marko Rupnik,
directeur du Centre Aletti, à Rome, au moment de lui remettre, à la
veille de ses 80 ans, le prix Logos-Eikon. Car pour Olivier Clément,
l’unité de l’Église était « une obligation trinitaire » , comme il
l’expliquait en 2003 dans un livre d’entretiens avec le journaliste
Jean-Claude Noyer (1). Il y dessinait alors les contours d’une Église qui
«serait sacramentelle, mais sans oublier que l’Écriture elle-même est
un sacrement. Elle aurait le sens de l’universalité, mais aussi de la
diversité. Enfin, elle aurait une vraie capacité de comprendre l’homme
d’aujourd’hui et de répondre à ses requêtes» . Attentif aux
questions anthropologiques, le théologien n’oubliait pas les grandes
questions que le monde pose aux Églises : l’amour et la relation au corps,
la place de la femme, celle des jeunes dans une société tentée par le
nihilisme, l’écologie… Olivier Clément s’attachait aussi à rappeler les
principes d’un dialogue interreligieux ouvert,
« où ne prévalent ni l’indifférence ni la domination » . Aux yeux de
celui qui avait été tenté par l’Inde avant de découvrir la richesse du
christianisme, ce dialogue ne signifiait pas syncrétisme, mais
discernement des éléments évangéliques des différentes traditions
religieuses.
« Je ne vois pas pourquoi il y aurait une seule religion. Même et surtout
dans le Christ » , affirmait-il.
Dans un entretien accordé en 2004 à l’hebdomadaire France catholique
, ce grand spirituel reconnaissait que
« l’âge permet d’approfondir pas mal de choses. Et surtout de renoncer à
la polémique» . «J’ai renoncé à penser contre, reconnaissait-il
. Et c’est le patriarche Athénagoras qui m’a libéré de la peur, de la
peur de l’autre, qui m’a donné la capacité d’aimer, et, quand il s’agit
d’un chrétien, de le ressentir comme un frère. C’est venu avec l’âge, et
ça s’est creusé avec l’âge, avec la rencontre de Jean-Paul II aussi. »
Malade et fatigué, Olivier Clément ne quittait plus que rarement son
appartement du 20
e arrondissement de Paris, où il continuait à recevoir les quelques
étudiants dont il suivait encore les recherches. Cela ne l’empêchait
toutefois pas de travailler énormément. Notamment pour participer aux
nombreux débats internes à l’orthodoxie sur lesquels cette figure
respectée et écoutée de tous était constamment sollicitée.
NICOLAS SENÈZE
(1) Mémoires d’espérance , DDB, 234 p., 21 €.
La Croix du 19 janvier 2009
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Ecosse: Des musulmans proposent de protéger la synagogue
Réprobation des imams après un acte de vandalisme
ROME,
Mardi 24 mars 2009 - Des musulmans écossais ont proposé de monter la garde
devant la synagogue, après un acte de vandalisme durant lequel les vitres
de la synagogue d'Edinbourg ont été brisées : le geste est salué
aujourd'hui par le site du Conseil représentatif des institutions juives
de France (CRIF).
La nouvelle est publiée par le journal
Scotsman, de ce
mardi 24 mars 2009.
Ken
Imrie, le Président de la "Fondation Islamique Ecossaise", a en effet
adressé une lettre au rabbin de la communauté juive d'Edinbourg, David
Rose, pour lui proposer l'aide de sa communauté pour « protéger
physiquement la synagogue. »
Les
imams de la mosquée de la ville avaient exprimé, lors du sermon de
vendredi 20 mars, leur opposition à toute attaque contre une maison de
prières, souligne le CRIF.
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PAROLES
«Accorder l’islam
aux principes des droits de l’homme»
Abdennour Bidar
Philosophe, membre du comité de rédaction de la revue « Esprit »
« Il y a dans l’islam, notamment dans son texte
fondateur, le Coran, des principes humanistes – injonctions à la
tolérance, à la miséricorde, à la solidarité, à la concorde. D’autres
injonctions, en revanche, recèlent une violence potentielle, vis-à-vis
des femmes, des juifs, des chrétiens, des athées. En fait, l’islam est
et sera ce que nous en faisons. À cette fin, il faut accorder nos
représentations et nos usages de l’islam aux principes des droits de
l’homme, dont la valeur d’universalité ne saurait être contestée, ni
relativisée. Les traditions spirituelles, dont l’islam, ont des
trésors de sagesse à communiquer, susceptibles d’aider l’homme
contemporain à construire sa vie autour d’une image supérieure de ses
possibilités intérieures. »
RECUEILLI PAR
JEAN-CHRISTOPHE PLOQUIN
dans La Croix du 22 mai
2009
ISLAM L’émirat de Dubaï veut former des femmes à devenir mufti
Alors que les cercles religieux conservateurs nient à la femme le
droit d’émettre des avis religieux faisant autorité, le quotidien
The National a affirmé hier que le grand mufti de Dubaï, le
Dr Ahmed Al Haddad, venait d’annoncer un programme visant à former
six femmes émiriennes à la fonction de mufti, jusqu’ici réservée
aux hommes. Si elles finissent avec succès leur formation, ces
femmes pourraient être nommées muftis dès la fin 2010. Ce serait
une première, souligne le journal, selon lequel Al-Azhar, plus
haute autorité de l’islam sunnite au Caire, est opposé à ce type
de nomination.
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Une
cathédrale construite grâce à l'aide des autres religions
La
cathédrale du Coeur Immaculé de Marie et de la bienheureuse Mère Teresa a
été inaugurée le 12 novembre à Baruipur, au Bengale-Occidental, par Mgr
Lucas Sirkar, archevêque de Calcutta, et Soeur Mary Prema, supérieure
générale des Missionnaires de la Charité, qui a succédé à Mère Teresa. Mgr
Salvatore Lobo, évêque de Baruipur, a souligné à cette occasion que la
construction de la cathédrale, qui a coûté 10 millions de roupies (145 000
euros), n'aurait pu se faire sans les dons des communautés hindoue et
musulmane.
La Croix du 18
novembre 2009
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La «Catho» de Paris continue de former des responsables
musulmans
MARTINE DE SAUTO
Lundi, une vingtaine d’étudiants,
responsables d’associations, imams ou aumôniers musulmans ont reçu leur
diplôme à l’Institut catholique de Paris.
Messaouda Houha est l’une des six femmes à avoir
reçu lundi soir le diplôme universitaire « interculturalité, laïcité et
religions », remis par François Bousquet, vice-recteur de l’Institut
catholique de Paris. À 47 ans, cette mère de cinq enfants, arrivée il y
a neuf ans de son Algérie natale, fut d’abord aumônier de prison agréée.
Elle est désormais aumônier militaire, à l’hôpital militaire de Lyon et
à l’École de santé. Si elle a suivi la formation mise en place en 2007
par la faculté des sciences sociales et économiques (Fasse) de
l’Institut catholique de Paris, destinée aux cadres religieux, culturels
et associatifs en priorité de confession musulmane, c’est parce que
« le religieux », elle avait « grandi dedans »,
alors qu’elle n’avait « pas grandi avec l’histoire de la France
».
« La formation m’a permis de comprendre les
institutions et le droit des religions, précise-t-elle,
mais aussi de découvrir la force du dialogue. »
Autres diplômées : Marwa Cherif, 22 ans, étudiante
en orthoptie, et… sa mère, épouse du président du Conseil régional du
culte musulman de Normandie. « Cela m’a permis de voir les choses
sous un autre angle », explique Marwa, qui a écrit un mémoire sur
les conséquences fiscales de la loi de 1905. « La formation
m’aide pour les aspects juridiques et pratiques », précise sa
mère, Rim, très engagée dans le monde associatif et qui a consacré son
mémoire au « rôle de la femme dans une association musulmane ».
Rim confie avoir apprécié l’ouverture interculturelle, «
essentielle pour comprendre l’autre, sa culture ». Tout comme
Rachid Ayach, 39 ans, diplômé de théologie de l’université de Médine
(Arabie saoudite), qui a également suivi avec succès la formation.
Commerçant et aujourd’hui imam bénévole du Centre
culturel islamique de Bourg-enBresse (Ain), Rachid estime que cette
formation lui permet « de mieux comprendre, donc de mieux
expliquer les codes culturels de la société française et les principes
du pacte social sur lequel repose la société, et d’aider les musulmans à
vivre leur religion de manière sereine dans un pays très sécularisé ».
Son mémoire porte sur le « rôle religieux et social de l’imam
en France ». Rachid espère qu’il lui permettra, avec son diplôme,
de devenir imam salarié.
Licencié en science islamique, aumônier militaire
musulman après avoir été technicien en maintenance aéronautique et
conseiller en insertion socioprofessionnelle, Abdelhakim Mokhaissi, 32
ans, a particulièrement apprécié les cours de médiation et de droit des
cultes : « Être parmi les hommes au quotidien, dans les moments
de joie comme de peine, demande des connaissances et des compétences.
Plus ces dernières sont développées, plus il est facile de relativiser.
»
Aucun des 22 diplômés de la promotion 2009 ne se
plaint de l’investissement exigé (quatre cents heures de travail, dont
deux cent dix de cours le week-end !) par une formation qu’Olivier
Bobineau, sociologue, directeur et maître d’œuvre du contenu pédagogique
du diplôme, qualifie de « véritable antichoc des civilisations ».
Lancée sur une idée de la République française et réalisée
paradoxalement par l’Institut catholique de Paris en raison du refus, au
nom de la laïcité, des universités publiques de dispenser un programme
de mise à niveau à des étudiants de confession musulmane, la formation
suscite d’ailleurs un intérêt croissant. Cette année, une trentaine
d’étudiants, dont quatre femmes et, pour la première fois, des
Africains, se sont inscrits.
Une formation qualifiée de «
véritable antichoc des civilisations ».
dans La Croix du 28 janvier 2010
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UNE IDÉE POUR AGIR
La «Table de la paix» fait dialoguer les
religions
ANNA LATRON
Au départ, il s’agissait « simplement de former au fait religieux »
les professeurs du lycée technique Jean-Baptiste-de-LaSalle, implanté à
Alès depuis trois siècles. En 2002, Dominique-Marie Chanussot, professeur
de philosophie et animateur en pastorale dans cet établissement de 1 200
élèves, faisait donc appel à l’Institut de science et de théologie des
religions (ISTR) de Marseille. Mais après trois ans d’une formation «
très riche sur le plan de la connaissance », ce père de famille de 53
ans a voulu « provoquer la rencontre de témoins qui vivent le fait
religieux au quotidien ». Car Alès offre un « véritable panel de la
diversité religieuse », souligne-t-il, avec, outre la présence
catholique, de nombreuses communautés protestantes, une communauté
musulmane marocaine, une autre algérienne ainsi qu’une dizaine de moines
orthodoxes installés dans les hauteurs de la ville. Depuis 2005, tous
ces représentants, ainsi qu’un membre de la communauté juive de Nîmes, se
retrouvent au lycée Jean-Baptiste-deLa-Salle tous les deux mois pour une «
Table de la paix ». Ensemble, ils préparent une autre rencontre, annuelle
et ouverte à tous les habitants de la ville. Lors de ces soirées, qui
accueillent jusqu’à 200 personnes, « on parle évidemment du dialogue
interreligieux et de l’œcuménisme », précise Dominique-Marie Chanussot,
mais à travers des thèmes « très concrets, pour que chacun se sente
concerné » : le pardon, l’accueil de l’autre ou encore la tolérance.
Depuis près de trois ans, la table ronde annuelle est précédée d’un
temps de rencontre entre des jeunes de l’établissement et les
représentants religieux. Pendant ces après-midi, 80 élèves en bac pro sont
invités à poser des questions pour obtenir « tout ce qu’ils ont
toujours voulu savoir sur les religions sans jamais oser le demander ».
Si certaines questions sont « un peu naïves, regrette le professeur
de philosophie, elles poussent chaque jeune à s’interroger sur son
rapport à la religion, et sur les racines de sa foi ».
CONTACT : 04.66.56.24.29 et tabledepaix@sfr.f
La Croix du 3 février 2010
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Les mosquées ont le
souci de s’inscrire dans le paysage français
MARTINE DE SAUTO (avec Anne-Bénédicte
Hoffner)
Soucieux
d’éviter les rejets, comme dans le cas de la Suisse, architectes et
associations musulmanes construisent des mosquées en France qui
respectent leur environnement
Un style très épuré,
un dôme en aluminium surmonté d’un croissant doré, et, à l’écart du
bâtiment, caché par un rideau d’arbres, un minaret creux de 18 mètres
qui s’inspire du clocher de la chapelle voisine. Construite sur un
parking initialement prévu pour le Stadium nord, la nouvelle mosquée
de Villeneuved’Ascq (Nord) est la première de la région à sortir de
terre. Oussama Bezzazi, formé à l’école d’architecture de Lille, en a
dessiné les plans. Avec une conviction : « Créer un lieu de culte
qui ressemble à la ville dans laquelle il se trouve. » Pour cette
technopole moderne et verte qu’il connaît bien, il a donc conçu une
mosquée moderne, bien intégrée dans le paysage et soucieuse de
développement durable : les eaux de pluie sont récupérées, le
chauffage en cours de forage et d’installation sera géothermique, les
arbres préservés. Il a également tenu compte du désir d’ouverture du
porteur du projet, l’Association d’animation et d’échanges culturels :
70 % de la façade est composée de fenêtres afin de favoriser la
luminosité. La salle de prière des femmes se trouve en mezzanine, avec
un garde-corps transparent. Et une large allée intérieure sépare
l’espace cultuel de la partie culturelle, reliés à l’étage par des
passerelles. « La transparence est une manière architecturale de
symboliser l’ouverture de la communauté musulmane aux autres »,
assure Ahmed Miktar, imam, par ailleurs diplômé en arts plastiques.
« Chacun pourra
nous voir prier, et nous serons toujours en lien avec l’extérieur. »
La mosquée, qui
devrait être terminée en mai prochain, est le fruit d’un travail mené
en partenariat avec la mairie et les collectivités territoriales. Son
concepteur, Oussama Bezzazi, le reconnaît : il a dû composer avec les
plans locaux d’urbanisme, l’histoire de la ville, et donc « adapter
les éléments symboliques que sont le dôme, les arcades et le minaret
», avec l’espoir, à terme, d’apporter « une plus-value au
quartier, au patrimoine communal ».
Deux écueils sont
donc à éviter, à ses yeux : « Vouloir transposer un archétype
oriental, ou concevoir un lieu effacé, sans identité. »
L’exemple de
Villeneuve-d’Ascq, avec d’autres, traduit une réelle évolution. Pour
faire aboutir leur projet – y compris, cas le plus fréquent, lorsqu’il
s’agit de réhabiliter un lieu de culte existant aménagé dans une
maison, un ancien entrepôt ou une usine – les associations musulmanes
savent désormais qu’elles doivent accepter des compromis afin de tenir
compte des plans locaux d’urbanisme, mais aussi des cahiers des
charges des collectivités locales et parfois de l’architecte des
bâtiments de France. Si les tensions liées à la votation suisse
interdisant la construction de minarets ne sont pas partout apaisées,
plusieurs mosquées « à la française » apparaissent dans le
paysage, en le respectant. Le projet de mosquée de la rue de l’Épeule
à Roubaix en est une autre illustration. À la place du lieu de culte
provisoire actuel, installé sur une friche industrielle, Oussama
Bezzazi a imaginé une mosquée intégrée aux bâtiments de l’ancienne
teinturerie Roussel, avec des murs couleur brique, de grandes baies
vitrées, un hall d’entrée surmonté d’une verrière en vagues, un
minaret de 20 mètres en forme de cheminées d’usine. Le tout en
harmonie avec le site – classé –, les lofts et les locaux d’activités
– notamment un restaurant branché – qui y ont déjà été aménagés. «
À chaque contexte, sa mosquée », résume-t-il.
Kadir Cevirgen,
architecte de la mosquée de Belfort, construite à quelques pas des
fortifications de Vauban, partage cet avis. « J’ai conçu un lieu de
culte pour aujourd’hui, intégré dans son environnement », fait-il
valoir, soulignant ses murs inclinés de couleur rose, « comme les
remparts », et suffisamment bas pour ne pas être vus depuis le
château. Architecte des mosquées de Saint-Étienne (Loire), de Givors
et de Vénissieux, dans le Rhône, Kamal Ibn Abdelkrim est lui aussi
soucieux de respecter le paysage urbain, et d’apporter un « plus » au
patrimoine. Pour Givors, il a ainsi renoncé au minaret « qui
n’aurait pas été à la taille de la ville » et s’est inspiré de la
« Cité des étoiles » toute proche, ensemble de logements
construits à la fin des années 1970 par l’architecte Jean Renaudie.
« La coupole repose sur une étoile à huit branches, visible de
l’extérieur », note l’architecte. Lauréat du concours organisé
pour la future grande mosquée de Marseille, Maxime Repaux, du Bureau
Architecture Méditerranée, a, lui aussi, dessiné un projet écologique
(pour réduire les coûts de fonctionnement et de maintenance), qui
s’intègre bien dans la structure urbaine de la place de l’Horloge.
« L’utilisation d’une pierre identique, le respect des alignements,
tout cela donne à l’édifice une certaine discrétion, indique-t-il.
Mais en même temps, le projet affirme son identité, avec au
deuxième plan l’émergence de la salle de prière et du minaret, revêtus
de pierre blanche. »
Quant à la question
d’un éventuel appel à la prière, elle n’est « tout simplement pas
d’actualité », selon Oussama Bezzazi, de l’agence roubaisienne
APA. « Dans tous nos projets, les minarets ne sont que des totems,
des symboles, point à la ligne : ils sont creux et sans possibilité
d’accès à l’intérieur », détaille l’architecte. À Marseille, une
idée originale a été imaginée par le cabinet BAM. Comme le demandait
expressément l’appel d’offres, l’appel ne sera audible qu’à
l’intérieur de l’enceinte de la mosquée. « Mais, à l’extérieur, un
signal lumineux s’allumera pendant les deux à trois minutes de l’appel
à la prière, indique Maxime Repaux. Aucune loi, en France,
n’interdit l’appel à la prière par haut-parleur. Mais les associations
musulmanes ont un souci de discrétion et de respect du voisinage. »
La Croix du 10
février 2010
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Cheikh Tantaoui, grand imam d’Al-Azhar,
incarnait un islam moderne
DENISE AMMOUN
Grande figure égyptienne de l’islam
sunnite, Mohamed Sayyed Tantaoui est mort hier des suites d’une crise
cardiaque
Agé de 81 ans, Cheikh Mohamed Sayyed Tantaoui, a dirigé
pendant seize ans Al-Azhar, la plus haute institution de l’islam sunnite.
Personnalité modérée, le grand imam a souvent suscité des controverses par
ses déclarations libérales. Défenseur d’une vision moderniste de la
religion, Cheikh Tantaoui a toujours lutté contre le fanatisme et la
violence. C’est sans doute la raison qui a incité le président égyptien,
Hosni Moubarak, à le nommer par décret présidentiel grand imam d’Al-Azhar,
le 27 mars 1996. Sa nomination avait soulevé le mécontentement de plusieurs
oulémas. Certains briguaient cette fonction et les conservateurs redoutaient
le libéralisme du nouveau chef.
Fait assez courant en Égypte, cet érudit était le fils
d’un paysan analphabète. Son père, cultivateur à Salim, village de
Haute-Égypte, s’était juré de donner à son fils aîné l’éducation d’un
ouléma. Cheikh Tantaoui a dépassé les ambitions paternelles. Docteur en
théologie de l’université d’Al-Azhar, le président Moubarak le nomme, le 28
octobre 1986, mufti de la République, à 58 ans. Dix ans plus tard, il
devient le grand imam d’AlAzhar. À l’heure où l’on pratiquait encore
l’excision à grande échelle en Égypte – pratique interdite aujourd’hui –,
Cheikh Tantaoui avait déclaré à La Croix : « Je dois lutter contre
cet obscurantisme. L’excision n’est pas une obligation religieuse, c’est une
coutume nilotique. Ma propre fille n’a pas été excisée. »
En dépit des attaques des conservateurs, il avait autorisé
l’avortement en cas de viol et luttait pour les droits de la femme… Il avait
condamné le fanatisme, « résultat d’une méconnaissance de l’islam ». « Le
rôle d’Al-Azhar est de ramener les égarés à la réalité »,
argumentait-il. Ayant toujours entretenu d’excellentes relations avec le
pape copte-orthodoxe Chenouda III, il s’était rendu à Naga Hammadi, le 6
janvier, après le tragique attentat contre six fidèles coptes sortant de la
messe de Noël. « Je suis responsable de chaque musulman », avait-il
déclaré ce jour-là, en présentant ses excuses à l’évêque du diocèse, les
auteurs présumés étant de confession islamique.
Lors du débat sur le voile en France, il avait introduit
une distinction entre le croyant qui vit dans un pays musulman, et celui qui
réside à l’étranger. Le 30 décembre 2003, après sa rencontre avec Nicolas
Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, le grand imam avait assuré : « Le
musulman est tenu de se plier aux lois du territoire où il vit », allant
jusqu’à s’opposer à certains oulémas d’Al-Azhar pour lesquels « le port
du voile est une obligation non négociable ». Enfin, en octobre 2009, il
avait provoqué la colère des islamistes en interdisant le port du niqab,
vêtement couvrant le corps et le visage sauf les yeux, dans tous les
établissements scolaires rattachés à Al-Azhar. Rénovateur de la pensée
musulmane, Cheikh Mohamed Sayyed Tantaoui aura ainsi marqué de son empreinte
la « Sorbonne de l’islam ».
Le nouveau guide spirituel de l’islam
sunnite est partisan du dialogue interreligieux
DENISE AMMOUN
Nommé par Hosni Moubarak, Cheikh Ahmed
Mohamed Ahmed Al Tayeb, modéré et libéral, devient le quarante-huitième
grand imam d’Al-Azhar
Le président Moubarak a nommé Cheikh Ahmed Mohamed Ahmed
Al Tayeb quarante-huitième grand imam d’Al-Azhar, ce qui lui confère le
rôle de guide spirituel de l’islam sunnite dans le monde. À la surprise
générale, le raïs a pris sa décision à partir de l’Allemagne où il se
trouve en convalescence après une opération.
Depuis le décès de l’imam Tantaoui, survenu le 10 mars,
la question se posait de sa succession à la tête de la mosquée Al-Azhar,
mais aussi de l’université, des écoles et des groupes d’oulémas (les
spécialistes de la théologie musulmane). Ce choix est très délicat, ce
dignitaire religieux étant inamovible.
Hosni Moubarak apprécie de longue date la culture et les
qualités de théologien du nouveau grand imam. Il l’avait nommé mufti de la
République (deuxième dignitaire musulman du pays, chargé de trancher entre
le licite et l’illicite) en 2002. En 2003, il lui a confié une
responsabilité beaucoup plus grande : la direction de la prestigieuse
université d’Al-Azhar, premier centre d’enseignement de l’islam sunnite.
Âgé de 64 ans, l’imam Al Tayeb est un pur produit
d’Al-Azhar. Inscrit au Caire à la faculté de théologie, il obtient son
magister en 1971. Il se consacre ensuite à l’enseignement, et présente un
doctorat à la Sorbonne. Modéré et libéral, c’est aussi – fait rare à
Al-Azhar – un francophone. Partisan du dialogue interreligieux, il en a
donné maintes preuves. À l’époque où il préparait son doctorat, il se
rendait souvent à la bibliothèque de l’Institut dominicain des études
orientales (Ideo), où il était reçu en ami.
Mufti, puis président de l’université, il a maintenu
d’excellentes relations avec l’institut des dominicains. Il rencontre
régulièrement le P. Jean-Jacques Pérennès, secrétaire général de l’Ideo,
et il a récemment reçu dans son bureau plusieurs responsables pour
envisager avec eux des projets communs. « C’est un homme d’une très
grande humanité, on le sent profondément bon », dit de lui le P.
Pérennès.
La Croix du 22 mars 2010
Des oulémas prônent un islam modéré auprès des jeunes
Des oulémas du monde entier, rassemblés par
l’Université islamique internationale, en Arabie saoudite, dans la ville
sainte de Médine, ont dénoncé « le terrorisme » et appelé les
extrémistes à « se repentir » et abandonner toute forme de
violence. Ils ont appelé « les jeunes musulmans » de par le monde
à « suivre un islam modéré et tolérant (…) et ne pas adhérer à de
fausses interprétations de la question du djihad ». Le royaume
wahhabite mène campagne auprès de ses jeunes contre la tentation de
rejoindre Al-Qaida dans la péninsule Arabique.
La Croix du 2 avril 2010
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Le plus grand geste qu’un
musulman ait jamais fait pour un chrétien au Niger
Fatouma Marie-Thérèse Djibo, responsable nationale de la
Commission chrétienne de dialogue islamo-chrétien au Niger
Je suis Fatouma Marie-Thérèse Djibo. Je suis née et
j’ai été élevée musulmane dans une famille dont l’islam remonte au XVe
siècle. Après une longue quête de Dieu et un long cheminement spirituel,
j’ai fini par choisir de suivre Jésus-Christ. Mon baptême, à Pâques
1999, a entraîné ma répudiation conjugale et mon bannissement familial
et social pour quelques mois. De par mes situations
socioprofessionnelles, j’ai été en contact régulier avec les plus
influents leaders religieux musulmans et politiques.
Depuis mon adhésion à la foi chrétienne, à ce jour,
j’ai eu la joie de constater l’important et grand effort qui est fait
quant aux rapports officiels des leaders de l’Église catholique avec
ceux de l’islam. Il est aussi important de noter que l’Église catholique
a réussi, de surcroît, à entraîner les Églises et associations
évangéliques (protestantes) dans l’esprit d’ouverture à la rencontre et
au dialogue avec nos frères musulmans. Ces derniers constituent 95 % de
notre population, la grande majorité étant sunnite (98,6 %). Dans sa
majorité, la communauté musulmane est plutôt tolérante et les autorités
politiques et administratives sont bienveillantes vis-àvis de la
religion chrétienne et de l’Église catholique en particulier. Elles
estiment et apprécient leur engagement dans la rencontre, le témoignage
de vie et le travail de qualité mené dans les œuvres sociales, en
particulier dans le domaine de l’enseignement et de l’éducation. Malgré
tout, les rapports ont été très longuement informels et très timides.
À partir de 2002, cette patience a commencé à porter
des fruits concrets qu’il convient d’apprécier et qui sont le résultat
de l’engagement personnel de nos jeunes évêques en général, et de Mgr
Michel Cartatéguy en particulier, qui s’investit entièrement sur tout ce
qui touche la vie de la population nigérienne. Beaucoup de gestes
d’amitié vraie m’ont marquée comme celui-ci : au décès du vénérable
cheick Boubacar Hassoumi de Kiota, qui fut considéré comme un saint de
son vivant, attirant des foules venant de toute l’Afrique, Mgr Michel,
son vicaire général et moi-même nous sommes rendus à Kiota, dans la
matinée du jour de décès, pour apporter la compassion de l’Église
catholique à la famille et à la communauté endeuillées. Au milieu des
premiers dignitaires de la confrérie – d’autres cheicks, des ministres
musulmans, des ambassadeurs des pays arabes, etc. –, le fils aîné du
défunt, son successeur actuel, nous a reçus avec grande amitié. Nous
avons été conduits devant la dépouille du vénérable cheick, dans sa
chambre, ce qui est un privilège rare. Tous les trois, nous nous sommes
mis à genoux et avons prié longuement. Nous avons eu la grâce de voir sa
dépouille avant même ses propres filles. Plusieurs dignitaires et
fidèles musulmans ont dû attendre la fin de notre prière pour s’incliner
sur le corps. Ce geste est le plus grand et le plus respectueux qu’un
musulman ait jamais fait pour un chrétien au Niger.
L’affaire des caricatures et les paroles du pape
Benoît XVI n’ont pas eu d’effet, parce qu’en amont Mgr Michel Cartatéguy
rencontre régulièrement le président de l’Association islamique du
Niger, Elhadj Oumarou Soumaïla. Il entretient également de bons rapports
avec plusieurs responsables d’associations islamiques. Une amitié ainsi
qu’une relation vraie sont nées et nous mettent à l’abri des conflits.
À mon humble appréciation, tous ces fruits sont
l’œuvre et l’engagement personnels de notre évêque qui est resté dans la
ligne de conduite de ses prédécesseurs. Il œuvre inlassablement pour que
la rencontre des chrétiens et des musulmans devienne une réalité. Sa
grande humilité, son ouverture et sa disponibilité font de lui un
précieux « conseiller-consultant » de plusieurs leaders musulmans.
N’est-ce pas le meilleur chemin pour apporter la Bonne Nouvelle et
annoncer Jésus-Christ ?
(1)
Ce texte a été diffusé en
2007 par la Société des missions africaines. La Croix le
publie sur la suggestion de Mgr Michel Cartatéguy, évêque de Niamey.
La Croix du 30 avril
2010
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Près de Bethléem, des
colons souhaitent la coexistence
KARIM LEBHOUR
Tout en étant convaincus de leurs droits en
Cisjordanie, des colons israéliens cherchent à recréer des relations
quotidiennes avec les Palestiniens des villages voisins
La scène a de quoi surprendre. Des colons juifs se
tiennent devant le check-point à l’entrée du village d’Al-Walajeh. Ils
sont venus apporter leur soutien aux Palestiniens menacés par la
construction d’un mur qui doit bientôt totalement entourer le village et
le couper de ses terres agricoles. « Ce mur ne fera qu’accentuer la
séparation. Ce n’est pas une solution. La seule solution est de se parler
et de s’accepter », lance Nachum Pachenick, un habitant de la colonie
voisine de Neve Daniel.
Coiffé d’une large kippa, ce quadragénaire promène sa
barbe broussailleuse sous le regard amusé des soldats. La maigre
participation – à peine une quinzaine de personnes – n’entame pas son
enthousiasme. « Ce n’est que le début, plaide-t-il. Nous,
Israéliens, devons renoncer au rêve du grand Israël et cesser de croire au
culte de la force. Les Palestiniens, eux, doivent renoncer à l’illusion
d’un État palestinien sans juifs. Regardez autour de nous. Il y a de la
place pour tout le monde. »
Nachum Pachenick est un oiseau rare. Il a créé
l’association Eretz Shalom (Terre de Paix, en hébreu). Son objectif
consiste à promouvoir un dialogue et organiser des rencontres entre colons
juifs et leurs voisins palestiniens. L’association est intervenue auprès
des autorités militaires pour autoriser la construction d’une école dans
le village palestinien de Khirbet Zakaria, dans le bloc de Gush Etzion.
Né à Kiryat Arba, une colonie près de Hébron, il
n’envisage pas de vivre ailleurs qu’en « Judée-Samarie », le nom hébreu de
la Cisjordanie, et refuse toute évacuation des colonies. « Si les
dirigeants décident la création d’un État palestinien, alors je veux vivre
dans cet État, comme citoyen palestinien », assure-t-il.
Une voix certes minoritaire, tout à fait exceptionnelle.
« Les relations informelles entre colons et Palestiniens ont toujours
existé. Dans les années 1980, la mixité était bien plus importante. Les
deux communautés fréquentaient les mêmes routes et les mêmes commerces »,
rappelle Stéphane Amar, auteur d’un livre – Les Meilleurs Ennemis du
monde – sur la coexistence entre Arabes et Juifs. « L’Intifada a
mis un coup d’arrêt aux tentatives de rapprochement. Aujourd’hui, avec la
baisse de la violence, des relations se nouent à nouveau. »
Yael Valier, une habitante de la colonie d’Efrat,
affirme mettre un point d’honneur à ce que ses six enfants apprennent
l’arabe. « Les Juifs ne vont pas disparaître et les Arabes non plus.
Nous devons apprendre à vivre en voisins. La paix viendra des gens qui
vivent sur cette terre, pas des politiciens », dit-elle.
Malgré les appels pressant à se joindre à la
manifestation, les Palestiniens d’Al-Walajeh ne sont pas venus. L’idée
d’un cortège commun fait ricaner Shadi : « C’est une plaisanterie ! Les
colons ont pris nos terres et maintenant ils veulent manifester avec nous
contre le mur ? », s’emporte ce commerçant dont la boutique fait face
aux barbelés de l’implantation de Har Gilo, installée sur les terres du
village.
« S’ils veulent la paix, ils n’ont qu’à retourner
vivre dans les frontières de 1967 et nous laisser la Palestine. Alors nous
pourrons être amis. »
« Je suis déçue par leur absence, mais pas surprise,
les Palestiniens ont peur. Ceux qui veulent avoir des relations avec nous
sont menacés de représailles », assure Yael Valier, satisfaite d’avoir
au moins montré un autre visage que celui des colons du bastion
nationaliste de Yitzhar, près de Naplouse, qui, le même jour, ont mené une
expédition punitive, armés de pierres et de bâtons, dans le village
palestinien de Hawara.
La Croix du 10 mai 2010
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Le gouvernement va
soutenir la formation d’imans
Berlin va verser 4 millions d’euros aux universités
de Tübingen et de Münster/Osnabrück, chargées d’un programme
d’enseignement théologique de l’islam, pour avoir des imams
entièrement formés en Allemagne plutôt qu’à l’étranger, a annoncé hier
la ministre de l’éducation. L’objectif est une meilleure intégration
des quatre millions de musulmans vivant outre-Rhin.
La Croix du 15 octobre 2010
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Des rabbins apportent
des corans après l’incendie d’une mosquée palestinienne
VINCENT DE FÉLIGONDE(Avec AFP)

Dans un geste rare de solidarité, des dizaines
d’Israéliens pacifistes et de Palestiniens ont manifesté ensemble
mardi à l’entrée du village de Beit Fajjar, près de Bethléem dans le
sud de la Cisjordanie occupée, où une mosquée avait été incendiée la
veille. « Nous sommes tous les fils d’Abraham et nous voulons
protester ensemble contre cet acte de vandalisme », a déclaré
Nahum Patchénik, un des organisateurs de la manifestation, qui vit
dans une colonie israélienne voisine.
Six rabbins de colonies proches du village se
sont rendus à la mosquée avec un carton d’exemplaires du Coran pour
remplacer ceux qui avaient été brûlés. Arrivés dans deux jeeps
blindées, accompagnés par une petite escorte militaire israélienne,
ils ont été applaudis par plusieurs centaines de Palestiniens. «
Nous accueillons les juifs à Beit Fajjar pour qu’ils puissent voir de
leurs propres yeux le crime commis dans cette mosquée, contre
l’humanité et la religion », a expliqué le gouverneur de Bethléem,
Abdel Fattah Hamayel.
La Croix du 7 octobre 2010
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Des villages s’engagent
à renoncer à l’excision
Sept cents villages de la
province de Kolda, dans le sud du Sénégal, ont adopté une déclaration
sur l’abandon de l’excision et des mariages précoces et forcés, après
une marche organisée hier par l’ONG Tostan, qui milite notamment pour la
fin de l’excision, marche qui a réuni près de trois mille personnes. Un
travail de fond est mené au Sénégal par le gouvernement et des ONG pour
encourager la fin des pratiques culturelles de mutilation des femmes.
Selon l’Agence de presse sénégalaise, 4 500 villages ont déjà mis fin à
cette pratique, illégale depuis une dizaine d’années.
La Croix du 29 novembre 2010
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L’imam de Ground Zero
défend le dialogue interreligieux
Feisal Abdul Rauf, l’imam
new-yorkais à l’origine du projet de construction d’un centre
islamique près de Ground Zero, entamera à Detroit le 15 janvier un
cycle de 13 conférences à travers les États-Unis. Son idée d’édifier
un centre communautaire musulman comprenant une mosquée à deux blocs
du lieu des attentats du 11 septembre 2001 avait suscité une large
controverse dans le pays. Les conférences auront pour but la promotion
du projet mais aussi celle du dialogue interreligieux pour «
retirer le discours sur les religions des mains des extrémistes »,
assure-t-il.
La Croix du 29 décembre 2010
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«Aux Moluques, nous
n’avons plus peur les uns des autres»
Mgr Petrus Mandagi, évêque d’Ambon, en Indonésie
RECUEILLI PAR DORIAN MALOVIC (à Ambon)
Alors qu’il y a dix ans, des violences
entre musulmans et chrétiens éclataient chaque jour dans l’archipel
indonésien des Moluques, la paix s’y est installée. L’évêque d’Ambon
revient sur ce processus d’apaisement auquel l’Église a été associée
Comment le processus de réconciliation entre les
différentes communautés – protestante, musulmane et catholique – a-t-il
pu déboucher sur une paix durable aux Moluques ?
Mgr PETRUS MANDAGI : Il a fallu bien des
violences et des milliers de victimes avant de pouvoir se réunir autour
d’une table pour entamer un dialogue. Nous sommes arrivés à un accord
quatre ans après le début des violences en janvier 1999. Pour ma part,
face aux musulmans et aux chrétiens qui venaient de se faire la guerre,
j’ai avant tout défendu l’idée d’une humanité commune. L’être humain
créé par Dieu doit être respecté et nous devons promouvoir son
intégrité. À partir de cette dimension qui nous unit tous, nous avons pu
commencer à nous rassembler. Pendant le conflit, on ne voyait plus que
nos différences, et nous étions devenus aveugles sur ce qui nous
unissait.
De plus, nous avons dû insister auprès du gouvernement
afin qu’il applique la justice pour tous. Nous sommes dans un pays où la
loi doit être respectée – par la police, les juges, les fonctionnaires
et l’armée. Là-dessus nous avons aussi trouvé un terrain d’entente.
Enfin, il a fallu pardonner. Nous avons tous reconnu
nos erreurs et nos péchés. En réalité, personne n’avait gagné, personne
n’avait perdu. Nous avons tous été stupides. Nous avions tous été
manipulés et trompés par des forces extérieures qui se jouaient de nous.
Ce conflit ne menait à rien et détruisait nos communautés.
La réconciliation est-elle totale ?
Dans une certaine mesure, oui, nous n’avons plus peur
les uns des autres. Mais je pense que, comme dans tout le pays, nous
devons garder à l’esprit que nous vivons dans une société pluraliste,
multiculturelle et multireligieuse. Nous sommes différents et ce sont
justement ces différences qui nous enrichissent. Ce conflit nous a
appris à mûrir sur nous-mêmes. Sa nature était purement politique, et
pas religieuse ni ethnique. C’est si facile d’utiliser la religion, la
croyance et la passion pour créer le désordre à des fins politiques.
Aujourd’hui, plus personne aux Moluques n’est dupe. Personne ne se
laissera plus manipuler comme il y a dix ans.
Pour autant, existe-t-il toujours un risque
d’explosion ?
Certains essaient toujours de déstabiliser la société
de temps en temps. Ils espèrent toujours tirer un certain bénéfice d’un
conflit. Mais les habitants des Moluques en ont assez, en dépit des
tensions qui peuvent exister ici où là. Il y a dix ans, je n’aurais
jamais pensé que nous pourrions régler le problème aussi rapidement. Je
disais à l’époque qu’il faudrait au moins une génération pour revenir à
une situation normale, mais je me suis trompé. C’est un miracle ! Cela
peut aussi servir pour d’autres tensions dans le pays, et je suis invité
un peu partout pour parler de la façon dont nous avons résolu le
problème. Et parfois je joue le rôle d’intermédiaire.
Est-ce le rôle qu’ont joué les autorités
catholiques aux Moluques ?
Oui, c’est vrai. Le gouverneur a compté sur l’unité
des catholiques et leur ouverture afin de calmer les esprits et
rapprocher les protestants et les musulmans. J’ai toujours gardé une
attitude très ouverte, sans jamais juger personne. En conséquence, tout
le monde a réfléchi sur la signification de la religion, son rôle et son
poids comme exemple. La religion, c’est la solidarité, le soutien
mutuel, l’échange et le partage, l’amour et la communion entre tous.
La Croix du 30 décembre 2010
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«Il faut prendre
au sérieux les peurs qui existent»
Frère Alois, prieur de la communauté de Taizé
Selon Frère Alois, prieur de la communauté de Taizé,
c’est par le dialogue et la rencontre profonde de l’autre que l’on peut
dépasser les tensions au sein de nos sociétés multiculturelles et
multireligieuses
Après Genève (2007), Bruxelles (2008) ou Poznan
(2009), pourquoi avoir choisi Rotterdam pour cette 33e rencontre
européenne de Taizé ?
FRÈRE ALOIS : Beaucoup de jeunes Néerlandais viennent à Taizé,
mais nous n’avions encore jamais organisé de rencontres européennes aux
Pays-Bas. Il était donc temps d’y aller et de chercher avec eux comment
être chrétien dans un monde pluraliste, tant sur le plan des cultures et
des religions que des orientations éthiques. Et puis, ayant constaté que
les jeunes Néerlandais s’interrogent beaucoup sur le sens de la vie, nous
y avons vu le signe positif que la sécularisation n’aura pas le dernier
mot et qu’une recherche spirituelle est en train de renaître.
Le fait que le maire de Rotterdam, Ahmed Aboutaleb, soit musulman
a-t-il joué dans votre décision ?
Cette grande ville portuaire abrite l’une des plus importantes
communautés musulmanes d’Europe et nous sommes très heureux que le maire
voie la religion comme un élément constructif des sociétés. Nous sommes
très touchés aussi par les quelques familles musulmanes qui ont ouvert
leurs portes pour accueillir des jeunes. Dans certains quartiers, des
contacts existent depuis longtemps entre paroisses catholiques, temples
protestants et mosquées. Quant à savoir si d’éventuels jeunes musulmans
auraient participé à cette rencontre, cela est difficile à dire : si
certains l’ont fait, c’est par curiosité et non du fait d’une invitation
de notre part.
Une rencontre de Taizé avec des jeunes musulmans et chrétiens
est-elle envisageable ?
Nous n’en sommes pas encore là ! Nous voulons avancer doucement et voir
s’il y a une demande en ce sens… Et puis, il faut prendre au sérieux les
peurs qui existent : ce n’est pas facile de vivre dans un pays comme les
Pays-Bas, confronté à tant de cultures étrangères, tant d’autres
religions. Il est normal que des tensions apparaissent. Mais nous voulons
montrer qu’on peut dépasser ces peurs par le dialogue et la rencontre
profonde de l’autre.
Pourquoi avoir choisi le thème de la joie pour ce « pèlerinage de
confiance » 2010 ?
Souvent on a l’impression d’être écrasé par les problèmes, par les
difficultés qui s’accumulent. Il est donc important de savoir qu’en
faisant confiance à Dieu, on trouve la joie. Comme je l’ai dit lors de la
prière d’ouverture, mardi soir, la joie n’est pas naïveté facile ou fuite
des souffrances ; elle est plutôt une reconnaissance pour le don de la vie
; elle aide à résister au découragement. La joie se trouve dans l’unité,
notamment dans l’unité des Églises. C’est donc une valeur très importante
que les Églises peuvent offrir aujourd’hui au monde. C’est avec ce souci
de communion profonde entre les Églises que nous serons à Moscou au
printemps 2011, pour célébrer la Semaine sainte avec les orthodoxes, à
l’invitation du Patriarcat de Moscou. Quant à la prochaine rencontre
européenne des jeunes, elle se tiendra du 28 décembre 2011 au 1er janvier
2012 à Berlin : ce sera la première rencontre européenne dans cette ville,
car en 1986 nous étions à Berlin-Est, mais nous n’avions pas eu
l’autorisation d’inviter des jeunes de l’Ouest. Enfin, poursuivant notre
pèlerinage de confiance sur les autres continents, nous sommes invités en
novembre 2012 à Kigali, au Rwanda.
Claire Lesegretain - La Croix du 31 décembre 2011
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En Cisjordanie, la
difficile mission d’un «chasseur de colonies»
Dror Etkes, citoyen israélien,
cherche à contrecarrer sur le terrain les moyens par lesquels 40 % des
terres des colonies israéliennes ont été confisquées à des propriétaires
palestiniens
Les rues tracées au cordeau, les pelouses bien
taillées et les rangées de petites maisons parfaitement alignées donnent à
Kochav Yaakov des allures de banlieue américaine au cœur de la
Cisjordanie. Depuis sa fondation en 1985, cette implantation juive près de
Ramallah a triplé de volume, grignotant les terres des villages
palestiniens alentour. Kochav Yaakov et Tel Zion, son extension
ultraorthodoxe, croissent rapidement.
En plusieurs endroits, grues et bulldozers
déblayent le terrain pour de nouveaux logements, tous construits sur le
même modèle, rapide et bon marché, qui se vendront à 30 % du prix d’une
habitation équivalente à Jérusalem. Au volant de son 4 × 4, Dror Etkes
note et photographie tous les travaux en cours. « Depuis la fin du gel
de la colonisation (le 27 septembre 2010, NDLR), les colons
construisent à toute vitesse. C’est du jamais-vu ! s’exclame-t-il.
Je le prends comme un signe d’inquiétude. Ils essayent de bâtir avant d’en
être empêchés. »
Cet ancien guide touristique israélien parcourt
depuis près de dix ans les 121 colonies et les cent avant-postes de
Cisjordanie dans lesquels vivent 300 000 Israéliens, avec pour mission
d’établir la propriété des terres sur lesquelles sont établies les
constructions. Inutile de compter sur le cadastre. Il n’y en a pas. Les «
cadastrages » commencés par les Ottomans, puis poursuivis par les
Britanniques et les Jordaniens, n’ont jamais été achevés.
« Les deux tiers de la Cisjordanie ne sont pas
enregistrés et l’accès aux données existantes est verrouillé par les
autorités israéliennes. Identifier les propriétaires palestiniens est très
difficile. Quand j’y parviens, je passe les informations à des juristes »,
explique Dror Etkes.
Avec l’aide d’organisations israéliennes, ce «
chasseur de colonies » a déjà initié une vingtaine d’actions en justice
pour le compte de propriétaires palestiniens lésés qu’il aide à naviguer
dans le système bureaucratique par lequel Israël contrôle plus de la
moitié des terres de Cisjordanie. Il sourit de certains subterfuges, comme
la passion récente des colons pour les enclos à chevaux : « On en voit
partout ! C’est un moyen d’occuper un terrain sans enfreindre
l’interdiction de construire. »
Dror Etkes arrête son véhicule devant un terrain
en friche de Tel Zion. Les rangées de mobilehomes tracées au sol sont
restées vides. « Nous avons pu prouver que l’extension se faisait sur
le terrain privé d’un Palestinien et faire arrêter les travaux. »
Quelques dizaines de mètres plus loin, en revanche, les travaux
continuent. « Ce sont des terres d’État. Nous n’avons aucune chance »,
explique-t-il, pointant la démarcation sur l’écran de son ordinateur
portable.
En juxtaposant des photos aériennes avec les
données arrachées à coups de procès à l’administration militaire, Dror
Etkes est parvenu à cartographier avec précision le statut juridique des
terres de Cisjordanie. « Nous avons au moins réussi à ralentir les
constructions sur les terres privées. Si nous avions eu cet outil vingt
ans en arrière, la carte des colonies serait sans doute très différente »,
soupire-t-il.
Kochav Yaakov et Tel Zion ont été fondés sur des
terres domaniales, puis étendus sur des terres privées. Selon un rapport
rédigé en 2006 par l’association « La paix maintenant », 40 % des terres
des colonies israéliennes ont été confisquées à des propriétaires
palestiniens.
« Les propriétaires terriens possèdent
rarement leur acte de propriété, note Khalil Toufakji, directeur du
département de cartographie à la Société des études arabes. Dans les
villages, on se contente le plus souvent du droit coutumier, mais ce flou
juridique alimente les conflits entre familles et profite à Israël. »
Les Palestiniens n’ont la maîtrise légale de leur
sol que dans les portions de territoires dont Israël s’est officiellement
retiré, c’est-àdire les zones A et B des accords d’Oslo (40 % de la
Cisjordanie). Israël considère les 60 % restants (zone C) comme des «
territoires disputés ».
Dès la conquête de 1967, l’armée a commencé à
saisir des terrains pour « raisons sécuritaires », avant de les donner aux
premiers colons. Une quarantaine de colonies ont été fondées de cette
façon. En 1979, un arrêt de la Cour suprême israélienne a mis fin à cette
pratique. Pour contourner l’interdiction, les autorités israéliennes ont
déclaré « terres d’État » les terrains non enregistrés et non
cultivés.
La Croix du 11 janvier 2011
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Des musulmans de France condamnent le terrorisme islamique
Une pétition, rassemblant toutes les sensibilités de la
communauté musulmane de France, condamne fermement les attentats contre
les chrétiens au Moyen-Orient
Voilà une prise de position qui devrait faire date dans l’histoire de
l’islam de France. En signant un « appel » commun, initié par le
trimestriel Respect Magazine , publié hier par le quotidien
Libération , et intitulé « L’islam bafoué par les terroristes
» , une centaine de personnalités de la communauté musulmane
française ont à la fois répondu à une forte attente, et marqué sans
doute une étape dans l’intégration de cette communauté au sein de la
République française.
Certes, à plusieurs reprises déjà, des représentants du monde
musulman, notamment le CFCM (Conseil français du culte musulman), la
Mosquée de Paris, et au plan européen, la Fédération des organisations
islamiques en Europe, avaient publié des condamnations des attentats
contre les chrétiens au Moyen-Orient, qu’il s’agisse de ceux perpétrés à
Bagdad ou ceux visant les coptes d’Alexandrie le 31 décembre dernier.
Mais jamais cela n’avait été fait d’une manière aussi ferme, radicale,
et jamais non plus par un collectif rassemblant l’ensemble des
sensibilités de la communauté en France.
En effet, l’islam, en tant que tel, n’apparaissait pas jusqu’ici dans
les communiqués. Comme pour gommer le fait que les terroristes se
réclamaient de cette religion. Cette fois, c’est explicite : le texte
parle de ces « atrocités commises “au nom de l’islam” » et
rappelle « haut et fort que ces meurtriers ne sont pas de l’islam, et
qu’ils ne représentent en rien les musulmans». Sans complexe donc,
le texte s’attaque de front au problème religieux. De même, il parle
d’une « usurpation d’identité » , au lieu de s’en tenir à la
rhétorique utilisée jusqu’ici, consistant à mettre en face des victimes
chrétiennes les victimes musulmanes du terrorisme. La pétition ne parle
que des « massacres des chrétiens » .
Seconde nouveauté, la diversité des signataires. Dans une communauté
particulièrement divisée, de par ses origines multiples, le consensus a
été trouvé : en bas de l’appel figurent des religieux, de la Mosquée de
Paris (Dalil Boubakeur) au CFCM (Mohammed Moussaoui), de l’Union des
organisations islamiques de France (UOIF), proche des Frères musulmans (Tareq
Oubrou), au soufisme (Khaled Bentounès). Mais la pétition, et c’est sa
richesse, est aussi le fait de personnalités issues de la « société
civile musulmane », entrepreneurs, journalistes, intellectuels ou
hommes politiques. Le panel va donc au-delà des croyants mêmes, pour
s’étendre à tous ceux qui se reconnaissent de culture musulmane.
C’est la réponse que nombreux, en France, attendaient. Le député UMP
du Tarn Bernard Carayon avait la semaine dernière appelé les Français
musulmans à dénoncer les massacres, et à manifester, vendredi 7 janvier,
sur le parvis de Notre-Dame. Dans les rangs catholiques aussi, la
pression se faisait ressentir. Et si le P. Christophe Roucou,
responsable du Service national pour les relations avec l’islam des
évêques de France s’est dès hier matin réjoui de la pétition, c’est
aussi parce qu’il est conscient que, au sein des catholiques, un
sentiment d’hostilité à l’encontre des musulmans est en train de monter,
à la suite de ces attentats.
Côté musulmans aussi, la demande d’une prise de position commune,
pour éviter tout amalgame, s’est imposée. Comme l’explique le rédacteur
en chef de Respect Magazine, Marc Cheb Sun, il fallait non
seulement une condamnation plus forte, mais aussi plus visible. Depuis
quelques jours, aussi, les débats étaient rudes, au sein du Conseil
français du culte musulman, pour réunir l’ensemble de la communauté
autour d’une initiative forte.
Les signataires de l’appel se désignent eux-mêmes comme des «
citoyens » d’un « pays multiconfessionnel » . « C’est
aussi l’islam qu’on assassine en commettant ces crimes en son nom »,
écrivent-ils. Une manière de représenter un autre islam, l’islam de
France, décomplexé mais responsable. Cette première manifeste sans aucun
doute une certaine maturité de la part de cette toute nouvelle
composante culturelle et religieuse de la société française.
ISABELLE DE GAULMYN 6 La Croix du 13 janvier 2011
DOCUMENT
«L’islam bafoué par les terroristes»
«Dès les premières heures de l’année, 21 chrétiens étaient massacrés
à la sortie de la messe, devant l’église des Saints d’Alexandrie en
Égypte. Deux mois auparavant, veille de la Toussaint, des
terroristes assassinaient 45 chrétiens dans la cathédrale de Bagdad.
Des atrocités commises “au nom de l’islam”. Nous rappelons, haut et
fort, que ces meurtriers ne sont pas l’islam, et qu’ils ne
représentent en rien les musulmans. Nous voulons signifier par cet
Appel notre refus de ce rapt de nous-mêmes : celui dont on usurpe
l’identité est plus à même de démasquer le faussaire.
L’instrumentalisation de la religion est certes trop souvent, ici,
le fait de certains médias ou politiques. Elle reste, de par le
monde, la terrible arme des extrémistes. Et ce sont eux qui tuent,
dans différents pays, des femmes, des hommes et des enfants de
toutes confessions, dont de nombreux musulmans. Le meurtre de
chrétiens, comme de tout être humain, est une horreur absolue. Et
c’est aussi l’islam qu’on assassine en commettant ces crimes en son
nom. Alors comment se taire quand on tue en votre nom ? Depuis la
France, les citoyens de foi, de tradition ou de culture musulmane –
ou héritiers de ces références – veulent ici dire leur indignation
devant ces crimes. Pour leurs voisins, pour leurs enfants et pour
euxmêmes, contre les amalgames destructeurs. Ils clament haut et
fort leur refus de l’intolérance et des violences commises, de par
le monde, à l’encontre de minorités. Et plus fort encore lorsque
certains bafouent leur foi ou leur identité en tuant au nom de
l’islam. Construisons partout le vivre ensemble dans nos pays
multiconfessionnels ».
Soixante signataires
• Parmi les soixante signataires, on trouve Ghaleb Bencheikh,
président de la Conférence mondiale des religions pour la paix,
Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, Doudou
Diène, rapporteur de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme,
Hakim El Karaoui, président de l’Institut des cultures d’islam de la
Ville de Paris, Fadila Mehal, présidente des Marianne de la
diversité, Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du
culte musulman, Fayçal Douhane du Conseil national du Parti
socialiste, Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux et recteur des
mosquées de l’Association des musulmans de la Gironde, Yazid Sabeg,
commissaire à la diversité et à l’égalité des chances, Anne Esambert,
fonctionnaire, ou Vincent Geisser, chercheur au CNRS.
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Aux Philippines, des
religieux misent sur l’éducation à la paix
Un « cours de la paix » a été
institué dans le programme des 39 écoles publiques de Zamboanga, au cœur
d’une zone affectée par le terrorisme
L’empreinte laissée par la bombe qui a explosé dans
l’église de l’île de Jolo, à l’ouest de Mindanao, lors de la messe de Noël
du 25 décembre dernier, continue à se faire sentir au sein de la communauté
chrétienne de cette région des Philippines. Ce jour-là, un engin explosif
déposé sur le toit de l’église a détruit une partie du bâtiment et blessé 11
personnes, dont deux prêtres. Cette attaque n’a pas été revendiquée, mais
les suspects nommés par l’armée philippine font partie du groupe islamiste
Abou Sayyaf, basé sur cette île. Les attaques de cette organisation de
quelques centaines de membres sont en général motivées par l’extorsion de
fonds, et cela faisait longtemps qu’il n’avait pas mené de telles actions
idéologiques contre des bâtiments chrétiens.
« Nous ne pouvons cacher qu’il y a certaines
personnes qui aimeraient qu’il n’y ait pas de chrétiens dans la région, et
utilisent pour cela la violence, déplore le P. Angel Calvo. Mais nous
sommes fermes et déterminés à combattre cette idéologie minoritaire. »
Ce prêtre espagnol, missionnaire clarétain basé entre l’île à majorité
musulmane de Basilan et la ville voisine de Zamboanga depuis 1972, est le
fondateur du Mouvement interreligieux pour la solidarité et la paix, qui
regroupe catholiques, protestants et musulmans.
Face à cette culture de la haine, le P. Calvo a
décidé d’insuffler une culture de la paix dès le plus jeune âge : il a
réussi à introduire, depuis plus d’un an, un « cours de la paix »
dans le programme des 39 écoles publiques de Zamboanga, principale ville de
l’extrême ouest de Mindanao, au cœur de la zone conflictuelle. Le recteur de
la province, un musulman, a été particulièrement accueillant et sa
participation fut déterminante pour mettre cela en place. Cela consiste
concrètement, depuis plus d’un an, en un ensemble de séminaires sur le
respect et la tolérance religieuse, et s’exprime également par des activités
artistiques de théâtre, peinture et musique.
Ces activités sont reprises ensuite de manière plus
large lors des « camps d’été de la paix », qui existent depuis plus
de dix ans et regroupent chaque année une centaine d’enfants musulmans et
chrétiens. Cette initiative, entamée en 1998, a été récompensée en 2010 par
un prix national pour la jeunesse.
Le P. Calvo veut à présent remonter cet
enseignement jusqu’aux parents, et il a commencé à travailler avec les chefs
des villages autour de Zamboanga, pour s’engager sur des mesures concrètes
qui favorisent le respect religieux. « Maintenant que nous avons planté
les graines de la tolérance et de la paix dans les écoles, nous voulons
pousser les parents à prendre conscience qu’ils doivent aussi s’engager dans
ce sens. C’est une éducation de tous les instants » , explique-t-il.
Le professeur Ali Yacub, musulman, fondateur et
directeur du centre du Croissant d’or pour la paix, participe à cette
initiative. Mais il reconnaît les difficultés à briser les préjugés : « À
cause de la recrudescence du terrorisme, il existe une grande suspicion de
la part des chrétiens envers les musulmans, et les communautés se parlent
donc de moins en moins, explique cet universitaire. C’est pour cela
que nous allons aller dans ces villages, et organiser de simples réunions, à
petite échelle, où nous voulons montrer, par notre exemple, qu’il est
possible de travailler ensemble. Expliquer ce qu’est la religion, et surtout
ce qu’elle n’est pas. Nous sommes ainsi toujours les premiers à condamner
les attentats contre les églises, car ce n’est pas islamique. » La
nouvelle Union nationale des oulémas, créée en 2009, s’est de son côté
engagée dans ce sens pour son message intransigeant, condamnant l’attentat
de Noël à Jolo comme une « œuvre de Satan ».
L’ouest de Mindanao est secoué depuis quarante ans
par les guerres menées par différents groupes autochtones musulmans, qui
demandent une plus large autonomie politique dans l’État philippin, pays
majoritairement catholique. Mais, selon Edwin Fernandez, le responsable de
la radio catholique DXMS dans la ville de Cotabato, capitale de la région
autonome musulmane de Mindanao composée de 40 % de chrétiens, la coexistence
est en général pacifique. Ce catholique pratiquant reste cependant sur ses
gardes : « Quand je me rends à l’Église avec ma famille, je m’assois loin
des ouvertures, au cas où quelqu’un lance un explosif par la fenêtre » ,
confie-t-il.
Selon ce journaliste, tant d’années de conflits ont
laissé des marques, et il faudra beaucoup de volonté politique pour les
effacer. « Pour moi, il ne faut pas seulement que la paix soit signée
entre les groupes musulmans et le gouvernement : il faut qu’elle soit suivie
d’un désarmement total, et qu’il y ait un grand effort d’éducation pour
apprendre aux deux communautés à vivre ensemble à nouveau. »
SÉBASTIEN FARCIS - La Croix du 18 janvier 2011
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«Les croyants doivent
mettre leur capital de spiritualité au service de tous»
Cardinal Jean-Louis Tauran,
président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux
L’annonce par Benoît XVI, le 1
janvier, d’une nouvelle rencontre interreligieuse à Assise en octobre
prochain, 25 ans après celle organisée par Jean-Paul II, est intervenue
alors que s’accroissent les violences interreligieuses. Dans ce climat,
une telle initiative n’est pas toujours bien comprise, même au sein de
l’Église. Pour le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil
pontifical pour le dialogue interreligieux, le dialogue et l’éducation
constituent cependant la seule réponse à la violence
Face à la violence, comment maintenir le
dialogue entre les religions ?
CARDINAL JEAN-LOUIS TAURAN : Parfois, on
me dit : « Voilà où mène notre dialogue ! » Ma réponse est simple
: les récents événements montrent combien le dialogue est encore trop
faible et doit être approfondi. Ce qui est terrible, c’est quand la
violence devient un mode de communication entre les communautés. Il n’y
a pas d’autre solution que le dialogue et l’éducation. Pour ma part, je
m’en tiens au prophète Michée (6, 8) : « Ce que l’Éternel demande de
toi, c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et
que tu marches humblement avec ton Dieu. » C’est l’unique solution.
Nous avons des contacts, notamment en Europe, avec des interlocuteurs de
qualité, qui abordent le dialogue de manière sereine et objective.
Que dites-vous aux chrétiens tentés par la
loi du talion ?
Dans une telle situation, il faut éviter aussi
bien la colère que l’indifférence. La première est mauvaise conseillère.
À propos de la deuxième, Jean-Paul II avait coutume de dire, durant la
guerre des Balkans : « Il n’y a pas de droit à l’indifférence. »
Entre les deux se situe la vérité.
Quel sera le thème de la rencontre de prière
interreligieuse pour la paix, convoquée par le pape à Assise, en octobre
prochain ?
Ce ne sera évidemment pas un duplicata de la
rencontre d’Assise convoquée par Jean-Paul II il y a vingt-cinq ans. La
question que nous devrons nous poser sera : « Pourquoi les religions
font-elles peur ? » Je pense ce ne sont pas les religions qui font peur,
mais leurs adeptes, parce qu’ils ne se comportent pas selon les
préceptes de leurs religions.
Il y a vingt-cinq ans, le cardinal Ratzinger
n’était pas enthousiaste face à la rencontre d’Assise, à laquelle il
n’avait d’ailleurs pas participé.
À l’époque, il avait mis en garde contre
certaines dérives possibles. Mais le message de er Benoît XVI pour le 1
janvier ne laisse aucun doute sur ses intentions : « La violence ne
se vainc pas par la violence. Que notre cri de douleur soit toujours
accompagné par la foi, par la charité, par l’espérance, et par le
témoignage de l’amour de Dieu. La religion est une arme authentique de
la paix. » Les croyants doivent mettre leur capital de spiritualité
au service de tous, et non pas en faire des armes. Il nous faut donner à
la paix d’autres armes que celles destinées à tuer.
FRÉDÉRIC MOUNIER - La Croix du
19 janvier 2011
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« Jusqu’à mon dernier soupir, servir Jésus »
Shahbaz Bhatti, ministre chrétien du Pakistan, assassiné le 2 mars dernier
Publié en 2008
dans un livre d’entretiens (1), le testament poignant de Shahbaz Bhatti
revêt une acuité brûlante, après son assassinat. Benoît XVI a salué dimanche
le « sacrifice émouvant » de ce catholique, qui avait su s’imposer comme
défenseur de la liberté religieuse
«De hautes responsabilités au gouvernement m’ont été proposées et on m’a
demandé d’abandonner ma bataille, mais j’ai toujours refusé, même si je sais
que je risque ma vie. Ma réponse a toujours été la même : “Non, moi je
veux servir Jésus en tant qu’homme du peuple.”
Cette dévotion me rend heureux. Je ne cherche pas la popularité, je ne veux
pas de position de pouvoir. Je veux seulement une place aux pieds de Jésus.
Je veux que ma vie, mon caractère, mes actions parlent pour moi et disent
que je suis en train de suivre Jésus-Christ. Ce désir est si fort en moi que
je me considérerais comme un privilégié si – dans mon effort et dans cette
bataille qui est la mienne pour aider les nécessiteux, les pauvres, les
chrétiens persécutés du Pakistan – Jésus voulait accepter le sacrifice de ma
vie. Je veux vivre pour le Christ et pour lui je veux mourir. Je ne ressens
aucune peur dans ce pays.
À de nombreuses reprises, les extrémistes ont tenté de me tuer et de
m’emprisonner ; ils m’ont menacé, poursuivi et ont terrorisé ma famille. les
extrémistes, il y a quelques années, ont même demandé à mes parents, ma mère
et mon père, de me dissuader de continuer ma mission d’aide aux chrétiens et
aux nécessiteux, autrement ils me perdaient. Mais mon père m’a toujours
encouragé. Moi, je dis que tant que je vivrai, jusqu’à mon dernier soupir,
je continuerai à servir Jésus et cette pauvre humanité souffrante, les
chrétiens, les nécessiteux, les pauvres.
Je trouve beaucoup d’inspiration dans la Bible et dans la vie de
Jésus-Christ. Plus je lis le nouveau et l’Ancien Testament, les versets de
la Bible et la parole du Seigneur, et plus ma force et ma détermination sont
renforcées. lorsque je réfléchis sur le fait que Jésus a tout sacrifié, que
Dieu a envoyé Son Fils pour notre rédemption et notre salut, je me demande
comment je pourrais suivre le chemin du Calvaire. notre Seigneur a dit :
“Prends ta croix et suis-moi.” les passages que j’aime le plus dans la
Bible sont ceux qui disent : “ J’avais faim, et vous m’avez donné à
manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et
vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade,
et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !”
lorsque je vois des personnes pauvres et dans le besoin, je pense que c’est
Jésus qui vient à ma rencontre sous leurs traits.
Pour cette raison, j'essaie toujours avec mes collègues
d'aider et d'assister ceux qui en ont besoin, les affamés, les assoiffés.
»
(1)
Cristiani in Pakistan, Nelle prove la speranza , marcianum Press.
Traduction française : Oasis, centre d’études autour du dialogue
interreligieux, basé à Venise.
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Reconvertir les
exciseuses en Côte d’Ivoire
En Côte d’Ivoire, 45 % des femmes
sont excisées. Cette pratique, qui consiste en l’ablation du clitoris,
atteint près de neuf femmes sur dix dans le nord du pays. Elle favorise la
transmission d’infections et entraîne des douleurs physiques et psychiques
durables. Si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) condamne
l’excision, cette tradition culturelle africaine reste encore bien ancrée
et difficile à déconstruire. « De plus, l’activité d’exciseuse témoigne
de l’importance sociale pour celle qui la pratique et se montre très
rémunératrice, une centaine d’euros l’intervention », indique Martha
Diomandé, présidente de l’association Acza. Cette chorégraphe ivoirienne
installée à Rennes, elle-même fille et petite-fille de « matrone »,
retourne trois fois par an dans son pays de naissance pour sensibiliser la
population aux dangers de l’excision. « En parallèle, nous cherchons à
favoriser l’émergence d’activités économiques de substitution pour les
“matrones” afin d’assurer leur reconversion», précise Martha Diomandé.
Ainsi, les fonds récoltés en
France – à l’occasion de repas de solidarité, de défilés de mode, etc. –
servent à financer des coopératives de production en Côte d’Ivoire. Quatre
associations ont été créées. Regroupant un total de 150 anciennes
exciseuses, elles interviennent essentiellement dans le domaine de
l’agriculture, de l’élevage de poulets à la culture de plantes vivrières.
Dès que la situation politique
sera apaisée dans le pays, une délégation de bénévoles de l’association et
de médecins partenaires du CHU de Rennes se rendra sur place pour étudier
un nouveau projet. Il s’agit de créer une clinique, pouvant servir à la
fois de lieu d’accouchement et d’établissement de formation pour les «
matrones » . « Au-delà de l’excision, elles disposent d’un savoir-faire
qui doit être valorisé », insiste Martha Diomandé.
MIkAëL CAboN(à Brest)
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Al-Azhar se prononce pour un État non
religieux
L’institution sunnite d’Al-Azhar, au Caire, est entrée
hier dans le débat sur l’Égypte post-Moubarak en se prononçant pour un
État non religieux garantissant la protection des lieux de culte des trois
religions monothéistes. Le grand imam d’Al-Azhar, cheikh Ahmed Al Tayeb, a
détaillé un document dont le but est de définir « la relation entre
l’islam et l’État en cette phase délicate ». Ce document soutient
« l’établissement d’un État national constitutionnel démocratique
moderne » , fondé sur la séparation des pouvoirs et garantissant
l’égalité des droits entre les citoyens, selon cheikh Al Tayeb.
La Croix du 21 juin 2011
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Le gouvernement va
restaurer églises et synagogues
Le gouvernement du premier
ministre turc Recep Tayyip Erdogan a décidé de restaurer différentes
églises, synagogues et monastères de Turquie. Un «nouveau geste
positif», a indiqué la Conférence épiscopale turque à l’agence
catholique Fides, après la publication d’un décret sur la restitution des
propriétés des minorités religieuses. Parmi ces lieux figurent notamment
une église arménienne-catholique située dans la province de Diyarbakir
(sud-est), et les églises syrienne-orthodoxe et gréco-catholique
d’Iskenderun (sud).
La Croix du 25 octobre 2011
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Le rabbin David Rosen
« prie tous les jours » pour l’avènement d’un État palestinien
« Je le dis très sereinement : je
prie tous les jours pour qu’un État palestinien puisse voir le jour et
prospérer aux côtés de l’État d’Israël. » C’est ce qu’a affirmé, le mardi
8 novembre, le rabbin David Rosen, directeur international des affaires
religieuses pour l’American Jewish Committee, lors d’un colloque organisé
à l’évêché de Palerme (Italie) sur le dialogue interreligieux.
« Pas un conflit religieux »
Le rabbin Rosen, présent à Assise aux côtés de Benoît XVI lors de la
rencontre pour la paix du 27 octobre, où il représentait le Grand Rabbinat
d’Israël, a expliqué sa position : « Notre État est une démocratie laïque
avec des frontières internationalement reconnues. Sa Cour suprême garantit
l’absolue égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction de
religion. » Pour autant, a-t-il poursuivi, « le conflit
israélo-palestinien n’est pas un conflit religieux mais territorial ». Le
rabbin Rosen a déploré « l’utilisation abusive des religions en vue
d’objectifs économiques et politiques. »
La Croix du 9 novembre 2011
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L’université Al-Azhar du Caire
fait aussi sa révolution
REPORTAGE La plus grande
institution de l’islam sunnite veut retrouver son rayonnement, en
appuyant la démocratisation de l’Égypte et le dialogue islamo-chrétien
En juin dernier, le cheikh Ahmed Al Tayyeb,
grand imam de l’université d’Al-Azhar au Caire, a créé la surprise en
lisant à la télévision un document dans lequel il propose
« l’établissement en Égypte d’un État national constitutionnel,
démocratique et moderne », fondé sur la séparation des pouvoirs,
garantissant l’égalité des droits entre citoyens et la protection des
lieux de culte des trois religions monothéistes. La révolution, qui
balaie l’Égypte, n’épargne pas la plus grande institution de l’islam
sunnite dans le monde. Depuis son arrivée en mars 2010 à la tête de
l’université, Ahmed Al Tayyeb, théologien et philosophe diplômé de la
Sorbonne, constate que l’établissement, marginalisé par des années de
dictature et d’obéissance au pouvoir, a perdu de son aura. Il entend
« qu’elle retrouve son message universel dans le monde et son rôle
de renouvellement et de modernisation de la pensée islamique en
s’ouvrant à toutes les cultures », explique Mahmoud Azab, un de
ses plus proches conseillers.
Professeur d’arabe classique et d’islamologie aux Langues orientales (Inalco)
à Paris pendant de longues années, Mahmoud Azab a été choisi par
l’imam pour prendre la direction du centre de dialogue de
l’université. Son rôle, explique-t-il, est de « discuter des
valeurs universelles reconnues par tous : liberté, justice,
développement, amour, amitié, sciences, luttes contre la pauvreté,
contre l’ignorance, favoriser le dialogue entre civilisations ».
Dès les premières semaines de manifestations
sur la place Tahrir du Caire, cheikh Al Tayyeb a ouvert Al-Azhar à ce
dialogue, en rencontrant des jeunes. Il leur déclare, se souvient
Mahmoud Azab : « Vous avez le courage, Al-Azhar a l’expérience et
la sagesse. Nous sommes avec vous et nous pouvons coopérer. » Le
dialogue se poursuit avec toutes les forces politiques, y compris les
Frères musulmans, venus « avec un discours modéré, tolérant »,
se souvient-il.
Ensuite, sont venus les salafistes. « Avec
eux, le dialogue a eu lieu sur la base de nos principes : pluralité,
diversité dans l’Islam et droit à la différence. » « Puis, sont venus
les laïques, menés par le milliardaire copte Naguib Sawiras. Et enfin,
les écrivains, les romanciers, les poètes, les professeurs, les libres
penseurs, chrétiens et musulmans, hommes et femmes, jeunes et plus
âgés. La discussion s’est engagée sur ce que doit être la nouvelle
constitution, base de notre État. »
Beaucoup évoquent alors un « État civil »,
« dawla madaniyya » en arabe. « Une notion floue »,
reconnaît le directeur du centre de dialogue, pour qui une définition
a été établie après de longues discussions autour de dix principes
« comme la séparation des pouvoirs, les élections libres directes, un
État fondé sur la loi, engagé sur les libertés fondamentales, le
respect des droits de l’homme, de la femme et de l’enfant, le principe
de la pluralité, la différence et le respect des religions célestes ».
L’accord sera formalisé dans la
« déclaration d’Al-Azhar sur l’avenir de l’Égypte », publiée en
juin et lue en partie à la télévision par le grand imam. Le texte veut
servir de base de travail à la rédaction d’une nouvelle Constitution,
prévue après les élections législatives en cours, afin de couper la
route à ceux qui voudraient instaurer un État religieux. Le grand imam
d’Al-Azhar a par ailleurs réuni les candidats à la présidence de la
République et les chefs des partis politiques. « Musulmans,
chrétiens, Frères musulmans, et même salafistes ont signé la
déclaration d’Al-Azhar. La cérémonie a été filmée », rappelle
Mahmoud Azab.
L’autre grand chantier de l’imam d’Al-Azhar
est « la maison de la famille égyptienne ». Née en réaction à
l’acte terroriste contre l’église Notre-Dame du Salut à Bagdad, le
31 octobre 2010, cette institution, entérinée par le pape copte
Chenouda, est composée de chrétiens des quatre Églises
– copte-orthodoxe, catholique, évangélique et anglicane –, de
musulmans d’Al-Azhar et de personnalités musulmanes et chrétiennes,
spécialistes des sciences humaines. Une trentaine de personnes forment
le conseil de la « maison ». D’autres s’occupent des comités pour
l’éducation, la famille ou encore les médias.
Le conseil fut sollicité en mai après
l’incendie d’églises par des extrémistes musulmans à Imbaba, une
grande banlieue du Caire, qui fit 12 morts. « On s’est réuni et on
a pris une série de mesures pour que l’État applique la loi. Notre
objectif est de comprendre d’où viennent ces problèmes et y apporter
des solutions durables. Le discours extrémiste musulman et chrétien
n’a pas de frontière », déplore Mahmoud Azab.
« On ne peut plus comme au temps du
président Moubarak, fermer les yeux sur les conflits islamo-chrétiens.
Nous devons les mettre sur la table », estime-t-il. « En
faisant toutefois la part des problèmes socioculturels, et des
conflits de religion. En Haute-Égypte, un acte sexuel hors mariage est
interdit en islam. S’il se produit entre une chrétienne et un
musulman, on parle de conflit religieux. Or, la religion n’a rien à
voir avec cela. Une dispute entre deux voisins, un musulman, un
chrétien, sur un morceau de terre, ne doit pas se transformer en
problème religieux. C’est violences qui se sont produites en Haute-Égypte sont des problèmes que
les tribunaux civils doivent trancher, que les coupables doivent être
punis, sans pour autant parler de religion. »
Pour Mahmoud Azab, il ne fait pas de doute
que « la révolution est une chance. Elle permettra de planter les
valeurs du changement dans notre société ».
AGNÈS ROTIVEL (avec Denise
Ammoun) - La Croix 22/12/2011
REPÈRES
Un lieu d'excellence, en quête d'indépendance
• En plein cœur du Caire, aux abords du souk du Khân- ElKhalili,
se tient l’université d’Al-Azhar, construite il y a 1 050 ans. Créée par
une dynastie musulmane chiite, les Fatimides, qui régnèrent de 909 à 1171,
sa mission était d’enseigner la doctrine ismaélienne. La dynastie
suivante, celles des Ayyoubides, la convertit au sunnisme. Elle devint le
phare des sciences de l’islam et des sciences humaines.
• Au XXe siècle, la révolution de 1952 entraîne sa modernisation
avec l’introduction des sciences modernes, médecine, ingénierie, agronomie
et des facultés de langues et de civilisations étrangères européennes et
orientales. Mais ce qu’elle gagne en modernité, l’université le perd en
indépendance. Le président Nasser décide de nommer le grand imam, qui
auparavant était élu par un collège de savants de l’université. Le docteur
Ahmed al Tayyeb, nommé par Hosni Moubarak, estime qu’il est grand temps
que l’université retrouve son indépendance, et que le grand imam soit, à
nouveau, élu par ses pairs.
La Croix 22/12/2011
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