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ABUS SEXUELS


Chartres : un guérisseur soupçonné d'avoir violé ses patientes

FAIT DIVERS - Un Chartrain a été mis en examen pour agression sexuelle, viols et exercice illégal de la médecine, après que trois clientes au moins aient déposé plainte. Le juge d’instruction saisi tente notamment de déterminer s'il existe d'autres victimes.
Il recevait ses patientes, dans le sous-sol d’une maison à Chartres. Un magnétiseur-guérisseur a été mis en examen le 20 juin dernier pour agression sexuelle, viols et exercice illégal de la médecine, après les plaintes d'au moins trois clientes.

Auditionnée par les policiers de la sûreté départementale (SD), l'une d'entre elles, âgée de 52 ans, explique notamment que l'homme de 60 ans aurait profité d'une séance pour lui mettre son sexe dans une main, avant de lui caresser le ventre et d'essayer de l’embrasser. Confiant n'avoir pu se défendre ni hurler lorsque ça s'est produit, elle soupçonne ce dernier de l’avoir droguée ou hypnotisée, précise L'Echo Républicain, qui relate l'affaire.
Deux gardes à vue
Lors d'une première audition le 11 avril, il aurait affirmé aux policiers pratiquer l’ostéopathie, mais il s'est avéré qu'il ne possède aucun diplôme dans ce domaine. Le 19 juin, à l'occasion d'une seconde garde à vue, il aurait cette fois déclaré que les relations sexuelles étaient consenties.

L'enquête en cours "ne concerne pas uniquement l’Eure-et-Loir", a indiqué le procureur de la République, précisant que le juge d’instruction saisi poursuit ses investigations. Elles visent notamment à déterminer s'il existe d'autres victimes qui ne se seraient pas déclarées.

http://www.lci.fr/faits-divers/chartres-le-guerisseur-violait-ses-patientes-2056742.html
26 juin 2017

Le guérisseur pervers lausannois reste en prison

Le Tribunal cantonal confirme les 3,5 ans de détention tout en libérant ce Français de 65 ans des infractions de viol et contrainte sexuelle.

La Cour d'appel pénale a partiellement admis le recours du guérisseur lausannois.

C’est un verdict inhabituel. Lundi, la Cour d’appel pénale a libéré un guérisseur libertin des deux plus graves infractions retenues par le Tribunal d’arrondissement de Lausanne en mars dernier, soit le viol et la contrainte sexuelle. Il a pourtant confirmé la peine de 3 ans et demi de prison ferme, uniquement pour abus de la détresse et pornographie.
Le thérapeute lausannois aux 8000 patientes, reconnu en Suisse et ailleurs, était initialement accusé d’avoir abusé sexuellement de six patientes sur une période de cinq ans. Seules deux d’entre elles avaient déposé une plainte. Au procès de mars, les juges avaient finalement retenu que seuls ces deux cas étaient pénalement condamnables tout en relevant le caractère «déontologiquement honteux» du comportement de ce guérisseur. Ce dernier, qui se dit aussi magnétiseur et faiseur de secret, n’a jamais nié avoir entretenu des relations sexuelles avec de nombreuses patientes. Il allait même jusqu’à inscrire une petite croix dans le dossier de celles avec qui il avait consommé ou souhaitait le faire.
A son procès, en mars, un long défilé de jolies femmes confirmait l’habileté de ce libertin assumé. Le Tribunal de Lausanne avait vu en lui un «prédateur» et un «manipulateur» s’attaquant à des patientes en détresse.
Lundi, face aux juges du Tribunal cantonal, ce Français de 65 ans n’a pas modifié sa version. A ses yeux, il n’a «jamais forcé quelqu’un à avoir des relations sexuelles», même s’il concède que son comportement était «inacceptable et malsain».
Dans cette affaire, la difficulté réside surtout dans la qualification juridique des faits. Et le droit devient subtil lorsqu’il s’agit de déterminer la qualification: viol, contrainte sexuelle ou abus de la détresse?
La procureure Hélène Rappaz a rappelé lundi que le thérapeute exploitait la détresse de ces femmes pour arriver à ses fins. Et lorsqu’une patiente lui disait non, il mettait en place tout un stratagème. La défense, représentée par Me Stefan Disch, a insisté sur le fait que l’on ne devait pas mêler droit et morale. Et d’ajouter que ce qui est déontologiquement problématique n’est pas forcément pénalement répréhensible.
Dans les deux cas pour lesquels cet homme a été condamné, la relation sexuelle n’était pas consentie, ont estimé les juges cantonaux. Pour l’affaire la plus grave, ils précisent que le thérapeute a traité sa victime «comme un objet et l’a rabaissée». Mais à leurs yeux, seul l’abus de la détresse doit être retenu.
Comment les juges ont justifié que la peine soit tout de même maintenue? «Sa culpabilité est écrasante. Il est allé au paroxysme de la perversité avec ses patientes», a expliqué la présidente.
Me Stefan Disch a déjà affirmé qu’il recourrait devant le Tribunal fédéral.

http://www.24heures.ch/vaud-regions/lausanne-region/Le-guerisseur-pervers-lausannois-reste-en-prison/story/17605581
26.06.2017
 


 

 

 

 

ANTISEMITISME


La communauté juive bouleversée par un meurtre considéré comme antisémite

Pour le Conseil représentatif des institutions juives de France, une sexagénaire a été assassinée en avril parce qu’elle était juive, et que son meurtrier avait des motivations islamistes.

Sept semaines après la mort de Sarah Halimi, une femme de 65 ans défenestrée après avoir été rouée de coups dans son appartement, les avocats de ses enfants, de son frère et de sa sœur, qui se sont constitués partie civile, réclament que son « assassinat soit reconnu avec la circonstance aggravante de l’antisémitisme », explique maître Jean-AlexBuchinger, l’un des avocats. « Nous sommes dans l’attente des conclusions d’expertises psychiatriques, pour savoir quel est le degré de responsabilité pénale de celui qui a commis cela et qui est depuis hospitalisé en hôpital psychiatrique », explique-t-il encore.

De son côté, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a publié un communiqué, mardi 23 avril, réclamant « que toute la lumière soit faite sur cette affaire » et « que le caractère antisémite soit reconnu par l’autorité judiciaire ».

« On a tué une femme juive, médecin de formation, directrice d’une crèche, chez elle, aux cris d’Allah akbar d’après les témoignages du voisinage, sans que la justice ne retienne le caractère d’antisémitisme, écrit le directeur exécutif du Crif, Robert Ejnes. Il est pourtant clair que Mme Sarah Halimi a été assassinée à Paris en avril 2017, parce qu’elle était juive, et que son meurtrier avait des motivations islamistes ».

Une femme « juive très pratiquante »

Dans la nuit du 3 au 4 avril, cet homme s’est introduit au domicile de Sarah Halimi après être passé par le balcon de l’appartement de proches, situé dans l’immeuble mitoyen. Les occupants de l’appartement voisin avaient immédiatement prévenu la police, qui est arrivée quelques minutes plus tard, à 4 h 28, raconte Jean-Alex Buchinger. Mais, attendant du renfort, les agents ne sont intervenus qu’à 5 h 35, alors que Sarah Halimi était morte, au pied de l’immeuble. Entre-temps, selon les témoignages des voisins, elle a reçu des salves de coups.

« L’ensemble des locataires a été réveillé par des cris, des pleurs, des hurlements, poursuit l’avocat. Un voisin, d’un immeuble situé en face, a même enregistré. Lorsqu’elle paraissait morte, l’homme récitait des sourates du Coran, ponctué de "Allah Akbar". Et dès qu’elle donnait signe de vie, il redoublait de coups et d’insultes, la traitant de ’sheitan’ (le démon, NDLR). » L’agresseur a ensuite défenestré sa victime, « simulant un suicide de sa part », précise l’avocat, pour qui cette mise en scène est le signe de la présence d’esprit du meurtrier présumé.

Âgé de 27 ans, d’origine malienne et de nationalité française, cet homme était connu pour de nombreux faits de vols et de violence. Il s’est laissé interpeller sans résistance. « Dans cet immeuble occupé par de nombreux musulmans, cette femme juive très pratiquante n’avait jamais eu de problème qu’avec la famille de cet homme, ajoute Jean-Alex Buchinger. Elle était très angoissée lorsqu’il était de retour entre ses passages en prison ».

« Homicide volontaire »

Une information judiciaire avait été ouverte, le 14 avril, par le parquet de Paris pour « homicide volontaire ». « Ni le caractère antisémite, ni le caractère de préméditation, ni les actes de torture et de barbarie n’ont été retenus », proteste l’avocat, qui attend désormais le rapport d’expertise et la décision du juge d’instruction.

Le Consistoire central et le Crif ont annoncé leur intention de se porter partie civile si le caractère antisémite était retenu.

La Croix du 23.05.2017

Le caractère antisémite d’une agression à Créteil reconnu plus de deux ans après

Le juge d’instruction avait abandonné cette qualification au terme de son enquête.
Le parquet de Créteil (Val-de-Marne) a annoncé vendredi 26 mai avoir demandé le rétablissement du caractère antisémite de l’agression d’un couple à Créteil le 1er décembre 2014, alors que le juge d’instruction avait abandonné cette qualification au terme de son enquête.
« Le parquet estime après relecture du dossier que les faits sont constitués. (…) Les insultes proférées permettent d’estimer que les victimes ont été ciblées à cause de leur confession », explique le ministère public, confirmant une information du journal Le Parisien.
Le parquet revient ainsi à la lecture initiale du dossier dans ce fait divers très médiatisé. Le 1er décembre 2014, un couple de confession juive avait été séquestré à Créteil, en banlieue parisienne. La jeune femme avait été violée et l’appartement cambriolé par trois hommes. « Vous les juifs, vous avez de l’argent », aurait déclaré l’un des trois auteurs de l’agression, selon l’avocate des victimes, Séverine Benayoun.
L’agression avait provoqué l’émoi en France et avait poussé le gouvernement à ériger la lutte contre le racisme et l’antisémitisme en « cause nationale », en lançant un plan de sensibilisation de 100 millions d’euros. Quatre hommes, les trois agresseurs et un complice soupçonné d’avoir repéré les lieux, avaient initialement été mis en examen. Certains d’entre eux sont également poursuivis pour l’agression un mois plus tôt d’un septuagénaire de confession juive, toujours à Créteil.
« Violences en raison de l’appartenance religieuse »
Leur mise en examen les mettait notamment en cause pour « violences en raison de l’appartenance religieuse ». Mais au terme de l’enquête, le juge d’instruction chargé de l’affaire avait procédé en février à une mise en examen rectificative des quatre hommes, dans laquelle il abandonnait le caractère antisémite des faits.
Dans cette affaire, la défense dénonce depuis le départ une « instrumentalisation politique » du dossier, qui ne tiendrait pas au niveau judiciaire, tandis que les avocats des victimes estiment que l’antisémitisme est « essentiel » pour comprendre l’agression.
Maintenant que les réquisitions du parquet sont prises, le dernier mot revient au juge d’instruction. C’est lui qui décidera des charges à retenir contre les quatre accusés lors de leur futur procès.
Cette reconnaissance du caractère antisémite de l’agression de Créteil intervient alors que les institutions juives de France demandent cette même reconnaissance dans une affaire criminelle récente. Le 4 avril, une femme de confession juive a été défenestrée après avoir été rouée de coups par un voisin récitant des sourates du Coran et la traitant de « sheitan » (« démon », en arabe). L’information judiciaire ouverte, le 14 avril, par le parquet de Paris, mentionne un « homicide volontaire », alors que les parties civiles réclament que l’« assassinat (de Sarah Halimi) soit reconnu avec la circonstance aggravante de l’antisémitisme »

La Croix du 26.05.2017




 

 

 

 

 


 

 

 

 

ASTROLOGIE TIBETAINE


Le Bien Public du 15.06.2017

 

 

 

 

 


 

 

 

 

AYAHUASCA


Leur souvenir de vacances: des lianes hallucinogènes

Un couple passionné de chamanisme a été condamné pour avoir cherché à importer 11 kg de plantes interdites.

Ayahuasca: ce n’est pas une exclamation, mais un breuvage à base de lianes aux effets psychotropes. Il est consommé surtout par des communautés indigènes d’Amazonie. Un couple de Fribourgeois, adepte de la médecine chamanique, envisageait de développer son usage en Suisse après l’avoir testé au Pérou. Sans savoir qu’ici, la loi considère la substance comme un stupéfiant.
Car cette boisson est utilisée tant comme outil thérapeutique que comme moyen d’entrer en transe. Hallucinogène, elle est presque devenue une attraction touristique pour les Occidentaux en recherche d’expériences spirituelles. Les deux quadragénaires ont donc envoyé près de 11 kg de lianes dans deux paquets à un ami domicilié à Founex (VD). L’un des colis a été intercepté par les douanes en octobre 2015. La justice s’est alors activée.
Convoqué chez la procureure, le couple a plaidé la naïveté, disant avoir uniquement consulté quelques articles de presse sur le statut légal de l’ayahuasca en Suisse, sans prolonger ses recherches. Résultat: ils ont été condamnés à 180 jours-amende avec sursis de 2 ans et à une amende de 1800 francs pour infraction à la loi sur les stupéfiants. L’ami qui a réceptionné les livraisons sera également condamné pour complicité. Les plantes devront être détruites. Et les chamanes fribourgeois auront tout loisir de trouver autre chose pour leur thérapie.

http://www.20min.ch/ro/news/romandie/story/Leur-souvenir-de-vacances--des-lianes-hallucinogenes-24977637
18 juin 2017


 

 

 

 

 


 

 

 

 

CENTRE-AFRIQUE


L’ONU s’indigne de la résurgence des violences religieuses en Centrafrique

Les Nations Unies ont condamné, dimanche 28 mai, la résurgence des tensions ethniques et religieuses de Bangassou à l’est de la Centrafrique, qui ont déjà fait plusieurs centaines de morts depuis le début du mois.
Des « actes odieux et indescriptibles de lâcheté contre des femmes et des enfants sans défense ». « Profondément préoccupée par la résurgence de la violence, des atrocités et des violations des droits de l’homme à connotations religieuses et ethniques », Najat Rochdi, coordinateur humanitaire en République centrafricaine sous l’égide des Nations Unies, a publié un communiqué dimanche 28 mai pour dire son indignation et condamner cette « violence extrême ».
« Six femmes et plusieurs enfants ont été brutalement assassinés par des hommes armés en raison de leur affiliation religieuse au cours de la dernière semaine », écrit-elle, citant plus particulièrement « la persécution des civils dans les localités d’Alindao, Bangassou, Mobaye et Bria ».
Des atrocités dans les deux camps
« Nous avons vu des atrocités commises par les deux camps. Cela a commencé par des attaques contre les communautés musulmanes, qui ont engendré des actes de vengeance de l’autre côté et il y a eu aussi des atrocités commises sur des communautés chrétiennes », explique la coordinatrice humanitaire interrogée par RFI. « Une partie de la population est en train de payer le prix de cette instrumentalisation de la religion.»
« Toute attaque pour des motifs religieux ou ethniques est une attaque contre l’humanité et les valeurs universelles qui nous unissent. Elles ne devraient plus avoir de place dans la République centrafricaine où nous cherchons à guérir les blessures du passé », rappelle Najat Rochdi dans son communiqué, en demandant à « toutes les parties de cesser immédiatement ces abus et de s’engager à nouveau dans le dialogue pour la paix ».
Amener les factions au dialogue
Le cardinal Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, a fait part, le week-end dernier, de sa préoccupation auprès de Vatican Insider : « La situation nous a incités à réitérer de plus en plus clairement que notre rôle en tant que chef religieux, est d’amener les factions au dialogue ».
Ce rappel du cardinal intervient deux jours après le déploiement du procureur Toussaint Muntazini, chargé d’installer une cour pénale spéciale à Bangui dont le mandat sera de juger les auteurs des crimes les plus graves commis en Centrafrique depuis 2003.
« Il n’y a rien de religieux dans le conflit », a une nouvelle fois rappelé l’archevêque de Bangui, convaincu que les milices utilisent plutôt la religion à des fins personnelles pour s’emparer des ressources naturelles de la région. « Dans certaines régions d’Afrique centrale comme dans la région Bangassou ou autre, les milices armées jusqu’aux dents chassent les populations locales pour récupérer les ressources minières », dénonce-t-il.
Plus de 500 000 déplacés
Depuis mars 2013, la Centrafrique a basculé dans une guerre civile avec le renversement de l’ex-président François Bozizé par les rebelles à majorité musulmane de la Séléka, suscitant une contre-offensive menée par des milices chrétiennes.
Après une relative accalmie, la situation s’est à nouveau aggravée au point que les organisations humanitaires craignent de ne plus pouvoir faire face. L’ONU dénombre « près de 100 000 déplacés, 300 décès et près de 200 blessés » en seulement deux semaines.
En mai 2017, la République centrafricaine compte plus de 500 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays. Un chiffre qui n’avait pas été atteint depuis août 2014, selon Najat Rochdi.
Le dimanche 21 mai, à la prière de Regina Caeli, le pape François a renouvelé son appel « au silence des armes à feu » pour la paix en Centrafrique.

La Croix du 30.05.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

CHARISMATIQUES


Une demande de pardon

Lors d’une messe célébrée au Circo Massimo, vendredi soir, le cardinal Kevin Farrell, président du Conseil pontifical pour les laïcs, a exprimé la demande de pardon du Renouveau charismatique pour ses « défauts », au long de ces cinquante années : « Arrogance, impatience, orgueil, paroles imprudentes… qui ont provoqué des tensions et des divisions dans les communautés, les groupes et les paroisses ». « Ce courant de grâce a atteint sa maturité ecclésiale », a-t-il dit, ajoutant qu’il ne peut se limiter à « une expérience spirituelle privée et réconfortante » mais doit conduire à « une conscience plus grande que la mission de l’Église est notre mission, que les objectifs du diocèse sont nos objectifs et les problèmes de la paroisse nos problèmes ».

La Croix du 06.06.2017
 

 

 

 

 

CHINE


En Chine, la disparition inquiétante de l’évêque de Wenzhou

Depuis sa convocation, le 18 mai, par le bureau des affaires religieuses locales de la province côtière du Zhejiang, Mgr Pierre Shao Zhumin n’a presque plus donné de nouvelles à ses proches.

Sa probable détention, la quatrième depuis septembre, semble entraver un peu plus la sinueuse tentative de réconciliation, amorcée ces derniers mois par le Vatican, entre les communautés chrétiennes « officielles » et « clandestines » chinoises.

Il y a moins de deux mois, juste avant Pâques, Mgr Pierre Shao Zhumin avait déjà été gardé en détention plusieurs jours durant. Tout récemment, des prêtres du diocèse de Wenzhou, sur la côte est de la Chine, se sont à nouveau inquiétés de la disparition, depuis le 18 mai, de leur évêque. Depuis trois semaines, celui-ci n’a presque plus donné de nouvelles à l’issue d’une « invitation » – qui s’apparente plus, en l’occurrence, à une convocation – formulée par des fonctionnaires du bureau des Affaires religieuses locales.

Très peu d’informations circulent sur sa situation actuelle. Certains de ses proches – dont sa mère, une nonagénaire qui a lancé un appel pour que « lui soit rendu son fils » – ont manifesté publiquement leur inquiétude sur la messagerie WeChat, très prisée dans le pays. Depuis l’annonce de sa nomination à la tête du diocèse, en septembre dernier, c’est la quatrième fois que Mgr Shao Zhumin disparaît ou est provisoirement incarcéré.

Détenu par la police de Whenzou ?

Selon les informations relayées par par le site le site Églises d’Asie et l’agence catholique asiatique UCANews, Mgr Pierre Shao Zhumin se serait bien rendu, vers 21 heures, à son entretien avec les autorités locales. Le lendemain, il aurait fait savoir, par message, qu’il avait besoin de « vin de messe ». Depuis, il n’est plus joignable. Certaines rumeurs accréditent la thèse d’une détention dans une résidence de la police de Wenzhou. Le bureau des Affaires religieuses locales incriminé ne s’est pas, jusqu’ici, exprimé publiquement sur le sujet.

Dans le pays, les relations entre les catholiques « officiels » et « clandestins » demeurent complexes. Depuis l’avènement de la République populaire de Chine, en 1949, le gouvernement du pays a interdit toute ingérence étrangère dans le fonctionnement des Églises. Ce qui a conduit à une dissension entre les catholiques dits « officiels » – nommés par le régime, et qui ne reconnaissent pas l’autorité du Vatican –, et les « clandestins » restés fidèles à Rome. Depuis le début du pontificat du pape François, Rome et Pékin ont entamé des négociations pour s’accorder sur le processus de nomination des évêques catholiques en Chine.

Plusieurs pressions des autorités locales

« Beaucoup de personnes, au sein de l’Église catholique, sont très sceptiques quant à l’aboutissement d’un éventuel accord de normalisation des relations : ils pensent que cela reviendrait à abandonner tout contrôle sur d’importants enjeux, tel que celui de la nomination des évêques », explique Ian Johnson, journaliste et chercheur spécialiste de la question religieuse en Chine (1). « Au sein de l’Église clandestine chinoise, les membres du clergé qui sont restés loyaux au Vatican depuis des années se sentiraient aussi profondément trahis par un tel accord. Et la récente disparition de Mgr Shao Zhumin témoigne encore de la réticence du parti communiste chinois à avancer vers un compromis », poursuit-il.

Exil à 2 500 kilomètres de Wenzhou début septembre, détention avant Pâques… Malgré sa reconnaissance officielle par le Vatican, réaffirmée publiquement en septembre dans un communiqué de presse, Mgr Shao Zhumin – évêque coadjuteur « clandestin » de Wenzhou depuis 2009 et donc automatiquement nommé en septembre à la tête du diocèse, comme le prévoit le droit canonique, après le décès de son prédécesseur « officiel » Mgr Vincent Zhu Weifan – a en effet déjà subi plusieurs pressions, ces derniers mois, exercées par les autorités communistes de la province.

Une province « plus antichrétienne que d’autres »

Ces détentions successives seraient-elles des tentatives d’intimidation ? « Il faut être prudent dans nos exercices de divination qui prétendent expliquer ce qui se passe en Chine : le pays est très grand, son administration complexe », met d’emblée en garde Michel Chambon, théologien et spécialiste du christianisme chinois, actuellement dans le pays. « La situation autour de Mgr Shao Zhumin, et de son diocèse, est compliquée : tout n’est pas blanc ou noir », précise-t-il encore.

« Il faut déjà bien comprendre que la politique religieuse en Chine est régie par les autorités municipales, provinciales et régionales, et non vraiment directement par le pouvoir central : or, celles du Zhejiang, dont dépend le diocèse de Wenzhou, sont réputées pour être pro-bouddhiques et plus antichrétiennes que les autres », poursuit le chercheur, en mettant toutefois en garde contre les « rumeurs de persécutions de chrétiens dans la région ».

La Croix du 11.06.2017

Chine, « grave préoccupation » du Vatican pour l’évêque disparu de Wenzhou

L’évêque de Wenzhou (sud-est de la Chine) a disparu depuis sa convocation le 18 mai par le bureau local des affaires religieuses

Le Saint-Siège a annoncé, lundi 26 juin, qu’il suivait « avec une grave préoccupation la situation personnelle » de l’évêque de Wenzhou (sud-est de la Chine), Mgr Pierre Shao Zhumin, « éloigné de force de son siège épiscopal depuis déjà un certain temps ».

Depuis sa convocation, le 18 mai, par le bureau des affaires religieuses locales de la province côtière du Zhejiang, Mgr Pierre Shao Zhumin n’a presque plus donné de nouvelles à ses proches.

Aperçu il y a quelques jours à l’aéroport de Wenzhou accompagné de policiers en civils, il n’a pas réapparu depuis. « Sa pleine et entière liberté de mouvement devrait lui être rendue », a récemment souhaité l’ambassadeur d’Allemagne dans un communiqué.

« La communauté catholique diocésaine et sa famille n’ont eu aucune nouvelle sur les motifs de son éloignement ni sur le lieu où il est retenu », a regretté le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, Greg Burke.

Délégation chinoise attendue à Rome

« À cet égard, le Saint-Siège, profondément attristé par cela ainsi que d’autres incidents similaires, qui malheureusement ne facilitent pas un chemin d’entente, espère que Mgr Pierre Shao Zhumin pourra rapidement retourner dans son diocèse et qu’il lui sera garanti de mener tranquillement son ministère pastoral », a insisté le Vatican.

Cette déclaration intervient alors que, selon l’agence Églises d’Asie, une délégation chinoise devait venir fin juin à Rome pour discuter de la finalisation d’un éventuel accord entre le Vatican et Pékin.

En septembre 2016, Mgr Shao Zhumin avait été le premier évêque chinois reconnu par Rome sur le territoire de la Chine continentale depuis que Benoît XVI avait invité quatre évêques chinois au Synode de 2005 sur l’eucharistie.

Issu de l’Église clandestine, il était devenu en 2007 le coadjuteur de Mgr Vincent Zhu Weifang, l’évêque officiel de Wenzhou, à une époque de détente des relations sino-vaticanes, sous l’impulsion de l’actuel secrétaire d’État le cardinal Pietro Parolin alors numéro 2 de la diplomatie vaticane.

Au même moment, le secrétaire général du parti communiste dans cette province du Zhejiang était l’actuel président chinois Xi Jinping, perçu alors comme plutôt tolérant vis-à-vis des catholiques.

Mgr Shao déjà éloigné en septembre

À l’époque, la nomination de Mgr Shao auprès de Mgr Zhu avait pour but de favoriser l’unité entre les communautés officielle et clandestine du diocèse. « Il était entendu qu’au décès de Mgr Zhu, Mgr Shao prendrait la tête de l’ensemble du diocèse de Wenzhou, rappelle l’agence Églises d’Asie. À l’époque, Pékin accepta la nomination par le pape de Mgr Zhu comme évêque mais n’a jamais reconnu celle de Mgr Shao. »

En septembre dernier, à la mort de Mgr Zhu, Mgr Shao n’avait pu célébrer les obsèques de son prédécesseur. Éloigné par les autorités chinoises, il était officiellement en « voyage » pour « apprécier la grandeur et la beauté de la Création » dans le Qinghai, une région reculée du nord-ouest de la Chine. Il s’agissait en fait d’une arrestation déguisée, selon l’agence AsiaNews.

La Croix du 26.06.2017


 

 

 

 

 

CIVITAS


 

 

 

 

 


 

 

 

 

COACHING


Coach de vie : Profession ou chamanisme New age ?

Coaching, développement personnel, programmation neurolinguistique, dans certaines sphères de la société tunisienne il n’est désormais plus possible de ne pas en entendre parler. Née au milieu des années 80 aux USA, cette « profession » est destinée à améliorer la connaissance de soi, à la valorisation de talents enfuis, à l'amélioration de la qualité de vie et à la réalisation de ses rêves. Rien que ça.
Malgré ces vertus, elle n’est pourtant pas reconnue par les législations en vigueur dans la plus part des pays du monde. De quoi s’agit-il alors ? Quels types de diplômes faut-il pour devenir coach de vie ? Quels sont ses domaines d’application ? Est-ce une doctrine ?

Comme dans beaucoup de pays dans le monde, la conjoncture économique en Tunisie n’est pas bonne. Cette situation qui perdure se répercute sur le moral de la population. « Les gens sont déprimés ! ». Cette phrase qui revient souvent au cours des discussions est un constat réaliste étant donné l’explosion des consultations chez les psychothérapeutes. Ce mal-être ambiant fait aussi le bonheur des « coachs de vie » qui proposent un accompagnement personnalisé visant à améliorer les performances et le « bien-être » pour atteindre « l’épanouissement ». Il s’agira aussi d’apprendre à garder, coûte que coûte, une attitude positive, de « vainqueur », au milieu de tous les désagréments d’un quotidien qui devient infernal.

Que vous ayez des problèmes relationnels, au travail, avec votre conjoint ou souffrez d’un quelconque mal-être, sachez qu’il existe aujourd’hui des « coachs » pour presque chaque situation, ou du moins c’est ce qui résulte de nos recherches. Ceci dit, cette nouvelle « profession » n’est pas réglementée. Une non-reconnaissance, conséquence de l’absence de diplôme officiel. N’importe qui peut donc s’improviser « coach ».

Au Etats-Unis où est née cette mouvance, certaines organisations regroupent des coachs dits qualifiés, en leur imposant entre 60 et 100 heures de formation avant leur adhésion. D’autres organisations comme la Société Internationale des Coachs en PNL, proposent, elles, des formations de 1000 heures et plus pour les futurs formateurs qui devront intervenir dans des société privées, individuellement ou sur des groupes, pour leur inculquer des techniques qui leur permettront de mieux gérer le stress et être plus efficaces. Même si cela n’est en aucun cas un gage de professionnalisme, être affilié à une organisation avec une charte déontologique permet de limiter les risques d’arnaques.

Se basant sur une prétendue médecine vibratoire, ces « bien faiteurs » utilisent une multitude de méthodes dites alternatives qui vont de l’adoption d’un certain type de langage (verbalisation), aux massages, à l’utilisation d’élixirs floraux dans l’alimentation, en passant par l’hypnose, le toucher thérapeutique et l’ésotérisme Reiki. Ils proposent également des méthodes d’analyse des rêves, de yoga, de chiropractie ou tout simplement de sport ! Une seule chose compte, l’élimination de tout obstacle à l’épanouissement. Même si cet obstacle est identifié par le coach comme étant un ou plusieurs membres de la famille. Il faut tendre à être libre, épanoui et débordant d’énergie, « positive ».

Sur internet les nombreuses écoles pour apprendre à devenir coach connaissent un succès phénoménal, certaines proposent même des promotions. A la fin du parcours, un certificat est délivré. Il n’a cependant aucune valeur légale vue la largeur du champ d’application et les méthodes employées aussi nombreuses les unes que les autres. Les plus sceptiques, souvent psychothérapeutes, qualifient la chose de « nébuleuse » mystico-sociale, et dénoncent « cette » pseudo-doctrine « New Age » base d’une nouvelle « religion » centrée sur l’individualisme parfaitement compatible avec le modèle consumériste.


En Tunisie, plus d’un couple en crise a un jour consulté un coach. Les tensions économico-sociales ayant démultiplié ses problèmes, les personnes cherchent donc par tous les moyens des solutions, des plus simples aux plus expéditives pour sortir du cercle vicieux dans lequel elles se sont empêtrées.
« Après que ma femme a commencé à consulter un DevPers, son comportement a changé ! Elle a commencé à fréquenter des groupes de personnes qui étaient suivis par le même coach. Ils sortaient le soir et je me suis rendu compte que nos histoires de familles étaient étalées au su de tous. Son comportement avec nos enfants a aussi changé. Du jour au lendemain elle a arrêté de s’occuper d’eux ! Elle répétait sans cesse que j’étais un frein pour elle et à son épanouissement !» a confié un quadra tunisien, interrogé dans le cadre de cette enquête. Notre témoin est, aujourd’hui, en instance de divorce. Il raconte qu’au lieu d’essayer de comprendre vraiment le mal-être de sa femme, le coach qu’elle suivait l’a persuadée que le problème venait des gens qui l’entourent, de sa propre famille.

Le marketing du réseau et la culture d’entreprise sont des domaines qui commencent aussi à être influencés par la programmation neurolinguistique (PNL). Pour motiver les troupes, un coach en entreprise, fait le suivant discours, bien rodé :
« Dans le marketing de réseau, si nous avons un rêve, un objectif et si nous sommes prêts à travailler pour le réaliser, rien ne peut nous arrêter, sauf nous-mêmes. Pour ceux qui se sont construits avec une attitude pour se faire gouverner et qui ont choisi des solutions de facilité sans ambition : vous faites partie de ce groupe de personnes pour lesquelles il est préférable de passer votre route. Le marketing de réseau n’est pas pour vous ». En d’autres termes, tous ceux qui n’adhèrent pas à cette manière de pensée sont des « losers ».

Il existe des personnes qui possèdent le don de savoir écouter et analyser. Ces personnes le font de manière naturelle et le don de soi est pour eux chose normale. Etant conscients de cette capacité, elles deviennent coachs. Des coachs qui opèrent sur des situations particulières et ne se disent en aucun cas capables de résoudre tous problèmes. Ils ne promettront jamais aucun résultat pour s’attirer de la clientèle et encore moins des réductions de tarifs. Dans cette nouvelle vague ou mode qui nous vient de l’Occident, il est difficile de les distinguer. Ils sont néanmoins présents et contribuent de leur mieux pour rendre la vie des gens moins pénible.
Les personnes qui souffrent de difficulté psychologiques sont facilement manipulables. Ces proies faciles qui font aujourd’hui la force de mouvements sectaires tel que la Scientologie, à titre d’exemple, ne s’en sortent généralement plus une fois qu’ils ont adhéré à ces pseudo-doctrines, alors qu’ils cherchaient à la base le bien-être !
En Tunisie, ces nouveaux mouvements à la mode prolifèrent au sein de la classe relativement aisée de la population.

http://www.businessnews.com.tn/coa-de-vie--profession-ou-amanisme-new-age,519,73043,3
16/06/2017


 

 

 

 

 


 

 

 

 

DERIVES SECTAIRES


Les sectes et la France : une longue histoire d'inaction et d'attentisme politique

Plus que dans toute autre démocratie, les sectes font l’objet d’une attention particulière en France. Retraçant l’histoire de ces controverses depuis plus de quatre décennies, l’ouvrage d’Étienne Ollion montre comment les sectes sont devenues un objet politique et médiatique de premier plan. Extrait de "Raison d'État : Histoire de la lutte contre les sectes en France" d'Étienne Ollion aux Editions La Découverte (1/2).

En France comme dans de nombreux pays, l’implantation rapide de groupes ultérieurement qualifiés de sectes n’est pas passée inaperçue, et ce dès la fin des années 1960. En dépit de leur silence de façade, les pouvoirs publics ont diligenté différentes enquêtes, qui ont donné lieu à une production de textes. Au ministère de l’Intérieur, ils viennent d’abord s’ajouter à ceux relatifs « au commerce non sédentaire, les missions évangéliques tsiganes, les gens du voyage, et les activités parapsychologiques ».
Dans cet ensemble hétéroclite, on trouve, dès 1968, des informations sur l’arrivée de missionnaires moonistes, mêlées à des demandes de visa pour des évangélistes étatsuniens, et différents textes sur les OVNI.
La publicité nationale dont bénéficient certains groupes à partir du milieu de la décennie s’accompagne d’autres contrôles. En 1975, le ministre de l’Intérieur Michel Poniatowski demande l’ouverture d’une enquête judiciaire concernant Moon . Menée en avril 1976, elle conduit à l’interpellation de différents responsables du groupe et à des perquisitions sur différents sites du groupe. À cette occasion, les policiers de la sous-direction des Affaires économiques et financières réalisent un contrôle de ses comptes ainsi que de ceux des sociétés qui pourraient le financer. L’enquête n’aura pas de suites connues. L’absence de communication sur cette enquête tient peut-être aux résultats finalement limités auxquels elle aboutit. Après tout, si les policiers semblent avoir trouvé des irrégularités comptables dans la gestion des sociétés satellites de Moon, les flux observés ne sont que de l’ordre de quelques dizaines de milliers de francs sur une année, soit loin des trésors parfois annoncés. Le nombre d’adeptes, qui varie au gré des campagnes de recrutement et des défections, souvent importantes, ne dépasse pas les 2004 . D’autres enquêtes seront diligentées, qui parfois donnent lieu à des poursuites.
Cette position d’attentisme est généralisée tout au long des années 1980. Le traitement qui en est fait par les Renseignements généraux en est un bon indicateur. Au milieu des années 1980, les sectes font partie des nombreux sujets que le service commence à suivre. Intégrées au pôle « vie politique et partis », celles-ci auraient pu faire l’objet d’une surveillance accrue. Mais dans l’abondante production à laquelle donne lieu leur activité, les sectes sont extrêmement minoritaires . Un décompte réalisé sur une année au milieu de la décennie montre que sur près de 600 fiches produites entre juillet 1986 et juillet 1987, moins d’une douzaine concernent ces groupes. Les documents témoignent par ailleurs d’une vigilance assez relâchée. En comparaison avec le niveau de détail des analyses sur les responsables politiques, les notes sur les sectes sont brèves et souvent composées d’extraits de presse. La Scientologie fait l’objet d’une fiche de plusieurs pages en 1987, tout comme les projets immobiliers du groupe du Mandarom à Castellane l’année suivante. Le financement qu’apporte Moon au Front national au moment des élections européennes, qui prévoit la présence de hauts responsables français du groupe sur les listes du parti politique, est aussi évoqué. Mais cette surveillance reste finalement distante : à l’encontre de beaucoup d’autres fiches, les notes s’appuient d’abord sur des remarques de seconde main plutôt que sur des enquêtes précises.
Durant toutes ces années, la position française sur le sujet semble être gouvernée par un principe de réaction. Chaque fait divers un peu publicisé donne lieu à une réponse, mais celle-ci est oubliée à peu près aussi vite que la question a émergé. C’est le cas de la commission parlementaire créée autour du député socialiste Philippe Marchand. Installée au début de l’année 1979, elle fait suite au massacre de Guyana survenu quelques semaines auparavant. Réunie en quelques occasions, elle disparaît suite à l’alternance de 1981 sans avoir produit de recommandations. C’est aussi le cas d’un groupe de travail installé au sein de l’administration dans les mois qui suivent. Confiée à un inspecteur général, Jean Ravail, la commission doit statuer sur la réponse à apporter par les pouvoirs publics. Son activité prend fin avec le départ en retraite de son président, et elle ne fut pas particulièrement productive. Le bref rapport qu’elle remet propose d’ailleurs des changements marginaux.
L’inaction politique ainsi qu’une réactivité à l’actualité immédiate ne sont toutefois jamais aussi bien illustrées qu’avec le rapport sur Les Sectes en France, rédigé par A. Vivien et remis en 1983. Dès les années 1970, ce jeune député socialiste avait investi le sujet. Il avait été le premier à interpeller publiquement le gouvernement à ce propos. Et tout au long de la législature, il était intervenu à plusieurs reprises8 pour dénoncer ce qu’il considère comme l’inaction du gouvernement de droite, sans réel succès. Long d’une centaine de pages, le rapport est considéré comme la première réaction forte des responsables politiques français : opposants comme partisans y voient depuis la marque de l’engagement ferme et précoce de l’État. À partir de cette époque, la France aurait résolument pris la mesure du danger sectaire, et assuré un contrôle de ces groupes au plus haut niveau.
Extrait de "Raison d'État : Histoire de la lutte contre les sectes en France" d'Étienne Ollion aux Editions La Découverte.

http://www.atlantico.fr/decryptage/sectes-et-france-longue-histoire-inaction-politique-etienne-ollion-3088740.html
24 Juin 2017

 


 

 

 

 

EVANGELIQUES


Les protestants évangéliques en quête de reconnaissance

Cette marque de reconnaissance, ils l’attendaient depuis longtemps. Les protestants évangéliques l’ont enfin obtenue. Pour la première fois, le président du Conseil national des évangéliques de France (CNEF), Etienne Lhermenault, était présent à la cérémonie de passation des pouvoirs entre François Hollande et Emmanuel Macron, dimanche 14 mai, à l’Elysée. « J’étais aux côtés des représentants des musulmans, des catholiques, des juifs, de la Fédération protestante de France et des bouddhistes », se félicite-t-il.
Autre motif de satisfaction : le premier ministre, Edouard Philippe, est maire (LR) du Havre, fief historique du protestantisme évangélique en France. Plusieurs milliers de jeunes évangéliques s’y réuniront en juillet pour un grand rassemblement baptisé « Bouge ta France », avant de sillonner la Normandie afin de « partager l’Evangile ». « La mairie du Havre a beaucoup fait pour nous aider à organiser cet événement, souligne le président du CNEF. La nomination d’Edouard Philippe est un bon signe pour nous. Il sait qui nous sommes ».
Méconnus, divers, éparpillés sous de multiples appellations, souvent montrés du doigt pour leurs pratiques exubérantes, suspectés de dérives sectaires, les protestants évangéliques récoltent enfin les fruits de leur quête de visibilité. Et de respectabilité. Cette invitation (en 2012, François Hollande avait convié le CNEF, mais celui-ci avait « manqué le courrier ») traduit la prise en compte progressive, par les institutions, de ce courant religieux qui connaît la deuxième plus forte progression en France, après l’islam.
Son foisonnement se fait à bas bruit mais sa vitalité s’inscrit dans les chiffres : selon le CNEF, le nombre de protestants évangéliques en métropole aurait été multiplié par dix depuis 1950, pour atteindre 500 000 pratiquants réguliers. A titre d’exemple, l’Eglise pentecôtiste Paris Métropole, fondée dans les années 1930 et implantée depuis la fin des années 1960 rue de la Roquette, dans le 11e arrondissement de la capitale, attirait 250 adultes au culte il y a dix ans. « Aujourd’hui, ils sont 1 000 à 1 100. Depuis deux ou trois ans, nous sommes passés de 25 baptêmes [d’adultes] par an à 65, voire plus », témoigne son pasteur principal, Franck Lefillatre.
Nouveaux venus
Ivan Carluer, lui, est arrivé à Créteil (Val-de-Marne) en 2004. « Nous étions dix-neuf au premier culte. Aujourd’hui, nous sommes plus de mille. Nous avons une croissance de 20 % par an », témoigne le pasteur de l’Eglise pentecôtiste Martin Luther King. Depuis 1970, 1 750 églises locales auraient été créées en France, pour atteindre un total de 2 521, dont 2 263 en métropole. Soit une église pour 30 000 habitants. « Nous ne sommes pas du tout satisfaits de ce chiffre », insiste Daniel Liechti, président de la commission d’implantation d’églises nouvelles du CNEF, qui vise « une église pour 10 000 habitants ». Une nouvelle église évangélique locale s’implanterait tous les dix jours.
Ces nouveaux venus se heurtent souvent à la méfiance, voire à l’hostilité, d’élus locaux peu au fait, déroutés et inquiets de leurs pratiques comme de certaines méthodes d’installation « sauvages » dans d’anciens commerces, des garages, des entrepôts. Dans les églises évangéliques pentecôtistes-charismatiques (le mouvement qui connaît l’essor le plus important), aucun décorum : pas de croix ni d’autel ni de cierges. A la place : une scène, un orchestre rock, des chants endiablés, des chorales façon gospel… Une ambiance à l’opposé de l’austérité des cultes traditionnels chrétien, protestant ou catholique. Et un accueil toujours très chaleureux des nouveaux venus, en général immédiatement pris en main.
Si une majorité d’églises se rattachant à cette branche du protestantisme sont regroupées en unions, d’autres naissent et vivent leur vie en autarcie – de certaines « megachurches » à des groupes beaucoup plus petits, sans locaux fixes. Parmi ces quelque 45 unions, certaines sont membres de la Fédération protestante de France (FPF), qui héberge aussi les églises protestantes « historiques » non évangéliques et qui est l’interlocuteur traditionnel des pouvoirs publics. D’autres adhèrent au CNEF. Une part non négligeable – environ 20 % – sont affiliées aux deux fédérations.
« Clichés »
Le reste (entre un quart et un tiers, selon les évaluations) prospère en dehors de ces structures, bien souvent sur le terreau de communautés linguistiques et ecclésiales immigrées, parfois hors de toute existence légale. Et hors du champ de vision des représentants de la communauté elle-même. Suspicion de manque de formation pastorale, interrogations sur les finances, sur l’emploi des dons… s’ajoutent à la liste « des clichés dont souffre la communauté », souligne le président du CNEF. « Dans les années 1990 et 2000, l’évangélique était perçu comme un abruti à la George Bush Jr, aujourd’hui, il est vu comme un Africain excité », résume-t-il.
Résultat, « nous sommes encore souvent perçus comme des sectes », déplore le pasteur Franck Lefilattre. « Notre morcellement a eu des conséquences assez fâcheuses », reconnaît Daniel Liechti, du CNEF. La recherche de locaux capables d’accueillir du public tourne souvent au chemin de croix. Aujourd’hui, à Paris, le pasteur Samuel Foucachon a plusieurs expériences d’ouverture d’église à son actif, près de Marseille et de Bordeaux. « Il faut être prêt à encaisser de très nombreux refus », prévient-il. Selon lui, les édiles craignent, en cédant des locaux à des évangéliques, d’être ensuite contraints d’en faire autant pour d’autres, notamment des musulmans. « Il est arrivé que l’on me dise : en acceptant votre demande, on risque de perdre la mairie », témoigne-t-il. Chacun doit donc se débrouiller par soi-même.
Le temps de trouver des locaux aptes à accueillir du public, les fondateurs d’église optent souvent pour des solutions provisoires. A Paris, plusieurs théâtres arrondissent leurs recettes en hébergeant des offices le dimanche matin. L’Eglise Paris Métropole dirige une partie de ses fidèles vers le Théâtre Déjazet (600 places), dans le 3e arrondissement. Le pasteur Foucachon campe provisoirement au Théâtre de Nesle, dans le Quartier latin. A Créteil, Ivan Carluer a pris le problème à l’envers. Avec l’appui de la Fondation du protestantisme, il a convaincu la mairie de le laisser construire un « palais des congrès » de 6 000 m², pour un budget de 15 millions d’euros (la mairie apportera un million). Salle de sport, crèche, salle de mariage, de spectacle : l’équipement sera ouvert à tous les Cristoliens, quelle que soit leur confession. « Il n’y aura même pas un lieu de prière réservé. En revanche, l’Eglise occupera l’auditorium deux septièmes du temps », détaille Ivan Carluer.
« Des valeurs conservatrices »
Pour surmonter les préventions des pouvoirs publics mais aussi pour capter la vitalité de ces nouvelles églises, les institutions protestantes ont amorcé une mue. Impossible pour la FPF d’ignorer la flambée évangélique. Si l’Union des églises évangéliques libres avait contribué à fonder cette vénérable institution, elle accueille dans ses rangs de plus en plus d’unions d’églises « d’expression africaine », coréennes, malgaches et autres. « Nous demandons aux églises qui veulent nous rejoindre de ne pas se contenter de demander l’estampille FPF mais d’entrer dans un projet commun. Il est essentiel que ces églises entrent en relation avec d’autres et ne restent pas fermées sur elles-mêmes », explique la pasteure Jane Stranz, à la tête du service des relations entre les Eglises chrétiennes de la FPF.
Mais pour une partie de l’évangélisme, à la fibre conservatrice, il n’est pas question de rejoindre la FPF, jugée trop « libérale » d’un point de vue théologique et social. C’est pour tenter de les fédérer et de leur donner une visibilité que le CNEF s’est créé en 2010. « Les protestants évangéliques, qui défendent des valeurs conservatrices, ont la force du nombre mais pas encore la respectabilité sociale : cette reconnaissance les obsède », souligne Yannick Fer, chercheur au CNRS. Récemment, le CNEF a entrepris de sensibiliser les parlementaires à cette mouvance religieuse. Il y a deux ans et demi, Thierry Le Gall a été chargé d’un service pastoral auprès des députés et des sénateurs, qu’il remplit à temps plein depuis mars. Le CNEF s’apprête à adresser aux candidats aux législatives un livret exposant les convictions de leurs églises membres.
« L’objectif, c’est d’être visible dans le paysage du protestantisme », explique Thierry Le Gall. Mais aussi de détricoter les soupçons que nourrissent les élus envers ces églises, notamment en incitant les nouvelles à se faire connaître des édiles dès le début de leur projet d’implantation. « Les évangéliques ne veulent plus que les choses se fassent en catimini », explique le sociologue des religions Jean-Paul Willaime. « Mais nous n’arriverons jamais à réunir tout le monde, concède le président du CNEF, Etienne Lhermenault. Nous, nous n’avons qu’un pouvoir de conseil, nous ne sommes pas des gendarmes. »

Le contexte

Evangéliques
Les premiers courants évangéliques sont apparus en Europe dès le XVIe siècle, dans l’élan de la réforme protestante. Les protestants évangéliques - à ne pas confondre avec un évangéliste, qui est soit l’un des quatre auteurs des Evangiles, soit un chrétien se consacrant à l’évangélisation - répondent, selon le sociologue Sébastien Fath, à cinq caractéristiques.
Le biblicisme : la Bible (l’ancien et nouveau Testament) est la seule autorité. Un évangélique a un rapport direct à Dieu, sans médiation. Le crucicentrisme : seuls ceux qui croient que Jésus-Christ est mort sur la croix à la place de l’homme pêcheur seront sauvés. Le salut ne se monnaye pas autrement. L’engagement militant : tout évangélique doit faire œuvre d’évangélisation. La conversion : on ne naît pas chrétien, on le devient, par le baptême, pas avant l’âge de 16 ans. D’où l’appellation « Born again » (né de nouveau). La pratique cultuelle, enfin : plus spontanée, plus émotive, moins « formelle ».

Courants
• Les pentecôtistes-charismatiques
C’est le courant majoritaire puisqu’ils compteraient pour les deux tiers des évangéliques dans le monde. Pour eux, le Saint-Esprit se manifeste sous la forme de miracles, de prophéties ou encore par le parler en langues (le pouvoir de parler une langue étrangère, sans l’avoir apprise). Ils mettent l’accent sur une pratique très « émotionnelle », parfois exubérante.
• Les piétistes-orthodoxes
On y trouve les nombreuses églises parfois très anciennes comme les baptistes, les réformés évangéliques, les ménnonites, les darbystes… Le culte y est plus traditionnel, moins émotif. Ces églises sont aussi tournées vers l’action sociale et humanitaire.
• Les adventistes du 7e jour
Tenus à l’écart du CNEF, certains estiment qu’ils ne sont pas vraiment évangéliques, même s’ils y sont associés, mais plutôt judéo-chrétiens. Ils respectent les lois de l’Ancien Testament, notamment les prescriptions alimentaires, et pour eux le septième jour n’est pas le dimanche mais le samedi.

http://www.lemonde.fr/religions/article/2017/05/22/les-protestants-evangeliques-en-quete-de-reconnaissance_5131653_1653130.html
22.05.2017Les protestants évangéliques en quête de reconnaissance

 

 

 

 


 

 

 

 

EXORCISMES


«Ces hurlements étaient juste effrayants»

Une bruyante séance d'exorcisme, ou de délivrance, a créé l'émoi dans un village en plein après-midi.

Le syndic a indiqué avoir résilié le contrat de location de la salle communale. (Photo: FNT)
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Le soleil régnait en maître dans les rues paisibles de la bourgade de Lully (VD), non loin de Morges, ce mardi 13 juin. Mais soudain, des cris ont retenti, de plus en plus forts. «C'était effrayant, décrit une habitante à 20minutes.ch. Des hurlements d'un homme et d'une femme qui provenaient de la salle communale ont duré plus d'une heure, nous avons vraiment eu peur.» Un autre habitant est allé cherché le secrétaire communal et ils sont entrés dans le lieu où retentissaient ces cris. Ils y ont vu un individu, loueur de la salle, en présence d'une fille qui vomissait dans une poubelle, et d'une dame. Après de brèves explications, ils sont partis et le vacarme a cessé.
A chaque église sa pratique
Des prêtres catholiques pratiquent l'exorcisme, par lequel on traite les fidèles qui s'estiment possédés. Les évangéliques, eux, parlent plutôt de délivrance ou de guérison, à la faveur de séances souvent spectaculaires où des miracles se produiraient sous la houlette de guérisseurs autoproclamés. Chez les protestants réformés, «cela n'existe pas du tout. Nous pensons qu'un pasteur n'est pas habilité à soigner des gens malades. Mais nous soutenons évidemment toute personne qui exprime un besoin, quitte à la diriger vers d'autres professionnels», informe Line Dépraz, pasteure et membre du Conseil synodal de l'Eglise Evangelique Reformée du canton de Vaud (EERV). Interrogée sur les pratiques de certains groupes évangéliques, elle estime «qu'un pasteur avec une mainmise aussi énorme sur une autre personne est quelque chose de problématique.»
L'homme qui loue ce lieu chaque mardi se décrit comme un chrétien évangélique, du «Ministère de la délivrance et de la guérison». Résident à Lully avec sa famille, il distribue aussi des tracts qui vantent ses dons de guérisseur de maladies avec ses mains. «Je pratique ces délivrances depuis que je suis devenu croyant pratiquant, explique-t-il, et mes séances de libération permettent de se délivrer de vieux traumatismes, par exemple. Elles sont gratuites.» L'homme, au bénéfice de l'AI, souligne qu'il ne s’agit pas d'exorcisme, pratiqué par les catholiques, mais de délivrance, pour les évangéliques, «uniquement grâce à la parole de Jésus: c'est spirituel».
Du côté de la commune de Lully, le syndic ne désire pas communiquer à ce sujet: «Sachez juste que nous avons résilié le contrat de location de cette salle à ce Monsieur, car le règlement à respecter exige de décrire l'utilisation qu'on veut en faire.»
Porte-parole de la police cantonale, Arnold Poot déclare que «des investigations préliminaires ont été menées mais n'ont pas mis en lumière un quelconque élément pénal ou délictueux. Aucune plainte n'a été enregistrée. Il n'y a donc pas eu lieu d'ouvrir une enquête pénale.» Selon nos informations, la gendarmerie de Morges est en train de mener des investigations notamment pour connaître l'identité et l'âge des personnes présentes à cette séance et connaître les détails de son déroulement.

http://www.20min.ch/ro/news/vaud/story/19628630


 

 

 

 

 


 

 

 

 

EXTREME-DROITE (Bloc Identitaire)


L’Église dénonce les tentatives de groupuscules d’extrême droite pour bloquer l’arrivée des migrants

Des groupes d’extrême droite identitaires européens ont collecté près de 60 000 € pour empêcher des ONG d’aller sauver des migrants de la noyade.
L’appel est relayé sur la page Facebook du collectif « Génération identitaire », aile jeunesse du « Bloc identitaire », groupuscule d’extrême droite qui prétend défendre les Européens de race blanche. « Nous préparons une grande mission de sauvetage en Méditerranée, une mission pour sauver l’Europe de l’immigration clandestine, décrit le texte, renvoyant au site Internet Defend Europe. Nous voulons rassembler une équipe de professionnels, affréter un grand bateau et naviguer sur la mer Méditerranée pour contrecarrer les bateaux des ONG qui agissent à l’unisson avec les trafiquants d’êtres humains ».
Pour ce faire, un appel aux dons a été lancé, afin de « financer cette mission et participer à la sauvegarde de notre civilisation ».
Les ONG qui viennent au secours des migrants en mer, accusées par les identitaires de « trafiquer des centaines de milliers de clandestins en Europe » et de mettre « en danger la sécurité et le futur de notre continent », sont responsables « des noyades de masse de milliers d’Africains dans la Méditerranée », affirme encore le texte.
« La question de l’aide nécessaire à leur survie est une question fondamentale »
En réponse à cet appel, près de 60 000 € ont été collectés dans plusieurs pays d’Europe, rapporte The Guardian. Plusieurs militants ont déjà essayé en vain, le 13 mai, d’empêcher le départ de l’Aquarius, navire de l’association SOS Méditerranée qui mène des sauvetages en mer.
Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, s’est élevé contre cette levée de fonds dans un communiqué. « Chaque mois des milliers de personnes, des hommes et bien souvent des femmes et des enfants, essaient de traverser la Méditerranée pour fuir une misère extrême ou des régimes tyranniques sur lesquels l’opinion publique internationale est trop souvent silencieuse, rappelle-t-il. Ces malheureux se noient par centaines chaque semaine ; il y a les cadavres que l’on dénombre dans les statistiques, et il y a les corps qu’on ne retrouvera jamais ».
Sans nier « les difficultés que représente l’accueil de ces migrants », Mgr Gollnisch rappelle que « la question de l’aide nécessaire à leur survie est une question fondamentale qui doit interpeller la conscience européenne ». « Les organisations qui agissent, dans des conditions difficiles, pour les sauver d’une mort certaine sont l’honneur de notre temps. L’Œuvre d’Orient condamne fermement les entraves qui conduiraient à nuire à leur action et appelle les autorités compétentes à se saisir de ce problème dramatique qui ne relève pas des seules associations ».
« Contrecarrer l’action de ceux qui viennent en aide est une folie ».
« Empêcher l’action de ceux qui participent aux sauvetages est totalement inadmissible, réagit de son côté Mgr Georges Colomb, évêque de La Rochelle et responsable de la pastorale des migrants au sein de la Conférence des évêques de France (CEF). Nous nous trouvons face à une situation d’urgence humanitaire. Que des débats aient lieu sur l’opportunité d’accueillir ou non des réfugiés est une chose. Mais le fait que ces migrants soient dans une situation illégale n’enlève rien au devoir de leur sauver la vie. »
Quant à Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, secrétaire général de la CEF, il a estimé dans un tweet que « contrecarrer l’action de ceux qui viennent en aide (aux migrants, NDLR) est une folie ».

La Croix du 13.06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

FAUX SOUVENIRS INDUITS

Une kiné condamnée à un an de prison avec sursis pour avoir induit de faux souvenirs

Une kinésithérapeute a été condamnée ce 23 mai à un an de prison avec sursis, 20.000 euros d'amende et plus de 300.000 euros de dommages et intérêts, pour avoir soutiré des sommes considérables à des patientes. Celles-ci ont décrit un mécanisme d'emprise mentale via de "faux souvenirs induits".

Marie-Catherine Phanekham, 44 ans, a été reconnue coupable d'abus de faiblesse par le tribunal correctionnel de Paris. Sa peine de prison est assortie d'un sursis avec une mise à l'épreuve, qui comprend notamment une obligation d'indemniser les victimes. Le tribunal a également prononcé contre elle une interdiction d'exercer sa profession de kiné pour une durée de trois ans.
Au total, la prévenue a été condamnée à verser plus de 310.000 euros de dommages et intérêts aux victimes ou à leurs proches qui se sont constitués parties civiles. Le tribunal l'a également condamnée à verser un euro aux conseils départemental et national des masseurs-kinésithérapeutes, et 1.000 euros de dommages et intérêts à l'ADFI (Association de défense des Familles et de l'Individu) Paris Ile-de-France. Son président, Daniel Sisco, a jugé "très important" que la culpabilité de la prévenue ait été reconnue.
Les victimes soulagées
Lors du procès en février, les plaignantes ont toutes raconté comment la thérapeute leur avait induit de faux souvenirs d'abus sexuels qu'elles auraient subis pendant l'enfance, comment elles en sont venues à rompre avec leur entourage et à verser des sommes importantes, parfois plusieurs dizaines de milliers d'euros (voir plus bas).
Mme Phanekham, elle, n'a eu de cesse de contester les faits qui lui sont reprochés. Face à la convergence des témoignages à charge, elle a simplement concédé "l'erreur" d'avoir été "trop proche de ces gens".
Son avocate, maître Marie Dosé, a estimé que le tribunal a "ramené un peu de raison" dans une affaire à ses yeux "instrumentalisée" par certaines parties civiles et associations. Elle n'était pas en mesure d'indiquer dans l'immédiat si elle ferait appel.
L'une des victimes, Patricia Padovani, s'est félicitée que "l'emprise" ait été reconnue. "Les associations, on en a besoin, elles ont un rôle à jouer", a-t-elle ajouté. Avocat de plusieurs parties civiles, Me Olivier Morice a estimé que le tribunal a reconnu que la prévenue utilisait un mécanisme de "sujétion psychologique que l'on retrouve dans les dérives sectaires".
Faux souvenirs induits ?
La mémoire est modelable, modifiable, falsifiable. C’est la raison pour laquelle des thérapies spécialement conçues pour faire ressurgir des "souvenirs enfouis" sont interdites par de nombreuses associations professionnelles de psychologues, outre-Manche ou outre-Atlantique.
Les faux souvenirs induits, qui peuvent émerger dans des situations particulières de fragilité psychologique et de soumission à l’autorité (séances d’hypnose, de psychanalyse, voire dans une autre mesure lors d’interrogatoires policiers…) ont une réalité avérée par de très nombreuses recherches en psychologie. Les "thérapies de la mémoire retrouvée" ne sont pas à confondre avec les situations dans lesquelles d’authentiques souvenirs ressurgissent brutalement dans certains contextes (retour sur les lieux de son enfance, par exemple).
Donner l'argent "malsain" pour le "libérer des ondes"
Dans le cas des patients de la kinésithérapeute, les faux souvenirs concernaient le plus souvent des faits d'inceste ou de maltraitances soi-disant subis durant l'enfance. C'est ainsi que l'une des plaignantes a accusé à tort son père de l'avoir violée. La thérapeute "m'a fait comprendre que ma mère avait cherché à me tuer, quand j'étais dans son ventre", a déclaré une autre…
Outre les 100 euros en espèces à chaque consultation, certaines patientes ont donné beaucoup d'argent à leur thérapeute. L'une lui a par exemple versé la totalité de son indemnité de licenciement: 75.000 euros.
Selon le récit d'une autre patiente, qui avait également été licenciée, la prévenue lui avait demandé de se débarrasser de cet argent "qui représentait la "sécurité" et l'empêchait d'avancer. Et si elle voulait le donner à des associations, il fallait qu'elle lui donne cet argent "malsain" pour le "purifier", le "libérer des ondes".
Difficile d'admettre que l'on est victime
L'une des membres du "groupe" gravitant autour de la thérapeute, décrit comme sectaire, lui avait cédé son appartement pour 61.000 euros, revendu deux ans plus tard sept fois plus cher, sans qu'elle ne trouve rien à y redire (cette personne n’est pas partie civile).
L'une des patientes avait remis de fortes sommes d'argent en liquide à la thérapeute, issues de la vente de stock-options, qui avoisineraient 750.000 euros. Cette femme s'est, elle, constituée partie civile, mais refuse d'être considérée comme une victime. Elle avait accusé ses parents d'être à la tête d'un réseau pédophile, a parlé d'orgies, de sacrifices d'enfants, d'avortements forcés, d'expériences sur le cerveau, de magie noire...
A l'issue des investigations sur le patrimoine de la prévenue, eu égard à son train de vie élevé, les enquêteurs pensent, compte tenu de ses nombreux voyages en Thaïlande et au Laos, que l'argent a été investi ou conservé à l'étranger.
De faux souvenirs peuvent être induits dans de nombreux contextes, y compris… lors d'interrogatoires de police : des demandes insistantes, des suggestions destinées à créer des doutes dans le déroulé des évènements, peuvent bouleverser un témoignage. Policiers, juges et avocats sont théoriquement sensibilisés à ces questions, afin que les faits remémorés soient le plus fidèles à la "trace mnésique" originale des témoins.

http://www.francetvinfo.fr/sante/affaires/une-kine-condamnee-a-un-an-de-prison-avec-sursis-pour-avoir-induit-de-faux-souvenirs_2203960.html
23/05/2017





 

 

 


 

 

 

 

FONDATION PHILANTHROPIQUE BOUDDHA DHAMMA (Ma Ba Tha)


En Birmanie, le mouvement bouddhiste extrémiste Ma Ba Tha perdure sous un autre nom
Interdite depuis le 23 mai par le clergé bouddhiste birman, l’organisation de moines ultranationalistes et islamophobes mené par Ashin Wirathu, s’appelle désormais « Fondation philanthropique Bouddha Dhamma ».
En Birmanie, le puissant mouvement bouddhiste ultranationaliste Ma Ba Tha essaie de contourner la hiérarchie bouddhiste.
Alors que la haute assemblée bouddhiste de Birmanie avait officiellement dissous ce mouvement anti-musulman le 23 mai, cinq jours plus tard, le 28 mai, les responsables de Ma Ba Tha ont réuni leurs partisans et ont annoncé qu’ils changeaient le nom de leur organisation.
Celle-ci prend désormais le nom de Fondation philanthropique Bouddha Dhamma (ou Dharma en français, signifiant « protection », dans le sens où les enseignements de Bouddha protègent contre la souffrance). Cette appellation moins inquiétante que Ma Ba Tha (littéralement : les trois joyaux du bouddhisme, mais qui, dans ce contexte, est compris comme la protection de la race et de la religion), va permettre au mouvement de poursuivre ses activités.
Appels à la violence via les réseaux sociaux
Depuis plusieurs années, Ma Ba Tha attise les discours anti-musulmans à travers le pays, via les réseaux sociaux, provoquant campagnes de diffamation et de boycott, incendies de mosquées et assassinats de musulmans birmans, notamment des Rohingyas, une minorité de l’ouest du pays, fortement persécutée.
Autre signe qui prouve que le mouvement ne compte pas obtempérer à la hiérarchie bouddhiste : son leader, le moine Ashin Wirathu, 48 ans, connu pour ses prédications extrémistes, a pris la parole lors du rassemblement du 28 mai. Le haut clergé bouddhiste lui avait pourtant interdit de parler en public.
« Le moine Wirathu est une création des services secrets birmans sous la junte », estime Régis Anouil, rédacteur en chef d’Église d’Asie, l’agence d’information des Missions étrangères de Paris (MEP). « Certes, il a été emprisonné plusieurs années, mais il n’était jamais loin des services secrets birmans », poursuit Régis Anouil qui considère que les discours haineux et les incitations à la violence du moine ont fini par « coûter cher » à la Birmanie, en termes d’image à l’international. Rien d’étonnant donc, selon Régis Anouil, que « ses soutiens politiques aient préféré le lâcher ».
D’ailleurs, cette dissolution de Ma Ba Tha du 23 mai est intervenue deux semaines après la visite au Vatican de la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, et l’établissement de relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la Birmanie. Comme le rappelle Mgr Charles Bo, archevêque de Rangoun, dans une interview accordée le 15 mai à Rangoun à Églises d’Asie et à KTO, « le pape François, cette année, a parlé trois fois des Rohingyas et la dernière fois, il a dit que les Rohingyas formaient un peuple apatride pour lequel les Birmans devaient avoir de la compassion ».

La Croix du 29.05.2017
 





 


 

 

 

 

FRANC-MACONNERIE


Le message des évêques ivoiriens sur l’incompatibilité de la franc-maçonnerie avec la foi chrétienne
21 mai 2017, message des évêques ivoiriens sur la franc-maçonnerie
Conférence des évêques de Côte d’Ivoire (*)
À l’issue de leur Assemblée plénière à Bonoua (Côte d’Ivoire), les évêques de Côte d’Ivoire ont adressé, le 21 mai 2017, à leurs fidèles un message sur les incompatibilités entre la foi chrétienne et la franc-maçonnerie. Beaucoup de chrétiens, constatent les évêques ivoiriens, « se laissent séduire par les théories développées dans (les) sociétés secrètes » parmi lesquelles la franc-maçonnerie. À ceux-là, ils rappellent la position de l’Église : « les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave » en raison « d’incompatibilités profondes entre la foi chrétienne et les principes de la franc-maçonnerie ». La franc-maçonnerie, expliquent-ils, prône un relativisme dans lequel chacun est libre de se représenter son Dieu. De plus, elle ne reconnaît pas la divinité de Jésus-Christ et suggère que l’homme peut accéder au bonheur par ses propres moyens. Il n’a donc pas besoin d’être sauvé. Des positions de la franc-maçonnerie qui sont autant de points de divergence avec la foi chrétienne. Ils ont donc appelé les fidèles déjà engagés dans la franc-maçonnerie à revenir au Christ. Ils ont aussi exhorté ceux qui constituent une « cible privilégiée » des francs-maçons : étudiants, cadres, personnes consacrées, etc, à la vigilance quelles que soient les propositions alléchantes qu’ils peuvent recevoir. Les évêques ivoiriens ont promis de publier prochainement une lettre pastorale sur la franc-maçonnerie.

La Documentation Catholique

Aux fidèles de l’Église catholique en Côte d’Ivoire

Chers fils,
Chères filles,
À vous, grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ !

Introduction
De nos jours, la problématique des mouvements ésotériques est une question théologique et pastorale qui préoccupe au plus haut niveau l’Église en Côte d’Ivoire.
Le constat est que beaucoup de chrétiens, par ignorance, par curiosité ou par désir d’ascension sociale, se laissent séduire par les théories développées dans ces sociétés secrètes, tandis que d’autres continuent de s’interroger sur leur compatibilité avec la foi catholique.
Parmi ces mouvements ésotériques, la franc-maçonnerie mérite qu’on y apporte un éclairage en raison des amalgames qui sont véhiculés en ce qui concerne sa compatibilité avec la foi catholique.
Au mois de janvier 2018, à l’occasion de notre 108e Assemblée plénière, nous publierons une lettre pastorale sur le sujet.

But du message
Avant cette échéance, nous, vos archevêques et évêques de Côte d’Ivoire, fidèles à notre mission de promotion et de protection de la doctrine et des mœurs conformes à la foi, voudrions déjà, à travers ce message, informer et former l’ensemble des chrétiens. Ceci amènerait à lever toutes les équivoques et les ambiguïtés en ce qui concerne sa compatibilité avec la foi chrétienne. Il s’agit pour nous de donner de façon claire la position de l’Église sur cette société secrète afin d’éviter toute erreur susceptible d’égarer les chrétiens.
Pour mémoire, la position de l’Église face à la franc-maçonnerie a été constante et claire tout au long de l’histoire. Elle a condamné de manière presque immédiate toute forme de franc-maçonnerie. Et aujourd’hui encore, le jugement de l’Église sur les associations maçonniques demeure inchangé, parce que leurs principes ont toujours été considérés comme inconciliables avec la doctrine de l’Église. Dès lors, l’inscription des fidèles catholiques à ces associations reste interdite par l’Église. En conséquence, comme le stipule la déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 26 novembre 1983 : « les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave ; ils ne peuvent accéder à la sainte communion » (1) ; ils ne peuvent, non plus, bénéficier des honneurs des funérailles chrétiennes.
Cette position constante de l’Église ainsi que les nombreuses condamnations magistérielles sans équivoque qui en découlent se fondent sur un certain nombre d’incompatibilités profondes entre la foi chrétienne et les principes de la franc-maçonnerie.

Incompatibilités de la franc-maçonnerie et de la foi catholique

Du relativisme
D’une manière générale, le relativisme constitue l’épine dorsale des principes de la franc-maçonnerie. On comprend dès lors que cette tendance à vouloir tout relativiser constitue le nœud même de l’incompatibilité, en raison des conséquences sur le contenu de la foi, l’agir moral et l’appartenance à l’Église. Dans cette dynamique, la Vérité est relativisée et l’idée même d’une Révélation est refusée.
L’une des conséquences directes de cette manière de tout relativiser, y compris la Vérité, est la conviction chez les francs-maçons qu’aucune connaissance objective de Dieu, en tant qu’être personnel n’est possible. Dans les rituels francs-maçons, le concept de « Grand architecte de l’univers » occupe une place centrale. Et ce « Grand architecte de l’univers » est en fait un contenant vide, dans lequel chacun est libre d’introduire sa représentation de Dieu, le chrétien comme le musulman, le confucianiste comme l’adepte des religions traditionnelles. Or, c’est tout à l’opposé de la conception chrétienne de Dieu qui se révèle, entre en dialogue avec l’homme, et de la réponse de l’homme qui s’adresse à lui en le nommant Père et Seigneur, comme l’affirme le concile Vatican II.

De la divinité du Christ
De plus, le problème de la divinité du Christ constitue un autre point d’achoppement à l’intérieur de la question de la vision de Dieu et de la Révélation. La foi chrétienne affirme qu’en Jésus, Dieu s’est révélé pleinement et définitivement aux hommes. Cela apparaît clairement dans notre profession de foi, le Credo de Nicée-Constantinople où nous déclarons avec conviction que « Jésus-Christ est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu ; engendré non pas créé, de même nature que le Père ». Or, les francs-maçons attribuent à Jésus toutes sortes de qualificatifs positifs, mais ils passent à côté de l’essentiel, à savoir Jésus-Christ est fils de Dieu, il est Dieu fait homme. L’Église ne peut tolérer l’affirmation selon laquelle Jésus est seulement un homme sage, car il est plus que cela pour le chrétien : il est le Messie, le Fils du Dieu vivant comme le reconnaîtra saint Pierre (Cf. Mt 16, 13-19).

De la problématique du salut
Par ailleurs, il faut ajouter que la franc-maçonnerie exclut toute idée de salut. Pour les francs-maçons en effet, l’homme se construit par lui-même. Il n’a pas besoin de Dieu pour changer son cœur et trouver le bonheur. Il est clair que la perspective est complètement différente chez le chrétien. Car l’Évangile est l’heureuse annonce du salut. Le chrétien attend et reçoit le salut de la grâce miséricordieuse de Dieu, en la personne de Jésus qui est précisément le Sauveur (Jésus, c’est-à-dire « le Seigneur sauve ») : « C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, à cause de votre foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (Eph 2, 8). La foi chrétienne enseigne, en effet, qu’en Jésus-Christ, Dieu est venu parmi les hommes pour les sauver (Jn 3, 16).
En raison de ces profonds points de divergence entre la franc-maçonnerie et les fondements même de la foi chrétienne, on peut affirmer clairement que le fait d’y adhérer met en cause les fondements de l’existence chrétienne.

Appel
En conséquence, nous, vos archevêques et évêques, vos guides spirituels de l’Église catholique en Côte d’Ivoire, voudrions vous interpeller vivement face aux sollicitations incessantes de la franc-maçonnerie :

Aux fidèles laïcs
Certains parmi vous se sont déjà engagés dans la franc-maçonnerie. Quelles que soient les raisons qui vous ont amenés à faire un tel choix, quels que soient les pactes déjà scellés et les degrés de votre appartenance à telle ou telle obédience, nous vous exhortons ardemment à rebrousser chemin, à l’instar de l’enfant prodigue (Lc 15, 11-32). N’ayez pas peur de rompre tous les liens qui vous tiennent captifs. Car « si le Christ nous a libérés, c’est pour que nous soyons vraiment libres » (Cf. Ga 5, 1). Revenez donc au Christ, la seule et unique source de votre épanouissement, de votre équilibre, de votre liberté et de votre salut. Car il n’y a aucun autre nom sous le ciel par lequel vous soyez sauvés, à part le nom de Jésus (Cf. Ac 4, 12).

Aux jeunes catholiques
Une analyse du mode opératoire de la franc-maçonnerie montre bien que vous constituez la cible privilégiée de cette société secrète. En effet, des membres de cette confrérie infiltrent insidieusement nos universités et grandes écoles, où se prépare l’élite de demain. En cédant aux offres alléchantes que l’on fait miroiter sous vos yeux, vous compromettez ainsi gravement votre relation au Seigneur.
Par ailleurs, nous sommes conscients des difficultés que vous rencontrez dans la prise en charge de vos études et dans la recherche d’un emploi après vos différentes formations. Cependant, nous croyons que tout espoir n’est pas perdu pour vous. Votre esprit d’imagination et votre créativité vous permettront, avec l’aide du Seigneur et le concours des hommes de bonne volonté, d’entreprendre quelques activités génératrices de revenus.

Aux cadres et hommes de culture
La recherche de connaissance, de succès et de pouvoir, le désir d’appartenir à une élite respectée sont des tentations assez répandues aujourd’hui dans notre monde. Elles poussent quelquefois beaucoup de nos concitoyens, notamment vous, cadres et hommes de culture, à emprunter des voies sans issues. L’appartenance de certains d’entre vous à la franc-maçonnerie les conduit parfois à poser des actes ignobles. N’oubliez jamais que tout succès ou tout pouvoir est avant tout un don de Dieu, et en dehors de lui, toute forme d’ascension politique ou sociale, finit toujours par sombrer dans la déchéance et la désolation totale. Car, comme dit le Christ, « Que sert-il donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? » (Marc 8, 36).

Aux responsables des paroisses et des communautés nouvelles
Depuis les premiers siècles, l’Église vit du don de ses fidèles. Cette générosité mérite d’être encouragée en raison de l’urgence et de l’importance de l’annonce de l’Évangile à tous. Toutefois, nous en appelons à la vigilance et au discernement des curés de paroisses, des responsables d’institutions et des communautés nouvelles face à certaines offres pour la réalisation de vos différents projets. En effet, des personnes mal intentionnées, tels des loups vêtus de peaux d’agneaux, fréquentent parfois vos assemblées. Leur intention cachée serait de déstabiliser l’Église catholique. La sagesse chrétienne et la prudence exigent un examen lucide de la provenance de ces dons aux montants extraordinairement généreux dont certaines de vos structures peuvent bénéficier. Aussi vous prions-nous de mettre tout en œuvre pour ne pas vous compromettre inconsciemment avec les sectes ésotériques et les associations du même genre.

Au clergé et aux consacrés
Nous apprenons, à tort ou à raison, que certains membres du clergé et des consacrés flirteraient avec la franc-maçonnerie ou en feraient l’apologie, pensant sans doute trouver la solution à leurs problèmes matériels et financiers, croyant peut-être trouver le moyen facile d’une quelconque promotion. Il serait bien dommage et triste que des hommes et des femmes d’Église, censés vivre dans le détachement et le renoncement en arrivent là !
Nous déclarons que les propositions du gain facile ne peuvent en aucun cas vous édifier ni garantir votre dignité de chrétiens. C’est bien contre cela que l’Apôtre Paul s’insurge avec précision et netteté de termes contre les démons qui viendraient à conquérir l’esprit des responsables de l’Église (Cf. 2 Th 3, 7-10).

Aux candidats au sacerdoce
Vous, chers fils, vous constituez la semence du clergé de demain. Votre formation spirituelle, humaine, intellectuelle et doctrinale nous préoccupe et nous tenons à y apporter le plus grand soin pour le bénéfice du peuple de Dieu.
Nous vous exhortons à prendre davantage conscience de la noblesse de votre choix à travailler dans le champ du Seigneur. C’est pourquoi vous devez tout mettre en œuvre pour résister aux sollicitations des adeptes de mouvements ésotériques et autres sociétés secrètes qui s’attaquent à nos futurs prêtres, dans le but de les corrompre. Comme le dit si bien saint Paul : « Si quelqu’un enseigne de fausses doctrines et ne s’attache pas aux saines paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ et à la doctrine qui est selon la parole, il est enflé d’orgueil » (1 Tm 6, 3-4).

Conclusion
Nous ne saurons terminer sans invoquer sur vous tous, l’Esprit de Notre Seigneur, qui rendra fort les fidèles du Christ : évêques, prêtres, personnes consacrées et fidèles laïcs, face à tous les groupes et associations ésotériques qui travaillent à l’impossible disparition de l’Église catholique. Le Christ Jésus, maître et fondateur de l’Église, confiant les clés du Royaume à Pierre, lui a déclaré en effet : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ; et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle » (Mt 16, 13-19).
Que Marie, l’humble servante du Seigneur nous présente à son Fils, aimant et adorable !
Que Dieu vous bénisse et vous garde, en son Esprit et en son Église.

(*) Titre et note de La DC.
(1) DC 1984, n. 1865, p. 29.

La Croix du 09.06.2017

 

 

 

 

 


 

 

 

 

GUERISON


« La guérison ne doit pas devenir une pratique magique »

Le Père Bernard Maitte est prêtre du diocèse d’Aix, membre du Service national de pastorale liturgique et sacramentelle, et auteur du livre

« Protection, délivrance, guérison » (Ed. Mame, 96 p., 22 €).

Coauteur de ce livre et membre du bureau national des exorcistes, il souligne les risques des prières de guérison.

La Croix : Pourquoi la Conférence des évêques de France a-t-elle publié un livre intitulé « Protection, délivrance, guérison » ?
Père Bernard Maitte : Les exorcistes et leurs équipes, comme les paroisses, reçoivent beaucoup de demandes mais ne pratiquent le rite de l’exorcisme qu’en d’assez rares occasions. En effet, on ne pratique l’exorcisme qu’après un discernement conséquent. Mais beaucoup veulent être « exorcisés », alors que leurs demandes sont souvent liées à l’angoisse et à la peur, ainsi qu’à des fragilités (physiques, affectives ou sociales).
Or, il n’existait aucun livre regroupant les prières destinées à ces personnes, qui relèvent plutôt d’une pastorale de l’accueil et de l’écoute des communautés chrétiennes et d’un cheminement dans la foi. Beaucoup de prières de délivrance ou de guérison circulent informellement, entre les équipes, mais la plupart ne sont pas ajustées d’un point de vue théologique, ecclésial ou spirituel. Elles font appel à une anthropologie religieuse obsolète, liée au XIXe siècle, comme des prières adressées à des anges ou à des saints réputés « efficaces », où l’accent est davantage mis sur le combat entre le bien et le mal que sur le salut en Jésus-Christ.
Il est nécessaire de proposer des prières qui soient des demandes à Dieu d’aide, de soutien et de force, comme on les trouve dans les psaumes. Ce livre est donc destiné à la fois aux équipes d’exorcisme mais aussi à tous ceux qui sont amenés à accueillir ce type de demandes dans les paroisses ou les mouvements.

Les demandes de guérison et d’exorcisme augmentent-elles ?
Père Bernard Maitte : Oui, très nettement. On le voit dans les paroisses, mais aussi à travers le foisonnement de sites Internet autour de l’exorcisme, du diable ou de la guérison. Plusieurs facteurs expliquent cette hausse : la précarité peut mettre des gens dans une certaine fragilité et qui, confrontés à l’échec, finissent par se croire maudits ou possédés.
Beaucoup de fidèles étrangers sont aussi sensibles à ce mélange des forces des ténèbres et de la lumière. Par exemple, des chrétiens africains – mais pas seulement – peuvent être issus de cultures où la religiosité est parfois mélangée à la magie.

Quelles sont les dérives et comment les éviter ?
Père Bernard Maitte :
La guérison ne doit pas devenir une pratique magique. Chez certaines personnes ou dans certains groupes, c’est pourtant le cas. La magie se définit par un ensemble de réalités qui tendent à exercer un pouvoir sur l’autre. Au contraire, la liturgie fait appel à des prières, signes et moyens, dans l’acte de proclamation de la parole de Dieu qui permettent de relier à Dieu pour délivrer, ou mieux délier la personne.
Ces dérives peuvent venir de laïcs ou de prêtres, qui sont tentés de s’approprier un pouvoir de guérison et d’en faire quelque chose de personnel. Certains prêtres peuvent se prendre un peu pour des chamanes… Certains groupes pratiquent la prière de la guérison de manière inadéquate, sur des personnes fragiles, au risque de manipuler les fidèles.
Par exemple, il y a quelque temps, j’ai eu connaissance de pratiques qui avaient pour but de délivrer du démon. Il s’agissait de pratiques très démonstratives, dans une église ouverte – alors que l’exorcisme majeur requiert de se dérouler dans un cadre privé – en présence de groupes chrétiens, dont l’un n’était pas catholique.
Dans l’Église catholique, lorsque l’on prie officiellement au nom de Dieu, on ne peut pas improviser. Il y a des pratiques à respecter. La liberté humaine doit être honorée, et un discernement doit toujours s’exercer. De même, on ne peut pas utiliser la présence eucharistique n’importe comment. Le Saint-Sacrement n’est pas un objet magique que l’on brandit pour guérir. L’Église appelle donc à une très grande prudence en la matière.
Lors d’un exorcisme majeur (il existe les exorcismes mineurs accomplis lors de la démarche vers le baptême comme préparation à celui-ci), le prêtre doit systématiquement discerner, et prendre l’avis de professionnels de santé comme de personnes à la sagesse éprouvée. Par ailleurs, ceux qui accueillent et accompagnent des personnes en difficulté doivent distinguer ce qui relève d’une thérapie ou/et d’un accompagnement spirituel. Il ne s’agit jamais de dire : « En faisant une prière, on va régler tous vos problèmes. »

La Croix du 01.06.2017
 

 


 

 

 

 

HERAUTS DE L'EVANGILE


Scandale chez les Hérauts de l’Évangile

L’histoire est tout bonnement délirante. Et elle est révélée par Andrea Tornielli, un des vaticanistes les plus fiables d’Italie, dans un article du Vatican Insider.
De quoi s’agit-il ? Joao Cia Dias, fondateur des Hérauts de l’Évangile, une association de fidèles de droit pontifical née au Brésil mais ayant essaimé dans le monde entier, apparaît dans une vidéo datée de début 2016, remettant un document à un prêtre, le père Beccari, et siégeant à ses côtés tandis que ce dernier en fait la lecture. Document pour le moins extravagant lu devant une soixantaine de prêtres du mouvement, où le pape est gravement mis en cause. Dans ce document, qui est la retranscription du dialogue entre un prêtre et un démon supposé tenu entre un prêtre et un démon lors d’un exorcisme, il est question de Plinio Correa de Oliveira, fondateur du mouvement Tradition Famille Propriété, organisation traditionaliste. Les propos prêtés au démon stipulent que « Dr. Plinio encourage la mort du Pape » – le pape François donc – dont le démon « affirme » qu’il s’agit d’un de ses serviteurs.
Pour comprendre le
lien entre TFP et les Hérauts de l’Évangile, il faut remonter aux origines. Après la mort d’Oliveira en 1995, le mouvement TFP, fondé en 1960, s’est scindé en deux branches. « D’un côté, explique Andrea Tornielli, les “Fundadores” qui ont obtenu l’usage du nom TFP aux États-Unis et en Europe (l’association italienne est très proche des positions du professeur Roberto de Mattei et a récemment soutenu l’activité des quatre cardinaux auteurs des “dubia” à la suite d’Amoris Laetitia). De l’autre, João Scognamiglio Clá Dias, qui a obtenu les attributs et le nom de l’association au Brésil et qui, après la mort de Plinio Correa en 1995, a fondé un ordre religieux et une association privée de laïcs, les “Hérauts de l’Évangile”. » En France, la première branche, TFP, fit l’objet d’un scandale dans les années 1980, après que des parents d’élèves et des professeurs d’une école créée par TFP dans le Berry eurent dénoncé une tentative d’endoctrinement et qu’un jugement rendu par le TGI de Châteauroux en 1982 leur donne raison. Depuis, TFP a produit d’autres émanations comme l’association Avenir de la culture, spécialisée dans le lobbying politique et le mailing.
Les Hérauts de l’Évangile font actuellement l’objet d’une enquête de la part du Vatican.
Or, explique Tornielli, il se trouve que les Hérauts de l’Évangile, (la deuxième branche, donc) première association de fidèles du millénaire à avoir été approuvée par le Vatican, plus particulièrement par le Conseil pontifical pour les laïcs, en 2001, font actuellement l’objet d’une enquête de la part du Vatican. Joao Cia Dias a lui même démissionné le 12 juin 2017. Parmi les motifs ayant déclenché l’enquête, poursuit Tornielli, « il y a ce que le sociologue Massimo Introvigne (spécialiste des Hérault de l'Évangile, ndlr) appelle “une espèce de culte secret et extravagant rendu à une sorte de trinité composée de Plinio Correira de Oliveira, sa mère Donna Lucilia, et Monseigneur Cia Dias lui-même”. » Et beaucoup de ceux qui ont quitté l’association « ont écrit à propos de ce culte secret, qui selon certains, serait allé bien au-delà du culte de la personnalité ». Par ailleurs, développe Tornielli, « ce qui complique encore plus les choses est qu’il émerge de ces enregistrements récents que Scognamiglio Cia Dias, le fondateur des Hérauts de l’Évangile et ses prêtres utilisent des rituels d’exorcisme fabriqués par eux-mêmes, car ils tiennent ceux de l’Église catholique approuvés par le Saint Siège pour inefficaces ». Comme l'explique un célèbre exorciste, le père Armoth, dans son livre Un exorciste raconte, lors des exorcismes, il est essentiel pour le prêtre de s’en tenir au rituel, « ne pas poser de questions inutiles ou relevant de la simple curiosité » et se méfier lorsque les démons se montrent spontanément très bavards.
Après sa démission, Joao Cia Dias a en outre ajouté qu’il ne renonçait pas pour autant à sa « mission de père », promettant qu’il resterait « disponible pour chacun » et concluant que Dieu avait fait de lui « un modèle vivant et un gardien de ce charisme » qui lui fut « donné par le Saint Esprit ».

La Vie du 16.06.2017

Les Hérauts de l’Évangile, émanation de la TFP brésilienne, dans la tourmente

Les Hérauts de l’Évangile sont dans la tourmente. Une enquête « approfondie et sérieuse » lancée par la Congrégation des Religieux est en cours au sein de cette association internationale de fidèles, la première née du nouveau millénaire, reconnue par le Conseil pontifical pour les laïcs le 22 février 2001, et les deux sociétés de vie apostolique afférentes, “Virgo Flos Carmeliˮ pour les clercs et «Regina Virginum » pour les religieuses, érigées de droit pontifical sous Benoît XVI.
Les Hérauts de l’Évangile, peut-on lire sur la fiche Wikipedia, « se veulent des zélateurs du culte marial » et « s’inscrivent dans la « nouvelle évangélisation » promue par Jean-Paul II. » Congrégation de laïcs et de religieux, attachée au courant des conciliaires-conservateurs, -la messe Paul VI est leur rite ordinaire-, bien plus que des traditionalistes comme le pensent erronémentles médias du système trompés par une apparence moyenâgeuse que l’on peut qualifier de romanesque, fondée par Mgr João Scognamiglio Clá Dias, cette association est une émanation de la fameuse TFP (Tradition Famille Propriété), instituée dans les années 50 par le penseur catholique contre-révolutionnaire brésilien Plinio Corrêa de Oliveira, qui s’est scindée en deux après sa mort. D’un côté Mgr João Scognamiglio Clá Dias qui a obtenu les biens et le nom de l’association au Brésil et qui, après la mort de Plinio en 1995, a fondé un ordre religieux et une association privée de laïcs, les Hérauts de l’Évangile avec branche masculine et féminine. De l’autre côté, les « Fundadores » qui ont obtenu l’usage du nom TFP aux États-Unis et en Europe. Pour information, la TFP et ses nombreuses nébuleuses sont très proches du professeur Roberto de Mattei.
Les Hérauts de l’Évangile se sont répandus dans 78 pays. Il sont reconnaissables à leur uniforme ou habit, marron uni pour les prêtres, marron et blanc pour les moines, marron et caramel pour les moniales, beige pour les séminaristes, blanc pour les laïcs, marqué d’une grande croix gothique bicolore rouge et blanche, et de bottes noires. Ils disposent aussi d’une chaîne où pend un rosaire. Ils ont ainsi l’allure de croisés ou de templiers.
A l’origine de l’enquête révèle le quotidien Vatican Insider
«parmi les autres signalements, il y a des lettres et des vidéos envoyées à Rome par Alfonso Beccar Varela. Depuis au moins trente ans on parle de l’existence au sein de la TFP et ensuite des Hérauts d’une sorte de société secrète « Semper viva » où se pratique le culte de la mère de Plinio Corrêa, Donan Lucilia, de Plinio lui-même et aussi de João Scognamiglio Clá Dias. Un culte que l’Église ne permet pas. »
Concernant les vidéos, Andrea Tornielli note dans son article, qu’«il s’agit d’images qui montrent des exorcismes (voir la vidéo ici) avec des formules qui ne sont pas approuvées par les autorités ecclésiastiques, mais surtout des enregistrements de rencontres entre le fondateur et certains prêtres. »
« Des dialogues et des témoignages ressort également un certain millénarisme : les Hérauts, explique Tornielli, sont convaincus que grâce à la Vierge de Fatima une sorte de fin du monde est éminente qui verra triompher Mgr João Scognamiglio Clá Dias. Dans le dialogue, les prêtres font état d’exorcismes dans lesquels le diable aurait annoncé que le fondateur deviendra pape et que les forces sataniques le craignent plus que tout autre chose. Il est détaillé également comment les noms de Donna Lucilia, de Plinio Corrêa et de Mgr João sont invoqués dans les exorcismes comme étant très puissants. Au point d’être divinisés. »
Déjà à l’époque de Plinio Corrêa et de sa TFP, des rumeurs sur des pratiques secrètes et une doctrine millénariste circulaient. Dans un article paru sur MPI le 22 mars dernier, nous écrivions :
« L’évêque traditionaliste Mgr Castro-Mayer du diocèse brésilien de Campos l’avait condamnée, [la TFP, ndlr] comme étant une secte avec des sociétés, des doctrines et des pratiques secrètes, et rendant un culte inapproprié à son fondateur ! En 1985, ce fut l’épiscopat brésilien qui l’a condamna comme groupe “ésotérique”. » « A partir du message de Fatima, celui que la TFP nomme « Le Prophète », Plinio Corrêa de Oliveira, a développé tout un corpus doctrinal et une dimension mystique et messianique de la TFP, ses moines soldats laïcs étant les hérauts privilégiés de Notre Dame de Fatima pour instaurer un futur Royaume de Marie. »
Aujourd’hui, ce sont donc les Hérauts de l’Évangile de Mgr João Scognamiglio Clá Dias, disciples de Plinio, qui sont confrontés aux mêmes accusations que la TFP dans le passé.
Cette enquête qui frappe aujourd’hui cette association de droit pontifical a-t-elle incité le fondateur, Mgr João Scognamiglio Clá Dias, le supérieur général de la société cléricale de vie apostolique “Virgo Flos Carmeliˮ et le président des Hérauts de l’Évangile, à se démettre de ses fonctions ? C’est la question qui peut se poser en effet : dans une lettre rendue publique le 12 juin dernier Mgr Clá Dias explique renoncer à ses charges pour qu’un de ses fils spirituels puisse « conduire cette œuvre à la perfection désirée par Notre-Dame » tout en précisant cependant que « en laissant ma charge je ne peux pas – ni ne le désire- devant Dieu, renoncer à ma mission de père » et donc « je continuerai à être à la disposition de tous, parce que je me sais préposé par Dieu comme modèle et gardien vivant de ce charisme qui m’a été transmis par l’Esprit-Saint. »
Un tel langage, si éloigné de la sainte humilité des saints fondateurs et si semblable à celui des charismatiques, pourrait à lui seul être une preuve des possibles dérives sectaires des Hérauts de l’Évangile !

Medias-Presse-Info du 13.06.2017


 

 

 

 

 


 

 

 

 

HOMOPHOBIE


Tuerie d'Orlando : son fils est gay, le père ne vient pas chercher le corps

La tuerie au Pulse avait provoqué une émotion nationale - ici, un hommage à Dallas - voire mondiale, mais a aussi révélé une homophobie latente.
Il y a un an jour pour jour, le 12 juin 2016, un terroriste abattait 50 personnes au Pulse, une boîte gay d'Orlando (États-Unis). L'assaillant se réclamait de Daech.
Après le choc, un autre, plus sournois, s'est fait jour : le malaise des familles qui, pour nombre d'entre elles, ont appris la mort de leur enfant en même temps que leur orientation sexuelle.
Sur le site Orlando Latino, la journaliste Maria Padilla, a notamment expliqué que la commissaire d'Orlando, Patty Sheehan, avait longuement dû répondre à des familles qui lui demandaient : "Que faisait notre fils dans ce club avec cet homme ?"
Pire encore, un père a carrément refusé de venir chercher le corps de son fils... C'est finalement la sœur de la victime qui est venu le chercher.
Ce malaise des proches de victimes pourrait être la conséquence du conservatisme des familles porto-ricaines, île dont sont originaires la plupart des victimes. "En Amérique latine, l’homosexualité n’est pas acceptée", a tout simplement regretté Patty Sheehan, la commissaire d’Orlando.

Le Progrès du 13.06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

ICSA


Bordeaux : sectes et radicalisation en débat

Un congrès international se tient à partir de ce mercredi.
C’est une première à Bordeaux, et même en France, selon ses organisateurs : un congrès international consacré au thème « Dynamiques sectaires et radicalisation » se tient d’aujourd’hui à samedi dans la capitale girondine.

Organisé par l’ICSA (International Cultic Studies Association), association américaine qui travaille depuis 1979 sur la manipulation psychologique, Info Sectes Montréal et la Société française de recherche et d’analyse de l’emprise mentale (SFRAEM), ce congrès réunit 158 conférenciers du monde entier. Des chercheurs, des spécialistes de la santé mentale, des avocats anglais, américains, japonais, français, chinois ou encore pakistanais.
L’expérience mondiale
« À l’époque où la France tâtonne encore beaucoup sur la déradicalisation, il est important de se nourrir de l’expérience mondiale, de ce qu’il se fait ailleurs », explique Daniel Picotin, avocat et président de la SFRAEM, qui milite depuis plusieurs décennies contre les sectes et la manipulation mentale. Il fait partie de ceux qui ont importé en France l’« exit counseling » (conseil en sortie d’emprise mentale), méthode américaine qui avait été employée dans l’affaire des reclus de Monflanquin.
« L’idée de l’ICSA est d’organiser des rencontres ouvertes à toutes les disciplines afin d’élargir le chemin de pensée, la vision du phénomène », précise Michael Kropveld, membre du réseau américain et fondateur d’Info Sectes Montréal. « L’étude du phénomène sectaire, sur laquelle on observe des développements encourageants en Europe, peut aider à comprendre et à lutter contre celui de la radicalisation », pense Michael Langone, psychologue clinicien américain et directeur général de l’ICSA.

Au programme, de nombreuses conférences, hélas non ouvertes au public. Citons par exemple celle intitulée « Les raisons religieuses et séculières du radicalisme islamiste », animée par Tareq Oubrou. Un moment est ouvert à tous et gratuit : un ciné-débat avec la projection du film canadien « Deprogrammed », jeudi à 20 heures, à l’Athénée municipal.

http://www.sudouest.fr/2017/06/28/sectes-et-radicalisation-en-debat-3571068-2530.php
Sud Ouest le 28/06/2017

Congrès international sur les sectes à Bordeaux

Le Congrès annuel de l'Association internationale d'études sur les sectes (ISCA) s'ouvre mercredi à Bordeaux, pour quatre jours de conférences et d'ateliers consacrés aux phénomènes d'emprise mentale, avec un focus sur le sujet brûlant des liens entre "dynamiques sectaires et radicalisation" religieuse.
Organisé conjointement par l'ISCA et Info-Secte Montréal, en partenariat avec la Société française de recherches et d'analyse en emprise mentale (Sfraem), créée en 2011 par l'avocat girondin Daniel Picotin, qui défend de nombreuses victimes d'emprise mentale, ce congrès attend plus de 250 participants venus d'une vingtaine de pays.
Universitaires, avocats, médecins, spécialistes de la santé mentale, victimes ou familles de victimes vont partager leur expérience sur diverses thématiques liées au phénomène sectaire: manipulation psychologique dans les "pseudothérapies", soutien aux familles, réintégration des victimes, formation des travailleurs sociaux et des magistrats, etc.
"C'est la première fois qu'un tel congrès mondial a lieu en France", se félicite Me Picotin. "Dans notre pays, nous ne sommes pas très armés face à ces problématiques, alors qu'il y a de très nombreux cas, même si nous manquons de statistiques", estime-t-il, regrettant notamment qu'il n'y ait pas dans les établissements scolaires "de la prévention contre les risques liés aux dérives sectaires, au même titre que la drogue ou le sida".
Les participants se pencheront aussi sur les liens entre les "dynamiques sectaires" et les phénomènes de radicalisation religieuse, notamment le jihadisme.
"Nous nous sommes intéressés aux questions du jihadisme après les attentats du 11 Septembre et sont apparus des points communs avec les problèmes d'emprise mentale et de dérive sectaire", explique Michael Langone, psychologue clinicien américain, et directeur général de l'ISCA. "Peut-être sommes-nous un peu en avance sur l'Europe sur la reconnaissance des facteurs psychologiques" qui peuvent intervenir dans la radicalisation, ajoute-t-il.
"Alors que la France cherche sa voie dans ce domaine, il est important de se nourrir de la recherche mondiale", souligne Me Picotin.
Seront notamment présents au congrès Tareq Oubrou, recteur de la grande mosquée de Bordeaux et figure libérale de l'UOIF (Union des organisations islamiques de France), et des représentants du Centre d'action et de prévention contre la radicalisation des individus (Capri), qui assure à Bordeaux un suivi pluridisciplinaire des personnes séduites par l'idéologie jihadiste.

http://www.lepoint.fr/societe/congres-international-sur-les-sectes-a-bordeaux-27-06-2017-2138746_23.php
27/06/2017




 

 

 

 

 


 

 

 

 

INDONESIE


La Croix du 23.05.2017
 

L’ONU exige la libération du gouverneur chrétien de Djakarta

Plusieurs experts des Nations unies ont enjoint, lundi 22 mai, les autorités indonésiennes de libérer le gouverneur Basuki Tjahaja Purnama, surnommé « Ahok », condamné à deux ans de prison pour blasphème contre l’islam.

Son incarcération, au début du mois de mai, avait créé la stupeur, en faisant craindre aux minorités indonésiennes une nouvelle escalade de l’intolérance religieuse dans le plus grand pays musulman du monde.

Lundi 22 mai, plusieurs experts de l’ONU ont exigé des autorités « la libération immédiate » du gouverneur chrétien de Djakarta, Basuki Tjahaja Purnama, plus connu dans le pays sous le surnom d’« Ahok », sévèrement condamné une dizaine de jours plus tôt pour blasphème à une peine de deux ans de prison, assortie d’une arrestation immédiate. Sa famille, qui avait décidé d’interjeter appel, est revenue sur sa décision sans révéler les raisons de cette volte-face.

Un verdict qui « a pris tout le monde de court »

« Le verdict ne nous a pas seulement abasourdis, nous et les procureurs, il a pris tout le monde de court », avait confié, à l’issue du jugement, à l’AFP Ronny Talapessy, l’un des représentants de la défense, en réclamant la remise en liberté de son client le temps de l’examen du recours et en dénonçant une « prise en compte insuffisante » des dépositions des témoins de la défense.

En révélant au grand jour les violentes tensions qui resurgissent entre les tenants d’une société ouverte et multiconfessionnelle et les milieux nationalistes, islamo-conservateurs ou intégristes indonésiens, cette décision du parquet de Djakarta, a suscité, bien au-delà de la région, une vague d’indignation internationale.

Une décision « sapant la liberté de religion »

« La condamnation et l’emprisonnement de Basuki Tjahaja Purnama pour blasphème vont saper la liberté de religion et la liberté de parole en Indonésie », ont réagi en ce sens, dans un communiqué, les experts de l’ONU – parmi lesquels figure notamment Ahmed Shaheed, le rapporteur spécial sur la liberté de religion et d’expression de l’organisation –, en réclamant, outre sa « libération immédiate », l’abrogation des lois sur le blasphème en Indonésie.

Plusieurs autres organisations de défense des droits de l’homme, dont Amnesty International et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, ont également protesté contre le verdict.

« Ces condamnations pour blasphème, dont les chrétiens sont les principales victimes, sont inacceptables et contraires au droit international », rappelait le 12 mai dans un communiqué Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, en invitant « les organisations de défense des droits de l’Homme à agir contre cette atteinte à la liberté religieuse et à la liberté d’expression ».

Une « importante vague de contestation »

Aujourd’hui âgé de 50 ans, « Ahok », premier gouverneur non musulman en un demi-siècle et le premier issu de la minorité chinoise, avait accédé automatiquement à ses fonctions en 2014, après l’élection à la présidence de son prédécesseur Joko Widodo, dont il était alors l’adjoint. « La double identité minoritaire d’Ahok, chinoise et chrétienne, est perçue comme un symbole du pluralisme de l’identité indonésienne », expliquait début mai à La Croix Sophie Lemière, anthropologue à l’Institut de l’Université européenne à Florence. Or, « les opposants critiquent ce multiculturalisme et la démocratie dans une rhétorique teintée de xénophobie », poursuivait la chercheuse.

Connu pour son franc-parler, le gouverneur chrétien avait déclaré en septembre que l’interprétation par certains oulémas d’un verset du Coran – en vertu duquel un musulman ne peut élire de gouverneur « chrétien ou juif » – était erronée, alors que lui-même était candidat à sa propre succession.

Dans un pays d’Asie du Sud-Est où toute référence à l’islam est très sensible, ses propos, rapidement instrumentalisés par des islamistes partisans d’une ligne dure, avaient provoqué une importante vague de contestation. Son procès, comme les manifestations hostiles à son égard, n’ont fait que « creuser les failles identitaires » du pays, concluait la chercheuse.

Une décision liée « à des calculs politiques » ?

La peine infligée début mai à « Ahok » avait surpris les observateurs, car les tribunaux vont très rarement au-delà des réquisitions. Or le procureur en chef chargé du dossier avait alors demandé un mois de prison avec sursis, assorti de deux années de mise à l’épreuve.

La sévérité du verdict rendu est d’autant plus étonnante que le tribunal de Djakarta avait rejeté l’accusation de blasphème. Mais les juges avaient reproché au gouverneur chrétien de n’avoir manifesté aucun signe de culpabilité et d’avoir « blessé les musulmans ». Trois de ces magistrats ont été promus le lendemain de la condamnation. Une preuve supplémentaire, pour nombre de soutiens d’« Ahok », que ce verdict est le fruit de calculs politiques.

La Croix du 23.05.2017

 

 

 


 

 

 

 

INSTITUT DU BON PASTEUR

L'ANGELUS

FRATERNITE ENSEIGNANTE DES COEURS DE JESUS ET MARIE

 

Le Bien Public du 06.06.0217


Soupçons de « maltraitance et d’agressions sexuelles » dans une école catholique hors contrat du Cher
L’école L’Angelus a été fermée par arrêté préfectoral. Dans le cadre de l’enquête, des enfants ont été auditionnés vendredi et le directeur placé en garde à vue.

La fin de l’année scolaire a commencé plus tôt que prévu pour les 109 élèves de L’Angélus, établissement privé catholique hors contrat situé à Presly (Cher), village d’à peine plus de 250 habitants situé entre les villes d’Aubigny-sur-Nère et de Neuvy-sur-Barangeon. Un arrêté de fermeture a été pris par la préfecture du Cher, vendredi 2 juin, « sur le fondement de la protection de l’enfance, au regard de l’enquête judiciaire en cours », a appris l’AFP auprès de la préfecture. Il s’agit d’une fermeture temporaire jusqu’au 8 juillet – date du début des congés d’été – en attendant les résultats des investigations. L’enquête préliminaire a été ouverte dès le 2 juin.
Les soupçons qui pèsent sur cet établissement traditionaliste ouvert en 2010 sont nombreux. « Il ne s’agit pas d’éléments de dysfonctionnement, mais constitutifs d’infractions pénales : des mauvais traitements sur des enfants (violences, privations de repas, punitions à caractère corporel…) et des soupçons d’infractions de nature sexuelle », a précisé le procureur de la République de Bourges, Joël Garrigue, lors d’une conférence de presse organisée vendredi. Des soupçons de « travail dissimulé » et d’« infractions d’ordre économique et financier » ou d’« escroquerie » ont également été évoqués.
« Angle mort »
Une opération de gendarmerie d’une ampleur inédite a été lancée, dans la matinée de vendredi, pour mener la perquisition dans les locaux de l’école « suite à des informations venues à la connaissance de l’Education nationale » a précisé le procureur. Une soixantaine d’enfants ont été entendus de façon individuelle. Le directeur de l’établissement, l’abbé Régis Spinoza, a été placé en garde à vue, essentiellement pour s’assurer de sa présence durant la perquisition. La garde à vue avait été levée samedi matin.
Sur le site Internet de L’Angélus, on apprend que l’établissement, qui accueille des élèves du CE1 à la terminale, est mixte au primaire seulement ; les classes de collège et de lycée sont réservées au garçon, internes. Il est présenté comme « indépendant » mais « reconnu canoniquement auprès du diocèse Bourges depuis le 2 juillet 2016 ». La liturgie « selon la forme extraordinaire », les sacrements dispensés « selon les livres liturgiques de 1962 » et la formation catéchétique sont présentés comme les « piliers éducatifs » de l’institution.
Samedi 3 juin au matin, le ministère de l’éducation nationale n’apportait pas de précision supplémentaire. Signalement de familles ou d’enseignants ? Rapport d’inspection défavorable ? On ignore encore comment l’alerte a été donnée. Les établissements hors contrat – par opposition aux écoles privées, qui ont passé un contrat avec l’Etat, au sens de la loi Debré de 1959 – ont longtemps constitué un « angle mort ». Il est vrai que ce secteur pèse peu : les 1 300 structures recensées à la rentrée 2016, dont un quart environ d’écoles catholiques, accueillent un peu plus de 62 000 élèves, sur un total de 12 millions. Mais leur nombre augmente : quelque 90 écoles ont ouvert leurs portes à la rentrée 2016.
L’ex-ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem avait porté, en fin de quinquennat, un projet de changement du régime d’ouverture de ce type d’établissements, espérant le faire passer de la déclaration au contrôle préalable, mais il a été retoqué par le Conseil constitutionnel. Les conditions des inspections ont, elles, été renforcées.
Si le secteur éducatif hors contrat a fait débat durant la campagne présidentielle – le candidat François Fillon s’étant publiquement exprimé en sa faveur –, on ignore encore comment le gouvernement d’Edouard Philippe et son ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, qui défend les « initiatives » et l’« autonomie » des équipes de terrain, se positionneront sur la question.

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/06/03/dans-le-cher-une-ecole-catholique-soupconnee-de-maltraitance-et-d-agressions-sexuelles_5138184_1653578.html

Le Monde du 03.06.2017

Une école catholique hors contrat fermée pour soupçons de violences sur mineurs
L’Angélus, une école catholique traditionaliste hors contrat située à Presly (Cher), a été fermée à la suite de mauvais traitements et de soupçons d’agressions sexuelles.
Les 109 élèves de l’Angélus à Presly, petite commune proche d’Aubigny-sur-Nère (Cher), ne reprendront pas le chemin de l’école avant les vacances d’été. La préfecture du Cher a délivré vendredi 2 juin un arrêté de fermeture à l’institution privée catholique hors contrat qui accueille des élèves du CE1 à la terminale à la suite de l’ouverture d’une enquête pour mauvais traitements sur mineurs.
Plusieurs infractions
Joël Garrigue, le procureur de la République de Bourges, a évoqué des faits de violence, comme des privations de repas ou des punitions à caractère corporel, « constitutifs d’infractions pénales » et « des soupçons d’infractions de nature sexuelle ». Quelques heures plus tôt, la gendarmerie avait procédé à une perquisition de grande ampleur dans les locaux de l’institution tandis que l’abbé Régis Spinoza, le directeur, était placé en garde à vue. Remis en liberté, ce dernier n’a pas souhaité s’exprimer.
L’arrêté de fermeture n’est toutefois pas définitif. Les résultats de l’enquête préliminaire seront connus le 8 juillet, une fois que tous les enfants et adolescents auront été entendus. Pour l’heure, une soixantaine d’entre eux ont été auditionnés individuellement par les enquêteurs. Les investigations portent également sur des présomptions de « travail dissimulé » et d’« infractions d’ordre économique et financier ».
Un enseignement « traditionaliste »
Ouvert en 2010 sous le patronage de l’institut du Bon Pasteur, cet établissement propose un enseignement « traditionaliste » s’inscrivant « dans une perspective résolument chrétienne, en continuité avec l’idéal éducatif familial », peut-on lire sur son site Internet. Les offices religieux de la chapelle sont exclusivement célébrés en latin, le prêtre tournant le dos aux fidèles.
L’Angélus devait ouvrir un deuxième établissement dès la rentrée prochaine à Bourges : une école primaire mixte et un internat pour le secondaire réservé aux filles d’une capacité de 80 à 100 élèves. Ce projet, porté par un groupe de parents, avait reçu l’aval de Mgr Armand Maillard, l’archevêque de Bourges. Lequel a reconnu l’institution comme école catholique au sens du droit canonique par un décret signé le 29 juin 2016. Toutefois, Pierre Marsollier, délégué général de l’enseignement catholique, estime que l’Angélus ne fait pas « formellement » partie de l’enseignement catholique, en raison notamment de l’absence d’une lettre de mission de l’évêque au directeur de l’établissement.
Le contrôle des écoles hors contrat en question
Cette affaire ravive le débat sur le contrôle des institutions hors contrat, restées longtemps hors des radars de l’éducation nationale. Najat Vallaud-Belkacem, l’ancienne ministre de l’éducation nationale, avait porté en fin de quinquennat un projet de loi visant à changer le régime d’ouverture de ces écoles – passant d’une simple déclaration à un contrôle préalable. Mais le texte a été rejeté par le Conseil constitutionnel le 26 janvier dernier au motif qu’il était susceptible de « porter atteinte à la liberté d’enseignement ».

La Croix du 05.06.2017

« Les Infiltrés » : l’institut du Bon-Pasteur débouté en appel

Les catholiques traditionnalistes ont été déboutés jeudi 10 septembre après leur poursuite en diffamation de journalistes auteurs d’un reportage en caméra cachée.

La cour d’appel de Paris a débouté jeudi 10 septembre les catholiques traditionalistes qui poursuivaient en diffamation des journalistes pour un reportage en caméra cachée de l’émission de France 2 « Les Infiltrés », intitulé A l’extrême droite du Père.

Quatre journalistes, dont le présentateur David Pujadas et le fondateur de l’agence Capa, Hervé Chabalier, avaient été relaxés en octobre 2014 par le tribunal correctionnel de Paris, mais les parties civiles avaient fait appel, qui ne concernait que le volet civil du dossier.

La cour a confirmé le jugement de première instance, qui avait débouté les plaignants.

Le reportage diffusé par France 2 en avril 2010 montrait un groupuscule d’extrême droite, Dies Irae, dirigé par un ancien militant du Front national, et fait un lien avec le milieu catholique traditionaliste, représenté à Bordeaux par l’institut du Bon pasteur, dirigé par l’abbé Philippe Laguérie, ancien responsable de la Fraternité Saint-Pie-X à Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris, mais rallié à Rome en 2010.

Diffusée à partir de 2008 sur France 2, l’émission « Les Infiltrés » se caractérise par le fait que les journalistes cachent leur identité pour enquêter en caméra cachée. Une pratique qui avait, à l’époque, provoqué une controverse dans le monde journalistique.

La Croix du 10.09.2015


Enquête pour maltraitances et agressions sexuelles dans l'école catholique du Cher l'Angélus

Enquête pour maltraitances et agressions sexuelles dans l'école catholique du Cher l'Angélus Cette vaste opération a débuté ce vendredi matin.
Les gendarmes ont réalisé une descente à l’institution Angélus, une école catholique hors contrat située à Presly, entre Vierzon et Aubigny-sur-Nère, ce vendredi matin. Une enquête a été ouverte par le parquet, notamment pour maltraitances et agressions sexuelles.

Le procureur de la République de Bourges, Joël Garrigue, qui était sur place durant toute la journée, a tenu une conférence de presse en fin d'après-midi.

Il a évoqué une « opération judiciaire faisant suite à des informations venues à la connaissance de l'Éducation nationale » dans cet établissement hors contrat qui accueille 109 élèves à Presly.

« Il ne s'agit pas d'éléments de dysfonctionnement, mais constitutifs d'infractions pénales : des mauvais traitements sur des enfants (violences, privations de repas, punitions à caractère corporel...) et des soupçons d'infractions de nature sexuelle », a poursuivi le magistrat. Ce dernier évoque également des soupçons de « travail dissimulé » et d'« infractions d'ordre économique et financier. » Le parquet a évoqué une « opération judiciaire faisant suite à des informations venues à la connaissance de l'Education nationale » dans cet établissement hors contrat qui accueille 109 élèves à Presly.

L'abbé Régis Spinoza, directeur de cet établissement, présumé innocent, à été placé en garde à vue, selon le procureur, pour « une dizaine de chefs de prévention, dont violence, agression sexuelle, travail dissimulé, escroquerie...» Cette garde à vue, qualifiée de « technique » par le procureur de la République, pour permettre la présence de l'abbé durant la perquisition de l'établissement, devrait être levée dans la soirée. Les document saisis devront être traités.

Une soixantaine d'enfants, sur les 109 de l'établissement, ont également été auditionnés ce vendredi par les services de gendarmerie.

L'abbé Régis Spinoza, directeur de cet établissement, présumé innocent, à été placé en garde à vue, selon le procureur, pour « une dizaine de chefs de prévention, dont violence, agression sexuelle, travail dissimulé, escroquerie...»

Le procureur, le colonel Rudy Gaspard, patron des gendarmes du Cher, et Olivier Cottet, directeur académique des services de l'Éducation nationale, ont assuré que cette opération avait été montée "dans l'intérêt des élèves".

Cette vaste opération a débuté ce vendredi matin. La départementale 58, qui va du centre de Presly à Méry-ès-Bois, au bord de laquelle se trouve l’Angelus, était coupée à la circulation par des gendarmes.

Ouverte en 2010, cette école privée hors contrat accueille des élèves, du primaire au lycée, avec « l’Évangile » comme « ligne de conduite », comme précisé sur son site Internet.

L'école fermée par la préfecture

Jérôme Millet, directeur de cabinet de la préfète du Cher, annonce ce vendredi soir que "la préfète a signé un arrêté de fermeture de l'établissement scolaire l'Angélus, sur le fondement de la protection de l'enfance, au regard de l'enquête judiciaire en cours." C'est une fermeture temporaire, jusqu'au 8 juillet, début des vacances d'été. Pour la suite, Jérôme Millet explique que la préfecture attend les résultats de l'enquête.

Le Berry Républicain du 02/06/2017

L'Angélus
L’abbé Spinoza, prêtre traditionaliste et directeur d’école

Né en 1971 à Bordeaux (Gironde), l’abbé Régis Spinoza est le directeur de l’institution l’Angélus qu’il a ouverte en 2010, à Presly. Il a été notamment missionnaire en Afrique et a enseigné auprès d’adolescents difficiles dans le nord de la France.

Il est ordonné prêtre le 22 septembre 2007 en l’église Saint-Eloi de Bordeaux pour l’Institut du Bon Pasteur (IBP), une société (traditionaliste) de droit pontifical (qui dépend directement du Vatican).

Il devient directeur pédagogique à l’école privée catholique (traditionaliste) Saint-Projet, à Bordeaux, objet d’une polémique à la suite de la diffusion, sur France 2, d’un reportage intitulé « À l’extrême droite du Père », dans le cadre de l’émission Les Infiltrés.

En 2010, l’abbé Spinoza décide d’ouvrir l’école catholique hors contrat l’Angélus à Presly, sous le patronage de l’institut du Bon Pasteur. Elle accueille 26 élèves, uniquement de garçons, de la sixième à la quatrième. Même si l’abbé Spinoza refuse que l’on appelle son école « traditionaliste », les offices religieux de la chapelle sont exclusivement célébrés en latin, le prêtre tournant le dos aux fidèles.

Deux ans plus tard, en 2012, l’école compte 86 élèves, du CM1 à la seconde. Lors de notre visite, en octobre 2012, nous constatons que la discipline règne dans l’établissement. Quand on entre dans la salle, les collégiens se lèvent spontanément. Tous portent l’uniforme et l’insigne de l’école.

En novembre 2013, l’abbé Spinoza fonde la Fraternité enseignante des Cœurs de Jésus et de Marie (FECJM), à laquelle est désormais affiliée l’institution l’Angélus. L’abbé Spinoza est incardiné au diocèse de Bourges en mars 2015 : ce qui signifie qu’il ne dépend plus de l’Institut du Bon Pasteur.

Le diocèse reconnaît canoniquement l’école le 2 juillet 2016, qui reste hors contrat, ce qui signifie qu’elle entre dans les critères d’une école catholique. Mgr Armand Maillard, archevêque de Bourges, a dit, hier, avoir appris l’existence de cette affaire, mais n’a pas souhaité s’exprimer pour le moment.

« Une cabale contre l'abbé »

En février 2017, l’institution l’Angélus totalisait 112 élèves ; 109 hier selon l’Éducation nationale. L’école est mixte en primaire (17 enfants), mais uniquement pour les garçons au collège et au lycée. L’abbé Spinoza avait annoncé son intention de créer une nouvelle école catholique, Notre-Dame-de-l’Annonciation, qui devait ouvrir ses portes à Bourges en septembre 2017.

Contacté hier, Patrice Ranson, président des parents d’élèves et amis de l’Angélus, évoquait « une cabale contre l’abbé. On a confiance en lui. » Assurant ne pas croire aux violences et aux agressions sexuelles, il assure que « l’Angélus suscite des jalousies et des convoitises ».

Joint ce samedi matin, l'abbé Spinoza ne souhaite rien dire pour l'instant

Joint ce samedi matin, l'abbé Spinoza a fait savoir qu'il ne voulait « rien dire pour l'instant. » Il a expliqué avoir été remis en liberté vendredi soir et avoir beaucoup d'offices religieux à mener durant ce week-end de Pentecôte. Il a simplement ajouté : « Les gendarmes ont fait un travail très propre, extrêmement respectueux à mon égard. »

Le Berry Républicain du 03/06/2017

L'Angélus : une famille et des enseignants à l'origine du signalement

 Une famille et des enseignants, qui ne sont plus à l’Angélus, sont, selon le procureur, à l’origine des signalements de maltraitances à l’encontre de l’école privée catholique de Presly.

On en sait désormais plus sur les signalements à l’origine de l’enquête pour des maltraitances à l’école privée catholique hors contrat avec l’État, l’institution l’Angélus, à Presly.

Joël Garrigue, procureur de la République de Bourges, a confirmé hier qu’« une famille » était à l’origine de ce signalement effectué au directeur académique des services de l’Éducation nationale dans le Cher. Mais pas seulement. « Il y a aussi des enseignants », précise le procureur.

Comme l’affirment les soutiens de l’abbé Régis Spinoza, le directeur de cette école, ces personnes sont bien d’anciens membres de l’Angélus (notre édition d’hier). « Des gens ont signalé des choses après avoir quitté l’Angélus, confirme le procureur Garrigue. Mais mettre ces signalements sur le dos d’une vengeance est peut-être un peu court. On s’est posé la question, mais la journée de vendredi nous a confortés. Nous voulions savoir si ce que les gens nous avaient signalé avait un fond de réalité et si cela pouvait constituer des infractions. »

Vendredi matin, comme l’a révélé le Berry républicain sur son site Internet, une quarantaine de gendarmes ont effectué une vaste perquisition des bâtiments de l’Angélus. De nombreux documents ont été saisis et une soixantaine d’enfants, sur les 109 scolarisés dans cette école privée, ont été auditionnés.

Dans une conférence de presse organisée vendredi, en fin d’après-midi, le procureur Joël Garrigue avait assuré qu’« un certain nombre de constatations corrobor[aient] les éléments signalés par l’Éducation nationale » et que « certains enfants auditionnés confirm[aient] avoir fait l’objet de violence physique et quelques-uns, d’agression sexuelle ». Une « vingtaine » d’élèves dans le premier cas?; « deux ou trois », dans le second.

Présumé innocent, l’abbé Régis Spinoza a été placé en garde à vue durant plusieurs heures, vendredi, pour « une dizaine de chefs de prévention, dont violence, agression sexuelle, travail dissimulé, escroquerie… », selon le procureur. Cette garde à vue, qualifiée de « technique » par le magistrat, avait permis de s’assurer de sa présence durant la perquisition. L’enquête se poursuit. Contacté, Régis Spinoza a refusé d’évoquer cette affaire.

Diocèse de Bourges. Dans un communiqué de presse diffusé hier, Mgr Armand Maillard, archevêque de Bourges, « souhaite que la justice puisse poursuivre son travail d’enquête et son action ». En 2016, l’institution l’Angélus avait été reconnue canoniquement par le diocèse de Bourges.

Le Berry Républicain du 05/06/2017

Témoignages
« Depuis qu’il est à l'Angélus, mon fils est plus calme, plus poli »

Si la majorité des 109 enfants de l’institution l’Angélus, qui va du CP à la terminale, en internat à partir du collège, ne sont pas originaires du Cher, quelques familles du département ont décidé de scolariser leurs enfants dans cette école privée hors contrat avec l’État.

C’est le cas de Louis-Marie Langlet, qui vit à Vailly-sur-Sauldre. « Mon fils de huit ans est en CE2, précise-t-il. Il a rejoint l’école en CE1. Je n’ai jamais entendu qu’un élève avait été privé de repas ou avait subi des sévices corporels ou des abus sexuels […]. Pour les agressions sexuelles, je ne vois pas du tout l’abbé faire ça. Même si je ne peux pas l’affirmer à 100 % car je ne suis pas avec lui 24 heures sur 24. »

Louis-Marie Langlet dit avoir scolarisé son enfant à l’Angélus parce qu’il est « catholique » et qu’il « veu[t] que [s]on fils ait une éducation catholique ».
Sa belle-sœur, Stéphanie Horveno, de Saint-Germain-du-Puy, dit avoir également envoyé son fils à l’institution l’Angélus. « Ça se passait très mal au collège, explique-t-elle. Depuis qu’il est là-bas, mon fils est plus calme, plus poli. »

Séverine Bernard, présidente des Parents d’élèves de la Fraternité enseignante des cœurs de Jésus et de Marie, une fraternité fondée par le directeur de l’école, l’abbé Spinoza, assure que « l’abbé Spinoza s’occupe très bien des garçons, notamment des garçons parfois difficiles. Il prend des enfants que certains ne veulent plus. »

Le Berry Républicain du 04/06/2017

Des parents soutiennent l’abbé Spinoza, le directeur de l'Angélus

Après l’opération de gendarmerie à l’école privée catholique l’Angélus, vendredi à Presly, des parents d’élèves assurent soutenir son directeur, l’abbé Régis Spinoza, placé en garde à vue durant plusieurs heures.

La garde à vue de Régis Spinoza, directeur de l’institution l’Angélus, une école privée catholique hors contrat avec l’État (*) située à Presly, a été levée vendredi soir, tard. De retour dans son école, il répond au téléphone, hier. À la question de savoir si la personne au bout du fil est bien « M. Spinoza », il lâche : « Je ne sais pas qui est M. Spinoza ; l’abbé Spinoza, oui. »

Ne souhaitant « rien dire pour l’instant », ayant « plein de choses à faire » et des « offices religieux » à mener en ce week-end de Pentecôte, il ajoute seulement : « Les gendarmes ont fait un travail très propre, extrêmement respectueux à mon égard. »

Une quarantaine de gendarmes ont investi l’Angélus vendredi pour mener des perquisitions et auditionner une partie des élèves dans le cadre d’une enquête ouverte notamment pour violence, agression sexuelle, escroquerie et travail dissimulé, selon le parquet de Bourges.

Présumé innocent, l’abbé Régis Spinoza préfère donner « la parole aux parents » d’élèves.

À l’unisson, Patrice Ranson et Séverine Bernard, présidents de deux associations qui financent l’Angélus (respectivement les Parents d’élèves et amis de l’Angélus et les Parents d’élèves de la Fraternité enseignante des cœurs de Jésus et de Marie, fraternité fondée par l’abbé Spinoza), évoquent « une cabale contre l’abbé ». Ces deux Franciliens assurent que cette affaire vient d’anciens membres de l’école qui veulent nuire à l’abbé Spinoza.

« Parents outrés »

Lors de la conférence de presse organisée vendredi, au palais de justice de Bourges, le directeur académique des services de l’Éducation nationale, qui a effectué un signalement à l’origine de cette enquête, a refusé de préciser si ces « éléments » avaient été dénoncés par des élèves, des parents, des salariés de l’école ou s’ils étaient la conséquence d’une inspection.

« Ces accusations d’agressions sexuelles ou de violence sont tellement absurdes, affirme Séverine Bernard. Je reçois beaucoup d’appels de parents outrés, inquiets ou surpris car leurs enfants vont bien. »

Vendredi, Joël Garrigue, procureur de la République de Bourges, avait expliqué que sur la soixantaine d’enfants auditionnés par les gendarmes dans la journée, « a minima une vingtaine » dénonçaient des faits de violences et « deux ou trois » des agressions sexuelles.

Les enfants n’ayant pu être entendus vendredi le seront dans les semaines à venir. Ce sera également le cas des « enfants scolarisés les années précédentes », selon le procureur.

« Gros travail » d’enquête à venir

« Un gros travail d’exploitation des différents documents » saisis lors de la perquisition menée vendredi attend désormais les gendarmes de la brigade de recherches de Vierzon. « Dans un deuxième temps, le directeur de l’école et éventuellement d’autres personnels seront de nouveau entendus par les gendarmes », précise le procureur.

En raison de cette enquête, un arrêté préfectoral a été pris, vendredi soir, pour fermer, au moins jusqu’à la fin de l’année scolaire, l’institution l’Angélus. L’Éducation nationale assure que les enfants de terminale, première et troisième pourront passer leurs examens.

(*) Les écoles hors contrat sont uniquement soumises à une déclaration à l’Éducation nationale. Leur pédagogie est libre, même si l’établissement doit se soumettre à un socle commun d’enseignement et de connaissance. Les professeurs sont payés directement par l’école et non, comme dans les établissements privés classiques, par l’État.

Le Berry Républicain du 04/06/2017

Pour en savoir plus : entretien avec l'abbé Spinoza sur la FECJM

Rédigé par Philippe Maxence le 13 novembre 2013 dans L'Homme Nouveau

Alors que l'abbé Régis Spinoza vient de fonder une nouvelle fraternité religieuse enseignante, nous avons voulu en savoir plus sur celle-ci et l'itinéraire de son fondateur. À ce titre, il a bien voulu se prêter au jeu de nos questions et éclairer les lecteurs sur son statut et celui de la Fraternité Enseignante des Cœurs de Jésus et Marie.

Vous venez de créer la Fraternité Enseignante des Cœurs de Jésus et de Marie (FECJM). Pourquoi une telle fondation ?

Abbé Régis Spinoza: Avant tout, il me semble fondamental, étant donné les réactions déjà entendues, de fixer le préambule suivant à mes propos. Nous plantons un arbre. Deviendra-t-il un chêne ou n’aboutira-t-il pas, le Bon Dieu seul le sait. Nous nous confions à sa Providence. Et si le projet est déjà bien élaboré, pour être fidèle à l’Évangile qui demande de s’asseoir et de réfléchir avant de commencer, il doit être clair que nous sommes en phase de discernement. La forme du lien avec l’Église, avec les institutions dont nous sommes proches, le statut des personnes, tout ceci reste et doit rester pour l’instant, souple et prudent, dans la docilité à l’action de l’Esprit Saint. Qu’on nous fasse l’amitié et la justice de le comprendre ainsi.
Ceci étant posé et, espérons-le, compris, venons-en au fait.

Tout d’abord, il convient de préciser le statut juridique de la FECJM : c’est une association privée (canon 299 §1) qui bénéficie d’une vigilance morale dans son gouvernement exercée par le très révérend père abbé de Notre-Dame de Randol. À ce stade, elle ne peut pas incardiner les membres. La FECJM a donc une existence de facto. Les clercs qui souhaitent intégrer la FECJM devront solliciter une autorisation auprès de leur ordinaire. Pour les autres membres comme frères ou laïcs, l’intégration se fera selon les prescriptions de la FECJM. Les statuts d’une Association privée comme la Fraternité sont une première étape, statuts que l’Église, dans sa prudence, a établis afin de voir si la fondation répond à un besoin pour le salut des âmes. Si l’œuvre venait à se développer, signe de la Providence, nous ferons appel à une autorité légitime, d’abord pour demander une « laudatio » puis une « commendatio », selon les étapes établies par l’Église et fixées par le canon 299 §2, en attendant une éventuelle « recognitio » canonique.

Aujourd’hui, la FECJM propose un projet d’évangélisation de la jeunesse par les écoles et les activités de jeunesse exclusivement au sein d’un établissement scolaire indépendant, L’Angélus, qui a ouvert ses portes en septembre 2010. Le reste, si je puis dire, appartient au bon Dieu…

Mais n’assiste-t-on pas ainsi à la création d’une fraternité « de plus » ?

C’est vrai, encore une nouvelle fraternité et fondation d’obédience traditionnelle. Cependant, si nous regardons les fondations de ces vingt dernières années, il n’y a pas de fraternité qui envisage un ministère exclusivement destiné aux milieux scolaires. Toutes les mouvances traditionnelles ont leurs établissements scolaires, leurs aumôneries et réalisent un travail extraordinaire. C’est indéniable. Alors pourquoi aller « plus loin » ? Pourquoi se démarquer ou plutôt « se marginaliser » de la sorte alors que nous pouvons affirmer qu’il y a ce qu’il faut ?

Un premier élément de réponse : la spécificité apostolique de la FECJM. Le but est de fonder des écoles indépendantes (hors contrat ayant un même projet éducatif et pédagogique, et, de préférence, des internats). Par conséquent, il s’agit de développer un réseau d’écoles indépendantes. Existe aussi la volonté de développer un centre de formation pédagogique pour les ecclésiastiques, religieux et laïcs enseignant dans les collèges et lycées. Nous allons vers une réelle carence de professeurs formés et qualifiés, malgré le travail extraordinaire de la Fondation pour l’École. L’Église a toujours eu un rôle essentiel dans l’éducation de la jeunesse et cela s’est concrétisé par le passé grâce aux grands ordres enseignants qui, actuellement, périclitent par manque de vocations. De plus, du moins en France, ces institutions ont-elles gardé comme objectif premier l’évangélisation de la jeunesse en tenant des écoles libres ? Je ne le crois pas. Je ne veux pas faire de conclusions trop hâtives et maladroites mais chacun peut constater que la présence sacerdotale et religieuse dans les établissements scolaires appartenant aux congrégations religieuses est très insuffisante.

D’autre part, je reste convaincu qu’un bon nombre de prêtres et religieux souhaite exercer leur ministère, de manière exclusive, auprès de la jeunesse et, notamment, dans un cadre scolaire. À titre personnel, cela a toujours été mon désir. J’en reparlerai plus tard…

Je suis persuadé que l’enseignement et l’éducation répondent à une vocation spécifique, à un charisme propre. Cela répond à un besoin, à une nécessité. Malgré les bonnes volontés manifestées à travers l’enseignement catholique sous contrat, le cadre d’une école hors contrat, tout en respectant les exigences normatives de la loi civile, est d’une nature structurellement plus adéquate à l’essor d’écoles authentiquement catholiques parce que non soumises aux diktats de l’Éducation nationale. Nombreux sont les parents qui nous font part de leur désarroi face aux difficultés des écoles catholiques sous contrat.

Ainsi, la FECJM vient, non pas « concurrencer » une autre fraternité ou institut, mais compléter, il me semble, un manque : des prêtres, religieux soutenus par des laïcs qui se sanctifient, et participent à la sanctification des fidèles, notamment des écoliers (au sens large).

Dans une société sécularisée et profondément relativiste, n’est-il pas utopique de vouloir s’inspirer des grands ordres enseignants du passé ?

De manière générale, la vitalité, au sein de l’Église, des « communautés nouvelles » de forme ordinaire ou extraordinaire du rite catholique, nous permet de répondre non.

De façon plus particulière, la FECJM propose, aujourd’hui, des statuts qui envisagent à la fois le développement d’une vie communautaire de prêtres et frères et une coopération avec des laïcs que nous pourrions appeler « engagés » selon la terminologie actuelle. Cette coopération me semble importante. Elle permettra aux prêtres et religieux éducateurs d’avoir un regard et un apport extérieurs bien nécessaires pour appréhender la jeunesse actuelle. La « reconstruction » de communautés religieuses qui seront responsables sur le plan civil des écoles est un moyen efficace pour lutter contre la sécularisation actuelle. D’autre part, la formation des intelligences et du cœur des jeunes permettra de freiner le relativisme qui plonge ses racines dans l’enseignement scolaire actuel et qui peut être enrayé à l’aide de projets pédagogiques qui ont le souci du vrai, du beau et du bien.

Enfin, la crise des vocations religieuses, le confort matériel dans lequel nous vivons, la difficulté de participer à l’instruction et à l’éducation des jeunes peuvent laisser perplexes nos contemporains face à la création d’une nouvelle Fraternité enseignante. Mais « espérer contre toute espérance » est la devise tout à fait adaptée à cette nouvelle aventure qui, peut-être, ne sera qu’un feu de paille. Dieu seul sait.

Vous étiez jusqu’ici prêtre de l’Institut du Bon Pasteur, Institut au sein duquel vous avez été ordonné prêtre. Auparavant, vous avez vécu au sein d’autres d’instituts religieux. Qu’est-ce qui motive chez vous ce passage constant d’une famille religieuse à une autre, jusqu’à la fondation de votre propre fraternité ?

Je suis encore prêtre de l’Institut du Bon Pasteur puisqu’incardiné au sein de celui-ci. La FECJM a été fondée en août 2013 alors que l’IBP était gouverné par dom Forgeot qui était informé de ce projet. J’ai sollicité, tout en assumant la responsabilité de la Fraternité enseignante, auprès du Supérieur Général de l’IBP un temps de réflexion. S’agira-t-il d’agréger la FECJM à une société de vie apostolique comme le Bon Pasteur tout en ayant son autonomie et, bien entendu, son charisme et son ministère propre ? Ce pourrait être aussi une reconnaissance ecclésiale dans un premier temps puis une reconnaissance plus large qui permettrait à la FECJM de devenir une association publique sous la tutelle d’un évêque et permettant une incardination de ses membres. Je crois qu’il faut laisser la Providence agir.

En ce qui me concerne, je suis effectivement allé dans divers instituts. Converti à 19 ans, entré au séminaire après des études en géographie, j’ai cherché ma voie. J’ai toujours souhaité servir Dieu et l’Église dans le cadre scolaire puisque j’ai enseigné au sein de l’Éducation nationale puis dans une école catholique sous contrat et enfin dans des écoles indépendantes. Je suis resté plusieurs années à la Sainte-Croix de Riaumont qui m’a apporté beaucoup et m’a conforté dans ma volonté de servir Dieu dans les milieux scolaires. Lorsque je suis entré à l’IBP, j’ai clairement annoncé au Supérieur général mes intentions.

La fondation de cette fraternité est-elle le résultat, même indirect, des difficultés rencontrées par l’IBP dans l’élection d’un nouveau supérieur ?

Le projet de la FECJM était, si je puis dire, en « gestation » dans mon esprit. Avant la crise structurelle de l’Institut du Bon Pasteur, il était convenu, de manière encore bien confuse, de développer une branche de frères au service des écoles. Nous avions eu l’occasion d’échanger sur la question avec le Supérieur général. Mais la situation interne confirmée par la longue carence de l’Autorité dans l’Institut (juillet 2012-septembre 2013) m’a obligé, en raison de « l’état de nécessité » et de l’incertitude concernant l’IBP, à protéger l’Institution de L’Angélus afin de garantir sa pérennité malgré la tempête. De là est née une association constituée ce jour de quatre membres dont le père abbé de Randol.

Après l’élection du nouveau Supérieur de l’IBP, j’ai pris l’initiative de le consulter pour lui faire part de la réalisation du projet. Nous nous sommes rencontrés, ensuite, le 5 octobre avec le T.R.P Abbé de Randol afin de bien exposer la situation tout en sollicitant un temps de réflexion et de discernement.

Vous êtes à la tête de l’école hors contrat L’Angélus. Quel est désormais son statut ?

L’Angélus, à la suite de l’Assemblée Générale de l’Association Sainte-Philomène-de-Mugnano (qui gère l’école) a décidé, à l’unanimité des présents (seulement un absent) d’établir entre l’association privée canonique de fidèles la FECJM et l’Association Sainte-Philomène un lien moral et spirituel. Ainsi, L’Angélus devient la maison mère de la FECJM.

Quel est concrètement le rôle du père abbé de Randol ?

Le père abbé de Randol assure une vigilance morale de la FECJM. Nous nous rencontrons régulièrement pour faire le point. En parallèle, l’abbaye est engagée depuis juillet 2010 auprès de L’Angélus. Le père abbé est membre des deux associations (civile 1901 et canonique). Il assure également le rôle de conseil, assiste à toutes les réunions et prises de décision de la FECJM et a un droit de veto.

Abbaye bénédictine contemplative, Randol n’est pas par vocation spécialiste de l’enseignement. Pourquoi vous êtes-vous tourné vers elle et comment s’est élaboré votre projet de fondation ?

C’est tout à fait vrai. Cependant, nous pouvons affirmer au regard de l’histoire que les abbayes bénédictines ont favorisé le développement des écoles. La stabilité monastique répond, encore plus aujourd’hui, à une nécessaire stabilité pour une école. Il ne faut pas oublier que l’appui spirituel d’un monastère est un apport incomparable pour une œuvre apostolique. Il y a donc une sorte de parrainage spirituel qui renforcera l’efficacité éducative auprès des élèves. C’est en quelque sorte un mariage entre l’action et la contemplation.

À qui s’adresse cette fraternité ? À des prêtres exclusivement ou également à des frères ?

Comme je le mentionnais au début de cet entretien, le premier objectif de la FECJM dans les mois à venir est de lancer un appel auprès des prêtres qui veulent vivre leur sacerdoce au sein d’une école. Cela impliquera une vie communautaire bien réglée où les temps de prières communes, les formations spirituelle et pédagogique sont essentiels. Un prêtre a comme mission première de transmettre la foi, la charité. Il nous faut vivre de la Présence du Christ dans notre quotidien et manifester ainsi la Présence de Dieu parmi nos élèves par nos joies, notre fidélité à l’oraison.

En parallèle, nous souhaitons développer une branche de frères au service des écoles. Leur apostolat dépendra de leur talent. Ils pourront enseigner s’ils ont le niveau requis, aider au fonctionnement de l’école, diriger des activités de jeunesse. Il est entendu qu’ils recevront une formation spirituelle et pédagogique correspondant à leur vocation. À l’issue de cette formation, ils pourront s’engager en prononçant des vœux privés qu’ils renouvelleront tous les trois ans.

Il est donc envisagé une coopération entre frères et prêtres sans pour autant établir une relation de « supériorité » en raison du sacerdoce. Il ne s’agit pas de réduire la vocation religieuse à un plan secondaire mais plutôt de la considérer comme une aide précieuse pour les prêtres, tout en garantissant une unité dans les relations entre les membres de la communauté. Ainsi, un frère ayant les compétences requises pourra assurer la direction d’un établissement scolaire. C’est donc une vocation à relancer même si l’image du frère a été abîmée ces dernières années en considérant, par exemple, que le frère est un « prêtre manqué ». Cette idée est fausse puisque la vocation religieuse est plus parfaite dans le sens où le frère vit des conseils évangéliques en vue de la perfection à laquelle nous sommes appelés.

Enfin, en fonction de l’évolution de la FECJM, et si c’est la volonté de Dieu, il pourra être envisagé une formation en partenariat, par exemple, avec un séminaire ou autre qui assurera une préparation au sacerdoce…

Vous évoquez également dans vos statuts la possibilité d’auxiliatrices et de coopérateurs et coopératrices ?

Il serait louable qu’une communauté féminine puisse enrichir, tout en étant séparée de la communauté masculine, les écoles de garçons. En effet, la FECJM souhaite avant toute chose développer des internats sur le modèle pédagogique et éducatif de l’Institution L’Angélus. Il s’avère que dans des « cadres fermés », la présence féminine, bien définie, est un atout majeur. Je pense surtout aux plus jeunes qui ont encore besoin de la présence d’une femme. Les auxiliatrices peuvent aider les prêtres et les frères dans de nombreux services que compte un internat. De nombreuses activités peuvent être encadrées par les auxiliatrices sans oublier les services inhérents à un internat.

Enfin, il est question de constituer un corps professoral compétent qui souhaite s’engager dans le service de l’enseignement et recevoir une formation adéquate à leurs convictions chrétiennes. Aussi, pour permettre une formation en interne, la FECJM a besoin de s’appuyer et d’être épaulée par des laïcs qui travailleront avec les membres consacrés. Cette approche avait déjà été envisagée par saint Jean Bosco. Lui aussi parlait des coopérateurs salésiens. Je crois que cette intuition est bonne sans pour autant tomber dans la sécularisation qui pose un réel problème pour les établissements confessionnels.

Vous insistez sur l’importance de la pédagogie chrétienne au sein des écoles. Comment la définissez-vous et quelle spécificité comptez-vous apporter ?

La pédagogie chrétienne doit être une image, certes, imparfaite, de la pédagogie divine. Qu’est-ce que la « pédagogie divine » ? La réponse se trouve dans l’Histoire Sainte de l’Ancien et du Nouveau Testament. Yahvé, dans l’Ancien Testament est patient et juste. Il corrige les défauts du Peuple élu, il le conduit tout doucement sur la voie de la conversion. Dieu a donné des maîtres, des guides qui sont les Prophètes, qui avaient pour fonction de conduire les Hébreux, de les préparer à recevoir le Messie. Le Nouveau Testament est le Verbe de Dieu incarné, Jésus-Christ. Il est Celui qui exerce la miséricorde mais qui reprend et parfois même se met en colère, Celui qui prie et qui agit, Celui qui vit au milieu des hommes pour partager les joies mais également les souffrances. Il a pleuré, Il a aimé, Il a souffert, Il a donné des signes d’affection. C’est cela, la pédagogie chrétienne.

Ensuite, viennent les « méthodes », l’art éducatif est alimenté par l’intuition de l’éducateur que Dieu donne à ceux qui obéissent à cette vocation spécifique qu’est l’éducation. Les méthodes sont dépendantes des enfants qui sont confiés à l’éducateur mais elles doivent toutes s’inspirer de la pédagogie divine où fermeté s’allie avec miséricorde, où la disponibilité auprès des garçons suppose une vie intérieure authentique. Le pédagogue chrétien trouvera son dynamisme et assurera son efficacité davantage dans les sacrements et l’oraison que dans des « formules » magiques où le pédagogisme et le psychologisme scientiste nuisent à l’intuition mue par le Saint-Esprit.

Je n’invente rien. Les saints éducateurs que sont saint Jean Baptiste de La Salle et saint Jean Bosco ne se sont pas contentés d’enseigner ces principes mais les ont vécus. Il est vrai que le contexte social d’aujourd’hui n’est pas le même et qu’il nous faut tenir compte de la société de consommation qui substitue la matière à l’esprit sans assurer un juste équilibre. Mais les principes sont les mêmes : aimer nos élèves pour la gloire de Dieu, travailler pour le Royaume de Dieu.

Dans l’immédiat, avez-vous des besoins urgents ?

Le premier besoin est financier. L’Angélus doit effectuer des travaux urgents avant la prochaine rentrée scolaire. Nous avons installé des préfabriqués dans la cour afin d’y installer trois classes. L’administration nous a accordé cette année une dérogation pour les garder jusqu’au mois d’août 2014. À l’issue de cette date, il nous faudra les enlever. Cela suppose donc que nous puissions faire notre deuxième dortoir pour libérer trois salles de classe et puissions ouvrir deux autres salles (ouverture en septembre 2014 de la classe de Terminale). Il y a trois ans, nous avions 25 élèves. Aujourd’hui, notre effectif a quadruplé. Il y a donc une réelle nécessité. Il nous faut aller jusqu’au bout de ce que nous avons accompli…

Enfin, L’Angélus, devenue maison mère de la FECJM, doit être en mesure de se développer. Je lance donc un appel auprès des prêtres et des jeunes qui veulent vivre cette aventure. J’ai eu l’occasion de présenter ce projet auprès d’autorités ecclésiastiques. J’ai bien conscience qu’il paraîtra un peu extravagant voire même inopportun face à la sécularisation générale et à la crise des vocations. Il sera sans doute avancé qu’il faut d’abord relancer la vie paroissiale, maintenir ce qui existe. Soit. Mais il me semble que le meilleur remède que nous puissions envisager face à l’indifférentisme, voire l’hostilité au message du Christ est de soigner les causes. Or il me semble que si nous ne nous préoccupons pas de la formation des intelligences et des cœurs de la jeunesse, nous ne pourrons pas promouvoir la nouvelle évangélisation à laquelle nous sommes appelés. Il y a, comme l’affirmait le pape Benoît XVI, une urgence éducative. Il faut que l’Église aide les parents, premiers éducateurs de leurs enfants, dans leur lourde mission auprès de leurs enfants.

Le développement des écoles indépendantes est devenu vital pour la France, fille aînée de l’Église, il doit être encouragé par les autorités ecclésiastiques et favorisé par ses membres. C’est la raison d’être de la FECJM qui pourra participer, de manière infime mais réelle, à cette belle mission qui viendra aider la famille largement menacée…

L'Homme Nouveau du 13 novembre 2013

Agressions sexuelles dans une école catho : déjà 3 témoignages

Trois enfants ont témoigné vendredi de "caresses et de massages" de la part du directeur de l’établissement catholique l'Angélus à Presly.

L’école catholique traditionaliste L’Angélus à Presly (Cher) avait fait l'objet d'une polémique la semaine dernière, après des soupçons d'agressions sexuelles sur les enfants.

Trois enfants auditionnés vendredi dans le cadre d’une opération de gendarmerie ont fait état de "caresses et de massages pour le moins inappropriés" de la part du directeur de l’établissement, a indiqué ce mardi le procureur de la République de Bourges.

Le directeur de l'établissement mis en cause

Après avoir retiré leurs quatre enfants scolarisés à L’Angélus, des parents avaient déposé auprès de l’Éducation nationale une plainte pour 'mauvais traitements et comportements équivoques' qui a été transmise fin mars au parquet de Bourges.

La plainte faisait état notamment de "comportements équivoques (de la part du directeur): des enfants qui étaient l’objet d’attentions particulières, qui étaient souvent sur les genoux de l’abbé..." a dit M. Garrigue.

Un homme "qui a du charisme et sait en jouer"

Le directeur, l’abbé Régis Spinoza, âgé de 46 ans, en soutane, jovial et souriant, est resté mardi matin derrière les grilles cadenassées de l’école, un ancien couvent austère en pleine campagne.

Il a refusé de répondre aux questions, promettant cependant la publication "imminente" d’un communiqué de presse.

L’abbé, qui n’a pas d’antécédents pénaux, est un homme "manifestement intelligent, qui a du charisme et qui sait en jouer", a commenté le magistrat.

Des mauvais traitements

Les allégations de mauvais traitements, corroborées par des témoignages, allaient de privations de nourriture à l’absence de chauffage en plein hiver dans l’internat en passant par des "coups, infligés par le directeur, l’encadrement ou des corrections administrées par des plus grands sur des plus petits sur instruction de l’encadrement", a énuméré le procureur Joël Garrigue.

Le magistrat a également évoqué la punition du "poireau" : un élève fautif "obligé de rester dans un coin à ne rien faire, y compris la nuit, selon certains témoignage".

Outre de la documentation et la comptabilité, «d’importants stocks de denrées périmées ont été saisis.

Des soupçons de travail dissimulé

Fermé sur décision préfectorale vendredi et jusqu’aux vacances d’été "sur le fondement de la protection de l’enfance", l’établissement catholique hors contrat, ouvert en 2010, qui accueillait 109 élèves du primaire à la terminale, est sous le coup d’une enquête judiciaire en raison de soupçons de maltraitance d’élèves et d’agressions sexuelles.

La justice soupçonne également des faits de "travail dissimulé" et des "infractions d’ordre économique et financier", voire d’"escroquerie", selon le procureur.

Le Progrès du 06.06.2017

Affaire de l'Angélus: vigilance sur les écoles hors contrat, notamment traditionalistes

PARIS, 7 juin 2017 (AFP) - La fermeture d'une école catholique traditionaliste du Cher et les soupçons d'abus sexuels et maltraitances pesant sur son directeur jettent une lumière crue sur le développement d'un enseignement privé hors contrat qui interpelle les autorités, jusque dans les rangs de l'Église.
L'institution l'Angélus, qui accueillait 109 garçons du primaire à la terminale à Presly, a été fermée sur décision préfectorale vendredi dernier, au titre de la protection de l'enfance. L'établissement est sous le coup d'une enquête judiciaire en raison de soupçons de maltraitance d'élèves et de "caresses et massages pour le moins inappropriés" sur au moins trois d'entre eux, selon le parquet.
La justice s'interroge en outre sur de possibles infractions financières et au droit du travail, ainsi que sur des méthodes éducatives jugées "dignes du XIXe siècle".
En cause: le tout puissant directeur de l'école, l'abbé Régis Spinoza, prêtre traditionaliste de 46 ans. Son avocat, Me Alexandre Varaut, le défend contre des "calomnies" diffusées selon lui par deux anciens enseignants préparant "la création d'une école concurrente à proximité".
Cette affaire, pour rare qu'elle soit, met justement en lumière la multiplication des écoles hors contrat, au nombre de 1.300 (scolarisant plus de 56.000 élèves). Plus de 300 sont confessionnelles, et parmi elles 200 catholiques, dont plusieurs dizaines attachées à la "tradition" dans l'Église. En vertu de la liberté de l'enseignement, ces établissements, qui n'ont pas signé de contrat avec l'État, ne sont pas tenus de suivre les programmes de l'Éducation nationale, et une déclaration en mairie suffit pour leur ouverture.
Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre, avait souhaité mieux encadrer l'ouverture de ces écoles, mais son projet a été censuré par le Conseil constitutionnel.
Craignant un "embrigadement" des élèves dans certains établissements, voire une "radicalisation" dans des écoles musulmanes, le ministère avait lancé à l'automne 2015 des inspections ciblées dans une vingtaine de structures, en plus des 300 réalisées chaque année en moyenne.
A la suite de contrôles inopinés dans l'académie de Versailles, un rapport que l'AFP s'est procuré, intitulé "Un terreau propice aux endoctrinements", s'inquiétait de "privations faites aux enfants de chances de s'instruire" et de choix éducatifs plus favorables "à l'emprise qu'à la formation d'un esprit critique". Le document citait des "contenus erronés et tendancieux" dans certaines écoles liées à la Fraternité Saint-Pie X, communauté intégriste toujours en rupture avec Rome: dans un manuel, on pouvait lire que "Pétain a sauvé la France"...
- Un monde 'très foisonnant' -
Aujourd'hui dans l'oeil du cyclone, l'Angélus n'était pas hors de l'Église: l'abbé Spinoza avait obtenu en juillet 2016 une reconnaissance canonique de l'archevêque de Bourges, Mgr Armand Maillard, labellisant l'institution comme "école catholique".
Mais le directeur n'avait pas de lettre de mission, souligne-t-on au secrétariat général de l'enseignement catholique (Sgec). "On ne cherche pas à se dédouaner dans cette affaire", assure à l'AFP Pierre Marsollier, délégué général aux relations politiques du Sgec, convaincu que "la reconnaissance n'est pas dissociable de la surveillance".
"Prudente" sur ce dossier, une responsable de la jeune Fédération des parents d'élèves des écoles indépendantes (FPPEI) préfère mettre en avant les "contrôles réguliers" menés ailleurs, "habituellement sans problèmes".
"Quatre-vingt treize établissements hors contrat ont ouvert en 2016, cela doit répondre à un besoin", plaide Marie-des-Neiges Guillotel, vice-présidente de la FPPEI, rassemblant des parents de sensibilités diverses, des "tradis" jusqu'aux adeptes de la pédagogie active Montessori, qui peuvent être les mêmes.
La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) affiche de son côté sa vigilance sur un monde du hors contrat "très foisonnant", "où le bon côtoie le moins bon et le très mauvais", selon son président Serge Blisko.
Au-delà des fermetures quand la situation l'exige, "ce que nous demandons, avec le gouvernement, c'est que ce qu'on appelle le socle commun de connaissances et de compétences soit respecté", fait valoir ce médecin. "Avec une ouverture sur le monde: on ne peut pas admettre que des enfants soient élevés en dehors de la société."


 



 

 

 

 

 

INTEGRISME CATHOLIQUE


La Vie du 18 mai 2017

Les lefebvristes français restent sur leurs gardes

Un accord entre Rome et les héritiers de Mgr Marcel Lefebvre, trente ans après son excommunication, pourrait être annoncé d’ici à cet été. Cette perspective suscite chez les fidèles proches de la Fraternité Saint-Pie-X des réactions mitigées.
À la mi-mai, Saint-Nicolas-du-Chardonnet était en ébullition. L’abbé Patrick de La Rocque, curé de cette emblématique église du centre de Paris occupée par les traditionalistes depuis 1977, venait d’être relevé de ses fonctions par ses supérieurs de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) avec six autres responsables de la Fraternité. En cause, leur opposition publique au récent texte du Vatican reconnaissant les mariages entre fidèles lefebvristes (lire ci-dessous).
Un énième épisode symptomatique des crispations provoquées par la perspective, plus réelle que jamais, d’une réconciliation avec Rome. Le Vatican pourrait en effet accorder prochainement à la FSSPX une prélature personnelle, cadre juridique très souple sur le modèle de l’Opus Dei : la Fraternité ferait alors partie de la structure hiérarchique de l’Église sans toutefois être circonscrite à un territoire comme les diocèses.
Même parmi ceux qui voient d’un plutôt bon œil une telle réintégration, les inquiétudes sont vives. « Une fois qu’on sera rattachés à Rome, aura-t-on la même liberté ? », interroge Caroline, paroissienne de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. « Nos écoles pourront-elles continuer, sans toujours devoir demander des autorisations à l’évêque du lieu… Ne nous donne-t-on pas une prélature pour nous empêcher de faire ce qu’on veut ? »
« Méfiance », « risque », « danger » : ces mots reviennent souvent dans la bouche de Thomas, fiscaliste en entreprise, qui fréquente lui aussi Saint-Nicolas-du-Chardonnet. S’il se dit partisan du ralliement conduit par Mgr Bernard Fellay, le supérieur de la FSSPX, ce trentenaire redoute que la main tendue par Rome soit « un prétexte pour nous faire rentrer dans le rang ». Pour autant, estime-t-il, la FSSPX n’a « rien à perdre ». « Plus le temps passe, plus les écarts se creusent, et si l’on attend trop, on va aboutir à un schisme réel. Pour moi, ce serait trop douloureux. Si l’on considère que l’Église reste l’épouse du Christ, s’en séparer n’a pas de sens. » Thomas craint aussi que la Fraternité devienne à terme une entité marginale, sans chef ni autorité. « Mgr Lefebvre ne voulait pas qu’on reste trop longtemps à l’écart, sous peine d’être gagnés par un esprit sectaire », renchérit Caroline.
Elle-même souhaite cet accord, mais constate que beaucoup, autour d’elle, sont déstabilisés par la figure du pape François, qu’elle juge pour sa part « inattendu » et « surprenant ». « Il tend la main à tout ce qui est à l’écart mais ses idées très progressistes sont bien éloignées de la ligne de Mgr Lefebvre. » En cause, l’œcuménisme prôné par le pape et l’exhortation apostolique Amoris laetitia. « Chez nous, les catholiques de tous temps, on a maintenu l’infaillibilité du mariage », s’offusque Caroline.
Si ces craintes sont bien réelles, les réfractaires à un accord avec Rome ne semblent représenter qu’une minorité, cantonnée au district de France. En Allemagne, en Suisse ou aux États-Unis, les négociations sont suivies favorablement, et une pétition lancée voici près de deux semaines en plusieurs langues, contre l’accord portant sur les nullités de mariage, n’a recueilli que 500 signatures dans le monde.
Pour Marie-Alix Doutrebente, paroissienne de Notre-Dame-de-Consolation à Paris, ce sont les « derniers soubresauts » de quelques prêtres qui résistent d’autant plus que l’accord est proche… La majorité, aux yeux de cette femme qui a collaboré à la fondation, il y a vingt ans, d’un groupe de dialogue informel entre catholiques des deux bords, est dans l’attente d’un heureux dénouement. « Pour nous, les fidèles, c’est une vraie souffrance depuis quarante ans. Nous aspirons à retrouver notre place dans l’Église et prier sur les mêmes bancs. »
Les esprits sont plus mûrs également, rappelle-t-elle, depuis la publication du motu proprio, il y a dix ans, par lequel Benoît XVI a libéralisé la messe tridentine. « Beaucoup de familles qui ne fréquentaient que les chapelles de la Fraternité Saint-Pie-X suivent aujourd’hui aussi la messe à l’Institut du Christ-Roi ou dans les paroisses diocésaines où elle est célébrée selon la forme extraordinaire. »
Une fois réintégrés et « dédiabolisés », comme ils disent, les lefebvristes affirment cependant vouloir montrer à l’Église le droit chemin. « Nous n’avons rien changé à la doctrine de toujours, veut croire Caroline. La Fraternité pourrait rendre à l’Église un grand service en lui apportant cette rigueur dans la foi. Et nos nombreuses vocations religieuses pourraient bénéficier à tous les catholiques. » Un retour, peut-être, mais, semble-t-il, sans rien céder sur le fond.
Trois évêques français reconnaissent les mariages de la Fraternité Saint-Pie-X
L’archevêque de Strasbourg Mgr Luc Ravel est devenu hier le troisième évêque français à appliquer la lettre de la Commission « Ecclesia Dei » du 27 mars dernier concernant les mariages dans la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX). Après Mgr Alain Planet, évêque de Carcassonne et Narbonne, et Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, Mgr Ravel va donc donner à certains prêtres de la FSSPX dans son diocèse la délégation nécessaire pour bénir ou recevoir les consentements du mariage. Cette autorisation est un pas de plus vers le retour des lefebvristes dans la pleine communion de l’Église catholique : cette dernière ne reconnaissait pas, jusqu’ici, les mariages célébrés par un prêtre de la FSSPX.

La Croix du 01.06.2017

Fraternité Saint-Pie-X : André, 12 ans, et les "touchers impurs" de l'abbé P.

A 12 ans, André a signalé les "touchers impurs" que lui a imposés un prêtre, mais son appel a été ignoré. (Document L'Obs)
Affaires étouffées, plaintes classées... Plusieurs cas d'abus sexuels sur enfants ont été signalés au sein des écoles de la Fraternité Saint-Pie-X. Mais la communauté catholique intégriste vit en vase clos et la loi du silence règne.
"Monsieur l'abbé. Je voudrais signaler de graves manquements envers la vertu de pureté de la part de l'abbé P."
André avait à peine 12 ans quand il a pris la plume, et dénoncé dans une lettre les "touchers impurs" dont il était victime depuis un an. En cause, l'abbé P., qui lui faisait le catéchisme, alors qu'il était dans une école de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), à Bruxelles. La lettre fut envoyée à un haut responsable de la Fraternité. Et puis plus rien.
"Mes parents étaient et sont toujours des fidèles de la Fraternité. Ils avaient minimisé. Pour eux, un prêtre était incapable de cela. Alors j'ai enfoui cette chose en moi. Mais quand j'ai vu, plus tard, que cet homme continuait à exercer, et ce, toujours en contact avec des mineurs, je ne pouvais plus me taire. J'ai voulu d'abord régler ça au sein de la Fraternité. En vain. J'ai du coup finalement porté plainte à la gendarmerie en 2012."
La première plainte avait été classée pour prescription. Mais l'instruction a finalement été rouverte début janvier. Aujourd'hui, à 38 ans, André va, peut-être, être enfin obtenir justice. Pour tous les autres, également. Car lors de son enquête, auprès des responsables de la Fraternité, André a découvert qu'il n'était pas la première victime de l'abbé P.
Attouchements permanents
A la fin des années 1980, deux frères dans le Nord de la France sont abusés par le prêtre. La mère proteste auprès des autorités de la Fraternité, mais l'affaire est vite étouffée. La famille ne souhaite pas porter plainte. Le silence est aujourd'hui toujours de mise, puisque l'un des garçons, à suite d'un accident, est dans le coma, tandis que l'autre est resté dans la Fraternité. André raconte :
"J'ai entendu parler d'autres victimes que ceux-là. Mais dans ce milieu, c'est la loi du silence. Je réalise surtout que si quelque chose avait été fait, après le signalement des premiers faits, j'aurais pu peut-être échapper à tout cela."
Tout cela : ce sont ses attouchements permanents, ses attaques, qu'il préfère décrire, par écrit, de façon quasi clinique :
"Il me mettait tout le temps sur ses genoux, et puis ses mains passaient en dessous de mon bermuda. Un jour, il m'a emmené en voiture. Il a pris ma tête et l'a frotté contre son sexe à travers sa soutane. Je me suis retrouvé ensuite sous sa soutane. J'ai failli tomber sur le pédalier, la voiture a fait une embardée, j'ai eu très peur.
J'en ai alors parlé à mes parents, mais sans être peut-être assez précis, j'avais tellement honte. Dans le milieu de la 'Tradition', toutes ces choses sont impures. Envisager même qu'un prêtre ait une sexualité, c'est... impossible."
André se rebiffe, dit à ses parents qu'il souhaite arrêter le catéchisme. L'abbé, sentant son emprise se desserrer, débarque alors chez lui.
"Il a expliqué à mes parents que je tournais mal. Leur a forcé la main pour m'embarquer dans un camp de scout en Vendée. Là, ça a recommencé. Il est venu dans ma tente. Je l'ai tapé."
Un pilier des camps de scouts
Quand il arrive au collège, André veut dénoncer les faits. "D'autres garçons étaient au courant de la réputation de l'abbé", dit-il. L'homme est un pilier des camps de scouts.
"Il y avait déjà eu des signalements. Il avait visiblement pour habitude de laver les louveteaux dans la rivière."
Mais les alertes ne semblent servir à rien. Pire, un avertissement lui interdisant tout apostolat avec les mineurs est finalement annulé. C'est que l'abbé P. est d'un tempérament "colérique". Il proteste, veut continuer à encadrer des scouts. Obtient gain de cause.
Lors d'un entretien, qu'André a enregistré et que nous avons pu écouter, l'un des responsables de la Fraternité explique, gêné :
"Il y avait des campagnes de fidèles, car il a bien fait son travail, tenu sa chapelle. Il y a des lettres de parents qui le défendent, disent 'laissez l'abbé P. s'occuper de scoutisme, il le fait très bien'."
Dans une lettre datée de 2009, le même responsable se dit d'accord avec André, qui a reconstitué le parcours de l'abbé P. et a découvert que jusqu'en 2008, l'homme s'occupait encore de jeunes. De 1993 à 2002, il s'occupe par exemple de scouts en région parisienne. Il assiste alors l'abbé Cottard, qui sera mis en examen, puis jugé pour homicide involontaire, suite à la mort accidentelle en mer de trois scouts et du plaisancier venu les secourir. L'abbé P., ensuite affecté en Charente, continuera ensuite à s'occuper de mineurs, jusqu'en 2009, au moins, lors de pèlerinages par exemple.
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Face à ce qu'avance André, le responsable de la Fraternité, embarrassé, reconnaît certaines défaillance mais explique aussi que "s'ajoute un autre élément présent dans la personnalité de l'abbé P., à savoir son entêtement, sa fourberie, sa sournoiserie d'imposer son apostolat et de tromper ses supérieurs."
La loi du silence
Il faudra attendre 2014 pour que l'abbé P. soit jugé lors d'un abbé canonique, et interdit de tout apostolat auprès des mineurs. Soit près de 25 ans après les premiers faits. Un décret qui a été, fait étonnant montrant l'avancée des négociations avec Rome, validé en 2016 par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le "tribunal" du Vatican. "Cela peut paraître long, mais nous n'étions au courant que de touchers impurs et d'attitudes trop proches, comme laver les scouts à la rivière", se défend l'abbé Thouvenot, porte-parole de la Fraternité Saint-Pie-X. Qui assure à "l'Obs" que dans l'instruction sur le cas d'André : "Nous allons coopérer avec la justice."
La ligne de défense de Mgr Fellay, le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie-X depuis 1994, est de toute façon claire : répéter inlassablement que les faits reprochés à l'abbé P. étaient antérieurs à sa prise de fonction. Ou comme il l'expliquait à André dans une lettre : "Sachez que je déplore grandement comme les choses ont été réglées par la Fraternité dans le passé." Il lui offre d'ailleurs de lui payer les frais de médecins et de psychologue : "C'est là un devoir de justice et de réparation pour le tort grave qui vous a été fait."

Le Nouvel Observateur / 01 juin 2017




 


 

 

 

 

ISLAMISME

La CNCDH plaide pour une remise à plat des politiques de « déradicalisation »

Dans un avis adopté jeudi 18 mai, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) émet une critique virulente des politiques de prévention de la radicalisation.
Ses 17 recommandations remettent en cause certaines des principales dispositions de prévention et de répression prises depuis trois ans.

La CNCDH plaide pour une remise à plat des politiques de « déradicalisation »
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La CNCDH plaide pour une remise à plat des politiques de « déradicalisation » / Francis-Bonami/Fotolia
N’en jetez plus ! À la lecture de l’avis voté jeudi 18 mai par la commission consultative des droits de l’homme (CNCDH), certains responsables politiques et administratifs vont voir rouge. La commission se livre en effet à un réquisitoire très sévère de toutes les politiques de prévention de la radicalisation et de répression du terrorisme mises en place depuis trois ans.

Elle publie 17 recommandations qui conduiraient, si elles étaient suivies, à une remise en cause très large des politiques publiques en la matière.

Des politiques basées sur un concept flou

Sur la prévention de la radicalisation, la CNCDH commence par critiquer le concept même, qui n’est ni « solide » ni « éprouvé » scientifiquement, et fragilise donc toutes les politiques qu’il fonde.

Convenant que face à une menace aussi forte que celle du terrorisme, les pouvoirs publics ont tenté des choses sans en mesurer toujours les retombées, la CNCDH déplore tout de même « une marginalisation du discours universitaire au profit des « experts en sécurité », plus en ligne avec les demandes des services de renseignements ». Une situation observée dès 2014, mais qui a été partiellement corrigée depuis.

Des dispositifs « coûteux et inadaptés »

Pour mettre la politique de prévention en place, les pouvoirs publics se sont appuyés au départ sur des associations qui selon la commission, ont largement profité « des effets d’aubaine » qu’ouvrait cette décision, « dans un contexte de raréfaction des subventions publiques ».

En face, l’État ne s’est pas doté de mécanismes de « contrôle à la hauteur des enjeux ». La commission déplore l’absence, dès 2014 (date des premières politiques publiques d’envergure), « d’un conseil scientifique chargé de diligenter des recherches actions et de poser un cadre éthique aux interventions des associations ».

Des politiques « discriminatoires »

Plus globalement, la commission déplore que « la politique de détection » se soit basée, en détention comme dans la société, sur des grilles très larges : comportement de rupture, pratiques religieuses, alimentaires ou vestimentaires, propos tenus… Cela a conduit à « l’extension du champ des suspects au-delà de ce qui est nécessaire à la lutte contre le terrorisme », estime-t-elle.

Elle critique aussi la focalisation sur la radicalisation islamiste « alors que de nombreux pays (Canada, Allemagne, Danemark, Norvège par exemple) se préoccupent de toutes les formes de radicalités ».

Cette focalisation conduit à des politiques « stigmatisantes, voire discriminatoires » envers les musulmans et qui peuvent « porter atteinte à la liberté d’opinion et à la liberté de conscience ». Ces politiques pourraient avoir un « impact dévastateur à terme sur la cohésion sociale », craint la commission.

Des préconisations chocs

Parmi ses préconisations, la CNCDH recommande logiquement de mieux évaluer les dispositifs de suivi d’individus radicalisés mis en place par les préfectures et les associations. Pour elle, il faut « favoriser la prise en charge des mineurs dits radicalisés dans le cadre du droit commun ». Une proposition qui divise aujourd’hui les spécialistes entre tenants d’une approche spécifique incluant le religieux et partisans d’une prise en charge plus commune.

Pour sortir de la culture de la suspicion, la commission plaide aussi pour que le Numéro Vert de signalement destiné aux familles soit « déconnecté des services de renseignement ». Elle demande surtout la suppression du fichier des signalés pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), créé en mars 2015. Les personnes qui y sont fichées « ne font pas toutes l’objet d’un signalement en raison d’agissements menaçant la sûreté de l’État, mais simplement en raison d’une conduite ou d’un comportement exprimant une conviction politique ou religieuse », argumente la commission.

Point positif en détention

Après toutes ces critiques, la commission salue en revanche la recherche-action conduite dans les prisons d’Osny et Fleury-Mérogis, qui « repose principalement sur une approche non stigmatisante, confidentielle, et axée sur la mise en confiance et la réinsertion sociale ».

Enfin, elle demande une nouvelle fois la levée de l’état d’urgence et des mesures administratives restrictives de liberté qui y sont liées, comme des assignations à résidence : « Le principe de précaution ne saurait inspirer la politique de prévention du terrorisme, au risque de miner les principes qui fondent l’État de droit », conclut-elle.

La Croix du 19.05.2017

La radicalisation en Afrique de l’Ouest inquiète l’Église catholique

Lors d’une conférence organisée à Rome par Urbi & Orbi Africa, lundi 22 mai, plusieurs experts ont insisté sur l’importance du dialogue religieux en Afrique, malgré la montée d’une forme « rigoriste » de l’islam.

Comment réagir face aux mutations qui touchent l’islam en Afrique de l’Ouest ? C’est à cette question que deux prêtres ont tenté d’apporter des réponses, lundi 22 mai à Rome, au cours d’une conférence organisée à l’institut français Saint-Louis par Urbi & Orbi Africa, en présence de diplomates et de nombreux responsables religieux.

« En Afrique occidentale, l’islam est majoritaire presque partout », a expliqué le Père Angelo Romano, responsable des relations internationales pour la communauté de Sant’Egidio. Ce prêtre italien se rend régulièrement sur le continent africain, où sa communauté a pris part depuis plusieurs années à de nombreuses médiations de paix, comme en Centrafrique, au Burkina Faso ou en Côte d’Ivoire. Selon lui, l’islam dans les pays d’Afrique de l’Ouest fait face aujourd’hui à une forte mutation.

« Ces mouvements de modernisation d’un islam traditionnellement très ouvert ont notamment été influencés par le wahhabisme » venu d’Arabie saoudite, a poursuivi le Père Romano. Cette vision stricte de l’islam percute de plein fouet la pratique de la religion musulmane telle qu’elle était vécue jusqu’alors dans plusieurs pays, comme au Sénégal, où les confréries soufies occupent encore une place très importante.

« Face à ces évolutions, a-t-il poursuivi, les responsables musulmans africains tentent de résister en organisant leurs propres formations, alternatives, comme ils le font au Maroc. » Depuis le début des années 2010, le royaume a en effet mis en place des formations pour les imams, auxquels participent de nombreux responsables religieux venus d’Afrique subsaharienne.

Ce constat est en grande partie partagé par le Père Jean-Paul Sagadou, supérieur de la communauté assomptionniste de Ouagadougou. « Nous passons d’un islam modéré à un islam plus rigoriste », a-t-il expliqué, en parlant d’une « montée de l’intolérance à bas bruit ». « Au Nigéria, à Noël dernier, nous avons assisté à une campagne, déployée sur les réseaux sociaux, qui encourageaient les musulmans à ne pas serrer la main des chrétiens pour leur souhaiter bonne fête, en présentant les Églises comme des agents de l’Occident. »

« Discours désabusé »

« Beaucoup voient notre continent comme une région sans avenir et sans espoir. Chez les jeunes que je rencontre, ce discours désabusé est parfois très présent », a expliqué le prêtre burkinabè. Ce dernier a également évoqué le pentecôtisme, dont le développement dans certains pays de la région « crée aussi une forme de violence ».

Face à cette situation, l’Église catholique tente de continuer à promouvoir le dialogue, comme elle le fait par exemple à Sokodé, dans le centre du Togo, a expliqué le Père Jean-Paul Sagadou. Dans la deuxième ville togolaise, dont plus de 70 % des habitants sont musulmans, sa congrégation a ouvert un centre culturel interreligieux. Une fois par an, ce prêtre propose également à des jeunes, musulmans, protestants et catholiques, de visiter un pays d’Afrique pour en connaître les initiatives interreligieuses.

« Nouveaux acteurs »

« Il s’agit de savoir sur quel type d’initiatives nous voulons nous appuyer pour que les conflits interreligieux ne bloquent pas le développement du continent », a poursuivi le prêtre de Ouagadougou. Il a notamment évoqué la nécessité de développer un « dialogue constructif » entre les responsables religieux locaux. « Dans plusieurs pays, on constate une ignorance réciproque entre musulmans et catholiques : les prêtres résument l’islam à la violence, et les imams ne connaissent rien au christianisme », a-t-il déploré.

Il a aussi souligné l’apparition de « nouveaux acteurs », actifs dans le domaine du dialogue interreligieux, comme la Cédéao ou des intellectuels africains comme le professeur Albert Tévoédjrè, au Bénin. « C’est un phénomène assez récent. Il y a quelques années, les institutions se tenaient par exemple éloignées des questions religieuses », a estimé le Père Sagadou.

« Ce sont des questions vitales », a également insisté le Père Romano. « Le pape nous montre que la rencontre est la seule alternative à la barbarie. »

La Croix du 23.05.2017

Al-Azhar sous pression pour « rénover » son discours religieux

Le grand imam d’Al-Azhar Ahmed Al Tayyeb, attendait beaucoup de la visite du pape François au Caire, en Égypte, pour asseoir sa légitimité auprès des musulmans. Confronté à l’opposition des islamistes et des salafistes, il est accusé, en Égypte, de propager les idées extrémistes.

La visite du pape François, les 28 et 29 avril, a été un succès pour le cheikh Ahmed Al Tayyeb : échanges de discours, accolade appuyée… De quoi accréditer l’idée – séduisante à l’étranger – selon laquelle le grand imam d’Al-Azhar serait en quelque sorte l’équivalent du pape pour le monde sunnite. En réalité, le répit n’aura été que de courte durée. Car cette référence de l’islam égyptien (1) est sous pression dans son pays.
Depuis son accession au pouvoir, le président Abdel Fattah al-Sissi, un général volontiers présenté comme un religieux observant, ne cesse d’appeler Al-Azhar à réformer son discours pour qu’il soit « en accord avec son temps ». « Le monde entier est suspendu à vos lèvres, car la nation islamique (oumma) entière est déchirée », a-t-il lancé fin décembre 2014 à Ahmed Al Tayyeb dans son discours du Nouvel An. « Nous ne faisons pas assez », reprochait-il : « Le problème n’a jamais été notre foi. Il est peut-être lié à une idéologie que nous sanctifions ».
Désormais, une partie de la presse ajoute ses critiques aux siennes, accusant Al-Azhar de contribuer à diffuser l’extrémisme. Le présentateur de télévision Islam el-Behairy a ainsi vertement critiqué les programmes d’Al-Azhar et notamment l’enseignement d’hadiths (propos ou gestes prêtés à Mohammed par la tradition islamique) « incitant à la violence » (lire ci-dessous).
Une réforme du divorce refusée par Al-Azhar
« Le problème est que personne ne sait précisément en quoi consiste cette réforme : Sissi a lancé l’idée et laisse tout le monde se débrouiller », peste un étudiant azhariste. Il y a quelques semaines, le président a publiquement demandé à Al-Azhar d’entériner une réforme du divorce, pour mettre fin à la pratique de la répudiation orale, qui permet à un homme de divorcer en répétant trois fois une formule sans avoir besoin de passer devant un juge ou un officier de l’état civil. Le Conseil des oulémas a fermement refusé, rappelant la conformité de cette pratique à la charia. « Sissi a raison sur le fond, mais il s’y prend très mal », reconnaît un politologue égyptien.
Le même flou règne sur les intentions du grand imam. Al-Azhar – qui n’avait pas été consultée – s’est opposée en 2016 au projet du ministre des waqfs de diffuser tous les vendredis un « prêche écrit » dans les mosquées. « Les prêches perdront de leur profondeur et de leur capacité à contrer les pensées déviantes », a affirmé son Conseil des oulémas, obligeant le ministre à n’imposer finalement que des « thèmes ». « Toutes les institutions du pays doivent prendre leur part dans la responsabilité et dans la lutte contre l’extrémisme », répètent aussi les azharistes, agacés d’être « les seuls accusés ».
« Le plus important est d’améliorer la formation des imams »
L’entourage du cheikh Ahmed Al Tayyeb le défend vigoureusement des accusations d’immobilisme, rappelant la mise en place d’un « comité interdisciplinaire », composé d’universitaires, d’intellectuels et de journalistes pour réfléchir « aux causes de la violence et du fanatisme ». Un comité d’experts en éducation s’est penché de son côté sur les programmes d’éducation islamique.
Dans la précipitation, il a été décidé de retirer des manuels scolaires « les avis (fatwa) », issus de la doctrine classique et justifiant les actes de Daech. « Mais le plus important est d’améliorer la formation des imams », reconnaît Oussama Nabil, responsable de la section francophone de la Faculté des lettres d’Al-Azhar, en soulignant qu’un centre de formation continue vient d’être inauguré pour eux sur le campus de l’université.
L’entourage du grand imam rappelle également la publication – dès 2011 – des « documents d’Al-Azhar », salués à l’époque pour leurs avancées en direction d’un État garantissant la séparation des pouvoirs, respectueux des « libertés fondamentales ».
« Depuis l’invasion de Daech, l’actualité nous a poussés à nous concentrer davantage sur son argumentaire pour mieux le contrer », indique Oussama Nabil. D’où la création d’un Observatoire en sept langues, chargé de corriger chaque jour des interprétations considérées comme déviantes. D’où aussi les grandes conférences internationales organisées au Caire en décembre 2014 pour « combattre l’extrémisme » puis en mars 2015 « sur la citoyenneté et le pluralisme ».
Des interrogations sur le positionnement d’Ahmed Al Tayyeb
Il n’empêche, et malgré ses appels répétés après les récents attentats dans des églises de Tanta et Alexandrie, le président égyptien estime ne pas être parvenu à ses fins. La querelle ne cesse donc de s’envenimer, au point que des rumeurs lui prêtent le désir de remplacer Ahmed Al Tayyeb. « Pour certains, le grand imam bloque tout. D’autres soulignent les déclarations qu’il parvient à faire signer aux plus conservateurs », note le politologue.
Tous s’interrogent, en tout cas, sur les projets de ce théologien nourri de soufisme, « esprit curieux » passé quelques mois à la Sorbonne dans sa jeunesse, mais aussi fin politique et même tacticien. Est-il un farouche partisan d’un « islam des Lumières » empêché d’agir par les Frères musulmans et les salafistes et contraint d’affirmer son indépendance face au pouvoir politique ? Ou un opposant à l’islamisme mais aussi à « l’Occident » et partisan d’une réforme a minima ?
Lors de la Conférence internationale sur la paix qui se déroulait au Caire les 27 et 28 avril et qu’est venu conclure le pape, un échange tendu avec un intervenant apporte un début de réponse. Prenant la parole à la suite d’un spécialiste saoudien de la charia qui avait accusé « la Bible d’être infiniment plus violente que le Coran », un philosophe et éditorialiste mauritanien – citant Paul Ricœur ! – a appelé à dépasser cette « guerre des textes » en proposant des « principes d’interprétation » modernes. « Nous avons nos propres outils d’analyse des textes sacrés au sein de la tradition musulmane », lui a rétorqué le grand imam d’Al-Azhar. Avoir recours aux sciences humaines « occidentales » rend leur lecture « erronée ».
La controverse étalée dans la presse
Jeudi 11 mai, Ahmed Hosni Taha, qui assurait l’intérim de la présidence de l’Université d’Al-Azhar, a été contraint de s’excuser publiquement après avoir traité d’« apostat » le présentateur télévisé Islam al-Behairy, condamné à un an de prison pour « insulte à la religion » avant de bénéficier d’une grâce présidentielle. Le lendemain, un communiqué du grand imam d’Al-Azhar annonçait également son remplacement à la tête de l’université.
De leur côté, des parlementaires proposent de réformer la nomination des membres du Conseil des oulémas (chargé d’élire le grand imam), voire même de plafonner à deux fois quatre ans le mandat de ce dernier. Une proposition dont le président du Parlement vient de rappeler qu’elle se heurte à la Constitution.
(1) avec le grand mufti et le ministre des waqfs

La Croix du 17.05.2017

Le rôle complexe d’Internet dans la radicalisation

Pour Daech, Internet a été un outil majeur de propagande et de recrutement. Mais les chercheurs ont beaucoup évolué dans l’analyse de son rôle réel.

Selon le chercheur Benjamin Ducol, « Internet peut enfermer dans une manière de penser ». / V. Drobot/Fotolia
Dans les procès de djihadistes, vient toujours l’évocation des documents de propagande retrouvés dans les ordinateurs et téléphones des accusés. Quels que soient leurs profils, ceux-ci compilent presque toujours des quantités astronomiques de chants et de textes religieux, de photos ou de vidéos faisant la promotion du régime de Daech ou relayant ses exactions.

De même, bien que les récits de la vie en Syrie soient rares et difficiles à vérifier, plusieurs « revenants » évoquent la présence de télévisions diffusant en continu des images de propagande, notamment dans les maisons de femmes.

Quel rôle ces images jouent-elles dans la radicalisation, voire dans le passage à l’acte terroriste ? Le débat a divisé les chercheurs, entre les partisans du tout – décrivant une autoradicalisation uniquement sur écran –, et du rien.

« Il faut sortir de la dimension binaire du débat : Internet joue un rôle mais pas toujours prépondérant, commence Benjamin Ducol, responsable de la recherche au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV), situé à Montréal, au Canada. Il peut intervenir dès le début du processus de radicalisation, pour des jeunes en quête d’informations, ou dans un deuxième temps, pour confirmer des convictions naissantes ou nouer des contacts. »

« Internet peut enfermer les gens dans une manière de penser »

Le risque majeur d’Internet réside, selon lui, dans le fait qu’il permet de rentrer dans une « bulle cognitive » : « Internet vient renforcer les idées que l’on a, car, par l’effet des réseaux sociaux et des algorithmes, il propose automatiquement des contenus liés aux recherches précédentes ou à ses contacts, et exclut toute proposition déviante. Internet peut enfermer les gens dans une manière de penser. » Le problème se pose pour la radicalisation comme pour le développement des théories du complot, deux phénomènes d’ailleurs très liés.

« Internet n’est ni mieux ni pire que les cercles que l’on peut avoir dans la vie réelle en fonction de son milieu ou de ses centres d’intérêt, nuance le psychiatre Serge Tisseron. En revanche, c’est un accélérateur de particularités : si on est curieux, on le sera d’autant plus ; si on est craintif, on se repliera davantage sur soi ou sur des pseudo-socialisations. » Au risque de s’isoler dans des « communautés exclusives ».

« La propagande n’est efficace que si elle répond à un vécu douloureux »

Qu’il soit soutenu ou amplifié par Internet, le processus de radicalisation ne part en tout cas pas de rien, s’accordent les spécialistes. « Pour que la radicalisation se fasse, il faut qu’il y ait un terrain chez la personne : des failles identitaires, un malaise social, une problématique scolaire, un sentiment de stigmatisation… », cite notamment Benjamin Ducol.

D’abord parce que les contenus sont de moins en moins facilement accessibles, les plates-formes ou les services de l’État les supprimant : il faut chercher pour trouver des vidéos de propagande. Mais aussi parce qu’une personne équilibrée, bien dans sa vie et dans sa société, fermerait tout de suite la page ou la vidéo en question. « La propagande n’est efficace que si elle répond à un vécu douloureux », conclut-il.

La dimension pathologique du processus est donc importante : Serge Tisseron évoque d’ailleurs parmi les causes de propagande de Daech les « psychologues de nuit », capables de répondre aux interrogations existentielles de jeunes fragiles à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit…

Un phénomène d’habituation à la violence

De cette radicalisation mentale au passage à l’acte – départ en Syrie ou attaques en France –, il y a cependant davantage qu’un pas qu’aucun psychiatre ne franchit. « Si tous les gens qui avaient regardé le film d’horreur Scream étaient devenus tueurs en série, ça se saurait », ironise Serge Tisseron, agacé des liens trop directs qui sont faits entre jeux vidéo et passage à l’acte violent.

Il mentionne d’ailleurs une étude qui « vient de montrer que si l’empathie des personnes jouant à des jeux vidéo violents est plus faible que pour d’autres juste après le jeu, les choses redeviennent normales trois ou quatre heures après ».

Il reconnaît néanmoins qu’il existe un phénomène d’habituation à la violence. « Si certains regardent des vidéos violentes en boucle, c’est d’abord parce que cela les soulage de la violence ressentie en eux, explique le psychiatre. Ils se rendent compte que d’autres ont les mêmes pulsions. Mais cela finit par aggraver leur situation car cela entraîne une désensibilisation, comme si la violence devenait une manière ordinaire de régler les problèmes de la vie. Cela la rend ­possible. »

L’exposition à la lumière bleue des écrans influence le comportement

La place des écrans – et non seulement des contenus qu’ils diffusent – intéresse aussi la science. Dans la foulée des attentats du 13 novembre 2015, le CNRS a financé une série de recherches. L’une porte sur l’effet de la lumière des écrans, la « lumière bleue » – celle des LED des écrans des téléphones portables et ordinateurs –, sur le comportement. « Nous avons entamé des recherches sur les souris pour voir dans quelle mesure l’exposition à outrance à cette lumière, à des horaires inappropriés par rapport aux cycles du sommeil, renforce l’agressivité du sujet », explique la chercheuse Virginie Laurent-Gydé.

Avant elle, d’autres ont déjà montré que l’exposition à la lumière bleue renforce les troubles du sommeil et de la concentration et qu’elle influence négativement l’humeur et le comportement. « Les cellules de la rétine touchées par la lumière bleue interviennent dans des parties du cerveau liées à la régulation des cycles sommeil/éveil, aux fonctions cognitives, à la mémoire, aux émotions et à l’agressivité », poursuit la chercheuse.

Dans un récent procès de filière djihadiste, certains membres avaient expliqué qu’ils avaient passé un week-end entier enfermés dans un appartement à regarder des vidéos violentes. Un logement devenu « un repaire d’apprentis djihadistes », « un point de passage entre Toulouse et la Syrie », avait estimé le procureur. Les jeunes hommes avaient écopé de quinze mois à six ans de prison.

La lutte contre la radicalisation

► Avril 2014 : Lancement du numéro vert de signalement ; mobilisation des préfets, en association avec la justice et les associations ; comité de pilotage national instauré pour mener la prévention.

► Mai 2016 : Nouveau plan d’action contre la radicalisation de 80 mesures – en partie déjà mises en œuvre.

► Septembre 2016 : Ouverture du premier centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté (CPIC) en Indre-et-Loire, qui peine à recruter des occupants.

La difficile mission des psychologues

Sur Internet, les jeunes radicalisés nouent des liens souvent affectifs, particulièrement complexes à défaire pour les psychologues.

Bien sûr, la radicalisation se fonde sur une idéologie (lire ci-contre). Mais elle s’entremêle aussi avec des liens affectifs qui rendent la rupture avec cet univers encore plus complexe. « Il y a un double engagement idéologique et relationnel profond, relève le psychiatre Serge Hefez qui a une consultation à la Pitié-Salpêtrière. J’accompagne actuellement une jeune fille qui avait basculé avec deux amies. Contrairement à elles, elle a échappé à la prison, mais elle fait tout pour les rejoindre. »

Des liens amoureux peuvent aussi se nouer avec des rabatteurs en ligne. Car Daech dispose de « techniques d’hameçonnage très élaborées », souligne Serge Hefez. « On se retrouve face à des situations de dépendance affectives qui ne sont pas propres à la radicalisation, mais qui sont d’autant plus fortes que les gens de Daech agissent en groupe, confirme Guillaume Corduan, pédopsychiatre à la Maison des adolescents de Strasbourg, intégrée au dispositif départemental de prévention de la radicalisation. On a des jeunes qui reçoivent des SMS toutes les demi-heures, de jour comme de nuit. »

Il cite l’exemple d’une jeune fille qui a trouvé sur Internet « un soutien et un appui constant auprès de gens qui lui disent ce qu’elle doit faire, comment se comporter » : « Pour elle, c’est quelque chose de très apaisant. Ce mot revient souvent chez ces jeunes. » En face, professionnels et parents peuvent tenter de limiter les usages d’Internet et du téléphone… « Mais on préconise rarement un sevrage complet, car il faudra bien, un jour, que l’adolescent retourne en ligne », prévient le pédopsychiatre.

Pour lui, l’enjeu est plutôt de permettre à ces jeunes de trouver un tel soutien ailleurs. « On travaille avec l’ensemble de la famille, pour remettre du dialogue dans des relations parents et enfants souvent très abîmées », poursuit-il. En ligne aussi, des initiatives sont prises, comme les Promeneurs du Net, ces professionnels qui se rendent sur les forums ou les discussions pour contrer le discours des internautes malveillants. Un tel dispositif sera mis en place dans la région Grand Est à la mi-juin.

En consultation, il travaille aussi sur la notion de culpabilité : « Quand émerge la culpabilité d’avoir adhéré à certaines idées, d’avoir fait du mal ou provoqué des inquiétudes dans leur famille, on peut commencer à travailler, explique-t-il. Il faut les aider à accepter et à verbaliser ces sentiments d’angoisse et de culpabilité dont ils se défendent. »

Un travail qui impose un suivi la fois long et constant. « Les jeunes font des allers-retours entre l’adhésion et la distanciation, sans compter ce qui révèle de la dissimulation », explique Serge Hefez. Il cite le cas d’un jeune placé durant neuf mois par l’aide sociale à l’enfance dans un centre éducatif renforcé à Madagascar. « Alors qu’il devait rentrer en métropole, on s’est rendu compte qu’il avait repris contact avec des gens très sérieux, donc il va y rester un peu plus longtemps… » Ce n’est que lorsque les jeunes ont repris le cours d’une vie, une « capacité à aimer et travailler », des relations amicales et amoureuses, des activités et une formation, que l’on commence, selon lui, « à voir le bout du tunnel ». Et à éloigner le risque de « rechute ».

« On peut aider ces jeunes à retrouver leur libre arbitre »
Gérard Bronner,
sociologue et auteur de « La Pensée extrême » (1)

Peut-on « déradicaliser » quelqu’un ?

Gérald Bronner : Comme beaucoup, je n’aime pas ce mot. Je ne pense pas que l’on puisse « déradicaliser » quelqu’un. En revanche, on peut provoquer ou encourager son « auto-déradicalisation », c’est-à-dire que l’on peut aider ces jeunes à retrouver leur libre arbitre. Face aux contenus qui circulent, notamment sur Internet, il faut les aider à prendre de la distance, à retrouver leur indépendance mentale, à renforcer leur système immunitaire intellectuel. On sait que plus on excite l’esprit critique, plus les risques d’endossement des théories du complot décroissent. Or la plupart de ces jeunes sont dans une logique conspirationniste.

Comment faire ?

Gérald Bronner : Il faut éviter d’attaquer frontalement leurs idées. Car quand un croyant est confronté à un démenti brutal, cela renforce à court terme ses convictions. C’est ce qu’on appelle la dissonance cognitive. On se confronte en outre à un mille-feuille d’arguments dont on peut avoir du mal à sortir. En revanche, on peut essayer d’accompagner ces jeunes dans une prise de distance par rapport à ce qui les a conduits à ces croyances. La plupart du temps, ils font une confusion entre corrélation et causalité : ils souffrent d’une dérégulation de la perception du hasard. Ils disent : « Le hasard n’existe pas » pour tout ce qui est lié à leur idéologie, alors même qu’ils reconnaissent des logiques aléatoires dans d’autres domaines de la vie.

Avez-vous des exemples concrets ?

Gérald Bronner : Prenons l’exemple des mythes eschatologiques, de fin du monde, sur lesquels s’appuie notamment Daech. Je prends avec eux un cas de sectes où la date de fin du monde attendue a été dépassée sans qu’il ne se passe rien. Je leur propose des jeux de rôles pour leur montrer comment, face à l’évidence, on peut en fait continuer à croire par désir. Les adeptes disent : « On avait mal interprété la prophétie » ou « On a sauvé le monde par nos prières ». Mais c’est une contamination du croire par le désir. Par analogie, ces jeunes peuvent appliquer cette logique à leurs propres croyances.

Est-ce à l’État de faire ce travail ?

Gérald Bronner : Attention, je ne m’attaque jamais à leur religion, qui relève de leur liberté la plus fondamentale. Mon problème, c’est l’adhésion à la violence. Il faut revenir avec eux aux racines de l’idéologie pour qu’ils puissent, par eux-mêmes, la mettre à distance. C’est un peu de la pédagogie : le programme bâti pour le centre d’Indre-et-Loire, je l’ai fait avec ma fille ! J’aimerais d’ailleurs le diffuser dans tous les collèges et lycées. Car plus on attend, plus la personne est ancrée dans son idéologie et plus c’est difficile de l’en sortir.

(1) La Pensée extrême. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques, Éd. Presses universitaires de France, réédition en janvier 2016.

La Croix du 06.06.2017

« En tant que commandeur des croyants, le roi est le chef spirituel du Maroc »

Emmanuel Macron est attendu mercredi 14 juin en Maroc pour une « visite personnelle » au roi Mohammed VI, également « commandeur des croyants ».

Abdellah Cherif Ouazzani, enseignement chercheur à l’université de Rabat et à l’Institut Mohammed VI pour la formation des imams revient sur la signification de ce titre.

La Croix : Le roi marocain est « commandeur des croyants ». À quoi correspond ce titre ?

Abdellah Cherif Ouazzani : Le roi du Maroc occupe deux fonctions : il est à la fois chef temporel en tant que roi, et leader spirituel en tant que « commandeur des croyants ». Officialisé en 1962, ce second titre recoupe en réalité une fonction tacite exercée par le roi depuis toujours. Elle permet au roi de gérer la politique religieuse du Maroc. Tous comme les anciens califes, le roi est considéré comme le descendant direct du prophète Mohammed, d’où ses pouvoirs sur la sphère religieuse.

Quelles sont les grandes orientations de la politique religieuse du roi actuel Mohammed VI ?

A.C.O. : Le roi Mohammed VI s’est tourné vers une approche normative. L’idée est de clarifier, codifier et uniformiser les normes religieuses afin d’obtenir une ligne commune pour toutes les institutions. Cette orientation a été adoptée à la suite des attentats de Casablanca en 2003. Avec cet événement, on s’est rendu compte du danger d’un manque de clarté sur les normes religieuses. Cela laissait notamment la place à des interprétations extrémistes. Depuis, que ce soit au niveau de l’organisation des mosquées ou de la justice religieuse, on dispose d’une même référence, centrée sur le rite du Maroc, le rite Maliki. La clarification a été de plus actée par la révision constitutionnelle de 2011, qui assigne à chaque institution religieuse un rôle précis et défini à l’avance.

Les attentats terroristes ont ravivé le débat sur la formation des imams en France et en Europe. Que peut apporter le Maroc sur cette question ?

A.C.O. : Le Maroc a un réel potentiel à offrir à la France et à l’Europe sur ce sujet. Dès 2003, le pays s’est doté d’un Institut de formation des imams, le but étant d’éviter les dérapages et risques d’endoctrinement. Très vite le Maroc a répondu à une demande de formation des imams en provenance de l’étranger, l’Afrique tout d’abord puis l’Europe. Cette coopération passe par des conventions entre États. Des accords ont d’ailleurs été signés sur ce thème par l’ancien président François Hollande à Tanger en 2015. Avec l’actualité autour du terrorisme, le sujet sera forcément abordé par Emmanuel Macron et le roi Mohammed VI au cours de leur rencontre ce soir.

La Croix du 14.06.2017

De nouvelles idées dans la lutte contre la radicalisation

Cinq professionnels lancent un institut de recherche et de conseil sur la lutte contre la radicalisation et le terrorisme. Ils veulent répondre aux « carences » françaises en la matière.
Ils se connaissent sur Twitter depuis des années. Là, ils ont décidé de s’associer dans « la vraie vie ». Cinq professionnels, « réunis par un socle de valeurs humanistes et un solide ancrage au terrain », viennent de lancer Action Résilience, un laboratoire d’idées joliment nommé sur la lutte contre la radicalisation et le terrorisme.
« On est partis de l’insatisfaction générale des professionnels de terrain par rapport aux personnes qui, en France, se sont positionnées sur ces questions, mais qui cherchent davantage les subventions ou la lumière médiatique qu’autre chose », commence l’un des cinq fondateurs, Cédric Mas, avocat et historien militaire.
« Le sujet occupe énormément d’espace médiatique mais malgré cette profusion apparente, on constate des lacunes persistantes dans la compréhension des ressorts du terrorisme, de la radicalisation et du passage à l’acte », complète le journaliste et membre fondateur, Nicolas Hénin. Il cite en exemple les commentaires après l’attentat de Londres : « Alors qu’on nous avait expliqué que la France avait été visée à cause de sa laïcité, soudainement, Londres était frappée pour son modèle communautaire… Il faut sortir de ces discours contradictoires et souvent idéologiques. »
Outre ces deux personnalités, trois autres se sont associées pour fonder le groupe de réflexion : le spécialiste des conflits Jean-Marc Lafont, l’ingénieur en sécurité informatique Bilad Al Fransa et l’ancien détenu de Guantanamo qui travaille sur la prévention de la radicalisation, Mourad Benchellali. Une liste plus large de « partenaires », appelés à constituer un conseil scientifique, compte une douzaine de spécialistes, comme le chercheur en histoire du Moyen-Orient Jean-Pierre Filiu, l’avocat William Bourdon, le magistrat Antoine Garapon, la sociologue Ouisa Kies ou encore des représentants des victimes du terrorisme, comme Georges Salines, pour l’association « 13 novembre », ou Stéphane Gicquel, pour la Fenvac, Fédération nationale de victimes.
Pourquoi cette poignée de spécialistes ferait-elle mieux que les pouvoirs publics ou le monde de la recherche ? Grâce à la pluridisciplinarité et à la connaissance pointue du terrain dont dispose chacun des membres dans son domaine de compétences, répond Nicolas Hénin. « L’idée n’est pas de faire mieux que les chercheurs, mais de créer un pont entre eux et le grand public, précise-t-il. La littérature, notamment anglo-saxonne, est riche sur ces sujets, mais souvent un peu hermétique. Nous voulons la traduire de façon à ce que le grand public accède à une meilleure connaissance. » Parmi les missions qu’il s’est assignées, le think tank entend ainsi informer le grand public sur les enjeux liés au terrorisme à travers son site, une lettre d’information, des colloques – le premier est annoncé pour l’automne. Il veut aussi conseiller les pouvoirs publics, les associations de terrain – sociales, sportives… – et les entreprises privées.
« La capacité de résilience de notre société démocratique repose sur la société civile, avance Cédric Mas. Contrairement à ce qu’on entend souvent, les passages à l’acte terroriste ne sont pas des coups de tonnerre dans un ciel bleu. Il y a toujours des signes, des indices qu’on n’a pas su voir ou face auxquels on n’a pas su réagir. Il y a encore beaucoup à faire en matière de prévention, d’éducation, de sensibilisation. » L’institut, association à but non lucratif, est couplé avec une société par actions simplifiée (SAS) qui s’occupera de ce volet.
« Il y a des gens qui travaillent très bien dans le domaine social, de la jeunesse, du sport, qui ont des dizaines d’années d’expérience, mais qui ont besoin d’une mise à jour de leurs connaissances sur la radicalisation », plaide encore Nicolas Hénin.
Une démarche qui va dans le sens de celle du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) qui, après s’être longtemps appuyé sur les « experts médiatiques », s’est tourné vers les acteurs de terrain : « Je préfère la modestie des intervenants sociaux à l’arrivée de gourous autoproclamés », a récemment déclaré sa secrétaire générale, Muriel Domenach, nommée l’été dernier et consciente des errements de la politique publique en matière de lutte contre la radicalisation.
Repères
Quels pouvoirs pour la « task force » antiterroriste ?
Un décret publié hier au Journal officiel précise les contours du nouveau Centre national de contre-terrorisme (CNCT) mis en place par Emmanuel Macron.
Le CNCT, rattaché à l’Élysée, devra « favoriser le partage d’informations et l’efficacité de l’action ». Il sera chargé de « l’analyse de la menace et de la stratégie de lutte contre le terrorisme ». Il aura à sa tête un coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, Pierre de Bousquet de Florian, ancien numéro 1 de la Direction de la surveillance du territoire (DST) sous Jacques Chirac.
Cette « task force » antiterroriste devrait comprendre « 50 à 60 personnes » avec pour objectif que « des décisions puissent être prises dans la demi-heure ».

La Croix du 16.06.2017

Emmanuel Macron au CFCM : mener « ensemble le combat contre le fanatisme »

Le président français a appelé les responsables de l’islam en France à prendre leur part dans le « combat » contre les « prédicateurs de haine » et le « repli identitaire », lors d’un dîner de rupture du jeûne du Ramadan mardi 20 mai.

Avec Emmanuel Macron, la méthode change – l’État ne prendra pas lui-même les mesures qui s’imposent pour organiser « l’islam de France » – mais l’objectif reste le même : mener « ensemble le combat contre le fanatisme et sa diffusion », contre « l’idéologie de Daech » et contre ceux qui veulent faire des mosquées « des lieux de prêche appelant à la haine, voire à la violence ».

Après les « terribles attentats qui ont mis à l’épreuve le peuple français », la réponse qui s’impose aujourd’hui n’est pas seulement « sécuritaire, mais aussi civilisationnelle et morale ». Et dans ce combat, le rôle des musulmans eux-mêmes « est immense ».

Avec un ton très ferme, le président de la République est donc venu préciser ses attentes aux responsables du Conseil français du culte musulman, réunis mardi 20 juin au soir pour un repas de rupture du jeûne. Alors que son président actuel, Anouar Kbibech, s’était contenté d’une allocution très courte assurant que « les musulmans de France condamnent avec la plus grande vigueur cette violence qui ne peut se réclamer d’aucune religion », et assurant l’État de sa mobilisation « contre la radicalisation » sans plus de détails, Emmanuel Macron, lui, a listé les chantiers à mener.

Contre ceux qui organisent une « ségrégation »

Premier combat donc, celui contre le fanatisme. « Il vous appartient de combattre sur le terrain théologique et religieux, captation de l’histoire de votre religion, la négation de quinze siècles de travail d’interprétation réalisés par vos savants, a martelé le président de la République. Le combat de la pensée et de la foi, il faut le poursuivre sur le terrain, notamment auprès des plus jeunes qui ont des réticences à franchir la porte de vos mosquées. »

Mais c’est aussi contre ceux qui, au sein de l’islam, organisent « une ségrégation », « un repli identitaire », contre ceux qui veulent « se soustraire aux lois de la République » que l’Élysée attend du CFCM une action ferme et constante. « Personne ne fera croire que votre foi n’est pas compatible avec la République », leur a-t-il lancé. À vous de le prouver, entendait-on en substance…

Enfin, et Emmanuel Macron l’avait dit au CFCM qu’il avait rencontré lorsqu’il n’était encore que candidat : la formation des imams « sur le sol français et de façon adaptée aux valeurs de la République » est une nécessité impérative. « Des universités sont prêtes à travailler en ce sens et elles auront le soutien de l’État », leur a-t-il promis, insistant sur la nécessité pour l’université française de renouer avec « une meilleure connaissance de l’islam et de sa diversité ». Ce recul sur le terrain de la connaissance, a estimé le disciple de Paul Ricœur, favorise « le repli sur des identités fantasmées ».

L’État sera « aux côtés » du CFCM

Dans tous ces combats « pour la France » et pour la « sérénité des fidèles » musulmans, le président de la République l’a promis, l’État sera « aux côtés » du CFCM. Concrètement, il attend aussi de l’instance responsable du culte musulman de gagner « en légitimité ». Avec une franchise inhabituelle, il a déploré ces élections « trop souvent marquées par le refus de participation » de certaines fédérations, le nombre « trop faible » de mosquées participantes, la difficulté des mosquées à recruter des responsables « plus jeunes et plus diversifiés »… « Voilà l’enjeu pour 2019 ! », leur a-t-il lancé, en prenant comme date butoir les prochaines élections à la présidence du CFCM.

Sa présence à cet iftar du CFCM, la première d’un président de la République depuis « au moins dix ans », était donc hautement symbolique, et à la mesure des attentes de cette dernière. « Rien n’est plus nécessaire à la République ni plus urgent, a encore insisté Emmanuel Macron en conclusion. Tout est là pour nous diviser, creuser les béances intrareligieuses qui existent aussi sur d’autres continents. Ma présence ici est le moyen de vous remercier des responsabilités déjà prises et de vous dire que, face aux responsabilités immenses qui vous attendent, je serai à vos côtés. »

La Croix du 21.06.2017

Comment je me suis radicalisé en prison

Au micro de la journaliste Claire Robiche, sur Arte Radio, un ancien détenu raconte son recrutement et sa radicalisation en prison. Glaçant.
« Demain, tu me mets dans un quartier, je les convertis et les envoie tous à la guerre. » Heureusement, Mohammed — un prénom d'emprunt — n'est plus « dans ce délire-là ». Il a toutefois expérimenté, et surtout pratiqué, le lavage de cerveau. C'était en 1996, alors qu'il venait de « tomber » pour meurtre. Alors âgé de 18 ans, le jeune homme cultive sa haine derrière les barreaux. Au micro de Claire Robiche pour Arte radio, il déroule son parcours. La rencontre avec « les frères muz » (pour musulmans) en captivité, qui « proposent une bulle où l'on se sent apaisé ». Les explications géopolitiques, suivies d'autres extrêmement concrètes, « des cours particuliers avec une kala [kalachnikov, ndlr] en carton, de la chimie pour savoir fabriquer une bombe ».
Mêlant énergie et colère, la voix nue de Mohammed, pas même interrompue par une question, détaille l'exhortation à la guerre. « On ne tend pas la joue, on répond ; la loi des êtres humains devient une infamie. » De manipulé, le jeune homme devient manipulateur, et radicalise à son tour les autres. Les déconstruit « intellectuellement et affectivement, pour en faire des bêtes prêtes à égorger une femme ou un enfant ». Dans une ambiance qui favorise le repli sur la religion : « L'administration pénitentiaire joue notre jeu, nous n'avons plus grand-chose à faire ; les surveillants qui ne respectent pas la prière et nous humilient apportent de l'eau à notre moulin ; ça ajoute à la colère. »
Un faux prophète se révèle glaçant, aussi percutant qu'une balle tirée à bout portant. Une réussite pour Claire Robiche, dont c'est le premier documentaire radiophonique. La jeune femme a recueilli plus de quatre heures durant une parole forte et charismatique, pour en tirer cette demi-heure qui estomaque. « J'ai rencontré Mohammed dans le lieu où il travaille, et j'ai vu l'occasion d'aborder un sujet brûlant, même si son expérience date de vingt ans. Les mécanismes d'idéologisation sont actuellement les mêmes. »
Sur sa prise de conscience de s'être fourvoyé, le quadragénaire ne s'attarde pas. Lui qui a passé « la moitié de [s]a vie en détention » est devenu « un apostat » et a récolté « quatre coups de lame ». La réinsertion, il la voit comme une utopie : « Comment éduquer les gens par la souffrance et l'humiliation en prison ? Aujourd'hui, je me dis qu'il ne faudrait pas grand-chose pour que je rebascule... » Mohammed s'investit toutefois dans la culture. Ecrit du slam, des nouvelles, des haïkus. Son témoignage se clôt sur l'un d'eux, comme pour apporter une pointe de tendresse à ce cheminement infernal : « Au calice de sa fleur, j'ai trouvé un cilice pour mon cœur. »

Ecouter l’émission
SOCIÉTÉ
Un faux prophète
Comment j'ai recruté des djihadistes
34'33"
https://www.arteradio.com/son/61658673/un_faux_prophete

Un documentaire de Claire Robiche
Glaçant. Terrifiant. Un "radicalisateur" raconte 10 années de prison à fabriquer des djihadistes.
Dans les années 90, Mohamed se radicalise en prison au contact de musulmans salafistes. Devenu imam autoproclamé, il exhorte à son tour des détenus à partir faire le djihad. A 40 ans, après 20 ans à l'ombre, celui que les surveillants surnommaient "Oussama Ben Laden" a aujourd'hui décroché et est sur la voie de la réinsertion. Il raconte le processus d'embrigadement derrière les barreaux, favorisé par la violence et le racisme à l'oeuvre dans la détention.
En partenariat avec Libération
• Mise en ligne :
15 juin 2017
• Enregistrements :
décembre 16, 6 et 8 février 17
• Mise en ondes & mix :
Arnaud Forest
• Réalisation :
Claire Robiche

http://www.telerama.fr/radio/comment-je-me-suis-radicalise-en-prison,159335.php
21/06/2017

Trois parents de jeunes partis en Syrie soupçonnés d’avoir détourné des fonds de leur association

La présidente de Syrie Prévention Familles et deux membres de cette structure dont le but est de soutenir les proches des personnes embrigadées ont été mis en examen.
Valérie de Boisrolin ainsi que le couple Anne et Raymond Duong, respectivement présidente et membres de l’association Syrie Prévention Familles, sont soupçonnés par la justice, comme l’a rapporté le Journal du dimanche (JDD), d’avoir envoyé de l’argent à leurs enfants en Syrie en détournant des fonds de leur structure subventionnée.
Placés en garde à vue en début de semaine dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte fin 2016, à la suite de la détection des transferts de fonds, ils ont été mis en examen vendredi 23 juin pour « association de malfaiteurs terroristes, financement du terrorisme et abus de confiance en relation avec une entreprise terroriste » et placés sous contrôle judiciaire, a précisé une source proche du dossier à l’Agence France-Presse (AFP).
• Valérie de Boisrolin, dont la fille est partie en Syrie à 16 ans, se voit reprocher d’avoir organisé, via l’association, des envois d’argent à celle-ci, ainsi qu’un virement à une mère qui voulait aider son enfant à revenir en France.
• La famille Duong aurait envoyé plusieurs milliers d’euros à leur fils et à leur fille, partis en zone irako-syrienne en 2014.
« 90 000 euros de subventions »
Selon le JDD, les transferts seraient « de l’ordre de 13 000 euros pour les époux Duong » et de « 1 200 euros à sa fille et plus de 4 000 euros à la mère d’un djihadiste souhaitant revenir en France » pour Valérie de Boisrolin. Cette dernière « reconnaît les transferts en faveur de sa fille mais elle nie avoir ponctionné la trésorerie de l’association », précise le journal, qui l’a contactée.
« Le problème, résume la source de l’AFP, c’est que ces associations ne servent pas à ça. » Syrie Prévention Familles, dont le but est de soutenir les proches des « personnes embrigadées par des groupes extrémistes », gère « de l’ordre de 90 000 euros de subventions ». L’enquête a été confiée à l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière et à la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire.

Le Monde du 25.06.2017

A Torcy, les zones d’ombre d’un professeur de maths pas comme les autres

Egalement imam, Abdelali Bouhnik a été soupçonné d’être le confident des ambitions violentes de membres de la cellule djihadiste de Cannes-Torcy.
Il s’appelle Abdelali Bouhnik. C’est un personnage de l’ombre. Un affable quinquagénaire, barbe longue, chemise blanche, dont le nom a été régulièrement évoqué lors des deux mois de procès de la cellule terroriste de Cannes-Torcy, dont le verdict est tombé jeudi 22 juin. Sa particularité toutefois : avoir été pendant des années à la fois professeur de mathématiques à Torcy (Seine-et-Marne) et imam de la principale mosquée de la commune, que fréquentaient assidûment plusieurs des accusés. Un cas qui illustre la zone grise de la « radicalisation » dans le monde enseignant.
Lire aussi : Filière djihadiste de Cannes-Torcy : jusqu’à vingt-huit ans de prison
Après avoir été soupçonné d’être le confident des ambitions violentes de membres de la cellule, M. Bouhnik, franco-algérien, a été mis hors de cause lors de l’instruction close en novembre 2015. Mais il a été rattrapé, le 12 avril, par une procédure administrative exceptionnelle, une semaine avant l’ouverture du procès. Le ministère de l’éducation nationale a décidé de le suspendre de ses fonctions. Une décision prise au regard des accusations graves accumulées entre-temps à son encontre pour des faits d’apologie du terrorisme et de manquement à ses obligations de neutralité.
Itinéraire méritocratique
Quand Jean-Michel Blanquer, le nouveau ministre de l’éducation nationale, est arrivé en poste, le dossier de M. Bouhnik occupait le haut de la pile des affaires sensibles. « Une dizaine d’enseignants radicalisés ont été suspendus » ces dernières années, « avec des procédures disciplinaires engagées pour radiation, dont une poignée ont déjà eu lieu », confiait-on au ministère, début mai, à la veille de la passation des pouvoirs avec Najat Vallaud-Belkacem. Une « trentaine de situations de grande vigilance » ont aussi été repérées ; M. Bouhnik en faisait partie.
Son parcours est à ce titre un cas d’école pour l’éducation nationale. Né en Algérie à la fin des années 1950, fils d’agriculteurs, il a fait ses études de mathématiques à Batna, encadré par des coopérants, avant de rejoindre la France et la faculté de Jussieu avec un visa étudiant.
Peu fortuné, il loge alors bon an mal an dans des foyers de travailleurs immigrés, comme beaucoup de jeunes étrangers. Une fois diplômé, à partir de 1985, il sillonne l’Ile-de-France. D’abord comme maître auxiliaire, puis comme enseignant certifié après l’obtention du capes en 2004. Il finit par se poser à Torcy, au collège Arche Guédon, entre 2008 et 2015, puis au lycée Jean-Moulin. Il est domicilié dans cette ville depuis 1989, et, pour ses fidèles, il est un père de famille rangé de sept enfants.
Malgré cet itinéraire méritocratique, les notes blanches des services de renseignement à son sujet – que Le Monde a pu consulter – donnent à voir un engagement religieux obscur. A la frontière floue entre liberté de conscience et incitation à la haine et à la violence, raisons pour lesquelles les leviers du droit sont limités.
Des prêches mis en cause
Sur le plan professionnel, les accusations sont diverses. Il est notamment reproché à M. Bouhnik d’avoir cherché à orienter « vers une forme de radicalisme religieux », certains de ses élèves, au collège Arche Guédon. A partir de 2009, soit un an après son arrivée, certains se seraient mis à refuser de manger des aliments jugés haram (« impurs ») lors des sorties scolaires. M. Bouhnik aurait par ailleurs sans cesse cherché à « s’imposer comme le seul interlocuteur des collégiens de confession musulmane ». Notamment à partir de 2014, en proposant des cours de soutien.
Son attitude attire une nouvelle fois l’attention des autorités hiérarchiques fin 2015, peu après son changement d’affectation, au lycée Jean-Moulin. A cette époque, l’écho des attentats dans certains collèges et lycées bouscule les certitudes au sein du monde scolaire. Face à des jeunes qui ne se disent « pas Charlie », aux minutes de silence conspuées en janvier 2015, ou à la diffusion de théories complotistes, les enseignants sont fortement invités à se saisir d’opportunités d’échanges avec leurs élèves. Ce à quoi va s’opposer M. Bouhnik. « Il n’a pas souhaité faire la séance de débat avec ses élèves [sur les attentats] du 13-Novembre », est-il alors remonté.
Les autres reproches concernent ses prêches au sein de la mosquée. D’après les notes des services de renseignement, depuis 2010, M. Bouhnik n’aurait eu de cesse d’enchaîner les incitations à la haine, notamment à l’égard de l’école publique. « La déchéance des musulmans vient de l’école », aurait-il ainsi prêché en septembre 2010. M. Bouhnik aurait dans la même veine regretté, en juillet 2011, qu’« on ne parle pas à l’école de l’oumma [la communauté des musulmans], de l’islam, ni du prophète. Ils sont donc une production dangereuse contre nous car ils n’ont pas notre culture. Les kouffars [mécréants] les remplissent [nos enfants] de leur haine… »
Une virulence qui se serait caractérisée jusqu’à très récemment par des propos prônant ouvertement le « djihad armé ». En octobre 2016, M. Bouhnik aurait notamment imploré lors d’un prêche : « Mes frères, faites des douas [invocations] pour aider les djihadistes musulmans du monde entier à gagner cette guerre. » Ou encore, le 13 janvier : « Qu’Allah aide tous les djihadistes dans le monde et détruise tous les ennemis de l’islam, ici, en France, et ailleurs. » Autant de sorties qui ont fini par sceller son sort, aux yeux de l’administration.
Contexte politique et histoire
Rencontré, début mai, par Le Monde, M. Bouhnik avait tenu à se défendre. A l’écouter, tous les reproches faits sur son comportement au collège ou au lycée relevaient d’une mauvaise interprétation de ses intentions. Ce n’est pas lui qui aurait incité les enfants à changer de régime alimentaire, plutôt un contexte ambiant. Son interventionnisme auprès des jeunes relevait juste d’un souci de les faire réussir.
Quant à son refus de débattre après l’attentat contre le Bataclan, il assurait : « Je n’étais pas au courant d’un temps banalisé consacré aux échanges dans la classe. Ma matière, ce n’est ni la laïcité ni la religion, ce sont les mathématiques ; les élèves ont mal interprété mon refus. »
Concernant les prêches, M. Bouhnik a assuré qu’il s’agissait de pure invention. Les notes blanches ne précisent pas effectivement leur source. Une méthode classique, dès lors qu’il s’agit de protéger des infiltrés. « Soit ce dossier est juste la rencontre entre le contexte politique et l’histoire, soit l’éducation nationale est passée à côté d’un enseignant prosélyte dans le contexte qu’on connaît, et c’est extrêmement inquiétant », plaidaient ses avocats William Bourdon et Vincent Brengarth.
C’est là que résident aujourd’hui toutes les interrogations. L’ancien gouvernement s’était félicité d’avoir resserré la transmission d’informations entre justice et éducation nationale, notamment pour les affaires de pédophilie. L’affaire révèle-t-elle les limites du système ?
M. Bouhnik n’avait en effet jamais fait l’objet d’une condamnation. Sa surveillance relevait des services de renseignement – pas de la justice. De leur côté, les notations administratives ont certes révélé des écueils pédagogiques, mais pas de prosélytisme stricto sensu. « Il n’est pas anormal d’avoir maintenu M. Bouhnik en poste, assurait début mai le ministère de l’éducation nationale. Nous étions vigilants, mais c’est le rôle des services du ministère de l’intérieur de fixer le cap. Dans les heures qui ont suivi la fermeture de la mosquée [début avril, dans le cadre de l’état d’urgence], la suspension de l’enseignant a été actée. »
Lire aussi : Fermeture administrative d’une mosquée « incitant au djihad » en Seine-et-Marne
Aujourd’hui, M. Bouhnik attend d’être fixé définitivement sur son sort. Il touche toujours son salaire. Une commission de discipline devrait décider en juillet de son éventuelle radiation. Son nouvel avocat, Me Gilles Devers, n’envisage pas de multiplier les recours. Il préfère se battre sur ce qui tient le plus à cœur à son client : sa mosquée. Un recours contre la dissolution de l’association cultuelle, actée le 3 mai par le ministère de l’intérieur, est programmé.

Le Monde du 23.06.2017

Fermeture administrative d’une mosquée « incitant au djihad » en Seine-et-Marne

Professeur dans un lycée, l’imam est soupçonné d’avoir, par ailleurs, fait du prosélytisme au sein de son établissement scolaire.
Le ministère de l’intérieur a annoncé, dans un communiqué, mardi 11 avril, la fermeture d’une mosquée située à Torcy (Seine-et-Marne), soupçonnée de diffuser « une idéologie radicale et des incitations au djihad ».
Gérée par l’association Rahma, cette salle de prière était depuis longtemps dans le collimateur de l’Etat. Elle avait la particularité d’avoir pour imam un professeur de mathématiques dans un lycée de la ville, aujourd’hui suspendu à titre conservatoire, selon nos informations.
Dans le viseur de l’arrêté préfectoral, pris, lundi 10 avril, par la préfecture de Seine-et-Marne, l’imam de la mosquée, Abdelali B., ainsi que son suppléant, Mohammed T. Aux yeux de l’Etat, ils cumulaient les dérapages et se « [signalaient] depuis des années par des prêches ouvertement hostiles aux institutions, aux lois républicaines, à la laïcité ainsi qu’aux Occidentaux, aux chiites et aux juifs, présentés comme des ennemis à combattre ».
« Haine des juifs et des non-musulmans »
Les deux hommes auraient notamment apporté « leur soutien » aux fidèles de la mosquée mis en cause dans le cadre du démantèlement de la cellule terroriste de « Cannes Torcy », en 2012-2013. Un dossier emblématique des premiers pas du « djihadisme » en France. Ses principaux protagonistes, accusés d’avoir commis un attentat à la grenade contre une épicerie casher de Sarcelles (Val-d’Oise) en septembre 2012, doivent être jugés à l’automne, à Paris.
Selon l’arrêté, des livres, par ailleurs mis à disposition des fidèles, «cautionnaient (…) la violence physique et notamment la lapidation pour les adultères » ainsi que la « haine des juifs et des non-musulmans ».
Selon l’arrêté préfectoral, Abdelali B. avait aussi la particularité d’exporter son prosélytisme au-delà de l’enceinte de la mosquée, « au sein des établissements scolaires successifs où il a enseigné ». Il aurait notamment « refusé d’organiser un temps d’échange relatif aux attentats de novembre 2015 ».
Du côté du ministère de l’éducation nationale, on indique toutefois que si l’imam Abdelali B. avait bien été inspecté après les attentats de novembre 2015, cette inspection n’avait « pas révélé de prosélytisme religieux ». Depuis, l’institution exerçait une « vigilance » sur la situation de cet enseignant. Mais, selon une source proche de l’inspection, « c’est plutôt quelqu’un qui, dans son lycée, semblait ne pas faire de vagues, car il savait qu’il était dans le viseur ».
Depuis l’instauration de l’état d’urgence, au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, une vingtaine de mosquées et de salles de prière dites radicalisées ont été fermées. La mosquée de Torcy est le troisième lieu de prière fermé depuis le début de l’année 2017, a précisé le ministère.

Le Monde.fr avec AFP | 11.04.2017

 Filière djihadiste de Cannes-Torcy : jusqu’à vingt-huit ans de prison

Vingt personnes étaient jugées pour un attentat à la grenade à Sarcelles en 2012, des projets d’attaque et des séjours en Syrie.
La cour d’assises spéciale de Paris a prononcé jeudi 22 juin deux acquittements et des peines allant d’un à vingt-huit ans de prison à l’encontre des accusés de la filière djihadiste dite de Cannes-Torcy, pour un attentat à la grenade à Sarcelles en 2012, des projets d’attaque et des séjours en Syrie.
Le verdict est tombé juste après la rupture du jeûne du ramadan, à l’issue de douze heures de délibéré, dans une salle surchauffée. A l’énoncé des peines, largement inférieures aux réquisitions, les accusés semblaient soulagés. Aucun de ceux ayant comparu libres n’iront en détention.
Ces vingt membres présumés de la filière de Cannes-Torcy, un temps considérée comme une des plus dangereuses de France, comparaissaient depuis le 20 avril. L’accusation, qui les croyait « prêts à recommencer », avait demandé des « peines exemplaires », allant jusqu’à la perpétuité pour Jérémy Bailly, l’auteur présumé d’un attentat raté en 2012.
Epicerie casher
En l’absence du chef, tué lors de son interpellation, c’est à lui que la peine la plus lourde a été infligée. Il a été jugé coupable d’avoir lancé une grenade dans l’épicerie casher de Sarcelles (Val-d’Oise) le 19 septembre 2012, miraculeusement sans faire de mort. Un attentat auquel il nie avoir participé.
Ostracisé par les autres accusés pour avoir dénoncé Bailly, Kevin Phan, le chauffeur de l’équipée de Sarcelles et benjamin du groupe, a été condamné à dix-huit ans de réclusion criminelle – vingt-cinq ans avaient été requis.
Lire aussi : Le procès de la cellule « Cannes-Torcy », matrice du djihadisme hexagonal
Des peines de quatorze à vingt ans de réclusion ont été prononcées à l’encontre des « Syriens » de la bande, la peine la plus lourde étant infligée à Ibrahim Boudina, qui a passé seize mois en Syrie et qui était selon l’accusation « revenu pour commettre un attentat » sur la Côte d’Azur. Jamel Bouteraa, qui n’a passé qu’un mois en Syrie mais est accusé d’avoir « fait des repérages en vue d’une attaque contre des militaires », a été condamné à dix-huit ans.
Zyed Tliba, ancien militaire qui avait gardé des liens avec son frère Abdelkader, condamné à quatorze ans pour un séjour en Syrie, et Nizar Jabri, qui avait fréquenté la bande des Cannois, ont été acquittés.
La plus petite peine de prison, d’un an, a été prononcée contre Sofien Hamrouni, qui avait conduit deux de ses copains qui partaient vers la Syrie à l’aéroport : « Une peine symbolique » pour son avocate Alexia Gavini, « qui tient compte de son parcours et de sa stabilité ».
Diversité des profils
Plusieurs avocats estimaient jeudi soir que la cour avait tenu compte de la diversité des profils de ces vingt hommes, issus de familles aisées ou ouvrières, originaires d’Algérie, du Laos ou de France, dont la moitié sont des convertis.
Avant que la cour ne se retire pour délibérer, la parole avait été donnée jeudi matin une dernière fois aux accusés, âgés de 23 à 33 ans, dont dix comparaissent détenus et sept libres (trois sont en fuite) : « Mettre une peine pharaonique à une personne, c’est en faire un dissident, un haineux », a soufflé Jérémy Bailly entre deux sanglots.
Plusieurs se sont excusés pour leur « comportement dans le box », pour avoir parfois ri, bavardé. Ils ont appelé la cour à se garder de toute « passion », alors que trois attentats ont été commis en France depuis le début du procès le 20 avril. La défense avait aussi exhorté la cour à ne pas juger « dans la peur », à s’arrimer au code pénal pour rendre « la justice » et ne pas partir « en croisade ».
Trois ans avant les attentats parisiens de 2015, cette cellule était considérée comme une des plus dangereuses de France. A l’audience, elle a été décrite par les enquêteurs comme « le chaînon manquant » entre le djihadiste toulousain Mohamed Merah et le réseau qui allait frapper la salle de spectacles du Bataclan.
L’attentat de Sarcelles, un crime antisémite et leur principal fait d’armes, n’a pas fait de mort « mais l’intention était bien de tuer », avait fait valoir l’avocat général Philippe Courroye, fustigeant l’apparente désinvolture de certains accusés, signe selon lui d’une « radicalité » toujours intacte.

Le Monde.fr avec AFP | 22.06.2017

À l’odieuse école de Daech

Ashbal, les lionceaux du califat
Mardi, à 21 h 50 sur Arte

Sans cris ni sang, Ashbal, les lionceaux du califat propose au téléspectateur une plongée dans l’insoutenable. Elle est pénible mais nécessaire, permettant de mesurer toute la gravité du poison que sème Daech sur son « territoire ». Les deux réalisateurs, Thomas Dandois et François-Xavier Trégan, ont retrouvé et interrogé des enfants ayant été enrôlés par l’organisation islamiste. Avec leurs témoignages, inédits, précis et, pour certains, confiés d’une voix innocente comme aurait dû l’être leur âge, un système d’une odieuse perversité se dessine.
« Ils nous disaient (…) que là-haut on aurait des jouets, des voitures, des ordinateurs, au paradis, tout ce qu’on veut, on l’a », dit Moussa, 12 ans aujourd’hui, libre après avoir été placé par Daech dans un centre réunissant une centaine d’autres enfants et situé à proximité de la ville syrienne de Rakka.
Remplissant de propagande ces très jeunes esprits, naïfs et influençables, les djihadistes les utilisent comme appâts pour capturer des prisonniers et les forment à l’attentat-suicide. Ils leur enseignent aussi les méthodes d’exécution au sabre, exemple réel à l’appui, en salle de classe. Précis et concentrés, Moussa et son frère, Youssef, 9 ans, reproduisent les gestes devant la caméra. « Puis ils prenaient la tête et la mettaient dans la voiture », conclut l’un d’eux.
Des enseignants témoignent, qui ont tenté d’empêcher les terroristes d’instrumentaliser l’éducation et de protéger les élèves en leur proposant des séances de sport. « En arrivant, Daech a mis la main sur toutes les écoles », dit un professeur de la ville syrienne Deir Ez-Zor, exilé en Turquie. De la projection de films aux cours de fabrication d’explosifs, les islamistes ont vite noyauté tout l’enseignement. Et, relève l’enseignant, « à force de voir des choses insoutenables, ils (les enfants, NDLR) se sont habitués ».

La Croix du 27.06.2017

La «chick lit» des salafistes

Les librairies islamiques ciblent intelligemment un jeune public, un peu à la façon des magazines féminins. Quelques ouvrages : «les Secrets du hijab…», «Main dans la main pour ta réussite mon cher mari» ou encore «Femme au foyer : redécouvre ton chez-toi». Les voix de la radicalisation sont impénétrables.

La «chick lit» des salafistes
Le 21 juin, devant le Conseil français du culte musulman, Emmanuel Macron a appelé à «combattre pied à pied sur le terrain théologique» non pas seulement la propagande de Daech, mais tous ceux qui diffusent des discours de haine. L’idéologie jihadiste radicale attire de plus en plus de jeunes, notamment parmi les femmes. Le pourcentage de celles-ci est estimé à environ 27 % selon les dernières statistiques de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat). Si l’on en croit cette même source, 17 % de femmes signalées comme radicalisées sont des mineures et 35 % sont des converties. Comment des fillettes peuvent-elles être séduites par une idéologie meurtrière et sanguinaire, mais aussi, l’oublierait-on, sexiste, machiste et misogyne ? Pourquoi des femmes, souvent nées et élevées en France, rejettent-elles un système «égalitaire» où elles disposent de droits et protections ? Or, une plongée dans la littérature féminine salafiste en langue française dévoile des catégories de pensée et des rôles de genre très similaires à ceux que véhiculent Daech.

Une radicalisation cognitive en plein cœur de Paris

Une courte escapade rue Jean-Pierre-Timbaud, en plein cœur de Paris, dans le XIe arrondissement, permet de s’en rendre compte. La rue est célèbre pour ses librairies islamiques de tendances salafistes où se mêlent commerce de mode, de parfumerie et d’alimentation, le tout arborant label «islamique» pour tout argument de vente. On y trouve des rayons consacrés à la littérature féminine islamique chargés d’ouvrages respectant les codes de couleurs assignés à la gent féminine : rose, rouge, fuchsia et pastel.

Sur les couvertures figurent invariablement des fleurs (souvent des roses) ou encore des dessins de silhouettes féminines voilées. Les titres annoncent la nature des contenus : les Secrets du hijab : voile et tenue vestimentaire de la femme en islam ; Main dans la main pour ta réussite mon cher mari ou encore Femme au foyer : redécouvre ton chez-toi.

Ces ouvrages destinés aux femmes, souvent traduits de l’arabe, véhiculent une image unique de «la femme» musulmane, nécessairement «voilée», «pieuse», bonne épouse et mère exemplaire. On lit dans l’un de ces ouvrages : «Certaines femmes négligent le fait de servir l’époux. L’une d’elles ne se charge pas de satisfaire ses besoins comme préparer à manger, lui laver ses vêtements, etc. Elle ne se soucie guère du rangement de son foyer, ni même de sa propreté. […] Tout ceci pour une seule raison : sa négligence et sa paresse. […] C’est un devoir qui est obligatoire selon l’avis le plus juste (1).» En plus d’inonder les chaînes satellitaires arabes et Internet de leurs avis juridiques (fatwas) sexistes, machistes et misogynes, des auteurs à succès, comme les Saoudiens Muhammad ibn Ibrahîm al-Hamad ou Ibn Bâz diffusent dans leurs ouvrages des avis comme l’urine d’un bébé fille annule les ablutions car elle est impure alors que celle d’un bébé garçon ne l’est pas ! Le livre en question, intitulé Recueil de fatwas concernant les femmes (2), contient plus de 535 fatwas, qui prennent madame par la main pour lui dire que faire dans les moindres détails de sa vie (au foyer) et figure parmi les best-sellers des librairies de la rue Jean-Pierre-Timbaud. La plupart de ces ouvrages sont édités en France par les éditions Al Madina ou Dar al-Muslim (3), ou en Belgique avec Al-Hadîth (4) à Bruxelles, et distribué par les librairies islamiques telles que la librairie Sana à Paris, qui se trouve dans la rue Jean-Pierre-Timbaud (5).

Des relais de la tradition salafiste

A l’exception de quelques-unes, à caractère plus généralistes, les librairies de la rue Jean-Pierre-Timbaud sont autant de relais de la tradition salafiste vers les nouvelles générations de musulmans de France. Les jeunes femmes musulmanes, particulièrement, y trouvent aussi «leur bonheur» parmi la plus grande collection des tenues vestimentaires islamiques et islamistes, comme des jilbab (voiles amples ne laissant apparaître que l’arrondi du visage) de toutes les couleurs et toutes les tailles… y compris pour les fillettes nubiles.

La littérature destinée aux jeunes femmes véhicule une vision inégalitaire voire misogyne à l’égard des femmes, ainsi qu’un modèle de femmes prétendument calqué sur «les accompagnantes» du Prophète (ses épouses Aïchâ et Khadjîja et sa fille Fatima az-Zahrâ) et les «pieuses». Comme si, depuis mille quatre cents ans, le monde arabe n’avait pas produit d’autres modèles : écrivaines, scientifiques, médecins, féministes, diplomates, femmes d’affaires ou encore journalistes.

Cette littérature nourrit une pensée monomorphe et conformiste de l’image des femmes et de leurs rôles dans la société : «Si une femme se défait de son voile de pudeur, laisse tomber les vêtements de la retenue et de la chasteté, elle perd l’essence de la beauté, tombe de son piédestal et chute dans les bas-fonds (6).»

Ainsi, cette littérature favorise le développement d’une vision duelle du monde dans laquelle les autres modèles féminins sont rejetés, le titre de «noble» ou de «pieuse» n’étant attribué bien évidemment qu’à celle qui se conforme aux codes explicités dans ces ouvrages : « Prends garde, chère sœur, à ces slogans diaboliques appelant à l’amitié entre les sexes, à la camaraderie innocente et à la fraternité humaine. C’est là un chemin qui conduit à la corruption et à la turpitude, sans le moindre doute (7).»

Salafisme, Daech : une même vision des femmes ?

Or, c’est ce que prône le discours de Daech sur les femmes, afin de convaincre celles-ci d’adhérer à son idéologie radicale violente. La femme (de) jihadiste y est conçue comme une «élue», «pieuse» et «modèle» de dévouement (à son jihadiste d’époux) et d’«endurance». La promotion d’un système ultra-patriarcal est une caractéristique dudit califat - autant qu’il l’est du discours salafiste, donc - et de son rapport sexiste entre les femmes et les hommes. Les femmes doivent obéir de manière absolue à leur mari, se contenter de leurs rôles d’épouse et de mère en se consacrant à l’éducation et l’élévation des «futurs jihadistes». Certaines femmes (de) jihadistes - particulièrement celles qui participent à la propagande - vont encore plus loin en appelant leurs homologues à accepter la polygamie, ou encore en «légitimant» l’esclavage sexuel, deux pratiques très répandues dans ledit califat.

Ces observations donnent raison à ceux qui voient nombre de points communs, sur le plan idéologique, entre le salafisme dit «quiétiste» et le salafisme jihadiste. Il est indispensable d’immuniser contre toutes sortes de manipulation cognitive par des idéologies radicales violentes. Car l’approche sécuritaire dans la lutte contre le terrorisme est insuffisante. Il est important de s’attaquer au socle idéologique de la mouvance jihadiste. Les autorités et les représentants de la communauté musulmane en France devraient s’intéresser beaucoup plus directement à cet aspect, car il s’agit d’une forme d’atteinte aux droits des enfants et à l’égalité selon le genre qui constitue un principe fondamental de la République.

(1) Nouveau Départ avec mon mari, éd. Al-Hadîth, Bruxelles, 2009, p. 47.
(2) Ed. Al-Hadîth, question n° 13, p. 32.
(3) www.daralmuslim.com
(4) www.haditheditions.com
(5) www.librairie-sana.com
(6) Pour toi ma sœur : exhortations aux femmes, cheikh ‘Abderrazzâq al-Badr, éd. Dar al-Muslim, Paris, 2016, p. 19.
(7) Ma sœur, voilà comment Allah et Son Messager veulent que tu sois ! cheikh ‘Amr ‘Abd al-Mun’im Salîm, éd. Al-Hadîth, 2009, p. 44.

Hasna Hussein est l’auteure du blog académique «Contre-discours radical» : http://cdradical.hypotheses.org

Hasna Hussein Sociologue des médias et du genre. Elle prépare un ouvrage sur la propagande de Daech par l'image et le texte.

Libération du 27.06.2017

À Nice, une enseigne « finance islamique » face aux juges

Les autorités invoquent des risques de troubles à l’ordre public tandis que le groupe financier visé dénonce une entrave à la liberté d’entreprendre.

À Nice, les polémiques se suivent… et se ressemblent. Après la controverse sur le burkini an août 2016, voici celle sur la finance islamique. Le bras de fer dure depuis la mi-mai entre Noorassur, un réseau spécialisé dans la finance et l’assurance islamique, et la mairie de Nice.

Après avoir ouvert plusieurs agences à Nantes, Bordeaux ou Annemasse, le groupe financier pensait obtenir sans difficulté l’aval des autorités niçoises pour ouvrir une succursale près de la promenade des Anglais.

À tort. Les autorités niçoises lui ont refusé, invoquant un risque de troubles à l’ordre public. Depuis, la controverse va crescendo, alimentée par la pétition de riverains appuyant la décision du maire. L’agence dénonce, elle, une entrave infondée à la liberté d’entreprendre. Le recours qu’elle a déposé contre la décision du maire est examiné aujourd’hui par le tribunal administratif de la ville.

Le risque de trouble à l’ordre public

Christian Estrosi évoque d’éventuels « troubles à l’ordre public » du fait de la proximité avec la promenade des Anglais, lieu de l’attentat du 14 juillet 2016. Il assure qu’une mention aussi controversée en façade d’établissement pourrait mettre« en danger tant le personnel que les clients de l’établissement ». Il évoque, enfin, les « rassemblements antagonistes qui ne manqueront pas de se produire dès connaissance de telles enseignes à Nice ».

La mairie précise bien ne pas être opposée, en soi, à l’ouverture d’une telle agence. « La terminologie de cette enseigne, Finance islamique, c’est-à-dire respectant les principes de la charia, représente clairement une marque de communautarisme, que la Ville de Nice refuse », a récemment déclaré la mairie. En clair, si Noorassur optait pour un terme plus générique et moins connoté (« finance éthique » ou « finance responsable »), elle obtiendrait probablement gain de cause auprès des autorités.

Quid de l’entrave à la liberté de commerce ?

Le groupe Noorassur déplore, lui, dans un communiqué daté du 30 mai « les agressions préméditées annoncées par la mairie », de même que l’amalgame « scandaleux » entre l’agence appelée à ouvrir et le terrorisme.

Convaincu de l’illégalité de l’arrêté municipal, l’avocat de l’assureur, Patrice Spinosi, a récemment déposé un référé suspension devant le tribunal administratif de Nice. À l’entendre, la décision de la mairie constitue « une entrave à la liberté d’entreprendre, et ce sans aucune justification ». Il réfute, par ailleurs, la menace qui pourrait planer sur l’établissement, ses salariés et ses clients.

Qu’est-ce que la finance islamique ?

Considérée comme relevant de la« finance éthique », la finance islamique est totalement légale en France. Diverses agences proposent des assurances mais aussi des produits financiers conformes aux principes de l’islam : interdiction de la spéculation, pas d’investissements dans des secteurs dits « impurs » (tabac, alcool, jeu d’argent, pornographie, armement, etc.). L’université de Paris-Dauphine a récemment créé un master « principes et pratiques de la finance islamique ».

La Croix du 27/06/2017

À Strasbourg, des imams formés à la prévention de la radicalisation

Pour la deuxième année, la préfecture du Bas-Rhin et la faculté de théologie protestante de Strasbourg organisent une formation à destination des cadres musulmans à partir du 27 juin.

Le deuxième volet est consacré à l’association des représentants de l’islam avec des professionnels de la prévention.

C’est une « formation innovante et unique » en France. À partir du 27 juin et jusqu’au 14 novembre à Strasbourg, des cadres religieux musulmans locaux et des acteurs sociaux professionnels de la prévention – psychologues, éducateurs, travailleurs sociaux – vont être formés à l’accompagnement préventif des jeunes au profil radicalisé.

Encadrée par des universitaires et des membres de la société civile, la formation a noué cette année un partenariat avec SOS Aides aux Habitants, une association qui réunit des parents de jeunes en voie de radicalisation. Des ateliers consacrés à des études de cas anonymisés ou encore des techniques d’entretien sont au programme. Par ailleurs, un créneau sera dédié à la présentation des mécanismes d’endoctrinement et la manière de les repérer.

Favoriser le dialogue

La conception pédagogique de la formation a notamment été élaborée par la faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg. La première session est lancée en 2016 et 13 cadres religieux y participent. Cette année, la formation s’étale jusqu’en novembre 2017 et se décline en modules ; le premier consacré aux cadres musulmans et le deuxième pour les acteurs sociaux. Un troisième module achèvera la formation et sera destiné à tous les acteurs, afin d’élaborer un travail en « inter-vision ».

« En mettant l’accent sur le côté hybride de la formation, à savoir de faire travailler ensemble des cadres religieux et professionnels de la prévention, l’objectif est de casser les préjugés ou les appréhensions, indique Rémi Gounelle, doyen de la faculté. Le but est de faire émerger des solutions ensemble. »

« Travail en collaboration »

Les représentants religieux, « sélectionnés » par la préfecture, bénéficient dès le 27 juin du premier module d’approfondissement pour mieux prévenir la radicalisation. Tous seront également formés à la rédaction de comptes rendus utilisables par le cabinet du Préfet du Bas-Rhin. « C’est un véritable travail en collaboration avec la préfecture et donc avec l’État », indique Rémi Gounelle.

La session de 2016 a porté ses fruits : plusieurs représentants musulmans, dont une majorité d’imams, ont fait parvenir à la préfecture des entretiens avec des jeunes radicalisés.

La Croix du 27/06/2017





 










 

 

 

 

ISLAMOPHOBIE


Après la polémique sur le burkini, la mairie de Nice s’attaque à la finance islamique

Christian Estrosi a interdit à l’assureur Noorassur d’afficher la nature de son activité sur son agence niçoise, au nom de la défense de l’ordre public
La mairie de Nice a-t-elle pris le risque de provoquer une nouvelle polémique sur le modèle de l’affaire du burkini qui avait enflammé les esprits à l’été 2016 ? Par un courrier du 12 mai, Christian Estrosi, alors premier adjoint redevenu maire de la ville le 15 mai, a refusé à une société distribuant des produits d’assurance et d’épargne estampillés « finance islamique » de mettre sur son agence de Nice une enseigne avec le nom de l’établissement « Noorassur.com - Finance islamique ». L’édile justifie cette interdiction en affirmant que cette enseigne « fait peser un risque fort de troubles à l’ordre public ».
M. Estrosi va plus loin et évoque la proximité avec la promenade des Anglais, lieu de l’attentat du 14 juillet 2016. Il assure que le risque est de mettre « en danger tant le personnel que les clients de l’établissement confrontés à des rassemblements antagonistes qui ne manqueront pas de se produire dès connaissance de telles enseignes à Nice ». C’est un peu comme si on interdisait à une boucherie de s’afficher halal au nom de l’ordre public en légitimant les éventuelles manifestations islamophobes qui surgiraient.
La finance islamique est un compartiment de la finance éthique, légal et même encouragé par le ministère des finances depuis 2008. Au point que l’université de Paris-Dauphine a créé un master « principes et pratiques de la finance islamique ». Depuis l’ouverture de sa première agence à Chelles, en Seine-et-Marne, en 2015, Noorassur n’a jamais essuyé un tel refus de la part d’une municipalité, pas plus à Nantes qu’à Bordeaux ou Annemasse (Haute-Savoie).
Offusquée par cette décision, Sonia Mariji, la fondatrice de Noorassur, a saisi, mercredi 31 mai, le tribunal administratif de Nice d’un référé suspension. « La finance islamique n’est pas incompatible avec la République, je suis un fruit de la République », proclame cette Française de 56 ans, musulmane, chef d’entreprise, non voilée.
Liberté d’entreprendre entravée
Pour Patrice Spinosi, l’avocat de Mme Mariji, la lettre du maire de Nice relève de raisonnements dangereux, d’abord en « véhiculant l’idée selon laquelle la finance islamique serait liée au terrorisme islamiste, alors que l’éthique de cette activité se situe aux antipodes de ce qui fonde l’idéologie mortifère du terrorisme ».
Selon le site Internet du ministère de l’économie, les produits financiers dits islamiques respectent le Coran, à savoir « l’interdiction de l’intérêt, de l’incertitude, de la spéculation, l’interdiction d’investir dans des secteurs considérés comme illicites [alcool, tabac, paris sur les jeux, etc.], ainsi que (...) le principe de partage des pertes et des profits ».
Dans sa requête au tribunal, M. Spinosi se réfère à l’ordonnance du Conseil d’Etat du 26 août 2016 sur l’affaire des arrêtés antiburkini. Ces décisions reposaient déjà sur cette logique d’interdire l’exercice d’une liberté plutôt que sur les réactions violentes et islamophobes qui pourraient apparaître. Ici, c’est la liberté d’entreprendre, protégée par la Constitution, qui est entravée. Il y a donc une « atteinte grave et immédiate aux intérêts » de la requérante, puisqu’elle ne peut ouvrir son agence.
Selon Patrice Spinosi, qui était intervenu au nom de la Ligue des droits de l’homme dans les recours contre les arrêtés antiburkini, la décision de M. Estrosi constitue également une « atteinte grave et immédiate à des intérêts publics en raison de ses effets et motifs radicalement discriminatoires ». De fait, « l’interdiction litigieuse recèle nécessairement une discrimination fondée sur la religion, et même un véritable opprobre envers toute activité qui tendrait à s’inscrire dans le respect des principes de l’islam », peut-on lire dans le mémoire déposé devant la juridiction administrative.
L’avocat rappelle un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme de 2014, concernant déjà la France, selon lequel « le rôle de l’Etat […] n’est pas de supprimer la cause des tensions en éliminant le pluralisme, mais de s’assurer que des groupes opposés l’un à l’autre se tolèrent ».
Les placements estampillés finance islamique ne sont pas réservés à une clientèle musulmane, même si commercialement, c’est bien ce marché que vise Noorassur. Des franchisés devraient ouvrir de nouvelles agences dans les mois à venir à Creil (Oise), à Limoges ou à Tours. C’est un développement commercial classique, même si Mme Mariji, qui a travaillé dix ans comme conseillère dans un groupe d’assurance-vie avant de lancer sa propre affaire, refuse pour le moment de donner des informations sur son chiffre d’affaires. Le tribunal de Nice devrait se prononcer sur ce dossier dans les prochaines semaines.

Le Monde du 02.06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

ISRAEL

 

La Croix du 09.06.2017

En Israël, un courant juif ultra-orthodoxe minoritaire mais influent

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a provoqué un tollé, dimanche 25 juin, dans les rangs des juifs libéraux et réformistes du pays en décrétant le gel du projet de création d’un espace mixte de prière devant le mur occidental de Jérusalem.

L’abandon de cet accord, sous la pression des partis juifs ultra-orthodoxes du pays, marque une nouvelle fois l’important pouvoir décisionnel de ce courant minoritaire.

Son rétropédalage a fait scandale. Dimanche 25 juin, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a annoncé publiquement l’abandon d’un accord, entériné en janvier 2016, qui prévoyait la création d’un espace mixte, permettant aux hommes et aux femmes de prier ensemble devant le Mur des lamentations de Jérusalem, principal lieu saint du judaïsme. Une décision, prise sous la pression des partis ultra-orthodoxes, qui ne cesse de susciter, dans le pays, la colère des milieux juifs libéraux et réformistes.

Alors que les libéraux sont très faibles politiquement en Israël, « cette décision renforce un peu plus la prise des ultra-orthodoxes sur l’État, même si celle-ci dépendra notamment beaucoup de la composition de la prochaine coalition à la Knesset », explique l’analyste politique Ofer Zalzberg. Dans le pays, le courant ultra-orthodoxe dispose à ce jour de deux partis au Parlement – Yaadout Hatorah et Shas –, qui regroupent en tout 13 députés sur les 120 de l’Assemblée.

Un poids politique important à la Knesset

« En faisant ce geste d’abandonner le projet de création d’un espace mixte de prière, Benyamin Netanyahou est presque assuré d’avoir une nouvelle fois la voix des ultra-orthodoxes aux prochaines élections, et leur appui lui est indispensable pour conserver la majorité », renchérit le spécialiste.

Comment l’influence grandissante de ces milieux très conservateurs a-t-elle évolué ces dernières années ? « Depuis deux ou trois ans, les médias ultra-orthodoxes se sont multipliés, notamment sur Internet, et sont plus faciles d’accès ; ils pointent les contradictions des libéraux dans leur pratique religieuse, et espèrent ainsi peser davantage sur l’opinion », poursuit Ofer Zalzberg.

Outre sa répercussion médiatique, le courant ultra-orthodoxe, pourtant minoritaire – il représente environ 10 % de la population –, détient pratiquement le monopole, dans l’État hébreu, des questions religieuses. C’est lui qui encadre – même s’il existe des exceptions, portant notamment par exemple sur les conversions à l’armée – la législation autour des mariages, des conversions ou encore des enterrements.

Un moyen de pression contraignant

Depuis l’annonce, en janvier 2016, de cet accord sur le Mur des lamentations négocié entre le premier ministre et le rabbin Rick Jacobs, à la tête du très puissant courant juif réformé américain, les partis Yaadout Hatorah et Shas n’ont cessé de menacer Benyamin Netanyahou de faire tomber le gouvernement s’il n’était pas abrogé.

Cette récente volte-face aura donc des répercussions considérables sur les relations entre l’État hébreu et les juifs de la diaspora américaine, qui se revendiquent très majoritairement – à 60 % d’entre eux – des courants réformés, ayant une vision moins stricte de la place accordée aux femmes. Déjà, certains évoquent un possible gel des dons financiers et l’arrêt d’envoi de délégations de jeunes juifs américains vers Israël.

« Le gouvernement est en train de suivre une voie qui aliène les juifs américains », renchérit Anat Hoffman, présidente de l’association Women of the Wall, qui lutte pour changer les règles sur le Mur des lamentations et déplore que le premier ministre ait cédé « à une poignée de religieux extrémistes ».

Un verdict défavorable à la règle ultra-orthodoxe

Pourtant, le courant ultra-orthodoxe, bien que puissant et victorieux jusqu’ici dans cette affaire, a aussi essuyé récemment, indirectement, un revers. Jeudi 22 juin, un tribunal de Jérusalem a rendu, à l’issue de deux années de procédure, un verdict défavorable à la compagnie aérienne israélienne El Al, jusque-là conciliante avec les exigences des juifs ultra-orthodoxes refusant de voyager sur leurs vols à côté d’une personne de sexe opposé. Ces derniers observent en effet des règles strictes de séparation entre les hommes et les femmes.

Et l’une de leurs passagères de 83 ans, Renee Rabinovitch, avait été sommée, en 2015 de céder son siège pour cette raison et avait décidé de porter plainte contre la compagnie aérienne. Pour Anat Hoffman, également présidente du Centre d’action religieuse d’Israël (IRAC), association qui œuvre pour la reconnaissance du judaïsme réformé en Israël et qui s’était constituée partie civile dans le procès, la décision rendue par le tribunal « est une immense victoire, pour tous ceux qui pensent que les femmes ne doivent plus être exclues de l’espace public ».

La Croix du 27.06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

LAICITE


La charte laïcité de Valérie Pécresse passe mal

Le groupe Front de gauche au conseil régional d’Île-de-France a déposé mercredi 17 mai un recours devant le juge administratif contre ce texte qu’il juge attentatoire aux libertés.

Le conseil régional d’Île-de-France avait adopté le 9 mars 2017 une charte régionale des valeurs de la République et de la laïcité. Comme la présidente Valérie Pécresse (LR) l’expliquait alors à La Croix, la région veut être « exemplaire » face à la menace des replis communautaires.

Toute association ou tout club sportif qui reçoit des subventions de la région devra désormais s’engager sur ce texte qui réaffirme des principes comme la neutralité de l’espace public ou l’égalité entre hommes et femmes.

Les critiques de l’Observatoire de la laïcité

Mais cette initiative a été aussitôt critiquée par l’opposition. Le texte serait selon elle non seulement mal rédigé mais irait trop loin et porterait atteinte au respect des libertés individuelles. Le groupe écologiste avait saisi l’observatoire de la laïcité qui, le 27 mars, a en effet formulé plusieurs remarques.

S’il « salue la démarche » du conseil régional, l’organisme critique la tonalité générale d’un texte qui présente de manière trop univoque la laïcité sous l’angle des interdits et pas assez des droits. Au sujet des fonctionnaires, par exemple, l’observatoire fait remarqué que s’ils doivent respecter un devoir de neutralité, la « liberté de conscience » leur est garantie et que « la pratique d’une religion ne doit en aucun cas constituer un critère discriminant » à leur encontre.

Le cas des « espaces collectifs privés »

De même, concernant les usagers de services publics, si « l’encadrement des libertés est possible et nécessaire, la liberté doit demeurer le principe ». Au sujet du port de signes religieux, l’observatoire précise que leur interdiction dans l’espace public ne peut être justifiée que par l’existence d’un trouble « objectif » à l’ordre public et non pas en raison de la « perception subjective » du trouble qu’il peut causer.

Il est aussi rappelé que « dans les espaces collectifs privés », qui sont ceux d’associations n’exerçant aucune mission de service public, « aucune obligation de neutralité ne peut être imposée ».

Mercredi 17 mai, la commission permanente de la région a adopté un amendement de clarification. Contrairement a ce que pouvait laisser entendre le texte initial, la signature de la charte ne s’impose pas à tous les organismes publics qui perçoivent des subventions, par exemple des collectivités locales ou des établissements publics qui sont par nature soumis au principe de neutralité qui découle de la loi de 1905. La charte s’applique, précise la région, aux seules associations subventionnées ou aux entreprises.

Un texte discriminatoire pour le Front de Gauche

Mais pour le reste du texte, la région conserve la rédaction initiale, ce qui ne satisfait pas du tout l’opposition. Le Front de gauche vient ainsi de saisir le préfet de région et a déposé un référé devant le tribunal administratif.

« Cette charte entretient la confusion, explique Céline Malaisé, présidente du groupe. Elle constitue une extension de la neutralité au secteur privé alors qu’elle ne concerne que la fonction publique. Pour les individus, la laïcité, ce n’est pas la neutralité mais au contraire la garantie de la liberté de conscience et d’expression. »

Pour le Front de Gauche, la majorité de droite entend aussi interdire le port de signe religieux sur les bases de loisirs appelées désormais « îles de loisir ». Un projet discriminatoire, qui vise en réalité l’interdiction du voile musulman, et risque de provoquer cet été, après l’affaire des burkinis de l’an dernier, de nouvelles polémiques.

La Croix du 17.05.2017

Respect de la laïcité à la RATP : « Les cas litigieux sont très marginaux »

Patrice Obert, délégué général à l’éthique de la RATP, est intervenu mercredi 17 mai à un colloque sur « le silence religieux dans l’entreprise », organisé par l’association des avocats d’entreprise en droit social Avosial.

La Croix : Le principe de neutralité s’applique sans équivoque à la RATP, entreprise publique assurant un service public. Comment cela se traduit-il en pratique ?

Patrice Obert : Une clause dite « de laïcité » a été introduite dans les contrats de travail dès 2005. Nous avons aussi édité l’un des premiers guides pratiques à l’usage des managers, dès 2013. Pour autant – et même si dans l’immense majorité des cas, nos agents n’ont aucun problème avec la laïcité – ces écrits ne suffisent pas. Il faut faire en sorte de les faire vivre.

Par quels moyens ?

P. O. : Il est très important que la tête de l’entreprise affiche une position très claire sur le sujet. Nos managers sont ainsi certains qu’en cas de friction, la ligne hiérarchique sera à leur écoute et que des conseils leur seront prodigués.

Nous avons renforcé le rappel à la règle, que ce soit au moment de l’embauche ou tout au long du parcours professionnel. Rappelé notamment que la prière était interdite partout dans l’entreprise et que la tenue devait être respectée.

Nous avons mis l’accent sur la formation, en créant par exemple un module qui explique la laïcité et qui a été diffusé à tous nos formateurs. Nos cadres intermédiaires peuvent bénéficier d’une formation spécifique, où sont rappelées les règles et où ils peuvent échanger sur leur expérience. Des conférences à destination de l’encadrement supérieur sont organisées tous les deux mois pour approfondir leur culture générale sur le fait religieux. Enfin, nous veillons aussi aux affectations, pour ne pas concentrer des agents venant d’une même zone ou d’un même quartier sur un même site de travail.

Y a-t-il beaucoup de cas litigieux ?

P. O. : Je le rappelle, le principe de neutralité religieuse ne pose aucun problème à la très grande majorité de nos agents. Les cas litigieux sont très marginaux. Pour certains, un entretien dit de « recadrage » – avec rappel au règlement – suffit. D’autres préfèrent quitter l’entreprise spontanément.

Enfin, il arrive que nous soyons obligés de nous séparer d’agents qui ne modifient pas leur comportement malgré des rappels à l’ordre et qui considèrent que la loi de leur religion est supérieure à celle de l’entreprise. Si la pédagogie est pour nous essentielle, il est important que tout le monde sache qu’il y a des limites.

La Croix du 18.05.2017

Le poignard sikh interdit en Italie au nom de l’intégration

Un sikh portant le poignard rituel a été condamné pour port d’arme illégal.
Pour la Cour de cassation italienne, si l’intégration « n’impose pas l’abandon de la culture d’origine », « le respect des droits de l’homme » et des lois « de la société accueillante constituent une limite infranchissable ».

La Cour de cassation italienne a confirmé, lundi 15 mai, la condamnation d’un sikh pour port du kirpan, le poignard rituel, estimant que les étrangers devaient respecter les usages de leur pays d’accueil.

En mars 2013, ce sikh indien avait été arrêté près de Mantoue (nord), et condamné à 2 000 € d’amende pour port d’arme non autorisé parce qu’il était sorti avec son kirpan.

Symbole de la lutte contre l’oppression et pour la liberté religieuse, le poignard de 18 cm de long est l’une des cinq obligations que la religion sikhe impose aux hommes (les Cinq K) avec l’interdiction de se couper les cheveux (kesh), maintenus par un peigne de bois (kangha) sous un turban, le caleçon bouffant (kachera) et le bracelet de fer (kara).

« Il n’est pas tolérable que l’attachement à ses propres valeurs, même légales selon le droit en vigueur dans le pays d’origine, conduise à la violation consciente de celles de la société d’accueil », a toutefois jugé la plus haute juridiction italienne.

« Si l’intégration n’impose pas l’abandon de la culture d’origine (…), le respect des droits de l’homme et (les normes judiciaires) de la société accueillante constituent une limite infranchissable », ont insisté les juges alors que le parquet avait pourtant demandé l’annulation de la condamnation, estimant que la tradition culturelle de cet homme justifiait le port du poignard.

Autorisé au Canada, y compris dans les enceintes scolaires, au nom des « accommodements raisonnables », le port du kirpan est interdit en France, au Danemark et dans plusieurs États américains.

Les sikhs étant très peu nombreux en Italie, le débat sur le port du poignard est quasi inexistant mais la décision de la Cour de cassation était attendue dans le cadre du débat sur le voile islamique, relève l’AFP.

Le voile intégral et la burqa sont interdits depuis peu dans les hôpitaux et les bâtiments publics de Lombardie et de Vénétie, deux régions tenues par la Ligue du Nord qui veut étendre la mesure à tout le pays.

Plusieurs maires ont aussi essayé d’interdire le voile intégral au nom d’une vieille loi italienne interdisant de sortir le visage couvert, mais les tribunaux ont, jusqu’à présent, toujours annulé leurs arrêtés, au motif que ce voile résultait plus d’une tradition que d’une volonté de dissimuler son identité.

« Respecter les lois du pays d’accueil »

La décision de la Cour de cassation fait aussi écho aux propos du pape François qui, tout en demandant un large accueil des migrants, plaide aussi pour leur intégration, selon un « processus bidirectionnel » qui n’est ni « assimilation, ni incorporation », comme il le relevait en avril dans la revue italienne Libertà.

Ce processus, expliquait-il, n’est pas un « aplatissement de la culture de l’autre, ni même un isolement réciproque, avec le risque de” ghettoïsations” aussi néfastes que dangereuses », mais se fonde « essentiellement sur la reconnaissance mutuelle de la richesse culturelle de l’autre ».

Ceux qui arrivent « sont tenus à ne pas se fermer à la culture et aux traditions du pays d’accueil, en respectant avant tout ses lois », ajoutait François.

La Croix du 17.05.2017

Dans les cimetières, le casse-tête des « carrés confessionnels »

Face à la difficulté croissante de nombreux musulmans à trouver un lieu de sépulture, le conseil des institutions musulmanes des Yvelines (Cimy) a lancé, au début de l’année 2017, une étude sur l’offre des « carrés confessionnels » dans le département.
En France, la création et la gestion de ces espaces, regroupant des défunts de même confession dans les cimetières, sont encadrées par une législation précise.

Ils ne savent pas où enterrer leurs proches, faute de place. À Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, des musulmans endeuillés sont confrontés à de nombreuses tracasseries administratives pour trouver des lieux de sépulture conformes à leurs exigences confessionnelles. Dans le cimetière de Gassicourt, le seul « carré musulman » de la ville, qui regroupe des défunts dont les corps sont tournés vers la Mecque, n’a plus de place pour les familles arrivantes.

Face à cette difficulté rencontrée par un nombre croissant de fidèles, le conseil des institutions musulmanes des Yvelines (Cimy) a lancé, au début de l’année, une étude sur l’offre des « carrés confessionnels » dans le département. « De nombreuses mosquées et associations cultuelles ont fait remonter l’inquiétude des croyants de ne pouvoir être enterrés près de chez eux, avec les leurs, souligne Abdelaziz El Jaouhari, secrétaire général de la Cimy. La demande est très forte, et les carrés saturés ».

Sur les 240 communes du département, seulement 24 carrés confessionnels ont été recensés jusqu’ici. En France, la création et la gestion de ces espaces, qui concernent particulièrement les communautés juive et musulmane, sont encadrées par une législation précise, reposant sur la bonne volonté des maires.

Que dit la loi française sur les « carrés confessionnels » ?

Depuis 1881, les cimetières sont considérés en France comme des espaces « interconfessionnels », laïques et neutres. « Tout regroupement par confession sous la forme d’une séparation matérielle du reste du cimetière est interdit », précise la loi datée du 14 novembre 1881. De fait, il incombe aux maires d’attribuer aux familles les emplacements de leurs tombes. Les élus peuvent donc, sur demande préalable du défunt ou de son entourage, opérer des regroupements confessionnels des sépultures.

Depuis 1975, le ministère de l’intérieur a publié trois circulaires pour encadrer cette pratique, en réaffirmant l’interdiction d’une séparation des carrés matérialisée – par une barrière, un muret… – et en bannissant l’installation de symboles religieux ailleurs que sur les tombes, c’est-à-dire dans toutes les parties communes des cimetières.

En 2008, le dernier texte a encouragé, pour répondre à la forte demande, les regroupements par religions. « La doctrine de l’État est donc claire : le maire peut créer des carrés confessionnels, de fait, en veillant à ne pas le reconnaître », résumait en ce sens en 2015 Philippe Bluteau, avocat à la cour, sur le site du Courrier des maires.

Comment répondent-ils aux différentes exigences religieuses ?

« La principale différence réside dans la volonté, pour les musulmans, d’avoir des tombes orientées vers la Mecque », précise encore Abdelaziz El Jaouhari. Dans les carrés juifs, les tombes doivent être alignées par rangées, dans la direction ouest-est en direction de Jérusalem, comme le demande la Torah.

L’obligation, en France, d’être enterré dans la ville où l’on a sa résidence principale, dans celle où l’on dispose d’une résidence secondaire, dans celle où il existe déjà une sépulture familiale ou dans la commune de décès complique encore la démarche des fidèles affiliés à un cimetière ne disposant pas de « carré confessionnel ». C’est ce qui pousse encore nombre de musulmans et de juifs à choisir l’option du rapatriement de leurs corps dans leur pays d’origine, pour être certains du respect des règles d’enterrement propres à leur culte.

Les transferts de corps vers Israël se sont ainsi multipliés ces dernières années. « Mais au sein de la communauté musulmane, cette tendance baisse, avec le vieillissement de la population, poursuit Abdelaziz El Jaouhari. Les jeunes générations, qui ont grandi en France, ne veulent pas être enterrées dans une terre qui leur est inconnue. » Ce qui explique aussi la saturation de nombreux carrés musulmans, notamment en banlieue parisienne.

Quelles solutions pourraient être envisagées ?

Certains responsables religieux en sont convaincus : il faudrait autoriser en France la création de cimetières confessionnels privés, comme il en existe déjà quelques-uns, datant d’avant 1881. Une commission spéciale, présidée par le juriste Jean-Pierre Machelon et centrée sur la question des relations entre les cultes et les pouvoirs publics, avait tenté, en 2006, de modifier la législation. Mais ses propositions sont restées lettre morte.

De son côté, la Cimy ne désespère pas de faire bouger les choses dans les Yvelines. « Nous faisons tout un travail de sensibilisation, de dialogue avec les élus généralement plutôt réceptifs à notre démarche, ajoute Abdelaziz El Jaouhari. C’est humain, face à la tristesse des familles endeuillées. »

La Croix du 17.05.2017

Gérard Collomb, un ministre attentif aux religions

L’arrivée du nouveau ministre de l’intérieur, chargé des relations avec les cultes, est bien accueillie par les responsables religieux.
Mercredi, Place Beauvau, lors de la cérémonie de passation des pouvoirs, le nouveau ministre de l’intérieur a conclu son discours en évoquant la laïcité. « Je reprendrai la laïcité telle que défendue par Aristide Briand dans la loi de 1905 : il disait que cette loi est une loi de liberté. La liberté de croire ou de ne pas croire. (…) C’est ainsi que nous concevrons la liberté des cultes », a affirmé Gérard Collomb avant de définir sa « mission » comme celle de « rassembler la France ».
Un homme de dialogue à l’écoute des religions : c’est ainsi que se présente ce socialiste dont la nomination a été saluée hier par les responsables des cultes, à commencer par ceux de sa ville, Lyon, où il s’est attaché à entretenir un climat de bienveillance. Sollicité par Le Progrès, le cardinal Philippe Barbarin s’est réjoui de cette nomination. « Il a ¬compris mieux que d’autres que la laïcité ne se construisait pas en opposition avec les cultes, ni même en leur absence, mais dans un dialogue franc et confiant avec les croyants. » Un avis partagé par Benaïssa Chana, président du conseil régional du culte musulman Rhône-Alpes. « C’est un humaniste, il a toujours œuvré pour le vivre-ensemble. Il est à l’écoute de tous, même de ces jeunes qui sont perdus avec leur identité. »
Depuis son élection en 2001, Gérard Collomb s’est imposé dans cette ville marquée par l’histoire religieuse. Chaque année, sans exception, cet agrégé de lettres classiques participe ainsi à la cérémonie du Vœu aux échevins, au cours de laquelle Lyon se place symboliquement sous la protection de la Vierge. Ce qui vaut à ce franc-maçon déclaré les critiques des réseaux militants laïques. Mais au-delà de sa dimension patrimoniale, la question religieuse semble être pour lui digne d’intérêt. Fils d’un ouvrier et d’une femme de ménage, l’étudiant en khâgne au lycée du Parc a été très marqué par son professeur Jean Lacroix, philosophe catholique, fondateur avec Emmanuel Mounier de la revue Esprit.
En novembre dernier, Gérard Collomb avait pris part à la délégation de 260 élus de la région qui, en visite au Vatican, avait été reçue en audience privée par le pape François. De même, il convie une ou deux fois par an à sa table les représentants de tous les cultes. Ces déjeuners ne sont pas des rendez-vous formels mais un vrai temps de convivialité et d’écoute, témoigne Pierre Durieux, directeur de cabinet du cardinal. « Gérard Collomb porte en grande estime le fait religieux et comprend ce que les croyants peuvent apporter à la cité. »
Au fil des ans, le maire et l’archevêque ont tissé des liens personnels. Une estime qui pousse Gérard Collomb à prendre sa défense, en mai 2016, quand il est accusé d’avoir couvert les actes pédophiles du Père Preynat. Alors que le premier ministre Manuel Valls évoque la démission du cardinal, le sénateur-maire dénonce à la radio ce « faux procès qui lui est fait ».
paroles

« Nous souhaitons un traitement équitable de tous les cultes »
Pasteur François Clavairoly, président de la fédération protestante de France
« Je me réjouis de la nomination de Gérard Collomb car, à Lyon, il a toujours veillé aux bonnes relations avec les cultes, à prendre en compte la parole des religions. Sur le plan national, nous comptons sur la continuité des excellentes relations qui ont été instaurées par l’ancien premier ministre Bernard Cazeneuve. Avec une demande particulière : depuis le gouvernement Jospin, seule l’Église catholique est reçue à Matignon. Nous souhaitons que Gérard Collomb intercède auprès du premier ministre Édouard Philippe pour qu’il y ait enfin un traitement équitable de tous les cultes. Sur le fond, nous attendons du ministre qu’il rappelle que la laïcité pose un principe de neutralité de l’État mais pas de la société. Cela suppose l’acceptation de la place des religions dans l’espace public, la reconnaissance de leur apport à la recherche du bien commun. »
 

Laïcité libérale

Gérard Collomb, nouveau ministre des cultes, a dessiné sa conception des relations entre l’État et les religions.

Aristide Briand plutôt qu’Émile Combes. Que le nouveau ministre de l’intérieur – et des cultes – choisisse de citer le rapporteur de la loi de 1905 pour inaugurer ses fonctions, est une bonne nouvelle. Depuis un siècle, la France a toujours été partagée entre deux compréhensions de la laïcité : celle d’Émile Combes qui réserve la religion à la sphère privée, et celle d’Aristide Briand, qui, comme l’a rappelé Gérard Collomb, voit dans la loi de 1905 « d’abord une loi de liberté, pour celles et ceux qui croient, de pratiquer librement leur religion ».
Reste que les relations entre État et religions ne peuvent se contenter d’un pacte de non-agression. Reconnaître le droit des croyants à manifester leur foi, c’est aussi reconnaître celui d’intervenir dans le débat public, au nom de cette même foi. De ce point de vue, le quinquennat qui vient de s’achever laisse un goût amer. Mais l’expérience du nouveau ministre des cultes comme premier magistrat de Lyon est de bon augure. À Lyon, Gérard ¬Collomb, lui-même franc-maçon, a su s’appuyer sur les responsables des différentes religions pour améliorer le lien social, notamment dans les quartiers difficiles.
Selon une « bienveillance » qui fait tout le sel du radical-socialisme de cette ville, il entretient des relations nourries et consulte aussi bien le cardinal Philippe Barbarin que le recteur de la Grande Mosquée Kamel Kabtane. Il considère les religions comme des partenaires au service du bien commun de l’agglomération. Il est à souhaiter qu’il poursuive cette attitude au niveau national. Parce que, comme l’a écrit le pape François à Emmanuel Macron, le souci d’une société plus juste et fraternelle fait bien partie « de l’héritage spirituel propre à la France, marqué aussi par la tradition chrétienne ».

La Croix du 18.05.2017

Gérard Collomb s’engage à promouvoir une laïcité « apaisée »

Le maire de Lyon et nouveau ministre de l’intérieur a envoyé ses vœux aux musulmans de sa ville à l’occasion du Ramadan.
Attaché, comme maire, à défendre « le droit de chacun de vivre librement selon ses convictions », Gérard Collomb s’engage, comme ministre de l’intérieur, à promouvoir « cette conception apaisée de la laïcité ».
Le 30 mai, quelques jours à peine après le début du jeûne du mois de Ramadan, le ministre de l’intérieur et maire de Lyon a envoyé ses « vœux les plus chaleureux » aux fidèles de la région lyonnaise.
« Je sais ce que représente pour votre famille spirituelle cette période dédiée au recueillement, au dépassement de soi, au partage et à l’entraide », écrit Gérard Collomb au recteur de la Grande mosquée de Lyon, son « ami », Kamel Kabtane. « Elle est pour moi chaque année l’occasion de vous réaffirmer ma volonté de faire vivre nos valeurs communes de respect de la vie humaine, de fraternité et de paix. »
Conception apaisée de la laïcité
Rappelant son attachement, comme maire, à « défendre le droit pour chacune et chacun de vivre librement selon ses convictions et de pratiquer son culte dans la dignité », le nouveau locataire de la place Beauvau s’y engage : « C’est cette conception apaisée de la laïcité, conforme à l’esprit de la loi de 1905 que je continuerai à promouvoir comme ministre de l’intérieur. »
Comme les années précédentes, le début du mois de Ramadan - fixé cette année au samedi 27 mai dans la plupart des pays du monde - a été marqué par une série de violences : près de 30 personnes ont été tuées et une centaine blessées dans deux attentats suicide le 30 mai à Bagdad ; mercredi 31 mai un attentat au camion piégé a frappé le quartier diplomatique de Kaboul causant la mort de plus de 150 personnes ; et samedi, un attentat revendiqué par l’État islamique a fait sept morts à Londres.
« Poursuivre le dialogue qu’à Lyon nous avons engagé depuis de nombreuses années avec l’ensemble des représentants religieux m’apparaît plus fondamental encore en un temps où la défiance, l’intolérance et le refus des différences sont parfois lourds de menaces pour l’unité de notre communauté humaine », écrit Gérard Collomb au recteur de la Grande mosquée de Lyon.
Discours de haine
À peine nommé à la tête du ministère de l’intérieur, il affirme son engagement à « combattre les discours et les actes appelant à la haine de l’autre » et à œuvrer aux côtés de cette figure historique de l’islam lyonnais « pour cultiver la concorde et la solidarité ».

La Croix du 06.06.2017
 

En Norvège, le voile intégral banni des crèches, écoles et universités

Le projet de loi présenté lundi 12 juin à Oslo vise à interdire le port du voile intégral, de la crèche à l’université, sur tout le territoire national.

Le gouvernement de droite disposerait d’un large soutien de la part des autres partis, selon les médias norvégiens.

« Nous ne voulons pas de vêtements recouvrant le visage dans les crèches, écoles et universités », a affirmé, lors d’une conférence de presse, lundi 12 juin, le ministre norvégien de l’éducation et de la recherche, Torbjørn Røe Isaksen.

Le gouvernement conservateur d’Erna Solberg a présenté son projet d’interdiction du port du voile intégral dans l’enseignement national public ou privé, de la crèche à l’université. Cette interdiction devrait s’appliquer aux professeurs, aux élèves et aux employés des jardins d’enfants. Les niqabs, burqas, cagoules et masques, c’est-à-dire tout vêtement recouvrant le visage, « empêchent une bonne communication, déterminante pour que les élèves et les étudiants puissent bien apprendre », argumente Torbjørn Røe Isaksen.

La loi qui devrait être votée au printemps 2018, selon les médias norvégiens, vient renforcer la législation déjà existante permettant l’interdiction, au niveau local, du port du voile intégral. Le comté d’Akershus, où se situe la capitale Oslo, avait déjà banni le voile intégral de toutes les écoles secondaires, de l’université Østfold et des deux universités d’Oslo.

Pourquoi étendre l’interdiction au niveau national ?

Cette loi était une promesse de campagne du gouvernement, composé de conservateurs et de la droite anti-immigration. Le ministre norvégien de l’éducation et de la recherche considère que ce projet de loi permettrait une égalité de traitement sur tout le territoire norvégien. Le nombre de personnes portant un niqab ou burqa est limité en Norvège, mais le sujet est présent dans le débat politique.

Le gouvernement devrait d’ailleurs bénéficier d’un large soutien au Stortinget (parlement norvégien) de la part des parlementaires du Parti travailliste et du Parti démocrate-chrétien. Ils s’étaient déjà prononcés en faveur d’une interdiction nationale similaire, rappelle l’Aftenpoften, un des principaux journaux norvégiens.

Qu’arriverait-il en cas de violation de la loi ?

Pour l’instant, le projet de loi ne prévoit pas de sanctions précises pour les personnes portant un voile intégral dans un lieu d’enseignement. Le dialogue devrait être la mesure privilégiée en premier lieu, pour demander à la personne de retirer son voile ou de quitter les lieux.

Le renvoi ou licenciement immédiat ne pourra pas avoir lieu car le port du voile intégral ne constitue pas une violation grave du droit du travail, d’après le gouvernement. Toutefois des violations de la loi à répétition pourraient entraîner un licenciement ou un renvoi.

Un choix entre études et croyance ?

« Je pense que l’interdiction est un pas important vers une meilleure intégration sociale. À l’école, dans les universités et dans les jardins d’enfants, nous devons être capables de communiquer entre nous, et cela implique que nos visages ne soient pas dissimulés », réagit un jeune actif norvégien de 29 ans. « Le gouvernement souhaite une meilleure communication dans ces institutions importantes. Je ne pense pas que ce soit une atteinte à la religion », poursuit-il.

Cependant l’organisation nationale des étudiants (ONS) a fait part de ses inquiétudes vis-à-vis de ce projet de loi, affirmant notamment qu’il pourrait limiter l’accès à l’éducation, forçant certains étudiants à faire un choix entre leurs études et leur croyance.

La Croix du 13.06.2017

Est-il permis d’enseigner le fait religieux en CM1-CM2 ?

Un enseignant de l’Indre, instituteur en CM1-CM2, a été sanctionné, vendredi 2 juin, pour avoir « passé la mesure dans l’étude du fait religieux ». Les programmes de cette classe d’âge prévoient l’enseignement du fait religieux.
Peut-on enseigner la Bible à l’école ? La question se pose après qu’un instituteur de l’Indre a été sanctionné vendredi 2 juin. Il lui est reproché « d’avoir passé la mesure dans l’étude du fait religieux », a affirmé la direction académique de sa région à l’AFP.
L’enseignant, qui était en poste en classes de CM1-CM2, dans une école regroupant des élèves de plusieurs communes de l’Indre, a annoncé son intention de faire appel de cette « sanction » auprès du tribunal administratif de Limoges. « C’est une décision sans fondement qui procède de considérations idéologiques », a estimé son avocat, Me Jean-Raphaël Mongis.
Suspension
L’instituteur avait été suspendu fin février après un courrier à l’inspection académique adressé par un collectif de parents. Ceux-ci lui reprochaient d’avoir travaillé avec les enfants sur des passages de la Bible. D’autres parents s’étaient élevés en revanche contre la décision de l’administration de suspendre le maître d’école.
Pour le directeur académique de l’Indre, Pierre-François Gachet, « il n’est pas reproché (à l’enseignant) d’avoir utilisé des textes religieux mais d’avoir dépassé la mesure de ce qui était nécessaire dans le cadre de l’étude du fait religieux ».
Que disent les programmes ?
Que disent les programmes en la matière ? En réalité, les instructions du ministère de l’éducation nationale, si elles définissent les objectifs, ne donnent pas d’indications sur les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre.
En 2005, un rapport annexé à la loi d’orientation pour l’avenir de l’école soulignait déjà l’importance de cet enseignement dans les disciplines : « Il convient dans le respect de la liberté de conscience et des principes de laïcité et de neutralité du service public, d’organiser dans l’enseignement public la transmission de connaissances et de références sur le fait religieux et son histoire ».
« Identifier des personnages mythologiques ou religieux »
Actuellement, les programmes scolaires du « cycle 3 », qui regroupe le CM1, le CM2 et la 6e, définissent un certain nombre d’objectifs en « culture littéraire et artistique » pour les CM1 et CM2. Durant ces deux ans, les élèves doivent ainsi avoir abordé des items comme « imaginer, dire, célébrer le monde », « se découvrir, s’affirmer dans le rapport aux autres », ou encore « la morale en question ». Pour l’item, « se confronter au merveilleux, à l’étrange », le programme recommande par exemple d’étudier « des contes et légendes mythologiques ».
L’enseignement du fait religieux est clairement mentionné. À la fin de la 6e, les élèves doivent pouvoir « identifier des personnages mythologiques ou religieux » dans une œuvre d’art, ou encore être capables de « mettre en relation un texte connu (récit, fable, poésie, texte religieux ou mythologique) et plusieurs de ses illustrations ou transpositions visuelles, musicales, scéniques, chorégraphiques ou filmiques, issues de diverses époques, en soulignant le propre du langage de chacune. »
« Les récits mythiques et bibliques »
En histoire, il est précisé que « les élèves ont l’occasion de confronter, à plusieurs reprises, faits historiques et croyances » afin de mieux pouvoir « distinguer histoire et fiction (…) en raison de l’importance qui y est accordée à l’histoire des faits religieux ». « L’étude des faits religieux ancre systématiquement ces faits dans leurs contextes culturel et géopolitique », peut-on encore lire dans le programme.
Ainsi, les élèves de CM1 aborderont en histoire la religion chrétienne parmi « les apports de la romanité ». En 6e, dans le cadre de l’étude de « la longue histoire de l’humanité et des migrations » (qui correspond aux « débuts de l’humanité » et au néolithique), ils se pencheront sur « des récits sur les origines du monde et de l’humanité proposés par les religions monothéistes » avant d’entreprendre « une étude croisée de faits religieux, replacés dans leurs contextes culturels et géopolitiques » en abordant Rome, Athènes et « la naissance du monothéisme juif dans un monde polythéiste ». C’est précisément dans ce cadre que les élèves peuvent aborder « les récits mythiques et bibliques ».
En français, le programme suggère également aux enseignants de 6e de faire travailler leurs élèves sur « un extrait long de la Genèse dans la Bible (lecture intégrale) » à comparer avec « des extraits significatifs de plusieurs des grands récits de création d’autres cultures ».
« Obligation de laïcité et de neutralité »
Lors de l’ouverture de l’enquête administrative en mars, le directeur académique de l’Indre avait insisté sur « les obligations de laïcité et neutralité des programmes scolaires de l’école publique ». Il avait affirmé qu’il était nécessaire « de déterminer si (des) enseignements avec des références religieuses catholiques sont conformes au programme scolaire ».
« Selon les calculs de l’administration elle-même, l’enseignant n’a consacré que six heures à l’étude de textes bibliques entre la rentrée de septembre et sa suspension fin février, ce qui ne paraît pas disproportionné », fait pour sa part valoir l’avocat de l’enseignant.
François Broggi, le maire de Badecon-le-Pin, l’une des communes dont les enfants sont scolarisés dans l’école de l’instituteur mis en cause avait estimé que « cela méritait tout au plus un avertissement ». Il avait qualifié l’enseignant d'« excellent maître d’école ».

La Croix du 05.06.2017

 

La Vie du 30 mai 2017


Marlène Schiappa s’explique sur la laïcité et les religions

La secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes revient sur des propos polémiques qu’elle a tenus dans une vidéo de la fondation Jean-Jaurès.

La nomination au gouvernement de Marlène Schiappa comme secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes s’est accompagnée de quelques remous. Une vidéo, abondamment relayée par les réseaux sociaux, a provoqué de nombreuses réactions critiques de la part notamment de catholiques.

Mise en ligne par la Fondation Jean Jaurès, un think tank proche du parti socialiste, on y voit celle qui n’est, à l’époque, pas encore secrétaire d’État, défendre une vision bien particulière de la laïcité et tirer à boulets rouges sur les religions.

« Les religieux savent s’unir entre eux et s’entendre pour construire l’oppression du corps des femmes », commence Marlène Schiappa avant de poursuivre : « On oppose au droit à l’IVG des femmes le pseudo-droit à la vie. On dit souvent que le féminisme a réussi à s’émanciper du joug religieux et de l’Église catholique et qu’il a affaire avec une forme d’islam politique. Je pense que nous sommes encore sous le joug des religions. »

Un compte-rendu de débat, extrait de son contexte, selon Marlène Schiappa

Elle épingle ensuite « les nombreuses infractions faites à la loi de 1905 » dont, entre autres, les élus qui se rendent « en cette qualité » à des cérémonies religieuses ou la diffusion de l’émission Le jour du Seigneur sur France Télévisions.

Souhaitant mettre un terme à toute confusion, Marlène Schiappa revient sur ces propos. « Je n’ai jamais demandé l’interdiction du Jour du Seigneur à la télévision, je n’ai d’ailleurs pas vocation à exprimer la position du gouvernement sur cette question », explique-t-elle à La Croix. La conseillère municipale du Mans qui se dit attachée à la séparation de l’Église et de l’État se définit à titre personnel comme venant « d’une famille et belle-famille méditerranéennes catholiques, qui a une crèche de Noël chez elle et célèbre les grandes fêtes religieuses en famille ».

« Dans la vidéo en question, de la Fondation Jean Jaurès, je faisais le compte rendu oral de débats auxquels ont participé plusieurs intervenants dont l’ancienne députée Catherine Coutelle, la ministre de la famille d’alors Laurence Rossignol, l’écrivaine Martine Storti ou encore la journaliste Valérie Toranian », explique Marlène Schiappa.

Le point de vue exprimé aurait donc été le compte-rendu de débats dont elle se serait fait le porte-voix. C’est isolé de ce contexte qu’il aurait ensuite été diffusé sur les réseaux sociaux.

De son côté, la Fondation Jean-Jaurès n’a pas souhaité prendre position dans ce débat.

Des échanges virulents avec Alain Finkielkraut

Cette vidéo a créé un tollé sur la toile, notamment dans les milieux catholiques. Elle a aussi donné lieu à des échanges virulents entre Marlène Schiappa et le philosophe Alain Finkielkraut. Celui-ci a affirmé avoir « souffert le martyre » en l’entendant parler de laïcité et estimé qu’elle « s’en prenait avec une violence inouïe à la misogynie » des religions catholique et juive, « sans un mot sur l’islam ». Il citait aussi des écrits de 2014 où cette « militante de la laïcité » regrettait maladroitement que des mères voilées soient interdites de sorties scolaires.

« Vous brodez sur du mensonge », lui avait alors répondu Marlène Schiappa quelques jours plus tard dans un courrier, lui reprochant d’avoir choisi comme cible « la benjamine du gouvernement (…), venant de quartiers populaires, non-diplômée d’une grande école, femme, de gauche, féministe de surcroît ».

La Croix du 16.06.2017

Un maire ne veut plus de vendeuses voilées dans un magasin de sa ville

Henri Leroy, maire Les Républicains (LR) de Mandelieu- La Napoule (Alpes-Maritimes), a écrit au magasin de vêtements H & M de sa commune pour lui demander de proscrire le port du voile par ses vendeuses. Dans cette lettre du 24 avril, l’élu évoque des plaintes répétées de ses administrés « gênés par la tenue vestimentaire à caractère religieux de vos salariées ». « La commune est attachée à l’identité républicaine et à la neutralité religieuse », ajoute le maire qui, pour justifier sa demande, invoque la récente jurisprudence européenne et le code du travail. Le problème est que les deux disent précisément l’inverse, à savoir que le principe général est celui de la liberté d’expression des salariés. Le devoir de neutralité s’impose aux seuls fonctionnaires. Un employeur peut – s’il le veut – interdire des signes religieux, mais à la stricte condition que la mesure soit « objectivement justifiée, appropriée et nécessaire ». La relation avec la clientèle ne saurait constituer en soi un motif suffisant pour justifier une interdiction.

La Croix du 15.06.2017

La présidence d’Emmanuel Macron conforte l’Observatoire de la laïcité

Jean-Louis Bianco connaît bien le nouveau président Macron, avec lequel il partage une même conception de la laïcité comme modèle protecteur de la liberté conscience et d’expression.
L’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée est une bonne nouvelle pour l’Observatoire de la laïcité et son président Jean-Louis Bianco. La victoire de Marine Le Pen, de François Fillon ou de Jean-Luc Mélenchon aurait signifié un changement de cap ou une remise en cause de son existence. Mais avec la victoire du leader de La République en marche, c’est la continuité d’un travail engagé depuis cinq ans qui semble assurée.
Jean-Louis Bianco, qui a été renouvelé dans ses fonctions en avril, connaît bien Emmanuel Macron avec qui il a travaillé lorsque ce dernier était secrétaire général de l’Élysée. Le successeur de François Hollande a par ailleurs pris comme directeur de cabinet le préfet Patrick Strzoda qui exerçait les mêmes fonctions auprès de Bernard Cazeneuve, au ministère de l’intérieur puis à Matignon. « Patrick Strzoda connaît très bien les questions de laïcité, on va faire un excellent travail », se réjouit Jean-Louis Bianco.
Créé par Dominique de Villepin en 2007 mais installé seulement en 2013, l’Observatoire est une commission consultative indépendante chargée « d’éclairer les pouvoirs publics sur la laïcité ». Elle réalise des rapports pour dresser un état des lieux du pays ou de secteurs particuliers (l’hôpital, les universités…), fait des propositions au gouvernement ou émet des avis sur des projets de texte législatifs ou réglementaires.
« La société n’est pas laïque »
François Hollande en avait confié la responsabilité à l’ancien député des Alpes-de-Haute-Provence et proche de Ségolène Royal, avec une ligne politique d’apaisement. Dans un pays traversé par des tensions identitaires, la laïcité est en effet autant menacée par le radicalisme islamique qu’instrumentalisée par ceux qui refusent l’islam.
Depuis cinq ans, l’Observatoire s’est donc attaché à promouvoir le modèle laïque, non pas comme un ensemble d’interdits mais d’abord comme un dispositif garant de la liberté de conscience et de rejet des discriminations. Au sein même de l’ancienne majorité, certains ont reproché à l’institution une position trop accommodante comme l’a illustré, en janvier 2016, la passe d’armes entre Jean-Louis Bianco et Manuel Valls, premier ministre, au sujet du port du voile.
« La société n’est pas laïque, c’est l’État qui doit le rester »
Sur ce point, Emmanuel Macron s’inscrit clairement dans la tradition libérale qui refuse de limiter l’expression du religieux dans l’espace public. « La société n’est pas laïque, c’est l’État qui doit le rester » avait ainsi réaffirmé le candidat durant la campagne, devant les responsables protestants. « C’est la laïcité républicaine telle que la définissent la loi et la jurisprudence », précise Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire.
« Avec le nouveau président, nous partageons aussi une même approche de la question identitaire, assure Jean-Louis Bianco. La France n’est pas une société multiculturelle, au sens d’une juxtaposition de communautés. Mais l’identité n’est pas figée, elle évolue avec des apports successifs au cours de l’histoire. L’enjeu aujourd’hui est de retrouver confiance en nous-même, de faire échec aux discours déclinistes. »
Un renouvellement attendu
Il reviendra donc au président de renouveler l’Observatoire en 2018, voire même de le pérenniser. Mais il reste d’ici là à passer le cap des élections législatives. Si la droite l’emportait, l’hypothèse d’un François Baroin à Matignon reprendrait de la vigueur. Or cette perspective, reconnaît-on au sein de l’Observatoire, compliquerait sérieusement les choses car ce dernier incarne une conception moins libérale de la laïcité.
Enfin se reposera après les élections la question de la composition de l’Observatoire, qui compte actuellement en son sein des membres en désaccord avec la ligne Bianco. C’est le cas notamment de Jean Glavany, député socialiste qui se représente en juin dans sa circonscription des Hautes-Pyrénées.

La Croix du 15.05.2017
 

Rencontre entre Jean-Louis Bianco et Emmanuel Macron : les chantiers de l’observatoire de la laïcité

Le président Macron reçoit mercredi 21 juin au soir le président de l’observatoire de la laïcité Jean-Louis Bianco.
Six semaines après son élection à l’Élysée, Emmanuel Macron reçoit ce mercredi 20 juin, en fin d’après-midi, le président de l’observatoire de la laïcité Jean-Louis Bianco. Signe que le sujet, à la veille d’un été qui pourrait être marqué par des nouvelles affaires de burkinis ou d’autres polémiques, est surveillé comme le lait sur le feu.
Les deux hommes se connaissent et partagent globalement une même vision des enjeux de la laïcité. Si la République doit être ferme sur ses principes (séparation de l’Église et de l’État, neutralité de la fonction publique…), elle protège les libertés individuelles et le droit d’exprimer ses convictions.
Jean-Louis Bianco est plusieurs fois monté au créneau ces derniers mois pour dénoncer les dévoiements de la laïcité, qu’il s’agisse d’en faire une arme contre les musulmans de France ou de l’invoquer à tout bout de champs pour régler des difficultés qui relèvent d’autres principes, comme l’égalité entre les hommes et les femmes. L’Observatoire mène actuellement avec le Défenseur des droits un travail de réflexion sur la question des discriminations.
Burkinis
« Je suis reçu par le président pour présenter des actions en faveur de la laïcité et aussi pour écouter les demandes qu’il peut nous formuler », explique Jean-Louis Bianco. Il rencontrera ensuite le chef du gouvernement Edouard Philippe et plusieurs ministres, comme celui de l’intérieur ou de l’éducation nationale.
L’observatoire, selon ses statuts, doit « éclairer les pouvoirs publics sur la laïcité », faire des propositions en matière de formation des agents publics, être consulté sur des projets de textes législatifs ou réglementaires. Mais la multiplication des polémiques a aussi amené l’institution à intervenir dans le débat public, comme l’été dernier, quand les affaires de burkinis ont dominé l’actualité. « Pour l’instant, c’est calme, mais l’expérience nous a enseigné que cela ne le reste jamais longtemps » assure Jean-Louis Bianco.
Nommé en avril 2013 par François Hollande, le président de l’observatoire a été renouvelé en avril dernier pour un mandat de quatre ans. En revanche, les deux députés membres de l’observatoire, Jean Glavany (PS) et Marie-Jo Zimmermann (LR) viennent tous les deux d’être battus par des candidats REM.
L’assemblée devra donc désigner deux nouveaux représentants, un de la majorité REM-Modem et un autre, certainement, de LR, premier groupe d’opposition. Quant au Sénat, deux nouveaux représentants seront nommés après le renouvellement partiel de la haute assemblée en septembre.

La Croix du 21.05.2017

Total publie son premier guide sur le fait religieux pour ses salariés

Très didactique, l’ouvrage de Total propose une série de conseils sur la manière de prendre en compte la religion dans l’entreprise, à destination de ses 96 000 collaborateurs dans le monde.

Pour la première fois de son histoire, Total a décidé d’éditer un guide pratique sur la prise en compte du fait religieux, à l’intention de ses 96 000 collaborateurs présents dans 130 pays. Ce document d’une centaine de pages, que la Croix a pu consulter, a été réalisé avec des universitaires et les représentants des différentes religions.

L’élaboration de cet ouvrage n’est pas liée à un ou plusieurs problèmes particuliers sur le terrain, affirme la direction, qui fait malgré tout valoir des salariés « plus fréquemment qu’auparavant confrontés à la question de l’expression des convictions religieuses ».

Code de conduite et non-discrimination

Le guide est présenté comme la suite logique du « code de conduite » du groupe, en particulier en matière de non-discrimination. « Nous avons beaucoup travaillé sur le multiculturalisme, notamment pour que nos expatriés et leurs conjoints comprennent mieux le pays dans lequel ils se trouvent, mais nous n’avions jamais rien fait sur les questions religieuses », souligne-t-on chez Total.

Le guide se décline en deux parties. La première est consacrée à une série de conseils pratiques, sur l’organisation du temps de travail, l’alimentation et la restauration collective, la mise à disposition de salles de repos ou de prière, les relations hommes femmes dans l’entreprise et les tenues vestimentaires.

La seconde partie, présentée sous forme d’annexes, livre quelques notions sur les religions. Une sorte de vade-mecum sur ce qu’il faut retenir en termes de fêtes religieuses, de pratiques vestimentaires ou d’alimentation.

Ce guide fait preuve d’une extrême prudence dans les expressions choisies. Il s’agit de ne froisser personne et de se fondre au mieux dans les pays où la compagnie est présente. « Des grandes entreprises ont réalisé un guide de la laïcité, mais c’est une notion très française. Chez Total, l’accent a toujours été mis sur la diversité », raconte un cadre.

Quelle marge de manœuvre pour les managers de Total ?

« Le port de certains vêtements, coiffes ou signes particuliers en lien avec une pratique religieuse tels que le voile, le turban ou la kippa, n’est pas vécu en soi dans certains pays comme caractéristiques d’un comportement prosélyte. Il ne saurait donc être interdit de façon généralisée », explique le guide, en rappelant malgré tout que certaines restrictions peuvent être envisagées en cas de « prosélytisme actif ».

En matière de relations entre les sexes, « de nombreux comportements des hommes à l’égard des femmes, et vice versa, attribués à la religion sont en fait l’héritage de traditions ou de pratiques anciennes… D’où la nécessité de faire la part des choses », rappelle le texte.

Dans bon nombre de pays, comme dans le Golfe persique, on peut malgré tout imaginer également que la marge de manœuvre des managers de Total est assez tenue face aux autorités locales. Total donne ainsi la priorité au dialogue, à condition que cela ne touche pas aux conditions de sécurité et que les salariés qui ne sont pas concernés ne se sentent pas lésés.

Ainsi, sur la mise à disposition de salles de prière, l’ouvrage explique qu’il faut faire attention « à ne pas sacraliser cet espace, afin de ne pas heurter les membres d’autres religions ou convictions ». Pour l’alimentation, « il existe des alternatives pour proposer une restauration qui convienne à tous ». Le guide rappelle qu’une restauration en entreprise respectueuse de chacun « n’implique pas nécessairement, sauf obligation légale, de fournir des aliments reconnus, bénis ou validés par les autorités religieuses ».

La Croix du 26.06.2017



 



 


 



 

 


 

 

 

 

LIBERTE DE CONSCIENCE


Ramadan, des non-jeûneurs tunisiens veulent sortir du secret

Signe d’une amorce de débat sur un consensus social, un petit groupe de jeunes Tunisiens appelle à manifester pour le droit de ne pas jeûner en public pendant le mois de Ramadan.
Depuis le 27 mai, à l’approche du soleil couchant, les rues se vident, la récitation du Coran diffusée en continu par les haut-parleurs des mosquées, s’interrompt. Quand, enfin, le soleil disparaît derrière l’horizon et que s’élève l’appel à la prière, un silence absolu s’étend sur les villes et les villages. C’est l’heure de la rupture du jeûne. Plus tard, la récitation du Livre sacré reprend, tandis que les Tunisiens ressortent profiter de la douceur des nuits quasi estivales de ce début juin.
S’il est impossible d’échapper au rythme du mois de Ramadan, en Tunisie comme dans tous les pays musulmans, certains essaient pourtant d’y déroger en mangeant et buvant. La seule règle qui régit jusqu’à présent cette coexistence pourrait être « Mangeons heureux, mangeons cachés ». Les établissements qui continuent à servir du café, les gargotes du centre de Tunis où l’on peut avaler un casse-croûte à la hâte, se dissimulent derrière des vitres opaques et des rideaux aux portes. Quant aux consommateurs plus aisés, ils fréquentent les bars des hôtels internationaux.
Les bouleversements politiques depuis la révolution de 2011 ont incité certains, comme le collectif Mouch Bessif (« Pas de force ») à tenter de déplacer les lignes de ce consensus tacite. Il appelle à manifester dimanche au centre-ville de Tunis contre cette obligation plus sociale que religieuse. Le petit groupe, à l’origine de cette initiative, entend en particulier réagir à la condamnation, le 1er juin, de quatre jeunes Bizertins pour avoir mangé et fumé en public.
Une condamnation inédite en Tunisie, pour laquelle le juge a invoqué un article du code pénal qui sanctionne l’atteinte « aux bonnes mœurs ou à la morale publique ». Le lendemain, deux jeunes artistes de Sfax ont été arrêtés après avoir été contrôlés avec une bouteille de vin vide dans le coffre de leur voiture. Chaque année, des policiers font fermer des établissements restés ouverts, en application d’une circulaire qui soumet l’ouverture à autorisation du gouverneur (l’équivalent du préfet) et impose la discrétion.
À vrai dire, ce zèle judiciaire et policier se déploie en l’absence d’une parole politique et religieuse claire rappelant d’une part aux pouvoirs publics les principes de liberté de conscience et de non-discrimination contenus dans la Constitution de 2014 ; d’autre part, que la prescription religieuse fait du jeûne une obligation individuelle, dont la valeur réside avant tout dans la sincérité. Pour les autorités, réticentes à heurter la sensibilité majoritaire, la règle « Gouverner, c’est se taire » semble prévaloir.

La Croix du 09.06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

MARIE PORTE DU CIEL


Affaire "Marie Porte du Ciel" : procès du gourou présumé

Le procès de l’affaire "Marie Porte du Ciel" doit se dérouler ce jeudi. Les dirigeants de l’association de prières et leurs enfants ont été interpellés en décembre 2015 pour "abus de faiblesse et blanchissement d’argent". Placé en détention provisoire dans un premier temps, Augustin Valencourt - gourou présumé de l’association - a ensuite été libéré et placé sous contrôle judiciaire en décembre 2016 dans l’attente de son procès. Il doit maintenant faire face à la justice.

Le procès de l’affaire "Marie Porte du Ciel" doit se dérouler aujourd’hui. En décembre 2015, quatre membres de la famille Valencourt étaient escortés vers le bureau du procureur puis du juge d’instruction en vue de leur mise en examen.

Maître Georges-André Hoarau, avocat des membres de la famille Valencourt qui seront jugés, a souhaité s’exprimer à la veille du procès. L’avocat met en question la hiérarchie du clergé : évêque et cardinaux sur l’autorisation d’un groupe de prière.

Mise en examen pour abus de faiblesse

Après plusieurs heures passées devant les magistrats, Augustin Valencourt, ex-policier et suspect principal de l’affaire ainsi que sa femme âgée de 74 ans ont été mis en examen pour abus de faiblesse et blanchiment d’argent.

Leur fille, âgée de 37 ans, a été mise en examen. Elle est poursuivie pour abus de faiblesse, blanchiment d’argent et recel. Le fils du couple, curé de l’église du Chaudron, a été mis en examen pour recel et blanchiment d’argent.

800 adeptes sous l’emprise du gourou présumé

Dans un premier temps, le couple de fonctionnaires à la retraite a été placé en détention provisoire pour éviter d’éventuelles pressions sur les témoins de l’affaire qui faisaient partie des quelques 800 adeptes de l’association.

Le chef de prières qui dirigeait l’association aurait eu une emprise tant sur les adeptes que sur sa famille. Augustin Valencourt, gourou présumé de l’association, aurait géré l’association comme une véritable entreprise qui effectuait des bénéfices importants et réguliers qui échappaient à toutes déclarations fiscales.

L’ex-policier et sa femme, une ancienne enseignante, manipulaient mentalement les adeptes pour leur faire acheter notamment des statuettes religieuses à des prix bien supérieur à la normale.

En deux ans, grâce à l’étude de leur train de vie et de leur compte bancaire, les enquêteurs ont découvert des mouvements financiers de plus de 350 000 euros, dont 110 000 euros de dépôt d’espèces. 3 voitures et deux motos achetées neuves, d’une valeur totale de 280 000 euros, ont également été saisies.

Les enquêteurs ont aussi identifiés des voyages payés en espèces. Certains d’entre eux pouvaient atteindre jusqu’à 40 000 euros. La famille Valencourt est ainsi partie en Inde, au Mexique, en Argentine et au Japon.

De plus, près de 47 000 euros ont été découverts dans la cure de l’église de leur fils curé.

3 millions d’euros de préjudice

Un peu moins d’un an après les faits, en août 2016, le gourou présumé de l’association, Augustin Valencourt, a été libéré et placé sous contrôle judiciaire.

L’association Marie Porte du Ciel a été créée il y a plus de 25 ans et le préjudice total est estimé à plus de trois millions d’euros

http://www.linfo.re/la-reunion/societe/720369-affaire-marie-porte-du-ciel-proces-du-gourou-presume
LINFO.RE – 15.06.2017

Augustin Valencourt : "Je n’ai rien fait de mal"

Considéré par l’accusation comme le gourou de la secte présumée "Marie Porte du ciel", Augustin Valencourt a tenu une conférence de presse hier. Un rendez médiatique qui s’est tenu au cabinet de ses avocats, le bâtonnier Georges-André Hoarau et Me Guillaume Albon. Et la ligne de défense du principal accusé de ce procès pour abus de faiblesse est claire : "Je n’ai rien fait de mal". L’homme de 73 ans conteste tout : "Au départ, on m’a reproché du blanchiment d’argent et cela a été abandonné pendant l’enquête. Ensuite, on me dit que j’ai profité de l’argent des gens, c’est faux. J’ai reçu des dons, je ne le nie pas, mais pas dans le volume qui est avancé et, surtout, je n’ai forcé personne". À partir de là, l’argument soulevé par les avocats de la défense vient logiquement s’appuyer sur la liberté de culte.
"Un litige commercial"
"En France, chacun a le droit de croire en ce qu’il veut. L’État ne peut se mêler de ce qui relève de la sphère privée, soulignent les juristes. On constate aussi que toutes les religions reçoivent des dons. Alors pourquoi M. Valencourt, en tant président d’une association qui organisait des simples groupes de prières, serait poursuivi et pas les autres. D’autant qu’ici, la qualification retenue consiste à dire que les gens sont faibles à partir du moment où ils croient. Cela pose problème dans le raisonnement". Une réflexion que Me Georges-André Hoarau compte bien soumettre à Monseigneur Gilbert Aubry, évêque de la Réunion, qu’il fait citer en tant que témoin pour le procès d’aujourd’hui : "Je l’ai déjà fait citer à plusieurs audiences. Là, je précise que c’est d’autant plus légitime de l’entendre qu’il est partie intégrante du dossier puisqu’il a déjà été interrogé par les enquêteurs et avait dénoncé le groupe de mon client. Au passage, je note que, dans le PV, le policier le qualifie de "Monseigneur". C’est étonnant, nous sommes dans une procédure judiciaire et républicaine où le titre ecclésiastique n’a pas à apparaître. Je l’appellerai donc M. Aubry, comme chaque citoyen. Et je lui poserai les questions suivantes : Quelles différences il y a entre ses paroles et celles de mon client, sachant qu’il n’a jamais été excommunié ? Et peut-il nous apporter la preuve de la véracité de ses paroles sur celles de M. Valencourt ? Et là, nous verrons qu’en fait, nous sommes dans un litige commercial". Et Augustin Valencourt d’ajouter : "De la création du groupe, en 1988, jusqu’à 1991, nous avions l’aval de Monseigneur Aubry. Et c’est finalement quand il a vu que nous accueillions de plus en plus de monde et que l’église du 14e kilomètre se vidait qu’il a commencé à nous dénoncer". Et de brandir des photos avec plusieurs dignitaires catholiques qui, à ses yeux, avaient apporté leur caution à son groupe. "Au-delà de ce questionnement autour de la définition d’une secte, nous contestons formellement un point de la procédure, conclut Me Guillaume Albon. Lors de l’enquête, il a été dit que M. Valencourt aurait causé la mort d’un enfant en dissuadant les parents de le faire hospitaliser. C’est faux et des certificats médicaux le disent clairement. On note également que, sur 800 fidèles recensés, seuls 4 sont mécontents. Ce qui veut dire qu’on a 796 satisfaits mais que, tout au long de l’enquête, leurs témoignages ont toujours été mis de côté en arguant qu’ils étaient encore sous influence. Il y a eu enquête à charge". La défense plaidera donc la relaxe. Reste à savoir ce qu’en penseront les juges.

https://www.clicanoo.re/Faits-Divers/Article/2017/06/15/Augustin-Valencourt-Je-nai-rien-fait-de-mal_474198
15 juin 2017

Marie Porte du Ciel : le gourou présumé et ses proches fixés sur leur sort le 29 juin

Ce vendredi 16 juin est marqué par le 2e jour de procès concernant l’affaire “Marie Porte du Ciel. Augustin Valencourt, gourou présumé, et quatre de ses proches sont jugés depuis jeudi 15 juin devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Hier, avant une suspension de séance à 21h50, le procureur a requis 4 ans de prison ferme à l’encontre d’Augustin Valencourt. Le délibéré sera rendu le 29 juin prochain.
Ce vendredi matin, à 7h30 le procès de l’affaire "Marie Porte du Ciel" à repris, le procureur avait requis 4 ans de prison ferme à l’encontre d’Augustin Valencourt. Le gourou présumé et ses proches seront donc fixés sur leur sort le 29 juin.

Les avocats de la défense ont plaidés la relaxe.

Lors du premier jour de procès, jeudi 15 juin, Augustin Valencourt s’est rendu au tribunal correctionnel de Saint-Pierre avec 3 de ses proches – ses deux filles et son fils. Sa femme, également accusée, était absente et représentée par son avocat.
4 ans ferme requis contre le gourou présumé

Augustin Valencourt, sa femme, leur deux filles ainsi que leur fils curé sont jugés pour “abus de faiblesse et blanchiment d’argent”.

Avant que la séance soit suspendue à 21h50, le procureur a requis 5 ans de prison dont 4 ans ferme à l’encontre d’Augustin Valencourt. Les débats ont donc repris ce vendredi matin à 7h30 en présence des 3 avocats de la défense, dont le bâtonnier Georges-André Hoarau. Le délibéré sera connu le 29 juin.

3 millions d’euros de chiffre d’affaires

3 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulé en cinq ans par l’association Marie Porte du Ciel sont évoqués par le tribunal correctionnel. Cependant, aucune trace de cette somme d’argent n’apparaît sur les comptes de l’association.

L’estimation de cette somme est relative aux constats des enquêteurs. Ces derniers ont retrouvé, en quelques mois, les traces d’achat de trois véhicules de luxe, deux motos de gros cylindre d’une valeur de 280 000 euros. Mais aussi plusieurs voyages dans le monde payés en espèces, dont certains pouvait aller jusqu’à 40 000 euros.

Augustin Valencourt se défendait hier en expliquant que certaines de ces sommes étaient des dons qui pouvaient aller jusqu’à 10 000 euros. À ces dons s’ajoute la revente de statue quatre à cinq fois plus cher que leur prix de départ, certaines atteignaient les 3 500 euros.

Une vie dictée par le gourou présumé

L’accusé assure qu’il ne faisait que répondre aux besoins des fidèles et qu’il ne forçait personne. Cependant, certains des adeptes de l’association relatent une obligation d’achat des statues et autres objets du même genre à des prix exorbitants. Ils mentionnent aussi une manière de prier et une vie dictée par Augustin Valencourt.

Les deux filles et le fils curé du principal suspect sont également à la barre pour des accusations similaires. La fille aînée et le fils du couple accusé d’abus de faiblesse de personne sont poursuivis pour blanchiment d’argent, recel et abus de faiblesse. Des dérives sectaires pèsent également sur la famille.

L’association Marie Porte du Ciel comptait près de 800 membres

http://www.linfo.re/la-reunion/societe/720533-marie-porte-du-ciel-le-gourou-presume-et-ses-proches-fixes-sur-leur-sort-le-29-juin
16.06.2017






 

 

 

 

MEDITATION


 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

MEDITATION TRANSCENDANTALE


Un enseignement de la méditation transcendantale à l'ULg

Le mouvement de la méditation transcendantale continue de tenter de s'implanter en région liégeoise. Voici un an, l'institut Saint-Laurent avait annulé, en dernière minute, une conférence de l'une des associations de cette mouvance néo hindouiste, fondée par le "gourou" Maharishi. Cette fois, c'est à l'ULg que quatre soirées ont été réservées, pour quatre jeudis du mois de juin.

La méditation transcendantale, c'est une technique qui doit permettre d'atteindre un quatrième état de la conscience, qui n'est ni la veille, ni le sommeil, ni le rêve. Une béatitude profonde. Ce n'est pas une religion, mais une méthode pour se déstresser. Alors, secte ou pas secte ? En droit belge, il n'existe pas de définition précise de la notion d'organisation nuisible.

Mais un épais rapport officiel, après enquête sur le mouvement Maharishi, a épinglé le coût très élevé de ses formations, et ses importants investissements immobiliers. Il a surtout conclu à l'absence de preuve scientifique de l'efficacité de la méditation transcendantale.

Ses adeptes ont loué un local de l'université. Une manière de d'offrir, à peu de frais, une apparence de sérieux, qui suscite forcément quelques remous. Les autorités académiques expliquent que, comme il s'agit d'une petite salle de trente places, et d'une activité gratuite, les services de la faculté de philosophie et lettres n'ont pas été spécialement alertés. Des cours individuels et collectifs sont déjà programmés, dans la foulée, et c'est sans doute là que la méfiance s'impose....

https://www.rtbf.be/info/regions/liege/detail_un-enseignement-de-la-meditation-transcendantale-a-l-ulg?id=9626468

06.06.2017

L'université de Liège interdit les conférences de Méditation Transcendantale

L'administrateur de l'ULg vient de prononcer une interdiction -partielle- des cours de méditation transcendantale qui devaient se donner dans un auditoire de la faculté de philosophie et lettres. Une association externe, liée au mouvement Maharishi avait réservé une salle pour quatre soirées, quatre jeudis de juin, mais l'initiative a suscité des remous. "Difficile d'annuler la première séance, à la veille de la première date prévue, mais les autres sont supprimées", indique Laurent Despy.

La méditation transcendantale est considérée comme une secte, par des autorités françaises ou canadiennes, mais cette méthode d'éveil de la conscience, qui promet d'atteindre la lévitation, est tolérée dans d'autres pays.

https://www.rtbf.be/info/regions/liege/detail_l-universite-de-liege-interdit-les-conferences-de-meditation-transcendantale?id=9627624

07.06.2017

 

 

 

 

 


 

 

 

 

MEDJUGORJE


A Medjugorje, les pèlerins continuent d’affluer

Trente-six ans après les premières apparitions présumées, le pape a dépêché sur place un envoyé spécial pour dresser un « état des lieux pastoral » de la situation.
Sur le sommet d’une colline pierreuse, baignée par la lumière rouge de la tombée du jour, une quinzaine de personnes prient en silence. Certaines sont assises à l’abri d’un arbre, sur un rocher plus gros que les autres. Au pied d’une imposante statue de la Vierge Marie, un père et ses deux fils adolescents, tous trois pieds nus, se tiennent côte à côte sans dire un mot. Tous sont montés ici, sur la « colline des apparitions » de Medjugorje. C’est précisément ici qu’il y a trente-six ans, six enfants de ce village du sud de la Bosnie-Herzégovine disent avoir eu une vision de la mère du Christ. Samedi 24 juin, comme tous les ans, 50 000 personnes sont attendues à « Medj », pour célébrer l’anniversaire de ces manifestations de la Gospa – c’est ainsi que l’on nomme la Vierge en croate – qui, aux dires des six voyants aujourd’hui âgés d’une cinquantaine d’années, n’ont jamais cessé.
Beaucoup viennent ici en pèlerinage confier leurs espoirs ou leurs fardeaux. « Je pense que quelque chose me manque, et je suis venue le chercher ici », glisse Stella, la soixantaine, arrivée de Dublin avec une cinquantaine de pèlerins irlandais. « Depuis quelque temps, ma foi s’est obscurcie. Je viens demander un miracle pour mon mari. » À ses côtés, Peter, casquette vissée sur la tête, sourit : « Mais je vais très bien ! » Sourire peiné de son épouse : « Oui, moralement. Mais physiquement, c’est autre chose… » Puis les deux pèlerins s’éclipsent pour rejoindre leur groupe. Tous ou presque passeront par l’une des étapes de tout pèlerinage à Medjugorje : l’un des 60 confessionnaux, où des prêtres donnent dans toutes les langues le sacrement de réconciliation. « Les confessions que nous entendons ici sont d’une profondeur hors du commun », note un prêtre africain. Venu pour la première fois à Medjugorje, il souligne la « soif de Dieu » des pèlerins rencontrés depuis quelques jours. « Les questions qu’ils posent sont parfois très graves, ce qu’ils confient très sérieux, poursuit-il. Certains ne se sont pas livrés ainsi depuis vingt ou trente ans. Il se passe quelque chose, ici. » Et c’est bien ce « quelque chose » dont beaucoup vous parlent lorsque vous les rencontrez à Medjugorje. « L’arbre se reconnaît à ses fruits », dit-on sans cesse au visiteur. Des « fruits » qui ne relèvent pas uniquement de l’ordre spirituel.
Dans l’une des rues du village, une association créée par une famille écossaise à la suite d’un pèlerinage en Bosnie, Mary’s Meals, présente par exemple ses activités consistant à financer les repas de plusieurs dizaines de milliers d’enfants à travers le monde. Ce matin, une cinquantaine de pèlerins venus de Nouvelle--Calédonie patientent sur les bancs de l’esplanade, en attendant la messe de 11 heures, dans la petite église Saint-Jacques, tenue par les franciscains présents dans la région depuis le XIIIe siècle. Ils poursuivent un pèlerinage d’un mois qui a commencé en Terre sainte, est passé par Naples – la ville de Padre Pio – et s’achèvera à la chapelle de la rue du Bac, à Paris. Mais le prêtre qui les accompagnait manque aujourd’hui à l’appel. « Son évêque lui a interdit de venir ici, explique l’un d’entre eux. Nous le rejoindrons à Paris. »
Car si les lieux attirent chaque année environ 1,5 million de croyants accompagnés par 30 000 prêtres, ils sont loin de faire l’unanimité, y compris chez les catholiques. Depuis plus de trente-cinq ans, pro et anti-Medjugorje s’affrontent avec âpreté. Les pèlerinages n’y sont autorisés qu’à « titre privé ». Et si certains responsables catholiques se rendent sur place, comme ces derniers jours le cardinal albanais Ernest Simoni ou l’archevêque de Martinique Mgr David Macaire, c’est toujours avec la plus grande discrétion. Et pour cause : l’Église catholique n’a jamais reconnu les apparitions du petit village de Bosnie. Quant aux deux évêques qui se sont succédé dans le diocèse de Mostar, ils ont toujours affirmé que la Vierge n’était « pas apparue à Medjugorje ». Le Vatican a certes annoncé la création, en 2010, d’une commission d’enquête internationale, mais les résultats des travaux achevés en 2014 n’ont pas encore été rendus publics.
En attendant, le pape a nommé en février un envoyé spécial, Mgr Henryk Hoser, l’archevêque polonais de Varsovie-Praga, pour dresser un état des lieux « exclusivement » pastoral de la situation. Sur place, l’envoyé spécial a conduit une mission express, menant pendant six jours une série d’entretiens avec l’évêque du diocèse, l’archevêque de Sarajevo, le nonce, les franciscains de la paroisse ou encore les religieuses des Béatitudes. Il devrait rendre son rapport « d’ici l’été ». Interrogé en avril dans l’avion qui le ramenait de Fatima (Portugal), le pape François a reconnu que des « gens rencontrent Dieu » à Medjugorje, tout en émettant des doutes sur les apparitions actuelles : « Je préfère la Madone mère, plutôt que la Madone chef de bureau qui envoie des messages tous les jours. Cette femme n’est pas la mère de Jésus. »
De fait, la question demeure extrêmement sensible. Mgr Hoser, l’évêque de Mostar et le curé de Medjugorje n’ont pas donné suite aux sollicitations de La Croix. Quant aux voyants, ils ne donnent traditionnellement pas d’entretiens à la presse. Lorsqu’on aborde Jakov Colo, l’un d’entre eux, l’accueil est sympathique mais le ferme refus n’ouvre aucune possibilité de négociation.
À y regarder de plus près, il règne à Medjugorje une ambiance digne de Lourdes, roman par lequel Émile Zola dépeignait – avec la férocité anticléricale qui le caractérisait – les premières années de la cité mariale, avec ses jalousies et ses conflits, souvent liés aux profits touristiques enregistrés dans la ville. L’enrichissement des voyants, à travers l’hôtellerie ou les conférences, est souvent la cible des critiques. « Personnellement, si j’avais eu de telles visions, j’aurais été plus discrète », souffle l’une des commerçantes qui tient une boutique non loin de l’église.
Mais sur place, les pèlerins accordent peu d’importance à ces débats, mettant en avant leur expérience personnelle de « conversion ». « Les apparitions ne sont pas l’essentiel, résume le Père Berthier Lavoie, un prêtre québécois venu en pèlerinage. Personnellement, je crois que les voyants ont fait une expérience spirituelle, mais je ne sais pas si les apparitions ont vraiment eu lieu. Ma vocation doit beaucoup à Medjugorje, mais je ne cours pas après les voyants. Gardons les pieds sur terre. »

La Croix du 24.06.2017

Les dates clés
24 juin 1981. Attirés par une « silhouette lumineuse », six enfants de Medjugorje disent avoir une vision de la Vierge Marie. Le phénomène se reproduit les jours suivants. Trois d’entre eux disent aujourd’hui continuer à recevoir chaque jour la visite de la « Gospa » et en témoignent régulièrement devant les pèlerins.
1991. Les évêques de l’ex-Yougoslavie déclarent que « sur la base des recherches effectuées, il n’est pas possible d’établir qu’il y a eu des apparitions ou des révélations surnaturelles ».
2006. Mgr Ratko Perić, évêque de Mostar, reprend la position de son prédécesseur, rappelle que « jusqu’à maintenant, l’Église n’a accepté aucune des apparitions comme étant surnaturelle ou mariale ». Il ajoute que les apparitions actuelles ne semblent « pas authentiques ».
2010-2014. Travaux d’une commission d’enquête internationale constituée d’une quinzaine de théologiens et présidée par le cardinal Camillo Ruini. Ses résultats ne sont pas connus.
Février 2017. Nomination d’un envoyé spécial par le pape, chargé d’établir un « état des lieux pastoral » à Medjugorje. Il devrait remettre son rapport à François « d’ici l’été ».

La Croix du 24.06.2017

« Il y a une nette inflation de ces phénomènes »

Joachim Bouflet
Consultant et postulateur pour diverses causes de canonisation

Ces dernières années, le phénomène Medjugorje, auquel l’historien Joachim Bouflet a consacré plusieurs ouvrages, a entraîné une série de prétendues apparitions à travers le monde.

Outre Medjugorje, existe-t-il actuellement d’autres lieux où des personnes disent bénéficier d’apparitions mariales ?
Joachim Bouflet : Depuis les premières apparitions à Medjugorje, plus de 800 cas ont été recensés, depuis l’Autriche jusqu’au Canada, en passant par l’Australie et l’Argentine… Aux États-Unis, beaucoup de visionnaires disent avoir eu une première apparition lors d’un pèlerinage en ex-Yougoslavie, puis celle-ci se poursuivrait de retour chez eux. D’autres auraient des apparitions après avoir reçu une bénédiction et une mission de la part de Vicka, une des voyantes de Medjugorje. Je ne connais aucune année depuis les apparitions de Fatima, en 1917, où aucun récit de vision mariale n’ait été recensé. Mais il y a eu une nette inflation de ces phénomènes depuis Medjugorje.

Quelles caractéristiques se retrouvent dans ces différentes apparitions ?
Joachim Bouflet : Dans la plupart des cas, les messages sont très semblables à ceux de Medjugorje. Le propre de ces « nouvelles apparitions » est de s’étaler dans le temps, sur 30 ou 40 ans. Dans d’autres lieux, on voit l’influence indirecte de -Medjugorje chez des personnes qui en ont entendu parler sans se rendre sur place, mais qui ont des visions sous le même vocable de « Reine de la paix ». Avec une annonce de châtiments, une très forte critique de l’Église et du pape, notamment du pape François.
Les apparitions les plus sujettes à caution ont souvent en commun une forme de sensationnalisme et un certain nombre de secrets. Celles qui sont en revanche en cours de reconnaissance par l’Église sont marquées par une soumission des visionnaires à l’autorité de l’évêque, une discrétion de ces visionnaires ainsi que leur exemplarité de vie.

Existe-t-il d’autres apparitions sans lien avec Medjugorje ?
Joachim Bouflet : On peut noter les apparitions de l’Escorial, en Espagne, au début des années 1980. Sans reconnaître les visions en elles-mêmes, l’Église a autorisé en 2012 la construction d’une chapelle. À Itapiranga, au Brésil, l’évêque a reconnu en 2009 des apparitions mariales qui se sont déroulées de 1994 à 1999.
En 2016, en Argentine, Mgr Sabatino Cardelli a reconnu les apparitions de San Nicolas, qui se sont déroulées de 1983 à 1990. En France, le culte public et les pèlerinages sont autorisés à L’Île-Bouchard (Indre-et-Loire) depuis 2001, après des apparitions de 1947. Une reconnaissance des événements en eux-mêmes est en bonne voie.

Y a-t-il des cas où l’Église condamne des récits d’apparitions ?
Joachim Bouflet : Il arrive que certaines apparitions peu vraisemblables soient laissées de côté par l’Église en raison de l’âge avancé du visionnaire. Mais dans d’autres cas, elle se prononce, comme pour les apparitions de Borg en-Nadur à Malte, condamnées par l’évêque en 2016, ou encore de la « divine innocence », en Grande-Bretagne, condamnées par l’archevêque en 2007 avant une sanction de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

La Croix du 24.06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

MORMONS


A lire

article sur les mormons dans

Marianne du 26 mai 2017

 

A lire

Les différents visages du mormonisme

http://www.unadfi.org/groupe-et-mouvance/les-differents-visages-du-mormonisme

Les trois personnages clefs à l’origine du Temple du Chesnay

http://www.unadfi.org/groupe-et-mouvance/les-trois-personnages-clefs-a-l-origine-du-temple-du-chesnay

Retrouver la liberté hors de l’Église mormone

http://www.unadfi.org/groupe-et-mouvance/retrouver-la-liberte-hors-de-l-eglise-mormone

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

MORMONS DISSIDENTS


Etats-Unis : arrestation du meneur d'une secte mormone polygame

Lyle Jeffs était en cavale depuis un an. Il a été arrêté dans le Dakota du Sud.
Lyle Jeffs était en cavale et recherché par les autorités depuis un an pour fraude et blanchiment d'argent.
L'un des meneurs d'une secte mormone dissidente polygame, accusé d'une fraude de plusieurs millions de dollars sur des bons alimentaires, a été arrêté après un an de cavale, ont indiqué jeudi les autorités américaines.

Lyle Jeffs, un des leaders de l'Eglise fondamentaliste de Jésus Christ des Saints des derniers jours (FLDS), a été arrêté dans le Dakota du sud (nord des Etats-Unis) mercredi soir, a précisé le FBI sur Twitter.

Il est soupçonné d'avoir participé à une fraude portant sur plusieurs millions de dollars de bons alimentaires et de blanchiment d'argent. Il avait échappé en juin 2016 aux autorités de l'Utah (ouest), où vit l'essentiel de la communauté mormone aux Etats-Unis.

Il était alors en liberté surveillée dans l'attente de son procès et la police fédérale (FBI) avait indiqué qu'il avait probablement utilisé de l'huile d'olive pour se débarrasser de son appareil de géolocalisation.
Son avocate avait toutefois avancé dans des documents juridiques une explication plus audacieuse pour justifier sa disparition: une intervention divine.

D'après l'association de lutte contre les discriminations Southern poverty law center (SPLC), l'église FLDS --dont les adeptes vivent essentiellement «dans de petites villes à la frontière de l'Utah et l'Arizona»-- est dans le collimateur des autorités depuis le début des années 2000 à cause «de multiples accusations de fraudes aux aides sociales et d'agressions sexuelles sur des enfants».

Le leader de la secte, Warren Jeffs, frère de Lyle, avait été accusé en 2007 de complicité de viol et avait été arrêté. Lui, et l'église FLDS, ont notamment inspiré certains personnages de la série de télévision à succès «Big Love».

A la fin du XIXe siècle, l'église mormone --dérivée du christianisme-- a abandonné la pratique de la polygamie lors d'un accord avec l'Etat fédéral mais certains courants l'ont maintenue, selon le SPLC, qui estime que la FLDS compte actuellement environ 10.000 membres.

http://www.leparisien.fr/faits-divers/etats-unis-arrestation-du-meneur-d-une-secte-mormone-polygame-16-06-2017-7055871.php
16 juin 2017




 

 

 

 

 


 

 

 

 

NAZISME


Nazisme: l’euthanasie de plus de 200.000 Allemands handicapés

"Zavorre", par Götz Aly, einaudi.it

« Choses inutiles. Histoire de l’Aktion T4 : L’ ‘euthanasie’ dans l’Allemagne nazie, 1939-1945 »: ce livre du journaliste et historien allemand Götz Aly, qui raconte l’extermination de plus de 200.000 Allemands handicapés physiques et mentaux par le régime nazi est désormais publié en italien, chez Einaudi, signale L’Osservatore Romano des 10-11 juin 2017. L’édition en allemand date de 1989.
Notons que « T 4 » est l’abréviation de l’adresse « Tiergartenstrasse 4 », à Berlin, siège du programme d’extermination nazi.
Le quotidien du Vatican explique que le livre rassemble le fruit de plus d’une trentaine d’années de recherches sur l’opération appelée « Aktion T4 » sur l’extermination des « faibles d’esprit et tuberculeux », des « enfants atteints de malformations » et des « vieillards malades », tous considérés comme « individus improductifs, antisociaux, mais surtout « lourds » à porter pour le système sanitaire et financier » : « Ils étaient considérés de véritables « choses inutiles » comme résume bien le titre de l’ouvrage », précise Giovanni Cerro.
Les éliminations forcées étaient pratiquées dans les hôpitaux et maisons de santé, où le personnel infirmier était chargé d’inoculer des doses mortelles de calmants ou autres médicaments. Certains malades, adultes comme enfants, ont été déportés dans des centres dotés de chambres à gaz et fours crématoires.
L’opération qui a commencé en 1939 a connu une brusque interruption en été 1941 : l’opposition de l’Église catholique a contribué, selon Götz Aly, à cette décision d’Hitler.
Pour L’Osservatore Romano, trois homélies prononcées, entre juillet et août 1941, par l’évêque de Münster, le bienheureux Clemens August von Galen, ont été déterminantes: il y dénonçait la pratique des éliminations forcées des « invalides inadaptés au travail, des estropiés, des malades incurables, des personnes âgées affaiblies ».
Rappelons qu’un petit cousin de la famille Ratzinger, trisomique, a ainsi été arraché aux siens et a « disparu », à l’âge de 14 ans, comme l’évoque Mgr Georg Ratzinger dans son livre « Mon frère, le Pape ».
Rappelons aussi qu’en 1993, le cardinal Joseph Ratzinger faisait observer que la leçon n’a pas été apprise par les sociétés occidentales: « Il est terrifiant de voir comment, en cette fin du XXème siècle, des pays qui se sont battus contre Hitler ont embrassé quelques-unes des idéologies anti-humaines favorisées par lui : euthanasie, par exemple, expérimentation sur les embryons humains. D’une certaine façon, Hitler a anticipé beaucoup de développements actuels. »

« L’aberrante planification de l’extermination de personnes handicapées dans l’Allemagne nazie »
Le dernier livre du journaliste et historien allemand Götz Aly, « Choses inutiles. Histoire de l’Aktion T4 : L’ ‘euthanasie’ dans l’Allemagne nazie, 1939-1945 » est le fruit de plus d’une trentaine d’années de recherches réalisées à partir d’une très grande masse d’informations pas toujours accessibles. Cet ouvrage a pour objectif de faire toute la lumière sur l’œuvre d’extermination de plus de 200.000 Allemands handicapés physiques et mentaux par le régime nazi, pendant la Seconde Guerre mondiale. Bien que discutée et préparée les années précédentes, l’opération appelée « Aktion T4 », a été lancée symboliquement le 1 septembre 1939, jour de l’invasion de la Pologne. Selon la date apposée sur un document signé par Hitler, celui-ci confia à un haut fonctionnaire du parti national-socialiste, directeur de la chancellerie du Führer, Philipp Bouhler, et à un médecin, Karl Brandt, son conseiller en politique sanitaire, la charge de sélectionner des médecins ayant les compétences nécessaires pour accorder une « mort miséricordieuse » aux malades jugés incurables selon le jugement humain », après une évaluation critique de l’état de leur maladie. L’ordre était intentionnellement vague et laissait aux spécialistes une grande marge d’interprétation. Ces derniers pouvaient ainsi inclure dans le soi-disant « traitement » de larges catégories de personnes, dont les limites souvent fluctuantes permettaient de faire entrer toute forme d’handicap et déviances. Dans l’optique des nazis, les faibles d’esprit et tuberculeux, les enfants atteints de malformations et les vieillards malades, étaient des individus improductifs, antisociaux, mais surtout « lourds » à porter pour le système sanitaire et financier, pour leurs familles et pour l’État. Ils étaient considérés de véritables « choses inutiles » comme résume bien le titre de l’ouvrage.
Selon un schéma rhétorique consolidé qui a connu un succès dès la fin du XIXe siècle, on faisait sous-entendre que l’assistance de ces personnes et les soins à leur porter était un gaspillage inutile, surtout à un moment où la nation devait concentrer toutes ses énergies sur le conflit. Les arguments eugéniques et d’hygiène sociale, qui visaient la création d’une pure race germanique, se mêlaient aux exigences utilitaristes, comme il apparaît clairement dans un écrit du médecin personnel d’Hitler, Theodor Morell, datant de 1939 et intitulé La surpression des vies indignes d’être vécues avec un renvoi explicite à la brochure de Karl Binding et Alfred Hoche, Die Freigabe der Vernichtung lebensunwerten Lebens (1920). Pour Theodor Morell, deux critères permettaient de définir « indigne » une existence: une physionomie difforme, dont la seule vue « faisait venir des frissons » et l’incapacité à communiquer et entrer en relation avec ses semblables. Tout cela, selon le médecin, faisait de ces individus des êtres plus proches des animaux que des hommes.
La coordination d’Aktion T4 fut confiée au Comité du Reich pour le relevé scientifique de maladies héréditaires et congénitales graves, qui avait son siège à Berlin, dans un immeuble au numéro 4 di Tiergartenstraße (d’où vient l’abréviation T4). Dépendant étroitement de la chancellerie du Führer, le comité eut dès le début deux taches à remplir: d’une part, réglementer et contrôler les morts, en montant un fichier des victimes ; d’autre part, contrôler que les opérations aient lieu dans la plus grande discrétion, en veillant à ce qu’il n’y ait pas de fuite qui puisse troubler l’opinion publique. Les victimes étaient aussi bien des enfants que des adultes.
Dans les hôpitaux et maisons de santé, les éliminations forcées étaient pratiquées à travers un système complexe qui impliquait différentes figures professionnelles, à plusieurs niveaux: les médecins, avec en première ligne pédiatres, neurologues et psychiatres qui souvent, soutenaient des positions réformatrices et progressistes pour l’époque (comme dans le cas du très célèbre Paul Nietzsche, partisan du no-restraint), déterminaient quels patients pouvaient être considérés « incurables »; les experts du comité du Reich examinaient la proposition, puis décidaient si oui ou non donner leur accord; en cas d’acceptation, le personnel infirmier était chargé d’inoculer des doses mortelles de calmants ou autres médicaments; les mêmes médecins rédigeaient ensuite des certificats sur lesquels ils précisaient comme causes de la mort de fausses maladies (la casuistique était vraiment très large, de la pneumonie à la rougeole); pour leur part les officiels du bureau d’état civil attestaient la date et le lieu du décès, falsifiant les documents.
Ces stratégies de camouflage, pratiquées dans une grande majorité des cas de manière consciente par tous les acteurs impliqués, avaient pour but de « tranquilliser » les familles afin qu’elles se résignent à accepter un événement qui devait passer le plus possible pour un événement naturel et inévitable, et d’éviter ainsi les enquêtes.
Le principal obstacle à ce mécanisme était justement les parents ou des proches des victimes. Dans certains cas, en effet, l’assiduité des contacts entre les patients et le monde extérieur, qui pouvait avoir lieu à travers l’échange de lettres ou l’envoi de colis contenant de la nourriture et autre bien de confort, déconseillait le recours à l’homicide pour éviter d’éveiller les soupçons. Il arrivait souvent, par le biais de questionnaires, d’essayer d’obtenir le consentement de la famille pour ce qu’ils appelaient une « abréviation de la vie » de leurs proches ou de faire croire que ce sont les intéressés eux-mêmes à avoir demandé que l’on mette fin à leurs souffrances physiques ou psychiques. L’autre moyen pour procéder à l’Aktion T4 fut la déportation dans des centres dotés de chambres à gaz et four crématoires.
Les témoignages de rares rescapés de ce qu’Aly appelle « l’archipel des chambres à gaz » révèlent encore une fois, à quel point étaient respectés les rigides protocoles et combien il y avait une grande connivence entre le corps médical, le personnel infirmier et les employés des administrations locales.
Bien que le comité resta actif jusqu’en 1945, l’opération connut une brusque interruption en été 1941. L’évolution de la guerre, la croissante désaffection des Allemands envers le régime, mais surtout l’opposition de l’Église catholique, contribuèrent, selon Götz Aly, à la décision d’Hitler.
Déterminantes furent trois homélies prononcées, entre juillet et août, par l’évêque de Münster, Clemens August von Galen. Il y dénonçait la pratique des éliminations forcées des « invalides inadaptés au travail, des estropiés, des malades incurables, des personnes âgées affaiblies ». Les paroles de l’évêque mettaient non seulement dans l’embarras les dirigeants nazis, mais mettaient les Allemands devant une réalité ignoble, parfois ignorée, le plus souvent refoulée.
L’analyse d’une grande masse de procès-verbaux, de rapports, d’expertises et lettres, permit donc à Götz Aly d’ajouter un autre morceau essentiel à l’enquête sur les stratégies mises au point pour réaliser l’Aktion T4 et de placer encore une fois le problème de la responsabilité de larges couches de la population, qui ne se limitèrent pas à suivre des ordres, mais prirent des initiatives personnelles, collaboration activement à l’extermination.

Zenit du 13.06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

NEGATIONNISME


La justice reconnaît que Robert Faurisson est un « faussaire »

Le négationniste a perdu son procès en diffamation contre la journaliste du « Monde » Ariane Chemin, qui avait écrit que M. Faurisson était « un menteur professionnel » et un « falsificateur ».
Dans la litanie des procès impliquant le négationniste Robert Faurisson depuis près de quarante ans, c’est une première. Le tribunal de grande instance de Paris a dit, mardi 6 juin, qu’écrire que M. Faurisson est « un menteur professionnel », un « falsificateur » et « un faussaire de l’histoire » est conforme à la vérité. Il a en conséquence relaxé la journaliste du Monde Ariane Chemin qui était poursuivie pour diffamation. L’homme, aujourd’hui âgé de 88 ans, attaquait cette dernière, ainsi que l’éditeur Flammarion, pour la réédition, en septembre 2014, dans l’ouvrage commémorant les 70 ans du quotidien, d’un article publié le 21 août 2012.
Jusqu’ici, Robert Faurisson perdait ses procès en diffamation au bénéfice de la « bonne foi » de l’auteur des propos diffamatoires. Même Robert Badinter n’a été relaxé le 21 mai 2007 qu’au titre de cette condition prévue par loi de 1881 sur la presse. Il avait utilisé les termes de « faussaire de l’histoire » sur Arte, en 2006.
« Ce jour est à marquer d’une pierre blanche », affirme Catherine Cohen, l’avocate de Mme Chemin. La présidente de la 17e chambre correctionnelle de Paris, Fabienne Siredey-Garnier, signe un jugement extrêmement détaillé pour constater que « l’offre de preuve de la vérité des faits diffamatoires » apportée par la journaliste est « parfaite, complète et corrélative aux imputations dans toute leur portée ». Ce qui produit un « effet absolutoire », alors que les propos sont reconnus diffamatoires.
« Les révisionnismes ont encore de belles heures devant eux »
Invité par le parquet, lors de l’audience du 9 mai, à ne pas prononcer une énième relaxe au titre de la bonne foi, le tribunal s’est livré à un examen minutieux des nombreuses condamnations de M. Faurisson pour « contestation de crimes contre l’humanité », et des non moins nombreux jugements qui le déboutaient de ses actions en diffamation. « Toutes ces décisions n’ont de cesse que de stigmatiser, en des termes particulièrement clairs, les manquements et les abus caractérisant ses méthodes », peut-on lire dans le jugement. Et de rappeler « l’absence de caractère scientifique de ses travaux ».
D’ailleurs, au cours de l’audience du 9 mai, qui a duré plus de six heures, M. Faurisson est resté dans son registre, l’appliquant bien au-delà de l’existence des chambres à gaz. « Il falsifie tout, même la jurisprudence, et parvient à tourner en victoires les procès qu’il a perdus », relate Mme Cohen.
Ce premier jugement du tribunal, dont le plaignant peut faire appel, intervient sur un article au statut bien particulier. Dans son enquête d’août 2012, Ariane Chemin cherchait à comprendre pourquoi Le Monde avait décidé de publier, le 29 décembre 1978, une tribune de celui qui était alors maître de conférences à l’université Lyon-II, titrée « Le problème des chambres à gaz ou “la rumeur d’Auschwitz” ».
Lire l’article d’Ariane Chemin au cœur du procès : Le jour où "Le Monde" a publié la tribune de Faurisson
C’est de ce jour que la notoriété des thèses négationnistes a pris son essor. L’article de 2012 qualifie ainsi de « bourde monumentale », la décision de 1978 par « un journal qui semble déplorer le surgissement médiatique d’un homme qu’il met lui-même, ce jour-là, sous les feux de la rampe ». Aujourd’hui, Ariane Chemin estime que la fin de son article de 2012 était « trop optimiste » en écrivant que les historiens avaient « réduit à néant les fantasmagories de Faurisson et de son fan-club antisémite ».
« A l’heure de la post-vérité et des réseaux sociaux, hélas, les révisionnismes ont encore de belles heures devant eux », s’inquiète-t-elle. Le tribunal a au moins clarifié les choses sur certains « faits alternatifs ».

Le Monde du 06.06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

OPUS DEI


A lire

dans Marianne du 14 au 24 avril 2017

Catherine Tissier La boniche de l'Opus Dei

et

L'enquête interdite


 

 

 

 

ORDRE DE MALTE


Ordre de Malte : le pape reçoit le Lieutenant Dalla Torre

Echanges sur la réforme en cours et les initiatives humanitaires
Le Lieutenant du Grand Maître de l’Ordre Souverain De Malte, Fra’ Giacomo Dalla Torre, a été reçu pour la première fois par le pape François le 23 juin 2017, au Vatican.
Cette rencontre, qui avait lieu à la veille de la fête de saint Jean Baptiste, patron de l’Ordre (24 juin), était l’occasion de « faire le point sur le processus de réforme » de l’institution, indique un communiqué de l’Ordre. Fra’ Giacomo Dalla Torre a également rencontré le cardinal secrétaire d’Etat Pietro Parolin.
Au cours de cette visite, le Lieutenant, élu le 29 avril dernier, a notamment fait le point sur les principaux projets de l’Ordre de Malte en faveur des réfugiés et des migrants dans le monde, particulièrement en Syrie, au Liban en Turquie, au Soudan du Sud. Il a aussi présenté les activités diplomatiques en cours pour la promotion du respect des lois humanitaires internationales.
Deux initiatives étaient « au centre » des entretiens : l’aide à la formation des garde-côtes libyens dans le cadre de la mission navale Sophia de l’European Naval Force Mediterranean (Eunavfor Med) et l’aide médicale aux migrants de la Méditerranée à bord des navires de la Marine militaire italienne.
Avec 120 000 volontaires et employés dédiés à quelque 2000 projets dans 120 pays, l’Ordre de Malte assure une assistance médicale, sociale et psychologique aux plus fragiles et aux plus vulnérables, rappelle la note.

Zenit du 23.06.2017

Le pape François reçoit l’Ordre de Malte et met fin à la crise

Le lieutenant du grand-maître de l’Ordre de Malte Fra’Giacomo Dalla Torre a été reçu vendredi 23 juin par le pape au Vatican, avec tous les honneurs d’un chef d’État souverain.
Six mois après la crise qui a secoué l’Ordre souverain de Malte et ses relations avec le Saint-Siège, le pape François a reçu, vendredi matin 23 juin au Vatican, Fra’Giacomo Dalla Torre, lieutenant du grand-maître de l’Ordre.
En recevant ainsi celui qui a été élu pour un an, le 29 avril dernier, après la démission de Fra’Matthew Festing – qui avait voulu placer d’Ordre de Malte en opposition avec le Saint-Siège – le pape entendait souligner la fin de cette crise rocambolesque.
Visiblement très ému, Fra’ Dalla Torre a d’ailleurs été accueilli avec chaleur par le pape François, qui est venu saluer son hôte jusqu’au milieu de la salle du Tronetto, l’antichambre de la bibliothèque papale où il rencontre les chefs d’État.
Fidèle à la tradition, le lieutenant de l’Ordre a fait la génuflexion devant le pape, embrassant l’anneau du pêcheur. Mais l’uniforme chamarré cher à son prédécesseur avait laissé la place à un costume sombre, signe d’une simplicité plus en phase avec la réforme que le pape François demande à l’Ordre d’entamer.
Réforme de l’Ordre de Malte
Ce sujet de la réforme a d’ailleurs été au centre des discussions que les deux hommes ont ensuite eu pendant 25 minutes à huis clos. À l’issue de cet entretien, le lieutenant de l’Ordre de Malte a présenté au pape la délégation qui l’accompagnait, composée des membres du Souverain Conseil, le gouvernement de l’Ordre. Parmi eux figurait notamment le grand chancelier Albrecht von Boeselager dont le renvoi brutal par Fra’ Matthew Festing, début décembre dernier, avait provoqué la crise au sein de l’Ordre, puis entre ce dernier et le pape François.Ni le cardinal Raymond Burke, protecteur de l’Ordre mais mis à l’écart par le pape François, ni Mgr Jean Laffitte, prélat de l’Ordre, n’étaient présents. Pas plus que Mgr Giovanni Becciu, substitut de la Secrétairerie d’État et nommé en février dernier par le pape son « délégué spécial » auprès de l’Ordre jusqu’à l’élection d’un nouveau grand maître.
La médaille du pèlerinage de l’Ordre de Malte à Lourdes
Fra’ Giacomo Dalla Torre a ensuite offert au pape la médaille commémorative du pèlerinage que l’Ordre de Malte a effectué à Lourdes du 5 au 9 mai derniers, où 4 500 membres de l’Ordre ont accompagné 1 500 malades et handicapés. Il lui a aussi remis une enveloppe, contenant, a-t-il expliqué « une petite pensée ».
En retour, et comme à la plupart des chefs d’États qu’il reçoit, le pape lui a remis un rameau d’olivier en bronze et ses textes Laudato si’, Evangelii gaudium et Amoris laetitia. François s’est ensuite retourné vers la délégation de l’Ordre de Malte, récitant avec elle un Ave Maria avant de leur donner la bénédiction apostolique.

La Croix du 23.06.2017


 

 

 

 

 


 

 

 

 

ORTHOREXIE


Orthorexie : quand l'envie de manger sainement devient une maladie

Comment l'obsession d'une alimentation saine et équilibrée peut devenir pathologique, et même dangereuse ?

Il n'y a pas très longtemps, alors que j'étais en famille, quelque chose m'a interpellée. Qui dit réunion de famille dit grande tablée, des plats qui défilent toute la journée : un vrai marathon.
Tout le monde discutait, buvait, mangeait, rigolait. Sauf ma cousine. Ma cousine Manon et ses milles questions :
"D'où viennent les fruits de mer ? Est-ce que les légumes sont bio ? Et quand les fruits ont-ils été cueillis ?"
S'intéresser à ce qu'on a dans son assiette, c'est une bonne démarche à priori. Sauf que Manon n'a pas avalé une bouchée au cours du repas (si vous sentiez l'odeur du bœuf bourguignon de mon père, vous comprendriez que cela relève de l'exploit).
Elle a même sous-entendu qu'elle n'aurait pas dû venir, qu'elle aurait dû manger chez elle. En fait, le comportement de ma cousine n'est pas nouveau, s'énerve ma tante :
"Elle est orthorexique !"
Isolement socio-relationnel
Le mot vient du grec : "orthos" droit, correct, et "orexis" appétit, alimentation. Il apparaît pour la première fois dans l'article de 1997 "The Health Food Eating Disorder", du médecin américain Steven Bratman, et fait son entrée dans le Larousse en 2012.
L'orthorexie est l'obsession pour la qualité de l'alimentation : celle-ci doit répondre à des exigences que le mangeur s'impose en vue d'être en bonne santé, jusqu'à être assujetti à cette idée fixe.
Cela mène à des comportements énigmatiques : mâcher 50 fois un aliment avant de pouvoir avaler, exiger que le fruit que l'on mange ait été cueilli il y a quelques minutes seulement, etc.
Chercher à manger sainement est bien sûr louable, et si notre intérêt pour l'orthorexie s'explique par la hausse de ce comportement (Conseil Européen de l'information sur l'alimentation), l'obsession pour la "junk food" et ses conséquences en matière de santé publique restent prévalentes.
De même, l'idée n'est pas de dire que certaines approches nutritionnelles particulières comme le végétarianisme, le véganisme, ou autres régimes "free", relèvent de l'orthorexie.
Non, le problème, c'est la démesure du comportement, qui, exacerbé, devient un trouble des conduites alimentaires : quand l'alimentation surplombe toutes les autres préoccupations, et conduit tant à des carences nutritionnelles mauvaises pour la santé, qu'à un isolement socio-relationnel mauvais pour le psychique.
"Quelque chose ne tourne pas rond"
En consultant les forums, on se rend compte que beaucoup de personnes sont concernées, surtout des femmes. Comme Katechou :
"Je louche sur les étiquettes, je fais mon pain et mes yaourts moi-même, vais au marché pour mes fruits et légumes, utilise des modes de cuisson que je trouve plus appropriés, passe trois plombes à préparer le repas...
Cela ne m'arrange plus d'être invitée car je serais obligée de manger des aliments dont les qualités nutritives ne m'intéressent pas. Au fond de moi, je me doute que quelque chose ne tourne pas rond."
Obsession du XXIe siècle
D'où vient cette pathologie ? Depuis "Et devant moi, le monde", de Joyce Maynard, on sait que JD Salinger observait un régime alimentaire d'ascète : des légumes crus, de l'agneau sans hormones cuit à moins de 150 degrés, des graines de tournesol, du miel non pasteurisé...
Il était en avance sur son temps ?
Nous avons discuté avec Nathalie Dumet, psychologue clinicienne, auteure de "L’inconscience dans l'assiette, 12 petites histoires pour se libérer des tyrannies alimentaires" :
"L'orthorexie est une pathologie propre aux obsessions du XXIe siècle. Il est possible d'établir une corrélation avec le discours contemporain ambiant et culpabilisant sur la nécessité d'une alimentation équilibrée."
Les récents scandales alimentaires ont aussi leur part de responsabilité. En marquant fortement les consommateurs-mangeurs, ils ont avivé le caractère anxiogène de l'alimentation.
À ce sujet, le sociologue Claude Fischler parle d'OCNI : objets comestibles non-identifiés, pour parler des aliments "suspects" car modifiés, transportés, conditionnés.
Dans son livre, Nathalie Dumet évoque l'histoire de Christophe, un homme orthorexique, qui s'est fixé de nombreuses règles alimentaires restrictives. Elle le cite :
"Avec tout ce qu'on entend dans les médias – le scandale de la viande chevaline, la grippe aviaire, la vache folle, sans compter le rôle des pesticides et autres produits chimiques dans les cancers, etc. – on ne sait plus quoi avaler sans prendre un risque, on ne sait plus à qui se fier."
La sensibilité des femmes enceintes
Interrogé par Rue89, Gérard Apfeldorfer, psychiatre, président de l'association GROS (Groupe de réflexion sur l'obésité et le surpoids, ndlr), confirme :
"En tant qu'omnivores, nous avons le besoin biologique d'ingérer des aliments très variés, en conséquence la peur de s'empoisonner a toujours existé.
Mais aujourd'hui, la dramatisation de la santé est exacerbée, omniprésente. Cette tendance sociale, due à l'inquiétude quant aux modes de production et d'industrialisation, tend à favoriser l'émergence de pratiques orthorexiques."
Une dramatisation qui touche en particulier certains publics, comme les femmes enceintes, à qui l'ont répète à outrance qu'elle risquent d'empoisonner leur bébé en mangeant ceci ou cela.
À ce sujet, lire l'entretien de Jean Michel Lecerf pour L'Obs, dans lequel le chef du Service nutrition à l'Institut Pasteur de Lille analyse le caractère anxiogène du "régime Dukan" destiné aux femmes enceintes :
"Nous n'avons jamais mangé aussi bien et aussi sainement dans les pays riches qu'aujourd'hui. Pourtant, à entendre certains experts de la nutrition, comme Dukan, nous nous empoisonnons."
"Il me reprochait d'être casanière"
Pour se "protéger", la personne orthorexique s'impose énormément de règles. Cela commence assez simplement, en s'intéressant à de nouvelles pratiques qui surfent sur la tendance.
On suit quelques comptes Instagram "healthy", des blogueuses "food" type "green me up", "clean cuisine", ou le site Goop de Gwyneth Paltrow – absolument impossible à suivre consciencieusement à moins d'être riche et de ne pas avoir de travail (absolument impossible, donc).
Et puis on se tourne vers des régimes plus ou moins douteux, des nutritionnistes, diététiciens, des médecines alternatives, avant de se retrouver submerger par un tas de diktats et de règles.
C'est l'histoire de Camille, une jeune femme de 30 ans, qui flirte avec l'orthorexie depuis quelques temps, comme une funambule sur la fine limite entre ce qui est normal et pathologique.
Je la rejoins quai de Valmy, dans le 10ème arrondissement. Elle est venue avec sa dernière acquisition : le livre "Nature, D.I.Y." d'Anna Carlile. Le ton est donné.
Elle a commencé à s'intéresser aux vertus d'une bonne alimentation parce qu'elle était fatiguée, qu'elle avait du mal à se concentrer, et qu'elle avait envie de perdre quelques kilos aussi.
Peu convaincue par le régime hyper-protéiné que lui avait recommandé une diététicienne, Camille s'est mise à la naturopathie. Un bilan vital et une séance d'iridologie plus tard, elle se lance dans le nouveau régime alimentaire préconisé :
"Au début, j'ai voulu tester la semaine uniquement au fruit, chaque mois. Mais c'était trop violent, même si j'ai remarqué des effets positifs, j'ai dû arrêter."
Camille raconte qu'un moment est venu pour elle où les apéros entre amis l'angoissaient plus qu'autre chose, qu'aller à des barbecues était presque devenu une corvée, et qu'une proposition pour aller au ciné lui faisait automatiquement penser au temps qu'elle n'aurait pas pour acheter / préparer son alimentation.
"En fait, j'étais bien... et en même temps je n'étais pas bien, de ne pas voir les gens.
Même avec mon ex, si ce n'est pas la cause directe de notre rupture, ça a participé à la dégradation de notre relation. Il me reprochait souvent d'être casanière."
Orthorexie paranoïaque et dérives sectaires
Aujourd'hui Camille fait toujours attention à son alimentation, mais elle a une vie normale. Elle met même en garde :
• Il vaut mieux consulter un nutritionniste, vrai professionnel, que de récolter des conseils plus ou moins sérieux à droite et à gauche.
• Il faut savoir être raisonnable, sinon cela devient très chronophage et on a plus de vie sociale.
• Et surtout, "surtout", faire attention aux gourous :
"J'ai fait un stage de naturopathie d'une semaine, avec Régénère, l'association de Thierry Casasnovas [Rue89 s'est déjà penché sur son cas, ndlr]. J'ai pensé qu'il s'apparentait à un gourou, et que ses activités étaient sectaires.
Il y avait même comme des séances de prières, subtilement il trouvait le moyen de faire passer un message religieux. Ce n'était pas du tout l'idée du stage, ce n'était pas prévu.
Quand je pense que je lui ai acheté un extracteur de jus de plus de 300 euros..."
Pour Gérard Apfeldorfer ce risque est très sérieux. C'est ce qu'il appelle l'"orthorexie paranoïaque" :
"Certains revendiquent l'existence d'un complot organisé par les industries agroalimentaires, de mèche avec les politiques et les médias. À tel point qu'on peut tomber dans des dérives sectaires. Et là, ça devient dangereux."
On n'en doute pas :
Mais alors, suis-je orthorexique ?
On en convient, c'est extrême. Mais la limite entre le pathologique et le normal est très fine. Alors quoi, si vous aimez bien votre petite épicerie bio, si vous prenez toujours votre salade au même producteur local, c'est que vous êtes orthorexique ? À quel moment cela devient excessif ?
Nathalie Dumet :
"Sans nul doute, il existe un fossé entre le simple voire légitime souci du bien manger et cette nouvelle pathologie qu'est l'orthorexie, mais la limite est parfois ténue."
En 1997, Steven Bratman accompagne son article d'un test en 10 items pour aider les gens à se départager :
• Vous pensez à votre alimentation plus de 3 heures par jour.
• Vous ajoutez vos croyances propres à une théorie alimentaire existante.
• Vous vous sentez souillé, anxieux après avoir mangé un aliment que vous ne considérez pas sain...
Si vous correspondez à l'une de ces affirmation, désolée de vous l'annoncer : vous êtes probablement orthorexique. Gérard Apfeldorfer veut nuancer la pertinence de ce test :
"Si on suit cela, on trouve forcément une prévalence de l'orthorexie très importante. Sur une étude effectuée auprès de diététiciens nutritionnistes au Brésil, nous sommes arrivés à une prévalence de 88,7% !
D'autres études critiques de cette approche, plus récentes et plus fiables, estiment le niveau général d'orthorexie à 1%."
Il faut donc relativiser : vous êtes orthorexique quand votre vie tourne entièrement autour de l'alimentation. Le point de bascule, c'est quand on ne peut plus faire autrement, par exemple quand on commence à refuser des repas chez des amis uniquement pour cette raison.
Anorexie et orthorexie
Pour Nathalie Dumet, les comportements alimentaires s'inscrivent dans l'histoire affective des personnes, il faut prendre en compte à la fois les dimensions sociales et psychopathologiques :
"Il existe un continuum entre la pression sociale extérieure de plus en plus prégnante sur l'alimentation, et des causes psychiques, psycho-affectives, inhérentes aux individus.
Dans le cas de Christophe, cité dans mon livre, son trouble était le report sur l'alimentation d'un trauma issu de sa relation avec son père, ou plutôt son absence, donc d'un sentiment d'abandon vécu dans sa jeunesse."
D'ailleurs, l'orthorexie converge généralement avec d'autres troubles alimentaires, comme me l'indique Nathalie Dumet dans un lapsus : elle se trompe en utilisant le terme d'anorexie au lieu d'orthorexie.
"J'aimerais m'en sortir"
Comment en finir avec l'orthorexie ? La difficulté, c'est que beaucoup de personnes s'en accommodent très bien finalement, ce que Gérard Apfeldorfer qualifie d'"orthorexie hypocondriaque" :
"Pour sortir de ce trouble, il faut qu'il engendre une vraie gêne : des carences entraînant un affaiblissement physique, un isolement social, un mal être psychologique.
Mais même en présentant ces symptômes, très peu d'orthorexiques demandent de l'aide, car ils sont persuadés de détenir la vérité, de ne pas avoir besoin d'être soignés."
C'est un peu ce que "Sarahmichelle" exprime sur un forum :
"J'en souffre énormément et j'aimerais m'en sortir. Mais ma tête contrôle tout et aujourd'hui je veux guérir alors que demain matin je me sentirai très bien comme ça. Je ne sais pas comment m'en sortir."
Reconnaître sa pathologie, c'est déjà un premier pas. Parfois cela demande une "douche froide", comme pour Christophe, lorsque l'une de ses stagiaires l'interpelle :
"Vous ne buvez jamais le même café que nous (…). Je ne vous ai jamais vu non plus partager un repas avec vos assistantes ou vos collaborateurs, au restaurant du personnel ou ailleurs. Et quand il y a un pot dans la société, c'est tout juste si vous portez vos lèvres à la coupe."
C'est cet événement qui l'a poussé à aller toquer à la porte de Nathalie Dumet :
"C'est un cheminement psychique, de la reconnaissance du trouble à l'identification de ses racines jusqu'au travail de reconstruction. La psychologie n'a pas le monopole, mais elle a un rôle important."

http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/sur-le-radar/20170517.OBS9533/orthorexie-quand-l-envie-de-manger-sainement-devient-une-maladie.html
19 mai 2017



 

 

 

 

PAPA SANE


Les adeptes du gourou Papa Sané jugées aujourd’hui

Le procès des adeptes du gourou présumé Papa Sané se déroule aujourd’hui. Trois femmes sont appelées à comparaître devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre pour avoir organisé une manifestation sur la voie publique en octobre 2015 à Saint-Louis, sans déclaration.
Le procès des trois adeptes du gourou Papa Sané se déroule ce jeudi 22 juin. Fatima H., Lainia H. ainsi que Thoiyba M. doivent comparaître devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre.

Les trois femmes sont poursuivies pour avoir organisé une manifestation sur la voie publique sans l’avoir déclaré en octobre 2015 à Saint-Louis. Elles comparaissent également pour "participation sans arme à un attroupement après sommation de se disperser" et "trouble de la tranquillité d’autrui par agressions sonores", des faits commis à la même date.
Un procès reporté 3 fois

Après trois renvois, le procès de ces 3 adeptes doit avoir lieu aujourd’hui. Elles devaient tout d’abord être jugées le 24 mars 2016, mais leur procès a été reporté au 22 septembre 2016. Puis en septembre 2016 l’affaire a une nouvelle fois été renvoyée en février 2017. Elles doivent finalement comparaître ce jeudi 22 juin devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre.

Les faits se sont déroulés devant la gendarmerie de Saint-Louis les 17 et 18 octobre 2015, là où le gourou présumé Papa Sané et son épouse avaient été placés en garde à vue. Le lendemain, c’est devant le tribunal de Grande Instance de Saint-Pierre qu’une manifestation a été organisée.
Interdiction de vivre à La Réunion pour Papa Sané

Les rebondissements de l’affaire du gourou présumé de Saint-Louis ont marqué l’année 2016. Papa Sané et sa femme ont été condamnés pour abus de faiblesse.

À l’issue de son procès qui s’est déroulé le 2 juin 2016 au tribunal correctionnel de Saint-Pierre, Papa Sané a écopé d’une peine de 16 mois de prison dont 8 mois avec sursis et une interdiction de vivre à La Réunion durant 3 ans. Sa femme a elle été condamnée à 6 mois de prison avec sursis.

Le couple a fait appel suite à cette décision de justice. Ils devaient être jugés en août 2016 mais Papa Sané av été expulsé du territoire. Finalement en février de cette année, Papa Sané - qui est retourné au Sénégal - a annoncé qu’il préférait se désister de son procès en appel. Sa condamnation en première instance est donc définitive.

http://www.linfo.re/la-reunion/faits-divers/720943-papa-sane-le-proces-des-adeptes-du-gourou-commence
LINFO.RE – 22.06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

PASTAFARISME

Le pastafarisme, fake cult et vrais enjeux

Lorsqu’en 2005, Bobby Henderson affirme dans une lettre ouverte au comité d’État à l’éducation du Kansas que l’univers a été créé par un monstre en spaghettis volant, il est sans doute loin d’imaginer que les dix millions de fidèles qu’il revendique alors constitueront douze ans plus tard une prophétie auto-réalisatrice. Présents dans le monde entier – jusque dans la Syrie en guerre –, les pastafariens constituent une communauté dont la raison d’être ne se limite pas à parodier la religion.
En 2005, un jeune professeur de physique et « citoyen préoccupé » – Bobby Henderson – se fend d’une lettre ouverte aux autorités scolaires du Kansas. Ces dernières viennent d’acter qu’en cours de biologie les théories de l’évolution, d’une part, et du dessein intelligent (intelligent design), d’autre part, seront enseignées à part égale afin de laisser l’élève exercer son libre arbitre. Dans sa lettre, Bobby Henderson présente une autre « théorie alternative » affirmant que l’univers a été créé par un monstre en spaghettis volant (MSV).
La conclusion de la missive ne laisse aucun doute sur les intentions ironiques de l’auteur : « Je pense que nous pouvons nous réjouir à l’idée qu’un jour ces trois théories aient une part de temps égale dans les cours de sciences de notre pays mais aussi du monde entier : un tiers du temps pour le dessein intelligent ; un tiers du temps pour le MSV, et un tiers du temps pour une conjecture logique fondée sur une masse écrasante de preuves irréfutables et observables ». A ce stade, le MSV n’est rien d’autre qu’une nouvelle théière de Russel. Pourtant en quelques mois, celui-ci va devenir sur Internet un véritable phénomène viral – que l’anthropologue des religions Lionel Obadia a étudié dans un des premiers articles scientifiques consacrés au pastafarisme en 2015 –, le support d’une religion parodique dont la popularité surpasse rapidement les autres « fake cults » présents sur la toile.
Si Bobby Henderson, prophète autoproclamé publie en 2006 L’Évangile du MSV, il est, semble-t-il, rapidement dépassé par l’imagination fertile des premiers pastafariens. En quelques mois, ces derniers, glosant à partir de la lettre de Bobby Henderson, construisent une cosmogonie, un enseignement et une liturgie qu’ils accompagnent d’un art parodique tout aussi original. Selon les pastafariens, le MSV a créé le monde en quatre jours et en état d’ébriété, ce qui en explique les imperfections, puis il s’est ensuite reposé trois jours. Les pastafariens « croient » en l’existence d’un monde au-delà de la mort, composé d’un paradis – des volcans de bières et des boites de strip-teasers et de strip-teaseuses en fonction des goûts de chacun-e – et d’un enfer – la même chose avec les maladies vénériennes en plus. Le MSV s’est manifesté aux hommes pour leur remettre son enseignement.
Ce sont les pirates – dont Bobby Henderson affirme dans sa lettre que le déclin sur les mers explique le réchauffement climatique – qui l’ont reçu via le capitaine Mosey, sous la forme de dix tables de la loi. Mosey en brise malencontreusement deux, ce qui laisse au pastafarisme huit commandements tous introduits par la formule : « Je préférerais que vous évitiez de… », qui témoigne de leur flexibilité. À cela s’ajoute une liturgie dotée d’un calendrier précis (Pastaover, Ramendan, Nouillel) où, pour l’essentiel, les prescriptions convient les fidèles à faire la fête en mangeant des pâtes arrosées de bière, si possible vêtus d’un costume de pirate. La passoire, utilisée comme couvre-chef, est également devenue un symbole de ralliement planétaire.
Des prières sont en outre conçues d’où émergent quelques formules rituelles plagiées à l’instar de « R-Amen » (les ramens sont des nouilles japonaises servies dans un bouillon) ou de « Puisse son appendice nouilleux vous toucher ». Internet et les nouveaux outils numériques facilitent grandement les détournements de symboles (Ichtus) et d’œuvres d’art (voûtes de la chapelle Sixtine). À noter aussi l’existence de pseudo-scissions et de tendances occultistes, les pastafariens s’amusant en particulier à placer aussi bien sur la pierre de Rosette que dans le code d’Hammourabi ou encore sur des photos du sol de Mars des représentations du MVS, attestant ainsi de son omniscience dans le temps et dans l’univers.
Le pastafarisme cible enfin les logiques de marchandisation du religieux. Sur le site lancé par Bobby Henderson, vous pouvez acheter pour 25$ un certificat de prêtrise pastafarienne ainsi que tout un arsenal de propagande (T-shirts, autocollants…). D’autres que Bobby Henderson se sont saisis de l’opportunité que présente le succès du pastafarisme pour enclencher des logiques marchandes sans doute moins parodiques. D’abord autoproduit, L’Évangile du MSV a ainsi ensuite été publié et traduit notamment en français (aux Éditions le Cherche-midi), en allemand et en japonais. Le MSV fait donc l’objet de multiples recette(s).
Pour autant, le pastafarisme n’est-il qu’une parodie virale de religion ? Sans doute pas. L’énergie déployée par les pastafariens dans leurs différents engagements, le recrutement toujours croissant et la fécondité du mouvement sur Internet et de façon croissante dans l’espace public nécessitent de porter un regard attentif à ce que cette communauté représente, y compris à travers les divergences observées dans ses différents contextes d’expression.
Si le décorum pastafarien marque largement l’imaginaire de ceux qui l’abordent, il n’en reste pas moins qu’en contexte étasunien en particulier, l’Église du MSV est au cœur d’un combat pour la promotion de la science. C’est la lutte contre le dessein intelligent et son enseignement à l’école qui est à l’origine de la lettre de Bobby Henderson et celle-ci se poursuit après 2005. Les productions pastafariennes étasuniennes continuent de parodier le scepticisme des milieux intégralistes chrétiens. Récemment, le 25 avril, Bobby Henderson, dont l’activité sur tweeter est modeste, y remerciait les participants de la marche pour la science, organisée en réaction aux propos du président Donald Trump sur les alternative facts.
La cause de la science mobilise moins dans une Europe, pour le moment encore relativement épargnée par le militantisme pro-dessein intelligent. Le pastafarisme y constitue davantage le lieu d’un athéisme joyeux et mobilisateur. Les pages facebook des différentes Églises nationales relaient et encouragent les différentes initiatives. Pourtant, si la parodie reste sur le devant de la scène, quelques réactions aux événements récents témoignent d’un positionnement bien spécifique. Ainsi le(s) responsable(s) du compte de l’Église pastafarienne de Belgique refuse-nt d’adhérer au slogan « Pray for… », largement relayé sur Internet lors des dernières attaques terroristes d’Orlando ou d’Istanbul, préférant promouvoir le slogan « Fight hateful religious ideology ». Un autre post ainsi que plusieurs réactions montrent également une focalisation plus spécifique de ces pastafariens anti-religion sur l’islam.
Cependant, la principale activité mobilisant les pastafariens du monde entier consiste à défier les relations États-religions en s’efforçant de faire reconnaître leur communauté comme culte et en en revendiquant les droits afférents. En 2011, après une longue bataille procédurière, l’Autrichien Niko Alm parvient à obtenir de l’administration de son pays le droit d’utiliser, sur ses papiers officiels, une photo d’identité où il apparaît coiffé d’une passoire. Dans la foulée, de nombreux pastafariens conquièrent ce droit aux États-Unis, en République tchèque, en Australie, etc.
En avril 2016, Karen Martyn, ministeroni de l’Église du MSV de Nouvelle-Zélande célèbre le premier mariage pastafarien ; l’union est valide au regard de l’État puisque la ministeroni est reconnue depuis février comme officiante. Le pastafarisme est reconnu comme religion en Pologne en 2014 — avant que la décision ne soit révoquée — et aux Pays-Bas en 2016. Les enjeux sont loin d’être mineurs puisque dans plusieurs pays d’Europe, le statut de religion ouvre, en fonction des contextes, la possibilité d’obtenir un statut fiscal avantageux, un accès à l’enseignement, voire un financement de l’État. Ainsi, en 2015, l’Église pastafarienne du Luxembourg, alors que le pays renégocie ses conventions avec les cultes reconnus, adresse une missive au Premier ministre du Grand-Duché. Ses dirigeants y revendiquent le statut de première religion du pays au regard du nombre de « likes » de sa page Facebook, supérieur à celui de l’Église catholique. Ils y exigent par conséquent un financement annuel de 7,5 millions d’euros – l’Église catholique obtenant chaque année 6,75 millions d’euros.
Les démarches ne sont cependant pas toujours couronnées de succès. En décembre 2016, la justice bulgare a refusé d’accorder au pastafarisme le statut de religion, dénonçant le mouvement comme délibérément antireligieux et pouvant constituer une menace pour la concorde entre religions. Quelques mois plus tôt, en avril, la cour de justice fédérale du Nebraska déboutait un prisonnier – Stephen Cavanaugh – de sa plainte contre le personnel de la prison accusé de l’empêcher de pratiquer sa religion – i.e. porter un costume de pirate et manger des pâtes. Loin de prendre l’affaire à la légère, le juge John M. Gerrard livre un jugement de seize pages qualifiant le pastafarisme de « satire à visée politique », remettant en question la sincérité de la foi de Stephen Cavanaugh et affirmant que toute fiction ne saurait revendiquer le statut de doctrine religieuse.
Les considérations du juge Gerrard pourraient probablement occuper un colloque de spécialistes en sciences des religions pendant plusieurs journées. Les pastafariens continueront certainement de porter le débat devant les instances compétentes et ces dernières trancheront, sans réduire les oppositions ; depuis la fin des années 1970, la Cour européenne des Droits de l’Homme a ainsi reconnu comme religions entre autres le druidisme, la conscience Krishna, la secte Moon, le mouvement Osho, le veganisme, le pacifisme… et la liste n’est pas exhaustive, sans faire taire les polémiques. En revanche la question des motivations de l’engagement pastafarien reste ouverte et nécessitera sans doute que des chercheur-se-s s’y attachent plus profondément dans les années à venir.

http://www.o-re-la.org/index.php?option=com_k2&view=item&id=1910:le-pastafarisme-fake-cult-et-vrais-enjeux&Itemid=85&lang=fr
Observatoire des Religions et de la Laïcité
24 Mai 2017

 

 

 


 

 

 

 

PEDOPHILIE


L’ancien évêque d’Orléans mis en examen pour non-dénonciation de pédophilie

Les attouchements sur mineurs se seraient produits en 1993 lors d’un camp du Mouvement eucharistique des jeunes, où officiait un prélat qui a reconnu les faits.
Mgr André Fort, ancien évêque d’Orléans, a été mis en examen, jeudi 8 juin, pour n’avoir pas dénoncé des actes pédophiles de Pierre de Castelet, un prêtre du diocèse, a appris l’Agence France-Presse (AFP) auprès de Mes Martin Pradel et Edmond-Claude Fréty, avocats des parties civiles.
La décision de mise en examen de l’ancien évêque, qui est parti à la retraite à l’issue de son ministère à Orléans, a été prise par la chambre d’instruction d’Orléans, ont ajouté les conseils des trois victimes présumées. En poste de 2002 à 2010, Mgr André Fort était cité comme témoin assisté dans le cadre de l’instruction ouverte contre l’abbé Pierre de Castelet, mis en examen en 2012 à la suite d’un signalement de l’Eglise.
Les faits allégués remontent à 1993 et se seraient produits à l’occasion d’un camp du Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ), où officiait Pierre de Castelet en tant qu’aumônier, dans le sud-ouest de la France. Le prêtre était également aumônier des Scouts d’Europe.
Faits signalés à la justice en 2011
L’évêque qui a pris la succession d’André Fort à la tête du diocèse d’Orléans, Mgr Jacques Blaquart, avait signalé les faits à la justice après avoir été contacté par une victime en 2011.
Mgr Blaquart avait dit, en 2016, que « l’enquête en cours aurait mis en évidence huit ou neuf cas d’attouchements sur mineurs, sur des victimes âgées d’une douzaine d’années ». Selon lui, le prêtre a reconnu les faits.
Les prédécesseurs de Mgr Blaquart avaient eu connaissance de ces agissements et ils avaient pris « des mesures conservatoires » contre le prêtre, aujourd’hui âgé de 66 ans, pour éviter qu’il soit seul en contact avec des jeunes, mais ils n’avaient pas porté plainte, avait dit Mgr Blaquart, qui a supprimé, en 2016, les derniers ministères de ce prêtre. « J’aurais dû le faire plus tôt », avait-il alors dit.
Il s’agit du premier évêque mis en examen pour non-dénonciation d’actes pédophiles depuis Mgr Pierre Pican, évêque émérite de Bayeux, condamné en 2001.

Le Monde.fr avec AFP | 08.06.2017

Mgr André Fort : l’ancien évêque d’Orléans mis en examen pour non-dénonciation dans une affaire de pédophilie

Mgr André Fort, ancien évêque d’Orléans jusqu’en 2010, a été mis en examen jeudi 8 juin. Il lui est reproché de ne pas avoir prévenu la justice de présumés attouchements sexuels d’un des prêtres de son diocèse.

L’ancien évêque d’Orléans, Mgr André Fort, a été mis en examen jeudi 8 juin pour non-dénonciation d’actes pédophiles, ont indiqué les avocats de trois victimes présumées, qui se sont portées partie civile. Il lui est reproché d’avoir été au courant de présumés attouchements sexuels de la part d’un prêtre de son diocèse et de ne pas en avoir informé la justice. Une telle mise en examen pour non-dénonciation d’actes pédophiles avait déjà eu lieu pour l’évêque émérite de Bayeux, Mgr Pierre Pican. Il avait été condamné en 2001 à trois mois d’emprisonnement avec sursis pour cela.

Évêque d’Orléans de 2002 à 2010, Mgr Fort était déjà cité comme témoin assisté dans le cadre de l’instruction qui vise le prêtre. Ce dernier a été mis en examen en 2012 après un signalement par l’actuel évêque d’Orléans, Mgr Jacques Blaquart.

Un premier signalement en 2008

Une des victimes présumées, Olivier Savignac avait été le premier à dénoncer les faits en 2008 auprès de l’évêché dans un courrier où il faisait état d’attouchements, qu’il dit avoir subis en 1993 lors d’un camp dans le sud-ouest de la France où officiait le prêtre en tant qu’aumônier. Sans réponse de l’évêché, il demandait audience deux plus tard à Mgr Fort et lui donnait des détails et lui précisait qu’une dizaine de jeunes avaient pu être victimes de l’aumônier du MEJ.

« André Fort m’a reçu dans son bureau en 2010 à Orléans. Il m’a promis de prendre des mesures, mais un an après l’abbé était toujours là. Je me suis même aperçu qu’il donnait des conférences sur la pédophilie dans l’Église. Là on s’est sentis trahis », a déclaré Olivier Savignac en octobre dernier au micro de France Bleu Orléans.

Des « mesures conservatoires » contre le prêtre

Olivier Savignac saisit alors à nouveau l’évêché, où Mgr Blaquart avait pris la succession de Mgr Fort, parti à la retraite. Dès lors, tout va très vite : le nouvel évêque saisit aussitôt le parquet et une instruction est ouverte. L’enquête « aurait mis en évidence huit ou neuf cas d’attouchements sur mineurs, sur des victimes âgées d’une douzaine d’années », a indiqué l’année dernière Mgr Blaquart. Le prêtre a reconnu les faits, ajoute le prélat, qui lui a retiré tout ministère en 2016. « J’aurais dû le faire plus tôt », avait-il dit.

Selon Mgr Blaquart, ses prédécesseurs avaient eu connaissance des agissements et avaient pris « des mesures conservatoires » contre le prêtre, aujourd’hui âgé de 66 ans, pour éviter qu’il soit seul en contact avec des jeunes. Le diocèse d’Orléans, à la demande de son évêque Jacques Blaquart, avait été le premier à mettre en place une cellule d’écoute pour les victimes de prêtres pédophiles.

La Croix (avec AFP) du 09.06.2017

Après la mise en examen de Mgr Fort, la CEF rappelle « l’importance de la présomption d’innocence »

La Conférence des évêques de France a pris acte, vendredi 9 juin, de la mise en examen de Mgr André Fort, évêque émérite d’Orléans, pour non-dénonciation d’actes pédophiles.

Au lendemain de l’annonce de la mise en examen de Mgr André Fort, évêque émérite d’Orléans, pour non-dénonciation d’acte pédophile, la Conférence des évêques de France (CEF) a réagi, vendredi 9 juin, par un bref communiqué.

« Tout en redisant l’importance de la présomption d’innocence dans le droit français, la CEF rappelle ce qu’elle a dit à plusieurs reprises : sa confiance dans la justice de notre pays, sa volonté de coopérer avec elle et son désir profond d’accueillir, d’écouter et d’accompagner les victimes », peut-on lire.

à lire : Mgr André Fort : l’ancien évêque d’Orléans mis en examen pour non-dénonciation dans une affaire de pédophilie

Première fois qu’un évêque est mis en examen pour de telles accusations

Évêque d’Orléans de 2002 à 2010, Mgr Fort est accusé de ne pas avoir signalé à la justice les accusations de pédophilie contre le Père Pierre de C., alors qu’il en avait été alerté en 2008 par l’une de ses victimes présumées.

C’est son successeur, Mgr Jacques Blaquart, qui avait finalement fait un signalement au procureur à son arrivée à la tête du diocèse. Une instruction a été ouverte en 2012, dans le cadre de laquelle Mgr Fort était déjà cité comme témoin assisté.

C’est la première fois qu’un évêque est mis en examen pour de telles accusations depuis Mgr Pierre Pican, évêque émérite de Bayeux, qui avait été condamné en 2001 à trois mois de prison avec sursis.

La Croix du 09.06.2017

Non-dénonciation de pédophilie : en 2001, Mgr Pierre Pican était condamné à trois mois de prison avec sursis

RÉTROSPECTIVE. Mgr André Fort, ancien évêque d’Orléans jusqu’en 2010, a été mis en examen jeudi 8 juin. Une première depuis 17 ans.

En 2000, accusé de n’avoir pas fait cesser les agissements d’un prêtre pédophile, Mgr Pican, évêque de Bayeux-Lisieux, avait été mis en examen, puis condamné à trois mois de prison avec sursis.

C’est en décembre 1996 que tout commença. Une mère de famille révèle les agissements du Père René Bissey, ordonné en 1967 et alors en charge de la paroisse du Chemin-Vert, à Caen. Par téléphone, elle explique au vicaire général du diocèse de Bayeux-Lisieux, le Père Michel Morcel, que son fils, alors mineur, s’est vu imposer des relations sexuelles par le Père Bissey.

Après avoir alerté son évêque, Mgr Pierre Pican, le Père Morcel rencontre le Père Bissey. Celui-ci reconnaît les faits, puis avoue qu’il a eu des relations sexuelles avec d’autres enfants. Le vicaire général tient au courant son évêque.

En maison de retraite puis en établissement psychiatrique

En janvier 1997, Mgr Pican convoque le Père Bissey et l’invite à entreprendre une thérapie, mais sans le changer d’affectation. En mars de la même année, l’évêque conseille à nouveau au Père Bissey de se faire hospitaliser : celui-ci restera quelque temps à la maison de retraite de Begard (Côtes-d’Armor), puis dans un établissement psychiatrique à Caen.

S’estimant à l’abri de toute récidive, l’abbé Bissey demande à retourner dans une paroisse. Cela lui est accordé en septembre 1998 : sur décision de Mgr Pican, il est affecté à la paroisse de Mondeville, en banlieue de Caen.

C’est cette décision-là qui décide un homme de 24 ans à venir dénoncer, au commissariat de police de Caen, les actes de pédophilie graves et répétés qu’il a subi de la part du prêtre, de l’âge de 12 ans jusqu’à sa majorité. Le jeune homme affirme qu’il n’est pas la seule victime du Père Bissey.

Placé aussitôt en garde à vue, René Bissey confirme les faits. Il sera condamné, en octobre 2000, à dix-huit ans de réclusion par la cour d’assises du Calvados qui l’a reconnu coupable de « viols et agressions sexuelles sur 11 mineurs ».

Une première depuis 1841

L’un des moments forts du procès fut la citation comme témoin de l’évêque de Bayeux-Lisieux. C’était la première fois qu’un évêque avait à répondre de ses actes devant la justice depuis 1841.

Dix mois plus tôt, en janvier 2000, Mgr Pican avait été mis en examen pour non-dénonciation de crime, après les plaintes de quatre familles de victimes estimant, qu’en tant que supérieur hiérarchique, l’évêque connaissait les agissements du prêtre et n’aurait pas cherché à les faire cesser.

L’obligation de secret levée en cas de crime sur un mineur

Mgr Pican refuse alors de répondre aux questions relatives à l’entretien qu’il avait eu avec l’abbé Bissey en 1996. Ses défenseurs rappellent que le Code pénal impose aux ministres du culte – comme aux médecins et aux avocats –, de garder le secret sur les révélations qui ont pu leur être faites. Cependant, le Code pénal lève l’obligation de secret en cas de crime commis sur un mineur de quinze ans et lorsqu’il y a risque de récidive.

En mai 2001, un prêtre retraité, domicilié à Caen, se porte partie civile, estimant l’attitude de Mgr Pican « préjudiciable à son ministère et à l’action pastorale ». En septembre, l’évêque de Bayeux et Lisieux est condamné à trois mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’atteinte sexuelle sur mineurs. Alors qu’il conteste le bien-fondé de sa condamnation, l’évêque renonce à faire appel « dans une volonté d’apaisement » à l’égard des victimes.

Dans un éditorial de La Croix, en septembre 2001, le rédacteur en chef Michel Kubler, assomptionniste, estime qu’on peut attendre de Mgr Pican qu’il prenne l’initiative de présenter sa démission. « En proposant d’être démis de ses fonctions épiscopales, l’évêque de Bayeux-Lisieux ne déshonorerait donc pas son ministère. Mais il dirait publiquement aux victimes et à leurs proches, comme à l’ensemble de la société, que l’Église ne saurait tolérer la moindre faute trahissant la confiance d’un enfant et de ses parents. »

La Croix du 09.06.2017

Douze mois de prison pour un ex-pasteur
L’homme d’église a agressé trois adolescentes

Un ancien pasteur pentecôtiste de Lévis qui a admis avoir agressé sexuellement trois jeunes adolescentes qui se trouvaient sous son autorité alors qu’il officiait au centre du Plein Évangile a écopé d’une peine d’emprisonnement globale de douze mois.

Les gestes reprochés à Dale John William Peck se sont produits entre les années 2002 et 2006 alors que l’homme exerçait une forme d’autorité sur les jeunes adolescentes agressées.
En 2007, sentant la soupe chaude et en apprenant que les policiers désiraient le rencontrer pour parler des allégations qui pesaient contre lui, Peck avait quitté le Canada pour trouver refuge à Hong Kong où il a refait sa vie.
Il travaillait pour une compagnie qui venait en aide aux clients en difficulté financière tout en leur offrant un support spirituel.

« Marquée au fer rouge »
En 2015, alors qu’il effectuait un retour au pays, Peck a été intercepté par l’Agence des services frontaliers du Canada en Colombie-Britannique.
Dans le cadre des observations sur la peine, les petites victimes de l’ancien homme d’Église avaient trouvé le courage de raconter leur histoire.
L’une d’elles avait mentionné au juge Alain Morand que jamais elle n’aurait pu penser, étant enfant, «que le grand méchant loup puisse se déguiser en ami».
Peck l’emmenait voir des films d’ados, la sortait aux restaurants, au centre de ski. «Il me faisait miroiter une fausse image d’ami pour mieux manipuler la jeune fille que j’étais», avait-elle précisé.
Des gestes qui ont mené à une baisse d’estime chez la jeune femme qui croyait qu’elle «ne valait pas grand-chose».
Une autre victime avait expliqué au Tribunal que ces gestes l’avaient «marquée au fer rouge» et que les «cicatrices» resteraient «toujours visibles».
En plus de la peine d’emprisonnement, Peck devra respecter une période de probation de deux ans et être inscrit au registre des délinquants sexuels à perpétuité.

http://www.journaldequebec.com/2017/06/07/douze-mois-de-prison-pour-un-ex-pasteur
Le Journal de Québec/ 7 juin 2017


La justice poursuit l’ancien évêque d’Orléans

Mgr André Fort, évêque émérite d’Orléans, a été mis en examen jeudi pour non-dénonciation d’actes pédophiles, qui auraient été commis par un prêtre de son diocèse en 1993. Un soulagement pour les victimes présumées de ce prêtre, mis en examen en 2012 et dont les agissements n’avaient pas été signalés par trois évêques successifs avant de l’être par Mgr Jacques Blaquart, l’évêque actuel.

Cela n’était pas arrivé depuis plus de quinze ans. Mgr André Fort, évêque émérite d’Orléans, a été mis en examen jeudi par le procureur de la République d’Orléans (Loiret) pour non-dénonciation d’actes pédophiles. Le dernier cas similaire – et le seul jusqu’alors – remonte à 2001 et à la mise en examen de Mgr Pierre Pican, ancien évêque de Bayeux-Lisieux, qui avait mené à sa condamnation à trois mois de prison avec sursis (lire ci-contre).

Évêque d’Orléans de 2002 à 2010, Mgr André Fort, aujourd’hui âgé de 81 ans et passant sa retraite au sanctuaire Notre-Dame du Laus, dans le diocèse de Gap (Hautes-Alpes), est accusé de ne pas avoir signalé à la justice les accusations de pédophilie portées contre un prêtre de son diocèse, le Père Pierre de C. Celui-ci est accusé d’attouchements sexuels sur huit ou neuf garçons âgés d’une douzaine d’années au moment des faits. Ceux-ci se seraient déroulés en 1993, lors d’un camp d’été du Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ) à Arthez-d’Asson (Pyrénées-Atlantiques). Immédiatement alerté, l’évêque de l’époque, Mgr René-Lucien Picandet (1981-1997), n’avait donné aucune suite à ces événements. Pas plus que son successeur, Mgr Gérard Daucourt (1998-2002), et son propre successeur, Mgr André Fort, qui a pourtant été alerté directement en 2010 par une victime présumée du Père Pierre de C., Olivier Savignac, aujourd’hui âgé de 37 ans.

Après deux ans passés à constituer un dossier sur le prêtre, Olivier Savignac s’inquiétait que le Père de C. soit toujours en activité – il a été vicaire épiscopal du diocèse – et surtout toujours au contact de jeunes comme aumônier des scouts d’Europe. « J’ai envoyé un courrier à Mgr Fort en juillet 2010. Il m’a rappelé début août, puis nous nous sommes rencontrés, raconte-t-il à La Croix. Il m’a non seulement dit qu’il était au courant, mais qu’en plus il avait un dossier sur le Père de C. contenant notamment des lettres de parents. Il s’est montré très rassurant, très empathique, très compréhensif. Il a essayé de m’amadouer, mais rien ne s’est passé. »

C’est finalement Mgr Jacques ­Blaquart qui a effectué, peu après son arrivée à la tête du diocèse, un signalement à la justice qui a mené à la mise en examen du prêtre en 2012. Après lui avoir interdit tout contact avec des jeunes dès 2011, l’évêque l’a suspendu de tout ministère en 2016, reconnaissant à l’époque qu’il aurait dû le faire plus tôt. Olivier ­Savignac, qui a créé avec une autre victime, Philippe Cottin, l’association « Notre parole aussi libérée » (1), juge « exemplaire » l’attitude de l’évêque. Mgr Blaquart a été le tout premier évêque à créer, dès 2014, une cellule d’accueil des victimes de pédophilie. Et à l’automne dernier, il prenait l’initiative d’une veillée de prières, de demande de pardon et de réparation adressée aux victimes d’abus sexuels dans l’Église.

Pour Olivier Savignac, l’annonce de cette mise en examen est « un soulagement ». D’autant plus que l’instruction a d’abord patiné pendant quatre ans, avant de s’accélérer après la saisine d’un nouveau magistrat instructeur en 2016. « Nous n’avons pas été aidés », confirme Me Edmond-Claude Fréty, avocat des victimes, soulignant que celles-ci, « au-delà de leur situation personnelle, sont animées par la volonté de mettre fin au silence ».

Contacté par La Croix, l’avocat de Mgr Fort a, pour l’heure, simplement pris acte de la décision de la chambre d’instruction. Ce n’est pas la première fois que le nom de l’évêque émérite d’Orléans apparaît dans une affaire de ce type. En mars dernier, Mediapart révélait que Mgr Fort avait déjà omis de signaler un prêtre pédophile à la justice, alors qu’il était évêque de Perpignan. Alerté par des parents, il s’était contenté de suggérer à ce prêtre, le Père Francis Braem, de se dénoncer lui-même, avant de l’envoyer dans le diocèse de Montpellier. Le prêtre a finalement été condamné en 2001, après la plainte d’une mère de famille.

Après la mise en examen de Mgr Fort, jeudi, la Conférence des évêques de France s’est refusée à toute autre réaction qu’un court communiqué publié vendredi sur le réseau social Twitter. Elle y rappelle « l’importance de la présomption d’innocence » et « sa confiance dans la justice de notre pays, sa volonté de coopérer avec elle et son désir profond d’accueillir, d’écouter et d’accompagner les victimes ».

En 2001, Mgr Pican condamné à trois mois de prison avec sursis

En janvier 2000, accusé de n’avoir pas dénoncé les agissements pédophiles du Père René Bissey, alors qu’il en avait été informé dès 1996, Mgr Pierre Pican, évêque de Bayeux-Lisieux, avait été mis en examen. Pendant l’instruction, ses défenseurs rappelèrent que le code pénal impose aux ministres du culte le secret sur les révélations qui peuvent leur être faites. Mais cette obligation est levée dans le cas de crime commis sur un mineur de 15 ans et lorsqu’il y a risque de récidive. En septembre 2001, l’évêque fut condamné à trois mois de prison avec sursis pour « non-dénonciation d’atteinte sexuelle sur mineurs ». Alors qu’il contestait le bien-fondé de sa condamnation, Mgr Pican a renoncé à faire appel « dans une volonté d’apaisement » à l’égard des victimes. C’était la première fois qu’un évêque avait à répondre de ses actes devant la justice depuis 1841.

(1) www.notreparoleaussiliberee.org
 

La Croix du 12.06.2017

À Montréal, les prêtres sous surveillance

Prise des empreintes digitales, vérification des antécédents judiciaires… Pour lutter contre la pédophilie, le diocèse de Montréal a décidé d’adopter les grands moyens.
Dix lieux de culte sont pour l’heure concernés par cette expérimentation, mais ces mesures pourraient s’étendre aux 194 paroisses de ce diocèse en l’an 2020.
Le Père Bertrand Montpetit, curé de la paroisse Saint-Luc à Dollard-des-Ormeaux, en banlieue de Montréal, a été l’un des premiers à participer à cette expérimentation qui concerne pour l’heure dix lieux de culte. « Ça va loin, mais je pense que c’est important », explique-t-il au micro de Radio Canada.
« Ça va loin », c’est le moins qu’on puisse dire. D’une part, aucun prêtre, bénévole ou membre du personnel d’une paroisse ne pourra se retrouver isolé, sans le « regard d’un autre adulte », avec un enfant. D’autre part, chaque personne occupant un poste jugé à « risque élevé » (curé, vicaire, diacre, ou encore chef de chœur) devra fournir ses empreintes digitales et faire vérifier ses antécédents judiciaires par la police tous les trois ans.
Confessions avec deux adultes pour les enfants
Pour protéger les personnes vulnérables (qu’il s’agisse d’enfants, de personnes malades ou âgées) des méfaits éventuels de prêtres et ou de laïcs impliqués dans la vie de l’Église, le diocèse de Montréal a adopté cet ambitieux projet à l’automne dernier. Satisfait des résultats, il a décidé d’implanter cette politique, à l’horizon 2020, dans l’ensemble de ses 194 paroisses situées dans les agglomérations de Montréal, Laval, Repentigny et L’Assomption.
Le Père Bertrand Montpetit précise que sa paroisse a, depuis longtemps, mis en place certaines des mesures que préconise le diocèse aujourd’hui. Par exemple, l’obligation qu’un deuxième adulte soit présent lors des confessions d’enfants, afin d’observer que tout se passe bien entre le prêtre confesseur et l’enfant confessé.
Éviter les abus physiques et psychologiques au sein de l’Église
Dans la paroisse du Père Montpetit, 80 personnes auraient été identifiées comme occupant un poste à risque et verront donc leurs antécédents vérifiés. Cela prendra un à deux ans, selon ce prêtre. Mgr Alain Faubert, vicaire général et évêque auxiliaire de Montréal, supervisera l’implantation de cette politique. Il explique dans Le Journal de Montréal que l’Église québécoise s’est inspirée des « meilleures pratiques » observées notamment chez les scouts et les organisations sportives.
« La confiance, ça se mérite », déclare-t-il avant d’ajouter : « L’Église ne fait pas exception. Je ne crois pas qu’elle peut revendiquer le droit d’être crue sur parole sur tout ce qu’elle va dire et va faire. On doit montrer notre cohérence. » Pour lui, ces mesures sévères visent à éviter les abus à la fois physiques et psychologiques.
600 victimes québécoises depuis 1940
Si certains fidèles et religieux se sont montrés réfractaires à de telles précautions, d’autres assurent que celles-ci protégeront les prêtres eux-mêmes contre d’éventuelles fausses allégations. La protection du clergé et des bénévoles contre des « allégations de méfaits » est d’ailleurs l’un des buts revendiqués de cette nouvelle politique de « pastorale responsable ».
Depuis les années 1940, au moins 600 Québécois ont été victimes d’agression sexuelle de la part de prêtres, religieux ou employés de l’Église, selon Le Journal de Montréal. Plus de 150 personnes sourdes ayant été agressées sexuellement par les Clercs de Saint-Viateur, entre 1940 et 1982 ont reçu, en 2016, 30 millions de dollars d’indemnisation. C’est la somme la plus élevée jamais payée au Québec pour des agressions sexuelles sur mineurs.

La Croix du 23.06.2017




Aux États-Unis, l’Église doit « encore faire des efforts » en matière de lutte contre la pédophilie

D’après un rapport de l’Église catholique américaine, 1 318 nouvelles accusations ont été répertoriées en 2016, portant pour la plupart sur des cas anciens.
Le document publié mercredi 14 juin, lors de l’Assemblée plénière des évêques, met en avant les efforts menés dans l’accompagnement des victimes et dans la prévention, même si beaucoup de chemin reste à faire.
Chaque année, l’Église américaine dresse le bilan de ses efforts en matière de lutte contre la pédophilie. Lors de l’assemblée de printemps des évêques américains, qui se tient cette semaine à Indianapolis, Francesco Cesareo, président du Conseil national d’examen (National Review Board), a salué, mercredi 14 juin, les progrès menés par l’Église américaine dans l’accompagnement des victimes d’abus sexuels, tout en indiquant qu’il restait « du travail à accomplir ». « Empêcher les abus sexuels sur mineurs et supporter les victimes doit rester au cœur des priorités du clergé », a-t-il déclaré en présentant les conclusions du 14e rapport sur les données récoltées dans plus d’une centaine de diocèses dans le pays.
730 accusations de plus qu’en 2015
Les résultats des informations, collectées entre le 1er juillet 2015 et le 30 juin 2016, montrent que 1 318 accusations ont été portées à l’encontre de 132 diocèses par plus de 1 232 adultes victimes d’attouchements ou d’agressions sexuels dans leur enfance. Ces plaintes correspondent à des faits survenus de 1940 à nos jours.
Cela représente 730 accusations de plus par rapport à l’année 2015. Les signalements ont particulièrement augmenté dans six diocèses du Minnesota. Une hausse importante qui s’explique par la promulgation dans cet État, en 2013, d’une loi limitant à mai 2016 la possibilité de déposer plainte pour les victimes de plus de 24 ans.
Les accusations portées par les personnes encore mineures, elles, ont baissé par rapport aux années précédentes, avec 25 signalements recensés. « Malgré toutes les politiques, les codes de conduites, les rapports et le travail de prévention, des choses inacceptables continuent de se produire dans nos églises », déplore le secrétariat en charge de la protection de l’enfance dans le rapport.
Des progrès dans la prévention et l’accompagnement des victimes
L’Église catholique américaine, qui s’est dotée d’une « Charte pour la protection des mineurs et des jeunes adultes », déploie de plus en plus de moyens pour empêcher ce genre d’abus. Près de 2,5 millions de vérifications ont été effectuées sur des prêtres, des employés d’églises ou des volontaires par les paroisses et les écoles catholiques.
En matière de prévention aussi, plus de 4 millions de personnes, adultes comme enfants, ont été formées à identifier les signes caractéristiques d’un abus sexuel et les manières les plus efficaces de les dénoncer.
Par ailleurs, si les audits diocésains ne sont pas obligatoires mais « très fortement encouragés », de plus en plus de diocèses s’impliquent. Cette année, seuls deux diocèses n’ont pas pris part à l’opération mais ont indiqué vouloir s’y engager pour l’année 2018. Et sur les 65 diocèses qui ont bénéficié d’un audit en 2017 dans l’espoir d’intégrer la charte, seuls deux diocèses ne remplissent pas toutes les conditions requises.
Pour le Père Bernie Nojadera, directeur du Secrétariat de la protection des mineurs aux États-Unis, beaucoup d’efforts ont été menés par les diocèses pour appliquer toutes les conditions de la charte, développée en 2002. « Mais beaucoup de travail reste à fournir », indique-t-il dans une lettre publiée dans le rapport.
« Toutes les victimes, à n’importe quel moment de leur vie, doivent être entendues avec compassion et recevoir tout le soutien possible du clergé », enjoint par ailleurs le rapport. La « Charte pour la protection des mineurs et des jeunes adultes » insiste, elle, sur l’obligation pour les églises de mener des efforts de sensibilisation et d’accompagner les victimes dans leur processus de guérison et de « réconciliation ».
Au cours de l’audit mené en 2016, 250 nouvelles victimes identifiées ont bénéficié du soutien de leur paroisse dans leurs démarches. Enfin, le rapport incite les diocèses à ne pas « minimiser » le phénomène. « Nous devons redoubler de vigilance dans nos paroisses comme dans nos écoles. Une agression sexuelle, c’est déjà une agression de trop. »

La Croix du 15/06/2017
 


 

 

 

 

PENTECOTISTES


Les pentecôtistes

Le mouvement de Pentecôte, né au début du XXe siècle aux États-Unis, est aujourd’hui l’un des principaux courants chrétiens au monde.

Qu’est-ce que le pentecôtisme ?
Le mouvement de Pentecôte est un courant chrétien né lors du « réveil » du début du XXe siècle aux États-Unis, dans les milieux évangéliques. Il se caractérise par l’importance donnée à l’Esprit Saint, capable de susciter des signes, en particulier le chant en langues, ou glossolalie – le fait de prononcer une suite de syllabes incompréhensibles pouvant faire penser à une langue étrangère. Ces « charismes », qui évoquent ceux reçus par les apôtres à la Pentecôte, sont autant de dons spirituels.
Les chrétiens adhérant à ce courant mettent aussi l’accent sur la Bible, et en particulier sur les figures des prophètes, qui représentent pour eux des modèles de missionnaires. Par ailleurs, ils défendent souvent avec force les valeurs morales.
Les spécialistes font remonter les origines du pentecôtisme à la prédication de Charles Fox Parham et William Joseph Seymour. Ce dernier, un pasteur afro-américain, est le plus emblématique du début de cette mutation du christianisme évangélique. En 1906, il organise un « camp de réveil » dans la fameuse Azusa Street, à Los Angeles, qui attire des personnes venues du monde entier, contribuant ensuite à la diffusion du pentecôtisme.

Comment a-t-il évolué ?
« Si le mouvement de Pentecôte, né dans un contexte historique encore ségrégué, se place au départ au-dessus des différences raciales et de genre, il va petit à petit s’institutionnaliser et rétablir les anciennes barrières », indique Philippe Gonzalez, sociologue spécialiste de l’évangélisme et enseignant à l’université de Lausanne (Suisse). Le développement de cette « première vague » va être extrêmement rapide, et particulièrement fort, non seulement en Amérique du Nord mais aussi dans le sud du continent. En France, il est présent dès les années 1930.
L’évolution du pentecôtisme connaît ensuite plusieurs périodes. Dans les années 1960, sa diffusion s’étend aux Églises déjà établies, en particulier chez les anglicans et chez les catholiques, avec le « Renouveau charismatique », qui donnera naissance à plusieurs communautés nouvelles, dont, en France, l’Emmanuel ou les Béatitudes. Cette année, lors du week-end de Pentecôte, près de 60 000 personnes étaient réunies à Rome pour les 50 ans de ce courant. Il se caractérise par « un fort accent sur l’épanouissement par l’Esprit, la diversité des dons spirituels (sans se focaliser sur la glossolalie qui perd son statut de signe indispensable) et une ouverture œcuménique », explique Sébastien Fath, sociologue spécialiste des évangéliques et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.
Puis, dans les années 1970-1980, le courant connaît une nouvelle dérivation, avec l’avènement du néo-pentecôtisme. Cette « troisième vague » se démarque d’un point de vue théologique et dans la pratique cultuelle, « même s’il existe des débats entre les sociologues pour établir les éléments de rupture et de continuité », indique le sociologue spécialiste du protestantisme Yannick Fer.
Les néo-pentecôtistes cherchent un retour à la vie des chrétiens du Ier siècle, fortement axée sur l’évangélisation et moins institutionnalisée. Le Fuller Theological Seminary de Pasadena, en Californie, joue un rôle important dans sa diffusion et dans le développement du mouvement issu de la pensée de trois pasteurs charismatiques. Cet établissement abrite aujourd’hui la plus grande faculté de mission au monde.

Quelles différences entre évangéliques, pentecôtistes et charismatiques ?
Le christianisme évangélique est la dénomination qui regroupe différents mouvements, se définissant comme protestants mais issus de « réveils » successifs au cours de l’histoire, dont celui ayant donné naissance au pentecôtisme. De leur côté, les charismatiques peuvent désigner les chrétiens « deuxième vague », c’est-à-dire classiques, ou bien les « néo-charismatiques », puisque issus de la « troisième vague ». Moins attachés aux Écritures que les pentecôtistes, les adhérents au néo-pentecôtisme insistent fortement sur la spiritualisation des lieux et des pays.
En évoquant la présence d’anges et de démons, par exemple, ils mettent en avant la notion de « guerre spirituelle » entre Dieu et les forces du mal. Enfin, au cœur de leur message, on trouve l’idée que « l’Évangile doit être puissant » et se manifester par « des signes et des prodiges », affirme Sébastien Fath. C’est dans ce courant que se développe parfois, notamment en Afrique et en Amérique latine, la théologie de la prospérité, selon laquelle la bénédiction de Dieu se manifeste par la réussite matérielle. Elle séduit des fidèles à qui est promis le bonheur en échange de la confiance aveugle dans leur pasteur, dont la moralité peut s’avérer douteuse, ou qui peut être simplement quelqu’un ayant besoin de faire subsister son église.

Que représente ce courant aujourd’hui, dans le monde et en France ?
Au niveau mondial, les pentecôtistes sont un groupe religieux en expansion constante, même s’il est difficile de connaître le nombre réel d’adhérents. Ils représenteraient, selon les spécialistes, un quart du christianisme mondial. D’après des chiffres de 2012 de l’International Bulletin of Missionary Research, leur croissance annuelle est de plus de 2,4 % par an, soit davantage que l’islam (1,8 %).
Les principales Églises pentecôtistes en France sont les Assemblées de Dieu, qui comptent environ 500 églises, et la Mission évangélique tsigane, avec plusieurs dizaines de milliers de membres.
Depuis les années 1960, tout le courant protestant évangélique a connu un essor dans l’Hexagone, mais c’est la sensibilité pentecôtiste qui a le plus bénéficié de cette croissance, selon Sébastien Fath (1). Le phénomène le plus marquant aujourd’hui est la multiplication des Églises, groupes et mouvements issus de l’immigration, dont certains s’inscrivent dans le néo-pentecôtisme. Près d’un tiers du mouvement charismatique évangélique français pourrait être proche de cette « troisième vague ».
Il s’agit là en effet du vrai courant montant du protestantisme non seulement en France mais dans le monde. Ce mouvement est notamment celui des mega churches : d’un foisonnement remarquable, il est cependant très difficile à quantifier en raison de sa volatilité.
(1) Sébastien Fath, Du ghetto au réseau, Le protestantisme évangélique en France (1800-2005), Labor et Fides.

La Croix du 24 .06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

Père SAMUEL


Charleroi: ordonnance de non-lieu dans le dossier du père Samuel

La chambre du conseil de Charleroi a rendu, ce lundi, une ordonnance de non-lieu dans le dossier du père Samuel, ce religieux poursuivi pour une série d'infractions notamment d'ordre financier. L'ordonnance évoque la prescription de certains faits et l'absence d'éléments pour les autres.
Les faits reprochés à Samuel Ozdemir, alias Charles-Clément Boniface, plus souvent appelé le père Samuel, remontent à près de dix ans.
En 2008, des perquisitions avaient été menées à l'église Saint-Antoine de Padoue de Montignies-sur-Sambre (Charleroi) et à Bruxelles, dans une asbl gérée par le père Samuel. L'instruction avait abouti à un réquisitoire relevant plusieurs chefs d'inculpation.
Lui étaient notamment reprochés du blanchiment d'argent et des escroqueries pour 1,4 million d'euros. 17 plaignants s'étaient manifestés dans ce volet du dossier. Le religieux se voyait également suspecté d'abus de biens sociaux, de faux et usages de faux, d'exercice illégal de la médecine et de célébration illégale de mariages. On lui avait reproché d'avoir uni des couples religieusement, avant qu'ils le soient civilement.
Enfin, des faits de mœurs avaient été mis à sa charge, concernant des attentats à la pudeur ou des viols dont auraient été victimes des anciens fidèles du religieux. Il a toujours nié l'ensemble de ces faits.
Dans l'ordonnance rendue lundi, la chambre du Conseil a estimé que certains de ces faits étaient atteints par la prescription, et que les autres ne reposaient pas sur des charges suffisantes. Elle a donc prononcé le non-lieu, une décision encore susceptible d'un appel du parquet.

https://www.rtbf.be/info/regions/hainaut/detail_charleroi-ordonnance-de-non-lieu-dans-le-dossier-du-pere-samuel?id=9644224
 



 

 

 

 

 


 

 

 

 

PHILIPPINES


Pourquoi les chrétiens sont-ils pris pour cible aux Philippines ?

Mercredi 24 mai, un prêtre et plusieurs paroissiens ont été pris en otage dans la cathédrale de Marawi. Cette ville de l’île de Mindanao, dans le sud des Philippines, connaît ces jours-ci de véritables scènes de guerre entre l’armée et des djihadistes se réclamant de Daech.
Dans ce pays devenu catholique après l’arrivée des Espagnols au XVIe siècle, la minorité musulmane trouve difficilement sa place.
Avec environ 76 millions de fidèles, les Philippines abritent la troisième plus grande population catholique du monde, derrière le Brésil et le Mexique. Neuf habitants sur dix sont chrétiens – et huit sur dix sont catholiques) ce qui en fait le seul pays majoritairement chrétien d’Asie du sud-est.
Les musulmans, eux, représentent 4 % de la population et vivent principalement sur l’île de Mindanao et sur l’archipel Sulu. C’est la minorité religieuse la plus importante du pays, devant les bouddhistes et les animistes.
« Les musulmans se sont toujours sentis refoulés »
L’islam est arrivé aux Philippines par les îles du Sud à la fin du XIVe siècle et s’est étendu à tout l’archipel jusqu’au XVIe siècle. L’histoire chrétienne y commence en 1521 quand Fernand de Magellan, explorateur portugais voyageant pour le compte de l’Espagne, « découvre » cet archipel et entreprend d’en évangéliser la population.
« Les Espagnols sont arrivés dans le contexte psychologique de la Reconquista », explique Régis Anouil, rédacteur en chef d’Églises d’Asie, agence d’information des Missions étrangères de Paris (MEP). « Ils ont donc adopté avec les musulmans des Philippines la même attitude d’hostilité qu’en Espagne. Ce départ dans la confrontation n’a jamais été effacé par la suite. »
Devenus peu à peu minoritaires, les multiples groupes ethniques musulmans présents dans l’archipel n’ont pas su, selon ce spécialiste, trouver leur place dans un pays désormais largement catholique. « Leur objectif est peu à peu devenu de reconquérir sinon les Philippines, du moins l’île de Mindanao. » Il faut dire que cette île du sud, la deuxième plus grande de l’archipel, abrite l’essentiel des musulmans du pays : ils y représentent près du tiers de la population, et même plus de 90 % à Marawi.
L’île de Mindanao en proie aux violences
Cette ville de 200 000 habitants est ces jours-ci le théâtre de violents combats entre des alliés de Daesh et l’armée philippine. Mercredi 24 mai, un prêtre et plusieurs paroissiens ont été pris en otages en pleine messe dans la cathédrale. La veille, le président Rodrigo Duterte avait déjà décrété la loi martiale dans le sud du pays.
Pour Régis Anouil, le fait que ces combattants s’en prennent au clergé et à la cathédrale, cœur de la vie chrétienne de Marawi, n’est « pas une totale surprise ». Il rappelle que plusieurs prêtres ont déjà été kidnappés sur cette île. Le Père Rufus Halley, un missionnaire colomban irlandais, avait été tué en 2001 par ses ravisseurs. Le Père Michel de Gigors, prêtre français de la Mission étrangère de Paris, avait aussi été enlevé le 5 juin 1986 puis libéré trois semaines plus tard avant de rentrer en France. Dans les années 1990, les carmélites avaient été menacées et avaient fini par quitter les lieux.
La cause de ces violences est notamment le ralentissement du processus de paix pour la création d’une région semi-autonome musulmane. Un accord de paix signé en 2014 entre Manille et les séparatistes musulmans n’a en effet jamais été appliqué.
Tentatives de dialogue
Les responsables religieux semblent pourtant avoir fait preuve, depuis des années, d’une volonté de maintenir le dialogue. Un forum des oulémas et des évêques avait été fondé dans les années 1990, avec pour objectif de désamorcer la méfiance entre communautés.
« Qu’il s’agisse d’évêques ou de missionnaires étrangers, les Églises ont instauré dans les années 1990 une politique active de dialogue avec les leaders musulmans, explique Régis Anouil. Mais celle-ci a perdu de son élan ces dernières années, alors que le climat s’est dégradé et la violence généralisée. »

La Croix du 23.05.2017

Le Bien Public du 23.05.2017


 

 

 


 

 

 

 

RACISME


Au Japon, la haine et le racisme ont été mis en berne

La loi sur les discours haineux, première du genre au Japon, est entrée en vigueur le 3 juin 2016. Un an après, ses effets se font sentir, malgré certaines insuffisances.
C’est encore un petit pas en direction de l’éradication du racisme. Mais un grand pas pour le Japon. La loi contre les discours haineux y est entrée en vigueur le 3 juin 2016, et pour les descendants d’immigrés coréens sur place, cette date marque déjà un changement.
À l’origine de ce texte, il y eut une initiative du Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, demandant dès 2014 au Japon de se doter d’un dispositif législatif réprimant et interdisant les discours haineux ou racistes. Faute de loi, les groupes nationalistes et xénophobes profitaient de fait de cette lacune juridique pour s’en prendre verbalement en pleine rue aux descendants d’immigrés coréens, mais aussi aux Chinois, cibles de longue date de leurs attaques et injures.
Un an après la mise en application de la loi, le bilan est positif : 35 manifestations de groupes d’extrême droite ont été repérées entre l’entrée en vigueur et la fin avril 2017. C’est encore beaucoup, mais il faut comparer ce bilan avec les années 2012-2013, qui ont donné lieu à quelque 120 manifestations de ce type dans le pays. « Cette baisse est bien un effet de la mise en place de la loi, confirme un responsable de l’agence de police chargé de contrôler ces infractions, mais aussi d’une prise de conscience plus générale dans la société. »
Cette embellie réelle masque toutefois certaines insuffisances de la loi. Dans le texte, les discours et actes discriminatoires sont certes considérés comme « impardonnables », mais sans être clairement interdits. Craignant de nuire à la liberté d’expression que garantit la Constitution, les députés ont en effet évité d’y inscrire le mot « interdiction ». Et aucune sanction n’est prévue en cas d’infraction, ce qui scandalise les militants antiracistes.
« Pour éradiquer les discriminations, il faut des sanctions. Et cet aménagement passe par une définition précise du discours de haine, nécessaire pour éviter les dérives », estime l’avocate Kitamura Satoko, spécialiste des droits des étrangers au Japon, qui propose également d’élargir dans le texte la définition de victime d’actes discriminatoires. « Cette loi adoptée pour protéger les descendants d’immigrés coréens ne s’applique pas pour les étrangers sans papiers, pas plus que pour les populations autochtones comme les Aïnous » – une ethnie du nord du Japon.
Responsable de l’ONG Seikyusha, qui lutte contre les discriminations anti-coréennes par la voie de l’éducation et des échanges interculturels, Tomohito Miura salue tout de même l’avancée juridique et la baisse du nombre de manifestations nationalistes, notamment celles du groupe xénophobe Zaitokukai qui a visé son organisation à plusieurs reprises. Mais lui aussi souligne l’importance d’introduire des sanctions : « On ne peut plus laisser les gens vivre dans l’anxiété », martèle-t-il. Son organisation milite, de fait, auprès de communes pour que soient créés des centres de conseil pour les victimes de racisme.

La Croix du 02.06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

RELIGIONS


Le fait religieux, grand oublié des écoles de journalisme

L’Association des journalistes d’information sur les religions (Ajir) décerne pour la première fois mercredi 7 juin le prix « Religions/Jeunes journalistes », destiné aux étudiants en écoles de journalisme.

Si elle vise à intéresser les futurs journalistes aux questions religieuses, l’initiative cherche surtout à interpeller les écoles, qui font encore majoritairement l’impasse sur le sujet.

Erreur dans les termes, cliché historique, méconnaissance des institutions… Quel croyant ne s’est-il pas déjà agacé de lire ou d’entendre, dans les médias, des imprécisions concernant sa religion ? Alors que les religions font de plus en plus la une de l’actualité, se pose de manière aiguë la question du déficit de culture religieuse chez les journalistes, et son corollaire, leur formation à ces sujets dans les écoles de journalisme, en particulier les quatorze reconnues par la profession.

Au sein de ces cursus, les étudiants sont formés aux différentes techniques du journalisme – presse écrite et Web, radio, télévision – et sur le plan théorique, dans différents domaines relevant de la culture générale : économie, géopolitique, institutions européennes, histoire des médias, par exemple, sans oublier le cours de « police-justice » sur le fonctionnement du système judiciaire français, ou encore des enseignements consacrés au journalisme sportif ou culturel. Sur les religions, en revanche, rien, ou si peu.

Un manque de savoir-faire des jeunes journalistes

Dans la majorité de ces écoles, en effet, les programmes ne comportent aucun cours consacré à la question religieuse. Les responsables pédagogiques s’en expliquent en indiquant que les étudiants traitent les sujets religieux, comme toute autre information, dans le cadre de leurs exercices pratiques. Ils estiment que la religion, sujet transversal s’il en est, est forcément abordée dans des cours dont elle n’est pas l’objet principal. « Nous avons par exemple un cours de géopolitique du Moyen-Orient, au cours duquel la question de l’islam est nécessairement abordée », cite Stéphane Cabrolié, coresponsable du master de journalisme de l’EJCAM, l’école de Marseille. Pour lui, la question religieuse « relève du traitement de l’information comme tout autre sujet, toujours dans le souci du respect de la déontologie ».

Même tonalité à l’Institut pratique du journalisme (IPJ), l’école parisienne intégrée à l’université Paris-Dauphine. « Nous n’avons pas de cours spécifique sur le sujet, reconnaît sans détour Pascale Cherrier, responsable de la formation en alternance. En revanche, il y a depuis quelques années des questions sur les religions lors de l’épreuve de culture générale du concours d’admission, ce qui n’existait pas avant. » Cette place, pour le moins marginale, explique sans doute le manque de savoir-faire des jeunes journalistes lorsqu’ils sont confrontés à des sujets religieux.

« Le règne de l’analphabétisme religieux le plus total »

Deux exceptions méritent toutefois d’être signalées : l’École supérieure de journalisme de Lille (ESJ), dont les étudiants sont amenés, dans le cadre de leur formation, à visiter différents lieux de culte et à rencontrer des responsables religieux, et l’École de journalisme de Toulouse (EJT), dont le programme comporte dès la première année un cours intitulé « Connaissance des religions ». Les apprentis journalistes travaillent sur l’islam, le christianisme et le judaïsme, mais aussi sur les coptes. Des modules sur le bouddhisme et les dérives sectaires sont en cours d’élaboration. « Nos étudiants sont très ouverts sur le sujet, et ils sont même demandeurs car en arrivant, ils n’y connaissent rien », affirme Bertrand Thomas, le directeur de l’école. « Il nous semble essentiel qu’ils aient des repères, même s’ils ne prévoient pas du tout de traiter ce genre de sujets plus tard », insiste-t-il.

C’est pour que ces exceptions n’en restent pas que l’Association des journalistes d’information sur les religions (Ajir) a créé cette année le prix « Religions/Jeunes journalistes ». (lire ci-dessous). Membre du jury, Henri Tincq, qui fut spécialiste des questions religieuses pour La Croix et Le Monde et pour le site Slate, se réjouit de sa création mais ne cache pas son inquiétude. « Ce qui se passe dans les écoles de journalisme est le reflet de l’évolution de la société française : nous vivons le règne de l’analphabétisme religieux le plus total, s’emporte-t-il. Aujourd’hui, l’information religieuse dans les grands médias est réduite à ses manifestations les plus spectaculaires ou les plus violentes. Mais c’est précisément parce qu’il y a des dérives du religieux, une montée des intégrismes, qu’il ne faut surtout pas fuir le sujet ! »

« Les rédactions ont besoin de profils compétents »

Geneviève Delrue, journaliste à RFI, membre du jury du prix de l’Ajir « Religions/Jeunes journalistes »

« Même s’il a fallu du temps et plusieurs actualités dramatiques pour qu’elles s’en rendent compte, les rédactions ont désormais conscience qu’elles ont besoin de profils compétents sur les questions religieuses. Et il y a un décalage entre ce besoin et les enseignements dans les écoles, qui ne l’ont pas encore intégré alors qu’elles ne peuvent plus en faire l’économie. C’est aussi lié à la culture de ces écoles, dont les fondateurs étaient totalement étrangers à ces questions. Mais maintenant que la religion nous revient comme un boomerang, il y a dans ce Prix une incitation très nette à l’égard des écoles. C’est une manière de leur dire “n’oubliez pas ce sujet”. »

La Croix du 07.06.2017
 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

RESPIRIANISME


La mort troublante d'une femme qui se nourrissait "d'air et de lumière"

Jeannette, 62 ans, appartenait à la secte Contact & Muziek depuis dix ans.
La police d'Utrecht enquête actuellement sur le décès suspect de Jeannette, 62 ans, qui s'est éteinte le 8 juin dernier. Avec sa soeur Leonoor et deux autres colocataires, elle adhérait aux principes du "respirianisme", un mouvement New Age popularisé par une Australienne. Selon Jasmuheen, l'être humain n'a pas besoin de manger pour survivre et peut très bien se nourrir uniquement de lumière. Elle ne consomme plus de nourriture depuis 19 ans à part quelques tasses de thé.
Un régime que suivait également Jeannette. Sur le site de leur petite communauté, Contact & Muziek, Leonoor, Jeannette, Marthe et Erik expliquent qu'ils ont commencé à "se libérer" de la nourriture en mai 2014 pour se sentir mieux dans leur corps et se concentrer sur leur musique. "En buvant uniquement du jus de fruit et de plantes, le chant semble plus beau (...) Cela laisse plus de place à la respiration, aux sentiments et aux émotions."
Interrogé par les autorités suite au décès de Jeannette, le groupe est aujourd'hui soupçonné de négligence et de non-assistance à une personne en danger. "Jeudi dernier, ma soeur est partie vers un autre monde, elle est dédédée paisiblement. Malheureusement, l'enfer s'est déchaîné juste après et nous avons été expulsés de notre maison pour passer deux nuits horribles et solitaires en cellule", écrit Leonoor sur sa page Facebook, qui évoque un interrogatoire "traumatisant" et assure que la secte n'est pas responsable du décès de sa soeur. Les colocataires de Jeannette risquent jusqu'à deux ans de prison.
Selon des voisins, la police parle pour le moment d'une "mort naturelle dans des circonstances suspectes", lit-on sur le site de RTL Nieuws. La commune d'Utrecht connaissait l'existence du groupe mais n'avait décelé aucun signe inquiétant. "C'est très triste que la femme soit décédée. Nous ne savons pas ce qui s'est passé", a déclaré un porte-parole. Au moins six personnes dans le monde sont mortes après avoir suivi le mouvement respirianiste. Jasmuheen organise régulièrement des conférences et des stages en Belgique, qui coûtent plusieurs centaines d'euros.

http://www.7sur7.be/7s7/fr/1524/Cuisine/article/detail/3186265/2017/06/19/La-mort-troublante-d-une-femme-qui-se-nourrissait-d-air-et-de-lumiere.dhtml
19/06/2017

Un couple de « respiriens » ne se nourrit quasiment plus et prône la « nourriture cosmique »

Camila et Akahi donnent des cours de "respirianisme" pour ceux qui souhaiteraient tenter l'expérience.
Camila ert Akahi pratiquent le respirianisme depuis une dizaine d’années. L’ingrédient mystère de ce « régime » quasi mystique : la lumière. À consommer sans modération.
Adieu la nourriture physique, bonjour la nourriture cosmique. Au diable les assiettes et les fourchettes, prenez une profonde inspiration et mettez-vous de la lumière plein la panse. Si la mode de la mono-diète ou du jeûne périodique existe depuis longtemps, le « respirianisme » est une pratique moins répandue et beaucoup plus farfelue.
Camila Castello et Akahi Ricardo sont ce qu’on appelle des « Respiriens ». La table, ils ne la mettent que trois fois par semaine. Leur régime alimentaire hebdomadaire se limitant à trois modestes repas. Au menu : un bouillon de légumes ou un morceau de fruit.
« Alimentation cosmique »
Installé entre la Californie et l’Équateur, le couple de trentenaires appliquent à la lettre ce qu’on appelle plus communément l’inédie ou pranisme. Un régime drastique basé sur la croyance qu’il est possible de vivre sans se nourrir ni boire pendant de longues périodes. Né dans un contexte le plus souvent religieux, voire mystique, le respirianisme fait de plus en plus d’adeptes.
En couple depuis 2005, Camila et Akahi sont passés de végétariens, à vegans, avant de découvrir le « repirianisme » en 2008. Pour encourager les timides à se lancer dans l’aventure, ils prêchent la parole du « food-free life » (pour « une vie sans nourriture »). Avoir faim ? Tous deux affirment ne plus savoir ce que c’est. Finis les gargouillis intestinaux et autres salivations excessives. Soutenus par une « alimentation cosmique », les heureux respiriens survivent sur « l’énergie qui existe dans l’univers et en eux-mêmes », déclarent-ils dans les colonnes de The Independent.
Les êtres humains peuvent facilement vivre sans nourriture, tant qu’ils sont connectés à l’énergie qui existe en toute nature et à travers la respiration.
Trois ans. C’est la période pendant laquelle les deux amoureux affirment ne rien avoir mangé, avant de reprendre un minimum d’alimentation. Camila précise qu’elle ne s’est nourrie que cinq fois durant sa première grossesse. « Pendant trois ans, Akahi et moi n’avons rien mangé du tout. Aujourd’hui, nous ne mangeons que de temps en temps comme si nous étions dans une situation sociale ou simplement dans l’envie de déguster un fruit », explique Camila.
Respirianisme contre charlatanisme
Incroyable mais vrai (ou pas vrai), le « respirianisme » vient souvent rimer avec « charlatanisme ». Faisant abstraction des limites de la physiologie humaine, ce régime radical est souvent pointé du doigt, notamment par le National Health Service (NHS) qui dénonce qu’au vu des 6.4% de Britanniques qui présentent des troubles de l’alimentation, de telles « revendications » apparaissent dangereuses.
Malgré les risques de sous-nutrition maintes fois spécifiés et cliniquement prouvés, les respiriens affirment que se nourrir de « prana » (énergie vitale invisible qui imprégnerait l’univers, selon la tradition) ne présente aucun danger. « Avec mon premier enfant, j’ai pratiqué une ‘grossesse respiratoire’. La faim était devenue une sensation inconnue pour moi, je ne me nourrissais que de lumière », raconte Camila. « Mes tests sanguins au cours des trois trimestres étaient impeccables et j’ai donné naissance à un bébé en très bonne santé. » Quant à Akahi, il affirme se sentir en meilleur santé depuis qu’il ne mange plus.
Je me sens plus sain et heureux que jamais je ne l’ai été auparavant.
Vivre sans limite
Parents de deux enfants (5 ans et 2 ans), Camila et Akahi n’ont pas souhaité leur imposer ce régime extrême. « Nous leur laissons manger tout ce qu’ils veulent, qu’il s’agisse de jus, de légumes, de pizza ou de glaces », expliquent-ils. « Nous voulons qu’ils explorent les différents goûts et qu’ils aient une relation saine avec la nourriture au fur et à mesure qu’ils grandissent. » Ne souhaitant pas « forcer leur rythme », le couple espère que leur bambins se dirigeront progressivement vers ce mode d’alimentation.
Camila insiste enfin sur la liberté que lui procure cette privation de nourriture. « C’est un sentiment de liberté incroyable que de ne plus être dépendant ni attaché à la nourriture », dit-elle. Et d’ajouter que tout ce qu’ils ne dépensent pas dans les courses alimentaires, ils l’utilisent notamment pour des voyages et autres explorations en famille. « Il ne s’agit pas de ne plus jamais manger mais de comprendre la nourriture cosmique (pas seulement la nourriture physique) et de vivre sans limites. »

https://parismatch.be/actualites/societe/51178/couple-de-respiriens-ne-se-nourrit-quasiment-plus-prone-nourriture-cosmique
19 juin 2017

Pourquoi le respirianisme, prônant une alimentation réduite à l’extrême, inquiète
SANTE Les adeptes de ce mouvement sont invités à jeûner le plus possible et mettent leur santé en péril…
• La Miviludes qualifie le respirianisme de « mouvement sectaire ».
• Les médecins rappellent le danger de mort que courent ceux qui pratiquent le jeûne à outrance.
• Mais les adeptes du mouvement qui s’exposent tous souriants sur les réseaux sociaux ne doivent pas se sous-alimenter comme ils l’affirment…
Ces dernières semaines, les photos d’un couple étrange sont relayées en boucle sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’Akahi Ricardo et Camila Castello, qui s’affichent sur Instagram comme des adeptes du respirianisme, une croyance qui prône une alimentation réduite à l’extrême, une consommation limitée d’eau, afin de se nourrir surtout d’air et de lumière. Le couple assure ne faire que trois repas par semaine, composés principalement de bouillon de légumes et de fruits. Sur les photos, ils semblent en bonne santé et minces sans être maigres.
Le respirianisme est une théorie portée par Jasmuheen, une Australienne qui prétend pratiquer ce jeûne extrême depuis 1993. Ce mouvement revendiquerait 40 000 fidèles, dont des Français, même si on ne peut les quantifier, comme l’explique Serge Blisko, président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) : « Nous ne disposons pas de données précises sur la pénétration de ce mouvement sectaire en France, mais c’est un sujet de préoccupation pour nous. Car nous constatons que les deux conférences annuelles de Jasmuheen en France drainent du monde. On surveille d’ailleurs qu’aucun mineur n’y assiste », explique-t-il. Mais impossible pour la Miviludes d’interdire ces manifestations, liberté d’expression oblige. « On peut juste alerter sur les dangers de cette doctrine ésotérique délirante », incite Serge Blisko.
Les mises en garde des médecins
Et si la Miviludes s’inquiète, c’est aussi par ce qu’elle sait que « les réseaux sociaux constituent une énorme caisse de résonance pour ce type de mouvement », déplore Serge Blisko. Avec le risque que le respirianisme séduise encore davantage « de personnes fragiles, en quête de mysticisme, qui pourraient tomber sous l’emprise mentale de ce mouvement ».
Parallèlement à la Miviludes, les médecins mettent aussi en garde contre le respirianisme. « On peut tenir sans manger cinq semaines. Mais à quel prix : on s’affaiblit et on finit par tomber d’inanition. Ce jeûne poussé à l’extrême ne peut en aucun cas être un mode de vie », s’alarme le docteur Jean-Philippe Zermati, nutritionniste et auteurs de plusieurs ouvrages*. Même son de cloche de la part du professeur Eric Fontaine, nutritionniste et président du Collectif de lutte contre la dénutrition : « Avec trois repas par semaine, on peut tenir une année ou deux, mais une personne dénutrie finit par mourir quand elle a perdu la moitié de ses muscles. Le plus souvent d’une infection ou d’un problème cardiaque », indique-t-il. Ce qui est déjà arrivé, puisque plusieurs médias relaient le décès de personnes ayant suivi ce régime.
De multiples conséquences pour la santé
Par ailleurs, le fait que les respirianistes affirment boire très peu, inquiète les médecins : « les besoins hydriques étant d’un à deux litres par jour, une personne qui ne boirait pas assez d’eau se retrouverait très vite en insuffisance rénale », souligne Jean-Philippe Zermati.
Autre danger : les femmes enceintes qui souhaitent s’astreindre à cette pratique pendant leur grossesse. « Si une femme enceinte mange très peu, son bébé va puiser dans les réserves de sa mère, mais il risque de naître avec un très petit poids de naissance. Mais si elle réitère à la seconde grossesse en n’ayant plus de réserves, son bébé risque de naître avec un œdème (gros ventre). Une forme de malnutrition qui vient d’un manque de protéines », note Eric Fontaine.
Tous les respirianistes n’en sont pas
Reste que les respirianistes qui s’exposent le sourire aux lèvres dans les médias sont sujets à caution, comme le martèle Serge Blisko : « Beaucoup d’entre eux trichent et trompent ceux qui sont faibles psychologiquement. Car ils se nourrissent plus qu’ils ne le disent. »
Eric Fontaine remet lui aussi en cause la thèse du couple Akahi Ricardo et Camila Castello, selon laquelle ils ne prendraient que trois repas très frugaux par semaine : « S’il y a dénutrition, les gens maigrissent. S’ils ne maigrissent pas d’un mois sur l’autre, c’est qu’il s’agit de bobards. A moins que les trois repas qu’ils fassent ne soient gargantuesques et leur permettent de rattraper les 2 000 à 3 000 calories qu’ils devraient ingurgiter par jour », affirme-t-il. Un avis partagé par Jean-Philippe Zermati, qui en profite pour rappeler que « le jeûne ne doit être pratiqué que sur une période très courte et avec un encadrement médical. Par ailleurs, ses bénéfices pour la santé n’ont jamais été clairement démontrés. »
*Jean-Philippe Zermati a notamment écrit Maigrir sans régime, Odile Jacob, 22,25 euros.
Et Dictature des régimes. Attention ! avec Gérard Apfeldorfer, Odile Jacob, 22,90 euros.

http://www.20minutes.fr/societe/2091327-20170621-pourquoi-respirianisme-pronant-alimentation-reduite-extreme-inquiete
21/06/2017

Le "respirianisme", ce "dangereux mouvement sectaire" qui prône le jeûne absolu

Les "respiriens" jurent bien vivre sans boire ni manger, ou à peine. Leur "secret" ? Ils se "nourriraient" de lumière. Une dérive sectaire qui inquiète les autorités.
Akahi Ricardo et Camila Castello, un couple de jeunes parents installé entre la Californie et l’Équateur, jurent vivre sans manger ni boire depuis des années, tout en étant en parfaite santé mentale et physique. Sur le compte Instagram de Camila, 34 ans, les photos de postures de yoga alternent avec celles de ses deux enfants, des clichés dignes d'une "mom of Instagram" (ces mères qui utilisent le réseau social pour rendre publique leur vie de famille).
A la différence que Camila assure ne pas s'être alimentée une seule fois durant les 9 mois de sa première grossesse et avoir à peine plus mangé pour la seconde. Ce qui ne l'aurait pas empêché, à l'entendre, de donner naissance à deux enfants en "parfaite santé".
Le couple affirme même ne pas avoir ressenti la faim depuis 2008 et manger très peu, uniquement pour partager des moments avec leurs enfants à qui ils n'imposent pas leur "style de vie". Comme eux, d'autres "respiriens", "breatharian" en anglais, promettent qu'ils sont capables de se soustraire à ces besoins humains fondamentaux. Selon des témoignages, ils se "nourrissent" exclusivement de "l'alimentation cosmique" que leur apporte le "prana", terme sanskrit qui peut être traduit par "le souffle vital respirant".
Un adepte francophone raconte sur YouTube : "Ça fait 13 ans que je n’ai pas mangé et je suis toujours vivant". "Le blocage principal [concernant la nourriture] est de croire que "si on ne mange pas, on va mourir", assure l'homme qui n'a pas l'apparence squelettique attendue. Un de leurs modèles, le yogi indien Prahlad Jani, assure même jeûner depuis 70 ans.
Ce mouvement, baptisé le "respirianisme", est risible tant il est aberrant, mais il est néanmoins à prendre au sérieux car il est à l'origine de plusieurs morts.
"Des escrocs aux témoignages bidons"
Le "respirianisme" est porté par la gourou australienne Ellen Greve alias Jasmuheen, auteure de "Vivre de lumière : 5 ans sans nourriture matérielle". Celle qui a bâti sa fortune en affamant ses soi-disant dizaines de milliers d'adeptes vient tous les ans en Europe, en France et en Belgique notamment, pour dispenser ses sornettes devant une audience souvent fragile psychologiquement. Ses conférences et ses ouvrages inquiètent les professionnels de la santé et ceux qui luttent contre les dérives sectaires.
En Belgique, le "respirianisme" est étroitement surveillé par le Centre d’informations et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN). En France aussi, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) reste très vigilante et affirme avoir constaté au moins une dizaine de décès liés au mouvement.
Contacté par "l'Obs", son président et médecin de formation Serge Blisko dénonce "un mouvement sectaire dangereux" sur lequel il alerte depuis des années. Presque lassé d'entendre les témoignages "bidons" des "pro-respirianisme", il met en garde contre des "escrocs" qui gagnent "énormément d'argent prêchant des bobards".
Les gourous mangent en douce
"Il est scientifiquement impossible de vivre 7 ou même 13 ans sans avaler le moindre aliment, et encore moins sans s'hydrater", rappelle Serge Blisko.
Les preuves de l'absurdité de la pratique ne manquent d'ailleurs pas. Du yogi indien qui n'aurait pas mangé depuis son enfance à la grande prêtresse Jasmuheen, tous les gourous "respiriens" mangent en douce pour survivre. Ce que ne savent pas toujours les adeptes endoctrinés qui finissent par mettre leur santé en danger.
Un des premiers décès lié au "respirianisme" a été constaté en 1999. Verity Linn, une Australienne de 49 ans qui suivait le programme en 21 jours de Jasmuheen a été retrouvée morte affamée. L'effrayant rituel encore pratiqué aujourd'hui consiste à "jeûner à sec pendant la première semaine" (sans eau donc) puis à consommer uniquement de l'eau parfumée ou des jus de fruits les jour suivants.
Ce qui n'a rien à voir avec un jeûne ponctuel médicalement encadré. Pour Serge Blisko, il est important de faire le lien entre l'anorexie et les principes dispensés par le "respirianisme". D'ailleurs, si les gourous appliquaient la méthode qu'ils prônent, ils seraient sévèrement maigres et n'auraient pas l'apparence physique saine de leurs photos.
"Il suffit de voir des hommes et des femmes souffrant d'anorexie ou sortant d'une grève de la faim pour conclure de l'absurdité scientifique du 'respirianisme'", assène Serge Blisko.
Un mouvement sectaire qui dure
Considérée comme une escroc dans son pays, Jasmuheen continue à trouver de nouveaux adeptes en Europe et à gagner de l'argent sur leur santé. Notamment grâce à la visibilité, parfois sans même un avertissement, qu'offrent les médias aux nouvelles figures du mouvement. Comme ce couple récemment médiatisé qui a rappelé l'existence du "respirianisme" vieux de plus de vingt ans, déplore le président de la Miviludes.
Alors, que faire pour endiguer le mouvement ? Les conférences des gourous se tenant souvent dans des lieux privés, comme des hôtels, "il n'est pas toujours possible d'intervenir. Et raconter n'importe quoi dans un cadre privé n'est pas interdit par la loi", explique Serge Blisko.
La seule chose que la Miviludes puisse faire, c'est alerter sur la secte et demander à ce que ces conférences soient interdites aux mineurs, qui ne sont néanmoins "pas le public principal".

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20170622.OBS1083/le-respirianisme-ce-dangereux-mouvement-sectaire-qui-prone-le-jeune-absolu.html
25 juin 2017

« Respiriens » : ces adeptes du jeûne drastique qui inquiètent les autorités
Selon les « Bretharians » (« Respiriens » en français), vivre uniquement d’air et de lumière serait possible. Ce mouvement sectaire s’expose sur Instagram et inquiète de plus en plus.
Ce mouvement ne date pas d'aujourd'hui mais il refait son apparition sur Instagram, notamment avec le compte de ce couple américain. Camila Castello, 34 ans, et Akahi Ricardo, 36 ans, un couple qui vit entre la Californie et l’Equateur, a ainsi fait d’étranges déclarations auprès du « The Express Tribune ». Ils expliquent ne manger que trois fois par semaine, un morceau de fruit ou un bouillon de légume et cela, uniquement pour… s’amuser. La jeune femme confie ne ressentir aucune sensation de faim ni de soif depuis 2008 : "Les êtres humains peuvent facilement vivre sans nourriture, tant qu'ils sont connectés à l'énergie qui existe en toute chose et à travers la respiration", a-t-elle confié. Des propos qui interrogent. Elle va plus loin en avouant aussi à « the independent » ne s’être alimentée que cinq fois durant sa dernière grossesse, donnant la vie à un petit garçon en « pleine forme » : « Je ne sentais pas le besoin ou le désir de manger des aliments solides pendant les neuf mois de ma grossesse (…) Avec mon premier enfant, j'ai pratiqué une grossesse par la respiration. La faim était une sensation étrangère pour moi. Je vivais pleinement grâce à la lumière. Je ne mangeais rien ! » Le mouvement sectaire des Respiriens a actuellement à sa tête une Australienne, Jasmuheen, qui confie quant à elle ne plus manger ni boire depuis 1993.
Quant à Wiley Brooks, qui déclare avoir introduit le « respirianisme en Occident dans les années 70 », il fut retrouvé un jour par ses disciples en train de se goinfrer de junk food. Il avait alors simplement expliqué à l’époque avoir trouvé dans les hamburgers le moyen d’augmenter sa capacité d’absorption de la lumière et de l’énergie, affaiblie alors par la pollution.
Une pratique extrêmement dangereuse
On rappelle que si la pratique du jeûne est conseillée dans certains cas, il doit être encadré et ne pas durer dans le temps. Le jeûne peut provoquer de graves problèmes physiques pouvant entraîner la mort. Ainsi, le « Breatharianisme » a été lié aux décès de plusieurs personnes. En 1999, une Australienne était retrouvée morte dans la Lande écossaise avec un exemplaire du livre de Jasmuheen intitulé « Living on light » (« Vivre de lumière ») .
En France, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) suit de près l’évolution de ce mouvement qui, s’il paraît aberrant, compte nombre d’adeptes. Depuis 2011 déjà, la Miviludes alerte et rappelle qu'elle portera "une vigilance accrue sur cette pratique charlatanesque à forte connotation sectaire (rejet de la médecine conventionnelle, pressions financières exorbitantes, rupture avec l’environnement d’origine)". Plus récemment, Serge Blisko, son président, faisait part de ses inquiétudes dans une interview à 20 minutes : « les réseaux sociaux constituent une énorme caisse de résonance pour ce type de mouvement ». La vigilance reste donc de mise, le respirianisme pouvant séduire « des personnes fragiles, en quête de mysticisme, qui pourraient tomber sous l’emprise mentale de ce mouvement ». En France, 40 000 personnes seraient ainsi adeptes de ce mouvement sectaire…

http://www.elle.fr/Societe/News/Respiriens-ces-adeptes-du-jeune-drastique-qui-inquietent-les-autorites-3501113
28 juin 2017



 







 

 

 

 

 

SANTE


Formation des professionnels de santé: une convention pour lutter contre les groupes sectaires

PARIS, 30 mai 2017 (AFP) - La mission interministérielle de lutte contre les sectes (Miviludes) a annoncé mardi la signature d'une convention pour mieux prévenir les risques de dérives thérapeutiques voire sectaires dans la formation des professionnels de santé, un marché important ciblé par des groupes aux pratiques non reconnues.
Cette convention a été signée avec l'Agence nationale du développement professionnel continu, créée en juillet 2016 par l'Etat et l'Assurance maladie pour garantir la qualité de la formation des quelque 1,7 million de professionnels de santé (médecins, infirmiers, kinésithérapeutes...) en activité.
Le champ thérapeutique est en tête des 2.500 sollicitations annuelles de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). "Beaucoup de ces requêtes sont des appels à l'aide de familles désemparées ou souhaitant obtenir des informations sur un mouvement sectaire ou sur une pratique à risque, dont 40% concernent le domaine de la santé", explique la Miviludes dans un communiqué.
Selon le dernier rapport annuel de cette mission, la formation aux pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique est "un marché rentable pour certains mouvements sectaires" ciblant en particulier des stagiaires en quête de reconversion.
Les professionnels de santé déjà en activité eux montrent un "intérêt croissant" pour une médecine douce ou alternative, "ce qui se traduit par la demande d'actions de formation dans le cadre du développement professionnel continu (DPC)", relève la mission.
D'où la nécessité que l'agence nationale contrôlant ces formations soit mieux sensibilisée sur les risques potentiels. A l'hôpital ou en médecine ambulatoire et de ville, "des groupes proposent aux professionnels de santé des offres qui peuvent paraître novatrices et séduisantes", explique à l'AFP le président de la Miviludes, Serge Blisko, lui-même médecin de formation.
"On va sensibiliser les professionnels de l'Agence à cela et travailler avec ses comités d'experts", ajoute l'ancien député socialiste. Pour l'hypnose, par exemple, "il faut vérifier précisément la qualité des formateurs et surtout savoir dans quel but c'est proposé".

DPC : les autorités s'engagent contre les dérives sectaires et pratiques déviantes

L'agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC) et la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) ont signé ce mardi une convention pour coordonner leurs actions dans le repérage de pratiques alternatives déviantes dans le champ de la formation continue.

« L'enjeu de ce partenariat est de préserver le secteur de la formation en santé de l'entrisme potentiel de certains courants à la recherche de caution scientifique », explique l'ANDPC. L'agence et la MIVILUDES s'engagent à veiller à l'information des 1,7 million de professionnels de santé concernés et à la qualité de leur formation continue. Concrètement, les personnels de l'agence seront formés à la détection des opérateurs déviants. Les deux institutions échangeront des informations portant sur les signalements de situations à risque et sur les formations au contenu scientifique défaillant.

1 000 signalements à la MIVILUDES en lien avec la santé

« L'agence a pour mission d'évaluer les actions et les organismes de DPC, explique sa directrice générale Michèle Lenoir-Salfati. Il nous a semblé important de donner des outils d'aide à la décision quand des actions posent problème. » Cette opération est menée avec l'appui du comité d'éthique et le soutien du haut conseil du DPC et des sept commissions scientifiques indépendantes (CSI) des professions de santé, a indiqué la patronne de l'agence.

La question des dérives sectaires dans le domaine sanitaire est une préoccupation prioritaire des autorités. « Sur les 2 500 signalements que nous recevons chaque année à la MIVILUDES, un millier concerne la santé, affirme le Dr Serge Blisko, président de la mission interministérielle. Il s'agit de faits inappropriés, de pratiques non conventionnelles qui posent problème. Nous essayons de repérer les dérives thérapeutiques qui peuvent représenter une perte de chance pour le patient. »

La moitié des actions recalées car non conformes

L'ANDPC s'alarme au passage de l'intérêt que portent les soignants à certaines pratiques non validées scientifiquement. « L'engouement des professionnels de santé pour ces thérapeutiques alternatives nous interpelle, déclare Michèle Lenoir-Salfati. On a affaire à un système de santé bis. Or, former les professionnels à ces techniques n'est pas l'objet du DPC. »

Aujourd'hui, une action de DPC sur deux reçoit un avis défavorable en CSI, affirme la directrice de l'agence. Parmi les pratiques mises en cause, l'ANDPC et la MIVILUDES citent l'hypnose (« On a l'impression que la moitié de la France hypnotise l'autre », affirme la directrice de l'agence), les massages, l'aromathérapie, la méditation de pleine conscience ou encore la fasciathérapie.

« L'époque où l'on vendait des produits de perlimpinpin a tendance à disparaître, analyse le Dr Blisko. Aujourd'hui des gens essaient de vendre des méthodes non médicamenteuses qui peuvent les détourner de la médecine traditionnelle. »

https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2017/05/30/dpc-les-autorites-sengagent-contre-les-derives-sectaires-et-pratiques-deviantes_847937

30.05.2017
 

Evreux : le faux médecin psychiatre a exercé pendant un an

Evreux (Eure), le 24 mai. Le faux médecin psychiatre congolais avait été embauché en février 2016 à l’hôpital, sur la foi d’un diplôme roumain falsifié.
Durant quatorze mois, le pseudo-médecin a exercé à l'hôpital psychiatrique d'Evreux. Démasqué, il a été incarcéré. L'escroc présumé avait déjà été condamné en 2014 par le tribunal correctionnel de Lyon pour exercice illégal de la profession d'infirmier.

Faux psychiatre, mais vrai escroc, un médecin imaginaire a été mis en examen le 5 mai dernier par un juge d'instruction d'Evreux (Eure) pour exercice illégal de la médecine et usurpation de diplôme, avant d'être écroué. Embauché depuis quatorze mois, ce Congolais de 31 ans a été interpellé, le matin du 3 mai à Evreux, alors qu'il assurait sa garde aux urgences psychiatriques du nouvel hôpital de Navarre, par les enquêteurs de la sûreté départementale de l'Eure.

Situé à la sortie de la ville, ce large domaine, défendu par une clôture en briques rouges et aux murs crème, respire le calme et la tranquillité. «J'ai appris la nouvelle avec d'autant plus de stupéfaction qu'il s'agissait de mon premier jour de travail», se souvient le directeur Richard Gruz. Dans les larges allées, les patients qui vivent là pour des durées parfois longues ne se souviennent pas de ce médecin. «J'ai entendu parler de cette histoire dans mon pavillon. Mais ce faux médecin, assure un homme de 35 ans, je ne le connaissais pas.» Même son de cloche pour un autre malade assis sur un banc devant la cafétéria. Les aides-soignantes et les infirmières passent, mais ne veulent pas trop en dire sur cet usurpateur qui s'est glissé parmi eux. «Moi, je l'ai un peu côtoyé, raconte un agent hospitalier en blouse violette. Il parlait bien français et me donnait l'impression de se comporter comme les autres médecins. Il devait avoir quelques notions médicales apprises sur le tas pour faire illusion.»

En février 2016, l'imposteur est parvenu à se faire embaucher à l'hôpital sur la base d'un diplôme provenant d'une université roumaine. «Cet homme ne s'est jamais fait remarquer, ajoute Sophie Monier, présidente du comité médical d'établissement. Il faut comprendre qu'il assurait des gardes de 24 heures aux urgences. Les patients lui étaient présentés pour qu'il pose un diagnostic. Et à l'issue de cette rencontre, les malades rentraient chez eux, étaient admis à l'hôpital ou orienté vers les centres médico-sociaux du département.» «S'il lui est arrivé de prescrire des médicaments, cela n'a eu aucune conséquence car les équipes qui ont pris en charge les patients ont pu corriger ses erreurs», ajoute la direction. L'hôpital a d'ailleurs repris les dossiers de 500 patients que le faux psychiatre a rencontrés durant quatorze mois et aucune plainte n'a été formulée à ce jour.

Il cumulait salaire et RSA

C'est la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Rhône qui a découvert le pot aux roses. Le faux médecin avait été condamné en 2014 par le tribunal correctionnel de Lyon pour exercice illégal de la profession d'infirmier, et la CPAM a découvert alors, en souhaitant récupérer l'argent de ses dommages et intérêts, que le suspect exerçait comme médecin psychiatre à Evreux. Lors de la perquisition menée à son domicile de Pont-de-l'Arche, les enquêteurs ont mis la main sur de faux documents, de faux diplômes et de faux tampons.

«C'est un véritable escroc qui cumulait son salaire de 3 000 € à l'hôpital avec le RSA qu'il percevait depuis septembre 2015», assure une source proche de l'affaire. Durant sa garde à vue, le faux psychiatre a nié en bloc, arguant du fait qu'un cousin congolais aurait usurpé son identité.

Le Parisien DU 30.05.2017

Italie : le médecin homéopathe poursuivi pour homicide involontaire

Après le décès d'un petit garçon de 7 ans causé par une otite traitée par homéopathie, son médecin est poursuivi par la justice ainsi que ses parents pour homicide involontaire.

L’enfant de 7 ans décédé samedi dernier à l'hôpital d'Ancône, où il était pris en charge après une otite, serait mort d'une encéphalite d'après le journal italien Next Quotidiano. Malgré la fièvre persistante de l'enfant, son médecin a continué pendant deux semaines à prescrire un traitement homéopathique.
L'autopsie a donné les premiers résultats mais il faut poursuivre les investigations pour définir ce qui a causé l'inflammation du cerveau. Les résultats définitifs sont attendus d'ici une quinzaine de jour.
Le médecin en question est poursuivi, ainsi que les parents du petit garçon, pour homicide involontaire. Selon le quotidien régional italien Quotidiano.net, le docteur Mecozzi n'était d'ailleurs pas au clair avec l'Ordre des médecins de Pérouse. Il avait toujours refusé d'envoyer ses diplômes, malgré les réclamations de l'institution. Il serait aussi impliqué dans une affaire de secte selon le Corriere della Sera.
Dans une tribune publiée le 27 mai dans le quotidien du soir italien, le journaliste Massimo Gramellini a titré "Omeopazzia" (homéo-folie) et écrit : "J’ai connu Christian Boiron, le titulaire des plus célèbres laboratoires homéopathiques du monde. C’est un homme équilibré et sage, qui ne cautionne pas le fait de se soigner uniquement à l’homéopathie. Il soutient qu’il faut alterner les médicaments en fonction des pathologies et de la nécessité. Malheureusement, il y a des personnes faibles et peu sûres d’elles qui ne réussissent pas à vivre sans se soumettre à un dogme".

http://www.francetvinfo.fr/sante/soigner/italie-le-medecin-homeopathe-poursuivi-pour-homicide-involontaire_2217106.html
01/06/2017

Comment éviter les charlatans dans la jungle des thérapies

Les thérapeutes douteux n’ont à la bouche que la critique de la médecine conventionnelle et promettent un traitement miraculeux. Quelques conseils pour les repérer.
Proposées par de vrais médecins, des professionnels du secteur paramédical ou par des praticiens sans diplôme reconnu et homologué, les médecines douces attirent aujourd’hui 4 Français sur 10, dont 60 % parmi les malades atteints d’un cancer. Il faut bien reconnaître que l’offre est impressionnante. Mais est-elle sûre?
Vrais ou faux praticiens?
D’après la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), on recense dans notre pays pas moins de 300 pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique. Parmi les 4 000 psychothérapeutes sans reconnaissance officielle, certains proposent des traitements qui mettent les malades en danger, en cas de cancer ou autres pathologies graves. Sans compter qu’ils n’ont alors aucun scrupule à jouer sur la fragilité de ces personnes pour s’enrichir. Alors, comment les repérer?
Sur son site internet, la Miviludes met à disposition une série de critères pour démasquer charlatans et pseudo-thérapeutes. Par exemple, un langage pseudo-scientifique qui donne des explications simplistes à des maladies pourtant complexes. Ou encore, des séances d’essai gratuites, puis un règlement à l’avance, l’achat de matériel non remboursé… Enfin, surtout, deux signes doivent alerter. D’abord, le soi-disant thérapeute remet en cause et dénigre les traitements de la médecine conventionnelle, qu’il s’agisse de vaccins ou de médicaments. Ensuite, il vous promet en échange une guérison miraculeuse, en vous expliquant qu’au-delà de la maladie les soins vous apporteront d’innombrables bienfaits évidemment impossibles à mesurer.
Des conséquences parfois funestes
Ryke Geerd Hamer en est la parfaite illustration. Et ses victimes, nombreuses, lui ont valu plusieurs condamnations. Nicole S. fut l’une d’elles. En 2003, elle entreprend une chimiothérapie après le diagnostic d’un cancer du sein. On lui propose de l’opérer, par sécurité. Mais elle a peur et, se laissant convaincre par une disciple de Hamer, elle décide d’interrompre tout soin. La méthode préconisée par cet ancien médecin allemand est radicale. Pour lui, on se fabrique son cancer, à la suite d’un choc psychologique ou d’un conflit intérieur. Et l’on ne peut s’en débarrasser qu’en s’appuyant sur des «capacités libérées d’autoguérison, à condition que n’interfèrent pas dans le processus les traitements conventionnels». C’est précisément ce qu’a fait Nicole S. Moyennant quoi, deux ans plus tard, le cancer avait atteint ses os. «Ce sont les trous qui se referment», disait-elle, convaincue par les arguments de Hamer. Elle est morte à la fin de l’année 2005.
Quant à lui, il continue de sévir, en dépit de plusieurs condamnations. Réfugié en Norvège, il a fait et continue de faire des disciples via internet. Parmi eux, la Miviludes a épinglé Claude Sabbah et sa méthode de «biologie totale des êtres vivants», Christian Flèche et sa psycho-biothérapie par le décodage biologique et, de manière plus générale, des centaines de pseudo-thérapeutes «spécialisés» dans le décodage biologique. Mais bien d’autres de ces pratiques thérapeutiques à risque sectaire sont pointées dans le rapport 2010 de la Miviludes: on y retrouve, entre autres, le «rebirth» et les faux souvenirs induits, les dérives de la kinésiologie, du massage Tui Na, l’instinctothérapie, le respirianisme, l’énergiologie et l’ingestion de toutes sortes de substances (jus de légumes, citron, bicarbonate de soude, urine…).
Il convient donc de se méfier des solutions «miracle», de ne pas s’isoler dans une relation exclusive avec un seul «thérapeute» et, surtout, d’en parler autour de soi.

http://sante.lefigaro.fr/article/comment-eviter-les-charlatans-dans-la-jungle-des-therapies#xtor=AL-10
09/06/2017

Les Québécois en faveur d'un encadrement officiel des médecines alternatives complémentaires

Une majorité de la population québécoise souhaite que le gouvernement encadre officiellement l'ensemble des pratiques en médecine alternative et complémentaire (MAC).

MONTRÉAL, le 21 juin 2017 /CNW Telbec/ - C'est ce qui ressort d'une étude menée par la firme Léger afin d'évaluer l'opinion des Québécois concernant les médecines douces, alternatives ou complémentaires et leur encadrement.

Commandée par un groupe de chercheurs de plusieurs universités, cette l'étude relève que près des trois quarts des répondants, souhaitent la création d'une forme d'encadrement quelconque que ce soit un ordre professionnel, à titre réservé ou d'exercice exclusif (38%), un ordre professionnel parapluie (19%) regroupant plusieurs pratiques ou encore une Régie (15%) pour encadrer l'ensemble des pratiques en médecine alternative et complémentaire.

Les praticiens du Québec revendiquent depuis longtemps une reconnaissance officielle du gouvernement québécois, car un encadrement officiel aurait pour effet de combler un vide juridique dans les domaines légalisés et règlementés ailleurs au Canada. De même, la création d'un ordre permettrait d'assurer véritablement la sécurité de la population.

Dans l'ensemble, un Québécois sur deux a une assez bonne opinion des MAC (48%) et ceux-ci ont surtout recours à la massothérapie (60%), l'ostéopathie (38%) et la naturopathie (25%) pour se soigner.

On note aussi que 71% des répondants sont favorables à la mise sur pied de projets en approche intégrée en santé faisant une place tant aux soins proposés par la médecine officielle qu'à ceux en médecines alternatives.

Actuellement à l'exception de l'acupuncture, la chiropratique et de la pratique sage-femme, toutes les autres médecines alternatives et complémentaires (MAC) sont non règlementées par le système professionnel québécois. De ce fait, ces pratiques se trouvent encore confinées dans le réseau privé. Les services offerts devant être financés directement par les utilisateurs.

Mieux servir la population et améliorer la protection du public dans un domaine aussi crucial que celui de la santé devrait être une priorité pour tout gouvernement selon les responsables de l'étude.

L'étude a été menée par la firme Léger, entre le 23 et le 25 mai 2017, auprès d'un échantillon représentatif de Québécois, âgé(e)s de 18 ans ou plus. La marge d'erreur maximale pour un échantillon de cette taille est de ± 3.1 %, 19 fois sur 20.

http://www.indexsante.ca/nouvelles/401/les-quebecois-en-faveur-d-un-encadrement-officiel-des-medecines-alternatives-complementaires.php
 

Maladie de Lyme : le scandale des pseudo-traitements

Sciences et Avenir a mené l'enquête sur les dérives thérapeutiques qui menacent les 300 000 à 600 000 personnes atteintes en France de la maladie de Lyme : médecins peu scrupuleux aux honoraires abusifs, essai clinique illégal, tests de dépistage non éprouvés...

PARAPSYCHOLOGIE. La maladie de Lyme, due à une bactérie du genre Borrelia transmise par piqûre de tiques essentiellement lors de balades dans la nature, est aujourd'hui au cœur d'une polémique. Elle affecte officiellement plus de 30 000 personnes chaque année en France qui compterait déjà quelque 300 000 à 600 000 malades. Pourtant, faute de tests de dépistage fiables, la plupart de ces patients ne sont pas reconnus comme tels par les autorités de santé (Lire encadré ci-dessous). La plupart se retrouve alors dans une "impasse thérapeutique", car ils ne peuvent bénéficier des traitements disponibles, essentiellement une ou plusieurs cures d'antiobiotiques. Notre enquête, qui paraît dans Sciences et Avenir daté mai 2017 alerte sur la multiplication des pratiques pseudo-médicales, non éprouvées, voire dangereuses proposées à ces malades souvent désespérés. Ainsi, nous avons mené l'enquête sur la société Electrophotonique Ingéniérie installée à Brens (Tarn) qui propose un "test de dépistage" de la maladie de Lyme basé sur la photographie Kirlian, une technique très en vogue depuis les années 1970 dans les milieux du New Age et de la parapsychologie. Nous avons découvert qu'un autre test non officiel était également proposé par le Pr Luc Montagnier (Prix Nobel de médecine 2008) via sa société Nanectis, reposant quant à lui sur le principe non démontré de la "mémoire de l'eau". Nous révélons encore la réalisation d'un essai clinique sauvage qui visait à tester un antiseptique directement sur des malades, en toute illégalité, avec la complicité de médecins. Un essai initié directement par la fondatrice de l'association de malades Lyme sans Frontières, vice-présidente du fonds pour la recherche I for Lyme.

Enfin notre enquête révèle l’existence d’un réseau informel de médecins auto-proclamés "spécialistes" de Lyme qui profitent de la détresse des malades pour pratiquer des honoraires abusifs. Surtout, ce réseau fait craindre des collusions entre médecins, laboratoires de compléments alimentaires et pharmacies spécialisées dans les traitements non conventionnels.
ILLEGALE. Ainsi, en nous faisant passer pour un malade à la recherche de conseils, nous avons pu recueillir une liste de cinq « médecins Lyme » auprès d’une pharmacie parisienne spécialisée dans les médecines douces. De même, nous avons obtenu directement auprès d’un laboratoire de compléments alimentaires une autre liste de sept praticiens habitués à prescrire les produits de l'entreprise. Soit, en tout, douze « médecins Lyme », rien que pour la région parisienne où nous avions circonscrit nos investigations. Ces praticiens sont pour la plupart généralistes, souvent orientés vers les thérapies alternatives et naturelles. Problème : sur les six praticiens que nous avons pu contacter par téléphone pour une prise de rendez-vous, tous exigent des honoraires abusifs. Soit entre 60€ et 90€ pour des médecins conventionnés secteur 1, entre 95€ et 150€ pour ceux en secteur 2 et jusqu’à 160€ pour les non conventionnés. Si ces derniers peuvent légalement pratiquer des tarifs libres, les honoraires des praticiens en secteurs 1 et 2 sont en revanche strictement encadrés. « Le prix de la consultation en secteur 1 est de 23€, sauf exigence particulière comme un déplacement ou un horaire tardif. Pour le secteur 2, les dépassements d’honoraires sont autorisés jusqu’à trois fois le tarif conventionnel. Mais en aucun cas ces tarifs ne doivent être dépassés, quelle que soit la pathologie prise en charge ou la durée de la consultation. Par ailleurs, tous ont l’obligation d’établir une feuille de soin» précise André Deseur, vice-président du Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM). Ainsi, aucun des six médecins contactés ne respecte ces conventions tarifaires. Pire, au moins l’un d’entre eux, conventionné secteur 2 et facturant la consultation 120€, avertit lors de la prise de rendez-vous qu’il ne fournit pas de feuille de soin. Ses tarifs abusifs échappent ainsi au contrôle de l’assurance maladie et ses patients ne peuvent dès lors recevoir aucun remboursement de la sécurité sociale.
En outre, la facture peut encore grimper rapidement quand ces malades se voient prescrire un coûteux arsenal de remèdes dits naturels, non remboursés et pour la plupart non éprouvés. Exemple avec cette ordonnance que nous nous sommes procurée auprès d’un malade à Paris : en sus des160 € la consultation, ce patient s'est vu prescrire pour plus de 1000 € de compléments alimentaires et autres vitamines. A l’évidence, la maladie de Lyme n'est pas à la portée de toutes les bourses !
Des tests peu fiables
Avec près de 70 symptômes possibles et peu spécifiques, le diagnostic de la maladie de Lyme est difficile à poser. Ce d’autant plus que l’efficacité des deux tests de dépistage officiels (Elisa et Western Blot) est très contestée. Ces tests sont menés sur des échantillons de sang, or Borrelia, la bactérie responsable de l’infection, s’y trouve très rarement. Mieux, les tests sur le marché détectent plusieurs espèces de Borrelia… mais pas toutes. Ils ignorent aussi les autres pathogènes transmis par les tiques et impliqués dans la maladie comme la bactérie Bartonnella ou encore des rickettsies et le parasite Babesia. Dans le cadre du « plan Lyme », lancé en 2016 par le ministère de la Santé, de nouveaux protocoles de diagnostics et de soins devraient être recommandés d’ici à la fin 2017.

Science et Avenir - 27.04.2017

Maladie de Lyme : la FFMVT réagit à notre enquête

Dans Sciences et Avenir de mai 2017, actuellement en kiosque, notre enquête sur la maladie de Lyme lance l'alerte sur les risques de dérives thérapeutiques qui menacent les malades. Notre article a fait réagir la Fédération française contre les maladies vectorielles à tiques et en particulier le Dr Raouf Ghozzi et le Pr Christian Perronne, respectivement président et vice-président de la fédération.

DÉPISTAGE. Suite à notre enquête sur la maladie de Lyme, publiée dans Sciences et Avenir n°843 daté mai actuellement en kiosque, la Fédération française contre les maladies vectorielles à tiques (FFMVT) a publié sur son site, un communiqué visant à clarifier sa position face à certaines dérives que nous révélions. La FFMVT regroupe médecins, scientifiques et associations de malades. Elle a pour vocation de “promouvoir les droits des malades, définir les évolutions souhaitables dans la prise en charge des maladies vectorielles à tiques, ce dans une démarche de démocratie sanitaire, avec une étroite collaboration entre malades et professionnels”. Lors de notre enquête, nous évoquions justement l'impasse thérapeutique dans laquelle se trouvaient la plupart des malades dits chroniques, dont la situation n'est pas reconnue par les autorités de santé, en raison de tests de dépistage jugés non fiables. Ces malades se trouvent ainsi exposés à une offre pléthorique d'alternatives thérapeutiques, de médecines non conventionnelles et autres “méthodes naturelles” mais pour la plupart non éprouvées.
Notre article s'attardait en particulier sur l'appareil Vital Harmony, une technique de traitement par micro-courant vendue par la société Electrophotonique Ingénierie installée à Brens (Tarn). Cette société propose aussi un appareil censé dépister la maladie de Lyme grâce à des photographies de doigts des patients ! Notre enquête révélait que ces méthodes de traitement et de dépistage n'ont aucun fondement scientifique. Pire, elles s'inspirent de pratiques en vogue dans les milieux du New Age et du paranormal.
Pourtant, un test de ces deux techniques a été mené auprès de 400 malades sous la supervision du Dr Raouf Ghozzi et du Pr Christian Perronne, respectivement président et vice-président de la FFMVT. Dans le communiqué de la fédération, les deux médecins reconnaissent qu’ils n'ont pas les compétences nécessaires, notamment en physique, pour juger de la crédibilité des techniques proposées par la société Electrophotonique Ingéniérie : “Après la consultation d’experts scientifiques reconnus dans le domaine, l’enquête journalistique [de Sciences et Avenir] conclut à une insuffisance scientifique démontrée de l’appareil à micro-courants Vital Harmony de la société Electrophotonique Ingénierie. Le docteur Ghozzi et le professeur Perronne ne disposant pas de compétences nécessaires pour évaluer ce champ de la physique, ont demandé à la firme, avant de se prononcer sur l’intérêt possible de cet appareil, de réaliser une étude randomisée en double insu contre placebo sous contrôle d’experts indépendants.” Le Dr Raouf Ghozzi nous avait d'ailleurs précisé lors d'un entretien que sa priorité restait la santé des malades. Pour cette raison il ne souhaitait écarter a priori, aucune piste de traitement.
TRAITEMENTS. Mais sans étude clinique sérieuse, il est effectivement impossible de conclure sur les bienfaits supposés de la machine d'électrothérapie Vital Harmony. Les deux médecins ont donc fait le choix de renoncer à cette approche tant que la société Electrophotonique Ingeniérie n’aura pas fait la preuve de son efficacité. Quant à la technique de dépistage de la maladie de Lyme à partir de la photographie des doigts, elle n’est pas évoquée dans le communiqué. Mais lors de notre entretien, les deux médecins nous avaient déjà confié leurs doutes concernant cette méthode.
Par ailleurs, notre enquête mettait en lumière les pratiques douteuses de certains “médecins Lyme”(honoraires abusifs, prescriptions de produits naturels non éprouvés, collusion avec un laboratoire de compléments alimentaires). Sur ce point, le communiqué de la FFMVT renouvelle son soutien aux médecins qui prennent en charge les personnes atteintes de la maladie de Lyme, mais précise : “Nous voulons croire, que des praticiens qui, face à cette épidémie, seraient tentés de tirer profit d’un effet d’aubaine, restent des plus minoritaires.”
Enfin, il rappelle son attachement à une prise en charge efficace des malades et à l’utilisation de traitements éprouvés : “Tout ceci montre l’urgence d’une nécessaire prise en charge institutionnelle adaptée à la réalité de l’épidémie et répondant à la détresse des malades, selon des modalités classiques et des protocoles de soins en accord avec l’avancée des connaissances scientifiques et médicales éprouvées les plus récentes.”

Science et Avenir - 11 mai 2017





 


 

 

 

 

SCIENTOLOGIE


Perquisitions à l'Eglise de Scientologie de Saint-Pétersbourg

Le FSB, les services spéciaux russes, ont mené des perquisitions au siège de l'Eglise de la Scientologie à Saint-Pétersbourg.
Les services spéciaux russes ont mené mardi des perquisitions au siège de l’Église de Scientologie à Saint-Pétersbourg, accusée notamment d'"extrémisme" et de "commerce illégal".
Ces perquisitions interviennent après l'interdiction en mai par la justice russe des Témoins de Jéhovah. La décision de la Cour suprême russe ouvre également la voie à la confiscation des biens de cette organisation officiellement considérée comme "extrémiste".
Selon une porte-parole du FSB (ex-KGB) interrogée par la chaîne d'informations continu Rossia 24, des officiers du FSB "ont mené des perquisitions au siège du groupe religieux 'Eglise de Scientologie' ainsi qu'aux domiciles d'adeptes à Saint-Pétersbourg".
Ces perquisitions ont eu lieu dans le cadre d'une enquête criminelle ouverte pour "commerce illégal", "incitation à la haine" et "extrémisme".
Enregistrée en Russie en 1994, l’Église de Scientologie est entrée ces dernières années dans le collimateur de la justice russe.
Considéré comme une secte
En mars, la police avait mené des perquisitions dans un centre des scientologues de la région de Moscou.
En novembre 2016, un tribunal avait ordonné la fermeture de l'unique centre de Scientologie à Moscou, au terme d'un procès initié par le ministère de la Justice. Le centre de Scientologie de Moscou avait alors dénoncé un verdict "discriminatoire" et annoncé un appel de cette décision.
La justice russe considère plusieurs publications de l’Église de Scientologie comme "extrémistes" et l'organisation comme une secte, à l'instar de plusieurs pays d'Europe.
L’Eglise de Scientologie a été fondée en 1954 à Los Angeles et est reconnue comme une organisation religieuse aux États-Unis.
La Russie a été condamnée à deux reprises par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) pour avoir refusé d'enregistrer des centres de Scientologie en tant qu'organisations religieuses.

http://www.parismatch.com/Actu/International/Perquisitions-a-l-Eglise-de-Scientologie-de-Saint-Petersbourg-1278257
Paris Match| 06/06/2017



 

 

 

 

 


 

 

 

 

TEMOINS DE JEHOVAH

Russie: un Témoin de Jéhovah condamné

Un membre danois des Témoins de Jéhovah a été condamné à deux mois de prison en Russie pour "extrémisme", première condamnation depuis l'interdiction en avril par Moscou de cette organisation, a annoncé aujourd'hui cette dernière.

Avec cinquante autres Témoins de Jéhovah, Dennis Christensen a été arrêté jeudi soir pendant un office religieux par "des membres armés du FSB (services de sécurité russes) à Orel", ville située à 350 km au sud de Moscou, a raconté un responsable russe des Témoins de Jéhovah, Iaroslav Sivoulski. "Toutes les personnes détenues ont été relâchées peu après sauf lui", a-t-il précisé.

Vendredi, un tribunal local a reconnu le Danois coupable de "participation à des activités extrémistes" et l'a condamné à deux mois de prison, a dit Sivoulski qui a précisé que l'avocat de l'accusé avait fait appel. "C'est la première fois qu'un Témoin de Jéhovah est condamné à une peine de prison depuis l'URSS", a regretté Sivoulski.

Il s'agit également de la première condamnation depuis que la Cour suprême russe a interdit en avril cette organisation qui revendique quelque 175.000 membres en Russie. Aux yeux de la puissante Eglise orthodoxe russe, les Témoins de Jéhovah sont une secte dangereuse en raison notamment de l'interdiction des transfusions sanguines pour ses membres.

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/05/29/97001-20170529FILWWW00126-russie-un-temoin-de-jehovah-condamne.php
Le Figaro.fr avec AFP le 29/05/2017

Un premier témoin de Jéhovah arrêté en Russie

Officiellement interdite depuis le mois d’avril en Russie, l’organisation a annoncé l’arrestation d’un de ses membres pour « extrémisme »
C’est la première condamnation depuis l’interdiction des Témoins de Jéhovah en avril par le pouvoir russe. Un membre danois de cette organisation a été condamné à deux mois de prison en Russie pour « extrémisme ».
Avec cinquante autres Témoins de Jéhovah, Dennis Christensen avait été arrêté jeudi 25 mai pendant un office religieux par « des membres armés du FSB (services de sécurité russes) à Orel », ville située à 350 km au sud de Moscou, selon un responsable russe des Témoins de Jéhovah, Iaroslav Sivoulski. « Toutes les personnes détenues ont été relâchées peu après sauf lui », a-t-il précisé.
Vendredi, un tribunal local a reconnu le Danois coupable de « participation à des activités extrémistes » et l’a condamné à deux mois de prison, a dit M. Sivoulski en précisant que que l’avocat de l’accusé avait fait appel.
« Un retour en arrière, pour le pire »
« C’est la première fois qu’un Témoin de Jéhovah est condamné à une peine de prison depuis l’URSS », a regretté M. Sivoulski, soulignant « un retour en arrière, pour le pire ».
Il s’agit également de la première condamnation depuis que la Cour suprême russe a interdit en avril cette organisation, qui revendique quelque 175 000 membres en Russie. Cette décision de la justice russe a ouvert la voie à la liquidation des 395 communautés locales des Témoins de Jéhovah sur le territoire russe et à la confiscation de leurs biens.
Mouvement fondé en 1873 aux États-Unis par Charles Russel, les Témoins de Jéhovah se réclament du christianisme. Mais aux yeux de la puissante Église orthodoxe russe, les Témoins de Jéhovah sont une secte dangereuse en raison notamment de l’interdiction des transfusions sanguines pour ses membres.
Concurrence et prosélytisme
Plus globalement, le patriarcat orthodoxe craint la concurrence et le prosélytisme des autres mouvements religieux, comme par exemple les évangélistes.
La Russie avait déjà ordonné la dissolution en 2004 d’une branche des Témoins de Jéhovah, une décision jugée « injustifiée » par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), qui a condamné ce pays à 70 000 euros de dommages et intérêts en 2010 dans cette affaire.
En 2007, la Russie avait également été condamnée pour avoir violé le droit à la liberté de religion d’une centaine de Témoins de Jéhovah en annulant en 2000 une réunion religieuse dans l’auditorium d’un collège de Tcheliabinsk, en Sibérie.
En France, des croyances « problématiques »
En 2010, les Témoins de Jéhovah revendiquaient 7,5 millions de « proclamateurs » réguliers. Leur filiation chrétienne leur est toutefois refusée par les confessions chrétiennes car ils ne croient pas en la divinité du Christ.
Sans être considérés comme une secte, les Témoins de Jéhovah font l’objet en France d’une vigilance de la part des autorités qui considèrent certaines de leurs croyances comme « problématiques ».
Leur souhait d’une plus grande normalisation au sein de la société se heurte notamment à leur refus de la transfusion sanguine, à leur propension à traiter en interne ce qui relève de la sphère publique et à leur repli communautaire.

La Croix du 30.05.2017
 

Décédée lors d’un accouchement : le dossier médical de la témoin de Jéhovah Éloise Dupuis réclamé par son mari

Le mari d’Éloïse Dupuis, une jeune témoin de Jéhovah morte au bout de son sang lors de l’accouchement de son enfant, veut protéger sa réputation et désire obtenir devant les tribunaux le dossier médical de sa femme.
Paul-André Roy a déposé une requête introductive d’instance en Cour supérieure, réclamant à l’Hôtel Dieu de Lévis de lui donner accès au dossier médical de sa femme. L’hôpital de la Rive-Sud (Québec) avait préalablement refusé la demande de l’homme.
Il désire faire évaluer le dossier de façon indépendante, dit-il, afin de déterminer «toutes les causes ayant contribué» au décès d’Éloïse.
Selon le document, Mme Dupuis aurait mentionné à un gynécologue-obstétricien, dès son admission à l’hôpital, qu’elle était témoin de Jéhovah et qu’elle ne pouvait pas «consentir à une transfusion sanguine».
Toujours selon la requête du mari, le médecin spécialiste aurait répondu à Mme Dupuis: «Tu préfères mourir plutôt que de retourner à la maison avec ton mari et votre bébé?»
La jeune femme aurait aussitôt souligné qu’elle «n’avait pas l’intention de mourir», mais qu’elle «n’accepterait en aucune circonstance de transfusion sanguine».
Toutefois, à la suite d’une césarienne, Éloïse Dupuis a dû se faire retirer l’utérus en raison d’une trop grosse perte de sang. Elle a ensuite été plongée dans un coma artificiel. Son mari est ainsi devenu son représentant légal en raison d’une procuration signée le 6 septembre 2016, un mois avant son décès.
Ce dernier a pris la décision de réitérer «le choix de madame Dupuis». La dame de 26 ans est finalement morte au bout de son sang.
M. Roy indique également dans la requête que la mort de sa conjointe a été fortement médiatisée et que «sans preuve quelconque, plusieurs sources journalistiques avaient déclaré que la mort de Mme Dupuis fut causée par son refus d’accepter une transfusion sanguine». Selon le demandeur, les déclarations faites dans les médias «ont gravement porté atteinte à sa réputation» et à celle de la victime, qualifiant ces «attaques» de «vicieuses» et «dommageables»
Au nom de Jéhovah
La tante de la victime, Manon Boyer, qui critique ouvertement les témoins de Jéhovah depuis les événements, croit qu’il s’agit d’une stratégie de l’organisation afin de se protéger et sauver leur réputation. «La requête est signée par Sylvain Deschênes, un avocat des témoins de Jéhovah, et il a un bureau à la Watchtower (siège social des témoins). C’est leur façon d’avoir le dossier d’Éloïse», croit-elle.

http://www.journaldequebec.com/2017/05/24/decedee-lors-dun-accouchement-le-dossier-medical-de-la-temoin-de-jehova-eloise-dupuis-reclame-par-son-mari
24 mai 2017

 

A voir

https://youtu.be/AP-pgUvvuJo





 

      

 

 

 

TRANSHUMANISME


Marie-Jo Thiel : « Le transhumanisme vise à occulter la vulnérabilité naturelle de l’homme »

Entretien avec Marie-Jo Thiel, médecin et professeure d’éthique à l’université de Strasbourg (1).

« La question du ”transhumanisme” est extrêmement difficile. Notamment parce que la puissance des techniques biomédicales augmente très vite et qu’il est donc hasardeux d’évaluer aujourd’hui ce que l’homme sera en mesure de réaliser demain. Si le transhumanisme est à l’origine un mouvement intellectuel visant à améliorer et/ou à rehausser les capacités tant physiques que mentales de l’homme, le ­posthumanisme en est sa traduction plus concrète et plus militante, marquée par le surgissement d’individus post-humains (après l’humain actuel !).

Le transhumanisme a pour but de dépasser la “pauvre” condition humaine en tentant d’abolir la souffrance, la maladie, le vieillissement voire la mort elle-même. Et donc de viser l’immortalité. Un objectif clairement affiché par de hauts responsables de Google, comme l’informaticien Raymond Kurzweil. In fine, le transhumanisme vise à occulter la vulnérabilité, la fragilité naturelle de l’homme. Et en faisant de l’homme un robot, il en fera un “être” dépourvu d’une partie de ce qui fait l’homme depuis la nuit des temps : l’aptitude à éprouver des sentiments, de l’émotion.

Jusqu’à aujourd’hui, les progrès tant conceptuels que pratiques de la médecine, devenue techno­scientifique, ont amené les médecins des pays riches à concevoir, mettre au point des techniques comme les greffes d’organes (à partir de donneurs), l’implantation de prothèses (comme récemment le cœur artificiel Carmat), la thérapie cellulaire (greffe de cellules souches embryonnaires, adultes ou adultes reprogrammées (iPS de Yamanaka), ou encore la thérapie génique (correction d’un gène déficient au moyen d’un gène médicament). Ces “avancées” interpellent l’éthique, car il faut y répondre collectivement.

Certaines questions sont cruciales. À partir de quand quitte-t-on le domaine de la médecine et donc celui des remboursements de l’assurance-maladie ? Les pieds et tibias en fibres de carbone de l’athlète sud-africain Oscar Pistorius sont-ils encore des prothèses destinées à réparer ou déjà des “appendices” voués à amplifier les capacités du sprinter de 100 et 400 m ? Si en théorie la distinction semble claire, dans les faits et en pratique apparaît une zone grise, presque indécidable.

Qui doit décider d’ailleurs ? Les comités d’éthique, les politiques ou les citoyens eux-mêmes ? Le coût étant très élevé, est-il acceptable socialement parlant ? Nous sommes là aux confins de la médecine régénératrice et réparatrice et des technologies de l’augmentation (enhancement, en anglais). Et la frontière est poreuse, brouillée. Cette question va pourtant se poser de plus en plus fréquemment à l’avenir. Car, avec l’avènement de la médecine régénératrice, vont se réaliser davantage de réparations et de remplacements d’organes ou de membres, à l’instar d’une automobile que l’on entretient au moyen de “pièces détachées”. L’ère des Homo mecanicus, geneticus et roboticus ne fait que commencer.

Certes, l’implantation d’un cœur artificiel Carmat est actuellement réservée à des personnes souffrant d’insuffisance cardiaque terminale, non soignable autrement que par le remplacement de la pompe cardiaque, et souvent âgés (76 ans pour le premier). La notion de vieillissement n’en perdra-t-elle pas alors sa pertinence ?

Dans un monde en devenir permanent, on aura besoin plus que jamais de réflexion éthique et philosophique à propos de l’humanité que nous appelons de nos vœux. Cela suppose de rester ouvert aux nouveaux projets, et de les examiner sans les condamner a priori ni les admirer de façon béate. Il en va de notre liberté et, pour les chrétiens qui croient en la Résurrection et la vie éternelle, de notre foi. »

(1) Auteur de La Santé augmentée, réaliste ou totalitaire, Bayard, 280 p., 21 €.

La Croix du 13/10/2014
 

 

 

 

 


 

 

 

 

TRIBALISME


Le pape remet au pas un diocèse rebelle du Nigeria

Le pape François a décidé de sanctionner un diocèse du Nigeria qui, pour des raisons ethniques, refuse l’évêque nommé en 2012. Les conflits ethniques sont un problème récurrent de l’Église africaine.
Une Église « en état de veuvage », des « vignerons homicides » qui « veulent s’approprier l’héritage », un peuple de Dieu « scandalisé », « péché mortel »… Ce sont des mots particulièrement forts que le pape François a adressés jeudi dernier à une délégation du diocèse nigérian d’Ahiara qu’il recevait au Vatican. Des mots d’autant plus forts qu’ils ont été inhabituellement rendus publics par le Saint-Siège…
Mais des mots à la hauteur de la gravité de la situation de ce diocèse du sud-est du pays, qui refuse obstinément l’évêque nommé par Benoît XVI en 2012, Mgr Peter Okpaleke. Au point que des jeunes se sont barricadés dans la cathédrale pour en interdire l’entrée et que, en mai 2013, Mgr Okpaleke a dû être ordonné dans le diocèse voisin d’Owerri. Il n’a, à ce jour, toujours pas pu entrer dans son diocèse…
En cause : l’origine ethnique de l’évêque, originaire de l’État voisin d’Anambra. Bien qu’issu du peuple ibo, majoritaire dans le sud-est du Nigeria, Mgr Okpaleke n’appartient pas à la tribu mbaise dont le territoire tribal recoupe le diocèse d’Ahiara, créé en 1987 et dont le premier évêque, mort en 2010, était issu. Depuis, les prêtres du diocèse ne cessent d’exiger un prêtre issu de leur tribu. « Celui qui vient d’être consacré n’est pas notre évêque et nous sommes prêts à continuer sans », expliquait même en 2013 un prêtre au quotidien nigérian The Sun.
Cette histoire n’est pas la première du genre en Afrique, où des diocèses sont régulièrement secoués par des problèmes ¬ethniques et refusent des évêques provenant d’autres régions. Un sujet qui préoccupe le pape François. En novembre 2015, devant les jeunes Kényans réunis au stade Kasarani de Nairobi, il avait mis en garde contre le tribalisme, « un ver qui ronge la société ». Et, en septembre dernier, recevant des évêques du monde entier en formation à Rome, il avait mis en garde contre « les différences dues aux divers groupes ethniques d’un même territoire » qui, avait-il expliqué, « ne doivent pas pénétrer dans la communauté chrétienne ». « L’Église est appelée à se mettre toujours au-dessus des connotations tribales et culturelles », avait-il prévenu.
« J’estime qu’il ne s’agit pas ici d’un cas de tribalisme mais d’une appropriation de la vigne du Seigneur », a néanmoins jugé le pape jeudi devant la délégation du diocèse d’Ahiara, composée de prêtres, de religieux et même d’un chef traditionnel. Devant eux, il a confié qu’il était même allé jusqu’à envisager de supprimer ce diocèse « privé d’époux », qui « a perdu sa fécondité » et « ne peut porter du fruit ». « Mais, ensuite, j’ai pensé que l’Église est mère et qu’elle ne peut abandonner tant d’enfants comme vous », a-t-il expliqué, évoquant des « manipulations » depuis « l’étranger » sur le diocèse.
Pour remettre au pas ce diocèse où, dès juillet 2013, il avait nommé administrateur apostolique le cardinal John Onaiyekan – omme rompu aux dialogues difficiles – et où il avait délégué l’année suivante, pour une nouvelle évaluation de la situation, le cardinal ghanéen Peter Turkson – alors président du Conseil pontifical Justice et Paix –, François a envoyé un véritable ultimatum aux prêtres d’Ahiara. « Je demande que tout prêtre ou ecclésiastique incardiné dans le diocèse d’Ahiara, tant résident que travaillant ailleurs, y compris à l’étranger, m’adresse une lettre dans laquelle il demande pardon », exige le pape.
Cette lettre, qui sera obligatoirement adressée « individuellement et personnellement », devra « manifester clairement une obéissance totale au pape ». « Ceux qui écrivent doivent être disposés à accepter l’évêque que le pape envoie et a nommé », insiste François.
Et le pape prévient : les prêtres qui n’expédieraient pas cette lettre avant le 9 juillet prochain « seront ipso facto suspens a divinis et déchus de leur office », ce qui est la sanction la plus dure prévue par le code de droit canonique après l’excommunication ! Mais François assume parfaitement cette dureté, « parce que le peuple de Dieu est scandalisé ». Or, a-t-il insisté, « Jésus rappelle que ceux qui scandalisent doivent en supporter les conséquences ».

Repères
Cinq ans de divisions
18 novembre 1987. Création du diocèse d’Ahiara, détaché de celui d’Owerri. Mgr Victor Chikwe, de la tribu mbaise, est le premier évêque. Il meurt en 2010.
7 décembre 2012. Benoît XVI nomme Mgr Peter Okpaleke évêque d’Ahiara. Il est ordonné le 21 mai 2013 à Owerri.
3 juillet 2013. Le pape François, ayant demandé à la Congrégation pour l’évangélisation des peuples une solution par le dialogue, nomme l’archevêque d’Abuja, le cardinal John Onaiyekan, administrateur apostolique d’Ahiara.
9 décembre 2014. La Secrétairerie d’État rappelle que Mgr Okpaleke est bien l’évêque en titre d’Ahiara. Le cardinal Peter Turkson, alors président du Conseil pontifical Justice et Paix, est délégué à Ahiara comme envoyé spécial du pape.
21 janvier 2015. Lettre des évêques de la province d’Owerri aux prêtres d’Ahiara leur enjoignant d’accepter leur évêque.
8 juin 2017. En pèlerinage ad limina à Rome, une délégation du diocèse est reçue au Vatican par le pape, qui enjoint aux prêtres d’accepter leur évêque et de demander pardon.

La Croix du 14.06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

Donald TRUMP


Des dizaines de chrétiens d’Irak arrêtés aux États-Unis

Le coup de filet des services d’immigration inquiète la communauté chaldéenne réfugiée dans le pays.
Trente à quarante personnes issues de la communauté chaldéenne ont été arrêtées par les services d’immigration américains (ICE) dans la région de Détroit, Michigan, le 11 juin, selon plusieurs médias américains. « L’agence a récemment arrêté un certain nombre de ressortissants irakiens » a confirmé ICE à l’AFP, mardi 13 juin. L’Immigration and Customs Enforcement a ajouté qu’une majorité des personnes arrêtées ont été transférées dans un centre de rétention situé dans l’État de l’Ohio, sans préciser le nombre d’interpellés.
Avis d’expulsions et décret migratoire
Les services d’immigration américains ont indiqué que toutes les personnes arrêtées étaient visées par une condamnation pénale, sans en préciser l’objet. Les chaldéens interpellés avaient reçu des avis d’expulsion suite à leur condamnation mais étaient restés dans la région de Detroit.
Jusqu’à récemment, l’Irak refusait toute expulsion de ses ressortissants depuis les États-Unis ; le pays étant visé par le projet de décret anti-immigration du président Donald Trump. Ce décret, surnommé « muslim ban », très controversé aux États-Unis et à l’international, vise à interdire l’accès au territoire américain aux ressortissants de sept pays musulmans, que sont l’Iran, l’Irak, la Libye, la Somalie, la Syrie, le Soudan et le Yémen. « Trump voulait également interdire toute entrée sur le territoire des personnes réclamant l’asile politique en provenance de ces pays », indique Denis Lacorne, chercheur au Centre de Recherches Internationales de Science Po et spécialiste de la politique américaine.
En mars dernier, Bagdad avait conclu un accord avec les États-Unis pour s’engager à accueillir les immigrés expulsés, à condition que l’Irak soit rayé de la liste des pays visés par le décret de l’administration Trump. Le pays, acteur clé de la lutte contre le groupe État Islamique (EI), s’était félicité de ce retrait, saluant « un pas important » dans le renforcement des liens avec Washington.
Les chrétiens interpellés vont ainsi être renvoyés dans le pays mais la date des expulsions n’a pas été communiquée « pour des raisons de sécurité opérationnelle », a précisé un porte-parole d’ICE à l’AFP.
La communauté chaldéenne inquiète
Les personnes arrêtées faisaient partie d’une communauté d’une dizaine de milliers de catholiques chaldéens, « l’une des plus importantes hors Irak, indique le Père Sabri Anar, membre de la Mission chaldéenne en France. Elle s’est surtout formée à partir de la seconde guerre du Golfe en 2003 ». Depuis l’invasion du pays par le groupe État Islamique en août 2014, plusieurs autres milliers de chrétiens ont fui le pays pour se réfugier dans des régions limitrophes ou en Occident.
La communauté est la cible de persécutions de la part de l’organisation djihadiste. Les chaldéens – l’Église majoritaire en Irak – redoutent ainsi le retour dans une région instable frappée par les combats. « La plupart des immigrés expulsés peuvent se retrouver dans des camps de réfugiés près de la ville de Mossoul où plusieurs ONG sont présentes », indique Denis Lacorne. Le 19 avril dernier, un premier vol vers l’Irak avec des expulsés avait suscité l’indignation de la communauté chaldéenne aux États-Unis, qui avait qualifié le traitement réservé aux chrétiens irakiens par le groupe État Islamique de « génocide » en août 2016.

La Croix du 13.06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

TUNISIE


Ces Tunisiens qui aimeraient dé-jeûner en paix

En Tunisie, la mobilisation pour le droit à ne pas respecter le jeûne du ramadan est l’une des facettes d’un mouvement plus général en faveur des droits individuels.
« En quoi ça te dérange si tu jeûnes et moi je mange ? » Le jeune homme qui tient la pancarte frappée de ce slogan tire sur sa cigarette dans un geste de défi. C’était le 11 juin, devant le Théâtre municipal de Tunis, sur cette avenue Bourguiba où résonnent encore les clameurs du printemps révolutionnaire de 2011. Le rassemblement, qui a réuni plusieurs dizaines de manifestants, était organisé par le groupe Mouch Bessif (« pas contre notre volonté »), une mouvance de jeunes Tunisiens militant pour le respect du droit à ne pas jeûner pendant le mois sacré du ramadan.
« Coming out »
C’est une grande première en Tunisie. Jamais les fattaras (les « dé-jeûneurs », en arabe) ne s’étaient ainsi affichés au grand jour, rompant la discrétion qu’ils s’imposaient jusqu’alors dans une société musulmane très attachée à l’observance des prescriptions du ramadan. Le basculement est d’importance. Mouch Bessif quitte les réseaux sociaux, où il est né comme une plate-forme d’informations pratiques sur les lieux de restauration restant ouverts la journée durant le ramadan, pour s’exhiber sur le pavé.
Pareil « coming out » est un symptôme. Il révèle l’affirmation de plus en plus décomplexée d’un mouvement pour les droits individuels, le grand impensé de la révolution tunisienne de 2011, dont les mots d’ordre étaient surtout centrés autour des questions de démocratie politique, de développement économique et de justice sociale.
Le juriste Wahid Ferchichi, président de l’Association tunisienne de défense des libertés individuelles, est l’un des porte-drapeaux en Tunisie de cette mouvance en train de se cristalliser. « La révolution de 2011 a permis la conquête de libertés collectives, explique-t-il. La grande bataille qui s’ouvre maintenant est celle des libertés individuelles. La période est extraordinaire. »
Dans cette « bataille », les fattaras sont aux prises avec un Etat foncièrement ambivalent, oscillant depuis l’indépendance de 1956 entre tentations laïcisantes et inscription dans le référentiel islamique. En témoigne la condamnation, le 1er juin, de quatre « dé-jeûneurs » à un mois de prison par le tribunal de Bizerte, une ville située à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Tunis. Comme le code pénal tunisien est silencieux sur le ramadan, les juges ont invoqué « l’outrage public à la pudeur » pour sanctionner ces fattaras coupables d’avoir mangé en pleine journée dans un jardin public.
« Provocation »
L’adjectif « public » a ici toute son importance. En Tunisie, comme dans bien d’autres sociétés musulmanes, le non-jeûne en privé est toléré. Certains cafés et restaurants demeurent même ouverts au cœur du ramadan, protégés des regards par des rideaux tirés ou du papier journal scotché aux vitres. En revanche, un dé-jeûner ostentatoire est susceptible d’être perçu comme une offense à la sensibilité majoritaire, d’autant que les rituels de l’islam d’obédience malikite (dominant au Maghreb) ont longtemps accordé plus d’importance au respect du jeûne qu’aux prières elles-mêmes. « Manger et boire en public durant le ramadan peut être ressenti comme de la provocation, observe Radwan Masmoudi, président du Centre d’étude de l’islam et de la démocratie, un think tank proche du mouvement islamiste tunisien. Mais cela est acceptable en privé. Il faut trouver un équilibre entre le droit de la majorité et le droit de la minorité. »
Le problème est que l’Etat lui-même n’est pas clair sur ce compromis de la discrétion. Depuis 1981, une circulaire administrative impose la fermeture durant le ramadan des lieux de restauration « non touristiques ». La circulaire est inégalement appliquée mais elle fait peser une menace potentielle de descente policière dans tout établissement resté ouvert, même discrètement. Le comble est que le fondateur de la Tunisie moderne, Habib Bourguiba, patriarche au crépuscule de son règne au moment de la diffusion de la circulaire, avait désavoué cette initiative de son premier ministre, Mohamed Mzali, lequel était soucieux de se montrer accommodant envers un mouvement islamiste émergent.
Qu’une faction du pouvoir ait ainsi succombé à cette crispation conservatrice en dit long sur l’épuisement du projet modernisateur qui était celui de Bourguiba au lendemain de l’indépendance. Ce même Bourguiba qui, en 1964, avait bu un verre de jus d’orange en plein ramadan lors d’un discours retransmis à la télévision. Ce même Bourguiba qui, dans un discours en 1960 devant les cadres de son parti (le Néo-Destour), avait vertement déclaré : « Je vous dis de ne pas observer le jeûne pour pouvoir affronter votre ennemi qui est la misère, le dénuement (…) et le sous-développement. »
« Pot-pourri constitutionnel »
Pareille audace avait à l’époque scandalisé les clercs religieux et une partie de l’opinion, déjà choqués par son réformisme en matière de droits des femmes. La logique n’a cependant pas été déroulée jusqu’à son terme. C’est que Bourguiba n’a jamais franchi le pas de la laïcité. Il n’a cessé de puiser dans le répertoire religieux, y compris pour justifier son progressisme, ainsi que l’illustre son appel au « djihad » contre le sous-développement.
Dès lors que le référent islamique est gravé au frontispice de la Constitution de 1959 – l’article 1er stipule que la Tunisie a « pour religion l’islam » –, la sécularisation de l’Etat s’avère impossible, comme tuée dans l’œuf par une invocation contradictoire. Celle-ci se révèle crûment dans la Constitution de 2014, fruit du compromis postrévolutionnaire entre islamistes et modernistes, où il est proclamé à la fois que l’Etat « garantit la liberté de conscience » et qu’il « protège le sacré » (article 6). Le débat sur l’observance du ramadan ne peut se déployer que dans le périmètre étriqué de ce « pot-pourri constitutionnel », pour reprendre la formule du juriste Yadh Ben Achour dans son ouvrage Tunisie. Une révolution en pays d’islam (Cérès Editions, 2016).
Mais cette ambivalence de l’Etat est aujourd’hui sous pression. De plus en plus de voix s’élèvent pour en dénoncer l’hypocrisie. Le politiste Hamadi Redissi fustige ainsi une liberté de conscience qui, dans les faits, se résume au « droit de dissimuler sa liberté religieuse », reléguant les fattaras « dans des cafés cachés, tels des lépreux ». En défiant ce compromis majoritaire, le mouvement Mouch Bessif révèle un phénomène jusqu’alors masqué par la poussée activiste islamiste et le discours sur le « retour du religieux ». « La sécularisation est une lame de fond qui traverse toutes les sociétés modernes, y compris musulmanes, souligne l’islamologue Abdelmajid Charfi, président de l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts. Mais elle est niée sur le plan théorique. On ne la reconnaît pas car elle gêne. »
Un terreau favorable
La Tunisie n’est pas une exception. Au Maroc, un Mouvement alternatif pour les libertés individuelles s’est aussi mobilisé pour le droit de dé-jeûner, tentant même en septembre 2009 un pique-nique dans la forêt de Mohammedia empêché in extremis par la police. En Algérie, en août 2013, cinq cents manifestants liés au Mouvement pour l’autonomie kabyle avaient manifesté à Tizi-Ouzou en dé-jeûnant ouvertement, buvant même de l’alcool.
Mais les contraintes propres à ces deux pays – le statut de « commandeur des croyants » du roi au Maroc, les limites ethnorégionales du mouvement algérien à la seule Kabylie – brident à court terme les potentialités de telles mobilisations. Seule la Tunisie semble offrir un terreau plus favorable. « Dans le jeu de tensions entre progressisme et conservatisme, aucun n’a pris le pas sur l’autre en Tunisie, relève Karima Dirèche, directrice de l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, centre français basé à Tunis. C’est donc ici que le jeu est le plus ouvert. »
Dans cet espace s’engouffrent, outre le mouvement des fattaras, les combats pour les droits des homosexuels, la dépénalisation du cannabis, l’égalité successorale entre hommes et femmes, le droit pour une Tunisienne d’épouser un non-musulman. Wahid Ferchichi s’en félicite : « On est à l’aube d’un vrai mouvement pour les droits individuels en Tunisie. »

Le Monde du 23.06.2017



 

 

 

 

 

TURQUIE

Amnesty International dénonce des limogeages « arbitraires » en Turquie

Dans son rapport intitulé « Pas de fin en vue », l’ONG fustige notamment le manque de justification individualisée, et l’annulation systématique des passeports.
Amnesty International a accusé dans un rapport publié lundi 22 mai la Turquie de procéder à des limogeages « arbitraires », « injustes » et « politiquement motivés ». Depuis la tentative de putsch le 15 juillet, plus de 100 000 personnes ont été limogées par des décrets-lois en vertu de l’état d’urgence instauré depuis juillet.
Dans son rapport intitulé Pas de fin en vue, l’organisation Amnesty International dénonce notamment le fait que les personnes concernées ne reçoivent aucune explication individuelle, les licenciements collectifs étant « effectués arbitrairement sur la base de motifs vagues et généralisés de “liens avec des organisations terroristes” ».
« Les administrations publiques pertinentes n’ont fourni aucune justification individualisée pour les renvois et les personnes licenciées ont été incapables d’en obtenir. »
De plus, l’ONG dénonce des mesures qui visent plus largement tant des syndicalistes, que des militants politiques ou des journalistes. Cela « augmente les craintes que beaucoup de ces renvois sont arbitraires, injustes et/ou politiquement motivés ».
Face aux critiques, les autorités turques nient toute chasse aux sorcières et affirment que ces mesures d’exception sont nécessaires pour nettoyer les institutions des éléments factieux. Ankara impute le putsch manqué au prédicateur islamiste Fethullah Gülen, installé aux Etats-Unis et accusé d’être à la tête d’une « organisation terroriste » ayant infiltré les institutions pour construire un « Etat parallèle ». Des accusations fermement niées par M. Gülen.
Les difficultés liées à la recherche d’un nouvel emploi
Selon Amnesty, 33 000 enseignants et employés du ministère de l’éducation ont notamment été limogés, 24 000 policiers et employés du ministère de l’intérieur, 8 000 membres de l’armée, 5 000 universitaires et employés de l’éducation supérieure, et quelque 4 000 juges, procureurs, et autres membres du ministère de la justice.
Pour établir son rapport, Amnesty a interrogé 61 personnes, dont 33 fonctionnaires limogés, des avocats, des syndicats et les autorités turques.
Au-delà des licenciements eux-mêmes, Amnesty déplore les difficultés rencontrées par les personnes limogées pour retrouver un emploi ainsi que l’annulation de leurs passeports. « Certaines de ces mesures, comme l’exclusion totale du service public et l’annulation systématique des passeports, violeraient les droits même dans le cas où le limogeage serait justifié », déplore le rapport.
Le gouvernement a mis en place une commission chargée d’examiner les cas de ceux qui estiment avoir été mis en cause à tort par des décrets-lois pris sous l’état d’urgence. Mais l’ONG dénonce le manque de moyens de cette structure et appelle Ankara à mettre en place « un mécanisme d’appel réellement indépendant, impartial, transparent et efficace ».

Le Monde.fr avec AFP | 22.05.2017

Nouvelles tensions autour de Sainte-Sophie à Istanbul

Pour la deuxième année consécutive, des prières et récitations du Coran ont été organisées pendant le Ramadan à Saint-Sophie en Turquie. La Grèce a vivement réagi contre ce qu’elle considère comme « une provocation contre les chrétiens », de même que la Conférence des Églises chrétiennes.
Quels sont les faits ?
Pour la deuxième année consécutive, des prières et récitations du Coran ont été organisées pendant le Ramadan à Saint-Sophie à Istanbul. Les prières ont lieu pour le suhûr, le repas de l’aube précédant le jeûne de la journée, avant que les touristes n’investissent les lieux. Jeudi 22 juin, la cérémonie a reçu la visite hautement symbolique de Mehmet Görmez, responsable de la Direction des affaires religieuses de Turquie (Dyanet). La scène a même été retransmise en direct sur la chaîne de télévision d’État TRT-Dyanet.
Quel est le contexte ?
Construite en 537 par l’empereur Justinien à l’entrée du détroit du Bosphore et de la Corne d’or, Sainte-Sophie, la basilique, où étaient couronnés les empereurs byzantins, a été transformée en mosquée après la conquête ottomane de 1453 et dotée de minarets. Puis, en 1934, elle a été déclarée musée par un décret de Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne.
Aucune prière ne s’est tenue dans l’enceinte de ce musée depuis 1935. Mais en avril dernier, deux jours avant le référendum organisé en Turquie et à la veille de Pâques, le président turc avait projeté de prier à Sainte-Sophie avec des membres de son parti AKP et des responsables religieux.
Les journaux turcs, qui annonçaient cette initiative, ont abondamment commenté aussi la publication par l’historien Mustafa Armagan d’un essai intitulé « Sainte-Sophie, l’intrigue ». Dans ce dernier, l’universitaire soutient que le décret signé par Kemal Atatürk en 1934 faisant de l’ancienne basilique un musée est « faux ». Par conséquent, et selon cette thèse,la loi n’a pas de valeur juridique et Sainte-Sophie doit être utilisée comme une mosquée.
Par ses gestes mais surtout par sa rhétorique, Recep Erdogan est accusé par ses opposants de vouloir « supplanter » Atatürk, le « père des Turcs » et de la Turquie moderne. S’éloignant des idéaux de ce dernier, l’actuel président met régulièrement l’accent sur le patrimoine ottoman et islamique de la Turquie.
Quelles sont les réactions ?
La Conférence des églises européennes, organisation œcuménique rassemblant 125 Églises d’Europe, a regretté que « l’un des plus grands lieux de culture et de religion de l’humanité », soit « utilisé à des fins politiques ». Elle incite la Turquie à poursuivre son « rôle historique et unique » de préservation de la paix.
Pour le reste, la controverse a surtout opposé la Grèce et la Turquie, dans les mêmes termes que l’an dernier. Arguant du classement du bâtiment au patrimoine mondial de l’humanité, la Grèce s’est plainte auprès de l’Unesco de ce qu’elle considère comme une « provocation inacceptable pour tous les chrétiens ». Elle s’est attiré une réponse très sèche du ministère turc des affaires étrangères, l’accusant dans un communiqué de « ne pas respecter la liberté religieuse » et en particulier celle des musulmans vivant en Thrace occidentale.
De son côté, interrogé jeudi sur la position du département d’État américain, son porte-parole a souligné « l’importance extraordinaire » du site pour « plusieurs religions » et demandé au gouvernement turc de préserver la basilique Sainte-Sophie et son « histoire complexe ».

La Croix du 25.06.2017

Turquie : la théorie de l’évolution retirée des manuels des élèves de troisième
En accord avec « les valeurs turques », le chapitre intitulé « L’apparition de la vie et l’évolution » va être supprimé dès la rentrée de septembre.
La presse turque rapporte vendredi 23 juin que le conseil de l’enseignement supérieur a décidé de retirer des manuels de biologie des élèves de troisième la théorie de l’évolution de Charles Darwin, jugée controversée et trop compliquée à comprendre pour les élèves.
En accord avec « les valeurs turques », le chapitre intitulé « L’apparition de la vie et l’évolution » va être supprimé, a déclaré Alparslan Durmus, le président du conseil de l’enseignement supérieur cette semaine, selon le Hürriyet Daily News. « Nous sommes conscients que si nos enfants n’ont pas le bagage nécessaire ils ne seront pas capables de comprendre des thématiques soumises à controverse », a-t-il précisé.
Seuls les étudiants âgés de plus de 18 ans allant à l’université pourront accéder à ces documents.
Les travaux de Darwin « vieux et mauvais »
La théorie de l’évolution, formulée par Charles Darwin au XIXe siècle, est rejetée par les créationnistes chrétiens et musulmans, ces derniers croyant que leur dieu a créé la Terre, comme dans les descriptions de la Bible ou du Coran. Dernièrement, le vice-premier ministre Numan Kurtulmus avait jugé que les travaux de Darwin étaient « vieux et mauvais » et qu’il n’était pas indispensable de les enseigner.
Les défenseurs d’une éducation laïque du syndicat de fonctionnaires de l’éducation nationale Egitim-Is ont fait savoir que cette réforme du programme éducatif affaiblissait les fondements laïques de la Turquie moderne instaurés par Mustafa Kemal Atatürk.

Le Monde.fr avec Reuters | 23.06.2017

La Turquie fait main basse sur des églises et monastères syriens orthodoxes

L’Église syrienne orthodoxe dénonce la mainmise de la direction des affaires religieuses sur 50 églises et monastères dans le sud-est de la Turquie.
L’étau se resserre sur la petite minorité chrétienne de Turquie. Fait sans précédent depuis la fin de l’Empire ottoman, l’antique monastère syrien orthodoxe de Mor Gabriel vient de tomber dans l’escarcelle de la toute-puissante Diyanet, la direction des affaires religieuses qui gère l’islam turc lié à l’État.
Fondé en 397 apr. J.-C. dans la région du Tur Abdin, « la montagne des serviteurs de Dieu », dans le sud-est de la Turquie, ce haut lieu du christianisme oriental fait partie de la cinquantaine d’églises et monastères syriens orthodoxes qui subissent le même sort selon les déclarations de Kuryakos Ergün, président de la fondation du monastère de Mor Gabriel. « Nous sommes en train d’identifier les propriétés qui ont été transférées », explique ce dernier dans le journal turco-arménien Agos.
L’origine du litige remonte à 2008. Une mise à jour du cadastre débouche alors sur la requalification en forêt de 250 hectares situés dans l’enceinte du monastère, au motif qu’ils n’étaient pas cultivés. S’ensuit une longue série de procès sur fond d’accusations tendancieuses : prosélytisme chrétien, existence supposée d’une mosquée sous les fondations du monastère, pourtant construit bien avant l’apparition de l’islam. Cette fois, c’est la transformation administrative de la province de Mardin en « municipalité métropolitaine » qui sert de prétexte aux autorités pour s’accaparer les terrains.
Ces derniers développements surviennent dans un contexte de durcissement de la politique du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan et de son parti AKP, au pouvoir depuis 2002. Une loi votée cette année-là avait ouvert la voie à l’indemnisation, voire la restitution, de centaines de propriétés spoliées depuis la création de la Turquie moderne en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk. Mais depuis, cette ouverture a fait long feu. Les communautés chrétiennes réduites à peau de chagrin subissent les pressions d’un appareil d’État et d’une société en voie de réislamisation. En quinze ans de pouvoir, l’AKP est parvenu à grignoter des principes laïques autrefois défendus bec et ongles par les kémalistes, comme l’interdiction du voile dans les universités ou les administrations.
Cette année, à la veille de Pâques, le président turc avait même projeté de prier avec des membres de son parti et des responsables religieux à Sainte-Sophie, la grande basilique chrétienne construite de 532 à 537, devenue mosquée sous l’Empire ottoman avant d’être transformée en musée par Atatürk en 1935. Un symbole de plus en plus convoité par le gouvernement islamiste.
En Turquie, la plupart des chrétiens (0,1 % de la population) n’ont pas d’existence légale. Le traité de Lausanne (1923), qui accorde des droits aux « minorités » non musulmanes, ne reconnaît que les citoyens turcs d’origine arménienne, juive et grecque orthodoxe. Les Syriens orthodoxes (environ 2 000 fidèles), ou encore les catholiques latins (environ 15 000), en sont toujours exclus et contraints de lutter pied à pied devant les tribunaux pour tenter de conserver ou récupérer leurs biens.
Alors que l’actuelle Turquie abritait au début du siècle dernier la plus importante population chrétienne du Proche-Orient (20 % de sa population), elle ne compte plus aujourd’hui que 80 000 chrétiens, toutes confessions confondues. Un effondrement dû notamment au génocide arménien de 1915, suivi du départ massif des Grecs orthodoxes dans les années 1920. Si les chrétiens de Turquie ne subissent pas les mêmes violences physiques qu’en Irak, en Syrie ou en Égypte, des religieux et intellectuels n’en ont pas moins été assassinés ces dernières années : le prêtre catholique Andrea Santoro en 2006, le journaliste arménien Hrant Dink en 2007, ou encore le vicaire apostolique d’Anatolie, Mgr Luigi Padovese, en 2010. Dans ces trois dossiers, les enquêtes piétinent.

La Croix du 27.06.2017





 

 

 

 

VACCINATIONS


Vaccination obligatoire contre libertés individuelles

Le projet du ministère de la santé de rendre obligatoires tous les vaccins pédiatriques va relancer le débat sur le libre choix des parents.
Rendre obligatoires tous les vaccins pédiatriques constitue-t-il une atteinte aux libertés des parents de choisir ce qui leur semble être le mieux pour la santé de leurs enfants ? Cette question va inévitablement émerger dans le débat public si Agnès Buzyn réussit à mener à terme son projet, annoncé la semaine dernière, de rendre obligatoires les 11 vaccins destinés aux enfants (lire La Croix d’hier). Et nul doute que les opposants aux vaccins vont brandir l’argument de l’atteinte aux libertés individuelles.
Un argument aussi vieux que la vaccination. Il fit son apparition dès 1853 quand le gouvernement britannique décida, avec le Vaccination Act, de rendre obligatoire le vaccin contre la variole. « Cela déclencha d’importants mouvements de protestation mais à l’époque, l’opposition était surtout de nature religieuse. On combattait cette obligation vaccinale en estimant qu’elle allait contre la providence et la volonté divine », explique l’historien de la santé Patrick Zylberman. « En France, le vaccin anti-variole était globalement bien accepté jusqu’à ce qu’il devienne obligatoire en 1902, ajoute-t-il. C’est cette obligation qui déclencha l’opposition d’une partie de la population avec des arguments moins religieux que politiques. Ces opposants évoquaient l’atteinte aux libertés individuelles. »
Aujourd’hui, même s’il a perdu un peu de sa vigueur, l’argument fait toujours partie de la panoplie des anti-vaccins. En 2015, un couple de parents avait saisi (1) le Conseil constitutionnel après avoir été convoqués devant le tribunal d’Auxerre pour avoir refusé de faire le vaccin DT-polio (le seul obligatoire en France) pour leur fille de 3 ans. Les parents, qui dénonçaient le caractère toxique de certains adjuvants, avaient été accusés de s’être soustraits à leurs « obligations légales », « compromettant la santé, la moralité ou l’éducation » de leur enfant. Au final, le Conseil constitutionnel avait estimé que le caractère obligatoire de la vaccination n’était pas contraire à la Constitution de 1958. Il avait notamment considéré que la Parlement avait toute légitimité pour « définir une politique de vaccination afin de protéger la santé individuelle et collective ».
Directeur de l’Institut pour la santé globale de l’université de Genève, Antoine Flahault reconnaît que l’obligation vaccinale peut constituer une atteinte aux libertés individuelles. « Mais il faut l’assumer comme tel, tout comme la société l’assume dans le cas de l’obligation du port de la ceinture de sécurité, explique-t-il. La question, en fait, est complexe. Avec la vaccination, on est face au seul domaine de la santé publique où le choix démocratique ne peut pas toujours se faire à l’échelle individuelle. »
« D’une certaine manière, l’obligation vaccinale va à l’encontre du mouvement visant à donner aux citoyens le pouvoir de faire leurs propres choix concernant leur santé, poursuit Antoine Flahault. Mais avec la vaccination, le problème est particulier : on estime qu’il faut atteindre un taux de couverture vaccinale de 95 % pour éradiquer tout risque d’épidémie. Or, dans une démocratie, c’est difficile de trouver 95 % des gens qui seront d’accord sur un sujet quel qu’il soit. Selon moi, il n’est pas illégitime d’imposer une certaine contrainte pour certains vaccins. C’est ainsi qu’on a pu éradiquer la variole. »
Un avis partagé par le président du syndicat MG-France, Claude Leicher : « La protection d’un enfant relève bien sûr de la responsabilité de ses parents mais aussi de la société. Et il faut comprendre que la vaccination est aussi un moyen de protéger la collectivité et les personnes fragiles, qui du fait de leur état de santé, ne peuvent pas toujours être vaccinées. »
(1) Via une question prioritaire de constitutionnalité (QPC).

La Croix du 20.06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

VIGILANCE


Les visites canoniques

Il existe plusieurs types de « visites » destinées à encourager et vérifier la vie chrétienne des communautés dans l’Église catholique.

Qu’est-ce qu’une visite canonique ?
Il s’agit d’une institution ancienne dans l’Église, dont on peut trouver les prémices dans les Lettres de saint Paul, visitant les communautés chrétiennes qu’il avait fondées dans le Bassin méditerranéen : tour à tour les encourageant et pointant les écueils rencontrés.
Ce terme générique désigne aujourd’hui « un instrument de caractère juridique et pastoral » qui permet aux responsables d’Église, et en premier lieu aux évêques, appelés à exercer un devoir de vigilance, d’accéder aux communautés soumises à leur juridiction « pour en vérifier la communion et la fin » (1).

Quels sont les différents types ?
La plus familière des fidèles est la visite pastorale : elle est menée par l’évêque dans son diocèse afin de lui permettre de connaître les laïcs et le clergé de son territoire, de renforcer les liens avec eux, de les encourager. C’est aussi, pour lui, une manière « d’évaluer l’efficacité des structures et des moyens » destinés à l’évangélisation (1).
Pour les religieux, on conserve plutôt le terme de visite canonique, mais l’objectif est sensiblement le même. Elle est menée par les responsables de l’ordre ou de l’institut concerné, par exemple l’abbé général d’une congrégation, visitant les abbayes rattachées à la maison mère, comme déjà au Moyen Âge.
Saint François y accordait une grande importance, à la fois pour « encourager spirituellement » ses frères et les « corriger » si nécessaire, recommandant au visiteur « tendresse et vigueur ». L’un de ses héritiers, Mgr José Rodríguez Carballo, lorsqu’il était ministre général des franciscains, soulignait en 2006 que la visite doit permettre de connaître « les conditions de vie des frères », de « promouvoir la formation initiale et continue », d’encourager leur « participation active aux activités de l’ordre, ce qui développe un sentiment d’appartenance », et de veiller à ce qu’ils « observent les prescriptions de nos lois et celles de l’Église ».
Du côté des religieux visités, « la perception générale est que les frères aiment beaucoup être écoutés et qu’ils y voient une occasion de réfléchir à voix haute sur eux-mêmes et sur ce qui est, à leur avis, vital », analyse le frère Marco Tasca, qui en a effectué un certain nombre comme ministre général de l’ordre des frères mineurs conventuels (2). Mais il relève aussi « une certaine lassitude à l’égard du système de visite codifié par les constitutions/statuts/directoires, qui apparaît vétuste » : « On a du mal à voir les fruits de la visite, la vie de la communauté reprenant plus ou moins comme avant ou avec des modifications insignifiantes. »

Qu’est-ce qu’une visite apostolique ?
À côté de ces visites « ordinaires », le Vatican peut demander une visite « extraordinaire », appelée alors visite apostolique, assurée par une autorité extérieure à la communauté. Cela arrive notamment lorsque Rome a reçu des plaintes pointant des dysfonctionnements, abus en tous genres ou dérives sectaires.
Un visiteur apostolique est alors désigné pour une mission temporaire. Le dicastère (équivalent d’un ministère) romain compétent va alors lui donner un décret, sorte de feuille de route indiquant les points précis auxquels être attentif.
Si c’est un diocèse, le visiteur est toujours un évêque ou archevêque émérite. Pour les communautés religieuses ou les associations de fidèles, il arrive aujourd’hui que deux visiteurs, un homme et une femme, soient nommés, comme ce fut le cas pour les sœurs de Bethléem.
Le visiteur a pour mission de rencontrer tous les membres de la communauté et de rédiger un rapport adressé à Rome dans lequel il proposera éventuellement des mesures disciplinaires (3). « La visite a pour vocation de favoriser une bonne intégration dans l’Église. Ce regard extérieur est très sain pour éviter à une communauté de se refermer sur elle-même. Et c’est aussi très important pour la liberté des personnes engagées », souligne le dominicain Loïc-Marie Le Bot, ancien doyen de la faculté de droit canonique de l’Institut catholique de Toulouse.

Quelles sont les bonnes conditions d’une telle visite ?
Il y a encore une dizaine d’années, les textes romains insistaient pour que les évêques sachent « accueillir le nouveau printemps que l’Esprit suscite de nos jours dans l’Église, en particulier grâce aux mouvements ecclésiaux et aux nouvelles communautés » (4). Aujourd’hui, Rome fait davantage appel à leur vigilance, tirant les leçons des dérives de certaines jeunes pousses. « Si tout le monde dit la même chose, c’est un indice que quelque chose est vicié. Une situation irénique en apparence va inquiéter plutôt que rassurer ! », remarque le Père Le Bot, qui a lui-même suivi plusieurs visites pour la Congrégation pour les instituts de vie consacrée, et a conduit en 2014 une enquête canonique sur l’association Points-Cœur à la demande de l’évêque de Toulon.
Dans tous les cas, une visite demande de la part du visiteur de savoir « mettre les membres de la communauté en confiance », souligne le Père Le Bot : « Les personnes sont souvent sur la défensive, alors que c’est précisément un moment où tous ont le droit de parler librement. » Rome envoie d’ailleurs à dessein une lettre pour inviter à s’ouvrir sans peur. Le droit canonique requiert ainsi des membres de l’institut visité « confiance à l’égard du visiteur, à qui ils seront tenus de répondre en toute vérité et charité (…). Nul n’a le droit de quelque manière que ce soit de les détourner de cette obligation (…). » (canon 628).

Quelle en est l’efficacité ?
Pour accompagner la réforme, le Vatican nommera dans certains cas un assistant religieux, qui n’aura pas de pouvoir de décision mais un simple rôle d’accompagnement et de conseil, ou un commissaire apostolique, qui, lui, remplacera le supérieur temporairement.
Dans les cas plus graves, comme pour les Légionnaires du Christ qui ont fait l’objet d’un dispositif exceptionnel en raison de l’ampleur des dérives, un délégué pontifical gouvernera l’institut et pourra en modifier les constitutions.
Aux yeux du Père Le Bot, ce qui est le plus complexe, c’est la mise en œuvre de la visite, qui n’a aucune garantie d’efficacité. « Lorsque des dysfonctionnements sont ancrés depuis des années, il faudra un long effort. Et les mesures prises ne porteront du fruit que si leurs destinataires sont convaincus de leur bien-fondé. Dans un climat de défiance, elles risquent de se perdre dans les sables… »

(1) Directoire destiné aux évêques, Apostolorum Successores.
(2) « Visite canonique : notes de terrain », Conventus Semestrialis, Union des supérieurs généraux.
(3) Une visite canonique peut aussi donner lieu, parfois, à des sanctions. L’enquête canonique, elle, entre plutôt dans le champ du droit pénal (c. 1717-1719).
(4) Lettre de Benoît XVI pour l’Année sacerdotale de 2009.

La Croix du 17.06.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

WIRATHU (Ma Ba Tha)


«Le vénérable W» : bouddhiste, mais raciste

Wirathu, personnage principal du documentaire de Barbet Schroeder, dirige en Birmanie une secte bouddhiste violente.

Barbet Schroeder signe un documentaire sidérant sur une secte bouddhiste qui chasse les musulmans de Birmanie.
Des bouddhistes qui veulent la guerre, et non la paix. Qui haïssent, au lieu d'aimer. Des moines intolérants et fanatiques qui brûlent les villages de leurs voisins musulmans.

«Le Vénérable W», documentaire sur une secte dirigée par Wirathu, bonze très célèbre en Birmanie, sidère par sa singularité, son efficacité, sa beauté aussi. Car le cinéaste suisse Barbet Schroeder, 75 ans, met sa virtuosité de metteur en scène au service d'un constat dérangeant : la haine et le mal se nichent dans les recoins les plus inattendus. Jusque sur les terres du bouddha.

En sa jeunesse, Wirathu a écrit un traité de méditation. Puis il est passé à l'action, pas vraiment non violente : éradiquer les musulmans, très minoritaires dans ce pays d'Asie bouddhiste à 90 %. Par des manifestations, puis la terreur. Schroeder l'a approché de très près. Manifestement, le bonze a cru que le Suisse allait réaliser un film à sa gloire. Alors, il se lâche : il ne faut pas mélanger les «races», les musulmans «violent» qui «se reproduisent trop».

Les mécanismes de la haine
Ce faiseur de guerre multiplie les provocations, comme le montrent aussi des images d'archives récupérées par Schroeder, souvent ahurissantes de violence, quand on distingue un homme poursuivi et mis à mort à coups de bâtons. Mais le film joue surtout sur un autre registre, universel : montrer de l'intérieur les mécanismes de la haine, envers son voisin, le déni de toute altérité. Comme ces musulmans possèdent la nationalité birmane, Wirathu et ses ouailles — 300 000 moines sur un million d'habitants dans la ville de Mandalay — font pression sur les politiques pour les déclasser en créant une citoyenneté de seconde zone.

«On ne peut pas les chasser du pays, mais on ne peut pas vivre avec eux», dit ce bonze passé du côté obscur de la force. Ce racisme tranquille en bure de moine, sûr de lui et massacreur, voilà ce que nous devons méditer.

«Le Vénérable W», documentaire franco-suisse de Barbet Schroeder. Durée : 1 h 40.

http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/cinema/critiques/le-venerable-w-bouddhiste-mais-raciste-07-06-2017-7024899.php
07 juin 2017

La Vie du 08.06.2017

« Le vénérable W », de la non-violence bouddhiste au nettoyage ethnique
Présenté en séance spéciale à Cannes, ce documentaire brosse le portrait du maître bouddhiste responsable du nettoyage ethnique des Rohingyas en Birmanie.

Le Vénérable W **
de Barbet Schroeder
Documentaire franco-suisse, 1 h 40

À le voir assis en tailleur, vêtu de sa tunique orange, mains jointes, les yeux fermés, plongé dans ce qui semble être une profonde méditation spirituelle, on lui donnerait le Bon Dieu sans confession. Mais sous cette apparente immobilité, totem de la grande sagesse, ce maître vénérable agite de sombres pensées. Il fomente de noirs desseins et pousse la foule qui s’incline sur son passage, boit ses paroles vindicatives et le couvre de dons, à les mettre à exécution.
Bouddha vivant
Exécution est le mot qui convient pour définir son entreprise d’élimination méthodique, de nettoyage ethnique des Rohingyas, la minorité musulmane de Birmanie. Il chauffe à blanc ses fidèles dévots, les pousse à détruire les mosquées et à massacrer, au nom de sa mission sacrée. Engrenage bien connu des pogroms. Ou comment dévoyer le message de tolérance d’une religion qui prône la bienveillance et la non-violence en terrible leçon de ténèbres.
C’est cet honorable Bouddha vivant que Barbet Schroeder, à force de ruses et de clandestinité, dans des conditions périlleuses, a cherché à rencontrer pour enregistrer ses divagations assassines. Sans le juger mais en montrant la réalité concrète de ses prêches.
Le cinéaste a pris l’habitude d’observer, de suivre et d’accoucher les monstres. Ce portrait de Wirathu, dieu vivant en Birmanie, complète la « trilogie du mal », inaugurée en 1974 avec son film sur le dictateur ougandais, le Général Idi Amin Dada, qui jetait ses opposants aux crocodiles, poursuivie, en 2007, avec « l’avocat de la terreur », l’énigmatique Jacques Vergès.
Regard perçant et verbe onctueux
Avec le charisme que dégagent son calme, son regard perçant, son verbe onctueux, Wirathu endort la méfiance et justifie ses turpitudes, sans hésiter à mentir alors que l’atteinte à la vérité dans la religion bouddhiste est un péché absolu.
Wirathu n’en a cure. Il dévide face à Barbet Schroeder, avec un air d’évidence et beaucoup de mauvaise foi, le chapelet des raisons qui imposent de porter le feu. Lui prouve-t-on que des maisons ont été incendiées, il répond que les Rohingyas, dont on voit la détresse, brûlent eux-mêmes leurs habitations…
Même s’il s’abstient de juger, Barbet Schroeder exhibe, jusqu’à l’insoutenable, les images de cette violence extrême. Tabassages en public, lapidations, corps immolés sur lesquels les bourreaux s’acharnent, encouragés par une foule qui se délecte du spectacle. Il apporte le contrepoint de bouddhistes qui renient Wirathu et d’observateurs internationaux qui alertent l’opinion internationale, sans grand résultat, hélas.
Face à ces décharges terrifiantes, la responsabilité de Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix, à la tête du gouvernement de Birmanie, est aussi engagée. Son silence, son déni, sa politique de non-intervention valent consentement.
La police et l’armée assistent, en témoins et soutiens inertes, aux assauts meurtriers du « vénérable » Wirathu et de ses troupes. Sans broncher, sans s’interposer, ni porter assistance, dans un pays où le bouddhisme est la religion majoritaire.

La Croix du 06.06.2017

 


 

 

 

 

YOGA CHEVRE


Le Bien Public du 16.06.2017

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

Dérives sectaires

dans des communautés, groupes ou associations catholiques

 


 

 

 

 

 

Il y a des dérives sectaires, oui.

Mais il y a aussi des comportements de paix, de dignité, de respect et de liberté :

les fruits de Gamaliel

 

 


Aux Émirats arabes unis, une mosquée rebaptisée « Marie mère de Jésus »

À Abu Dhabi, capitale des Émirats arabes unis, une mosquée a récemment été renommée mosquée « Marie mère de Jésus », sur ordre du prince héritier et ministre de la défense.

La récente mosquée « Shaikh Mohammad Bin Zayed » a, il y a peu, été rebaptisée « Marie, mère de Jésus » (Mariam Umm Eissa), à l’initiative du Sheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyan, prince héritier d’Abu Dhab.ZOOM 

La récente mosquée « Shaikh Mohammad Bin Zayed » a, il y a peu, été rebaptisée « Marie, mère de Jésus » (Mariam Umm Eissa), à l’initiative du Sheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyan, prince héritier d’Abu Dhab. / Jacquelyn Martin/Afp

C’est une première : la récente mosquée « Cheikh Mohammad Bin Zayed » – une des plus grandes d’Abu Dhabi – a été, il y a peu, rebaptisée « Marie, mère de Jésus » (Mariam Umm Eissa), à l’initiative du Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyan, prince héritier d’Abu Dhabi et chef des forces armées émiriennes.

Pour le Cheikh, il s’agit de « renforcer les liens d’humanité entre les fidèles de plusieurs religions », dans un pays où l’article 7 de la Constitution stipule que « l’islam est la religion officielle de la Fédération et la charia islamique y constitue une source de législation majeure ».

La démarche est a priori surprenante, mais porte en réalité un message fort pour le dialogue interreligieux. Les leaders chrétiens d’Abu Dhabi, où coexistent au milieu des mosquées une cathédrale catholique et une église anglicane, ont salué cette initiative.

Marie, un pont entre chrétiens et musulmans

Appelée sayyidunâ (« notre dame ») par les musulmans, Marie (Maryam, en arabe) est citée à 34 reprises dans le Coran – plus que dans tout le Nouveau Testament. Le texte fondateur de l’islam lui consacre même une sourate entière, la sourate 19 dite « sourate de Marie ».

Au-delà des différences théologiques, Marie demeure un point de référence commun important entre chrétiens et musulmans. Mgr Paul Hinder, vicaire apostolique d’Arabie du Sud, confie à La Croix avoir observé « un très grand respect envers Marie de la part des musulmans », même si le culte populaire qui lui est rendu n’est pas toujours apprécié d’une partie des responsables de l’islam. « Ce nouveau nom, « Marie mère de Jésus », me remplit de joie. Notre cathédrale, située non loin de là, a déjà pour patron saint Joseph : nous avons donc désormais un quartier de la Sainte Famille », s’amuse-t-il.

Un acte de « générosité » et de « tolérance »

Mgr Paul Hinder salue « la décision courageuse car pas partagée par tous les musulmans » du Cheikh Mohammed. « Sa majesté le Cheikh Mohamed a encore fait preuve de générosité et de tolérance religieuse, en renommant cette mosquée », confie au quotidien Gulf News Jeramie Rinne, pasteur de la communauté de l’Église évangélique à Abu Dhabi. « Les Émirats arabes unis poursuivent leur entreprise de coexistence et de coopération pacifique dans la région », poursuit-il.

En effet, les initiatives se multiplient depuis quelque temps. En février 2016, les EAU, où l’islam est religion d’État, ont ouvert un nouveau ministère dédié à la tolérance et dirigé par une femme. Plus récemment, les membres de la paroisse d’Al-Ain ont décidé d’ouvrir les portes de leur église pour inviter les musulmans à y effectuer la quatrième prière de la journée (« Salat al-Maghrib »). Près de deux cents musulmans avaient répondu présents à cette invitation.

La plus grande église anglicane du Moyen-Orient, qui sera dotée d’un centre de dialogue interreligieux, et le premier temple hindou d’Abu Dhabi, doivent aussi ouvrir sous peu.

Une exception régionale pour les chrétiens

Dans la région, ce genre d’initiatives est assez inhabituel : en Arabie saoudite, État islamique strictement wahhabite, il n’y a par exemple aucune église. Le 1,5 million de chrétiens doivent pratiquer en clandestins. Aux EAU, malgré certaines restrictions – comme l’interdiction d’arborer un crucifix ou de faire sonner les cloches – les catholiques bénéficient d’une relative liberté pour célébrer leur foi.

Pour Mgr Hinder, « toutes ces initiatives ne se vérifient vraiment qu’au long terme, mais il n’y a pour le moment que des échos positifs de la part de la population chrétienne locale ». En outre, cette démarche, qui s’inscrit dans la continuité de la politique menée par le pays depuis plusieurs décennies, révèle aussi la volonté « d’être vu comme un berceau de la tolérance ».

La Croix du 23.06.2017
 




« Islamojolie », une chaîne YouTube pour expliquer l’islam autrement

Lancée en 2016, la chaîne décrypte avec humour et pédagogie les préceptes de la religion musulmane. Et tord le cou à certains clichés.

« Un espace de réflexion accessible à tous sur des sujets en lien avec l’islam ». C’est en ces termes que le créateur d’Islamojolie présente sa chaîne YouTube dans une vidéo bande-annonce publiée en décembre. Perruque, fausses lunettes, blagues potaches, animations et montage rythmé : d’entrée de jeu, Abdel Foiraison – un pseudonyme – donne le ton.

En reprenant les codes des plus célèbres YouTubeurs français, il arrive à parler de sa religion de manière ludique et très documentée, tout en maniant humour décalé et dérision. « Je suis très friand de vidéos humoristiques sur YouTube, confie Abdel Foiraison. C’est un support foisonnant dans lequel il faut investir ».

À travers des éléments de la pop culture – extraits de films, émissions de télévision, publicités détournées ou personnages emblématiques à l’image des Simpson –, ce diplômé en communication tend à expliquer les grandes thématiques de l’islam avec la neutralité d’un historien. « Je m’appuie sur des travaux d’islamologues et d’anthropologues. Ma démarche s’inscrit dans la promotion d’un humanisme arabe porté par des figures emblématiques comme Averroès ou Avicenne ».

Rendre accessibles les écrits des spécialistes

Passionné d’histoire, Abdel Foiraison a été élevé dans la pratique d’un islam traditionnel. À l’âge de 23 ans, il découvre les écrits de Rachid Benzine, islamologue franco-marocain, connu notamment pour sa promotion du dialogue islamo-chrétien. Cette rencontre bouleverse sa vie de musulman. « J’ai découvert ses travaux avec Les nouveaux penseurs de l’islam. Cette lecture m’a ouvert à l’humanisme arabe ».

Abdel Foiraison se plonge alors dans de nombreux ouvrages de l’historienne Jacqueline Chabbi et du philosophe Mohammed Arkoun. Pour autant, le YouTubeur déplore « le manque d’accessibilité criant » de ces écrits. « Lorsque je parlais de ces travaux à mes proches musulmans et non-musulmans, tous me disaient ne pas connaître ces écrits ou ne pas les comprendre. Ma démarche tend à utiliser ces références pour les faire découvrir au plus grand nombre, pour faire une sorte de vulgarisation scientifique sur l’islam ».

Casser les clichés

Mais Abdel Foiraison tend surtout à casser certains clichés qui entourent sa religion. C’est après les attentats de Charlie Hebdo qu’il commence à mûrir le projet de sa chaîne. « J’étais alarmé par tout ce que j’entendais autour de moi après le 7 janvier. J’entendais plein de discours islamophobes, certains mots liés à l’islam étaient galvaudés, et le sont toujours, notamment dans les médias. Mais j’étais aussi très choqué par le discours de certains musulmans qui tendaient à justifier cette attaque terroriste ».

Le YouTubeur de 38 ans dit s’adresser à ces « deux publics cibles ». « Je veux juste remettre les choses dans leur contexte, sans faire de prosélytisme. Expliquer la religion simplement de manière neutre et surtout avec beaucoup d’humour ». Si Islamojolie est assez confidentiel pour le moment, Abdel Foiraison compte créer de nouveaux supports et appliquer un « rythme plus soutenu » à la chaîne. « Je compte réaliser plus de vidéos d’ici septembre et dans des formats plus courts. L’écriture et la réalisation prennent du temps mais je ne compte pas m’en arrêter là. »

https://youtu.be/kG3FwvofV-E

La Croix du 12.06.2017

Ne l’appelez plus salafiste

Après s’être déradicalisé dans les prisons marocaines, Mohamed Rafiki, ancien imam, milite pour conjuguer islam et modernité. Sa défense de l’égalité hommes-femmes en matière d’héritage lui vaut des menaces de mort.
Vivre, un état que Mohamed Rafiki respire à pleins poumons depuis… la prison. « Là-bas, je me suis senti libre pour la première fois de ma vie. » En 2003, le jeune imam salafiste de 28 ans Mohamed Rafiki, alors connu sous le nom d’Abou Hafs, est arrêté et incarcéré pour ses prêches enflammés à Fès, ses sympathies pour Ben Laden et ses applaudissements à la destruction des tours jumelles à New York en septembre 2001. À peine libéré, les attentats de Casablanca de mai 2003 – pour lesquels il niera toujours toute implication – lui valent d’être à nouveau jeté en prison et condamné à trente ans de réclusion. Les organisations de défense des droits humains le soutiennent et après deux grèves de la faim et neuf années d’incarcération dans les geôles marocaines, il finit par bénéficier d’une grâce royale en 2012 pour, précise-t-il, « corriger une erreur judiciaire ».
« Il fallait que je comprenne : pourquoi suis-je en prison ? Les attentats d’Al-Qaida étaient-ils illégitimes alors que tant d’imams pensaient ce que j’avais dit tout haut ? Que dit véritablement l’islam du djihad ? Et le droit international ? » Mohamed Rafiki se met à lire, à lire éperdument, sans arrêter, pendant neuf ans, des ouvrages d’histoire, de philosophie, de sociologie, de psychologie bannis par le salafisme. Et de sa cellule, il passe une licence en droit international.
« La prison, ça a été très dur. Mais ça a été aussi une incroyable opportunité pour m’éloigner de la pression de mon environnement. Je n’avais que ça à faire, lire et réfléchir. La décision que j’ai prise alors de penser par moi-même fut un tremblement de terre. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir cette capacité et cette volonté. Personne ne m’a aidé. Et les livres m’ont sauvé. Spinoza notamment m’a terriblement influencé. » Pendant les rares heures de promenade, il réussit à convaincre certains de ses codétenus salafistes quand d’autres le menacent de mort. Et sa famille, sa femme au premier chef qui le visite chaque semaine et l’alimente en lecture, évolue à ses côtés.
À 42 ans, Mohamed Rafiki, père de cinq enfants, garde une allure de gaillard juvénile et parle à la manière d’un vieux sage. Il a « un grand projet » : que sa métamorphose éclaire tous les jeunes embrigadés du Maroc et d’ailleurs, nourrisse un chantier pour « réconcilier l’islam et la société, l’islam et la modernité ». Ce à quoi il se concentre à Casablanca dans son centre Almizane (« la balance ») de lutte contre l’extrémisme religieux, de médiation et d’intégration de jeunes salafistes dans la société. Mohamed Rafiki a décortiqué tout son parcours, celui d’un enfant unique embrigadé dans le salafisme dès sa naissance et durablement corseté par la pression familiale et environnementale et les interdits salafistes.
Il a tout juste 15 ans quand il franchit allègrement les frontières pour gagner l’Afghanistan et rejoindre le temps d’un été son père infirmier, enrôlé par une organisation marocaine de soutien au Djihad créée par le fondateur du Parti justice et développement. Le « mineur perdu » qu’il était revient en héros. Il est forcé de se marier dès ses 19 ans et s’envole pour l’Arabie saoudite afin de se parfaire en études islamiques rigoristes, là où naît son fils Hafs (en référence au récit du Coran selon Hafs).
Mais Mohamed Rafiki ne jette pas la pierre à son père « victime comme moi de son environnement, quand le régime marocain a encouragé le wahhabisme dans les années 1980 puis l’a laissé prospérer pour lutter contre le gauchisme et la révolution iranienne ». Et aujourd’hui, il ne mâche pas ses mots contre des autorités qui disent combattre Daech mais restent arc-boutées sur une lecture littérale du Coran, refusant de le remettre dans son contexte historique et de réviser le patrimoine religieux.
Définitivement ni salafiste, ni islamiste, Mohamed Rafiki est « un homme musulman qui a besoin d’une expérience spirituelle », mais veut que « la religion reste à distance de la politique ». Il a appris en prison que « la liberté est la plus grande des valeurs ». En son nom il laisse ses enfants, filles comme garçons, forger leur existence. Et tour à tour, il franchit hardiment les lignes rouges en défendant l’égalité hommes-femmes en héritage ou le droit de ne pas jeûner pendant le Ramadan. Ce qui suscite de la rage et lui vaut des lettres de menace. Mais il promet qu’il n’a pas fini de changer. « C’est un chemin. »
Son inspiration
Les tomes de « La Grande Histoire »
En guise de première lecture en prison, Mohamed Rafiki s’est attelé à un monument : les 34 tomes de La Grande Histoire de l’historien musulman du XIVe siècle Al Dhahabi qui brosse huit siècles d’histoire de l’islam. « Cela a ébranlé toutes mes croyances. J’ai découvert qu’il n’y avait pas une vision unique du Coran mais au contraire beaucoup de lectures, d’idées, de directions, que rien n’est absolu, tout est relatif. » Il acquiert alors la conviction que beaucoup de versets du Coran sont liés au contexte historique et géographique et qu’il convient d’en avoir une lecture distanciée.

La Croix du 13.06.2017

 

La mort ou la vie

Un clip vidéo en langue arabe rejette la violence au nom de l’islam
Les attentats se succèdent sans fin. Manchester, Minya (Égypte), Bagdad, Kaboul… Hier, des terroristes ont tué au moins 90 personnes et fait des centaines de blessés dans la capitale afghane, endommageant notamment les ambassades de France et d’Allemagne. La violence djihadiste resurgit en permanence, comme les têtes d’une hydre que plus personne ne semble pouvoir éradiquer. Cette perception est aggravée par la capacité de Daech et d’Al-Qaida à se greffer sur des conflits déjà existants et à répandre leur label à travers le monde.
Des signes d’espoir existent, toutefois, de faire reculer cette violence. Les habitants de Manchester ont chanté, solidaires, leur refus de la haine. Dans le monde arabe, un clip vidéo suscite depuis vendredi dernier une forte adhésion, via le réseau social YouTube où il a été visionné par plus de 3,6 millions d’internautes – on peut le voir sur la-croix.com. Destiné avant tout à un public musulman, mis en ligne par la société koweïtienne Zain Telecom, il propage un message de paix et de tolérance, à l’occasion du mois de Ramadan. Il met en scène un terroriste prêt à se faire exploser mais confronté à des passants, des enfants, de futurs mariés qui réfutent la légitimité islamique dont il se réclame et finissent par le vaincre. Ce clip de trois minutes est un hymne à la vie, contre la culture de mort.
Cela ne suffira pas, certes, pour triompher de la violence djihadiste. Outre le renseignement et l’action militaire, ce sont aussi les conditions politiques, économiques, sociales, culturelles des pays concernés qui devront évoluer. Mais il faut faire confiance aux profondes ressources humaines. L’aspiration à la vie est plus forte que les pulsions de mort.

La Croix du 01.06.2017
 

Égypte: une nouvelle église grâce aux dons des musulmans
Un geste salué par L’Osservatore Romano
« Un signe visible et concret pour renforcer la concorde nationale » : c’est ce qu’a déclaré le maire d’Ismailia (Egypte), dans la province de Minya, à propos de l’inauguration d’une église dédiée à saint Georges et à la Vierge Marie financée ne partie parles dons des musulmans, rapporte L’Osservatore Romano en italien du 18 mai 2017.
La réalisation de l’édifice a été rendue possible grâce aussi aux dons recueillis parmi la population musulmane résidante, ajoute la meêm source: dans la région d’Ismailia, vivent environ 20.000 personnes, dont un tiers de chrétiens coptes et deux tiers de musulmans sunnites.
La nouvelle église permettra aux fidèles chrétiens de ne plus devoir entreprendre, comme cela se produisait jusqu’à maintenant, un trajet long et dangereux pour rejoindre le lieu de culte le plus proche, précise L’Osservatore Romano.
C’est le « Comité de réconciliation d’Ismaïlia » – près du Canal de Suez -, dont la mission est de « prévenir ou de résoudre les conflits sectaires », a approuvé la construction d’une nouvelle église copte, établissant également la zone à destiner à l’édification du lieu de culte, en mars 2016. Les membres du Comité, en majeure partie musulmans, ont voté la proposition et le lieu de l’implantation de l’église par 49 voix contre 4, précise l’agence vaticane Fides. Beaucoup de chrétiens fuyant les terroristes du Sinaï se réfugient à Ismaïlia.
A Ismaïlia, l’église copte catholique Saint-Marc (photo) – dédiée à l’apôtre de l’Egypte, et auparavant à saint François de Sales – a été construite en 1929 par l’architecte Louis-Jean Hulot.

Zenit du 17.05.2017

Une femme, juge d’un tribunal islamique en Israël

Hana Khatib est la première magistrate à siéger dans un tribunal religieux dans l’État hébreu. En Israël où il n’y a pas de séparation entre la religion et l’État, les lois de la famille sont appliquées par des tribunaux religieux des différentes communautés.

C’est une première en Israël. Hana Khatib, magistrate originaire de Tamra (nord), a été nommée par la justice israélienne « qadi », titre attribué aux juges des tribunaux islamiques, mardi 25 avril. Ces cours de justice régissent principalement les affaires familiales au sein de la communauté arabe israélienne musulmane, soit aujourd’hui 17,5 % de la population.

Un héritage de l’empire ottoman

En Israël où il n’y a pas de séparation entre la religion et l’État, les lois de la famille – mariage, divorce, héritage – sont appliquées par des tribunaux religieux des différentes communautés qui comparaissent devant des cours séparées. L’État hébreu compte neuf tribunaux islamiques et 18 juges. Ils existent depuis la création du pays en 1948 et sont les héritières des cours de justice mises en place par l’empire ottoman.

Une innovation qui dépasse le monde musulman

Hana Khatib est la première femme à siéger dans l’un de ces tribunaux, non seulement musulmans, mais également druzes, juifs et chrétiens. Elle prêtera serment au cours des semaines à venir devant le président d’Israël Reuven Rivlin.

Une décision saluée en Israël

La ministre israélienne de la justice Ayelet Shaked, du parti nationaliste religieux Foyer juif, a estimé que cette nomination « aurait dû arriver il y a longtemps ».

« C’est une excellente nouvelle pour les femmes arabes et pour la communauté arabe. Je suis ravie de ce choix et j’espère que c’est de bon augure pour plus de nominations de femmes à ces postes », a-t-elle ajouté.

La députée arabe israélienne d’opposition Aïda Touma-Sliman a salué une nomination « historique » au terme d’un long combat légal. « Il est temps de croire au pouvoir des femmes arabes à tenir tous les rôles, à occuper des positions influentes dans la société et au sein de l’État et d’écarter les obstacles qui se dressent sur leur route », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Parmi ces obstacles, la société patriarcale palestinienne qui maintient la femme à un rôle traditionnel. Mais de plus en plus de femmes s’en affranchissent comme le montre le film de Maysaloun Hamoud (35 ans) sorti le 12 avril, Je danserai si je veux. Elle y dresse la chronique de trois citoyennes arabes israéliennes : l’athée revendiquée, la musulmane pratiquante et l’arabe chrétienne dont la famille est d’apparence plus ouverte. La photographie d’une société en pleine mutation.

La Croix du 26.04.2017

Mère Marie-Catherine Kingbo, à l’écoute des imams nigériens

Le mouvement Aide à l’Église en détresse ouvre ce soir la neuvième édition de sa « Nuit des témoins » (1), en hommage aux chrétiens persécutés. Parmi les intervenants, Mère Marie-Catherine Kingbo, fondatrice de la Fraternité des servantes du Christ, œuvre pour le dialogue interreligieux au Niger.
« Fais connaître mon vrai visage à nos frères musulmans. » C’est en 2006 que Mère Marie-Catherine Kingbo entend,à 53 ans, « cet appel du Christ » à partir fonder une congrégation religieuse au Niger. Onze ans après la création de la Fraternité des servantes du Christ, installée à Maradi, dans le sud du pays, elle continue d’y œuvrer quotidiennement pour l’éducation des enfants, la formation des femmes et le dialogue interreligieux, auprès d’une population à 98 % musulmane.
Ce besoin de rapprocher les religions, Mère Marie-Catherine le puise dans son enfance. Née en 1953 à Guinguinéo, au Sénégal, « dans une famille œcuménique » – son père, d’origine béninoise, et ses sept frères sont protestants, sa mère et ses quatre sœurs sont catholiques –, elle se réjouit d’avoir reçu « une éducation exemplaire ».« Mes parents, très pratiquants, nous ont montré que nous pouvions vivre harmonieusement dans la diversité ethnique, religieuse et culturelle ».
Pourtant, quand elle a, à 20 ans « le déclic de la vocation », l’incitant à quitter son métier de secrétaire, son père mettra quatre ans avant de « lui donner sa bénédiction ». En 1976, elle entre à Dakar chez les sœurs des Filles du Saint-Cœur de Marie (FSCM), dont elle prendra la tête trois années après avoir prononcé ses vœux perpétuels, en 1985.
Jusqu’en 2000, celle qui est aussi devenue présidente de la Conférence des supérieures majeures du Sénégal insuffle « un élan missionnaire à la communauté en l’ouvrant à d’autres Églises », au Tchad, au Niger et en Centrafrique. « Tout n’a pas toujours été rose », concède-t-elle, en évoquant « certains clivages ethniques entre des sœurs du Nord et du Sud ».
En 2001, épuisée à la fin de son mandat, elle vient se ressourcer en France.Au Centre Sèvres, elle suit une formation dispensée par un jésuite, « théologie comparée, christianisme et islam ». C’est là qu’elle comprend que Dieu l’appelle pour une nouvelle mission, au Niger, et quitte sa congrégation, avec l’aval de sa mère supérieure.
Avec les 20 religieuses et novices qui composent aujourd’hui la Fraternité des servantes du Christ et le soutien de Mgr Ambroise Ouédraogo, évêque de Maradi, Mère Marie-Catherine sillonne près de 120 villages de la région, à la rencontre de musulmans qu’elle invite à des sessions de formation, d’éducation et de sensibilisation contre le fléau du mariage précoce. « Certaines fillettes sont mariées dès l’âge de 9 ans », déplore-t-elle, les yeux humides. « Mais grâce à Dieu, nous arrivons peu à peu à faire changer les mentalités ».
Sa foi inébranlable lui a valu le respect des imams locaux et des chefs de village. « Ensemble, nous essayons de restaurer la paix », explique-t-elle. Un travail rendu difficile ces dernières années par Boko Haram et la montée des intégrismes. « On nous a déjà jeté des pierres pendant les vêpres », condamne-t-elle, désormais protégée par la police. Malgré tout, Mère Marie-Catherine reste confiante. Et appelle, par-dessus tout, les chrétiens du pays « à ne pas baisser les bras ».
(1) Cinq soirées sont organisées : ce soir à Reims, vendredi 24 mars à Paris, samedi 25 à Sainte-Anne-d’Auray, dimanche 26 à Monaco et lundi 27 à Perpignan. Rens. : www.aed-france.org
 

La Croix du 23.03.2017

Bose, comme un printemps

Deux écrivains nous entraînent à la découverte de la communauté de Bose, en Italie. Un reportage autant qu’une méditation sur ce qui fait l’essentiel et la saveur de la vie chrétienne.
Une vie simple
d’Alexis Jenni et Nathalie Sarthou-Lajus
Albin Michel, 202 p., 15 €
Le printemps n’est pas qu’une question de calendrier. C’est aussi une grande affaire spirituelle. La seule peut-être, puisqu’il s’agit du passage de la mort à la vie. Dans la verdoyance du Piémont, en Italie, les moines et moniales de la communauté œcuménique de Bose l’ont compris. Ils savent ce qu’il faut de patience, d’attention délicate, mais aussi de douceur et de beauté pour que la vie fasse son chemin dans les vieux rameaux de nos existences…
Au bout d’un grand pré, le hameau de Bose était en mauvais état, presque abandonné. C’est là qu’Enzo Bianchi s’est installé, seul, en 1965. Il voulait poursuivre l’expérience de recherche et d’échanges œcuméniques vécue dans sa chambre d’étudiant à Turin, où catholiques et protestants se retrouvaient dans une joyeuse effervescence pour commenter les surprises du concile Vatican II.
Cinquante ans plus tard, la communauté monastique qui a surgi dans son sillage s’est déployée, goûteuse comme un fruit mûr. Le hameau a été restauré, s’est embelli, et la cloche sonne aujourd’hui pour 42 moines et 33 moniales. La vie monastique multiséculaire a donné naissance à un surgeon étonnant, qui assume les questions adressées par la modernité à cette vie différente : comment accorder singularité individuelle et vie communautaire ? Comment réinventer une autorité qui évite le piège de l’infantilisme ? Quelle reconnaissance pour la dualité des sexes ?
Pour y répondre, Bose a renoué avec l’essentiel de la vie monastique. La prière d’abord, vécu à la manière de la lectio divina, une lecture intégrale et immersive des Écritures. Le travail, ensuite, qui permet de gagner sa vie, mobilise les corps et aide à développer un sens du réel que requiert aussi la prière. La communauté a également su inventer un nouveau type de vie fraternelle, où l’œcuménisme et la mixité sont considérés comme des richesses. Elle est aussi parvenue à se débarrasser de la raideur d’une certaine vie religieuse. À Bose, on propose une cuisine goûteuse et des lieux harmonieux, on prend soin du corps comme de l’esprit, sans surjouer l’ascétisme. On sait ici que la simplicité évangélique ne surgit pas d’une vie tronquée, mais de tensions travaillées et traversées.
Cette « vie simple » a séduit Alexis Jenni, prix Goncourt en 2011 pour L’Art français de la guerre, et Nathalie Sarthou-Lajus, philosophe et rédactrice en chef adjointe de la revue Études, qui sont venus et revenus à Bose. Leur livre tient à la fois du reportage et de l’enquête, de la réflexion et de la méditation spirituelle. Ils ont aimé l’esprit de cette communauté et nous le partagent, dans une écriture généreuse et chatoyante qui est comme le miroir de ce qu’ils ont contemplé.
À Bose, la vie spirituelle est « tout entière un exercice de reconnaissance d’humanité, une voie d’humanisation, une vie au plus proche de l’humain en méditant les Écritures », résument-ils. C’est parce que la vie y est incarnée que la prière agit « comme un principe de renouveau qui peut retourner le cours des choses, inverser le cours de ce qui apparaît glisser insensiblement de la vie à la mort ». Finalement, en racontant Bose, ce livre nous offre un formidable petit traité sur la vie chrétienne au XXIe siècle.

La Croix du 23.03.2017

Sciences-Po forme des ministres des cultes à l’interreligieux
Depuis septembre, une trentaine de responsables des différentes religions présentes en France suivent une formation à vocation interreligieuse.
Sciences-Po Paris propose un programme de formation sur un an pour contribuer au dialogue interreligieux en France.
Issu de la même racine étymologique qu’« amen », « emouna » désigne en hébreu la foi. C’est en son nom que se sont engagés les 31 participants à ce programme de formation sur un an, proposé par Sciences-Po Paris, pour contribuer au dialogue interreligieux en France.
Leur objectif ? « Unir nos forces contre le fondamentalisme, qui est un dévoiement du religieux », soutient le rabbin Pauline Bebe, membre du collège des fondateurs. Ce programme est soutenu par les institutions religieuses ainsi que par le ministère de l’intérieur.
Ce jour-là, la rencontre d’Emouna se tient à la Grande mosquée de Paris, avec des ateliers sur les violences faites aux femmes ou la question du handicap… « C’est passionnant de discuter de tous ces sujets ensemble, qu’il s’agisse de sciences, de philosophie ou de politique », estime Christophe Cousinié, pasteur protestant dans le Gard.
« Ici, on expérimente une laïcité ouverte »
Pour lui, le fait que cette formation soit assurée par Sciences-Po offre un regard extérieur et garantit un vrai dialogue. « Ici, on expérimente une laïcité ouverte, qui ne signifie pas la négation des religions. »
En 2012 a été créé l’Institut des hautes études du monde religieux (IHEMR), qui propose une formation similaire intitulée « Religions et enjeux contemporains » (La Croix du 25 mai 2016). Mais celle-ci cherche surtout à familiariser les cadres d’entreprises. À noter aussi des diplômes universitaires (DU) proposés par certaines facs sur ces questions de laïcité depuis 2008.
Sciences-Po axe sa formation sur la question du rapport entre les religions et les institutions de la République. Ainsi une journée Emouna a-t-elle été organisée au Sénat, où sont intervenus un représentant du Bureau des cultes tout comme le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme Gilles Clavreul.

La Croix du 08.03.2017              

Bernard Cazeneuve regrette que la République ait « négligé » le dialogue interreligieux

Remettant la légion d’honneur au président du Conseil français du culte musulman, Anouar Kbibech, le premier ministre a salué mardi 28 février « l’action de tous ceux qui se sont engagés ces dernières années en faveur du dialogue interreligieux ».
« Je veux saluer ce soir l’action de tous ceux qui se sont engagés ces dernières années, comme Anouar Kbibech, en faveur du dialogue interreligieux dans notre pays, car je sais qu’ils sont nombreux ce soir dans cette salle ». Lors de la cérémonie organisée mardi 28 février au soir à l’hôtel Matignon pour la décoration du président du Conseil français du culte musulman, le premier ministre, Bernard Cazeneuve a choisi de mettre l’accent sur les « efforts » de ce dernier en faveur du dialogue entre les religions.
Animateur du Forum des cadres chrétiens et musulmans, le président du Rassemblement des musulmans de France (proche du Maroc) est également l’un des fondateurs de l’association islamo-chrétienne « Œuvrer en Essonne pour une Europe fraternelle » en partenariat avec le diocèse d’Evry-Corbeil-Essonnes, de l’Amitié judéo-musulmane, en partenariat avec le consistoire israélite de Paris.
Anouar Kbibech a également fait partie, en novembre 2016 et à l’initiative de Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry – seul représentant catholique lors de cette cérémonie –, d’une délégation du CFCM qui s’est rendue à la rencontre du pape François à Rome. À la suite de l’assassinat du père Hamel, en juillet 2016, il est surtout à l’origine de l’appel lancé aux « musulmans de France à se rendre dans toutes les églises à l’occasion de la messe du dimanche, pour y porter un témoignage de deuil et de compassion ».
« Longtemps, la République a quelque peu négligé ces efforts, sans les décourager certes, mais sans percevoir non plus qu’au-delà de la curiosité théologique, ce dialogue contribuait à créer de la cohésion sociale », a reconnu le premier ministre. « Comment en serait-il autrement, dans un pays comme le nôtre, dont les racines sont chrétiennes et qui abrite à la fois la principale communauté juive et la principale communauté musulmane d’Europe ? »
Lutter contre « l’ignorance des religions »
Or, pour Bernard Cazeneuve, – dont Anouar Kbibech a salué un peu plus tard « l’engagement personnel et à chaque instant » pour « intégrer l’islam à la République » – lutter contre « l’ignorance des religions » passe par « l’école républicaine bien entendu », mais aussi « en soutenant les initiatives émanant des croyants et des Églises ».
La décoration de ce natif de Meknès (Maroc), la « ville aux cent minarets », a également été l’occasion, pour le premier ministre, de saluer « un parcours méritocratique tel que la République, quoi qu’on en dise, sait encore parfois en offrir ».
Lycéen à Rabat, Anouar Kbibech est arrivé en 1980 à Paris en classe préparatoire scientifique, avant d’intégrer l’École nationale des ponts et chaussées. Marié et père de trois filles, il est aujourd’hui directeur de la maîtrise d’ouvrage, des systèmes d’information et des outils réseaux au sein du groupe SFR.
« Ce parcours exemplaire en dit long aussi, non seulement sur vos dons scientifiques et sur votre capacité de travail, mais aussi sur votre force de caractère », a encore noté le premier ministre, saluant sa vision « d’un islam des Lumières, pleinement ancré dans la République (…). Un islam dont les fidèles ne renoncent pas à leurs racines ni à leurs préférences personnelles, mais dont chaque composante souhaite vivre en bonne intelligence avec les autres, tout comme les musulmans de France s’entendent avec les Français d’autres confessions et d’autres convictions, fussent-ils athées. »

La Croix du 01.03.2017

« Tous les citoyens sont égaux », affirme le grand imam d'Al-Azhar

Dans une déclaration télévisée, vendredi 13 janvier, Ahmed al Tayeb, grand imam d’Al-Azhar, a qualifié d’« anachronique » la protection des minorités religieuses dans les États majoritairement musulmans.

24 mai 2016 : Première visite officielle en France de Cheikh Ahmed Muhammad AL-TAYEB, Grand Imam de Al-Azhar et pdt du Conseil des Sages Musulmans. Il participait à l’Hôtel de Ville de Paris à une conférence internationale sur le thème "Orient et Occident, civilisations en dialogue", organisée par la Communauté de Sant’Egidio. Paris (75), France.
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24 mai 2016 : Première visite officielle en France de Cheikh Ahmed Muhammad AL-TAYEB, Grand Imam de Al-Azhar et pdt du Conseil des Sages Musulmans. Il participait à l’Hôtel de Ville de Paris à une conférence internationale sur le thème "Orient et Occident, civilisations en dialogue", organisée par la Communauté de Sant’Egidio. Paris (75), France. / Corinne SIMON/CIRIC

Dans son allocution hebdomadaire à la télévision égyptienne, vendredi 13 janvier, Ahmed al Tayeb, le grand imam d’Al-Azhar, « a fait un petit pas important sur la voie du renouveau du discours religieux », rapporte le site italien terrasanta.net. Abordant la notion de dhimma, la protection que l’empire musulman accordait aux non-musulmans à l’époque médiévale, cette haute autorité de l’islam sunnite a estimé qu’elle était « désormais anachronique ».

L’information a été confirmée à La Croix par une source interne au sein du grand imamat.

Lorsque l’islam s’est répandu en dehors de la péninsule arabique où il est né au VIIème siècle, les califats successifs ont été amenés « à gouverner de nombreuses minorités (et majorités) non-musulmanes », indique le site Internet retraduisant le contenu de l’allocution du grand imam.

« Ne pouvant forcer quelqu’un à se convertir à l’islam, les différents types de gouvernement issus de cette expansion ont dû penser à une forme particulière de pacte avec leurs sujets non-musulmans, une forme de relation leur permettant de protéger leurs droits sur un pied d’égalité avec ceux des musulmans et d’imposer des devoirs égaux. »

La jizya rétablie en Irak et en Syrie

Ce type de relation – la « dhimma » selon les mots utilisés par Ahmed al Tayeb – signifie que l’islam accepte « la garde et la responsabilité » des non-musulmans, en contrepartie du paiement d’une taxe (jizya), tandis que les musulmans, eux, paient la zakat. C’est cette jizya que l’État islamique a rétablie en Irak et la Syrie, « l’imposant d’une manière humiliante et brutale ».

« De nombreux groupes islamiques fondamentalistes voudraient la réintroduction de la dhimma pour les minorités chrétiennes au Moyen-Orient », indique encore le site Internet italien spécialisé dans l’actualité archéologique et biblique du Moyen-Orient. « Mais Ahmed al Tayeb a été extrêmement clair sur ce point : la dhimma est un concept qui appartient à un contexte historique spécifique qui n’existe plus, parce que les formes de gouvernement dans lequel il a été appliqué (et pour lequel il a été conçu) sont désormais remplacés par les États modernes et le concept la citoyenneté. »

À LIRE AUSSI : Le Vatican demande aux leaders musulmans de condamner la barbarie de l’État islamique

Une forme d’injustice et un manque de raisonnement

« Bien que la dhimma ait constitué, lors de son invention, une nette amélioration par rapport à ce qui se passait dans d'autres civilisations, et notamment dans l’empire romain où ceux qui ne suivaient pas la religion d’État étaient discriminés, l'appliquer aujourd'hui, dans un contexte profondément différent, constituerait, selon le grand imam d’Al Azhar, une « forme d'injustice et un manque de raisonnement scientifique » , écrit encore l’auteur de l’article.

Par conséquent, et toujours selon lui, « les chrétiens en Égypte ne sont pas et ne peuvent pas être dhimmi, ni même considérés comme une minorité, un terme chargé de connotations négatives ». « Les chrétiens sont des citoyens, et il n'y a aucune justification pour un retour anachronique à l'imposition de la jizya. La citoyenneté, réclamée par les manifestants de la révolution de 2011, est la seule garantie de l'égalité et de stabilité pour la société d'aujourd'hui », conclut l’article.

La Croix du 17.01.2017

Des femmes porteuses d’espérance

LE BLOCNOTES
JEAN-CLAUDE GUILLEBAUD JOURNALISTE, ÉCRIVAIN ET ESSAYISTE

Quantité de nouvelles décourageantes nous sont venues d’Israël ces derniers temps : soupçons de corruption du Premier ministre Benyamin Netanyahou, entendu par la police israélienne ; condamnation d’un sergent pour le meurtre d’un Palestinien gisant au sol ; assassinat de quatre soldats israéliens par un terroriste palestinien au volant d’un camion. Les médias ont abondamment parlé de tout cela. Et à juste titre. Mais pourquoi donc a-t-on si peu commenté l’éblouissante nouvelle venue du même pays. Elle suffirait à réveiller notre espérance en berne. Évoquée par Anne Guion dans La Vie (n ° 3724 du 12 janvier), elle aurait mérité d’être relayée par toutes nos radios et télévisions.

De quoi s’agit-il ? Des initiatives d’une association, les Mères pour la paix, créée en 2014, au moment de la reprise de la guerre à Gaza qui avait fait 2 200 victimes, principalement palestiniennes. Ce mouvement rassemble des femmes de toutes confessions, notamment des Israéliennes et des Palestiniennes. Elles réclament d’une même voix qu’un vrai dialogue se substitue à l’état de violence. Et elles s’engagent mois après mois pour le clamer, le hurler, le répéter.

Des Israéliennes et des Palestiniennes réclament d’une même voix qu’un vrai dialogue se substitue à l’état de violence.
En octobre 2016, elles avaient lancé la « marche de l’espoir », laquelle s’était achevée par une prière juive et musulmane prononcée par 4 000 femmes réunies à Qasr-el-Yahud, au nord de la mer Morte, mais aussi par une manifestation de 15 000 autres femmes devant la résidence de Netanyahou pour réclamer la fin du conflit. Je reprends ici les informations données par Evelyn Rottengatter de l’agence de presse internationale et multilingue Pressenza. Un film retraçant les différentes phases de cette « marche de l’espoir » a été récemment diffusé sur You- Tube. Il est accompagné d’une chanson de l’Israélienne Yael Deckelbaum, Prayer of the Mothers (« la Prière des mères »), reprise en choeur par des centaines d’Israéliennes et de Palestiniennes rassemblées pour l’occasion.

D’autres artistes des deux bords se joignent à cette chanson, interprétée par un ensemble mixte, le Choeur Rana, créé en avril 2016, dont les membres – 10 femmes juives et 10 musulmanes – chantent en hébreu et en arabe.

Dans cette vidéo joyeuse, déterminée, audacieuse, on entend un message de Leymah Gbowee, une femme du Liberia qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 2011 pour avoir contribué dans son pays à la fin d’une atroce guerre civile. S’adressant aux Mères pour la paix, elle les encourage à poursuivre la lutte. Selon elle, « la paix est possible quand des femmes intègres et décidées se lèvent pour l’avenir de leurs enfants ».

Oh, bien sûr, cela ne signifie pas que la paix soit – déjà ! – pour demain. Mais ce n’est pas en négligeant les bonnes nouvelles qui la préparent qu’on favorisera sa venue. Hélas, à part une brève mention de l’événement dans l’émission 28 minutes, sur Arte, et un court article dans Le Monde, peu de médias ont relayé cette initiative. Qu’attendent nos télévisions pour diffuser ce film ?

Cela nous changerait des blablas qui occupent – trop souvent – les antennes.

La Vie - jeudi 19 janvier 2017
 

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                          

La Croix du 16/12/2016

 

 

 

 

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 Pour les années précédentes 

des sites sont à votre disposition pour vous aider dans votre recherche

en particulier

 

celui de Lacuzon

http://www.sos-derive-sectaire.fr

 

celui de Prevensectes

http://www.prevensectes.com

 

 

 

RAPPORT 2015

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

 

 

RAPPORT 2013-2014

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport-au-Premier-ministre_2013-2014_Miviludes.pdf

 

RAPPORT 2011

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_annuel_2011_miviludes.pdf

 

RAPPORT 2010

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/ra2010_mise_en_ligne.pdf

 

RAPPORT 2009

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport2009_mise_en_ligne.pdf

 

RAPPORT 2008

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_miviludes_2008_francais.pdf

 

RAPPORT 2007

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_Miviludes_2007.pdf

 

RAPPORT 2006

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_miviludes_2006.pdf

 

 

RAPPORT 2005 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_MIVILUDES_2005-2.pdf

 

 

RAPPORT 2004 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/RAPPORT_MIVILUDES_2004.pdf

 

RAPPORT 2003 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_MIVILUDES_2003.pdf

 

 

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