QUOI DE NEUF ?

en

AVRIL 2017

 

 

 

 

et les NOUVELLES DE GAMALIEL21

 

 

POUR CONSULTER

LE MOIS PRECEDENT

 

 

POUR CONSULTER

LES ANNEES PRECEDENTES

 

16 années d'archives

 

 

 

Parole du jour 

"Le pardon ne remplace pas la justice"

Benoît XVI - 2010  

                                                 

 

 

 

                                                                                                                             

ABUS DE FAIBLESSE

AMMA

ANTISEMITISME

ARMEE DE RESISTANCE DU SEIGNEUR

AUM

BIOLOGIE TOTALE

BIRMANIE

BLUE WHALE CHALLENGE

CHARISMATIQUES

CLAN DES LOUPS BLANCS (WWK)

COMPLOTISME

CONGREGATION SAINT JEAN

CREATIONNISME

DOZULE

ECOLES

EGLISE CATHOLIQUE PRIVEE DE BANAME

EVANGELIQUES

EXTREME-DROITE

FONDAMENTALISME

FRONT NATIONAL

HAZTE OIR

HOMOPHOBIE

HONGRIE

INDE

INTEGRISME CATHOLIQUE

ISLAMISME

ISRAEL

KINESIOLOGIE

LAICITE

LEFORT François

MEDITATION

MEDJUGORJE

MORMONS

NEO-NAZISME

ORDRE DU TEMPLE SOLAIRE

PAKISTAN

PARANORMAL

PEDOPHILIE

POPULISME

RACISME

RAELIENS

SCIENTOLOGIE

SOLIDARITE ET PROGRES

SYRIE

TEMOINS DE JEHOVAH

THERIAULT Roch

TUNISIE

TURQUIE

VEGETARISME

YOGA DU RIRE

 

 

 

 

 

 

ABUS DE FAIBLESSE


Seine-et-Marne : écroué, le gourou présumé avait huit femmes sous sa coupe

Yannick N. a été mis en examen et écroué pour abus de faiblesse, escroquerie, travail dissimulé, violences, dégradations, etc. par le tribunal de Fontainebleau jeudi en milieu de journée.

Yannick N. a été interpellé mardi en milieu de journée. Une source proche du dossier parle d'un «mode opératoire de type sectaire».
Elles n’avaient plus de téléphones portables, leurs moyens de paiement étaient supprimés et elles ne pouvaient manger qu’une fois par jour. Ces huit femmes âgées d’une vingtaine d’années, chrétiennes évangéliques, une branche du protestantisme, vivaient toutes dans un appartement du centre-ville de Nemours sous la coupe de Yannick N. Ce gourou présumé, âgé de 32 ans et originaire de la République Démocratique Du Congo, est domicilié à habitant de Juvisy-sur-Orge (Essonne).

Interpellé mardi en milieu de journée, il a été déféré au tribunal de Fontainebleau, mis en examen et placé en détention provisoire jeudi midi. Yannick N. est poursuivi pour abus de faiblesse qui exploite la suggestion psychologique ou physique des personnes participant aux activités, travail dissimulé et emplois non déclarés. Mais aussi pour des escroqueries pour un montant de 8 000 € et des violences sur personne vulnérable commises en août 2016. Et enfin pour des dégradations dans une église évangélique aux Ulis (Essonne) le 25 octobre dernier. «On a affaire à un mode opératoire de type sectaire même s’il se présente plus comme un grand frère avec une autorité morale», détaille un proche du dossier.

«C’est quelqu’un de très intelligent»

Cette affaire démarre en octobre dernier au commissariat de Nemours après le dépôt de plainte d’une mère de famille. Avocate, elle explique ne plus voir sa fille depuis qu’elle s’est installée dans un appartement à Nemours. La jeune femme travaille également dans ce logement. Très vite, les enquêteurs se rendent compte que plusieurs jeunes femmes occupent le logement et travaillent toutes pour le site Internet Artistes Press. «Elles s’occupaient de la pagination, de l’entretien du site et de sa promotion», décrit un proche de l’enquête. Sous couvert d’entretiens, de portraits et d’articles d’actualité, Artistes Press présente le mouvement évangélique. Le suspect y propose d’ailleurs ses propres poèmes illustrés par de nombreux portraits de lui mais aussi des extraits de la bible et ce qui ressemble à des sermons.

«Il se présente comme un auto-entrepreneur, précise une source proche du dossier. C’est quelqu’un de très intelligent, un vrai manipulateur même s’il ne reconnaît aucune emprise sur les jeunes femmes. Il fréquentait assidûment les églises évangéliques en Essonne et en Seine-et-Marne notamment pour recruter les victimes. L’église sert de toile de fond.» Lors des perquisitions, les policiers ont saisi une quantité importante d’appareils informatiques.

Selon les enquêteurs, l’homme avait des relations sexuelles avec les jeunes femmes. Ce qu’il n’a pas nié lors de sa garde à vue : «Pour arriver à ses fins, il racontait à chaque jeune femme qu’elle était l’élue. Les autres ne savaient pas qu’il couchait avec la plupart d’entre elles.» Une femme, soupçonnée d’avoir été son bras droit et de s’occuper des autres filles quand il n’était pas là, a également été déférée ce jeudi. Mais elle n’a pas été mise en examen. Elle est ressortie libre du tribunal de Fontainebleau. «A ce stade de l’enquête, je ne peux pas parler de dérive sectaire», estime Me Mohamed Djema, l’avocat de cette femme, âgée d’une vingtaine d’années.

http://www.leparisien.fr/nemours-77140/seine-et-marne-ecroue-le-gourou-presume-avait-huit-femmes-sous-sa-coupe-30-03-2017-6811065.php
30 mars 2017

Seine-et-Marne : les voisins du gourou présumé ne s’étaient aperçus de rien
Yannick N. a été placé en détention provisoire jeudi. Il est soupçonné d'avoir tenu sous sa coupe huit femmes.
Une porte s’entrouvre sur deux femmes et un homme. «Nous n’avons rien à dire», s’excuse timidement une jeune femme d’origine africaine, avant de refermer la porte à clé. L’appartement, au nom de la société Artistes Press, était encore occupé, ce vendredi, alors que le directeur de cette publication, Yannick N., a été placé en détention provisoire, la veille. Ce Congolais de 32 ans est soupçonné d’avoir tenu sous sa coupe huit femmes, chrétiennes évangélistes, dans cet ancien restaurant du centre-ville de Nemours.

Il a été mis en examen pour abus de faiblesse, travail dissimulé et emplois non déclarés. Il lui est aussi reproché des escroqueries, des violences sur personne vulnérable et des dégradations dans une église évangélique des Ulis (Essonne). Yannick N. a été interpellé mardi, en début d’après-midi, en compagnie d’autres occupants du logement. La présence de nombreux policiers, avec véhicules et chiens, a «animé» ce quartier calme. «On pensait à des clandestins ou du travail dissimulé», confie le client du café voisin, en référence aux travaux en cours au rez-de-chaussée de l’immeuble.

«J’ai cru à une affaire de drogue ou à un trafic car la police a pris du matériel informatique. Je n’aurais jamais pensé à une telle histoire», s’étonne une salariée voisine, qui a vu un homme «habillé classe, en costume» et une femme suivre les forces de l’ordre. «Je ne les avais jamais aperçus avant.»
Des occupants très discrets
«Je ne savais même pas qu’il y avait un logement au-dessus», s’étonne une voisine. La plupart des riverains sont tombés des nus en découvrant l’affaire sur Internet ou dans les journaux. Le directeur de publication œuvrait dans une grande discrétion.

«C’était un homme très calme, très discret, qu’on voyait peu la journée», confirme un voisin. «On les voyait rarement. Si ce n’est un dimanche où j’ai aperçu plusieurs hommes et femmes sortir du bâtiment, je suppose pour aller à l’église, car ils étaient endimanchés et avaient une guitare.»

«Ce monsieur n’était pas un membre régulier de notre église», assure de son côté Dominique Surest, le pasteur de l’Église évangélique de Nemours. «Cette affaire est choquante car elle met en cause les évangélistes», désapprouve-t-il.

Nemours, ce vendredi. Le bâtiment abritait autrefois une saladerie et un restaurant. Son propriétaire, qui habite Paris, n’a pas été mis en cause.

http://www.leparisien.fr/nemours-77140/nemours-les-voisins-du-gourou-presume-ne-s-etaient-apercus-de-rien-31-03-2017-6814305.php
31 mars 2017

Soupçonnée d'abus de faiblesse après le suicide de deux de ses amants

Une quinquagénaire doit comparaître jeudi devant le tribunal correctionnel de Narbonne aux côtés de son ex-mari, soupçonné d'avoir manipulé au moins trois personnes. Deux d'entre elles, devenus ses amants s'étaient suicidées.
Elle est soupçonnée d'avoir "manipulé", pour obtenir de l'argent, deux de ses amants qui se sont donné la mort. Une quinquagénaire doit comparaître jeudi, aux côtés de son ex-mari, pour abus de faiblesse au tribunal correctionnel de Narbonne.

Le procès, qui doit s'ouvrir jeudi à 14H00, avait été renvoyé une première fois le 25 novembre 2016, suite à une demande de la prévenue, aujourd'hui âgée de 53 ans, d'être assistée par un avocat.

Le 19 juin 2005, Didier B., maçon de profession, était retrouvé mort dans sa voiture, un pistolet à la main, à Sigean (Aude). Cinq mois plus tard, c'est l'un de ses employeurs, Jean-Pierre G., qui était découvert pendu dans un hangar à Narbonne, à une vingtaine de kilomètres de là.
Endettés, angoissés, devenus très croyants
Rapidement, l'enquête montre que les deux hommes entretenaient une relation avec Yolande Moustrou, qu'ils avaient rencontrée à travers une agence matrimoniale, et que leur comportement avait changé depuis cette rencontre.

Selon leurs familles, les deux hommes étaient devenus plus angoissés, nerveux, et traversaient des difficultés financières. Alors qu'ils se disaient athées, ils étaient devenus très croyants et s'étaient mis à porter des croix ou des chapelets.

Selon l'accusation, Yolande Moustrou, qui s'était fiancée aux deux hommes, les "manipulait" avec la complicité de son ex-mari, Eric Bourceau, dans le but d'obtenir de l'argent.

Elle disait avoir une santé précaire et transmettait des messages péremptoires à ses amants, notamment par l'intermédiaire de ce dernier ; elle affirmait aussi avoir des pouvoirs de medium et pratiquait avec son entourage le reiki, une technique de relaxation japonaise.
Une autre victime refuse de porter plainte
Au fil des mois, selon les enquêteurs, les deux hommes ont donné à Yolande Moustrou, alors sans emploi, plusieurs milliers d'euros en espèces ou en biens, dont une partie était reversée à Eric Bourceau: "50 à 60.000 euros" chacun, estime ainsi Me Yann Méric, avocat des parties civiles.

Ces pratiques ont fait, selon l'accusation, au moins une autre victime, un homme qui a pourtant nié les faits et refusé de porter plainte.
Le chef de "provocation au suicide", un temps envisagé au cours de l'instruction, a fait l'objet d'un non-lieu au profit de l'abus de faiblesse.

Placée sous contrôle judiciaire, tout comme son ex-mari, la prévenue pourrait ne pas se présenter au procès ni être représentée, craignent les avocats des autres parties. Au cours de l'enquête, cette dernière avait déclaré que c'était sur l'idée de son ex-mari qu'elle avait rencontré des hommes à travers une agence matrimoniale dans le but d'obtenir de l'argent.
Veuve noire
Une expertise psychiatrique avait conclu à des troubles pyschologiques, mais sans altération du discernement.

"Elle était passée maître dans la manipulation", estime Me Méric, qui parle d'une "veuve noire" ayant "empoisonné" les deux hommes. Le procès "va être très frustrant" pour la famille de Didier B., craint-il: "il n'y aura pas toutes les réponses".
"Mon client a toujours reconnu les faits", souligne Me Philippe Calvet, avocat d'Eric Bourceau, aujourd'hui âgé de 55 ans, "même s'il est évident qu'il est lui aussi une des victimes de cette dame. Il était sous son emprise, incontestablement", a-t-il assuré.

http://www.bfmtv.com/police-justice/soupconnee-d-abus-de-faiblesse-apres-le-suicide-de-deux-de-ses-amants-1135416.html
04/04/2017

 






 

 

 


 

 

 

 

AMMA


Amma, l’empire du câlin

Engouement pour une gourou indienne
Honorée par les Nations unies, invitée par le pape François, célébrée par les médias du monde entier, la gourou indienne Amma attire les foules, inspire les artistes et côtoie les plus grands dirigeants de la planète grâce à ses câlins prodigués à la chaîne lors d’événements de masse. Elle fait escale en France ce mois-ci.
De l’encens se dissipe dans l’atmosphère. Des musiciens entonnent des chants spirituels indiens hypnotiques. Et, au-dessus des têtes, tel un slogan, s’impose une immense inscription en lettres majuscules : « Étreindre le monde » — la traduction du nom de l’organisation internationale Embracing the World (ETW), personnifiée par sa cheffe religieuse, Mme Mata Amritanandamayi, plus connue sous le nom d’Amma (« maman » en hindi). Sous l’œil vigilant de ses gardes du corps patibulaires, Amma, vêtue d’un sari immaculé, est assise en tailleur sur un petit trône autour duquel se serrent, extasiés, ses dévots. Au cœur du Zénith Oméga de Toulon, plusieurs milliers de personnes patientent afin de se traîner, à genoux sur les derniers mètres, contre la poitrine de cette gourou indienne originaire de l’État du Kerala. Toutes sont venues recevoir le darshan, l’étreinte d’Amma devenue le symbole de son organisation. Celle-ci revendique plus de trente-six millions de personnes enlacées dans le monde.
La scène se passe en novembre 2015, en France, où la « mère divine » se rend tous les ans (1) depuis 1987 dans le cadre de sa tournée mondiale. Mais les foules sont tout aussi denses en Espagne, en Allemagne, en Suisse, aux Pays-Bas, en Finlande, en Italie, au Royaume-Uni, en Israël ou en Amérique du Nord. De juin à juillet 2016, l’« Amma Tour » a fait étape à Seattle, San Ramon, Los Angeles, Santa Fe, Dallas, Chicago, New York, Boston et Washington, avant Toronto et Tokyo.
Multinationale du câlin, ETW impressionne par sa rigueur logistique. Partout où passe la caravane d’Amma, de gigantesques cuisines industrielles mobiles, dignes d’une intendance militaire, entrent en action. Des centaines de bénévoles travaillent aux fourneaux ; d’autres servent et vendent des repas indiens végétariens par milliers, tandis qu’Amma, sur son trône, reproduit inlassablement le même geste : elle enlace tous ceux qui détiennent un bon, délivré gratuitement, permettant de recevoir le darshanaprès plusieurs heures d’attente. Des volontaires de l’organisation sont chargés de gérer la foule considérable, aux origines sociales hétéroclites, venue se faire câliner. Passant leur main au niveau de la nuque de celle ou celui dont c’est le tour, les bénévoles fluidifient la chaîne continue de câlins et interviennent immédiatement si une erreur vient enrayer le flux tendu de tendresse.
Amma, qui ne parle que le malayalam (langue dravidienne parlée notamment dans le Kerala), susurre néanmoins à chaque individu enlacé un « Mon chéri », mot doux dont les traductions se déclinent en fonction des espaces linguistiques qu’elle visite. Sur toute la Terre, Amma usine son câlin standard avec une rigueur dans l’exécution des tâches que n’aurait pas reniée Frederick W. Taylor : ouverture des bras ; enveloppement de l’inconnu ; bercement de dix secondes ; remise à chaque être câliné d’un pétale de rose, d’une pomme ou d’un bonbon. Ces séances d’étreintes de masse se prolongent plusieurs heures durant.
Au sein de l’immense espace de spectacle consacré au rituel, où chacun déambule pieds nus après l’étreinte, il est aisé d’observer que certains sont soudainement pris d’une forte émotion, sanglotent et parfois s’effondrent en larmes. « Ce que je ressens est indescriptible. Amma, c’est l’amour pur », témoigne une jeune secrétaire célibataire au chômage dont les joues luisent. « Amma m’a donné plus d’amour que mes propres parents », ajoute un ingénieur informatique. « Dans ce monde de fous, cela fait du bien de couper, de se retrouver avec Amma et de se recentrer sur soi », commente encore une mère, auxiliaire puéricultrice, venue avec sa fille. Toutes deux ont attendu trois heures et demie afin de pouvoir venir s’agenouiller contre Amma.
« Beaucoup d’individus de nos sociétés modernes, profondément narcissiques, sont en quête permanente d’eux-mêmes. À l’approche d’Amma, un véritable processus d’idéalisation se met en place,observe, à quelques mètres de la gourou, la psychologue Élodie Bonetto. Amma, le “leader”, peut alors incarner l’idéal de l’individu, dont la dévotion s’explique le plus souvent par son désir d’être reconnu comme exceptionnel. Trois profils types se dégagent : l’adepte socioaffectif, en quête de réconfort et de sociabilité ; l’adepte utilitariste, en quête de réalisation de soi ; et l’adepte flexible, qui se situe entre les deux. »
Si ETW fait office de fédération des filiales qui se consacrent aux tournées d’Amma, la maison mère s’appelle Mata Amritanandamayi Math (M. A. Math). Cette entité a reçu en juillet 2005 le statut d’organisation non gouvernementale (ONG) consultative auprès du Conseil économique et social de l’Organisation des Nations unies (ONU). Trois ans auparavant, l’ONU avait décerné à Amma son prix Gandhi-King pour la paix et la non-violence, qu’elle avait auparavant attribué à M. Kofi Annan, son ancien secrétaire général, ou à Nelson Mandela. Depuis, Amma s’est régulièrement exprimée à la tribune des Nations unies. En décembre 2014, assise à la gauche du pape François, elle signait à la cité du Vatican une Déclaration universelle des chefs religieux contre l’esclavage.
En 2015, dans le cadre de la préparation de la 21e conférence des Nations unies sur le climat (COP 21), l’écologiste Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République, fut chargé de réunir cinquante autorités morales et spirituelles ; Amma fut solennellement invitée à participer aux échanges à l’Élysée. La « mère divine » a envoyé un message vidéo et dépêché son bras droit, le swami (religieux) Amritaswarupananda, vice-président de l’organisation, qui a ainsi pu poser pour une photographie-souvenir en compagnie de M. François Hollande. Amma est allée jusqu’au Congrès des États-Unis pour y câliner des figures du Parti démocrate.
Les vedettes Marion Cotillard, Sharon Stone, Jim Carrey ou Russell Brand ont déjà reçu le darshan. « Elle m’a pris dans ses bras et on est restés comme ça. On régresse, il y a quelque de chose de fœtal. La dernière fois qu’on a eu ça, c’est dans les bras de sa mère. C’est comme un très joli bain chaud », témoigne l’acteur Jean Dujardin (2), qui a joué aux côtés d’Amma dans une récente fiction cinématographique intitulée Un plus une. La gourou, dans son propre rôle de « déesse », y accomplit des miracles. « Mes cinquante premiers films ont simplement servi à préparer [celui-ci] (3) »,considère le réalisateur, Claude Lelouch. « Amma est peut-être la personne qui m’a le plus épaté dans ma vie et qui m’a donné encore plus de plaisir que mes oscars et ma Palme d’or (4). »
Reconnaissance internationale, invitations prestigieuses, florilège de personnalités enlacées en quête d’exotisme ou de réconfort… Amma peut compter sur un très fort capital symbolique doublé d’un vaste réseau diplomatique. Elle apparaît ainsi au-dessus de tout soupçon aux yeux des médias, qui la qualifient fréquemment de « grande figure humanitaire » ou de « sainte indienne ». Selon la prolixe littérature d’ETW, Mme Amritanandamayi aurait eu la peau bleue à sa naissance, comme celle du dieu Krishna. Lors de sa mise au monde, Amma n’aurait ni pleuré ni crié, et se serait contentée d’un sourire. Capable de parler à l’âge de 6 mois, elle aurait également accompli plusieurs miracles, notamment en embrassant un cobra qui terrorisait son village natal. Face à des incrédules rationalistes, Amma aurait transformé de l’eau en lait. En léchant les plaies d’un lépreux, elle l’aurait guéri. Ces miracles, qui la mettent en concurrence avec d’autres figures des principales religions pratiquées à la surface du globe, sont tous consignés au sein d’ouvrages édités au Kerala par ETW. La liste des actes extraordinaires accomplis par Amma fluctue en fonction des années d’impression, des langues de traduction ou des initiatives de réécriture par les cadres de l’organisation.
Sachets de basilic ou de poudre de santal « sacrés » bénits par Amma, tee-shirts d’ETW, posters de la gourou, livres pour enfants, guides de médecine ayurvédique proposant de soigner le cancer, disques de chants, DVD de prière, guirlandes, arbustes, grigris, cristaux « générant l’abondance », cailloux « énergétiques », colliers en laiton, huiles essentielles, cierges… Dans la salle du darshan où la foule se presse, d’innombrables produits dérivés sont proposés à la vente. Les tiroirs-caisses s’y remplissent à rythme soutenu. La poupée à l’effigie d’Amma coûte 90 euros. « Si vous souhaitez recevoir un darshan, mais que vous êtes loin d’Amma, vous pouvez câliner la poupée », explique très sérieusement une vendeuse. Ce poupon est notamment utilisé par les dévots les plus fidèles, ceux qui travaillent bénévolement aux tournées d’Amma et pour qui la réception du darshan est limitée par des quotas, afin qu’ils n’abusent pas des câlins gratuits. Sur Internet, le « Amma Shop » propose également des cosmétiques biologiques,des compléments alimentaires de « désintoxication purifiante », les œuvres complètes d’Amma, des statues ou étoffes de décoration d’intérieur, des autocollants, des porte-clés, des Thermos… autant de marchandises qui seraient des fétiches parés de l’amour d’Amma. Et ce parce qu’ils permettraient, selon les attachés de presse d’ETW, le financement d’« œuvres humanitaires ». En plus de ses activités de restauration et de négoce, l’organisation recueille des dons grâce aux nombreux troncs disséminés lors des événements internationaux. « L’amour d’Amma est gratuit, inconditionnel. C’est donc à chacun de décider de ce qu’il veut donner en fonction de ce qu’il a reçu d’Amma », précise une de ses représentantes.
Travailleurs bénévoles et gros profits
Les bénéfices cumulés sont réalisés grâce à une main-d’œuvre gratuite de plusieurs centaines de travailleurs. Un passage d’Amma dans une localité entraîne la réservation complète de son parc hôtelier, parfois plusieurs semaines avant l’arrivée de la gourou. Chaque déplacement de la « mère divine » engendre celui des « enfants d’Amma ». Ces centaines de dévots de toutes nationalités suivent, à leurs frais, celle qu’ils nomment « la déesse » afin de pouvoir travailler bénévolement aux multiples tâches qu’implique une tournée internationale digne des plus grandes vedettes de l’industrie culturelle. Parmi eux, une surreprésentation de femmes célibataires sans emploi, prêtes à dormir à même le sol si leurs économies ou leurs minima sociaux ne leur permettent pas de s’offrir un hébergement. C’est le cas à Toulon, où, au mépris des règlements de sécurité incendie, de très nombreux adeptes couchent chaque année dans des couloirs ou des coins dérobés du Zénith Oméga.
Rejoindre la tournée européenne coûte près de 1 500 euros aux volontaires qui souhaitent emprunter les autocars de l’organisation ; certains s’endettent pour pouvoir les payer. Ils sont alors vêtus intégralement de blanc, identifiés par un badge et considérés comme des membres à part entière d’ETW. Les repas végétariens et l’hébergement restent à leur charge. Les bénévoles les plus pauvres mangent avec parcimonie. « Beaucoup s’épuisent et s’appauvrissent, témoigne Mme Amah Ozou-Mathis, ancienne adepte qui a participé aux tournées européennes durant cinq ans. Les journées débutent très tôt par des mantras et la récitation des cent huit noms d’Amma. Elles continuent par un travail considérable et s’achèvent par des cérémonies rituelles où beaucoup entrent en transe, qui finissent très tard. Le plus souvent, on ne dort que trois ou quatre heures par nuit. »
Des outils de communication d’excellente facture graphique, parmi lesquels d’immenses cubes en carton où figurent des photographies d’hôpitaux, d’écoles ou d’enfants des rues, ne cessent d’asséner aux badauds que tous les bénéfices réalisés permettent le financement d’actions caritatives en Inde. Le luxueux kit de presse remis aux journalistes soigne une image de paisible ONG bienfaitrice de l’humanité. Ces éléments de langage sont ensuite relayés sans discernement par des centaines de supports d’information du monde entier, dont les reportages évoquent, depuis plus de trente ans, l’ambiance des tournées d’Amma ainsi que les « émotions » ressenties par le journaliste ayant reçu le darshan — un classique du genre.
En France, où Amma et son organisation font l’objet d’une vénération de la part des médias, le coup d’envoi a été donné en 1994 par Libération, avec un article intitulé « Amma, Mère divine aux 500 câlins quotidiens ». Après quoi les recensions se sont multipliées de manière exponentielle. « D’une simple étreinte, Amma console des milliers d’adeptes » (Le Figaro,5 novembre 2014) ; « Amma, la mère de tous les câlins » (Le Nouvel Obs, 2 novembre 2013) ; « Amma, la gourou indienne qui répand l’amour par ses étreintes » (20 minutes, 1er novembre 2012) ; « Les miracles d’Amma » (Figaro TV, 6 novembre 2013) ; « J’ai reçu l’étreinte d’Amma, prêtresse de l’amour » (Femme actuelle,5 novembre 2014) ; « J’ai reçu le “darshan” » (Le Figaro Madame,24 octobre 2012) ; « Amma : la prêtresse de l’amour » (M6, 6 novembre 2006) ; « Cinq raisons d’aller se faire câliner par Amma » (Var Matin, 3 novembre 2015). Les évocations louangeuses, qu’elles proviennent de médias en ligne, du Parisien,de Direct Matin, de Psychologies, du Monde des religions, de chaînes telles que LCI ou France 2, des ondes de Radio France ou de stations privées, pourraient toutes être résumées par ce propos de la journaliste Elisabeth Assayag sur Europe 1 : « Amma, c’est une sorte de grande sage, une grande âme comme on dit en Inde, qui passe sa vie à réconforter et inonde de compassion ceux qu’elle approche » (22 octobre 2015).

Ce n’est toutefois que l’un des innombrables mantras médiatiques qui s’élèvent sur tous les continents afin de chanter la gourou. Du Liban à la Jamaïque, du Japon au Canada, de la télévision italienne aux centaines d’articles de presse en Amérique du Nord, les préceptes singuliers d’Amma sont présentés avec bienveillance, et ce d’autant plus qu’ils émaneraient d’une « figure religieuse hindoue ». Amma conteste dans ses ouvrages la prétention de l’individu à comprendre le monde et à le changer : « Jusqu’à ce que vous compreniez que vous êtes impuissant, que votre ego ne peut pas vous sauver et que toutes vos acquisitions ne sont que néant, Dieu ou le gourou créera les circonstances nécessaires pour vous faire comprendre cette vérité (5). » Elle prône le retrait intérieur, somme toute classique, estimant que « si Dieu fait partie de notre vie, le monde suivra. Mais si nous faisons passer le monde en premier, Dieu ne suivra pas. Si nous embrassons le monde, Dieu ne nous embrassera pas ». Il importe de ne pas s’encombrer l’esprit d’un entendement trop remuant : « Efforçons-nous de vider l’intellect des pensées inutiles et de remplir notre cœur d’amour. » Et ce afin de soutenir Amma dans l’accomplissement de sa tâche de dirigeante d’ONG : « La mission d’Amma en cette vie est d’éveiller l’énergie divine infinie, innée, présente en chacun de nous, et de guider l’humanité sur le juste chemin du service et de l’amour désintéressés. » Cette vision messianique sature l’espace médiatique international depuis près de trois décennies. Darshan. L’étreinte, film « documentaire » hagiographique consacré à Amma, réalisé par Jan Kounen, présenté hors compétition au Festival de Cannes en 2005, fut diffusé la même année en première partie de soirée sur Arte.
Des milliers d’articles et de reportages assènent sans relâche qu’ETW serait une « ONG caritative ». Et ses sites Internet proposent bien des photographies de « réalisations humanitaires », ainsi que des clichés où l’on aperçoit l’ancien président américain William Clinton tenant un chèque de 1 million de dollars signé Amma afin de venir en aide aux victimes de l’ouragan Katrina, qui avait frappé la Louisiane en 2005. Mais l’organisation n’a jamais jugé pertinent de publier son budget global détaillé, et ce qu’il s’agisse de ses recettes, de ses dépenses ou de ses frais de fonctionnement. Une fois amortie la location des gigantesques salles, les bénéfices des journées d’exploitation de la tournée mondiale se chiffrent quotidiennement en dizaines de milliers d’euros — la prodigalité des individus ayant reçu le darshan étant d’autant plus grande qu’ils ont une confiance aveugle dans les œuvres d’Amma.
Liens avec le nationalisme hindou
« Non, l’empire d’Amma n’a rien d’une ONG caritative, affirme M. Sanal Edamaruku, qui vit en exil en Finlande, où il préside l’Association des rationalistes indiens. Amma, c’est une entreprise, un “business” sale. On peut ajouter Amma à la longue liste des charlatans qui sévissent en Inde. La plus parfaite opacité règne quant à la destination exacte des fonds collectés lors de ses tournées. » Nous avons pu consulter des documents officiels émanant du ministère de l’intérieur indien, ainsi que des déclarations fiscales d’une branche américaine de l’organisation d’Amma. Le recoupement des déclarations officielles des deux entités juridiques, rassemblées sur plusieurs années, montre qu’elles ne coïncident absolument pas : les sommes que la maison mère déclare avoir reçues s’avèrent très largement inférieures aux sommes que la filiale américaine déclare lui avoir versées. Où est passée la différence ? Plus surprenant encore : pour l’année 2012-2013, M. A. Math aurait touché 219 millions de roupies d’intérêts bancaires, soit près de 2,9 millions d’euros. Une « organisation humanitaire » remplissant des cassettes afin de faire travailler son argent ? Les attachés de presse d’ETW se refusent à tout commentaire.
Le personnage d’Amma clive la société indienne depuis 1998, année où M. T. K. Hamza, dirigeant communiste de l’État du Kerala, a tenu publiquement des propos critiques à l’égard de la gourou. Ceux-ci ont déclenché les foudres du Bharatiya Janata Party (BJP), la grande formation nationaliste hindoue, qui a répliqué par des protestations de masse. L’Australienne Gail Tredwell, ancienne disciple et secrétaire particulière d’Amma pendant plus de vingt ans, a quant à elle publié un livre (6) en octobre 2013. Elle y raconte comment Amma est passée, en trente ans, du statut de gourou locale au rang de vedette internationale. Dénonçant des « malversations » et des violences, parmi lesquelles des viols, au sein de l’organisation, elle souligne les liens étroits existant entre Amma et le pouvoir politique nationaliste hindou. La multinationale du câlin est parvenue à obtenir l’interdiction pour « blasphème » de ce livre dans l’État du Kerala. Dès 1985, l’ouvrage de l’ex-policier Sreeni Pattathanam, qui évoquait des morts suspectes survenues dans l’ashram d’Amma, avait été lui aussi censuré pour « blasphème » — son auteur est aujourd’hui le secrétaire régional pour le Kerala de l’Association des rationalistes indiens. Plus récemment, une librairie indienne ayant édité un livre d’entretiens avec Mme Tredwell a été vandalisée par des disciples d’Amma, qui ont laissé sur place une banderole appelant à l’arrêt des critiques contre leur gourou.
Cela n’empêche pas l’essor de l’influence d’Amma en Inde, où l’anniversaire de la « mère divine » est devenu un événement de la vie politique. Tous les 27 septembre, cette célébration peut rassembler jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de personnes. Elle s’accompagne d’une cérémonie évoquant l’ouverture des Jeux olympiques : les dévots de tous les pays sont conviés à venir parader vêtus de costumes traditionnels de leurs pays respectifs ; les délégations arborent les drapeaux de toutes les nations du monde. En 2003, lors du cinquantième anniversaire d’Amma, célébré au stade Nehru de Kochi (Kerala), la multinationale a mobilisé plus de 2 500 autocars et réservé la totalité des chambres d’hôtel dans un rayon de quinze kilomètres autour du stade, décoré pour l’occasion en ashram, et ce afin d’accueillir plus d’une centaine de milliers de personnes. Le 27 septembre 2015, ce fut à l’ambassadeur de France en Inde, M. François Richier, d’être convié aux festivités : « C’est un grand honneur d’être parmi vous aujourd’hui à l’occasion de l’anniversaire de notre Amma bien-aimée, a-t-il déclaré en présence du premier ministre indien Narendra Modi et du président du BJP Amit Shah. Les pensées et la sagesse d’Amma nous éclairent sur des problèmes-clés d’aujourd’hui, par exemple sur le moyen de construire la paix entre les pays ou les peuples, mais aussi sur des questions qui nous concernent tous, telles que l’éducation ou le changement climatique. »
« Attention ! Si Amma construit bel et bien en Inde des infrastructures — hôpitaux, écoles, universités — dont on retrouve des photographies dans sa propagande, il ne faut pas se leurrer, avertit M. Edamaruku. Le plus souvent, ce sont des établissements privés, destinés à générer du profit, qui permettent à son organisation de s’institutionnaliser et d’asseoir un peu plus son pouvoir. » Vantée lors des tournées comme l’initiatrice de grandes réalisations caritatives, ETW est aujourd’hui à la tête d’un réseau d’universités et d’un hôpital universitaire, regroupés sous le label « Amrita », qui comptent plus de 18 000 élèves. Le clip de présentation de ce réseau s’enorgueillit de ses 23 centres de recherche scientifique, à l’origine de 51 brevets. L’institution présidée par Amma figure en tête de multiples classements internationaux et noue de nombreuses collaborations avec des universités européennes et nord-américaines. Formation en aérospatiale, chimie, génie civil, informatique, électronique, mécanique, médecine, biotechnologies : les bras d’Amma enlacent toutes les disciplines où la concurrence globalisée fait rage.
Financée grâce aux oboles des dévots du monde entier, l’université s’avère très prisée de la bourgeoisie indienne. Le cursus permettant de devenir médecin coûte 144 000 dollars. Certes, les étudiants les plus pauvres peuvent y avoir accès, mais à condition de souscrire un emprunt. Servant de supports publicitaires lors des tournées d’Amma, ces multiples réalisations permettraient également, selon Mme Tredwell, d’offrir des soins médicaux et des formations universitaires gratuites aux familles de dirigeants politiques nationalistes hindous.
En juillet 2014, au Parlement européen, la branche jeunesse de l’organisation, Amrita Yuva Dharma Dhara (Ayudh), a réuni autour d’elle les députés Frank Engel (Luxembourg), Deirdre Clune (Irlande), Miltiadis Kyrkos (Grèce) et Jani Toivola (Finlande). À la pointe de la défense des intérêts d’Amma en Europe, Ayudh participe à la campagne de la jeunesse du Conseil de l’Europe « contre le discours de haine en ligne » par « l’éducation pour les droits de l’homme » et a déjà reçu des financements du Fonds européen pour la jeunesse. La Commission européenne, quant à elle, soutient financièrement les événements religieux d’Ayudh, dont les programmes se divisent en temps de prière et d’initiation à l’art-thérapie ou à la permaculture, tous placés sous l’égide de la gourou du Kerala.
La ferveur d’une commissaire européenne
Amma peut d’ailleurs compter sur un relais politique majeur en la personne de Mme Martine Reicherts, l’actuelle directrice générale pour l’éducation et la culture de la Commission européenne, professeure de yoga au Luxembourg, qui n’a cessé ces dernières années de la louer publiquement. Sur le site Internet d’Ayudh, elle pose, joviale, parmi de jeunes dévots, et elle figure sur les brochures de l’organisation de jeunesse que la Commission subventionne.
Le 21 octobre 2014, alors qu’elle était commissaire européenne à la justice, elle est même venue à la rencontre d’Amma à Pontoise (Val-d’Oise) durant le rassemblement de masse annuel. Sur la vidéo de l’événement, on voit la gourou indienne lancer des pétales à la tête de la commissaire. Celle-ci s’approche alors du trône où elle siège et, lui passant un collier de fleurs autour du cou, l’enlace, très émue, puis s’agenouille devant elle. Elle joint ensuite ses mains en signe de révérence et incline totalement sa tête afin que son front touche les genoux d’Amma. Quand elle se lève enfin, c’est pour prendre la parole à la tribune et s’adresser solennellement aux milliers de personnes présentes : « J’exerce les fonctions de commissaire, c’est-à-dire l’équivalent de la fonction de ministre européenne de la justice, et je tenais, dans ce monde désacralisé, à venir témoigner de mon attachement, pas en tant que disciple, pas en tant qu’élève (…). Nous vivons dans un monde où nous avons besoin de spirituel, où nous avons besoin de valeurs, et nous avons aussi besoin d’oser. Grâce à Amma, je me suis rendu compte que le concret, le quotidien, le politique, pouvait mener au spirituel. Nous l’avons trop souvent oublié dans notre société, et notamment en Europe. »
Dans le cadre du programme « Jeunesse en action », plus de 243 000 euros de subventions ont déjà été versés par la Commission européenne à des organisations de jeunesse d’Amma. Un soutien financier auquel s’ajoutent de profonds sentiments d’affection, comme l’atteste la conclusion de la représentante des citoyens de l’Union européenne ce soir-là : « Amma, je vous aime. »

(1) Après un passage par Pontoise (Val-d’Oise) du 26 au 28 octobre 2016, Amma est annoncée à Toulon du 7 au 9 novembre 2016.
(2) « Jean Dujardin rencontre Amma : “Une Gandhi au féminin” », Europe 1, 4 décembre 2015.
(3) Ammafrance.org, 19 janvier 2014.
(4) « “Amma est la personne qui m’a le plus épaté dans ma vie” », Paris, 18-20 octobre 2015, www.etw-france.org
(5) www.amma-europe.org
(6) Gail Tredwell, Holy Hell : A Memoir of Faith, Devotion, and Pure Madness, Wattle Tree Press, Londres, 2013.
Lire aussi le courrier des lecteurs dans le numéro de janvier 2017.

Le Monde diplomatique de Novembre 2016
 

 

 


 

 

 

 

ANTISEMITISME


Le Pen salarie pour sa campagne un ami accusé d’antisémitisme

Frédéric Chatillon, ami de Marine Le Pen, prestataire de ses campagnes depuis plusieurs années et accusé récemment d’antisémitisme par plusieurs témoignages, est salarié de la campagne présidentielle FN, selon le Canard enchaîné. D’après l’hebdomadaire satirique, M. Chatillon est depuis le 2 novembre chargé de mission dans la campagne de Marine Le Pen pour 2 550 euros brut mensuels pour un mi-temps. « Oui, je confirme », a affirmé l’ancien patron dans les années 1990 du Gud, syndicat étudiant « antisioniste » et « anticapitaliste » d’extrême droite.

Le Bien Public du 22.03.2017
 

 

 


 

 

 

 

ARMEE DE RESISTANCE DU SEIGNEUR


Enfants-soldats, la vie après

Plus de dix ans après Les Bienveillantes, Jonathan Littell livre un documentaire intense sur d’anciens enfants-soldats africains, en quête d’un avenir par-delà l’horreur commise et vécue.
Wrong Elements **
de Jonathan Littell
Documentaire franco-germano-belge, 2 h 13
Présenté hors compétition lors du dernier Festival de Cannes, Wrong Elements est de ces œuvres qui vrillent pour longtemps l’esprit du spectateur. Son signataire n’est autre que l’auteur des Bienveillantes, prix Goncourt 2006, objet de controverses et immense succès de librairie avec plus de 900 000 exemplaires vendus en France. Jonathan Littell – fils de l’écrivain américain Robert Littell – y détaillait de manière précise l’horreur nazie, en se glissant dans la tête d’un ancien officier SS.
Après d’autres écrits moins exposés – dont un ouvrage sur le peintre Francis Bacon –, le voici qui resurgit, avec un film cette fois, toujours hanté par les visages de l’abomination, cette insondable pulsion qui rend le mal « fondamentalement incompréhensible ». Ancien travailleur humanitaire, Jonathan Littell poursuit sa douloureuse exploration sans chercher de réponses – « je suis tout à fait athée », clarifie-t-il d’emblée. Visant seulement à « poser des questions moins mauvaises que les précédentes », il se tourne vers l’Afrique, vers l’Ouganda et le Soudan du Sud, accompagnant plusieurs rescapés de la LRA, l’armée « de résistance du Seigneur » créée à la fin des années 1980 par le rebelle ougandais Joseph Kony. Les troupes de choc de ce roitelet sanguinaire, recherché par la Cour pénale internationale, étaient principalement constituées d’enfants enlevés, réduits en esclavage et transformés en assassins. Parmi les figures auxquelles s’attache le documentariste émerge celle de Nighty, soustraite à 13 ans à sa famille et « donnée » à Kony dont elle a eu un enfant. Ainsi que celle de Geofrey, capturé au même âge, échappé du bush à 16 ans après avoir versé beaucoup, beaucoup de sang. Au total, on estime que plus de 25 000 enfants ont été enlevés par la LRA en vingt-cinq ans.
Wrong Elements suit ces deux-là, et quelques autres rescapés, dans leur tentative pour s’inventer un futur en dépit de ce qui continue à les hanter. Jonathan Littell et son équipe les filment dans leur quotidien, leurs petits boulots, recueillent leurs aspirations, les accompagnent pour un retour vers les lieux du cauchemar. Y compris lorsque s’engage un processus de demande de pardon, sur le lieu même d’un terrible massacre.
Il résulte de cette démarche un film évidemment éprouvant, dérangeant, fiévreux, vertigineux dans l’aperçu qu’il donne de l’abîme, mais aussi éclairé çà et là par un apaisement entraperçu. Par un juste retour des choses, Jonathan Littell aide à la scolarisation des enfants de Nighty, ainsi que Geofrey qui a repris des études pour devenir professeur de biochimie. Il a lancé un programme de financement participatif (1) : « Un avenir pour les anciens enfants-soldats ».
(1) Sur KissKissBankBank.com
 

La Croix du 22.03.2017

 


 

 

 

 

AUM


22 ans après, le Japon n’oublie pas l’attaque au gaz sarin

Aujourd’hui le Japon commémore un triste évènement : l’attaque au gaz sarin des métros de Tôkyô il y a 22 ans faisant 13 morts et plus de 6 000 blessés. Retour sur la plus grave attaque meurtrière commise au Japon depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

Le 20 mars 1995, à 7h55, cinq individus pénètrent dans les wagons de trois lignes de métro de Tôkyô : Chiyoda, Marunouchi et Hibiya. A 8h, en pleine période de pointe du métro dans la capitale, les individus percent des poches contenant du liquide, qu’ils ont apporté avec eux, grâce à la pointe d’un parapluie. Quinze minutes plus tard environ, alors que ces trois rames de métros se dirigent vers la station Kasumigaseki, quartier de l’administration centrale et des ministères du pays, les usagers du métro commencent à subir les effets du gaz sarin : principalement des troubles oculaires, nausées, maux de tête voire troubles respiratoires ou encore convulsions… Ils sont intoxiqués. C’est la panique et les usagers du métro affluent vers les hôpitaux environnant. D’autres, plus gravement atteints, décèdent. Jusqu’alors les autorités n’ont aucune idée de la cause de ces intoxications, on évoque dans un premier temps une intoxication au monoxyde de carbone, avant mettre en cause le gaz sarin 3 h plus tard. Pourtant l’attaque du métro tokyoïte n’est pas la première du genre, bien que la plus médiatisée car elle s’est déroulée dans la capitale et était de plus grande ampleur. En effet, il y a eu un précédent puisque la secte Aum avait lâché le gaz sarin dans un parking de supermarché résidentiel de la ville de Matsumoto, département de Nagano, dans la nuit du 27 au 28 juin 1994 faisant 7 morts et 200 blessés intoxiqués. Mais l’implication de la secte Aum dans ce premier attentat n’est avéré qu’après l’attaque de Tôkyô. L’attaque du 20 mars 1995 est la plus grand attaque meurtrière dans ce pays depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

C’est pourtant 20 ans plus tard que l’affaire semble se clôre. En effet, si l’implication de la secte dans l’attentat du 20 mars 1995 semble plus qu’avérée, c’est en raison d’un lourd passif d’activités criminelles commis par plusieurs membres de la secte comme des enlèvements, séquestration et meurtres sur lesquelles la police enquête. Si son chef, Shôkô ASAHARA, Chizuo MATSUMOTO de son vrai nom, a été arrêté dès mai 1995 et condamné à mort par pendaison en 2004, -il attend toujours dans le couloir de la mort, c’est en 2012, soit 17 ans après les faits, que le dernier membre et complice recherché, Katsuya TAKAHASHI, est enfin arrêté, et en 2016, le dernier procès en appel d’un de ses membres a été rejeté, mettant un point final aux procès entourant l’attaque du métro de Tôkyô. Au final, ce sont ainsi 12 membres de la secte, en plus de son gourou, qui sont condamnés à mort en raison des crimes commis au nom de la secte (en tout 200 membres environ ont été arrêtés et condamnés à des peines différentes pour d’autres délits). Sans oublier que lors de l’enquête qui a suivi l’attaque du métro de Tôkyô, le Japon apprend que la secte prévoyait deux nouveaux attentats la même année : l’un au cyanure le 5 mai 1995 qui a été évité de justesse dans le métro de Shinjuku et qui aurait pu faire des milliers de morts, le second à Kamakuishiki près du Mont Fuji à proximité d’un des centres de la secte où la police découvre 50 membres de la secte abandonnés, attachés et affamés auprès de qui se trouvaient de quoi produire 50 tonnes de gaz sarin, de quoi tuer 4 à 6 millions de personnes. D’autres révélations mettront plus de temps à venir, puisque la presse japonaise dévoilait en 2015 que la secte Aum prévoyait une autre attaque le même jour de l’attaque des métros, dans un poste de police et non des moindres puisqu’était visé le poste de police d’Osaki, en charge d’une enquête sur des membres de la secte Aum à l’époque. La secte prévoyait donc une autre attaque au gaz sarin afin de ralentir l’enquête, une attaque heureusement avortée grâce au renforcement de la sécurité aux alentours suite à un coup de fil menaçant quelques jours auparavant. Plus effrayant, c’est qu’après l’attentat, le pays découvre que non seulement la secte était impliquée dans d’autres affaires criminelles, en plus de ces attentats, mais elle avait surtout des connexions mondiales en atteste la tentative de procuration du virus Ebola en Afrique, ou des expériences chimiques faites dans un ranch détenu par la secte Aum Shinrikyo en Australie, mais aussi en Russie où la secte comptait en 1995 environ 30 000 adeptes.

22 ans plus tard, les Japonais continuent à commémorer les victimes de cette attaque, notamment dans la station de Kasumigaseki ce 20 mars 2017 en présence de 21 officiels représentant le métro de Tôkyô, où les personnes présentes ont observé une minute de silence pour les victimes. Il faut comprendre que 22 ans plus tard, cet attentat a toujours des conséquences importantes sur ses victimes, tant sur un plan physique, -50 individus intoxiqués souffriraient de troubles permanents, que sur un plan moral, -vingt ans après certains sont toujours angoissés à l’idée de prendre le métro. Et pour ne rien oublier de ce drame, le responsable de la station Kasumigaseki, qui, présent aux commémorations, veut continuer à raconter ce qui s’est passé aux nouveaux employés, - deux employés de métro sont décédés le 20 mars 1995, victimes du gaz. Mais toutes les affaires criminelles dans lesquelles la secte est impliquée démontre surtout les ravages d’une secte, qui sous couvert de préceptes religieux n’hésite pas à organiser des attentats, et encore aujourd’hui les raisons de ces attentats demeurent difficiles à comprendre : un besoin de créer le chaos ? Volonté de déstabiliser la politique ? Et comment Shôkô ASAHARA a-t-il pu convaincre autant d’adeptes à le suivre aveuglément ? Depuis cette attaque, les proches des victimes souhaitent surtout convaincre les plus jeunes afin qu’ils comprennent la réalité, les conséquences de rejoindre une secte et de suivre les idéologies d’un seul homme. D’autant que les adeptes de la secte Aum Shinrikyô restent persuadés du bien-fondé des préceptes initiaux (soit avant que la secte ne se mette à organiser des activités criminelles), car si la secte s’est scindée en deux à partir de 1999 : Aleph et Hikari no wa, elle compterait toujours au total 1 500 adeptes. Ces derniers sont surveillés par l'Agence d’investigation de sécurité publique (agence gouvernementale japonaise de renseignement) jusqu’en janvier 2018 –une surveillance renouvelable tous les trois ans. Quant au gourou, étant donné que tous ses complices recherchés ont été arrêtés et jugés, le dernier procès en appel d’un des membres de la secte s’est achevé en septembre 2016, il se peut que Shôkô ASAHARA soit exécuté prochainement.

A lire pour aller plus loin : « Underground » de Haruki MURAKAMI, un essai regroupant les témoignages des victimes du 20 mars 1995.

http://www.japanfm.fr/article-3885-22-ans-apres-japon-noublie-pas-lattaque-au-gaz-sarin.html
20 mars 2017
 


 

 

 

 

BIOLOGIE TOTALE


Un "gourou" renvoyé en correctionnelle

Didier F., chantre de la biologie totale, est soupçonné d’exercice illégal de la médecine.

Domizzio Danieli avait 52 ans lorsqu’il est décédé d’une tumeur au cerveau. Durant la phase terminale de sa maladie, décelée en octobre 2012, ce Carolo a refusé la biopsie cérébrale et toute forme de chimiothérapie.

Selon le fils du défunt, cette attitude n’est pas étrangère à Didier F.*, un gourou de la biologie totale, une théorie qui prétend que toutes les maladies sont causées par des problèmes psychologiques et qu’elles peuvent être soignées sans traitement médical.

L’homme, qui œuvre via l’ASBL Pour aller plus loin de Nivelles, se dit diplômé en communication, en comportementalisme, conseiller en harmonie vitale par la sophrologie caycédienne et formé à la kinésiologie. Mais aucune trace d’un quelconque diplôme en médecine…

Au crépuscule de sa vie, Domizzio Danieli était en effet en contact avec Didier F. qu’il connaissait depuis plusieurs années. Il aurait suivi ses conseils distillés lors de séances psychothérapeutiques et aurait donc refusé les actes médicaux les plus lourds.

Suite au décès du quinquagénaire, ses héritiers naturels ont constaté que celui-ci avait modifié sa situation administrative pour devenir cohabitant légal de sa compagne Nancy C., changé sa police d’assurance et son testament au profit de cette dernière.

Or, le défunt était propriétaire de plusieurs biens immobiliers en Italie et en Grèce, notamment. Bref, une succession non négligeable.

Sur plainte des déshérités, une instruction a été ouverte et a mené à l’inculpation du gourou et de Nancy C. Des préventions de faux, coups et blessures par défaut de prévoyance, abus de faiblesse et exercice illégal de la médecine avaient ainsi été retenues.

Défendu par Me Mevlut Turk, le fils du défunt s’est constitué partie civile contre les deux inculpés.

Cette semaine, la cour d’appel de Mons a rendu son arrêt dans ce dossier. Le juge a estimé que Domizzio Danieli avait modifié son héritage en parfaite possession de ses moyens, malgré la maladie qui le rongeait. Nancy C. a donc obtenu le non-lieu. Didier F., en revanche, a été renvoyé devant le tribunal correctionnel pour exercice illégal de la médecine.

La cour a effectivement considéré que "le psychothérapeute, qui présente avec autorité un raisonnement rendu crédible et qui propose un protocole thérapeutique pour guérir une pathologie physique, accomplit ainsi des actes relevant de l’art médical dont l’exercice est réservé aux docteurs en médecine détenteurs du diplôme requis".

Me Mevlut Turk, qui reste persuadé que le gourou et la compagne du défunt ont profité de la faiblesse du malade pour déshériter son fils, se pourvoit en cassation afin d’obtenir le renvoi des deux inculpés pour toutes les préventions. L’avocat, qui se base sur un autre dossier à charge de Didier F. ayant abouti à un non-lieu, pense également que d’autres personnes ont pu vivre une histoire similaire.

Pour l’heure, seul l’adepte de la biologie totale devra se défendre devant le tribunal correctionnel.

http://www.dhnet.be/actu/faits/un-gourou-renvoye-en-correctionnelle-58d4025bcd70651fc51c983b
24 mars 2017

 

 


 

 

 

 

BIRMANIE


En Birmanie, l’image d’Aung San Suu Kyi écornée

Au pouvoir depuis un an, la conseillère d’État n’est pas parvenue à ramener la paix dans son pays. Les conflits se multiplient, et l’armée est accusée de graves violations des droits de l’homme.
L’exercice du pouvoir use. Et la lauréate du prix Nobel de la paix 1991 a rapidement perdu de sa splendeur. En un an, l’espoir que suscitait en Birmanie son arrivée au gouvernement, qui est entré en fonction le 1er avril 2016, s’est transformé en profonde défiance. « Beaucoup d’électeurs se sentent frustrés, admet Myo Zaw Aung, un député de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi. Les gens avaient des attentes démesurées, mais le changement ne peut pas être aussi spectaculaire. »
Aung San Suu Kyi avait fait de la résolution des conflits ethniques sa priorité absolue. Or, depuis six mois, le pays compte 140 000 nouveaux déplacés et réfugiés. Des milliers de musulmans de l’ethnie rohingya ont fui les « opérations de sécurité » de l’armée dans l’Arakan, une région de l’ouest de la Birmanie. Ils se sont réfugiés au Bangladesh d’où ils dénoncent les atrocités commises par les soldats birmans : des enfants brûlés vifs, des personnes ligotées dans leurs maisons incendiées, des viols collectifs.
Plusieurs représentants de l’ONU évoquent des crimes contre l’humanité. « Aung San Suu Kyi ne s’est jamais rendue sur le terrain dans l’Arakan. Elle n’a avancé aucune idée pour résoudre la crise », regrette Myo Thant, le porte-parole d’un parti politique musulman.
À la tête de la branche civile du gouvernement, Aung San Suu Kyi ne dirige ni les policiers ni les militaires déployés dans l’Arakan. Ils répondent aux ordres du chef de l’armée. Mais la conseillère d’État ne s’est pas opposée publiquement à la politique répressive des généraux contre la minorité rohingya. Son gouvernement a même bloqué l’aide humanitaire dans l’Arakan. Il nie systématiquement les violations des droits de l’homme dont sont suspectés les soldats.
Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU prévoit la mise en place d’une mission d’information pour faire la lumière sur les crimes dans cette région. Étonnamment, Aung San Suu Kyi s’y oppose. L’initiative « raviverait des problèmes, plus qu’elle n’en résoudrait », a expliqué le ministère birman des affaires étrangères, qu’elle dirige.
Le nord et l’est du pays sont également à feu et à sang. Depuis un an, Aung San Suu Kyi essaie de résoudre les conflits ethniques en proposant aux insurgés de signer un accord de paix rédigé par le précédent gouvernement.
En visite cette semaine dans des camps de déplacés kachins, à l’extrême nord de la Birmanie, elle a demandé à la rébellion locale de parapher le texte. Le chef a immédiatement refusé. Elle devait organiser une conférence sur la paix en février pour relancer les pourparlers ? Le sommet n’a pas encore eu lieu. Aucune date n’a été fixée.
Sur le terrain, les tensions redoublent. À la frontière chinoise, l’insurrection kokang a lancé une offensive contre l’armée birmane, obligeant 30 000 personnes à fuir leurs villages depuis début mars.
Malgré l’arrivée aux affaires d’un gouvernement pro-démocratique, les arrestations politiques se sont poursuivies. La plupart des lois répressives permettant d’incarcérer les opposants n’ont pas été abrogées, et de nombreux militants font l’objet de poursuites judiciaires en diffamation pour avoir moqué Aung San Suu Kyi ou le chef de l’armée sur les réseaux sociaux. L’association des prisonniers politiques en Birmanie dénombre encore 86 détenus de conscience.
La Banque mondiale prévoit une croissance de 6,5 % pour le pays, un taux légèrement en baisse par rapport aux deux dernières années. Aung San Suu Kyi a reconnu que l’économie ne s’est pas développée aussi vite que prévu. Son programme se borne à énoncer des objectifs très consensuels sur l’emploi, les investissements étrangers, le développement d’infrastructures. Mais il ne mentionne pas les moyens pour les atteindre.
Le précédent gouvernement des anciens militaires (2011-2016) avait libéralisé la presse, aboli la censure, relâché des centaines de prisonniers politiques et organisé des élections libres. Pour le moment, celui d’Aung San Suu Kyi n’a pas démontré la même dynamique de changement.

Repères
Une icône pacifiste
19 juin 1945. Naissance à Rangoun d’Aung San Suu Kyi, fille du général Aung San, héros de l’indépendance birmane assassiné en 1947.
1964. Part étudier à Oxford où elle rencontre son futur époux, Michael Aris, décédé en 1999.
1988. Rentre d’Angleterre alors que les manifestations font rage à Rangoun. Elle crée la Ligue nationale pour la démocratie . La junte la place en résidence surveillée.
1991. Obtient le prix Nobel de la paix, qu’elle ira chercher en 2010.
2011. La junte annonce la mise en place d’un régime semi- civil.
Novembre 2015. Adulée, elle remporte les élections générales.
Mars 2016. Ne pouvant devenir présidente car mariée à un étranger, elle devient ministre et conseillère d’État.

La Croix du 31.03.2017

Les Rohingyas, l’un des peuples les plus persécutés au monde

Les Rohingyas, communauté apatride d’environ 1,3 million de personnes, sont considérés par l’ONU comme l’un des peuples les plus persécutés au monde. Un an après son arrivée au pouvoir, Aung San Suu Kyi est accusée de nettoyage ethnique.

Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies (CDH) a lancé une mission internationale en Birmanie pour enquêter sur les allégations de crimes commis contre la communauté musulmane des Rohingyas. Dans un entretien à la BBC, la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a rejeté jeudi 6 avril les accusations de nettoyage ethnique.

« Je ne crois pas qu’il y ait de nettoyage ethnique. J’estime que le terme de” nettoyage ethnique” est trop fort pour expliquer ce qu’il se passe », assure l’ancienne dissidente.

Les Rohingyas font l’objet des pires exactions de l’armée birmane. Depuis octobre dernier, 50 000 musulmans rohingyas ont fui vers le Bangladesh par voies terrestres ou en bateau pour rejoindre des pays voisins musulmans comme la Malaisie ou l’Indonésie. Environ 1,3 million d’entre eux vivent en Birmanie, principalement dans l’ouest de l’État de Rakhine, mais le pays leur refuse la citoyenneté.

Le peuple « Bamar », bouddhiste, constitue le cœur de l’identité birmane. La loi sur la nationalité de 1982 spécifie que seuls les groupes ethniques apportant la preuve de leur présence sur le territoire avant 1823 (avant la première guerre anglo-birmane qui a mené à la colonisation), peuvent obtenir la nationalité birmane. Pour la Birmanie, les Rohingyas ne font pas partie des 135 minorités répertoriées, et ils ont toujours fait l’objet d’une ségrégation impitoyable de la part des bouddhistes birmans dans cette région du sud-ouest, soutenue et encouragée par le régime militaire. Elle les a donc laissés apatrides.

Déchaînement de violences ces dernières années

La polémique fait rage depuis plusieurs années. En 2012, à la suite d’un viol supposé d’une bouddhiste par un Rohingya, des affrontements violents ont eu lieu entre les bouddhistes et les musulmans.

Depuis 2012, le statut d’apatride des Rohingyas conduit plus de 100 000 d’entre eux à vivre cloîtrés dans des camps situés pour la plupart sur une fine bande de territoire le long de la mer, près de Sittwe, capitale de l’Arakan.

La situation s’est encore aggravée depuis le début de l’année 2016 à la suite d’une attaque de plusieurs postes de polices par des assaillants armés rohingyas.

Le gouvernement a commencé à distribuer aux Rohingyas des papiers provisoires. Mais nul ne sait pour l’heure s’ils permettront aux détenteurs de demander, plus tard, la nationalité.

La Croix du 07.04.2017

 

 

 

 


 

 

 

 

BLUE WHALE CHALLENGE


Un défi funeste lancé aux ados sous haute surveillance

«Blue Whale Challenge»

Propagé sur Internet, le jeu comporte 50 étapes menant jusqu’au suicide. Une jeune Vaudoise l’aurait suivi. Même si l’existence du challenge n’est pas avérée, les milieux de la prévention se montrent très attentifs.

La première étape paraît anodine. Il suffit de dessiner une baleine sur une feuille de papier. Rapidement, les défis deviennent de plus en plus dangereux et funestes. De la scarification à l’isolement social, jusqu’au cinquantième défi qui consiste à se donner la mort. Le Blue Whale Challenge, qui tire son nom de la légende selon laquelle un cétacé serait capable de se suicider en s’échouant volontairement, a envahi depuis peu Internet et pullulé sur les réseaux sociaux. Entraînant dans son sillage son lot de croyances, d’images choquantes et de messages de panique.
Sarah*, une adolescente vaudoise, affirme avoir participé à ce nouveau challenge. Sous l’emprise d’un parrain, elle aurait réalisé presque une vingtaine d’étapes. Avant d’appeler à l’aide l’association de soutien aux jeunes Telme, située à Lausanne. Sur la ligne du 147, elle explique alors se sentir menacée par la personne qui la parraine dans le «jeu». Elle a reçu la date de sa mort et ne veut pas passer à l’acte. Selon elle, le parrain connaîtrait son numéro et même son adresse. Il la menace de la tuer si elle ne poursuit pas les défis.
Où est la vérité?
Sordide rumeur ou réalité morbide? Ce qui est sûr, c’est que le Blue Whale Challenge occupe une place de choix sur Internet. Parmi les nombreuses vidéos postées sur YouTube, certaines affichent plus de 200'000 clics. Sur Instagram, plus de 27'000 images ont été postées sur le compte du défi de la baleine bleue.
Le challenge aurait débuté en Russie sous l’impulsion de trois jeunes. Selon certaines sources impossibles à confirmer, 80 adolescents au moins auraient trouvé la mort à la suite de ce «jeu» en l’espace de six mois. En France, les autorités ont diffusé un message officiel de prévention. Les réseaux sociaux, eux, ont commencé à bloquer les accès et à poster des messages de mises en garde. De nombreux groupes luttant contre ce challenge ont aussi été créés.
Et pourtant, aucune preuve ne permet d’affirmer que ce jeu dangereux est réel. Les dizaines de vidéos d’ados qui mettent en garde contre ce défi véhiculent toujours les mêmes mots, les mêmes histoires et les mêmes images. Et si ce défi avait été construit jusqu’à en faire une légende urbaine nocive? Difficile de balayer cette hypothèse, même si le simple fait de croire à son existence pourrait déjà inciter un jeune à s’y intéresser.
Chez les professionnels de la prévention comme de la police, on se montre prudent. «Nous prenons ce nouveau challenge évidemment au sérieux. Nous devons toutefois aller plus loin pour savoir s’il existe réellement, explique Jean-Marc Granger, chef de la Brigade de la jeunesse de Lausanne. Peu d’éléments ont pu être vérifiés, nous ne savons entre autres pas combien de jeunes pourraient être impliqués.»
Responsable du Service de psychologie scolaire de la capitale vaudoise, Raphaël Gerber s’interroge: «Comment communiquent les parrains avec les adolescents? En quelle langue puisqu’ils seraient Russes? Y a-t-il de vraies personnes derrière ce challenge?» «Si ce défi est bien réel, il serait alors très organisé et proche d’un embrigadement sectaire», ajoute Raphaël Trémeaud, directeur de l’association Ciao qui vient en aide aux jeunes.
Les dizaines d’adolescents qui affirment y avoir participé le feraient-ils pour se valoriser ou pour appeler à l’aide? Dans tous les cas, Sarah, la jeune Vaudoise, a été prise en charge par les milieux associatifs et par la Brigade de la jeunesse. «Nous l’avons rassurée sur le fait qu’elle pouvait arrêter ce défi et qu’elle ne risquait rien», explique Jean-Marc Granger.
Attentifs donc, sans être alarmistes: voilà pour la ligne actuelle. «Nous sommes en contact direct avec les enseignants et les directeurs des écoles lausannoises, précise Raphaël Gerber. Il faut tout d’abord voir si ce n’est pas une rumeur et s’il y a des cas chez nous. Mais nous sommes prêts à mener une action de prévention auprès des parents si cela s’avère nécessaire.» Au Canton, on privilégie la discrétion. «En parlant de ces défis frontalement aux jeunes, le risque est au contraire de susciter l’intérêt, insiste Dr Olivier Duperrex, responsable de l’Unité de promotion de la santé de prévention en milieu scolaire. C’est pourquoi nous ne faisons pas d’action de prévention généralisée, mais plutôt ciblée auprès de certains jeunes si cela est nécessaire. Ou en réponse à leurs questions lors de prévention en lien avec Internet et les réseaux sociaux.»
Toujours plus de challenges
Rien de nouveau à voir des jeunes se mettre au défi. Tous les professionnels le disent, il s’agit même d’une caractéristique de l’adolescence. «Cela a toujours existé, explique Serge Pochon, psychologue et directeur de l’association Telme. Les jeunes ont besoin de se tester, ils recherchent l’adrénaline, malheureusement parfois à n’importe quel prix.» Mais aujourd’hui, les défis se multiplient sur Internet. Et avec eux, leur visibilité et leur intensité. «Le contrôle social n’est plus aussi important qu’auparavant, la communauté virtuelle encourage à relever ces défis et ils deviennent plus dangereux», analyse Raphaël Gerber. «L’effet de masse est problématique, enchaîne Serge Pochon. L’envie de se singulariser est donc plus grande aujourd’hui.»
Tous les défis n’atteignent pas l’horreur du Blue Whale Challenge. Certains incitent un jeune à ingurgiter des cuillères de cannelle jusqu’à vomir. D’autres, plus graves, amène le jeune à se mettre des glaçons et du sel sur le corps et ainsi à se brûler la peau.
Pour chacun d’eux, il faut donc déconstruire la fascination qu’il pourrait entraîner auprès des ados. Même si tous les professionnels rappellent que les jeunes Vaudois se portent généralement bien et qu’ils ne sont pas crédules, un adolescent fragilisé pourrait mordre à l’hameçon. Et la police de rappeler que des outils légaux existent aussi pour se protéger et pour lutter contre les dérives. «L’incitation au suicide, comme les menaces ou la contrainte sont pénalement répréhensibles, précise le chef de la Brigade de la jeunesse de Lausanne. L’aide aux victimes peut aussi apporter un soutien juridique et psychologique.»
* Prénom d’emprunt (24 heures)

http://www.24heures.ch/vaud-regions/Un-defi-funeste-lance-aux-ados-sous-haute-surveillance/story/29317911
21.03.2017

Le Challenge de la baleine bleue : une dizaine de signalements dans les collèges en Alsace

Une dizaine de collégiens de l’académie de Strasbourg seraient entrés dans le processus morbide du Blue Whale Challenge. Une mise en garde a été adressée à tous les chefs d’établissement des collèges et lycées.
Lancé il y a deux ans en Russie, le Blue Whale Challenge (challenge de la baleine bleue) est un jeu morbide qui circule actuellement sur nos réseaux sociaux. Il consiste à effectuer en 50 jours une liste de 50 défis qui évoluent jusqu’au défi ultime : le suicide.
Au départ, les défis sont plus inquiétants que dangereux, comme écouter une chanson triste à trois ou quatre heures du matin. Puis ils deviennent de plus en plus violents. « Le parrain » qui pilote le jeu demande assez rapidement à sa victime de se scarifier des symboles, dont celui de la baleine bleue ( blue whale en anglais). Le jeu s’achève avec le cinquantième et dernier défi : se donner la mort. Comme le ferait une baleine bleue, qui, selon la légende, est capable de se suicider en s’échouant volontairement sur une plage. D’où le nom du challenge.
En Alsace, une dizaine de collégiens seraient entrés dans ce processus, ou auraient voulu s’inscrire au jeu, indique Lucie Pitiot, proviseure chargée de la vie scolaire au rectorat de Strasbourg. « C’est inquiétant, car ce challenge relève du même mécanisme d’emprise que pour les phénomènes sectaires ou la radicalisation. Il favorise la désocialisation avec des étapes qui deviennent de plus en plus en dangereuses. Le parrain, qui menace de révéler des secrets si le jeu n’est pas poursuivi jusqu’à son terme, exerce une pression importante sur ses victimes », remarque la proviseure chargée de la vie scolaire.
Les collégiens ont été repérés par leur entourage, par la famille, par des camarades de classe qui ont eu connaissance des intentions des “joueurs”. « Il existe également des signes avant-coureurs, comme le repli sur soi », souligne Lucie Pitiot.
Deux cas de scarification
Les premiers cas ont été signalés par des chefs d’établissement du Haut-Rhin les 7 et 8 mars derniers, puis deux cas de scarification ont été découverts la semaine suivante, dans le Haut-Rhin, puis dans le Bas-Rhin. Un collégien a été pris en charge par l’association SEPIA (Suicide écoute prévention intervention auprès des adolescents) de Colmar.
Ce jeu touche principalement les collégiens. « Les cœurs de cible sont les 12 - 15 ans. Les lycéens ont plus de recul, plus de maturité et ont lancé des contre-feux sur les réseaux », remarque Lucie Pitiot.
Des consignes de vigilance ont été adressées par le rectorat à tous les chefs d’établissement de l’académie et à l’ensemble des assistantes sociales et infirmières. L’information a été transmise aux professeurs, aux associations de parents d’élèves, voire dans certains établissements à tous les parents. « Mais ce n’est pas systématique. Chaque établissement fait son information. Il ne s’agit pas de créer une psychose, mais d’informer en appelant à la vigilance », précise la proviseure. Dans tous les cas, ce jeu se propage inexorablement. « C’est un phénomène viral du point de vue de la notoriété. »
Pour le contrer, Lucie Pitiot a demandé aux chefs d’établissement de faire remonter systématiquement les signalements jusqu’au rectorat avec l’objectif de saisir les autorités judiciaires en collaboration avec les familles. « Quand ce phénomène est repéré, il doit faire l’objet d’une transmission au parquet. Nous sommes dans l’incitation au suicide, cela relève des crimes et délits. »

http://www.dna.fr/faits-divers/2017/03/22/blue-whale-challenge-une-dizaine-de-signalements-dans-les-colleges
22/03/2017

Un jeu suicidaire sévit auprès de collégiens alsaciens

Une dizaine de collégiens de l’académie de Strasbourg seraient entrés dans le processus morbide du Blue Whale Challenge. Une mise en garde a été adressée à tous les chefs d’établissement des collèges et lycées.

Lancé il y a deux ans en Russie, le Blue Whale Challenge (challenge de la baleine bleue) est un jeu morbide qui circule actuellement sur les réseaux sociaux. Il consiste à effectuer en 50 jours une liste de 50 défis qui évoluent jusqu’au défi ultime : le suicide. Au départ, les défis sont plus inquiétants que dangereux, comme écouter une chanson triste à trois ou quatre heures du matin. Puis ils deviennent de plus en plus violents. Le « parrain », qui pilote le jeu, demande assez rapidement à sa victime de se scarifier des symboles, dont celui de la baleine bleue ( blue whale en anglais). Le jeu s’achève avec le 50e et dernier défi : se donner la mort. Comme le ferait une baleine bleue, qui, selon la légende, est capable de se suicider en s’échouant volontairement sur une plage. D’où le nom du challenge.
« Emprise sectaire »
En Alsace, une dizaine de collégiens seraient entrés dans ce processus, ou auraient voulu s’inscrire au jeu, indique Lucie Pitiot, proviseure chargée de la vie scolaire au rectorat de Strasbourg. « C’est inquiétant, car ce challenge relève du même mécanisme d’emprise que pour les phénomènes sectaires ou la radicalisation. Il favorise la désocialisation avec des étapes qui deviennent de plus en plus en dangereuses. Le “parrain”, qui menace de révéler des secrets si le jeu n’est pas poursuivi jusqu’à son terme, exerce une pression importante sur ses victimes… » , remarque la proviseure chargée de la vie scolaire.
Les collégiens ont été repérés par leur entourage, par la famille, par des camarades de classe qui ont eu connaissance des intentions des « joueurs ». « Il existe également des signes avant-coureurs, comme le repli sur soi » , souligne Lucie Pitiot.
Deux cas de scarification
Les premiers cas ont été signalés par des chefs d’établissement du Haut-Rhin les 7 et 8 mars derniers, puis deux cas de scarification ont été découverts la semaine suivante, dans le Haut-Rhin, puis dans le Bas-Rhin. Un collégien a été pris en charge par l’association Sepia (Suicide écoute prévention intervention auprès des adolescents) de Colmar.
Ce jeu touche principalement les collégiens. « Les cœurs de cible sont les 12-15 ans. Les lycéens ont plus de recul, plus de maturité et ont d’ailleurs lancé des contre-feux sur les réseaux » , remarque Lucie Pitiot.
Des consignes de vigilance ont été adressées par le rectorat à tous les chefs d’établissement de l’académie et à l’ensemble des assistantes sociales et infirmières. L’information a été transmise aux professeurs, aux associations de parents d’élèves, voire dans certains établissements à tous les parents. « Mais ce n’est pas systématique. Chaque établissement fait son information. Il ne s’agit pas de créer une psychose, mais d’informer en appelant à la vigilance » , précise la proviseure. Dans tous les cas, ce jeu se propage inexorablement. « C’est un phénomène viral du point de vue de la notoriété. »
Pour le contrer, Lucie Pitiot a demandé aux chefs d’établissement de faire remonter systématiquement les signalements jusqu’au rectorat avec l’objectif de saisir les autorités judiciaires, en collaboration avec les familles. « Quand ce phénomène est repéré, il doit faire l’objet d’une transmission au parquet. Nous sommes dans l’incitation au suicide, cela relève des crimes et délits. »

http://www.lalsace.fr/actualite/2017/03/23/un-jeu-suicidaire-sevit-aupres-de-collegiens-alsaciens
23.03.2017





 


 

 

 

 

CHARISMATIQUES


A lire

 

 

 


 

 

 

 

CLAN DES LOUPS BLANCS (White Wolves Klan - WWK)


Procès des « Loups » néo-nazis

Dix-huit prévenus, membres ou sympathisants du groupuscule néo-nazi WWK (« White Wolves Klan »), parmi lesquels le sulfureux Serge Ayoub, comparaissent à partir de demain devant le tribunal correctionnel d’Amiens. Âgés de 22 à 53 ans, les prévenus devront s’expliquer de nombreux faits de violences avec arme, de dégradations de biens notamment par incendie et de vols aggravés, soit 35 infractions au total.

Le Bien Public du 26.03.2017

Devant le tribunal d’Amiens, l’ultraviolence des militants néonazis

Dix-huit prévenus comparaissent depuis lundi pour association de malfaiteurs, violences, séquestrations et tentative de meurtre
Dix-huit prévenus, membres ou sympathisants du groupuscule néo-nazi WWK, comparaissent depuis lundi devant le tribunal correctionnel d’Amiens. FRANCOIS LO PRESTI / AFP
« On n’avait rien d’autre à faire, alors on allait se battre. » Au premier jour du procès des dix-huit membres du groupuscule d’extrême droite White Wolves Klan (WWK), lundi 27 mars, s’est dessiné le portrait d’un groupe d’individus désœuvrés, dont l’idéologie nationaliste servait bien souvent de prétexte à des pulsions violentes. Le tribunal correctionnel d’Amiens a quatre jours pour juger trente-cinq infractions, commises entre 2012 et 2014, dans les environs de Ham (Somme). Les chefs d’accusation sont nombreux : association de malfaiteurs, vols aggravés, violences, séquestrations, tentative de meurtre...
Assis sur le banc des prévenus, en retrait des autres, Serge Ayoub, alias « Batskin », assure qu’il « ne comprend pas » ce qu’il fait là. Vêtu d’une chemise blanche et d’un costume bleu, la figure tutélaire de l’ultradroite, 52 ans, comparaît pour complicité de violences aggravées. L’ancien chef de Troisième Voie – une organisation dissoute un mois après la mort du militant d’extrême gauche Clément Méric en juin 2013, à Paris – dont le look impeccable tranche avec les tatouages, polos et crânes rasés des autres prévenus, est suspecté d’avoir commandité le tabassage d’un groupe rival qui l’avait qualifié de « sale juif ».
Culte du IIIe Reich
Les représailles se jouent le 8 décembre 2012, à Estrées-Mons, dans le huis clos du garage de Jérémy Mourain, à l’époque représentant des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) de Picardie – qui créera plus tard le WWK lors de la dissolution de son groupe en juin 2013. A la barre, les sept prévenus présents ce soir-là reconnaissent l’agression d’une des victimes à coups de pied, de chaînes de moto et de couteau.
Concernant le décorum du garage, tapissé de drapeaux néonazis et de portraits d’Adolf Hitler, les prévenus sont peu loquaces, semblant considérer que cela participe du folklore. « Nous, on est racistes, donc c’est pour ça qu’on a mis des drapeaux comme ça », justifie Kévin Pate, qui explique l’être devenu à cause de « complications au collège ». De l’idéologie néonazie, il en sera peu question le reste de cette journée d’audience, où les comptes rendus d’infractions se multiplient à la barre – « des bêtises » commises dans « l’euphorie » de soirées sous l’emprise de cocaïne ou d’alcool, détailleront certains prévenus.
Si la deuxième affaire abordée par la présidente repose sur l’attaque d’un bar à chicha, Jérémy Mourain, le seul à comparaître détenu, assure que cet acte de vandalisme, survenu en janvier 2013, était « spontané ». Une version contredite par Jérémie Crauser, un prévenu en quête de repentance. « Mourain a eu l’idée d’organiser une activité punitive contre des personnes issues de l’immigration », lâche timidement le grand roux à la carrure massive.
Violence intergroupe
C’est encore lui qui reconnaît le passage à tabac « gratuit » d’un homme qui venait de discuter avec un forain, en mai 2013. Leur haine des gens du voyage est alors le prétexte d’un déchaînement de violences « bête et méchant ». « Il n’y avait personne à qui chercher des noises. Alors on a acheté des bonbons et on a bu. Après, on a mis les capuches », décrit M. Crauser, avant de détailler l’agression qui a valu deux jours d’incapacité totale de travail (ITT) à la victime. Christopher Letrou, lui, reconnaît avoir « agi en qualité d’animal ».
Pendant les multiples exposés d’expéditions punitives, la violence semble se déchaîner avec le plus de force lorsqu’elle s’abat sur les membres de leur mouvance. L’épisode le plus dramatique se déroule en janvier 2014, à Valenciennes, dans le Nord. Cédric F. est considéré comme trop proche d’un ancien membre du WWK mais n’a pas rendu son bomber. Mourain intime alors à ses membres de le « défoncer ».
Conduit par une dizaine de membres du WWK dans un chemin de terre, il est déshabillé, puis frappé sur toutes les parties du corps, notamment à coups de batte de base-ball dans les testicules. Selon les prévenus, Mourain se serait déchaîné sur la victime avec un air démoniaque, lui enfonçant ses pouces dans les yeux, le mordant et lui léchant le sang. A la suite de ce récit accablant, la grande majorité des prévenus se montre fébrile. « Ce soir-là, ce n’était pas l’euphorie qui nous animait, mais la peur de subir le même sort », tente l’un pour justifier ce déchaînement de violence.
La deuxième journée du procès doit être consacrée au fonctionnement de groupe, très hiérarchisé, reposant sur des rites d’initiation et des procédés d’intimidation.

Le Monde du 28.03.2017
 

Devant le tribunal d’Amiens, l’ultraviolence sous le « vernis idéologique »
Les rouages du groupuscule d’ultradroite White Wolves Klan (WWK) ont été comparés à ceux d’une « meute de loups dirigée par le loup en chef ».
De quoi le groupuscule d’extrême droite « White Wolves Klan » (WWK) est-il le nom ? Au deuxième jour du procès des dix-huit membres des « Loups blancs », le tribunal d’Amiens s’est penché sur ce groupe revendiqué comme néonazi, dont le « vernis idéologique » masque mal la motivation profonde. Celle d’un mouvement de « criminalité organisée où l’intellect laisse place à la crapulerie violente », a résumé à la barre Vincent O., enquêteur présenté comme le spécialiste de l’ultra-droite au sein de la gendarmerie nationale.
S’il n’est pas question de nier les motivations racistes, voire néonazies, de certains membres du groupe, leurs témoignages à la barre mettent en lumière la recherche désespérée d’une figure tutélaire par des individus généralement marginalisés de la société.
A la barre, mardi 28 mars, les prévenus se succèdent et se ressemblent. C’est d’abord leur uniformité vestimentaire qui surprend : des baskets à grosses semelles aux pieds, des crânes rasés, parfois de longues barbes et toujours de nombreux tatouages (têtes de mort, toiles d’araignée). Les récits pour expliquer leur adhésion à des mouvements d’extrême droite livrent, eux, d’une même voix, des histoires de ruptures.
Désœuvrement
Pour tous, c’est à l’adolescence que se noue leur rapprochement avec la mouvance d’extrême droite. Après une enfance relativement calme, Kevin Pate déménage et devient la cible « de violences au collège », confie à la barre le jeune homme de 27 ans au physique râblé. Une humiliation qui lui donne soif de vengeance. Les mouvements d’extrême droite, nombreux dans sa région, apparaissent comme une réponse toute trouvée. Mathieu Dupont partage la même trajectoire, mais le prévenu est plus loquace :
« J’ai vécu en ZUP (Zone urbaine prioritaire), j’étais le petit blond aux yeux bleus, je me faisais taper. Alors j’ai trouvé refuge avec ces gens-là. »
D’autres prévenus racontent une adolescence passée loin de leurs parents, soit parce qu’ils ont été mis à la porte, soit parce qu’ils l’ont pris, fuyant l’alcoolisme et les violences. La présidente évoque notamment le « manque affectif durant l’enfance » dont souffre Christopher Letrou, 23 ans, l’un des plus jeunes prévenus. « Ma mère m’a mis dehors. C’est mon grand-père qui m’a appris mes origines, qui m’a dit qui était mon père », détaille le jeune homme aux cheveux gominés et à l’allure élancée.
« Un grand-père qui était au FN », précise-t-il à un avocat de la défense qui le questionne sur le sujet. Jérémie Crauser a lui aussi été élevé par son grand-père, « un légionnaire frontiste ». Si la rupture familiale est physique, elle n’est visiblement pas politique. Pis, cette accointance avec la mouvance nationaliste apparaît comme naturelle, disjointe de toute réflexion personnelle.
Sans avoir été mis dehors par leurs parents, d’autres prévenus connaissent la vie de la rue, comme Eric Queulin, 43 ans, qui a côtoyé les milieux punk après avoir perdu son travail, ou Renaud Macczak, héroïnomane durant sa vingtaine.
Seconde famille
Dans ce contexte, le fait d’intégrer des mouvements d’ultradroite apparaît comme un besoin de donner un cadre à une vie dissolue. Tous les prévenus décrivent le WWK comme un « refuge », une « seconde famille ». Pour intégrer le clan, ils sont donc prêts à faire preuve d’une « obéissance démesurée » et d’une « soumission servile ». C’est justement l’un des fondements du projet de Jérémy Mourain, un ancien leader des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) en Picardie, le service d’ordre de Troisième Voie. Ces deux groupes identitaires ont été dissous en juillet 2013 après la mort du militant d’extrême gauche Clément Méric en juin 2013 à Paris, à la suite d’une rixe dans laquelle étaient impliqués certains de leurs membres.
Sur les cendres des JNR, le jeune homme créé le « White Wolves Klan », dont la lettre « K » est une référence sans équivoque à la langue allemande. « La filiation avec Troisième Voie est évidente, il s’agit des mêmes membres, des mêmes règles et du même culte du chef », résume le commandant de la gendarmerie nationale, qui précise que contrairement au groupe fondé par Serge Ayoub, le WWK verse dans le néonazisme.
Surtout, à la différence de Troisième Voie, le WWK est un « groupe de combat dont la vacuité intellectuelle n’incite qu’à la violence », résume Vincent O. Pas de tractage, ni de manifestation, mais des vols, des violences gratuites et des lynchages entre 2012 et 2014 contre les groupes rivaux, les personnes d’origine étrangère et même les membres du groupe réfractaires.
Les nouveaux arrivés dans le clan, qui s’inspire de la série Sons of anarchy, doivent subir un ensemble de rites initiatiques, comme la scarification d’une croix sur la main gauche. « Les plus jeunes, on faisait les larbins, on servait les autres. On n’avait pas le droit de vote, on n’assistait pas aux réunions », rapporte Christopher Letrou, en référence au « simulacre de démocratie » initié par Jérémy Mourain, qui organisait des votes pour décider des actions punitives, vols et autres délits.
« Se battre entre nous »
« Il fallait se battre entre nous pour faire nos preuves et Mourain décidait quand ça s’arrêtait », fait savoir Kevin Paté, rappelant que les membres du clan étaient souvent lourdement armés : chaîne de moto, poing américain, batte de base-ball, couteau. A la barre, les prévenus montrent leurs balafres, infligées par d’autres membres du clan sur ordre, toujours, de Jérémy Mourain. « J’ai été frappé par un autre avec une batte de base-ball parce que je voulais rentrer plus tôt d’une soirée », fait savoir Jérémie Crauser, grand roux à la carrure massive, un temps vice-président du groupe, avant d’être « rétrogradé ».
Car le WWK fonctionne sur une hiérarchie bien établie, avec un président, un vice-président, des sergents d’armes et des prospects. Certains titres honorifiques sont également attribués au bon vouloir du leader, comme celui de « street fighters » (pour ceux qui allaient les premiers aux combats) ou de « old school » (pour les anciens). Un folklore agrémenté par une liste interminable de surnoms.
« Popeye », « Zbig », « Papillon » confient aujourd’hui à la barre que cette « pseudo-famille » était en réalité un cauchemar. « Alors pourquoi rester ? », interroge à plusieurs reprises la présidente. « La peur », résument les prévenus d’une même voix, tous marqués par un lynchage contre l’un des leurs auquel ils ont participé en 2014, à Valenciennes.
Si bien que, quand les policiers sont venus chercher Mathieu Dupont dans le cadre de cette affaire, le jeune homme confie avoir ressenti « un réel soulagement » :
« J’allais enfin être libéré et m’expliquer sur la chose qui me pesait le plus au monde. »
Mercredi, le tribunal doit analyser la personnalité de Jérémy Mourain, alias « Capone », pour comprendre comment le jeune homme de 27 ans a pu exercer un tel pouvoir de soumission auprès des autres membres du clan, pour qui toute sortie du groupe semblait impossible.
Le Monde du 29.03.2017


 

Au procès des « Loups blancs », un leader ultraviolent et narcissique

Lors du procès contre les membres du White Wolves Klan, des peines allant de six mois avec sursis à dix ans ferme pour le leader, Jérémy Mourain, ont été requises.
« Comment voulez-vous que moi, tout seul, je puisse inciter dix-huit mecs à se battre entre eux ? Et des costauds en plus ! » C’est justement la question à laquelle ont tenté de répondre les juges du tribunal d’Amiens, mercredi 29 mars, en se penchant sur le profil dominateur et ultraviolent de Jérémy Mourain, 27 ans, chef du groupuscule d’extrême droite White Wolves Klan (WWK). A ses côtés, dix-sept prévenus sont jugés depuis lundi, notamment pour participation à un groupe de combat, violences aggravées et vols.
Face aux faits accablants qui le visent, Jérémy Mourain n’a eu d’autre choix que de reconnaître sa « violence démesurée », avant de marteler « être passé à autre chose ». L’apparente rédemption du prévenu ne convainc pas le substitut du procureur, M. Gacquer, qui requiert une peine de dix ans de prison ferme – la plus lourde encourue.
Un réquisitoire sévère, qui ne dédouane pas les autres prévenus, contre qui le ministère public réclame des peines allant de six mois avec sursis à sept ans de prison ferme pour Jérôme Bailly, bras droit de Mourain, considéré comme « l’éminence grise » du WWK. Seul Serge Ayoub, figure tutélaire de l’ultra droite, bénéficie d’une demande de relaxe.
L’ancien chef de Troisième Voie – une organisation dissoute un mois après la mort du militant d’extrême gauche Clément Méric, en juin 2013 à Paris – est jugé pour complicité de violences aggravées, pour avoir donné l’ordre à Jérémy Mourain d’attaquer un groupe rival en 2012. Mais « un doute » sur « la surinterprétation de M. Mourain quant aux mots de Serge Ayoub subsiste », a fait savoir M. Gacquer, suscitant un sourire de l’intéressé, vêtu d’un costume gris satiné, alors que les autres prévenus arborent polos, jeans, tatouages et baskets à grosses semelles.
Absence d’empathie
Entre Serge Ayoub et Jérémy Mourain, la filiation est évidente. Ce dernier a été le leader des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) en Picardie, le service d’ordre de Troisième Voie. Lorsque les JNR sont dissoutes elles aussi, Jérémy Mourain s’émancipe, et créé le White Wolves Klan.
Comme pour les autres prévenus, son adhésion aux mouvements d’extrême droite remonte à l’adolescence. Mais dans son cas elle n’est pas corrélée à une histoire familiale instable. M. Mourain est fils de cadre. Ce qui le fait basculer ? Une consommation d’alcool excessive dès l’âge de 13 ans. Cette envie manifeste de braver les interdits le conduit, quelques années plus tard, à intégrer un groupe de skinheads.
« J’allais en boîte de nuit avec eux. Dans ma tête d’adolescent de 17 ans, je trouvais qu’ils avaient un certain charisme », confie Jérémy Mourain avec une constante agressivité dans la voix. Le rapport des psychologues met en avant une « emprise » du mouvement skinhead, corroborée par la « fragilité narcissique » et le « besoin excessif » du prévenu d’être admiré. Le tout accentué par un manque d’empathie pour les autres.
« J’ai toujours aimé être dans la lumière pour avoir l’impression d’exister. L’empathie, c’est faux », rétorque le chef du WWK, considérant que cette « fascination » s’explique avant tout par son profil grégaire :
« Quand je ne faisais pas partie d’une bande, j’avais le sentiment d’être inexistant, de ne servir à rien. »
« Concentré de haines »
Sa bande, M. Mourain va la façonner à son image : violente et soumise, sur fond de dépendance à la drogue et d’idéologie nationaliste. Entre 2012 et 2014, le groupe commet vols, violences gratuites et lynchages contre des groupes rivaux, des personnes d’origine étrangère. Et surtout contre les membres du « clan » choisis au hasard selon l’humeur du chef.
« Un concentré de haines » et de « violences extrêmes » commis par des « justiciers de pacotille », résume le substitut du procureur. Jérémy Mourain, lui, refuse de porter seul la responsabilité de ces accusations. « Je peux reconnaître qu’ils se sentaient obligés de vouloir me plaire, mais chacun est maître de ses actes », tranche l’homme au visage anguleux relevé de lunettes fines.
Lâché par ses membres au fil de l’instruction, Jérémy Mourain, alias « Capone », fait savoir qu’ils étaient pourtant nombreux à le soutenir en détention. « Je te remercie d’être là pour nous », écrivait Mathieu Dupont dans une lettre lue par la présidente. Aujourd’hui, tous semblent conscients de leur part de responsabilité. Croisé dans les couloirs du palais de justice, un prévenu reconnaît sans détour : « le réquisitoire est sévère, mais il faut dire qu’on n’était pas des anges non plus. »

Le Monde du 30.03.2017

Au procès des « Loups blancs », l’ultraviolence du chef lourdement condamnée

Jérémy Mourain a été condamné à neuf ans de prison, notamment pour vols et violences, par le tribunal correctionnel d’Amiens. Serge Ayoub, présenté comme son mentor, a été relaxé.
Les « remords » et les « regrets » exprimés à la barre par Jérémy Mourain n’auront rien changé. Le chef du groupuscule d’extrême droite White Wolves Klan (WWK – « Clan des loups blancs ») a été condamné, jeudi 30 mars, à une peine de neuf ans de prison ferme par le tribunal correctionnel d’Amiens. « Il est clairement désigné comme le responsable », a regretté son avocat Me Arnaud Godreuil, qui avait tenté dans sa plaidoirie de mettre en avant « l’effet de groupe » pour dédouaner son client. Le conseil ne fera toutefois pas appel de cette décision.
Jérôme Bailly, présenté comme le bras droit de Mourain au sein du WWK a, lui, été condamné à une peine de trois ans de prison assortie d’un mandat de dépôt. « Une mesure vexatoire et symbolique », a réagi son avocat Me Demarcq, considérant que son client paye son « prétendu statut de cofondateur ». Sur les dix-huit prévenus, seuls Jérémy Mourain et Jérôme Bailly dormiront en prison jeudi soir, alors que le procureur avait réclamé sept mandats de dépôt dans un réquisitoire qui accablait presque tous les membres du clan, tout en réclamant dix ans d’emprisonnement pour Jérémy Mourain.
Finalement, les autres prévenus ont été condamnés à des peines allant de six mois avec sursis à cinq ans. Serge Ayoub, considéré comme le mentor de Jérémy Mourain, a été relaxé du chef de complicité de violences aggravées. L’ancien chef de Troisième Voie – une organisation dissoute un mois après la mort du militant d’extrême gauche Clément Méric, en juin 2013, à Paris – était suspecté d’avoir commandité le tabassage d’un groupe rival qui l’avait qualifié de « sale juif ». Aux yeux du tribunal, les consignes que Serge Ayoub aurait données « ne peuvent être interprétées comme des instructions de commettre des violences ».
Domination
Ce passage à tabac avait donné lieu à l’ouverture d’une enquête en décembre 2012. Les investigations ont mis au jour trente-cinq infractions : vols, violences gratuites et lynchages commis entre 2012 et 2014 contre des groupes rivaux et des personnes d’origine étrangère. Et surtout contre des membres du WWK pris au hasard selon l’humeur de Mourain.
Durant tout le procès, l’idéologie nationaliste, voire néonazie, du groupe est apparue comme « secondaire », comme l’a fait remarquer le substitut du procureur dans son réquisitoire. Le cœur des débats reposait davantage sur le profil du leader du WWK, dépeint comme « manipulateur », « narcissique », « ultraviolent », « sadique », ou encore « polytoxicomane ».
L’enjeu du procès a alors été de mesurer le degré d’influence de Jérémy Mourain sur les membres du WWK. Ont-ils agi sous la contrainte, c’est-à-dire contre leur volonté ? Ou ont-ils agi en pleine conscience, sous-entendue pleinement consentant à l’idée de commettre la myriade d’actes ultraviolents décrits lors des audiences ?
Entendus sur les faits durant les deux premiers jours d’audience, les prévenus ont tous tenté de se dédouaner en évoquant comme un leitmotiv la « domination perverse » que Mourain exerçait sur eux. « Il fallait se battre entre nous pour faire nos preuves et Mourain décidait quand ça s’arrêtait », a fait savoir Kevin Paté, 27 ans, condamné à une peine de cinq ans de prison, dont quatre avec sursis, en convainquant les juges de ses velléités de réinsertion professionnelle.
Effet de groupe
Jérémy Mourain, lui, a refusé de porter seul la responsabilité de ces violences gratuites - sans finalement convaincre. « Je peux reconnaître qu’ils se sentaient obligés de vouloir me plaire, mais chacun est maître de ses actes », a lancé l’homme au visage anguleux relevé de lunettes fines, alors qu’il était interrogé sur l’affaire la plus marquante du dossier : le lynchage ultraviolent contre l’un des leurs en 2014 à Valenciennes.
Dans leurs plaidoiries, les avocats, eux, ont préféré ne pas trancher cette question sur le « libre arbitre » ou la « soumission aveugle » des prévenus, mettant en lumière « l’effet de groupe », la logique grégaire, qui a conduit à ce « déchaînement de violence ».
Terreau raciste
Les quatre jours de procès ont également permis de mettre en lumière les ressorts psychologiques et sociétaux qui ont conduit les prévenus à rejoindre le WWK et à y rester : famille absente, addiction aux drogues, milieu social modeste.
« Des hommes et des femmes ordinaires, qui ont vécu dans un terreau que nous connaissons tous, celui du racisme ambiant, particulièrement dans cette région », a rappellé Me Jean-Marie Camus, l’avocat de Kévin Paté, dont le garage tapissé de drapeaux néonazis et de portraits d’Adolf Hitler servait de lieu de repli aux membre du clan.
Compte tenu de ce contexte de vie chaotique, les avocats ont tous mis l’accent sur la reconstruction de leurs clients, plaidant pour des peines « à la hauteur des faits commis qui sont incontestablement graves », mais aussi « tournées vers l’avenir ».
Avant que le tribunal ne se retire pour délibérer, de nombreux prévenus ont souligné avoir repris le chemin du travail, comme Jérémie Crauser, qui a incarné durant tout le procès le profil du « repenti ». Depuis l’affaire, l’homme de 27 ans a quitté la Somme pour rejoindre Paris, où il prépare le concours de meilleur ouvrier de France en boucherie.
L’avenir devant soi
Sur le banc des prévenus, le teint blême, transpirant à grosses gouttes, Jérémie Crauser attend le jugement fébrilement. Quand la présidente prononce sa peine – cinq ans de prison, dont trois avec sursis – il reste figé, sous le regard embué de sa nouvelle compagne, qui s’était effondrée en larmes, la veille, en attendant dans la multitude des noms énumérés dans le réquisitoire sévère du procureur, celui de son compagnon.
« C’est une décision juste, sa peine est aménageable, il va pouvoir faire une demande de bracelet électronique. Il a tout son avenir devant lui à présent », se réjouit son avocate, Me Messaouda Yahiaoui.
Profitant du soleil généreux de la fin de mars, adossé à une colonne du palais de justice d’Amiens, Christopher Letrou, l’un des plus jeunes prévenus, affiche un grand sourire de soulagement. Il a été condamné à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, après avoir déjà passé neuf mois en détention provisoire.
« Pour moi, la prison, c’était le clan. La vraie prison, elle m’a libéré du groupe, en me remettant dans le droit chemin. Mais les faits que j’avais commis étaient là, ils sont graves, avec cette peine, ils sont reconnus, et moi je me sens définitivement libéré. »

Le Monde du 30.03.2017


 

 

 

 


 

 

 

 

COMPLOTISME


A consulter

http://www.stopintox.fr

 

 

 


 

 

 

 

CONGREGATION SAINT JEAN


Ce religieux lochois exfiltré en Italie

Un ecclésiastique, à l'époque en Indre-et-Loire, est soupçonné d'abus sexuels. Après les récentes révélations de "Cash investigation", la NR va plus loin.

Cash investigation a frappé fort. Le magazine d'enquête de France 2 a révélé le 21 mars que 25 évêques, dont cinq toujours en poste, ont couvert 32 religieux auteurs d'abus sexuels ayant laissé derrière eux 339 victimes. Or la NR a pu établir que l'un des 32 religieux incriminés était en Indre-et-Loire, au moment des faits d'attouchements sexuels dont il est soupçonné.

L'alerte donnée en 2006

France 2 n'a pas évoqué spécifiquement son cas. Mediapart et le récent livre Église : la mécanique du silence (1), sur lequel se sont basés les deux médias, l'ont abordé, mais sans donner ni son identité ni le lieu de ses agissements. La NR est en mesure d'affirmer qu'il s'agit d'un frère de la communauté Saint-Jean, en poste à l'époque au prieuré que cette congrégation possède à Saint-Quentin-sur-Indrois, près de Loches (2). Là, il intervenait au sein de « l'école de vie » qui propose une « formation chrétienne et humaine pour les jeunes de 18 à 30 ans ». Si son identité nous a été confirmée par la communauté Saint-Jean elle-même, nous avons choisi de ne pas donner son nom, des procédures, déclenchées tardivement, étant en cours contre lui (lire ci-dessous). Nous l'appellerons donc Frère R. (3).

Lorsqu'il était dans le Lochois, Frère R. s'est rendu coupable de « comportements inadmissibles vis-à-vis de femmes majeures », selon le Frère Renaud-Marie, porte-parole de la communauté Saint-Jean. Il parle également de « gestes inadmissibles » commis « au début des années 2000 ». C'était exactement en 2003-2004, selon les auteurs du livre Église: la mécanique du silence. Une femme qui avait 18 ans à ce moment-là leur a indiqué avoir été victime à plusieurs reprises d'attouchements, notamment sur les seins, de la part de Frère R., alors quadragénaire. Elle a alerté à ce propos les responsables de la communauté Saint-Jean en 2006-2007, ce que nous a confirmé la congrégation religieuse. A ce moment-là, la communauté Saint-Jean a-t-elle pris des mesures concernant Frère R.? « Les responsables de la communauté l'ont retiré de ses responsabilités à l'école de vie et il a démarré un suivi psychologique [...] complété par la suite par une limitation de confesser pendant deux ans, émanant du Vatican », précise le Frère Renaud-Marie. Rien de vraiment drastique. Au contraire, même: quelques mois plus tard, fin 2008, Frère R. est fait supérieur du prieuré de Bologne (Italie) où la communauté vient de s'installer. « Son accompagnement psychologique s'est fait durant environ huit ans et le psychologue, interrogé à son sujet, tirait des conclusions positives sur le travail effectué sur lui-même », plaide le Frère Renaud-Marie. Qui reconnaît tout de même qu'« aujourd'hui, nous jugeons les mesures de l'époque insuffisantes ».

(1) « Église: la mécanique du silence », éditions JC Lattès.
(2) Le prieuré de Saint-Quentin-sur-Indrois ne relève pas de l'archevêque de Tours, mais de l'évêque d'Autun (Saône-et-Loire), dont dépend la communauté Saint-Jean.
(3) Comme Médiapart et le livre cité.

http://www.centre-presse.fr/article-518990-ce-religieux-lochois-exfiltre-en-italie.html
29/03/2017


 

 

 


 

 

 

 

CREATIONNISME


Aux États-Unis, des projets de loi pour enseigner le créationnisme au lycée

Depuis le début de l’année, quatre États américains ont étudié des lois visant à autoriser l’enseignement, lors des cours de sciences au lycée, des thèses créationnistes au même titre que la théorie de l’évolution.
Une actualité qui met en lumière l’avancée dans les mentalités américaines d’un ultra-conservatisme religieux, qui compte désormais des partisans au plus haut niveau de l’État.
 

Inauguration d’un parc à thème sur l’Arche de Noë, par le fondateur du mouvement créationniste américain, Answers in Genesis,à Williamstown Kentucky, en juillet 2016


Créationnisme contre théorie de l’évolution. L’opposition n’est pas neuve aux États-Unis, où partisans des thèses de Charles Darwin et religieux ultraconservateurs, défenseurs d’une lecture littérale du récit biblique de la Genèse, s’affrontent depuis près d’un siècle devant les tribunaux. Mais ces thèses, très répandues aujourd’hui dans les milieux évangéliques, en particulier dans le sud du pays, semblent gagner du terrain dans l’opinion américaine.
L’école est au cœur de la controverse. Ces jours-ci encore, une loi est à l’étude au Parlement du Texas, visant à autoriser l’enseignement des thèses créationnistes au même titre que la théorie de l’évolution lors des cours de sciences au lycée.
Depuis le début de l’année 2017, le Texas est le quatrième État à étudier une loi similaire, après l’Oklahoma, le Dakota du Sud et l’Indiana.
42 % des Américains croient que l’homme a été créé tel qu’il existe aujourd’hui
Les États-Unis sont habitués aux joutes judiciaires sur ces questions. Sur les treize dernières années, pas moins de 70 projets de loi sur l’enseignement des théories de la création auraient été présentés à travers le pays, selon le Centre national pour l’enseignement des sciences. C’est que le créationnisme, presque inexistant en France, a de très nombreux partisans outre-Atlantique : selon une étude de 2014 de l’institut américain Gallup, 42 % des Américains croient que l’homme a été créé tel qu’il existe aujourd’hui.
« La culture religieuse et la vision "mythologique" que les Américains ont de leur pays, expliquent en grande partie cette particularité », expliquait l’historienne Blandine Chélini-Pont, professeur à l’université d’Aix-Marseille et spécialiste des religions aux États-Unis, dans un article de 2011. Loin d’être une curiosité folklorique, « le débat sur l’enseignement de la théorie scientifique de l’évolution a particulièrement contribué à dégager la laïcité scolaire américaine », écrivait-elle également.
Un discours moins ouvertement religieux
Depuis le fondateur « procès du singe » en 1925 – qui vit un enseignant du Tennessee condamné pour avoir enseigné la théorie de l’évolution à ses élèves – le discours créationniste a changé de forme, mais pas de fond.
Dans sa forme la plus extrême, ce dernier affirme que l’univers a été créé en six jours, il y a environ 10 000 ans. Mais depuis un arrêt de la Cour suprême de 1987 affirmant que la « science de la création » était une conviction religieuse et non scientifique et que son enseignement était donc inconstitutionnel, ses défenseurs ont tenté de rendre leur discours moins ouvertement religieux.
Le « néocréationnisme » présente désormais ses arguments comme des théories scientifiques. Depuis les années 1990, le concept du « dessein intelligent » (« intelligent design ») a ainsi fait son apparition au centre du discours créationniste. « Leurs positions sont défendues par des pseudo-scientifiques, en se basant sur quelques fouilles archéologiques, parfois inventées. Mais au fond, c’est le même discours un peu maquillé », résume Mokhtar Ben Barka, chercheur à l’université de Valenciennes et spécialiste des évangéliques américains.
Un effet Trump ?
« La progression du créationnisme dans les esprits n’est pas étonnante », selon lui. « Les évangéliques sont en progression aux États-Unis, tandis que les courants protestants libéraux sont en net recul. Cette avancée d’un ultra-conservatisme religieux va de pair avec celle du conservatisme politique, dans un contexte de crispation face à la modernité. »
Et la montée en puissance de cette mentalité ne peut que se sentir encouragée par la présence au gouvernement de plusieurs personnalités ouvertement créationnistes. Ben Carson, secrétaire d’État au logement a par le passé qualifié la théorie de l’évolution de « satanique » et le big bang de « conte de fées ». Betsy DeVos, secrétaire d’État à l’éducation et par ailleurs riche philanthrope, soutient financièrement des groupes soutenant le « dessein intelligent ».
Le système législatif américain, est fait de telle sorte que les ministres de Donald Trump ne pourront pas peser directement sur le débat. « Mais leur présence au plus haut niveau de l’État, par ricochet, va renforcer ce mouvement », assure Mokhtar Ben Barka.

La Croix du 17.03.2017
 

 


 

 

 

 

DOZULE


La secte millénariste des Croix Glorieuses de Dozulé continue de rassembler tous les 28 mars

La haute butte de Dozulé où se réunissent les pèlerins des Croix Glorieuses. Le Christ aurait, selon les visions de Madeleine, voulu que soit construit là une croit de 738 mètres, soit deux fois la Tour Eiffel.

Madeleine Aumont a vu le Christ à Dozulé le 28 mars 1972. Depuis, une association, aux dérives sectaires réunit, chaque année, sur les lieux, des milliers de fidèles. Ils étaient plus de 3000 en 1985 et sont encore nombreux ce 28 mars 2017. Elle a pourtant d'abord pensé voir des "Extra-Terrestres".

Madeleine Aumont est décédée il y a un peu plus d'un an, en Janvier 2016. Mais ses visions continueront encore longtemps d'alimenter les théories des Croix Glorieuses de Dozulé. En Bretagne et un peu partout en France, cette association religieuse, non reconnue par l'église et classée en 1996 dans le rapport parlementaire sur les sectes françaises, a réussi à convaincre des milliers de fidèles.
Dans ce témoignage enregistré en 1986 par Rémy Mauger et Jacques Lacan pour France 3 Normandie, Madeleine Aumont raconte qu'elle a cru d'abord voir une soucoupe volante ...et des Extra-Terrestres.

Croix glorieuses : le témoignage de Madeleine Aumont

Madeleine Aumont, affirme avoir, du 28 mars 1972 au 6 août 1982, vu à plusieurs reprises le Christ sur la Haute Butte de Dozulé. Des visions qui n'ont jamais été reconnues par l'Eglise mais qui ont réussi à convaincre de nombreux fidèles.
Jamais l'église n'a donné à cet endroit le nom sacré de sanctuaire mais les amis des Croix Glorieuses continuent à s'y réunir tous les 28 mars, avec chants, pèlerinage et ablutions.
Cette association a été crée au début des années 80, sur des thèses millénaristes. Elle a connu son apogée avant l'an 2000, annonçant l'apocalypse. Et selon la théorie développée chez " les Croix Glorieuses", les fidèles auraient pu trouver refuge au pied de ces Croix, de 7,38 mètres de haut, pour échapper à la fin du monde.
Depuis ce type de croix s'est multiplié dans le monde ( et surtout en Bretagne) et pousse aussi, parfois, dans le jardin de particuliers. Elles sont censées servir de repère en cas de déluge.

Ce 28 mars 2017, de nombreux fidèles ont encore participé au pélérinage dans le Pays d'Auge :
Pélerinage des Croix Glorieuses de Dozulé

En 2017, à Dozulé, de nombreux fidèles, encore une fois.

Cette année , encore, ce 28 mars 2017, un an après la mort de Madeleine Aumont, les fidèles se sont retrouvés sur la butte, de Dozulé. Près de 500 personnes étaient réunies cette année. Un mobilisation moins importante qu'avant l'an 2000.
au milieu des années 80, plus d'une cinquantaine de cars arrivaient le 28 mars à Dozulé avec , à leur bord, des milliers de fidèles venus de partout.

http://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/secte-millenariste-croix-glorieuses-dozule-continue-rassembler-tous-28-mars-1223155.html
28/03/2017

 

 


 

 

 

 

ECOLES


Les écoles hors contrat, nouveau débat électoral

Montessori, catholiques «tradi», musulmans… ces établissements séduisent de plus en plus de parents.
Il fut un temps, pas si lointain, où les écoles hors contrat étaient un « angle mort » de l’éducation nationale, pour reprendre la formule d’un haut fonctionnaire du ministère, recueillie avant l’élection présidentielle de 2012. Elles ne faisaient à l’époque ni la « une » des médias, ni l’objet de promesses électorales. Ce temps-là est manifestement révolu.

François Fillon en a apporté la preuve en prenant fait et cause pour cette offre éducative issue de la société civile : s’il accède à l’Elysée, le candidat de la droite soutiendra la création d’un nouveau type d’établissements scolaires « indépendants et innovants » dans les zones en difficulté, a-t-il promis le 9 mars, devant une salle comble à Besançon, en vantant l’une des écoles du réseau Espérance banlieue visitée à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) cet hiver. M. Fillon a dit regretter que ces établissements ne soient « aujourd’hui pas aidés » – une absence de financement public qui remonte à la loi Debré (1959). Dans son programme, le mot « hors contrat » n’apparaît pas mais, pour les observateurs du microcosme scolaire, un pas a été franchi.
D’autant qu’il n’est pas le seul, durant cette campagne, à avoir donné de la visibilité à un secteur qui reste marginal (quelque 61 500 élèves scolarisés, sur un total de 12 millions) et pour le moins éclectique (écoles confessionnelles, laïques, Montessori, citoyennes, démocratiques…), mais qui se développe en marge de l’école publique et privée sous contrat : en décembre 2016, c’est le mouvement En marche ! d’Emmanuel Macron qui avait convié, entre autres personnalités, le porte-parole de la fondation Espérance banlieue à sa convention sur l’école organisée à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).
Silence de la gauche
Le FN compte, parmi ses engagements de campagne, la défense de la liberté de l’enseignement, avec des « contrôles sur le hors-contrat pour s’assurer de la conformité avec les valeurs de la République », avance Alain Avello, conseiller éducation de Marine Le Pen. La candidate frontiste s’était opposée à la ministre de l’éducation sur le régime d’ouverture des écoles hors contrat, en début d’année, lors d’un débat télévisé. Le FN ne reprend cependant pas à son compte l’idée, portée il y a dix ans par Jean-Marie Le Pen, du « chèque éducation » correspondant au « coût moyen d’un élève », qu’il appelait à distribuer aux familles
pour leur donner le libre choix de leur école.
A gauche, en revanche, aucun candidat ne s’est emparé du sujet. Comme s’il fallait faire oublier la façon dont la ministre de l’éducation s’est vu retoquer son projet de mieux encadrer le secteur hors contrat : le Conseil constitutionnel a censuré le 26 janvier, lors de l’examen de la loi égalité et citoyenneté, l’article porté par Najat Vallaud-Belkacem prévoyant de faire passer l’ouverture de ces écoles d’un simple régime de déclaration à un régime d’autorisation préalable. Ce silence de la gauche inquiète le sociologue François Dubet : « Elle fait campagne sur des thèmes classiques – plus de moyens, plus de postes –, pour ne fâcher personne, et laisse la droite se livrer à une sorte de hold-up sur les notions d’excellence, d’innovation ; c’est risqué. »
Ce n’est pas faute d’avoir tenté une inflexion au ministère de l’éducation – mais « un peu tard », disent les observateurs. « On ouvre plus facilement, en France, une école qu’un restaurant ou un bar », a dénoncé la ministre ces derniers mois, en assurant ne pas avoir uniquement dans son viseur les établissements musulmans. Les statistiques ne lui donnent pas tort : en quelques années, le nombre d’écoles hors contrat est passé de 900 à plus de 1 200, dont 300 confessionnelles environ, parmi lesquelles une quarantaine de musulmanes, estime-t-on.
En 2016, 93 nouvelles structures ont ouvert ; elles étaient 67 de plus en 2015, 58 en 2014… Le recensement est tenu par la Fondation pour l’école qui en promeut le modèle – une fondation reconnue d’utilité publique en 2008, « du temps où François Fillon était à Matignon », aiment à rappeler ses détracteurs.
« Grand marché lucratif de l’éducation »
« Dans les années 1980, les “boîtes à bac” avaient le vent en poupe, raconte sa directrice générale, Anne Coffinier ; dans les années 1990, des écoles catholiques de type “tradi” ont fleuri, attirant à elles des familles pour qui l’enseignement sous contrat n’était pas assez “catho”. Aujourd’hui, les familles poussent les portes du hors-contrat avant tout pour des raisons pédagogiques, soutient cette énarque, dépeinte comme proche de La Manif pour tous, même si elle le récuse. Elles y viennent pour l’apprentissage de la citoyenneté, du bilinguisme, l’inspiration Montessori, ou parce qu’elles ont un enfant à besoins particuliers… Il n’y a pas d’école idéale mais des écoles qui, au cas par cas, répondent mieux à tel ou tel besoin, telle ou telle vision de la société. »
C’est bien là que le bât blesse, rétorquent les acteurs de l’éducation. « D’une école à l’autre, on s’expose à une déréglementation de l’enseignement, s’alarme Francette Popineau, du syndicat d’enseignants SNUipp-FSU. Le risque existe d’aboutir à un grand marché lucratif de l’éducation, dans lequel on s’orienterait en fonction du lieu, des croyances, de l’idéologie… Mais vers quelle société va-t-on si l’on mise sur l’isolement des enfants et le repli sur soi ? »
Christian Chevalier, du SE-UNSA, s’inquiète lui aussi d’une « vision repliée » de l’école revendiquée par « une certaine France, réac et décomplexée » qui « grignote des parts de marché mais aussi des esprits ». « Des familles pour qui le salut viendrait de la liberté de choix veulent pouvoir comparer, au sein d’une offre diversifiée, les établissements, poursuit-il. Ce sont deux conceptions qui s’affrontent : soit l’éducation, perçue comme un bien commun accessible à tous, relève de l’Etat ; soit c’est un service pour lequel on est prêt à payer, un bien de consommation comme un autre. »
Avec, en toile de fond idéologique, un modèle ultralibéral ? « Pourquoi pas ultralibertaire ? », répond d’une pirouette Anne Coffinier, qui récuse les étiquettes. « En France, la conception régalienne de l’école limite le débat. Ailleurs, la question du libre choix n’est pas – ou peu – politique, assure-t-elle. Aux Pays-Bas, en Suède, les pouvoirs politiques peuvent être de droite ou de gauche et défendre cette liberté. » A voir.
« Le développement récent du privé est quand même très lié à l’arrivée de gouvernements néolibéraux offensifs à l’étranger », nuance la sociologue Nathalie Mons. « La recherche n’a pu montrer les effets positifs de ces politiques, car ce nouveau privé est très hétérogène dans ses pratiques. Dans certains pays, les résultats ont même été très décevants », observe-t-elle, en rappelant « l’effondrement », dans le classement PISA, des résultats du système suédois, et « l’explosion » des inégalités.
Désillusion face au système classique
Sans doute que l’intérêt d’une frange de la société pour ce gros millier d’écoles, pas tenues de suivre les programmes ni de mettre des enseignants diplômés de l’éducation nationale face à leurs élèves, dit quelque chose de la désillusion ressentie face au système classique, ses résultats en berne, ses inégalités. Mais, pour les spécialistes, c’est autre chose qui se joue.
Une évolution, profonde, de « philosophie politique, fait valoir l’historien Claude Lelièvre. Vouloir financer le hors-contrat, c’est une rupture avec le compromis institué au début de la Ve République par Charles de Gaulle et Michel Debré. Tous deux avaient exigé, en contrepartie du financement public des établissements catholiques, ce qu’ils appelaient le “rapprochement des enseignements donc des esprits” dans un cadre national unificateur ». De ce cadre, il n’est pas question pour le hors-contrat.
L’évolution touche aussi le modèle économique : les enseignants redoutent l’arrivée d’entreprises du CAC 40 et des fonds d’investissement. Comme cela se fait déjà dans l’enseignement supérieur.

Le Monde | 16.03.2017

Ecoles hors contrat : des carences et des dérives relevées dans l’académie de Versailles

Une note de synthèse réalisée après inspection dans quelques-uns des établissements indépendants, que « Le Monde » s’est procurée, souligne notamment l’absence de nombreux enseignements.
Ce n’est ni un rapport d’inspection officiel ni une présentation exhaustive du paysage des écoles hors contrat. La note d’analyse que Le Monde a pu se procurer, rédigée il y a un an par une inspectrice pédagogique honoraire de l’académie de Versailles à l’adresse de son recteur, a néanmoins valeur de document : elle dit le pire de ce qui se joue derrière les portes de ces établissements quand ils dysfonctionnent.
Lire aussi : Les écoles hors contrat, nouveau débat électoral
L’académie en question compte une centaine d’écoles hors contrat. Pas uniquement ces établissements musulmans auxquels le ministère de l’éducation ne cache pas, dans le contexte postattentats, « porter une attention particulière » : on y trouve aussi des écoles catholiques « tradis » – dont celles de la fraternité schismatique Saint-Pie X –, des écoles Montessori, Steiner, etc. Une trentaine ont été contrôlées en trois ans, au rythme de dix par an.
Les défenseurs de la liberté scolaire diront que les inspecteurs ont trouvé dans ces établissements ce qu’ils étaient venus chercher : leurs visites, inopinées, ont la plupart du temps été motivées suite à des signalements ou des plaintes. Mais à l’heure où droite et gauche ferraillent sur le hors contrat – son apport, son financement, son contrôle –, taire les carences observées sur le terrain ne saurait servir le débat.
« Conditionnement »
Au fil des huit pages de ce document, il n’est question que de « contenus [enseignés] erronés », « tendancieux » ou « évités ». De « rituels » voire de « conditionnement ». De l’écart entre les promesses pédagogiques affichées – excellence, bienveillance, individualisation – et les situations observées.
C’est « l’évitement de pans entiers du savoir » que la note détaille, « l’absence de nombreux enseignements » en sciences, technologie, géographie, histoire des arts, éducation civique, arts, musique, sport… « Nous assistons partout à des séances d’exercices, de lecture, de copie, mais à aucune leçon », peut-on lire. Même indigence des démarches expérimentale, exploratrice ou de recherche qui font particulièrement défaut en histoire et sciences. Peu d’expression personnelle – qu’elle soit orale, littéraire, artistique, « si elle existe, elle reste invisible », soulignent les inspecteurs. Peu ou pas de recours à la réflexion, à la création. Des outils informatiques qui prennent la poussière, des bibliothèques et des manuels datés… On est loin des projets éducatifs d’exception affichés.
« Aucune des écoles contrôlées n’a fait référence au socle commun de connaissances, de compétences et de culture », ce « bagage » que tout élève doit avoir acquis à l’issue de la scolarité obligatoire, à 16 ans. Sa transmission est pourtant la seule obligation faite aux structures hors contrat, qui peuvent jouer avec les programmes et les méthodes, recruter leurs propres éducateurs, mais sont tenues, in fine, de le faire acquérir.
« Ni préhistoire ni Antiquité »
Dans tel établissement catholique, on découvre dans un livre de SVT de 3e « les pages sur la contraception collées entre elles ». Dans un manuel, que « Pétain a sauvé la France », que « des ingrats [les résistants] ont fui en Angleterre ». Dans telle école musulmane, les frises chronologiques affichées aux murs débutent « aux guerres de religion sans mention de la préhistoire ou de l’Antiquité ».
Des établissements confessionnels se revendiquent, souvent, de Maria Montessori. Or, si le matériel et les supports sont bien dans la lignée de ceux développés par la médecin italienne, relève la note, « les dimensions pédagogiques sont détournées de leurs enjeux et amputées de ce qui les fonde théoriquement. » « Comment les notions de libre choix et d’autonomie peuvent-elles survivre aux suggestions des adultes faites pour des raisons plus matérielles que pédagogiques, ou dès lors que les fillettes sont voilées à partir de 5 ans dans les écoles musulmanes contrôlées ? », interroge l’inspectrice.
Lire aussi : Uniforme, vouvoiement, levée des drapeaux... le retour de l’école à l’ancienne
Les méthodes sont elles aussi épinglées – « appliquer, recopier, reproduire, répéter à l’exclusion de toute prise d’initiative » –, pour le peu de place qu’elles laissent au développement de l’esprit critique, de l’autonomie de pensée et de comportement. « La passivité et le silence des enfants, associés à l’absence d’expression, favorisent l’assimilation, l’obéissance, la soumission, sans laisser de place à la curiosité ou à la réflexion », souligne l’auteure.
Quid du devenir de ces établissements ? « Certains font déjà ou pourront faire l’objet d’une saisine par la justice », répond-on rue de Grenelle. Sans fermeture automatique : on a vu, avec la polémique sur l’école Al-Badr de Toulouse, à quel point la procédure peut être compliquée. « Versailles n’est pas une académie à part, fait-on valoir au cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’éducation. Ce genre de remontées tend à démontrer que le hors contrat, longtemps considéré comme quantité négligeable – à la frange, à la marge –, nécessite un contrôle plus rigoureux. »
Si la gauche n’a pas réussi, sous ce quinquennat, à modifier le régime d’ouverture de ce secteur, elle assure avoir déjà renforcé les modalités et le rythme des inspections : un « guide » a été distribué aux académies en février. Une première.

Le Monde | 16.03.2017

Uniforme, vouvoiement, levée des drapeaux... le retour de l’école à l’ancienne
Surfant sur l’image dégradée de l’école publique, la Fondation Espérance banlieues ouvre, depuis 2012 dans des quartiers défavorisés, des écoles hors contrat aux méthodes alternatives.
Le vendredi après-midi, c’est randonnée en forêt. Les élèves ont quartier libre. Les plus jeunes jouent à cache-cache dans les arbres. Les plus grands font une partie de foot, tandis qu’un groupe de copines bavarde sur l’herbe. Les garçons portent un sweat vert, les filles un sweat bordeaux, marqués de l’écusson de leur école : « Cours Alexandre Dumas, Montfermeil ». En Seine-Saint-Denis.
Un peu plus loin, sur une butte, Albéric de Serrant, chapeau en feutre et bâton à la main, survole des yeux sa troupe. Le directeur du Cours Alexandre Dumas – « catholique, aristocrate fauché de la campagne », comme il s’amuse à se présenter – est l’un des artisans des écoles de la fondation Espérance banlieues. Un réseau qui entend promouvoir « un nouveau modèle d’école pour mieux lutter contre l’échec scolaire et les tensions communautaires » dans les banlieues, sa terre de mission.
Uniforme, vouvoiement, levée des drapeaux, patrouilles d’élèves… Ce ne sont pas les Cadets de la défense, ni les scouts, mais des écoles privées, hors contrat avec l’éducation nationale et aconfessionnelles. Leur carte de visite : petits effectifs, méthodes « à l’ancienne », apprentissage des règles de vie en société, adhésion au patriotisme. Leurs visiteurs : des familles modestes, pour beaucoup issues de l’immigration et musulmanes, déçues de l’enseignement public.
Le Cours Alexandre Dumas, école pilote de ce réseau, a ouvert ses portes en 2012 dans des préfabriqués. Il comptait huit élèves au départ, ils sont 95 aujourd’hui. En cinq ans, sept autres écoles Espérance banlieues ont vu le jour, avec des effectifs de 90 élèves à Asnières-sur-Seine, 45 à Roubaix (Nord), dix à ¬Saint-Etienne… Seul le Cours Alexandre ¬Dumas propose une scolarité complète du cours préparatoire (CP) à la 3e. Sans que ses intervenants, dans leur grande majorité, ne soient diplômés de l’enseignement.
Roselmack et Debbouze pour parrains
Huit écoles, 342 élèves – sur un total de 12 millions dans le primaire et le ¬secondaire en France –, Espérance banlieues ne pèse pas lourd. Pourtant, sa présence microscopique contraste avec sa forte présence dans les médias, suscitée par d’importants moyens marketing et le parrainage de célébrités telles que le présentateur de TF1 Harry Roselmack ou l’acteur et humoriste ¬Jamel Debbouze.
Pour exister, le réseau a besoin d’être visible. Ne bénéficiant pas de subvention publique, il ne vit que grâce aux cotisations des familles (à hauteur de 15 % de son budget) et à des dons privés – particuliers, associations, fondations, entreprises, parmi lesquelles Bouygues, Thales, Saint-Gobain, Vinci, BNP Paribas…
En cette période électorale, l’intérêt que lui portent certains candidats lui donne un surcroît de visibilité. François Fillon (Les Républicains), après sa visite à l’école d’Asnières, a déclaré que l’Etat soutiendrait, s’il était élu, ce type d’établissements « indépendants et innovants ».
« Nous sommes aussi en contact avec l’équipe [d’Emmanuel Macron] », affirme Eric Mestrallet, le fondateur d’Espérance banlieues, invité à un débat sur l’école organisé en décembre 2016 par En marche !, la formation de l’ancien ministre de l’économie.
Territoires « abandonnés »
La rhétorique du mouvement est dans l’air du temps, surfant sur l’image dégradée d’une école publique en banlieue, qui serait enrôlée dans une spirale d’échec scolaire, de désintégration, de délinquance, de communautarisme.
« Le niveau des élèves se dégrade, les inégalités s’accroissent, une incompréhension des familles se développe à l’égard de cette école qui manque d’ambition et d’exigence sur la transmission de la culture française », soutient Eric Mestrallet.
Face à cette « crise éducative », ce père de famille catholique – PDG du cabinet de conseil Arthur Straight et qui fut attaché parlementaire de l’ancien sénateur de l’Aveyron Bernard Seillier, un proche de Philippe de Villiers – a ressenti l’envie de « faire quelque chose » pour ces territoires qui se sentent, selon lui, « abandonnés ».
Devant le Cours Alexandre Dumas, à l’heure de la sortie, voici des mamans impliquées dans la scolarité de leurs enfants et qui, sans dresser un tableau apocalyptique de l’école publique, voulaient « mieux ». Quitte à débourser 1 040 euros par an.
Latifa (les prénoms ont été modifiés à leur demande) s’est tournée vers le hors contrat pour échapper au collège public de son secteur. Myriam a été séduite par les effectifs de classe, limités à seize élèves. « Dans le public, les classes sont trop chargées, il n’y a pas assez de suivi », déplore-t-elle. Alors qu’« ici, on n’attend pas des semaines pour avoir un rendez-vous. Vous envoyez un texto, et tout de suite on vous dit s’il y a un souci ou pas », se satisfait Samira.
Corvées de nettoyage
Les élèves du Cours Alexandre Dumas ne sont pas de « bons » élèves, tient à souligner Albéric de Serrant : « Leur point commun, c’est d’avoir été pris par la paresse. Et ici, on est bon pour la combattre ! C’est assez incroyable, mais les absences et les retards sont rares. Et cela vient du fait que l’enfant décide et s’engage à venir chez nous. »
Avec tout un cérémonial : l’élève qui intègre l’école passe par une période probatoire, avant de se voir remettre solennellement l’uniforme. Celui qui ne manifeste pas d’engagement, qui accuse vingt retards, est renvoyé. « Au niveau collège, on comptabilise, pour des raisons diverses, dix départs en moyenne par an », précise le directeur.
Pour penser ce modèle d’école, Albéric de Serrant s’est inspiré de ses expériences passées, dans l’enseignement privé catholique, aux Apprentis d’Auteuil, à L’Eau vive, aux frères hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu. Il a, dit-il, « puisé dans plein de marmites ».
Pour les rythmes, le modèle danois : matinées consacrées aux matières « fondamentales », après-midi réservées aux études et aux activités. Pour la lecture, la méthode syllabique. Pour la dimension éducative, le scoutisme. Le Cours Dumas lui emprunte l’uniforme, les équipes interâges, les corvées de nettoyage, les randonnées et les camps sous la tente, les rassemblements dans la cour quand retentit le sifflet en signe de ralliement…
Peu d’enseignants
Chaque vendredi, à 17 heures, c’est la main sur le cœur, devant les drapeaux de la France, de l’Europe et de l’école, que les élèves observent une minute de silence « en hommage à [leurs] familles et au pays qui [leur] ont permis de suivre cette semaine de scolarité ».
Plus que la transmission des savoirs, c’est cette mission éducative que mettent les personnels en avant. « Mon coup de cœur pour le projet, il vient de l’importance donnée à la personne de l’enfant, souligne Anne-Laure Britsch, ancienne professeure d’une école catholique. Ici, on est prof et éducateur à la fois. »
Sur les douze membres de l’équipe, peu d’enseignants. L’une est diplômée de psychologie, un autre est ingénieur et a dirigé des colonies de vacances. « L’enseignement, ce n’est pas ma tasse de thé, je préfère le côté éducatif », reconnaît Paul Jovanovic, ancien chef scout, diplômé d’une licence d’histoire-géographie. Deux d’entre eux ont reçu une formation à l’Institut libre de formation des maîtres (ILFM) de la Fondation pour l’école, qui abrite Espérance banlieues.
Les conditions de recrutement – une licence minimum et une expérience d’animation – peuvent-elles suffire pour permettre aux élèves de rejoindre, par la suite, un parcours classique, puisque tel est l’objectif ?
« Les enfants ont plaisir à venir »
« Ce qui est certain, c’est que les enfants ont plaisir à venir. La dimension académique n’est qu’une dimension parmi d’autres », se défend Eric Mestrallet, précisant que sa fondation travaille à l’élaboration d’un outil d’évaluation. Pour l’heure, elle ne dispose que d’un indicateur fragile, la réussite au brevet des élèves de Montfermeil. En 2016, onze élèves sur treize ont obtenu le diplôme.
C’est ce défaut de compétences professionnelles que pointent les détracteurs du modèle. « Tout ça respire la bien-pensance catholique. Sauf que les bons sentiments ne font pas une éducation », tacle Christian Chevalier, secrétaire général du SE-UNSA, un syndicat du public.
« Ce que je perçois, c’est un projet qui surfe sur des opinions simplistes, non éclairées.C’est soi-disant en rétablissant l’autorité façon militaire, en revenant aux fondamentaux que le système ira mieux. On ne se pose pas la question complexe de savoir comment construire les apprentissages, renchérit Francette Popineau, porte-parole du SNUipp-FSU. Quant au côté bleu-blanc-rouge, on n’est certainement pas à l’école des citoyens du monde ! »
Les inspections de l’éducation nationale, menées dans quelques-unes des écoles Espérance banlieues, n’ont pas donné lieu à des « alertes majeures », souligne une source proche de l’inspection. « Ce qui interroge, c’est leur posture coloniale : il s’agit bien d’enraciner culturellement ces enfants, avec le présupposé qu’ils seraient des petits sauvageons élevés dans le désamour de la patrie. » D’où un certain nombre de « points de vigilance » soulevés quant à la « charge idéologique » et au « caractère minimaliste de l’ambition pédagogique ».
Projet politique libéral
Ce qui inquiète aussi le monde enseignant, c’est le projet politique libéral que sous-tend Espérance banlieues. Eric Mestrallet est l’un des fers de lance du lobby des écoles hors contrat, aux côtés d’Anne Coffinier, la présidente de la Fondation pour l’école (dont il est le vice-président).
Les deux militent activement pour le développement d’« écoles libres » – de leurs programmes, de leurs méthodes, de leur recrutement. A la façon des charter schools américaines ou des free schools anglaises, qui perçoivent des subventions publiques en échange d’un cahier des charges à remplir.
Une ligne qui entre en résonance avec le programme de François Fillon, qui fut ministre de l’éducation entre 2004 et 2005. Les défenseurs de l’école publique y voient, eux, l’amorce d’un démantèlement de celle-ci et la négation du vivre ensemble.
Les écoles Espérance banlieues peuvent-elles essaimer ? Jusqu’à présent, rien ne le laissait présager. Ni leur liste d’attente ni les projets d’ouvertures (quatre ou cinq sont prévues à la rentrée prochaine).
Avenir incertain
Il leur manque deux ingrédients pour se développer. D’abord, les fonds. Eric Mestrallet soutient que la Fondation est « à la limite de ce qu’elle peut financer sans financement public ». Ensuite, les soutiens locaux. Car ces écoles ne sont implantées que dans des communes de droite, comme Montfermeil, dont le maire Xavier Lemoine est vice-président du Parti chrétien-démocrate, voire d’extrême droite s’agissant de Marseille (le Cours Frédéric Ozanam est implanté dans le 13e arrondissement du frontiste Stéphane Ravier).
Les mairies leur louent un terrain ou un bâtiment, au grand dam, souvent, des élus d’opposition. L’implantation dans une commune de gauche est plus délicate, comme à Montreuil, où le projet n’est pas près de voir le jour, la mairie (Parti communiste) n’ayant rien à louer.
Pour la première fois, une collectivité territoriale, en l’occurrence la région Ile-de-France dirigée par Valérie Pécresse (Les Républicains), vient de verser à la Fondation une subvention de 35 000 euros au titre des activités extrascolaires (car la Constitution interdit le versement de fonds publics aux écoles hors contrat). L’avenir d’Espérance banlieues est bel et bien politique, aussi incertain que l’issue du scrutin de mai prochain.

Le Monde | 16.03.2017



 

 

 

 

EGLISE CATHOLIQUE PRIVEE DE BANAME


Bénin: la sulfureuse Eglise qui « chasse les démons »
 

Cotonou – De mystérieuses morts par asphyxie et des affrontements violents entre ses fidèles et d’autres communautés n’y ont rien changé. Au Bénin, la « Très Sainte Eglise de Jésus-Christ » enchaîne les scandales sans être inquiétée et continue à séduire les foules.

A chaque pèlerinage chrétien, ses adeptes gravissent par milliers la colline de Banamè, dans le Zou (sud du Bénin), pour entendre « Dieu Esprit-Saint » réincarné en femme promettre de « chasser les démons ».

L’autoproclamée « Dieu Esprit-Saint » de chair et d’os, qui se fait aussi appeler « Parfaite », est la fondatrice de ce culte évangélique apparu en 2009 et qui a étendu au fil des ans son influence à travers tout le pays.

« Rien qu’en faisant un tour sur cette colline, vous êtes délivrés et guéris de beaucoup de maux », promet le site internet de l’Eglise, qui diffuse des vidéos de foules acclamant une jeune femme au visage rond, vêtue d’une soutane et coiffée d’un chapeau rouge.

Parfaite – de son vrai nom Vicentia Tadagbé Tchranvoukinni – dit être descendue du ciel il y a 25 ans dans le nord du Bénin. Elle raconte avoir été trouvée bébé, abandonnée dans un buisson, par un berger peul.

En Afrique de l’Ouest, où pullulent les Eglises chrétiennes dites « de réveil », l’Eglise de Banamè pourrait n’être qu’un mouvement évangélique parmi tant d’autres.

Elle se distingue pourtant par des prêches virulents à l’encontre des autres religions ou croyances – particulièrement le vaudou, très répandu au Bénin. Les dérapages se sont multipliés depuis trois ans et Parfaite est sous le feu des critiques, accusée d’attiser la haine entre communautés.

Dernier incident d’une longue série: le 8 janvier, de violents heurts ont opposé des habitants de Djimé (sud du Bénin) à des adeptes de la secte qui avaient « insulté et offensé » des chefs traditionnels au cours d’une « mission d’évangélisation », selon un responsable local sous couvert d’anonymat.

Aucun bilan officiel n’a été communiqué, mais le gouvernement a déploré « des pertes en vies humaines », et les médias locaux ont évoqué deux morts, plusieurs blessés et de nombreux véhicules incendiés.

Selon le quotidien La Nouvelle Tribune, « les guerriers de l’Eglise de Banamè » étaient arrivés affublés de gris-gris, armés de fusils artisanaux, de machettes et de gourdins.

En 2014, à Cotonou, l’organisation d’un rassemblement avait déjà dégénéré en affrontements avec des jeunes du quartier Kpondéhou, qui refusaient d’évacuer leur terrain de sport. Bilan: plusieurs blessés graves.

En novembre de l’année suivante, des violences ont encore eu lieu à Save (centre du Bénin), cette fois avec des catholiques.

Ce culte qui défraie la chronique est au départ une dissidence de l’Eglise catholique romaine: elle naît en 2009 de la rencontre entre la future gourou et un prêtre de la paroisse Sainte-Odile-de-Banamè, Mathias Vigan.

Parfaite n’a pas encore 20 ans et vient se faire exorciser. C’est finalement la jeune femme qui envoûtera le religieux, qu’elle intronisera « Pape » quelques années plus tard, sous le nom de Christophe XVIII.

L’influence grandissante de ce couple étrange inquiète la Conférence épiscopale du Bénin, qui excommunie en 2013 Parfaite, Vigan et leurs fidèles.

« De tous les diocèses de notre pays et même au-delà (…) nos fidèles mal informés et assoiffés du sensationnel et du mirage du nouveau, accourent en grand nombre à Banamè », s’alarme alors la Conférence.

En janvier 2014, le gouvernement béninois lance une enquête, après avoir reçu de « nombreuses plaintes » de communautés religieuses et d’autorités politiques et traditionnelles.

Le président de l’époque, Thomas Boni Yayi (lui-même membre d’un courant pentecôtiste), convoque Parfaite dans la foulée pour une mise au point qui aura peu d’effet. Aucune poursuite judiciaire ne sera engagée contre elle.

Sollicitée par l’AFP, la jeune femme a refusé de s’exprimer, accusant les médias de déformer ses propos.

« Les gens ne comprennent pas que l’Esprit-Saint Créateur du Ciel et de la Terre utilise le corps de Parfaite comme son temple », tente d’expliquer le « cardinal » Césaire Agossa, porte-parole de l’Eglise de Banamè.

Sa mission? « En finir avec le règne de Belzébul (Belzébuth), parvenir à exterminer la sorcellerie et tous les mauvais esprits qui empêchent l’Homme de se développer ». Mais, assure-t-il à l’AFP, « nous n’avons jamais orchestré de violences ».

Pour cet ancien conseiller ministériel, patron d’un groupe de presse, le succès de Banamè « suscite la jalousie et la haine ».

L’Eglise a encore fait parler d’elle fin janvier, lorsque cinq fidèles sont morts asphyxiés dans le sud du pays, après avoir inhalé de l’encens.

Les bâtons auraient été « distribués ou vendus à des fidèles qui devaient passer la journée (…) enfermés pour prier à l’occasion d’une +journée de délivrance+ », a expliqué une source au ministère de la Santé.

Les frasques de Parfaite semblent embarrasser le gouvernement actuel. Patrice Talon, élu président en mars 2016 – et auquel « Dieu Esprit-Saint » avait affiché son soutien durant la campagne – n’a jusque-là jamais condamné publiquement l’Eglise de Banamè.

Lemag.ma du 01.03.2017

 

 


 

 

 

 

EVANGELIQUES


Une plongée au cœur des Églises évangéliques de France, ce mercredi soir

Ce mercredi 29 mars en première partie de soirée sur France Ô, plongez au cœur des Églises évangéliques de France, lors d'un documentaire inédit réalisé par Cyril Vauzelle.
Évangélisation de rue, one-man-show ou musique branchée, chacun a sa technique pour évangéliser. Derrière une vitrine ultramoderne et attirante, certains pasteurs n’hésitent pas à promettre la prospérité ou la guérison pour attirer de nouveaux fidèles.
La foi évangélique, religion star aux États-Unis, est une branche du protestantisme. Aujourd’hui, dans le monde, un chrétien sur quatre est évangélique, ce qui représente 619 millions de fidèles. En France, plus de 600 000 personnes se revendiquent évangéliques. Leur nombre a été multiplié par dix en 65 ans. Une église serait créée tous les dix jours dans le pays ! Les protestants évangéliques ultramarins représentent environ 100 000 pratiquants réguliers au sein de plus de 250 églises locales. Et cette pratique ne cesse de faire des émules, les Églises chrétiennes évangéliques étant les plus actives en matière de « recrutement ».
Alors, comment expliquer ce succès ? Et comment font-ils pour propager leur foi et séduire leurs adeptes ? Pour convertir le maximum de personnes, les évangéliques n’hésitent pas à déployer les grands moyens, avec des méthodes bien rodées, que l'on pourrait assimiler à du prosélytisme, voire du marketing.

http://www.leblogtvnews.com/2017/03/une-plongee-au-coeur-des-eglises-evangeliques-de-france-ce-mercredi-soir.html
29 Mars 2017

 

 

 


 

 

 

 

EXTREME-DROITE


« L’effet Wilders » a dominé la campagne

Caracolant en tête des sondages, le leader d’extrême droite Geert Wilders a axé son discours de campagne sur la « défense de l’identité néerlandaise ».
Incarnera-t-il la plus grande force politique des Pays-Bas ? Depuis plusieurs mois, la question hante les observateurs de la vie politique néerlandaise à propos de Geert Wilders et de son Parti pour la liberté (PVV). Pendant des mois, les sondages l’ont placé en tête des intentions de vote, avec des prédictions lui offrant jusqu’à 35 sièges de députés sur 150, contre 15 actuellement. Le populiste a tenté, lundi soir, de se refaire une santé de dernière minute, lors d’une virulente confrontation télévisée avec le premier ministre néerlandais Mark Rutte. La crise déclenchée ce week-end entre La Haye et Ankara, après l’interdiction faite à des ministres turcs de participer à des meetings favorables au président Recep Tayyip Erdogan, a fourni de nouvelles munitions à son discours « anti-islam ».
Il ne figurera pas au gouvernement, la plupart des partis s’étant engagés à ne pas collaborer avec lui. Mais ses thèmes de prédilection – asile, immigration, questions identitaires – ont dominé les débats ; et ses rares sorties sur le terrain ont magnétisé micros et caméras. Au point que l’intéressé affirme que, quelle que soit l’issue du scrutin, il aura gagné « en termes de visibilité ».
Voilà onze ans que Geert Wilders a fondé, en 2006, son groupe parlementaire, le Parti pour la liberté (PVV), afin de « dénoncer l’islamisation des Pays-Bas ». Maîtrisant l’art de la provocation, des messages courts, des slogans à l’emporte-pièce, il s’emploie depuis à être le trublion de la scène politique d’un pays où dominent la culture de concertation et le sens du compromis. « En une décennie, les débats politiques, le langage politique, l’attitude des médias, le paysage politique ont tous été affectés par le phénomène Wilders », analyse Tom-Jan Meeus, journaliste politique au quotidien néerlandais NRC.
La dynamique s’est enclenchée, il est vrai, dès le départ, conférant à son parti une ascension fulgurante, jusqu’à le faire devenir, dès les législatives de juin 2010, la troisième force politique du pays avec 24 sièges de députés. Geert Wilders a alors accédé indirectement au pouvoir en négociant son « soutien extérieur » au premier gouvernement de coalition du libéral Mark Rutte.
Mais l’attelage n’a pas tenu très longtemps, Geert Wilders refusant de se plier aux « ingérences de Bruxelles ». En 2012, quand la crise grecque éclate, le leader du PVV menace de retirer son soutien au gouvernement si l’aide financière à la Grèce se faisait « au détriment du contribuable néerlandais », provoquant la chute du gouvernement en pleine crise de l’euro. « Aux yeux d’une bonne partie de l’opinion, il a perdu à ce moment-là sa crédibilité d’homme d’État potentiel », analyse Laurent Chambon, politologue à Amsterdam.
Geert Wilders a pointé à nouveau en tête des sondages à partir de 2015, lorsque la question de l’accueil des réfugiés a de nouveau polarisé les débats. À 53 ans, sa chevelure blonde peroxydée vire au blanc, mais sa rhétorique ne change pas. « Rendre les Pays-Bas aux Néerlandais » a été son thème de campagne, avec pour tout programme la fermeture des frontières aux musulmans, l’interdiction de la vente du Coran et la sortie de l’UE.
« Son attitude d’éternel rebelle pour défendre les valeurs néerlandaises est à double tranchant, car il ne les incarne pas toutes », explique un diplomate néerlandais. Les dernières enquêtes d’opinion le plaçaient en seconde position, derrière Mark Rutte qui n’a pas hésité, il est vrai, à surfer sur les thèmes identitaires pour séduire les électeurs de l’extrême droite. Prévenant qu’une victoire du PVV ouvrirait « une période de chaos pour le pays », le premier ministre sortant espère convaincre la « majorité silencieuse » que Geert Wilders n’a pas les prérequis fondamentaux pour l’exercice du pouvoir aux Pays-Bas : capacité de négociation et recherche du compromis.

La Croix du 15.03.2017

A Rotterdam, des citoyens déboussolés

Dans la deuxième ville du pays, la surenchère de candidats exacerbe les intérêts particuliers et les réflexes de replis communautaires. C’est en banlieue sud de cette métropole que le leader d’extrême droite Geert Wilders a choisi de débuter sa campagne.
En sortant de la gare centrale de Rotterdam, imposante dans cette zone ultramoderne que l’on surnomme « Manhattan-sur-Meuse », Noah ôte ses écouteurs pour se rendre disponible. Il n’a toujours pas fixé son vote à la veille des élections législatives. « Je vais me décider assez égoïstement, en fonction de mes intérêts », lâche en souriant ce jeune doctorant en philosophie des sciences.
Sa réponse reflète la tendance générale dans ce quartier cosmopolite où culminent une quinzaine d’immeubles de plus de 100 mètres. Comme dans le reste du pays, aux 13 millions d’électeurs dont 15 % seulement pratiquent un vote de conviction. Les autres ? Des indécis ou des abstentionnistes. Le taux de volatilité des voix attendu est de 60 %. Dans ce contexte, aucun sondage n’est fiable.
Margriet, éducatrice spécialisée, est un peu perdue. Cette quinquagénaire compte s’en remettre au magazine NRC qui a dressé le catalogue des propositions des 26 partis en lice. « Eux au moins, ils sont neutres », glisse-t-elle en traversant l’atrium géant qui mène aux quais. À ses côtés, son amie Antje, pasteure, fait figure d’exception par sa constance. Elle votera pour l’Appel chrétien-démocrate (CDA), comme toujours. « L’identité hollandaise, et le collectif de manière générale, traverse une crise en Hollande, mais il y a toujours de la place pour le débat, nous pouvons travailler sur ce problème », espère-t-elle.
À l’extérieur de la gare, les flots de passants se précipitent sur les allées de vélos, rangés sur deux étages pour gagner de l’espace. Sur les pistes cyclables, un défilé de têtes blondes alternent avec des voiles de musulmanes et d’autres visages du monde. Ici, 55 % de la population a des origines étrangères et près de 60 nationalités se croisent. Principalement des personnes de Turquie ou du Maroc, mais aussi du Cap-Vert, des Caraïbes, d’Asie. D’autres sont des Européens de Roumanie ou de Bulgarie.
Sur le plan politique, c’est la valse des intentions de vote. Au parking des vélos, la sensibilité environnementale prend l’avantage. Paul, 51 ans, pense au parti écologiste et centriste D’66, quand Ivanka, elle, est sûre de voter Groenlinks, équivalent des Verts, plus à gauche. Des tempes grisonnantes hésitent à opter pour le parti 50Plus qui s’adresse aux seniors. Comble de l’absurde, il existe un parti des abstentionnistes, Niet Stemmers, qui promet, s’il est élu, de ne jamais voter au Parlement.
Le système électoral au scrutin de listes à la proportionnelle intégrale pousse à une telle surenchère de candidats. Avec plus de 62 000 voix, on est assuré de disposer de l’un des 150 sièges au Parlement. N’importe quel centre d’intérêt pouvant atteindre cette audience a donc une chance d’être représenté. Selon les estimations, néanmoins, « seuls » treize partis pourraient y parvenir.
Le Parti libéral du premier ministre Mark Rutte fait figure de favoris. Il existe aussi un Parti socialiste (SP) et un Parti travailliste (PvdA). Cette année, un petit nouveau a ses chances : Denk (« pense »), qui se présente comme le parti des immigrés pour les immigrés, créé à destination du million de musulmans qui vit aux Pays-Bas, dont 80 000 environ à Rotterdam.
Fedoua, jeune Néerlandaise d’origine marocaine, hésite à lui faire confiance. Cette organisation a été lancée par un militant d’origine turque, Tunahan Kuzu. « Ils font campagne contre les discriminations, c’est important pour moi, mais je ne sais pas s’ils sont sérieux », explique cette étudiante qui souhaite devenir institutrice. Fedoua n’habite pas à Rotterdam mais à Utrecht, ville typique plus au nord. Elle sent que l’attitude des gens a changé. « Si je mets le foulard, je peux sentir la peur de certains voyageurs. Parfois, on évite de s’asseoir à côté de moi », dit-elle.
Le système électoral encourage la fragmentation de la société, prévient Rinus van Schendelen, professeur en sciences politiques à la Erasmus University de Rotterdam. « Notre pays a toujours été très divisé. N’oublions pas que les Hollandais ont inventé l’apartheid. Vivre les uns à côté des autres, mais séparément, c’était déjà vrai entre catholiques et protestants, entre urbains et ruraux, entre classes éduquées et populaires… Cela atteint maintenant des proportions dangereuses pour la cohésion du pays et la démocratie », souligne-t-il, regrettant notamment que l’Europe soit devenu un dossier inabordable dans la campagne.
Geert Wilders, le leader populiste du Parti pour la liberté (PVV), mise justement sur la ségrégation pour emporter la mise. Il ne fait pas campagne à Rotterdam même. La place est déjà prise par le parti Leefbaar Rotterdam (« Pour un Rotterdam vivable »), siégeant au conseil municipal, vestige du mouvement de Pim Fortuyn, assassiné en 2002 par un extrémiste écologiste qui voulait l’empêcher d’« exploiter les musulmans comme boucs émissaires ». Tandis que le maire de la ville, le travailliste d’origine marocaine Ahmed Aboutaleb, est un élu sunnite, connu pour ses positions contre l’islam radical, qui occupe lui aussi un espace.
Geert Wilders a donc préféré un lieu sans concurrence, Spijkenisse, petite ville en banlieue sud de Rotterdam. C’est là, sur la place du marché, qu’il a entamé sa campagne pour dénoncer la « racaille marocaine ». Dans ce bastion blanc entouré de quartiers de relégation, il ne faut pas aller loin pour trouver un sympathisant PVV.
Liana, 42 ans, serveuse à temps partiel dans un café du centre commercial, attend sous l’abribus pour rentrer chez elle. « Tout le monde apprécie Geert Wilders, ici, affirme-t-elle à côté d’un autre usager qui hoche la tête. Il dit des choses justes que les autres refusent d’admettre. Il y a trop d’étrangers. Nous avons notre mode de vie traditionnel, nos emplois, et nous voulons les préserver », explique-t-elle. Malgré cela, son vote n’est pas scellé. Elle est tentée par le Parti des animaux qu’elle adore. « Ils défendent aussi le bétail et les agriculteurs. Dans mon entourage, il y en a beaucoup qui souffrent. »
Els et Gert, couple de jeunes retraités, n’apprécient guère le champion d’extrême droite. En journée, ils se réfugient à la bibliothèque municipale. Au regret de ces fidèles de l’Union chrétienne (CU), parti plus conservateur que le CDA, leurs deux grands enfants ne partagent plus vraiment leurs valeurs. Ni leur fille, troublée dans son identité. « À l’université, elle a rencontré d’autres croyants d’autres religions, elle doute de sa propre culture », regrette l’épouse. Ni leur fils, ingénieur en résistance des matériaux, sur le point d’être licencié ou muté, qui voudrait réserver l’emploi aux « vrais Hollandais ». « Au fond c’est un bon garçon, mais sa réflexion est devenue binaire. Nous prions pour lui tous les jours », confie le mari.

Repères
Au Pays-Bas, un « kabinet » formé par coalition
Peuplés de 17 millions d’habitants, les Pays-Bas comptent 13 millions d’électeurs potentiels, mais seuls 10 millions sont attendus aux urnes aujourd’hui.
L’État est gouverné par coalitions depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Deux partis ou plus doivent faire alliance dans la chambre basse pour former une majorité (au moins 76 sièges sur 150).
Dans la foulée des résultats officiels, le 21 mars, la nouvelle assemblée nommera un « formateur » chargé de constituer le futur gouvernement (kabinet). Une fois les ministres assermentés par le roi (en l’occurrence Willem-Alexander), le « formateur » est remercié de son succès en devenant premier ministre.
L’actuel premier ministre est Mark Rutte, chef du Parti populaire libéral et démocrate (VDD). Candidat à sa propre succession, il gouverne depuis 2012 dans une coalition incluant le Parti travailliste (PvdA), après l’échec de son accord de « soutien » avec le PVV, parti d’extrême droite.

La Croix du 15.03.2017

Le Bien Public du 15.03.2017
 

Le Bien Public du 16.03.2017

Le Bien Public du 15.03.2017


 


 

 

 

 

FONDAMENTALISME


« Le principal antidote au fondamentalisme est de tenir la foi et la culture ensemble »

S’il veut lutter contre les racines du fondamentalisme religieux, l’État français doit être « indépendant et impartial mais pas nécessairement agnostique », estime Antoine Arjakovsky, codirecteur du Pôle Politique et Religions du Collège des Bernardins à Paris.

L’historien pilote le séminaire de recherche « État, religions, laïcité : les nouveaux fondamentalistes », qui tient son colloque de clôture, mercredi 15 mars, au Collège des Bernardins à Paris et présentera « le diagnostic » de deux années de recherches.

Quelle a été votre approche du phénomène du fondamentalisme ?

Antoine Arjakowsky : Après les attaques de janvier 2015, le gouvernement a dû agir très rapidement. La plupart des mesures prises par le comité interministériel chargé de la lutte contre la radicalisation ne sont pas parvenues à donner des réponses adaptées puisqu’elles limitent le phénomène du fondamentalisme à l’islamisme.

Le radicalisme dépasse le cadre de l’islamisme. En réalité, le phénomène est plus complexe et touche d’autres courants religieux et non religieux. Il était donc nécessaire de maintenir une approche transdisciplinaire en invitant des spécialistes de tous horizons (académique, religieux, politique) et de prendre deux années de réflexion pour apporter une réponse plus complexe.

L’hypothèse de base sur laquelle nous avions entamé le séminaire était de savoir si notre société, de plus en plus sécularisée, promeut un nihilisme doux qui serait à la base du nihilisme violent revendiqué par ces « nouveaux fondamentalistes » et d’interroger plus globalement l’équilibre entre l’État et les religions existant en France, à travers le principe de laïcité.

Après deux années de réflexion, comment entendez-vous faire évoluer le rapport « État, religion et laïcité » ?

A. A. : Il faut, à mon sens, repenser ce rapport à travers le droit. La laïcité française a tendance à assimiler le principe de neutralité à de l’agnosticisme. Pour nous, la neutralité passe avant tout par de l’indépendance et de l’impartialité. L’État doit être indépendant et impartial mais pas nécessairement agnostique.

À force de mettre une chape de plomb aux convictions religieuses, on les empêche de s’exprimer. Cette tendance peut s’avérer dangereuse pour l’État et les recherches de Dounia Bouzar – anthropologue et directrice générale du Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’islam – à cet égard sont très éclairantes. Parmi tous les jeunes radicalisés qu’elle a rencontrés, aucun n’était croyant ou même pratiquant. Et finalement, comme ils n’ont aucun outil pour comprendre les écritures, ils adoptent très vite une attitude fondamentaliste à travers l’interprétation littérale des textes.

Pour éviter ce genre de dérives, l’État doit proposer une coopération avec les cultes et les associer à une transmission du fait religieux pour mettre en place une véritable laïcité de reconnaissance. Le principal antidote au fondamentalisme est de tenir la foi et la culture ensemble.

Il existe déjà depuis 2002 l’Institut européen en sciences des religions chargé d’étudier la mise en place de l’enseignement du fait religieux en France et en Europe…

A. A. : Tout à fait. Cependant, cet Institut n’intègre pas les responsables des cultes. C’est une formation au fait religieux purement académique et universitaire qui n’est pas forcément accessible à l’ensemble de la société. D’où la nécessité d’associer les responsables des cultes à la formation des enseignants chargés de transmettre le fait religieux. Bien évidemment, il s’agit d’une proposition parmi d’autres que l’on envisage d’aborder dans le séminaire de clôture.

La Croix du 15.03.2017

Prévenir la radicalisation en éduquant à la fraternité,par Jean-Marie Petitclerc

Jean-Marie Petitclerc est éducateur spécialisé, vicaire du provincial des salésiens de Don Bosco, intervenant au séminaire, État, Religions, Laïcité : les nouveaux fondamentalistes. Enjeux nationaux et internationaux, au Collège des Bernardins.

Lorsque nous voyons des jeunes nés en France, ayant suivi toute leur scolarité dans notre pays, dont les parents sont, pour la plupart, parfaitement intégrés à la société française, partir faire le djihad dans les pays du Moyen-Orient ou bien fomenter des attentats terroristes sur notre sol, nous nous sentons fortement interpellés !

Prévenir la radicalisation

Combien est-il alors important de comprendre ce processus qualifié de « radicalisation » ! Il ne s’agit pas d’expliquer pour vouloir excuser, comme le disait Emmanuel Valls, mais pour tenter d’apporter une réponse en termes de prévention.

Le profil des jeunes qui tombent dans les serres de Daech est très diversifié. Il ne s’agit pas de jeunes croyants de longue date qui se radicalisent, mais plutôt de nouveaux convertis dont la vie antérieure était souvent marquée par la dérive. Autrement dit, il s’agit moins de musulmans qui se radicalisent que de radicalisés qui s’islamisent. Et le processus d’embrigadement relationnel (adhésion fusionnelle à un groupe d’amis), précède l’embrigadement idéologique (adhésion aux thèses fondamentalistes).

Ce processus joue en cinq étapes. Il s’agit d’abord de créer un « nous » qui se distingue, puis de définir un « eux » en opposition à ce « nous » : ce sont les mécréants ! La troisième étape, qui va conduire à la violence, consiste à disqualifier l’altérité en en faisant une chose méprisable, en la déshumanisant. Tout bascule ensuite, lorsque l’on se convainc que « l’autre » représente un danger réel, pour soi et pour les siens. Cinquième étape alors, la nécessité de passer à l’action, pour se défendre de la menace constituée par ce qui apparaît comme un grand complot.

Prévenir la radicalisation nécessite d’intervenir au début du processus, afin d’éviter la scission entre un « nous » et un « eux ». Il s’agit donc de renforcer le lien de fraternité entre l’ensemble des citoyens.

Qu’est-ce que la fraternité ?

La fraternité est différente de l’amitié car on choisit ses amis, alors qu’on ne choisit pas ses frères.

La fraternité est à la fois une expérience de similitude et de différence. Similitude car je reconnais à l’autre la même dignité qu’à moi-même. Différence, car l’autre est différent de moi.

La fraternité est la véritable clef des trois valeurs républicaines. Car, hors de ce cadre, la liberté pourrait virer en volonté de toute-puissance, et l’égalité, en l’instauration d’une idéologie égalitaire.

Mais notre République rencontre aujourd’hui une difficulté à imposer ce devoir de fraternité. Tant de citoyens disent : « Être frère avec les gens de ma résidence, d’accord. Mais être frère avec les jeunes qui habitent ces cités de l’autre côté du périphérique, ou ces gens qui campent sur ce terrain vague, très peu pour moi ! »

Comme le dit si bien le pape François dans sa première encyclique, « dans la "modernité", on a cherché à construire la fraternité universelle entre les hommes, en la fondant sur leur égalité. Peu à peu, cependant, nous avons compris que cette fraternité, privée de la référence à un Père commun comme son fondement ultime, ne réussit pas à subsister. Il faut donc revenir à la vraie racine de la fraternité » (La lumière de la foi, § 54).

Éduquer à la fraternité

Il s’agit de faire découvrir que la différence est source d’enrichissement, alors que trop souvent, lorsqu’on ne fait pas l’effort de connaître l’autre, elle est vécue sous l’angle de la menace.

Éduquer à la fraternité, c’est promouvoir le respect, une notion préférable à celle de tolérance si largement développée aujourd’hui. Car, quand on parle de tolérance, de quoi parle-t-on ? S’agit-il des personnes ? Ce mot est alors bien faible. N’allons pas dire « Je tolère mon voisin », mais « je respecte mon voisin ». Mais souvent, les médias se fondent sur ce registre de la tolérance vis-à-vis des personnes pour inciter à la tolérance vis-à-vis des actes…. Eh bien, non ! Respecter l’autre, c’est savoir parfois se montrer intolérant vis-à-vis de ses actes. Il en est qui construisent l’homme, d’autres qui le détruisent. Il en est qui tissent le lien social, d’autres qui le ruinent.

On découvre les ravages causés par un certain type de discours tenu sur l’islamophobie, qui ne permettrait de critiquer le comportement d’un jeune musulman sans être aussitôt accusé de s’en prendre à sa religion. Un tel discours conduit alors à la victimisation des jeunes, ce qui n’est guère propice à l’éveil de leur sens des responsabilités.

Promouvoir la fraternité, telle devrait être la mission principale aujourd’hui de tous les éducateurs.

Comme le dit Abdennour Bidar, ce philosophe musulman, dans son plaidoyer pour la fraternité : « Cela vaut aussi bien pour les athées que pour les croyants, aussi bien pour les juifs, les chrétiens que les musulmans, aussi bien pour les Français "de souche" que pour les immigrés de fraîche ou de longue date. Chacun va devoir choisir entre la fraternité universelle ou le repli sur soi, la grande famille humaine ou la petite tribu identitaire. »

Le colloque conclusif du séminaire, État Religions Laïcité : les nouveaux fondamentalistes. Enjeux nationaux et internationaux, se tiendra le 15 mars au Collège des Bernardins

La Croix du 23.02.2017

Face aux radicalismes, l’épreuve de force est à la fois matérielle, morale et spirituelle

P. Frédéric Louzeau, directeur du Pôle de recherche du Collège des Bernardins, intervenant au séminaire États Religions Laïcités : les nouveaux fondamentalistes. Enjeux nationaux et internationaux, au Collège des Bernardins.

Dès le moment où de jeunes Européens ont rejoint l’Irak puis la Syrie pour devenir de redoutables combattants, je n’ai pu m’empêcher d’émettre l’hypothèse, tirée de ma lecture de la Bible, qu’ils étaient, bien malgré eux, révélateurs des maladies invisibles de notre civilisation.

Puisqu’un ennemi se lève pour nous défier, quelles leçons pouvons-nous en tirer pour la situation spirituelle des sociétés dans lesquelles nous habitons et que nous défendons ?

Les attaques terroristes, un séisme dans la société

Il ne s’agit pas d’affirmer ici le moindre lien de cause à effet entre les pathologies de notre civilisation et les crimes subis, encore moins d’excuser la violence au nom d’une repentance mortifère. Il s’agit d’explorer le phénomène de radicalisation pour nous aider, si possible, à percevoir la subtile et invisible inhumanité tapie en nous puis essayer de la corriger. La proposition qu’un conflit permette de nous connaître davantage paraît moins étonnante lorsque l’ennemi est capable de faire surgir des combattants du dedans de notre nation et lorsque l’environnement numérique rapproche tous les protagonistes du drame.

Alors qu’elles n’ont été le fait que d’une portion infime des musulmans européens et n’ont réussi à assassiner qu’un nombre limité de personnes, les attaques terroristes ont provoqué un séisme dans la société. C’est qu’elles nous ont imposé une véritable épreuve de force à la fois matérielle et morale. Épreuve de force matérielle d’abord, puisque le combat exige des moyens supplémentaires pour les services de renseignements, la protection des frontières extérieures de l’Europe, la lutte contre le trafic d’armes, la protection des sites sensibles en tout genre, la prévention de la radicalisation, etc. Mais cette épreuve de force est aussi morale et spirituelle en son fond, tant les forces morales demeurent le facteur décisif de la guerre comme de la paix.

En réalité, cette épreuve renvoie la France à des défis qui lui sont propres et préexistent à la menace terroriste du moment. J’en distinguerai trois.

Le prix de la liberté

Nous avons éprouvé les attentats comme des attaques graves contre notre modèle de société, notamment nos libertés fondamentales. En effet, les commanditaires haïssent ces libertés, affirment vouloir les détruire et établir un autre fondement de la vie commune.

Seulement, ces libertés ne sont pas tombées du ciel. Elles sont le fruit d’une longue conquête, où les générations précédentes, par leur travail et le don d’elles-mêmes, au travers d’efforts que nous avons peine à imaginer, ont réussi à transformer quelque peu les conditions ordinaires de l’existence. Si nous voulons ne pas être submergés par la puissance spirituelle qui anime les djihadistes jusqu’au sacrifice de leurs vies, il nous faut consentir à des sacrifices inspirés par un autre Esprit, plus puissant que le leur et bienfaisant, qui nous pousse à donner davantage de nous-mêmes pour la prospérité et la liberté collective.

L’unité nationale

Les attentats ont été commandités pour fracturer notre cohésion, en espérant jeter une partie de la population contre une autre et provoquer une guerre civile larvée ou déclarée.

Or, il est vrai que nous peinons aujourd’hui à concevoir un bien commun national autrement qu’en termes de croissance et de préservation des droits acquis, sans jamais poser la question fondamentale : pour quelles raisons voulons-nous vivre ensemble plutôt que chacun pour soi, et pour quoi faire ? Même si, Dieu soit loué, ils n’ont pas réussi à rompre notre équilibre, les attentats devraient être discernés comme des alertes salutaires, indiquant l’urgence d’une tâche collective : reconstruire un corps politique substantiel, c’est-à-dire une nation, capable de nouer des relations d’alliance privilégiée avec d’autres et d’ouvrir un avenir de liberté et de prospérité collectives.

L’horizon de sens

Enfin, des spécialistes ont attiré l’attention sur la séduction qu’exerce la dimension apocalyptique de l’idéologie de l’« État islamique ».

C’est sous ce registre qu’il s’exprime sur lui-même, ses objectifs, sa lecture des événements. L’attraction de cette eschatologie sur certains esprits est d’autant plus forte que la civilisation occidentale n’a pour l’instant pas d’équivalent symbolique à opposer, ou plus exactement que son eschatologie spécifique, l’idée d’un progrès indéfini grâce au développement techno-scientifique, s’est profondément affaiblie.

Nous sommes placés devant une question radicale : quel horizon ultime de sens avons-nous à proposer aux jeunes générations, qui puissent susciter en eux un esprit de lutte et d’offrande de soi, un goût pour le travail et la créativité, un attachement à un projet collectif et vraiment civilisateur ?

La Croix du 09.02.2017

En Australie, droits de Dieu contre droit fiscal

En Tasmanie, au sud de l’Australie, un couple catholique, propriétaire d’une miellerie, refuse depuis 2010 de payer ses impôts, en arguant que cela reviendrait « à s’incliner devant un faux Dieu ».
Catholique pratiquante, d’origine hollandaise, la famille Beerepot, a émigré dans les années 1980 en Australie, avant de s’installer en Tasmanie, un État au sud du pays. Devenue depuis propriétaire de plusieurs domaines – une maison d’hôte, un commerce –, elle refuse, depuis 2010, de payer ses impôts. L’histoire pourrait paraître banale, si cette famille n’usait pas d’un argumentaire original, purement religieux, pour justifier le retard de paiement des 10 000 dollars australiens qu’elle doit à la ville.
« La vision du monde que se fait la municipalité est que la "loi" gouverne la vie. Mais nous pensons que c’est Notre Père qui nous gouverne. (…) Seule Sa Volonté s’impose à nous. Vous nous demandez de nous incliner devant un faux dieu, ce qui nous est impossible », a-t-elle ainsi écrit au conseil municipal de Chudleigh, dont elle dépend géographiquement.
Une terre « appartenant à Dieu »
Les Beerepot estiment en fait ne pas avoir à payer de taxes d’habitation à la mairie, puisqu’ils vivent sur une terre « appartenant à Dieu ».
La municipalité a d’abord essayé de répondre elle-aussi sur le terrain religieux. « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », lui a-t-elle rétorqué en citant les Evangiles.
Avant, face à leur absence de réaction, de prendre la décision, mardi 14 mars, de saisir et de vendre leurs biens.
« Le conseil municipal a estimé qu’il s’était donné assez de mal et attendu assez longtemps de collecter les sommes dues et qu’il était temps maintenant de procéder à la vente des biens », a expliqué le maire au Tasmania Examiner, en reconnaissant que « la décision n’avait pas été facile ». Ce que montre d’ailleurs le résultat du vote du conseil municipal, qui ne s’est prononcé pour la vente qu’à cinq voix contre quatre.
« Ils se sont enfermés dans une logique fondamentaliste »
« Bien sûr, ces contribuables peuvent encore se présenter demain et signer le chèque de leurs impôts, mais il semble qu’ils se sont enfermés dans une logique fondamentaliste selon laquelle ils n’ont pas à les régler », constate-t-il.
« La question de savoir qui recevrait le produit excédentaire de la vente, si le bien n’est pas la propriété de la famille Beerepoot mais de Dieu, n’est pas tranchée », conclut, sarcastique, le Tasmania Examiner.

La Croix du 17.03.2017


Europe: les chrétiens ne doivent pas dire ce qu’il faut faire mais le montrer, par le card. Parolin

Une « communauté en chemin » plus qu’une « entité statique et bureaucratique »

L’Union européenne doit être « une communauté en chemin » plus qu’une « entité statique et bureaucratique », affirme le cardinal Pietro Parolin. Dans un entretien au quotidien italien La Stampa à la veille du 60e anniversaire des Traités de Rome (25 mars 1957), le secrétaire d’Etat du Saint-Siège souligne qu’on n’attend pas des chrétiens « qu’ils disent ce qu’il faut faire, mais qu’ils montrent par leur vie la voie à parcourir ».

Célébrer cet anniversaire signifie « affirmer que le projet européen est vivant » malgré les difficultés, explique le « numéro 2 » du Vatican : « l’idéal reste actuel ». Il rappelle qu’à la base des Traités de Rome, les deux textes fondateurs de l’UE, « il y avait la volonté de dépasser les divisions du passé et de privilégier une approche commune aux défis de notre temps ». La célébration « nous rappelle qu’aujourd’hui encore il est possible de travailler ensemble, parce que ce qui unit est plus important et plus fort que ce qui divise ».

Le cardinal encourage à « repenser l’UE » comme « une communauté en chemin » plus qu’une « entité statique et bureaucratique ». « L’âme du projet européen, selon l’idée des Pères fondateurs, trouvait sa consistance dans le patrimoine culturel, religieux, juridique, politique et humain sur lesquels l’Europe s’est édifiée dans les siècles », rappelle-t-il : « L’esprit des Pères fondateurs n’était pas tant de créer de nouvelles structures supranationales, mais de donner vie à une communauté, en partageant ses ressources ».

Au cœur du patrimoine commun du Vieux continent : ses racines chrétiennes, qui sont « un élément fondamental », « la lymphe vitale de l’Europe ». Mais le cardinal déplore un « lent processus qui a cherché à reléguer toujours plus le christianisme dans la sphère privée (…). Il a donc été nécessaire de rechercher d’autres dénominateurs communs, apparemment plus concrets, mais qui ont conduit à (un) vide de valeurs ». Dans ce cadre, « les chrétiens sont appelés à offrir avec conviction leur témoignage de vie (…). On n’attend pas d’eux qu’ils disent ce qu’il faut faire, mais qu’ils montrent par leur vie la voie à parcourir ».

Les populismes, une réponse partielle

Le secrétaire d’Etat aborde aussi la question des populismes qui sont, estime-t-il, « le signe d’un mal-être profond perçu par beaucoup de personnes en Europe et aggravé par les effets persistants de la crise économique et de la question migratoire (…). Ils sont une réponse partielle à des problèmes compliqués ». Et de mettre en garde contre une politique « réduite à un ensemble de réactions, souvent hurlées, indicatrices de la carence d’idéaux ».

Les inquiétudes « sont authentiques et ne peuvent être d’aucune façon éludées », assure le cardinal Parolin qui préconise de « tenir compte » du « problème de sécurité » : « Si d’un côté on ne peut ignorer celui qui est dans le besoin, de l’autre il y a aussi la nécessité que les migrants observent et respectent les lois et les traditions des peuples qui les accueillent ».

Mais il encourage « une réflexion plus profonde » pour « affirmer un idéal, indiquer une perspective d’action et donner des réponses concrètes ». La question migratoire « met à l’épreuve l’Europe dans sa capacité d’être fidèle à l’esprit de solidarité et de subsidiarité qui l’a animée depuis le début ».

Contre le terrorisme, redonner à l’Europe son âme

Pour affronter le terrorisme, il recommande « d’identifier et de déraciner les causes les plus profondes » du phénomène : « le terrorisme trouve un terrain fertile dans la pauvreté, dans le manque de travail, dans la marginalisation sociale ». Il souligne aussi « une autre cause bien plus profonde du mal-être qui favorise le terrorisme » dans « la perte de valeurs qui distingue tout l’Occident et qui déstabilise surtout les jeunes ».

L’Europe en effet « a cherché à “s’affranchir” du patrimoine culturel et des valeurs qui l’ont engendrée et cela a créé un vide. Les jeunes ressentent et subissent de façon dramatique les conséquences de ce vide parce qu’en ne trouvant pas de réponses à leurs justes interrogations sur le sens de la vie, ils cherchent des palliatifs et des substituts », constate le cardinal Parolin. Ainsi « le terrorisme se combat en redonnant à l’Europe et à l’Occident en général, cette âme qui s’est un peu égarée derrière les fastes de la “civilisation de la consommation” ».

Zenit du 22.03.2017


 


 

 

 

 

FRONT NATIONAL


L’Église protestante unie de France monte au créneau contre le Front national

Le pasteur Laurent Schlumberger, président du Conseil national de l’Église protestante unie de France (EPUdF), alerte dans un communiqué publié jeudi 30 mars sur la « catastrophe » que serait une victoire du Front national aux élections présidentielles.
Une victoire de Marine Le Pen aux élections serait une « catastrophe », mais un scénario plausible. C’est l’alerte qu’a voulu lancer l’Église protestante unie de France (EPUdF), principale Église protestante de France avec 250 000 fidèles luthériens et réformés, dans un communiqué publié jeudi 30 mars.
« L’Église protestante unie de France se garde en général de prendre la parole en période électorale. Mais certaines circonstances l’exigent. » Signé par le pasteur Laurent Schlumberger, président du Conseil national de l’Église protestante unie de France, ce texte, sans jamais citer nommément le Front national ou Marine Le Pen, estime « possible qu’une catastrophe soit en train de se nouer, autour de la double tentation de l’abstention et du discours nationaliste et xénophobe de l’extrême droite ».
Évoquant une « campagne délétère » et un « désir de sanction collective contre une classe politique tout entière », le pasteur met en garde contre «une aventure redoutable » dans laquelle la République pourrait « basculer ». Tout en précisant que les « convictions » de l’EPUdF « ne s’imposent à personne », Laurent Schlumberger conclut en appelant au « courage de la fraternité », plutôt que de se laisser « enfermer dans le ressentiment ».
« Parler de préférence nationale, quitter l’Union européenne, c’est renouer avec une histoire tragique »
« La question d’une prise de parole est apparue il y a trois semaines », explique à La Croix le pasteur Schlumberger. « Comme beaucoup d’observateurs, nous avons pris conscience qu’il y avait encore de très nombreux indécis et que l’abstention risquait de battre des records. »
Si le pasteur précise que « le Front national n’a pas le monopole de positions xénophobes ou nationalistes », c’est bien le programme de Marine Le Pen qui est dans le viseur des protestants de France. « Parler de préférence nationale, de quitter l’Union européenne, c’est renouer avec une histoire tragique en France et en Europe », affirme-t-il. « Bien sûr, la question de l’immigration est très complexe et l’effort d’intégration est nécessaire », poursuit-il. « Mais nous constatons que là ou ce travail est fait, quand l’accueil est organisé, cela se passe très bien. »
« Nous ne supportons plus des paroles publiques qui ne soient pas fiables »
Le président du conseil national de l’EPUdF dit néanmoins comprendre, et même partager, le « sentiment d’humiliation » qui pousse beaucoup de gens à l’abstention ou au vote pour les extrêmes. « Nous ne supportons plus des paroles publiques qui sont oubliées le lendemain du jour où elles ont été prononcées. À cela s’ajoute une humiliation collective car nous avons beaucoup de peine à accepter que la France ne soit plus la lumière du monde. »
Le pasteur appelle de ses vœux une réforme de la classe politique, mais aussi un changement chez les électeurs. « Nous avons les représentants que nous méritons », assène-t-il. « Ce qu’on reproche à nos élus, regardons si nous ne le faisons pas nous-mêmes. Il ne s’agit pas simplement de savoir si on va voter pour X ou Y. Restaurer la confiance ne sera pas l’affaire de quelques élus, mais l’affaire de tous. »

La Croix du 30.03.2017
 


 

 

 

 

HAZTE OIR


Haro sur le bus transphobe en Espagne

Une campagne antitranssexuels a été interdite pour incitation à la haine. Mais son organisateur, l’influente association ultracatholique Hazte Oír, est parvenu à la contourner.
« Les garçons ont un pénis, les filles ont une vulve. Qu’on ne te trompe pas. Si tu es né homme, tu es homme. Si tu es une femme, tu continueras de l’être. » Inscrit sur les flancs et l’arrière d’un autobus affrété par l’association ultra-catholique espagnole Hazte Oír (« fais-toi entendre »), ce message visant les transsexuels a provoqué une vive polémique en Espagne. Le bus a commencé à parcourir les rues de Madrid le 27 février. Un tour du royaume était même prévu, mais un juge n’a pas tardé à se saisir de l’affaire pour en interdire la circulation, estimant que le message, qui s’adresse « aux personnes avec une orientation sexuelle différente, la niant et blessant leur dignité », pourrait constituer un délit d’incitation à la haine.
« L’inquisition gay a imposé sa dictature », a aussitôt réagi le président d’Hazte Oír, Ignacio Arsuaga, contournant l’interdiction en affrétant une caravane dont le slogan a été raccourci à deux questions : « Les garçons ont-ils un pénis ? Les filles ont-elles une vulve ? »
Anti-IVG, anti-mariage pour tous
Hazte Oír fut l’une des principales organisations à agiter la rue durant les grandes réformes sociétales du mandat de l’ex-président du gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero. Lors des manifestations qu’elle menait contre le mariage gay, la libéralisation de l’IVG ou les cours d’éducation pour la citoyenneté qui promouvait la tolérance envers toutes les orientations sexuelles, on voyait défiler aussi bien des évêques que des cadres du Parti populaire (PP, droite). Jusqu’à ce que l’élection du pape François et la nomination d’un nouvel archevêque en Espagne ainsi qu’une ouverture du PP avec le gouvernement de Mariano Rajoy ne lui fassent perdre une part de son pouvoir d’influence.
Qualifiée « d’utilité publique » en 2013 par l’ex-ministre de l’intérieur conservateur Jorge Fernández Díaz, connu comme membre de l’Opus Dei, Hazte Oír ne paie pas d’impôt foncier et ses donateurs peuvent déduire leurs contributions des impôts. Et si elle compte à peine 7 000 membres, l’association aux 2,6 millions d’euros de revenus (selon les comptes de 2015) n’en demeure pas moins puissante.

M le magazine du Monde | 14.03.2017

 

 

 


 

 

 

 

HOMOPHOBIE


Berlin veut réparer les condamnations pour homosexualité

Traînés devant les tribunaux sur la base d’un texte nazi, près de 50 000 hommes condamnés pour homosexualité entre 1945 et 1969 pourraient être réhabilités et indemnisés.
C’est une histoire souvent omise que l’Allemagne a le courage d’affronter. Celle de la traque judiciaire et pénale de près de 50 000 homosexuels durant l’après-guerre. Tous poursuivis sur la base d’une survivance légale du IIIe Reich. Le gouvernement a adopté hier, en conseil des ministres, un projet de loi ouvrant la voie à leur réhabilitation et à leur indemnisation. Le texte prévoit 3 000 € d’indemnisation par victime plus 1 500 € par année de détention.
Cela « aurait dû intervenir il y a longtemps », a commenté hier le ministre de la justice Heiko Maas à propos de ces hommes « poursuivis, punis et honnis par l’État allemand en raison de leur seul amour pour d’autres hommes ». Ces dispositions s’inspirent de mesures récemment prises en Grande-Bretagne. L’Angleterre et le Pays de Galles ont déjà adopté la réhabilitation des homosexuels condamnés, et l’Écosse est allée plus loin encore en prévoyant des indemnités pour ceux qui sont toujours en vie.
Outre-Rhin, c’est l’article 175 du code pénal, introduit en 1872, qui a permis de sévir contre « les actes sexuels contre nature (…) que ce soit entre personnes de sexe masculin ou entre hommes et animaux ». L’Allemagne nazie a durci cette loi en 1935 en prévoyant jusqu’à dix ans de travaux forcés. Ainsi, près de 42 000 hommes ont été enfermés ou déportés en camp de concentration pendant le IIIe Reich. Il a fallu attendre 1969 pour que la loi soit assouplie, avant l’abrogation en 1994 (1).
C’est surtout dans les années 1950 que les arrestations homophobes ont eu lieu. Gottfried Lorenz, 76 ans, a fait huit semaines de prison il y a cinquante-huit ans. C’était pourtant lui, la victime : il venait de se faire agresser à Sarrebruck, dans le sud-ouest du pays. Mais au poste, il a été mis en examen. Voilà ce qu’il en coûtait de reconnaître son orientation sexuelle. Pour cet homme devenu militant puis historien du mouvement homosexuel, la loi revenait à « avoir constamment peur que quelque chose arrive ». Le code pénal était pratique à bien des égards. « On s’en servait pour écarter un rival », raconte-t-il.
Sur les indemnisations, Gottfried Lorenz ne se fait pas d’illusions. Les hommes concernés ne se manifesteront sans doute pas. Beaucoup d’homosexuels, en effet, se sont mariés et ont eu des enfants. Et peu d’entre eux ont gardé une trace de leur condamnation.
L’exécutif allemand en fait, quoi qu’il arrive, une question mémorielle. Le projet de loi prévoit en effet 500 000 € par an pour financer une fondation dédiée à la mémoire des victimes. « Parmi les dossiers d’après-guerre, c’était sans doute les derniers à régler, en partie à cause des conservatismes des Églises qui ont changé de regard à présent », commente Isabelle Bourgeois, maître de conférences au Centre d’étude de l’Allemagne contemporaine. La chercheuse y voit une ouverture pour l’avenir : « Ce n’était plus tenable de conserver dans la même société une génération âgée et persécutée par cette survivance du nazisme et une autre plus jeune qui a le droit de se marier et de construire librement sa vie de couple. »
(1) Ce n’est qu’en 1981 que la France retire l’homosexualité de la liste des maladies mentales.

La Croix du 23.03.2017

Manche : des tracts homophobes posés sur les pare-brises des véhicules à Saint-Lô
http://www.lamanchelibre.fr/actualite-302741-manche-des-tracts-homophobes-poses-sur-les-pare-brises-des-vehicules-a-saint-lo

Des tracts homophobes ont été posés sur les pare-brise des véhicules selon le MRAP

Des tracts homophobes ont été posés sur les pare-brise des véhicules stationnés sur le parking du magasin Décathlon, à Saint-Lô (Manche). Une première plainte a été déposée.
Les faits remontent au samedi 8 avril 2017. Des tracts provenant d'un mouvement obscur se disant chrétien et contenant des propos homophobes ont été trouvés sur les pare-brises des véhicules stationnés sur le parking du magasin Décathlon de Saint-Lô (Manche). L'information a été dévoilée par le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP).
Un tract intitulé "Évangile de Jésus Christ"
Le tract, intitulé "Évangile de Jésus Christ", comporte des phrases, truffées de fautes d'orthographe. : "Jésus pardonne même si tu es sorcier, violeur, menteur, adultère, avare, idolatre, manipulateur, blasphémateur, éfféminé, fonricateur, homosexuel, ivrogne, médisant, la masturbation, la félation, la sodomie, ext" (sic) "Cette phrase nous apparaît indiscutablement à caractériser une provocation à la haine ou à la violence et aux discriminations contre des personnes physiques", explique le MRAP dans un communiqué. Le Mouvement s'était rendu sur place le jour même pour constater les faits.
Une plainte déposée le 10 avril
Il a ensuite décidé ce lundi 10 avril 2017 de déposer plainte contre X pour provocation publique à la haine ou à la violence fondée sur l'orientation sexuelle, auprès du Procureur de la République de Coutances. La direction du magasin n'était pas joignable ce mardi 11 avril mais le MRAP invite Décathlon à s'associer à la plainte. Selon Jacques Declomesnil, président de l'association manchoise : "Nous sommes tout à fait convaincus que Décathlon n'y est pour rien. C'est même évident. Apparemment, le directeur devrait porter plainte."
Joint par Tendance Ouest, l'évêque de la Manche Mgr Le Boulc'h tient à préciser : "l'Eglise catholique ne s'associe en rien à ce message".
Le tract porte mention d'une certaine tv2vie.org, site qui renvoie vers la secte dirigée par un certain Shora Kuetu, un pasteur de la mouvance évangéliste.

http://www.lamanchelibre.fr/actualite-302741-manche-des-tracts-homophobes-poses-sur-les-pare-brises-des-vehicules-a-saint-lo

11 avril 2017


 

 

 


 

 

 

 

HONGRIE


Viktor Orban s’attaque à l’université Soros et aux ONG

Le premier ministre hongrois menace de fermeture l’Université d’Europe centrale fondée par le philanthrope américain George Soros et renforce son contrôle sur les ONG.
Viktor Orban fait feu de tout bois. Après la Cour constitutionnelle, la Banque centrale, les médias, les institutions culturelles et éducatives, le premier ministre hongrois a lancé son offensive de printemps contre les derniers contre-pouvoirs. Pour justifier sa dérive autoritaire, le champion de la démocratie « illibérale » utilise une tactique familière en agitant l’épouvantail d’ennemis interférant dans les affaires intérieures du pays, au service d’intérêts étrangers.
Le philanthrope américain d’origine hongroise George Soros occupe une place de choix dans cette panoplie, symbole du cosmopolitisme libéral et de l’ingérence mondialiste dans la souveraineté hongroise, à travers le financement de l’Université d’Europe centrale (CEU) et d’organisations non gouvernementales locales.
Très concrètement, le Parlement a adopté, mardi 4 avril, en procédure accélérée, une loi interdisant à des universités non européennes de délivrer des diplômes hongrois, sans un accord bilatéral négocié au préalable entre la Hongrie et le pays d’origine, et sans avoir une activité sur le territoire de ce pays. Particulièrement visée par cette législation, la CEU devra s’y conformer d’ici à 2018. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Budapest, dimanche, pour demander au président Janos Ader de ne pas signer la loi.
Fondée en 1991, la CEU opère exclusivement à Budapest, tout en délivrant des diplômes reconnus dans l’Union européenne et aux États-Unis. Située au cœur de la capitale, l’institution revendique un effectif de 1 800 inscrits venant de 100 pays. De statut privé, l’établissement fonctionne grâce à une dotation de 550 millions d’euros du financier américain qui lui permet d’attribuer des bourses à une majorité d’étudiants. En vingt-cinq ans, l’institution a accueilli 14 000 étudiants et formé, en anglais, une génération d’élites en Europe centrale, parmi lesquelles des membres du gouvernement hongrois. Gyorgy Matolcsy, le gouverneur de la Banque centrale nommé par Viktor Orban, considère comme ses ennemis les économistes de l’université, réputés pour leur excellence.
Autre cible du pouvoir, les organisations non gouvernementales vont devoir déclarer toutes leurs ressources étrangères, en vertu d’un nouveau projet de loi déposé vendredi dernier. Les noms des donateurs figureront ensuite sur une liste rendue publique. Les ONG ainsi désignées comme « agents de l’étranger » redoutent de perdre le bénéfice des exemptions fiscales, sachant que l’Open Society Foundation (OSF), la Fondation de George Soros, a distribué 3,4 millions d’euros à des ONG hongroises en 2016. Viktor Orban, lui-même, avait bénéficié d’une bourse de la Fondation pour étudier à Oxford.
Face à l’offensive de l’exécutif, le président et recteur de la CEU, Michael Ignatieff, tente de mobiliser le soutien des États-Unis, de l’Union européenne et de l’Allemagne. En visite, la semaine dernière, à Washington, cet ancien dirigeant du Parti libéral canadien a multiplié les rencontres au sein de l’administration, du Congrès et des médias. Le département d’État doit envoyer prochainement une délégation à Budapest. De son côté, la Commission européenne débattra, mercredi 12 avril, lors de la réunion du collège des commissaires, des mesures du gouvernement hongrois contre les ONG et l’université Soros.
Cette mobilisation n’empêche pas le gouvernement de Viktor Orban de poursuivre en toute impunité sa campagne antieuropéenne. Chaque foyer hongrois vient de recevoir un questionnaire en six questions, intitulé « Stoppons Bruxelles ! », portant principalement sur les politiques migratoires. Ceci, alors même que la Hongrie bénéficiera, en 2014-2020, de 21,9 milliards d’euros de fonds structurels et d’investissements européens, sans compter une dotation de 3,45 milliards d’euros pour le développement rural et une enveloppe de 39 millions d’euros destinée au secteur maritime et de la pêche.

Les médias sous la férule de Viktor Orban
Les médias indépendants peinent plus que jamais à le rester. Le site d’information Origo, l’un des plus fiables du pays, a été racheté en 2014 par un groupe proche du pouvoir. Depuis l’arrivée d’un nouveau rédacteur en chef, il multiplie les attaques contre l’opposition, les migrants et les ONG, dans la droite ligne des attaques de Viktor Orban. L’ex-hebdo économique de référence Figyelo, a lui aussi été racheté en décembre par une proche du parti Fidesz d’Orban, Maria Schmidt.En octobre, le quotidien d’opposition Népszabadsag, l’un des premiers journaux d’information, a été racheté par l’oligarque Lorinc Meszaros, proche d’Orban.

La Croix du 11.04.2017
 

 

 


 

 

 

 

INDE


Un religieux hindou ultra-nationaliste à la tête de l’Uttar Pradesh

Yogi Adityanath, un religieux nationaliste hindou connu pour ses propos virulents à l’encontre des minorités religieuses, vient d’être nommé à la tête de l’Uttar Pradesh.

Forte de ses 200 millions d’habitants, cette région, d’une importance politique majeure, est désormais sous la houlette des ultra-nationalistes hindous.

Yogi Adityanath, un religieux nationaliste hindou connu pour ses positions extrêmes sur les minorités religieuses, vient d’être nommé à la tête de la région la plus peuplée d’Inde, l’Uttar Pradesh. Sa nomination fait suite à la victoire écrasante du parti de Narendra Modi, le Bharatiya Janta Party (BJP), samedi 18 mars aux élections régionales de l’Uttar Pradesh. Ce record permet non seulement de consolider l’influence du parti dans l’ensemble du pays mais annonce également, à travers la nomination du Yogi Adityanath, le renforcement de la vision d’une Inde de plus en plus hindouisée.

Yogi Adityanath : un ultra-nationaliste décomplexé

Poursuivi par la justice indienne pour tentative de meurtre et intimidation criminelle, ce religieux hindou a enchaîné cinq mandats de député dans la circonscription de Gorakhpur, ville située dans l’Uttar Pradesh, avant d’être nommé samedi 18 mars à la tête de la région. Célèbre pour sa rhétorique anti-musulmane, Yogi Adityanath est l’un des porte-parole les plus important du Hindutva, une vision de l’Inde exclusivement hindoue dispensée de toutes influences ou religions « étrangères », notamment l’islam et le christianisme. Il est également à la tête d’un mouvement militant de jeunes hindous, le Hindu Yuva Vahini, particulièrement populaire dans l’est de l’Uttar Pradesh, à l’origine de plusieurs violences dites communales, entre hindous et musulmans.

En tant que député, il a parrainé plusieurs projets de loi controversés. En 2009, il demande dans un premier temps l’adoption d’une loi nationale interdisant l’abattage de vaches, animal sacré pour les hindous. Il exige ensuite la fin des conversions religieuses forcées. Cette dernière demande suscite particulièrement la controverse dans la mesure où il prône simultanément des campagnes de « purification » (Shuddhi) et « reconversion » (ghar wapsi) – généralement forcées – des musulmans et chrétiens à l’hindouisme.

En 2015, il appelle notamment les parents hindous à protéger leurs filles pouvant être prises au piège d’un « Love Jihad », une tentative délibérée de la part des jeunes musulmans de séduire les filles hindoues pour les convertir à l’islam. Quelques années plus tôt, dans une vidéo, le Yogi affirmait que si une fille hindoue se convertissait à l’islam, en contrepartie, les hindous convertirait 100 musulmanes.

« L’élection du Yogi Adityanath à la tête de l’Uttar Pradesh fausse finalement le discours officiel suivant lequel la priorité du BJP est le développement économique de l’Inde. Le parti reste enraciné dans un terreau très traditionnel et communaliste. Ceci est d’ailleurs typique à tous les mouvements populistes à travers le monde. » estime Christophe Jaffrelot, spécialiste de l’Asie du Sud au Centre d’étude et de recherche internationale (CERI) de Sciences-Po.

Le retour du Hindutva : vers une consolidation politique du BJP ?

Au-delà des enjeux religieux, le choix du religieux nationaliste hindou s’inscrit dans une démarche de consolidation politique progressive pour le BJP qui enchaîne les victoires depuis 2014. Pour maintenir ce score et éventuellement gagner les élections en 2019, le parti est conscient de l’importance du vote hindou. En effet, là où la majorité des partis de l’opposition choisissent de « jouer la carte musulmane » pour arriver au pouvoir, le BJP le contourne ouvertement en critiquant un certainapaisement des minorités défavorisant les hindous.

« Yogi Adityanath est évidemment connu en Inde pour ses positions controversées. Son élection à la tête de l’Uttar Pradesh était réellement imprévisible pour les Indiens dans la mesure où il y avait une multitude d’autres prétendants plus qualifiés pour le poste. Cependant, sa nomination révèle une stratégie politique pensée à long terme : il est nécessaire pour le BJP de maintenir une polarisation hindoue-musulmane forte à travers une personnalité politique comme Adityanath. Le BJP a besoin d’une tension communale constante pour s’assurer de ne pas perdre son électorat hindou en vue des prochaines élections. » assure Jatan Pathak, étudiant indien diplômé de Sciences-Po Paris.

Jusqu’à présent, le parti se félicitait d’accumuler les victoires au nom d’un idéal économique fondé sur le développement. Une réalité de plus en plus critiquée, depuis la nomination de ce religieux hindou, partisan d’une vision ultra-nationaliste de l’Inde.

La Croix du 21.03.2017

En Inde, le parti de Narendra Modi rallume la guerre de la vache

Les États dirigés par le parti au pouvoir du premier ministre indien Narendra Modi veulent supprimer les nombreux abattoirs sans permis, au nom de la protection des vaches. La communauté musulmane y voit une attaque contre une source importante de revenu

Les minorités religieuses y voient une nouvelle provocation des extrémistes hindous du Bharatiya Janata Party (BJP) qui se sentent pousser des ailes depuis l’accession de leur leader Narendra Modi au poste de premier ministre.

Fin mars, plusieurs États dirigés par BJP ont ordonné la fermeture des nombreux abattoirs, qui fonctionnent sans permis dans le pays, au risque d’aviver les tensions avec la communauté musulmane (14 % de la population) qui détient traditionnellement le contrôle de l’industrie de la viande bovine.

Le mot d’ordre a été lancé par le sulfureux premier ministre de l’État de l’Uttar Pradesh, le yogi Adityanath, un religieux radical habillé d’une tunique couleur safran. L’homme a lancé dès sa prise de fonction le 18 mars une campagne au nom de la protection des vaches, un animal sacré dans l’hindouisme, dont il aimerait interdire totalement l’abattage.

Dans les jours qui ont suivi la nomination de ce porte-drapeau d’une Inde exclusivement hindoue, trois boucheries musulmanes ont été incendiées sans que la police n’identifie les agresseurs.

Les équipes du yogi Adityanath assurent combattre uniquement les abattoirs qui n’ont pas d’autorisations nécessaires, au nom de l’hygiène et de la santé publique. Ses adversaires, eux, y voient une attaque contre une source de subsistance de la communauté indienne.

Abattoirs à l’arrêt, lions nourris au poulet

En pratique, un journaliste de l’Agence France-Presse a constaté que de nombreux abattoirs légaux sont à l’arrêt dans cet État spécialisé dans l’exportation de viande de buffle. Redoutant la police et les milices hindoues, les éleveurs ont cessé leur livraison de bétail, ce qui a obligé les entreprises à mettre leurs salariés au chômage technique.

À Lucknow, la capitale régionale, même les restaurants célèbres pour leurs kebabs ont effacé la viande de bovine de leur carte, tandis qu’au zoo local, les lions et les tigres sont nourris dorénavant à la viande blanche.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi en 2014, de nombreux États ont durci leur législation. Derrière la question du caractère sacré de la vache, les minorités et les mouvements laïcs dénoncent l’intolérance croissante orchestrée par le fondamentalisme hindou.

La Croix du 31.03.2017

Le Bien Public du 07.04.2017

Pourquoi la vache est-elle sacrée en Inde ?

Depuis l’arrivée au pouvoir en 2014 de Narendra Modi, les incidents liés à la protection de la vache se multiplient, et encore plus depuis mars. Mais pourquoi cet animal est-il considéré comme sacré dans l’hindouisme ?

Depuis l’élection, en mai 2014, du Bharatiya Janata Party (BJP) et la nomination de Narendra Modi comme premier ministre de l’Inde, les législations en faveur de la vache se sont renforcées et des attaques violentes se sont multipliées contre des fermiers ou des bouchers musulmans soupçonnés d’enfreindre ces interdits ou d’avoir consommé du bœuf.

Ces agressions se sont encore accrues depuis les victoires électorales régionales de mars, qui ont installé le BJP aux commandes de plusieurs États de l’Union indienne, donnant encore plus d’assurance aux « défenseurs » de la vache (plutôt la femelle zébu ou buffle).

Intolérance croissante aux minorités religieuses

La défense de cet animal considéré comme sacré dans l’hindouisme permet en effet au BJP de prôner le rayonnement de l’Hindutva, l’idéologie nationaliste hindoue, et l’hostilité aux minorités religieuses.

Si la vache est vénérée dans toute l’Inde, c’est d’abord parce qu’elle fournit cinq produits sacrés : le lait et ses dérivés, le « lassi » (lait fermenté) et le « ghî » (beurre fondu), mais aussi l’urine et la bouse. Le mélange de ces cinq éléments est considéré comme purificateur pour l’âme et le corps, et nombreux sont les hindous qui l’absorbent.

Un rôle d’éboueurs

Ajouté au riz quotidien, le « ghî » est également offert aux divinités : on en badigeonne les statues et on en jette dans le feu sacré pour accompagner les prières. Mélangée avec de l’herbe et séchée sous forme de galettes plates, la bouse, elle, est utilisée comme combustible en cuisine. Dans les campagnes, les sols et murs d’habitations en terre battue sont recouverts de bouse, censée éloigner les insectes et scorpions. Enfin, les bovins d’Inde ont un rôle d’éboueurs puisqu’ils se nourrissent essentiellement de déchets : à force d’avaler des sacs en plastique, ils meurent souvent d’occlusions intestinales…

Autre explication : le meuglement de la vache en Inde se traduit par « mâ », ce qui, dans plusieurs langues indiennes, signifie « maman », et donc par extension, la terre-mère nourricière, la source originelle de toute vie. Ainsi, Pradipsinh Jadeja, le ministre de l’intérieur du Gujarat (État natal de Narendra Modi), a récemment déclaré : « La vache n’est pas un animal, c’est le symbole de la vie universelle ! »

« Maître des vaches à la flûte »

Sur le plan mythologique aussi, la vache a une très grande importance puisqu’elle est l’animal accompagnant Krishna et Shiva, les deux divinités les plus vénérées d’Inde. Confié par ses parents à un couple de vachers, Krishna passa son enfance au milieu des vaches, puis, adolescent, séduisit plus de mille « gôpis » (filles de vachers).

Sur les terre-pleins d’autoroutes

On comprend alors que les vaches soient si respectées : il est impensable pour un Indien de frapper, d’insulter ou de contraindre une vache. D’où les bouchons dans les villes indiennes, y compris les plus modernes comme Bangalore, provoqués par une vache déambulant dans la rue ou ruminant sur un terre-plein d’autoroute. Lorsqu’un hindou pieux passe à côté d’une vache, il ne manque jamais de la toucher, puis de porter sa main à son front en signe d’hommage.

Impossible également pour un hindou de manger de la viande bovine, même si, au Kerala et au Tamil Nadu les intouchables « impurs » en consomment. Dans ces États du Sud, mais aussi ailleurs en Inde, les currys de bœuf figurent au menu des restaurants… Les dalits sont également les seuls à pouvoir dépecer des cadavres de bovins, puis à pouvoir tanner, traiter et utiliser leur cuir.

Une construction religieuse, sociale et économique

Cette insistance sur le caractère sacré de la vache est assez récente. L’historien Dwijendra Narayan Jha, spécialiste de l’Inde ancienne à l’université de New Delhi, a brisé le mythe, en démontrant qu’à l’époque védique, la vache était sacrifiée et consommée, alors que l’Hindutva prétend que cette pratique aurait été importée bien plus tard, avec la conquête musulmane. Son ouvrage « Holy cow : Beef in Indian dietary » (La vache sacrée : le bœuf dans la tradition alimentaire de l’Inde), paru en 2002, a suscité des réactions violentes de la part des extrémistes hindous, l’auteur ayant même reçu plusieurs menaces de mort.

D’après Dwijendra Narayan Jha, ce seraient les brahmanes qui auraient peu à peu imposé cet interdit alimentaire afin d’attribuer une place sociale spécifique à chaque caste : celui qui mange du bœuf est un hors-caste, un intouchable. Cette sacralité de la vache indienne apparaît donc comme une construction à la fois religieuse, sociale et économique.

La Croix du 11.04.2017

En couple avec une hindoue, un musulman est lynché à mort

Le jeune homme de 20 ans a été battu à mort sous les yeux de sa petite amie, en Inde. La foule s'est déchaînée pendant plusieurs heures.
Nouvel épisode de violences contre les minorités, en Inde. Cette fois, c'est un jeune musulman de 20 ans qui a été battu à mort. Son tort : être amoureux d'une jeune femme hindoue.
Mercredi soir, dans l'état du Jharkhand, Mohammad Shalik, 20 ans, a été assailli par plusieurs dizaines de personnes de son village alors qu’il venait de ramener en scooter sa petite amie près de chez elle.
La foule déchaînée l’a attaché à un poteau et frappé à coups de bâton et de ceinture devant sa petite amie pendant plusieurs heures, avant qu’il ne succombe à ses blessures jeudi.
Les nationalistes et le "djihad religieux"
Les relations amoureuses inter-religieuses sont toujours un tabou en Inde, notamment dans les campagnes.
Le sujet a été instrumentalisé par les nationalistes ces dernières années, notamment les extrémistes hindous qui ont agité le spectre complotiste du "djihad de l’amour", qui verrait la communauté musulmane utiliser ses jeunes garçons pour séduire de jeunes hindoues et s’enfuir avec elles pour les convertir à l’islam.
Trois personnes arrêtées
"Nous essayons de savoir si la foule a été entraînée par la famille" de la jeune fille, a précisé le chef de la police de Gumla, Chandan Kumar Jha.
Trois personnes ont été arrêtées et d’autres étaient recherchées pour ce meurtre.
Au Pakistan aussi
Au Pakistan voisin, un membre de la minorité ahmadie, une branche de l’islam considérée comme hérétique et persécutée de longue date dans le pays, a été abattu vendredi par des inconnus à moto en plein Lahore, la seconde ville du pays.
Il s’agit du second meurtre d’un membre de la communauté ahmadie en huit jours au Pakistan, lui aussi régulièrement ensanglanté par les violences interconfessionnelles, notamment contre les minorités chiites et ahmadies.

Le Progrès du 08.04.2017
 



 

 


 

 

 

 

INTEGRISME CATHOLIQUE

 

"Le mettre hors d'état de nuire" : André poursuit le prêtre qu'il accuse de pédophilie

Un abbé traditionaliste, accusé d'abus sexuels au tournant des années 1980 et 1990, est visé par une plainte depuis septembre.

Près de trente ans après, la justice va-t-elle reconnaître le statut de victime d'André* ? En septembre 2016, cet ingénieur a porté plainte pour agression sexuelle et tentative de viol contre un prêtre qu'il accuse d'avoir abusé de lui en Belgique et en France lorsqu'il était enfant. Dans la foulée, en janvier, une information judiciaire a été ouverte à La Roche-sur-Yon (Vendée). "C'est une première victoire", se réjouit son avocate, Nelly Souron-Laporte, interrogée par franceinfo, saluant le "combat" de son client "depuis tout petit".
André a 11 ans lorsque l'abbé P. arrive à Bruxelles (Belgique), où il vit. Le religieux appartient à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, une société internationale de prêtres catholiques intégristes prônant que "toute la vie humaine privée et publique" soit "soumise à la loi du Christ". Les parents d'André sont sur la même longueur d'onde et confient leur progéniture au nouveau venu, alors âgé de 35 ans.

Le samedi matin, c'est catéchisme. L'abbé P. est face à un petit groupe d'enfants au sein du prieuré du Christ-Roi, niché dans un immeuble avec chapelle non loin du centre de la capitale belge. "Les toutes premières fois, c'était après le catéchisme, affirme André à franceinfo. Il me faisait venir seul dans son bureau, sur le même palier." Là, selon son récit, il se serait retrouvé à "jouer au toboggan" sur la soutane de l'abbé, qui aurait écarté les jambes "de façon que je glisse en frottant contre son sexe".
"Il m'a poussé la tête vers son entrejambe"
André assure avoir parfois été victime d'attouchements sexuels, notamment lorsqu'il était en tenue de louveteau. Le religieux aurait ainsi glissé sa main dans le caleçon du jeune scout, sous son short. Toujours au sein du prieuré, le prêtre aurait aussi plaqué l'enfant sur un lit et tenté de l'embrasser. "Je me souviens m'être débattu et relevé, mais pas m'être enfui du bureau", avance l'ingénieur, aujourd'hui âgé de 40 ans.

Lui échapper n'était pas simple parce qu'il était une figure d'autorité à qui mes parents faisaient entièrement confiance. André
à franceinfo

Poursuivant son récit, André affirme avoir échappé à une tentative de viol commise par l'abbé P. en 1989, alors que ce dernier le conduisait en voiture jusqu'à une chapelle à Namur. "Il m'a saisi par la nuque et m'a poussé la tête vers son entrejambe, décrit-il. Il a soulevé sa soutane et a voulu me forcer à lui faire une fellation." Le jeune garçon, "terrorisé", aurait résisté et trouvé refuge à l'arrière du véhicule. Il explique avoir rapporté l'incident "en termes pudiques" à ses parents, qui n'auraient pas su déchiffrer son appel et n'ont pas "cherché à creuser".
L'été venu, les parents d'André ont accepté, malgré les protestations de leur fils, de l'envoyer en camp scout en Vendée, où l'abbé P. officiait. Le plaignant accuse l'aumônier d'avoir tenté de l'y "embrasser de force". Quelques jours plus tard, lors d'un jeu de nuit en forêt, "il m'a agressé physiquement et sexuellement", ajoute André, qui raconte avoir alors subi de nouveaux attouchements. Les faits auraient cessé grâce à un coup de coude dans le ventre de l'abbé. "Dès lors, il n'a plus essayé de me toucher", selon André, qui est ensuite parti en pension "pour le fuir".
La Fraternité au courant dès 1990
Les mois passent, mais "le traumatisme reste vif". Fin 1990, du haut de ses 14 ans, l'enfant décide d'alerter les instances de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X sur le cas de son agresseur présumé. "Il s'agissait de le mettre hors d'état de nuire", explique-t-il. Il envoie deux courriers à l'abbé Franz Schmidberger, alors à la tête de la Fraternité.

J'ai parlé de 'touchers impurs', comme on disait dans le jargon d'un ado coincé de l'époque. André
à franceinfo

En retour, il affirme avoir reçu du supérieur général un courrier lui annonçant qu'une monition canonique, un avertissement grave, avait été prise à l'encontre de l'abbé P. L'adolescent prend note et tente alors de tourner la page.

En coulisses, pourtant, l'affaire donne lieu à un bras de fer entre l'abbé Schmidberger et l'abbé P. Selon des documents obtenus par franceinfo, le supérieur général adresse, en quelques mois, trois lettres au prêtre, à qui il "interdit formellement" et "pour toujours" de participer à "des camps de jeunes". "Je dois vous protéger comme je dois protéger le bien de l'œuvre", se justifie-t-il.
Parole contre parole
L'abbé P. ne l'entend pas de cette oreille. Il proteste par écrit et part à la rencontre du numéro 1 de la Fraternité, une institution en rupture avec Rome, dont le siège est en Suisse. "L'abbé P. est venu plaider sa cause, il a absolument nié la réalité de ces choses et a convaincu l'abbé Schmidberger que c'étaient des calomnies, des vengeances", rapporte aujourd'hui le secrétaire général de la Fraternité, l'abbé Christian Thouvenot, en poste depuis 2008, joint par franceinfo.
Le supérieur général cède et, sans prévenir André, accorde à l'abbé P. le droit d'encadrer des camps de jeunes. "Il pouvait continuer ses activités, mais il devait garder une attitude extrêmement réservée avec les enfants, en évitant les contacts", précise l'abbé Thouvenot, d'autant que le prêtre de Bruxelles était connu, selon lui, pour ses "manières de faire un peu brusques, comme nettoyer les enfants" dans la rivière.
La parole de l'abbé l'a donc emporté sur la parole de l'enfant, sans plus d'investigation. "Je pense précisément que la Fraternité, à ce moment-là, a fait preuve de très peu de discernement en n'enquêtant pas plus", se désole André, des années plus tard. "On aurait dû faire des enquêtes", reconnaîtra un responsable de la Fraternité en 2008, évoquant "un manque de connaissances sur comment réagir à de telles accusations".
"Rassembler les pièces du puzzle"
Les années passent, André prend ses distances avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X et poursuit de brillantes études. En 2004, alors qu'il vit à Londres (Royaume-Uni), son histoire le rattrape brutalement. Après avoir vu La Mauvaise Education de Pedro Almodovar, un film racontant des abus sexuels dans une école religieuse, il a "des flash-back". Il lance une recherche internet portant sur le nom de l'abbé P. Là, il découvre un prospectus d'un groupe de "scoutisme traditionnel" de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), sur lequel le religieux apparaît en photo avec des enfants. "Ça m'a franchement choqué", se souvient-il.

Je pensais qu'il avait été mis à l'écart depuis longtemps, comme me l'avait dit l'abbé Schmidberger. Manifestement, ce n'était pas le cas. André
à franceinfo

En effet, en 1993, l'abbé P. a quitté Bruxelles pour l'Ile-de-France, où il a été chargé de l'aumônerie de la troupe Charles-de-Foucauld jusqu'en 2002. Après sa découverte, en 2005, André envoie une première lettre à Bernard Fellay, le successeur de Franz Schmidberger à la tête de la Fraternité. "J'étais dans l'incompréhension totale de ce qui s'était passé toutes ces années-là, relate-t-il, de sa voix grave, prudente, avec une pointe d'accent belge. Mon but était de rassembler les pièces du puzzle." Sans réponse, il le relance en mai 2008 et, un mois plus tard, reçoit un courrier du supérieur général.

Dans sa lettre, Bernard Fellay adresse à André des "excuses" pour la "négligence" de la Fraternité dans la gestion de son cas. Il le met en relation avec son premier assistant, l'abbé Niklaus Pfluger, qu'il charge de faire la lumière sur l'affaire, dix-neuf ans après les premiers signaux d'alerte.
Le lourd passé de l'abbé P.
Au cours de cette enquête interne, André découvre dansdes documents que l'abbé P., avant d'arriver à Bruxelles, était déjà soupçonné d'avoir commis des agressions sexuelles sur deux mineurs en France. Ces faits présumés, non dénoncés à la justice, lui ont simplement valu d'être muté à Lourdes (Hautes-Pyrénées), où il a exercé un an, avant d'être envoyé en Belgique. Les autorités de la Fraternité n'ignoraient rien de ce troublant précédent au moment où elles ont été alertées, en 1990, du cas d'André.
Les faits dont on l'accuse en France n'ont jamais fini de poursuivre l'abbé P. D'après Christian Thouvenot, l'actuel secrétaire général de la Fraternité, c'est sous la pression des parents des premières victimes présumées que le religieux s'est vu "enlever progressivement toute responsabilité" dans les années 2000 et qu'il a été muté en 2002 à Ruffec (Charente), en tant qu'aumônier auprès de religieuses. "Une sanction et une mesure disciplinaire préventive", loin des enfants, selon l'abbé Thouvenot.
André ne se satisfait pas des mesures prises par la Fraternité. "Il attendait que nous excluions ce prêtre de notre société", reconnaît le secrétaire général.

Nous avons expliqué que nous pensions qu'il était davantage contrôlé chez nous que dans la nature. Christian Thouvenot
à franceinfo

L'ingénieur finit par se tourner, en 2009, vers le Vatican, où la Congrégation pour la doctrine de la foi ordonne un procès canonique contre l'abbé P. Selon la Fraternité, un jugement est rendu en 2014, "interdisant définitivement à M. l'abbé P. tout apostolat auprès des mineurs". Pourtant, "il reste prêtre", déplore André.

Une première plainte classée sans suite
Et la justice française ? Il faut attendre 2012 pour qu'André se décide à la saisir. "A l'époque, je n'étais pas prêt à faire le pas de passer la porte d'un commissariat de police, reconnaît-il. Pour moi, il n'y avait qu'eux [la Fraternité] qui pouvaient me répondre sur le parcours de ce prêtre et ce qui s'était passé en interne." Après une conversation avec une amie, il acquiert la "conviction que [prévenir la police] est la chose à faire".
Il dépose une plainte contre l'abbé P. La procédure est rapidement classée sans suite pour des raisons de prescription. Les enquêteurs ont toutefois le temps d'auditionner le suspect. Ce dernier nie tous les faits qui lui sont reprochés par André, mais reconnaît avoir commis une agression sexuelle sur un mineur de 10 ans en 1986. Il affirme s'être immédiatement excusé auprès des parents de la victime et met les faits sur le compte d'une "pulsion".
Libéré de toute poursuite judiciaire en 2012, et refusant le jugement canonique le visant, le prêtre finit par couper les ponts avec la Fraternité, qui souhaite l'envoyer dans une résidence isolée dans les Hautes-Alpes. "Au mois de décembre 2014, nous avons appris que l'abbé P. figurait parmi les prêtres qui s'opposent à la Fraternité et qu'il exerçait un apostolat indépendant", indique Christian Thouvenot, le secrétaire général. Son exclusion de la Fraternité est prononcée un an plus tard.
L'abbé et ses enfants de chœur
Selon les informations de franceinfo, le religieux, qui n'a pas donné suite à nos sollicitations, continue de célébrer des messes en Gironde, dans une chapelle privée. Une photo publiée par Mediapart le montre en train d'officier entouré de plusieurs enfants de chœur. Ces messes sont évoquées sur différents sites internet liés aux branches les plus conservatrices du catholicisme traditionaliste, dont l'abbé P. s'est rapproché. La Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X affirme avoir écrit à deux responsables de ces branches pour les "prévenir des mesures prises" le concernant.
La société intégriste en est surtout réduite à faire son examen de conscience. "Il est certain qu'aujourd'hui, on n'agirait plus comme ça", affirme l'abbé Thouvenot.

Reconnaissant ne pas s'être "toujours posé les bonnes questions", la Fraternité se défend en assurant que, "à l'époque, il n'a pas été fait état d'accusations de tentative de viol de la part de ce prêtre", mais "de touchers indécents, de gestes ambigus".
Il est évident que, dans ce cas, il y aurait eu signalement à la police et que les sanctions auraient été autrement plus lourdes. L'abbé Christian Thouvenot
à franceinfo
Un appel à témoins
De son côté, André poursuit son combat. Après une rencontre au sein de l'association Aide aux victimes de mouvements religieux en Europe et familles, il s'est attaché les services de Nelly Souron-Laporte. L'avocate entend démontrer que les faits présumés ne sont "probablement" pas prescrits, contrairement à ce qu'avait conclu la justice après la première plainte. "Si une information judiciaire a été ouverte en janvier, c'est que mes arguments ont été porteurs", se réjouit-elle.
André ne se bat pas seulement pour lui. "Il y a eu d'autres victimes, affirme-t-il. Maintenant, il faut voir si elles sont prêtes à déposer plainte ou à témoigner." Dans l'espoir de pouvoir échanger avec d'autres éventuelles victimes de ce même prêtre, il a rempli un formulaire sur une plateforme dédiée. Il appartient désormais à la justice française d'établir si, comme le soutient l'avocate, "une fois de plus, nous avons affaire à des enfants sacrifiés sur l'autel de la protection de l'institution".
* Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressé.

http://www.francetvinfo.fr/societe/religion/pedophilie-de-l-eglise/le-mettre-hors-d-etat-de-nuire-andre-poursuit-le-pretre-qu-il-accuse-de-pedophilie_2134879.html
11/04/2017



 

 

 


 

 

 

 

ISLAMISME


La tentation de la radicalité chez les jeunes musulmans de banlieue

Deux chercheurs du CNRS ont mesuré le degré d’adhésion des adolescents à la radicalité religieuse et à la violence, déterminant ainsi la population qui pourrait être sensible à la propagande djihadiste.
Mesurer le degré d’adhésion des lycéens aux idées radicales : tel est l’enjeu d’une enquête du CNRS, lancée après les attentats de novembre 2015 et dont les résultats ont été publiés hier. 7 000 élèves, âgés de 14 à 16 ans, ont été interrogés sur leur sensibilité à la radicalité religieuse et à la violence, la combinaison de ces deux facteurs désignant une population susceptible d’être réceptive à la propagande djihadiste.
Attention toutefois : l’échantillon est volontairement biaisé et ne peut être extrapolé à l’ensemble de la population. Les lycées situés en zone urbaine sensible sont surreprésentés dans cette enquête, de même que les élèves se déclarant de confession musulmane qui représentent 25 % de l’échantillon.
Sur la religion, une part minoritaire adhère à une « forme d’absolutisme », disent les auteurs : 11 % considèrent à la fois qu’il y a « une seule vraie religion » et que « la religion a raison contre la science » concernant la création du monde. Ce chiffre tombe à 6 % pour les élèves se disant « chrétiens » mais grimpe à 32 % pour ceux se déclarant « musulmans ».
Par ailleurs, 25 % des jeunes interrogés adhèrent à la « violence et à la déviance » – ils sont 33 % parmi les seuls musulmans. Ils estiment « acceptable » de « participer à des actions violentes pour ses idées » et sont susceptibles d’« affronter la police » un jour. « Il y a, dans certains segments de la jeunesse, une culture de la violence et de la délinquance qui s’est banalisée, relève Olivier Galland. Quand cette culture se combine à la radicalité religieuse, alors ça devient très inquiétant. »
Cette double radicalité religieuse et violente concerne 4 % de l’ensemble des lycéens mais 12 % des lycéens musulmans. C’est cette population qui est à risque et pourrait être réceptive à la propagande djihadiste. « Ainsi, 9 % des lycéens chrétiens et 20 % des jeunes musulmans estiment qu’il est acceptable dans certains cas de combattre les armes à la main pour sa religion », précise Olivier Galland, contacté par La Croix.
Enfin, la perception des attentats de janvier et novembre 2015 – le questionnaire a été validé avant celui de Nice – a été interrogée. Les résultats sont significatifs : seuls 68 % de l’ensemble des lycéens condamnent totalement les auteurs des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. 10 % les condamnent « mais en partageant certaines de leur motivation », 5 % ne les condamnent pas et 9 % y sont « indifférents ».
Les chiffres sont moins élevés concernant le Bataclan : 79 % les condamnent totalement. Enfin, interrogés sur le 11 septembre 2001, seuls un tiers des élèves rejettent totalement l’affirmation selon laquelle cet attentat a été organisé par la CIA. Ainsi, 44 % déclarent que « c’est en partie vrai ».
« Chez ces jeunes, les médias sont complètement décrédibilisés et ils considèrent que, quelque part, il n’y a plus de vérité », note Olivier Galland. L’étude va d’ailleurs se poursuivre pour mesurer notamment leur adhésion aux théories du complot.
Le gouvernement compte sur les mères
La ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes, Laurence Rossignol, a présenté hier un dispositif visant à encourager l’engagement des mères des quartiers dans des actions en faveur de la mixité et de l’émancipation des filles. 450 projets sont ainsi mis en avant. Cette opération fait suite à la consultation lancée dans les quartiers ces six derniers mois, dans le cadre du plan d’action « Sexisme, pas notre genre ! ». « Il ressort très clairement de leurs réponses que nous vivons une période de frottements, de clivages mêmes très forts, explique Bouchera Azzouz, missionnée par le ministère. Même si des progrès indéniables ont été réalisés, la pression des idéologies religieuses radicales est bien palpable.

La Croix du 21.03.2017

« Exercer son culte dans la République est une chance »

Bruno Le Roux Ministre de l’intérieur Le ministre de l’intérieur reçoit aujourd’hui un rapport pour améliorer la formation des imams. Pour La Croix, il évoque les différents chantiers en cours concernant « l’islam de France ».

Un rapport vous est remis aujourd’hui pour « améliorer l’offre de formation accessible aux imams de France au sein des universités françaises ». Pourquoi est-ce important ?
Bruno Le Roux : Dans ce domaine, la France est dans une situation de faiblesse par rapport à ses voisins. Dès lors que l’on s’adresse à des fidèles, il faut être formé. Cette nécessité est d’autant plus impérieuse que les fidèles sont de plus en plus jeunes et sont en recherche d’informations sur l’islam par d’autres moyens, comme Internet. Cette formation a sa place à l’université, qui est un lieu de brassage et d’ouverture. Comme le préconise le rapport, nous nous appuierons sur les 14 diplômes universitaires sur le fait religieux et la laïcité, en complétant avec une approche historique de l’islam, de l’anthropologie, de la philosophie, etc.

Comment attirer à l’université les imams en formation ou déjà en activité ?
Bruno Le Roux : Les instituts privés de théologie et les universités sont autonomes. Mais nous essaierons, avec Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, de faciliter ces échanges. Le constat de la nécessité d’une formation des imams sur la base d’enseignements validés dans notre pays fait consensus. Nous soutiendrons par ailleurs financièrement, par des subventions ou des bourses, l’enseignement des matières profanes.

Concernant la lutte contre la radicalisation, qu’attendez-vous des imams ?
Bruno Le Roux : J’attends d’eux une capacité à dégager un discours de l’islam de France qui montre que c’est une chance d’être dans le cadre de la République pour exercer son culte. C’est un des objectifs de la formation que l’on construit. Il faut avoir des imams capables de parler des textes sacrés, de mobiliser autour des valeurs de l’islam mais aussi de dire à tout moment que c’est une chance d’être en République, parce qu’elle est laïque et protège les cultes.

Certains responsables religieux ou associatifs dénoncent à l’inverse une « islamophobie d’État »…
Bruno Le Roux : Ces discours ne s’appuient sur aucune réalité et ceux qui les profèrent utilisent la liberté d’expression pour combattre la République. Ceux-là souhaiteraient qu’à terme leur religion soit une religion d’État, autour de laquelle s’organisent les principes de vie commune. Ce n’est pas le cas et je mettrai toutes mes forces, comme mes prédécesseurs, à défendre le principe républicain.

Sur la radicalisation, quel bilan tirez-vous de l’action des responsables musulmans ?
Bruno Le Roux : Sur cette question, on est encore en recherche, mais la grande avancée de ces derniers mois a été d’intégrer la religion dans les prises en charge de personnes radicalisées : il faut produire un discours sur l’islam, sur ses valeurs et sur ce qu’il ne permet pas de faire. C’est ce que réalise, à Bordeaux, le recteur de la mosquée, Tareq Oubrou, qui a été largement à l’initiative du dispoisitif local de prévention de la radicalisation, le Capri.

Souhaitez-vous faire directement participer les imams au signalement des radicalisés ?
Bruno Le Roux : Aujourd’hui, il y a un numéro Vert pour que chacun puisse faire un signalement, donc tous les citoyens peuvent s’en saisir. Je ne lance pas un appel aux imams, mais à tous les citoyens. Concernant les mosquées, nous portons une attention extrême aux discours qui y sont tenus. Cela m’a amené à fermer des lieux de culte où l’on proférait des discours totalement contraires aux valeurs de la République. Si, après une fermeture, les choses changent, une réouverture peut être envisagée.

Sur les autres chantiers, dont la Fondation de l’islam de France (lire ci-contre), reconnaissez-vous une certaine précipitation ?
Bruno Le Roux : Il n’y a eu aucune précipitation. Il fallait montrer que ces chantiers, nés au cours des trois instances de dialogue, étaient d’application immédiate. Dans un « islam de France » qui n’est pas encore stabilisé, je ne souhaitais pas que se reproduisent les dfifficultés et les blocages que nous avions pu connaître. Cette fondation a, par ailleurs, vocation à s’adresser à tous nos concitoyens. Elle présentera dans les prochaines semaines ses premiers projets dans le domaine de l’éducation et de la culture.

L’association cultuelle résoudra-t-elle le problème du financement de l’islam en France ?
Bruno Le Roux : Il est nécessaire de résoudre cette question et je souhaite que les acteurs musulmans avancent le plus rapidement possible, mais je ne peux me substituer à eux. Je ne peux que leur redire que cette association, qui a vocation à collecter des ressources financières, par des dons ou contributions volontaires sur le halal ou sur le pèlerinage, par exemple, leur sera utile.

Repères
Les « chantiers de l’islam de France »
Le 28 août 2016, Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’intérieur, annonce dans La Croix la création d’une fondation laïque à vocation culturelle et d’une association cultuelle dédiée au financement et à l’amélioration de la formation des imams.
Le décret créant la Fondation de l’islam de France, présidée par Jean-Pierre Chevènement, est paru mardi 6 décembre 2016. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a décliné la présidence de son conseil d’orientation.

La Croic du 16.03.2017

Comprendre l’embrigadement djihadiste: et si on arrêtait le café du commerce ?

Thomas Guénolé
Politologue. Auteur d’Islamopsychose (Fayard, 2017), La Mondialisation malheureuse (éditions First) et Petit guide du mensonge en politique (Fayard, 2017, réédition).

Christophe Caupenne
Ancien chef des négociateurs du Raid, auteur du Petit Guide de contre-manipulation (Mazarine, 2017).

Thomas Guénolé et Christophe Caupenne expliquent pourquoi les djihadistes forment un caléidoscope déroutant.
« Ils sont issus de l’immigration, ce sont des jeunes de banlieue d’origine musulmane et qui ne se sont jamais intégrés »… « Ce sont des jeunes sans père, ni repères »… « Ils sont tous au chômage, et tous en échec scolaire »… Le discours dominant sur les causes de l’embrigadement djihadiste peut être résumé par ce condensé de préjugés et de clichés à l’emporte-pièces, qui passent à côté de la complexité du phénomène réel.
La thèse qui voudrait que le djihadisme soit le fruit d’une radicalisation de l’islam ne tient pas. L’analyse de plus de 3000 documents internes à l’organisation « Etat islamique » par l’Associated Press [1] indique en effet ceci : 70% des recrues ont une connaissance à peine basique des notions-clés de l’islam ; 24% en ont une connaissance tout juste moyenne ; et parmi les 16% restants, seuls 5 peuvent être considérés comme des étudiants avancés de l’islam. Cette quantification invalide purement et simplement l’idée, notamment défendue par Gilles Kepel, d’un continuum qui irait du musulman culturel sécularisé au musulman modéré, du musulman modéré au musulman radical, et du musulman radical au djihadiste.
43% ont accompli leurs études secondaires
La thèse qui voudrait que les djihadistes en arrivent là parce que ce sont des jeunes peu éduqués voire illettrés ne tient pas non plus. De fait, un rapport récent de la Banque mondiale [2], fondé sur l’analyse de données internes à l’organisation « Etat islamique » portant sur près de 4000 recrues étrangères, évalue que 43% ont accompli leurs études secondaires et 25% sont allées à l’université. La même étude indique aussi que la thèse complémentaire sur la vocation kamikaze qui augmenterait avec le manque d’éducation est fausse également. En réalité, la proportion de candidats aux attentats-suicides augmente avec le niveau éducatif des recrues.
Cette étude de la Banque mondiale établit par ailleurs que la pauvreté, là aussi contrairement à un cliché très répandu, n’est pas un facteur déterminant d’embrigadement djihadiste. À cela s’ajoute le fait que les premières statistiques disponibles sur les profils sociodémographiques des recrues françaises indiquent une réelle diversité des milieux sociaux, confessionnels et territoriaux des jeunes devenus djihadistes : en clair, ces recrues proviennent aussi bien de classes populaires que de classes moyennes, de foyers musulmans que de foyers athées, de banlieues pauvres que de milieux ruraux, et ainsi de suite. Le djihadiste breton Kevin Guiavarch est à cet égard un bon contre-exemple. De surcroît, le condensé de clichés asséné en boucle dans le débat public français se heurte à la réalité suivante : même en cumulant les facteurs supposés « djihadogènes » que seraient une culture familiale musulmane, l’échec scolaire, l’absence de père, et la pauvreté, il devrait y avoir aujourd’hui des dizaines de milliers de djihadistes en France, et non pas quelques centaines. Le préjugé tout entier est donc invalidé.
Les djihadistes forment un caléidoscope déroutant
Les djihadistes forment un caléidoscope déroutant. S’ils n’avaient qu’un seul et même profil de motivation et de personnalité, nous aurions certainement trouvé la bonne équation afin de les comprendre. Nous aurions pu tenter de tous les déradicaliser, comme on le ferait de membres d’une secte. Nous aurions pu tous les sevrer comme on le ferait de toxicomanes. Or, rien de tout ça n’est envisageable de façon systématique. La difficulté tient en la nature même de leur motivation et de la forme de leur engagement, qu’ils soient hommes ou femmes.
Certains djihadistes sont des idéalistes perdus. Ils partent, ou sont partis, en zone de guerre, sur la terre de Cham, le berceau idéalisé en Califat du groupe dont ils se revendiquent : ce sont les « islamistes purs, fidèles et dévoués Lions combattants de la terre sacrée ». Leur foi, sincère et absolue, est mue par une quête d’une forme politico-économique idéalisée (la Oumma [3]), dichotomique (pur/impur) sur fond d’égalitarisme entre les croyants, de collectivisme (c’est la notion de bande de frères) et de soumission totale à la volonté de Dieu et aux règles de vie que censément il réclame. Ils se considèrent « l’avant garde des élus ». Ce sont souvent des gens en phase de transition identitaire, des jeunes à la recherche du monde idéal, de la vérité absolue, et d’une aventure humaine vécue en groupe ; mais ce sont aussi des couples, unis par leur volonté sincère de vivre leur foi dans un système politico-idéologique conforme à leurs valeurs et leurs croyances. Ils se voient comme des pionniers défricheurs, des colons à la conquête d’un monde nouveau où pourront s’épanouir leurs enfants.
D’autre djihadistes recherchent l’aventure guerrière personnelle, la quête du dépassement de soi. La motivation est égocentrique, narcissisante, sur fond de partage d’émotions avec d’autres « frères » combattants. C’est un moteur idéalisant la bravoure, la gloire et l’héroïsme, choses qui sont dorénavant absentes de nos systèmes d’organisations démocratiques. C’est le profil « Call of duty [4]». D’autres sont des revanchards qui habillent leur haine et leur jalousie pathologique du costume de la foi, pour justifier leur jusqu’au-boutisme. Leur absence de compassion, leur folie destructrice, sont des relents nauséeux de leur propre existence frustrée et humiliée. Ils partent faire payer le monde pour la souffrance que ce dernier leur inflige. Ils veulent bousculer l’ordre des choses afin d’atteindre une toute puissance fantasmée : c’est à leur tour d’être les démiurges. Ils veulent réparer leurs blessures narcissiques et l’injustice frustrante de leur existence.
Des réponses à individualiser
D’autres souffrent de maladies mentales avérées, aux rangs desquelles on trouve des psychopathes, individus dépourvus de toute émotion, compassion, ou respect pour les autres humains. Ce sont des tueurs froids déshumanisés, fascinés par la toute puissance dont ils sont soudain affublés. Ils servent de « déclencheurs fascinants », qui entraînent les processus de passage à l’acte d’autres djihadistes plus réticents. Ils font s’effondrer les barrières mentales par leur brutalité sanguinaire et par la terreur qu’ils incarnent. D’autres souffrent de psychoses diverses et le chaos de la guerre devient pour eux un paravent à leur propre détresse psychique. Ce sera le cas des paranoïaques, qui trouvent dans la propagande djihadiste le ciment du complotisme qui ravage leur imaginaire délirant. D’autres encore sont de simples « porteurs d’eau ». Ils cherchent à être utiles et auraient pu s’investir dans une ONG. Ils sont surtout en quête d’un groupe d’appartenance, d’amis fidèles et sincères, mus par les mêmes codes respectueux et égalitaires. Viennent enfin tous ceux qui ont ces profils-là et qui n’ont pu, ou voulu, partir en zone de guerre. Ceux-là constituent le terreau de la guérilla au sein même des démocraties et le bras armé des donneurs d’ordres pour les attentats.
Il n’y a pas d’archétype du djihadiste, mais plutôt un grand nombre de profils motivés par des dynamiques elles-mêmes diverses. Les réponses sont donc à individualiser. Quant aux analyses exprimées dans le débat public, il est grand temps que les grands médias ne prennent plus au sérieux, et n’accordent plus un porte-voix, à celles qui relèvent du café du commerce pseudo-expert.
[1] “ ‘Islam for Dummies’: IS recruits have poor grasp of faith”, Associated Press, 15 août 2016.
[2] BANQUE MONDIALE / RÉGION MOYEN-ORIENT ET AFRIQUE DU NORD, Bulletin d’information économique de la région MENA : inclusion économique et sociale pour la prévention de l’extrémisme violent, 5 octobre 2016, p.12-22.
[3] Communauté des croyants
[4] Rapport 2013 du CPDSI sur les profils djihadistes.

https://www.marianne.net/debattons/tribunes/comprendre-l-embrigadement-djihadiste-et-si-arretait-le-cafe-du-commerce
21/03/2017

A lire

Les enfants dans l'horreur de Daech

Parents contre gourous : l'autre jihad

Hacen Boukhelifa : "Il faut dénoncer les mineurs radicalisés"

Une secte qui ne dit pas son nom

Le courrier de l'Atlas - numéro 112 - mars 2017

Terrorisme : un plan pour le retour en France des enfants de djihadistes

Quelque 450 enfants de parents français ou partis de France se trouvent actuellement en Irak et en Syrie. Leur éventuel retour en France nécessite des solutions appropriées.
Le Premier ministre l'avait commandé il y a deux mois. Bernard Cazeneuve a dévoilé jeudi le plan du gouvernement pour la prise en charge du retour des enfants de Français engagés dans les filières djihadistes en Irak et en Syrie.
Les départements en première ligne. Matignon a tracé les grandes lignes du dispositif visant ces mineurs emmenés par leurs parents ou nés en zone djihadiste, qui doit associer «en première ligne» les départements, compétents en matière de protection de l'enfance, et les ministères concernés, notamment la Justice et l'Éducation.
Chaque cas évalué par le parquet compétent et judiciarisée. Les situations divergent en la matière, entre des cas de mineurs radicalisés partis seuls, des enfants de djihadistes embrigadés par Daech comme combattants en tant que «lionceaux du califat» ou encore, le cas le plus fréquent, des enfants très jeunes ou nés sur place. «Chaque situation sera évaluée par le parquet compétent et judiciarisée. Celui-ci décidera des poursuites pénales éventuelles et saisira le juge des enfants pour instaurer toute mesure de protection nécessaire», indiquent les services de Bernard Cazeneuve.
Un suivi médico-psychologique. Les enfants qui en auront besoin bénéficieront d'un suivi médico-psychologique adapté. Les professionnels chargés du suivi de ces mineurs seront formés et sensibilisés à cette problématique spécifique Les services antiterroristes redoutent que ces enfants - enrôlés de force ou avec la bénédiction de leurs parents djihadistes - deviennent de «véritables bombes à retardement». «En leur apportant l'attention et les soins nécessaires, le gouvernement entend prévenir toute dégradation de la situation de ces jeunes, et favoriser leur insertion dans la société», soulignent les services du Premier ministre.
Une vingtaine de mineurs identifiés comme combattants. Environ 750 Français se trouvent actuellement en Irak et en Syrie aux côtés du groupe djihadiste État islamique (EI), notamment à Mossoul et à Raqqa (Syrie), selon la dernière évaluation des autorités françaises. Le renseignement estime à 450 (contre 400 l'été dernier) le nombre d'enfants de parents français ou partis de France se trouvant actuellement en Irak et en Syrie, dont au moins une vingtaine identifiés comme combattants. «Certains enfants sont déjà rentrés et ont été pris en charge par les conseils départementaux», rappelle Matignon.
Daech forcerait des enfants à à mourir en kamikazes
En février, un général américain a affirme que Daech force des enfants et des handicapés à conduire des camions piégés et à se faire exploser au milieu des forces irakiennes.
Enchaîner les chauffeurs semble être une pratique récente du groupe djihadiste, apparue lorsque les forces irakiennes sont arrivées sur la rive du Tigre lors de l'opération de libération de Mossoul-Est.

Leparisien.fr du 23.03.2017

La mosquée fermée était un lieu de radicalisation

La mosquée Assounna (BIEN Assounna) de Sète (Hérault), fermée mercredi par arrêté préfectoral, était « un lieu de rencontre régulier » pour des fidèles radicalisés, a décrit hier le ministère de l’Intérieur. « Le responsable de cette mosquée prônait une idéologie radicale appelant à la discrimination, à la haine, ainsi qu’à l’animosité à l’égard des autres, ajoute un communiqué. Tendant à rejeter l’autorité de l’État, la laïcité et la démocratie, il véhiculait ainsi un message contraire aux valeurs de la République et susceptible de constituer le terreau d’atteintes à la sécurité et à l’ordre publics. »

Le Bien Public du 07.04.2017

L’islamologue Hani Ramadan expulsé de France vers la Suisse

Le frère de Tariq Ramadan faisait l’objet d’une interdiction administrative du territoire depuis vendredi. Il a été interpellé lors d’une conférence à Colmar.
« Connu pour avoir dans le passé adopté un comportement et tenu des propos faisant peser une menace grave sur l’ordre public sur le sol français », l’islamologue helvète Hani Ramadan a été expulsé dans la soirée du samedi 8 avril vers la Suisse, a annoncé le ministère de l’intérieur. « Les forces de l’ordre sont pleinement mobilisées et continueront de lutter sans relâche contre l’extrémisme et la radicalisation », a déclaré Matthias Fekl.
Frère de Tariq Ramadan et petit-fils du fondateur des Frères musulmans égyptiens, il avait été interpellé plus tôt dans la journée à Colmar (Haut-Rhin) à l’occasion d’une conférence à laquelle il participait. Il a été raccompagné « sous escorte de police » à la frontière, a détaillé la Place Beauvau. Il faisait l’objet d’une interdiction administrative du territoire depuis vendredi.
Licencié de son poste d’enseignant
Ces derniers mois, plusieurs conférences de Hani Ramadan ont été annulées en France, comme à Roubaix fin janvier ou à Nîmes en septembre. En février, la direction d’un établissement scolaire musulman de la région lyonnaise, le groupe scolaire Al-Kindi de Décines, avait à son tour annulé une intervention de l’intellectuel suisse.
En septembre 2002, il avait fait scandale en défendant dans une tribune publiée dans Le Monde l’application de la charia et la lapidation des femmes adultères. Il avait ensuite été licencié de son poste d’enseignant de français par le gouvernement genevois pour propos « contraires aux valeurs démocratiques et aux objectifs de l’école publique ».

Le Monde.fr avec AFP | 08.04.2017

L’UOIF change de nom pour redorer son image

Au cours de son salon annuel organisé ce week-end au Bourget, l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) a officialisé son nouveau nom : Musulmans de France. La volonté de réforme qu’il sous-tend est mise en doute par nombre d’observateurs.
« Ah bon, l’UOIF change de nom ? On n’est pas au courant ! », s’étonne-t-on dans les allées du Parc des expositions du Bourget. À la 34e Rencontre annuelle des musulmans de France, où les conférences côtoient une foire commerciale, le changement de nom de l’Union des organisations islamiques de France, branche française des Frères musulmans, passe inaperçu. Sur les banderoles et les affiches, les discrètes initiales sont toujours là. Elles avaient été choisies en 1983 par une poignée d’étudiants « qui se considéraient encore comme des immigrés », se souvient l’actuel président de l’UOIF, le Lillois Amar Lasfar. Entre les étals de robes de soirée pailletées et un stand de parfums, Inès, venue de Lyon, confie : « L’UOIF, on ne sait pas trop ce que c’est, on ne se sent pas représentés par eux. Ici, on vient parce que c’est le seul grand rendez-vous pour les musulmans. »
De toute façon, l’UOIF n’est plus ; il faudra désormais parler des « Musulmans de France ». Ainsi en a décidé, le 25 février, l’assemblée générale de cette fédération qui revendique 1 600 membres et 285 associations adhérentes, principalement des mosquées. Une modification officialisée ce week-end, et logique pour Amar Lasfar, qui ne cache pas son souci de redorer « l’image » du mouvement : « En 1986, nous avions¬ remplacé ”en France” par “de France”. Maintenant nous sommes “Musulmans de France”. Ce changement est pour nous une évidence. » Une évidence ? Pas pour le Conseil français du culte musulman (CFCM), l’instance représentative des musulmans de France. Aussitôt que le bruit a couru, son secrétaire général Abdallah Zekri a regretté le choix d’une appellation trop large à son goût, et rappelé que « l’UOIF n’a pas le monopole des musulmans de France ».
Critiquée pour ses liens avec la confrérie égyptienne des Frères musulmans, née en 1928 en vue d’une « réislamisation » de la société sur une base locale, l’organisation ne cesse de se démarquer de cet encombrant héritage. « Nous ne faisons pas partie des Frères musulmans. En revanche, nous nous inscrivons dans leur courant de pensée », explique le président de l’UOIF, qui affirme sur tous les tons représenter surtout « l’islam de France ».Des polémiques ont pourtant régulièrement émaillé les précédents rassemblements du Bourget. Les reproches visaient les prédicateurs invités, le plus souvent venus d’Égypte ou des pays du Golfe pour diffuser un discours très littéraliste et conservateur. Lors d’une rencontre avec les journalistes, les responsables ont assuré cette fois leur volonté d’éviter tout dérapage. « Nous avançons avec les critiques. Les Frères musulmans dont l’extrême droite parle, ils ne sont pas ici », assure Amar Lasfar, en référence à la vidéo publiée vendredi sur Twitter par Marine Le Pen. La candidate du Front national y menaçait de dissoudre l’organisation.
Changer de nom suffit-il donc à faire oublier les soupçons sur le discours de feu l’UOIF ? « Je leur reproche leur ambiguïté, assène Mohamed Louizi. Ils doivent se détacher clairement de l’internationale islamiste, avec une vraie réforme, profonde. » Cet ingénieur a quitté l’UOIF en 2006. Connu pour ses critiques envers l’organisation, il a lancé dimanche sur les réseaux sociaux un appel aux citoyens musulmans « qui ne veulent pas que des islamistes parlent en leur nom » à « constituer un collectif citoyen pour solliciter, au plus vite, l’examen d’un recours auprès des juridictions ».
La réforme, Amar Lasfar affirme l’avoir mise en route : « Le nouveau nom est la partie émergée de l’iceberg. Depuis quatre ans, une commission de réflexion et de réforme planche sur l’évolution à donner au mouvement. » En plus de son nouveau nom, l’organisation a publié ce week-end la « Charte des valeurs et principes des musulmans de France » : 21 points, qui rappellent entre autres l’attachement à la laïcité, à l’apolitisme et à la lutte contre le terrorisme.
Un texte qui résonne étrangement avec la Charte de l’imam publiée en mars par le CFCM et pourfendue alors par l’UOIF, alliée à la Grande Mosquée de Paris. Amar Lasfar avait alors dénoncé « une fuite en avant » du CFCM.
Pour Loubna, qui vient au Salon du Bourget chaque année, l’UOIF devenue Musulmans de France a encore beaucoup à faire pour redorer son image : « Ce n’est pas changer de nom qu’il faut, mais une action commune de toutes les organisations musulmanes françaises pour réaffirmer notre attachement à la République. » Elle le regrette : « Nos différents représentants passent plus de temps à se concurrencer qu’à parler d’une même voix. On en paye les conséquences. »
Les candidats évitent Le Bourget
L’Union des organisations islamiques de France avait invité tous les candidats à la présidentielle à son Salon annuel du Bourget. Aucun n’a envoyé de représentant pour participer au débat organisé sur les élections. Les noms des intervenants sont donc restés secrets jusqu’au dernier moment. Des conférenciers ont finalement remplacé les politiques, et se sont contentés d’un bref tour de table d’une vingtaine de minutes. Les candidats ne s’étaient pas déplacés non plus lors des précédents scrutins.

La Croix du 18.04.2017





 

 

 

 

ISRAEL


22 ultraorthodoxes soupçonnés d’abus sexuels arrêtés en Israël

Leur communauté avait voulu dissimuler leurs agissements et a tenté d’empêcher leur arrestation.
La police israélienne a annoncé lundi 27 mars avoir arrêté 22 juifs appartenant à la communauté ultraorthodoxe, au prix d’une opération d’infiltration dans cette communauté qui a tenté de dissimuler les agissements de certains de ses membres.
Les 22 hommes, âgés de 20 à 60 ans et vivant à Jérusalem, Bnei Brak, Bet Shemesh ou dans la colonie de Beitar Illit en Cisjordanie, territoire palestinien occupé, sont suspectés d’avoir abusé pendant deux ans de femmes et d’enfants, a indiqué la police.
D’autres membres savaient mais se sont gardés d’alerter les autorités, préférant tenter de régler la question en interne, d’après la police israélienne. Sous la conduite de leurs rabbins, ils ont recueilli des informations sur les auteurs des actes pour les confondre.
« Dans la plupart des cas, on ordonnait aux suspects de se faire soigner d’une manière ou d’une autre au sein de la communauté », a ajouté la police. Pour leur part, « des dizaines de victimes n’ont pas reçu les soins nécessaires ».
Les ultraorthodoxes représentent environ 10 % de la population israélienne
Les policiers ont fini par se retrouver en possession d’éléments à charge recueillis par d’autres juifs ultraorthodoxes contre les suspects, a-t-elle poursuivi. La police a publié une vidéo montrant de petits carnets de notes ayant servi à collecter les informations compromettantes.
À Jérusalem, des membres de la communauté ont tenté d’empêcher les arrestations, invectivant les policiers et lançant des projectiles qui ont brisé les vitres de deux véhicules, selon la police.
Les suspects devaient être présentés à des juges.
Les juifs ultraorthodoxes représentent environ 10 % de la population israélienne et mènent une existence en stricte conformité avec les règles du judaïsme. Les plus radicaux ne reconnaissent pas l’autorité des institutions laïques, tâchant de se soustraire aux systèmes judiciaire ou policier et s’en remettant à la place à leur doctrine religieuse et à leurs rabbins.
Les leaders ultraorthodoxes exercent aussi une importante influence politique et ont souvent joué le rôle de faiseurs de rois.

La Croix du 28.03.2017

Nétanyahou valide la création d’une nouvelle colonie, une première depuis vingt-cinq ans

Planifiée dans la vallée de Shilo, en Cisjordanie, la future colonie résulte d’une promesse faite aux familles de l’avant-poste d’Amona, démantelé début février.
L’annonce est tombée tard dans la soirée, jeudi 30 mars, au terme de longues discussions en conseil de sécurité, autour du premier ministre, Benyamin Nétanyahou. Pour la première fois depuis les accords d’Oslo, signés en 1993, le gouvernement israélien a décidé d’autoriser l’établissement d’une nouvelle colonie en Cisjordanie, dans la vallée de Shilo. Cette mesure était une promesse faite aux familles de l’avant-poste d’Amona, démantelé sur décision de justice début février.
Elle intervient alors que les consultations diplomatiques s’intensifient, à l’initiative des Etats-Unis, pour relancer un semblant de processus politique entre les acteurs du conflit israélo-palestinien. En recevant M. Nétanyahou à la Maison Blanche le 15 février, le président américain, Donald Trump, avait demandé à Israël de la « retenue » dans le développement des colonies. Mais l’annonce de jeudi n’aurait pu être faite sans consentement américain.
Selon l’ONG La Paix maintenant, la nouvelle colonie serait « stratégique pour la fragmentation de la Cisjordanie » en étendant encore les implantations entre la « ligne verte » de 1948 et la vallée du Jourdain, qui compromettent un Etat palestinien. En outre, le gouvernement a annoncé la publication d’appels d’offres pour 2 000 nouveaux logements et le classement de près de 100 hectares en « terres d’Etat », permettant de légaliser trois avant-postes. Selon le quotidien israélien Haaretz, M. Nétanyahou aurait annoncé à ses ministres qu’Israël se limiterait à l’avenir à des constructions dans des zones d’habitation déjà établies.
Depuis les élections de mars 2015, jamais encore les colons n’avaient bénéficié d’une telle influence en Israël. Selon le Bureau central des statistiques, la construction de 2 630 logements a débuté en Cisjordanie au cours de l’année 2016, soit une hausse de 40 % par rapport à 2015. Depuis que M. Nétanyahou est redevenu premier ministre en 2009, plus de 14 000 nouveaux logements ont été mis en chantier. Si en vingt-cinq ans, aucune colonie nouvelle n’avait été approuvée, celles existant déjà ont été souvent étendues. En outre, des dizaines d’avant-postes – colonies sauvages, établies sans autorisation des autorités – ont été régularisés au cas par cas.
Double pression pour Nétanyahou
C’est par « amour des colonies », selon sa formule du 18 décembre, que le premier ministre a cherché une formule pour satisfaire les familles d’Amona, au lieu d’exécuter simplement l’ordre d’expulsion imposé par la Haute Cour de justice. Les cinquante familles ont été évacuées les 1er et 2 février. Le 15 mars, leurs représentants ont rappelé par écrit à M. Nétanyahou ses engagements à leur égard.
Mais à cette pression de la droite nationale religieuse répond une autre, celle de Washington. Convaincu de pouvoir pousser les deux acteurs du conflit à un accord final, Donald Trump a dépêché l’un de ses proches, l’avocat Jason Greenblatt. Celui-ci a fait preuve d’habilité en rencontrant tous les acteurs, des représentants de la société civile palestinienne jusqu’à ceux des colons, sans jamais employer l’expression « solution à deux Etats ». Il s’est aussi rendu le 29 mars au sommet de la Ligue arabe, comme « observateur ». La Maison Blanche compte sur le soutien de l’Arabie saoudite, de l’Egypte et de la Jordanie pour pousser l’Autorité palestinienne au compromis.
Mais du côté israélien, M. Nétanyahou pense à sa survie. Il veille sur l’électorat que représentent les 400 000 colons en Cisjordanie, qu’il se dispute avec le Foyer juif de Naftali Bennett. « “Bibi” ne veut renoncer à rien à cause de sa coalition, explique au Monde la députée travailliste Ksenia Svetlova. Je suis très pessimiste. La droite et le centre ne parlent même plus d’un Etat palestinien. Quant à la solution régionale, elle paraît encore moins crédible qu’avant. Les Etats arabes sont faibles et ne peuvent donner de garanties de sécurité à Israël. »
Pour l’heure, le premier écueil se situe dans les discussions entre Américains et Israéliens. Un groupe de travail, mis en place pour définir le périmètre et les règles dans le développement des colonies, n’a pas abouti. M. Nétanyahou ne veut pas donner le sentiment d’une dictée extérieure. Le chef du bureau du premier ministre, Yoav Horowitz, et l’un de ses plus proches collaborateurs, l’ambassadeur d’Israël à Washington, Ron Dermer, conduisent les négociations du côté israélien.

Le Monde du 30.03.2017

Le Bien Public du 01.04.2017


Human Rights Watch accuse Israël d’empêcher ses chercheurs d’entrer dans la bande de Gaza

L’ONG signale que l’Egypte bloque aussi l’accès à la zone depuis 2012.

Dans un rapport de 47 pages publié lundi 3 avril, l’ONG Human Rights Watch détaille comment, selon elle, Israël empêche « systématiquement » ses chercheurs d’entrer dans la bande de Gaza depuis 2008. L’organisation a reçu un permis exceptionnel l’an dernier.

L’ONG estime que ces restrictions mettent en doute la réalité de l’engagement d’Israël à déterminer l’existence ou non de violations des droits de l’homme dans la zone.

« Si Israël veut que le procureur de la Cour pénale internationale prenne au sérieux ses assurances selon lesquelles ses enquêtes criminelles sont adéquates, un premier pas serait de laisser les chercheurs rapporter des informations pertinentes », commente Sari Bashi, directrice du groupe Israël-Palestine de l’ONG.

Israël nie les affirmations du rapport

L’Egypte priverait également Human Rights Watch et Amnesty International d’accès à la région depuis 2012. Le Hamas refuserait quant à lui de collaborer avec les enquêteurs, échouant même parfois à les protéger.

Les trois parties « devraient changer leurs politiques pour protéger le travail vital des ONG cherchant à protéger Palestiniens et Israéliens des abus commis par les autorités et les groupes armés », insiste Mme Bashi.

Israël, qui a accusé par le passé Human Rights Watch de partialité, a nié dans un communiqué que le Cogat, l’unité du ministère de la défense israélien chargée, entre autres, de l’accès à Gaza, entravait le travail des ONG, citant l’exemple de Médecins sans frontières. 1 000 personnes sont autorisées à traverser la frontière quotidiennement, dit le communiqué.

Le Monde.fr avec AP | 03.04.2017

La Schtroumpfette censurée sur des affiches de film en Israël

Le personnage féminin de fiction a été effacé des affiches du nouveau film sur les aventures des Schtroumpfs diffusées dans certaines villes ultra-orthodoxes d'Israël.

Les Schtroumpfs, un peuple imaginaire vivant dans un champignon, sont a priori des personnages inoffensifs. Ce n'est pas ce qu'en pense tout le monde, ou tout du moins à l'égard des figures féminines de la bande dessinée. En Israël, la Schtroumpfette a purement et simplement disparu de certaines affiches du film Les Schtroumpfs et le village perdu, comme l'a repéré Ozap.

Mais que diable a fait cette innocente Schtroumpfette ? Elle a été victime d'une censure religieuse dans certaines villes ultra-orthodoxes. Les hommes n'y ont pas le droit de poser les yeux sur des images de femmes.

Des précédents

Cet incident est loin d'être isolé en Israël, explique Ozap qui cite Variety. L'année dernière, la branche locale du géant du meuble suédois Ikea avait créé la polémique en proposant des catalogues contenant uniquement des photographies d'hommes et de garçons.

Dans le domaine culturel, l'actrice Jennifer Lawrence, à l'affiche du film Hunger Games - La Révolte a aussi fait les frais de cette ultra-orthodoxie. Elle avait été gommée de l'affiche diffusée dans certaines villes et remplacée par un simple geai moqueur.

Mais avec la Schtroumpfette, un nouveau cap est franchi car c'est la première fois qu'un personnage féminin non-humain est ainsi censuré.

Le Progrès du 02.04.2017


 


 

 

 

 

KINESIOLOGIE


Mais qui es-tu, la kinésiologie ?

Pourquoi Lionel Messi est-il si fort ? Tout simplement parce que Giuliano Poser, son médecin personnel, utiliserait des principes de kinésiologie, une thérapie dite « douce » . Sauf que cette dernière ne repose sur aucune preuve scientifique tangible.
De l’eau, de l’huile d’olive, des céréales, des fruits frais, des légumes biologiques, de l’homéopathie et des séances de médecine alternative. Voici donc la recette miracle de Lionel Messi pour rester au top de sa forme. À l’origine de ce menu, un homme. Son nom ? Giuliano Poser, médecin italien méconnu de beaucoup, qui travaille également avec Diego Maradona, Alessandro Del Piero, Sergio Agüero, Ángel Di María, Gonzalo Higuaín ou encore Marco Materazzi et qui a bossé pour Palerme ou Udinese. Rien que ça. Sur les murs de son bureau de Sacile (nord-est de l’Italie), quelques mots : « L’esprit humain est comme un parachute. Il ne fonctionne que quand il s’ouvre. » «  C’est une phrase assez significative de ce que je fais ici : de la kinésiologie appliquée » , s’expliquait-il récemment dans So Foot. En France, la kinésiologie commence aussi à être connue. Mais a encore du mal à s’imposer dans le monde du football, et du sport de haut niveau en général. Et pour cause : pour l’univers scientifique, elle n’est tout simplement pas fiable.
Une pratique pseudo-scientifique
Pratique destinée à favoriser un état d’équilibre et de bien-être physique, la kinésiologie représente, selon l’Institut français de kinésiologie appliquée, « un ensemble de techniques venant des domaines psycho-émotionnel, structurel, nutritionnel, énergétique et neurologique, guidé et validé par l’application des tests musculaires. Les origines de cette approche développée par le Dr George Goodheart remontent aux années 1960.  » Le principe est simple : puisque « le corps ne ment pas  » , l’analyse des mouvements de l’organisme est censée donner des indications sur ce qui va et sur ce qui ne va pas. «  Mon travail consiste à calculer la force des muscles de mes patients pour leur donner le meilleur traitement possible, détaille le Dr Poser. Je ne prescris jamais de médicaments pour soulager la douleur. Moi, ce que je cherche, c’est la cause de la douleur, l’origine du mal. C’est pourquoi il est important que mes patients aient une énergie positive.  » Concrètement, une blessure ou une douleur serait expliquée par la « mémoire du corps  », c’est-à-dire un trouble du passé (décès, trouble émotionnel...), et le kinésiologue utilise le test musculaire (bio feed-back) afin d’identifier les déséquilibres, qu’ils soient physiques ou mentaux. En observant la tenue des muscles par le simple toucher, il serait ainsi capable de détecter les zones qui sont en « mauvaise santé ».
Suffit d'ailleurs de taper « test musculaire kinésiologie » dans Google pour tomber sur de nombreuses vidéos et se faire une idée de cette technique. Qui sort de l'ordinaire, c'est peu de le dire. Un constat s'impose : aucune publication sérieuse prouvant les résultats scientifiques de ce concept n’a été recensée. La profession, qui n’est pas reconnue par le conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, est même considérée par beaucoup comme dérive sectaire. « Cette méthode se situe à peu près au niveau -100 de l’approche scientifique, balance Gaël Piette, masseur-kinésithérapeute, ostéopathe, cadre de santé, membre de la société française de physiothérapie et qui possède une liste de diplômes longue comme le bras. Elle peut être dangereuse si elle est poussée à l’extrême. Je me souviens que dans les années 2000, un nourrisson est décédé parce que selon le kinésiologue, son corps lui disait de ne pas se soigner. Le bébé est mort de dénutrition. »
Biais humains
Ok. Mais alors, comment expliquer le fait que cela marche ? Ou plutôt, pourquoi Messi et le rugbyman Christophe Dominici sont persuadés que leur gourou les rend invincibles ? «  Si Messi dit qu’il a réussi sa saison grâce à ça, de nombreuses hypothèses sont possibles, répond Gaël Piette. Ça peut très bien être une libération psychologique. Tu as tellement confiance en ton gourou que ça te rassure. Mais l’effet intrinsèque de la seule kinésiologie n’existe pas. En fait, les sportifs – et les autres d’ailleurs – sont victimes de biais cognitifs. » C’est-à-dire ? «  Si Messi sort : "J’ai fait une super saison grâce à mon gourou", c’est comme si je disais : "Je n'ai pas de girafe dans mon appartement grâce à mon répulsif anti-girafe. J’en mets tous les matins et aucune girafe ne vient me rendre visite." Super, hein ? Bah non : il y a d’autres raisons qui expliquent qu’aucune girafe ne soit venue dans mon appart'. Pour Messi, c’est pareil : ce n’est pas la kinésiologie qui l’a rendu fort, mais sûrement le fait qu’il ait eu un bon sommeil, qu’il se soit bien entraîné... »

http://www.sofoot.com/mais-qui-es-tu-la-kinesiologie-441476.html
13.04.2017

 

 

 

 


 

 

 

 

LAICITE


Les élèves corses ne seront pas questionnés sur leurs pratiques religieuses

Des questionnaires destinés à sonder les élèves corses, sur leurs pratiques religieuses et leurs origines ethniques, ont créé des polémiques avant d’être retirés

« As-tu une religion ? », « Est-ce que tu crois en : Allah, Dieu, Yahvé ? », peut-on lire dans un étrange questionnaire d’une vingtaine de pages, diffusé en deux versions, l’une destinée aux élèves des écoles primaires (dès 8 ans) et l’autre aux élèves des collèges et lycées..en Corse. L’enquête contient des questions très détaillées sur leurs pratiques. « Est-ce que ton père croit en Allah/Dieu/Yahvé ? » « Est-ce que ta mère croit en Allah, Dieu, Yahvé ? », « Pendant le Ramadan, manges-tu dans la journée ? », « Le vendredi saint, est-ce que tu manges de la viande ? », « Pendant Shabbat, regardes-tu la télévision ? » « Dans la vie de tous les jours, est-ce que tu portes une croix, une kippa, une médaille, un voile ? »

Elle interroge leurs pratiques linguistiques, et celles de leur famille proche, et les « difficultés » qu’ils peuvent rencontrer en raison de leur nationalité, leur religion ou leur couleur de peau et sur leur sentiment d’appartenance à la Corse ou à la France

Un document « élaboré par des enseignants-chercheurs »

Ce questionnaire intitulé « La Diversité Corse », a été élaboré par « les enseignants-chercheurs de l’Università di Corsica », peut-on lire en préambule de ces documents, et « fait suite à la demande du Président de l’Assemblée de Corse concernant les questions traitées par la commission permanente chargée de travailler sur la diversité culturelle ».

Dans une lettre adressée le 10 février dernier au président de l’Université, Jean-Guy Talamoni, président nationaliste de l’Assemblée corse, dévoile clairement ses intentions. L’objectif de cette enquête, écrit-il, consiste « à élaborer un modèle de gestion de cette diversité », suite aux « événements récents ».

Il cite notamment le quartier d’Ajaccio Les jardins de l’empereur où des centaines de manifestants étaient venues crier « Arabes dehors, on va vous tuer ! » (en décembre 2015) et la ville de Bonifacio, où des femmes voilées s’étaient vues interdire l’accès à une école en septembre. Il y argue aussi d’« un réel sentiment, de la part des personnes issues de la culture majoritaire de perte progressive d’identité ». Il y précise la nécessité d’explorer des « thématiques » comme le « radicalisme religieux », le « racisme » et la « xénophobie ».

Des réactions d’indignation

La diffusion de ce questionnaire a aussitôt soulevé des réactions d’indignation de syndicats d’enseignants, de professionnels de l’éducation, et de politiques de l’île.

« De tels questionnaires sont contraires à tous les principes de protection des libertés individuelles de conscience et de culte. Ils sont en contradiction avec les principes de laïcité de l’éducation nationale et de protection des enfants » a déclaré François Tatti, président (DVG) de l’agglomération de Bastia et conseiller territorial, dans un communiqué.

Cette enquête est-elle légale ?

«Cet exercice n’est pas aisé et se heurte à des obstacles d'ordre juridique. La loi proscrit toute étude statistique à caractère ethnique» reconnaissait Jean-Guy Talamoni. Et il entendait bien, en faisant appel à des « enseignants-chercheurs » de l’Université, contourner ces difficultés.

« Faire passer un questionnaire à des élèves est possible, de nombreuses enquêtes ont été faites par ce biais », explique Patrick Simon, chercheur à l’Institut national d’études démographiques (Ined). « Mais il faut bien sûr d’abord le consentement des participants et quand il s’agit de mineurs, celui de leurs parents ».

« Et surtout, ajoute-il , quand il s’agit de questions « sensibles », portant sur les convictions religieuses, les origines ethniques ou l’orientation sexuelle, elles sont contrôlées de près par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL)». La loi (article 8 de la loi Informatique et liberté ) interdit en effet aux enquêteurs de poser ces questions, sauf exceptions, soumises une autorisation préalable à la CNIL, qui est censée vérifier que certains critères éthiques soient respectés.

« La CNIL exige le consentement exprès des personnes qui répondent, et la garantie que leur anonymat sera respecté. Mais aussi et surtout que les questions posées sont en relation directe avec la « finalité » de l’enquête. », précise Patrick Simon. « Que des personnes fassent une enquête sur la diversité religieuse n’est pas un problème en soi. Mais c’est l’objectif de l’enquête et l’utilisation qui peut être faite de ces statistiques, qui peuvent être discutés. »

Le recteur de Corse interdit la diffusion du questionnaire

Interrogé par l’AFP dimanche, le recteur de l'académie de Corse Philippe Lacombe a indiqué que le questionnaire ne serait finalement pas diffusé dans les établissements corses qui dépendent de l'Education nationale. Le recteur a mis précisément en avant l’article de cette loi informatique et libertés «qui interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses». Il a souligné que «la grande enquête menée par l'INSEE et l'INED» sur le sujet avait « nécessité des mois, voire des années pour élaborer un protocole». Il a également précisé qu'aucun élément « ne plaidait» en faveur de cette enquête, encore moins en année électorale.

La Croix du 19.03.2017

Laïcité : la crèche de Béziers revient devant le juge

En juillet 2015, le juge administratif avait autorisé l’installation d’une crèche de Noël à l’hôtel de ville de Béziers. L’affaire est rejugée ce lundi 20 mars en appel.

Le juge administratif rouvre lundi 20 mars le dossier de la crèche de Noël de Béziers. En décembre 2014,le maire apparenté FN Robert Ménard avait installé une représentation de la nativité dans l’hôtel de ville. La Ligue des droits de l’homme et un habitant de la ville avaient alors présenté une requête devant le juge administratif au nom du respect de la laïcité.

La loi de 1905 impose un principe de neutralité dans les services publics. L’article 28 interdit en outre « d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit. »

Décisions contradictoires

En juillet 2015, le tribunal administratif de Montpellier avait toutefois donné raison à Robert Ménard. L’affaire est rejugée lundi 20 mars en appel à Marseille. Entre-temps, le conseil d’État a rendu, en novembre 2016 un arrêt sur ce contentieux qui a pris ces dernières années des proportions exagérées.

En effet, plusieurs décisions de justice contradictoires étaient tombées au sujet de crèches installées dans des bâtiments publics, non seulement en Provence, mais aussi en Vendée ou en Seine-et-Marne.

Pour y mettre de l’ordre, les magistrats du conseil d’État ont fixé un cadre de raisonnement subtil, qui prend en compte la nature à la fois culturelle et religieuse des crèches. Dans l’espace public (une place de village,…) leur présence est par principe légale, « compte tenu du caractère festif des installations liées aux fêtes de fin d’année », sauf si elle constitue un « acte de prosélytisme ».

Animations culturelles

Dans les bâtiments publics (mairie, conseil général), le conseil d’État pose la règle inverse. En raison de la neutralité des lieux, la présence d’une crèche est par principe illégale… sauf si des circonstances particulières « montrent que cette installation présente un caractère culturel, artistique ou festif. »

En 2015, le tribunal administratif avait jugé que l’installation de la crèche à l’hôtel de ville de Béziers a « constamment été présentée comme une exposition s’inscrivant dans le cadre d’animations culturelles organisées à l’occasion des fêtes de Noël dans le cœur de la ville, sans qu’aucun élément ne révèle une intention différente ou la manifestation d’une préférence pour les personnes de confession chrétienne ».

Une analyse qui, en théorie, colle bien dans le cadre fixé par le conseil d’État. Mais reste aux juges, en appel, à faire la même interprétation du contexte local.

La Croix du 20.03.2017

« L’entreprise ne doit pas être un lieu où l’on affiche sa religion »

Jean-Luc Petithuguenin, le PDG de Paprec, a été le premier dirigeant à instaurer une charte de la laïcité dans son entreprise, en 2014. Il en tire aujourd’hui un bilan très positif. Mais il souhaite que les pouvoirs publics légifèrent sur le sujet. Entretien.

La Croix : Il y a tout juste trois ans, Paprec était la première entreprise française à faire adopter une charte de la laïcité. Quel bilan en tirez-vous ?

Jean-Luc Petithuguenin : Aucun tiers ne nous a attaqués devant un tribunal pour atteinte à la liberté religieuse. Aucun inspecteur du travail ne m’a convoqué ou rendu visite sur ce sujet. Tout le monde sait que chez Paprec, il n’y a jamais eu l’intention de discriminer qui que ce soit. Au contraire, cette charte protège des pressions et de tout prosélytisme. L’entreprise doit être un lieu de fraternité au travail. Pas celui où l’on affiche sa religion.

La charte est-elle respectée ?

J-L. P. : Je ne peux pas l’affirmer de manière catégorique. Mais la personne ayant ce genre de pratiques chez nous se rend très vite compte que cela n’est pas conforme à l’éthique de l’entreprise et à cette charte, approuvée par 100 % des 4 000 salariés. Grâce à elle, une sorte de consensus s’est instaurée dans l’entreprise sur ce principe de neutralité.

Avez-vous perdu des clients ?

J-L. P. : Non. Sur 30 000 clients, cinq m’ont envoyé un courrier m’expliquant que ma démarche était scandaleuse. À l’inverse, 500 clients m’ont adressé des encouragements. Nous travaillons avec des collectivités locales qui comprennent ces problématiques, car elles y sont aussi confrontées.

J-L. P. : Votre initiative n’a pourtant guère été suivie. Vous êtes-vous senti seul ?

J-L. P. : Si vous êtes persuadé que votre combat est juste, vous prêtez moins d’attention à vos détracteurs. Dès le départ, nous avions d’ailleurs intégré que nous serions seuls un petit bout de temps. Cela oblige à rester solide. J’ai tout de même reçu une quarantaine de mails de personnes qui menaçaient de mort. Mais nous avons aussi eu pas mal de soutiens politiques, à gauche et à droite.

Côté patronal, il n’y a pas eu beaucoup de soutiens…

J-L. P. : Beaucoup de patrons m’ont félicité pour cette initiative, mais n’ont pas osé trop le dire, ni faire la même chose que nous. Le sujet reste très sensible et deux théories s’opposent toujours. L’une considère qu’il ne faut pas envenimer le débat, c’est-à-dire en parler le moins possible. C’est, plus ou moins, la position des grands groupes et de l’Observatoire de la laïcité.

L’autre théorie, développée par Paprec et d’autres entreprises, estime qu’il faut regarder la réalité en face. Beaucoup de patrons de PME sont désemparés et dans les grandes entreprises, il y a beaucoup plus de problèmes qu’on ne le dit, car les tensions sont plutôt cachées et toutes les informations ne remontent pas à la direction.

Observez-vous un regain de tension sur le terrain ?

J-L. P. : Les conflits d’ordre religieux sont en forte progression dans les entreprises, mais leur nombre reste encore très modeste. Le débat s’est crispé et les tensions communautaires se sont exacerbées, avec notamment la dégradation de la situation internationale. Nous assistons à la montée d’un double extrémisme. Un extrémisme brun, celui de Mme Le Pen, et un extrémisme noir, celui des fanatiques religieux. Tous les deux se rejoignent pour dire que nous ne pouvons pas vivre ensemble.

Y a-t-il un risque d’embrasement ?

J-L. P. : Il existe toujours. Car même si la majorité de la population reste digne, une partie est désespérée et personne ne sait ce qui peut se passer aux élections. Comme beaucoup de Français, je ressens un très grand désarroi vis-à-vis du fanatisme religieux, pour l’essentiel musulman.

Mais je fais partie des gens qui ne supportent pas l’idée d’être dans un pays dirigé par l’extrême droite. Cela m’ennuie d’ailleurs suffisamment pour que je pose la question de savoir si je resterais en France à ce moment-là.

Peut-on régler la question du fait religieux en entreprise par la loi ?

J-L. P. : Il est nécessaire que les pouvoirs publics interviennent pour calmer les tensions. Mais la tendance générale est de croire qu’en ne parlant pas des problèmes, ils vont s’effacer tout seul. En attendant, les antagonismes se sont énormément renforcés.

La loi travail votée l’an dernier a introduit le principe de neutralité dans le droit du travail. Qu’en pensez-vous ?

J-L. P. : C’est un petit progrès, mais le texte reste un peu abscons. La loi dit, par exemple, que des mesures peuvent être prises au nom de la sécurité dans l’entreprise ou du contact clientèle, mais de manière proportionnée par rapport au risque encouru. Beaucoup d’interprétations sont possibles. Chez Paprec, nous avons établi la charte de la laïcité au nom du vivre ensemble. Est-ce que cela rentre dans le cadre de la loi El Khomri ? Je ne sais pas.

Avez-vous rencontré des candidats à l’élection présidentielle ?

J-L. P. : J’ai discuté avec quelques-uns d’entre eux, sur ces thèmes de la laïcité ou de l’entrepreneuriat. Ils écoutent, comprennent ce que je dis, mais n’ont pas forcément le même point de vue. En tout cas, pour l’instant, aucun ne s’est prononcé pour ou contre une loi.

Si c’était à refaire, proposeriez-vous aujourd’hui à vos salariés de se prononcer sur une charte de la laïcité ?

J-L. P. : Sans hésitation. Mais, pour être honnête, je ne suis pas sûr qu’elle serait adoptée à l’unanimité. Depuis lors, les débats se sont cristallisés avec malheureusement une tendance au rejet de « l’autre ».

Paprec va doubler ses effectifs par deux cette année avec le rachat de Coved. Comment allez-vous faire avec les 3 500 salariés qui vont vous rejoindre pour forme un groupe de 8 000 personnes.

J-L. P. : Je me pose la question. Est-ce que l’on refait un référendum uniquement pour eux, ou pour l’ensemble du groupe, en incluant donc les salariés de Paprec qui ont déjà voté. Pour l’instant, je n’ai pas la réponse. Je vais consulter mes équipes, mes salariés anciens et nouveaux pour définir la meilleure démarche !

L’élection présidentielle, et ses conséquences, aura beaucoup d’importance. Je souhaite que notre démarche s’inscrive complètement dans la logique de renforcement de « liberté, égalité, fraternité ». Nous sommes déterminés à apporter notre pierre à l’édifice pour construire une société plus fraternelle qui permette à toutes et tous, immigrés compris, de s’intégrer dans notre République et dans le respect de ses valeurs.

La Croix du 13.03.2017

La liberté religieuse des salariés restera très protégée

Si la justice européenne autorise un patron à imposer une neutralité religieuse aux salariés, elle encadre cette possibilité de conditions très strictes qui, analysent des juristes, vont en limiter la portée.

La justice européenne autorise les entreprises à imposer une neutralité religieuse à leurs salariés. Au lendemain de l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), bien des commentaires dans la presse ont souligné ce principe qui va en effet désormais s’imposer aux juridictions des pays membres.

Mais une lecture attentive de cet arrêt amène toutefois à relativiser la portée de la reconnaissance d’un devoir de neutralité au travail. La justice va continuer à l’encadrer scrupuleusement pour contenir toute forme de discrimination.

Il ne s’agit pas d’un blanc-seing donné à l’employeur

La CJUE a pris position sur deux contentieux de licenciement de salariées voilées, une Française et une Belge. Dans le premier cas, la Cour dit qu’un employeur ne peut pas licencier une salariée uniquement parce qu’un client refuse d’avoir affaire à elle. La seconde affaire est plus intéressante, car il s’agissait d’une entreprise qui avait fixé dans son règlement intérieur un devoir de neutralité pour tous les salariés. Sur ce point, la CJUE affirme qu’une telle règle interne n’instaure pas une discrimination directe fondée sur la religion ou les convictions.

Comme cela a été aussitôt commenté, cette position conforte la loi El Khomri de 2016. L’article 2 de la loi travail dispose en effet que « le règlement intérieur peut contenir des dispositions inscrivant le principe de neutralité et restreignant la manifestation des convictions des salariés… ». Mais, comme l’analyse le juriste Michel Miné (Cnam) (1), spécialiste des discriminations dans l’emploi, il ne s’agit pas d’un blanc-seing donné à l’employeur. La CJUE prend une position « assez équilibrée » entre liberté d’entreprendre et liberté d’expression. Plusieurs conditions méritent en effet d’être soulignées.

La neutralité pour les salariés au contact des clients

Premièrement, la cour envisage un tel règlement intérieur dans le cas précis d’une entreprise qui « veut afficher une image de neutralité vis-à-vis de ses clients ». L’intérêt économique de l’entreprise doit donc être en jeu.

L’arrêt apporte ainsi une précision à l’article 2 de la loi El Khomri qui rappelait que des restrictions à la liberté d’expression doivent être « justifiées » et « proportionnées » au but recherché. Il représente aussi une mise en garde pour les responsables politiques qui souhaiteraient réformer le Code du travail pour instaurer largement un principe de neutralité des salariés.

Deuxièmement, dans ce cas d’une entreprise qui met en avant un enjeu économique, l’interdiction de manifester une conviction ou une croyance doit viser uniquement les travailleurs au contact avec les clients. Cette condition est très restrictive. « L’entreprise n’est pas en soi un lieu neutre », rappelle Michel Miné. La loi El Khomri devra là aussi être interprétée en ce sens.

Une politique de neutralité « cohérente »

De cette condition en découle une troisième : en cas de licenciement, le juge devra vérifier si, « tout en tenant compte des contraintes inhérentes à l’entreprise » il eut été possible à l’employeur de proposer au salarié un poste n’impliquant pas un contact avec la clientèle.

Quatrième condition : l’interdiction de porter un signe de conviction doit s’inscrire dans le cadre d’une « politique de neutralité (…) véritablement poursuivie de manière cohérente et systématique ». Cette exigence de « cohérence » peut constituer un levier important pour contester une interdiction de porter le voile. Dans la jurisprudence, on a ainsi vu une caissière de supermarché voilée contester le devoir de neutralité imposé par le magasin qui disposait par ailleurs d’un rayon de produits hallal et organisait des opérations commerciales pour le Ramadan.

Pour l’universitaire Cyril Wolmark (Paris X), cet arrêt ne devrait donc pas changer radicalement la jurisprudence française. Il s’inquiète toutefois de l’évolution actuelle. « C’est tout de même un encouragement à diminuer la liberté de manifester son opinion, religieuse mais aussi politique. Les syndicats feraient mieux de s’intéresser de près à cet arrêt. Et n’oublions pas que l’entreprise est un lieu de rapports de forces. La CJUE donne un moyen supplémentaire au patron pour procéder à des licenciements. »

Laïcité de contrôle

Au-delà de sa portée pratique, l’arrêt de la CJUE va contribuer à entretenir en France un débat qui divise profondément les politiques et les spécialistes, sur deux volets.

Le premier porte sur l’évolution de la laïcité. Comme l’ont bien décrit deux juristes dans un ouvrage récent (2), le risque est aujourd’hui de voir se développer une laïcité de contrôle des comportements avec une « extension généralisée des obligations de neutralité aux personnes privées ».

Le deuxième volet concerne l’efficacité des réponses apportées au développement d’un communautarisme islamique. Depuis les premières affaires de foulard de Creil (Oise) en 1989, la France a multiplié les lois (loi sur l’école de 2004, sur le voile intégral en 2010 ou loi El Khomri en 2016) ou règlements (arrêts anti-burkinis,…).

Cet arsenal permet-il de protéger et pacifier le pays ou, au contraire, encourage-t-il les replis identitaires ? Cyril Wolmark défend la deuxième position. « En se focalisant sur la question vestimentaire, on a fait du foulard le symbole d’un refus du vivre ensemble. L’arrêt de la CJUE va contribuer à écarter un peu plus des jeunes femmes du marché du travail où il y a déjà tant de discriminations », regrette l’universitaire

(1) Auteur de Droit des discriminations dans l’emploi et le travail, 2016, Éditions Larcier

(2) La nouvelle laïcité, de Stéphanie Hennette Vauchez et Vincent Valentin, LGDJ 2014

La Croix du 16.03.2017

Justice européenne : le voile peut être interdit en entreprise

La Cour de justice de l’Union européenne a jugé hier l’interdiction du « port visible » de signes religieux dans l’entreprise comme n’étant pas discriminatoire. Loin d’accorder un blanc-seing aux employeurs, les juges ont bien précisé dans quel cadre et à quelles conditions une telle limitation de la liberté pouvait être édictée.
Ce sont deux décisions à la fois très claires et plus nuancées qu’il n’y paraît qu’a rendues hier la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Appelée pour la première fois à se positionner sur le port du voile islamique en entreprise, elle a tenté de concilier liberté religieuse et liberté d’entreprise. Avec succès pour les uns, sans convaincre les autres. Les deux arrêts d’hier devraient, quoi qu’il en soit, permettre de régler les contentieux en attente dans chaque État de l’Union.
La jurisprudence de la CJUE est désormais claire. Les entreprises peuvent limiter l’expression religieuse de leurs salariés au nom du respect d’un principe de neutralité, édicté en interne. Mais elles ne peuvent licencier un employé critiqué par un client du seul fait qu’il arbore un signe religieux. Très fouillées, les deux décisions de la Cour comprennent toutefois toute une série d’exceptions.
Les juges précisent d’abord que le règlement intérieur d’une entreprise interdisant le « port visible » de signes politiques, philosophiques ou religieux ne constitue pas en soi « une discrimination directe ». La volonté de l’employeur d’afficher une image de neutralité vis-à-vis de ses clients est, selon eux, parfaitement légitime. Et ce au nom de « la liberté d’entreprise ». Ils concèdent toutefois qu’il s’agit d’une « discrimination indirecte » puisqu’un tel règlement peut désavantager, de fait, les personnes adhérant à une religion ou à des convictions données. Mais dès lors que cette discrimination sert un « objectif légitime » – comme l’image de l’entreprise – et s’applique de façon proportionnée, elle est acceptable.
Une position de principe immédiatement nuancée par la Cour. Cette politique de neutralité doit en effet être « poursuivie de manière cohérente et systématique » et s’appliquer de façon « générale et indifférenciée ». En clair, les femmes voilées ne doivent pas être les seules à faire les frais d’un tel règlement. Seconde nuance de taille : cette neutralité ne s’applique pas identiquement à tous les salariés. Il doit notamment être possible d’en exempter ceux qui ne sont pas en contact direct avec la clientèle de l’entreprise. Dans la première affaire, belge, les juges se demandent ainsi « s’il eût été possible de proposer à Mme A. un poste de travail n’impliquant pas de contact visuel avec les clients, plutôt que de la licencier ». (1) 
Appelée à se positionner sur une seconde affaire, française cette fois, la Cour complète sa jurisprudence. Le contexte était très différent puisque l’entreprise n’était pas régie par un règlement intérieur appelant à la neutralité. Autre spécificité : la salariée – voilée lors de son embauche – avait été licenciée après la plainte d’un client ayant réclamé en vain qu’elle retire son voile.
Dans ce dossier, les juges européens considèrent que « la volonté d’un employeur de tenir compte des souhaits du client de ne plus voir ses services assurés par une travailleuse portant un foulard islamique ne saurait être considérée comme une exigence professionnelle essentielle et déterminante ». Pour la Cour, seule « la nature ou les conditions d’exercice d’une activité » peuvent justifier l’interdiction du voile. Pour le reste, le client n’est pas roi.
Ces deux décisions sont d’une portée considérable puisqu’elles s’appliqueront à l’ensemble des juridictions européennes. Elles ne devraient toutefois pas bouleverser le droit français en vigueur.L’article 2 de la loi El Khomri dispose déjà que « le règlement intérieur (d’une entreprise) peut contenir des dispositions inscrivant le principe de neutralité et restreignant la manifestation des convictions des salariés ». Principal mérite des décisions rendues hier : elles devraient « préciser l’application des restrictions » possibles en la matière, selon l’Observatoire de la laïcité.
Comme souvent sur ce sujet hautement controversé, les avis divergent. La fondation du milliardaire George Soros, Open Society Justice Initiative, a déploré une décision qui affaiblit « la garantie de l’égalité qui est au cœur de la directive antidiscrimination de l’UE ». Le président du Medef, Pierre Gattaz, a, lui, salué hier une décision allant « dans le bon sens ».

Repères
Le fait religieux en entreprise
65 % des salariés déclarent observer « occasionnellement » ou « régulièrement » des « faits religieux dans leur situation de travail », selon l’étude annuelle de Randstad et de l’Observatoire du fait religieux en entreprise (Ofre), réalisée au printemps 2016. C’est 15 points de plus que l’année précédente. Par ailleurs, les faits qui perturbent l’organisation du travail sont rares. La « stigmatisation d’une personne pour motif religieux » représente 7 % des cas, le « prosélytisme » 6 %, tout comme le « refus de réaliser des tâches ». Le « refus de travailler sous les ordres d’une femme » (5 %), la « prière pendant le travail » (5 %), le « refus de travailler avec une femme » (4 %), ou « avec un collègue » (3 %) arrivent ensuite.
(1) Cette salariée avait été licenciée par son employeur pour être venue travailler voilée quelques mois après son embauche.

La Croix du 15.03.2017

Le Bien Public du 15.03.2017

L’arrêt de la justice européenne clarifie-t-il l’expression religieuse en entreprise ?

La Cour de justice de l’Union européenne a jugé mardi 14 mars que l’interdiction du « port visible » de signes religieux dans les entreprises n’est pas discriminatoire si elle est prévue dans le règlement intérieur. Mais elles ne peuvent licencier un employé critiqué par un client du seul fait qu’il arbore un signe religieux.

Ne pas tout légitimer, ne pas tout interdire
Lucy de Noblet
Fondatrice d’InAgora, cabinet de conseil spécialisé dans le fait religieux en entreprise
Aujourd’hui, en France, pour interdire le port de signes religieux sur la base des relations avec la clientèle, il faut prouver que cela constitue une entrave à l’activité économique. Des licenciements ont déjà été validés dans ce cadre, notamment celui d’une femme travaillant dans une boutique de lingerie. Il y avait un décalage manifeste avec l’image de l’entreprise. En revanche, des licenciements de caissières de supermarché ont été sanctionnés car ils ne remplissaient pas ce critère.
L’affaire française qui vient d’être jugée par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) concerne une salariée embauchée alors qu’elle portait déjà le voile, puis finalement licenciée par son employeur, après qu’il a reçu une plainte d’un de ses clients. Ici, la décision de la Cour est plutôt rassurante. À ses yeux, « seule la nature ou les conditions d’exercice d’une activité » peuvent justifier l’interdiction du voile. La CJUE confirme ainsi que le souhait du client d’une entreprise n’est pas une raison valable. L’arrêt aurait peut-être été différent si le client avait eu un règlement interne encadrant le port de signes religieux, mais là, il est dit que ce dernier ne peut pas être plus exigeant avec ses prestataires qu’avec ses salariés.
Dans l’affaire belge, la Cour a considéré que le fait d’être en lien avec le public constituait un élément suffisant pour justifier l’interdiction du voile, « l’image de l’entreprise » étant un « objectif légitime ». D’autant plus que cette entreprise disposait d’une règle interne interdisant le port de signes politiques, philosophiques ou religieux.
À cet égard, la décision de la Cour risque de créer un flou. Soit elle ouvre une brèche dans l’UE pour élargir la notion d’image de l’entreprise à toutes les situations où un employé est en lien avec la clientèle, soit la justice française s’en tient aux critères existants. Aujourd’hui, il y a une sorte de présomption de neutralité. Par défaut, les entreprises françaises ont tendance à penser que les règles de neutralité qui s’appliquent au secteur public leur sont aussi applicables. Or, pour le secteur privé, c’est le principe de liberté religieuse qui prévaut, avec des possibilités de restriction.
Nous passons beaucoup de temps à l’expliquer aux entreprises parce que c’est de nature à apaiser des situations. Il ne faut pas tout légitimer, mais il ne faut pas tout interdire non plus. Beaucoup d’entreprises privilégient le dialogue et ne veulent pas édicter de règlements intérieurs.
Il y a de fait beaucoup de points qui peuvent se résoudre sans un tel règlement. Par exemple, on n’est pas tenu de donner les raisons pour lesquelles on prend un jour de congé. Il est possible de refuser des jours en raison des impératifs de l’entreprise, mais si, année après année l’employeur refuse, cela peut créer des tensions.

Faire confiance aux chefs d’entreprise
Éric Vigneras
Gérant du bureau d’études mécaniques Acti’Conseils et président des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC) en Midi-Pyrénées
Tout en regrettant qu’il ait fallu monter aussi haut dans la procédure judiciaire, je suis heureux de constater que la Cour de justice de l’Union européenne ait dit qu’il fallait avant tout faire confiance aux chefs d’entreprise. C’est à eux de gérer ce type de question, en fonction des spécificités de leur société et des populations auxquelles ils sont confrontés.
Une entreprise ne peut croître que si ses salariés sont motivés et travaillent dans une bonne ambiance. La bienveillance, c’est ce qui permet d’augmenter la productivité. La Cour européenne ne dit que cela : « Organisez de la bienveillance dans vos entreprises. »
Dans ma société, toute connotation politique ou religieuse est totalement exclue. C’est inscrit clairement dans notre règlement intérieur. Ce n’est pas parce que je suis catholique que j’ai mis un crucifix ou une statue de la Vierge au-dessus des portes d’entrée des bureaux… Chacun garde sa religion – ou non – et on se retrouve dans l’entreprise pour un projet commun : développer des machines dans le domaine industriel. Si une femme musulmane voilée, un juif portant la kippa ou une religieuse catholique en habit devaient postuler, je leur expliquerais qu’il leur faudrait laisser leur signe religieux distinctif à l’entrée.
Cela n’empêche pas qu’il puisse y avoir des échanges entre les vingt-trois personnes de notre structure. Chaque fois que mes collaborateurs débutent le Ramadan, ils nous en expliquent le sens, tout comme on l’a fait à mardi gras pour le Carême. Pourtant, j’ai été confronté à une situation de tension dans le bureau d’études. Après discussion, il est apparu que trois collaborateurs étaient mal à l’aise avec le fait d’invoquer une excuse chaque vendredi pour aller écouter le prêche de l’imam à la mosquée. Je ne leur ai pas mis une salle de prière à disposition, mais permis de s’absenter une heure et de rattraper ensuite leur temps de travail.
C’est simplement de la souplesse et de la bienveillance. Leur pratique religieuse s’exerce hors du cadre du travail et ne constitue pas une gêne pour l’entreprise. Bien évidemment, s’il y a une réunion importante, ils ne peuvent pas aller à la mosquée. Et ils ne se plaignent pas. J’ai de la chance d’avoir des collaborateurs plutôt instruits, au niveau ingénieur, ce qui donne une capacité de discussion. Notre cas est très spécifique.
Le fait que ces salariés puissent s’absenter pendant une heure le vendredi a été pérennisé dans un avenant à leur contrat de travail. De la même manière, j’ai fait un avenant au contrat de travail de l’un de mes salariés qui est espoir du Top XIV en rugby. Le principe n’est pas de cliver, mais de faire en sorte que les salariés puissent faire des choses importantes pour eux hors du cadre professionnel afin qu’ils soient mieux dans leur travail. La bienveillance produit la bienveillance en retour.

La Croix du 16.03.2017

« Le débat sur le port du voile dans les entreprises n’est pas clos »

Sophie Gherardi, directrice du Centre d’étude du fait religieux contemporain, estime que les décisions rendues mardi par la Cour de justice de l’UE sont « très nuancées ».
La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a estimé, mardi 14 mars, que le règlement interne d’une entreprise pouvait, sous certaines conditions, prévoir l’interdiction du port visible de signes religieux ou politiques, comme le foulard islamique. Elle se prononçait sur deux dossiers, en Belgique et en France, de femmes musulmanes estimant avoir été discriminées au travail, en l’occurrence licenciées, car elles portaient le voile.
Pour Sophie Gherardi, directrice du Centre d’étude du fait religieux contemporain – un think tank –, dans beaucoup d’entreprises privées, il y a des femmes voilées « sans que cela pose aucun problème ».
Quelles conséquences vont avoir cette décision de justice sur les entreprises françaises et les salariées qui portent le voile islamique ?
La CJUE n’est pas la Cour européenne des droits de l’homme. Sa décision donne des indications aux juridictions nationales à qui il revient de dire si ces licenciements sont justifiés. Le débat sur le port du voile dans les entreprises n’est pas clos.
Dans le cas de ces deux affaires, le rôle de la CJUE était de dire comment elle interprète la directive européenne de novembre 2000 sur l’égalité face au travail et la lutte contre les discriminations. Cette directive interdit notamment la discrimination, directe ou indirecte, fondée sur la religion.
Les décisions de la CJUE sont très nuancées. Pour la Belgique, elle dit qu’il n’y a pas de discrimination directe, éventuellement une discrimination indirecte. En France, elle dit que le souhait du client de ne pas avoir affaire à une femme voilée ne peut pas être considéré comme une exigence professionnelle essentielle et déterminante.
Jusqu’à présent, les entreprises suivent quelle règle en France ?
Avant août 2016 et l’entrée en vigueur de la loi travail, les entreprises ne pouvaient se référer qu’aux textes législatifs généraux, très protecteurs des libertés individuelles et des droits des personnes, et à la jurisprudence. Le règlement intérieur d’une entreprise privé ne pouvait pas inclure une obligation de neutralité religieuse des salariés. Ce document pouvait uniquement porter sur des questions de sécurité, de santé, de discipline.
Les entreprises qui souhaitaient restreindre les manifestations des convictions religieuses de leurs salariés devaient donc ruser pour trouver des formulations évitant le risque d’être poursuivies pour discrimination.
Avec la nouvelle loi, le règlement intérieur peut instaurer une obligation de neutralité et des limites à l’expression des convictions des salariés, « si ces restrictions sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché ». Ce qui n’est pas si facile à établir. J’ajoute que le règlement intérieur doit être soumis aux instances représentatives du personnel et à l’inspection du travail.
En France, nous avons une législation qui protège les droits des minorités et les libertés fondamentales de chacun. La laïcité de l’Etat est une exception à la règle : parce qu’il est religieusement neutre, ses agents doivent l’être eux aussi. Mais il faut savoir que cette neutralité n’a été inscrite noir sur blanc dans le code de la fonction publique qu’en 2015. Elle reposait auparavant sur une longue tradition de jurisprudence administrative.
Dans beaucoup d’entreprises privées, il y a des femmes voilées sans que cela pose aucun problème. Dans d’autres, la neutralité s’impose de facto aux salariés, parce que montrer sa croyance est mal vu. Seul un petit nombre d’entreprises a une attitude ouvertement hostile à l’expression religieuse au travail. Le cas de Paprec est emblématique : ce groupe de recyclage a rédigé [en 2014] une charte de la laïcité qui a été négociée avec les syndicats, puis ratifiée par référendum (100 % des salariés l’ont approuvée). Cette entreprise est devenue le symbole d’un certain militantisme laïque.
La France se distingue-t-elle de ses voisins européens en matière de neutralité religieuse des entreprises ?
Dans la plupart des pays, la neutralité religieuse des entreprises n’est pas un sujet. Il n’y a quasiment pas de jurisprudence en Allemagne, de même en Italie. Au Royaume-Uni, il y a un assez grand nombre de conflits du travail portant sur la discrimination religieuse, mais il s’agit souvent de salariés chrétiens qui s’estiment moins bien traités que les musulmans.
En Allemagne, les religions sont très protégées. En revanche, lorsqu’une entreprise rencontre un problème avec un client parce que l’une de ses salariées est voilée, s’il s’agit de son principal client et que le perdre met l’entreprise en difficulté, la justice donnera raison à l’employeur car elle prendra en compte l’argument commercial.
En France, les gens sont souvent mal à l’aise face à l’expression de la croyance religieuse, notamment au travail. En 2014, une étude de Sociovision montrait ainsi que 82 % des salariés souhaitaient que l’entreprise reste un lieu neutre. Les Français n’ont rien contre la religion – l’abbé Pierre a longtemps été la personnalité qu’ils préféraient –, mais ils trouvent qu’il y a des lieux et des moments pour ça. En cette matière, chez nous, la loi est plus libérale que les mœurs.

Le Monde du 14.03.2017
 

Le délit d’entrave à l’IVG étendu au numérique

L’extension au numérique du délit d’entrave à l’IVG (interruption volontaire de grossesse) est entrée en vigueur. La loi, qui permet notamment de sanctionner les pressions qui s’exercent sur les femmes sur des sites internet ou lignes d’écoute pour les dissuader d’avorter, a été promulguée et publiée hier au Journal officiel. Mais le passage par le Conseil constitutionnel a
toutefois restreint la portée du texte voté. Le gouvernement admet ainsi que « la seule diffusion d’informations ou d’opinions sur un site internet ne saurait, par elle-même, être regardée comme l’exercice d’une pression morale et psychologique ». Le délit ne sera constitué que si une « action particulière » est menée en direction « d’une femme ou d’un groupe de femmes déterminé ». Concrètement, les sites ne seront pas sanctionnés en tant que tels. Seules les pressions qui s’exerceront à l’encontre des femmes après la consultation de ces sites, par exemple par l’utilisation d’un numéro vert ou l’envoi de messages électroniques, pourront être pénalement punis. Le délit d’entrave à l’IVG est sanctionné par une peine pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.

Le Bien Public du 22.03.2017

La justice condamne une ville en Isère qui ne voulait accueillir que des réfugiés chrétiens

Le tribunal administratif de Grenoble a annulé une décision de la mairie de Charvieu-Chavagneux (Isère) qui se disait prête à accueillir des réfugiés à la « condition expresse » qu’ils soient chrétiens.

L’affaire remonte à septembre 2015, en pleine crise des migrants. À l’époque, la commune de Charvieu-Chavagneux (Isère) avait pris la décision d’accueillir des réfugiés, mais à la « condition expresse » qu’ils soient chrétiens.

La ville, dirigée par un maire divers droite, arguait alors que, au Moyen-Orient, « la minorité chrétienne est discriminée et anéantie en raison de sa qualité de minorité chrétienne » et qu’il fallait donc « revenir au principe même qui fonde le droit d’asile, c’est-à-dire la persécution qui engendre l’accueil », selon le directeur de cabinet du maire, interviewé par France 3.

C’est cette décision que le tribunal administratif de Grenoble a annulé, le 16 mars, confirmant une première décision de suspension en référé, en novembre 2015, après un recours de la préfecture, opposée à la décision communale.

La justice annule

Le tribunal estime en effet que « la commune n’est pas fondée à soutenir qu’eu égard aux persécutions dont ils font l’objet dans leurs pays d’origine, les chrétiens réfugiés en France se trouveraient dans une situation différente des autres réfugiés pour leur hébergement, ni que la différence de traitement entre réfugiés (…) serait justifiée par l’intérêt général ».

Le tribunal rejette aussi l’argument de la sécurité, mis en avant par la ville. Elle avait plaidé que « les chrétiens n’attaquent pas les trains armés de kalachnikov, qu’ils n’abattent pas des journalistes au sein de leur rédaction et qu’ils ne procèdent pas à la décapitation de leur patron », en référence à plusieurs attaques terroristes islamistes récentes, dans le Thalys, à Charlie Hebdo et Saint-Quentin-Fallavier, une ville située à 25 km de Charvieu-Chavagneux.

Égalité devant la loi

Lors de l’audience, le rapporteur public avait aussi demandé l’annulation de la décision, se fondant notamment sur l’article 1 de la Constitution qui « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ».

Cet article « interdit de traiter différemment les individus sur la base de critères comme la religion, la race ou l’origine ethnique », avait argumenté l’avocat de SOS Racisme, partie civile au dossier, interrogé par France 3. « En réservant des logements à une catégorie de population, cette décision excluait le reste [des migrants] et générait donc une discrimination fondée sur la religion, poursuivait-il. Elle méconnaissait donc le principe d’égalité devant la loi. »

Le tribunal a condamné la ville à verser 600 € à l’association au titre des frais engagés.

Une autre décision fait scandale

Récemment, le maire divers droite de la ville, qui a parrainé Marine Le Pen pour l’élection présidentielle, a de nouveau fait scandale, en interdisant les cours d’arabe et de turc à l’école primaire (une vingtaine d’élèves en bénéficiaient), au motif qu’« on est en train de donner la possibilité à des gens de lire un certain nombre de documents qui leur permettront de se radicaliser ». La suppression de « l’enseignement des langues et cultures d’origine » à l’école est une des 144 engagements du programme de Marine Le Pen.

La Croix du 24.03.2017

Les entreprises de plus en plus confrontées aux problématiques religieuses

S’ils expriment des revendications liées à leurs convictions religieuses, les salariés n’en font cependant pas un sujet de préoccupation majeure.

Deux récentes décisions de la Cour de justice de l’Union européenne, concernant le port du voile en entreprise, ont remis en lumière la question du fait religieux dans le monde du travail. Cette problématique sera abordée mercredi 29 mars dans le cadre du colloque « Pluralité religieuse et unité républicaine », organisé par le Centre d’étude du fait religieux contemporain (Cefrelco).

Inès Dauvergne, responsable diversité au sein du réseau « Les entreprises pour la cité », doit présenter les résultats de l’étude réalisée en décembre dernier auprès de 250 entreprises. En 2016, 64 % des entreprises ont été confrontées au moins une fois à des revendications liées à des convictions religieuses, contre 57 % en 2013 – dont 6 % « régulièrement » (3 % en 2013). Plus les entreprises sont petites, moins elles sont concernées.

Seulement 5 % des entreprises citent la diversité religieuse comme leur premier souci (2 % en 2013), loin derrière l’égalité entre les femmes et les hommes ou l’intégration des personnes en situation de handicap. Et les problèmes sont résolus facilement et avec pragmatisme dans 83 % des cas.

La question des signes religieux est en augmentation

Les demandes des salariés concernent surtout les jours de congé pour fêtes religieuses, les pratiques alimentaires et les aménagements d’horaires. Bien que moins fréquente, la question des signes religieux est en augmentation (23 % contre 18 %).

Minoritaires, les comportements problématiques sont plus nombreux. En 2013, 80 % des entreprises n’y avaient jamais été confrontées, elles ne sont plus que 75 %. Au printemps 2016, une étude de Randstad et de l’Observatoire du fait religieux en entreprise (Ofre) révélait que 65 % des salariés déclarent observer « occasionnellement » ou « régulièrement » des « faits religieux dans leur situation de travail », 15 points de plus que l’année précédente.

La Croix du 29.03.2017

Le fait religieux s’impose en entreprise

Les revendications des salariés liées à leurs convictions religieuses ne sont cependant pas un sujet de préoccupation majeure.
Deux récentes décisions de la Cour de justice de l’Union européenne (La Croix du 15 mars), concernant le port du voile en entreprise, ont remis en lumière la question du fait religieux dans le monde du travail. Cette problématique sera abordée aujourd’hui dans le cadre du colloque « Pluralité religieuse et unité républicaine », organisé par le Centre d’étude du fait religieux contemporain (Cefrelco). Inès Dauvergne, responsable diversité au sein du réseau « Les entreprises pour la cité », doit présenter les résultats de l’étude réalisée en décembre dernier auprès de 250 entreprises.
En 2016, 64 % d’entre elles ont été confrontées au moins une fois à des revendications liées à des convictions religieuses, contre 57 % en 2013 – dont 6 % « régulièrement » (3 % en 2013). Plus les entreprises sont petites, moins elles sont concernées. Seules 5 % des entreprises citent la diversité religieuse comme leur premier souci (2 % en 2013), loin derrière l’égalité femmes-hommes ou l’intégration des personnes en situation de handicap. Et les problèmes sont résolus facilement dans 83 % des cas. Les demandes des salariés concernent surtout les jours de congé pour fêtes religieuses, les pratiques alimentaires et les aménagements d’horaires. Bien que moins fréquente, la question des signes religieux est en augmentation (23 % contre 18 %).
Minoritaires, les comportements problématiques sont plus nombreux. En 2013, 80 % des entreprises n’y avaient jamais été confrontées ; elles ne sont plus que 75 %. Au printemps 2016, une étude de Randstad et de l’Observatoire du fait religieux en entreprise (Ofre) révélait que 65 % des salariés déclarent observer « occasionnellement » ou « régulièrement » des « faits religieux dans leur situation de travail », 15 points de plus que l’année précédente.

La Croix du 29.03.2017

Les réserves de l’Observatoire de la laïcité sur la charte de la laïcité de l’Île-de-France

L’Observatoire de la laïcité, qui dépend de Matignon, a émis lundi 27 mars des réserves sur la charte de la laïcité adoptée par la région Île-de-France, relevant une « concentration sur les seuls interdits » au risque d’une « mauvaise compréhension » de ce principe.

La collectivité présidée par Valérie Pécresse (LR) avait adopté, le 9 mars, une « charte régionale des valeurs de la République et de la laïcité » qui s’appliquera aux agents de la région Île-de-France et aux associations subventionnées. Le texte avait suscité des débats houleux dans l’hémicycle, l’opposition de gauche dénonçant une « vision orientée de la laïcité », sur fond de polémiques récurrentes sur la place de l’islam et les revendications communautaires.

Le groupe écologiste, EELV & A, qui avait dénoncé une atteinte à la « libre expression par les usagers de leurs convictions religieuses, syndicales, politiques, philosophiques », a saisi par un courrier du 19 mars l’Observatoire de la laïcité qui a, en conséquence, rédigé des « observations ».

L’instance présidée par l’ancien ministre socialiste Jean-Louis Bianco « salue la démarche initiée par le conseil régional d’Île-de-France », tout en émettant des « remarques » de fond sur chacun de ses sept articles.

Expliciter soigneusement certains principes évoqués

Le rappel des règles « occulte les libertés pour se concentrer uniquement sur les interdits », regrette l’observatoire, notant en outre une « confusion » entre « les règles relevant du principe de laïcité et celles découlant de nombreux autres champs, telles que les valeurs du sport ou la lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes ».

Face à un tel constat, l’instance appelle à expliciter soigneusement certains principes évoqués, notamment « les valeurs de la république » et le « vivre-ensemble », afin d’en éviter une rédaction ambigüe et une application contraire au principe de laïcité.

En effet, l’Observatoire rappelle par exemple que dans les espaces collectifs privés évoqués à l’article 4 de la charte, les associations n’exerçant aucune mission de service public ne peuvent être soumises à l’obligation de la neutralité dans la mesure où un tel encadrement « dénaturerait » la laïcité en « transformant une liberté encadrée en prohibition ».

S’abstenir de toute forme de prosélytisme

Par ailleurs, plusieurs alinéas du même article traitent de domaines sans corrélation avec le principe de laïcité et s’inscrivent dans le cadre plus général de la lutte contre toutes formes de discriminations, à savoir l’inégalité hommes-femmes et/ou la transmission des valeurs du sport.

L’instance estime par conséquent que la charte peut, « par sa rédaction mêlant plusieurs champs et par sa concentration sur les seuls interdits qui s'inscrivent dans le cadre laïque, faire craindre une mauvaise compréhension de la laïcité de la part de ceux qui en seront destinataires».

En réponse à l’article 6 appelant les usagers des services publics régionaux à s’abstenir de toute forme de prosélytisme ou tout autre comportement pouvant porter atteinte aux règles d’hygiène, de sécurité ou de trouble à l’ordre public, l’Observatoire précise que « l’interdiction de tout signe religieux ou convictionnel dans l’espace public (au sens de l’espace commun) serait une atteinte à la liberté fondamentale de manifester ses convictions (religieuse, politique, syndicale, philosophique) ».

Les observations de l’instance insistent ainsi sur la notion de liberté placée au cœur du principe de la laïcité en estimant que « dans l’État de droit français, caractérisé par un principe de liberté, on n’interdit pas tout ce que l’on désapprouve ».

La Croix du 27.03.2017

Peu de discriminations au travail du fait des convictions religieuses

Un tiers de la population active déclare avoir été discriminé dans le cadre professionnel. Une étude publiée par l’Organisation internationale du travail et le défenseur des droits montre que les convictions religieuses ne sont pas un facteur de discrimination important.

Seulement 2,1 % de la population active auraient subi des discriminations en raison de leurs convictions religieuses au travail. C’est ce qui ressort du 10e baromètre du défenseur des droits et de l’Organisation internationale du travail (OIT), sur les discriminations dans l’emploi publié jeudi 23 mars.

L’étude montre que l’emploi reste le premier vecteur de discrimination. 34 % des personnes interrogées déclarent avoir été victimes de discrimination au cours de leur carrière ou dans leur recherche d’emploi. L’univers professionnel est loin devant les relations avec le voisinage (8 %), l’école ou l’université (8 %), les relations avec les services publics (7 %), les lieux de loisirs (6 %), les contrôles de police (6 %) ou la recherche de logement (5 %).

La religion, un facteur peu discriminant

Pour Nathalie Bajos, directrice de la promotion de l’égalité et de l’accès aux droits du Défenseur des droits, le faible taux des discriminations liées aux convictions religieuses s’explique par le fait que « (l’) on attribue aujourd’hui à l’origine des personnes des discriminations que l’on attribuait auparavant à la religion ». Une personne d’origine maghrébine étant par exemple systématiquement considérée comme musulmane.

Les hommes sont plus touchés par ces discriminations que les femmes. 2,4 % d’entre eux estiment en avoir été victimes, contre 1,7 % pour les femmes. Les personnes les plus touchées pour leur appartenance à une religion sont « les musulmans et les personnes de confession juive » selon Nathalie Bajos.

Dans l’ensemble, en dehors du critère religieux, il ressort de l’étude que les femmes subissent plus de discriminations que les hommes. Elles sont plus nombreuses à déclarer des discriminations liées à l’âge, au sexe, à la maternité et au handicap ou à l’état de santé.

Femmes et maternité

Le baromètre OIT/Défenseur des droits s’est attaché à établir les profils des personnes ayant répondu à l’enquête (âge, diplôme, enfants, origine, présence de handicap). Pour Nathalie Bajos, il est nécessaire de « raisonner en termes d’appartenance à un groupe social, pour bien cerner la réalité sociale ».

En croisant ces données, l’enquête fait apparaître que l’origine reste un facteur de discrimination déterminant. 65 % des jeunes femmes perçues comme d’origine extra-européenne et 59 % des jeunes hommes ont déclaré avoir vécu des expériences discriminatoires.

C’est aussi le cas de plus de la moitié des femmes ayant des enfants de moins de six ans ou n’ayant pas d’enfants. « On anticipe les contraintes liées au fait d’avoir de jeunes enfants : horaires de crèche, maladies…, explique encore Nathalie Bajos. Et celles qui n’ont pas d’enfants sont confrontées au fait que l’on anticipe leur future grossesse. »

La Croix du 23.03.2017

 

Laïcité, un guide pratique bien confus à destination des fonctionnaires

Jeudi 30 mars, le gouvernement adresse aux fonctionnaires un guide pratique sur la laïcité. Mais le document, qui se veut pédagogique, se révèle maladroit.
À l’occasion de la publication d’une circulaire sur le respect du principe de laïcité dans la fonction publique, le ministère de la fonction publique présente, ce jeudi 30 mars, un guide pratique sur la laïcité à destination de tous les fonctionnaires. Une brochure synthétique pour résumer, de manière très concrète et pédagogique, ce que signifie le devoir de neutralité de tout agent de la fonction publique et offrir un mode d’emploi sur les attitudes à adopter à son travail et dans les relations avec les usagers.
Dans ce guide, il est rappelé que, tenus à un strict devoir de neutralité, les fonctionnaires ne peuvent ni porter un signe visible d’appartenance religieuse ni promouvoir une religion, et ce quelles que soient les fonctions exercées, que celles-ci impliquent d’être en contact ou non avec du public.
Les usagers ne sont pas concernés par ce devoir de neutralité. Le principe général est la liberté de porter un signe d’appartenance religieuse. Cette liberté peut toutefois être limitée pour des nécessités découlant du « bon fonctionnement du service » ou pour des impératifs de « sécurité, de santé ou d’hygiène ».
Risque de confusion
Cet effort de clarté est hélas gâché par une présentation générale des incidences de la laïcité « dans les différents espaces » qui risque d’entraîner des confusions.
Le document distingue les locaux administratifs, où les agents sont « soumis au strict respect de l’obligation de neutralité », et « l’espace partagé », comme la rue, où, est-il écrit, « l’agent public bénéficie de la liberté de conscience qui est garantie dans la limite de l’ordre public ».
Il évoque par ailleurs l’espace privé (domicile…) où la liberté de conscience « est absolue » – comme si elle ne l’était pas ailleurs.
Ces distinctions sont malheureuses. Dans leur vie privée et pendant leur temps de travail, quel que soit le lieu où ils exercent, les fonctionnaires disposent bien de la liberté de conscience garantie par la déclaration des droits de l’homme et la loi de 1905. C’est l’expression des croyances ou opinions qui est limitée par le devoir de neutralité.
Un oubli sur l’aménagement du temps de travail
L’observatoire de la laïcité, qui nous dit ne pas avoir été consulté sur la rédaction de ce document, avait publié en février 2015 un avis très clair. Il insistait : « la neutralité des services publics ne doit pas conduire à la négation de la liberté de conscience dont les agents publics peuvent se prévaloir ».
Enfin, le document du ministère explique, à juste titre, que les questions religieuses ne peuvent être abordées à l’occasion d’un recrutement car « elles relèvent de la liberté de conscience ». Mais il aurait aussi pu rappeler, comme l’avait fait l’avis de l’observatoire, que « certains aménagements du temps de travail des agents publics sont autorisés au nom de la liberté de religion » dans la mesure où ils sont compatibles avec le bon fonctionnement du service.
Le mode d’emploi va être diffusé largement et a vocation à être remis à tous les nouveaux agents de la fonction publique.

La Croix du 30.03.2017

Laïcité, les religions s’inquiètent de l’« extension » de la neutralité

Le rapport annuel de l’Observatoire de la laïcité fait le point sur le travail effectué en 2016. Auditionnés, les responsables des cultes ont dit leur crainte devant la multiplication des « lois d’émotion », susceptibles de faire reculer les libertés individuelles.
Quel est le constat des responsables religieux ?
Comme chaque année, l’Observatoire de la laïcité – installé en 2013 par François Hollande – remet aujourd’hui son rapport au président de la République. Parmi ses différents « constats », celui « des responsables des principales religions en France » se détache : « Globalement », précise l’Observatoire, ils ont exprimé « la crainte renouvelée d’une extension du domaine de la neutralité (avec un risque pour la liberté d’expression des convictions individuelles) et d’un recours contreproductif à d’éventuelles nouvelles lois “d’émotion” ». Un constat qui rejoint celui des « universitaires », inquiets, eux, « de voir la laïcité se redéfinir par de nouvelles lois pensées uniquement pour l’islam ».
« Pénalisation de la prédication subversive », encadrement du « financement des cultes », renforcement du « pouvoir du ministre de l’intérieur en matière d’ouverture ou de fermeture de lieux de culte »… Au nom du Conseil national des évangéliques de France, la juriste Nancy Lefèvre a dit son « inquiétude » : « Il s’agit de propositions de lois de circonstance qui visent généralement l’encadrement de l’islam mais qui ne nous satisfont pas. La liberté est un bien indivisible (…) et ce qui s’appliquera à l’une touchera immanquablement les autres », a-t-elle argué. Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, a de son côté fait état « d’attaques récurrentes contre les abattages rituels » ou « contre les circoncisions ».
La méconnaissance de la laïcité recule-t-elle ?
Les membres de l’Observatoire ont noté eux aussi « une sensibilité toujours très fortesur toute situation qui touche à la laïcité et aux faits religieux, que ce soit dans le secteur public ou dans le secteur privé ». « Les tensions et les crispations sur ces sujets restent importantes», indique le rapport annuel. L’Observatoire appelle, une fois de plus, les responsables politiques, les médias et les acteurs de terrain à « ne pas faire porter à la laïcité tous les maux de la société », qu’il s’agisse « de la ghettoïsation de certains quartiers », du « repli identitaire », de « la perte de repères et de confiance dans l’avenir », ou encore des inégalités entre hommes et femmes.
Pour contrer cette « méconnaissance » délétère, qui peut conduire « à des interdictions ou à des autorisations injustifiées », l’Observatoire – aidé par ses partenaires – n’a pas ménagé sa peine, cette année encore, pour diffuser ses guides pratiques et contribuer à la formation des fonctionnaires à l’hôpital, en prison ou dans l’éducation nationale, comme des ministres du culte et aumôniers. Mais le travail « doit encore être amplifié par les pouvoirs publics », alerte son président Jean-Louis Bianco.
La laïcité mal perçue à l’étranger
« La laïcité est le plus souvent mal comprise à l’extérieur de la France, réduite à la question du voile ou de l’exercice du culte musulman. » Dans un chapitre sur « la laïcité dans les organisations internationales », le conseiller pour les affaires religieuses, Jean-Christophe Peaucelle, remarque que la France est souvent « isolée » sur le sujet. « L’interdiction des signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent leur appartenance religieuse à l’école publique est mal comprise, perçue comme excessive, voire hostile aux musulmans, de même que les arrêtés municipaux interdisant le burkini. »

La Croix du 04.04.2017

Une école catholique peut-elle servir de bureau de vote ?

En Isère, une association de défense de la laïcité conteste l’installation de bureaux de vote dans le gymnase d’un collège privé pour les élections présidentielles.

Surprenante polémique dans la ville de Bourgoin-Jallieu (Isère). Pour répondre à l’augmentation du nombre d’électeurs dans cette ville, la mairie a décidé d’installer trois bureaux de vote pour les élections présidentielles dans le gymnase d’un collège privé catholique. Il n’en fallait pas plus pour susciter le courroux du « Comité 1905 Auvergne Rhône-Alpes ».

Cette association locale de défense d’une laïcité particulièrement intransigeante élève régulièrement ce type de protestations. Sur Internet, on retrouve ainsi des communiqués s’indignant contre la crèche au siège du conseil régional, la visite au Vatican de 260 élus de la région Auvergne Rhône-Alpes, en novembre dernier (« l’Église catholique n’a jamais vraiment accepté la séparation des églises et de l’État »), ou encore la venue du pape au parlement européen, en 2014, qualifiée d’« immixtion du religieux dans la vie politique ».

Dans une lettre datée du 21 mars, le « comité 1905 » interpelle le maire de Bourgoin-Jallieu au sujet de ce bureau de vote. « Notre République laïque n’a-t-elle pas suffisamment de locaux pour devoir utiliser des locaux confessionnels ? », interroge l’association. « Demander à des athées ou des agnostiques, à des croyants d’autres religions (…) de se rendre dans un établissement catholique pour aller voter, est-ce une image acceptable de nos institutions ? »

Outre l’augmentation du nombre de d’électeurs, la mairie s’est contentée de répondre que le gymnase, qui sera dépourvu de tout signe religieux le jour du scrutin, était idéalement situé. L’association a décidé de saisir la préfecture – qui avait déjà validé la liste des bureaux de vote – qui devrait répondre avant le premier tour de l’élection présidentielle, le 23 avril.

Que dit la loi ?

Dans sa lettre, le « Comité 1905 » se prévaut d’une décision du Conseil d’État datant de 2004, qui considère que « l’aménagement des locaux dans lesquels se déroule un scrutin ne doit pas porter atteinte à la liberté et à la sincérité du vote et doit, donc, être neutre ». Mais cette décision concernait un litige lié à une question non pas de laïcité, mais de neutralité politique. Il s’agissait en effet d’un bureau de vote de Polynésie française, dont les murs et les isoloirs avaient été pavoisés aux couleurs d’un parti local. Quant au code électoral, il ne donne aucune indication quant à la nature des lieux pouvant faire office de bureaux de vote.

Le cas de Bourgoin-Jallieu n’a en outre rien d’exceptionnel en France, où il est fréquent que des écoles privées ou des salles paroissiales servent de bureaux de vote.

La Croix du 31.03.2017

La crèche de Béziers interdite en appel

La Cour d’appel administrative de Marseille a tranché lundi 3 avril : la crèche installée dans la mairie de Béziers était illégale.
C’est l’énième étape d’un feuilleton qui dure depuis décembre 2014. La mairie de Béziers avait alors installé une crèche dans ses locaux pour la période de Noël.
Lundi 3 avril, la Cour d’appel administrative de Marseille a déclaré que cette crèche était illégale. Les juges sont allés à l’encontre de la décision prise en première instance en juillet 2015. Le Tribunal administratif de Montpellier, saisi par un habitant biterrois et par la Ligue des droits de l’homme, avait alors donné raison à Robert Ménard, le maire de Béziers proche du FN.
Jurisprudence du conseil d’État : une interprétation difficile
Pourquoi ce revirement de situation ? Entre-temps, le conseil d’État s’est prononcé sur l’épineuse question des crèches dans l’espace public, après plusieurs décisions juridiques contradictoires. En novembre 2016, l’institution avait donné l’impression de valider l’installation de crèches pendant Noël en posant le principe suivant : la mairie, et tout bâtiment public, étant un lieu neutre, la présence d’une crèche y est illégale, sauf si des circonstances « montrent que cette installation présente un caractère culturel, artistique ou festif. »
La cour de Marseille a appliqué la jurisprudence du conseil d’État en estimant que la crèche de Béziers ne présentait pas de dimension artistique ou culturelle. Fin mars, le rapporteur public avait déjà nié l’existence d’une « tradition locale » revendiquée par la mairie.
La mairie se pourvoit en cassation
Robert Ménard ne lâche pas l’affaire. « Nous allons nous pourvoir en cassation devant le conseil d’État », a-t-il annoncé. L’affaire concerne la crèche de 2014, mais le maire précise que les crèches installées en 2015 puis 2016 avaient, elles, une « dimension plus festive et culturelle », car accompagnées d’un sapin et d’une boîte aux lettres pour écrire au Père Noël.
Le conseil d’État devra donc à nouveau trancher pour mettre fin au feuilleton de la crèche biterroise.

La Croix du 03.04.2017

Laïcité : les religions s’inquiètent d’une « extension du domaine de la neutralité »

Le rapport annuel de l’Observatoire de la laïcité fait le point sur le travail effectué en 2016, en particulier dans la formation des fonctionnaires.
Auditionnés, les responsables des cultes ont dit leur crainte devant la multiplication des « lois d’émotion », susceptibles de faire reculer les libertés individuelles.
Quel est le constat des responsables religieux ?
Comme chaque année, l’Observatoire de la laïcité - installé en 2013 par François Hollande - fait le point dans un volumineux rapport remis mardi 4 avril au président de la République sur ses activités des derniers mois.
Parmi les différents « constats » mis en évidence, celui « des responsables des principales religions en France » se détache : « Globalement », précise l’Observatoire, ils ont exprimé « la crainte renouvelée d’une extension du domaine de la neutralité (avec un risque pour la liberté d’expression des convictions individuelles) et d’un recours contreproductif à d’éventuelles nouvelles lois ’d’émotion’ ». Un constat qui rejoint celui des « universitaires », inquiets, eux, « de voir la laïcité se redéfinir par de nouvelles lois pensées uniquement pour l’islam »...
« Pénalisation de la prédication subversive », encadrement du « financement des cultes », ou encore renforcement du « pouvoir du ministre de l’intérieur en matière d’ouverture ou de fermeture de lieux de culte »... Au nom du Conseil national des évangéliques de France, la juriste Nancy Lefèvre a dit son « inquiétude » : « Nul n’est dupe, il s’agit de propositions de lois de circonstances qui visent généralement l’encadrement de l’islam mais qui ne nous satisfont pas. D’abord parce que la liberté est un bien indivisible (...). Ensuite parce que (...) ce qui s’appliquera à l’une touchera immanquablement les autres », a-t-elle argué.
Le grand rabbin de France, Haïm Korsia a fait état de tensions croissantes sur le terrain, autour de la possibilité pour « un élève de lycée de choisir entre deux classes celle qui n’a pas cours le samedi », « les attaques récurrentes contre les abattages rituels » ou « contre les circoncisions ».
La méconnaissance de la laïcité recule-t-elle ?
Lors de leurs déplacements dans toute la France, les membres de l’Observatoire ont noté eux aussi « une sensibilité toujours très forte sur toute situation qui touche à la laïcité et aux faits religieux, que ce soit dans le secteur public ou dans le secteur privé ». « Les tensions et les crispations sur ces sujets restent importantes», indique le rapport annuel.
Au fil des pages, l’Observatoire appelle, une fois de plus, les responsables politiques, les médias mais aussi les acteurs de terrain à « ne pas faire porter à la laïcité tous les maux de la société », qu’il s’agisse « de la ghettoïsation de certains quartiers », du « repli identitaire », de « la perte de repères et de confiance dans l’avenir », ou encore des inégalités entre hommes et femmes...
Pour contrer cette « méconnaissance » délétère, qui peut conduire « à des interdictions ou des autorisations injustifiées », l’Observatoire de la laïcité - aidé par ses partenaires - n’a pas ménagé sa peine, cette année encore, pour diffuser ses guides pratiques, et contribuer à la formation des fonctionnaires à l’hôpital, en prison ou dans l’éducation nationale, comme des ministres du culte et aumôniers. Mais le travail « doit encore être amplifié par les pouvoirs publics », alerte son président Jean-Louis Bianco.
LA LAÏCITÉ MAL PERÇUE À L’ÉTRANGER
« La laïcité est le plus souvent mal comprise, réduite à la question du voile ou de l’exercice
du culte musulman en France ». Dans un chapitre consacré à « la laïcité dans les organisations internationales », le conseiller pour les affaires religieuses, Jean-Christophe Peaucelle, remarque que la France est souvent « isolée » sur le sujet. « La loi de 2004 sur l’interdiction des signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement leur appartenance religieuse à l’école publique est mal comprise, perçue comme excessive, voire hostile aux musulmans, écrit-il. De même, les arrêtés municipaux interdisant le burkini ont-ils fait l’objet de sévères critiques ».

La Croix du 04.04.2017

Jean-Luc Petithuguenin  : « Paprec défend le principe de neutralité religieuse »

Jean-Luc Petithuguenin, le PDG de Paprec, a été le premier dirigeant à instaurer une charte de la laïcité dans son entreprise, en 2014. Il en tire aujourd’hui un bilan très positif. Mais il souhaite que les pouvoirs publics légifèrent sur le sujet.
Il y a trois ans, Paprec était la première entreprise française à faire adopter une charte de la laïcité interdisant au sein de l’entreprise tout signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance religieuse. Quel bilan en tirez-vous ?
Jean-Luc Petithuguenin : Aucun tiers ne nous a attaqués devant un tribunal pour atteinte à la liberté religieuse. Aucun inspecteur du travail ne m’a convoqué ou rendu visite sur ce sujet. Tout le monde sait que chez Paprec, il n’y a jamais eu l’intention de discriminer qui que ce soit. Au contraire, cette charte protège des pressions et de tout prosélytisme. L’entreprise doit être un lieu de fraternité au travail. Pas celui où l’on affiche sa religion.
La charte est-elle respectée ?
J.-L. P. : Je ne peux pas l’affirmer de manière catégorique. Mais la personne ayant ce genre de pratiques chez nous se rend très vite compte que cela n’est pas conforme à l’éthique de l’entreprise et à cette charte, approuvée par 100 % des 4 000 salariés. Grâce à elle, une sorte de consensus s’est instaurée dans l’entreprise sur ce principe de neutralité.
La Cour de justice européenne vient d’estimer que le port visible de signes religieux dans les entreprises pouvait être interdit, sous certaines conditions. Qu’en pensez-vous ?
J.-L. P. : Cette décision est pleine de bon sens et bien proportionnée. Elle légitime notre démarche. J’espère d’ailleurs que cela va encourager d’autres entreprises à faire de même.
Jusqu’à présent, vous n’avez pas eu beaucoup de soutiens avec cette charte…
J.-L. P. : Beaucoup de patrons m’ont félicité pour cette initiative, mais n’ont pas osé trop le dire, ni faire la même chose que nous. Le sujet reste très sensible et deux théories s’opposent toujours. L’une considère qu’il ne faut pas envenimer le débat, c’est-à-dire en parler le moins possible. C’est, plus ou moins, la position des grands groupes et de l’Observatoire de la laïcité. L’autre théorie, développée par Paprec et d’autres entreprises, estime qu’il faut regarder la réalité en face. Beaucoup de patrons de PME sont désemparés, et dans les grandes entreprises il y a beaucoup plus de problèmes qu’on ne le dit.
Observez-vous un regain de tension sur le terrain ?
J.-L. P. : Les conflits d’ordre religieux sont en forte progression dans les entreprises, mais leur nombre reste encore très modeste. Le débat s’est crispé et les tensions communautaires se sont exacerbées, avec notamment la dégradation de la situation internationale. Nous assistons à la montée d’un double extrémisme. Un extrémisme brun, celui de Mme Le Pen, et l’extrémisme noir des fanatiques religieux. Tous les deux se rejoignent pour dire que nous ne pouvons pas vivre ensemble.
Y a-t-il un risque d’embrasement ?
J.-L. P. : Il en existe toujours. Car même si la majorité de la population reste digne, une partie est désespérée et personne ne sait ce qui peut se passer aux élections. Comme beaucoup de Français, je ressens un très grand désarroi vis-à-vis du fanatisme religieux, pour l’essentiel musulman. Mais je fais partie des gens qui ne supportent pas l’idée d’être dans un pays dirigé par l’extrême droite. Cela m’ennuie d’ailleurs suffisamment pour que je pose la question de savoir si je resterais en France à ce moment-là.
Peut-on régler la question du fait religieux en entreprise par la loi ?
J.-L. P. : Il est nécessaire que les pouvoirs publics interviennent pour calmer les tensions, malgré la tendance générale est encore à de croire qu’en ne parlant pas des problèmes, ils vont s’effacer tout seuls. En attendant, les antagonismes se sont énormément renforcés.
En avez-vous parlé avec les candidats à l’élection présidentielle ?
J.-L. P. : J’ai discuté avec quelques-uns d’entre eux. Ils écoutent, comprennent ce que je dis, mais n’ont pas forcément le même point de vue. En tout cas, pour l’instant, aucun ne s’est prononcé pour ou contre une loi.
Si c’était à refaire, proposeriez-vous aujourd’hui à vos salariés de se prononcer sur une charte de la laïcité ?
J.-L. P. : Sans hésitation. Mais, pour être honnête, je ne suis pas sûr qu’elle serait adoptée à l’unanimité. Depuis lors, les débats se sont cristallisés, avec malheureusement une tendance au rejet de « l’autre ».
Paprec va doubler ses effectifs cette année avec l’intégration de Coved, filiale de déchets du fournisseur d’eau Saur, dont vous avez bouclé l’acquisition il y a deux semaines. Comment allez-vous faire avec les 3 500 nouveaux salariés ?
J.-L. P. : Je vais consulter mes équipes, mes salariés anciens et nouveaux pour définir la meilleure démarche. Mais pour l’instant, je n’ai pas la réponse.

Une entreprise aux 35 nationalités
En un peu plus de vingt ans, Jean-Luc Petithuguenin a fait de Paprec, petite entreprise de recyclage de vieux papiers comptant 45 employés, le numéro trois français de l’industrie du recyclage et l’un des pionniers de l’« économie circulaire », qui passe par le recyclage. L’entreprise a multiplié son chiffre d’affaires par 400, à 1,4 milliard d’euros, et son nombre d’employés par 178, à plus de 8 000 collaborateurs. Ces derniers sont issus de plus de 35 nationalités différentes.

La Croix du 18.04.2017





 

 

 



 

 

 

 

LEFORT François


 

La justice reporte sa décision concernant le Père Lefort

 

La Cour de cassation a ordonné un supplément d’information, lundi 28 mars, à l’issue de l’audience pour la demande de révision de la condamnation du Père François Lefort.
Condamné pour pédophilie en 2005, ce prêtre français clame son innocence et demande pour la deuxième fois la révision de son jugement, s’appuyant sur des rétractations de victimes.
Le Père François Lefort devra encore attendre pour connaître la décision de la justice concernant la demande de révision de son procès.
À l’issue de l’audience lundi 27 mars devant la Cour de cassation, un supplément d’information a en effet été ordonné. La nature et l’étendue de ce supplément d’information, ordonné par la Commission d’instruction de la Cour de révision et de réexamen, relève du secret de l’instruction et n’a pu être précisée.
> LIRE AUSSI : Le P. Lefort demande la révision de sa condamnation pour pédophilie
En 2005, après dix ans d’instruction, le Père Lefort avait été condamné à huit ans de prison par la cour d’assises de Nanterre pour viol et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur quatre mineurs de 16 ans, et corruption envers deux autres mineurs. Les six victimes reconnues étaient de jeunes Sénégalais. Les faits, remontant à 1994, se seraient déroulés dans un foyer d’enfants des rues au Sénégal, et en France, à son domicile de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).
Le Père Lefort clame son innocence
Le prêtre et médecin français a toujours clamé son innocence, bien que n’ayant pas fait appel de sa condamnation. Remis en liberté conditionnelle en 2009, il dépose une première demande de révision en 2010, rejetée par la Cour de cassation.
En 2012, il se dit à nouveau innocent dans un livre intitulé Justice ! Pour l’honneur d’un prêtre (éd. Chemins de tr@verse).
En décembre 2015, le Père Lefort, actuellement prêtre coopérateur de la paroisse de Saint-Pal-en-Chalençon (Haute-Loire), annonce dans un communiqué envoyé à La Croix son intention de déposer une nouvelle demande de révision, sur la base de témoignages spontanés : selon l’avocat du prêtre, trois des quatre victimes d’abus sexuels se seraient rétractés.
Quant à la quatrième, le passeport du Père Lefort prouverait qu’il n’était pas au Sénégal le jour supposé de l’agression, mais en Mauritanie. C’est cet élément qui avait d’ailleurs motivé sa première demande de révision.
« Aucun fait nouveau » selon les avocats des victimes
La Cour de cassation s’était penchée sur cette nouvelle demande le 20 février dernier. Les avocats des victimes avaient demandé son rejet à la Cour. Cités par l’agence de presse sénégalaise APS, ils considèrent que cette requête « ne présente aucun fait nouveau ou élément inconnu de la juridiction de jugement de nature à établir son innocence ou à faire naître un doute sur sa culpabilité ».
Ils avaient même accusé le Père Lefort de chercher à « jeter la suspicion sur la parole des enfants dont il a abusé », évoquant des « procédés déloyaux et trompeurs susceptibles de revêtir une qualification pénale ». Selon les avocats des victimes, en effet, des incertitudes subsistent quant à la réalité des rétractations, l’identité de leurs auteurs et les conditions dans lesquelles ces témoignages ont été recueillis.
Aucune date n’a été fixée pour une nouvelle audience.

 

La Croix du 28.03.2017

 

Le Père Lefort peut espérer la révision de son procès


Condamné à huit ans de prison en 2005 pour viols et agressions sexuelles, François Lefort a obtenu qu’une enquête soit menée sur les rétractations de ses victimes.
Une enquête va vérifier les rétractations que François Lefort, condamné à huit ans de prison en 2005 pour viols et agressions sexuelles, a recueillies.
Ce n’est qu’une première étape, mais elle était « inespérée », estime le Père Lefort. Six ans après le rejet de sa première requête en révision, il a obtenu lundi qu’un « complément d’information » soit ordonné dans son dossier par la commission d’instruction de la cour de révision.
Concrètement, cela signifie qu’une enquête va vérifier les rétractations que François Lefort, condamné à huit ans de prison en 2005 pour viols et agressions sexuelles, a recueillies.
« Un doute sérieux quant à la sincérité des accusations »
Depuis 2014, trois de ses six victimes seraient en effet revenues par écrit sur leurs accusations. Concernant une quatrième, le prêtre dit disposer d’une preuve montrant qu’il ne pouvait pas être présent sur les lieux le jour de l’agression.
Tous ces éléments, présentés dans sa requête en révision, « établissent que quatre des six victimes l’ont accusé à tort, ce qui crée un doute sérieux quant à la sincérité des accusations des deux autres victimes », estime la commission d’instruction.
Pour autant, celle-ci ne saisit pas (encore) la cour de révision. En ordonnant un « complément d’information », elle accepte d’entendre à nouveau les victimes dans un cadre légal, traduit son avocat Philippe Sarda.
Le processus sera très long
« C’est une première étape dans un processus très long, mais elle est importante car les requêtes en révision sont la plupart du temps rejetées, commente le magistrat Denis Salas (1). Cela signifie qu’il y a des doutes sérieux sur une condamnation. »
Une fois l’enquête conduite, la commission dira si elle saisit la cour de révision, ce qu’elle a fait à 13 reprises depuis 2001. La cour jugera ensuite s’il y a lieu d’annuler la condamnation. Onze condamnés ont été réhabilités sous la Ve République.
(1) Auteur de Erreurs judiciaires, Éditions Dalloz, juin 2015.

La Croix du 30.03.2017

 

Le père François Lefort condamné pour viols demande la révision de son procès

Il réside à Saint-Pal-de-Chalencon (43) mais les Clunisois le connaissent bien. Le père François Lefort, condamné en 2005 pour viols et agressions sexuelles sur six enfants sénégalais, a demandé lundi à Paris, la révision de son procès, au moins deux des victimes s’étant récemment rétractées.

Il a purgé sa peine mais, acharné, veut un nouveau procès – celui dont il espère qu’il établira son innocence. Lundi en fin d’après-midi, dans une audience de la cour de Cassation interdite au public, le père François Lefort, qui réside aujourd’hui à Saint-Pal-de-Chalencon (Haute-Loire), a une nouvelle fois demandé la réouverture de l’enquête.

En 2010, la commission de révision de la haute juridiction avait rejeté une première requête, au motif que les éléments qu’il apportait « n’étaient pas de nature à remettre en cause l’intégralité du verdict ».

Après s’être payé les services d’un détective privé, il avait été en mesure de fournir la preuve, passeport tamponné des bonnes dates, qu’il était en Mauritanie les 5 et 6 septembre 1994, jours où, selon l’accusation, il aurait violé un enfant au Sénégal. Ces dates sont avancées par Moussa Sow, l’homme qui dirige le foyer où les enfants vivaient, et qui est à l’origine des rapports qui ont dénoncé les sévices sexuels qu’aurait perpétrés le père Lefort. « Cela prouve que M. Sow a menti, au moins sur ce point-là », explique Maître Philippe Sarda après l’audience interdite au public. Mais lundi, François Lefort avait d’autres arguments : la rétractation d’au moins deux victimes.

En 2014, une victime, aujourd’hui âgée de 36 ans, a confié à un avocat sénégalais que François Lefort ne lui avait rien fait. Il a également retrouvé deux autres victimes, les a incitées à l’imiter, et l’une d’elle est venue trouver le père Lefort.

Le maire comme officier de police judiciaire

« Lorsque ce dernier a compris qu’il voulait l’innocenter, comme c’était un dimanche, il a fait appel au maire de sa commune afin qu’il agisse en tant qu’officier de police judiciaire », a expliqué hier son avocat, Me Sarda. Enfin, une troisième victime s’est rétractée devant un huissier de justice, au Sénégal. Mais son identité pose néanmoins un problème. Il semblerait un effet qu’un homonyme ait assisté au procès à sa place… C’est d’ailleurs sur cette base que l’accusation et les parties civiles ont dénoncé une « manœuvre » de la part du père Lefort, qui aurait pu « manipuler » ces rétractations pour faire avancer sa cause.

Pour Me Sarda, il ne s’agit pas d’innocenter son client sur le champ, mais bien de rouvrir l’enquête afin de permettre à la justice de faire la lumière sur ces nouveaux éléments. L’avocat dénonce par ailleurs « une instruction et un procès menés uniquement à charge. L’avocat général, quant à lui, a estimé qu’il ne s’opposerait pas à un nouveau procès si les rétractations étaient faites en bonne et due forme ». Il faudra alors le demander à ceux qui, 10 ans après le procès, ont décidé d’innocenter celui qui était perçu comme une figure de l’humanitaire en Afrique et en Asie.

La décision sera rendue le 27 mars.


Le Journal de Saône et Loire du 22/02/2017


 

 

 

 


 

 

 

 

MEDITATION


Le premier bar à méditation a ouvert ses portes à Paris !

A Paris, à deux pas du quartier de l’Opéra, un bar à méditation vient tout juste d’ouvrir ses portes. Le premier établissement du genre en France !

Paris : le premier bar à méditation à ouvert ses portes

Avant, quand vous aviez besoin de décompresser en sortant du boulot, vous alliez boire un verre entre copines au café du coin. Mais ça, c’était avant l’ouverture du Bar à méditation ! Situé au 5 rue Gaillon, dans le deuxième arrondissement parisien, l’établissement est le premier du genre en France.

Là bas, pas question de siroter un Spritz en commentant un match du PSG. On y vient pour se ressourcer et se recentrer sur soi. Imaginé par la psychiatre et psychothérapeute, Christine Barois, elle même initiée à la méditation il y a dix ans, le lieu s’adresse à toutes celles et ceux désireux d’intégrer la méditation dans leur vie quotidienne, à travers une approche simple et rationnelle.

Les bienfaits de la méditation

Basée sur le souffle et la connaissance du moment présent, la méditation en pleine conscience a de réelles bénéfices sur le bien être et le développement personnel. La pratiquer régulièrement, à raison de quelques minutes par jour, permet, entre autres, de réduire considérablement le stress, d’apprendre à relativiser, de développer sa concentration, d’améliorer ses performances ou encore de booster sa créativité…

Comment se déroule une séance ?

Une fois arrivé sur le lieu, vous serez contraint de laisser vos effets personnels et surtout, vos téléphones portable, dans l’un des casiers mis à disposition dans les vestiaires situé au rez-de-chaussée du bar. Quand vient l’heure d’assister à votre séance, rendez-vous à l’espace Opéra situé au premier étage et aménagé d’une quinzaine de fauteuils. Vous n’avez pas pu réserver de cours ? Au sous-sol, une petite salle permet de se retrouver pour méditer seul ou en petit comité, sans l’aide d’un thérapeute.

Animées par des experts formés aux neurosciences, chacune des séances de méditation, basée sur une thématique particulière (émotion, respiration, attention…), se décompose en session de trente minutes.

Qui peut y participer ? Absolument tout le monde ! Initiés, débutants, confirmés, jeunes adultes, personnes âgées… le bar à méditation s’inscrit dans une démarche initiatique, destinée au plus grand nombre. Prêts à tenter l’expérience ?

Bar à Méditation
5 rue Gaillon
75002 Paris
www.barameditation.fr

http://www.mariefrance.fr/equilibre/bien-etre/bar-meditation-ouvert-paris-320363.html

18 avril 2017

 

 

 


 

 

 

 

MEDJUGORJE


L’envoyé spécial du pape à Medjugorje demande aux fidèles de ne pas « s’inquiéter »

Mgr Henryck Hoser, archevêque de Varsovie-Praga, qui se rendra fin mars dans le célèbre sanctuaire marial de Bosnie-Herzégovine, assure dans une interview au site Aleteia que l’enquête pastorale dont il a été chargé ne remettra pas en cause la dévotion mariale locale.

À l’approche de son départ pour une première visite à Medjugorje, prévue fin mars, Mgr Henryck Hoser, archevêque de Varsovie-Praga, revient sur la mission qui lui a été confiée par le pape François.

Dans un entretien publié mercredi 15 mars par le site Internet Aleteia, il souligne que, dans un premier temps, son « rôle consistera surtout à écouter avec attention les différents points de vue et à observer la situation pastorale locale ».

Le 11 février, le pape a nommé cet évêque polonais comme « envoyé spécial » dans ce lieu de pèlerinage situé en Bosnie-Herzégovine. Cet émissaire a été chargé non pas d’y mener un complément d’enquête sur la nature des apparitions mariales présumées qui s’y tiendraient depuis 1981, mais bien un état des lieux au caractère « exclusivement » pastoral.

« Un lieu charismatique »

« Le sanctuaire, relève-t-il, est devenu un lieu charismatique. Que ce lieu draine tant de fidèles, que ceux-ci y trouvent un fort enrichissement spirituel, ne peut être écarté de l’esprit. » L’envoyé spécial du pape évoque ainsi la forte demande en termes de confessions (50 confessionnaux), et la nécessité de « prêtres parlant plusieurs langues pour répondre aux attentes des pèlerins ».

« J’ai aussi pour mission de proposer de nouvelles initiatives pastorales. L’objectif sous-jacent est donc d’améliorer la prise en charge des pèlerins et de mieux coordonner les actions pastorales locales », précise-t-il.

Autour de ce phénomène de masse – le sanctuaire accueille chaque année, selon Mgr Hoser, plus de deux millions de visiteurs –, les franciscains qui en ont la charge et les évêques successifs du lieu se déchirent depuis plusieurs années. Encore récemment, Mgr Ratko Perić, évêque de Mostar, a redit de façon péremptoire que la Vierge n’était « pas apparue à Medjugorje ». Des déclarations qui n’ont pas été sans jeter le trouble parmi certains fidèles.

La dévotion mariale renforcée à Medjugorje

« Il ne faut en aucun cas s’inquiéter ! », réplique pourtant Mgr Hoser, qui rencontrera tous les acteurs locaux, lors de sa mission en Bosnie-Herzégovine.

« L’Église ne s’est pas encore prononcée sur l’authenticité des apparitions. Attendons sa position finale », affirme encore Mgr Hoser, alors que la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui a entre ses mains le rapport de la commission créée par Benoît XVI, n’a pas encore statué sur ce dossier. « Ce n’est pas la première fois que l’Église met du temps à prendre une décision, d’autant plus que dans ce cas les apparitions mariales diffèrent de celles connues jusqu’à présent. »

« Par ailleurs, ajoute-t-il dans son interview à Aleteia, le cas de Medjugorje ne changera rien aux enseignements de l’Église concernant la dévotion à la Vierge Marie. Si une dévotion a fructifié à Medjugorje, si tant de personnes s’y rendent, alors cette dévotion s’y renforcera.
Le pape est conscient de tous ces enjeux. »

Mgr Hoser n’en est pas à sa première mission pour le compte du Saint-Siège. Il a notamment été envoyé au Togo et au Bénin pour s’y pencher sur la question des séminaires. Mais il a surtout passé un an et demi au Rwanda juste après le génocide rwandais, perpétré en 1994.

« Cette expérience m’a donné le courage d’entreprendre celle qui m’attend à Medjugorje », assure l’archevêque dans cette interview.

Interrogé deux jours plus tôt par le site l’hebdomadaire américain National Catholic Register, le cardinal Francis Arinze, ancien préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, a souligné que si le verdict de Rome n’était pas encore tombé sur Medjugorje, c’est que la situation n’était « pas si simple ».

Auteur d’un livre sur la vénération mariale à paraître à la fin du mois, ce cardinal nigérian confie être tenté d’interroger le cardinal Camillo Ruini, président de la commission d’étude, sur ce qu’il a recommandé au pape, mais s’en abstenir.

Pour le cardinal Arinze, ces apparitions ne sont pas faciles à vérifier, mais l’important que la Vierge Marie soit vénérée dans ce sanctuaire.

La Croix du 15.03.2017

Medjugorje: l’envoyé spécial du Saint-Siège débute sa mission

Le pape « s’intéresse beaucoup au développement de la piété populaire », affirme Mgr Hoser
Mgr Henryk Hoser, envoyé spécial du Saint-Siège à Medjugorje, en Bosnie Herzégovine, nommé par le pape le 11 février 2017, est arrivé sur les lieux le 29 mars, pour débuter sa mission à caractère pastoral. L’archevêque de Varsovie-Praga (Pologne) a souligné que le pape « s’intéresse beaucoup au développement de la piété populaire » sur place.
Après avoir fait étape dans les villes de Sarajevo et de Mostar, Mgr Hoser a rejoint l’église paroissiale Saint-Jacques de Medjugorje, où il a passé du temps en prière. Accompagné par le p. Miljenko Šteko, provincial de la Province franciscaine d’Herzégovine, il a été accueilli par le p. Marinko Šakota, curé de Medjugorje, par les frères et sœurs franciscains et par des pèlerins, indique le site du lieu.
Après avoir reçu des fleurs de la part d’enfants, l’archevêque a adressé quelques paroles : « Demandons tous ensemble l’intercession de la Mère de Dieu, a-t-il encouragé, afin qu’elle ouvre nos cœurs et nos esprit à la grâce divine, à l’enseignement de l’Eglise et à la Parole de Dieu. L’Esprit-Saint est notre vie et il est aussi l’âme de l’Eglise. Cherchons la vérité de Dieu sur nous-mêmes et la vérité de Dieu sur l’homme ».
« Ce lieu de prière est désormais connu du monde entier, a ajouté Mgr Hoser. Le saint Père s’intéresse beaucoup au développement de la piété populaire en ce lieu. Cela fait aussi partie de ma mission : évaluer la pastorale de ce lieu et proposer des directives qui devront se réaliser à l’avenir ».
« Je viens d’un pays qui a une grande dévotion envers la Mère de Dieu, a-t-il encore confié. Marie est la Reine de la Pologne. Je vous souhaite à tous de faire de Marie la Reine de votre vie. Pour le moment ces paroles suffisent », a-t-il conclu.
La nomination d’un envoyé spécial fait suite aux conclusions de l’enquête demandée par le Vatican sur les phénomènes d’apparitions mariales présumées en ce lieu. Durant sa mission qui doit se terminer d’ici l’été, Mgr Hoser doit « acquérir des connaissances approfondies sur la situation pastorale de cette réalité et surtout sur les besoins des fidèles qui s’y rendent en pèlerinage et, sur cette base, suggérer d’éventuelles initiatives pastorales pour l’avenir ».
En 2010, le pape Benoît XVI avait créé une Commission d’enquête internationale, au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi. La responsabilité de statuer sur ces apparitions présumées qui auraient commencé en 1981, passait ainsi de la juridiction de l’évêque local à celle de la congrégation romaine. En juin 2015, le pape François a annoncé lui-même, lors d’une conférence de presse de retour de Sarajevo, que les conclusions de l’enquête lui avaient été récemment remises.
Rappelons que selon une lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi – signée par Mgr Tarcisio Bertone, alors secrétaire du dicastère – à Mgr Gilbert Aubry (Saint-Denis de La Réunion) du 26 mai 1998 – , « en ce qui concerne les pèlerinages à Medjugorje qui se déroulent de manière privée, cette Congrégation retient qu’ils sont permis à condition qu’ils ne soient pas considérés comme une authentification d’événements en cours et qui demandent encore un examen par l’Église ».

Zenit du 30.03.2017

L’envoyé du pape conforte le culte marial à Medjugorje

Arrivé récemment en Bosnie-Herzégovine, l’envoyé spécial du pape pour Medjugorje a encouragé les fidèles attachés à ce lieu, voyant dans le culte marial qui s’y déroule une « intervention » divine.
Un mois plus tôt, l’évêque local avait redit sa ferme opposition au « phénomène Medjugorje ».
Envoyé par le pape en février dernier pour dresser un état des lieux « exclusivement » pastoral de la situation à Medjugorje, Mgr Henryk Hoser, archevêque de Varsovie-Praga, est arrivé la semaine dernière en Bosnie-Herzégovine. Après une étape à Sarajevo, la capitale, et à Mostar, où réside l’évêque dont dépend le sanctuaire, Mgr Hoser a rejoint la petite ville mariale afin d’y rencontrer la communauté franciscaine en charge du lieu et les fidèles attachés à la dévotion qui y perdure depuis plus le début des apparitions présumées il y a trente-cinq ans.
Dans l’homélie prononcée samedi 1er avril, lors de la messe qu’il présidait dans l’église paroissiale Saint-Jacques, l’archevêque polonais a précisé sa conception du phénomène marial qui s’y déroule. Il a qualifié « ce culte, tellement intense ici et extrêmement important », de « nécessaire pour le monde entier ».
Il a également évoqué son expérience, en tant que missionnaire au Rwanda : au début des années 1980, des apparitions mariales ont « prédit » le génocide qui devait survenir une dizaine d’années plus tard. « Personne ne comprenait rien à ce message à l’époque », a-t-il souligné, ajoutant que cette mariophanie avait été reconnue par l’évêque du lieu vingt ans plus tard, en 2001.
« Marie s’est présentée comme la Mère du Verbe, dans une perspective de manque de paix », a-t-il dit. De la même manière, les apparitions de Medjugorje se rattachent selon lui à cette « troisième guerre mondiale en morceaux » dont parle souvent le pape François.
La présence de la Vierge, « une intervention du ciel »
« Prions pour la paix car les forces destructrices sont immenses, la course aux armements ne cesse de croître, les gens se déchirent, les familles se déchirent, les sociétés se déchirent », a poursuivi Mgr Hoser. « Il nous faut une intervention du ciel ! Et la présence de la Sainte Vierge est ce type d’intervention. C’est une initiative de Dieu. Et donc, j’aimerais vous encourager et vous réconforter en tant qu’envoyé spécial du pape. »
Invitant les fidèles à propager « dans le monde entier la paix par la conversion du cœur », l’archevêque a affirmé que « le plus grand miracle de Medjugorje, ce sont les confessionnaux ici ».
Messages d’encouragement
Deux jours plus tôt, à son arrivée à Medjugorje, Mgr Hoser avait rappelé aux fidèles présents sa mission sur place, celle de « proposer des directives » pastorales pour l’avenir du sanctuaire. « Le pape, avait-il assuré, est très intéressé au développement de la piété populaire autour de ce lieu ».
Par ailleurs, deux semaines avant son arrivée, dans une interview accordée au site spécialisé Aleteia, Mgr Hoser avait déjà assuré que l’enquête pastorale dont il est chargé ne remettrait pas en cause la dévotion mariale locale.
Autour de ce phénomène de masse – le lieu de pèlerinage accueille chaque année plus de deux millions de visiteurs –, les franciscains qui en ont la charge et les évêques successifs du lieu se déchirent depuis plusieurs années.
Encore récemment, Mgr Ratko Perić, évêque de Mostar, a redit que la Vierge n’était « pas apparue à Medjugorje ». Des déclarations qui n’ont pas été sans jeter le trouble parmi certains fidèles.
Conflit entre le diocèse et les franciscains
Ces divergences au niveau de la hiérarchie ecclésiastique s’inscrivent dans le cadre d’un conflit vieux de plusieurs décennies entre le diocèse et la province franciscaine d’Herzégovine, initialement autour de la répartition des paroisses, rendant extrêmement complexe le discernement autour du phénomène. Les déclarations des uns et des autres, parfois contradictoires, alimentant une certaine confusion autour de ce lieu.
Pour l’heure, la déclaration officielle valable pour l’Église est celle des évêques de l’ex-Yougoslavie de 1991, selon laquelle, « sur la base des recherches effectuées, il n’est pas possible d’établir qu’il y a eu des apparitions ou des révélations surnaturelles ». Les pèlerinages privés y sont toutefois autorisés.
Face aux controverses suscitées par apparitions mariales quotidiennes présumées, plusieurs enquêtes ont été menées. Le dernier rapport de la commission mise en place en 2010 par Benoît XVI et menée par le cardinal Camillo Ruini a été remis au pape François en 2014, mais ce dernier n’a fait aucune annonce depuis. La reconnaissance officielle d’apparitions mariales est normalement du ressort de l’évêque mais dans le cas d’une situation complexe comme celle de Medjugorje, ce sera à la Congrégation pour la doctrine de la foi de statuer.

La Croix du 04.04.2017






 

 

 

 

MORMONS


 

Le temple français des mormons va ouvrir

Le premier temple mormon de France va être inauguré au Chesnay (Yvelines), près du château de Versailles. Certains habitants craignent du prosélytisme. « L’Église de Jésus-Christ des Saints-des-derniers-jours » veut, elle, rassurer.

Un « Temple de l’amour » trône dans les jardins du château de Versailles. D’ici à quelques jours, à 300 mètres, un autre temple ouvrira. Il consacrera aussi « l’amour », puisque des mariages seront célébrés en son sein. Sur une surface de près de 9 000 m² a été construit depuis l’été 2012 le premier temple mormon de France. Il sera ouvert au public dans les semaines qui viennent, et sera « consacré » le 21 mai prochain, sans doute en présence de quelques people, discrets sur leur appartenance à l’église.
Quatre recours, une pétition, des riverains inquiets… Le projet a lutté contre vents et marées pour arriver à son terme. « Nous étions 800 en France en 1950, nous sommes aujourd’hui 38 000, nous avons besoin d’un tel lieu », avance Dominique Calmels, représentant français de « L’Église de Jésus-Christ des Saints-des-derniers-jours » – son nom officiel.
La première initiative pour créer un tel monument date de 1998. La France est même l’un des derniers grands pays européens à avoir son temple. « Ça a été laborieux », trace M. Calmels, avant que ne se présente, après Saint-Cloud et Villepreux, l’opportunité, en 2009, de racheter sur la commune du Chesnay un terrain laissé vacant par EDF. Le temple, agrémenté d’un hôtel pour les membres de passage et d’un jardin ouvert au public, devrait coûter la bagatelle de 80 millions d’euros, un montant intégralement financé par leur Église, à laquelle les adeptes reversent 10 % de leurs salaires. Des baptêmes, des mariages y seront célébrés. « Ce sera un lieu de vie, de passage, avec une centaine de membres sur les lieux, mais calme », veut rassurer Dominique Calmels.
Levée de boucliers
Calme ou pas, c’est le projet en lui-même qui avait suscité, localement, une levée de boucliers. Certains opposants au maire s’étonnaient alors de la rapidité avec laquelle le marché avait été conclu avec l’église mormone, d’autres auraient préféré des logements sociaux à cet emplacement : « Des emplois étaient plus essentiels que les baptêmes pour les morts », critique Martial Pradaud, membre du collectif Avenir 46 (en référence à l’adresse du temple). Sous couvert d’emploi, ce jeune opposant au maire dit redouter « un porte-à-porte qui se développe », une forme de « prosélytisme » latent lié à des « comportements de type sectaire ».
Le Chesnay, 30 000 habitants, est-il amené à devenir un mini-Salt Lake City, du nom de la ville américaine berceau du mormonisme ? Leur religion n’est plus considérée en France comme une secte depuis 1995. L’Église mormone compte 37 996 membres en France, pour 108 paroisses. Grâce à ce temple, les mormons veulent mieux rayonner dans l’Hexagone. Même en face du Roi Soleil.

http://www.lalsace.fr/actualite/2017/04/03/le-temple-francais-des-mormons-va-ouvrir
 

Qui sont les mormons ?

L’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours va consacrer le 21 mai 2017 son nouveau temple de 7 000 m2 au Chesnay (Yvelines), premier du genre en France. Sa construction avait fait l’objet d’une vive polémique il y a cinq ans.

D’où vient le mormonisme ?

L’histoire de ses origines se confond avec celle de son fondateur, Joseph Smith (1805-1844). Il grandit dans l’État de New York, une région « incendiée » par la ferveur mystique des prédicateurs protestants. À l’âge de 14 ans, il aurait reçu de Dieu une mission : rétablir la vraie Église dans sa pureté primitive, afin de préparer le retour du Christ. Trois ans plus tard, un ange du nom de Moroni lui aurait révélé l’existence d’un livre en « égyptien réformé ». Smith aurait traduit ces tablettes d’or grâce à deux pierres magiques avant que l’ange ne les reprenne.

Ce Livre de Mormon (du nom du prophète qui l’aurait compilé), présenté comme divinement inspiré, relate l’exode de tribus d’Israël en Amérique, 600 ans avant notre ère, à qui Jésus serait apparu après sa Résurrection… En 1830, Smith fonde à Fayette (État de New York) « l’Église de Jésus-Christ » – et plus tard « des saints des derniers jours ». Il rêve d’établir une théocratie, mais doit fuir les persécutions avec ses fidèles vers l’Ouest, avant d’être assassiné.

Que croient-ils ?

Pour eux, la Révélation biblique a besoin d’être complétée par le Livre de Mormon, sorte de Troisième Testament, et par les révélations ultérieures des « prophètes », ceux qui dirigent l’Église. La théologie mormone s’articule autour de la foi en Jésus-Christ et du repentir pour les péchés. Les mormons croient que si l’homme est créé à l’image de Dieu, c’est parce que Dieu était lui-même un homme qui a évolué vers la divinité. À son tour, l’âme, qui préexiste, doit s’incarner dans le monde pour devenir un dieu.

Comme leur nom le laisse entendre, les « Saints des Derniers Jours » sont millénaristes : ils attendent que le Christ revienne – aux États-Unis – et établisse un royaume de mille ans de bonheur. « C’est une religion foncièrement américaine, explique le chercheur Carter Charles, de l’université de Bordeaux, auteur du blog Mormonisme et sociétés. Le Livre de Mormon canonise l’idée que le peuple américain est élu de Dieu, envoyé dans la nouvelle Terre promise. »

Est-ce une secte ?

Certaines associations de lutte contre les sectes comme l’Unadfi ont publié des témoignages d’anciens mormons se plaignant de pressions. Leur Église n’est pas référencée comme telle par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Aux yeux de l’Église catholique, « leur prosélytisme et le fait qu’ils se considèrent comme la seule vraie Église du Christ pose néanmoins un problème », estime Sœur Chantal-Marie Sorlin, déléguée de la pastorale nouvelles croyances et dérives sectaires du diocèse de Dijon.

Les mormons se distinguent des amish, qui refusent le progrès, mais se caractérisent par la rigueur de leur code moral : ils mettent l’accent sur la famille, ne consomment ni alcool, ni thé, ni café, ni tabac, jeûnent un jour par mois et versent la dîme.

Sont-ils chrétiens ?

Ils se présentent comme une Église chrétienne, mais, du point de vue catholique, ils ne peuvent être considérés comme tels. Leur refus d’adhérer au Credo de Nicée les empêche d’adhérer au Conseil œcuménique des Églises. « Leur conception de la Trinité, où le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois dieux séparés, n’a rien à voir avec le christianisme », affirme Sœur Sorlin.

Si les relations avec les autres Églises ont été très tendues par le passé, on assiste à des tentatives de rapprochement. « Nous n’avons pas de vision œcuménique au sens strict, mais nous nous situons dans une perspective de travail en commun, dans l’humanitaire en particulier », affirme Christian Euvrard, directeur de l’institut mormon de formation à Paris.

Combien sont-ils ?

Selon leurs statistiques 2014, les mormons seraient 15 millions dans le monde, dont 37 000 en France. Un chiffre qui ne tient pas compte « de tous ceux qui n’assistent plus aux activités de l’Église mormone depuis des années », tempère Carter Charles, qui évalue à quatre millions les mormons actifs. Il s’agirait toutefois d’une des religions à la plus forte croissance dans le monde.

Le prosélytisme est pour eux un passage quasi-obligé. À partir de 19 ans pour les garçons, de 21 ans pour les filles, tous doivent partir en mission deux ans : on les reconnaît aisément, deux par deux, portant chemise blanche et badge. Actuellement 51 000 circulent dans le monde, dont 300 en France. William Howells, le premier missionnaire en France, est arrivé à Boulogne-sur-Mer en 1849. L’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours a été enregistrée comme association de loi 1901 en 1952.

Leur nouveau temple – et premier du genre – sera consacré le 21 mai au Chesnay (Yvelines). Il sera ouvert aux mormons du mardi au vendredi pour des cérémonies qui devraient réunir une petite centaine de personnes au maximum, selon ses responsables, mais sera inaccessible aux non-mormons. Il sera toutefois ouvert au public pour des visites, avant sa consécration, du 22 avril au 13 mai.

La Croix du 07.04.2017

Les mormons français se montrent au grand jour

L’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours, nom officiel des mormons, inaugurait vendredi devant la presse son premier temple en France.

Coiffure soignée, sourire éclatant et teint hâlé, Mitt Romney prend la parole : « Il y a 50 ans, j’étais déjà en France. Nous sommes allés à Paris hier pour vérifier que le bâtiment où j’habitais était encore là. Comme c’est la France, bien sûr qu’il était toujours là. » Rires dans l’assistance. Le perdant de la présidentielle américaine en 2012 aura réussi ce pour quoi il était venu : faire le show devant les journalistes.

Les mormons de France avaient tout prévu, vendredi 7 avril, pour l’inauguration devant la presse de leur premier temple de la métropole, situé dans la commune du Chesnay (Yvelines), à deux kilomètres du château de Versailles. Mitt Romney et sa femme, Ann, étaient présents, tout comme bon nombre des plus hauts représentants de l’Eglise mormone.

110 églises
« Quand j’étais enfant, mes parents et moi rêvions déjà du jour où nous aurions un temple. Ce jour est arrivé », se félicite Gérald Caussé, « évêque-président » de l’Eglise mormone, dont les membres les plus éminents sont généralement américains. Originaire de la région de Bordeaux, l’ancien dirigeant d’entreprise fait la visite du temple, qui sera consacré le 21 mai.
Avec moult détails, sa femme et lui expliquent la fonction de chaque partie du bâtiment, dont les mormons n’ont pas le même usage que les églises. Au nombre de 110 en France, celles-ci ne peuvent servir aux sacrements que sont le baptême ou le scellement, l’autre nom du mariage. « Je me suis marié dans le temple de Berne [Suisse], poursuit Gérald Caussé. Désormais, les membres de l’Eglise qui vivent en France pourront se marier dans leur pays. »

20 000 pratiquants
Importante pour les fidèles, la construction du bâtiment immaculé de 7 000 m2 permet aussi à la communauté mormone, généralement associée à la ville de Salt Lake City (Utah), de se dévoiler au grand jour. Ils revendiquent 38 000 fidèles en France métropolitaine, et 22 000 en outre-mer. « Ce chiffre est fondé sur le nombre de baptêmes, nuance Bernadette Rigal-Cellard, professeur d’université à l’université de Bordeaux Montaigne et auteure du livre La Religion des mormons. Mais, comme dans l’Eglise catholique, ce n’est pas parce que vous êtes baptisé que vous êtes pratiquant. »
La chercheuse estime plutôt à 20 000 le nombre de mormons actifs dans les paroisses de France. Un petit groupe donc, mais avec un effectif suffisant pour qu’il tente d’affirmer son existence grâce au massif « Temple de Paris ». « Les mormons fonctionnent comme les autres cultes, explique Bernadette Rigal-Cellard. Ce bâtiment permet de s’imposer sur la scène religieuse. »
Le temple et ses annexes auraient coûté environ 80 millions d’euros, selon le maire du Chesnay, Philippe Brillaut. Une somme que refuse de confirmer ou d’infirmer Dominique Calmels, directeur de la communication de l’Eglise mormone française, qui précise qu’aucun centime d’argent public n’a servi à sa construction.

Un prosélytisme édulcoré
Réputés prosélytes, les mormons envoient depuis longtemps des missionnaires en France. Mitt Romney lui-même y a passé 30 mois, de 1966 à 1968. L’évêque Gérald Caussé en dénombre 300, « répartis sur tout le territoire ». Officiellement, ils sont chargés de « l’enseignement », « pour toutes les personnes intéressées par le baptême », précise le quinquagénaire au costume cravate noir impeccable.
En France, leur but est avant tout de ne pas paraître étranges dans un pays plutôt méfiant à l’encontre des nouvelles pratiques religieuses, selon Bernadette Rigal-Cellard. Elle affirme que les mormons ont édulcoré les méthodes employées pour convertir les profanes. « A partir des années 1980, les mormons américains ont acheté les services d’une société de communication. Leur but était de montrer qu’ils sont un groupe vraiment chrétien, en gommant ce qui faisait leur originalité. » Notamment leur côté millénariste, comme on appelle ceux qui attendent la fin du monde. D’où leur nom : Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours.

Opération de séduction
Vendredi, les mormons s’appliquaient à démystifier leurs pratiques. Notamment celle du mariage, pilier du culte mormon. Il est bien un « scellement » parce qu’il s’étend après la mort des époux. Mais il est tout de même possible de divorcer, assure-t-on chez les dirigeants de l’Eglise.
L’événement avait tout d’une opération de séduction à l’intention du public français. Incarnée par Mitt Romney : « Nous sommes tous les enfants de Dieu. Le monde a besoin de plus d’endroits comme celui-ci. » Le couple Romney pose ensuite pour les photographes, symbole de la famille parfaite que les mormons français veulent mettre sur le devant de la scène.

http://www.lemonde.fr/religions/article/2017/04/07/les-mormons-francais-se-montrent-au-grand-jour_5107957_1653130.html
 

Ouverture du premier et gigantesque temple mormon au Chesnais : l'alliance du pouvoir et de l'argent

A deux pas du Château de Versailles, les mormons ont inauguré leur premier temple en France vendredi 7 avril, en présence de Mitt Romney "himself". Un bâtiment de 7000 mètres carrés pour une religion "compatible avec les valeurs de la République", selon le maire LR de Chesnay qui accueille le temple. Vraiment ?
"Ce bâtiment est une bénédiction pour les habitants de Paris, et un bienfait pour tout le pays". Neil Andersen est l'un des douzes "apôtres" de l'Eglise mormone. Vendredi 7 avril, ce très haut dignitaire prononce devant la presse un discours très satisfait, remerciant à l'envi ceux qui ont rendu possible l'élévation du premier temple mormon de France. Situé au Chesnay (Yvelines), à 500 mètres de l'entrée du Château de Versailles, le bâtiment religieux de 7 000 mètres carrés incarne dans toute sa puissance la force de frappe de cette religion si mystérieuse. Loin d'être anecdotiques, les mormons, même en France, disposent de puissants réseaux, et n'hésitent pas à les montrer aux journalistes. Le Monsieur com' des mormons en France, Dominique Calmels, est par exemple directeur financier à Accenture, l'une des 100 plus grosses entreprises mondiales. Il s'est affiché aux côtés de Bruno Le Maire pendant la primaire de la droite, avant de s'occuper du programme pour la fiscalité de François Fillon.
C'est que "L'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers jours" (SDJ), basée à Salt Lake City, de l'autre côté de l'Atlantique, n'y va pas de main morte. L'apôtre Neil Andersen détaille les invités de marque, et encense même l'entreprise française qui a construit le bâtiment : "Vu que c'est la maison de Dieu - littéralement - nous avons fait appel au plus haut niveau de savoir-faire humain", jubile l'apôtre en évoquant ainsi Bouygues Construction. Son directeur général, Philippe Bonnave, a même fait le déplacement.
"On a levé le doute sur le côté sectaire"
L'apôtre exulte à l'idée d'annoncer l'invité surprise : "Tous les regards se tournent vers Mitt Romney !" Ce dernier, candidat Républicain malheureux face à Barack Obama en 2012 aux Etats-Unis, est au premier rang. Ce même Mitt Romney, chargé il y a 50 ans de répandre la bonne parole mormone en France, vient aujourd'hui célébrer devant les journalistes français l'expansion consacrée de son culte "dans le pays de la Liberté, de l'Egalité, et de la Fraternité". Il remercie personnellement - comme la plupart des dignitaires mormons présents - Philippe Brillault, l'édile de la commune d'accueil de ce temple, "un homme de caractère".

Le maire LR du Chesnay, catholique convaincu, et ex-porte-parole de la Manif Pour Tous a prononcé la veille son "homélie" de célébration du temple lors d'une inauguration plus privée, devant une centaine d'élus, de mormons, et de personnalités du monde des affaires. "J'avais une idée très négative sur cette Eglise, confie-t-il à Marianne. Mais on a levé le doute sur le côté sectaire et on a vu que leur mode de vie était compatible avec les valeurs de la République".
Compatible avec les "valeurs de la République", vraiment ? Fondée dans l'Etat de New-York en 1830, l'Eglise mormone est communément comparée aux Témoins de Jéhova, d'inspiration chrétienne, adeptes du porte-à-porte un peu lourd pour recruter des membres, et d'un fonctionnement en vase clos. Les mormons ont des rites bien spécifiques : "dîme" de 10% de tous les revenus des fidèles à reverser à l'Eglise, baptêmes post-mortem, ordination des enfants, vision très conservatrice de la famille… Même si elle n'a jamais été classée comme une secte en France, certains dénoncent les dérives de cette religion.
"La femme est cantonnée à faire des enfants et soutenir son mari"
"L'Eglise mormone porte atteinte à la liberté de penser, et instaure un contrôle de la vie privée de ses membres, alerte par exemple Marie Drilhon, présidente de l'ADFI, une association anti-secte oeuvrant dans la région de Versailles. Les enfants en sont les premières victimes."
"La famille est tellement importante pour nous", confirme l'apôtre Neil Andersen. Dieu a tout prévu, même pour les plus jeunes. Le baptême se fait à partir de 8 ans tous sexes confondus, mais seul un homme peut devenir prêtre, dès 12 ans. Marie Drilhon détaille le quotidien des jeunes mormons : "Quand ils ne sont pas à l'école, ils passent la majeure partie de leur vie en réunion spirituelle, soit pour apprendre les préceptes mormons, soit pour d'autres activités de loisir avec les membres… L'essentiel de leur temps est consacré à l'Eglise."
La militante anti-secte reçoit beaucoup de témoignages peu reluisants. Une bonne partie provient de femmes étouffées par le rôle qui leur est assigné. Dans une Eglise où la famille a une place primordiale, la femme est reléguée à "faire des enfants et soutenir son mari", au point de quitter son job. Et difficile de remettre en cause l'ordre établi. "Si on se pose des questions, on vous pousse à trouver la réponse uniquement auprès des membres de l'Eglise, qui vont tout mettre en oeuvre pour vous faire revenir dans le droit chemin." Au moindre doute, les membres culpabilisent. "Dans une religion où tout est basé sur l'affectif, il est d'autant plus dur d'en sortir."

Juste avant la cérémonie de mariage pour l'éternité, une salle est dédiée aux femmes pour leur permettre de se préparer. - Image de l'Eglise mormone
Les homosexuels ne sont les bienvenus
Une forme de contrôle pervers qui s'étend, comme pour de nombreuses religions, jusqu'à l'orientation sexuelle. Aux Etats-Unis, une série de révélations sur l'Eglise mormone a permis de faire fuiter leur nouvelle politique : les couples gays sont des apostats, et les enfants de couples homosexuels sont interdits de devenir membres avant 18 ans et leur départ du foyer familial.
Gay et mormon, l'impossible équation ? "On les respecte et on les aime" se défend le dir' com' des mormons, Dominique Clamels. "Mais on lit la Bible : nous ne serons pas homosexuels. Un homosexuel ne rentrera pas dans le temple."Horreur ! Il n'y a pourtant qu'au temple qu'on célèbre les "ordonnances éternelles" comme le baptême permettant de sauver son âme pour accéder au paradis. Reste une ultime solution : l'Eglise baptise à tour de bras les personnes déjà mortes. Mais cette fois, l'orientation sexuelle n'est pas un critère de sélection, assure Dominique Clamels. Au prix de n'offrir aux gays que la mort pour salut.
Juteux tourisme mormon
Comment une église si "proche" des valeurs de la République a-t-elle pu s'implanter ? C'est une affaire de gros sous. Quand à la fin des années 1990, EDF souhaite fermer son centre de maintenance sur le terrain, peu de repreneurs se bousculent. Entre l'achat du terrain pour une quinzaine de millions d'euros, la destruction des murs amiantés, et la construction d'un nouveau bâtiment, seuls le rectorat et le conseil général des Yvelines se manifestent. Sans succès. Reste à la mairie de préempter le terrain. "Cela aurait pompé l'ensemble de notre budget d'investissement sur 5 ans", explique le maire Philippe Brillault. Les possibilités de projet ne manquaient pourtant pas. La ville a un grand besoin de logements sociaux. La loi SRU oblige les communes de disposer de 25% d'habitations de ce type. Au Chesnay, ce chiffre atteint péniblement 15% et fait que la ville paie une amende de plus de 300 000 euros par an.
Que les visiteurs viennent avec leurs Dollars et leurs Yens !
Philippe Brillault maire du Chesnay
Les mormons, eux, proposaient de payer comptant. L'Eglise ne confirme pas, mais cette dernière aurait budgété la bagatelle de 80 millions d'euros dont 20 millions pour le terrain au profit du propriétaire, la Foncière régionale. "On a rien encaissé ou décaissé dans l'opération", assure le maire. Les mormons, association cultuelle, sont exemptés d'impôts pour leur lieu de culte. "Mais on percevra des taxes d'équipement, et des taxes foncières". En effet, a également été construit un parking de 150 places, une résidence hôtelière de 60 chambres, 5 résidences pour les familles de bénévoles, et une "maison blanche" plus grande pour le président évêque, le chef des mormons de France.
Une bonne opération financière pour la mairie, sans parler des retombées de ce tourisme religieux. Le maire évoque 200 croyants par semaine dans les rues du Chesnay. "Les mormons ont enregistré 80 000 réservations en trois semaines", chiffre Philippe Brillault. Autant de nouveaux clients, parfois étrangers, qui vont dépenser chez les commerçants. "Que les visiteurs viennent avec leurs Dollars et leurs Yens !" savoure-t-il.
Les mormons voulaient, pour couronner ce développement merveilleux qui a mené à l'ouverture du temple, placer en haut de leur édifice "l'Ange Moroni", l'un de leurs principaux prophètes, une statue tout en or, une trompette à la main, symbolisant la propagation de l'Evangile. Pour ne pas faire de l'ombre au dominant Château de Versailles, l'Eglise a dû abandonner cette érection divine, sur ordre, soit du maire selon lui-même, soit des Architectes des bâtiments de France selon les mormons. Comme quoi, l'alliance du pouvoir, de la religion, et de l'argent a ses limites.

https://www.marianne.net/societe/ouverture-du-premier-et-gigantesque-temple-mormon-au-chesnais-l-alliance-du-pouvoir-et-de-l?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#link_time=1491822928
10/04/2017

Sécurité : les caméras du temple mormon font polémique

La Ville du Chesnay a décidé de renforcer le nombre de caméras reliées au centre de supervision. Parmi les dix-neuf nouvelles venues, quatre font polémique.

Toutes les caméras seront reliées au centre de supervision, installé en mairie du Chesnay depuis août 2011. –

« Je suis consterné ! C’est nullissime ! C’est de la provocation ! » Cette somme d’exclamations prononcées par l’élu d’opposition, Louis-Marie Soleille (Le Chesnay C vous), résulte d’une délibération présentée lors du dernier conseil municipal. L’assemblée devait se prononcer sur une convention relative à la vidéo protection du domaine public aux abords du temple de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Les oppositions indignées Le texte prévoit que les mormons acquièrent quatre caméras destinées à surveiller les abords de leur temple. Le plan prévoit qu’elles soient installées à chaque coin du site. Jusque-là, pas de problème. Sauf que l’ensemble serait relié au centre de supervision du Chesnay. Leur entretien mais aussi le contrôle des images reviendraient alors à la charge de la commune. Pour Louis-Marie Soleille, l’affaire ne fait pas un pli. « C’est à eux de dépenser l’argent pour tout cela. Pas à nous. Vous leur offrez gratuitement un service public ! » Et Claude Meunier (Pour Le Chesnay, Ensemble à gauche) de renchérir : « Leur truc, c’est déjà Fort Knox et il faut encore surveiller leurs abords ? » Patrick Bonnehon (Le Chesnay Avenir), achève le tour de table. « Ce mouvement mêle religion et politique. Je vous mets en garde contre cette liaison dangereuse. Je vous encourage à ne pas négocier avec eux. » Face à ces arguments, le maire n’a répondu que brièvement, expliquant que si la sécurité intérieure des lieux revenait bien aux mormons, tout ce qui se déroulait sur la voie publique était de la responsabilité de la Ville. À l’issue du débat, cinq voix d’opposition se sont prononcées contre. Une seule, celle de Dominique Forget, a choisi l’abstention. La majorité a voté pour.

78actu du 16.03.2017

Ouverture d'un temple au Chesnay: Qui sont les mormons aujourd'hui?

Les mormons ont ouvert jeudi leur temple français au Chesnay (Yvelines), près du château de Versailles...

La France compte environ 38.000 mormons. Mais, le nombre de pratiquants réguliers tomberait à 12.000, selon un prêtre de cette obédience en Ile-de-France. Dans quelques semaines, un temple mormon sera consacré au Chesnay, à trois kilomètres du château de Versailles (Yvelines). Au sein même des mormons, il faut montrer patte blanche pour pouvoir y pénétrer. Car si l’église est un lieu de culte ouvert à tous, le temple se découvre selon la pratique du croyant.

Pour les enfants, l’accès au temple n’est autorisé qu’à partir de 12 ans, pour célébrer son baptême ou celui d’un ancêtre. Avant, ils profitent du jardin comme tout curieux désireux d’approcher « la maison du père céleste ».

A l’âge de 18 ans, « une fois qu’ils ont gagné en maturité », les pratiquants peuvent pénétrer dans d’autres salles que celles des baptistères. Alors, la salle de scellement s’ouvre à eux, là où se joue un moment essentiel dans la vie d’un mormon : le mariage. « S’il n’est pas obligatoire, le mariage est recommandé pour l’évolution spirituelle », souligne Neil L. Andersen, un des représentants du collège des 12 apôtres de l’église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (SDJ).

Le couple à l’honneur

Les mormons croient en la réincarnation. Alors quand ils s’unissent, c’est pour la vie par-delà la mort. « Cette caractéristique renforce les liens familiaux », commente Gérald Caussé, évêque et président des mormons à travers le monde. L’engagement, pour ces fidèles, se traduit par de multiples actes. La « dîme » comme ils l’appellent, sans être obligatoire est pratiquée par les croyants.

Les mormons ignorent le carême connu chez les catholiques. Pour autant, « la mission du Christ se place au centre de notre religion » défend Gérald Caussé, adepte du Livre des Mormons. Une lecture qui a captivé Eric Vanhauvemat. Catholique de père en fils, il a mis fin à cette tradition. « J’étais choqué par le célibat du prêtre ! » Il s’est converti en 1992 à l’âge de 35 ans. Aujourd’hui retraité et marié avec une mormone, il se délecte de rappeler que « l’homme n’est pas sans la femme et la femme n’est pas sans l’homme ».

D’être mormon suppose, selon Ephraïm et Solène Petion, « de tenter de ressembler au Christ ». Ce couple de trentenaire prie tous les jours. « Cela nous permet de ressentir la bonne décision », décrivent-ils. Ephraïm précise nouer des relations avec des amis athées ou issus d’autres confessions. Sa religion n’a, de ce fait, selon lui, « rien de sectaire ».

Une secte?

Si la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) ne considère pas les mormons, comme une secte, l’UNADFI (Union nationale de défense de la famille et des individus) pointe certaines « dérives sectaires ».

« C’est une religion très exigeante et il y a un point d’emprise important sur les fidèles », explique à 20 Minutes, Marie Brilhon, membre du bureau et présidente de la section des Yvelines. « Il y a notamment un contrôle de la vie et de la liberté de penser, un embrigadement des enfants et une exigence financière », ajoute-t-il. La « dîme » comme ils l’appellent, oblige en effet les fidèles à reverser 10 % de leur revenu à l’église. Selon Marie Brilhon, « certains se privent pour assurer ce don d’argent. Et les dirigeants vérifient attentivement si la dîme est payée ».

http://www.20minutes.fr/paris/2045923-20170409-ouverture-temple-chesnay-mormons-aujourdhui

On a visité le temple mormon du Chesnay : 4 questions sur un lieu secret

Les mormons ont inauguré leur "temple de Paris". (Eglise mormone de France)
Près de 20 ans après le lancement du projet, les mormons de France viennent d'inaugurer le premier temple hexagonal. Décryptage.
Sourires Colgate, bodygards et accueil en anglais... On se croirait à la Maison-Blanche ce vendredi matin au Chesnay (Yvelines), à deux pas des jardins du château de Versailles. Un autre bâtiment majestueux y est inauguré : le premier temple mormon de France métropolitaine.
20 ans que les membres de la communauté mormone française attendent cet événement célébré en grande pompe en présence de dirigeants de l’Eglise, venus tout droit de l’Utah, et du plus célèbre mormon du monde, Mitt Romney. L’ancien candidat à la présidence américaine, francophile déclaré, tenait à être présent pour inaugurer le 156e temple sur terre de l’Eglise des saints des saints. C’est le lieu le plus sacré pour les mormons, où ils célèbrent mariages et baptêmes. Leur envie d’en faire un cadre exceptionnel saute au visage. Salles de culte, jardins, tableaux, boiseries… Tout évoque le luxe. Nous pu pénétrer dans cet écrin secret qui soulève de nombreuses interrogations.
Qu’est-ce que la religion mormone ?
Les mormons se réclament de la chrétienté. Ils s’appuient sur la bible en plus du livre des mormons, écrit par le fondateur Joseph Smith en 1830. Ils pratiquent le culte dominical dans des cérémonies proches du culte protestant, sans faste et souvent rattaché aux réalités de la vie quotidienne. Pas de soutane, de christ en croix ni de clergé professionnel. En dehors d’un cercle restreint de dirigeants basés aux Etats-Unis, les prêtres mormons sont tous bénévoles, peuvent se marier et mener une activité professionnelle.
Les mormons pratiquent un culte assez épuré, mais prônent des valeurs morales strictes, traditionnelles : le divorce est autorisé, mais l’Eglise est contre l’avortement, contre les mariages homosexuels, contre les jeux d’argent, l’alcool, le tabac, le thé, le café… Elle loue la chasteté, la fidélité et place la famille au centre de la foi. Pour eux, la notion de famille existe avant la vie physique et perdure au-delà de la mort. Les membres de l’Eglise fondent des alliances sacrées pour s’unir éternellement. Ils pratiquent même des baptêmes pour les personnes décédées avant qu’elles aient pu se convertir au mormonisme, afin de les sauver. La polygamie, autorisée initialement, et souvent associée à cette religion dans les esprits, est proscrite depuis 1889.
Pourquoi s'installer au Chesnay ?
Les mormons de France, bien que peu nombreux – 38.000 sur 16 millions de membres dans le monde – ne disposaient pas jusqu’alors de temple en métropole. Il en existe un en Polynésie depuis 1983 où le culte mormon est plus implanté, mais rien dans l’Hexagone. Les fidèles de Joseph Smith devaient se déplacer à l’étranger pour les sacrements (mariages, baptêmes) qui ne peuvent se faire que dans un temple. "Désormais, nous pourrons nous marier religieusement dans notre pays", déclare, heureux, Gérald Caussé, un des rares français dirigeants de l’Eglise au niveau mondial.
Plus présents dans les grandes villes qu’en zones rurales, les mormons cherchent depuis 1998 un terrain en région parisienne pour y construire un temple. Après plusieurs prospections, ils jettent leur dévolu sur une ancienne friche EDF au Chesnay, à quelques encablures de Versailles où la communauté possède une église. Après désamiantage du terrain, validation du permis de construire et échec des quatre recours déposés devant le Tribunal administratif par des riverains mécontents, les travaux débutent en 2012. Cinq ans plus tard, ils dévoilent un écrin fastueux sécurisé par une armée de vigiles et de caméras.
Salle de réception, fonds baptismaux, jardin style art nouveau, résidence hôtelière pour les fidèles venus de loin, et même parking souterrain sous le temple, tout a été réalisé avec une précision d'orfèvre.
Quel financement ?
Difficile de faire cracher le morceau aux responsables, mais le projet aurait coûté 80 millions d’euros d’après le maire de la ville Philippe Brillault. Une somme astronomique que Dominique Calmels, le directeur national de la communication de l’Eglise, ne confirme ni n’infirme auprès de "l'Obs" :
"C’est secret, nous n’avons pas à le dévoiler, le maire dit ce qu’il veut, mais le mètre carré est cher à Versailles [le temple en compte 7.000, NDLR], le marbre et les autres matériaux sont d’une qualité exceptionnelle, le parking souterrain peut accueillir 150 véhicules. Tout cela a un coût."
Contactée par "l'Obs", la mairie affirme qu’elle n’avait pas les moyens de réaménager ce terrain, notamment en raison des coûts de dépollution exorbitants. "Le prix du terrain représente le prix du budget investissement annuel de la commune", précise une membre du cabinet du maire. Impossible de préempter le terrain, la venue des mormons arrange donc la commune.
Le maire Philippe Brillault s’y est résolu :
"Je ne peux pas vous dire que je me suis réjoui quand les mormons sont venus nous dire que le terrain les intéressait. Ils payent comptant et leur projet, du point de vue de l’urbanisme, correspond aux attentes des riverains. Avec un tel cahier des charges, ils ont pas mal de longueurs d’avance par rapport aux autres clients."
Sans paraître gênés par la question, les fondateurs du temple de Paris restent toutefois évasifs quant aux financeurs : "C’est l’Eglise qui a payé", obtient-on en guise de réponse. Les dons français n’ont pas suffi, donc la majeure partie du financement est étrangère. Et l’Eglise mormone ne manque pas de moyens. Pour la financer, ses membres appliquent une règle de l’ancien testament sur la base du volontariat, la loi de la dîme. Ce principe veut que les fidèles reversent 10% de leurs revenus à l’Eglise pour lui garantir une autonomie financière. "30% des mormons appliquent ce principe", selon Dominique Calmels. Le résultat est là, le temple de Paris est d’une architecture remarquable.
Un faste qui contraste avec les principes moraux de simplicité et d’égalité déclamés par les mormons. Tout le monde doit se vêtir de blanc dans le temple pour ne pas afficher de signes extérieurs de richesse. Nul besoin, la profusion est sur les murs. "C’est normal, il n’y a qu’un seul temple dans le pays. C’est un peu comme une cathédrale", explique un fidèle converti depuis 1977.
Quelles polémiques ?
La communauté mormone française, réputée discrète et sous l'influence de sa cousine américaine, soulève des interrogations, voire des peurs. Elle est souvent taxée de prosélytisme et peut-être à juste titre. Les missionnaires, bien repérables avec leurs chemises blanches et leurs cravates noires, sont actifs. C’est d’ailleurs une des principales craintes soulevées par les riverains : se voir assaillir par une armée d’experts en porte-à-porte. Mais le temple n’est pas un lieu d’enseignement théologique, il n’y aura donc pas de rassemblement de missionnaires.
Autre questionnement, le potentiel aspect sectaire de l'Eglise, balayé d’un revers de la main par la mairie : "Honnêtement, nous ne savions pas vraiment qui étaient les mormons. En France, ils sont très discrets, mais s’ils constituaient une secte, le dossier se serait retrouvé dans les mains du préfet et la mairie du Chesnay n’aurait pas eu son mot à dire."Même son de cloche du côté de Serge Blisko, le directeur de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) :
"En ce qui concerne la Miviludes, il y a eu quelques interrogations, c’est une Eglise exotique pour des Français, mais jamais de constat de dérive sectaire dans cette Eglise mormone de France."
Plusieurs recours ont pourtant été déposés devant le tribunal administratif pour annuler le permis de construire. Quatre en tout, tous déboutés. "A partir du moment où le permis de construire est conforme au PLU et respecte les règles d’urbanisme et de construction (accès handicapés…), la mairie ne peut plus rien faire s’agissant d’un terrain privé, sinon ce serait de l’abus de pouvoir", explique-t-on du côté de la municipalité du Chesnay.
Pour désamorcer les inquiétudes, les mormons ont participé à des réunions publiques et sont allés à la rencontre des représentants des autres religions du département. Symbole de cette volonté de faire patte blanche, les jardins du temple resteront ouverts au public, ce qui n’est pas le cas du reste du lieu, exclusivement réservé aux mormons. Toujours dans cette logique, des portes ouvertes sont actuellement organisées jusqu’au 13 mai pour découvrir le temple. Après la "consécration" du lieu, ce ne sera plus possible.

L'Obs le 08.04.2017

En France, les mormons s’offrent une belle vitrine

Après vingt ans d’attente, la communauté mormone française ouvre cette semaine son premier temple en métropole, au Chesnay, près de Versailles. À partir de samedi et jusqu’au 13 mai, le public peut visiter l’édifice.
Marbre, tapis moelleux, lustres éblouissants, vitraux fleuris et peintures bibliques… Salles d’enseignement et de cérémonie sur trois niveaux, au milieu de jardins agrémentés de fontaines… Au total, 9 000 m² ont été aménagés sur la commune du Chesnay pour accueillir le premier temple mormon de métropole, à quelques centaines de mètres du château de Versailles. L’architecte des bâtiments de France et Bouygues, qui a coordonné les travaux, ont vu grand. Le coût du chantier, financé entièrement par l’Église mormone, est estimé par le maire de la ville à environ « 80 millions d’euros ». Un chiffre colossal que les responsables mormons refusent de valider ou démentir.
L’Église mormone, qui a vu le jour aux États-Unis au XIXe siècle et se revendique chrétienne, a toujours suscité la méfiance par son prosélytisme zélé. Son fondateur Joseph Smith (1805-1844) aurait reçu de Dieu une mission : rétablir la vraie Église dans sa pureté primitive. Les mormons se caractérisent donc par leur millénarisme : le retour du Christ (aux États-Unis) est censé annoncer mille ans de bonheur. Si le mouvement n’est pas considéré comme une secte, il soulève régulièrement des interrogations, notamment portées par l’Unadfi (Union nationale de défense des familles et des individus) qui publie des témoignages d’anciens mormons évoquant des pressions.
Faire accepter le projet du temple au Chesnay n’allait donc pas de soi. L’idée de la construction d’un temple français remonte à 1998. Ont suivi des négociations pour convaincre la commune et les habitants, au départ très réticents. Gérald Caussé, évêque président de l’Église pour la France, se veut rassurant : « Vous pouvez compter sur nous pour être de bons voisins. Nous prions pour que les jardins ouverts au public soient utilisés et appréciés par les habitants. » Le responsable l’assure : les célèbres duos de missionnaires n’attendront pas les promeneurs au détour d’un bosquet, car « il n’y a pas de prosélytisme sur le terrain du temple ».
Un temple mormon existait déjà à Tahiti, en Polynésie française, où près d’un habitant sur dix est « saint des derniers jours », du nom donné aux fidèles mormons. Dans cette religion, il faut distinguer temple et église. On compte 110 églises en France, dédiées au culte dominical. Or, les mormons ne peuvent se marier qu’au temple, réservé aux « ordonnances sacrées ».
Jusqu’à aujourd’hui, les jeunes couples devaient donc parcourir des kilomètres pour rejoindre les temples de Francfort en Allemagne, Berne en Suisse, ou encore Madrid en Espagne. Solène et Ephraïm se sont mariés à Londres il y a deux ans. La jeune femme est ravie du nouveau temple : « Auparavant, c’était compliqué. Pour aller se marier, il fallait réserver une semaine de vacances. Nous, nous avons dû faire huit heures de trajet depuis l’Auvergne. Un vrai pèlerinage ! », raconte cette éducatrice spécialisée. Une de ses amies a déjà réservé les lieux pour se marier dans les prochains mois.
Le temple francilien, parsemé de caméras et surveillé jour et nuit par une équipe de sécurité, devrait attirer de nombreux mormons venus de France et du monde entier. Cinq couples y vivront en permanence. Selon les responsables de l’édifice, « 50 à 100 personnes devraient s’y rendre chaque jour » et « des milliers de gens se sont déjà inscrits pour venir visiter les lieux ». Une maison d’hôtes est prévue dans l’enceinte du temple pour accueillir une soixantaine de personnes, et l’hôtel voisin fait le plein de réservations.
Les paroissiens ont d’ores et déjà pu accueillir un invité de marque. Mitt Romney, candidat républicain à l’élection présidentielle américaine de 2012, est venu visiter le temple avec son épouse, début avril.
À partir du 22 avril et jusqu’au 13 mai, le public pourra succéder à Mitt Romney dans le temple, qui ouvre ses portes pour une visite guidée, chaque jour sauf le dimanche. Après sa consécration officielle le 21 mai, seuls les mormons pourront pénétrer dans le bâtiment. Les jardins resteront, eux, accessibles aux habitants pendant la journée.

Repères
L’Église mormone
Dans le monde. Environ 15 millions de fidèles revendiqués.
En France. 66 000 adeptes, 110 églises et 2 temples (métropole et outre-mer).
La quatrième religion des États-Unis. L’Église mormone revendique 6 millions de fidèles dans son pays d’origine.
Un siège mondial à Salt Lake City, dans l’Utah, aux États-Unis.
Les Mormons, nés en 1830 aux Etats-Unis, fondent leur foi sur la Bible mais aussi sur le Livre de Mormon, du nom d’un prophète qui raconte l’exode des tribus d’Israël en Amérique, 600 ans avant Jésus-Christ.

La Croix du 19.04.2017


 


 








 

 


 

 

 

 

NEO-NAZISME


Procès des « Loups » néo-nazis

Dix-huit prévenus, membres ou sympathisants du groupuscule néo-nazi WWK (« White Wolves Klan »), parmi lesquels le sulfureux Serge Ayoub, comparaissent à partir de demain devant le tribunal correctionnel d’Amiens. Âgés de 22 à 53 ans, les prévenus devront s’expliquer de nombreux faits de violences avec arme, de dégradations de biens notamment par incendie et de vols aggravés, soit 35 infractions au total.

Le Bien Public du 26.03.2017

Devant le tribunal d’Amiens, l’ultraviolence des militants néonazis

Dix-huit prévenus comparaissent depuis lundi pour association de malfaiteurs, violences, séquestrations et tentative de meurtre
Dix-huit prévenus, membres ou sympathisants du groupuscule néo-nazi WWK, comparaissent depuis lundi devant le tribunal correctionnel d’Amiens.
« On n’avait rien d’autre à faire, alors on allait se battre. » Au premier jour du procès des dix-huit membres du groupuscule d’extrême droite White Wolves Klan (WWK), lundi 27 mars, s’est dessiné le portrait d’un groupe d’individus désœuvrés, dont l’idéologie nationaliste servait bien souvent de prétexte à des pulsions violentes. Le tribunal correctionnel d’Amiens a quatre jours pour juger trente-cinq infractions, commises entre 2012 et 2014, dans les environs de Ham (Somme). Les chefs d’accusation sont nombreux : association de malfaiteurs, vols aggravés, violences, séquestrations, tentative de meurtre...
Assis sur le banc des prévenus, en retrait des autres, Serge Ayoub, alias « Batskin », assure qu’il « ne comprend pas » ce qu’il fait là. Vêtu d’une chemise blanche et d’un costume bleu, la figure tutélaire de l’ultradroite, 52 ans, comparaît pour complicité de violences aggravées. L’ancien chef de Troisième Voie – une organisation dissoute un mois après la mort du militant d’extrême gauche Clément Méric en juin 2013, à Paris – dont le look impeccable tranche avec les tatouages, polos et crânes rasés des autres prévenus, est suspecté d’avoir commandité le tabassage d’un groupe rival qui l’avait qualifié de « sale juif ».
Culte du IIIe Reich
Les représailles se jouent le 8 décembre 2012, à Estrées-Mons, dans le huis clos du garage de Jérémy Mourain, à l’époque représentant des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) de Picardie – qui créera plus tard le WWK lors de la dissolution de son groupe en juin 2013. A la barre, les sept prévenus présents ce soir-là reconnaissent l’agression d’une des victimes à coups de pied, de chaînes de moto et de couteau.
Concernant le décorum du garage, tapissé de drapeaux néonazis et de portraits d’Adolf Hitler, les prévenus sont peu loquaces, semblant considérer que cela participe du folklore. « Nous, on est racistes, donc c’est pour ça qu’on a mis des drapeaux comme ça », justifie Kévin Pate, qui explique l’être devenu à cause de « complications au collège ». De l’idéologie néonazie, il en sera peu question le reste de cette journée d’audience, où les comptes rendus d’infractions se multiplient à la barre – « des bêtises » commises dans « l’euphorie » de soirées sous l’emprise de cocaïne ou d’alcool, détailleront certains prévenus.
Si la deuxième affaire abordée par la présidente repose sur l’attaque d’un bar à chicha, Jérémy Mourain, le seul à comparaître détenu, assure que cet acte de vandalisme, survenu en janvier 2013, était « spontané ». Une version contredite par Jérémie Crauser, un prévenu en quête de repentance. « Mourain a eu l’idée d’organiser une activité punitive contre des personnes issues de l’immigration », lâche timidement le grand roux à la carrure massive.
Violence intergroupe
C’est encore lui qui reconnaît le passage à tabac « gratuit » d’un homme qui venait de discuter avec un forain, en mai 2013. Leur haine des gens du voyage est alors le prétexte d’un déchaînement de violences « bête et méchant ». « Il n’y avait personne à qui chercher des noises. Alors on a acheté des bonbons et on a bu. Après, on a mis les capuches », décrit M. Crauser, avant de détailler l’agression qui a valu deux jours d’incapacité totale de travail (ITT) à la victime. Christopher Letrou, lui, reconnaît avoir « agi en qualité d’animal ».
Pendant les multiples exposés d’expéditions punitives, la violence semble se déchaîner avec le plus de force lorsqu’elle s’abat sur les membres de leur mouvance. L’épisode le plus dramatique se déroule en janvier 2014, à Valenciennes, dans le Nord. Cédric F. est considéré comme trop proche d’un ancien membre du WWK mais n’a pas rendu son bomber. Mourain intime alors à ses membres de le « défoncer ».
Conduit par une dizaine de membres du WWK dans un chemin de terre, il est déshabillé, puis frappé sur toutes les parties du corps, notamment à coups de batte de base-ball dans les testicules. Selon les prévenus, Mourain se serait déchaîné sur la victime avec un air démoniaque, lui enfonçant ses pouces dans les yeux, le mordant et lui léchant le sang. A la suite de ce récit accablant, la grande majorité des prévenus se montre fébrile. « Ce soir-là, ce n’était pas l’euphorie qui nous animait, mais la peur de subir le même sort », tente l’un pour justifier ce déchaînement de violence.
La deuxième journée du procès doit être consacrée au fonctionnement de groupe, très hiérarchisé, reposant sur des rites d’initiation et des procédés d’intimidation.

Le Monde du 28.03.2017
 

Devant le tribunal d’Amiens, l’ultraviolence sous le « vernis idéologique »
Les rouages du groupuscule d’ultradroite White Wolves Klan (WWK) ont été comparés à ceux d’une « meute de loups dirigée par le loup en chef ».
De quoi le groupuscule d’extrême droite « White Wolves Klan » (WWK) est-il le nom ? Au deuxième jour du procès des dix-huit membres des « Loups blancs », le tribunal d’Amiens s’est penché sur ce groupe revendiqué comme néonazi, dont le « vernis idéologique » masque mal la motivation profonde. Celle d’un mouvement de « criminalité organisée où l’intellect laisse place à la crapulerie violente », a résumé à la barre Vincent O., enquêteur présenté comme le spécialiste de l’ultra-droite au sein de la gendarmerie nationale.
S’il n’est pas question de nier les motivations racistes, voire néonazies, de certains membres du groupe, leurs témoignages à la barre mettent en lumière la recherche désespérée d’une figure tutélaire par des individus généralement marginalisés de la société.
A la barre, mardi 28 mars, les prévenus se succèdent et se ressemblent. C’est d’abord leur uniformité vestimentaire qui surprend : des baskets à grosses semelles aux pieds, des crânes rasés, parfois de longues barbes et toujours de nombreux tatouages (têtes de mort, toiles d’araignée). Les récits pour expliquer leur adhésion à des mouvements d’extrême droite livrent, eux, d’une même voix, des histoires de ruptures.
Désœuvrement
Pour tous, c’est à l’adolescence que se noue leur rapprochement avec la mouvance d’extrême droite. Après une enfance relativement calme, Kevin Pate déménage et devient la cible « de violences au collège », confie à la barre le jeune homme de 27 ans au physique râblé. Une humiliation qui lui donne soif de vengeance. Les mouvements d’extrême droite, nombreux dans sa région, apparaissent comme une réponse toute trouvée. Mathieu Dupont partage la même trajectoire, mais le prévenu est plus loquace :
« J’ai vécu en ZUP (Zone urbaine prioritaire), j’étais le petit blond aux yeux bleus, je me faisais taper. Alors j’ai trouvé refuge avec ces gens-là. »
D’autres prévenus racontent une adolescence passée loin de leurs parents, soit parce qu’ils ont été mis à la porte, soit parce qu’ils l’ont pris, fuyant l’alcoolisme et les violences. La présidente évoque notamment le « manque affectif durant l’enfance » dont souffre Christopher Letrou, 23 ans, l’un des plus jeunes prévenus. « Ma mère m’a mis dehors. C’est mon grand-père qui m’a appris mes origines, qui m’a dit qui était mon père », détaille le jeune homme aux cheveux gominés et à l’allure élancée.
« Un grand-père qui était au FN », précise-t-il à un avocat de la défense qui le questionne sur le sujet. Jérémie Crauser a lui aussi été élevé par son grand-père, « un légionnaire frontiste ». Si la rupture familiale est physique, elle n’est visiblement pas politique. Pis, cette accointance avec la mouvance nationaliste apparaît comme naturelle, disjointe de toute réflexion personnelle.
Sans avoir été mis dehors par leurs parents, d’autres prévenus connaissent la vie de la rue, comme Eric Queulin, 43 ans, qui a côtoyé les milieux punk après avoir perdu son travail, ou Renaud Macczak, héroïnomane durant sa vingtaine.
Seconde famille
Dans ce contexte, le fait d’intégrer des mouvements d’ultradroite apparaît comme un besoin de donner un cadre à une vie dissolue. Tous les prévenus décrivent le WWK comme un « refuge », une « seconde famille ». Pour intégrer le clan, ils sont donc prêts à faire preuve d’une « obéissance démesurée » et d’une « soumission servile ». C’est justement l’un des fondements du projet de Jérémy Mourain, un ancien leader des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) en Picardie, le service d’ordre de Troisième Voie. Ces deux groupes identitaires ont été dissous en juillet 2013 après la mort du militant d’extrême gauche Clément Méric en juin 2013 à Paris, à la suite d’une rixe dans laquelle étaient impliqués certains de leurs membres.
Sur les cendres des JNR, le jeune homme créé le « White Wolves Klan », dont la lettre « K » est une référence sans équivoque à la langue allemande. « La filiation avec Troisième Voie est évidente, il s’agit des mêmes membres, des mêmes règles et du même culte du chef », résume le commandant de la gendarmerie nationale, qui précise que contrairement au groupe fondé par Serge Ayoub, le WWK verse dans le néonazisme.
Surtout, à la différence de Troisième Voie, le WWK est un « groupe de combat dont la vacuité intellectuelle n’incite qu’à la violence », résume Vincent O. Pas de tractage, ni de manifestation, mais des vols, des violences gratuites et des lynchages entre 2012 et 2014 contre les groupes rivaux, les personnes d’origine étrangère et même les membres du groupe réfractaires.
Les nouveaux arrivés dans le clan, qui s’inspire de la série Sons of anarchy, doivent subir un ensemble de rites initiatiques, comme la scarification d’une croix sur la main gauche. « Les plus jeunes, on faisait les larbins, on servait les autres. On n’avait pas le droit de vote, on n’assistait pas aux réunions », rapporte Christopher Letrou, en référence au « simulacre de démocratie » initié par Jérémy Mourain, qui organisait des votes pour décider des actions punitives, vols et autres délits.
« Se battre entre nous »
« Il fallait se battre entre nous pour faire nos preuves et Mourain décidait quand ça s’arrêtait », fait savoir Kevin Paté, rappelant que les membres du clan étaient souvent lourdement armés : chaîne de moto, poing américain, batte de base-ball, couteau. A la barre, les prévenus montrent leurs balafres, infligées par d’autres membres du clan sur ordre, toujours, de Jérémy Mourain. « J’ai été frappé par un autre avec une batte de base-ball parce que je voulais rentrer plus tôt d’une soirée », fait savoir Jérémie Crauser, grand roux à la carrure massive, un temps vice-président du groupe, avant d’être « rétrogradé ».
Car le WWK fonctionne sur une hiérarchie bien établie, avec un président, un vice-président, des sergents d’armes et des prospects. Certains titres honorifiques sont également attribués au bon vouloir du leader, comme celui de « street fighters » (pour ceux qui allaient les premiers aux combats) ou de « old school » (pour les anciens). Un folklore agrémenté par une liste interminable de surnoms.
« Popeye », « Zbig », « Papillon » confient aujourd’hui à la barre que cette « pseudo-famille » était en réalité un cauchemar. « Alors pourquoi rester ? », interroge à plusieurs reprises la présidente. « La peur », résument les prévenus d’une même voix, tous marqués par un lynchage contre l’un des leurs auquel ils ont participé en 2014, à Valenciennes.
Si bien que, quand les policiers sont venus chercher Mathieu Dupont dans le cadre de cette affaire, le jeune homme confie avoir ressenti « un réel soulagement » :
« J’allais enfin être libéré et m’expliquer sur la chose qui me pesait le plus au monde. »
Mercredi, le tribunal doit analyser la personnalité de Jérémy Mourain, alias « Capone », pour comprendre comment le jeune homme de 27 ans a pu exercer un tel pouvoir de soumission auprès des autres membres du clan, pour qui toute sortie du groupe semblait impossible.
Le Monde du 29.03.2017


 

Au procès des « Loups blancs », un leader ultraviolent et narcissique

Lors du procès contre les membres du White Wolves Klan, des peines allant de six mois avec sursis à dix ans ferme pour le leader, Jérémy Mourain, ont été requises.
« Comment voulez-vous que moi, tout seul, je puisse inciter dix-huit mecs à se battre entre eux ? Et des costauds en plus ! » C’est justement la question à laquelle ont tenté de répondre les juges du tribunal d’Amiens, mercredi 29 mars, en se penchant sur le profil dominateur et ultraviolent de Jérémy Mourain, 27 ans, chef du groupuscule d’extrême droite White Wolves Klan (WWK). A ses côtés, dix-sept prévenus sont jugés depuis lundi, notamment pour participation à un groupe de combat, violences aggravées et vols.
Face aux faits accablants qui le visent, Jérémy Mourain n’a eu d’autre choix que de reconnaître sa « violence démesurée », avant de marteler « être passé à autre chose ». L’apparente rédemption du prévenu ne convainc pas le substitut du procureur, M. Gacquer, qui requiert une peine de dix ans de prison ferme – la plus lourde encourue.
Un réquisitoire sévère, qui ne dédouane pas les autres prévenus, contre qui le ministère public réclame des peines allant de six mois avec sursis à sept ans de prison ferme pour Jérôme Bailly, bras droit de Mourain, considéré comme « l’éminence grise » du WWK. Seul Serge Ayoub, figure tutélaire de l’ultra droite, bénéficie d’une demande de relaxe.
L’ancien chef de Troisième Voie – une organisation dissoute un mois après la mort du militant d’extrême gauche Clément Méric, en juin 2013 à Paris – est jugé pour complicité de violences aggravées, pour avoir donné l’ordre à Jérémy Mourain d’attaquer un groupe rival en 2012. Mais « un doute » sur « la surinterprétation de M. Mourain quant aux mots de Serge Ayoub subsiste », a fait savoir M. Gacquer, suscitant un sourire de l’intéressé, vêtu d’un costume gris satiné, alors que les autres prévenus arborent polos, jeans, tatouages et baskets à grosses semelles.
Absence d’empathie
Entre Serge Ayoub et Jérémy Mourain, la filiation est évidente. Ce dernier a été le leader des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) en Picardie, le service d’ordre de Troisième Voie. Lorsque les JNR sont dissoutes elles aussi, Jérémy Mourain s’émancipe, et créé le White Wolves Klan.
Comme pour les autres prévenus, son adhésion aux mouvements d’extrême droite remonte à l’adolescence. Mais dans son cas elle n’est pas corrélée à une histoire familiale instable. M. Mourain est fils de cadre. Ce qui le fait basculer ? Une consommation d’alcool excessive dès l’âge de 13 ans. Cette envie manifeste de braver les interdits le conduit, quelques années plus tard, à intégrer un groupe de skinheads.
« J’allais en boîte de nuit avec eux. Dans ma tête d’adolescent de 17 ans, je trouvais qu’ils avaient un certain charisme », confie Jérémy Mourain avec une constante agressivité dans la voix. Le rapport des psychologues met en avant une « emprise » du mouvement skinhead, corroborée par la « fragilité narcissique » et le « besoin excessif » du prévenu d’être admiré. Le tout accentué par un manque d’empathie pour les autres.
« J’ai toujours aimé être dans la lumière pour avoir l’impression d’exister. L’empathie, c’est faux », rétorque le chef du WWK, considérant que cette « fascination » s’explique avant tout par son profil grégaire :
« Quand je ne faisais pas partie d’une bande, j’avais le sentiment d’être inexistant, de ne servir à rien. »
« Concentré de haines »
Sa bande, M. Mourain va la façonner à son image : violente et soumise, sur fond de dépendance à la drogue et d’idéologie nationaliste. Entre 2012 et 2014, le groupe commet vols, violences gratuites et lynchages contre des groupes rivaux, des personnes d’origine étrangère. Et surtout contre les membres du « clan » choisis au hasard selon l’humeur du chef.
« Un concentré de haines » et de « violences extrêmes » commis par des « justiciers de pacotille », résume le substitut du procureur. Jérémy Mourain, lui, refuse de porter seul la responsabilité de ces accusations. « Je peux reconnaître qu’ils se sentaient obligés de vouloir me plaire, mais chacun est maître de ses actes », tranche l’homme au visage anguleux relevé de lunettes fines.
Lâché par ses membres au fil de l’instruction, Jérémy Mourain, alias « Capone », fait savoir qu’ils étaient pourtant nombreux à le soutenir en détention. « Je te remercie d’être là pour nous », écrivait Mathieu Dupont dans une lettre lue par la présidente. Aujourd’hui, tous semblent conscients de leur part de responsabilité. Croisé dans les couloirs du palais de justice, un prévenu reconnaît sans détour : « le réquisitoire est sévère, mais il faut dire qu’on n’était pas des anges non plus. »

Le Monde du 30.03.2017

Au procès des « Loups blancs », l’ultraviolence du chef lourdement condamnée

Jérémy Mourain a été condamné à neuf ans de prison, notamment pour vols et violences, par le tribunal correctionnel d’Amiens. Serge Ayoub, présenté comme son mentor, a été relaxé.
Les « remords » et les « regrets » exprimés à la barre par Jérémy Mourain n’auront rien changé. Le chef du groupuscule d’extrême droite White Wolves Klan (WWK – « Clan des loups blancs ») a été condamné, jeudi 30 mars, à une peine de neuf ans de prison ferme par le tribunal correctionnel d’Amiens. « Il est clairement désigné comme le responsable », a regretté son avocat Me Arnaud Godreuil, qui avait tenté dans sa plaidoirie de mettre en avant « l’effet de groupe » pour dédouaner son client. Le conseil ne fera toutefois pas appel de cette décision.
Jérôme Bailly, présenté comme le bras droit de Mourain au sein du WWK a, lui, été condamné à une peine de trois ans de prison assortie d’un mandat de dépôt. « Une mesure vexatoire et symbolique », a réagi son avocat Me Demarcq, considérant que son client paye son « prétendu statut de cofondateur ». Sur les dix-huit prévenus, seuls Jérémy Mourain et Jérôme Bailly dormiront en prison jeudi soir, alors que le procureur avait réclamé sept mandats de dépôt dans un réquisitoire qui accablait presque tous les membres du clan, tout en réclamant dix ans d’emprisonnement pour Jérémy Mourain.
Finalement, les autres prévenus ont été condamnés à des peines allant de six mois avec sursis à cinq ans. Serge Ayoub, considéré comme le mentor de Jérémy Mourain, a été relaxé du chef de complicité de violences aggravées. L’ancien chef de Troisième Voie – une organisation dissoute un mois après la mort du militant d’extrême gauche Clément Méric, en juin 2013, à Paris – était suspecté d’avoir commandité le tabassage d’un groupe rival qui l’avait qualifié de « sale juif ». Aux yeux du tribunal, les consignes que Serge Ayoub aurait données « ne peuvent être interprétées comme des instructions de commettre des violences ».
Domination
Ce passage à tabac avait donné lieu à l’ouverture d’une enquête en décembre 2012. Les investigations ont mis au jour trente-cinq infractions : vols, violences gratuites et lynchages commis entre 2012 et 2014 contre des groupes rivaux et des personnes d’origine étrangère. Et surtout contre des membres du WWK pris au hasard selon l’humeur de Mourain.
Durant tout le procès, l’idéologie nationaliste, voire néonazie, du groupe est apparue comme « secondaire », comme l’a fait remarquer le substitut du procureur dans son réquisitoire. Le cœur des débats reposait davantage sur le profil du leader du WWK, dépeint comme « manipulateur », « narcissique », « ultraviolent », « sadique », ou encore « polytoxicomane ».
L’enjeu du procès a alors été de mesurer le degré d’influence de Jérémy Mourain sur les membres du WWK. Ont-ils agi sous la contrainte, c’est-à-dire contre leur volonté ? Ou ont-ils agi en pleine conscience, sous-entendue pleinement consentant à l’idée de commettre la myriade d’actes ultraviolents décrits lors des audiences ?
Entendus sur les faits durant les deux premiers jours d’audience, les prévenus ont tous tenté de se dédouaner en évoquant comme un leitmotiv la « domination perverse » que Mourain exerçait sur eux. « Il fallait se battre entre nous pour faire nos preuves et Mourain décidait quand ça s’arrêtait », a fait savoir Kevin Paté, 27 ans, condamné à une peine de cinq ans de prison, dont quatre avec sursis, en convainquant les juges de ses velléités de réinsertion professionnelle.
Effet de groupe
Jérémy Mourain, lui, a refusé de porter seul la responsabilité de ces violences gratuites - sans finalement convaincre. « Je peux reconnaître qu’ils se sentaient obligés de vouloir me plaire, mais chacun est maître de ses actes », a lancé l’homme au visage anguleux relevé de lunettes fines, alors qu’il était interrogé sur l’affaire la plus marquante du dossier : le lynchage ultraviolent contre l’un des leurs en 2014 à Valenciennes.
Dans leurs plaidoiries, les avocats, eux, ont préféré ne pas trancher cette question sur le « libre arbitre » ou la « soumission aveugle » des prévenus, mettant en lumière « l’effet de groupe », la logique grégaire, qui a conduit à ce « déchaînement de violence ».
Terreau raciste
Les quatre jours de procès ont également permis de mettre en lumière les ressorts psychologiques et sociétaux qui ont conduit les prévenus à rejoindre le WWK et à y rester : famille absente, addiction aux drogues, milieu social modeste.
« Des hommes et des femmes ordinaires, qui ont vécu dans un terreau que nous connaissons tous, celui du racisme ambiant, particulièrement dans cette région », a rappellé Me Jean-Marie Camus, l’avocat de Kévin Paté, dont le garage tapissé de drapeaux néonazis et de portraits d’Adolf Hitler servait de lieu de repli aux membre du clan.
Compte tenu de ce contexte de vie chaotique, les avocats ont tous mis l’accent sur la reconstruction de leurs clients, plaidant pour des peines « à la hauteur des faits commis qui sont incontestablement graves », mais aussi « tournées vers l’avenir ».
Avant que le tribunal ne se retire pour délibérer, de nombreux prévenus ont souligné avoir repris le chemin du travail, comme Jérémie Crauser, qui a incarné durant tout le procès le profil du « repenti ». Depuis l’affaire, l’homme de 27 ans a quitté la Somme pour rejoindre Paris, où il prépare le concours de meilleur ouvrier de France en boucherie.
L’avenir devant soi
Sur le banc des prévenus, le teint blême, transpirant à grosses gouttes, Jérémie Crauser attend le jugement fébrilement. Quand la présidente prononce sa peine – cinq ans de prison, dont trois avec sursis – il reste figé, sous le regard embué de sa nouvelle compagne, qui s’était effondrée en larmes, la veille, en attendant dans la multitude des noms énumérés dans le réquisitoire sévère du procureur, celui de son compagnon.
« C’est une décision juste, sa peine est aménageable, il va pouvoir faire une demande de bracelet électronique. Il a tout son avenir devant lui à présent », se réjouit son avocate, Me Messaouda Yahiaoui.
Profitant du soleil généreux de la fin de mars, adossé à une colonne du palais de justice d’Amiens, Christopher Letrou, l’un des plus jeunes prévenus, affiche un grand sourire de soulagement. Il a été condamné à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, après avoir déjà passé neuf mois en détention provisoire.
« Pour moi, la prison, c’était le clan. La vraie prison, elle m’a libéré du groupe, en me remettant dans le droit chemin. Mais les faits que j’avais commis étaient là, ils sont graves, avec cette peine, ils sont reconnus, et moi je me sens définitivement libéré. »

Le Monde du 30.03.2017


 

 

 

 

ORDRE DU TEMPLE SOLAIRE

Il y a 20 ans, le drame de Saint-Casimir
Suicide collectif lié à l’Ordre du Temple solaire
Il y a 20 ans, cinq membres de la secte de l'Ordre du Temple solaire se donnaient la mort à Saint-Casimir, dans Portneuf.
Un suicide collectif dont le souvenir est encore bien présent dans la mémoire des gens du petit village.
René Perreault a acquis la résidence ou s'est déroulé le drame le 22 mars 1997.
Aujourd'hui, il garde encore contact avec les trois enfants survivants du drame. Ils avaient à l'époque 13, 14 et 16 ans. Il s'en est occupé quelques mois, avant leur retour en Europe.
«On garde contact, dit-il. Les enfants vont bien. Ils demandent de laisser ça aller. Ils veulent tourner la page, c'est ça. Ils veulent tourner la page.»
Au total, cinq personnes sont mortes. C'était le dernier suicide collectif lié à l'Ordre du Temple solaire.
«C'est des choses que tu n'oublies jamais, raconte une voisine, Anne Bélanger. Dans une municipalité aussi petite, aussi. On dit tout le temps: 'Ça arrive ailleurs.'»
«C'est un événement tragique et ça a été une surprise générale parmi la population, soutient un autre résident. On ne s'attendait pas à ça, on ne pensait pas qu'il pouvait arriver un événement comme ça à Saint-Casimir.»
Clément Godin, propriétaire de la station-service où l'essence qui avait contribué à alimenter l'incendie a été achetée, s'en souvient lui aussi. Il était également chef pompier.
«Une couple d'heures avant, il est venu remplir des réservoirs d'essence, deux réservoirs, relate-t-il. En rentrant à l'intérieur, on s'est aperçus que c'était tout installé avec des réservoirs d'essence et puis des bonbonnes de propane pour activer le feu.»

http://www.tvanouvelles.ca/2017/04/19/il-y-a-20-ans-le-drame-de-saint-casimir
19 avril 2017




 

 

 

 


 

 

 

 

PAKISTAN


Au Pakistan, un chef de file de la minorité ahmadie assassiné

Un membre éminent de la minorité ahmadie au Pakistan a été tué jeudi 30 mars dans le nord-est du pays.

Cette communauté très présente au Pakistan se considère comme musulmane, mais les musulmans sunnites la rejettent.

Malik Saleem Lateef, avocat sexagénaire, a été tué d’une balle dans la poitrine jeudi 30 mars alors qu’il se rendait avec son fils dans un tribunal du district de Nankana Sahib, dans la province du Pendjab située au nord-est de l’Inde.

Le meurtre a été commis par un homme armé circulant à moto, qui a pris la fuite. Dans un courrier envoyé par la suite à des journalistes, la faction Al-Alami du Lashkar-e-Jhangvi, liée au groupe État islamique, a revendiqué l’assassinat.

« S’en prendre à un avocat, garant de la liberté et des procès équitables, revêt une portée symbolique toute particulière », explique Asif Arir, avocat parisien d’origine pakistanaise et lui-même ahmadi. Il rappelle que « viser des cadres et des personnalités prestigieuses de la communauté ahmadie a toujours été la façon de faire de ces individus, souvent cagoulés et non reconnaissables ».

« Un apartheid juridique et social »

Membre actif de la communauté ahmadie, Malik Lateef était aussi un cousin éloigné du physicien pakistanais Abdus Salaam. Ce dernier avait reçu le prix Nobel de physique en 1979, mais n’avait connu qu’une reconnaissance limitée au Pakistan car il était ahmadi.

L’ahmadisme est une branche de l’islam considérée comme hérétique et ostracisée au Pakistan depuis plus d’un demi-siècle. Ses membres, qui reconnaissent des prophètes postérieurs à Mahomet, ont été déclarés non-musulmans par le Pakistan en 1974. Ils font depuis l’objet d’un « apartheid juridique et social », selon Asif Arir, entre arrestations arbitraires et discriminations quotidiennes.

L’ordonnance 20 de 1984, inscrite dans une politique d’islamisation du Pakistan, précise, par exemple, que les ahmadis n’ont pas le droit de prononcer le salut islamique, d’appeler une mosquée « mosquée » ni de faire quoi que ce soit qui pourrait être perçu comme une « posture islamique ».

Peu de procès équitables

Le meurtre de jeudi intervient alors que le ministère pakistanais des Affaires étrangères a réaffirmé son engagement à « rejeter la politique de la haine et de la division », à l’occasion de la visite d’un responsable américain spécialisé dans les questions de minorités.

L’an dernier, six Ahmadis ont été tués en raison de leur foi, selon un rapport annuel publié par la communauté mercredi 29 mars. Quand les auteurs de telles violences sont arrêtés, ils sont souvent relâchés au bout de quelques jours, sans qu’il n’y ait eu de procès équitable.

L’attentat le plus sanglant visant cette communauté a eu lieu à Lahore le 28 mai 2010 : deux mosquées ahmadies avaient été attaquées et près de 90 personnes avaient été tuées.

La Croix du 31.03.2017

Au Pakistan, les minorités musulmanes de plus en plus visées

Vingt personnes ont été assassinées et quatre autres blessées, hier, dans un sanctuaire soufi du Pendjab. Depuis le début de l’année, les attentats meurtriers contre les minorités soufie, chiite et ahmadie se multiplient.
Vingt personnes, dont quatre femmes, ont été tuées au sanctuaire de Mohammad Ali, dans la province du Pendjab, par des hommes armés de bâtons et de couteaux. Trois suspects ont été rapidement arrêtés, dont le gardien du sanctuaire. « Le gardien du site, âgé de 50 ans, a avoué avoir tué ces gens, car il craignait qu’ils ne veuillent le tuer », a déclaré le chef de la police régionale, Zulfiqar Hameed. Avant d’ajouter : « Mais cela pourrait aussi être lié à une rivalité pour le contrôle du sanctuaire. » Le premier ministre du Pendjab, Shahbaz Sharif, a aussitôt demandé à la police de lui remettre un rapport préliminaire, sous 24 heures.
Pendant des siècles, le soufisme a été majoritaire au Pakistan. Mais cette branche mystique de l’islam, propagée dans le sous-continent par des prédicateurs errants au XIIIe siècle, a été supplantée, ces dernières décennies, par des courants sunnites, beaucoup plus « conservateurs ». Et depuis peu, les talibans ou Daech prennent pour cible les sanctuaires des soufis qu’ils jugent hérétiques.
Il semble donc que le massacre hier, dans le sanctuaire, soit un nouveau coup porté aux minorités musulmanes au Pakistan. Ainsi, deux jours plus tôt, un attentat à la bombe, revendiqué par les talibans pakistanais, avait dévasté le marché de Parachinar, capitale de la zone tribale de Kurram, une région majoritairement chiite du nord-ouest du Pakistan, faisant au moins 22 morts et 57 blessés.
Il s’agissait déjà du deuxième crime de masse perpétré, cette année, à Parachinar, une ville située près de la frontière afghane. En février, une vague d’attentats avait ainsi fait plus de 130 morts, choquant les Pakistanais, après une période de calme relatif, poussant l’armée à lancer une nouvelle offensive contre les « insurgés » (talibans).
Au même titre que les soufis, les musulmans chiites, qui représentent environ 20 % de la population pakistanaise, sont considérés comme des hérétiques par les groupes armés pakistanais d’obédience sunnite. Une faction particulièrement active du mouvement des talibans pakistanais, Jamaat-Ul-Ahrar (JuA), avait notamment revendiqué l’attentat de Parachinar. La veille, le jeudi 30 mars, un membre éminent de la minorité ahmadie au Pakistan était abattu par un homme armé circulant à moto, qui a réussi à s’enfuir. Le meurtre a aussitôt été revendiqué par la faction Al-Alami du Lashkar-e-Jhangvi, liée à Daech. La victime, Malik Saleem Lateef, un avocat sexagénaire, se rendait dans un tribunal du district de Nankana Sahib, à une centaine de kilomètres de Lahore. Selon son fils, il a été tué en raison de sa foi ahmadie, une branche de l’islam elle aussi considérée comme hérétique par les sunnites et persécutée de longue date au Pakistan.

La Croix du 02.04.2017

 

 

 


 

 

 

 

PARANORMAL


 

Pour un traitement critique des pseudosciences sur le service public

Lettre ouverte aux médiateurs des programmes de l’audiovisuel public

À l’attention de
— Monsieur Gora Pavel, médiateur des programmes de France Télévisions
— Monsieur Bruno Denaes, médiateur de Radio France

 

Le niveau d’alphabétisation scientifique de la population est d’une importance cruciale dans une société. Les individus font plus facilement des choix raisonnés s’ils peuvent éclairer leurs décisions avec des connaissances fiables. Pour cela, ils doivent savoir estimer la fiabilité des informations mises à leur disposition.

Ainsi que France Télévisions l’explique sur son site :

« La télévision publique a la charge d’informer, d’éduquer et d’animer le débat démocratique. »

Elle a donc pour vocation de donner au public des clés de compréhension du monde basées sur des théories et des faits solidement étayés plutôt que de le flatter dans le sens de ses croyances irrationnelles.

Trop facilement nous moquons la crédulité des créationnistes américains, des complotistes du 11 septembre ou encore des platistes (qui croient que la Terre est plate). Mais en 2017, les français battent les records du monde de défiance envers les vaccins et de confiance envers l’homéopathie, en totale contradiction avec ce que la science nous donne à connaître sur ces sujets.

Hélas, on ne peut que constater l’importance du temps d’antenne voué à promouvoir ou à présenter sans esprit critique des dizaines de pseudosciences et de médecines non conventionnelles (c’est-à-dire des « médecines » dont les vertus thérapeutiques sont ou bien réfutées ou bien encore à prouver). Sans analyse critique, les allégations des pseudo-experts sont reçues comme des vérités validées par le service public et ajoutent un argument d’autorité « vu à la TV » dans l’arsenal de personnes incapables de prouver la justesse de leurs thèses et qui vivent donc de la crédulité des gens.

À une époque où tout le monde déplore l’ère de la « post-vérité », les discours démagogiques, la radicalisation et les ravages de la pensée extrême, et où les pouvoirs publics déclarent régulièrement qu’il faut stimuler l’esprit critique, nous pensons que les journalistes devraient être parmi les premiers à se former pour comprendre la démarche scientifique et connaître les biais cognitifs qui leur font écrire des articles ou des reportages comme ceux que nous listons ci-après. La liste, non exhaustive, indique une forte prépondérance des sujets liés à la santé avec des risques importants d’éloignement des parcours de soin et de retards de diagnostic que de telles croyances peuvent entraîner.

Nous constatons des lacunes importantes au sujet de la manière dont sont produites les connaissances scientifiques et sur le bon usage du doute méthodologique.

Dans le point numéro 8 de la résolution N° 4417 adoptée le 21 février janvier 2017, l’Assemblée Nationale :

« Souhaite que les chaînes de télévision et les stations de radio du service public renforcent l’offre d’émissions scientifiques, en particulier aux heures de plus grande écoute et s’efforcent d’en faire de véritables espaces de savoir, en veillant notamment à y donner la parole aux membres de la communauté scientifique. »

Nous appelons le service public à se montrer exemplaire sur l’exigence de l’utilisation des outils de la pensée critique et sur le refus de toute complaisance face aux discours qui contribuent à éloigner le public de la compréhension de la méthode scientifique.

Pouvons-nous compter sur un engagement de France Télévisions à former et sensibiliser ses journalistes à ces questions ?

L’Association pour la Science et la Transmission de l’Esprit Critique

*

***

*

Liste non exhaustive de reportages et d’émissions du service public qui font la promotion des pseudosciences au mépris des connaissances scientifiques actuelles.

 

En 2016

En 2017

***

 

À l’inverse, saluons les occurrences où les croyances sont abordées et analysées de manière critique, remises dans leur contexte et en partie expliquées.

 

___________________________________________

 

Cette liste sera régulièrement mise à jour. (mise à jour : 29 mars 2017)
Vous pouvez partager cette lettre ouverte au format pdf.

https://www.esprit-critique.org/2017/03/06/traitement-pseudosciences-service-public/

 

 

 

 

 


 

 

 

 

PEDOPHILIE


Marie Collins répond au cardinal Müller

Dans un entretien au Corriere della Sera, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi avait tenté de se justifier sur le manque de coopération de son dicastère dans le cadre de la lutte contre les abus sexuels que mettait en cause l’Irlandaise Marie Collins.

L’Irlandaise Marie Collins, qui a récemment démissionné de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, a vertement répondu, mardi 14 mars, au cardinal Gerhard Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui, dans un entretien au Corriere della Sera, avait tenté de justifier l’attitude de son dicastère.

Lors de sa démission, Marie Collins, elle-même victime d’un prêtre pédophile dans son adolescence, avait sévèrement critiqué le « manque de coopération » de la Curie, et notamment de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), dans la lutte contre les abus sexuels dans l’Église.

Dans sa lettre, publiée par l’hebdomadaire américain National Catholic Reporter, Marie Collins dresse une liste de rendez-vous manqués, de réunions annulées ou de courriers dont la CDF n’a pas tenu compte, soulignant l’absence de contacts réguliers entre la commission et la congrégation.

Elle critique notamment le fait que, comme l’explique lui-même le cardinal Müller, « après un intense dialogue entre différents dicastères engagés dans la lutte contre la pédophilie dans le clergé », il avait été décidé de ne pas concrétiser le « projet » d’un tribunal interne à la CDF pour juger les manquements des évêques dans leur gestion des abus.

« C’était un projet, dites-vous, seulement un projet ? », s’indigne l’Irlandaise, rappelant que le pape avait explicitement demandé « l’établissement d’une nouvelle section judiciaire » au sein de la CDF avec « la nomination d’un personnel stable » et d’un « secrétaire pour assister le préfet pour ce tribunal » auquel des ressources ont déjà été affectées.

Elle souligne ainsi que la Congrégation pour la doctrine de la foi a délibérément passé outre une demande expresse du pape.

Enfin, alors que le cardinal Müller dit n’avoir « jamais eu la chance de la rencontrer », Marie Collins lui rappelle un dîner à ses côtés à Dublin (Irlande), peu de temps après sa nomination…

Cette réponse de l’ancienne victime au cardinal Müller fragilise un peu plus le préfet de la CDF, dont certains ont publiquement demandé la démission, alors que celui-ci est déjà en délicatesse avec le pape sur plusieurs sujets, notamment l’interprétation de l’exhortation Amoris laetitia.

La Croix du 14.03.2017

Pédophilie, l’Église traquée par « Cash investigation »

Si « Cash investigation » donne la parole à de nombreux responsables d’Église, souvent de manière agressive, certains refusent de répondre, d’autres semblent mal à l’aise, non préparés, quand ils ne reportent pas les responsabilités sur d’autres.

Pédophilie dans l’Église : le poids du silence

20 h 55 sur France 2

Dans le tumulte de l’affaire Preynat, l’équipe de « Cash investigation » a lancé en avril 2016 une enquête au long cours sur le sort des prêtres pédophiles dans l’Église catholique. Une enquête, en collaboration avec Mediapart, menée comme elle l’aurait fait pour les multinationales auxquelles s’attaque régulièrement le magazine d’Élise Lucet. De Lyon à Rome, en passant par la Guinée et les États-Unis : parfois en caméra cachée, Martin Boudot est parti sur les traces de prêtres accusés ou déjà condamnés, traquant leurs supérieurs pour leur demander des comptes quand aucun signalement n’avait été fait à la justice, ou qu’ils avaient été exfiltrés ailleurs. L’équipe de « Cash investigation » a ainsi établi une carte inédite mettant en évidence les déplacements de prêtres pédophiles dans le monde. Sans préciser que, lorsque les conférences épiscopales nationales ont pris la mesure du scandale, l’exfiltration s’est considérablement réduite.

On regrettera, de fait, que le documentaire mêle sans distinction affaires récentes et passées et ne montre que les cas mal gérés.

La Conférence des évêques de France a décliné l’invitation de « Cash »

Si « Cash investigation » donne la parole à de nombreux responsables d’Église, souvent de manière agressive, certains refusent de répondre, d’autres semblent mal à l’aise, non préparés, quand ils ne reportent pas les responsabilités sur d’autres. Sollicitée pour réagir en plateau à ce documentaire, la Conférence des évêques de France a d’ailleurs décliné l’invitation, dénonçant dans un communiqué des manquements à la déontologie journalistique.

Au-delà de ses méthodes musclées et de ses raccourcis, ce documentaire a pour mérite de confronter les responsables d’Église à la question de savoir si un prêtre qui a agressé des mineurs, même quand les faits sont prescrits ou situés dans une province reculée du Cameroun, doit répondre de ses crimes et tenter de réparer l’irréparable… La réponse de certains ne semble pas encore évidente.

La Croix du 21.03.2017

La réponse de « Cash investigation » à l’Église de France

À la suite de l’interview à La Croix de Vincent Neymon, porte-parole adjoint de la Conférence des évêques de France, expliquant son refus de participer au débat qui suivra le documentaire sur la pédophilie de « Cash investigation » diffusé mardi 21 mars, le rédacteur en chef de l’émission, Emmanuel Gagnier réagit. Voici leur communiqué.

« Nous découvrons avec surprise les déclarations de Vincent Neymon, porte-parole adjoint et directeur de la communication de la Conférence des évêques de France dans les colonnes de La Croix.

M. Neymon déclare : "Nous avons eu des échanges avec Élise Lucet et son équipe dès le mois d’octobre 2016, quelques semaines avant l’Assemblée plénière des évêques de novembre à Lourdes. Ils ont menacé de venir sous le nom d’un autre média si nous refusions de les accréditer, ce que nous avons perçu comme une sorte de chantage."

Nous tenons à condamner avec la plus grande fermeté ces déclarations à caractère diffamatoire et pour le moins inexactes qui jettent le discrédit sur le sérieux de notre enquête.

Lors de notre demande d’accréditation le 19 octobre 2016 (et dans les échanges qui ont suivi), nous n’avons jamais menacé nos interlocuteurs de la CEF de venir sous le nom d’un autre média, ou exercé toute forme de chantage. Nous pouvons fournir tous les éléments qui démontrent que cette affirmation de M. Neymon est erronée. Par ailleurs, venant à Lourdes avec Élise Lucet, il nous aurait été difficile de nous prévaloir d’un autre média.

Au contraire, nous avons travaillé en toute transparence. L’équipe de Cash a eu Vincent Neymon longuement au téléphone le 27 octobre 2016 pour préparer l’entretien entre Élise Lucet et Mgr Crépy.

Enfin Monsieur Neymon nous accuse de "grand mépris". Cette accusation est incompréhensible. Dans le documentaire, nous avons donné très largement la parole aux responsables de l’Église. Et le film permettra à chaque téléspectateur de se forger sa propre opinion, loin du procès d’intention que nous intente M. Neymon.

Nous regrettons que le directeur de la communication de la Conférence des Évêques de France ait préféré lancer une polémique publique plutôt que de venir débattre sur notre plateau, et ce malgré nos nombreuses invitations ».

La Croix du 21.03.2017

Ce qu’il reste à faire contre la pédophilie

Alors que la diffusion hier soir, sur France 2, d’un documentaire mettant en cause la gestion par l’Église catholique de prêtres pédophiles a suscité une polémique, l’épiscopat français n’est pas resté immobile depuis vingt ans, même si les changements de culture sont encore lents.
Qu’a fait l’Église de France pour lutter contre la pédophilie ?
L’Église de France s’est longtemps félicitée d’être en avance en matière de lutte contre la pédophilie. De fait, dès octobre 1998, Marie-Jo Thiel, médecin et professeur d’éthique à l’université de Strasbourg, soulève la question dans un article de la revue Documents Épiscopat.
Avant même les scandales qui vont secouer les États-Unis et l’Irlande, l’épiscopat français s’empare du dossier, lors de l’assemblée de 2000, à Lourdes, en pleine affaire Bissey, du nom de ce prêtre pédophile couvert par son évêque, à Bayeux, Mgr Pierre Pican, qui écope lui-même de trois mois de prison avec sursis pour « non-dénonciation de crime et d’atteinte sexuelle sur mineurs de 15 ans ». Dès 2000, les évêques français s’engagent à signaler les faits à la justice civile, alors même qu’à l’époque, Rome n’est pas encore clair sur ce point, voulant centraliser ces dossiers épineux.
À la suite de cette assemblée, une brochure conçue par des médecins, juristes et psychologues et intitulée Lutter contre la pédophilie est tirée à 100 000 exemplaires en 2002. Ses consignes sont sans équivoque : « Lorsque quelqu’un a connaissance d’(…) atteintes sexuelles sur des mineurs de moins de 15 ans, il doit en informer la justice. (…) La dénonciation s’impose. » La brochure est mise à jour en 2010 et en 2016. Entre-temps, la Conférence des évêques de France a remis à l’agenda de l’Assemblée plénière une formation pour les nouvelles générations d’évêques. Le protocole est clair : prescrits ou pas, les faits doivent faire l’objet d’un signalement systématique au procureur.
C’est l’affaire Preynat et les révélations des médias, en janvier 2016, qui vont pousser l’Église de France à passer à la vitesse supérieure. L’ancienne cellule de veille mise en place en 2003 pour coordonner les bonnes pratiques en la matière devient une cellule de lutte permanente contre la pédophilie au niveau national, avec un site Internet et une adresse mail : « Toute personne ayant été abusée par un prêtre il y a cinquante ans ou récemment peut désormais entrer en contact direct avec la CEF ou l’évêque local », assure Mgr Luc Crepy, évêque du Puy-en-Velay, qui pilote cette cellule. Des cellules diocésaines ou interdiocésaines sont mises en place pour l’accueil des victimes. La première rencontre nationale des référents des diocèses pour les questions de pédophilie a eu lieu à Paris en décembre. Une commission indépendante est aussi mise en place pour évaluer les dossiers complexes et faire des recommandations aux évêques.
Que reste-t-il à faire ?
Point aveugle de ces mesures, l’accueil des victimes n’a été que très peu pris en compte jusqu’à récemment. Les choses ont commencé à évoluer depuis un an, laissant espérer un changement durable de culture. Chaque évêque étant maître dans son diocèse, c’est bien de sa responsabilité que dépendent le signalement à la justice et le suivi du prêtre incriminé, après sa condamnation. « Il est important que les évêques rencontrent des victimes : cela change de fond en comble leur compréhension du traumatisme provoqué par ces abus et leur gestion de ces affaires », constate Marie-Jo Thiel. Le travail de conscientisation doit être poursuivi : des formations dans les séminaires, auprès des prêtres, religieux et laïcs en responsabilité sont d’ailleurs programmées par la cellule de lutte contre la pédophilie. À ce stade, cette dernière n’a qu’un rôle de conseil. Or, il serait plus efficace que cette cellule nationale dispose de l’ensemble des dossiers de manière systématique – et non informelle – afin de mieux encadrer le suivi des prêtres abuseurs, surtout quand ils changent de diocèse, les évêques n’ayant pas toujours le temps et les moyens de l’assurer. Enfin, un travail théologique de fond reste également à mener, estime Marie-Jo Thiel, « pour essayer de comprendre ce qui est sous-jacent à ce phénomène de pédophilie dans l’Église dans les années 1960, 1970, 1980 ».
Polémique entre la Conférence épiscopale et « Cash Investigation »
Invitée à participer au débat suivant la diffusion du documentaire de « Cash Investigation », la Conférence des évêques de France (CEF) a décliné, mettant en avant dans un communiqué des manquements à la « déontologie journalistique » de la part de l’équipe d’Élise Lucet. Dans un entretien paru lundi sur la-croix.com, Vincent Neymon, directeur de la communication et secrétaire général adjoint de la CEF, regrettait « le grand mépris » dont l’Église avait été l’objet. Une affirmation vivement contestée, sur le même site, par le rédacteur en chef de « Cash Investigation ».

La Croix du 22.03.2017

Le porte-parole des évêques sur la pédophilie : « Il y a eu une culture du silence. Nous voulons la briser »

Mgr Olivier Ribadeau Dumas, porte-parole des évêques affirme avoir vu dans Cash investigation « une émission uniquement à charge qui ne met pas en valeur tout ce qui a été fait depuis un an » en termes de « lutte et prévention » des abus sexuels dans l’Église.

Le porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Olivier Ribadeau Dumas, a dit mercredi 22 mars sa « honte » mais aussi sa « détermination » à agir contre la pédophilie dans l’Église, après les accusations de Mediapart et de l’émission Cash investigation.

« J’éprouve un sentiment profond à la fois de honte, d’humilité et de détermination parce que je suis bien conscient que nous avons commis des erreurs, qu’il y a eu des silences coupables, qu’on a plus voulu défendre l’institution que faire la légitime place aux souffrances des victimes », a souligné le porte-parole dans un entretien à l’AFP.

« Des erreurs d’appréciation et de gouvernement »

L’équipe de Cash Investigation dans une émission diffusée mardi soir sur France 2 et des reporters associés au site d’information Mediapart ont dénoncé le « silence » de l’Église de France et accusé 25 évêques – dont 5 sont encore en poste, les autres étant à la retraite ou décédés – d’avoir « couvert » 32 « agresseurs » ayant commis des abus sexuels sur 339 victimes.

« Il y a eu des erreurs d’appréciation et de gouvernement, comme l’a reconnu le cardinal Barbarin (archevêque de Lyon). Mais aucun évêque condamné pour avoir caché des faits n’est en poste aujourd’hui », a réagi Mgr Ribadeau Dumas.

Selon ce responsable, « Cash investigation comme Mediapart n’ont pas révélé de faits nouveaux. Mais il y a une agrégation de faits qui prend une dimension vertigineuse, il faut le reconnaître ».

Le porte-parole des évêques affirme avoir vu « une émission uniquement à charge et qui ne met pas en valeur tout ce qui a été fait depuis un an » en termes de « lutte et prévention » des abus sexuels dans l’Église. Des mesures ont été annoncées en avril 2016, notamment la création de cellules d’écoute des victimes sur tout le territoire et d’une commission d’expertise pour régler les cas de prêtres litigieux.

« Il y a eu une culture du silence. Nous voulons la briser pour avoir une culture de l’écoute et de l’accompagnement des victimes : nous sommes entrés me semble-t-il dans cette nouvelle phase, ça met sans doute trop de temps. On ne fait pas bouger les mentalités comme ça », a-t-il expliqué.

La Croix du 22.03.2017

France : quand l’Église couvre les agissements pédophiles de certains prêtres en Afrique

Pour échapper aux poursuites de la justice, des prêtres impliqués de pédophilie ont été exfiltrés du continent avec le concours de leur hiérarchie, ont révélé lundi le site Mediapart et l'émission Cash investigation.

L’enquête, qui doit être diffusée mardi 21 mars à 20h55 sur France 2, met notamment l’accent sur les Frères de Saint-Jean, dont les membres sont surnommés les « petits-gris » en raison de leur vêtement sobre. Créée en 1975, cette communauté dépendante de l’évêque d’Autun, en France, est très influente en Afrique, où elle dispose de six prieurés. Pourtant, en 2014, les frères de celui de Bertoua, au Cameroun, où ils avaient élu domicile en 1987, ont dû précipitamment plier bagages.

Selon Mediapart, cette fermeture n’aurait rien de fortuit. Elle ferait suite à une série d’agressions sexuelles envers de jeunes adolescents au sein même du monastère. Des agissements qui auraient donné lieu à plusieurs plaintes, vite étouffées par la hiérarchie ecclésiastique et la justice camerounaise…

« Les prêtres ne sont pas des justiciables »

Ainsi, l’archevêque du diocèse de Bertoua, Mgr Joseph Atanga, a adressé une missive – reproduite par le site Mediapart – au frère Thomas Joachim, le supérieur des petits-gris, dans laquelle il reconnaît « avoir pesé de tout son poids » pour éviter que « les frères mis en cause (soient) traînés devant les tribunaux au risque de ternir l’image de notre Église ». À l’une des victimes présumées d’un frère, le substitut du procureur aurait répété que « les prêtres ne sont pas des justiciables ».

Autre affaire mise en évidence : celle du frère Jean-François Régis, également membre de la Communauté des Frères de Saint-Jean, qui se serait rendu coupable de plusieurs agressions envers des adolescents ivoiriens en 2007. Malgré des aveux circonstanciés à son supérieur, ce dernier ne l’aurait pas dénoncé aux autorités judiciaires. Du coup, le prêtre récidive dès son retour en France, en 2009. Et il faudra attendre encore six ans pour qu’il soit condamné en avril 2016 après avoir livré ses aveux aux policiers.

L’émission Cash investigation diffuse ce mardi soir à 20h55 sur France 2 le film Pédophilie : la loi du silence, réalisé en partenariat avec Mediapart.

http://www.jeuneafrique.com/419343/societe/france-leglise-couvre-agissements-pedophiles-de-certains-pretres-afrique/

21 mars 2017

 

Père Stéphane Joulain : « Les évêques doivent rendre des comptes sur leur lutte contre la pédophilie »

Le Père Stéphane Joulain, père blanc, psychothérapeute spécialisé dans le traitement des abus sexuels, a suivi en thérapie près de 200 pédophiles et donne dans différents pays de nombreuses formations en matière d’éducation et de prévention.

À ses yeux, l’Église doit se doter d’instances de contrôle et collaborer étroitement avec les victimes, si elle veut véritablement instaurer une culture de lutte contre la pédophilie.

La Croix : Peut-on parler d’un « système » d’exfiltration des prêtres pédophiles, comme le soutiennent les journalistes de Cash Investigation et de Mediapart ?

Père Stéphane Joulain : Je ne parlerais pas de système, dans le sens où il y aurait une volonté institutionnelle de cacher les abus sexuels sur mineurs commis par des prêtres, mais plutôt d’une pratique qui était coutumière dans l’Église.

Comment expliquez-vous qu’elle ait perduré si longtemps et même, dans certains cas, après l’engagement des évêques français à Lourdes, en 2000, de signaler à la justice toute plainte en la matière ?

Père Stéphane Joulain : Les pratiques ont la peau dure… En la matière, elle s’explique en partie par la peur du scandale, la protection de l’institution. Ne pas entacher l’image de l’Église. Et pourtant, on a bien vu aux États-Unis que cette volonté de camoufler pour protéger l’Église du scandale n’a fait qu’abîmer sa réputation. Si les gens avaient pu pardonner les crimes des abuseurs, ils ne pardonnent pas, en revanche, le fait que des évêques les aient camouflés.

> À lire aussi. Le porte-parole des évêques sur la pédophilie : « Il y a eu une culture du silence. Nous voulons la briser »

La solidarité entre les évêques et leur prêtre a pu jouer également…

Père Stéphane Joulain : Certains traits de cléricalisme ont pu entraîner une fausse solidarité sacerdotale. En bon proverbe romain, on dit qu’un âne gratte toujours le dos d’un autre âne. Autrement dit, certains ont pu être tentés de protéger les leurs… en oubliant les victimes.

Il y a certainement aussi, parfois, une méconnaissance des conséquences de l’abus sexuel. Certains n’y voient qu’une affaire de sexe, de la même manière qu’ils auraient à gérer un prêtre ayant une compagne. Ils réduisent les abus sur mineurs à une question de moralité, un péché contre le sixième commandement, mais on ne peut mettre ces abus sur le même plan que des relations sexuelles entre adultes consentants.

L’Église se présente comme experte en humanité, comment se fait-il qu’elle ne le soit pas toujours sur le sujet de la pédophilie ?

Père Stéphane Joulain : L’Église se perçoit trop souvent comme une société parfaite. Mais elle est une société faite d’hommes, l’humanité est marquée par le péché. Que des hommes commettent des fautes, ce n’est pas surprenant, ce qui l’est, c’est qu’elle se complaise là-dedans et ne cherche pas à s’améliorer.

Il n’est pas évident de croire les évêques lorsqu’ils affichent aujourd’hui leur détermination, alors qu’ils nous ont dit la même chose en 2000. Personne ne leur a demandé des comptes entre-temps. C’est le gros problème. Ils ont publié une brochure Lutter contre la pédophilie à destination des éducateurs. On sait que le problème concerne des prêtres qui ont abusé mais on fait un livre à destination de tous les éducateurs qui pourraient abuser, avec une page sur les prêtres. Si un texte pouvait changer une culture, cela se saurait…

Aux États-Unis, la conférence des évêques doit publier chaque année un rapport sur la protection des enfants dans lequel ils indiquent ce qu’ils ont fait concrètement. Au sein de ma congrégation, j’anime aussi un réseau des délégués à la protection de l’enfance, chargés de faire en sorte que nos lieux de mission soient sûrs. Chaque année, ils doivent m’envoyer un rapport indiquant où ils en sont. C’est cela qu’on attend des évêques : pas simplement qu’ils nous disent qu’ils font des choses, mais concrètement, ce qu’ils font.

Une instance de contrôle en quelque sorte ?

Père Stéphane Joulain : Exactement, une instance qui puisse vérifier comment tel dossier a été géré dans tel diocèse, ce qu’il faut améliorer ou changer dans tel autre, combien de formations ont été dispensées dans les séminaires et sur quoi. Car j’ai suivi certaines formations qui étaient très insuffisantes…

Aux États-Unis, l’Église américaine a attribué à cette instance de contrôle des pouvoirs spécifiques et tous les diocèses doivent collaborer. Lorsqu’un diocèse ne collabore pas, c’est indiqué en rouge dans le rapport qui est rendu public chaque année, sur le site Internet de la conférence épiscopale américaine. Tout le monde est au courant. En d’autres termes, il s’agit d’être transparents et de rendre des comptes sur ce qu’ils font en matière de prévention, d’intervention et d’éducation.

La grande leçon que l’Église catholique doit apprendre, c’est à agir avec les victimes. Que les deux victimes membres de la commission de lutte contre la pédophilie à Rome soient parties en claquant la porte pose de sérieuses questions.

Faut-il renvoyer systématiquement de l’état clérical les prêtres ayant commis des abus sexuels sur mineurs ?

Père Stéphane Joulain : C’est une question très difficile. Il faut d’abord reconnaître que ces hommes ne sont pas dignes d’exercer le ministère du prêtre. Ils peuvent célébrer la messe pour eux personnellement, mais ils ne peuvent plus célébrer les sacrements pour les autres ni exercer de charge de prêtre. Ensuite se pose la question : que faire d’eux ?

Quand il s’agit d’un homme d’une quarantaine d’années, qui a la possibilité avec une bonne thérapie, de recommencer sa vie, je lui conseille de demander à être déchargé de l’état clérical. Mais quand c’est un homme de 65-70 ans, c’est beaucoup plus difficile d’entamer une thérapie et, s’il se retrouve dans la nature, en période de stress, sans soutien, il risque de recommencer. Une vie de pénitence et de prière, comme l’envisage le pape François pour ces personnes, peut être une solution intéressante car elle protège la société. Mais on ne peut pas tous les mettre dans un monastère, les monastères ne sont pas faits pour ça. Il n’y a pas de solution idéale. Il faut travailler au cas par cas, évaluer si on a les moyens d’une supervision.

 

La Croix du 26.03.2017

 

« Pédophilie à Lyon : et si on faisait confiance à la justice… »


P. Stéphane Joulain, Société des missionnaires d’Afrique


Le P. Stéphane Joulain, missionnaire d’Afrique, qui a une expérience d’écoute de victimes d’abus sexuels, invite à faire confiance dans le système judiciaire français. Pour faire son travail et faire surgir la vérité, celui-ci a besoin d’un climat de sérénité que la campagne médiatique de ces dernières semaines ne sert pas.
La réaction systémique qui actuellement s’organise en forme de mur de protection autour de l’archevêque de Lyon est un phénomène inquiétant. Si derrière ces prises de paroles apparaissent de véritables enjeux de pouvoir au sein de la société française et de l’Église qui est en France, personne ne semble vraiment s’inquiéter de la manière dont les victimes d’abus sexuel commis par des prêtres peuvent se sentir à chaque fois qu’elles découvrent qu’une nouvelle voix vient s’ajouter pour défendre l’intégrité du Cardinal Barbarin.
Il est important de rappeler que pour l’instant la justice ne s’est pas encore prononcée. Va-t-elle recevoir les plaintes, les instruire, va-t-il y avoir un procès ? Personne ne le sait encore. Ce n’est pas parce qu’une personne est accusée dans les médias qu’elle va l’être devant les tribunaux. Et pourtant, de nombreuses voix réagissent comme si c’était déjà le cas, comme s’il était déjà mis en accusation et qu’il fallait lui assurer une défense à tout prix. Comme si l’Église était si fragilisée qu’il faille la défendre coûte que coûte.
Un besoin de calme et de sérénité
Même si le système judiciaire en France peut avoir des faiblesses, les femmes et les hommes qui y exercent la justice au nom du peuple français le font en général avec intégrité et professionnalisme. Alors pourquoi ne pas leur faire confiance ? Par contre, pour qu’elles puissent faire leur travail de recherche de la vérité de manière juste, elles ont aussi besoin de calme et de sérénité. La campagne médiatique que certaines personnes ont engagée ne contribuera certainement pas à créer ce climat de sérénité, ni à faire surgir la vérité.
En décryptant les différentes interventions, il est possible de constater qu’il y a une intention assez claire de détourner l’attention que les médias portent à l’Église catholique et aux derniers événements lyonnais. Il est vrai que toutes les attaques que subit l’institution ne sont pas purement altruistes, et l’intérêt des victimes n’est pas toujours la priorité. Toutefois, certaines personnes dans leur contre-attaque essayent de diriger l’attention médiatique vers d’autres lieux où l’abus existe comme l’Éducation nationale ou encore la famille. L’Église catholique n’est pas la seule institution dans laquelle des abus sexuels sur mineurs ont eu lieu. Toutes les institutions où des enfants sont présents sont des lieux dans lesquels des risques existent. Dans de nombreuses familles, des enfants sont confrontés aux abus de toute sorte. Cependant, malgré certains chiffres qui sont avancés de manière erronée, il n’existe pas d’études comparatives suffisamment sérieuses et rigoureuses d’un point de vue scientifique qui pourraient permettre d’établir des comparaisons.
Sur-traumatisation médiatique
Mais l’on doit tous s’interroger : « Comparer, pourquoi faire ? »
Lorsque ces personnes cherchent à détourner l’attention, lorsqu’elles disent ce que la presse rapporte, qu’ont-elles vraiment dit ? Et à qui ?
Ceux qui utilisent ce type de discours apologétique, oublient malheureusement qu’à chaque fois qu’ils disent cela, des victimes se sentent insultées, rejetées. Cette sur-traumatisation médiatique, c’est encore « blâmer les victimes ». En essayant de faire ce genre de comparatif entre Église et Éducation nationale, ces personnes ne s’en rendent probablement pas compte mais le message inconscient qui passe est le suivant : « Mais voyons, c’est partout pareil, ce n’est pas pire dans l’Église qu’ailleurs, alors pourquoi venez-vous vous plaindre ? » Ou pire encore : « Allez voir ailleurs ! »
Certainement personne ne voudrait être à la place du Cardinal Barbarin, néanmoins à trop vouloir faire front autour de lui et en ne faisant pas confiance à la justice, ce sont les victimes qui payent encore de leur personne le drame de l’abus qu’elles ont subi et c’est faire obstacle à la vérité.
Souffrance et colère légitime des victimes
Accompagner des victimes d’abus sexuel apprend que derrière une colère légitime qui s’exprime chez de nombreuses victimes envers l’Église comme institution, il y a une immense souffrance. Pour celles et ceux qui n’ont pas perdu tout espoir, qui ne se sont pas suicidés ou qui pour se protéger et survivre n’ont pas préféré tout rejeter, parfois il existe un désir de retrouver un chemin de vie avec l’Église du Christ. Tous ceux et celles qui crient leurs souffrances quand ils ou elles y arrivent ne désirent pas voir l’Église disparaître dans les flammes de l’enfer, elles veulent savoir si elles peuvent encore faire partie de cette Église. Ce que certaines de ces personnes désirent c’est être entendues par cette Église, être accueillies avec la fragilité de leur être, avec le drame de leur vie. Pour celles qui ont encore un peu d’espérance dans leur cœur, elles attendent un peu de consolation, un regard de compassion, de miséricorde envers elles, non pas qu’elles aient quelque chose à se reprocher, à se faire pardonner, mais elles veulent expérimenter cet amour inconditionnel de Dieu pour tous ses enfants, un amour qui répare, un amour qui relève, un amour qui ressuscite. Pour les autres, celles dont l’abus a brisé la foi et l’espérance chrétienne elles attendent reconnaissance, vérité et justice.
En tant qu’Église, comme Peuple de Dieu, nous sommes invités par la Parole de Dieu à être attentif à celles et ceux qui souffrent et à rechercher la Vérité et la Justice du Royaume. Le Psaume 84 proclame « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit. La justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin. »
Que cette Parole de Dieu puisse résonner dans notre cœur et qu’Elle nous montre le chemin d’Emmaüs sur lequel le Christ nous invite à marcher aux côtés des victimes.


 

La Croix du 22.03.2017

 

Viols sur mineurs, vers un délai de prescription à trente ans ?


La mission de consensus présidée par Flavie Flament, dont La Croix dévoile les préconisations, remet aujourd’hui ses conclusions au gouvernement.
Faut-il ou non allonger les délais de prescription pour les viols sur mineurs ? Chaque nouveau scandale pédophile relance le débat. De nombreuses victimes – soutenues par des psychiatres de renom – réclament l’abrogation pure et simple de la prescription, comme c’est le cas en Suisse, au Royaume-Uni ou en Californie. En face, magistrats et parlementaires prônent le statu quo, rappelant qu’en France les victimes mineures bénéficient déjà d’une dérogation leur permettant de dénoncer leurs agresseurs durant vingt ans à compter de leur majorité. Soit jusqu’à leurs 38 ans.
C’est dans ce contexte, et après les accusations ayant visé le Père Preynat ou le photographe David Hamilton (par Flavie Flament), que Laurence Rossignol a mis en place fin 2016 une « mission de consensus », en confiant la présidence à la présentatrice de télévision et au magistrat Jacques Calmettes. Objectif : dresser un bilan – le plus dépassionné possible – de l’état des connaissances en la matière et faire des recommandations.
Remis aujourd’hui à la ministre, le rapport prend une option médiane en prônant l’allongement de la prescription à trente ans. Un délai justifié, selon les auteurs, par la nécessité de contrebalancer tout ce qui peut freiner la prise de parole des victimes. À commencer par le conflit de loyauté et la relation d’emprise vis-à-vis de leur agresseur, souvent un proche. Mais aussi l’amnésie traumatique qui amène l’enfant à se déconnecter de ce qu’il a subi et ne lui fait recouvrer la mémoire que tardivement.
Reste à savoir si la prochaine majorité reprendra à son compte une telle préconisation. Pas sûr. Les parlementaires viennent juste de voter le doublement des délais de prescription et ont refusé tous les amendements en ce sens. En invoquant, notamment, le risque de dépérissement des preuves plusieurs décennies après les faits, et d’erreur judiciaire. On ne peut toutefois exclure qu’un prochain scandale fasse bouger les lignes. Le principe de la prescription fait de plus en plus débat : reconnaître aux agresseurs un droit à l’oubli pour préserver la paix sociale – c’est le fondement de la prescription – est de moins en moins admis par l’opinion publique.
Plus consensuelles, les autres préconisations du rapport n’en sont pas moins intéressantes. Il plaide pour le lancement d’une campagne de sensibilisation, la mise en place d’un médecin référent dans les hôpitaux, le recueil systématique de la parole des victimes par la justice – même quand les faits sont prescrits – ainsi que la prise en charge à 100 % des soins psychiques.
Le rapport rappelle qu’en France 3,7 % des femmes et 0,6 % des hommes disent avoir été victimes de viol ou de tentative de viol. Pour plus de la moitié des femmes et trois quarts des hommes, cette agression a eu lieu avant leurs 18 ans et, dans la majorité des cas, au sein du cercle familial ou proche.

La Croix du 10.04.2017
 


 

 

 

 

 

POPULISME


« L’essence du populisme, c’est l’anti-pluralisme »

Jan-Werner Müller, professeur à l’université de Princeton, (1) analyse l’essence du populisme et la difficulté qu’ont rencontrée jusqu’alors les discours destinés à le contrer.

Qu’est-ce que le populisme ?
Jan-Werner Müller : Ceux qui critiquent les élites sont souvent qualifiés de populistes. La particularité du populisme réside pourtant ailleurs : ses leaders affirment toujours être les seuls représentants du « peuple vrai » ou de la majorité silencieuse. Ce monopole moral qu’ils revendiquent engendre une double exclusion dangereuse pour la démocratie. Premièrement, tous les autres partis sont illégitimes, corrompus, « tous pourris ». Deuxièmement, les citoyens qui ne les soutiennent pas politiquement n’appartiennent pas à ce « peuple vrai ».
L’essence du populisme, ce n’est donc pas la critique des élites mais l’anti-pluralisme. Or il n’existe aucune démocratie sans pluralisme. Ajoutons que contrairement à ce qu’ils prétendent, les populistes n’ont pas derrière eux la majorité des perdants de la mondialisation. Affirmer par exemple qu’aux États-Unis, l’ensemble de cette catégorie a voté Trump est tout simplement faux.

Que se passe-t-il lorsque les populistes arrivent au pouvoir ?
Jan-Werner Müller : Longtemps, on a pensé que les populistes ne pouvaient pas gouverner et qu’il s’agissait d’un mouvement purement protestataire, aux offres politiques simplistes. Mais plusieurs partis populistes sont aujourd’hui au pouvoir, par exemple en Hongrie, en Pologne, en Turquie, en Inde et même aux États-Unis. En pratique, ces régimes ont tendance à confisquer l’État et à abolir toute administration neutre, au nom du même argument moral : l’État est là pour le peuple et comme nous sommes le peuple, nous prenons l’État. Aux États-Unis, Donald Trump dénonce ainsi la « trahison » des bureaucrates.
Et comme l’État providence n’existe que pour le « peuple vrai », les populistes mettent en place un clientélisme de masse.
Toujours au nom du peuple, ils n’acceptent aucune opposition, délégitiment toute manifestation contraire, forcément manipulée. Ils attaquent aussi les institutions indépendantes, comme les cours constitutionnelles ou les médias – voir les saillies de Donald Trump contre la presse « ennemie du peuple » ou contre les juges.

Pourquoi a-t-on échoué à contrer ces mouvements ?
Jan-Werner Müller : Deux stratégies ont montré leur inefficacité. Premièrement, l’exclusion totale. Elle renforce la conviction qu’il existerait des sujets tabous et qu’il serait immoral de ne pas donner la parole à une partie des citoyens. Si en outre les partis démocratiques s’allient, il est facile pour les populistes de souligner qu’il n’existe pas vraiment de différences idéologiques entre eux.
Deuxièmement, la destruction par imitation, tentée par Nicolas Sarkozy. Outre qu’il est très facile de dévaloriser cette pâle copie, cette stratégie a une conséquence morale fâcheuse : elle peut modeler durablement un paysage politique, provoquer sa droitisation par exemple. Aux Pays-Bas, les populistes ont ainsi changé la vie politique sans jamais accéder au pouvoir, leurs idées s’étant imposées malgré leur récente défaite électorale.

Que peut-on faire à présent ?
Jan-Werner Müller : Tout d’abord, le dialogue est indispensable. Mais parler aux populistes ne signifie pas parler comme eux. Souvent, on commence par les traiter de démagogues et ensuite, on fait comme s’ils détenaient la vérité sur la société, notamment sur les préoccupations des classes populaires. Ce serait par exemple terrible que les sociaux-démocrates acceptent l’idée que la population ouvrière n’aime pas les étrangers. Ensuite, il faut lutter contre leurs propositions avec des convictions et des offres politiques, sans les délégitimer systématiquement de manière morale.
Les traiter de menteurs est trop simple – même s’il existe un mensonge fondamental dans leur discours qui tient à leur définition du peuple. Et il faut souligner clairement que leurs propos ne sont pas acceptables en démocratie. On peut bien sûr débattre de l’immigration, mais la théorie du grand remplacement, utilisée par le parti allemand « Alternative für Deutschland » (AfD), n’est pas admissible.

Quelle lecture faites-vous de la campagne française ?
Jan-Werner Müller : Marine Le Pen reste populiste malgré sa stratégie de dédiabolisation, dont elle est même pionnière en Europe. Son slogan « La France apaisée » a été copié en Allemagne, l’AfD s’autoproclamant le « parti de la paix sociale ». Mais ce qui se joue de plus intéressant concerne les autres candidats. Nous avons eu trop tendance à regarder le populisme comme un phénomène isolé. Un parti « classique » peut devenir populiste, comme celui de Viktor Orban. Et la France n’est pas immunisée contre ce danger.

(1) Auteur de Qu’est-ce que le populisme ? Définir enfin la menace, Premier Parallèle, 2016.

La Croix du 05.04.2017

 

 

 


 

 

 

 

RACISME


La Croix du 06.04.2017
 

 

 

 


 

 

 

 

RAELIENS


Une soirée incognito chez les Raëliens

Face à l’annulation de leur conférence au Coteau, les Raëliens ont décidé de diffuser leur message en direct sur le web.

Jeudi 23 mars, en début de soirée, après l’annulation soudaine de leur conférence, les Raëliens ont trouvé refuge sous un abribus, tout contre l’hôtel qui devait les accueillir, au Coteau.
«Il savait qu'on était Raëliens. On n'a rien à cacher. Il a même demandé si Raël vivait toujours au Canada… ». Pas de doute pour ces fidèles, brandissant notre Une de ce jeudi-là ( Le Pays du 23 mars ), si l'hôtelier costellois a préféré annuler la conférence, c'est face à la « pression des journaux » . Le gérant de l'établissement, lui, dément du bout des lèvres avoir été informé de la teneur de l'événement : « Je n'étais pas spécialement au courant, non ».
« Notre message dérange »
Sous la pluie, à côté d'une pancarte flanquée d'une soucoupe volante, sous un abribus, une poignée de membres de ce que l'État considère comme une secte, expliquent aux curieux, dont nous sommes (*), les raisons de ce revirement. « C'est dommage, mais au moins… whaou, ça nous montre qu'on est en plein dedans », souffle un homme, persuadé de la malveillance de médias à la botte d'un complot quelconque. Lequel ? Tout ça n'est pas très clair. Avec un ami, ils sont venus « pour sortir de la matrice ». « Tout le monde vous déteste, vous, les journalistes, un jour il faudra tout faire péter », aboie-t-il en direction de notre confrère du Progrès.
« Notre message dérange », commente une Raëlienne. Comme les autres, autour du cou, elle arbore fièrement le symbole raëlien, un svastika (croix gammée) au milieu d'une étoile de David, représentation de l'infini. Elle invoque la liberté d'expression et l'article 18 de la Déclaration des droits de l'Homme pour justifier du prosélytisme conduit par la secte. Un qualificatif d'ailleurs réfuté. « On n'est pas une secte. On n'a jamais été condamnés pour quoi que ce soit ! Moi je crois aux soucoupes volantes, d'autres à Mahomet qui est parti au ciel sur un cheval ailé. Personne n'a jamais vu de cheval ailé, mais des gens ont vu des soucoupes », lâche Jean-Paul, agacé. « Le problème du mot "secte", c'est qu'il est péjoratif. Mais d'après l'étymologie, ça veut juste dire qu'on suit une doctrine. Ce n'est pas tout à fait faux », tempère Albert. « On n'est pas une secte dangereuse, on est la secte des gens heureux », rigole Boris.
Pas démoralisés, ils décident de tenir leur réunion en ligne, via l'application de diffusion de vidéo Périscope et donnent discrètement rendez-vous à ceux qui voudraient en savoir plus dans un restaurant de Roanne.
À 21 heures, ils sont ainsi une dizaine à accueillir trois recrues potentielles. À table, pour « faciliter le dialogue », les nouveaux sont placés au centre. Débute alors un déluge d'informations. De la création du mouvement par Claude Vorilhon, dit Raël, après sa rencontre avec les Elohim en 1973, à la façon dont ces extraterrestres, qui ont « 25.000 ans d'avance scientifique », ont créé l'humanité à leur image, dans un laboratoire.
Confiants, car convaincus, ces Raëliens déroulent un discours bien rodé, similaire à celui que l'on peut retrouver en ligne. On apprend ainsi, par exemple, que les prophètes passés, de Moïse à Bouddha, étaient tous messagers des Elohim, mais que « la technologie n'était pas assez avancée à l'époque pour comprendre leur message ».
Théorie de la lune creuse, remise en cause de l'évolution selon Darwin, méditation sensuelle et paix universelle sont au programme de la soirée. Entre deux échanges, ils l'assurent : « On n'est pas là pour convaincre. Notre religion s'appuie à 100 % sur la science », souligne Boris. À grand renfort de flatteries quant à l'intelligence et l'ouverture d'esprit de leurs auditeurs, ces « messagers » jurent faire appel à la raison et poussent fortement à la lecture des textes du « maitreya », disponibles de surcroît gratuitement sur internet, en échange, bien entendu, d'une adresse mail, pour garder le contact.
Cotisations régulières
C'est sans doute l'une des seules choses gratuites du mouvement. Qu'il s'agisse des « Universités du bonheur » ou du projet d'ambassade (lire ci-dessous ), les Raëliens sont régulièrement encouragés à mettre la main à la poche, à hauteur de 3 % à 10 % de leurs revenus annuels selon leur place dans l'organigramme. Un sujet vite balayé par Boris, mal à l'aise. « On est loin d'être riches », plaisante Gérard. Lui est venu de Saône-et-Loire et veut défendre les valeurs de paix et d'amour portées par son mouvement.
« Notre religion s'appuie à 100 % sur la science »
Il évoque les « clefs » d'accession au bonheur décrites par le guide spirituel. « Pas besoin de drogue pour atteindre le nirvana », plaide-t-il, expliquant que la doctrine leur déconseille notamment de boire de l'alcool à plus de 15° et que la « méditation sensuelle » permet « d'ouvrir ses chakras » de façon bien plus efficace que n'importe quel opiacé, au point de pouvoir accéder au « sixième sens » : la télépathie. Le tout, à en croire les écrits de Raël, en méditant nu et en s'adonnant à la masturbation…
En revanche, durant deux heures de repas, du clonage humain, des « anges » de Raël (de jolies fidèles mises au service des Elohim et du prophète, N.D.L.R.) ou encore de l'éducation sexuelle dès 5 ans prônée par Raël, ils ne diront rien. Sans doute se réservent-ils pour leur prochaine venue en Roannais, vraisemblablement ce samedi 1 er avril. Sans blague.
(*) Le Pays a réalisé ce reportage en immersion, sans informer les personnes citées de la présence d'un journaliste.

http://www.le-pays.fr/coteau/insolite/faits-divers/2017/03/30/une-soiree-incognito-chez-les-raeliens_12342769.html
30/03/2017

 

 

 

 


 

 

 

 

SCIENTOLOGIE


Les scientologues russes ont-ils fait sortir 3 mds de roubles de «donations» aux USA ?

L'Église de scientologie de Russie s'est vue l'objet d'une enquête, non comme organisme religieux, mais commercial, et l'enquête a abouti à de curieux résultats.

L'Eglise de scientologie, sera-t-elle interdite en Belgique?
L'Église de scientologie dont les filiales se situent à Moscou et à Saint-Pétersbourg, aurait fait sortir quelque trois milliards de roubles (environ 50 millions d'euros) sous forme de donations ces trois dernières années, a signalé le journal russe Izvestia citant des sources proches de l'enquête.
Les scientologues, qui ont perdu le droit d'être classés comme une organisation religieuse en 2016, ont subi leur première inspection en tant qu'organisme commercial. Elle s'est avérée catastrophique: selon les données de l'enquête, les scientologues ont tenu stages et séminaires sans licence et, ont fait sortir ces dernières trois années la bagatelle de trois milliards de roubles de « donations » en direction des États-Unis.
Les documents saisis dans les anciennes filiales de l'Église sont actuellement examinés par le Service fédéral de sécurité (FSB).
Précédemment, le FSB, appuyé par les forces spéciales, ont mené des perquisitions dans un des principaux sièges des scientologues russes, situé dans les environs de Moscou.

La justice russe interdit l'Eglise scientologique de Moscou
Fin juin, la Cour Suprême a pris la décision de fermer l'Église de scientologie conformément à la demande du ministère russe de la Justice. Le ministère a mené une enquête ainsi qu'une expertise religieuse de l'organisme et est parvenu à la conclusion que sa véritable activité contredisait la forme, les méthodes et les bases d'endoctrinement, annoncés lors de son enregistrement.
Le ministère a donc conclu que l'Église ne pouvait pas être considérée comme une organisation religieuse.

La scientologie représente un ensemble de croyances et de pratiques dont les principes fondamentaux ont été élaborés aux États-Unis en 1952 par L. Ron Hubbard. Sa méthode de base est appelée dianétique et avance des croyances relatives à la nature de l'être humain et de la place qu'il occupe dans l'univers.
Parfois considérée comme une religion ou comme une secte, sa classification fait l'objet d'une controverse.

https://fr.sputniknews.com/international/201703311030700910-scientologie-organisation-commerce/
31.03.2017

L'Eglise de Scientologie s'offre un château près de Barcelone
La religion à caractère sectaire, forte de 3500 adeptes en Catalogne, inaugurera son siège central dans le territoire en 2018.
L'église de Scientologie a acquis un château au nord-ouest de Barcelone courant février, selon une information dévoilée par son président en Espagne, Iván Arjona. Cette religion à caractère sectaire a investi 900 000 euros dans cette demeure du XVIIe siècle, d'une surface de 4075 m2, sur un terrain de 10.000 m2, située dans la commune de Viladecavalls, dans la région du Vallès Occidental. Selon M. Arjona, ce lieu de caractère recevra le siège de l'église de Scientologie en Catalogne dans un délai d'un an.

L'église de Scientologie dispose actuellement de 3500 fidèles en Catalogne. A Viladecavalls, cette croyance crontroversée envisage un site officiellement ouvert à tous, mais vraisemblablement dévolu à un prosélytisme caractéristique. La Scientologie, fondée New Jersey en 1953, enseigne que les humains sont des êtres immortels ayant oublié leur véritable nature.

http://www.la-clau.net/info/11628/leglise-de-scientologie-soffre-un-chateau-pres-de-barcelone-11628
13.04.2017

Le Bien Public du 21.04.2017



 



 

 

 


 

 

 

 

SOLIDARITE ET PROGRES


Qui est Jacques Cheminade. Quel est son programme ?

Avec son programme économique, Jacques Cheminade, candidat à la présidentielle 2017, se pose comme un opposant au système libéral et à la “dictature de l’argent”.
Jacques Cheminade aura lors du débat de ce mardi une fenêtre de tir pour faire entendre ses idées et connaître son programme. Car on ne peut pas dire que le candidat du parti Solidarité et progrès fasse la une des médias. Pour autant, à 75 ans, Jacques Cheminade n’est pas vraiment un novice de la course à l’Elysée : il s’est déjà présenté à l’élection présidentielle de 1995 et de 2012. Il avait alors recueilli 0,28% et 0,25% des suffrages exprimés. Précédemment, Jacques Cheminade s’est avant tout fait connaître avec ses déclarations sur l’espace (il souhaite coloniser la Lune et Mars) et sur les jeux vidéos (dont il veut interdire les plus violents pour lutter contre le terrorisme).
Outre son positionnement singulier, les détracteurs de Jacques Cheminade l’accusent régulièrement de dérives sectaires et d’accréditer les théories du complot. Ils dénoncent aussi sa proximité avec l’homme politique américain Lyndon LaRouche dont il se serait inspiré pour construire son programme. Ce dernier est célèbre pour ses propos antisémites et homophobes. Jacques Cheminade avait notamment repris ses éléments de langage sur France Inter en 2012 : “La politique d’Obama (...) c’est une politique de Wall Street. Et ce sont ces mêmes milieux de Wall Street qui ont mis (...) le pied d’Hitler à l’étrier en Allemagne, qui l’ont financé. Donc, on retrouve cette même tendance”.
Un programme économique contre “l’occupation financière”
Au-delà dles polémiques, c’est avec son programme économique que Jacques Cheminade tente de convaincre. Son slogan de campagne : “Libérons-nous de l’occupation financière”. Et sur son site, dans l’onglet “mon projet”, une infographie imposante pour présenter ses grandes idées en la matière. Sa mesure principale ? “Instaurer un crédit national pour l’équipement de l’homme et de la nature”. En clair, Jacques Cheminade souhaite que l’Etat reprenne le contrôle de la monnaie et du crédit. Pour cela, il entend d’une part séparer les banques d’affaires des banques de dépôt et de crédit, et mettre fin au renflouement des établissements financiers privés sans contreparties.
D’autre part, l’une des mesures phares du programme économique de Jacques Cheminade est la sortie de l’Union européenne et de l’euro. Sur ce point, il refuse toutefois tout repli national ou européen. Il souhaite une “Europe des patries et des projets conçus et mis en place en commun”.
Le projet et l’ambition de Jacques Cheminade dépassent souvent le cadre national puisqu’il souhaite un “nouveau Bretton Woods pour mettre en œuvre un ordre monétaire international fondé sur le développement mutuel et éviter un désordre géopolitique suicidaire”. Une fois “le terrain financier (...) déminé et le principe de crédit public adopté”, Jacques Cheminade veut travailler à l’échelle européenne et internationale pour “organiser une initiative coordonnée de grands travaux, afin d’équiper l’homme et la nature en vue d’un développement mutuel entre les peuples”.
Jacques Cheminade se projette même à l’échelle de la galaxie puisque l’espace reste l’un de ses dadas : il souhaite lancer un vaste programme d’exploration robotisée, implanter des centres industriels et scientifiques sur la Lune, développer de nouveaux systèmes de propulsion ou encore créer un ministère de l’exploration et de la recherche spatiale.

http://www.capital.fr/a-la-une/politique-economique/qui-est-jacques-cheminade-quel-est-son-programme-1219349
04/04/2017

Jacques Cheminade, l’insondable

Doyen de la présidentielle, ce candidat loufoque flirte avec le complotisme quand il n’évolue pas dans un flou lunaire.

Lorsque le photographe lui demande d’enjamber le balcon pour prendre place sur l’échafaudage extérieur, le regard de Jacques Cheminade se fait soudain moins assuré. «N’allez pas écrire que je suis un candidat en travaux», fait mine de s’inquiéter le septuagénaire, doyen du prochain scrutin présidentiel, tout en s’exécutant avec une souplesse inattendue. Dubitatif, le leader de Solidarité et Progrès interroge son jeune directeur de campagne pour savoir s’il n’a pas l’air plus sérieux en fermant les boutons de sa veste. Comme si c’était sur ce genre détail que se jouait sa crédibilité. Lui que la presse présente comme un gourou, un homme sensible aux thèses complotistes et plus généralement comme le plus loufoque des postulants à l’Elysée.

Il faut bien reconnaître pourtant que même si ses comptes de campagne ont été invalidés en 1995, il a réussi à obtenir une nouvelle fois les 500 signatures quand Dominique de Villepin ou Corinne Lepage n’ont pas passé l’obstacle. Un exploit qui a nécessité que ses fidèles commencent leur chasse aux parrainages dès octobre 2010. «A l’époque, on n’était pas nombreux sur les routes», rappelle Jacques Cheminade qui fait semblant de ne pas comprendre pourquoi sa candidature étonne autant que son programme détonne. Des autres candidats, il dit : «Je ne me situe pas par rapport à eux. J’essaie d’illuminer le bocal dans lequel ils nagent.» En toute modestie.

Ce lundi du mois de mars, c’est un homme à l’allure sportive, aux fines lunettes et au costume gris un peu suranné qui nous accueille dans le modeste trois pièces qui lui sert de QG de campagne. La peinture est encore fraîche, les fils de la Livebox Orange à peine branchés et la superficie totale du lieu équivalente à la moitié de la salle de presse des locaux de François Hollande. De cette organisation bancale, Jacques Cheminade fait un atout glissant que cette logistique minimale est «la meilleure preuve» qu’il n’est «pas financé par l’étranger».

Car avant d’avoir un programme, luxuriant et parfois fantasque, il a une réputation. Et elle n’est pas bonne. Il rétorque en prenant un malin plaisir à citer Guy Debord glorifiant les «hommes de mauvaise réputation» avant d’évoquer «le plaisir aristocratique de déplaire» cher à Baudelaire. Objet politique non identifié, ce provocateur bon teint est capable de comparer Barack Obama à Hitler puis de confier qu’il mettrait bien «la petite moustache à Sarkozy», avant d’affirmer que l’influence des jeux vidéo violents ne peut être écartée dans le drame de Toulouse. Une thèse défendue aussi par la nageuse Laure Manaudou qui, elle, n’est pas candidate à la présidentielle. Et Jacques Cheminade de finir sa série en expliquant le plus sérieusement du monde qu’une grande partie de la fortune de la famille royale anglaise est issue du trafic de drogues. Le genre de saillie qui fait le buzz mais ne contribue pas à la crédibilisation de sa candidature.

Arrivé en France après une enfance en Argentine, Jacques Cheminade n’est pas encore tombé dans la marmite politique lorsqu’il fait HEC puis l’ENA (promotion Jaurès, 1969), parcours classique d’un haut fonctionnaire à la française. Très vite, ce boulimique de lectures éclectiques se retrouve en poste aux Etats-Unis où il sera attaché commercial. C’est là, au milieu des années 70, qu’il rencontre l’homme de sa vie, le sulfureux Lyndon LaRouche. «C’est un homme dont je partage les analyses même s’il a des expressions un peu vives», concède Jacques Cheminade. Doux euphémisme pour un homme qualifié de «négationniste assumé» par le site d’observation des théories du complot Conspiracywatch. Lyndon LaRouche est convaincu que l’accession de Hitler au pouvoir en Allemagne a été planifiée par le Royaume-Uni, que les Beatles sont une création des services de propagandes britanniques, que l’administration Bush a elle-même commandité les attentats du 11 Septembre et, classique de la galaxie conspirationniste, que le contenu des Protocoles des Sages de Sion est authentique. Sur tous ces points, Jacques Cheminade esquive sans démentir.

Comme Lyndon LaRouche, aujourd’hui nonagénaire, il revendique haut et fort d’avoir vu venir la crise financière, rappelant qu’en 1995, il dénonçait déjà les ravages prévisibles du «cancer de la finance». Mais de cette première campagne, il ne garde pas que des bons souvenirs. Outre son score de 0,28%, un détail, il voit ses comptes invalidés par un Conseil constitutionnel présidé par Roland Dumas, plus tatillon avec la lanterne rouge du scrutin qu’avec le vainqueur Jacques Chirac et surtout avec le pape du tee-shirt électoral, Edouard Balladur. Roland Dumas a d’ailleurs reconnu que Jacques Cheminade «a été maladroit alors que les autres ont été adroits». Lesté d’une dette de 150 000 euros, ardoise qu’il n’a toujours pas réglée, le candidat de Solidarité et Progrès, qui n’a pas de descendant, a été contraint d’hypothéquer son appartement, 40 hectares de forêt et sa maison de campagne «en indivision». D’après lui, la preuve évidente que les vérités qu’il énonce gênent en hauts lieux.

A partir de 1995, Jacques Cheminade assure être devenu une cible du «système» qu’il dénonce. C’est précisément à ce moment qu’il justifie sa réputation d’adepte de la théorie du complot et que Lyndon LaRouche revient dans sa bouche. Il n’hésite pas à multiplier les accusations contre la City et Wall Street, évoque l’influence du groupe Bilderberg et de différentes organisations secrètes qui régiraient l’ordre mondial. En roue libre, il parle à un débit qui ne laisse que peu de place à la contradiction, préférant rester dans le registre de la dénonciation d’une puissance maléfique plutôt que d’en profiter pour crédibiliser ses accusations tous azimuts. D’extrême droite, Jacques Cheminade, le «gaulliste de gauche» comme il se qualifie ? «Ah ça non ! les idéologies du sol, du sang, de la race, me répugnent», assure celui qui a appelé à voter Giscard en 1981 et Royal en 2007. Et quand il se retrouve à fricoter avec Alain Soral, l’ancien communiste conquis par Marine Le Pen, c’est uniquement parce qu’il serait «tombé dans un piège grossier».

Des accusations de dérives sectaires collent depuis des années aux basques de Solidarité et Progrès, le groupuscule qu’il dirige et qui a succédé au Parti ouvrier européen (POE), structure proche de l’extrême droite américaine. Sur le sujet, il ferme le rideau, tourne chacune des questions en dérision, et se défend d’être le gourou qu’on dépeint. Moins problématique, cet inconnu du grand public est le plus souvent identifié comme le candidat qui veut coloniser Mars et créer un corridor entre la Terre et la Lune. «Un impératif moral», assure cet «ami du progrès» qui ambitionne de «mettre Mars à notre portée grâce à la fusion thermonucléaire». Stratosphérique.

En 6 dates

1941 Naissance à Buenos Aires (Argentine).

1963 HEC.

1969 ENA.

1974 Rencontre avec Lyndon LaRouche.

1995 0,28% à la présidentielle.

2012 Deuxième candidature à l’Elysée.

Libération du 06.04.2012

 

 

 


 

 

 

 

SYRIE


Indignation et impuissance après l’attaque chimique en Syrie

Une attaque à l’arme chimique a tué plus de 70 personnes dans la ville de Khan Cheikhoun. Montré du doigt, le régime de Bachar Al Assad continue de bénéficier du soutien de la Russie.
Que s’est-il passé à Khan Cheikhoun ?
Un raid aérien, avant-hier, a tué au moins 72 civils, dont vingt enfants, et fait plus de 160 blessés dans cette petite ville située dans la province d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie, contrôlée par les rebelles. Plusieurs indices laissent penser que des armes chimiques ont été utilisées pendant l’attaque. Hier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a cité « le manque apparent de blessures externes » dans certains cas, et « l’apparition rapide de symptômes comprenant une détresse respiratoire aiguë comme principale cause de la mort ».
La nature des armes chimiques n’a pas encore été confirmée, mais l’OMS évoque le probable usage d’une « catégorie de produits chimiques incluant des agents neurotoxiques ». Mortel, inodore et invisible, le gaz sarin appartient à cette catégorie.
Quelles sont les réactions dans le monde ?
Plus de vingt-quatre heures après les faits, le raid continuait de provoquer l’indignation. Le pape François a dénoncé un « massacre inacceptable », tandis que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a évoqué une attaque « inhumaine » et d’une « cruauté sans équivalent ». Celle-ci est illustrée par des vidéos insoutenables, notamment diffusées sur le site d’Al-Jazira, montrant des corps d’enfants et d’adultes à même le sol, suffoquant et pris de spasmes.
À l’origine du raid, le régime syrien a démenti « catégoriquement avoir utilisé toute substance chimique ou toxique à Khan Cheikhoun ». Il a ratifié la Convention sur l’interdiction des armes chimiques en 2013 et est censé avoir détruit son arsenal. Damas est néanmoins suspecté d’avoir, depuis, de nouveau utilisé des armes chimiques et mené des attaques au chlore.
Mis en cause, par la France et le Royaume-Uni notamment, le régime de Bachar Al Assad a reçu le soutien de Moscou, son premier allié. L’armée russe a affirmé, hier, sur la base de « données objectives », que l’aviation syrienne avait frappé un « entrepôt » des rebelles qui contient des « substances toxiques ».
Cette attaque peut-elle provoquer un tournant dans la guerre en Syrie ?
La confirmation de l’usage d’armes chimiques par le régime à Khan Cheikhoun fournirait un argument de plus aux rebelles syriens considérant qu’aucune solution politique au conflit incluant Bachar Al Assad n’est envisageable. Mais l’idée selon laquelle, au nom du réalisme, il faut faire avec ce dernier est bien installée.
Tout en dénonçant les « actions haineuses du régime de Bachar Al Assad » à Khan Cheikhoun, le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, a ainsi indiqué qu’« il n’y a pas d’option fondamentale pour un changement de régime ».
La marge de manœuvre de l’ONU est par ailleurs étroite. Lors d’une réunion convoquée en urgence, hier après-midi à New York, le Conseil de sécurité devait examiner un projet de résolution proposé par la France, le Royaume-Uni et les États-Unis. Le texte demande l’ouverture d’une enquête internationale pour établir le recours à l’arme chimique à Khan Cheikhoun, des rapports mensuels du bureau du secrétaire général sur son déroulement, et exprime une « détermination à faire que les responsables rendent des comptes ». Avant même le début de la réunion, Moscou, qui dispose d’un droit de veto, a indiqué que le texte était « catégoriquement inacceptable ».
L’attaque s’est déroulée alors même que commençait, à Bruxelles, une conférence réunissant 70 pays et organisations pour l’avenir de la Syrie. « À chaque moment où la communauté internationale se réunit (…), il y a quelqu’un qui, d’une certaine manière, tente de saper ce sentiment d’espoir en créant un sentiment d’horreur (…), a relevé l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura. Mais nous ne baisserons pas les bras. »

La Croix du 05.04.2017

Le pape « horrifié » par l’« inacceptable massacre » en Syrie

Le pape a qualifié, mercredi 5 avril, d’« inacceptable massacre » l’attaque chimique perpétrée la veille près d’Idlib (Syrie).
À la fin de son audience générale, mercredi 5 avril sur la place Saint-Pierre, le pape François s’est dit « horrifié » de l’attaque chimique, la veille près d’Idlib (Syrie), la qualifiant d’« inacceptable massacre » et en appelant à la « conscience de ceux qui ont une responsabilité politique, au niveau local et international ».
« Nous assistons horrifiés aux récents événements en Syrie », a déclaré le pape à la fin de son audience générale, exprimant sa « ferme déploration pour l’inacceptable massacre survenu hier dans la province d’Idlib où des dizaines de personnes ans défense ont été tuées, dont de nombreux enfants ».
« Je fais appel à la conscience de ceux qui ont une responsabilité politique, au niveau local et international afin que cesse cette tragédie et qu’un soulagement soit apporté à cette chère population depuis trop longtemps épuisée par la guerre », a lancé le pape, saluant « les efforts de ceux qui, malgré l’insécurité et l’inconfort, cherchent à apporter de l’aide aux habitants de cette région ».
Juste avant, le pape avait fait part de sa « proximité spirituelle » aux victimes du « grave attentat » du métro de Saint-Pétersbourg, lundi en Russie.
Plus tôt, dans sa catéchèse prononcée devant près de 15 500 pèlerins rassemblés sur la place Saint-Pierre (dont plus de 700 jeunes Français), le pape a continué son cycle sur l’espérance chrétienne, commentant la Première Épître de Pierre où l’apôtre exhorte « à rendre raison de l’espérance qui est en nous ».
« Si le Christ habite dans nos cœurs, nous devons apprendre à nous comporter comme lui, en témoignant d’humilité, de miséricorde, de respect et de bienveillance envers le prochain », a insisté François.
Sortant de son texte, le pape s’en est alors pris aux mafieux qui « pensent que le mal peut se vaincre par le mal et se lancent dans la vendetta ».
Quatre imams britanniques
« Mais ils ne savent pas ce qu’est l’humilité, la miséricorde et la bienveillance, a-t-il mis en garde. Ils ne connaissent pas la bonté car ils n’ont pas l’espérance. »
Avant l’audience, le pape avait reçu, dans un salon attenant à la Salle Paul-VI, quatre imams britanniques accompagnés par le cardinal Vincent Nichols, archevêque de Westminster (Grande-Bretagne), deux semaines après l’attentat qui a frappé la capitale du Royaume-Uni.
Leur adressant quelques mots, le pape a insisté sur le « travail de l’écoute », « le plus important que nous devons faire entre nous, dans l’humanité ». « Accueillir la parole du frère, de la sœur, et penser ensuite à donner la nôtre », a-t-il expliqué.

La Croix du 05.04.2017



 

 

 


 

 

 

 

TEMOINS DE JEHOVAH


Le TF déboute les Témoins de Jéhovah

Canton de Neuchâtel Les recourants s'opposaient à l'éventualité de devoir subir une transfusion contre leur gré ainsi qu'à celle de devoir se faire soigner dans un autre canton.

L'association suisse des Témoins de Jéhovah et deux de ses membres perdent un procès contre l'Hôpital neuchâtelois. Ils contestaient une directive sur la prise en charge de patients refusant toute transfusion sanguine.
Adoptée par l'Hôpital neuchâtelois en 2015, la directive mentionne que tout patient a le droit de refuser une transfusion. Elle prévoit notamment que le patient doit, en dernière extrémité, signer un formulaire de «décharge relative à un refus de soins».
S'il refuse, deux collaborateurs, qui ont participé aux échanges, doivent le remplir et le signer. Le document prévoit aussi, s'agissant des parturientes, que si tous les efforts médicalement et raisonnablement possibles échouent, une transfusion sanguine sera effectuée sur celles-ci en cas d'hémorragie.
Liberté de conscience et de croyance
Opposés à l'éventualité de devoir subir une transfusion contre leur gré ainsi qu'à celle de devoir se faire soigner dans un établissement d'un autre canton, les Témoins de Jéhovah invoquaient une violation de leur liberté de conscience et de croyance. Ils demandaient l'abrogation de l'entier de la directive.
Dans un arrêt diffusé vendredi, le TF écarte leurs griefs qu'il juge irrecevables. Il souligne que dans les deux cas de figure invoqués, soit la transfusion sanguine et le refus de soins, un procès est envisageable. Une action en responsabilité contre l'Etat est également concevable.
Protection juridique suffisante
Par conséquent, des possibilités de protection juridique sont disponibles et permettent de se plaindre, le cas échéant, de la directive. La voie du recours en matière de droit public n'est par conséquent pas admissible, conclut Mon Repos, qui déboute les Témoins de Jéhovah.
Le TF relève dans son jugement que la directive doit être appliquée en tenant compte des lois en vigueur ainsi que des conventions internationales, notamment les textes qui garantissent le respect des droits des patients.
Edictée par la Direction de l'Hôpital neuchâtelois, la directive est destinée au personnel médical. Elle consiste en une sorte de marche à suivre, décrite sur huit pages, lorsqu'un patient refuse les transfusions sanguines. Elle détermine les différents cas de figure qui peuvent se présenter et évoque aussi le cas particulier des enfants. (arrêt 2C_613/2015 du 7 mars 2017).

http://www.24heures.newsnetz.ch/suisse/Le-TF-deboute-les-Temoins-de-Jehovah/story/29190764
24.03.2017

A lire

http://www.unadfi.org/groupe-et-mouvance/temoins-de-jehovah-commission-royale-d-australie1

 

Que croient les Témoins de Jéhovah ?

Mercredi 19 avril, sort en salle le film L’Affranchie qui raconte l’histoire d’une jeune Témoin de Jéhovah, amoureuse d’un jeune homme extérieur à la communauté.
La Croix revient sur les caractéristiques de ce mouvement religieux implanté en France depuis plus d’un siècle.

Pour son premier long métrage – L’Affranchie – sorti en salle le 19 avril,le réalisateur italien Marco Danieli réalise une plongée dans le monde rigide des Témoins de Jéhovah. Un mouvement religieux méconnu, en France au moins, sauf par ses missionnaires itinérants chargés de répandre leur foi grâce au porte-à-porte ou diffusant leurs revues « Tour de Garde » et « Réveillez-vous » aux abords des gares ou des stations de métro…

Les témoins de Jéhovah voient le jour aux États-Unis dans les années 1970. Ils sont créés par Charles Taze Russell, et se nomment dans un premier temps les « Étudiants de la Bible ». Aujourd’hui encore, le siège de la communauté est basé à New-York, au sein de la très riche société WatchTower (la Tour de Garde).

Ils croient en Jésus mais non à la Trinité

Le mouvement religieux se revendique chrétien, et croit en Jésus mort et ressuscité, mais pas à la Trinité. Jéhovah est le nom personnel que donnent les membres de la religion à Dieu. Il est traduit par « Je suis » ou par « l’Éternel ».

La doctrine des témoins de Jéhovah se caractérise par leur « restaurationnisme » : ils croient que Jéhovah les a chargés de témoigner du vrai christianisme, qui est la seule foi véritable acceptable. Selon les croyances du mouvement, seuls les témoins de Jéhovah seront sauvés lors de la fin du monde, qu’ils nomment Armageddon, du nom d’une petite montagne de Galilée citée dans le livre de l’Apocalypse.

En France, une expansion lente

En France, les témoins de Jéhovah se sont d’abord implantés dans le Nord, au début des années 1900. Selon le porte-parole de la communauté Guy Canonici, ils seraient actuellement environ 150 000 fidèles actifs, (plus de 8 millions dans le monde). On dénombre un millier de lieux de culte français affiliés au mouvement : les salles du Royaume.

« Le nombre de baptisés augmente d’environ 1 % par an en France », affirme Guy Canonici. « En revanche, je ne peux pas dire que nous sommes en réelle expansion. Nous ouvrons certes de nouvelles salles, mais la plupart du temps pour en remplacer d’autres, trop vétustes ou trop petites, que nous fermons. »

Une liberté reconnue

Interrogé sur les rapports de la communauté avec la France, le porte-parole assure que « les relations ont toujours été normales avec l’État. Depuis 2013, le Conseil d’État nous autorise à envoyer des aumôniers en prison. Nous en avons actuellement environ 120. »

Le regard des pouvoirs publics sur les Témoins de Jéhovah n’a pas toujours été si clair. En 1995, un rapport parlementaire – sans valeur juridique – avait classé le groupe connu pour son prosélytisme dans une liste de mouvements sectaires.

En 2011, la Cour européenne des droits de l’homme a jugé que la France, en taxant les dons offerts à la communauté, contrevenait à l’article 9 de la Convention européenne sur la liberté religieuse. Depuis, la congrégation bénéficie de l’exonération fiscale dont bénéficient les associations cultuelles en France.

Dérives sectaires ?

En France, l’État ne reconnaît aucun culte, et n’en classe donc aucun comme « secte ». Les Témoins de Jéhovah sont considérés comme un simple mouvement religieux.

Souvent suspectée de dérives sectaires, la communauté reste un cas à part, comme le rappelle Serge Blisko, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) : « Sous plusieurs aspects, on peut les voir presque comme une minorité religieuse chrétienne classique. »

Mais de nombreuses interrogations demeurent à ses yeux, concernant notamment l’éducation des enfants : « Les jeunes reçoivent un enseignement apocalyptique souvent contraire aux programmes scolaires. L’enfant se sent tout de suite séparé des autres à l’école, et se tourne complètement vers le groupe. Sa socialisation est de plus incomplète, car élaborée dans une logique de méfiance vis-à-vis du monde extérieur. »

Quant à l’histoire racontée dans le film en salle le 19 avril - celle d’une jeune fille membre de la communauté et de ses difficultés à faire accepter à son entourage sa relation avec un jeune homme qui lui est extérieur -, le porte-parole de la communauté en France l’assure : « Se marier avec un membre extérieur au groupe n’est certes pas conseillé par les Écritures, mais ceux qui décident de le faire sont libres. Le mariage est une affaire privée ».

La société des Témoins de Jéhovah a par ailleurs été impliquée ces dernières années dans des affaires de pédophilie non dénoncées à la justice civile, notamment en Australie et aux États-Unis.

La Croix du 18.04.2017

« L’Affranchie », entre communauté et liberté

Une jeune femme témoin de Jéhovah voit s’effondrer ses repères et certitudes lorsqu’elle s’éprend d’un jeune homme hors de sa communauté.

« L’Affranchie », entre communauté et liberté
L’Affranchie **

Marco Danieli

Film franco-italien, 1 h 41

Après ses cours où elle n’a aucun ami, Giulia, 19 ans, fait du porte-à-porte dans son quartier avec une coreligionnaire pour prêcher la bonne nouvelle. Ses parents, témoins de Jéhovah, l’ont élevé avec sa jeune sœur dans la foi et une communauté soudée.

Même si elle est douée pour les études, elle s’apprête à quitter l’école pour entrer dans l’entreprise de son père où elle prendra en charge les tâches administratives. Aller à la fac ne lui laisserait pas assez de temps pour mener son activité de prosélyte. Elle prêche sans sourciller ce qu’elle a toujours entendu comme « Le chef de la femme, c’est l’homme ».

Romance contrariée

Lors de ces séances de porte-à-porte, elle rencontre Libero, un jeune homme qui vient de sortir de prison et dont la mère craint les mauvaises fréquentations. Giulia propose d’obtenir pour lui un poste dans la société de son père. Libero refuse par peur qu’elle ne cherche à le convertir, avant d’accepter.

En contact quotidiennement, les deux jeunes gens se révèlent terriblement attirés l’un par l’autre. Mais une relation amoureuse avec une personne non-témoin de Jéhovah est un péché. Giulia est sommée par les siens de se tenir loin de Libero.

Entre romance contrariée et drame d’émancipation, L’Affranchie affiche un souci de réalisme par son esthétique proche du documentaire et ses plans filmés caméra à l’épaule, dans une mise en scène assez plate. Il traduit également une excellente connaissance de l’univers des Témoins de Jéhovah dans sa version la plus rigoriste, avec ses communautés repliées sur elles-mêmes, ses codes et interdits, ses excommunications.

Identité et construction

Le film dresse clairement le tableau d’un fonctionnement sectaire. Pour autant, il échappe à un certain manichéisme. Les parents de Giulia se montrent aimants et, à leur manière, soucieux du bonheur de leur fille. À l’isolement social de la jeune femme répond un autre déterminisme, celui du milieu dans lequel évolue Libero. Rejeté par son employeur, il n’a d’autres perspectives de revenus que les trafics en tout genre qui l’ont déjà conduit à la case prison. Une belle maison et de l’argent facile anesthésient ses capacités à réfléchir aux conséquences de ses actes.

À travers l’un comme l’autre, Marco Danieli sonde des thèmes qui lui sont chers, « l’identité, la construction de la personnalité, le rapport entre les individus et la collectivité ». Giulia et Libero devront tous deux s’affranchir de leurs chaînes pour trouver leur propre chemin.

La Croix du 18.04.2017

Des Témoins de Jéhovah en Cour suprême pour protéger le droit au bannissement

La Cour suprême du Canada a accepté d'entendre la demande d'appel d'une congrégation albertaine de Témoins de Jéhovah qui refuse que les tribunaux se mêlent de ses décisions internes, notamment celle de bannir des membres.
Un texte de Tiphanie Roquette
« On est heureux parce qu'on considère qu’il y a des enjeux importants qui vont même au-delà des intérêts de notre client », a déclaré l’un des avocats de la congrégation, Jayden MacEwan du cabinet W. Glen How et associés.
On croit que c’est une cause importante pour tous les Canadiens.
Me Jayden MacEwan
L’affaire fait suite au bannissement en 2014 d’un membre de la congrégation de Highwood, Randy Wall. Cet agent immobilier a été exclu après avoir admis être ivre deux fois et avoir agressé verbalement sa femme.
Son cas a été examiné par le comité judiciaire de la congrégation composé de quatre aînés. M. Wall a fait appel de la décision auprès de ses instances religieuses et a été entendu par trois aînés de congrégations voisines. Ceux-ci ont maintenu l'exclusion.
Le bannissement signifie que même les membres de la famille de M. Wall, dont sa femme et ses enfants, ne doivent plus lui parler.
Bannissement injuste selon le plaignant
Après avoir épuisé tous les recours religieux, M. Wall a décidé de se tourner vers les tribunaux pour annuler son bannissement. Il s'est plaint du processus citant le manque d'informations sur ce qui lui était reproché, sur les moyens légaux à sa disposition et sur les jugements.
Le plaignant a aussi remarqué que son exclusion lui avait fait perdre la moitié de sa clientèle et nuit à son niveau de vie.
La majorité des juges de la Cour d’appel de l’Alberta avaient retenu ces deux arguments comme étant suffisants pour que la cause soit entendue. Un des juges avait toutefois exprimé son désaccord préparant le terrain à un appel à la Cour suprême.
Une atteinte aux libertés fondamentales selon la congrégation
Selon l’avocat de la congrégation, la Cour d’appel de l’Alberta a erré dans son jugement et ouvert la voie à un recours judiciaire pour toute sorte de décision privée. « Un club social ou quelconque association volontaire sont exposés à ce qu’une personne mécontente de leur décision se tourne vers les tribunaux pour tenter de régler ces choses-là », croit Me Jayden MacEwan.
Il note que Randy Wall demande un contrôle judiciaire du bannissement. Or, selon l’avocat, les révisions judiciaires ne devraient s’appliquer qu’aux décisions d’acteur public.
« C’est quand même un gros changement pour la Cour d’appel de l’Alberta de maintenant dire que l’on peut exercer ce recours-là pour faire réviser une décision privée d’une association non gouvernementale », explique Me MacEwan qui s’attend à des éclaircissements de la part des juges de la Cour suprême lorsque l’affaire leur sera présentée.
Devant la plus haute instance judiciaire, l'avocat prévoit également démontrer que l’ingérence des tribunaux nuirait aux libertés fondamentales des Canadiens, dont la liberté d’association et la liberté de religion.
Est-ce qu’on peut se tourner vers les tribunaux pour forcer quelqu’un d’adorer Dieu avec nous ou non?
Me Jayden MacEwan, avocat de la congrégation de Highwood
Les parties ont environ trois mois pour déposer leurs mémoires à la Cour suprême. Une date d’audience n’a pas encore été fixée.

http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1028025/religion-temoins-jehovah-cour-supreme-bannissement-exclusion
13 avril 2017

A lire

      

 


Les Témoins de Jéhovah interdits en Russie par une décision de la Cour suprême

La puissante Eglise orthodoxe russe considère les Témoins de Jéhovah comme une secte, qu’elle juge dangereuse.

La Cour suprême russe a qualifié jeudi 20 avril le mouvement religieux des Témoins de Jéhovah d’organisation « extrémiste », l’interdisant dans tout le pays. Saisie par le ministère de la justice, elle a également ordonné la fermeture du siège national de l’organisation, près de Saint-Pétersbourg.
Un responsable russe des Témoins de Jéhovah, Iaroslav Sivoulski, s’est dit « choqué » et a annoncé que l’organisation ferait appel. « Je ne pensais pas qu’une telle chose serait possible dans la Russie moderne, où la Constitution garantit la liberté de religion », a-t-il déclaré.
Le ministère russe de la justice a relevé chez les Témoins de Jéhovah des « signes d’activité extrémiste » et a estimé qu’ils représentaient « une menace pour les droits des citoyens, pour l’ordre public et pour la sécurité de la société ».

Conflit avec l’Eglise orthodoxe russe

La Cour suprême, qui examine cette affaire depuis le 5 avril, a décidé jeudi de satisfaire la demande du ministère, ordonnant la liquidation des 395 organisations locales des Témoins de Jéhovah sur le territoire russe et la confiscation de leurs biens.
« Nos fidèles se retrouvent dans une position très inconfortable. Ils risquent des poursuites judiciaires », a déclaré M. Sivoulski, assurant que les membres de son organisation continueraient à se rassembler, en secret.
La puissante Eglise orthodoxe russe considère les Témoins de Jéhovah comme une secte, qu’elle juge dangereuse en raison notamment de l’interdiction des transfusions sanguines pour ses membres.

Le Monde.fr avec AFP | 20.04.2017




 

 

 

 


 

 

 

 

Roch THERIAULT


1989 - Moïse, le gourou sadique

En octobre 1989, Roch « Moïse » Thériault était condamné à 12 ans de pénitencier, en Ontario, pour avoir commis des voies de fait graves sur la personne de Gabrielle Lavallée, l’une des femmes de sa secte. Il l’avait entre autres amputée d’un bras à l’aide d’un couteau.

En 1989, « Moïse » était condamné à 12 ans de prison par un tribunal ontarien.
Le gourou s’était fait connaître une dizaine d’années plus tôt, en Gaspésie, en créant une commune sur une montagne retirée (le mont de l’Éternel) à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Gaspé. Il y vivait pratiquement en autarcie avec une dizaine de femmes, une demi-douzaine d’hommes et quelques enfants.
En 1979, à la suite de reportages du Journal et de plaintes de parents dont les enfants habitaient la commune, contre leur volonté selon eux, la Sûreté du Québec investissait les lieux et forçait le groupe à se disloquer.
En Ontario
En 1983, constatant qu’il ne pouvait vivre selon ses préceptes au Québec, « Moïse » et quelques-uns de ses disciples déménagèrent leurs pénates sur une terre à Burnt River, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Peterborough en Ontario.
« Moïse » se livra à de nombreuses exactions sur les membres de sa secte. Violence sur les enfants (il causa la mort de l’un d’eux en pratiquant une circoncision), extraction de dents à froid, émasculation, etc. Finalement, c’est à la suite de l’amputation du bras de Gabrielle Lavallée qu’il fut dénoncé à la police ontarienne et condamné à la prison en 1989.
De nouveau libre à la suite d’une décision de la Commission des libérations conditionnelles, il retourna auprès de son groupe. Cette fois, il fut accusé de meurtre sur la personne de Solange Boilard, après avoir tenté de lui enlever une partie de l’intestin parce qu’elle se plaignait de maux de ventre. Elle mourut après une journée d’agonie.
Nouveau-Brunswick

2002 - Gabrielle Lavallée, victime de Thériault, s’est opposée à sa libération conditionnelle.
À la suite de cette nouvelle affaire, survenue en 1993, il fut condamné à une peine de prison à perpétuité par la Cour de l’Ontario et transféré au pénitencier de Dorchester, près de Moncton, au Nouveau-Brunswick. Trois de ses com-pagnes continuèrent fidèle¬ment de le visiter. Roch Thériault serait le père d’une trentaine d’enfants qui lui ont tous été enlevés au fil des ans par les organismes œuvrant à la protection de l’enfance.
La Commission des libérations conditionnelles rejeta par la suite ses demandes de libération, en partie sur la foi de témoignages d’anciennes victimes de ses sévices, principalement Gabrielle Lavallée. Le Journal accom¬pagna d’ailleurs celle-ci en 2002, lorsqu’elle s’opposa à la remise en liberté de son ancien gourou devant la Commission.
En février 2011, l’homme de 63 ans fut retrouvé mort dans sa cellule, assassiné par un codétenu.

http://www.journaldequebec.com/2017/03/25/1989---moise-le-gourou-sadique
25.03.2017
 

 

 


 

 

 

 

TUNISIE


En Tunisie, les musulmanes veulent pouvoir épouser un non-musulman

Un collectif composé d’une soixantaine d’associations tunisiennes a lancé, lundi 27 mars, une mobilisation en vue d’obtenir le droit, pour les Tunisiennes musulmanes, d’épouser un non musulman.
Conférence de presse, campagne de sensibilisation auprès de l’opinion publique, colloque mais aussi rencontre avec les ministres tunisiens de la justice, de l’intérieur ainsi qu’avec le chef du gouvernement… Un collectif composé d’une soixantaine d’associations tunisiennes a lancé lundi 27 mars une mobilisation en vue d’obtenir le droit, pour les Tunisiennes musulmanes, d’épouser un non musulman.
Actuellement, ce dernier doit s’être converti à l’islam, et avoir obtenu un certificat de conversion du mufti de la République, pour que le mariage puisse être enregistré. Ceci en vertu d’une circulaire du ministre de la justice, datée du 5 novembre 1973 et relative au mariage des « Tunisiennes musulmanes ou présumées telles, avec des non-musulmans ou présumés tels », rapporte la presse tunisienne.
Libre choix du conjoint
Même si le mariage est célébré à l’étranger, il ne pourra être enregistré en Tunisie. S’appuyant sur une interprétation de versets coraniques, la doctrine musulmane la plus ancienne autorise en revanche les musulmans à se marier avec une non-musulmane, sans que celle-ci ne soit formellement obligée de se convertir.
Il n’existe pas de statistiques fiables et précises sur le sujet mais ce texte « remet en cause un droit fondamental pour tout être humain : le choix libre du conjoint », déplore le collectif dans un communiqué. « Cette prohibition est une souffrance pour des milliers de Tunisiennes et leurs familles », qui sont « privées de leur droit fondamental à la sécurité juridique ».
Le collectif comprend notamment l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), « A9aliyat », association tunisienne de soutien aux minorités, le Collectif civil pour la défense des libertés individuelles, le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), le Forum Tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) ou encore la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH).
Contraire à la Constitution
Pour ces associations, la circulaire est de surcroît « une aberration » qui viole la liberté de conscience inscrite dans la Constitution de 2014. « Il est aujourd’hui inadmissible qu’une simple circulaire, de valeur juridique quasiment nulle (…), commande la vie de milliers » de Tunisiennes, a martelé lors d’une conférence de presse Sana Ben Achour, juriste et présidente de l’association Beity (Refuge des femmes sans domicile).
Pour Wahid Ferchichi, de l’Association tunisienne de défense des libertés individuelles (Adli), il est également problématique que la circulaire identifie ces Tunisiennes comme étant musulmanes alors qu'« aucun certificat ne prouve la religion » en Tunisie.
Enfin, pour Ghayda Thabet, membre de l’Association tunisienne de soutien des minorités (ATSM), cette circulaire est également « contraire au code de statut personnel (ndlr : adopté en 1956 sous Habib Bourguiba) qui ne prévoit aucun empêchement explicite du mariage sur des bases religieuses, de cultes et de croyances. Cette jeune militante, ancienne membre du parti Nida Tounes,avait déjà lancé l’an dernier un appel contre la circulaire du 5 novembre 1973.
Le collectif espère son retrait d'ici novembre 2017. Il « appelle les démocrates du monde entier à les soutenir dans leur combat pour faire valoir les droits de la femme tunisienne », indique le site tunisien Kapitalis.

La Croix du 28.03.2017

En Tunisie, le calvaire des femmes sous la dictature

Depuis six mois, l’instance Vérité et Dignité donne la parole aux victimes de la dictature tunisienne lors d’auditions publiques retransmises à la télévision. Pour de nombreuses femmes, c’est l’occasion de faire connaître les souffrances endurées.
Tunis De notre correspondant
Depuis novembre 2016 et le début des auditions publiques mises sur pied par l’instance Vérité et Dignité, retransmises en direct à la télévision, la société tunisienne se penche sur ses décennies de dictature. Créée pour faire la lumière sur les exactions de l’État pendant plus d’un demi-siècle, cette instance recueille les témoignages de celles et ceux qui ont subi les pires abus.
À travers ces prises de parole, les Tunisiens découvrent en particulier à quel point les femmes ont été prises pour cibles. Indirectement, en tant que mères ou épouses de militants arrêtés ou de manifestants abattus. Mais aussi, surtout, directement, en qualité de femmes engagées : syndicalistes étudiantes, militantes d’extrême gauche, membres du parti islamiste Ennahdha.
Certains témoignages ont bouleversé l’opinion. « Lors de ma ¬deuxième arrestation en 1996, je venais d’accoucher et les points de suture de l’épisiotomie ont craqué sous les coups des policiers », confiait, lors de son audition publique, Najwa Rezgui, militante syndicaliste.
« La violence pratiquée lors des interrogatoires ou de la détention en prison utilisait précisément les vulnérabilités féminines. Et le fait d’être enceinte ou mère d’un enfant en bas âge ne les protégeait pas de la brutalité, au contraire », confirme Ibtihel Abdelatif, directrice de la commission «femmes» de l’instance chargée de mener à bien le processus de justice transitionnelle. « Des femmes ont été empêchées d’allaiter pour provoquer des douleurs, séparées de leur enfant en détention pour briser les liens familiaux », ajoute-t-elle.
« Non seulement les policiers n’éprouvaient aucune gêne pour s’en prendre à une femme, mais on sentait qu’ils étaient entraînés pour cela, a pu constater Meherzia Ben El Abed, une militante islamiste arrêtée et torturée à deux reprises au début des années 1990. D’abord ce sont des insultes très dégradantes, même de la part de jeunes policiers. Puis ils déshabillent les femmes en continuant à les humilier. Ils me disaient des choses du genre “Si tu étais une fille bien, tu ne serais pas nue comme ça” ».
L’ombre du viol, potentiel ou accompli, plane dans tous les témoignages. « C’est une méthode destinée à effrayer les familles. Quand circule l’information selon laquelle une femme a été arrêtée, les gens se disent qu’ils ont abusé d’elle », explique Meherzia Ben El Abed.
« Pour une femme, être déshabillée devant des hommes, c’est déjà l’extrême, confie Hamida Ajangui, militante islamiste passée plusieurs fois par l’épreuve de la torture. Je ne l’avais dit à personne, même pas à ma mère, avant d’en parler publiquement. » Partagée entre deux volontés – témoigner et protéger sa vie privée –, elle fait partie de celles qui tentent de faire reculer les frontières de l’indicible.
« Quelques heures avant mon audition, mon frère m’a appelée pour me demander de ne pas tout raconter, poursuit Hamida Ajangui. “Pense à tes filles”, m’a-t-il dit. Mais je voulais qu’on sache ce que vivaient réellement les femmes en Tunisie, ce pays que tout le monde donne en exemple comme celui où les droits des femmes sont respectés. »
Lors de son audition, essuyant régulièrement ses larmes et reprenant avec le sourire, elle a donc raconté. « Ils menaçaient de me violer avec un bâton. Un homme complètement saoul m’a obligée à me tenir contre le mur, à me déshabiller. J’ai crié : Ça suffit, ne me fais pas ça ! » Pour ne s’arrêter de parler qu’au bout de son calvaire.
Le lendemain de son passage à la télévision, des voisins l’ont appelée pour lui dire qu’ils étaient fiers d’elle. « Ce témoignage nous a également rapprochés avec mon mari », explique-t-elle.
Au lendemain de son audition, Meherzia Ben El Abed, elle aussi, a senti le respect dans le regard de ses voisins : « Je préfère garder certaines choses pour moi. Mais un jour je les écrirai. »

La Croix du 05.04.2017

 

 

 

 


 

 

 

 

TURQUIE


Ahmet Murat Aytaç, banni de l’université turque

Ce maître de conférences à Ankara a été licencié par décret du poste qu’il occupait depuis 2009.
C’est un drame qui claque avec la brutalité de l’arbitraire, au premier étage d’un restaurant d’Ankara. Ahmet Murat Aytaç, 45 ans, la mise sage et l’œil sérieux – pull à col rond, lunettes cerclées de noir –, en fait le récit attablé devant une assiette blanche qui restera vide. Il le déroule d’un ton neutre assorti à son histoire, froide comme un matricule, sourde comme une décision administrative.
Un trait vient de barrer sans appel la vie professionnelle de ce maître de conférences au département de sciences politiques et d’administration publique de l’université d’Ankara. Du même coup, il a été congédié de son poste, qu’il occupait depuis 2009, a perdu ses droits à la sécurité sociale et vu son passeport invalidé. « La décision figure dans le KHK 686 du 7 février », précise-t-il seulement.
Ahmet Murat Aytaç n’oubliera pas cette sinistre cote bureaucratique, qui renvoie à un « décret-loi » publié au Journal officiel et signé par le président turc. En vertu de l’état d’urgence instauré après le putsch qui a manqué de le renverser, le 15 juillet dernier, Recep Tayyip Erdogan peut prendre de tels décrets, dotés de la valeur d’un texte légal, sans consulter le Parlement.
Le nom du maître de conférences d’Ankara, féru de Gilles Deleuze et expert du rapport entre les masses et la politique – son sujet de thèse –, se perd sur les nombreuses pages du KHK 686. Le texte radie 4 464 fonctionnaires – membres de la Cour de cassation, du ministère des affaires européennes, de l’armée… –, portant ainsi à plus de 110 000 le nombre de personnes démises de leurs fonctions depuis le putsch avorté.
En préambule du décret-loi, une énumération rapide et collective des motifs de licenciement évoque des « activités qui nuisent à la sécurité de l’État », une appartenance ou des contacts avec une organisation terroriste. Aucune mention personnelle ne sera adressée aux intéressés, précise le texte.
Le seul « crime » d’Ahmet Murat Aytaç pourrait se résumer à la signature de la « pétition des intellectuels pour la paix », rédigée en janvier 2016 au nom des « enseignants-chercheurs de Turquie » et dénonçant les atteintes aux droits de l’homme dans les régions kurdes depuis la fin du cessez-le-feu, à l’été 2015. « J’ai été licencié parce que j’ai signé cette pétition, assure-t-il. Elle a servi de prétexte à Erdogan, qui voulait en découdre avec les universitaires. Ce qui est visé, c’est la liberté d’expression et la possibilité de pratiquer la recherche sans être orienté par le pouvoir. »
Privé de source de revenus, Ahmet Murat Aytaç ignore s’il pourra bénéficier du chômage. La date d’expiration du délai de cent jours pendant lequel il a encore droit à la sécurité sociale approche. Le passeport de son épouse, sans emploi avant le KHK 686, a lui aussi été annulé. Pour le moment, le couple, qui a un fils de 7 ans, profite de l’aide financière d’un syndicat. Jusqu’à quand ? « Nous avons toujours vécu de manière frugale, cela va continuer », dit Ahmet Murat Aytaç.
Ni l’argent ni son cas individuel ne constituent son inquiétude première. Teintée de déception, une douleur plus vaste, qui ronge son idéal de chercheur démocrate et humaniste, se laisse deviner dans ses mots sobres. « Quand Erdogan est arrivé au pouvoir, il était impossible d’imaginer une telle oppression, explique-t-il. Son discours était très démocrate et comportait une forte dimension éthique. »
Ahmet Murat Aytaç n’a pas eu le droit d’accéder à son bureau lorsqu’il a voulu récupérer ses affaires. Son adresse mail, qui contenait tous ses travaux de recherche, a été effacée. Il continue pourtant d’aller travailler à la bibliothèque, comme pour conjurer la mort professionnelle à laquelle il se sent condamné. « Même dans le privé, on saura que j’ai été renvoyé de l’université, je suis stigmatisé », présage-t-il.
C’est aussi pour lui l’une des rares possibilités de résister, car comment faire autrement, les rassemblements étant toujours dispersés par les forces de l’ordre ? Peut-être en votant « non » lors du référendum, dimanche, sur la modification de la Constitution permettant d’accroître les pouvoirs déjà très forts du président turc ? Le banni de l’université ne dira pas son choix, par respect pour le secret du vote. En démocrate.
Son inspiration.
La résistance selon Gilles Deleuze
Pour ne pas flancher malgré le vide et un avenir qu’il envisage malgré lui sous un mauvais jour pour la Turquie, Ahmet Murat Aytac s’inspire d’une phrase du philosophe Gilles Deleuze dans « Foucault », un essai sur le penseur du pouvoir que fut ce dernier. « La vie devient résistance au pouvoir quand le pouvoir prend pour objet la vie », y a écrit Gilles Deleuze. Auteur d’un ouvrage sur ce dernier (non traduit en français mais dont le titre pourrait être « La pensée nomade, sur les rives de la pensée de Deleuze »), Ahmet Murat Aytac cite de tête cette maxime, tout à la fois indice de son sentiment d’oppression et de sa détermination à y résister.

La Croix du 12.04.2017
 

 

 

 


 

 

 

 

VEGETARISME


Enfants et adolescents peuvent-ils devenir végétariens ?

Entretien avec Pierre Nys, endocrinologue-nutritionniste, à l’occasion de la journée internationale sans viande, lundi 20 mars.
La Croix : De plus en plus de Français sont tentés par le végétarisme (1). Ce type de régime est-il indiqué chez les enfants et les adolescents ?
Pierre Nys : Si on parle de régime végétarien, qui n’exclut pas le lait, les fromages et les œufs, ce n’est pas contre-indiqué chez les enfants et les adolescents, mais il y a des précautions à prendre. Le régime végétarien est en effet plus pauvre en oligoéléments (fer, zinc, calcium iode) et n’apporte pas de vitamines B12, présente uniquement dans la viande. Les protéines végétales ne contiennent pas non plus tous les acides aminés essentiels, et notamment la cystéine qui produit la taurine nécessaire à l’assimilation correcte des graisses pour le bon développement du cerveau. Même le soja, aliment le plus complet du régime végétarien, ne possède pas toutes ces propriétés.
Y a-t-il donc un risque de carences ?
Pierre Nys : Toute personne qui suit un régime végétarien doit supplémenter son alimentation en vitamine B12 et parfois aussi en oligoéléments. Le fer d’origine végétale, par exemple, est moins bien assimilé par l’organisme que celui d’origine animale et il faut quelquefois ajouter de la vitamine C pour améliorer son absorption. Compte tenu de ce risque de carences, le régime végétarien n’est pas souhaitable avant l’âge de cinq ou six ans. Et pour les plus âgés, il est important de surveiller la courbe poids-taille.
Certains adolescents, particulièrement des jeunes filles, sont tentés par le végétarisme pour des raisons diététiques. Ce régime fait-il maigrir ?
Pierre Nys : Ce n’est pas l’objectif, mais oui, il peut faire maigrir puisqu’on consomme moins de graisses et de calories. C’est une dérive classique que l’on observe chez certaines jeunes filles. Mais quelle que soit leur motivation, il ne faut pas dénigrer leur démarche. Il est, au contraire, important de les accompagner en leur expliquant les particularités du végétarisme.
Si le régime végétarien est moins gras et moins calorique, n’est-il pas bon pour la santé ?
Pierre Nys : À ma connaissance, aucune étude n’a démontré de façon directe les bienfaits du régime végétarien sur la santé. Si une consommation excessive de produits carnés augmente les risques d’athérome, de maladies cardiovasculaires et de cancer du côlon, supprimer la viande de son alimentation n’est pas une solution. Il faut plutôt trouver un juste milieu, en privilégiant la qualité sur la quantité et en s’interrogeant sur ce que l’on mange. Il est vrai qu’aujourd’hui les conditions d’élevage modifient la qualité de la viande, qui n’apporte plus autant de nutriments, mais elle reste un aliment indispensable à l’organisme. Si on décide de s’en passer pour des raisons éthiques, il faut supplémenter son alimentation.
Les enfants de plus de 6 ans et les adolescents peuvent donc devenir végétariens, en suivant quelques précautions. En est-il de même pour le végétalisme ?
Pierre Nys : Le végétalisme exclut tout produit issu de l’animal, y compris le lait, les œufs et même cuir. Il ne serait donc pas raisonnable d’autoriser ce type de régime chez un enfant ou un adolescent. Je dirai même que c’est une démarche dangereuse car les risques de carences sont très importants en termes de développement cérébral, de croissance et d’ossification.

La Croix du 21.03.2017
 

 

 


 

 

 

 

YOGA DU RIRE


Plus on est de fous, plus on rit : on a testé le yoga du rire

Rire pour mieux vivre

On ne le répétera jamais assez : rire, c’est bon pour la santé. Et pour entretenir la souplesse de ses zygomatiques, rien de tel qu’une séance de yoga qui donne la banane.
Il est 20h12. Déjà douze minutes de retard sur la montre. En traversant la cours qui mène au gymnase faisant office de temple du rire, on entend déjà résonner les esclaffades. Notre gourou, le sourire jusqu’aux oreilles, nous invite avec des grands signes à rejoindre le groupe qui a déjà commencé à s’échauffer les cordes vocales.
90 minutes de joutes électriques de rire
C’est parti pour 1h30 de rire général. « 90 minutes pendant lesquelles on éteint son cerveau, on laisse ses tracas de côté tout en envoyant valser ses préoccupations du quotidien », pour reprendre les mots du professeur cocasse.
Pendant toute la séance, on oublie son cerveau et on s’autorise à être bête.
Afin de détendre l’atmosphère et balayer d’un revers d’ironie le sérieux et la timidité, exercices et autres jeux de mimes sont au programme. Se taper les cuisses, dans les mains, gesticuler dans tous les sens. Faire le rire du cocktail, le rire du centimètre, le rire des épis de blé ou encore celui de la tondeuse à gazon. Bienvenue chez les fous !

Même si la démarche paraît forcée, on se laisse facilement prendre au jeu. Très vite, à coups de « haha » et de « hoho », la détente s’installe. Pris dans un joyeux tourbillon mêlant quarante éclats de rire différents, l’effet est quasi immédiat. Le même qu’un cocktail multivitaminé bourré d’endorphine. En prime : des joutes électriques de bonheur qui vous rechargent les batteries.
Quand on rit, on ne pense à rien
Que ferions-nous sans le rire ? Cette contraction qui part du ventre pour traverser le cœur et terminer sur un large sourire laissant émettre des sons de joie. Les bienfaits du rire ont largement – et scientifiquement – été prouvés. Anti-stress efficace, il constitue un excellent remède pour les problèmes d’hypertension, d’asthme, de cholestérol et même de maux de tête. Sans compter qu’il apporte avant tout la zen attitude.
Qu’il dure une fraction de secondes ou plusieurs minutes, ce sentiment d’allégresse laisse un doux moment de répit au cerveau. Fait avéré : quand on rit, on ne pense à rien. Si la méditation réside en cela qu’elle tranquillise l’esprit des pensées parasites, alors oui : « se poiler » relève de la méditation. S’en réjouissent les frileux du traditionnel « om », l’assise en tailleur et le regard fixé sur une bougie, une simple blague peut donner accès à la pleine conscience. Sans parler du fou rire qui lui, pourrait jusqu’à faire atteindre l’illumination bouddhiste !

Quand les Indiens ont compris qu’il était bon de se marrer
C’est en mars 1995, sur le banc d’un parc de Bombay, que l’inventeur du yoga du rire s’est écrié : « Eurêka ! » Médecin généraliste de Mumbai, le docteur Madan Kataria est le premier à avoir compris – et expérimenté – les bienfaits du rire sur le corps et l’esprit.
Nous ne rions pas parce que nous sommes heureux. Nous sommes heureux parce que nous rions.
Lire aussi : Derrière le mystérieux sourire de Mona Lisa
Rassemblant quatre quidams sous un arbre du parc bombaysien, le docteur invite le groupe à se raconter des histoires drôles. Ainsi naît le tout premier club de rire. Mais au bout de trois semaines, le stock de blagues s’épuise. Il leur faut donc trouver quelque chose de plus universel que l’humour. C’est là que le Dr Kataria invente le yoga du rire, basé non plus sur l’humour, mais sur le rire de notre enfance. Un rire innocent et infantile qu’il appellera : « le rire sans raison ».

Le docteur Madan Kataria, lors d’une séance de yoga du rire avec des prisonniers de la plus grande prison de Bombay. © Belga
De la contagion du rire
Ce qu’il y a de bien avec le rire, c’est qu’il est communicatif. On a tous déjà émis le fameux rictus en assistant – parfois rien qu’en entendant – aux éclats de rire d’autrui. Tout comme cette propension naturelle à bailler en voyant l’autre bailler, on se marre… en voyant les autres se marrer.
Le cerveau ne fait pas la différence entre un vrai rire et un rire provoqué. Donc dans les deux situations, il va générer de l’endorphine.
Le yoga du rire se base pour une grande partie sur cette dimension contagieuse. Ici, plus besoin de devoir trouver quelque chose d’amusant, de faire le clown ou de se raconter des plaisanteries. Le rire se déclenche naturellement aussitôt qu’on se laisse porter par la risée générale. À une condition : laisser échapper un son, quel qu’il soit, pour provoquer la rigolade. « Ha », « ho », « hi », « hé » : qu’importe l’interjection, du moment qu’elle réveille le rire qui sommeille en vous.
Relaxation euphorique
Après plus d’une heure de contractions abdominales dans la joie et la bonne humeur, le cours se termine sur une séance de relaxation. Sur les tatamis du gymnase, chacun s’allonge pour écouter les consignes du gourou de la rigolade. Lumière tamisée, positions décontractées, l’objectif est simple : se laisser bercer par la mélodie du rire.
Par un effet boule de neige, les premières poufferies engendrent des éclats de plus en plus vifs. Quelques secondes suffisent pour que l’assemblée toute entière se bidonne sans raison. Le regard fixé au plafond, chacun entre dans une transe quasi euphorique ponctuée de rires aussi loufoques qu’hilarants.

Le secret, c’est d’accepter de passer par le rire volontaire pour accéder au rire vrai !
Les minutes s’écoulent jusqu’à ce que progressivement, le silence reprenne ses droits. Quelques-uns peinent encore à reprendre leur esprit pendant que d’autres se ressaisissent déjà. Sous des airs de rechute post-défonce, les dernières minutes de relaxation se font dans un silence permettant aux émotions de se remettre doucement en place.
De l’art de cultiver sa joie
Qu’on se bidonne de façon forcée ou spontanée, le yoga du rire libère une dose d’endorphine indispensable pour se sentir bien dans ses pompes et détendu. S’esclaffer sans raison pendant presque deux heures, c’est aussi bon que salutaire.
Associé à la joie, maîtresse de toutes les émotions, le rire est un outils plus qu’efficace pour apaiser le stress, les peurs, la tristesse ou encore la colère. Si comme la méditation, il ouvre les portes vers la zen attitude, on retiendra surtout que – comme le bonheur – il s’apprend, se cultive et se pratique sans modération !

https://parismatch.be/actualites/societe/25620/plus-on-est-de-fous-plus-on-rit-on-a-teste-le-yoga-du-rire
29 mars 2017

 

 

 


 

 

 

 

 

Dérives sectaires

dans des communautés, groupes ou associations catholiques

 


 

 

 

 

 

Il y a des dérives sectaires, oui.

Mais il y a aussi des comportements de paix, de dignité, de respect et de liberté :

les fruits de Gamaliel

 

 

Mère Marie-Catherine Kingbo, à l’écoute des imams nigériens

Le mouvement Aide à l’Église en détresse ouvre ce soir la neuvième édition de sa « Nuit des témoins » (1), en hommage aux chrétiens persécutés. Parmi les intervenants, Mère Marie-Catherine Kingbo, fondatrice de la Fraternité des servantes du Christ, œuvre pour le dialogue interreligieux au Niger.
« Fais connaître mon vrai visage à nos frères musulmans. » C’est en 2006 que Mère Marie-Catherine Kingbo entend,à 53 ans, « cet appel du Christ » à partir fonder une congrégation religieuse au Niger. Onze ans après la création de la Fraternité des servantes du Christ, installée à Maradi, dans le sud du pays, elle continue d’y œuvrer quotidiennement pour l’éducation des enfants, la formation des femmes et le dialogue interreligieux, auprès d’une population à 98 % musulmane.
Ce besoin de rapprocher les religions, Mère Marie-Catherine le puise dans son enfance. Née en 1953 à Guinguinéo, au Sénégal, « dans une famille œcuménique » – son père, d’origine béninoise, et ses sept frères sont protestants, sa mère et ses quatre sœurs sont catholiques –, elle se réjouit d’avoir reçu « une éducation exemplaire ».« Mes parents, très pratiquants, nous ont montré que nous pouvions vivre harmonieusement dans la diversité ethnique, religieuse et culturelle ».
Pourtant, quand elle a, à 20 ans « le déclic de la vocation », l’incitant à quitter son métier de secrétaire, son père mettra quatre ans avant de « lui donner sa bénédiction ». En 1976, elle entre à Dakar chez les sœurs des Filles du Saint-Cœur de Marie (FSCM), dont elle prendra la tête trois années après avoir prononcé ses vœux perpétuels, en 1985.
Jusqu’en 2000, celle qui est aussi devenue présidente de la Conférence des supérieures majeures du Sénégal insuffle « un élan missionnaire à la communauté en l’ouvrant à d’autres Églises », au Tchad, au Niger et en Centrafrique. « Tout n’a pas toujours été rose », concède-t-elle, en évoquant « certains clivages ethniques entre des sœurs du Nord et du Sud ».
En 2001, épuisée à la fin de son mandat, elle vient se ressourcer en France.Au Centre Sèvres, elle suit une formation dispensée par un jésuite, « théologie comparée, christianisme et islam ». C’est là qu’elle comprend que Dieu l’appelle pour une nouvelle mission, au Niger, et quitte sa congrégation, avec l’aval de sa mère supérieure.
Avec les 20 religieuses et novices qui composent aujourd’hui la Fraternité des servantes du Christ et le soutien de Mgr Ambroise Ouédraogo, évêque de Maradi, Mère Marie-Catherine sillonne près de 120 villages de la région, à la rencontre de musulmans qu’elle invite à des sessions de formation, d’éducation et de sensibilisation contre le fléau du mariage précoce. « Certaines fillettes sont mariées dès l’âge de 9 ans », déplore-t-elle, les yeux humides. « Mais grâce à Dieu, nous arrivons peu à peu à faire changer les mentalités ».
Sa foi inébranlable lui a valu le respect des imams locaux et des chefs de village. « Ensemble, nous essayons de restaurer la paix », explique-t-elle. Un travail rendu difficile ces dernières années par Boko Haram et la montée des intégrismes. « On nous a déjà jeté des pierres pendant les vêpres », condamne-t-elle, désormais protégée par la police. Malgré tout, Mère Marie-Catherine reste confiante. Et appelle, par-dessus tout, les chrétiens du pays « à ne pas baisser les bras ».
(1) Cinq soirées sont organisées : ce soir à Reims, vendredi 24 mars à Paris, samedi 25 à Sainte-Anne-d’Auray, dimanche 26 à Monaco et lundi 27 à Perpignan. Rens. : www.aed-france.org
 

La Croix du 23.03.2017

Bose, comme un printemps

Deux écrivains nous entraînent à la découverte de la communauté de Bose, en Italie. Un reportage autant qu’une méditation sur ce qui fait l’essentiel et la saveur de la vie chrétienne.
Une vie simple
d’Alexis Jenni et Nathalie Sarthou-Lajus
Albin Michel, 202 p., 15 €
Le printemps n’est pas qu’une question de calendrier. C’est aussi une grande affaire spirituelle. La seule peut-être, puisqu’il s’agit du passage de la mort à la vie. Dans la verdoyance du Piémont, en Italie, les moines et moniales de la communauté œcuménique de Bose l’ont compris. Ils savent ce qu’il faut de patience, d’attention délicate, mais aussi de douceur et de beauté pour que la vie fasse son chemin dans les vieux rameaux de nos existences…
Au bout d’un grand pré, le hameau de Bose était en mauvais état, presque abandonné. C’est là qu’Enzo Bianchi s’est installé, seul, en 1965. Il voulait poursuivre l’expérience de recherche et d’échanges œcuméniques vécue dans sa chambre d’étudiant à Turin, où catholiques et protestants se retrouvaient dans une joyeuse effervescence pour commenter les surprises du concile Vatican II.
Cinquante ans plus tard, la communauté monastique qui a surgi dans son sillage s’est déployée, goûteuse comme un fruit mûr. Le hameau a été restauré, s’est embelli, et la cloche sonne aujourd’hui pour 42 moines et 33 moniales. La vie monastique multiséculaire a donné naissance à un surgeon étonnant, qui assume les questions adressées par la modernité à cette vie différente : comment accorder singularité individuelle et vie communautaire ? Comment réinventer une autorité qui évite le piège de l’infantilisme ? Quelle reconnaissance pour la dualité des sexes ?
Pour y répondre, Bose a renoué avec l’essentiel de la vie monastique. La prière d’abord, vécu à la manière de la lectio divina, une lecture intégrale et immersive des Écritures. Le travail, ensuite, qui permet de gagner sa vie, mobilise les corps et aide à développer un sens du réel que requiert aussi la prière. La communauté a également su inventer un nouveau type de vie fraternelle, où l’œcuménisme et la mixité sont considérés comme des richesses. Elle est aussi parvenue à se débarrasser de la raideur d’une certaine vie religieuse. À Bose, on propose une cuisine goûteuse et des lieux harmonieux, on prend soin du corps comme de l’esprit, sans surjouer l’ascétisme. On sait ici que la simplicité évangélique ne surgit pas d’une vie tronquée, mais de tensions travaillées et traversées.
Cette « vie simple » a séduit Alexis Jenni, prix Goncourt en 2011 pour L’Art français de la guerre, et Nathalie Sarthou-Lajus, philosophe et rédactrice en chef adjointe de la revue Études, qui sont venus et revenus à Bose. Leur livre tient à la fois du reportage et de l’enquête, de la réflexion et de la méditation spirituelle. Ils ont aimé l’esprit de cette communauté et nous le partagent, dans une écriture généreuse et chatoyante qui est comme le miroir de ce qu’ils ont contemplé.
À Bose, la vie spirituelle est « tout entière un exercice de reconnaissance d’humanité, une voie d’humanisation, une vie au plus proche de l’humain en méditant les Écritures », résument-ils. C’est parce que la vie y est incarnée que la prière agit « comme un principe de renouveau qui peut retourner le cours des choses, inverser le cours de ce qui apparaît glisser insensiblement de la vie à la mort ». Finalement, en racontant Bose, ce livre nous offre un formidable petit traité sur la vie chrétienne au XXIe siècle.

La Croix du 23.03.2017

Sciences-Po forme des ministres des cultes à l’interreligieux
Depuis septembre, une trentaine de responsables des différentes religions présentes en France suivent une formation à vocation interreligieuse.
Sciences-Po Paris propose un programme de formation sur un an pour contribuer au dialogue interreligieux en France.
Issu de la même racine étymologique qu’« amen », « emouna » désigne en hébreu la foi. C’est en son nom que se sont engagés les 31 participants à ce programme de formation sur un an, proposé par Sciences-Po Paris, pour contribuer au dialogue interreligieux en France.
Leur objectif ? « Unir nos forces contre le fondamentalisme, qui est un dévoiement du religieux », soutient le rabbin Pauline Bebe, membre du collège des fondateurs. Ce programme est soutenu par les institutions religieuses ainsi que par le ministère de l’intérieur.
Ce jour-là, la rencontre d’Emouna se tient à la Grande mosquée de Paris, avec des ateliers sur les violences faites aux femmes ou la question du handicap… « C’est passionnant de discuter de tous ces sujets ensemble, qu’il s’agisse de sciences, de philosophie ou de politique », estime Christophe Cousinié, pasteur protestant dans le Gard.
« Ici, on expérimente une laïcité ouverte »
Pour lui, le fait que cette formation soit assurée par Sciences-Po offre un regard extérieur et garantit un vrai dialogue. « Ici, on expérimente une laïcité ouverte, qui ne signifie pas la négation des religions. »
En 2012 a été créé l’Institut des hautes études du monde religieux (IHEMR), qui propose une formation similaire intitulée « Religions et enjeux contemporains » (La Croix du 25 mai 2016). Mais celle-ci cherche surtout à familiariser les cadres d’entreprises. À noter aussi des diplômes universitaires (DU) proposés par certaines facs sur ces questions de laïcité depuis 2008.
Sciences-Po axe sa formation sur la question du rapport entre les religions et les institutions de la République. Ainsi une journée Emouna a-t-elle été organisée au Sénat, où sont intervenus un représentant du Bureau des cultes tout comme le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme Gilles Clavreul.

La Croix du 08.03.2017              

Bernard Cazeneuve regrette que la République ait « négligé » le dialogue interreligieux

Remettant la légion d’honneur au président du Conseil français du culte musulman, Anouar Kbibech, le premier ministre a salué mardi 28 février « l’action de tous ceux qui se sont engagés ces dernières années en faveur du dialogue interreligieux ».
« Je veux saluer ce soir l’action de tous ceux qui se sont engagés ces dernières années, comme Anouar Kbibech, en faveur du dialogue interreligieux dans notre pays, car je sais qu’ils sont nombreux ce soir dans cette salle ». Lors de la cérémonie organisée mardi 28 février au soir à l’hôtel Matignon pour la décoration du président du Conseil français du culte musulman, le premier ministre, Bernard Cazeneuve a choisi de mettre l’accent sur les « efforts » de ce dernier en faveur du dialogue entre les religions.
Animateur du Forum des cadres chrétiens et musulmans, le président du Rassemblement des musulmans de France (proche du Maroc) est également l’un des fondateurs de l’association islamo-chrétienne « Œuvrer en Essonne pour une Europe fraternelle » en partenariat avec le diocèse d’Evry-Corbeil-Essonnes, de l’Amitié judéo-musulmane, en partenariat avec le consistoire israélite de Paris.
Anouar Kbibech a également fait partie, en novembre 2016 et à l’initiative de Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry – seul représentant catholique lors de cette cérémonie –, d’une délégation du CFCM qui s’est rendue à la rencontre du pape François à Rome. À la suite de l’assassinat du père Hamel, en juillet 2016, il est surtout à l’origine de l’appel lancé aux « musulmans de France à se rendre dans toutes les églises à l’occasion de la messe du dimanche, pour y porter un témoignage de deuil et de compassion ».
« Longtemps, la République a quelque peu négligé ces efforts, sans les décourager certes, mais sans percevoir non plus qu’au-delà de la curiosité théologique, ce dialogue contribuait à créer de la cohésion sociale », a reconnu le premier ministre. « Comment en serait-il autrement, dans un pays comme le nôtre, dont les racines sont chrétiennes et qui abrite à la fois la principale communauté juive et la principale communauté musulmane d’Europe ? »
Lutter contre « l’ignorance des religions »
Or, pour Bernard Cazeneuve, – dont Anouar Kbibech a salué un peu plus tard « l’engagement personnel et à chaque instant » pour « intégrer l’islam à la République » – lutter contre « l’ignorance des religions » passe par « l’école républicaine bien entendu », mais aussi « en soutenant les initiatives émanant des croyants et des Églises ».
La décoration de ce natif de Meknès (Maroc), la « ville aux cent minarets », a également été l’occasion, pour le premier ministre, de saluer « un parcours méritocratique tel que la République, quoi qu’on en dise, sait encore parfois en offrir ».
Lycéen à Rabat, Anouar Kbibech est arrivé en 1980 à Paris en classe préparatoire scientifique, avant d’intégrer l’École nationale des ponts et chaussées. Marié et père de trois filles, il est aujourd’hui directeur de la maîtrise d’ouvrage, des systèmes d’information et des outils réseaux au sein du groupe SFR.
« Ce parcours exemplaire en dit long aussi, non seulement sur vos dons scientifiques et sur votre capacité de travail, mais aussi sur votre force de caractère », a encore noté le premier ministre, saluant sa vision « d’un islam des Lumières, pleinement ancré dans la République (…). Un islam dont les fidèles ne renoncent pas à leurs racines ni à leurs préférences personnelles, mais dont chaque composante souhaite vivre en bonne intelligence avec les autres, tout comme les musulmans de France s’entendent avec les Français d’autres confessions et d’autres convictions, fussent-ils athées. »

La Croix du 01.03.2017

« Tous les citoyens sont égaux », affirme le grand imam d'Al-Azhar

Dans une déclaration télévisée, vendredi 13 janvier, Ahmed al Tayeb, grand imam d’Al-Azhar, a qualifié d’« anachronique » la protection des minorités religieuses dans les États majoritairement musulmans.

24 mai 2016 : Première visite officielle en France de Cheikh Ahmed Muhammad AL-TAYEB, Grand Imam de Al-Azhar et pdt du Conseil des Sages Musulmans. Il participait à l’Hôtel de Ville de Paris à une conférence internationale sur le thème "Orient et Occident, civilisations en dialogue", organisée par la Communauté de Sant’Egidio. Paris (75), France.
ZOOM
24 mai 2016 : Première visite officielle en France de Cheikh Ahmed Muhammad AL-TAYEB, Grand Imam de Al-Azhar et pdt du Conseil des Sages Musulmans. Il participait à l’Hôtel de Ville de Paris à une conférence internationale sur le thème "Orient et Occident, civilisations en dialogue", organisée par la Communauté de Sant’Egidio. Paris (75), France. / Corinne SIMON/CIRIC

Dans son allocution hebdomadaire à la télévision égyptienne, vendredi 13 janvier, Ahmed al Tayeb, le grand imam d’Al-Azhar, « a fait un petit pas important sur la voie du renouveau du discours religieux », rapporte le site italien terrasanta.net. Abordant la notion de dhimma, la protection que l’empire musulman accordait aux non-musulmans à l’époque médiévale, cette haute autorité de l’islam sunnite a estimé qu’elle était « désormais anachronique ».

L’information a été confirmée à La Croix par une source interne au sein du grand imamat.

Lorsque l’islam s’est répandu en dehors de la péninsule arabique où il est né au VIIème siècle, les califats successifs ont été amenés « à gouverner de nombreuses minorités (et majorités) non-musulmanes », indique le site Internet retraduisant le contenu de l’allocution du grand imam.

« Ne pouvant forcer quelqu’un à se convertir à l’islam, les différents types de gouvernement issus de cette expansion ont dû penser à une forme particulière de pacte avec leurs sujets non-musulmans, une forme de relation leur permettant de protéger leurs droits sur un pied d’égalité avec ceux des musulmans et d’imposer des devoirs égaux. »

La jizya rétablie en Irak et en Syrie

Ce type de relation – la « dhimma » selon les mots utilisés par Ahmed al Tayeb – signifie que l’islam accepte « la garde et la responsabilité » des non-musulmans, en contrepartie du paiement d’une taxe (jizya), tandis que les musulmans, eux, paient la zakat. C’est cette jizya que l’État islamique a rétablie en Irak et la Syrie, « l’imposant d’une manière humiliante et brutale ».

« De nombreux groupes islamiques fondamentalistes voudraient la réintroduction de la dhimma pour les minorités chrétiennes au Moyen-Orient », indique encore le site Internet italien spécialisé dans l’actualité archéologique et biblique du Moyen-Orient. « Mais Ahmed al Tayeb a été extrêmement clair sur ce point : la dhimma est un concept qui appartient à un contexte historique spécifique qui n’existe plus, parce que les formes de gouvernement dans lequel il a été appliqué (et pour lequel il a été conçu) sont désormais remplacés par les États modernes et le concept la citoyenneté. »

À LIRE AUSSI : Le Vatican demande aux leaders musulmans de condamner la barbarie de l’État islamique

Une forme d’injustice et un manque de raisonnement

« Bien que la dhimma ait constitué, lors de son invention, une nette amélioration par rapport à ce qui se passait dans d'autres civilisations, et notamment dans l’empire romain où ceux qui ne suivaient pas la religion d’État étaient discriminés, l'appliquer aujourd'hui, dans un contexte profondément différent, constituerait, selon le grand imam d’Al Azhar, une « forme d'injustice et un manque de raisonnement scientifique » , écrit encore l’auteur de l’article.

Par conséquent, et toujours selon lui, « les chrétiens en Égypte ne sont pas et ne peuvent pas être dhimmi, ni même considérés comme une minorité, un terme chargé de connotations négatives ». « Les chrétiens sont des citoyens, et il n'y a aucune justification pour un retour anachronique à l'imposition de la jizya. La citoyenneté, réclamée par les manifestants de la révolution de 2011, est la seule garantie de l'égalité et de stabilité pour la société d'aujourd'hui », conclut l’article.

La Croix du 17.01.2017

Des femmes porteuses d’espérance

LE BLOCNOTES
JEAN-CLAUDE GUILLEBAUD JOURNALISTE, ÉCRIVAIN ET ESSAYISTE

Quantité de nouvelles décourageantes nous sont venues d’Israël ces derniers temps : soupçons de corruption du Premier ministre Benyamin Netanyahou, entendu par la police israélienne ; condamnation d’un sergent pour le meurtre d’un Palestinien gisant au sol ; assassinat de quatre soldats israéliens par un terroriste palestinien au volant d’un camion. Les médias ont abondamment parlé de tout cela. Et à juste titre. Mais pourquoi donc a-t-on si peu commenté l’éblouissante nouvelle venue du même pays. Elle suffirait à réveiller notre espérance en berne. Évoquée par Anne Guion dans La Vie (n ° 3724 du 12 janvier), elle aurait mérité d’être relayée par toutes nos radios et télévisions.

De quoi s’agit-il ? Des initiatives d’une association, les Mères pour la paix, créée en 2014, au moment de la reprise de la guerre à Gaza qui avait fait 2 200 victimes, principalement palestiniennes. Ce mouvement rassemble des femmes de toutes confessions, notamment des Israéliennes et des Palestiniennes. Elles réclament d’une même voix qu’un vrai dialogue se substitue à l’état de violence. Et elles s’engagent mois après mois pour le clamer, le hurler, le répéter.

Des Israéliennes et des Palestiniennes réclament d’une même voix qu’un vrai dialogue se substitue à l’état de violence.
En octobre 2016, elles avaient lancé la « marche de l’espoir », laquelle s’était achevée par une prière juive et musulmane prononcée par 4 000 femmes réunies à Qasr-el-Yahud, au nord de la mer Morte, mais aussi par une manifestation de 15 000 autres femmes devant la résidence de Netanyahou pour réclamer la fin du conflit. Je reprends ici les informations données par Evelyn Rottengatter de l’agence de presse internationale et multilingue Pressenza. Un film retraçant les différentes phases de cette « marche de l’espoir » a été récemment diffusé sur You- Tube. Il est accompagné d’une chanson de l’Israélienne Yael Deckelbaum, Prayer of the Mothers (« la Prière des mères »), reprise en choeur par des centaines d’Israéliennes et de Palestiniennes rassemblées pour l’occasion.

D’autres artistes des deux bords se joignent à cette chanson, interprétée par un ensemble mixte, le Choeur Rana, créé en avril 2016, dont les membres – 10 femmes juives et 10 musulmanes – chantent en hébreu et en arabe.

Dans cette vidéo joyeuse, déterminée, audacieuse, on entend un message de Leymah Gbowee, une femme du Liberia qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 2011 pour avoir contribué dans son pays à la fin d’une atroce guerre civile. S’adressant aux Mères pour la paix, elle les encourage à poursuivre la lutte. Selon elle, « la paix est possible quand des femmes intègres et décidées se lèvent pour l’avenir de leurs enfants ».

Oh, bien sûr, cela ne signifie pas que la paix soit – déjà ! – pour demain. Mais ce n’est pas en négligeant les bonnes nouvelles qui la préparent qu’on favorisera sa venue. Hélas, à part une brève mention de l’événement dans l’émission 28 minutes, sur Arte, et un court article dans Le Monde, peu de médias ont relayé cette initiative. Qu’attendent nos télévisions pour diffuser ce film ?

Cela nous changerait des blablas qui occupent – trop souvent – les antennes.

La Vie - jeudi 19 janvier 2017
 

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                          

La Croix du 16/12/2016

 

 

 

 

ARCHIVES 2017
JANVIER 2017
FEVRIER 2017
MARS 2017
AVRIL 2017
MAI 2017
JUIN 2017
SEPTEMBRE 2017
OCTOBRE 2017
NOVEMBRE 2017
DECEMBRE 2017

 

 

            

                           

 Pour les années précédentes 

des sites sont à votre disposition pour vous aider dans votre recherche

en particulier

 

celui de Lacuzon

http://www.sos-derive-sectaire.fr

 

celui de Prevensectes

http://www.prevensectes.com

 

 

 

RAPPORT 2015

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

 

 

RAPPORT 2013-2014

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport-au-Premier-ministre_2013-2014_Miviludes.pdf

 

RAPPORT 2011

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_annuel_2011_miviludes.pdf

 

RAPPORT 2010

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/ra2010_mise_en_ligne.pdf

 

RAPPORT 2009

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport2009_mise_en_ligne.pdf

 

RAPPORT 2008

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_miviludes_2008_francais.pdf

 

RAPPORT 2007

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_Miviludes_2007.pdf

 

RAPPORT 2006

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_miviludes_2006.pdf

 

 

RAPPORT 2005 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_MIVILUDES_2005-2.pdf

 

 

RAPPORT 2004 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/RAPPORT_MIVILUDES_2004.pdf

 

RAPPORT 2003 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_MIVILUDES_2003.pdf

 

 

accueil