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ABUS DE FAIBLESSE

 

Procès pour esclavage domestique: «En France, on a toujours tendance à minimiser les faits!»

JUSTICE Une quinquagénaire était jugée ce lundi à Nanterre pour avoir exploité une adolescente de 13 ans entre 2000 et 2005. Elle ne s’est pas présentée à l’audience…

Quinze mois d'emprisonnement avec sursis et 6.000 euros d'amende ont été requis à l'encontre de la prévenue.

La victime, une jeune Malienne, aujourd’hui âgée de 31 ans, a été exploitée au domicile d’une connaissance de son père.
La prévenue est poursuivie pour « aide au séjour irrégulier » et « soumission d’une personne vulnérable à des conditions de travail ou d’hébergement indignes ».
En son absence, une peine de 15 mois de prison avec sursis et 6.000 euros d’amende a été requise.
« Ça ne vous embête pas de rester là devant nous ? Parce que, vous le savez, ce n’est pas vous la prévenue aujourd’hui », lance doucement la présidente. « Non, ça va aller », répond Leila*. Droite, face à la cour, la jeune femme attend ce procès depuis douze ans. La prévenue, elle, poursuivie pour « aide au séjour irrégulier » et « soumission d’une personne vulnérable à des conditions de travail ou d’hébergement indignes » n’a pas fait le déplacement, comme son avocate.

>> A lire aussi : Esclavage domestique: Après douze ans d'attente, le procès du bourreau présumé d'une jeune Malienne s'ouvre ce lundi

Au terme d’un interminable parcours judiciaire - une ordonnance de non-lieu et deux pourvois en cassation - le procès s’est finalement tenu devant le tribunal correctionnel de Nanterre. « Par décence pour ma cliente, les choses doivent prendre fin », a plaidé Me Juliette Vogel, l’avocate de Leila.

« L’enfer a commencé le lundi, c’était la rentrée »
Longuement, la présidente et ses deux assesseurs ont écouté la victime d’origine malienne décrire « l’enfer » qu’elle a vécu. Âgée de 13 ans lorsqu’elle arrive en France, Leila est prise en charge par une cousine éloignée de son père qui lui promet une scolarisation. Mais très vite, la préadolescente devient « aide ménagère ». Dans un foyer qui compte alors neuf personnes dont sept enfants, elle est la « bonne à tout faire ». « L’enfer a commencé pour moi le lundi, c’était la rentrée. Je me réveillais chaque jour à 6 heures - 6 heures 30 (…) et ne me couchais pas avant minuit ».

Sa « cousine », Mme D., maîtresse de maison lui confisque ses papiers d’identité. Leila passe le balai, la serpillière, amène les enfants à l’école, prépare les repas, s’occupe des courses et dort dans le salon sur un matelas en mousse. « Toute la journée, elle me tournait autour pour me surveiller. Je ne mangeais que quand il n’y avait personne et s’il y avait des restes (…) je n’avais le droit de me doucher que deux fois par semaine », raconte en pleurs la jeune femme. Coupée de sa famille, de son père resté au Mali, Leila s’isole et tait ses souffrances : « Elle m’avait dit que je pouvais aller en prison ou être renvoyée au pays si je disais quelque chose ».

Des carences ?
Entre novembre 2003 et octobre 2005, Leila, 31 ans aujourd’hui, ne dira rien aux aides sociales qui viennent de temps en temps au domicile de la famille à Châtenay-Malabry. Un voisin, policier à la retraite, fera un signalement lorsqu’il découvre un soir l’adolescente en larmes dans l’escalier, chassée de l’appartement. En vain, lors du passage des policiers, Mme D. demandera à celle qu’elle exploite d’aller se cacher. Après cette visite des forces de l’ordre, la logeuse concède à iLeila de l’inscrire à des cours d’alphabétisation. C’est là qu’elle fera la connaissance d’un jeune homme qui la pousse à fuir.

Épaulée par le Comité contre l’Esclavage Moderne (CCEM), elle dépose plainte le 25 octobre 2006 pour « rétribution inexistante », « soumission d’une personne vulnérable à des conditions de travail et d’hébergement contraires à la dignité́ humaine », « abus de la situation de faiblesse d’un mineur », « aide à l’entrée et au séjour irrégulier d’un étranger » et « travail dissimulé ». Douze ans après, son avocate a dénoncé lors du procès les « carences » de la procédure.

« L’esclavage moderne ? C’est pas chez nous »
Selon elle, les faits auraient été « minimisés » par plusieurs acteurs dans ce dossier : « Pourquoi ça nous dérange ? L’esclavage moderne ? C’est pas chez nous, c’est pas en France. En Libye, oui, on peut l’entendre, ça nous choque. Mais en France (…) on a toujours tendance à minimiser les faits ». Tout au long de sa plaidoirie, Me Juliette Vogel s’est attachée à démontrer la « vulnérabilité criante » et la « dépendance totale » de sa cliente mineure au moment des faits à l’égard de sa cousine, alors âgée de plus de 40 ans.

Comme elle, le procureur a demandé à la cour de condamner Mme D. pour les faits qui lui sont reprochés et a appelé les juges à reconnaître le préjudice subi par la victime. « C’est bien elle qui s’est occupée du foyer au lieu de vivre son enfance, une scolarité normale, d’avoir des loisirs, des amis. Non, elle, elle n’y a pas droit », a-t-il lancé avant de requérir 15 mois de prison avec sursis et 6.000 euros d’amende. La décision sera rendue le 19 février prochain.

* Le prénom a été changé

20 minutes / 22.01.2018
 

 

 

 

ALLIANCE DES NATIONS POUR JESUS CHRIST

 

Enfant laissé dans le froid à Saint-Josse : les parents condamnés à dix ans de prison ferme

Le couple qui avait enfermé durant plusieurs heures un enfant dans le froid, sur le balcon de son appartement de Saint-Josse, a été condamné à dix ans de prison ferme pour torture et traitement inhumain par la cour d’appel de Bruxelles.
En décembre 2016, un garçon de six ans avait failli mourir après avoir été laissé sur un balcon pendant 15 heures. Sa sœur jumelle et lui étaient par ailleurs sous-alimentés. D’après les auditions, il est apparu que l’enfant avait été laissé sur le balcon de 05h00 du matin à 20h00 parce qu’il avait été chercher à manger dans la cuisine. Le beau-père, âgé de 21 ans, a reconnu avoir infligé cette punition, mais sans pour autant réaliser la gravité des faits. La mère, qui a dix ans de plus que son mari, était elle dans le déni.
Le beau-père C.D., 21 ans, et la mère L.D.S., 31 ans et de nationalité française, s’étaient connus sur internet et faisaient partie de l’Alliance des Nations pour Jésus-Christ, un groupe catholique extrêmement rigoriste aux dérives sectaires. Le prévenu a immédiatement reconnu que c’était lui qui avait infligé la punition qui avait failli coûter la vie au jeune garçon après l’avoir trouvé en train de prendre de la nourriture dans la cuisine. La mère était présente au moment des faits, mais elle était allée se coucher une heure plus tard et avait nié toute implication dans le châtiment.
“Perverse et manipulatrice”
Les experts ont souligné la personnalité perverse et manipulatrice de la mère des victimes, qui a tenté de cacher sa “véritable nature” et qui, contrairement à ce qu’elle avait déclaré lors de l’instruction, n’a jamais été violentée par son compagnon. Ce dernier semblait quant à lui convaincu de la justesse des traitements infligés aux enfants.
En dépit de l’ascendant psychologique que la mère semblait avoir au sein du couple, la cour a estimé que le beau-père des enfants ne pouvait ignorer la gravité de leur comportement. Elle les a dès lors considérés comme co-auteurs des faits, insistant sur leur extrême gravité, la mise en danger de la vie des enfants et le fait que leur pratique religieuse ne semblait être qu’un “prétexte” pour assouvir leurs “besoins pervers”.
Les victimes, placées par un juge de jeunesse, n’ont apparemment pas de séquelle physique des traitements subis.
Le tribunal correctionnel avait condamné leur mère à six ans ferme, tandis que son mari et beau-père des enfants avait bénéficié d’une peine avec sursis. En appel, le parquet avait requis 15 ans de prison à l’encontre du couple.
Pas le moindre regard
Les prévenus étaient tous deux présents à l’audience, mais n’ont pas échangé le moindre regard. Leurs avocats respectifs se sont montrés déçus par l’arrêt, bien que le parquet eut requis une peine de 15 ans ferme. Me Ayaya a souligné que sa cliente maintenait un contact avec ses enfants et le père de ceux-ci, et qu’ils venaient régulièrement de France pour la voir en prison. Me Bouyid s’est elle montrée perplexe quant au fait que la cour avait retenu le caractère manipulateur de la prévenue, mais sans que cela ne se traduise dans la peine prononcée à l’égard de son client.
La cour d’appel de Bruxelles a finalement condamné les deux parents à dix ans de prison ferme.

https://bx1.be/saint-josse-ten-noode/enfant-laisse-froid-a-saint-josse-parents-condamnes-a-dix-ans-de-prison-ferme/
19.01.2018


 


 



 


 

 

 

 

ANTISEMITISME

 

Antisémitisme : nouvelles polémiques en Pologne et en Autriche

L’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, devenu Journée internationale à la mémoire des victimes de la Shoah, a été marqué samedi 27 janvier par des incidents et des polémiques en Pologne et en Autriche. Explication en trois questions

Que s’est-il passé en Pologne ?
Critiquée au sein de l’UE pour ses réformes judiciaires attentatoires à l’État de droit, la Pologne prend aussi des libertés avec l’histoire. Vendredi 26 janvier, sa chambre basse a voté un projet de loi qui sanctionne l’emploi du terme « camp de la mort polonais » car il donnerait l’impression que la Pologne est responsable de la Shoah.

Le texte n’a pas encore été adopté par le Sénat, mais Israël a aussitôt accusé Varsovie de vouloir « changer l’histoire » pour dédouaner les Polonais de leur rôle pendant et après la Shoah.

Plus nuancé, le mémorial Yad Vashem de Jérusalem estime que le texte voté est « susceptible de brouiller la vérité historique concernant l’assistance que les Allemands ont reçue de la part de la population polonaise pendant l’Holocauste ». Il a toutefois reconnu « qu’il ne fait aucun doute que le terme “camps de la mort polonais” constitue une interprétation erronée de l’histoire ».

Et en Autriche ?
En Autriche aussi, les incidents antisémites se multiplient. La semaine dernière, quatre membres de la corporation pangermaniste Germania ont été mis en examen en raison de l’existence d’un corpus de chants nazis au sein de leur cellule locale. L’un de ces chants dit notamment « mettez les gaz, vieux Germains, on peut arriver au septième million », allusion aux six millions de juifs assassinés sous le IIIe Reich.

L’indignation dans le pays a été d’autant plus vive que Germania compte parmi ses dirigeants Udo Landbauer, 31 ans, figure montante du parti d’extrême droite FPÖ avec lequel le chancelier conservateur Sebastian Kurz a constitué une coalition de gouvernement. Udo Landbauer s’est dit « horrifié », et assure avoir « connaissance pour la première fois » de la chanson. Il a annoncé « suspendre son adhésion » à Germania.

Pour se dédouaner, le chancelier Sebastian Kurz a assuré de son côté que « les Autrichiens ont été associés aux crimes atroces de la Shoah » et « portent une responsabilité historique particulière, que le nouveau gouvernement reconnaît clairement ».

Dans quel contexte ont lieu ces incidents ?
Ces polémiques interviennent dans un contexte de remontée de l’antisémitisme en Europe, notamment en Pologne où la police a interpellé trois hommes ayant organisé l’an dernier une fête néonazie pour marquer l’anniversaire d’Hitler.

En Allemagne, Angela Merkel a dénoncé elle aussi samedi 27 janvier la montée de l’antisémitisme, du racisme et de « la haine de l’autre en général ». « C’est une honte de voir qu’aucun établissement juif ne peut exister sans protection policière, qu’il s’agisse d’une école, d’un jardin d’enfants ou d’une synagogue », a-t-elle déclaré, réaffirmant son soutien à la création d’un poste spécifique de commissaire à l’antisémitisme dans le prochain gouvernement allemand.

La Croix du 29.01.2018
 

En Allemagne, « l’antisémitisme est toujours là »

L’Allemagne comprend qu’elle n’est pas immunisée contre l’antisémitisme, comme Angela Merkel elle-même l’a souligné le 27 janvier. Le pays débat des mesures à prendre pour lutter contre ce phénomène résurgent.

Manifestation contre la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par les états-Unis, le 8 décembre, à Berlin. ZOOM
Manifestation contre la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par les états-Unis, le 8 décembre, à Berlin. / Kietzmann Björn/action press/Shutter/SIPA

Wenzel Michalski est « déçu ». Ce Berlinois qui dirige le bureau national de l’ONG Human Rights Watch a l’habitude de dénoncer les actes racistes. L’an passé, son fils a été brutalisé par des camarades de classe dans son collège. « Un élève lui a dit : ”Hitler t’a raté”», raconte-t-il, visage tendu. Au-delà de l’agression, c’est « le désintérêt de la direction de l’école » qui le choque. « Elle a minimisé l’affaire et des parents ont rédigé une lettre nous accusant de créer une mauvaise réputation. Quelle misère ! », se désole-t-il.

Cette affaire a soulevé un débat en Allemagne où la communauté juive se reconstitue, avec 250 000 personnes actuellement, ce qui s’accompagne d’une résurgence de l’antisémitisme, comme l’a déploré la chancelière Angela Merkel le 27 janvier. « Plus de soixante-dix ans après la libération d’Auschwitz, l’antisémitisme est toujours là », constate Mark Dainow, vice-président du Conseil central des Juifs en Allemagne. Il rappelle que, selon diverses études universitaires, entre 15 et 20 % des Allemands auraient des positions antisémites. Un chiffre stable. Or, avec l’explosion des médias sociaux, cet antisémitisme s’est « diversifié » devenant « plus subtil et plus audible ».

L’antisémitisme s’exprime de plus en plus ouvertement
Dans les faits, le ministère de l’intérieur constate une hausse du nombre des actes antisémites dans le pays (+ 6 % lors des six premiers mois de 2017). 93 % des 681 délits seraient liés à des motivations d’extrême droite. Par ricochet, le malaise augmente au sein de la communauté juive, à qui les représentants déconseillent de porter des signes religieux das la rue. « Je ne porte pas d’étoile de David en médaillon et je ne reçois plus de journaux de la communauté car je ne veux pas que mes voisins soient au courant », nous explique Esther, 31 ans.

Médecin dans un hôpital berlinois, elle constate un « antisémitisme latent » qui s’exprime plus ouvertement depuis la montée du parti populiste de droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), dont nombre de personnalités relativisent ouvertement les crimes de la Seconde Guerre mondiale. « Leur entrée au Bundestag, en septembre, m’a effrayée, avoue-t-elle. Je ne sais comment réagir. » Le succès de l’AfD a encouragé l’expression décomplexée de positions antisémites.

Un antisémitisme « importé » par certains réfugiés
À ce nouveau phénomène s’ajoute la visibilité croissante d’un antisémitisme lié au conflit israélo-palestinien. Il s’est exprimé d’abord en 2014 lors de l’opération « Bordure protectrice », menée par Israël contre Gaza, puis en décembre 2017, après l’annonce par les États-Unis de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. 2 500 manifestants, essentiellement d’origine arabe et turque, ont scandé des slogans anti israéliens dans le centre de Berlin, et un drapeau israélien a été brûlé, suscitant un tollé, alors que l’Allemagne a fait de l’existence d’Israël sa raison d’État. Depuis, le débat s’est ouvert sur les « ratés de l’intégration » des populations immigrées et sur le danger que peut représenter l’arrivée de centaines de milliers de réfugiés syriens, irakiens et afghans.

Dans une étude réalisée auprès de réfugiés issus de ces pays, le chercheur Günther Jikeli confirme la présence « très large » de représentations antisémites alimentées par les théories du complot, une identification avec les Palestiniens et le rôle de la propagande d’État. « Dans certains pays comme la Syrie, les livres d’histoire sont très proches du discours des néonazis. Adolf Hitler y est décrit comme un homme fort », explique ce chercheur.

Les autorités allemandes cherchent donc des solutions, notamment pour lutter contre cet « antisémitisme importé ». La CDU propose d’expulser les étrangers mettant en cause l’existence d’Israël. La sénatrice berlinoise Sawsan Chebli souhaite imposer aux nouveaux venus la visite de camps de concentration. Mais l’idée divise. « Il ne faut pas imposer les choses, sinon elles produisent l’effet inverse de celui recherché », estime Günter Morsch, directeur du musée du camp de Sachsenhausen. Les acteurs de la lutte contre l’antisémitisme prônent surtout un renforcement du travail de prévention. Wenzel Michalski, lui, appelle à la mobilisation. « Il faut être offensif et réagir à toutes les provocations. »

Une « honte », selon Angela Merkel

Le 27 janvier, journée de la mémoire de l’Holocauste, Angela Merkel a dénoncé la résurgence de l’antisémitisme en Allemagne. « Il est inconcevable et (cela) constitue une honte de voir qu’aucun établissement juif ne peut exister sans protection policière, qu’il s’agisse d’une école, d’un jardin d’enfants ou d’une synagogue », a-t-elle affirmé.

La chancelière a soutenu la création d’un poste de commissaire à l’antisémitisme dans le futur gouvernement. Il fait l’objet de discussions entre son parti et les sociaux-démocrates.

Le 30 janvier, une séance spéciale du Parlement commémorera les victimes du nazisme, avec des témoignages de rescapés des camps.

La Croix du 29.01.2018

73 ans après la Shoah, l’antisémitisme toujours présent en Allemagne

"Toi le Juif !" est devenu l'une des insultes les plus répandues dans les écoles, déclarent des professeurs de Berlin
Dans un contexte de montée de l’extrême droite et d’inquiétudes liées à l’arrivée de réfugiés originaires de pays ennemis d’Israël, les autorités allemandes s’alarment de la résurgence de l’antisémitisme 73 ans après la fin de l’Holocauste.

A l’occasion des commémorations marquant la libération, le 27 janvier 1945, du camp d’extermination d’Auschwitz, Angela Merkel a fait part de sa « honte » que les bâtiments juifs, des écoles aux synagogues, ne puissent « exister sans protection policière ».

La chambre des députés marque cet anniversaire par une séance spéciale mercredi.

La chancelière, qui fut la première cheffe de gouvernement allemand à s’adresser à la Knesset (Parlement israélien) il y a dix ans, s’est aussi engagée à créer un poste de commissaire à l’antisémitisme dans le prochain gouvernement qu’elle espère former en mars.
A l’origine de cette initiative : les images de drapeaux israéliens brûlés à Berlin lors d’une manifestation après la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme la capitale de l’Etat hébreu.

Depuis de longs mois, des responsables de la communauté juive tirent la sonnette d’alarme.

L’ancienne présidente du Conseil central des Juifs et figure très respectée, Charlotte Knobloch, a déploré une recrudescence des actes antisémites. Les fêtes juives ne peuvent plus « se dérouler dans l’espace public que sous protection policière », assure-t-elle.

« Un antisémitisme toujours plus violent »

Les Berlinois ont aussi été scandalisés par le vol de 16 petits pavés en laiton installés sur les trottoirs pour honorer la mémoire de victimes de l’Holocauste. Les auteurs n’ont pas été identifiés, mais le message n’a échappé à personne, le vol ayant été commis juste avant les commémorations des pogroms anti-juifs de la Nuit de cristal en 1938.

« C’est la première fois qu’autant de ‘pierres à trébucher’ (‘Stolpersteine’ en allemand) sont volées en quelques jours », déplore Silvija Kavcic qui gère les quelque 7 000 petits pavés posés dans Berlin et sur lesquels sont gravés les noms de victimes pour l’essentiel juives du nazisme.

Pour Wenzel Michalski, représentant en Allemagne de l’ONG Human Rights Watch (HRW), l’antisémitisme s’avère « toujours plus véhément et plus violent ».

Un constat que partage l’actuel président du Conseil central des Juifs, Josef Schuster. « On ose aujourd’hui beaucoup plus dire ce qu’on a en fait toujours pensé mais qu’on n’osait justement pas dire », a-t-il lâché dans un entretien à Bild am Sonntag.

L’Allemagne a fait du souvenir de la Shoah le cœur de son identité d’après-guerre. Avec la disparition progressive des témoins et survivants du génocide, des tabous sont en train de tomber.

L’entrée en force de l’extrême droite à la chambre des députés en septembre a marqué un tournant. L’un de ses cadres, Björn Höcke, a qualifié le monument de la Shoah de Berlin de « mémorial de la honte » et elle compte en son sein plusieurs antisémites notoires.

Des experts dénoncent aussi la radicalisation de certains musulmans, notamment au sein de la forte minorité turque, sensible à la rhétorique du président turc, Recep Tayyip Erdogan.

« Pour eux, tout ce qu’il dit est sacré. Or Erdogan est un antisémite virulent », accuse le représentant de HRW.

Cours d’école

Autre phénomène particulièrement préoccupant, l’antisémitisme dans les cours d’école notamment parmi les jeunes musulmans.

A Berlin, des enseignants racontent que « Toi le Juif ! » est devenu l’une des insultes les plus répandues. Dans certains cours, « dès qu’on aborde le thème des Juifs ou du judaïsme, cela provoque immédiatement une petite Intifada dans la salle de classe », témoigne un enseignant dans un rapport sur le sujet.

Le débat tourne aussi autour de l’arrivée de plus d’un million de réfugiés depuis 2015 « qui ont pour certains grandi avec des discours anti-israéliens et antisémites », selon M. Schuster, même si jusqu’ici aucun chiffre officiel ne fait état d’une hausse des actes antisémites du fait des réfugiés.

Dernière proposition en date lancée par une responsable de la Ville de Berlin : rendre obligatoire dans toutes les écoles une visite d’un camp de concentration, comme c’est le cas en Bavière.

Car, assure le directeur du Mémorial du camp de Sachsenhausen, Günter Morsch, « plus que l’origine géographique, c’est le niveau d’éducation qui est déterminant ».

La Croix du 31.01.2018

Au Parlement allemand, une survivante d'Auschwitz dénonce le "virus" antisémite

Une survivante de l'Holocauste, Anita Lasker-Wallfisch, a mis en garde mercredi contre la résurgence de l'antisémitisme en Allemagne dans un discours à la chambre des députés où siègent depuis fin 2017 des élus d'extrême droite.

"Quel scandale que des écoles juives, même des jardins d'enfant juifs, doivent être protégés par la police!", a lancé cette musicienne de 92 ans, une violoncelliste déportée à Auschwitz en 1943 et invitée devant les élus allemands à l'occasion de la commémoration annuelle des victimes du nazisme au Bundestag.

"L'antisémitisme est un virus vieux de 2.000 ans, apparemment incurable", a ajouté cette femme alerte, qui était accompagnée de sa soeur, Renate, déportée comme elle d'abord à Auschwitz puis à Bergen-Belsen.

"Nier quelque chose qui fait partie du passé de l'Allemagne est tout simplement inacceptable", a encore indiqué la musicienne qui a fait partie de l'orchestre d'Auschwitz, organisé par les SS dans le camp d'extermination.

Mme Lasker-Wallfisch n'a pas évoqué le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui compte 90 élus au Bundestag depuis les élections du 24 septembre dernier.

Or la jeune formation compte dans ses rangs des révisionnistes et certains de ses cadres souhaitent en finir avec la culture du repentir, socle de l'identité allemande depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

"La haine est un poison et au final, vous vous empoisonnez vous même", a insisté Mme Lasker-Wallfisch, devant la chancelière Angela Merkel, l'ensemble de son gouvernement et des dirigeants des partis politiques.

D'une voix forte et assurée malgré son âge et les souffrances subies en déportation, la musicienne a également raconté l'histoire de sa famille juive allemande assimilée.

"Renate (sa soeur, ndlr) et moi sommes nées dans ce pays, c'est-à-dire (que nous sommes) Allemandes", a-t-elle rappelé. Après l'arrivée des nazis au pouvoir, "on m'a craché dessus dans la rue et on m'a dit 'sale Juive!'".

Le 9 avril 1942, ses parents sont déportés. L'adolescente de 16 ans veut partir avec eux. Mais son père l'avertit: "Là où nous allons, tu iras bien assez tôt", a-t-elle dit.

Longuement applaudie par les députés, elle a également évoqué l’accueil par l'Allemagne de plus d'un million de réfugiés, fuyant la guerre ou la misère, depuis 2015. Un "geste humain incroyablement généreux et courageux", selon elle.

Les autorités allemandes, en particulier Angela Merkel, s'inquiètent de la résurgence de l'antisémitisme, notamment dans les cours d'école.

AFP du 31.01.2018

La loi controversée sur la Shoah signée

Le chef de l’État polonais Andrzej Duda n’a pas plié malgré le trouble international provoqué par sa loi sur la Shoah. Le leader de la droite conservatrice a annoncé hier qu’il signerait le document controversé interdisant désormais de parler « de camps de la mort polonais » sous peine de trois ans d’emprisonnement, y compris pour les étrangers.

Plus généralement, il est désormais banni de faire un lien direct entre la Pologne et les crimes nazis. Afin d’assurer ses arrières, le président polonais a néanmoins précisé qu’il allait saisir le « tribunal constitutionnel » pour vérifier la conformité de la loi, notamment les articles pouvant entrer en conflit avec la liberté d’expression : « C’est une solution qui, d’un côté, préserve les intérêts de la Pologne, notre dignité et la vérité historique. Et d’un autre côté, cette décision tient compte de la sensibilité des personnes pour qui la question de la mémoire historique de l’Holocauste reste exceptionnellement importante ».

Pour l’État hébreu, la démarche législative polonaise n’est que la démonstration d’un « révisionnisme d’État » sur la période trouble de la Shoah, voyant une tentative de nier la participation de certains Polonais au génocide des Juifs, voire d’empêcher les survivants de la Shoah de raconter leur expérience.

Le Bien Public du 07.02.2018

 

 

 


 

 

 

 

Les BRIGANDES

 

Hérault: derrière les rockeuses identitaires, un soupçon de dérive sectaire

LA SALVETAT-SUR-AGOUT (France), 19 jan 2018 (AFP) - "Foutez le camp", "Le grand remplacement", "France, notre terre": auteur de titres pop-rock aux paroles violemment xénophobes, le groupe des Brigandes, installé dans un village de l'Hérault, est soupçonné de servir de façade à une communauté sectaire dominée par un personnage trouble.
Derrière ce groupe "clairement d'extrême droite avec de fortes allures complotistes" apparaît un certain Joël LaBruyère: "C'est un personnage bien connu de nos services pour l'emprise mentale qu'il peut développer sur des groupes", explique à l'AFP Serge Blisko, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).
Les Brigandes relèvent avant tout "du phénomène sectaire", l'extrême droite étant "divisée à leur égard", abonde le politologue Jean-Yves Camus. Considérés comme des "dégénérés" par le directeur de la revue Rivarol, Jérôme Bourbon, les membres du groupe ont en revanche le soutien du site Synthèse nationale, proche de Carl Lang, et celui du groupuscule identitaire de la Ligue du Midi.
A La Salvetat-sur-Agout, où les Brigandes et leur entourage sont installés depuis trois ans, par "peur" ou "ras-le-bol", beaucoup d'habitants refusent de s'exprimer sur la petite communauté, qui refuse de parler à la presse et n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.
D'autres habitants, comme le boulanger Régis Boucher, estiment que le groupe formé d'une vingtaine d'adultes et d'une dizaine d'enfants "n'embête personne" et fait marcher le commerce. Mais un nombre croissant s'inquiètent de l'influence "d'une secte d'illuminés".
- "Prise de contrôle symbolique" -
"Ces filles qui chantent des horreurs sont sous l'emprise d'un gourou, Joël LaBruyère, c'est lui le danger", assure Thierry Canals, qui alerte depuis des mois sur "la face cachée" du groupe dans cette "station verte" de 1.200 habitants, connue pour ses bois, ses rivières et son eau pétillante exploitée par Danone. M. Canals, qui milite à la France Insoumise, a porté plainte pour "menaces" fin 2017.
"On est victimes d'intimidations, de manipulation mentale, on se sent abandonnés par l'Etat", se désespère Christophe Pourprix, travailleur social et voisin immédiat de la communauté, dans un hameau reculé. "Ils sont barges et ils vont nous rendre tous barges !", dit celui qui a lancé une pétition contre le groupe ayant recueilli plus de 14.000 signatures.
"Il y a une stratégie véritablement sectaire pour contrôler un village affaibli économiquement en divisant les gens et en noyautant les associations", souligne un jeune père de famille qui se dit "apolitique". Face au local "lugubre" du groupe, jouxtant la mairie, "avec crâne et candélabres", une commerçante dénonce, elle, une "prise de contrôle symbolique du village".
"Dans un Etat de droit, on ne peut pas empêcher des gens de s'installer dans un village", répond le sous-préfet de Béziers Christian Pouget.
Ce dernier a cependant saisi le procureur de la République de Béziers Yvon Calvet, qui confirme qu'une "enquête de gendarmerie est en cours pour vérifier le contenu des chansons et établir si certaines paroles peuvent tomber sous le coup de la loi pénale".
Les clips du groupe, dont la réalisation est plutôt léchée, mettent en scène les jeunes femmes qui le composent entonnant d'une voix claire sur des mélodies entraînantes ces paroles ultra-réactionnaires et comptent des centaines de milliers de visionnages sur YouTube. Au coeur des interrogations de la justice, celui qui se présente comme le "directeur artistique" et l'auteur des paroles en question: Joël LaBruyère, qui expose lui-même ses thèses confuses dans une vidéo fin 2017, coiffé d'un béret rouge et portant un masque noir dissimulant entièrement son visage.
La Miviludes, qui a dépêché deux conseillers dans l'Hérault en 2016 et entendu d'ex-membres du groupe, dit croiser depuis 2010 "dans des signalements et des interrogations" le nom de cet homme qui s'est fait aussi appeler Elihoé, Mister Kevin ou Joël Barka.
- "Totalement asocial" -
Une plainte notamment pour "abus de faiblesse", "travail dissimulé" et "violences volontaires" a été déposée contre lui par cinq anciens adeptes --une femme et quatre hommes-- dans les Hautes-Pyrénées, où résidait auparavant le groupe. Elle est en cours d'instruction, a confirmé à l'AFP le procureur de la République de Tarbes Pierre Aurignac.
"Les plaintes ont été déposées en janvier 2015, depuis il y a eu au moins trois juges d'instruction successifs mais peu d'avancées", se désespère Me Rodolphe Bosselut, qui a demandé le dépaysement du dossier à Paris.
Dans cette plainte collective, dont l'AFP a obtenu copie, les anciens membres du groupe disent avoir dû "fuir" fin 2014 et décrivent la "totale soumission" exigée par un "chef" aux "monologues interminables" qui "diabolise" la société extérieure, amène de jeunes gens à "rompre avec la famille, les amis", contrôle les comptes bancaires personnels, capte des héritages...
Selon eux, le groupe de jeunes gens formé autour de Joël LaBruyère, né en 1948 à Rouen, fondateur de "l'Omnium des Libertés" et un temps proche de la Scientologie, a vécu tour à tour dans l'Orne, en Belgique, dans les Pyrénées, en Espagne, en Italie, sous des noms comme "Royaume elfique" ou "Nation libre".
Me Bosselut dit se faire "beaucoup de souci" pour les femmes et la dizaine d'enfants restant dans ce "groupe au fonctionnement sectaire, qui vit replié sur lui-même avec un côté totalement asocial".
Les services de l'Etat dans l'Hérault ont été informés de la déscolarisation de cinq enfants du groupe à la rentrée 2017 et disent suivre ce dossier de près.
Le groupe prône la formation de "clans" pour lutter contre une "dégénérescence" de la "civilisation européenne" et qualifie l'Education nationale de "viol psychique de masse".

19/01/2018

 


 

 

 

 

CHINE

 

Les autorités détruisent une église monumentale

L’église évangélique Jindengtai (« Chandelier doré »), qui accueillait jusqu’à 50 000 fidèles, était située à Linfen, une ville de la province du Shanxi. « Une nuée de policiers militaires ont été mobilisés et ont réalisé la démolition grâce à une grande quantité d’explosifs placés sous l’église », a indiqué samedi à l’AFP Bob Fu, président de China Aid. Cette démolition s’effectue « dans le cadre d’une campagne municipale visant à éliminer les “constructions illégales” » selon le Global Times – campagne orchestrée par le Parti communiste.

La Croix du 15.01.2018

 


 

 

 

 

COMPLOTISME

 

Une théorie du complot circule après le décès de « médecins holistiques »

FAKE OFF Des médecins américains adeptes de thérapies controversées sont disparus à quelques jours d'affilée en 2015. Mais leurs morts ne sont pas liées...
• En septembre 2015, le docteur Mitchell Gaynor, un oncologue américain qui s’intéressait aux thérapies complémentaires, meurt.
• Il s’agit d’un suicide, selon les autorités.
• Quelques mois auparavant, deux autres médecins américains avaient perdu la vie. L’un s’est suicidé, l’autre a eu une crise cardiaque.
• Ces trois morts rapprochées ont alimenté une théorie du complot.
Simple coïncidence ou rapprochements suspects ? En 2015, aux Etats-Unis, plusieurs médecins prônant des théories alternatives ont été retrouvés morts, à quelques mois d'intervalle. Récemment, c’est le cas du docteur Mitchell Gaynor qui est devenu viral en France, après que des posts de blog à son sujet ont été postés sur les réseaux sociaux.
Selon le site Les Moutons Rebelles, le décès de ce « médecin holistique » est le « onzième en 90 jours ». Le site laisse entendre que la mort de Mitchell Gaynor n’est pas due à un suicide, qui est la « version officielle ». Les Moutons rebelles renvoient vers un site américain, qui s’interroge sur les circonstances des décès de professionnels de santé qui prônaient des pratiques alternatives et doute fortement des causes données par les autorités.
FAKE OFF
Qui était le docteur Gaynor, mort à l’âge de 59 ans ? Cet oncologue américain s'intéressait aux thérapies complémentaires du traitement du cancer. Il avait notamment composé des méditations pour la thérapie par le son. Il était également auteur d’ouvrages à succès sur cette thématique.
Il avait été formé à la médecine traditionnelle et « continuait à recommander les traitements traditionnels du cancer », souligne le New York Times.
Un suicide, selon le bureau du shérif
Le décès du docteur Gaynor remonte à plus de deux ans : il a été retrouvé mort en septembre 2015, ce que ne précise pas la page Facebook des Moutons rebelles. Le médecin s’est donné la mort, selon un enquêteur du bureau du shérif du comté de Columbia (Etat de New York).
Une théorie du complot s’est développée autour de la mort de ce médecin et de plusieurs autres professionnels de santé, qui prônaient des pratiques alternatives. Les décès de ces personnalités seraient suspects. C’est la thèse relayée par le site américain Health Nut News, vers lequel renvoie le site Les Moutons rebelles.
La rédactrice de ce site exprime son étonnement sur le suicide du docteur. Elle cite des proches qui expliquent que le docteur venait de réchapper d’un accident de voiture et avait souffert de la gastro-entérite quelques jours avant son décès. Toutefois, ces deux événements, s’ils sont corrects, ne viennent absolument pas contredire la thèse du suicide, qui est celle des autorités.
Un faux parallèle avec d’autres docteurs
La rédactrice de site s’interroge sur les circonstances du décès du docteur Gayson et fait le parallèle avec d’autres morts de « médecins holistiques. » Pour elle, ce décès est la onzième mort d’un « médecin holistique » en « moins de 90 jours ». Elle précise tout de même « qu’elle n’a aucune idée » si ces différents décès sont liés entre eux.
Cela ne l’empêche pas de s’interroger dans le même article sur les morts des docteurs Jeff Bradstreet et Nicholas Gonzalez, intervenues respectivement le 19 juin et 28 juillet 2015. Ces deux Américains promouvaient des méthodes alternatives contre le cancer et l’autisme, dont l’efficacité n’a pas été prouvée. Le premier s’est suicidé, tandis que le second est mort d’une crise cardiaque, selon les autorités. Des décès suspects pour Health Nut News. Vous pouvez retrouver ici l’article que nous avions consacré à ces deux médecins et à leurs méthodes controversées :
>> A lire aussi : Le GcMAF n'est pas un traitement miracle contre le cancer et l'autisme
Les suicides de ces médecins seraient-ils des cas isolés ? Il est difficile d'obtenir des statistiques exactes sur le taux des suicides dans les professions médicales aux Etats-Unis. Cependant, la Fondation américaine pour la prévention du suicide avance que 300 à 400 médecins se suicident chaque année dans le pays. Plusieurs études montrent que les docteurs ont plus de risque de se suicider que le reste de la population.
On peut donc difficilement lier ces trois décès, même s'ils sont rapprochés dans le temps...
>> Vous souhaitez que l’équipe de la rubrique Fake off vérifie une info ? Réagissez dans les commentaires ou envoyez un mail à l’adresse contribution@20minutes.fr.

http://www.20minutes.fr/monde/2202871-20180117-theorie-complot-circule-apres-deces-medecins-holistiques
17/01/2018

L’impossible profil-type du complotiste

Ceux qui adhèrent aux thèses conspirationnistes sont plutôt jeunes et orientés à l’extrême droite ou à l’extrême gauche. Mais ces idées transcendent les questions de classes sociales ou de diplômes.
La donnée «ne fait que confirmer un constat déjà mis en évidence par d’autres études», affirme Rudy Reichstadt, membre de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès, et fondateur du site Conspiracy Watch : les sympathisants d’extrême gauche et d’extrême droite sont plus enclins à verser dans les théories du complot, révèle l’enquête de l’Ifop publiée lundi. Les deux candidats à la dernière présidentielle «à avoir le plus capté les suffrages des "complotistes endurcis" [qui croient à cinq théories du complot ou plus, parmi celles qui leur ont été soumises, ndlr] sont Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen», écrit Reichstadt dans une note. Qui conclut que le positionnement politique «apparaît comme l’une des variables les plus prédictives de l’adhésion au conspirationnisme».
Autrement dit, voter Le Pen ou Mélenchon serait un fort indice d’une tendance à croire aux thèses complotistes, et inversement. Adhérer à ces thèses serait aussi un premier pas vers la radicalisation politique. De fait, les théories du complot peuvent être un outil d’endoctrinement puissant pour les organisations radicales d’extrême gauche ou d’extrême droite. Mais ce lien est à prendre avec précaution. D’abord, les spécialistes ont pu observer à plusieurs reprises le fait que les jeunes attirés par les thèses conspirationnistes sont souvent des personnes qui ont du mal à se situer sur l’échiquier politique. En 2016, lors d’une conférence organisée par la Fondation Jean-Jaurès sur les «délires d’opinion» et les théories du complot, Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie à Saint-Denis et membre de l’observatoire de l’éducation de la fondation, avait mis en lumière que, souvent, ces jeunes sont incapables de «comprendre ou bien assimiler ce que veut dire gauche-droite, ce que sont l’extrême droite, l’extrême gauche, et la signification de ces positionnements en termes de discours».
Pour certains chercheurs, réduire les «complotistes» à leur seule proximité politique ou à leur âge relèverait donc du non-sens. Il s’agirait même d’un «mépris de classe et générationnel», analyse Nicolas Lebourg, historien, membre de l’observatoire des radicalités de la Fondation Jean-Jaurès. Le conspirationnisme n’est pas l’apanage des milieux ouvriers et des classes sociales basses, avance-t-il. Ni «un signe de stupidité naïve et juvénile», écrivait-il dans Slate, en juin 2016. D’abord il touche tout le monde, n’est «ni une maladie, ni un délit, ni une idéologie, mais une méthode de représentation du monde». Alors qu’on sait que Marine Le Pen capte l’électorat le moins diplômé et le plus populaire, le conspirationnisme, lui, toucherait toutes les catégories sociales. On l’a d’ailleurs vu dans l’étude de l’Ifop, le critère de la classe sociale n’est pas concluant pour déterminer le profil type de la personne la plus à même d’adhérer aux thèses complotistes. «Il suffit d’aller lire les commentaires sur le site d’Alain Soral. On y trouvera foison de gens ayant une maîtrise du langage, des notions d’économie, de droit, de géographie politique», écrit encore Nicolas Lebourg.
Autre exemple, lorsqu’Alain Finkielkraut affirme que le hashtag #balancetonporc relève d’une machination pour «noyer le poisson de l’islam» (en 2016, pour lui, c’était l’affaire Baupin qui servait à faire oublier les événements de Cologne), on ne peut pas l’accuser d’avoir un niveau d’étude peu élevé. «Pourtant, on est bien là en face d’une thèse complotiste, puisqu’on est dans une représentation globale du monde sur une interprétation unicausale». De même que certaines théories vont avoir tendance à attirer l’attention de classes plus aisées. «Parmi ceux qui croient que le Graal serait dissimulé dans une grotte au Moyen-Orient, 52 % sont des hauts revenus et 45 % des diplômés des niveaux master et doctorat, contre 33 % des titulaires d’un CAP ou d’un BEP.»

INTERVIEW
Gérald Bronner : «En général, on adhère à la théorie du complot quand le réel est décevant»
Pour le sociologue Gérald Bronner le sondage de l’Ifop, même imparfait, fait ressortir des tendances lourdes et devrait permettre un travail
Gérald Bronner est sociologue, professeur à l’université Paris-Diderot et auteur de la Démocratie des crédules (PUF, 2013).
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué à la lecture de l’étude de l’Ifop ?
Cest le fait qu’en résultat brut, à peu près la moitié des Français prétendent adhérer à la théorie du grand remplacement. Une théorie pour le coup exprimée dans le sondage dans une forme explicitement conspirationniste, puisqu’il parle d’une finalité volontaire des élites. Avec toute la prudence qu’il faut avoir avec un sondage, le chiffre de 48 % m’a vraiment beaucoup surpris. Et je crains que cette thématique puisse être instrumentalisée encore plus dans le champ politique, que ça décomplexe un certain nombre de propositions radicales.
On pensait jusque-là cette théorie réservée à des cercles d’extrême droite…
Là, on voit que c’est une acceptation qui est marquée politiquement mais pas seulement à droite et à l’extrême droite [56 % des électeurs de Fillon y adhèrent, 77 % côté Le Pen, ndlr]. L’étude montre qu’on retrouve également ce thème du grand remplacement de façon très forte chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon [à hauteur de 39 %]. Ça ne veut évidemment pas dire que les électeurs de La France insoumise sont conspirationnistes, mais que les conspirationnistes ont plus tendance à voter La France insoumise ou Front national que les autres partis. Cela veut dire que les partis qui font des propositions radicales peuvent devenir des aimants à conspirationnistes. Un certain nombre d’études montrent qu’il y a une corrélation entre la radicalité politique et la disposition à adhérer à des théories du complot.
Et inversement…
La théorie du complot peut vous conduire à la radicalité politique parce que si vous y adhérez, après tout, c’est bien normal de vouloir s’insurger. Si vous croyez que les attentats de Charlie Hebdo ont été fomentés par les services secrets français, il est logique que vous soyez totalement indignés et que vous vouliez retourner la table. De la même façon, on peut être attiré par la radicalité politique en adhérant à des thèses conspirationnistes du fait qu’un certain nombre de ses promoteurs sont très marqués politiquement. Exemple avec [l’idéologue antisémite] Alain Soral et son site Egalite et Réconciliation.
Quelles sont, selon vous, les limites à ce sondage ?
On peut regretter qu’il n’y ait pas de proposition «ne sait pas» dans les réponses, et là, du coup, elles peuvent être éventuellement forcées. Mais rien ne prouve que ces réponses ne se seraient pas réparties équitablement non plus si on avait ajouté cette possibilité. Le problème concernant des questions qui sont un peu intimidantes, c’est que le «ne sait pas» peut aussi constituer un piège méthodologique, car il va aspirer un certain nombre de réponses de gens qui ont un point de vue mais n’osent pas trop se dévoiler.
Mais vous avez quand même quelques réserves…
Comme on peut en avoir toujours sur un sondage. Ils ouvrent des portes à un certain nombre de questions. On va pouvoir voir, notamment, ce qui va se passer dans les années qui vont suivre, car cette enquête va devenir longitudinale, ce qui est une excellente nouvelle pour les chercheurs que nous sommes.
Qu’est-ce qui fait qu’on adhère à une théorie du complot, quel est le processus psychologique ?
En général, les conditions sociales de l’adhésion à la théorie du complot sont celles dites des «perdants», c’est-à-dire ceux qui se sentent à un moment donné perdant d’une situation. Et qui vont chercher des explications ailleurs. Cela peut être le cas d’une situation traumatisante, mais que l’histoire ne permet pas d’expliquer de façon manichéenne. En résumé quand le réel est décevant.
Et quelles en sont les causes ?
La dérégulation du marché de l’information en est une, avec Internet, notamment, où chaque proposition intellectuelle peut concurrencer n’importe quelle autre. Cette dérégulation du marché de l’information permet à un certain nombre d’acteurs très motivés de faire valoir leur point de vue, et il se trouve qu’on a tendance à dire qu’il faut laisser faire, car ça préserve les libertés. Que l’intervention sur le marché va nuire aux libertés… Mais en l’occurrence le laisser-faire, ici, c’est laisser-faire la concurrence sauvage. Et la concurrence sauvage est guidée par la motivation, ce qui crée des asymétries dans les points de vue. Un point de vue très visible peut être pris comme un point de vue représentatif par un certain nombre d’autres acteurs indécis, qui vont être influencés.

Les Français sont complotistes (mais ceci n'est pas un complot)

79% des Français croient à au moins une théorie du complot répandue, selon une étude de l'Ifop pour la fondation Jean-Jaurès et le site Conspiracy Watch.
Les Etats-Unis ont développé une puissante arme capable de provoquer des cyclones et des séismes n’importe où dans le monde. Al-Qaeda et Daech sont en réalité manipulés par les services secrets occidentaux. Il existe un projet caché appelé «nouvel ordre mondial» consistant à mettre en place une dictature planétaire. La Nasa a fabriqué de fausses images de l’atterrissage de la mission Apollo sur la Lune. Certains membres du gouvernement américains étaient informés des attentats du 11 Septembre avant leur survenance. Cet article a été rédigé par un journaliste à la solde des Illuminati. Et au moins huit lecteurs sur dix sont persuadés que l’une de ces affirmations est vraie.
Tous complotistes, les Français ? Oui, selon une étude de l’Ifop pour la fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch, publiée lundi. 79% d’entre eux adhèrent à au moins une des théories du complot les plus répandues, pour certaines à des degrés particulièrement importants. Par exemple, un Français sur deux considère que le ministère de la Santé français est complice de l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité de la nocivité des vaccins sur la population, un sur trois envisage que le sida a été inventé en laboratoire, près d’un sur dix croit qu’il est «possible que la Terre soit plate». Ils sont aussi encore un peu plus d’un sur cinq à douter de la «version officielle» de l’attentat de Charlie Hebdo.
Souvenez-vous. Le 7 janvier 2015, peu après l’attaque des frères Kouachi contre la rédaction de l’hebdomadaire satirique, un nombre incalculable de théories remettant en cause les informations données par la police et les médias avait fleuri sur Internet, à mesure que les internautes s’improvisaient enquêteur ou journaliste participatif. Le phénomène n’avait rien de nouveau : on le sait depuis longtemps, plus les conséquences d’un événement sont choquantes, plus la population cherche spontanément à lui attribuer des causes exceptionnelles. Et donc parfois à les chercher «ailleurs». Mais à l’époque, la vitesse avec laquelle ces thèses s’étaient répandues, jusque dans les salles de classe, avait impressionné les pouvoirs publics, qui avaient réagi en intégrant cette problématique à leur action (campagnes de prévention, initiatives dans la société civile, etc.)
Trois ans plus tard, la fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch ont cherché à estimer le niveau actuel de la contamination complotiste qu’on avait pu observer à l’époque, tout en identifiant le profil de ceux qui sont les plus enclins à y croire. Leur étude, réalisée par l’Ifop via un questionnaire en ligne les 19 et 20 décembre, porte sur un échantillon de 1 252 personnes de plus de 18 ans, ce qui en fait l’enquête d’opinion sur le complotisme la plus importante jamais réalisée en France.
Valorisation de soi
L’Ifop a confronté les sondés à une dizaine d’énoncés complotistes, allant de la négation du réchauffement climatique à la «théorie du grand remplacement», une thèse imaginant une stratégie volontaire de substitution de la population française «de souche» par les immigrés extra-européens (un Français sur deux est plutôt d’accord ou tout à fait d’accord), en passant par la «théorie des chemtrails», selon laquelle les traînées blanches créées par le passage des avions dans le ciel sont composées de produits chimiques délibérément répandues dans l’air pour empoisonner les populations à des buts de manipulation (20% des personnes interrogées souscrivent à cette idée).
L’institut a d’abord demandé aux sondés s’ils avaient entendu parler de ces théories, puis s’ils y adhèrent et à quel degré (plutôt, tout à fait, pas du tout etc.). Il a ensuite comparé les résultats à des critères de classification des personnes interrogées : âge, profession, niveau d’études, lieu d’habitation, proximité politique et vote à la dernière présidentielle (à noter que le vote Asselineau n’a pas été compté à cause du manque de personnes sondées qui faisaient partie de ses sympathisants), le sentiment de valorisation de soi (pour voir s’il y a un lien entre considération personnelle et adhésion au complotisme, comme on pourrait attribuer à d’autres ses propres frustrations), les moyens qu’ils utilisent habituellement pour s’informer… partant du principe que les personnes qui comprennent mal l’environnement dans lequel elles évoluent ont une tendance plus prononcée à minimiser le poids du hasard dans la marche des événements. Au final, seuls les critères d’âge (plus on est jeune, plus est susceptible de verser dans le complotisme) et d’appartenance politique (plus on vote aux extrêmes, plus on est sensible) apparaissent concluants.
Plus rationnels qu’on ne l’imagine
En outre, il ressort de l’étude un degré de défiance envers la presse particulièrement marqué : seuls 25% des Français trouvent que «les médias restituent correctement l’information et sont capables de se corriger quand ils ont commis une erreur». Et un sur dix considère que «le rôle des journalistes est essentiellement de relayer une propagande mensongère à la perpétuation du "système"». A noter ici que la formulation de l’Ifop se rapproche des discours populistes sur la «caste politico-médiatique» qu’on entend régulièrement dans la bouche de certains politiques. L’étude de la fondation Jean-Jaurès et de Conspiracy Watch relève que les deux candidats à la dernière présidentielle «à avoir le plus capté les suffrages des "complotistes endurcis" (selon la formulation de Rudy Reichstadt, membre de l’Observatoire des radicalités politiques de la fondation Jean-Jaurès et fondateur du site Conspiracy Watch) sont Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen». «Cela confirme un constat déjà mis en évidence dans d’autres études, explique-il. Les sympathisants d’extrême droite et d’extrême gauche sont plus enclins que les autres à verser dans la théorie du complot. A contrario, les électeurs de Benoît Hamon et Emmanuel Macron sont ceux chez qui on trouve le plus de personne n’adhérant à aucune des théories du complot proposées dans l’enquête.»
Toujours est-il qu’on ne verse pas dans le complotisme parce qu’on vote pour untel ou untel… Mais alors, qu’est-ce qui fait qu’on y adhère ? Sur cette question, les chercheurs s’accordent pour considérer que les «complotistes» sont plus rationnels qu’on ne l’imagine généralement, que derrière les thèses auxquelles ils croient ne se cache pas systématiquement un délire des pouvoirs ou un discours paranoïaque. On se considère plutôt comme un «chercheur de vérité», ou «celui à qui on ne la fait pas». Illustration du «sentiment de supériorité de l’initié, qui a un coup d’avance sur les autres et sait lire le dessous des cartes»,écrivait en 2015 Rudy Reichstadt dans une note.
C’est pourquoi, d’ailleurs, les théories du complot séduisent autant les esprits en formation, ajoute-t-il : «Le visionnage de vidéos conspirationnistes peut s’avérer très gratifiant pour certains jeunes. En cela qu’il satisferait une appétence juvénile pour la transgression et l’anticonformisme.» Voilà une autre conclusion de l’enquête : les jeunes sont beaucoup plus perméables aux thèses complotistes que leurs aînés. «30% des 18-24 ans y souscrivent, plus généralement 27% des moins de 35 ans, contre 8% pour les plus de 65 ans», explique Reichstadt. La raison ? La différence de rapport à la culture et à l’information. Mais aussi le fait que «l’époque au cours de laquelle les seniors se sont socialisés leur a permis d’avoir une colonne vertébrale idéologique beaucoup plus forte que les jeunes d’aujourd’hui». Ce qui alarme, c’est qu’à observer la génération qui vient, «rien ne laisse supposer qu’il va y avoir une inversion de la vapeur», ou alors «dans des décennies».

Libération du 08.01.2018

Les théories du complot bien implantées au sein de la population française

Ce phénomène est d’autant plus marqué chez les jeunes, révèle une étude de l’IFOP pour la Fondation Jean-Jaurès et l’observatoire Conspiracy Watch.
S’ils sont eux-mêmes à prendre avec précaution, compte tenu des marges d’erreur inhérentes à tout sondage, les résultats de l’étude sur le complotisme publiés dimanche 7 janvier par la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch, font froid dans le dos. Cette enquête de l’IFOP, réalisée en ligne les 19 et 20 décembre auprès de 1 252 personnes, montre une forte prégnance des théories du complot au sein de la population française en général, et des plus jeunes en particulier. Seules 21 % des personnes interrogées ne croient à aucune de ce genre de théories qui ont été soumises, via différentes assertions, à l’échantillon.
• « Les Américains ne sont jamais allés sur la Lune »
Trois ans après les attentats commis à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher, à Paris, près d’un Français sur cinq (19 %) considère que « des zones d’ombre subsistent », et que « ce n’est pas vraiment certain que ces attentats aient été planifiés et réalisés uniquement par des terroristes islamistes ». 27 % des moins de 35 ans – 30 % des 18-24 ans – partagent ces doutes.
Ces chiffres sont plus élevés encore s’agissant des attentats du 11 septembre 2001 : 29 % des personnes interrogées estiment qu’« au sein du gouvernement américain, certains étaient informés des attentats mais ils ont délibérément laissé faire pour ensuite justifier une intervention militaire en Afghanistan et en Irak ». 6 % croient même que « des membres de l’administration et du gouvernement américain ont planifié et orchestré activement » ces attaques. Par ailleurs, près d’un demi-siècle après l’événement en question, 16 % soutiennent l’idée selon laquelle « les Américains ne sont jamais allés sur la Lune », « la NASA [ayant] fabriqué des fausses preuves et de fausses images de l’atterrissage de la mission Apollo ».
• La santé publique, un terrain propice
Parmi les différentes « opinions » proposées au sujet de l’immigration, on relève que près de la moitié de l’échantillon interrogé par l’IFOP (48 %) se dit en accord – 17 % « tout à fait d’accord », 31 % « plutôt d’accord » – avec la thèse selon laquelle « c’est un projet politique de remplacement d’une civilisation par une autre organisé délibérément par nos élites politiques, intellectuelles et médiatiques et auquel il convient de mettre fin en renvoyant ces populations d’où elles viennent ».
La santé publique est également un terrain propice au développement de thèses générant et encourageant une forte méfiance de nos concitoyens. Résultat : plus de la moitié des Français (55 %) estiment ainsi que « le ministère de la santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins ». 32 % se disent d’accord avec cette phrase : « le virus du sida a été créé en laboratoire et testé sur la population africaine avant de se répandre à travers le monde ».
Comparées à d’autres items, les connaissances scientifiques – pourtant encore controversées – sur le réchauffement climatique, sont relativement épargnées, et cette fois en particulier chez les jeunes. Seules 4 % des personnes interrogées se disent persuadées que « le réchauffement climatique n’existe pas », et qu’il s’agit d’« une thèse avant tout défendue par des politiques et des scientifiques pour faire avancer leurs intérêts » ; 6 % doutent de la réalité du phénomène, estimant qu’« on n’est même pas encore sûr que le climat se réchauffe ». 65 % des Français (72 % des 18-24 ans) jugent « certain que c’est un problème causé principalement par l’activité humaine » ; 25 % pensent qu’« on ne sait pas encore clairement [s’il] provient de l’activité humaine ou des rayonnements solaires ».
• Forte défiance vis-à-vis des médias
Au demeurant, l’incrédulité des Français ne se limite pas, si l’on peut dire, aux faits récents ou contemporains. Des siècles et des siècles de recherche et de découvertes scientifiques sont encore remis en cause par une partie de nos concitoyens. Selon cette étude, encore près d’un sondé sur dix (9 %) est d’accord avec l’affirmation selon laquelle « il est possible que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l’école ». 18 % des Français – jusqu’à 31 % des 18-24 ans – adhèrent à l’idée que « Dieu a créé l’homme et la Terre il y a moins de 10 000 ans »…
Le succès des thèses complotistes s’accompagne d’une forte défiance vis-à-vis des médias et des structures démocratiques. Seules 25 % des personnes interrogées jugent que « globalement, [les médias] restituent correctement l’information et sont capables de se corriger quand ils ont fait une erreur. » Plus d’un tiers des sondés n’ont pas confiance dans la sincérité des résultats des élections organisées en France : 35 % ne sont « pas d’accord » avec l’affirmation selon laquelle « les élections en France sont organisées de manière suffisamment transparente et sûre pour éviter les tricheries et assurer la réalité des votes. »

Le Monde du 07.01.2018

 

 



 


 

 

 

 

DEVELOPPEMENT PERSONNEL


Auto-destruction, mode d’emploi : comment "l’industrie" du développement personnel en est venue à dérailler sévèrement

Les méthodes des coachs sont de plus en plus en décalage avec les véritables attentes profondes des individus.
 
Selon les positions exprimées dans un article du New-Yorker, comment est-ce que la quête (impossible?) d'un "moi" fantasmé, d'un "moi amélioré", que tentent d'imposer les méthodes et les gourous du développement personnel, loin d'atteindre l'objectif initial s'est transformée peu à peu en une sorte d'auto mutilation psychologique? Quelles en sont les conséquences ?
Le marché du développement personnel n’a jamais été aussi florissant à travers le monde. Aux Etats-Unis, c’est 10 milliards d’euros dépensés par an, au profit de nombreux gourous (certaines personnes dépensent jusque 10000 dollars, et passent des milliers d’heures afin de travailler sur eux).

Et ce marché, hélas, est dirigé par nombre de psy, « bardés » de diplômes (afin de se protéger de toute critique, brandissant alors leurs diplômes ?) qui vendent tout et n’importe quoi. Alors que le Pape Jean-Paul II écrivait que « Le XXIème sera mystique ou ne sera pas… » nous sombrons dans le fantasme d’un Moi amélioré inquiétant. Mais ne sommes-nous pas dans une pensée transhumaniste qui fait que scientifiquement l’homme amélioré existe déjà avec des technologies impressionnantes. Aussi, quand le psy finalement se prend pour un Dieu qui va vendre ce fameux « Moi » fantasmé, dicté par la société qu’allons-nous devenir ?

Telle fut la réussite du livre « The Secret », publié en 2006 par l'Australienne Rhonda Byrne, vendu à plus de 20 millions d’exemplaires ! Comme d’autres auteurs avant elle, Byrne a combiné une interprétation littérale de certains versets du nouveau testament (Matthieu 21:22, «Tout ce que vous demanderez dans la prière, vous le recevrez»). L’utilisation de la pensée positive religieuse fonctionne très bien outre-atlantique.

Exemple : quand Tom Cruise apparaissait dans le film « Magnolia », fort contesté car trop en lien et en phase avec l’Eglise de scientologie (mouvement sectaire dont il est membre), il interprétait le rôle d’un gourou de la séduction masculine. Nous souhaitons tous devenir ce que la société réclame : le meilleur amant, la plus belle femme correspondant aux critères de la mode, le meilleur manager, le meilleur cuisinier… en fait être Top dans tous les domaines. Il suffit de suivre les émissions télé : « Top chef », « Incroyable talent », « The voice », « Danse avec les stars »… la liste est longue.

Partir d’un potentiel à développer… afin de devenir ce qui n’est peut-être finalement pas nous… un rêve qui peut devenir un cauchemar. Car tous les coachs, gourous, détenteurs des meilleures techniques de développement personnel sont prêts à vendre leur dernier ouvrage, leur meilleur accompagnement. Alors que le mois de Janvier est la période des bonnes résolutions, dont on sait statistiquement que seulement 10% seront tenues… le marché est relancé face à ce que les américains appellent «Desperately Seeking Self-Improvement: Une année dans le mouvement d'optimisation».

On vend des techniques d’exploration du développement de la sagesse, à l’amélioration des prouesses athlétiques et intellectuelles, en lien avec la spiritualité, mais aussi l’expression facile de la créativité, la capacité à obtenir la richesse et surtout atteindre le plaisir de la vie. On vend même des œufs de Yoni, des inserts vaginaux en pierre qui prétendent renforcer les muscles du plancher pelvien des femmes et emporter «l'énergie négative». Vous pouvez choisir la couleur de la pierre… Seul le but est à atteindre ! Ce qui fait que certains en sont sortis se décrivant comme ayant été des femmes et des hommes possédés, ne se reconnaissant plus dans leur sincère désir d’explorer leur Vrai Moi.

Nous sommes tous atteints d’une « pathologie » qui se nomme le Moi Idéal. D’où vient-il ? Tout simplement du fait d’avoir été pensé, dit et nommé avant que d’être. Car avant que l’enfant ne prenne conscience de son Moi, vers 7-9 mois, à travers l’expérience du miroir, où il se reconnaît enfin… il a été fantasmé et pensé dès sa conception, durant la grossesse et dès ses premières interactions où, de manière normale, traditionnelle, affective, on s’imagine pour lui ce qu’il va devenir, allant de son caractère à son futur travail en passant par ses passions… C’est un comportement humain.

C’est cet idéal que nous avons toutes et tous reçu de manière inconsciente et qui va être cultivé par la suite… au sein d’une éventuelle fratrie, mais également à l’école, dans les compétitions sportives ou autres…

Le « peut faire mieux » du bulletin scolaire..., aux « objectifs » professionnels…, sans oublier les conquêtes amoureuses avec le mythe du « prince charmant et de la princesse »… Tout est idéal… une quête fantasmée inatteignable. L’atteinte narcissique est violente si nous ne devenons pas ce Moi fantasmé… Sentiment de nullité, efforts multipliés pour des résultats jugés médiocres. Cette quête tant de la perfection, mais surtout d’un Idéal dont nous ne parvenons pas à faire le deuil, en tout cas à nous réapproprier la dynamique, ne peut que nous détruire. Combien sombrent en dépression narcissique, voire finissent par se suicider, se pensant avoir raté leur vie ?

Comment les réseaux sociaux et le sentiment d'obligation de partager ses réussites en permanence avec le monde aggravent en quelque sorte ce phénomène ?
Hélas, comme cette réalisation d’un Idéal du Moi fantasmé doit obtenir validation dans le regard de l’autre (et pas que les parents), ce désir satisfait doit être obtenu à travers les réseaux sociaux. D’une part par les commentaires compatissants d’amis, mais aussi comparaison via des applications. Des applications comme les objectifs de « Lifetick » ou de « Joe » sont sensées aider à rester organisé et à partager nos progrès sur les médias sociaux. Ces applications et leur diffusion interactive sur réseaux sociaux blâment l'horreur et la honte de ne pas avoir répondu aux attentes élevées que nous nous étions fixées.

Des adolescentes qui sont de plus en plus mécontentes de leur corps, au nombre croissant d'hommes qui souffrent de dysmorphie musculaire… une épidémie d'angoisse paralysante chez les étudiants universitaires, attisée par le phénomène de «présentation perfectionniste» envahit les médias sociaux, et crée un véritable clivage social face à celles et ceux auxquels ont une série de triomphes enviables.

D’où cette fameuse auto-mutliation et dépression narcissique. Nous vivons dans une période de perfectionnisme, et la perfection est une idée qui tue, car nombre de personnes souffrent et meurent sous la torture du « Moi fantastique » qu'ils ne parviennent pas à devenir.

Comment l’expliquer ?

- par la nature : Les études montrent que nous sommes câblés pour voir la vie comme une histoire dans laquelle nous jouons. Même si nous souhaitons la coopération entre nous, nous devons en même temps respecter la hiérarchie et donc un statut convoité : aller de l’avant et devenir performants !

- par la culture : Les Grecs défendent l’idée que nous devons nous efforcer à réaliser nos plus grands potentiels, tout comme le christianisme qui précise que le salut passe par le meilleur de nous, sans oublier Freud qui défend la nécessité de la satisfaction de ses désirs, sans culpabilité… nous portons en nous un narcissisme ambitieux, d'estime de soi.

- par l'économie : La survie dans une économie mondialisée et hyperconcurrentielle, où les travailleurs ont moins de protections et sont plus licenciables que jamais, exige que nous essayions de devenir plus rapides, plus intelligents et plus créatifs.

Les réseaux sociaux encadrent donc les relations humaines comme une compétition constante pour la popularité et l'approbation de ce que nous sommes.

Comment expliquer cette névrose en remontant à l'origine ? Est-ce que tout ne commence pas, peut-être par le mensonge communément admis des parents à leurs enfants qui leur disent qu'ils "peuvent tout faire dans la vie" ?
Freud a bien résumé cette problématique à travers une phrase célèbre « Wo Es war, soll Ich werden » (Là où était le ça, le Moi doit advenir). Quand il écrit ces lignes il ne veut pas moins dire que l’enfant ne sait pas encore qui il est, qu’il possède en lui un potentiel infini, mais qui va advenir, en fonction du socle éducatif, culturel, environnemental au sein duquel il va évoluer.

Socle enfermant ou ouvrant. Aussi, tout est à jouer. Quand les parents disent à leurs enfants qu'ils "peuvent tout faire dans la vie", c’est à la fois une vérité, tout comme c’est un mensonge.

Mais, même si toute rencontre peut éveiller, réveiller des « potentiels » endormis, mis en jachère, et les activer, nous voyons bien que nous sommes inconsciemment ancrés dans cette dualité du devenir possible… de cet idéal, telle cette impossible étoile à atteindre. Je pense que le plus important est avant tout d’arrêter de se faire une idée de ce que les autres pensent.

Certes, le premier autre est la mère, le second autre est le père… mais même si les parents continuent à nourrir leurs enfants d’un mensonge finalement si affectueux, bien intentionné, leur disant qu'il n'y a "pas de limites" et leur dire : "Soyez n'importe quoi", ceci laisse à l’enfant et au futur adulte un champ des possibles raisonnable et à faire résonner en eux… précisément leur dire, leur apprendre qu’il n’y a pas de course à la réussite.

Que la plus belle réussite… c’est qu’ils soient heureux.

Quelles sont les autres forces culturelles qui ont pollué la logique initiale du "self help" ?
Notre société actuelle n’est que culte de la performance. Depuis plusieurs années, mais de manière grandissante, j’entends mes patients, mais aussi des amis, se plaindre de plus en plus d’un culte de la performance et de la rentabilité. A certains niveaux, ils me parlent de leurs coachs, tout en me disant qu’ils sentent un décalage entre le travail analytique entrepris et les outils mis à disposition pour leur développement personnel dans un but de réalisation en total décalage avec qui ils sont.

Je n’ai jamais entendu un analysant me dire que le travail personnel effectué avec eux, dans la prise de contact avec leur Moi profond, leur vrai Moi n’était pas la meilleure sécurité psychologique face à un Moi idéal, artificiel, défendu par des valeurs qui finissaient par leur échapper. Je ne pense pas qu’il faille opposer différentes techniques.

Vous évoquez des forces. S’il en est une qui me semble la plus importante, et c’est ce dont il s’agit… c’est celle du Moi en lien avec sa pulsion de vie. Le « self help » essentiel… c’est avant tout être en accord avec soi. Se fixer des objectifs raisonnables, bien évidemment ne pas se laisser aller… mais je reste convaincu que face à certaines pertes de repères spirituels, notre meilleure église est en nous… et que la plus belle cathédrale, la plus belle réalisation, la plus belle œuvre à construire… c’est Nous… ce Moi qui est le seul capable à ressentir s’il est heureux.

Lao-Tseu n’écrivait-il pas « L’échec est le fondement de la réussite » ? Il est une seule technique de développement personnel à vivre. Plonger au fond de soi, s’explorer, pénétrer cette intériorité inconnue, ouvrir les portes de Soi… mais rester Soi et ne pas se comparer à autrui, même s’il peut nous révéler ce que nous sommes mais aussi ce que nous ne serons jamais. Simplement être Soi et continuer à se découvrir, avec plaisir, curiosité et intérêt, pour advenir… C’est le travail d’une vie !

http://www.atlantico.fr/decryptage/auto-destruction-mode-emploi-comment-industrie-developpement-personnel-en-est-venue-derailler-severement-3281149.html
16 Janvier 2018



 

 

 

 

ECOLES

 

Vers un durcissement des règles pour les écoles « hors contrat » ?

Une proposition de loi centriste qui après amendement pourrait obtenir l’appui du gouvernement, suggère d’allonger les délais de création et d’instaurer des contrôles annuels.

Faut-il durcir les conditions d’ouverture des écoles hors contrat ? La question s’était posée après les attentats de 2015, l’exécutif redoutant que certains établissements ne deviennent des foyers de radicalisation.

La ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem avait alors souhaité passer d’un régime de déclaration avec contrôle a posteriori (proche de celui des associations) à un régime d’autorisation préalable. Mais son projet a été invalidé par le Conseil constitutionnel.

Harmonisation des règles
La question refait surface avec l’examen, le 21 février, dans la niche parlementaire centriste, d’une proposition de loi de la sénatrice d’Ille-et-Vilaine Françoise Gatel. Ce texte reprend les principes d’un amendement rédigé en 2016 pour contrer le projet de Najat Vallaud-Belkacem. Il durcit les règles sans basculer vers un système d’autorisation. « Il harmonise les règles, datant pour certaines du XIXe siècle, qui s’appliquent aux établissements du premier et du second degré, du général et du technique », justifie la parlementaire.

« Et surtout, il apporte plus de sécurité. » Sa proposition allonge les délais durant lesquels les maires et les services de l’État peuvent, après la déclaration, s’opposer à la création d’une école. Elle les fait passer, respectivement, à deux mois (contre huit jours aujourd’hui) et trois mois (contre un).

Le nom des enseignants et le projet pédagogique devront être connus
Il serait également nécessaire de communiquer en amont « les noms des enseignants, le projet pédagogique et les modalités de financement de l’établissement, les programmes et les horaires de l’enseignement devant être dispensé ». Le texte renforce enfin les contrôles menés en aval en imposant un par an, pour s’assurer que l’enseignement n’est pas contraire à la moralité ni aux lois. « Il s’agit d’éviter des cas comme celui d’une école toulousaine qu’il a été difficile de fermer, sur décision de justice, alors que son équipe comptait des fichés S », souligne Françoise Gatel.

« Si on veut mieux contrôler ce qui pose vraiment problème, à savoir certaines écoles clandestines créées par des Musulmans, il faut plutôt un dispositif qui encourage à déclarer les établissements », tranche Anne Coffinier, la directrice générale de la Fondation pour l’école, qui milite pour l’école hors contrat.

Selon elle, un tel durcissement aboutirait de facto à une forme de régime d’autorisation, à une entrave à la liberté d’enseignement. « Il est par exemple très difficile de fournir la liste définitive des professeurs trois mois avant », fait-elle valoir. Sur ce point comme sur d’autres, il est probable que le texte évolue dès vendredi, lors de son examen en commission, afin de s’approcher des positions du ministère de l’éducation.

Dossier suivi de près par l’enseignement catholique
Le gouvernement pourrait ainsi obtenir un meilleur encadrement du « hors contrat » sans apparaître à l’origine d’évolutions législatives potentiellement controversées.

Ce dossier intéresse de près l’enseignement catholique. Car toute nouvelle école doit attendre cinq ans avant de pouvoir prétendre au contrat d’association avec l’État. De plus, alors que le privé n’obtiendra pas de poste supplémentaire l’an prochain, certains établissements catholiques pourraient – comme cela arrive déjà – ouvrir des classes hors contrat pour satisfaire la demande des familles. Confessionnel ou non, basé ou pas sur des pédagogies « alternatives » de type Montessori, le hors contrat scolarise 0,6 % des enfants. Mais il ne cesse de progresser. Plus d’une centaine d’écoles ont ouvert en septembre, avec, dans le primaire, un bond de 15 %.

La Croix du 29.01.2018
 


 

 

 

 

ENTREPRISES

 

« Le fait religieux en entreprise se développe »

Un colloque a été organisé ce vendredi 2 février au Sénat sur le fait religieux en entreprise par l’Institut supérieur du travail (IST) en concertation avec le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), la Conférence des évêques de France et la Grande Mosquée de Paris.

L’institut Harris interactive a réalisé un sondage (1) pour l’IST, le Crif et le Figaro.

Lucy de Noblet, directrice du cabinet InAgora qui accompagne les entreprises et les administrations sur ces questions, revient sur le phénomène.

18 % des entreprises seraient touchées par les faits religieux.

La Croix : Que vous inspire ce chiffre du sondage selon lequel 18 % des entreprises seraient touchées par les faits religieux ?

Lucy de Noblet : Moins d’une entreprise sur cinq, cela peut paraître peu mais en même temps, le phénomène ne cesse de se développer, et avec lui l’inquiétude des dirigeants qui veulent de plus en plus anticiper la conduite à tenir en cas de conflits. Il y a quelques années, la plupart des patrons qui nous contactaient n’étaient confrontés qu’à quelques signaux faibles comme des comportements vestimentaires. Certains comportements plus problématiques, comme le refus de serrer la main à des collègues, paraissent aujourd’hui plus fréquents.

En fait, il est difficile de faire la part des choses pour juger l’évolution du phénomène. D’un côté, il est vrai que, depuis quelques années, certains salariés revendiquent davantage de liberté pour exprimer leur foi dans le monde du travail. De l’autre, et notamment depuis le début de la période des attentats, les comportements religieux sont davantage remarqués par les autres salariés.

Les deux premières manifestations de faits religieux auxquels sont confrontées les entreprises sont la demande de jours de congé lors de fêtes religieuses (53 %) et les prières (48 %)…

L.d.N. : Ce type de revendications viennent pour la plupart de personnes de confession musulmane. On le comprend puisque leurs fêtes ne sont pas comprises dans les jours fériés du calendrier français et que l’organisation même du travail en entreprise n’est pas souvent adaptée à leur jour religieux, le vendredi. Cela ne pose cependant pas de problèmes, les salariés usant de leurs droits de congé pour ce genre d’occasion.

Les prières, elles, sont plus problématiques car elles s’expriment corporellement et sont donc très ostentatoires : elles se heurtent à une société qui perçoit la prière comme un acte intime et privé. On peut alors observer des risques de confrontation avec les autres salariés.

De même, le port des signes religieux peut être complexe à régler. Dans les services publics, les choses sont claires : ils sont bannis. Cette exigence de neutralité est plus délicate dans le secteur privé. Un arrêt de la Cour de la Cassation permet aux entreprises d’interdire ces signes pour les salariés en contact avec la clientèle. Mais pas aux autres. Cette simplification juridique permet de clarifier la zone de flou qui existait auparavant mais il est probable qu’elle complique les relations humaines entre les salariés en relation avec la clientèle et ceux qui ne le seront pas.

Le sondage évoque aussi le refus d’effectuer une tâche pour raisons religieuses. Là aussi, c’est vrai, les dirigeants d’entreprises commencent à me rapporter souvent des cas de salariés qui ne veulent pas manipuler, par exemple, de l’alcool ou de la viande de porc. Il est rare que l’employeur tienne compte de ce type de revendication, et il n’y est pas tenu dans la mesure où il n’est pas prévu dans le contrat que le salarié puisse refuser une tâche qui fait partie de sa fiche de poste. Certains proposent toutefois des pinces…

L’entreprise peut-elle échapper aux revendications religieuses ?

L.d.N. : Il y a aujourd’hui quelque chose de contradictoire dans la façon d’appréhender cette dimension. J’aime citer Lionel Honoré, le responsable de l’Observatoire du fait religieux en entreprise. Il rappelle que les entreprises demandent aujourd’hui aux salariés de venir au travail avec tout ce qui fait leur dimension humaine. Comment s’étonner aujourd’hui qu’ils viennent avec leur foi religieuse.

Ensuite, tout est question d’équilibre et il faut fixer la ligne de séparation entre les comportements acceptables et ceux qui ne le sont pas, comme le refus de serrer la main d’un collègue. La question n’est pas simple car les revendications des uns peuvent créer de la frustration, voire de la violence chez les autres.

Avec cette montée des revendications, je crains qu’on assiste à de plus en plus de cristallisation autour du fait religieux. Je ne vois pas les choses se calmer tout de suite.

(1) Sondage réalisé par téléphone du 10 au 24 janvier auprès d’un échantillon représentatif de 300 dirigeants et 103 représentants du personnel issus d’entreprises de 100 salariés et plus.

La Croix du 02.02.2018

Lucy de Noblet : Laïcité, « ne pas tout légitimer, ne pas tout interdire »

Lucy de Noblet, fondatrice d’InAgora, cabinet de conseil spécialisé dans le fait religieux en entreprise, répond à la question « l’arrêt de la justice européenne clarifie-t-il l’expression religieuse en entreprise ? ».

Aujourd’hui, en France, pour interdire le port de signes religieux sur la base des relations avec la clientèle, il faut prouver que cela constitue une entrave à l’activité économique. Des licenciements ont déjà été validés dans ce cadre, notamment celui d’une femme travaillant dans une boutique de lingerie. Il y avait un décalage manifeste avec l’image de l’entreprise. En revanche, des licenciements de caissières de supermarché ont été sanctionnés car ils ne remplissaient pas ce critère.

L’affaire française qui vient d’être jugée par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) concerne une salariée embauchée alors qu’elle portait déjà le voile, puis finalement licenciée par son employeur, après qu’il a reçu une plainte d’un de ses clients. Ici, la décision de la Cour est plutôt rassurante. À ses yeux, « seule la nature ou les conditions d’exercice d’une activité » peuvent justifier l’interdiction du voile. La CJUE confirme ainsi que le souhait du client d’une entreprise n’est pas une raison valable. L’arrêt aurait peut-être été différent si le client avait eu un règlement interne encadrant le port de signes religieux, mais là, il est dit que ce dernier ne peut pas être plus exigeant avec ses prestataires qu’avec ses salariés.

Dans l’affaire belge, la Cour a considéré que le fait d’être en lien avec le public constituait un élément suffisant pour justifier l’interdiction du voile, « l’image de l’entreprise » étant un « objectif légitime ». D’autant plus que cette entreprise disposait d’une règle interne interdisant le port de signes politiques, philosophiques ou religieux.

À cet égard, la décision de la Cour risque de créer un flou. Soit elle ouvre une brèche dans l’UE pour élargir la notion d’image de l’entreprise à toutes les situations où un employé est en lien avec la clientèle, soit la justice française s’en tient aux critères existants. Aujourd’hui, il y a une sorte de présomption de neutralité. Par défaut, les entreprises françaises ont tendance à penser que les règles de neutralité qui s’appliquent au secteur public leur sont aussi applicables. Or, pour le secteur privé, c’est le principe de liberté religieuse qui prévaut, avec des possibilités de restriction.

Nous passons beaucoup de temps à l’expliquer aux entreprises parce que c’est de nature à apaiser des situations. Il ne faut pas tout légitimer, mais il ne faut pas tout interdire non plus. Beaucoup d’entreprises privilégient le dialogue et ne veulent pas édicter de règlements intérieurs.

Il y a de fait beaucoup de points qui peuvent se résoudre sans un tel règlement. Par exemple, on n’est pas tenu de donner les raisons pour lesquelles on prend un jour de congé. Il est possible de refuser des jours en raison des impératifs de l’entreprise, mais si, année après année l’employeur refuse, cela peut créer des tensions.

La Croix du 15.03.2017
 


 

 

 

 

ESOTERISME

 

L'ésotérisme en Bretagne, entre sciences et croyances

La nature tient en Bretagne une place fondamentale voire sacrée. La région a toujours été propice à l’exotérisme, lié aux superstitions, mais elle est aussi profondément ancrée dans l’ésotérisme, à savoir un ensemble de connaissances réservées à un groupe d'initiés.
Notre région inspire depuis longtemps les artistes et les auteurs. Rude et sauvage, hérissée d’improbables ensembles de pierres, sa nature y tient une place fondamentale voire sacrée. La Bretagne a toujours été propice à l’exotérisme, qui englobe les croyances populaires et les superstitions, mais elle est aussi profondément ancrée dans l’ésotérisme.

En bref, l’ésotérisme est un ensemble de connaissances réservées à un groupe de personnes initiées. Ce thème est donc associé au secret et au mystère. Aujourd’hui on l’associe souvent à des choses ou à des théories étranges situées entre science et croyance voire paranormales.

De la préhistoire à nos jours

La période mégalithique a laissé de nombreuses traces à caractère ésotérique dans nos paysages. Le plus célèbre reste certainement Carnac où près de 4000 menhirs s’étendent sur plusieurs hectares. On peut également évoquer les cairns de Gavrinis ou de Barnénez plus anciens que les pyramides. Ces constructions font l’objet de nombreuses recherches et inspirent toutes sortes d’hypothèses car elles sont loin d’avoir révélé tous leurs secrets. Certains ont vu en Carnac un procédé sismographique ou un culte au soleil et à la lune, d’autres un calendrier agricole ou un alignement sur des lignes d’énergie telluriques. Mais plus vraisemblablement cet espace avait une fonction funéraire.

Avec le druidisme, l’antiquité en Bretagne reste également plutôt mystérieuse, même si de nombreux textes renseignent sérieusement les chercheurs. En tous les cas, cette philosophie a inspiré nos contemporains. Le néo-druidisme est proche du panthéisme qui prône l’idée d’une "communion" avec la nature en tant qu’entité spirituelle, se cachant et se manifestant derrière chaque végétal, chaque minéral, etc. L’homme fait partie d’un Tout sacré et divin. Nos actions sur la nature ne peuvent donc pas être sans conséquences car tout est en lien.

Les énergies de la terre

Père de Michel Rocard, Yves Rocard est un célèbre physicien français. Il fut notamment le responsable scientifique des programmes qui conduisirent à la mise au point de la bombe atomique française. Mais il reste connu également pour ces études sur la sensibilité des sourciers susceptibles, selon lui, de déceler les variations électromagnétiques des veines d’eau qui traversent le sous-sol. Controversées, ces théories font néanmoins encore parler d’elles. La capacité de certains à détecter les radiations que pourraient émettre différents éléments n’est pas prouvée mais suscite encore l’intérêt des chercheurs. Par ailleurs, ces pratiques ancestrales perdurent de nos jours.

Aujourd’hui ces radiesthésistes qui travaillent sur l’environnement se nomment des géobiologues. Si le but de certains c’est de trouver des sources, d’autres interviennent sur des lieux perturbés en vue de les "rééquilibrer". Selon eux, le globe est parcouru par des lignes d’énergie tellurique, sorte de maillage dont les points de croisement seraient nocifs. Le plus connu est appelé "réseau Hartmann", du nom du médecin qui l’aurait découvert. Mais on parle aussi des réseaux Curry ou Peyré… Ces rayons que les Chinois auraient appelés "veines de dragon" sont pour eux des points d’émission de radioactivité naturelle.

Le mystère des guérisseurs

De l’énergie de la terre à l’énergie des corps, il n’y a qu’un pas. En général les personnes qui travaillent sur l’énergie pensent comme les druides d’aujourd’hui, que tout est lié par une énergie vitale, un grand tout qui insuffle la vie.

Notre médecine conventionnelle occidentale, autrement nommée allopathie, se base essentiellement sur la chimie. D’autres pays comme la Chine par exemple, sans écarter la chimie à travers la phytothérapie notamment, travaille beaucoup plus sur l’énergie par le biais de l’acuponcture. Pour autant, nos contrées ne sont pas exemptes de pratiques en lien avec l’énergie. Auparavant, on les appelait "rebouteur" ou "guérisseur", désormais on parle plutôt "de magnétiseur" ou "d’énergéticien". De nombreuses personnes les consultent. Si la France reste très cartésienne et étudie peu cette activité, ce n’est pas le cas des Etats-Unis ou de l’Allemagne. Cependant certains scientifiques et médecins français commencent à s’ouvrir et tentent de comprendre. Des résultats ont été constatés, il faut désormais essayer d’en trouver l’origine. L’effet placebo explique-t-il tout ou est-ce que le cerveau peut agir sur la matière ? Si oui, comment ? Crée-t-il la conscience ou est-ce la conscience qui le crée ? Autant de questions toujours sans réponses.

De l’ésotérisme à l’irrationnel

Si certains domaines se situent visiblement à la frontière de la science et de la croyance, d’autres relèvent véritablement du paranormal. La vie après la mort n’a jamais pu être prouvée mais des personnes paraissent intimement convaincues. Certains médiums, parfois très connus, affirment pouvoir communiquer avec les défunts. Le lien avec l’ésotérisme se situe dans le parcours initiatique que certains semblent vivre avec leurs "guides" avant de pouvoir communiquer sans risques avec l’au-delà. Nous avons rencontré l’un d’entre eux qui n’attire pas qu’une clientèle française.

À lire, sur l'ésotérisme en Bretagne
• Le guide de la Bretagne de Gwenc’hlan Le Scouëzec (édition Coop Breizh)
• L’herbier secret du druide de Pascal Lamour (éditions ouest France)
• Le grand livre des sourciers d’Anne Jaeger-Nosal (éditions de Vecchi)
• Au cœur du mystère des guérisseurs de Jean-Luc Bartoli et Grégoire Laville (éditions Ouest France)
• Bretagne, magique et vibratoire d’Adolphe Landspurg et Norbert L’Hostis (éditions Vega)
• Je communique avec les défunts d’Alain Joseph Bellet (éditions Archipoche)
• Magie et sorcellerie dans les fermes bretonnes de Christophe Auray (éditions Ouest-France)

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/esoterisme-bretagne-entre-sciences-croyances-1402473.html
22/01/2018


 


 

 

 

 

EVANGELIQUES

 

Catholiques et évangéliques se rapprochent

Longtemps difficiles, les relations entre catholiques et évangéliques sont, depuis peu, en plein développement.

En clôture de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, La Croix fait le point sur les avancées de ces liens œcuméniques.

Un évangélique parmi les évêques à Lourdes. L’image était inédite : pour la première fois, en novembre 2017, le président du Conseil national des évangéliques de France (Cnef), Étienne Lhermenault, était invité à prendre la parole au cours de l’Assemblée plénière d’automne de la Conférence des évêques de France (CEF). S’il a salué les progrès accomplis au cours des vingt dernières années dans les relations entre catholiques et évangéliques, le responsable évangélique n’a pas fait mystère de la « grande frilosité » persistante « chez une partie des unions d’Églises membres du Cnef à l’endroit de tout dialogue avec l’Église catholique ».

Quelques semaines plus tôt, un autre événement majeur avait eu lieu dans le rapprochement entre catholiques et évangéliques, passé pourtant presque inaperçu : la publication d’Évangéliser aujourd’hui. Des catholiques et des évangéliques s’interpellent, un document coédité par les maisons d’éditionSalvator,catholique, et Excelsis, évangélique (1). Fruit d’un travail de plusieurs années du Groupe national de conversations catholiques-évangéliques, sous l’égide de la CEF et du Cnef, cette parution est un point d’étape majeur dans des relations œcuméniques récentes.

« Nous ne sommes pas forcément d’accord sur le contenu de l’Évangile »
C’est la conviction du père Emmanuel Gougaud, responsable du Service national pour l’unité des chrétiens de la CEF, qui va jusqu’à le qualifier de « nouveau départ ». En effet, alors que depuis le concile Vatican II, le dialogue entre l’Église catholique, les orthodoxes et les protestants luthéro-réformés s’est résolument poursuivi, les échanges avec les évangéliques ont débuté plus tardivement. Il y a encore dix ans, ils étaient presque impossibles, au moins sur le plan officiel.

Divisées entre elles, les différentes Unions d’Églises évangéliques avaient davantage pour priorité leur « réconciliation » que des contacts avec l’extérieur, avance le pasteur Gordon Margery, coprésident du Groupe national de conversations. En France, ce n’est qu’au début des années 2000 qu’un rapprochement inter-évangélique a pu voir le jour, aboutissant, en 2010, à la création du Cnef. Par ailleurs, de nombreux évangéliques étant d’anciens catholiques, il leur est difficile d’envisager le dialogue. Beaucoup considèrent que ceux qui le sont encore « doivent simplement se convertir », confirme le pasteur baptiste Ernst Brice, en poste à Goussainville (Val-d’Oise).

Aussi, la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens n’a qu’un écho extrêmement limité dans les milieux évangéliques, où beaucoup considèrent tout rapprochement œcuménique comme une « soumission à Genève ou à Rome », précise Gordon Margery. Pourtant, en marge de l’institution, les relations entre catholiques et évangéliques se développent fortement, notamment sur les questions familiales et de justice sociale. Une partie des chrétiens de ces différentes confessions s’est retrouvée dans l’opposition à la loi sur le « mariage pour tous » et s’apprête à se mobiliser dans la perspective des états généraux de la bioéthique. « Mais l’évangélisation commune bloque encore, car nous ne sommes pas forcément d’accord sur le contenu de l’Évangile », indique Gordon Margery.

« Les obstacles relèvent davantage des incompréhensions culturelles que de différences irréconciliables »
Certains s’aventurent pourtant sur ce terrain. L’expérience de la maison d’édition évangélique Première Partie, dont le directeur, Pierre Chausse, est un catholique engagé, est significative. C’est pour évangéliser par la culture qu’il travaille aujourd’hui au sein d’une entreprise qui produit de la musique et des ouvrages chrétiens attractifs, et à laquelle on doit le mook sur Jésus paru fin novembre (2). À peine deux mois plus tard, il s’est déjà vendu à presque 9 000 exemplaires.

Face à ces approches différentes, les institutions avancent avec prudence sur la voie du dialogue. Alors que la réception d’Évangéliser aujourd’hui est en cours dans les diocèses et dans les Églises évangéliques locales, le Groupe national de conversations catholiques-évangéliques planche désormais sur un nouvel ouvrage. « Globalement, on s’aperçoit que les obstacles relèvent davantage des incompréhensions culturelles que de différences irréconciliables, veut croire Pierre Chausse. Ce qui compte, c’est notre attachement commun au Christ. »

En France, vingt ans de relations entre catholiques et évangéliques
1998. À l’initiative de Mgr Gérard Daucourt, alors évêque d’Orléans et président de la Commission épiscopale pour l’unité des chrétiens, et du pasteur strasbourgeois Daniel Rivaud, de la Fédération des Églises du Plein Évangile, la constitution d’un « groupe national de conversations » inaugure une première phase de découvertes mutuelles.

2001-2006. Le groupe travaille à l’élaboration d’un document destiné à présenter les évangéliques aux catholiques. Un numéro de Documents Épiscopat, intitulé Regard sur le protestantisme évangélique en France est publié.

2008. Le groupe se met au travail sur la question « Pouvons-nous évangéliser ensemble ? ».

2017. Publication d’Évangéliser aujourd’hui. Des catholiques et des évangéliques s’interpellent.

(1) 138 p., 8 €. (2) Jésus ! 128 p., 10 €.

La Croix du 24.01.2018

La campagne #MeToo gagne les évangéliques américains

Le repentir public d’un pasteur pour une agression sexuelle sur mineure commise il y a plusieurs années a récemment suscité la polémique aux États-Unis, après que ses paroissiens ont applaudi sa démarche de sincérité.

Le phénomène #MeToo touche aussi les Églises évangéliques américaines, pourtant réputées pour leur puritanisme.

Début janvier, un pasteur d’une « megachurch » de Memphis (Tennessee), Andy Savage, a fait une étonnante confession devant les fidèles de son église. « Alors que j’étais étudiant et jeune pasteur dans une église du Texas il y a plus de 20 ans, j’ai malheureusement eu un incident sexuel avec une lycéenne qui fréquentait cette église », a-t-il reconnu dans une démarche de repentance.

Alors âgé de 22 ans, Andy Savage, aujourd’hui très connu dans sa région, avait profité d’un trajet en voiture avec la jeune fille, s’excusant dans la foulée, avant de lui demander de garder le silence sur l’épisode pour ne pas compromettre son ministère.

Ses aveux intervenaient peu après les révélations de sa victime, Jules Woodson, qui, encouragée par le mouvement #MeToo, avait adressé un mail, début décembre, à son agresseur, intitulé « Te souviens-tu ? »

Dans son blog, elle a également décrit en détail l’agression et la façon dont elle s’était ensuite confiée au responsable de l’époque, un pasteur qui a cherché à étouffer l’affaire avant d’éloigner Andy Savage.

La victime doit rester « au centre de l’attention »
Les aveux provoqués de ce pasteur évangélique aujourd’hui âgé de 42 ans ont suscité un long applaudissement de la part des fidèles, ce qui n’a pas manqué de créer la polémique, d’autant que la version de la jeune fille ne correspond pas tout à fait à celle de son agresseur. Lui affirme avoir, à l’époque, présenté ses excuses à la famille de Jules Woodsman ainsi qu’aux membres de l’église. Selon l’avocate de la victime, le jeune pasteur avait tout simplement reçu de ses supérieurs l’interdiction de lui parler.

Dans une tribune publiée dans le magazine évangélique américain Christianity Today, Ed Stetzer, le directeur exécutif du Billy Graham Center, un des lieux phares de l’évangélisme américains, a dénoncé une ovation « déroutante ».

Ces applaudissements, estime-t-il, « portent à confusion à plusieurs niveaux ». Les abus sexuels ne devraient, à ses yeux, « jamais susciter d’ovation ». Et la « victime doit toujours rester au centre de notre attention ».

Selon Ed Stetzer, l’église d’Andy Savage aurait dû, au contraire, prendre exemple sur l’autre église évangélique touchée par l’affaire : la communauté évangélique d’Austin Stone, au Texas, a ainsi immédiatement suspendu son pasteur, Larry Cotton, qui était le responsable, à l’époque, d’Andy Savage, afin d’enquêter sur son rôle exact alors.

L’épisode advenu entre Andy Savage, qui a finalement annoncé quitter temporairement son église, et sa victime n’est pas un « incident », conclut Ed Stetzer, il s’agit d’un « abus ». « Toutes les églises doivent s’efforcer clairement de dire cela : les victimes doivent être reçues, écoutées. »

Le consentement, secondaire par rapport à la « pureté »
Cette dénonciation s’inscrit dans un large mouvement d’une partie des évangéliques impliqués dans la campagne #MeToo, partie des États-Unis à l’automne pour dénoncer des cas de harcèlement sexuel.

Ainsi, plus de 140 femmes évangéliques ont publié en décembre une déclaration intitulée « le silence n’est pas spirituel », invitant les églises à aider les victimes à dénoncer les abus subis. En 24 heures, elles ont recueilli plus de 3 000 signatures.

En outre, un hashtag #metoochurch ou #churchtoo a été lancé sur Twitter dès les débuts de cette vaste libération de la parole, même s’il peine encore à percer. Ainsi, selon une éditorialiste du site américain Vox, Tara Isabella Burton, le cas d’Andy Savage est révélateur de la posture de bon nombre d’églises évangéliques face à la sexualité. Selon la « mentalité » évangélique, décrit-elle, la question du consentement est secondaire par rapport à celle de la « pureté ».

Aussi, dans les excuses du jeune pasteur, on observe, selon elle, qu’il privilégie sa relation à Dieu en exprimant sa repentance pour son « impureté sexuelle », en n’ayant au final que peu de considération pour sa victime. Une culture diffuse, affirme la journaliste, qui doit « entièrement changer ».

La Croix du 29.01.2018

Les dénominations protestantes

La galaxie protestante, qui représente une branche du christianisme mondial en plein essor, recouvre un nombre important d’Églises.
Quelles sont les branches originelles du protestantisme ?
On fait généralement remonter les débuts du protestantisme à son déclencheur symbolique, l’affichage des 95 thèses de Martin Luther sur les portes de l’église du château, dans la ville allemande de Wittenberg, en 1517. En réalité, ce geste fondateur s’inscrit dans un mouvement plus large, et notamment grâce à la contestation de précurseurs, tels Jan Hus (v. 1369-1415), en Bohême, et John Wyclif (v. 1331-1384), en Angleterre.
Mais dès ces débuts, la Réforme se conjugue au pluriel. Alors que les idées de Luther essaiment à la faveur des routes commerciales du Nord, en Suède et au Danemark par exemple, Ulrich Zwingli, à Zurich, et le Français Jean Calvin, en France et à Genève, donnent eux aussi forme à un nouveau christianisme, dit réformé. Les Églises qui s’en revendiquent naissent en France, en Suisse, aux Pays-Bas ou encore en Écosse.
Aujourd’hui, les Églises luthériennes et réformées font partie de ce que l’on appelle le protestantisme historique. Ces deux branches possèdent de très nombreuses ramifications dans le monde entier, y compris en Asie – le protestantisme réformé est très fort en Corée du Sud, par exemple – ou en Afrique, à la faveur de l’œuvre des missionnaires européens au cours des siècles passés. Aux États-Unis, les Églises d’origine réformée sont dites presbytériennes et représentent l’une des plus importantes confessions du pays. Les évolutions qu’ont connues toutes ces Églises sont variées. Parfois, comme c’est le cas en France avec l’Église protestante unie de France (EPUdF) en 2012, les luthériens et réformés d’un même pays se sont finalement réunis en une même institution.
Le protestantisme dit historique se limite-t-il au luthéranisme et aux Églises réformées ?
Les deux grandes familles du protestantisme dit historique, ou mainline selon la terminologie américaine, sont bien le luthéranisme et le calvinisme, mais d’autres mouvements protestants virent le jour dès les origines de la Réforme. C’est le cas notamment de l’anabaptisme. Il est issu de la prédication de certains réformateurs qui vont estimer que seul compte le baptême en pleine conscience, et non plus celui reçu dans l’enfance. L’Église, dans l’optique de ces premiers « évangéliques », est l’assemblée locale des chrétiens convertis. Ce courant va engendrer plusieurs communautés, dont l’Église mennonite, qui perdure jusqu’à aujourd’hui.
Par ailleurs, une autre grande Église va apparaître à la même époque, toujours dans ce même large mouvement réformateur. Ainsi, dès 1534, l’anglicanisme voit le jour en Angleterre, né de la décision du roi Henri VIII de rompre avec Rome, pour des raisons davantage politiques que théologiques. Les anglicans, quoique très proches des catholiques, notamment sur la liturgie et l’organisation ecclésiale, sont considérés comme protestants, car ils ont rapidement adhéré aux principes théologiques issus de la Réforme. Répandues dans le monde anglophone, les Églises de la Communion anglicane hors Royaume-Uni sont généralement appelées épiscopaliennes.
Quand les Églises évangéliques apparaissent-elles ?
On considère souvent que luthériens, réformés et anglicans sont les représentants du protestantisme historique, mais certaines Églises qualifiées d’évangéliques sont nées il y a déjà plusieurs siècles, au gré de plusieurs mouvements de « réveil » chrétien.
C’est notamment le cas des Églises baptistes, dont les origines remontent au début du XVIIe siècle et qui constituent la principale expression du protestantisme aux États-Unis. Les Églises baptistes sont congrégationalistes : l’Église est la congrégation locale des fidèles ayant reçu le baptême après une profession de foi personnelle.
Les méthodistes, qui constituent également l’une des grandes confessions protestantes, sont nés quant à eux au XVIIIe siècle, dans le contexte d’un mouvement de renouveau religieux au sein de l’Église anglicane, grâce à la prédication de John Wesley. Avec son frère, il voyagera ensuite aux États-Unis, où ils feront de nombreux adeptes. Aujourd’hui, il s’agit de la deuxième Église protestante dans ce pays.
Ce qui distingue les évangéliques des luthéro-réformés, c’est leur insistance sur la conversion personnelle, qui va se manifester, notamment, par le baptême à l’âge adulte et la centralité de l’évangélisation. Ce sont donc des Églises « professantes », et non « de multitude », comme c’est le cas pour les Églises où les fidèles sont baptisés enfants. Les évangéliques sont généralement plus conservateurs et plus piétistes que les autres protestants.
Qui sont les pentecôtistes et néopentecôtistes ?
Derniers nés de la galaxie protestante, les pentecôtistes et néopentecôtistes connaissent aujourd’hui la plus forte expansion. Le mouvement de Pentecôte est un courant chrétien né au début du XXe siècle, lors de plusieurs « réveils » – c’est-à-dire des périodes de redynamisation de la vie spirituelle qui mettent l’accent sur la conversion individuelle – aux États-Unis, au pays de Galles et ailleurs dans les milieux évangéliques. Il se caractérise par l’importance accordée à l’Esprit Saint, capable de susciter des « signes », en particulier le chant en langues et la guérison.
Le développement de cette « première vague » va être extrêmement rapide non seulement en Amérique du Nord mais aussi dans le sud du continent. En France, il est présent dès les années 1930.
L’évolution du pentecôtisme connaît ensuite plusieurs périodes. Dans les années 1960, sa diffusion s’étend aux Églises déjà établies, en particulier chez les anglicans et les catholiques. Il se manifeste ainsi dans l’Église catholique par le renouveau charismatique.
Puis, dans les années 1970-1980, le courant connaît une nouvelle vague, avec l’avènement du néopentecôtisme. Cette « troisième vague » se démarque d’un point de vue théologique et dans la pratique cultuelle, beaucoup moins normée et institutionnalisée, et par une croissance aussi importante que volatile.
Dans sa composante « piétiste-orthodoxe » ou dans sa composante « charismatique-pentecôtiste », le protestantisme évangélique s’est particulièrement développé ces dernières décennies sur tous les continents : Amériques latine et du Nord, Asie, Afrique, Europe.

La Croix du 20.01.2018

Au Costa Rica, un pasteur évangélique en tête du premier tour de la présidentielle

Fabricio Alvarado, qui a fait campagne contre le mariage gay, est arrivé en tête avec 24,9 % des voix, dimanche. Un second tour sera organisé le 1er avril.

Le pasteur évangélique Fabricio Alvarado est arrivé en tête, dimanche 4 février, du premier tour de l’élection présidentielle au Costa Rica, selon des résultats partiels, et poursuivra sa croisade anti-mariage gay lors du second tour, le 1er avril.
Selon ces résultats, portant sur 75,1 % des bureaux de vote, Fabricio Alvarado, du parti Restauration nationale (évangélique), a remporté 24,9 % des voix, suivi par l’ancien ministre Carlos Alvarado (sans lien de parenté avec Fabricio), du parti au pouvoir Action citoyenne (centre), avec 21,4 %, au terme d’une campagne marquée par le débat sur le mariage homosexuel.

Comme aucun candidat n’a dépassé les 40 % au terme de ce premier tour, à la forte participation (65,9 %), un second tour sera organisé le 1er avril.

Arrivé troisième avec 18,9 % des suffrages, l’ex-député Antonio Alvarez, 59 ans, du parti Libération nationale (PLN, social démocrate), a admis sa défaite en fin de soirée.

Le mariage homosexuel au cœur de la campagne
La campagne avait été dominée par la question du mariage entre personnes du même sexe, à laquelle Fabricio Alvarado, député et pasteur évangélique de 43 ans, s’est dit farouchement opposé.

Le thème est devenu central à partir du 9 janvier, quand la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CourIDH), institution émanant de l’Organisation des Etats américains (OEA), a exhorté les pays de la région à reconnaître le mariage gay : une évolution majeure en Amérique latine, où les homosexuels souffrent souvent de discrimination ou de violence. Bien que non contraignant, cet appel exerce une pression sur les législations locales.

L’incertitude avait toutefois régné jusqu’à l’issue du scrutin, avec encore 36,5 % d’indécis à quelques jours du vote, auquel se présentaient 13 candidats pour succéder au centriste Luis Guillermo Solis. Les 57 députés du Parlement monocaméral devaient aussi être choisis dimanche par les 3,3 millions d’électeurs.

Jusqu’ici, dans ce petit pays vivant de l’écotourisme et réputé un des champions mondiaux des énergies renouvelables, les préoccupations des électeurs tournaient autour de la corruption et la hausse de la criminalité, dans un climat d’essor du trafic de drogue.

Le Monde.fr avec AFP | 05.02.2018

Un pasteur évangélique en tête au Costa Rica

Fabricio Alvarado, 43 ans, a remporté dimanche 4 février le premier tour de l’élection présidentielle dans ce petit pays d’Amérique centrale.

En fin d’année, ce député d’un parti évangélique ne faisait pas mieux que 2 % dans les sondages, avant que le mariage homosexuel ne devienne un enjeu national.

Un pasteur évangélique accédera-t-il en avril à la présidence du Costa Rica, pays tranquille surnommé la « Suisse de l’Amérique centrale » ? Ce scénario semble désormais probable, après la victoire dimanche 4 février de Fabricio Alvarado, 43 ans, lors du premier tour de l’élection présidentielle.

Selon les résultats portant sur 75,1 % des bureaux de vote, il a recueilli 24,9 % des voix, devançant le ministre du travail sortant, Carlos Alvarado (sans lien de parenté, centriste), avec 21 %.

Jusqu’à la fin de 2017, Fabricio Alvarado n’était pourtant qu’un député parmi d’autres, unique représentant du parti évangélique Restauration nationale à l’assemblée nationale. En novembre, les sondages le plaçaient à l’arrière du peloton des prétendants à la présidence, avec à peine 2 % des intentions de vote. Avant qu’un avis de la Cour inter-américaine des droits de l’homme, institution émanant de l’Organisation des États américains (OEA) ne change la donne en début d’année.

La mariage homosexuel au cœur de l’élection
Le 9 janvier, cette Cour, sollicitée par le gouvernement du Costa Rica, a invité les pays de la région à reconnaître le mariage homosexuel : « Tous les droits patrimoniaux issus de liens familiaux de couples du même sexe doivent être protégés, sans discrimination par rapport aux couples hétérosexuels », a-t-elle conclu.

Le mariage homosexuel est pour l’heure légal en Argentine, au Brésil, en Colombie, en Uruguay et dans quelques États mexicains. Le Chili et l’Équateur reconnaissent, de leur côté, l’union civile.

Bien que consultatif, cet avis a donné des arguments aux militants de la légalisation, suscitant un débat dans la région. Au Costa Rica, où 60 % de la population se dit opposée au mariage homosexuel, il a suscité une vive réaction, qui a profité au plus ferme des candidats dans son opposition, Fabricio Alvarado.

« Depuis sa formation, le parti Restauration Nationale s’est caractérisé par la défense déterminée des valeurs chrétiennes les plus fondamentales, auxquelles adhèrent l’immense majorité des Costariciens, comme la défense de la vie et le mariage entre un homme et une femme », rappelle son programme de gouvernement, qui le présente posant en compagnie de sa femme et de leurs deux jeunes filles.

La montée en puissance des évangéliques sur la scène politique
Si, de l’avis général, ce succès, qui devra encore être confirmé le 1er avril, date du second tour, doit beaucoup à l’avis de la Cour, cette percée confirme néanmoins deux phénomènes importants en Amérique latine.

La montée en puissance des évangéliques sur la scène politique, d’abord, même dans les pays où la majorité de la population reste catholique (le Costa Rica compte 62 % de catholiques, selon les données officielles).

Le succès des « outsiders », ensuite, dans une région ébranlée par des scandales de corruption retentissants. Fabricio Alvarado était journaliste de télévision, avant de se consacrer à sa foi, comme pasteur et « chanteur chrétien », en 2009.

Il n’a découvert la politique qu’en 2014, quand il est devenu député. Un parcours qui n’est pas sans rappeler celui de Jimmy Morales, comique de télévision devenu, fin 2015, président du Guatemala en mettant en avant sa foi évangélique.

La Croix du 05.02.2018

Comment les Églises évangéliques se sont imposées dans la vie religieuse et politique brésilienne

Au Brésil, la poussée des Églises évangéliques bouscule l’équilibre des religions du pays, posant un redoutable défi à l’Église catholique.

Au Brésil, l’essor des Églises évangéliques bouleverse tant la vie sociale que le paysage politique. Une «déferlante» qui pourrait bien toucher d’autres pays du sous-continent latino-américain, voire au-delà.
Le système politique brésilien apparaît souvent compliqué, tant sur le plan institutionnel que sur le plan de l’organisation de sa vie partisane. Il faut également ajouter à cette complexité de «nouveaux» venus dans la vie sociale et politique: les Églises évangéliques.
Théologie de la prospérité
Dans un ouvrage qui vient de paraitre –Jésus t’aime. Le déferlante évangélique (Éditions du Cerf)–, Lamia Oualalou, journaliste spécialiste de l’Amérique latine ayant longtemps vécu au Brésil, conte et analyse l’essor rapide de ces Églises composant un ensemble aussi bouillonnant que fragmenté. Elle montre ainsi l’influence et la puissance de ces nouveaux venus dans la vie démocratique du Brésil.
Si des Églises évangéliques existaient déjà dans les années 1910, L’Église Universelle du Royaume de Dieu est née en 1977 et s’impose, peu à peu, comme la principale représentante d’une galaxie regroupant un grand nombre d’Églises autonomes. Elle pratique une forme de syncrétisme religieux empruntant à plusieurs traditions brésiliennes, dont des spiritualités populaires afro-brésiliennes –ce qui renforce sa capacité d’infiltration de l’ensemble de la société.
La relation des évangéliques avec l’argent et le pouvoir est totalement décomplexée. Organisée comme une grande entreprise, elle s’épargne –au contraire des catholiques– les difficultés théologiques avec l’argent. Au contraire, elle encourage à en gagner, mais également à s’investir en politique.
Prédomine comme source d’inspiration des évangéliques une théologie de la prospérité, déjà en vogue à la Maison-Blanche et qui a infusé la société brésilienne. Offrant une synthèse entre la foi en Dieu et un solide appétit de consommation, cette doctrine consiste essentiellement à expliquer à chacun que la prospérité du monde passe d’abord par la sienne. Elle a d’autant plus pu se développer au Brésil que l’Église catholique a condamné la théologie de la libération [un courant de pensée né en Amérique latine, visant à rendre dignité et espoir aux pauvres, aux exclus et à les libérer d’intolérables conditions de vie, ndlr] et a ainsi offert un vide à remplir par des Églises concurrentes et dynamiques.
Religion de l’autonomisation de l’individu
Si les évangéliques progressent si vite, si leur implantation se solidifie, c’est parce que ces Églises s’insinuent dans toutes les failles de la société brésilienne: pauvreté, discriminations, racisme, etc. L'évangélisme est essentiellement une religion des périphéries, qui prospère dans les régions délaissées par le dynamisme économique des centres urbains ou aux marges immédiates des grandes villes, comme à Rio.
C’est aussi probablement une religion de l’autonomisation de l’individu: elle s’adapte aux contextes locaux et répond de surcroît aux problèmes de chacun. Elle délivre une vision personnelle en plus d'une vision du monde, ce qui lui vaut l’allégeance de millions de Brésiliens. Elle apparaît à la fois comme une religion adaptée à l’individualisme et comme une offre de solidarité et de collectif dans une société qui en est parfois démunie.
Dans un pays où les fractures territoriales sont béantes et les discriminations fréquentes, les évangéliques répondent à ceux qui ne sont pas les gagnants de la société brésilienne. Les Églises évangéliques contribuent à réhabiliter la parole populaire, délégitimée par les élites. Les gens des milieux les plus aisés tiennent à distance ce Brésil des pauvres où règne la violence. Les milieux les plus pauvres trouvent, au contraire, une forme
La «guerre sainte» des députés évangéliques
Si elles sont diverses et intègrent des Églises plutôt progressistes, l’essentiel du message des évangéliques est extrêmement conservateur. Au Brésil, loin de se tenir à distance de la politique, les évangéliques ont d’abord pris le parti d’investir les assemblées délibérantes pour faire valoir leurs vues. Elles visent désormais le pouvoir exécutif et s’emploient, à Brasilia, à préparer leurs troupes à cette perspective.
Au Parlement brésilien, on compte actuellement 20% de députés évangéliques, qui se sont organisés et qui pèsent. Marqués à droite, ils guettent le contenu des programmes scolaires et imposent un tir de barrage contre les éventuelles avancées bioéthiques. Les droits des LGBT+ sont un de leurs cauchemars et la source de quantité de déclarations ou manifestations homophobes.
Enfin, hostiles au Parti des Travailleurs (PT) de Lula et Dilma Rousseff, ils ont massivement voté pour la destitution de cette dernière. On peut apercevoir un côté «guerre sainte» dans leur démarche; Dieu est invoqué plus que fréquemment pour expliquer les votes de ces députés un peu particuliers.
Dans un Brésil qui a connu une accélération de son développement, les laissés-pour-compte forment un public de choix pour les évangéliques. Ces Églises embrassent les domaines du spirituel, du temporel, livrent une explication métaphysique et une vision métapolitique, répondent aux problèmes personnels, quotidiens et matériels de chacun.
Ce monde des évangéliques touche les policiers d’élite comme les chefs de gangs, les stars du football et les jeunes de favelas, fait défiler les quartiers pauvres dans les quartiers riches.
La gauche de Lula s’est trouvée désarmée face à ce mouvement de fond. L’Église catholique, en condamnant la théologie de la libération, a ouvert malgré elle la voie à la théologie de la prospérité. La révolution qui se prépare au Brésil a de fortes de chances d’être tout sauf catholique et progressiste. Et elle semble imminente.

http://www.slate.fr/story/157087/bresil-religion-eglises-evangeliques-theologie-politique-catholicisme
02.02.2018



 

 

 

 

EXCISION

 


 

 

 

 

EXORCISME

 

Les exorcistes de plus en plus sollicités

La session nationale des exorcistes s’est achevée hier à Lyon. Confrontée à une forte demande, la totalité des diocèses de France dispose d’un prêtre exorciste, missionné par l’évêque. À Orléans, celui-ci assume cette charge dans l’ombre de sa sacristie, accueillant en moyenne deux personnes en souffrance chaque jour.
Dans la sacristie d’une importante église d’Orléans, le père Jean (1) fixe le crucifix qui lui sert à exercer les rites de l’exorcisme. Missionné par l’évêque, Mgr Jacques Blaquart, il reçoit, en moyenne, deux personnes chaque jour l’appelant à l’aide.
En France mais plus largement en Europe, l’ensemble des communautés catholiques fait face à un redoublement des demandes d’exorcisme. « Bien que nous ne tenions pas de statistiques, il y a dans les diocèses une tendance réelle à une augmentation des prises de contact de personnes en souffrance, qui s’adressent à un prêtre exorciste. » confirme le père Emmanuel Coquet, secrétaire général adjoint de la conférence épiscopale.
Le père Jean ne reçoit pas uniquement des personnes qui se croient possédées par le diable, loin s’en faut. Il voit passer devant lui « un condensé des maux de notre société – chômage, isolement, violence, comportements addictifs ». Il observe notamment « les ravages » de l’accoutumance à la pornographie, en pleine explosion avec Internet, qui aliène les esprits. Mais, comme un médecin tenu au secret médical, il ne s’attardera pas sur les cas particuliers.
À ses côtés, dans la sacristie, se tient le père Gilles Rousselet, eudiste. Il est l’un des – trop rares – prêtres à orienter ses paroissiens en souffrance vers son collègue exorciste quand il le juge « utile ».Venant « d’un milieu rationnel », il a lui-même été longtemps opposé à la pratique de l’exorcisme. Mais ses nombreux voyages en Afrique pour sa congrégation l’ont transformé : « Ce que j’ai vu m’a fait changer et m’a, en quelque sorte, obligé de croire aux forces du mal. » Actuellement chargé du pôle missionnaire Orléans Sud-Sologne, il ne sait pas s’il deviendra lui-même un jour exorciste mais, depuis sa « conversion », il se forme et cherche des moyens « d’accueillir les demandes ».
Le père Jean, pour sa part, aimerait que les curés de paroisse s’engagent davantage, appelant « l’Église à réfléchir en profondeur à la réponse à donner à toutes ces formes de souffrance, en particulier celles qui conduisent aux rites de l’exorcisme ». Pour sa mission, il bénéficie du « précieux » appui d’une équipe de laïcs, composée de médecins, de psychiatres et de religieux, l’aidant dans cette entreprise de discernement : « Si j’arrive maintenant à distinguer le mal ordinaire, présent en chacun de nous, du mal plus profond, j’ai parfois besoin de la relecture d’un tiers pour me conforter dans mon diagnostic. » La plupart des demandes se règlent sans le rite des prières de délivrance du diable : « L’essentiel de mon travail consiste à renvoyer ces personnes en souffrance vers d’autres paroissiens, vers des communautés chrétiennes vivantes pour qu’elles les épaulent et les sortent de l’isolement. » Vivre sa foi participe, en soi, du processus de libération, estime-t-il. Tout comme le père Rousselet qui recommande une vie sacramentelle accomplie, la pratique régulière de l’Eucharistie comme « sacrement de guérison », et un enracinement dans la vie paroissiale : « J’aime beaucoup la phrase que dit Jésus à saint Paul : “Ma grâce te suffit.” C’est un magnifique exorcisme ! »
Les deux hommes regrettent que, dans ce mélange de détresse et de quête spirituelle, beaucoup se hasardent dans des pratiques ésotériques « dont ils n’arrivent pas à s’extraire ». Ils peuvent compter sur le soutien de Jean-Pierre Évelin, chargé de la communication du diocèse d’Orléans, qui milite pour faire connaître l’existence de ce service « gratuit et sérieux ». Lui aussi déplore les pratiques du spiritisme, très répandues chez les adolescents, de la magie noire et de certaines médecines parallèles, la consultation des voyants, médiums, marabouts, mages, magnétiseurs, guérisseurs ou faux prêtres, très actifs sur la Toile, et qui « favorisent l’action du diable ».
Soucieuse de se démarquer de ces dérives, la Conférence des évêques de France a récemment créé une page sur Internet présentant une approche didactique de l’exorcisme (2). Et, au printemps, le Bureau national des exorcistes (BNE) et le Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle (SNPLS) ont publié un manuel (3) à l’usage des curés de paroisse afin d’offrir un réconfort spirituel aux personnes fragilisées dans leur vie.

Repères
Une session de formation tous les deux ans
La France compte une centaine d’exorcistes – un par diocèse.
« Pour être exorciste, il faut être prêtre : l’exorcisme est une prérogative de l’évêque que ce dernier délègue à un prêtre de son diocèse pour un mandat dont la durée est à sa discrétion », explique le père Emmanuel Coquet, secrétaire général adjoint de la conférence épiscopale.
Un diplôme n’est pas nécessaire pour être exorciste.
En revanche, les prêtres suivent une formation permanente, à raison d’une session nationale tous les deux ans. Cette année, elle s’est tenue à Lyon du 22 au 25 janvier, sur le thème : « L’exorcisme dans le contexte de la nouvelle évangélisation ». Une autre session a lieu un an sur deux pour les nouveaux exorcistes.
Sur les 2500 demandes adressées chaque année au Service de l’exorcisme d’Île-de-France, on compte une cinquantaine d’exorcismes accomplis.
(1) Son nom a été modifié à sa demande.
(2) http://www.eglise.catholique.fr/ exorcisme/
(3) Protection, délivrance et guérison,Mame, 96 p., 22 €.

La Croix du 29.01.2018

http://www.eglise.catholique.fr/ exorcisme/

 


 

 

 

 

EXTREME-DROITE

 

En Italie, des migrants blessés dans une fusillade motivée par la « haine raciale »

Un jeune militant d’extrême droite a tiré avec son pistolet sur six personnes d’origine africaine à Macerata, près de la côte Adriatique.
Un homme seul, au volant de sa voiture, a semé la terreur durant plus de deux heures samedi matin dans le centre-ville de Macerata, une cité italienne de 43 000 habitants, située dans la région des Marches, à une vingtaine de kilomètres de l’Adriatique. Avec les balles de son pistolet, le tireur a blessé cinq hommes et une femme, originaires du Mali, du Ghana et du Nigeria. Un jeune homme a été grièvement touché au thorax, les cinq autres victimes ayant des lésions moins sérieuses. Les médias ont signalé que le suspect avait tiré des coups de feu dans huit endroits de la ville. Des bureaux du Parti démocrate, au pouvoir, ont été visés.
Le ministre de l’intérieur, Marco Minniti, a constaté, après une réunion samedi soir sur place, que le seul lien entre les victimes est « la couleur de peau », décrivant « une initiative criminelle à caractère individuel, certainement préparée à l’avance ». Il a jugé que la fusillade était marquée par une culture « d’extrémisme de droite avec des références claires au fascisme et au nazisme ».
Le tireur, identifié comme un Italien du nom de Luca Traini, âgé de 28 ans, a été arrêté samedi sur les marches du monument aux morts de Macerata, après être descendu de son Alfa Romeo noire, à bord de laquelle la police a retrouvé un pistolet. Le jeune homme, au crâne rasé, n’a pas opposé de résistance. Il a eu le temps de s’envelopper dans le drapeau tricolore de l’Italie, avant de tendre le bras pour faire un salut fasciste et hurler « Viva Italia ! », a précisé la presse italienne. Luca Traini avait été candidat en 2017 sous l’étiquette du parti souverainiste la Ligue du Nord à des élections communales non loin de Macerata.
Cette attaque intervient quelques jours après la révélation d’un autre drame dans la cité des Marches. Mercredi, le corps d’une Italienne de 18 ans, échappée d’un centre de désintoxication, avait été retrouvé découpé en morceaux dans des valises. Deux jours plus tard, la police avait découvert au domicile d’un Nigérian de 29 ans, des vêtements de la victime et un couteau avec des traces de sang. Ce demandeur d’asile qui serait également dealer de drogue a été inculpé d’homicide.
Les politiques de tous bords ont réagi aux tirs de samedi, un mois avant des élections législatives qui s’annoncent indécises. L’Italie est en première ligne dans la crise migratoire, avec plus de 600 000 migrants arrivés sur ses côtes depuis 2014 et une explosion des demandes d’asile du fait du blocage des frontières française, suisse et autrichienne.
« La haine et la violence ne nous diviseront pas », a assuré le chef du gouvernement Paolo Gentiloni, appelant au calme et à s’abstenir de toute récupération. « Quelqu’un qui tire est un délinquant, abstraction faite de la couleur de la peau », a réagi, de son côté, le chef de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, avant de dénoncer l’« invasion » migratoire en Italie. « J’ai hâte d’arriver au gouvernement pour ramener dans toute l’Italie la sécurité, la justice sociale et la sérénité. »
« Il me semble qu’il s’agit du geste d’un déséquilibré, qui mérite la plus ferme condamnation, mais qui ne peut être considéré comme ayant une connotation politique claire », a jugé Silvio Berlusconi, dont le parti de droite Forza Italia est allié à la Ligue de Matteo Salvini. Cette alliance, incluant les post-fascistes de Fratelli d’Italia, est en tête dans les sondages avec 35 % des intentions de vote.

La Croix du 05.02.2018


 


 

 

 

 

FRATERNITE SAINT PIE X

 

La FSSPX fait dans l'esbroufe

Le 13 décembre, le Père intégriste Frédéric Abbet, membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, a été condamné en appel pour des faits de pédophilie. Depuis, la Fraternité communique sur le rôle salutaire qu'elle a joué dans cette condamnation. Balivernes. Preuve à l'appui, l'AVREF (Aide aux Victimes des dérives de mouvements religieux en Europe et à leurs Familles), "La Parole Libérée", et le groupe SAPEC (Soutien aux personnes abusées dans une relation d'autorité religieuse) ont rappelé publiquement que la Fraternité a fait barrage à l'instruction judiciaire en cachant le fait que Frédéric Abbet avait été mis en cause en Valais dès 2005 pour des faits similaires. Par ailleurs, elle a empêché les victimes suisses et belges de se rencontrer ou encore mis en contact des enfants avec le père Abbet en connaissance de cause. Pas de quoi s'enorgueillir.

Golias Hebdo n°512 - 25.01.2018
 


 

 

 

 

GUERISSEURS

 

Autoproclamé « guérisseur de sida », Yahya Jammeh rattrapé par la justice !

En Gambie, Jahya Jammeh, l’ancien président dont les 22 ans au pouvoir ont été marqués par des accusations de violations des droits de l’homme, pourrait être prochainement traduit en justice par des malades de sida. Avec l’aide des avocats et des militants, ces derniers œuvrent de concert pour recueillir des preuves contre lui.
En effet, en janvier 2007, Yahya Jammeh, alors président de la Gambie, s’était déclaré devant un parterre de diplomates étrangers venus le visiter, être guérisseur du Sida.
L’ancien homme fort d’alors de la Gambie avait annoncé que son remède miracle était basé sur quelques plantes et des versets coraniques. Il avait par ailleurs créé un fonds spécial contre le sida et les autres maladies, un fonds que les entreprises étaient contraintes de financer. Des mesures qui avaient inquiété les responsables onusiens de lutte contre le Sida que Jahya Jammeh n’avait pas hésité à expulser.
Aujourd’hui mis à l’évidence, un groupe de sidéens gambiens qui s’étaient fiés à la méthode de Yahya Jammeh, accuse l’homme en exil. « Nous étions tous allés avec l’espoir que nous allions prendre une goutte de certains médicaments merveilleux et être guéri, » a déclaré un séropositif de 64 ans.
Alors que selon le guérisseur, le malade qui suit son traitement devrait être immunisé au bout d’un mois au maximum, la situation a été toute autre pour les patients. Yahya Jammeh les aurait forcés à boire des mixtures à base de plantes matin et soir pendant sept mois jusqu’à ce qu’ils soient déclarés guéris, mais en réalité, en agonie. « Parfois, sa potion venait dans une bouteille, parfois en poudre, parfois mélangée avec du lait en conserve ou du miel », confie les rescapés.
En outre, au cours du traitement, les patients n’étaient pas autorisés à contacter leurs familles, ou à se retirer.
Imposteur Jammeh
AIDS-Free World, un organisme de bienfaisance américain travaillant avec les survivants Sidéens, estime que 9000 Gambiens ont transité par les programmes de traitement de Jammeh et ont été contraints de renoncer à la médecine conventionnelle en faveur de ses remèdes « faits maison ».
Ce faux traitement, non seulement a eu des conséquences sanitaires graves sur la santé des patients, dont certains sont morts, mais entravé les efforts réels de prévention du VIH / sida dans le pays, a déclaré l’ONUSIDA.
En effet, actuellement bien que les taux de mortalité liés au VIH soient en baisse et les taux de traitement en hausse au niveau mondial, la Gambie est à la traîne. Seulement 30 % des Gambiens avec le VIH suivaient les traitements via les médicaments antirétroviraux (ARV) en 2016, alors que l’objectif est de 90 % à l’horizon 2020, selon l’ONUSIDA.
Pour rappel, Jahya Jammeh est en exil en Guinée équatoriale et nul ne sait si le président Teodoro Obiang l’extraderait au moment opportun.

http://www.africatopsuccess.com/2018/02/05/autoproclame-guerisseur-de-sida-yahya-jammeh-rattrape-par-la-justice/
5 février 2018


 


 

 

 

 

IDENTITAIRES

 

A lire

 


 

 

 

 

INDE

 

En Inde, un film de Bollywood enflamme les radicaux hindous

Des émeutes orchestrées par des fondamentalistes hindous ont éclaté le 24 janvier au Gujarat, fief du premier ministre Narendra Modi, la veille de la sortie du film « Padmaavat », qui raconte l’histoire mythique d’une reine hindoue et d’un prince musulman.

Depuis un an, une organisation radicale de la caste des rajputs milite contre sa sortie en usant menaces et violences

C’est l’histoire d’un film que personne n’a encore vu, sur une légende sans guère de fondements historiques, qui suscite depuis un an la colère des radicaux de la caste des rajputs et plus largement des fondamentalistes hindouistes. Au point de déclencher la veille de sa sortie en salle (jeudi 25 janvier 2018), des émeutes dans les rues d’Ahmedabad, capitale de l’État du Gujarat, qui est également fief du premier ministre et chef de file du BJP, le parti nationaliste hindou, Narendra Modi.

Au départ, c’est un énième film historico-épique produit façon Bollywood comme l’industrie indienne du cinéma les aligne à la chaîne, racontant la vie d’une princesse indienne du royaume du Rajasthan dominé par la caste des guerriers hindous rajputs. La belle s’appelait Padmavati, et le sultan de Delhi en serait éperdument tombé amoureux au point d’attaquer son château en 1303. Refusant de céder aux avances de son prétendant, elle se serait immolée par le feu, raconte dans un poème un auteur musulman au XVIe siècle, à qui on doit la légende.

Le tort du réalisateur, Sanjay Leela Bhansali, serait d’avoir inventé une romance entre l’héroïne rajput et le prince musulman, aux dires des membres du Rajput Karni Sena, un mouvement qui défend les intérêts de la caste. Cette organisation a été créée en 2006 pour protester contre un autre film, Ashutosh Gowariker, accusé de prendre des libertés avec la « réalité » historique. Ce long-métrage avait finalement été banni de l’État du Rajasthan.

Dès qu’il a eu vent de la préparation de Padmavati, en 2016, le Rajput Karni Sena a entamé un lent travail de sape auprès des élus qui ne veulent pas se mettre à dos une communauté de plusieurs millions de membres, particulièrement influente au Gujarat, au Rajasthan et dans un degré moindre dans l’Uttar Pradesh. En parallèle, ses membres les plus résolus ont saccagé le plateau du tournage du film en janvier 2017 tandis que le militant radical rajput Lokendra Singh Kalvi a promis 50 millions de roupies (637 000 €) à quiconque décapiterait le réalisateur ou l’actrice principal.

Scènes d’émeutes
Devant la levée de boucliers, la production avait décidé d’ajourner la sortie du film, en attendant son visionnage par un comité d’historiens qui n’y ont rien trouvé à redire. Pas suffisant cependant pour faire taire les fondamentalistes hindous. Craignant des émeutes, les gouverneurs d’État du Nord ont alors demandé l’interdiction de sa sortie en salle, avant que la Cour suprême ne les contraigne à revenir sur leur décision, au nom de la loi.

Les attaques perpétrées par plusieurs centaines de manifestants contre des boutiques et des véhicules à Ahmedabad risquent cependant de refroidir les exploitants de salle. L’association des multiplexes indiens a d’ores et déjà indiqué que ses membres ne diffuseraient pas Padmavati dans les États du Rajasthan, le Gujarat, le Madhya Pradesh et la ville de Goa.

Cette nouvelle controverse est symptomatique des crispations religieuses qui travaillent l’Inde depuis l’arrivée du nationaliste hindou Narendra Modi à la tête du pays, en 2014. Des représentants des minorités disent constater une hausse des attaques contre les musulmans et les chrétiens de la part des extrémistes. Ils s’inquiètent de la promotion de l’Hindutva (ou « hindouité »), idéologie qui nourrit le mouvement nationaliste hindou des rangs duquel est issu le premier ministre.

L’Hindutva vise à créer une patrie hindoue expurgée des éléments « étrangers », musulmans et chrétiens. Ces derniers sont dépeints comme un legs des invasions successives depuis le VIIIe siècle et représentant un danger pour la majorité hindoue.

La Croix du 24.01.2018
 


 

 

 

 

IRAN

 

En Iran, des femmes se rebellent contre l’obligation de porter le voile

Des Iraniennes dénoncent l’obligation de porter le voile islamique sur les réseaux sociaux.
Une trentaine de femmes ont été arrêtées en Iran, jeudi 1er février, pour avoir ôté leur voile en public afin de protester contre son port obligatoire depuis la révolution islamique de 1979, a annoncé la police de Téhéran dans un communiqué.
Depuis plusieurs semaines dans le pays, des dizaines de femmes suivent l’exemple de Vida Movahedi, 31 ans, arrêtée fin décembre puis libérée après un mois de détention. Elle était montée tête nue sur une armoire électrique, rue Enghelab (« Révolution » en persan) à Téhéran, en arborant son voile blanc au bout d’une perche.
La journaliste iranienne et militante des droits des femmes, Masih Alinejah réfugiée aux États-Unis a lancé sur Twitter #WhiteWednesdays et #MyStealthyFreedom, deux hashtags largement utilisés par les Iraniennes pour diffuser sur les réseaux sociaux les photos et vidéos de leurs gestes symboliques et politiques bravant l’interdit.

Présidentielle en Iran : les femmes à l’offensive

Un mouvement global contre le régime iranien ?
« Ces Iraniennes réagissent aux discriminations dont elles font l’objet depuis l’arrivée des mollahs au pouvoir », explique Simin Nouri, présidente de l’Association des Femmes iranienne en France, une organisation hostile au régime qui précise : « Il ne s’agit pas d’un mouvement en tant que tel mais d’actes individuels dispersés à Téhéran et dans d’autres villes. Cette protestation contre le port du voile rentre dans un mouvement de mécontentement général de la population civile face au régime. Comme on a pu le voir ces derniers jours, avec les nombreuses manifestations qui ont été organisées dans le pays contre l’accroissement du coût de la vie et le régime politique iranien. »
Les autorités de leur côté minimisent ces actions. Le procureur général de la République islamique, Mohammad Jafar Montazeri, a indiqué mercredi 31 janvier, que la remise en cause de l’obligation du voile dans l’espace public par quelques femmes était « puérile ». « Il s’agit d’une affaire insignifiante qui n’a rien de préoccupant », a-t-il ajouté.

Un code vestimentaire pour les Iraniennes

Depuis la création de la République islamique d’Iran, il y a moins de 40 ans, les femmes en Iran sont contraintes de se couvrir la tête et le corps d’un vêtement long et ample dans l’espace public.
Celles qui enfreignent cette loi risquent d’être poursuivies par la justice. D’après la clause 683 du code pénale d’Iran : « Les femmes qui apparaissent dans des lieux publics et sur les routes sans porter le hijab islamique seront condamnées de 10 jours à 2 mois de prison, et à payer une amende ».

 

La Croix du 02.02.2018


 

 


 

 

 

 

ISLAMISME

 

Créer des « prisons pour terroristes », une idée controversée

L’ouverture d’établissements destinés à accueillir les seuls détenus terroristes figure parmi les demandes de l’UFAP-UNSa dans les négociations avec la Chancellerie.

Refusée pour l’heure par l’exécutif, l’idée divise au sein même de la pénitentiaire.

« Nous réclamons l’ouverture d’établissements spécifiques pour les détenus terroristes », martèle Wilfried Fonck, secrétaire national de UFAP-UNSa justice. Si la sécurité des surveillants, la réévaluation de leurs indemnités et les efforts en recrutement figurent en tête des négociations en cours entre Nicole Belloubet et les surveillants de prison, la gestion des détenus terroristes s’est elle aussi invitée au débat. « Pour moi, c’est même ’’la’’ question cruciale, glisse un directeur de prison. Vous verrez, elle ressurgira à chaque nouvelle agression… » Consciente qu’une partie des surveillants pousse en ce sens, la chancellerie a accepté le 20 janvier l’idée d’un régime de détention « étanche » pour les « détenus terroristes et radicalisés ». Un régime certes étanche, mais au sein des établissements existants.

Assurer une étanchéité absolue avec les détenus de droit commun
Insuffisant, estime le syndicat majoritaire, qui continue de réclamer la construction de prisons spécifiques pour les détenus pour terrorisme – au nombre de 509 (1). « Nous plaidons pour l’ouverture d’établissements de petites tailles pouvant accueillir entre 40 et 70 détenus. Tout dépendra de la dangerosité des profils de chacun », précise Wilfried Fonck. Objectif : assurer une étanchéité absolue avec les détenus de droit commun et empêcher ainsi la propagation de tout prosélytisme religieux radical.

Pour l’heure, l’idée est loin de faire l’unanimité, y compris au sein de la pénitentiaire. La CGT s’y oppose frontalement et plaide pour le maintien des détenus radicalisés au sein des établissements existant. À l’heure actuelle, les plus dangereux sont, après évaluation, placés soit à l’isolement, soit au sein du quartier pour détenus violents (QDV). Un tel dispositif n’exclut donc pas, en cas d’évolution favorable du détenu, qu’il regagne la détention classique. Une souplesse souhaitable selon Jean-Robert Deshaies, à la CGT. « Si, au contraire, on commence à créer des prisons pour terroristes, on peut tirer un trait sur leur déradicalisation… Car comment voulez-vous qu’ils s’extirpent du groupe et échappent aux pressions éventuelles des leaders ? »

Un accès solitaire à la cour de promenade
Un écueil dont l’UFAP-UNSa se dit conscient. Il préconise donc d’ouvrir des établissements au sein desquels les terroristes seraient totalement isolés les uns des autres. Avec, à la clé, une isolation phonique totale entre les cellules et un accès solitaire à la cour de promenade. « On va fabriquer des fauves en cage, renchérit Jean-Robert Deshaies. Personne ne prendra plus le risque de faire sortir ces individus. On créera des sanctuaires pour terroristes. »

Même réticence du côté des directeurs d’établissement. « Ces prisons seraient de vraies poudrières », met en garde Jean-Michel Dejenne, au Syndicat national des directeurs pénitentiaires (SNDP). Autre crainte : que ces établissements deviennent des cibles privilégiées des djihadistes. « Ils présenteront ces lieux comme la réplique française de Guantanamo ou d’Abou Ghraib. Cela nous exposera aux attaques… »

Le suivi des détenus radicalisés, un inextricable casse-tête
Pour l’heure, rien n’est décidé. « La Chancellerie ne semble pas vouloir bouger sur la question, explique l’un des négociateurs. Les lignes pourraient toutefois évoluer le mois prochain avec l’annonce d’un grand plan pénitentiaire par l’Élysée. Emmanuel Macron est globalement plus ferme que la Chancellerie sur la question terroriste. On l’a vu récemment à propos des djihadistes français retenus en Syrie. Il n’est pas exclu qu’il tranche dans un autre sens. »

Seule certitude, le suivi des détenus terroristes – et, plus largement, de tous les radicalisés – reste un inextricable casse-tête. En la matière, les gouvernements successifs semblent naviguer à vue. En 2015, l’exécutif lançait les « quartiers dédiés » aux détenus radicalisés islamistes. En octobre 2016, ils étaient remplacés par six « quartiers d’évaluation de la radicalisation » (QER) à partir desquels les détenus seraient ventilés dans 27 établissements pour une « prise en charge spécifique ». Et le 20 janvier, ultime changement de cap, la Chancellerie revenait à une « étanchéité totale ».

Crise des prisons, les syndicats quittent les négociations

Les syndicats de surveillants de prison ont quitté mardi 23 janvier la table des négociations avec la ministre de la justice, Nicole Belloubet, et ont appelé à poursuivre le mouvement de blocage des établissements pénitentiaires qui dure depuis neuf jours.

« Le gouvernement n’a pas pris conscience de l’ampleur » du mouvement dans les prisons, a déclaré à l’AFP Emmanuel Chambaud, secrétaire général adjoint de l’Ufap-Unsa, syndicat majoritaire. FO et la CGT-Pénitentiaire ont également quitté les discussions.

En milieu de matinée du 23 janvier, les surveillants refusaient de prendre leur service dans 14 établissements tandis que des barrages interdisaient l’entrée des personnels dans 34 prisons.

(1) On dénombre autour de 1 500 détenus radicalisés.

La Croix du 23.01.2018

A lire

Les islamistes ont gagné la bataille des idées

 

Le pape appelle la communauté internationale à ne pas rester « silencieuse » avec les Yézidis

Recevant la représentante de la communauté yézidie en Allemagne, mercredi 24 janvier, le pape François a dénoncé les persécutions subies en Irak et en Syrie notamment par les fidèles de cette religion, l’une des plus anciennes au monde.

Il a ardemment plaidé pour le retour des femmes encore otages de Daech pour l’inhumation des morts et pour le retour des réfugiés sur leur terre d’origine.

« Face à la tragédie subie par votre communauté, on comprend, comme l’indique aussi l’Évangile, que les forces les plus sombres – capables de planifier l’anéantissement du frère – peuvent sortir du cœur humain. » Recevant mercredi 24 janvier la représentante de la communauté yézidie en Allemagne, le pape a eu des mots très forts pour dénoncer les persécutions dont ont été victimes les fidèles de cette religion millénaire sur le territoire de Daech en Irak et en Syrie.

Chassés à l’été 2014 par l’avancée des troupes de l’État Islamique (EI) et menacés de mort, plusieurs milliers d’entre eux se sont réfugiés dans les monts Sinjar, d’autres ont atteint le Kurdistan irakien ou la frontière syrienne. Mais de nombreux autres – notamment des femmes et des enfants – n’ont pas pu quitter les zones de combats et ont été réduits en esclavage par les combattants de Daech. Les hommes ont généralement été exécutés.

Violations indescriptibles des droits de l’homme
« Votre histoire, riche de spiritualité et de culture, est malheureusement marquée par des violations indescriptibles des droits de l’homme : enlèvements, esclavage, torture, conversion forcée, meurtres, a égrené le pape. Vos sanctuaires et votre culte ont été détruits. Les plus chanceux ont pu fuir mais ont dû laisser derrière eux tout ce qu’ils avaient, y compris leurs biens préférés et les plus sacrés. »

Cette tragédie, estime le pape, montre une fois encore ces « forces les plus sombres capables de sortir du cœur humain », capables de « planifier l’anéantissement du frère », de le « considérer comme un ennemi et un adversaire » et le « priver de la dignité humaine ».

Cruauté insensée et inhumaine
Aujourd’hui, une partie de la communauté yézidie est en exil, notamment en Allemagne où réside aussi son chef spirituel. Une grande partie survit encore dans des conditions dramatiques dans le nord de l’Irak, vivant sous tente depuis plus de trois ans maintenant…

« Ma compassion et ma prière sont pour les victimes innocentes de la cruauté insensée et inhumaine. Il est inacceptable que des gens soient persécutés et tués à cause de leur affiliation religieuse ! », a dénoncé le pape, qui a rappelé une fois encore que « tout être humain a le droit de confesser sa foi librement et sans contrainte ».

« Une fois de plus, j’élève la voix pour les droits des Yézidis, en particulier pour leur droit d’exister comme communauté de foi : personne ne peut présumer avoir le pouvoir d’éteindre un groupe religieux parce qu’il n’appartient pas aux groupes soi-disant’tolérés’», a lancé le pape, dans une allusion claire à tous les discours salafistes et djihadistes autorisant le rejet, le mépris et même la violence à l’égard de l’autre, musulman « modéré » ou déviant, non-musulmans qualifiés de « mécréants », ou encore athées considérés comme « apostats »…

Alors que des femmes yézidies n’ont toujours pas été libérées par les combattants de Daech qui les ont achetées comme esclaves, le pape a adressé aussi ses pensées « aux membres de (la) communauté encore entre les mains des terroristes ».

Spectateur silencieux et non impliqué
« J’espère sincèrement que tout est fait pour les sauver. De même, tout doit être fait pour retrouver les disparus et donner aux morts une identité et un enterrement digne », a également plaidé François, selon lequel « la communauté internationale ne doit pas être un spectateur silencieux et non impliqué avant votre drame ».

« J’encourage donc les institutions et les personnes de bonne volonté qui appartiennent à d’autres communautés à vous aider à reconstruire vos maisons et lieux de culte. Aucun effort ne doit être négligé des conditions propices au retour des réfugiés dans leurs foyers et préserver l’identité de la communauté yézidie », a-t-il conclu, en rappelant l’action inlassable du Saint-Siège pour dénoncer publiquement les persécutions dont sont victimes, aujourd’hui encore, de nombreuses « minorités religieuses et ethniques, y compris des chrétiens persécutés pour leur foi ».

La Croix du 24.01.2018

Au Kirghizstan, des musulmans veulent lever l’interdiction de la polygamie

Dans cette ex-république soviétique d’Asie centrale travaillée par le wahhabisme, les querelles liées à la religion se multiplient.

Dernière en date, l’invitation à devenir polygame par l’ancien mufti du pays, Tchubak Aji Jalilov, très populaire chez les jeunes musulmans.

Figure respectée du Kirghizstan, l’ancien mufti annonçait fièrement fin novembre, sur sa chaîne YouTube – qui compte cent soixante mille abonnés – s’être marié avec une jeune femme de trente ans, en plus de sa première épouse. « Ma première femme est un peu jalouse, et en colère, précisait-il, mais ça passera… »

En s’appuyant sur la légitimité de ses fonctions religieuses, Tchubak Aji Jalilov encourageait les hommes kirghiz à se marier avec plusieurs femmes afin qu’elles s’inscrivent dans le respect de l’islam sunnite, religion officielle du Kirghizstan. « Je conseille aux premières épouses de pleurer un peu, ajoutait-il, mais d’éviter d’en faire un scandale. C’est dans notre tradition. »

« Allah le permet »
La colère a aussitôt éclaté à Bichkek, la capitale du pays, notamment dans les milieux progressistes, les organisations non gouvernementales, et les associations de droits des femmes qui cherchent à donner l’image d’un pays modéré sur le plan religieux.

Deux mois plus tard, la question persiste et la société demeure très divisée sur cette affaire. Faut-il rendre légale la polygamie ? Une partie des Kirghiz considère qu’elle existe depuis longtemps, et officieusement, notamment chez les personnes les plus riches et influentes, tandis qu’une autre s’insurge du retour en force des valeurs et de la propagande d’un islam rigoriste.

Plus grave encore est la symbolique de l’affaire : la légalisation de la polygamie renverrait à la défaite de la constitution sous la pression du pouvoir religieux. Et ce, au sein d’un pays pauvre, où le financement des lieux de culte par les États du Golfe commence à poser de sérieux problèmes d’indépendance politique…

Des musulmans divisés
La députée du parti social-démocrate, Elvira Sourabaldieva, a exigé récemment l’ouverture d’une enquête gouvernementale à l’encontre de l’ex-mufti, mais n’a obtenu qu’une réponse laconique du ministre de l’intérieur : « Nous ne disposons pas de charges réelles contre Tchubak Ajy Jalilov. »

La fracture la plus visible a surgi dans les milieux musulmans, comme en témoigne la situation à l’Organisation des femmes islamiques du Kirghizstan, où les deux hautes représentantes s’affrontent. Jamal Frontbek dénonce avec véhémence l’attitude de l’ex-mufti, estimant qu’en matière de comportement polygame, seule prévalent la loi et la constitution de la république kirghize, alors que Jamilya Djapacheva lui rétorque de se référer au Coran : « Allah nous a laissé de telles lois en connaissant notre nature… Il a permis à un homme de vivre avec plusieurs femmes. »

Quant aux dignitaires de l’Office spirituel des musulmans du Kirghizstan, leur posture a d’abord oscillé entre le pour et le contre, avant d’affirmer leur neutralité sur le sujet. L’avis est tranché, en revanche, chez Aziza Abdirasulova, à la tête d’une association luttant contre les violences domestiques.

« Ces fondamentalistes, comme le mufti, appellent à enfreindre une loi qui protège les femmes, déplore-t-elle. Nous voulons que l’État soit ferme et précis, et qu’il fasse respecter la loi sur ce sujet ! » Une loi qui rend la polygamie passible, au Kirghizstan, de deux ans d’emprisonnement… mais ne semble pas réellement appliquée.

La Croix du 30.01.2018

 


 

 

 

 

ISRAEL

 

Le gouvernement légalise une colonie sauvage

Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a annoncé l’approbation rétroactive hier d’une colonie sauvage en Cisjordanie occupée, en réponse au meurtre le mois dernier d’un rabbin israélien qui y résidait. La colonie, fondée en 2002, sera dotée des permis de construction nécessaires et d’un budget public. Les colonies israéliennes sont considérées comme illégales par le droit international et comme un obstacle majeur à la paix.

La Croix du 05.02.2018
 


 

 

 

 

JEÛNE

 

Cancer : le jeûne pourrait avoir des effets négatifs plutôt que thérapeutiques

Alors que certains patients du cancer se voient convaincre des effets thérapeutiques du jeûne, il convient de rappeler que ceux-ci n'ont pas été prouvés et que cette pratique pourrait même avoir de dangereuses conséquences.
À l’été dernier, nous avions rapporté les propos du chirurgien Skyler Johnson quant à une question qui lui avait été posée par l’une de ses patientes atteinte d’un cancer. Celui-ci lui avait ainsi demandé ce qu’il pensait du jeûne.
Voici quelle avait été la réponse du professeur : “Je lui ai répondu que je pensais la revoir dans six à douze mois avec 15 kg de moins, des métastases ganglionnaires, voire à distance [NDLR : du cancer], et une tumeur ayant doublé ou triplé de volume. Je ne lui ai pas dit ça pour lui faire peur mais parce que c’est arrivé à une autre patiente jeune.”
Plus de 220 études récemment analysées sur les effets du jeûne
Le 6 janvier dernier, la chaîne Arte a rediffusé le documentaire de Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman s’interrogeant sur le caractère thérapeutique attribué au jeûne. Le film datant de 2011 et ayant donc désormais sept ans d’âge, nos confrères de Slate.fr ont souhaité en profiter pour mettre en lumière une plus récente enquête sur le sujet.
Un groupe de chercheurs spécialisés dans l’alimentation et le cancer et appartenant au réseau NACRe (réseau National Alimentation Cancer Recherche) s’est intéressé de près à plus de 220 études réalisées très majoritairement sur des animaux de laboratoire.
Une perte de poids et de masse musculaire
C’est en novembre dernier que les résultats de cette analyse de masse ont été rendus publics. Il est apparu que le jeûne n’a pas d’effet positif sur l’évolution du cancer et qu’il peut au contraire affaiblir le patient en réduisant son poids et sa masse musculaire.
Il convient néanmoins de souligner que les essais cliniques conduits sur des être humains incluent généralement moins de vingt volontaires, pour des observations amenées donc à être peu représentatives à grande échelle.
Quand bien même un patient cancéreux souhaite se mettre au jeûne, il est recommandé qu’il en parle à son médecin traitant et son oncologue référent pour permettre notamment d’établir une surveillance diététique et nutritionnelle.

https://www.24matins.fr/cancer-jeune-pourrait-effets-negatifs-plutot-therapeutiques-687544
18 janvier 2018



 


 

 

 

 

LAICITE

 

Les députés interdits de port de signes religieux ?

Le bureau de l’Assemblée nationale devrait décider mercredi 24 janvier d’imposer un principe de stricte neutralité à tous les députés dans l’hémicycle.

Le bureau de l’Assemblée nationale devrait adopter ce matin une mesure pour imposer une stricte neutralité vestimentaire à tous les élus dans l’hémicycle. La plus haute instance collégiale de l’Assemblée, composé de 22 députés, envisage en effet de réécrire l’article 9 de « l’instruction générale » du bureau qui traite de « la tenue en séance ».

Début décembre, l’élu La France Insoumise (LFI) François Ruffin avait siégé dans l’hémicycle vêtu d’un maillot de l’Olympique Eaucourt, petit club amateur de sa circonscription, ce qui lui avait valu une sanction pécuniaire.

Les élus LFI s’étaient aussi illustrés en brandissant le Code du travail pour dénoncer sa réforme, ou en exhibant de la nourriture d’un montant de 5 € pour protester contre la baisse des aides au logement (APL).

Critiquant ces « coups d’éclats médiatiques », le président de l’Assemblée nationale François de Rugy a transmis au bureau une proposition pour réécrire l’article 9.

Interdictions
Selon la nouvelle rédaction que La Croix a consultée, l’utilisation en séance de « graphiques », de « pancartes », d’« objets ou d’instruments divers » sera désormais « interdite ».

Le texte prévoit aussi que « la tenue vestimentaire adoptée par les députés dans l’hémicycle ne saurait être prétexte à la manifestation de l’expression d’une opinion : sont ainsi prohibés le port de tous signes religieux et de toute tenue vestimentaire caractéristique d’une activité professionnelle ou autre (…) ou comportant des emblèmes ou mesures publicitaires ou des slogans de nature politique. »

Légiférer par anticipation ?
Ce texte, s’il est adopté, constituera une première dans l’histoire parlementaire. Sous la Ve République, des prêtres élus ont siégé avec leurs tenues ecclésiastiques, tels le chanoine Kir ou l’abbé Pierre. L’idée même d’une neutralité des élus est par définition contraire à leur liberté d’expression, mais aussi à la conception de la laïcité que promeut le président de la République, rappelle un connaisseur du dossier « atterré ».

Le juriste Pierre-Henri Prélot s’étonne lui aussi d’une telle mesure. « Pourquoi créer des problèmes là où il n’y en a pas ? Légiférer par anticipation paraît totalement ridicule », estime le juriste.

Religieux dans des conseils municipaux
La réforme intervient dans un contexte déjà très tendu sur ces sujets. Cet été, des réseaux sociaux s’en étaient pris à la députée de Mayotte Ramlati Ali (son élection a été invalidée il y a quelques jours pour des raisons liées aux conditions du scrutin), qui portait un voile mahorais traditionnel.

La décision du bureau de l’Assemblée pourrait en outre réveiller localement des polémiques, alors que la présence de religieux dans des conseils municipaux n’est pas rare.

Pierre-Henri Prélot estime que le nouvel article serait contraire aux principes constitutionnels. En effet, le règlement intérieur de la chambre des députés peut faire l’objet d’un recours pour inconstitutionnalité. Mais, selon le Bureau de l’assemblée, « l’instruction générale » ne faisant pas partie de ce règlement ne pourrait faire l’objet d’un tel recours.

La Croix du 23.01.2018

Fin des signes religieux « ostensibles » à l’Assemblée

La mesure décidée par le président de l’Assemblée François de Rugy provoque de fortes critiques.
Le bureau de l’Assemblée nationale a adopté mercredi 24 janvier la nouvelle « instruction générale » qui fixe notamment les règles de comportement dans l’hémicycle. L’article 9 dispose que « la tenue vestimentaire adoptée doit rester neutre et s’apparenter à une tenue de ville ». Le président de l’Assemblée a adouci sa proposition originale car l’article ne prohibe plus tous les signes religieux comme envisagé d’abord (lire La Croix du 24 janvier), mais simplement ceux qui sont « ostensibles », en référence à la loi de 2004 sur l’école. De même, l’interdiction ne vise plus les « emblèmes » car cela aurait pu avoir pour conséquence l’exclusion, par exemple, du petit ruban rouge de mobilisation contre le sida.
Membre du bureau, la députée Les Républicains Annie Genevard a choisi de s’abstenir, rappelant qu’initialement il s’agissait seulement d’éviter certaines provocations vestimentaires, comme celle de l’élu de La France insoumise (LFI) François Ruffin, qui a récemment arboré un maillot de foot. « Qu’on fasse en sorte d’éviter ces dérapages, je suis d’accord. Mais pourquoi étendre cela au port de signes religieux alors que le problème n’existe pas ? Vouloir réglementer “par prévention”, comme l’a dit François de Rugy, est très périlleux. » Outre le port de signes religieux, est aussi visé celui « d’un uniforme, de logos ou messages commerciaux ou de slogans de nature politique ».
Cette décision provoque la colère de certains élus. Le député socialiste François Pupponi dénonce « une trahison de la laïcité ». L’Assemblée nationale, insiste l’élu, est le lieu public « le plus symbolique de la République, et l’on va interdire aux représentants du peuple ce que l’on autorise aux citoyens ! ». François Pupponi s’inquiète des effets que cette décision va produire dans toutes les communes où bien des élus locaux portent une croix, une kippa ou un voile : « On piétine les fondamentaux de la République. »

La Croix du 25.01.2018

La fin des signes religieux « ostensibles » à l’Assemblée

La mesure décidée par le président de l’Assemblée François de Rugy provoque de fortes critiques.

Le bureau de l’Assemblée nationale a adopté mercredi 24 janvier la nouvelle « instruction générale » qui fixe notamment les règles de comportement dans l’hémicycle. L’article 9 dispose que « la tenue vestimentaire adoptée doit rester neutre et s’apparenter à une tenue de ville ».

Le président de l’Assemblée a adouci sa proposition originale car l’article ne prohibe plus tous les signes religieux comme envisagé d’abord (La Croix du 24 janvier), mais simplement ceux qui sont « ostensibles », en référence à la loi de 2004 sur l’école. De même, l’interdiction ne vise plus les « emblèmes » car cela aurait pu avoir pour conséquence l’exclusion, par exemple, du petit ruban rouge de mobilisation contre le sida.

Membre du bureau, la députée Les Républicains Annie Genevard a choisi de s’abstenir, rappelant qu’initialement, il s’agissait seulement d’éviter certaines provocations vestimentaires comme celle de l’élu de La France insoumise (LFI) François Ruffin, qui a récemment arboré un maillot de foot. « Qu’on fasse en sorte d’éviter ces dérapages, je suis d’accord. Mais pourquoi étendre cela au port de signes religieux alors que le problème n’existe pas ? Vouloir réglementer ’’par prévention’’, comme l’a dit François de Rugy, est très périlleux. » Outre le port de signes religieux est aussi visé celui « d’un uniforme, de logos ou messages commerciaux ou de slogans de nature politique ».

La colère de certains élus
Cette décision provoque la colère de certains élus. Le député socialiste François Pupponi dénonce « une trahison de la laïcité ». L’Assemblée nationale, insiste l’élu du Val-d’Oise, est le lieu public « le plus symbolique de la République et l’on va interdire aux représentants du peuple ce que l’on autorise aux citoyens ! ».

François Pupponi s’inquiète des effets que cette décision va produire dans toutes les communes de France où bien des élus locaux portent une croix, une kippa ou un voile. « On piétine les fondamentaux de la République », s’emporte l’élu socialiste.

La Croix du 24.01.2018

En Suède, enseigner le fait religieux est devenu incontournable

Encore largement tabou dans les écoles françaises, l’enseignement laïque du fait religieux fait partie du tronc commun des programmes scolaires depuis plus de vingt ans en Suède.

Au lycée Globala à Stockholm, comme dans le reste du pays, peu de Suédois se disent croyants. Mais la matière les intéresse.

« Quand vous écrivez dieu, vous écrivez avec un petit d ? Parce que je ne crois pas en dieu, donc je l’écris avec un petit d », se renseigne Zelda Epstein auprès de ses camarades. Au lycée public Globala de la capitale suédoise, c’est l’heure du cours de fait religieux. Ce jour-là, les élèves de deuxième année doivent discuter de l’avortement, des droits animaliers ou encore de l’euthanasie dans une perspective chrétienne.

Un exercice pas évident. « C’est difficile parce que j’ai des préjugés, je pense que tous les chrétiens sont contre l’avortement », reconnaît la jeune fille. Leur professeur Thérèse Britton les a envoyés sur le terrain pour y rencontrer un pasteur, une personne croyante, ou encore un prêtre.

« La plupart des élèves sont issus de la classe moyenne et non-croyants », relève l’enseignante. « Ce cours est un défi pour eux, ils prennent du recul et comprennent que la religion n’a pas une seule définition. »

Dans le tronc commun depuis 1994
L’enseignement de la religion en Suède existe depuis bien longtemps, mais c’est en 1965 que la matière est devenue non-confessionnelle. Dans les années 1990, alors que le racisme et l’intolérance grandissent dans le pays, le parti des chrétiens-démocrates propose de faire du fait religieux une matière obligatoire du tronc commun. Ce qui devient réalité en 1994 : la Suède décide de faire de cet enseignement un outil éducatif.

La religion protestante n’est plus au centre de l’apprentissage, on discute des religions du monde entier mais aussi de questions existentielles. Dès le début de l’année scolaire, les élèves de Thérèse Britton sont sommés de réfléchir à leur interprétation de la vie « avec un grand V ». « Ce cours leur donne une dose de réflexion existentielle, ils apprennent à penser hors du cadre », explique-t-elle.

Des polémiques dans l’enseignement confessionnel
Inscrite dans un établissement privé pendant sa scolarité, Lisa Weegar, elle, a entendu autre chose. « La religion des professeurs influençait ce dont ils voulaient parler ou non », témoigne-t-elle.

Dans ces écoles privées confessionnelles, les cours de religion ne sont autorisés que pendant les pauses ou le déjeuner. Rien d’obligatoire donc, mais l’an dernier, des scandales ont éclaté : ici, une école protestante où l’on punissait un enfant pour ne pas avoir fait la prière à table (le bénédicité), là une non-mixité dans les bus scolaires…

Dans un pays aux 1200 écoles privées – dont seulement 66 écoles confessionnelles recensées en 2016 –, ce genre de dérapage ne passe pas. Mais il ne remet pas en cause pour autant l’enseignement laïque du fait religieux pratiqué ailleurs.

Ella-Li Jennersjö, en deuxième année, a expérimenté le système scolaire français : « Il y avait une musulmane dans ma classe. Le fait que sa mère porte le voile était incompréhensible pour beaucoup d’entre nous. J’ai alors compris que l’ignorance donne des idées fausses. »

La Croix du 15.01.2018

Fin de vie, les représentants des cultes reçus au CESE

Les représentants des cultes français ont été reçus jeudi 11 janvier par la commission « fin de vie » du Conseil économique, social et environnemental.

Ils ont pu y redire la position commune des religions, opposées à l’euthanasie, et favorables au développement des soins palliatifs.

Cinq représentants de cultes ont été reçus au Conseil économique, social et environnemental jeudi 11 janvier, selon les informations de La Croix. Il s’agissait d’une audition groupée, dans le cadre des travaux de la commission temporaire « fin de vie » du CESE. L’institution s’est auto-saisie sur ce dossier à la mi-novembre, à la suite d’une pétition citoyenne, adressée notamment au président du CESE, demandant « une loi sur l’aide active à mourir », et ayant recueilli à l’époque 228 000 signatures.

Étaient présents lors de cette audition : pour l’Église catholique, Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et président du groupe de travail sur la bioéthique de la Conférence des évêques de France ; pour la Fédération protestante de France, Christian Krieger, président de l’Église réformée d’Alsace et Lorraine ; Haïm Korsia, grand rabbin de France ; Ahmet Ogras, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), accompagné de l’imam Mohammed Azizi, aumônier régional des hôpitaux d’Île-de-France.

Euthanasie, soins palliatifs : les religions à l’unisson
Les représentants religieux ont présenté un visage uni sur ce sujet délicat. « Pour tous les représentants des cultes, la fin de vie dans ce monde est le début d’une vie dans un autre. C’est une transition », rappelle Ahmet Ogras. « Il faut s’investir, en temps et en matériel, pour ne pas délaisser les personnes en fin de vie. Le coût financier ne doit pas nous freiner », insiste le représentant du culte musulman. Satisfait de cette audition, il a le sentiment que les membres de la commission « ont vu que nous avions tous la même conception de la vie, avec des mots différents ».

« Tous sont à peu près d’accord pour dire qu’on doit respecter la vie jusqu’au bout, et tous considèrent que les soins palliatifs sont très insuffisants aujourd’hui », résume Joseph Thouvenel, vice-président du syndicat CFTC et membre de la commission. « Ils sont aussi d’accord sur la nécessité de faire le bilan de la loi actuelle avant de légiférer à nouveau », ajoute-t-il. Le syndicaliste chrétien a particulièrement remarqué la prestation de Mgr d’Ornellas, et salue sa « connaissance très approfondie du dossier ». Il observe au passage qu’il y a sur ce sujet « l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette » entre le propos de l’évêque et celui du grand rabbin de France.

« J’ai dit que la mort était déshumanisée dans notre société », relate pour sa part Christian Krieger. « Aucun culte ne valorise la souffrance, mais tous valorisent la finitude, la vulnérabilité, comme lieu de rendez-vous avec sa propre humanité », poursuit le pasteur, pour qui la société actuelle « refuse cette finitude ».

Les protestants ouverts à un débat sur le suicide assisté
La seule nuance, apportée par le représentant du protestantisme français, concernait le suicide assisté. « Le suicide est en rupture avec l’anthropologie chrétienne, et a un effet dévastateur sur les proches », souligne pourtant Christian Krieger. « Mais les protestants sont prêts à ouvrir une réflexion en interne à ce sujet », car des divergences existent. « Certains sont en phase avec l’interdit formel “tu ne tueras point”, alors que pour d’autres, le suicide est une expression ultime de la liberté qui caractérise la condition humaine. »

Depuis l’autosaisine du CESE, plusieurs acteurs du débat sur la fin de vie ont déjà été auditionnés. Parmi eux, le docteur Anne de La Tour, présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs, le docteur Jean-Marie Faroudja, président de la section éthique et déontologie du conseil national de l’Ordre des médecins, ou encore Jean-Luc Romero, président de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD). Un représentant de la franc-maçonnerie devrait également être auditionné dans les prochains jours.

Le propos des représentants des cultes semble avoir suscité un intérêt particulier. « Les membres de la commission ont été visiblement très impressionnés par la qualité du propos, et par l’unité des religions », témoigne Joseph Thouvenel. « J’ai trouvé une très grande qualité d’écoute, abonde Christian Krieger. On nous a remerciés d’avoir apporté de la spiritualité et de la réflexion dans un débat souvent très technique. »

La Croix du 16.01.2018

Laïcité, pour une politique publique de régulation des cultes

Dans une récente étude (1), le juriste Thierry Rambaud envisage la manière de renforcer et d’institutionnaliser le dialogue entre l’État et les cultes

La question religieuse – et les tensions identitaires qui l’accompagnent – s’est renforcée dans bien des pays de la planète, relançant en France les débats sur la laïcité. L’État doit-il faire de l’action publique un bouclier contre toute influence religieuse  ? Ou bien mener une politique plus engagée dans l’organisation d’un dialogue avec les cultes ?

C’est cette deuxième voie qu’explore le juriste Thierry Rambaud dans une note que vient de publier la Fondapol, un think tank d’inspiration libérale. Partant du constat que les religions « constituent autant des facteurs de cohésion et de progrès social que de déstabilisation et de violence », le professeur à la Sorbonne estime que l’action de l’État doit être guidée par « la conscience qu’il est essentiel de relier la manifestation publique et sociale des religions à la réalisation de l’intérêt général ».

Un dialogue institutionnalisé
L’auteur cherche donc des pistes pour développer ce que pourrait être une politique publique de gestion du fait religieux dans un État laïc. Car il ne s’agit pas de remettre en cause le principe de séparation de la loi de 1905.

Dans ce cadre juridique, il semble possible de rendre plus performante une telle politique dont l’objectif est triple : assurer le libre exercice du culte ; vérifier que les activités cultuelles ne portent pas atteinte à l’ordre public ; et enfin, « veiller à ce que les cultes contribuent au renforcement du bien être social ».

Pour y parvenir, Thierry Rambaud plaide en premier lieu pour un renforcement d’un dialogue ouvert et régulier, « institutionnalisé » entre l’État et l’ensemble des cultes présents. Il s’agit d’éviter aux responsables politiques de s’enfermer dans un dialogue singulier avec l’islam qui lui donnerait une importance particulière. Toutes les religions ont leurs problèmes spécifiques qui méritent l’attention des pouvoirs publics : l’entretien du patrimoine pour les catholiques, l’ouverture de lieux de cultes pour les évangéliques protestants ou la sécurité pour les juifs.

Une première piste qui semble correspondre à la politique engagée par le président Macron. Rompant avec une certaine réserve de François Hollande, le président, qui a réuni deux fois les cultes ces dernières semaines, a insisté sur leur contribution à la recherche du bien commun et s’est engagé à créer une instance de dialogue auprès du ministre de l’intérieur. « C’est sous ce double signe de la recherche de l’intérêt général et de l’esprit de tolérance que je souhaite inscrire notre relation et notre dialogue », leur a-t-il confié le 4 janvier.

Reconnaître des « cultes représentatifs »
En deuxième lieu, Thierry Rambaud estime qu’une politique publique du fait religieux passe par l’identification des « valeurs essentielles » que tous les citoyens et tous les cultes doivent respecter : il cite notamment le respect de la dignité de la personne, l’égalité entre les individus, la liberté de conscience, la reconnaissance du rôle de la raison ou de la place de la science…

L’auteur propose enfin de permettre à l’État de prendre en compte la situation institutionnelle et les besoins propres de chaque culte « à travers le recours au droit conventionnel et la notion de cultes représentatifs ». Concrètement, Thierry Rambaud envisage des « conventions » qui seraient signées entre le premier ministre et les représentants religieux et propose que la notion de « cultes représentatifs » soit introduite dans le droit français, sur la base de « critères objectifs » comme le nombre de fidèles, le degré d’organisation institutionnelle, mais aussi le « respect des valeurs républicaines ».

« L’idée est d’introduire, dans le respect des grands principes de la loi du 9 décembre 1905, un droit négocié dans notre droit des cultes. La laïcité n’exclut pas le recours au contrat » écrit encore le juriste, qui suggère en outre la création d’un « Conseil des cultes et de la laïcité ». Placé auprès du premier ministre, celui-ci réunirait les responsables religieux et des représentants des grands mouvements spirituels et humanistes.

La Croix du 16.01.2018

Les signe religieux « ostensibles » interdits dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale

Le texte adopté recommande aux députés une tenue vestimentaire « neutre » et une « expression exclusivement orale ». Une mesure qui va contre la liberté d’expression pour certains élus.
De 1945 à 1951, l’abbé Pierre, député (apparenté MRP, c’est-à-dire démocrate-chrétien) de Meurthe-et-Moselle, siégeait en soutane dans l’hémicycle. Une telle situation ne pourra plus se reproduire. Le bureau de l’Assemblée nationale a adopté, mercredi 24 janvier, une mesure interdisant le port de signes religieux « ostensibles » et contraignant les députés à avoir une tenue vestimentaire « neutre ».
François de Rugy, le président (La République en marche, LRM) de l’institution, fait d’une pierre deux coups avec cette décision. Il règle d’abord une querelle qui est allée crescendo depuis le début de la session parlementaire avec les députés de La France insoumise (LFI). Ceux-ci avaient plusieurs fois brandi des objets en séance, notamment un paquet de pâtes.
Dernier incident en date : François Ruffin, député de la Somme, était monté à la tribune portant un maillot de football pour évoquer la situation des clubs amateurs. Le bureau de l’Assemblée a modifié l’article 9 de l’instruction générale pour prévoir que, « dans l’hémicycle, l’expression est exclusivement orale », ce qui interdit de brandir des objets.
Par cette décision, le titulaire du « perchoir » s’invite aussi dans la querelle des laïcités et se place du côté des partisans d’une moindre tolérance à l’égard de la place du religieux dans la société. La tenue vestimentaire, précise le texte, « ne saurait être le prétexte à la manifestation de l’expression de quelconque opinion : est ainsi notamment prohibé le port de tout signe religieux ostensible, d’un uniforme, de logos ou de messages commerciaux ou de slogans de nature politique ».
De Rugy : « La foi est une affaire privée »
Lors du 90e anniversaire de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), le 14 novembre 2017, François de Rugy avait déjà eu l’occasion de dire qu’à ses yeux « la foi est une affaire privée qui n’a de valeur que si elle le demeure ». « Il aura l’occasion de s’exprimer sur cette question dans les mois qui viennent », indique son entourage, précisant qu’il juge notamment que « l’islam doit aussi faire sa transition laïque ».
Mercredi, à l’Assemblée nationale, rares ont été les voix à critiquer la mesure sur le port de signes religieux ostensibles. Cet arrêté du bureau est « contraire à la liberté d’expression », ont affirmé des députés communistes dans un communiqué.
« Dans une République laïque, nul ne peut être discriminé en fonction de son appartenance religieuse. C’est un bouleversement de la conception que nous avons de la laïcité depuis deux cents ans », a lancé pour sa part le député socialiste François Pupponi (Val-d’Oise), « catastrophé ». Le président de son groupe, Olivier Faure (Seine-et-Marne), n’a au contraire « aucun problème » avec cette décision.
« Cela me paraît correct dans une enceinte qui représente la République », a estimé pour sa part la députée Clémentine Autain (LFI, Seine-Saint-Denis), pourtant vent debout contre le reste des propositions sur la tenue vestimentaire.
« Le peuple n’est pas laïque »
Bien que policée, la réaction de l’Observatoire de la laïcité à cette décision met en lumière un certain nombre de questions. L’organisme public présidé par Jean-Louis Bianco indique que la mesure du bureau de l’Assemblée ne « porte pas sur la laïcité » et rappelle que « les élus ne sont, par définition, pas neutres ». Ils ne peuvent donc être astreints, à l’extérieur de l’hémicycle, à un principe de neutralité « qui s’impose aux seuls fonctionnaires et assimilés », ni au « principe d’encadrement des signes religieux qui s’impose aux élèves des écoles, collèges et lycées publics » depuis la loi de 2004 « en raison de leur jeune âge ».
L’Observatoire soulève un autre aspect du problème qui pourrait déboucher sur un débat juridique embarrassant pour le bureau de l’Assemblée nationale. L’article 61 de la Constitution prévoit en effet une vérification automatique de la constitutionnalité du règlement de l’Assemblée en cas de modification. Le bureau a pris soin d’insérer sa réforme non dans le règlement, mais dans l’instruction générale, qui, elle, n’est pas soumise à un tel contrôle. Or, selon l’organisme, si cette nouvelle instruction est en réalité « une modification du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, elle pourrait être contrôlée par le Conseil constitutionnel, notamment au regard de la liberté d’expression des parlementaires ». Une manière polie de dire qu’à ses yeux la réforme pourrait écorner ce principe de libre expression.
La mesure ne passe pas bien non plus du côté de l’Eglise catholique. « Si, pour répondre à la tenue jugée inadaptée d’un député, il faut décréter des mesures qui touchent à la possibilité pour des élus d’exprimer des convictions – qu’ils ont par définition –, c’est exagéré, ironise le secrétaire général de la Conférence des évêques de France, Olivier Ribadeau-Dumas. S’il y a bien un lieu où l’on doit pouvoir discuter de tout, c’est bien l’Assemblée nationale. Les députés représentent le peuple, et le peuple n’est pas laïque. »

Le Monde du 25.01.2018

La République est laïque. Le peuple, lui, est libre

Mesure-t-on l’absurdité de cette décision ? Parce qu’un député, un seul, s’est présenté sans cravate, parce que ce même député est monté à la tribune vêtu d’un maillot de football, le bureau de l’Assemblée Nationale interdit… le port de signes religieux ostensibles en son sein. Mesure-t-on encore le mépris de cette disposition ? Les signes religieux sont traités à l’égal des logos commerciaux.

Un député n’est pas un fonctionnaire, il n’est pas un représentant de l’État ou de la République, il est un représentant du peuple français, de la Nation. Un député n’est pas neutre, c’est bien sa raison d’être. L’Assemblée nationale est une image du peuple, dans la diversité de ses convictions y compris religieuses. Or, si l’État doit être laïc, le peuple, lui, est libre. Le parallèle dressé par les promoteurs de ce texte avec la loi de 2004 sur les signes religieux ostensibles dans les établissements d’enseignement n’a de ce fait pas le plus petit début de pertinence.

Il ne s’agit pas de réclamer d’afficher sa foi dans l’hémicycle, encore moins de faire d’une conviction religieuse le fondement de la loi. Il s’agit de préserver une liberté, fondamentale. Faut-il rappeler que l’article 18 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme proclame la liberté de pensée, de conscience et de religion et, par voie de conséquence, la liberté de manifester sa religion tant en public qu’en privé ? Que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen proclame notamment, en son article 5, que « la loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société » ? Les signes religieux visés n’ont jamais suscité d’incident à l’Assemblée. Bien au contraire, chacun a particulièrement en mémoire la haute contribution de l’abbé Pierre à la vie politique de ce pays, lui qui siégea en habit.

Je ne suis pas naïf et j’ai bien conscience que la perspective de voir arriver des députées voilées dans l’hémicycle justifie cette décision par anticipation… comme elle explique le silence total de l’opposition, islamocentrée. Mais je demande que l’on considère quelques éléments de raisonnement. D’une part, je suis bien loin d’être certain que des musulmans radicaux aient seulement l’intention d’envoyer des femmes à l’Assemblée (sans compter la question de leur capacité à le faire), ce qui devrait régler la question du voile dans l’hémicycle. Dès lors, si ce ne sont pas du coup des musulmans radicaux mais républicains, le problème que poserait leur présence m’échappe et elle aurait même plutôt tendance, par cette démonstration, à apaiser les choses. D’autre part, raisonner sur la visibilité est vraiment à courte vue (c’est le cas de le dire) : si ce ne sont donc pas des femmes mais des hommes, radicaux, et qu’ils viennent en kamis, alors réjouissons-nous, car ils discréditeront leurs propres interventions en se levant à l’Assemblée dans cette tenue et ne manqueront pas de susciter des oppositions immédiates. Le problème n’est pas la visibilité d’un islam politique radical à l’Assemblée : si la question devait se poser, le problème serait sa présence. Et je préfère largement un nazi en chemise brune ou un islamiste en djellaba qu’un nazi ou un islamiste dissimulé. Tariq Ramadan en costume occidental est plus dangereux qu’un salafiste en kamis. Si vraiment l’enjeu est l’islam politique, invisibiliser l’adversaire ne le rendra pas moins menaçant. L’obsession de l’islam doit cesser de guider la vision politique et de dicter nos propres renoncements. Qu’on laisse donc la liberté et la démocratie là-dessus, on s’en débrouillera bien.

Le Conseil constitutionnel se prononcera-t-il sur ce texte ? Pour tenter de se soustraire à son examen, l’Assemblée a eu recours à un peu glorieux artifice juridique. La Constitution prévoit en effet que toute modification de son règlement lui est automatiquement soumise. Pour contourner cette révision, le bureau a inséré cette modification dans l’instruction générale, qui n’est pas soumise à ce contrôle. Or, non seulement le Conseil constitutionnel doit pouvoir procéder à une requalification de ces dispositions et les examiner malgré cela, mais cette méthode ne fait que souligner les doutes du bureau de l’Assemblée nationale sur la constitutionnalité de son propre texte.

Il ne faut pas se leurrer : cette mesure participe d’une logique de relégation de la foi. L’exemple donné en si haut lieu se répercutera, de conseils régionaux en conseils municipaux, provoquant des conflits inexistants à ce jour. Au-delà de la sphère publique, c’est un état d’esprit qui s’insinue dans l’ensemble de la société et alimente toutes les confusions sur la nature véritable de la laïcité.

On aurait d’ailleurs aimé que ceux qui s’évertuent à installer des crèches au sein de lieux publics, dispensable affirmation religieuse dans un espace authentiquement laïc, soient en revanche présents pour s’opposer à l’interdiction des signes religieux à l’Assemblée, authentique violation de la liberté de conscience et de son corollaire, la liberté d’expression.

La Vie du 01.02.2018

« Le fait religieux en entreprise se développe »

Un colloque a été organisé ce vendredi 2 février au Sénat sur le fait religieux en entreprise par l’Institut supérieur du travail (IST) en concertation avec le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), la Conférence des évêques de France et la Grande Mosquée de Paris.

L’institut Harris interactive a réalisé un sondage (1) pour l’IST, le Crif et le Figaro.

Lucy de Noblet, directrice du cabinet InAgora qui accompagne les entreprises et les administrations sur ces questions, revient sur le phénomène.

18 % des entreprises seraient touchées par les faits religieux.

La Croix : Que vous inspire ce chiffre du sondage selon lequel 18 % des entreprises seraient touchées par les faits religieux ?

Lucy de Noblet : Moins d’une entreprise sur cinq, cela peut paraître peu mais en même temps, le phénomène ne cesse de se développer, et avec lui l’inquiétude des dirigeants qui veulent de plus en plus anticiper la conduite à tenir en cas de conflits. Il y a quelques années, la plupart des patrons qui nous contactaient n’étaient confrontés qu’à quelques signaux faibles comme des comportements vestimentaires. Certains comportements plus problématiques, comme le refus de serrer la main à des collègues, paraissent aujourd’hui plus fréquents.

En fait, il est difficile de faire la part des choses pour juger l’évolution du phénomène. D’un côté, il est vrai que, depuis quelques années, certains salariés revendiquent davantage de liberté pour exprimer leur foi dans le monde du travail. De l’autre, et notamment depuis le début de la période des attentats, les comportements religieux sont davantage remarqués par les autres salariés.

Les deux premières manifestations de faits religieux auxquels sont confrontées les entreprises sont la demande de jours de congé lors de fêtes religieuses (53 %) et les prières (48 %)…

L.d.N. : Ce type de revendications viennent pour la plupart de personnes de confession musulmane. On le comprend puisque leurs fêtes ne sont pas comprises dans les jours fériés du calendrier français et que l’organisation même du travail en entreprise n’est pas souvent adaptée à leur jour religieux, le vendredi. Cela ne pose cependant pas de problèmes, les salariés usant de leurs droits de congé pour ce genre d’occasion.

Les prières, elles, sont plus problématiques car elles s’expriment corporellement et sont donc très ostentatoires : elles se heurtent à une société qui perçoit la prière comme un acte intime et privé. On peut alors observer des risques de confrontation avec les autres salariés.

De même, le port des signes religieux peut être complexe à régler. Dans les services publics, les choses sont claires : ils sont bannis. Cette exigence de neutralité est plus délicate dans le secteur privé. Un arrêt de la Cour de la Cassation permet aux entreprises d’interdire ces signes pour les salariés en contact avec la clientèle. Mais pas aux autres. Cette simplification juridique permet de clarifier la zone de flou qui existait auparavant mais il est probable qu’elle complique les relations humaines entre les salariés en relation avec la clientèle et ceux qui ne le seront pas.

Le sondage évoque aussi le refus d’effectuer une tâche pour raisons religieuses. Là aussi, c’est vrai, les dirigeants d’entreprises commencent à me rapporter souvent des cas de salariés qui ne veulent pas manipuler, par exemple, de l’alcool ou de la viande de porc. Il est rare que l’employeur tienne compte de ce type de revendication, et il n’y est pas tenu dans la mesure où il n’est pas prévu dans le contrat que le salarié puisse refuser une tâche qui fait partie de sa fiche de poste. Certains proposent toutefois des pinces…

L’entreprise peut-elle échapper aux revendications religieuses ?

L.d.N. : Il y a aujourd’hui quelque chose de contradictoire dans la façon d’appréhender cette dimension. J’aime citer Lionel Honoré, le responsable de l’Observatoire du fait religieux en entreprise. Il rappelle que les entreprises demandent aujourd’hui aux salariés de venir au travail avec tout ce qui fait leur dimension humaine. Comment s’étonner aujourd’hui qu’ils viennent avec leur foi religieuse.

Ensuite, tout est question d’équilibre et il faut fixer la ligne de séparation entre les comportements acceptables et ceux qui ne le sont pas, comme le refus de serrer la main d’un collègue. La question n’est pas simple car les revendications des uns peuvent créer de la frustration, voire de la violence chez les autres.

Avec cette montée des revendications, je crains qu’on assiste à de plus en plus de cristallisation autour du fait religieux. Je ne vois pas les choses se calmer tout de suite.

(1) Sondage réalisé par téléphone du 10 au 24 janvier auprès d’un échantillon représentatif de 300 dirigeants et 103 représentants du personnel issus d’entreprises de 100 salariés et plus.

La Croix du 02.02.2018

Des religieux canadiens s’opposent à un règlement pro-avortement

Un appel, signé par 87 responsables religieux canadiens, demande le retrait d’une disposition conditionnant des subventions pour des emplois d’été à un soutien aux politiques favorables à l’avortement et à l’égalité des sexes.

« Marche pour la vie » à devant le parlement d’Ottawa, le 8 mai 2014. ZOOM
« Marche pour la vie » à devant le parlement d’Ottawa, le 8 mai 2014. / Chris Wattie/Reuters

« La promesse d’une société libre et démocratique suppose qu’il n’y ait pas de critères ou de conditions, religieuses ou idéologiques, pour bénéficier des avantages ou de la protection du gouvernement ». Dans un communiqué commun, publié le 25 janvier, 87 responsables religieux canadiens s’opposent vivement à une disposition conditionnant des subventions pour des emplois d’été à un soutien aux politiques favorables à l’avortement et à l’égalité des sexes.

Un front commun des religieux
Le communiqué qui rassemble musulmans, juifs et chrétiens, dont l’archevêque de Toronto, le cardinal Thomas Collins, est adressé au premier ministre Justin Trudeau et à la ministre de l’emploi Patty Hajdu. En 2016, le programme a subventionné 66 000 emplois pour des Canadiens de 15 à 30 ans qui ont étudié à temps plein au cours de l’année scolaire. Les organismes et entreprises ont jusqu’au 2 février pour postuler.

Les responsables religieux demandent le retrait ou la réécriture de ce règlement. Lors d’une conférence de presse conjointe avec d’autres dignitaires, le cardinal Collins a assuré qu’il souhaitait continuer à travailler avec le gouvernement et ne pas souhaiter déclencher un conflit. « Nous suivons la loi, la Charte des droits et les droits de l’homme. Que voulez-vous de plus ? », a-t-il insisté, alors que l’Église a recours aux subsides du gouvernement pour financer notamment des camps d’été pour les jeunes.

En décembre, le gouvernement a annoncé que les postulants au programme d’aide aux emplois d’été devaient cocher une case affirmant qu’ils s’engagent à respecter la Charte des droits et libertés, qui comprend les droits LGBTQ et les droits des femmes en matière de procréation. Le site Web du gouvernement précise que cela inclut « le droit d’accéder à des avortements légaux et sûrs ».

Le trouble de l’archevêque de Toronto
« Il est profondément troublant pour moi que tous ceux qui sont impliqués (dans le programme d’aides à l’emploi) soient forcés d’adhérer à un ensemble de valeurs prescrites par le gouvernement », a déclaré le cardinal Collins. « Le gouvernement nous met dans une situation intenable », renchérit Bruce Clemenger, président de la fédération évangélique du Canada. Une inquiétude partagée par les responsables musulmans et juifs.

La ministre de l’emploi, Patty Hajdu, a déclaré que le gouvernement n’avait aucune intention de retirer la disposition et assure qu’il refuse de financer des organisations qui contestent le droit à l’avortement. Elle a expliqué que le but du changement n’était pas de refuser aux organisations religieuses l’accès au financement, mais de s’assurer qu’il n’allait pas à des associations œuvrant contre l’avortement.

La ministre de l’Emploi assume mais tente l’apaisement
Une polémique avait éclaté l’an dernier quand des groupes pro-avortement avaient protesté contre le fait que certaines subventions du programme d’emplois d’été, doté de 220 millions de dollars, allaient à des organismes pro-vie, dont les activités comprenaient la distribution de brochures contre l’avortement.

Dans un souci d’apaisement, Patty Hajdu a téléphoné à plusieurs responsables religieux, dont la conférence des évêques canadiens. Elle a rappelé que, tant que les activités principales d’une organisation n’incluaient pas un discours pro-vie ou la discrimination contre les minorités, une demande de subvention sera acceptée ; en revanche, lors de la sollicitation, il convient de cocher la case affirmant son accord avec les politiques du gouvernement sur l’avortement et le genre.

Sur son site, le diocèse de Toronto propose aux catholiques de contacter leur député pour les sensibiliser à cette question, ainsi que la ministre de l’emploi. Par ailleurs, il demande de prier pour « la liberté religieuse au Canada » afin que les Églises et mouvements puissent « continuer à travailler pour le bien de notre société sans entrave ».

La Croix du 30.01.2018

Laïcité : un « conseil des sages » trop hétéroclite ?

Le ministère de l’éducation nationale a dévoilé lundi 5 février la liste des membres de son nouveau « conseil des sages », chargé d’aider à répondre aux problèmes de laïcité à l’école.

Près d’un mois après avoir fuité dans la presse, la composition du « conseil des sages » - un groupe d’experts « de tous horizons » chargé de travailler sur les problèmes de laïcité à l’école - a été dévoilée officiellement par le ministère de l’éducation national, lundi 5 février.

Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, avait annoncé en décembre la création de cette nouvelle instance dont la mission serait de « préciser la position de l’institution scolaire en matière de laïcité et de fait religieux ». Il en avait alors confié la présidence à la sociologue Dominique Schnapper, ancien membre du Conseil constitutionnel.

Des sensibilités diverses, voire opposées
Parmi les 13 membres de ce conseil, on trouve des défenseurs de visions très différentes de la laïcité. Au nombre des tenants d’une laïcité intransigeante et offensive, on compte Laurent Bouvet, cofondateur du Printemps républicain, la philosophe Catherine Kintzler, Patrick Kessel, ancien grand maître du Grand Orient de France ou Alain Seksig, ancien membre du Haut comité à l’intégration (HCI).

Une vision plus libérale de la laïcité sera portée notamment par Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité, et Abdennour Bidar, également membre de cette instance. Deux personnalités plus « confessantes » ont également été conviées parmi ces nouveaux « sages », le philosophe catholique Rémi Brague et le penseur musulman réformateur Ghaleb Bencheikh.

Le conseil comprend enfin l’historien Jean-Louis Auduc, ancien directeur des études de l’IUFM de Créteil, Catherine Biaggi, inspectrice d’histoire-géographie, la juriste Frédérique de la Morena, professeur de droit public à l’université de Toulouse 1, et le haut fonctionnaire Richard Senghor, ancien secrétaire général du défenseur des droits.

Quel sera le rôle de ce conseil ?
Concrètement, le « conseil des sages » sera chargé d’intervenir en dernière instance sur des problèmes liés à la laïcité rencontrés par des professeurs. En effet, ceux-ci devront s’adresser en premier lieu à leur chef d’établissement, qui pourra lui-même se tourner vers l’« unité laïcité » de l’académie, un nouveau dispositif mis en place depuis le début de l’année 2018.

Si cette unité décide de faire remonter l’affaire au ministère de l’éducation nationale, celui-ci travaillera alors avec le « conseil des sages ». L’objectif de ce dispositif, expliquait-on en janvier au cabinet ministériel, est de faire en sorte que « les personnels ne se sentent plus seuls et qu’ils n’hésitent plus à nommer les problèmes ».

Des critiques se font déjà entendre
Le « conseil des sages », dont la composition avait circulé avant l’annonce officielle – en amont d’une réunion inaugurale qui s’est tenue le 8 janvier dernier –, est déjà soumis à la critique avant même de s’être mis au travail. Chez certains syndicats enseignants, on s’inquiète en effet de la trop grande diversité de ses membres, qui pourraient avoir du mal à s’exprimer d’une même voix.

Sur son blog, l’historien de l’éducation Claude Lelièvre avait même jugé « incongru voire grotesque » le fait de faire siéger des personnalités aux convictions religieuses connues aux côtés de partisans d’une séparation stricte des religions et de l’État. Interrogé par Le Monde, le sociologue Pierre Merle, spécialiste des questions scolaires, émettait par ailleurs des doutes sur la capacité de ces philosophes, historiens ou juristes, à répondre aux questions « toutes pragmatiques » des enseignants.

Cette diversité – déjà présente dans de précédentes instances, dont l’Observatoire de la laïcité, placé au premier ministre – a déjà été source de polémiques et de blocages.

La Croix du 06.02.2018

 


 

 

 

 

LANCEURS D'ALERTE

 

Les lanceurs d’alerte sont désormais protégés
Depuis le 1er janvier 2018, les lanceurs d’alerte disposent d’un statut juridique.
Lorsqu’elle a révélé le scandale du Mediator, Irène ¬Frachon, médecin au CHU de Brest, n’a bénéficié d’aucune protection juridique. Depuis le 1er janvier 2018, la donne a changé. La loi dite Sapin 2 du 9 décembre 2016 oblige les entreprises et les administrations d’au moins 50 salariés, ainsi que les collectivités de plus de 10 000 habitants, à mettre en place un dispositif d’alerte interne pour faire remonter les signalements de lanceurs d’alerte, qu’ils soient salariés ou collaborateurs extérieurs.
« Un lanceur d’alerte est une personne physique qui révèle ou signale, de manière désintéressée et de bonne foi, un crime ou un délit (…), ou une menace ou un préjudice graves pour l’intérêt général, dont elle a eu personnellement connaissance », indique la loi.
Il bénéficie d’une stricte confidentialité de son identité et des informations qu’il révèle. « Cette loi offre un statut du lanceur d’alerte parmi les plus avancés au monde », souligne Nicole-Marie Meyer, responsable alerte éthique à l’ONG Transparency International, et ancienne lanceuse d’alerte au ministère des affaires étrangères.
Le salarié n’est pas contraint de suivre une procédure interne. Il peut choisir de saisir directement le procureur de la République. Il peut aussi s’adresser au défenseur des droits, chargé de l’orienter et de le protéger.
S’il choisit la procédure interne, il doit suivre trois étapes. La première, c’est l’alerte interne : saisir tout supérieur hiérarchique direct ou indirect, ou un référent désigné par l’employeur. Si l’alerte n’a pas été traitée dans un délai raisonnable, le salarié passe à la deuxième étape : s’adresser à la justice ou à une autorité administrative (préfet, inspections des services, agences administratives, etc.). Enfin, si son signalement reste sans effet dans un délai de trois mois, il peut le rendre public auprès des médias, des ONG ou des syndicats.
Si le destinataire de l’alerte divulgue l’identité du lanceur d’alerte, les personnes mises en cause ou les informations signalées, il encourt une peine de deux ans de prison et 30 000 € d’amende. « En cas de danger grave et imminent, ou en présence d’un risque de dommages irréversibles », ou si sa hiérarchie est impliquée, le lanceur d’alerte peut passer directement à la deuxième ou à la troisième étape. Mais attention : dans ce cas, il risque de perdre les protections légales s’il ne dispose pas de preuves suffisantes.
L’avocat François Lafforgue met d’ailleurs en garde sur les risques d’isolement du lanceur d’alerte. « Le nouveau dispositif peut aider à révéler des scandales, mais les difficultés existeront toujours, avertit-il. Je défends actuellement Joëlle Roborg, licenciée pour faute lourde par l’entreprise Wipelec après l’entrée en application de la loi, car elle avait transmis des informations aux services du ministère de l’environnement sans avertir la direction. Elle n’avait fait qu’exercer son pouvoir d’alerte pour révéler une pollution dangereuse. »

La Croix du 22.01.2018

 

 


 

 

 

 

LIGUE DU MIDI

 

EXTRÊME DROITE
Ligue du Midi : un clan met l’Occitanie à cran
Le leader de la Ligue du Midi, Richard Roudier, et des «Brigandes», en octobre 2016 à Montpellier.
Dirigeant du mouvement d’extrême droite qu’il a créé en 2011, Richard Roudier, 70 ans, multiplie avec sa famille les actions coup-de-poing antimigrants. Son fils vient d’être condamné à de la prison ferme.
Ligue du Midi : un clan met l’Occitanie à cran
Le 30 juin 2017, à 10 heures du matin. Tandis que des piétons lézardent au soleil, en plein centre de Montpellier, une demi-douzaine de gros bras s’engouffrent dans les locaux d’une association d’aide aux mineurs étrangers isolés. A peine entrés, ils jettent des dossiers, balancent des papiers, cassent de la vaisselle, crient : «Pas de subventions pour financer l’invasion !» «Assez de réfugiés !» «La France aux Français !»

La mise à sac dure deux minutes environ. Filmée par l’un des membres du groupe, cette scène sera rapidement postée sur les réseaux sociaux, avec ce titre : «On est passés chez les collabos.» Aucun visage n’est flouté, pas même celui des deux permanentes de l’association. Réfugiées au fond du local, elles observent en silence le plus âgé des militants monter sur une table. Index vengeur pointé vers le ciel, le petit homme sec, cheveux blancs, moustaches blanches, improvise une brève diatribe contre les fonds alloués par le conseil départemental à cette association et le salaire de son directeur.

Cet homme à la voix rocailleuse, c’est Richard Roudier. Il a fêté ses 70 ans dix jours plus tôt. Celui qui s’agite nerveusement à ses côtés, le béret vissé sur le crâne et la rage chevillée au corps, c’est son fils, Olivier, 42 ans. En partant, ils laissent quelques tracts estampillés «Ligue du Midi, les identitaires d’Occitanie». On peut y lire que «la ville de Montpellier est gangrenée par des bandes d’immigrés clandestins» et que les mineurs isolés sont «en réalité de véritables prédateurs» qui «agressent, volent et violent dans le centre-ville».

Poursuivis pour dégradations, le père et le fils (qui ont tous deux déjà connu la prison) se retrouvent six mois plus tard au TGI de Montpellier. Richard Roudier se décrit alors comme un «lanceur d’alerte» : «J’ai voulu dénoncer la colonisation et l’invasion de notre pays», explique-t-il. N’ayant pas lui-même participé aux dégradations commises dans les locaux de l’association Réseau accueil insertion Hérault (RAIH), Richard Roudier sera relaxé. Pas son fils. «Une peine d’emprisonnement s’impose», estime le tribunal dans son jugement du 12 décembre, qui précise : «Roudier Olivier a déjà été condamné à trois reprises pour des faits de dégradations, outre de nombreuses autres condamnations pour conduite sous l’empire d’un état alcoolique, violence avec arme, port d’arme, provocation à la discrimination, violence par personne en état d’ivresse.» Ce sera donc un mois ferme et 2 000 euros d’amende. Il a fait appel de ce jugement, la date d’audience n’est pas encore arrêtée.

«Dans cette affaire, le conseil départemental avait déposé plainte pour incitation à la haine raciale, mais le parquet a refusé de poursuivre sur ce point», déplore Sébastien Etcheverrigaray, avocat de RAIH. La Ligue du Midi, officiellement créée en 2011 et présidée par Richard Roudier, «est un groupuscule violent aux idées xénophobes», résume Me Sophie Mazas, présidente de la Ligue des droits de l’homme de Montpellier. «En septembre 2016, des gens proches de cette mouvance avaient même monté un mur de briques devant un centre de demandeurs d’asile !» Ses militants sont habitués aux coups d’éclat : certains se sont filmés en train de vider le rayon halal d’un supermarché pour le remplir de «produits 100 % cochon». Leur leitmotiv ? Haine des immigrés, de l’islam, des antifas. Leur devise ? «Maîtres chez nous.»

Difficile de savoir avec certitude combien sont ces identitaires occitans. Eux revendiquent 500 membres. Une manifestation antimigrants organisée à Montpellier, en 2016, avait rassemblé quelque 200 personnes. Une autre, qui s’est tenue à la même époque dans un village au nord de l’Hérault, seulement 70. La page Facebook de la Ligue du Midi dit réunir une communauté d’environ 9 500 personnes ; son compte Twitter affiche près de 2 500 abonnés…

Dans le même chaudron
Essentiellement implanté dans le Gard et l’Hérault, ce groupuscule présente un poids électoral très limité : au premier tour des régionales de 2010, Richard Roudier a obtenu 0,68 % des suffrages. Aux cantonales de 2011, à Montpellier, Olivier Roudier se hissait à 1,98 %. Aux législatives de juin 2012, dans le Gard, père et fils parvenaient respectivement à 0,54 % et 0,27 %… Présents symboliquement au côté de Jean-Marie Le Pen lors du lancement des Comités Jeanne, il y a tout juste un an à Palavas-les-Flots, ils n’avaient pas présenté de candidats aux dernières législatives.

Pourtant, la Ligue du Midi fait toujours parler d’elle. Car au-delà des urnes, elle s’est construite sur un clan - celui, bien sûr, des Roudier. Leur QG, depuis vingt-cinq ans, abrite aussi le siège social de la Ligue : c’est le «château d’Isis», à Saint-Julien-de-la-Nef, un village gardois de 130 habitants situé à la frontière de l’Hérault. Dans cette vaste bâtisse, les Roudier faisaient chambres et table d’hôtes, vendaient fruits, légumes et confitures.

Lucas Faidherbe, maire écologiste de Saint-Julien-de-la-Nef depuis 2001, balaie d’un revers de main cette image bucolique. «Des incidents liés aux Roudier, il y en a eu pas mal dans le coin. Le père m’a plusieurs fois insulté, mais il est vrai qu’il a insulté un peu tout le monde ici. Les Roudier, j’essaie de les croiser le moins possible.» Mais c’est difficile : le maire tient un camping situé pile en face de leur château… Olivier Roudier, qui vit à quelques kilomètres de Saint-Julien-de-la-Nef, fait peur, lui aussi. «J’habite dans le même village que lui, raconte Clara, 40 ans. Depuis des années, il nous menace, cherche à nous intimider, moi et mes enfants, parce qu’il sait que je ne partage pas ses idées. La situation a encore dégénéré depuis que j’héberge un jeune Soudanais.» Cet été, Clara explique qu’elle rentrait d’un concert, de nuit, avec une amie, lorsqu’Olivier Roudier, accompagné d’un autre homme, l’a agressée. Victime d’une «rafale de coups de poing sur la tête», elle a porté plainte. «J’ai peur, confesse Clara, et dans le village, je ne suis pas la seule.» Ce que confirme Geneviève Blanc, conseillère départementale (EE-LV) du Gard : «Ces gens sont dangereux, tant par leur discours que par leur comportement. Des voisins se taisent, par crainte de représailles. J’ai interpellé le préfet, j’attends des réponses.»

Tous les membres du clan Roudier sont tombés dans le même chaudron. D’abord, bien sûr, le patriarche : entre mouvements identitaires et régionalistes, provocations et bastons, il a suivi un parcours politique chaotique (décrit par le menu sur le site antifasciste La Horde). Maryvonne, sa femme, âgée de 70 ans, milite elle aussi : en 2014, lors des élections sénatoriales, elle apparaît sur une liste au côté de Jean-Claude Martinez, l’ex-FN. Cette même année, elle se présente dans son village aux municipales. Le maire, Lucas Faidherbe, se souvient : «La fille Roudier aussi s’est présentée ici, en 1995…»

Sérénité mise à mal
Et puis, il y a l’autre frère, Martial. Lui officie sur Lengadoc Info, un site identitaire où il livre ses analyses géopolitiques sur la Syrie et l’Etat islamiste. En juin 2013, il a été condamné à Nîmes à 4 ans de prison dont 2 avec sursis pour avoir poignardé un «antifa» avec lequel il avait eu maille à partir. La même année, l’Humanité révélait que Martial Roudier présidait le comité de soutien à Esteban Morillo, l’auteur du coup fatal à Clément Méric, ce jeune militant d’extrême gauche mort lors d’une rixe à Paris.

A l’exclusion du FN («Avec eux, nous sommes d’accord sur rien, ou presque», tranche Richard Roudier), le clan côtoie une fachosphère bigarrée, allant de Renaud Camus, l’apôtre du «grand remplacement», à Christian Piquemal, un général radié des cadres de l’armée, en passant par Serge Ayoub, le célèbre «Batskin» des années 80, et jusqu’à Riposte laïque, un site islamophobe avec lequel Richard Roudier collabore. Mais le tableau ne serait pas complet sans évoquer les Brigandes. Elles étaient là, dans les manifestations, à Montpellier. Là aussi au procès des Roudier. Là encore à la fête de la Ligue du Midi en septembre. Les Brigandes, «groupe de contre-culture identitaire», réunissent une demi-douzaine de jeunes femmes qui se produisent déguisées et masquées - look kitch à souhait. Leurs chansonnettes s’intitulent «Foutez le camp», «France notre terre» ou «Grand remplacement»…

Installées depuis l’été 2015 à la Salvetat-sur-Agout, entre Albi et Béziers, elles vivent au sein d’une communauté d’une vingtaine de personnes. Le côté quelque peu allumé de cette petite bande a attiré des bataillons de journalistes dans le village, et durablement mis à mal la sérénité des habitants. Une pétition intitulée «Stop à la propagande raciste, antisémite et homophobe des Brigandes» a d’ailleurs réuni près de 15 000 signatures sur Change.org. Mais quel rapport entre cette communauté de «brigands» et le clan Roudier ? Justement : le clan. Il semble que le patriarche ait entrevu là une possibilité pour de futures «communautés identitaires homogènes», voire une «solution alternative pour échapper à l’enfer que crée le libéralisme global». Et puis, dit-il, «ce sont de vrais lanceurs d’alerte. Comme moi».
 

Libération du 29.01.2018


 

 

 

 

MEDITATION

 

Davos cherche la paix intérieure grâce à la méditation

Des participants au forum de Davos participent à une séance de méditation, le 24 janvier 2018.
En costume-cravate ou tailleur, et en quête de "paix intérieure": avant de courir d'un rendez-vous d'affaires à un cocktail, Davos se ressource lors de séances de méditation, sur fond d'intérêt grandissant des entreprises pour cette pratique.
Assis face aux sommets enneigés, les participants au Forum économique mondial (WEF) se laissent le matin guider par la douce voix de Jayanti Kirpalani: "La paix n'est pas au dehors, elle est en vous".
Les stricts vêtement sombres de l'audience tranchent avec la robe blanche de l'enseignante et la neige immaculée derrière les grandes baies vitrées.
Représentante du mouvement Brahma Kumaris, une école de méditation indienne, cette guide spirituelle propose une courte pause dans l'agitation de ce sommet, encore montée d'un cran jeudi avec l'arrivée du président américain Donald Trump.
"Il y a 10 ans, il était impensable que des séances de méditation soient proposées tous les matins, en ouverture du programme", a expliqué à l'AFP Matthieu Ricard, un moine bouddhiste français proche du dalaï-lama, qui a rejoint dans les Alpes suisses le gotha de la politique et de l'économie.
"Maintenant que la méditation est devenue à la mode, il importe de garantir un minimum d'authenticité", met-t-il toutefois en garde.
Les questions autour de la santé, mais aussi du stress au travail, font l'objet de nombreux débats dans les panels de discussion au WEF.
Le premier ministre indien Narendra Modi, qui était chargé de prononcer le discours d'ouverture, a amené dans sa délégation deux maîtres yogi et mis en avant dans son discours les mérites du yoga et de la médecine ayurvédique.
Matthieu Ricard s'est, lui, rendu chez des géants de la technologie, tels que Google, qui encouragent leurs employés à développer la méditation et la pratique dite du "mindfulness", la pleine conscience.
"Il y a un intérêt très fort parce que les gens sont conscients qu'il y a dans les entreprises un problème croissant de burnout et une détérioration des relations humaines", a dit le moine, drapé dans la traditionnelle robe orange et rouge.
Selon une étude publiée par le WEF, quelque 320 millions de personnes dans le monde souffrent de dépression.
En 2016, plus de 10.000 cas d'affections psychiques (troubles anxieux, troubles du sommeil, dépression, états de stress post-traumatique...) ont été reconnus comme accident du travail, pour un coût estimé à 230 millions d'euros, a révélé récemment en France l'Assurance maladie.
Au Royaume-Uni, l'institut Mindfulness Initiative estime que les questions de santé mentales sont à l'origine de 70 millions de journées d'arrêt de travail chaque année.
Cet institut, qui a vu le jour en 2013, a notamment fait découvrir la pratique à des parlementaires britanniques, et a depuis fait des émules au-delà de la Grande-Bretagne, entre autres en France, où un groupe s'est également constitué.
- Trump en "pleine conscience"? -
La pleine conscience vise à porter son attention sur ce qui advient, au moment présent, dans son corps et son esprit et dans l'environnement autour de soi, explique sa branche française sur son site.
Au travail, elle favorise la concentration, améliore le bien-être grâce aux pauses régénératrices qui permettent de prendre du recul sur les situations stressantes, affirme-t-elle.
Elle augmente également la flexibilité psychologique et émotionnelle, améliore les relations interpersonnelles au travail, vante l'association qui a elle aussi proposé la pratique aux députés français, ainsi qu'à des grandes entreprises comme L'Oréal, Sanofi ou Danone.
"C'est pour cela que cela a décollé dans la Silicon Valley, où les gens veulent être au mieux de leurs performances mais aussi être heureux", a expliqué Jamie Bristow, le directeur de Mindfulness Initiative, à l'AFP.
En 2015, le Parlement britannique a même publié un rapport recommandant les programmes de pleine conscience, notamment dans les entreprises.
Donald Trump pourrait-il se joindre au groupe lors de son passage à Davos?
"C'est très difficile de gérer ce type de personnes", a estimé Matthieu Ricard. "Ils sont tellement centrés sur eux-mêmes qu'ils sont incapables d'écouter".

https://actu.orange.fr/monde/davos-cherche-la-paix-interieure-grace-a-la-meditation-CNT000000WwHEl/photos/des-participants-au-forum-de-davos-participent-a-une-seance-de-meditation-le-24-janvier-2018-211c2a1b1f2dbaa6ce654415268c6d06.html
25.01.2018

A lire

http://www.sos-derive-sectaire.fr/FICHES/brahma.htm

et

http://www.prevensectes.com/brahma.htm

 

 

A lire

 

 

 



 


 

 

 

 

MORMONS

 

Mort de Thomas Monson, président de l’Eglise mormone

Le président Trump s’est dit « profondément attristé » par ce décès. Il avait 90 ans.
Le président américain Donald Trump a présenté mercredi 3 janvier ses condoléances à la famille du président de l’Eglise mormone, Thomas Monson, se disant « profondément attristé » par son décès à l’âge de 90 ans.
« Considéré comme un prophète par près de 16 millions de membres » de l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours, son nom officiel, « il avait un message d’optimisme, de pardon et de foi », a écrit M. Trump dans un communiqué. « Melania et moi sommes profondément attristés » par le décès du 16e président des Mormons, poursuit le président en présentant ses condoléances à « ses trois enfants et le reste de sa famille ».
Thomas Monson est décédé au soir du 2 janvier chez lui à Salt Lake City, la « capitale » des Mormons située dans l’Etat américain de l’Utah, « de causes relatives à l’âge », a annoncé l’Eglise mormone dans un communiqué. « Un successeur ne devrait pas être choisi par le Collège des douze apôtres de l’Eglise jusqu’après les funérailles du président Monson », précise le communiqué.
« Thomas S. Monson a marché là où Jésus a marché »
Thomas Monson avait été élu le 3 février 2008 pour succéder à Gordon Hinckley, après son décès à 97 ans. Ce dernier avait été inhumé à Salt Lake City en présence de milliers de fidèles, dont le Mormon Mitt Romney, à l’époque candidat à la nomination républicaine pour la présidentielle américaine.
« Thomas S. Monson a marché là où Jésus a marché, aidant les opprimés, confortant les blessés, soignant les malades, illuminant les vies des solitaires », a écrit M. Romney mardi sur Twitter.
L’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours a été fondée en 1830 par le pionnier américain Joseph Smith. Elle s’appuie sur le « Livre de Mormon », du nom d’un ancien prophète, version « restaurée » de la parole véritable de Jésus, par opposition à la version classique résultant de la « grande apostasie » du christianisme. Elle revendique aujourd’hui quelque 16 millions de fidèles à travers le monde.

Le Monde.fr avec AFP | 04.01.2018

L'état civil reconstitué de Paris publié sur Familysearch

Il n'y a pas pour l'instant de communication officielle, mais les utilisateurs de FamilySearch ont bien remarqué la discrète apparition d'images d'état civil de Paris sur le portail des Mormons. Il s'agit des actes de l'état civil reconstitué allant de 1550 pour les registres les plus anciens à 1859, et même jusqu'à 1920 pour le fichier des personnes célèbres. C'est le premier effet visible de la convention signée le 12 janvier dernier entre le Département de Paris et Familysearch.
Au terme de cet accord, les archives de Paris vont voir leur offre en ligne s'étoffer considérablement. La première étape, c'est justement la publication sur Internet de l'état civil reconstitué. Jusqu'ici, il existait sous sa forme originale de registres papier et sous la forme de microfilms, réalisés il y a plusieurs années par les Mormons. Depuis 2015, les Mormons ont obtenu de la CNIL l'autorisation de convertir ces microfilms en images numériques, puis de réutiliser ces images à condition d'obtenir l'accord des services d'archives concernés. En l'occurrence ici, ce sont les archives départementales de Paris qui ont donné leur consentement.
Les images de l'état civil parisien ont donc changé de support, passant du microfilm au numérique. L'opération a été réalisée il y a quelques mois à Salt Lake City au siège des Mormons aux Etats-Unis. Les processus de publication étant automatisés, le catalogue du portail Familysearch a été mis à jour et permet donc dès à présent d'accéder aux images de l'état civil reconstitué de Paris.
Mais vous l'aurez remarqué, l'accès n'est pas très aisé, uniquement par le catalogue. D'ici quelques semaines, tout cela va être amélioré et les doublons seront supprimés (par exemple Familysearch propose les deux campagnes de microfilms V2E, la plus récente écrase la précédente qui était de mauvaise qualité). Puis l'état civil de Paris sera diffusé dans la partie très grand public de Familysearch, les Collections. Il pourra même être indexé par les bénévoles qui le souhaiteront.
Dans le courant 2018, les archives de Paris publieront ces mêmes images de l'état civil reconstitué pour compléter les tables alphabétiques déjà disponibles sur leur site. Selon leur habitude, les lots d'images seront limités à une cinquantaine, afin de ne pas noyer le généalogiste sous des registres de plusieurs centaines d'images.
L'état civil de Paris revêt un intérêt particulier pour tous ceux qui ont des ancêtres parisiens, puisque l'état civil original a brûlé en 1871, sauf de rares "épaves". Huit millions de documents remontant pour les plus anciens au XVIe siècle sont partis en fumée. L'état civil de Paris a été reconstitué partiellement à partir de déclarations, de preuves, de témoignages. Ce sont ces actes que les Mormons viennent de publier.

https://www.rfgenealogie.com/s-informer/infos/archives/l-etat-civil-reconstitue-de-paris-publie-sur-familysearch
01 Février 2018


 


 


 

 

 

 

NAZISME

 


 

 

 

 

OFFICE CULTUREL DE CLUNY

 

 

 

 

 

 

Le fondateur de l’Office culturel de Cluny mis en cause pour « des faits d’abus »

Le fondateur de l’OCC, Olivier Fenoy, s’est désisté mercredi 7 février, devant le tribunal de police de Lyon, de la plainte pour diffamation qu’il avait déposée contre une ancienne membre de sa communauté qui l’accusait d’« abus de nature sexuelle et de manipulation » sur de jeunes hommes. Vingt ans après les faits présumés, cinq anciens membres ont témoigné pour la première fois. L’OCC et son fondateur réfutent toutefois la nature des faits.

« C’était mon devoir de parler », lâche-t-elle, à la sortie de l’audience. Martine Poirson comparaissait mercredi 7 février devant le tribunal de police de Lyon. Cette enseignante de 63 ans faisait l’objet d’une plainte pour diffamation déposée par le comédien et metteur en scène Olivier Fenoy, 73 ans, fondateur de l’Office culturel de Cluny, une association artistique et culturelle d’inspiration catholique dont elle a fait partie de 1981 à 1991.

Ce dernier lui reprochait les termes d’une attestation qu’elle avait produite en juillet 2017 devant la Cour d’appel de Paris, dans le cadre d’un procès aux prud’hommes opposant à l’OCC vingt-et-un requérants qui en avaient eux aussi été membres (lire ci-dessous). Martine Poirson y mettait en cause Olivier Fenoy pour « des faits d’abus » sur certains membres de l’Office culturel de Cluny qui lui avaient été rapportés, « de nature sexuelle mais aussi de manipulation du fait de sa position d’autorité » (1).

Or, lors de l’audience, mercredi, Olivier Fenoy, représenté par son avocat, a finalement préféré se désister. Mais sa plainte s’était, semble-t-il, déjà retournée contre lui, car elle avait poussé cinq ex « clunisiens », qui n’avaient jusque-là jamais parlé, à ajouter leurs témoignages au dossier. « Nous n’avions pas envie d’une démarche au pénal car ç’aurait été parole contre parole, et puis on était passé à autre chose depuis 20 ans. Mais cette plainte pour diffamation a été la goutte d’eau », explique Cyril (2), l’une des victimes présumées.

Inspiré des moines bénédictins
Fondée en 1963 dans un café du quartier latin, « Le petit Cluny », l’association produit pièces de théâtre, films et spectacles, puis s’investit à partir des années 1970 dans l’animation culturelle. Se revendiquant de l’anthropologie chrétienne, elle forme dans les domaines de la danse, du cinéma, du théâtre, de l’architecture, accueille des jeunes en difficulté, ouvre un café des arts à Grenoble, un autre à Lyon…

En parallèle, dans le sillage des communautés nouvelles, les artistes qui animent les centres culturels de l’OCC en France et à l’étranger se réunissent en communauté de travail et de vie. Ils adoptent un style de vie inspiré de celui des moines bénédictins, sans toutefois qu’aucun lien canonique ne soit jamais formalisé avec l’Église catholique dont ils sont proches mais souhaitent rester indépendants. « Nous sommes tous arrivés par l’art, avec une quête spirituelle forte, raconte Cyril. Cet organisme répondait à toutes ces aspirations. On a vite déchanté. On s’est retrouvé tous à défendre l’indéfendable. Des doubles vies… »

Père et guide spirituel
Ces « doubles vies », ce sont d’abord, selon leurs témoignages, des « baisers forcés », des « exigences sexuelles dissimulées au reste des membres de l’association », la « graduation des prestations sexuelles (…) en fonction de ‘l’avancement’dans l’engagement para-monastique », décrit Martin, entré dans la communauté à la sortie du lycée. La mécanique d’approche est toujours la même : « Olivier Fenoy disait avoir besoin que quelqu’un dorme dans son lit car il avait mal au dos ».

Bruno raconte son admiration pour Olivier Fenoy, qui invoque Padre Pio, Jean-Paul II, ses visites à Marthe Robin… Celui qu’il considérait comme un père et guide spirituel « lui accorde du temps, puis le premier baiser, accepté malgré le dégoût que cela lui avait inspiré parce que dans l’Évangile, Jésus touche la langue d’un homme avec sa propre salive pour lui rendre la parole »… Cyril décrit aussi « une pseudo-mystique qui magnifiait la soi-disant homosexualité de Jean, le disciple que Jésus aimait ».

« Nous étions jeunes, nous arrivions dans une communauté chrétienne donc ouverts, confiants… Nos repères étaient perturbés. N’ayant pas réagi la première fois, je ne réagirai pas la suivante, ni les fois d’après. J’étais devenu une proie », confie-t-il.

Emprise et de manipulation
« En aucun cas ces actes n’ont été des actes sexuels entre adultes consentants », affirme Martin. Il décrit comment « un refus de gratification sexuelle se transformait en pénalité pour incompétence professionnelle ». Flatteries suivies de blâmes, mises en quarantaine… Au-delà des abus sexuels dont ils l’accusent, les anciens membres de l’OCC, dont une poignée était à Lyon, mercredi, décrivent un système d’emprise et de manipulation.

En 1981, alors que des accusations de dérives sectaires circulaient déjà, le diocèse de Lyon avait mené une enquête canonique, dont les résultats avaient été présentés par l’OCC comme les lavant de tous soupçons. Pourtant, dans le texte que la Croix a pu consulter, les enquêteurs pointaient déjà « une méconnaissance grave du vrai sens de l’obéissance ».

« L’obéissance n’est pas une abdication de la personnalité, peut-on lire, et l’exiger comme telle est une grave erreur, risquant de culpabiliser gravement le sujet, et entraînant une très grave responsabilité morale et spirituelle pour tous ceux qui utiliseraient un tel procédé. » L’enquête de 1981 préconisait aussi qu’Olivier Fenoy cède ses responsabilités et que l’OCC mette en place des élections.

Olivier Fenoy a quitté toutes fonctions dans l’OCC
C’est en 1996 qu’il se retire, au moment où l’une des victimes présumées dénonce ces faits dans la communauté. Les années suivantes, une quarantaine de membres vont la quitter. « Aujourd’hui, Olivier Fenoy ne peut être poursuivi au pénal car c’est prescrit mais en se désistant, il admet que tout ce que Martine Poirson a écrit n’est pas de la diffamation », a réagi mercredi l’avocat de cette dernière, Me Loïc Duchanoy.

L’avocat d’Olivier Fenoy, Me Olivier Kress, a affirmé ne pas avoir qualité pour répondre sur ce point, invitant La Croix à « contacter directement l’intéressé ». Ce dernier était « injoignable », a-t-on répondu au château de Machy où il réside. Olivier Fenoy a en effet quitté la semaine dernière toutes les fonctions qu’il conservait dans l’OCC.

« La gravité des accusations ne pouvait que l’amener à un retrait, mais nous renvoyons les accusateurs à leur conscience. La lecture que ces personnes font est sordide », explique le président de l’association, Benoît d’Argent. Il déplore aussi des « insinuations sectaires malveillantes qui poursuivent l’Office de Cluny depuis longtemps ». « Cela ne concerne pas la vie de l’OCC aujourd’hui. Nous avons relu notre histoire en préparant la procédure aux prud’hommes et donné notre vision des faits (3). »


Une histoire complexe
1963. Création de l’Office culturel de Cluny.

1972. L’OCC est agréé comme organisme d’éducation populaire.

1981. Les attaques contre l’Office culturel de Cluny se multiplient. L’Église mène une
enquête canonique.

1996. Parution du rapport parlementaire sur les sectes, parmi lesquelles est compté l’OCC. Une douzaine d’évêques prennent sa défense.

10 juillet 2014 et 12 mai 2015. L’OCC et l’association Patrimoine et développement sont condamnés par le Conseil de prud’hommes de Paris à verser des dommages et intérêts d’un million d’euros à 21 anciens membres, « en réparation du préjudice résultant de la perte de chance de percevoir une retraite ». Ils estimaient que la relation qui avait existé entre eux devait être requalifiée en contrat de travail à durée indéterminée.

19 décembre 2017. La Cour d’appel de Paris confirme le Conseil des prud’hommes.


(1) L’argumentation contenue dans les conclusions déposées par l’avocat de Martine Poirson est désormais publique.

(2) Les prénoms ont été changés.

(3) Sur le site « Un autre regard » : Lesanneesblanches. info

La Croix du 08.02.2018

L’Office culturel de Cluny condamné à réparer les « années blanches »

Cette association fondée par le comédien Olivier Fenoy pour œuvrer au « plein épanouissement de l’homme par l’art et la beauté » a été condamnée à verser près d’un million de dommages et intérêts à d’anciens membres qui y travaillèrent plusieurs décennies sans salaire ni cotisations sociales.

« L’OCC se présentera toujours avec ces deux visages : celui professionnel d’une association loi 1901 et celui privé d’une ’’communauté nouvelle’’ », peut-on lire sur le site créé par les anciens membres . / Source : www.lesanneesblanches.fr

L’Office culturel de Cluny ainsi que l’association Patrimoine et Développement ont été condamnés à verser des dommages et intérêts à 21 anciens membres permanents de cette association artistique et culturelle d’inspiration catholique, « en réparation du préjudice résultant de la perte de chance de percevoir une retraite ».

Les plaignants, qui ont quitté l’OCC pour la plupart entre 1997 et 2002, ont travaillé pendant plusieurs années – jusqu’à 30 ans pour certains – pour cet organisme sans qu’aucun salaire ni aucune cotisation sociale n’aient été versés. Cette association loi 1901 avait alors le style de vie d’une communauté nouvelle dans laquelle les « clunisiens » faisaient à divers degrés des « vœux » proches de ceux des religieux, quand bien même l’OCC ne bénéficiait pas de reconnaissance canonique de l’Église catholique.

Ce procès avait dès lors pour but, selon les plaignants, de « réparer le très grave préjudice subi », « cet abus social laissant des dizaines de personnes en situation de grande précarité au fur et à mesure que leur retraite approche ».

Le 19 décembre dernier, la cour d’appel de ­Paris a donc confirmé le conseil des prud’hommes qui avait requalifié cette relation en contrat de travail, par trois jugements différents – jugement assorti en 2015, chose rare, d’une exécution provisoire portant sur la totalité des sommes. La justice n’a pas retenu en revanche l’accusation de travail dissimulé.

Les dommages et intérêts varient entre 25 000 et 100 000 euros selon les cas, pour un montant total proche de 1 million d’euros. L’OCC et Patrimoine et développement ont été placés en redressement judiciaire en septembre 2016.

« Une première »
« Nous sommes très satisfaits, a réagi l’un des plaignants, qui a passé une vingtaine d’années à l’Office culturel de Cluny. C’est une première qu’une communauté soit condamnée pour ne pas avoir versé les cotisations sociales de ses membres. Comme elle n’a jamais été reconnue canoniquement, nous avions engagé une procédure civile, ce qui est plus simple, même si cela a quand même duré plus de huit ans… »

« C’est une décision importante car elle pourrait faire jurisprudence pour toute personne qui quitte aujourd’hui un mouvement pseudo-religieux dans lequel il a été exploité », s’est félicité l’avocat des plaignants, Maître Loïc Duchanoy, spécialiste en droit du travail, tout en précisant que pour des faits antérieurs, une telle procédure n’est plus possible. « Nous avions entamé la procédure avec les 21 plaignants de l’OCC avant 2013, mais par la suite, la prescription en la matière est passée de 30 ans à cinq ans, puis à deux ans et aujourd’hui à un an ».

Pas de reconnaissance canonique de l’Église
L’OCC a été fondé en 1963 par le comédien et metteur en scène Olivier Fenoy, aujourd’hui âgé de 73 ans, qui en a été le directeur général jusqu’en 1996. Selon ses statuts, cette association a pour but de « travailler au plein épanouissement de l’homme par l’art et la beauté ».

À l’origine, elle avait pour unique vocation la création artistique, produisant pièces de théâtre, films et spectacles. Puis, à partir des années 1970, l’OCC s’est investi dans l’animation culturelle et a été agréé « association nationale d’éducation populaire » par le ministère de la jeunesse et des sports en 1972 (1).

Formation dans les domaines de la danse, du cinéma, du théâtre, de l’architecture, animation de centres culturels, accueil de jeunes en difficulté… Ses activités se sont élargies et sa troupe de théâtre a pris le nom de Théâtre de l’Arc-en-Ciel, avec pour lieu de résidence le château de Machy à Chasselay (Rhône).

Au cours des années 1970, dans le sillage des communautés nouvelles, les personnes qui animent les centres culturels de l’OCC se réunissent progressivement en communauté de travail et de vie, et adoptent un style de vie calqué sur celui des moines. Un certain nombre d’évêques, comme le cardinal Decourtray à Lyon, sont proches de l’Office qui fait profession de fidélité à l’Église. « L’OCC se présentera toujours avec ces deux visages : celui professionnel d’une association loi 1901 et celui privé d’une” communauté nouvelle” », peut-on lire sur le site Les annees blanches créé par les anciens membres.

En 1981, des accusations de secte circulent et une enquête canonique est menée par le diocèse de Lyon qui pointera notamment la confusion entre les fors interne et externe.

C’est finalement la révélation d’un scandale en interne, en 1996, qui pousse une quarantaine de membres – ils étaient alors une centaine – à quitter l’Office culturel de Cluny.

En 2013, la Conférence des évêques de France et le diocèse de Lyon se prononcent clairement sur l’absence de lien organique entre l’Église catholique et cet organisme aux nombreuses réalités – le Congrès « Et si la beauté pouvait sauver le monde », le centre culturel Fra Angelico à Paris, Présence à Vézelay et la Maison du Visiteur, le Café des arts à Grenoble…

Dans un communiqué, le cardinal Philippe Barbarin précise que « même si plusieurs de leurs membres disent faire des” vœux” (…), avec une mission particulière d’exercer une” spiritualité de la beauté”, ces engagements ne bénéficient d’aucune reconnaissance de l’Église catholique ».

(1) Agrément retiré en 1982, puis de nouveau en 1996, après la publication d’un rapport parlementaire sur les sectes où figure l’OCC, mais rendu quelques années plus tard à l’Office qui avait fait appel.

La Croix du 04.01.2018

A consulter

http://www.lesanneesblanches.fr/

 

 

 

 

 

OPUS DEI

 

Philippe Liénard: « L’Opus Dei est devenue une multinationale financière »

Si l’institution catholique est en déclin, son pouvoir économique est immense

Philippe Liénard, juriste de formation, franc-maçon revendiqué (auteur de nombreux ouvrages sur ce thème), publie un livre sur l’Opus Dei. Il tente d’y faire la lumière sur le pouvoir réel de « l’Œuvre ».

On observe une chute des vocations de prêtres, car cela implique des contraintes qui ne sont plus compatibles avec une vie au XXI e siècle : porter le cilice, faire cinq prières par jour, etc. Mais c’est précisément car il y a une chute des vocations que l’Opus Dei a multiplié les centres de formation. On en trouve 80 en France, une vingtaine en Belgique. Il y a une volonté de formater la jeunesse. On trouve par exemple deux résidences à Bruxelles, un à Liège, un près de Walcourt, etc. Cela représente quelques centaines de jeunes. Ce qu’on demande à ces enfants en termes de pression scolaire, d’obligations spirituelles est lourd. Or formater la jeunesse, c’est formater l’avenir.

L’Opus Dei est devenue aujourd’hui une multinationale financière très bien structurée. Selon ses statuts, l’Œuvre doit être « pauvre ». Or, l’Opus Dei n’ayant rien mais possédant beaucoup, il y avait une incohérence. La réponse est à chercher du côté de cette galaxie de personnes morales, d’associations, de fondations que l’Opus Dei a développée partout, en Espagne, en France, beaucoup en Suisse, mais aussi en Belgique. Ensuite, à travers ses coopérateurs, l’Opus Dei a pu engranger des sommes extraordinaires. Ces coopérateurs ne sont pas membres ; ils vivent dans la société civile, sont mariés, pères de famille, chefs d’entreprise, mais sont proches des idées de l’Opus Dei et y versent des dons.

Dans les deux cas, je peux développer les sources et faire la démonstration. Je ne le fais pas dans ce livre car je ne voulais pas en faire un livre à scandale. J’ai beaucoup de respect pour ces deux messieurs. S’ils veulent attaquer le livre, ils peuvent le faire. Mais dans l’ouvrage, j’use du conditionnel et de beaucoup de précautions : je ne dis rien qui offre le profil d’une certitude absolue.

En Belgique, l’Œuvre est présente dans le monde judiciaire, dans celui des entreprises, dans la politique aussi, mais de façon marginale, c’est-à-dire uniquement par personne interposée. Dans tous ces cas, les coopérateurs et proches de l’Opus Dei véhiculent évidemment un projet de société particulier et se servent de leur fonction pour le faire aboutir, d’une façon ou d’une autre. L’Œuvre est sortie de son rôle spirituel « pur jus » : c’est devenu une entreprise de conquête d’un pouvoir économique. J’ai chiffré les recettes de l’Œuvre à 100 millions de dollars par jour. L’Opus Dei a compris avant tout le monde que les Eglises avaient une durée de vie et qu’il fallait que l’Œuvre survive à l’Eglise. Or, dans nos sociétés de consommation, le pouvoir de demain appartient à ceux qui ont des sous. Un peu plus de la moitié des entreprises du CAC 40 sont dirigées par des proches de l’Opus Dei. L’entreprise Renault, par exemple, a toujours été dirigée par des proches, voire par des membres, dont certains ne se cachent pas.

On parle beaucoup de la maçonnerie comme pouvoir d’influence, mais c’est parce que les franc-maçons ne sont pas secrets (contrairement à l’Opus Dei), juste discrets. Si vous connaissiez les difficultés rencontrées par les loges pour payer les factures d’électricité, vous comprendriez qu’on est loin du grand complot mondial. L’Opus Dei, par contre, a développé des structures mondiales. Les tentatives d’être présent sur le terrain politique existent, en Belgique aussi. L’Opus Dei joue-t-il un rôle politique majeur et décisif pour autant ? Non. Mais la Belgique n’est pas une île, elle subit les influences de ses voisins. Il faut comprendre que l’Opus Dei vit dans l’intemporalité. Ils ont tout le temps. Ce qui n’est pas le cas de nos politiques. Je ne connais aucune institution qui ait une telle vision froide, sur le long terme, avec une redoutable efficacité de ramification dans tous les milieux.

http://plus.lesoir.be/137079/article/2018-01-30/philippe-lienard-lopus-dei-est-devenu-une-entreprise-de-conquete-du-pouvoir
Le Soir du 30 janvier 2018
 


 

 

 

 

PAROLE QUI LIBERE (Patrick Isaac)

 

D’ex-fidèles affirment avoir perdu des dizaines de milliers de dollars aux mains de l’apôtre Patrick Isaac

En transe chaque dimanche sur la scène de son église montréalaise, l’apôtre Patrick Isaac promet des « mégamiracles » et la réussite financière. Depuis 20 ans, des centaines de fidèles, dont des vedettes du showbiz et du sport, fréquentent son église à laquelle ils versent de nombreuses offrandes et même leur premier salaire de l’année. Mais plusieurs ex-croyants qui ont réussi à sortir de son emprise affirment avoir perdu des dizaines de milliers de dollars aux mains de ce gourou qui est en réalité criblé de dettes.
L’apôtre Patrick Isaac se vêt le plus souvent d’habits de sa propre collection de vêtements, aux manches brodées de son nom et aux boutons de manchette éclatants, comme lors de cette séance d’il y a deux semaines.
L’humoriste Rachid Badouri et son gérant Steve Rasier, l’acteur et chanteur Gardy Fury, l’ancien joueur du Canadien Georges Laraque, l’humoriste Eddy King et le boxeur Éric Barrak ont tous en commun d’avoir croisé le chemin de l’apôtre Isaac depuis la fin des années 1990.
Même Éliane Gamache-Latourelle, la pharmacienne qui se prétendait millionnaire à 30 ans, mais qui est aujourd’hui sans le sou, assistait à sa cérémonie de dimanche dernier.
L’apôtre Isaac et son épouse Éliane Isaac dirigent l’église Parole qui libère (PQL) depuis un bâtiment de deux millions $ construit en partie par des fidèles et nommé le Centre Action, dans Saint-Léonard.
Leur mission : infiltrer avec les principes de Dieu le gouvernement, les médias et les différents secteurs de la société pour qu’ils puissent passer à une autre dimension, selon les dires de l’apôtre Isaac dans une entrevue donnée à un journal haïtien en 2015.
Au terme d’une enquête de plus de deux mois, une dizaine d’ex-membres de PQL ont accepté de révéler au Journal ce qu’ils avaient pu observer au sein de ce groupe religieux où l’apparence et l’argent font foi de tout.
« Nous étions programmés à donner notre argent. Tout ce qui rentrait sur mon compte bancaire je leur donnais, c’était devenu un réflexe », explique Niorline Charlot qui a passé 14 ans au sein du groupe religieux de l’apôtre Isaac.
La plupart des autres ex-fidèles ont requis l’anonymat. Ils disent craindre des représailles tant l’emprise qu’exerce l’apôtre est importante.
Nous vous présentons leurs témoignages aujourd’hui et demain. Certains racontent avoir donné tout ce qu’ils possédaient, au point de faire faillite et de penser au suicide.

Faits troublants
 L’apôtre Isaac inciterait les fidèles à lui verser l’intégralité de leur premier salaire de l’année, 10 % de leurs revenus ainsi que de nombreuses « offrandes sacrificielles ».
 Des fidèles sont invités à cotiser pour de somptueux cadeaux d’anniversaire destinés à l’apôtre et sa femme tels que des voitures Mercedes et Porsche, des voyages dans le sud et des billets pour le Super Bowl.
 L’apôtre Isaac met en avant son succès et sa réussite, mais a déclaré une faillite personnelle en 2016, visé par des réclamations du fisc totalisant 635 000 $.
Le Journal a été témoin sur place d’une des cérémonies où les louanges de centaines de spectateurs répondent aux cris du pasteur surexcité au pied d’énormes écrans.
Les images les plus spectaculaires de ces offices sont utilisées par Patrick Isaac et son équipe pour fabriquer des capsules vidéo dont la réalisation rappelle celle des bandes-annonces de superproductions hollywoodiennes. Ces clips inondent ensuite les réseaux sociaux dans l’espoir d’attirer de nouveaux fidèles.
Dans une entrevue, Steve Rasier, gérant de Rachid Badouri, pasteur au sein de PQL et représentant de Patrick Isaac, a nié les allégations de manipulation portées par les ex-fidèles contre l’apôtre et son organisation. Il indique que PQL n’oblige personne à verser de l’argent et estime que les fidèles le font par conviction personnelle.
– Avec la collaboration de Ève Lévesque, Jean-Louis Fortin, Marie-Christine Noël, Antoine Lacroix, Jean-François Cloutier et Andrea Valeria

ENTENDU LORS DES CULTES
« On va affecter le monde. On va monter dans une autre dimension ».
– Patrick Isaac
« Avec la nature de Dieu, tu dois être violent. Le roi de Gloire s’apprête à rendre quelqu’un fameux ».
– Patrick Isaac
« Acclame bien, parce que lorsque tu vas sortir de cette dimension, Dieu va te propulser dans un succès indéniable. Si tu acclames, acclame bien ».
– Patrick Isaac
« Tu dois donner 10 % de ton salaire. Si tu as fait 500 $ cette semaine. 50 $ s’en va au Seigneur. [...] Pour ceux qui n’ont pas pu donner, il y a des machines Interac à l’arrière de la salle ».
– Steve Rasier
« Les gens importants, ils n’ont pas le temps de faire des posts Instagram. Ils payent quelqu’un pour le faire. Les Instagram de l’Apôtre que vous voyez, ce n’est pas moi qui les fais. Je n’ai pas le temps pour ça. Étant donné que toi tu aimes les likes, je mets quelqu’un pour envoyer les photos ».
– Patrick Isaac, qui a 17 000 abonnés Facebook

UNE ÉGLISE BIEN ORGANISÉE
Au Centre Action, une imposante bâtisse évaluée à plus de 2 millions $ dans Saint-Léonard, logent plusieurs des entreprises de la famille Isaac, des cultes aux séances de coaching en passant par le mentorat d’affaires.

1. Chefs spirituels
► Apôtre Patrick Isaac
 À la tête de Parole qui libère
 Conférencier sur la prospérité
 Il affirme coacher des politiciens, vedettes et entreprises.
 Il dit vouloir élever un peuple apostolique « entraîné et mandaté » à transformer la société.
 A une collection de vêtements à son nom détenue par son épouse et Samara Archange.
► Prophétesse Eliane Isaac
 Mariée à l’apôtre.
 Chanteuse
 Créatrice de la fondation InspirationElle
 A sa propre ligne de vêtements pour femmes.
 Prétend pouvoir guérir des gens.

2. Collège des anciens
► Prophétesse Samara Archange
 Représente l’administration de PQL.
 Courtière hypothécaire
► Prophète Steve Rasier
 Bras droit de Patrick Isaac
 Gérant de Rachid Badouri
 A déjà géré la carrière de l’humoriste Eddy King.
► Prophète Patrick Isaac II
 Il est la voix « jeunesse » de PQL.
 Il a sa propre collection de vêtements urbains.
 Chanteur hip-hop sous le nom de PI2, il a fait des premières parties de Rachid Badouri, qui le considère comme son petit frère.
► Évangéliste Francesco lammatteo
 Prêche depuis plusieurs années.
 Agent d’immeuble
 Présenté comme un docteur.

3. Diacres
Une dizaine de serviteurs chargés de veiller au protocole et à la bonne tenue des événements.
Commando
Une dizaine de fidèles choisis par l’apôtre comme « hommes de main » pour l’épauler dans sa mission apostolique. Ils sont les premiers à être sollicités pour les dons.

4. Fidèles ou saints
Des centaines de personnes sollicitées pour les dons, l’entretien bénévole du Centre Action et les tâches quotidiennes.

ILS LUI ONT VOLÉ 14 ANS DE SA VIE
L’ex-fidèle Niorline Charlot dit avoir donné plus de 150 000 $ à l’église Parole qui libère
Niorline Charlot a accepté de rencontrer Le Journal chez elle afin de se confier sur son passé d’ex-fidèle de PQL.
Une mère monoparentale entrée dans l’église PQL à 19 ans dit avoir pensé mettre fin à ses jours après avoir donné plus de 150 000 $ à l’apôtre Patrick Isaac et sa femme. Elle a même dû déclarer faillite avant de trouver la force de quitter ce qu’elle décrit comme une secte.
« Je ne m’en rendais pas compte, mais maintenant je comprends que c’est vraiment une secte, affirme aujourd’hui Niorline Charlot. Ces gens-là prennent le contrôle de ta vie et te coupent du monde. »
La Montréalaise de 38 ans raconte avoir dépensé sans compter pour plaire à l’apôtre Patrick Isaac et sa femme, la prophétesse Éliane Isaac.
Des gens qu’elle décrit comme contrôlants, au point où elle ne pouvait prendre aucune décision sur sa vie par elle-même.
Complètement au fond du baril, la femme s’est accrochée pendant des années aux promesses de miracles de l’apôtre et sa femme qu’elle considérait comme ses parents spirituels.
Commando
« Je faisais partie de ce qu’ils appellent le commando, un groupe d’une dizaine de fidèles qui doivent être toujours prêts à répondre aux demandes de l’apôtre Isaac et de la prophétesse, explique-t-elle. Parfois, je devais me rendre à l’église en pleine nuit pour effectuer des heures de prière. »
L’histoire de Niorline Charlot ressemble largement à celles d’une dizaine d’anciens fidèles de l’église Parole qui libère qui ont accepté de se confier auJournal sous le couvert de l’anonymat et dont les témoignages seront publiés demain.
Cinq d’entre eux affirment avoir versé à PQL entre 30 000 $ et 140 000 $ lors de leurs passages au sein de l’église qui ont duré entre 3 et 15 ans.
Rêves de star
Mme Charlot était une jeune femme en quête d’identité lorsqu’elle s’est rendue pour la première fois à l’église évangélique de Patrick Isaac sur les conseils d’une amie.
À l’époque, en 1999, Patrick Isaac présidait les offices dans le sous-sol de la maison de ses parents, à Rivière-des-Prairies, dans le nord de Montréal.
« Je n’aimais pas du tout les églises, mais j’y ai été une fois pour voir, se souvient-elle. Les gens chantaient et dansaient, il y avait beaucoup de jeunes. Cela m’a plu. »
Rapidement, elle s’est laissé séduire par les prophéties de Patrick Isaac qui lui promettait la gloire.
« Je leur avais dit que j’étudiais en cinéma et il s’est servi de cela, soutient Mme Charlot. Il me disait que j’allais être une vedette, que je serais plus connue que Steven Spielberg. Moi, je me cherchais, alors évidemment ça me plaisait d’entendre ça. »
Mais dans l’église de Patrick Isaac, le succès coûte toujours quelque chose, comme le répète l’apôtre dans plusieurs de ses discours.
« Il fallait toujours donner plus, dénonce-t-elle. Il y avait la dîme, les cadeaux au prophète et à sa femme, il fallait payer leurs voyages pour des conférences et leur donner notre premier salaire chaque année ou si on trouvait un nouvel emploi. Ils exigeaient aussi que j’achète de beaux vêtements pour être à leur hauteur quand je les assistais pendant les offices », se souvient-elle.
Faillite
Malgré ses faibles moyens, Niorline, qui enchaînait à l’époque de courts contrats comme secrétaire, dépensait sans compter.
« Je ne gagnais même pas 35 000 $ par an et je devais élever mon enfant seule, mais je creusais mon crédit. Au fil des années, l’apôtre et sa femme m’avaient programmée pour cela », dit-elle amèrement.
En 2012, Niorline Charlot a fini par crouler sous les dettes.
« J’étais tellement désespérée que j’ai donné 1500 $ à l’apôtre dans l’espoir qu’il fasse un miracle pour régler mes problèmes financiers, dit-elle. Il disait qu’il avait déjà effacé ses dettes en priant. »
Sortie
Mais le miracle ne s’est jamais produit, et Niorline a été obligée de se déclarer en faillite personnelle.
« J’ai vraiment pensé au suicide. Si je ne l’ai pas fait, c’est pour ma fille », raconte-t-elle la gorge serrée.
C’est à ce moment qu’elle a commencé à remettre en question les enseignements de l’apôtre Isaac.
« Ça ne marchait plus. Ce qu’il racontait sonnait faux, affirme-t-elle. Il nous promettait la réussite, mais pendant que lui et sa femme roulaient sur l’or, nous, les fidèles, nous étions malheureux et pauvres. »
Le déclic s’est produit lorsqu’elle a constaté que Patrick Isaac n’hésitait pas à insuffler la peur chez ses fidèles pour les faire obéir, dit Mme Charlot.
« Il disait que notre vie était entre ses mains, affirme-t-elle. Qu’il était en pouvoir de nous donner la vie ou la mort. »
En 2013, Niorline Charlot a quitté PQL. Elle travaille maintenant comme secrétaire administrative à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont et dit être enfin heureuse.
« J’ai l’impression de revivre, soupire-t-elle. Là-bas, je ne pouvais pas être moi. Aujourd’hui, j’ai des projets et fais mon propre chemin. »

LE REPRÉSENTANT DE PATRICK ISAAC NIE LA MANIPULATION, MAIS RECONNAÎT LES OFFRANDES
Le pasteur et gérant artistique Steve Rasier.
L’église PQL réfute les allégations de manipulation portées par d’anciens fidèles, mais admet avoir invité des membres à cotiser pour offrir à l’apôtre Isaac et sa femme de somptueux cadeaux, dont des voitures de luxe.
C’est le gérant de Rachid Badouri, Steve Rasier, qui s’est entretenu avec Le Journal durant près de trois heures en tant que porte-parole de Patrick Isaac.
Le pasteur Rasier nous a d’abord affirmé que la manipulation et la pression financière que disent avoir vécues une dizaine d’anciens fidèles n’étaient que « pur mensonge ».
« Nous n’imposons à personne de donner quoi que ce soit. Le principe des dîmes et des offrandes est un principe biblique qui va selon les convictions des croyants. »
Des bolides « presque empoisonnés »
Concernant les cadeaux destinés à l’apôtre et son épouse pour lesquels des membres de PQL ont été invités à cotiser, Steve Rasier a fourni au Journal des explications pour le moins surprenantes.
Au sujet de voitures de marque Porsche et Mercedes financées en partie par les fidèles, le pasteur a estimé qu’il s’agissait de cadeaux « presque empoisonnés », car les fonds réunis par les membres de l’église n’ont pas suffi à payer l’intégralité des luxueux véhicules.
« Le jour que ça te coûte quelque chose, ce n’est pas vraiment un cadeau », a-t-il commenté en référence aux sommes que le couple Isaac a dû ajouter à l’argent des fidèles.
Steve Rasier a aussi reconnu avoir récemment évoqué auprès des membres de PQL l’idée d’offrir à Patrick Isaac une série de déplacements en jet privé, mais a finalement renoncé au projet.
Violence
Confronté à l’existence d’un courriel adressé aux fidèles et dans lequel Patrick Isaac évoquait la nécessité d’être « violents » pour saisir une « percée financière », le pasteur Rasier a plaidé une ingénuité.
« Ce n’est pas une violence physique, c’est une violence au sens de la hardiesse, de la persévérance », a-t-il dit.
S’il a accepté de répondre à l’ensemble de nos questions, le pasteur Rasier, qui indique être bénévole, n’était pas en mesure, lors de notre rencontre, de nous fournir le montant des salaires que se versent l’apôtre Isaac et sa femme au sein de PQL.

UN APÔTRE EN FAILLITE ET CRIBLÉ DE DETTES
Jean-François Cloutier, Bureau d’enquête
Derrière ses apparences soigneusement entretenues d’homme à succès, le ministre du culte Patrick Isaac dissimule de graves problèmes financiers, dont une faillite personnelle en 2016 et de lourdes réclamations par le fisc.
Revenu Québec et Revenu Canada réclament 635 000 $ à l’homme d’affaires religieux, selon des documents de faillite de 2016. Les dettes totales d’Isaac s’établissaient alors à 882 000 $, dont une créance de 220 000 $ à la Banque Tangerine.
Revenu Québec a même inscrit une hypothèque légale à la fin 2017 sur le Centre Action dans l’espoir de récupérer des impôts impayés en 2016. La prophétesse Éliane Isaac figure parmi les administrateurs de la compagnie à numéro qui possèdent le centre.
Les documents de faillite montrent qu’Isaac ne s’est pas gêné pour mener un grand train de vie, malgré ses problèmes financiers. Au moment de déposer son bilan en 2014, il louait un Audi Q7 2012.
Il est propriétaire à 50 % d’une maison évaluée à un demi-million $ située sur la couronne nord de Montréal. Il détient aussi un intérêt dans une maison de Pointe-aux-Trembles, dans la Pointe de l’île, dont la valeur est de 234 000 $, selon l’évaluation municipale.
Il se déclare insolvable
Les premières traces des déboires financiers de l’apôtre Isaac remontent à 2011, alors que des hypothèques légales du fisc ont été inscrites sur ses propriétés pour la première fois.
En 2014, il s’est déclaré insolvable et il a déposé une première proposition à ses créanciers. La proposition a été acceptée, mais l’affaire n’a pas abouti. En 2016, il a changé de syndic et il a déclaré faillite. Il avait précédemment fait enlever son nom des documents de propriété du Centre Action où il prêche.
Par ailleurs, un examen du Registre des entreprises montre que Patrick Isaac est actuellement administrateur et actionnaire dans au moins 13 compagnies. Ces firmes sont impliquées dans l’enseignement de l’Évangile et le soin aux personnes âgées, mais aussi dans la vente de produits de beauté, les services aux entreprises, la production de CD et de DVD et la diffusion télévisuelle et média.
Au total, une véritable toile d’araignée d’au moins 35 compagnies est dans l’orbite du Centre Action. Plusieurs sont reliées à la femme de l’apôtre Isaac, ou donnent comme adresse son domicile personnel ou celui du Centre Action.
On compte un salon de coiffure, une firme d’entretien ménager ainsi que des entreprises œuvrant dans le divertissement, les cours de cuisine, la restauration, la production musicale, la gérance artistique et l’habillement, entre autres.

ILS CHERCHENT À RECRUTER DES VISAGES CONNUS
Ève Lévesque, Le Journal de Montréal
Sportifs de haut niveau, vedettes de la scène et politiciens. L’apôtre Patrick Isaac a su attirer des gens connus au Centre Action dans les dernières années. Selon nos sources, Parole qui libère (PQL) adorerait compter des personnalités publiques dans ses rangs afin d’attirer de nouveaux fidèles.

Rachid Badouri
Humoriste
La carrière de Badouri est gérée par Steve Rasier, pasteur et bras droit de Patrick Isaac. Il donne aussi des conférences au Centre Action. Selon nos sources, il serait entré chez PQL au début des années 2000. Il considère aujourd’hui les Isaac comme sa famille, d’après ce qu’il écrit sur les médias sociaux.

Éliane Gamache-Latourelle
Pharmacienne qui se prétendait millionnaire
La jeune femme se rend régulièrement aux offices de PQL, où elle prie et chante avec ferveur.

Georges Laraque
Ex-joueur du Canadien de Montréal
Laraque s’est rendu à trois offices de PQL après qu’un ami l’a invité. « Je n’ai vraiment pas aimé l’expérience », s’est contenté de répondre l’ex-hockeyeur, en ajoutant être passé à autre chose.

Eddy King
Humoriste
Le pasteur Steve Rasier a géré la carrière d’Eddy King jusqu’en 2014. « La façon dont il travaillait est imprégnée de leur manière de faire à l’église. Et c’est ce qui a causé notre rupture », raconte l’humoriste qui s’est rendu aux offices de PQL trois ou quatre fois seulement. « Je n’ai jamais cru en leur démarche. »

Éric Barrak
Boxeur
Barrak s’est rendu à l’église cinq ou six fois il y a environ trois ans et il y a trouvé une belle ambiance et un message positif. Mais il a commencé à se questionner sérieusement sur le train de vie que menaient l’apôtre et sa famille. « Vivre avec autant d’abondance quand on prêche dans une église de Saint-Léonard, c’est étrange. J’ai toujours trouvé bizarre que l’épouse d’Isaac conduise une grosse Porsche. Qu’ils soient tous habillés comme des vedettes. L’argent qu’ils amassent, ils font quoi avec ? Je n’en ai aucune idée. » Éric Barrak dit avoir confiance en Steve Rasier, mais n’être jamais retourné chez PQL.

Jean Pascal
Boxeur
Le boxeur Jean Pascal, qui a été représenté par Steve Rasier jusqu’en 2009, a été invité à deux reprises à se rendre à l’église PQL. Il dit avoir toujours refusé et n’y avoir jamais mis les pieds.

Gardy Fury
Comédien
Gardy Fury a commencé à aller aux offices de PQL il y a 3 ans, après des discussions avec Rachid Badouri et le pasteur Steve Rasier. Il assure que Patrick Isaac a eu une influence positive dans sa vie et qu’il ne s’est jamais senti forcé. « C’est mon coach de vie », dit-il.

Daphney Colin
Ex-candidate pour Projet Montréal dans Pointe-aux-Prairies et avocate
Mme Colin est très impliquée dans PQL et auprès de la fondation InspirationElle, dirigée par Éliane Isaac. Selon Projet Montréal, « ces deux ex-candidats (Daphney Colin et Jean Eddie Désiré, un autre fidèle) sont membres de l’église depuis plusieurs années. Ils font tous deux du bénévolat au sein de l’église et ne sont pas au courant d’allégations contre les dirigeants. »

David Bernard
Conférencier
David Bernard, qui s’intéresse à plusieurs religions, est allé à quatre offices de PQL et a vite déchanté. « Ça n’a absolument aucun sens de prêcher un message relié à l’amour, l’entraide et la compassion et de rouler ça comme une business. Ils élèvent l’argent. Du point de vue d’un chercheur, il vendait un accès spirituel à Dieu par leur entremise. C’est ça qui ne m’allait pas», dit-il, réitérant toutefois sa confiance envers Steve Rasier, qui l’a aidé à évoluer spirituellement.
– Avec la collaboration de Camille Garnier et d’Antoine Lacroix

INFO-SECTE A REÇU 8 APPELS SUR PQL
Antoine Lacroix, Le Journal de Montréal
L’organisme Info-Secte a reçu huit appels concernant l’église PQL et un signalement sur Facebook, entre 2010 et 2016.
Un proche d’une personne tombée sous le charme de l’apôtre Patrick Isaac a raconté que le nouveau fidèle avait quitté sa conjointe en une semaine et soutenait « avoir trouvé sa voie », a indiqué Mike Kropveld, directeur général d’Info-Secte.
Interrogée à propos de l’obsession sur la prospérité de l’apôtre Isaac, l’Association des églises baptistes évangéliques du Québec est d’avis que les pasteurs mettant une emphase démesurée sur la richesse utilisent des passages de la Bible de « manière erronée ».
Administration saine
« La Bible nous encourage à donner selon nos moyens. Les pasteurs, ça ne nous regarde pas. [...] On ne veut surtout pas manipuler les gens à donner de l’argent », soutient Louis Bourque, directeur de l’association.
Il dit toujours avoir un « malaise extrême » lorsqu’il entend parler « d’agissements qui portent préjudice à la réputation de Dieu ».
Selon lui, une « administration saine » devrait être instaurée dans les églises.
« Les pasteurs ne devraient pas être au courant de ce que les gens donnent. Les gens chargés de compter l’argent et les chèques ne devraient pas être les mêmes qui font le dépôt », conseille-t-il.
« Ce n’est pas que Dieu est contre la prospérité, mais il y a une différence entre un placement à la Bourse de New York [et ce qu’on donne à Dieu] », poursuit-il. Il recommande aux églises de toujours être rattachées à une association ou un mouvement où elles sont imputables à des supérieurs.
« Lorsqu’elles sont indépendantes, il n’y a pas de limites. Ils peuvent enseigner toutes sortes de choses et dire n’importe quoi », déplore Louis Bourque.

http://www.journaldemontreal.com/2018/01/29/ruines-par-un-gourou-qui-promet-des-miracles-1 – Avec Camille Garnier

Journal de Montréal - 29 janvier 2018

 

Église PQL: ils lui ont volé 14 ans de sa vie

 

Une mère monoparentale entrée dans l’église PQL à 19 ans dit avoir pensé mettre fin à ses jours après avoir donné plus de 150 000 $ à l’apôtre Patrick Isaac et sa femme. Elle a même dû déclarer faillite avant de trouver la force de quitter ce qu’elle décrit comme une secte.
« Je ne m’en rendais pas compte, mais maintenant je comprends que c’est vraiment une secte, affirme aujourd’hui Niorline Charlot. Ces gens-là prennent le contrôle de ta vie et te coupent du monde. »
La Montréalaise de 38 ans raconte avoir dépensé sans compter pour plaire à l’apôtre Patrick Isaac et sa femme, la prophétesse Éliane Isaac.
Des gens qu’elle décrit comme contrôlants, au point où elle ne pouvait prendre aucune décision sur sa vie par elle-même.
Complètement au fond du baril, la femme s’est accrochée pendant des années aux promesses de miracles de l’apôtre et sa femme qu’elle considérait comme ses parents spirituels.
Commando
« Je faisais partie de ce qu’ils appellent le commando, un groupe d’une dizaine de fidèles qui doivent être toujours prêts à répondre aux demandes de l’apôtre Isaac et de la prophétesse, explique-t-elle. Parfois, je devais me rendre à l’église en pleine nuit pour effectuer des heures de prière. »
L’histoire de Niorline Charlot ressemble largement à celles d’une dizaine d’anciens fidèles de l’église Parole qui libère qui ont accepté de se confier au Journal sous le couvert de l’anonymat et dont les témoignages seront publiés demain.
Cinq d’entre eux affirment avoir versé à PQL entre 30 000 $ et 140 000 $ lors de leurs passages au sein de l’église qui ont duré entre 3 et 15 ans.
Rêve de star
Mme Charlot était une jeune femme en quête d’identité lorsqu’elle s’est rendue pour la première fois à l’église évangélique de Patrick Isaac sur les conseils d’une amie.
À l’époque, en 1999, Patrick Isaac présidait les offices dans le sous-sol de la maison de ses parents, à Rivière-des-Prairies, dans le nord de Montréal.
« Je n’aimais pas du tout les églises, mais j’y ai été une fois pour voir, se souvient-elle. Les gens chantaient et dansaient, il y avait beaucoup de jeunes. Cela m’a plu. »
Rapidement, elle s’est laissé séduire par les prophéties de Patrick Isaac qui lui promettait la gloire.
« Je leur avais dit que j’étudiais en cinéma et il s’est servi de cela, soutient Mme Charlot. Il me disait que j’allais être une vedette, que je serais plus connue que Steven Spielberg. Moi, je me cherchais, alors évidemment ça me plaisait d’entendre ça. »
Mais dans l’église de Patrick Isaac, le succès coûte toujours quelque chose, comme le répète l’apôtre dans plusieurs de ses discours.
« Il fallait toujours donner plus, dénonce-t-elle. Il y avait la dîme, les cadeaux au prophète et à sa femme, il fallait payer leurs voyages pour des conférences et leur donner notre premier salaire chaque année ou si on trouvait un nouvel emploi. Ils exigeaient aussi que j’achète de beaux vêtements pour être à leur hauteur quand je les assistais pendant les offices », se souvient-elle.
Faillite
Malgré ses faibles moyens, Niorline, qui enchaînait à l’époque de courts contrats comme secrétaire, dépensait sans compter.
« Je ne gagnais même pas 35 000 $ par an et je devais élever mon enfant seule, mais je creusais mon crédit. Au fil des années, l’apôtre et sa femme m’avaient programmée pour cela », dit-elle amèrement.
En 2012, Niorline Charlot a fini par crouler sous les dettes.
« J’étais tellement désespérée que j’ai donné 1500 $ à l’apôtre dans l’espoir qu’il fasse un miracle pour régler mes problèmes financiers, dit-elle. Il disait qu’il avait déjà effacé ses dettes en priant. »
Mais le miracle ne s’est jamais produit, et Niorline a été obligée de se déclarer en faillite personnelle.
« J’ai vraiment pensé au suicide. Si je ne l’ai pas fait, c’est pour ma fille », raconte-t-elle la gorge serrée.
C’est à ce moment qu’elle a commencé à remettre en question les enseignements de l’apôtre Isaac.
« Ça ne marchait plus. Ce qu’il racontait sonnait faux, affirme-t-elle. Il nous promettait la réussite, mais pendant que lui et sa femme roulaient sur l’or, nous, les fidèles, nous étions malheureux et pauvres. »
Le déclic s’est produit lorsqu’elle a constaté que Patrick Isaac n’hésitait pas à insuffler la peur chez ses fidèles pour les faire obéir, dit Mme Charlot.
« Il disait que notre vie était entre ses mains, affirme-t-elle. Qu’il était en pouvoir de nous donner la vie ou la mort. »
En 2013, Niorline Charlot a quitté PQL. Elle travaille maintenant comme secrétaire administrative à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont et dit être enfin heureuse.
« J’ai l’impression de revivre, soupire-t-elle. Là-bas, je ne pouvais pas être moi. Aujourd’hui, j’ai des projets et fais mon propre chemin. »
Info-Secte a reçu 8 appels sur PQL
L’organisme Info-Secte a reçu huit appels concernant l’église PQL et un signalement sur Facebook, entre 2010 et 2016.
Un proche d’une personne tombée sous le charme de l’apôtre Patrick Isaac a raconté que le nouveau fidèle avait quitté sa conjointe en une semaine et soutenait « avoir trouvé sa voie », a indiqué Mike Kropveld, directeur général d’Info-Secte.
Interrogée à propos de l’obsession sur la prospérité de l’apôtre Isaac, l’Association des églises baptistes évangéliques du Québec est d’avis que les pasteurs mettant une emphase démesurée sur la richesse utilisent des passages de la Bible de « manière erronée ».
Administration saine
« La Bible nous encourage à donner selon nos moyens. Les pasteurs, ça ne nous regarde pas. [...] On ne veut surtout pas manipuler les gens à donner de l’argent », soutient Louis Bourque, directeur de l’association.
Il dit toujours avoir un « malaise extrême » lorsqu’il entend parler « d’agissements qui portent préjudice à la réputation de Dieu ».
Selon lui, une « administration saine » devrait être instaurée dans les églises.
« Les pasteurs ne devraient pas être au courant de ce que les gens donnent. Les gens chargés de compter l’argent et les chèques ne devraient pas être les mêmes qui font le dépôt », conseille-t-il.
« Ce n’est pas que Dieu est contre la prospérité, mais il y a une différence entre un placement à la Bourse de New York [et ce qu’on donne à Dieu] », poursuit-il. Il recommande aux églises de toujours être rattachées à une association ou un mouvement où elles sont imputables à des supérieurs.
« Lorsqu’elles sont indépendantes, il n’y a pas de limites. Ils peuvent enseigner toutes sortes de choses et dire n’importe quoi », déplore Louis Bourque.

 

http://www.tvanouvelles.ca/2018/01/29/ils-lui-ont-vole-14-ans-de-sa-vie
29 janvier 2018

 

Steve Rasier, ex-gérant de Rachid Badouri, s’explique à «Tout le monde en parle»

Rasier a défendu l’institution pour laquelle il officie et qui est l’objet de vives controverses depuis une semaine.
«Représentant ministériel et pasteur de vocation au sein de l'église Parole qui libère, un centre apostolique chrétien d'environ 450 fidèles qui existe depuis une vingtaine d'années à Saint-Léonard». Voilà comment Guy A. Lepage a présenté son premier invité de la soirée, Steve Rasier, à Tout le monde en parle, dimanche.
Désormais ex-gérant de Rachid Badouri (il a démissionné de cette fonction lundi dernier après des révélations du Journal de Montréalmettant l'église Parole qui libère dans l'eau chaude), Rasier a défendu l'institution pour laquelle il officie et qui est l'objet de vives controverses depuis une semaine.
À ceux et celles qui lui ont posé la question sur Twitter pendant la diffusion de Tout le monde en parle, Guy A. Lepage a précisé que le journaliste à l'origine de l'enquête, Camille Garnier, avait été invité à l'émission, mais que la direction du Journal de Montréal avait refusé que celui-ci n'y participe. Voilà pourquoi Steve Rasier était seul à expliquer son point de vue et n'avait personne pour le contredire ou le relancer.
L'homme dit avoir «très mal» réagi face au reportage du Journal de Montréal dénonçant les pratiques de l'église Parole qui libère (PQL).
«Moi, personnellement, ça fait 17 ans que j'œuvre dans l'église de la Parole qui libère. Je connais notre éthique, je connais notre transparence au niveau des finances. Nous sommes une église chrétienne qui se tient sur des valeurs chrétiennes. Ce sont des allégations qui étaient très fortes et violentes.»
Steve Rasier soutient que ce ne sont pas 450, mais plutôt des milliers de personnes, qui ont pris part aux activités de PQL au fil des ans. Il va jusqu'à affirmer que les allégations citées dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec sont fausses.
«De savoir également, que c'étaient des personnes anonymes, avec tous les milliers de personnes, qui avaient toutes des bons témoignages, on n'a pas pu les entendre, c'est sûr que c'était très difficile pour nous de le vivre», a ajouté Steve Rasier.
Offrandes volontaires
Quant aux obligations financières auxquelles seraient soumis les membres de PQL – verser l'intégralité de leur premier salaire de l'année à la communauté, ainsi que 10% de leurs revenus -, Steve Rasier les nie.
«On n'impose rien, a-t-il martelé. Dans la conviction chrétienne, selon les saintes écritures, on ne peut pas imposer quelque chose à un chrétien. Ça doit être volontaire. Le principe des dîmes et des offrandes est volontaire. Maintenant, c'est un enseignement qu'on enseigne dans le cheminement chrétien. C'est gratuit, les services sont gratuits, mais le Journal a essayé de dépeindre qu'on demandait de l'argent en échange des miracles. Et ça, ça amène un gros problème à nos convictions chrétiennes. Parce que c'est volontaire. Il n'y a personne qui est imposé de donner.»
Même son de cloche de la part de Rasier au sujet des cotisations des membres de PQL qui auraient permis à Patrick Isaac, apôtre de l'église, et son épouse, de s'offrir de luxueux cadeaux, comme des Porsches et des Mercedes : la notion aurait été grossie par le Journal de Montréal, selon lui.
«Ce n'est pas le cas, encore une fois. En 20 ans de ministère, c'est arrivé une fois qu'on a offert une voiture à l'apôtre Isaac. Et le contexte est le suivant : on allait célébrer son anniversaire pour 2009, et on s'est mis quelques personnes ensemble, de l'assemblée, pour savoir quel genre de party on pourrait faire pour souligner son anniversaire. Il y en a un qui a dit : «Hé, ce serait cool de lui offrir une voiture» (...) Donc, on s'est lancés dans ce projet. Volontairement, les gens donnaient ce qu'ils voulaient. L'apôtre Isaac n'était pas au courant du tout du cadeau, ce n'était pas imposé. Et lorsque c'était le temps de son anniversaire, malheureusement, on n'avait pas atteint notre objectif, on a juste pu mettre un down payment(acompte) sur la voiture, et il était agréablement surpris de la chose.»
«Mais la façon dont le Journal l'a dépeint, c'est comme si on lance des voitures ici et là, sur son désir personnel, et quand il veut une voiture, les fidèles doivent le financer... Ça n'a rien à voir, c'est pas du tout dans la culture qu'on...»
Il serait également faux que PQL exige des «offrandes sacrificielles» pour l'accomplissement de miracles ou de faveurs divines. Les montants perçus par l'église serviraient en réalité à faire avancer l'œuvre, étant donné que l'organisation n'est pas subventionnée par le gouvernement. Rasier a dit ignorer si l'église PQL paie des impôts. Il a été ajouté en sous-titre, à Tout le monde en parle, dimanche, comme le Journal de Montréal le rapportait ce week-end, que PQL n'a pas de permis de culte lui permettant d'exploiter le bâtiment qu'elle occupe.
«Encore une fois, c'est faux, a plaidé Steve Rasier. On ne peut pas offrir quoi que ce soit en échange d'un miracle. Dieu n'a pas besoin d'argent pour bénir. Toutes ces allégations de toujours échanger argent contre miracles, est (sic) totalement erronées. Ça ne fait pas partie des saintes écritures. Dieu nous parle plutôt de donner selon ton cœur, selon les capacités que tu as...»
Dieu guérit
Alors que le Journal de Montréal maintient avoir mené ses recherches sur l'église Parole qui libère pendant trois mois, Steve Rasier, lui, réplique qu'on l'a approché deux jours avant la parution de l'article pour avoir son témoignage.
À Tout le monde en parle, il a dévoilé le salaire que se versent l'apôtre Patrick Isaac et son épouse : «Un salaire de professeur de cégep, un peu plus de 75 000$». «Ça, c'est pour être le pasteur responsable pour toutes les activités au sein de l'église», a spécifié Steve Rasier, qui dit pour sa part être bénévole.
Ce dernier dit croire à la guérison par l'imposition des mains, par le biais d'un «ministère de guérison» et par la prière, des éléments évoqués dans le Journal de Montréal. Lui-même aurait été l'artisan de guérisons, par l'apport de Dieu à travers lui, par la prière, d'une femme victime de problèmes lombaires, et d'une femme qui avait du mal à tomber enceinte.
«Elle a pu enfanter par la suite et maintenant elle est mère de deux enfants. On a les papiers médicaux et tout qui le prouvent. Dieu existe, et Dieu guérit encore en 2018, certainement.»
Selon Steve Rasier – qui parle «d'équipe» et non de «pyramide» pour définir la structure de PQL - Patrick Isaac aurait voulu aller s'exprimer à Tout le monde en parle, dimanche, mais des procédures judiciaires en cours de démarches l'ont dissuadé de se présenter. Lui-même fait face aux caméras de son propre chef, jure-t-il.
«On ne m'a pas envoyé, c'est moi qui est sorti. (...) On a dépeint une église chrétienne avec des valeurs chrétiennes, comme une secte, avec un gourou à la tête, qui recrute des personnalités connues, pour essayer de forcer les gens à donner de l'argent (...) Les allégations voulant qu'il y avait un motif à profit d'argent derrière ça, maintenant, ça venait à une atteinte de ma foi chrétienne», a dépeint Rasier.
À Guy A. Lepage qui est revenu à la charge sur le fait que l'enquête du Journal de Montréalétait sans doute rigoureuse et véridique, Steve Rasier a répété qu'il doute du sérieux de la démarche.
«Je suis le premier surpris. J'ai plusieurs témoignages, où des gens m'ont appelé pour me dire : «Fais attention, Steve, parce qu'ils m'ont demandé de dire quelque chose que je n'avais pas dit». Comme je dis, trois mois, on ne m'a jamais appelé. À ce jour, j'ai laissé trois messages sur la boîte vocale de Ève Lévesque (adjointe au directeur de l'information du Journal de Montréal, ndlr), et à ce jour, je n'ai pas reçu de retour d'appel. On ne m'a pas contacté. On n'a jamais contacté l'apôtre Isaac. Toute la procédure, le fait qu'on n'a pas retenu les témoignages positifs des milliers de personnes qui ont fréquenté l'église de la Parole qui libère, me laisse de lourds soupçons sur l'intérêt de l'enquête», s'est défendu Steve Rasier.
Rachid Badouri
Jusqu'à lundi dernier, Steve Rasier était, et depuis 13 ans, le gérant de Rachid Badouri. Il était également son grand ami, et Rasier a même célébré le mariage de l'humoriste. Rachid Badouri serait d'ailleurs dévasté par les récents événements. Steve Rasier craint-il de causer du tort à la carrière de son ancien partenaire professionnel?, a questionné Guy A. Lepage.
«C'est pour ça que j'ai rompu mes liens. Cette sortie du Journal de Montréal était majeure, comme je l'ai exprimée, pour moi avant tout. Je sortais dans les médias et j'exprimais mes convictions, et toute cette histoire-là l'associait, parce que j'étais son gérant. Chaque fois qu'on nommait mon nom, on disait : aussi gérant de Rachid Badouri.»
«Rachid n'a jamais parlé de sa foi en ondes ou dans les médias. Il a toujours dit qu'il croyait en Dieu, mais il n'a jamais fait notion de quelle église ou quelle mosquée il fréquenterait. Il a toujours été très respectueux de ma vocation pastorale et de mes convictions chrétiennes, mais là je sentais que ma sortie allait mettre de l'ombrage sur sa carrière. Avec tout l'excellent travail qu'il fait, qu'on a fait à travers toutes ces années, je n'étais pas prêt à, soit me taire pour continuer dans l'aspect de gérance, ou de parler et faire ombrage à sa carrière. Donc j'ai décidé d'y aller avec ma foi, défendre mes convictions, et de, malheureusement, rompre mes liens avec lui», a détaillé Steve Rasier.

 

http://quebec.huffingtonpost.ca/2018/02/05/steve-rasier-ex-gerant-de-rachid-badouri-s-explique-a-tout-le-monde-en-parle_a_23352994/
05.02.2018

 

Escroc ou bienveillant ?


« Une église obsédée par l’argent », titrait en une Le Journal de Montréal lundi. Un dossier de Camille Garnier révélait que l’Église Parole qui libère (PQL), dirigée par l’apôtre Patrick Isaac, était dénoncée par d’ex-fidèles qui estimaient avoir été floués par M. Isaac et son Église. Manipulation, promesses de miracles et incitation à verser 10 % de ses revenus comme « offrandes sacrificielles » sont au nombre des allégations. Ce dossier divise : Patrick Isaac, escroc ou homme bienveillant ? C’est compliqué.

Nous sommes conditionnés à avoir une conception manichéenne du monde, qui nous porte à apprécier les choses selon des principes absolus du bien et du mal : Dieu et Satan. Sangoku et Freezer. Blanche-Neige et la sorcière. Il est ainsi difficile d’accepter que toute personne, y compris les gens que nous admirons, a des torts, certains plus graves que d’autres.

Ceci est d’autant plus vrai pour l’abus de pouvoir. Considéré un péché répugnant, celui-ci prend généralement racine, ironiquement, dans la vertu réelle ou perçue qu’on reconnaît à un individu. Avant de discuter plus avant du cas Isaac, permettez-moi de parler de Michel Venne.

Je suis tombé sous le choc lorsque j’ai lu qu’il était visé par des allégations de nature sexuelle. Entrepreneur social de renommée, Michel Venne inspirait le secteur de l’innovation sociale.

Or, ce sont justement les admirables activités professionnelles de Michel Venne qui lui ont permis de développer l’influence l’ayant placé en position de trahir, comme on l’allègue, la confiance de femmes. C’est ça, l’abus de pouvoir : l’utilisation impropre, par un individu, d’un rapport de force inégal à son avantage. Tout le monde est à risque de commettre des inconduites, mais une personne érigée en héros en vertu des bienfaits qu’elle sème aura acquis un statut augmentant les risques que cela se produise.

Loin de plaindre le sort de Michel Venne, sur qui ne pèse aucune accusation, rappelons-le, je crois les allégations portées à son endroit et condamne sans réserve les gestes qui lui sont reprochés. Et advenant que les plaintes à son endroit soient prouvées, il devra bien sûr répondre de ses actes devant la loi. Il y a une certaine sagesse, toutefois, à éviter de conclure que Michel Venne, ou tout autre individu qui aurait commis des actes similaires, est un monstre. On aime départager le monde entre les gentils et les vilains, mais la réalité n’est pas aussi binaire que l’axe du Bien et du Mal.

À démoniser les pécheurs, on se prive de l’occasion d’examiner avec curiosité les zones d’ombre qui font partie de l’expérience humaine, de comprendre ce qui motive les individus à poser des gestes ignobles, de porter un regard sur les systèmes qui autorisent ces gestes et de réfléchir à des solutions limitant les risques de reproduction.

Une vague d’humoristes a cloué Juste pour rire au pilori dans la foulée des allégations contre Gilbert Rozon et s’est lancée à la vitesse de l’éclair dans la création d’un nouveau festival d’humour. Un festival se faisant « autour de valeurs importantes, des valeurs de gestion éthique, de responsabilité sociale », dit Martin Petit. Avons-nous tiré toutes les leçons de l’affaire Rozon ? J’en doute.

Examiner les gestes sans mépris pour la personne. N’est-ce pas l’évangile qui condamne le péché et non le pécheur ? « Moi non plus, Je ne te condamne pas : va, et désormais ne pèche plus », a dit Jésus.

Alors, l’Église PQL, une escroquerie ? À l’évidence, des individus vantent les bienfaits de cette Église. Des internautes affirment, par exemple, que cette Église les a aidés à s’affranchir de l’alcoolisme. Le comédien Gardy Fury affirme que Patrick Isaac a eu une influence positive dans sa vie. Rachid Badouri, quant à lui, considère les Isaac comme sa famille. J’ai moi-même eu, dans les dernières années, quatre ou cinq échanges informels avec Steve Rasier, pasteur au sein de l’Église PQL et ancien gérant de Rachid Badouri. M. Rasier a toujours été sympathique à mon égard.

Ce qui précède ne devrait pas nous exempter de porter un regard critique sur les révélations du Journal de Montréal. Georges Laraque raconte que, lors d’une cérémonie de l’Église, l’apôtre Isaac a empoigné les sous au fond du panier de la quête et les a lancés devant la foule, criant que « ce n’est pas avec des sous qu’on bâtit une Église ». À elle seule, cette affirmation illustre un comportement indéfendable.

Les circonstances de cette affaire soulèvent de sérieux doutes à l’égard de la probité de l’Église PQL. Pour l’instant, cette dernière se défend en dénonçant la faiblesse de l’enquête du Journal de Montréal et en offrant son interprétation de la Bible. Ce n’est pas suffisant. Si l’Église PQL est aussi intègre qu’elle l’affirme, elle devrait, à tout le moins, divulguer de façon détaillée son utilisation des fonds que lui remettent ses fidèles.


http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/519166/escroc-ou-bienveillant
Le Devoir - 2 février 2018






 

 


 

 

 

 

PEDOPHILIE


Les associations de victimes de prêtres pédophiles créent un réseau international

Réunies lundi 15 janvier à Santiago, en marge du voyage du pape au Chili, une dizaine d’associations de victimes de prêtres pédophiles, dont La Parole libérée pour la France, ont lancé Ending Clerical Abuse. Ce réseau international veut muscler la lutte contre les abus dans l’Église catholique.

« Ce sont de belles paroles, mais elles ne sont pas suivies d’actes concrets. » La désillusion de François Devaux, président de La Parole libérée, à l’égard du pape François reflète l’état d’esprit des participants à une journée de réflexion inédite sur les abus sexuels dans l’Église, organisée lundi 15 janvier à Santiago du Chili. Comme celle-ci, fondée à Lyon il y a deux ans, une dizaine d’associations de victimes de prêtres pédophiles venues du monde entier se sont retrouvées à l’invitation du réseau chilien Para la confianza, en amont de la visite du pape dans ce pays meurtri ces dernières années par une série de scandales.

Allemagne, France, Jamaïque, États-Unis, Mexique, Grande-Bretagne… Déterminés à mieux s’organiser et à faire pression sur l’Église et les gouvernements pour que soit appliquée la « tolérance zéro » en matière de pédophilie, les responsables associatifs ont lancé hier une ONG internationale : Ending Clerical Abuse Global Justice Project (ECA).

Les différents acteurs de la lutte contre la pédophilie dans le monde réunis à Santiago le 15 novembre 2018/DR
Les différents acteurs de la lutte contre la pédophilie dans le monde réunis à Santiago le 15 novembre 2018 / DR

Fournir une expertise canonique
Le réseau se donne pour objectif de coordonner l’action des associations qui ont vu le jour dans de nombreux pays, soutenir – notamment financièrement – l’accompagnement des victimes, légitimer les acteurs encore isolés, comme en Afrique, fournir une expertise canonique pour des dossiers souvent très compliqués, et formuler des recommandations.

« L’opinion publique, c’est la bonne stratégie, la seule à même de contraindre l’Église et les gouvernements de bouger », martèle François Devaux, moteur de ce projet dont l’idée avait été portée par le passé par le réseau américain Snap, sans jamais aboutir.

Un sommet des associations de lutte contre la pédophilie
L’ONG compte parmi ses cofondateurs des poids lourds comme Sara Oviedo, ancienne vice-présidente du comité international des droits de l’enfant à l’ONU, ou le Britannique Peter Saunders, un temps membre de la commission pontificale de protection des mineurs créée en 2014 par le pape François, avant de jeter l’éponge, lassé par l’inertie de l’institution.

L’ECA, qui souhaite travailler avec la Commission européenne, l’ONU et d’autres grandes organisations internationales, ne compte pas se limiter à la pédophilie mais étendre son action à tous types d’abus – abus spirituels, dérives sectaires… Son premier grand rendez-vous sera en juin, un sommet des associations de lutte contre la pédophilie.

La Croix du 15.01.2018

Le pape exprime « douleur et honte » au Chili pour les enfants agressés sexuellement par des prêtres

François affronte l’hostilité d’une partie de l’opinion chilienne à l’endroit de l’Eglise catholique après de nombreuses affaires de pédophilie. Des églises ont été attaquées.

Les enfants agressés ou violés par des prêtres ont été au cœur du premier discours du pape François après son arrivée à Santiago, lundi 15 janvier, pour une visite d’une semaine au Chili et au Pérou. « Je ne peux m’empêcher de manifester la douleur et la honte que je ressens face au mal irréparable fait à des enfants par des ministres de l’Eglise », a déclaré le chef de l’institution catholique devant les autorités politiques et sociales, mardi, au palais de la Moneda, le siège de la présidence chilienne. « Je voudrais m’unir à mes frères dans l’épiscopat, car s’il est juste de demander pardon et de soutenir avec force les victimes, il nous faut en même temps nous engager pour que cela ne se reproduise pas », a-t-il ajouté, interrompu par des applaudissements.

La colère et les attentes avant sa venue étaient également élevées, tant les scandales de pédophilie ébranlent depuis des années l’Eglise et la société chiliennes, et éclaboussent aussi le pontife argentin. Le plus retentissant d’entre eux a pour origine les agissements d’un prêtre chilien, Fernando Karadima. De sa paroisse de Santiago, proche des autorités politiques, celui-ci a, pendant des décennies, formé des générations de jeunes catholiques, dont beaucoup sont devenus prêtres et certains évêques, en même temps qu’il agressait sexuellement des mineurs.

Pendant des années, l’Eglise a ignoré les plaintes de victimes. Ce n’est qu’en 2010, lorsque certaines d’entre elles ont publiquement dénoncé les faits, que le scandale l’a poussée à s’en préoccuper. En 2011, au terme d’une procédure canonique, Fernando Karadima a été reconnu coupable d’actes pédophiles dans les années 1980 et 1990 et a été contraint à se retirer pour une vie de « pénitence et de prière ». L’Eglise avait aussi demandé pardon pour tous les cas d’abus sexuels sur des enfants commis par des membres du clergé et pour son manque de réactivité face aux plaintes par le passé.

« Processus de transformation »

L’affaire a connu une nouvelle impulsion quand, en janvier 2015, le pape François a nommé Mgr Juan Barros, l’un des protégés de M. Karadima, à la tête du diocèse d’Osorno, dans le sud du pays. Or les associations de victimes du prêtre accusent Mgr Barros d’avoir couvert les agissements de son ancien mentor. Depuis lors, elles organisent dans son diocèse des manifestations de protestation et ne cessent de demander à Rome sa destitution. Ce à quoi François s’oppose résolument, jugeant la contestation dans ce diocèse « bête », infondée et politiquement manipulée par « les gauchistes ».

Lors d’une homélie, mardi, le pape a rejeté les « attitudes critiques » de « ceux qui croient tout savoir mais ne veulent s’engager à rien ni avec personne, et finissent ainsi par bloquer toute possibilité de créer des processus de transformation et de reconstruction dans nos communautés ». Un peu plus tard, devant le clergé chilien, il est revenu sur les conséquences de ces affaires de pédophilie: « Je connais la douleur qu’ont signifiée les cas d’abus commis sur des mineurs et je suis de près ce que l’on fait pour surmonter ce grave et douloureux mal, a-t-il dit aux prêtres, religieuses et séminaristes dans la cathédrale de Santiago. Douleur pour le mal et la souffrance des victimes et de leurs familles, qui ont vu trahie la confiance qu’elles avaient placée dans les ministres de l’Église. Douleur pour la souffrance des communautés ecclésiales, et douleur pour vous, frères, qui, en plus de l’épuisement dû à votre dévouement, avez vécu la souffrance qu’engendrent la suspicion et la remise en cause, ayant pu provoquer chez quelques-uns ou plusieurs le doute, la peur et le manque de confiance. Je sais que parfois vous avez essuyé des insultes dans le métro ou en marchant dans la rue, qu’être « habillé en prêtre » dans beaucoup d’endroits se paie cher. »

Fait sans précédent dans un voyage du pape François, l’hostilité d’une partie de l’opinion chilienne à l’endroit de l’Eglise catholique s’est matérialisée, mardi, par l’attaque de trois nouvelles églises, portant à neuf le nombre d’édifices touchés ces derniers jours par des départs de feu. Deux des dernières attaques ont eu lieu dans l’Etat d’Araucania, la Patagonie chilienne, où François devait se rendre mercredi à la rencontre des communautés indigènes mapuche, qui réclament la restitution de territoires appartenant, selon eux, à leurs ancêtres. Dans son discours aux autorités, le pape a évoqué les « droits » des « peuples autochtones ».

« Renforcer notre voix »

Avec 5,3 points sur une échelle de 10, le Chili est le pays d’Amérique latine où le pape est le moins populaire, le Paraguay étant en tête avec 8,3 points, selon l’organisme Latinobarometro. La confiance des Chiliens dans l’Eglise, elle, est passée de 61 % en 2010 à 38 % en 2011, après la médiatisation de l’affaire Karadima.

Lundi, jour de l’arrivée du pontife sur le sol chilien, les représentants de plusieurs associations de victimes de prêtres pédophiles s’étaient donné rendez-vous à Santiago pour partager leurs expériences et envisager des actions communes. Ils ont décidé de créer une fédération internationale d’associations capable de peser face à l’Eglise. Elle aura pour nom Ending clerical abuse–Global justice project, et tiendra une première réunion du 2 au 6 juin à Genève.

L’un des porteurs de ce projet est François Devaux, cofondateur de La Parole libérée, association fondée à Lyon par des victimes du père Bernard Preynat, mis en examen pour viols et agressions sexuelles sur de jeunes garçons avant 1991. « Aujourd’hui, l’Eglise fait face, pays par pays, à des associations morcelées, explique-t-il. Face à elle, cette organisation devrait pouvoir renforcer notre voix. » Cette fédération a aussi pour objectif « de faire évoluer les consciences et les cultures » pour que dans aucun pays la pédophilie des clercs ne puisse plus déboucher sur une mise en accusation de leurs victimes. Elle épaulera juridiquement et financièrement « les petites associations, souvent bien seules à leur naissance ». Elle a aussi pour vocation de s’adresser aux Etats pour leur demander de prendre leur part dans cette lutte. « L’institution [catholique] n’a pas de contre-pouvoir, résume François Devaux, et c’est la porte ouverte à toutes les dérives. »

http://www.lemonde.fr/religions/article/2018/01/16/le-pape-exprime-douleur-et-honte-au-chili-pour-les-enfants-agresses-sexuellement-par-des-pretres_5242559_1653130.html#xFflYjoupg8S1Xgf.99

16.01.2018

 

Au Chili, le pape François demande pardon aux victimes d’abus sexuels

Arrivé lundi soir au Chili, le pape François a d’emblée évoqué, mardi 16 janvier, la question des abus sexuels, manifestant sa « douleur » et sa « honte » et demandant pardon, mais appelant aussi le Chili à une plus grande justice.

« Je ne peux m’empêcher de manifester la douleur et la honte que je ressens face au mal irréparable fait à des enfants par des ministres de l’Église. Je voudrais m’unir à mes frères dans l’épiscopat, car s’il est juste de demander pardon et de soutenir avec force les victimes, il nous faut en même temps nous engager pour que cela ne se reproduise pas. » Dès son premier rendez-vous au Chili, mardi 16 janvier au Palais de la Moneda, le pape François n’a pas éludé la question des abus sexuels dans un pays où l’Église a été particulièrement éprouvée.

Des mots particulièrement applaudis, non seulement par les 700 officiels présents mais aussi au Parc O’Higgins, où le pape a ensuite célébré une messe pour les catholiques de Santiago et où était diffusé son discours, au lendemain d’un congrès d’associations de victimes qui ont annoncé, dans la capitale chilienne, la mise en place d’un réseau mondial.

Les peuples autochtones, souvent oubliés
« C’était important qu’il demande pardon car nous avions besoin d’entendre cela de la part des plus hautes autorités de la hiérarchie », fait remarquer Jorge Alday, présent parmi les 400 000 fidèles, qui retient aussi du discours du pape aux autorités son appel à un autre mode de vie. « Il nous invite à réfléchir sur ce que nous faisons, contre un certain consumérisme, se félicite cet homme d’âge mûr. J’apprécie son attention, sa proximité. C’est quelqu’un à qui je peux m’identifier. »

Car, dans son discours aux autorités, le pape ne s’est pas seulement arrêté sur la question des abus sexuels. Il a aussi appelé le Chili à être fidèle aux valeurs de ses fondateurs, il y a 200 ans : un pays « généreux et accueillant », « lieu de rencontre pour tous », « où la pluralité ethnique, culturelle et historique demande à être préservée de toute tentative de division ou de suprématie ».

Il a en particulier insisté sur l’écoute. « Il faut écouter », a-t-il martelé, rappelant « les chômeurs, qui ne peuvent pas subvenir dans le présent et encore moins dans l’avenir aux besoins de leurs familles », « les peuples autochtones, souvent oubliés et dont les droits ont besoin d’être pris en compte et la culture protégée », « les migrants, qui frappent à la porte de ce pays à la recherche d’un mieux-être ».

« Les béatitudes ne naissent pas d’attitudes critiques ni de bavardages à bon marché »
En présence du président élu Sebastián Piñera, dont les velléités de privatiser le système éducatif inquiètent, il a aussi appelé à « écouter les jeunes, dans leur désir d’avoir plus d’opportunités, surtout sur le plan éducatif », mais aussi « les personnes âgées » et les enfants.

« J’ai trouvé important qu’il évoque les peuples autochtones », affirme Ayleen, jeune femme aux fleurs blanches tressées dans les cheveux, évoquant cet autre sujet de friction au Chili. En Aracaunie, où François doit se rendre mercredi 17 janvier à la rencontre, notamment, des indiens Mapuches, deux églises ont été brûlées dans la nuit de lundi à mardi.

Lors de la messe célébrée mardi matin à Santiago, François, prêchant sur les Béatitudes, a mis en garde contre les « prophètes de malheur qui se contentent de semer la désillusion » et « les mirages qui nous promettent le bonheur avec un ‘’clic” », appelant les catholiques du pays à ne pas avoir « une attitude passive face à la réalité ». « Les béatitudes ne naissent pas d’attitudes critiques ni de bavardages à bon marché », a-t-il continué, expliquant combien « Jésus vient extirper l’immobilité paralysante » et « remettre en cause cette prostration négative appelée résignation ».

« Face à la résignation qui, comme une méchante rumeur, compromet les relations vitales et nous divise, Jésus nous dit : heureux ceux qui œuvrent pour la réconciliation », a-t-il affirmé appelant à « semer la paix par la proximité, dans le voisinage ! En sortant de sa maison et en regardant les visages, en allant à la rencontre de celui qui est dans une mauvaise passe, qui n’a pas été traité comme une personne, comme un digne enfant de ce pays ».

La Croix du 16.01.2018

 


La visite du pape au Chili entachée par les affaires de pédophilie

Les associations de victimes critiquent l’attitude de François et attendent des sanctions contre le clergé, soupçonné d’agressions sexuelles.

« Calomnies. » Le pape François a sèchement rejeté, jeudi 18 janvier, les accusations portées au Chili contre un évêque par des victimes d’agressions sexuelles de prêtres pédophiles, accusations qui ont plongé depuis des années l’Eglise catholique chilienne dans une grave crise. Alors qu’il arrivait à Iquique, dans le nord du pays, pour y dire une messe avant de se rendre au Pérou, le pontife argentin s’est approché de journalistes. Interrogé sur son soutien à l’évêque d’Osorno, Juan Barros, François a déclaré : « Le jour où vous m’apportez une preuve contre l’évêque Barros, je parlerai. Il n’y a pas une seule preuve contre lui. Ce ne sont que calomnies. C’est clair ? »

Ce soutien sans nuance a aussitôt déclenché une nouvelle salve de critiques contre l’attitude du pape de la part des associations de victimes. « Comme si on avait pu prendre un selfie ou une photo pendant que [le père] Karadima abusait de moi ou d’autres avec Juan Barros à côté, qui voyait tout. Ces gens d’en haut sont fous », a tweeté Juan Carlos Cruz, l’une des porte-parole de ces victimes.

« Ces délits sont prescrits, a déclaré un autre, Juan Carlos Claret. Ils datent d’il y a plus de quinze ans. Aucun juge ne peut enquêter. Il nous reste la voie canonique [le droit interne à l’Eglise]. Nous protestons depuis 2015 et le pape le sait. Il est juge, mais quand il nous traite de gauchistes, il prend parti. »

Ces victimes accusent Mgr Barros – qui s’en défend – d’avoir protégé un prêtre, qui était aussi son ancien mentor, Fernando Karadima, dont l’Eglise a reconnu qu’il avait agressé de très nombreux mineurs. Elles reprochent au pape François de l’avoir, malgré cela, nommé évêque d’Osorno en 2015, et demandent son départ. Alors que les questions sur cette affaire ont parasité les trois jours de sa visite, Jorge Bergoglio n’a cessé de lui manifester son soutien. Mgr Barros était présent aux côtés du pape lors des trois messes. Jeudi, à l’issue de celle d’Iquique, il l’a ostensiblement embrassé. Mgr Barros a dit à la presse avoir eu des paroles d’encouragement de sa part.

« Les mots sont inutiles »

Dès le début, la visite pontificale au Chili a été dominée par ces scandales. Connaissant pertinemment la situation, le pape avait d’emblée, dès son premier discours, mardi 16 janvier, exprimé « la douleur et la honte » ressenties « face au mal irréparable fait à des enfants par des ministres de l’Eglise ».

Mais pour les associations de victimes, ces mots, déjà prononcés il y a deux ans aux Etats-Unis, ont été décrédibilisés par la présence, à ses côtés, de Mgr Barros. « Les mots sont inutiles s’ils ne s’accompagnent pas d’actions concrètes », avait résumé José Andrés Murillo, directeur de la Fondation pour la confiance, lui-même victime dans sa jeunesse de Fernando Karadima. Ils sont tout simplement bons à faire « un nouveau titre bon marché », avait commenté Juan Carlos Cruz.

Lire aussi : Le pape exprime « douleur et honte » au Chili pour les enfants agressés sexuellement par des prêtres

La rencontre à huis clos du pape François avec des victimes, mardi, n’a pas davantage atteint son objectif. « Nous n’avons pas été invités, ont fait savoir les représentants des associations les plus actives. Nous espérons que leurs paroles [au pape] ne seront pas la seule chose de faite. »

A Santiago, le pontife a certes évoqué, devant les membres du clergé chilien, « la douleur qu’ont signifiée les cas d’abus commis sur des mineurs ». Mais il a aussitôt mis en balance cette douleur avec celle des prêtres et autres membres du clergé qui ont « vécu la souffrance qu’engendre la suspicion » et ont pu essuyer « des insultes dans le métro et dans la rue ».


http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/01/19/la-visite-du-pape-au-chili-entachee-par-les-affaires-de-pedophilie_5244003_3222.html#BLg8CdmcwVBH6Bmu.99

19.01.2018

Le cardinal O’Malley juge « compréhensible » que les propos du pape sur Mgr Juan Barros provoquent une « grande peine »

Accusé par des victimes chiliennes d’avoir pu assister aux actes pédophiles d’un vieux prêtre, Mgr Juan Barros a été défendu par le pape François.

Le cardinal américain Sean O’Malley, président de la commission vaticane de prévention de la pédophilie, a reconnu que les propos du pape pouvaient provoquer « une grande peine » chez les victimes.

« Le jour où vous m’apportez une preuve contre l’évêque Barros, je vous parlerai. Il n’y a pas une seule preuve contre lui. Tout est calomnie. C’est clair ? », a lancé le pape François à des journalistes chiliens, jeudi dès son arrivée à Iquique, à propos de Mgr Juan Barros Madrid.

Cet évêque de 61 ans est accusé par des victimes chiliennes d’avoir pu assister, quand il était jeune, aux actes pédophiles du père Fernando Karadima. Celui-ci, ancien formateur de prêtres, âgé aujourd’hui de plus de 80 ans, a été reconnu coupable en 2011 par un tribunal du Vatican d’avoir commis des actes pédophiles dans les années 1980 et 1990.

La nomination de Mgr Barros en janvier 2015, à la tête du diocèse d’Osorno, avait été contestée tant au Chili que par des experts laïcs de la Commission vaticane de protection des mineurs. Une lettre de protestation avait même été adressée au Vatican par quelques députés et organisations laïques chiliennes.

En 2011, l’Église du Chili avait demandé pardon pour tous les cas d’abus sexuels sur des enfants commis par des membres du clergé et pour son manque de réactivité face aux plaintes par le passé. Pour sa part, Mgr Barros a toujours nié avoir eu connaissance des agressions de celui qui fut son père spirituel durant 35 ans.

Lettre du pape François à l’épiscopat chilien
Quelques jours avant l’arrivée du pape, ce dossier a refait surface avec la publication d’une lettre envoyée en 2015 par le pape François à l’épiscopat chilien et qui reflète un certain embarras du Vatican.

« Je n’ai pas été témoin des agissements de Karadima. Je vous demande de me laisser tranquille », a lancé Mgr Barros à des journalistes le 17 janvier. Faisant fi des polémiques, l’évêque d’Osorno a, en effet, participé à toutes les messes célébrées par le pape au Chili. Et à la fin de la messe à Iquique, le pape lui a ouvertement donné l’accolade, provoquant une avalanche de tweets dans la salle de presse.

Selon le cardinal Sean O’Malley, archevêque de Boston et président de la commission vaticane de prévention de la pédophilie au sein de l’Église, il est « compréhensible » que ces propos provoquent « une grande peine » chez les victimes de prêtres pédophiles au Chili.

Dans un communiqué, le cardinal O’Malley estime que « des paroles qui envoient le message ’’si vous ne pouvez pas prouver vos accusations alors on ne vous croira pas’’ abandonnent ceux qui ont souffert de violations criminelles répréhensibles à leur dignité humaine et relèguent les victimes dans un exil discrédité ».

L’archevêque de Boston ajoute cependant que le pape François reconnaît pleinement les manquements de l'Église et de son clergé sur les crimes pédophiles. « En accompagnant le Saint-Père à de nombreuses réunions avec des victimes, j'ai été témoin de sa douleur d'apprendre la profondeur et l'ampleur des blessures infligées à ceux qui ont été abusés sexuellement », souligne encore le cardinal O'Malley.

Selon le porte-parole du diocèse de Boston, le cardinal O'Malley s’est rendu ce week-end au Pérou pour une visite prévue de longue date et pour s'entretenir avec le pape François.

La Croix du 21.01.2018

 

José Andrés Murillo : « Pour lutter contre la pédophilie dans l’Église, il faut changer de logique »

Fondateur de l’association chilienne de lutte contre les abus sexuels « Pour la confiance », José Andrés Murillo attend du pape qu’il « renverse la logique de pouvoir » en place selon lui dans l’Église catholique.

La Croix : Vous affirmez que vous attendez du pape davantage d’actions et moins de paroles. Concrètement, que lui reprochez-vous en matière de lutte contre les abus sexuels dans l’Église ?

José Andrés Murillo : Le pape François s’est exprimé à de très nombreuses reprises sur la question des abus sexuels et a mis en place certaines mesures. Mais dans la mesure où le problème de la pédophilie et de l’abus est en lien avec les dynamiques de pouvoir, c’est à cela qu’il faut s’attaquer. Si le pape veut vraiment lutter contre ce fléau, surtout lorsque des actes sont commis par des prêtres ou des membres de l’Église, il faut remettre en question ces dynamiques, renverser la logique de pouvoir.

À son arrivée à Iquique, devant les journalistes chiliens qui l’interrogeaient, le pape François a parlé de « calomnie » à l’encontre de Mgr Juan Barros, que vous accusez d’avoir couvert les actes d’un prêtre pédophile, Fernando Karadima, dont vous avez vous-même été victime. Comment avez-vous réagi ?

J.A.M. : Le pape a demandé des « preuves » concernant Mgr Barros. Il est temps que la responsabilité d’apporter des preuves change de camp. Ce n’est pas aux victimes de prouver la culpabilité de quelqu’un. S’il y a suspicion plausible contre quelqu’un, alors il doit y a le devoir d’enquêter. Nous affirmons que Mgr Barros a entravé les investigations autour de Fernando Karadima à plusieurs reprises et qu’il a été au courant des agissements de celui qui a été pendant de longues années son père spirituel. Les preuves de cette accusation se trouvent dans les dossiers civil et canonique. Il y a un grave manque de cohérence entre l’éthique proclamée et les faits, en ignorant ainsi les éléments à disposition de la justice.

Dans la conférence de presse au retour de son voyage, lundi 22 janvier, le pape a toutefois regretté d’avoir ainsi demandé des « preuves »…

J.A.M. : Pour nous, ce qu’il a dit dans cette interview finale n’a pas beaucoup de sens, car la déclaration qu’il a faite en amont va précisément dans la direction opposée de la résolution de la question des abus sexuels. En dépit des déclarations d’intention, l’Église nous a montré à chaque fois que c’était aux victimes de faire le travail de dénonciation, de recherche… D’où la création de notre plate-forme internationale Ending Clerical Abuse, lancée le 15 janvier à Santiago du Chili avec d’autres associations de lutte contre les abus sexuels.

La Croix du 22.01.2018

Pédophilie : le pape François tancé par un cardinal
Lors de son voyage au Chili et au Pérou, François a déçu les victimes d’agressions sexuelles, en qualifiant de « calomnies » les accusations portées à l’encontre d’un évêque chilien soupçonné d’avoir couvert les actes d’un prêtre pédophile.

La remontrance n’est pas venue de n’importe qui. Elle a été formulée par le principal conseiller du pape François pour les affaires de pédophilie dans l’Eglise catholique, qui est aussi l’un des neuf cardinaux du conseil qu’il a institué autour de lui. Dans un texte publié samedi 20 janvier, le cardinal américain Sean Patrick O’Malley a jugé « compréhensible que la déclaration du pape François à Santiago du Chili ait été une source de grande douleur pour les survivants d’agressions sexuelles par des membres du clergé ou par d’autres agresseurs ».
L’archevêque de Boston se référait aux propos tenus jeudi par le pontife argentin à des médias chiliens, qualifiant de « calomnies » les accusations portées contre un évêque chilien, Juan Barros, accusé par des victimes d’un prêtre pédophile d’avoir couvert les actes de leur agresseur, Fernando Karadima, condamné par l’Eglise à une vie de « pénitence et de prières », en 2011. Jeudi, à Iquique, le pape avait affirmé qu’il n’y avait « pas une seule preuve contre » Mgr Barros. « Ce ne sont que calomnies. C’est clair ? », avait-t-il ajouté d’un ton tranchant. « Les paroles qui transmettent le message : “Si vous ne pouvez pas prouver vos accusations, alors vous ne serez pas crus”, abandonnent ceux qui ont subi des violations criminelles répréhensibles de leur dignité humaine et relèguent les survivants dans un exil discrédité », a ajouté le cardinal O’Malley.
« Ici, il y a des preuves »
L’archevêque de Boston, qui a succédé à ce poste à Bernard Law, accusé avant son récent décès d’avoir couvert pendant des décennies des prêtres pédophiles dans son diocèse, a précisé que le pape connaît parfaitement « les énormes échecs » de l’Eglise en matière de pédophilie et « les conséquences dévastatrices » que ces crimes ont eues sur les « survivants ». Il a attesté aussi de la réalité de sa volonté de « tolérance zéro » pour ces crimes dans l’Eglise. Mais pour que le chef de la commission pontificale pour la protection des mineurs reprenne ainsi instantanément, et sous cette forme inusitée, le propos controversé du pape, c’est bien qu’il a senti qu’il risquait d’avoir des conséquences désastreuses sur un sujet que l’Eglise catholique ne parvient décidément pas à traiter efficacement.
Les accusations d’inertie portées contre l’Eglise par des victimes d’agressions sexuelles agitent les catholiques chiliens depuis des années et elles ont totalement dominé la visite du pape dans ce pays, où l’affluence aux messes a été largement inférieure aux prévisions. Mais ces reproches ont aussi parasité une partie de la visite au Pérou, où la ferveur était pourtant bien plus grande. « François, ici, il y a des preuves », affirmait une banderole fixée sur un immeuble de Lima, dimanche matin.
Le calicot portait la photo de Luis Figari, le fondateur laïc d’une société catholique, accusé de violences sexuelles sur mineurs. Quelques jours avant de se rendre en Amérique du Sud, le pape avait placé sous la tutelle du Vatican ce mouvement fondé en 1971, Sodalitium Christianae Vitae. La justice péruvienne a demandé le 13 décembre 2017 la mise en détention provisoire de quatre membres du mouvement, dont Luis Figari, réfugié à Rome. Un rapport accuse M. Figari et trois autres dirigeants d’avoir agressé sexuellement dix-neuf mineurs ainsi que dix adultes entre 1970 et 2000.
Refus d’entendre les plaintes
Pour la première fois, les messages portés par le pape se sont retournés contre leur auteur, pourtant habile communicant, qui plus est en terrain connu, dans son Amérique du Sud natale. François était venu avec des discours forts qui, en d’autres circonstances, auraient marqué. Au Pérou, à Puerto Maldonado, il a prononcé un dense plaidoyer pour les « peuples natifs » de l’Amazonie, qui n’ont « jamais été aussi menacés sur leurs territoires qu’ils le sont présentement », et en faveur d’une « écologie intégrale ». Il s’est élevé contre les violences faites aux femmes, utilisant pour la première fois le mot « féminicide ». Et il a dénoncé la « politique malade » de la corruption. Pourtant, c’est son refus d’entendre les plaintes d’anciennes victimes de pédophiles dont on se souviendra d’abord au sujet de ce voyage.
Après son élection, François avait pourtant promis des réformes pour prévenir de nouveaux abus sexuels. Pour le conseiller, il avait créé en 2014 la commission d’experts confiée à Sean O’Malley. Deux victimes en étaient membres. Mais, au fil des mois, la volonté de réforme semble s’être enlisée. L’une des deux victimes, le Britannique Peter Saunders, qui avait critiqué la décision de nommer l’évêque chilien Barros dans le diocèse d’Osorno, avait été prié de se mettre en congé de la commission en février 2016. En mars 2017, c’était au tour de la seconde victime, l’Irlandaise Marie Colins, de donner sa démission, en dénonçant le « manque de coopération » d’une partie de la curie romaine et le fait que le tribunal promis par le pape pour juger les évêques négligents dans la gestion de cas d’abus sexuels n’a jamais vu le jour. Depuis la mi-décembre, le mandat de trois ans de cette commission est arrivé à expiration, sans que le pape ait indiqué s’il comptait le renouveler.

http://www.lemonde.fr/international/article/2018/01/22/pedophilie-le-pape-francois-tance-par-un-cardinal_5245202_3210.html#Kidib4QB7GWq7Uou.99
22.01.2018

Le pape présente des excuses aux victimes d'abus sexuels

Le pape François a présenté lundi "des excuses" aux victimes d'abus sexuels, après le tollé provoqué au Chili par son soutien à un évêque chilien controversé faute selon lui de "preuve" à son encontre, un mot dont il a reconnu qu'il avait "blessé".
"Le jour où vous m'apportez une preuve contre l'évêque Barros, je vous parlerai. Il n'y a pas une seule preuve contre lui. Tout est calomnie. C'est clair ?", avait lancé abruptement jeudi le pontife argentin, apostrophé par des journalistes au Chili.
Dans ce pays où le catholicisme est en chute, François a aussi choqué en donnant une accolade à Mgr Juan Barros, évêque soupçonné d'avoir gardé le silence sur les agissements d'un vieux prêtre pédophile défroqué par le Vatican.
"Je dois présenter des excuses parce que le mot +preuve+ a blessé tant de personnes victimes d'abus", a déclaré François lors d'une conférence de presse dans l'avion qui le ramenait à Rome.
"Entendre le pape leur dire en face +apportez-moi une lettre avec la preuve+, c'est une gifle et je me rends compte maintenant que mon expression n'a pas été heureuse", a-t-il dit.
Il a cependant rappelé que le Vatican avait enquêté sur Mgr Barros, sans trouver "d'élément pour le condamner". Au risque de déplaire aux Chiliens, il s'est déclaré "convaincu" de l'innocence de l'évêque.
"Vous me dites qu'il y a des victimes, mais je ne les ai pas vues, elles ne se sont pas présentées à moi", a-t-il argué, en reprenant son expression de "calomnie".
Dans l'avion, le pape a estimé qu'il aurait dû parler d'"élément à charge". "Le mot +preuve+ n'était pas le meilleur pour me rapprocher d'un coeur endolori", a-t-il convenu. "Je sais qu'il y a beaucoup de personnes victimes d'abus qui ne peuvent apporter de preuve".
"Je sais combien elles souffrent", a insisté François, qui a rencontré au Chili en privé deux victimes de prêtres pédophiles. Selon le Vatican, il a "prié et pleuré" avec elles.
"Le drame des victimes d'abus est horrible, horrible. Il y a deux mois, j'ai été en contact avec une femme victime il y a 40 ans. Mariée avec trois enfants, cette femme ne communiait pas depuis cette époque, parce que dans la main du curé, elle voyait la main de l'auteur d'abus sexuels", a confié le pape.
Samedi, le cardinal Sean Patrick O'Malley -qui dirige une commission anti-pédophilie en cours de renouvellement au Vatican- avait mis en avant la sincérité de François lorsqu'il prône la tolérance zéro contre la pédophilie dans l'Eglise.
Mais dans une critique inhabituelle du pape, il avait jugé "compréhensible" que les propos du souverain pontife aient pu provoquer "une grande douleur".
"Sa déclaration a été très juste", a estimé le pape dans l'avion. "Il a rappelé tout ce que j'ai fait et ce que je fais, et ce que fait l'Eglise, et puis il a dit la douleur des victimes".

http://www.lepoint.fr/monde/le-pape-presente-des-excuses-aux-victimes-d-abus-sexuels-22-01-2018-2188699_24.php
22/01/2018

Abus sexuels dans l’Église : le pape s’excuse et s’explique

Le pape François est rentré lundi 22 janvier de son voyage au Chili et au Pérou.

Dans la conférence de presse qu’il a donnée dans l’avion, il est longuement revenu sur la question des abus sexuels qui a pesé sur son séjour chilien.

« Une expression malheureuse : le mot “preuve” a blessé beaucoup de victimes d’abus. » Dans un mea culpa inédit, le pape François est longuement revenu, dimanche 21 janvier au soir dans l’avion qui le ramenait de Lima après un voyage d’une semaine au Chili et au Pérou, sur la question des abus sexuels dans l’Église.

Et notamment sur sa véhémente défense, jeudi à Iquique (nord du Chili), de l’évêque d’Osorno, Mgr Juan Barros, qui a assombri la partie chilienne de son voyage.

Prédateur sexuel
Évêque de longue date (auxiliaire à Valparaison, puis évêque d’Iquique, aux armées puis, depuis 2015, d’Osorno), Mgr Juan Barros a en effet été impliqué dans le scandale Karadima, du nom de cet ancien curé d’une paroisse d’un quartier huppé de Santiago à l’origine de nombreuses vocations, mais qui s’est révélé un redoutable prédateur sexuel et qui, dénoncé en 2004, n’a été renvoyé de l’état clérical qu’en 2011.

Jeune homme, Juan Barros avait fait partie du groupe de jeunes dont la vocation avait été éveillée par Karadima.

Mais un autre jeune de ce groupe l’accuse d’avoir été présent dans une pièce contiguë à celle où il était en train de se faire abuser par le prêtre. Et d’être donc, de ce fait, complice, la porte étant restée ouverte. Juan Barros affirme, lui, n’avoir rien su.

« Calomnie »
« Autour de Karadima, cela fonctionnait comme une secte », se souvient José Andrés Murillo, lui aussi ancien du groupe, abusé à l’époque par le prêtre et aujourd’hui directeur de la fondation Pour la confiance, qui lutte contre les abus sexuels. « Ce contexte est une preuve suffisante contre Barros », affirme-t-il.

Interrogé jeudi à Iquique, avant une messe où Mgr Barros figurait parmi les célébrants, le pape François avait répondu de manière assez véhémente à la télévision chilienne qui l’interrogeait. « Le jour où on m’apportera une preuve contre Mgr Barros, alors on verra. Il n’y a aucune preuve contre lui. Tout cela est de la calomnie. C’est clair ? », avait-il lancé.

« Exil discrédité »
Une phrase dont le cardinal Séan O’Malley, archevêque de Boston mais aussi membre du « C9 » et président de la Commission pour la protection des mineurs a reconnu qu’il était « compréhensible » qu’elle provoque « une grande peine » chez les victimes.

« Des paroles qui envoient le message “si vous ne pouvez pas prouver vos accusations alors on ne vous croira pas” abandonnent ceux qui ont souffert de violations criminelles répréhensibles à leur dignité humaine et relèguent les victimes dans un exil discrédité », a-t-il même jugé.

« Mon expression a été malheureuse »
« Je dois présenter des excuses parce que le mot preuve a blessé », a admis le pape dimanche soir, reconnaissant que les victimes semblaient soudain sommées par le pape de présenter un « certificat » de leur abus. « J’ai voulu traduire un principe légal et je m’excuse auprès d’elles si je les ai blessées sans le vouloir, a-t-il répété. Entendre le pape leur dire en face “apportez, moi, une lettre avec la preuve”, c’est une gifle. Et je me rends compte maintenant que mon expression a été malheureuse. »

François est aussi revenu sur la manière dont il avait géré le cas de Mgr Barros. « Il y a, au Chili, quatre évêques que Karadima a envoyés au séminaire, a-t-il raconté. Certains, à la conférence épiscopale, ont suggéré qu’il vaudrait mieux qu’ils démissionnent, prennent une année sabbatique et que l’on voit ensuite quand la tempête serait passée, car ce sont de braves et bons évêques. »

Il a même reconnu que Mgr Barros lui avait présenté sa démission. « Il est venu à Rome et j’ai dit non. On ne joue pas avec ça : c’est admettre sa culpabilité. Chaque fois qu’il doit y avoir un coupable, on enquête. »

Déni de justice
Et quand, après sa nomination à Osorno et les manifestations qui ont suivi, Mgr Barros a présenté une seconde fois sa démission, François a encore refusé. « J’ai dit : tu y vas », a-t-il insisté, expliquant qu’une enquête sur l’évêque était alors en cours.

« Le cas de Barros a été étudié et réétudié, mais aucun élément n’est arrivé. Et moi, je ne peux pas le condamner si je n’ai pas d’éléments. Si je le condamnais sans élément ou sans certitude morale, je commettrais, moi, un déni de justice », a-t-il affirmé, se disant « convaincu » que Mgr Barros est « innocent ».

Quant aux accusations contre Mgr Barros, le pape assume les avoir qualifiées de « calomnies » : Les victimes « ne sont pas venues apporter d’éléments pour un jugement. Tout cela est trop léger pour être pris en compte : quelqu’un qui accuse sans élément, avec opiniâtreté, c’est de la calomnie », a-t-il martelé, se disant néanmoins prêt à entendre tout élément à charge contre Mgr Barros : « J’ai le cœur ouvert à recevoir les victimes. »

La Croix du 22.01.2018


 


 


 

 

 

 

PINOCHET (Chili)

 


 

 

 

 

RACISME

 

Frédéric Potier : «La notion de racisme d’Etat est une insulte»

Le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT prône un meilleur accueil des victimes via la formation des policiers et magistrats, annonce de futures mesures dans le monde du travail, mais n’est pas convaincu par l’utilité du récépissé.
Frédéric Potier : «La notion de racisme d’Etat est une insulte»
Frédéric Potier, 38 ans, est la nouvelle tête de pont de la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) depuis mai 2017. Il a succédé à Gilles Clavreul, préfet comme lui et désormais chargé d’une mission sur la laïcité. Issu d’une famille «de gauche» où l’on «lisait religieusement Libé et Télérama», Frédéric Potier est diplômé de l’Ena, promotion Simone-Veil (2004-2006). Ces trois dernières années, il a conseillé Manuel Valls puis Bernard Cazeneuve sur les questions ultramarines, sans avoir jamais été encarté au PS (ni dans un autre parti).

C’est surtout par le style que Frédéric Potier se différencie de son prédécesseur : lui privilégie une certaine discrétion, ne bataille pas sur les réseaux sociaux. Se définissant comme «un démineur», il revendique un travail «sur le terrain» et considère la Dilcrah, avec son équipe de 10 personnes et son budget de 6 millions d’euros par an, «un peu comme une start-up dans l’appareil d’Etat».

Comment concevez-vous le rôle de la Dilcrah ?
L’Etat a mis en place cette structure pour porter une politique de lutte contre des haines qui touchent différents publics, et qui ont en commun la détestation de l’autre sur la base du cliché, du stéréotype. Le travail essentiel de la Dilcrah, c’est de combattre ces préjugés et de lutter pour les valeurs républicaines, universalistes.

La lutte contre le racisme peut-elle n’être qu’une lutte contre les clichés et les représentations ?
Evidemment, on ne sépare pas la lutte contre les discours et la violence raciste des discriminations concrètes. C’est une question de compétences des services : les discriminations individuelles par exemple relèvent du Défenseur des droits. Dans le cas des discriminations dans l’accès au logement, le phénomène est massif… On n’a pas de solution miracle sur ce sujet, ni pour les discriminations dans l’accès à l’emploi d’ailleurs. Des amendes et des sanctions sont prévues dans la loi mais il faut trouver des réponses opérationnelles. Le prochain plan interministériel, qui sera dévoilé autour du 19 mars, contient un volet sur les relations avec le monde du travail.

Contre les messages racistes et homophobes postés sur Internet, vous travaillez directement avec les plateformes comme Google, Facebook… ?
Oui. On est passé d’une situation de déni des opérateurs, qui disaient en substance : «Moi, je suis comme La Poste, je ne suis pas responsable de ce que les gens écrivent», à une prise de responsabilité assez nette. La difficulté, c’est qu’entre l’océan de haine qui se déverse et nos moyens, la réponse n’est pas à la hauteur. Il faut qu’on passe de l’artisanat à la phase industrielle.

Comment faire pour que les victimes de racisme n’aient pas l’impression de perdre leur temps si elles portent plainte ?
L’enjeu majeur, c’est la formation des policiers, des gendarmes, des magistrats. La Dilcrah intervient dans les écoles de police et ces formations sont souvent très bien accueillies. Il y a un double enjeu. D’abord, l’accueil de la victime, comment on la gère, quelles questions on lui pose. Ensuite, le comportement des agents du service public eux-mêmes. Les policiers qu’on forme ont plein de questions : «c’est quoi le racisme ?» ; «existe-t-il un racisme anti-Blancs ?». Ou sur les contrôles au faciès. On reprend donc à la base. On rappelle qu’il n’y a qu’une «race» humaine, que le racisme c’est d’abord une construction sociale, et qu’on est donc dans des questions de représentations. Je crois beaucoup à la possibilité de changer les esprits.

Comment l’Etat peut-il garantir que ses agents ne perpétueront pas des représentations racistes dans l’exercice de leurs fonctions ?
Le contrôle au faciès est interdit…

Oui, mais il existe…
La difficulté réside dans cette équation : comment permet-on à ces policiers de gérer les contraintes qu’on leur pose en termes d’efficacité, tout en préservant les principes républicains ? C’est pour ça que la formation est à développer, systématiser.

Il avait été question de délivrer des récépissés aux personnes contrôlées…
J’ai assisté, en tant que spectateur, à un grand colloque sur le sujet organisé par le précédent Défenseur des droits, Dominique Baudis. Je n’y ai pas trouvé de solution miracle ou de martingale. Les expériences étrangères, dont il avait aussi été question, ne m’ont pas semblé concluantes…

Le conseil scientifique de la Dilcrah a-t-il été modifié depuis votre arrivée ?
Il s’est élargi juste avant mon arrivée. C’est toujours Dominique Schnapper qui le dirige. Ce conseil est très utile parce qu’il nous éclaire sur les projets de recherche universitaire. Cela nous permet de solliciter de manière collégiale ces chercheurs sur des projets, des avis.

Il est reproché à ce conseil d’être très blanc et très masculin…
Je ne partage pas cette appréciation.

Il suffit de compter…
Benjamin Stora, Smaïn Laacher, Nonna Mayer, Gilles Kepel, Myriam Cottias sont des personnes qui ont des choses à dire. Nous consultons également des chercheurs qui n’appartiennent pas au conseil scientifique, d’ailleurs. Moi, ce qui m’intéresse, c’est ce que les gens ont à dire. Le racisme, l’antisémitisme, la haine anti-LGBT, ça m’attaque aussi personnellement, quand bien même je ne suis ni d’une couleur «minoritaire», ni juif, ni d’une minorité sexuelle. Je prends ces attaques-là comme des attaques frontales contre nos valeurs et contre ce que nous sommes collectivement.

Est-ce qu’il y a, selon vous, des antiracistes avec lesquels on ne peut pas dialoguer ?
La difficulté, c’est qu’avec le Parti des indigènes de la République par exemple, on a un désaccord de fond sur la notion de racisme d’Etat. Etant moi-même un représentant de l’Etat, je ne vois pas comment ni pourquoi ils viendraient me solliciter, ni pourquoi j’irais les solliciter. Cette notion de racisme d’Etat est diffamatoire. Elle est une insulte. Ce qui me gêne dans ces mouvements et dans les concepts de «blanchité», de non-mixité, de «souchiens», «non-souchiens», c’est qu’on est dans de l’assignation identitaire. Je suis un homme blanc, donc il faudrait que je sois forcément un mâle dominant ou un post-colonisateur… Une réunion réservée aux Blancs…

Mais les associations antiracistes n’organisent pas des réunions réservées aux Blancs…
Ce sont des choses que j’ai vues écrites. J’ai lu des exemples sur Internet où il était écrit «réunion réservée aux Blancs» et «réunion réservée aux personnes dites "racisées"». Ce qui pose la question de comment vous considérez la question des personnes métisses…

Le mot «racisé», pour les personnes qui le défendent, c’est une manière de désigner les personnes qui vivent le racisme. Lequel existe même si les races n’existent pas.
Je ne veux pas surjouer les clivages. Je trouve que c’est une approche très théorique, sociologique, conceptuelle, qui ne correspond pas à la réalité de ce que vivent les victimes concrètes pour lesquelles moi, je cherche à mettre en place des financements de projets, de la formation, des évolutions de la loi, etc.

Des féministes aussi organisent des réunions en non-mixité. Elles ne disent pas «on veut une société sans hommes», mais que pour pouvoir accéder à une vraie égalité, il faut des espaces de parole en non-mixité. C’est une question de méthode. Pourquoi ne pourrait-il pas en être de même pour les personnes «racisées» ?
Je ne suis pas convaincu par cette argumentation.

Vous ne vous en rendez probablement pas compte parce qu’on ne vous a jamais coupé la parole en réunion…
Si, justement, ça m’arrive souvent qu’on me coupe la parole et beaucoup par mes collaboratrices, qui sont de fortes personnalités, et j’en suis très heureux d’ailleurs.

Michel Wieviorka, qui a travaillé sur le racisme institutionnel, conteste la notion de racisme d’Etat mais relevait récemment, dans Libération, que le modèle universaliste ne tenait pas ses promesses…
Ces replis se logent dans les interstices de notre modèle républicain : quand il ne marche pas, on a des difficultés sociales et économiques, et la tentation est celle du repli sur soi. Donc, je comprends bien ce que dit Wievorka. Evidemment, il y a beaucoup de racisme dans notre société, et il touche aussi les agents de l’Etat. De là à dire qu’il y aurait un racisme d’Etat, institutionnalisé au sens où il serait délibéré, volontaire et organisé, c’est une erreur.

Est-ce qu’il faut attaquer en justice les personnes qui utilisent la notion de racisme d’Etat ?
Le ministre de l’Education a fait une déclaration sur le sujet. Il faut voir avec ses équipes. Je laisse le soin aux juristes du ministère de se prononcer là-dessus.

S’il n’y a pas de racisme d’Etat, est-ce qu’il y a tout de même du racisme dans l’Etat ?
On peut avoir des agents racistes évidemment, et ça doit être combattu. Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit, d’où qu’il vienne. On était récemment à la préfecture de Seine-Saint-Denis avec Ali Guessoum de l’association Remembeur, qui y exposait une collection d’affiches détournées, comme celle de Marlboro où il est écrit «le racisme tue». Voilà, ce sont des choses qui sont toujours très présentes dans mon esprit…

Mais les personnes qui sont victimes de racisme savent déjà que ça tue. Que fait-on pour elles ?
Ça concerne tout le monde, mais pas de la même façon. Quand je parle de formation des policiers, des magistrats, c’est aussi pour accueillir la plainte des victimes. On soutient également les associations qui font du testing [test de discrimination, ndlr] pour prouver des discriminations raciales.

Le ministère de l’Intérieur a annoncé une baisse globale des actes racistes en 2017, mais des agressions antisémites et islamophobes en hausse…
Le bilan est contrasté. Au total, les actes racistes, antisémites et antimusulmans baissent de 16 % sur l’année 2017. Mais l’augmentation simultanée des agressions violentes est un motif d’inquiétude légitime. Il faut donc être tout particulièrement vigilant.

Gallimard a suspendu son projet de rééditer les pamphlets antisémites de Céline. Vous aviez vous-même fait part de votre inquiétude à l’éditeur. Comment réagissez-vous ?
La réédition de ces délires antisémites ne pouvait s’envisager sans un appareil critique et historique très rigoureux, c’est ce que j’ai dit à Gallimard. L’éditeur semble avoir considéré que les conditions n’étaient pas réunies pour cela. J’en prends acte.

Libération du 05.02.2918


 

 

 

 

RAELIENS

 

Le mouvement raëlien tente aussi de décoller à Dijon

Le mouvement raëlien français vient d’organiser une conférence à Dijon. Au menu : ambassade à construire pour les extraterrestres, code génétique détérioré par la cigarette et l’alcool, et datation par le carbone qui serait « fausse ».
Samedi 3 février, 18 h 30, devant un hôtel du quartier de la gare, à Dijon. Plusieurs grappes de personnes discutent. Un homme se met soudainement à l’écart pour répondre au téléphone et lâche : « Il n’y a personne. Il y a anguille sous roche ». Et ce, juste au moment où un autre homme sort de l’hôtel en lançant : « Vous venez pour la conférence ? C’est bien ici, au fond, en bas des escaliers ».

Cette conférence, c’est le mouvement raëlien français qui l’organisait, avec un thème clairement annoncé sur son site Internet : “Des extraterrestres ont créé l’humanité scientifiquement”. La salle de conférences est petite mais remplie. Environ 35 personnes sont présentes, surtout des jeunes. Tous sont chaleureusement accueillis par une jeune femme, Valérie : « Pour lancer la soirée, on aimerait savoir pourquoi vous êtes venus ? Pour voir des Raëliens en chair et en os ? Peut-être autre chose ? » Dans le fond de la salle, un jeune homme répond : « Par curiosité ».

La tendresse du petit chiot

Un petit film est ensuite projeté, reprenant notamment la base du discours raëlien : « Il nous faut désormais construire une ambassade pour accueillir de nouveau sur Terre les extraterrestres qui nous ont créés ». Le film se termine par deux questions : « Sommes-nous prêts à les accueillir ? Êtes-vous prêts à les reconnaître ? ».

Suivront quatre témoignages de Raëliens qui s’assument. La première, Patricia, invite les participants à fermer les yeux pour « se connecter et imaginer la planète comme un vaisseau spatial ». La consigne est diversement suivie par la salle.

Un autre témoin, Bertrand, s’emballe un peu : « Regardez les insectes, les papillons. Les extraterrestres qui nous ont créés sont des poètes, des musiciens, des artistes ! Imaginez la tendresse qu’il a fallu pour imaginer le petit chiot… »

Passés les témoignages, arrive le moment des questions-réponses. Plusieurs participants portent alors la contradiction aux Raëliens : « Vous nous dites que les extraterrestres nous ont créés il y a environ 25 000 ans, alors que la datation carbone prouve que notre arrivée sur Terre date de beaucoup plus loin », souligne un jeune homme. Réponse de Valérie, toujours avec un sourire désarmant : « Ce système de datation est faux. Les Elohims (les extraterrestres, ndlr) ont aussi créé les dinosaures et décidé de leur destruction ». Quelques minutes plus tard, Valérie déclare : « Les Elohims nous ont créés parfaits, nous avons ensuite détérioré notre code génétique avec l’alcool, la cigarette ou la drogue ». Après une heure de conférence, les Raëliens invitent « ceux qui le souhaitent à poursuivre le débat en buvant un verre ou même en dînant avec [eux] ». Sur le trottoir, deux étudiants en maths et en physique ont trouvé la conférence « presque drôle parfois. Les Raëliens se basent sur une démarche scientifique, mais n’apportent jamais aucune preuve. On ne peut décemment pas être convaincus ».

La Miviludes « incite fortement à la plus grande prudence »

Le mouvement raëlien est-il considéré comme un mouvement sectaire ? La question revient régulièrement. Pour en avoir le cœur net, nous avons interrogé la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Sa secrétaire générale adjointe, Audrey Keysers, nous a longuement répondu par courriel, et notamment ceci : « Fondé dans les années 1970, le mouvement raëlien est dirigé par Claude Vorilhon, alias Raël. Sa doctrine s’appuie sur une prétendue rencontre avec des extraterrestres, qui lui auraient annoncé la venue d’Elohim sur Terre, dont il convient de préparer l’arrivée. Pour ce faire, il a tenté à plusieurs reprises de bâtir ici ou là un aéroport spécialement dédié à cet événement. Le mouvement s’est par ailleurs rendu célèbre, fin 2002, pour avoir annoncé la réussite du clonage d’un être humain par le biais de sa filiale Clonaid. Il convient également de relever l’existence d’une association satellite, dénommée Clitoraid, qui milite pour la mise en place d’une “clinique du bonheur” en Afrique, qui devrait contribuer à la réparation chirurgicale des femmes ayant subi une mutilation sexuelle. Enfin, la principale caractéristique du mouvement consiste à prôner la “méditation sensuelle”. Aujourd’hui, le mouvement raëlien se manifeste en quelques occasions de par le monde : “journée de réhabilitation du svastika”, qui serait symbole de bien-être et de chance, au Canada ; démêlés judiciaires dus à une campagne d’affichage sur la place publique en Suisse ; manifestation de personnes dénudées de la poitrine (“Go Topless Day”) ; tournée d’information dans différentes villes de France en 2016… Cette même année, le responsable du mouvement raëlien pour la France a fait parvenir à Madame la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes une “demande de mise en application des principes directeurs émis par des experts de l’Unesco en faveur d’une éducation sexuelle à partir de 5 ans dans le cadre de l’action internationale ‘SexEd Day’, incluant une information sur la masturbation”. Le mouvement raëlien n’ayant pas abandonné sa doctrine, je vous incite fortement à la plus grande prudence ».

Le Bien Public du 07.02.2018
 

 

 

 

SANTE

 

A écouter

Interview du Dr Serge Blisko, Président de la Miviludes

La médecine face aux sectes

http://www.jim.fr/medecin/videos/e-docs/la_medecine_face_aux_sectes_169913/document_jim_tube.phtml

 

 


 

 

 

 

SCIENTOLOGIE

 

Un juge enquêtera sur un scientologue

Le sexagénaire a acquis des biens par une procédure désuète. Pour un avocat, il exerce illégalement le métier de banquier.
L'enquête sur les activités de Jean-François Charpenet, scientologue angevin de haut rang, rebondit. Ce marchand de biens, 67 ans, à la tête d'Action soutien à l'association spirituelle de l'Église de Scientologie du Centre-Ouest, intrigue depuis sa débâcle immobilière. Il y a un an, le tribunal de commerce a choisi de liquider la grande majorité de ses quatorze sociétés civiles immobilières. Le passif avoisinait les 15 millions d'euros.
Le sexagénaire en a créé en tout une bonne cinquantaine. Un impressionnant parc constitué de maisons individuelles, de belles propriétés et même d'un château. Particularité de cet ensemble de biens : une proportion importante a été acquise par des ventes à réméré. Ce procédé ancien, remontant au Code Napoléon, permet, dans une mauvaise passe financière, de vendre son habitation et de le racheter plus tard au prix fort. Problème : beaucoup de personnes ayant eu recours à cette facilité ne sont pas parvenues à récupérer leurs maisons.
Certaines accusent même Jean-François Charpenet de les avoir piégées. Au moins une plainte a été déposée à Angers où l'enquête est dirigée par le parquet. Trop lentement pour Patrick Amate, propriétaire dans les Bouches-du-Rhône, récemment expulsé de son logement malgré la présence avec lui de son fils handicapé.
Son avocat a choisi de relancer la procédure. Il a transmis une plainte avec constitution de partie civile. Ainsi, il a saisi directement, le 12 octobre dernier, un juge d’instruction. Avec des arguments nouveaux.
Pour Me Serge Almodovar, Jean- François Charpenet pourrait être poursuivi pour «l'exercice illégal de la profession de banquier». Le prix de rachat demandé au vendeur, bien supérieur au prix de vente, ainsi que « le taux d'intérêt à deux chiffres de l'ordre de 25 à 30 % et l'indemnité d'occupation extrêmement élevée pour des pratiques récurrentes constituent autant d'opérations de crédit déguisées ».
Reste à savoir si le parquet d'Angers, et le juge d'instruction qui héritera du dossier, partageront cette analyse.

Ouest-France, 6 février 2018
 

 


 

 

 

 

SODALITIUM (SODALICIO)


Sodalicio dans le viseur : mieux vaut tard que jamais

La puissante communauté nouvelle péruvienne Sodalitium Christianae Vitae (Sodalicio), dont Golias dénonce depuis des années les abus commis en son sein, vient - enfin - d'être placée sous tutelle du Vatican. En décembre dernier, la justice péruvienne a mis en examen plusieurs membres de Sodalicio pour "association de malfaiteurs en vue de commettre des abus sexuels, physiques et psychologiques" dont le fondateur du mouvement, Luis Fernando Figari, démis en 2010, condamné en interne à une vie de pénitence et de prière pour abus sexuels sur mineurs. En 2016, une enquête avait révélé qu'une vingtaine d'autres membres auraient commis des abus similaires ou les auraient couverts.

Golias Hébdo n° 512 - 25.01.2018

Pérou: le Vatican vient en aide à une association de laïcs

Un Rédemptoriste pour “commissaire”

Le Vatican vient en aide aux membres de l’ “Association de vie chrétienne” du Pérou, indique le Saint-Siège, en nommant un « commissaire », alors que le fondateur est déclaré coupable d’abus et à quelques jours du voyage du pape dans le pays (18-21 janvier 2018).
Le dicastère romain pour la vie consacrée a promulgué, ce mercredi 10 janvier 2018, un décret par lequel il met en quelque sorte sous tutelle la Société de vie apostolique Sodalitium Christianae Vitae (Association de vie chrétienne).
Il nomme comme Commissaire apostolique de cette association Mgr Noel Antonio Londoño Buitrago, Rédemptoriste (C.Ss.R.), évêque di Jericó (Antioquia), en Colombie.
Le cardinal Joseph William Tobin, également Rédemptoriste, continue d’être le référent du dicastère romain, délégué pour cette association et en particulier pour ce qui concerne les questions économiques.
Le pape François, indique ce même communiqué, “a suivi avec préoccupation toutes les informations qui, depuis plusieurs années, parviennent à la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique sur la situation de l’Association de Vie chrétienne”.
Le pape “a montré qu’il était particulièrement attentif à la gravité des informations concernant le régime intérieur, la formation et la gestion économique et financière, motif pour lequel il a demandé avec insistance au dicastère une attention particulière”.
“À cela, se sont récemment ajoutées les sérieuses mesures adoptées par l’autorité judiciaire péruvienne à l’encontre de M. Luis Fernando Figari”, un laïc catholique, fondateur, en 1971, et ancien supérieur général de cette association, reconnue comme association de fidèles laïcs internationale de droit pontifical en 1994: d’autres communautés y sont liées.
“Après une analyse approfondie de toute la documentation, le dicastère a promulgué le décret” de mise sous tutelle en quelque sorte.
L’actuel supérieur général, Alessandro Moroni, a demandé pardon, dans une vidéo postée sur YouTube, en espagnol, avec des sous-titres en anglais: demande de pardon aux victimes, à ceux qui dénoncé pendant des années sans obtenir de réponse, aux membres consacrés, aux prêtres et aux laïcs, pour les responsables qui n’ont pas “été à la hauteur”, à tous ceux qui “participent” aux oeuvres de l’association.
Il déclare que Luis Fernando Figari est bien coupable d’abus contre lui et que celui-ci est devenu “persona non grata”. Il dénonce un “passé lamentable”, des actes “tristes et condamnables”. Une trentaine de plaintes auraient été déposées contre le fondateur, qui aurait fréquenté dans sa jeunesse des milieux d’extrême droite, pour abus sexuels et psychologiques, abus de pouvoir. Il a démissionné en décembre 2010 pour “raisons de santé”.
Alessandro Moroni révèle avoir parlé au pape François en décembre dernier, souhaitant l’exclusion du fondateur.
Et il annonce une période de pénitence et de renouveau de l’association catholique: une “réforme intégrale” pour un “nouveau sodalitium”, de façon à “écrire une histoire nouvelle”.
Il semble que le décret du Vatican réponde à cet appel.

Zenit du 10.01.2018



 


 

 

 

 

SORCELLERIE

 


 

 

 

 

Roch THERIAULT


Confidences d’une victime de Roch Thériault en 1990

Le 18 janvier 1993, Roch « Moïse » Thériault est condamné à la prison à vie pour le meurtre de Solange Boilard. Depuis le début des années 1980, le célèbre gourou fait les manchettes pour la violence qu'il fait subir aux membres de sa secte. Gabrielle Lavallée se confie à Simon Durivage, quelques mois après le démantèlement de la communauté.
Qui est Roch Thériault?
Ses disciples l’appellent « Moïse ». En 1977, celui qui se disait investi d’une mission divine fonde une petite communauté et se retire en Gaspésie. En 1981, avec sa concubine Gabrielle Lavallée, il se retrouve devant les tribunaux après la mort d’un enfant de leur groupe. Il est condamné pour négligence criminelle.
En 1984, « Moïse » quitte le Québec et s’installe avec ses disciplines dans une ferme isolée de Burnt River, en Ontario. Polygame et alcoolique, le bourreau exige l’obéissance de ses adeptes et leur inflige des sévices corporels. Les victimes subissent mutilations, agressions sexuelles et humiliations. En 1987, la Société d’aide à l’enfance de l’Ontario retire les enfants de la communauté et les place en famille d’accueil. La plupart seront adoptés.
Un contenu vidéo est disponible pour cet article.

Téléjournal, 29 août 1989
À l’été 1989, Roch Thériault prend la fuite. La police ontarienne le recherche à la suite de l’amputation du bras de Gabrielle Lavallée. Au Téléjournal du 29 août 1989 animé par Bernard Derome, la journaliste Céline Galipeau relate les faits. Trois disciples de la secte auraient battu la victime et lui auraient cassé le bras. Quand le bras a été infecté par la gangrène, Roch Thériault l'aurait amputé.
Le témoignage unique de Gabrielle Lavallée
Quelques mois plus tard, Simon Durivage rencontre Gabrielle Lavallée à Toronto pour l’émission Le Point du 7 février 1990. Dans cette entrevue troublante, l’ex-disciple de « Moïse » raconte le cauchemar qu’elle a vécu pendant 13 ans.
J’ai vécu un camp de concentration pendant 13 ans.
Gabrielle Lavallée, ex-disciple de Roch Thériault
Aux questions du journaliste, elle répond en toute franchise. Elle décrit sa vulnérabilité au moment d’intégrer la secte, en 1977. Ayant perdu son père à l’âge de cinq ans, elle a grandi avec une mère despotique dans un climat rigide. Lorsqu’elle rencontre Roch Thériault, elle est tout de suite attirée. « J’ai trouvé qu’il dégageait beaucoup de magnétisme », dit-elle.
Gabrielle Lavallée explique la stratégie d’endoctrinement du gourou qui a réussi à regrouper des jeunes influençables et troublés dans sa communauté. Roch Thériault détruisait leur personnalité et exerçait une forme d’« amputation mentale ».
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Le Point, 7 février 1990
En janvier 1993, un verdict condamne Roch Thériault à la prison à vie pour le meurtre d’une ex-disciple, Solange Boilard. En état d’ébriété, il avait tenté d’opérer la femme avec un couteau.
En 2002, il se voit refuser une remise en liberté.
Roch Thériault retrouvé mort
« L’ancien chef de secte Roch Thériault qui se faisait appeler “Moise” est mort ». C’est ce qu’annonce la présentatrice Pascale Nadeau au Téléjournal du 27 février 2011. Le journaliste Benoît Giasson explique que son corps a été retrouvé gisant dans sa cellule du pénitencier de Dorchester, au Nouveau-Brunswick. Il avait 63 ans.
Un contenu vidéo est disponible pour cet article.

Téléjournal, 27 février 2011
Le détenu Matthew Gerard MacDonald plaide coupable à l’accusation de meurtre au deuxième degré de Roch Thériault. En mars 2012, le tribunal le condamne à 25 ans de prison sans possibilité de libération conditionnelle.
Pour Gabrielle Lavallée, la mort de son bourreau sera une « délivrance ».

http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1078627/roch-theriault-violence-justice-amputation-archives
17 janvier 2018




 


 

 

 

 

Famille TURPIN

 

«C’est une vraie secte familiale»

Les treize enfants découverts enchaînés à leur lit dans une maison de Perris en Californie faisaient partie d’une «secte familiale» selon le psychologue Hubert Van Gijseghem.

«On appelle ça une secte endogame, c’est-à-dire, que plutôt que de faire une secte avec beaucoup de gens, il y a un type qui se prend pour un gourou et qui se dit "moi, mon empire c’est ma famille"», a-t-il expliqué en entrevue à l’émission Denis Lévesque.
Selon le psychologue, le père de famille, David Turpin, a dû endoctriner tous ses enfants l’un après l’autre.
«J’ai vu sur une photo que tous ces enfants avaient un chandail avec "chose numéro un", "chose numéro deux" inscrit dessus (...) Dans un contexte de secte comme cela, ces enfants n’ont pas d’existence, d’individualité. Ce sont des petites "choses" de leur père gourou.»
Des «choses» qui auraient reçu des traitements différents selon ce que les autorités ont indiqué dans un point de presse tenu ce mardi.

«Mon hypothèse est qu’il a endoctriné tous ses enfants. Probablement qu’à un certain âge, des enfants se sont échappés de cet endoctrinement en se rebellant peut-être. Je pense que c’est possiblement ceux-là qui étaient enchaînés. Les autres participent alors à la contention. C’est compatible avec ce que l’on sait de tels cas», a-t-il fait savoir.
Hubert Van Gijseghem est aussi revenu sur l’état dans lequel les enfants ont été retrouvés. Beaucoup étaient sales et malnutris, ce qui revient souvent dans des cas de séquestration selon lui.
«Pour un pervers comme lui, c’était maintenir ses "choses" comme dans un sphincter. C’est la "merdification" des siens», a-t-il dit.
Rôle de la mère
Le psychologue s’est enfin interrogé sur le rôle de la mère, Louis Turpin, dans cette triste histoire. Selon lui, ce rôle n’est pas clairement défini pour le moment.
«Jusqu’à quel point elle a participé aux troubles mentaux de son mari? Il se peut qu’elle ait participé de plein gré et qu’elle-même soit aux prises avec ce genre de pathologie», a-t-il avancé. ¸
«Mais il se peut aussi qu’elle soit une personne dépendante qui a été toute sa vie comme à la remorque de son mari et qui, en réalité, a été sa première victime possible.»
Rappel des faits
Les treize enfants du couple Turpin ont été découverts dans sa résidence en fin de semaine après qu’une de leurs filles se soit échappée par une fenêtre.
Elle a alors utilisé un téléphone cellulaire désactivé pour appeler le 911 et prévenir les policiers de ce qui se passait dans cette maison.

http://www.tvanouvelles.ca/2018/01/16/cest-une-vraie-secte-familiale
16 janvier 2018

Le couple Turpin obligeait ses enfants à mémoriser la Bible

Les 13 enfants séquestrés en Californie ne pouvaient se doucher qu’une fois par an et n’avaient pas vu de médecin depuis des années.

À son arrivée dans cette maison de banlieue américaine située à une centaine de kilomètres de Los Angeles, la police a découvert trois enfants enchaînés à leur lit avec des cadenas.
Privé de nourriture et de soins, les treize frères et sœurs torturés par leurs parents retrouvés enfermés dans la maison familiale de Perris, en Californie, ont vécu l’enfer pendant au moins sept ans. David et Louise Turpin, 57 et 49 ans, arrêtés lundi soir et inculpés pour torture et séquestration, ont plaidé non coupable ce jeudi.
«Ce qui a commencé comme de la négligence s’est achevé par ces maltraitances brutales», a déclaré jeudi Mike Hestrin, procureur du comté de Riverside, en Californie. Il a ensuite détaillé les chefs d’accusation visant le couple et portant sur des faits présumés survenus depuis 2010.
Douze de leurs treize enfants, dont sept ont plus de 18 ans, ont subi «de grave s maltraitances émotionnelles et physiques et un comportement pervers», a estimé le procureur. La benjamine, une fillette de 2 ans aurait été relativement épargnée, a-t-il précisé. S’ils sont reconnus coupables, les parents encourent jusqu’à 94 ans de réclusion.
À son arrivée dans cette maison de banlieue américaine située à une centaine de kilomètres de Los Angeles, la police a découvert trois enfants enchaînés à leur lit avec des cadenas. D’après l’état des lieux, a indiqué le procureur, les enfants n’étaient «souvent pas libérés de leurs chaînes pour pouvoir aller aux toilettes». Et lorsqu’ils n’étaient pas enchaînés, ils étaient entravés dans différentes chambres et n’étaient pas autorisés à jouer.
Selon le magistrat, ces maltraitances ont «commencé comme une punition» mais «ont empiré avec le temps» lorsque la famille habitait au Texas, et après son arrivée en Californie à Murietta en 2010 puis Perris en 2014. Outre les chaînes, les punitions comportaient aussi coups et strangulations. Les enfants étaient «très peu nourris et en fonction d’un planning», n’avaient pas droit à plus d’une douche par an, n’ont pas vu de dentiste ni de médecin depuis «au moins quatre ans». Plusieurs souffrent de «déficiences cognitives» et de lésions nerveuses dues à la malnutrition.
Très croyants et adeptes du pentecôtisme, un mouvement évangélique très répandu aux États-Unis, David et Louise Turpin qui avaient décidé de scolariser eux-mêmes leurs enfants les obligeaient à mémoriser de longs passages de la Bible, ont confié sur ABC News les grands-parents paternels.
Les treize frères et sœurs, tous hospitalisés aujourd’hui, préparaient un plan d’évasion «depuis plus de deux ans» a encore indiqué Mike Hestrin faisant référence aux faits consignés dans des journaux intimes, seule liberté accordée aux enfants. Autant d’éléments qui serviront de «preuves évidentes de ce qui s’est passé» dans cette maison de l’horreur.

https://www.tdg.ch/monde/ameriques/couple-turpin-obligeait-enfants-memoriser-bible/story/19979398
19.01.2018

Les époux Turpin, bourreaux de leurs 13 enfants dans la "maison de l'horreur"

David et Louise Turpin sont accusés d'avoir séquestré et affamé leurs 13 enfants. Selon les autorités californiennes, le couple était très religieux et lourdement endetté.
Un ancien ingénieur et une femme au foyer. Le portrait d'un couple américain on ne peut plus normal, celui de David Allen et Louise Anna Turpin, âgés respectivement de 56 et 49 ans. Les époux sont pourtant accusés d'avoir séquestré, enchaîné et affamé leurs 13 enfants -trois garçons et dix filles- dans leur domicile de Perris, au sud de la Californie. Selon les témoignages récoltés depuis les révélations sur cette "maison des horreurs", la famille qui y vivait n'avait rien d'anormal. Si ce n'est que les enfants, âgés de 2 à 29 ans, étaient rarement vus à l'extérieur.

Ceci tient au fait que leur enseignement se faisait à domicile, sous la tutelle des parents. Dans l'annuaire du département de l'Éducation de l'Etat de Californie, David Allen Turpin était identifié comme proviseur du pensionnat privé de Sandcastle, un établissement mixte "non religieux". Six élèves y étaient inscrits, chacun à un niveau scolaire distinct.

De "bons chrétiens"
Pourtant, les autorités californiennes ont affirmé, comme le rappelle le Los Angeles Times, que le couple Turpin est profondément habité par la religion. Louise provient d'une famille religieuse et, selon un site internet dédié aux activités paroissiales de sa soeur, a été élevé en Virginie occidentale. Par ailleurs, les époux Turpin étaient lestés depuis plusieurs années de problèmes financiers, a rapporté le communiqué de la police du comté de Riverside.

Rien ne semblait annoncer ce que l'une de leurs filles, âgée de 17 ans, les traits émaciés, allait raconter le 14 janvier aux forces de l'ordre après s'être échappée du sinistre foyer. Les parents de David Turpin, James et Betty, ont raconté à ABC News que leur fils et son épouse étaient "de bons chrétiens" et que c'est Dieu qui souhaitait qu'ils aient une famille aussi nombreuse. Les grands-parents ont également déclaré à KABC-TV que les 13 enfants avaient reçu une "très stricte éducation à domicile". Au menu, apprendre par coeur de longs passages de la Bible, que certains élèves pouvaient apparemment réciter de A à Z.

Le témoignage d'Elvis
Toutefois, James et Betty Turpin n'avaient pas vu leurs petits-enfants depuis 4 ou 5 ans. L'une des voisines du couple, Kimberly Milligan, qui vit en face, a pu occasionnellement voir Louise Anna Turpin avec un nourrisson dans les bras. Mais cela s'est vite interrompu.

Plus dérangeantes encore étaient les photos de famille régulièrement publiées sur les réseaux sociaux, comme celle, désormais connue, à Las Vegas avec un sosie d'Elvis Presley, prise à l'occasion des renouvellements de voeux de mariage de David et Louise. CBS News a diffusé la troublante séquence, qui avait été filmée.


En réalité, le couple a renouvelé ses voeux au moins trois fois et au même endroit, dans la Chapelle Elvis, en faisant appel à Kent Ripley, qui n'a pas vu la famille depuis 2015. Les accusations dont font l'objet David et Louise l'ont profondément choqué. "Ils semblaient être une famille heureuse, de bien s'entendre, et les enfants étaient bien élevés", a-t-il déclaré au site d'information américain Heavy.com. Kent Ripley assure que "David semblait être un père très aimant avec ses enfants et son épouse".

Deux banqueroutes
D'autres témoins ont pu croiser la famille ces dernières années. Notamment Ivan Trahan, l'avocat qui a défendu le couple lorsque celui-ci s'est déclaré en banqueroute en 2011. Lui et son épouse Nancy ont toujours perçu David et Louise comme étant "des gens très gentils, qui disaient toujours du bien de leurs enfants".

Selon des documents récupérés par le Los Angeles Times, les dépenses de David Allen Turpin au cours de l'année 2011 excédaient son revenu mensuel d'environ 1000 dollars par mois. À l'époque, alors que son épouse ne déclarait aucun revenu, David était ingénieur chez Northrop Grumman, une importante société de sécurité basée à San Diego, et gagnait plus de 11 000 dollars par mois. Il avait également un plan épargne retraite d'environ 80 000 dollars, hérité de ses années passées chez Lockheed Martin jusqu'en 2010. Le couple avait déjà fait banqueroute en 1992, comme le raconte le Los Angeles Times.

Une mère étonnée d'être arrêtée
Problèmes d'argent mis à part, les époux Turpin étaient régulièrement salués par des amis sur Facebook pour leur capacité à élever leur abondante progéniture. Selon le département du Shérif de Riverside, toutefois, les 13 enfants étaient à l'évidence "mal nourris" et "très sales" lorsque les forces de l'ordre les ont découverts. Au total, comme le rapporte Sky News ce mardi, les officiers de police de Perris ont trouvé trois individus enchaînés à leur lit dans la maison.

Les autorités indiquent par ailleurs ne détenir aucune information laissant à croire que les parents aient abusé sexuellement de leurs enfants. La durée de la séquestration n'est, pour l'heure, pas claire. Ce qui l'est, en revanche, c'est que Louise Anna Turpin s'est montrée "perplexe" lorsque des policiers ont fait irruption chez elle. Une voisine a raconté au UK Mirror que la mère, accusée comme son mari de torture et de mise en danger de mineurs, arborait un sourire narquois. Avant de cracher deux fois sur le sol.

L'Express du 16.01.2018

 

Les parents de la « maison de l’horreur » plaident non coupables

David et Louise Turpin ont été mis en examen pour torture et maltraitance envers douze de leurs treize enfants, séquestrés chez eux pendant des années.
Le couple ayant séquestré et affamé ses enfants pendant plusieurs années continue d’horrifier l’Amérique. Jeudi 18 janvier, David et Louise Turpin ont été mis en examen pour torture et maltraitance envers douze de leurs treize enfants. Présentés quelques heures plus tard devant un juge, ils ont plaidé non coupables. Leur prochaine comparution est prévue le 23 février.
« Ce qui a commencé comme de la négligence s’est achevé par ces maltraitances brutales », a déclaré Mike Hestrin, procureur du comté de Riverside, faisant la liste des chefs d’accusation visant l’homme de 57 ans et son épouse, âgée de 49 ans. Le couple a été arrêté dimanche à Perris, à 110 km au sud-est de Los Angeles.
Les enfants, âgés de 2 à 29 ans, ont été retrouvés pour certains enchaînés à un lit, dans des conditions d’extrême saleté et de malnutrition sévère. C’est l’une des filles, âgée de 17 ans, qui a donné l’alerte après avoir échappé à la surveillance des parents geôliers. La fratrie préparait « depuis plus de deux ans » un plan d’évasion, a expliqué le procureur.
La perpétuité encourue
Dans le détail, le couple est visé par douze chefs d’accusation de torture – l’enfant de 2 ans n’aurait pas été torturé et était bien nourri –, sept de maltraitance d’un adulte à charge, six de maltraitance ou négligence d’enfant et douze de séquestration.
David Turpin est également poursuivi pour acte obscène sur un enfant avec usage de la force, la menace ou la contrainte. Le procureur a précisé qu’il s’agissait de la façon dont le père avait ligoté l’une de ses filles, âgée de 14 ans.
Ces chefs d’accusation portent sur des faits présumés survenus depuis 2010. S’ils sont reconnus coupables de tous, ils encourent entre quatre-vingt-quatorze ans de réclusion et la perpétuité. Une caution de 9 millions de dollars pour chacun a été fixée pour une éventuelle remise en liberté.
Une douche par an
A leur arrivée, les agents du bureau du shérif de Perris ont découvert trois enfants enchaînés, avec des cadenas, dans cette maison, typique d’une banlieue américaine en apparence extérieure, mais sordide et aux relents irrespirables à l’intérieur. Les enfants « souvent n’étaient pas libérés de leurs chaînes pour pouvoir aller aux toilettes », a précisé le procureur.
Selon lui, ces maltraitances ont « commencé comme une punition » mais « ont empiré avec le temps » lorsque la famille habitait près de Fort Worth, au Texas, et après son arrivée en Californie en 2014. Outre les chaînes cadenassées, les sanctions comportaient aussi coups et strangulations.
Les enfants étaient « très peu nourris et en fonction d’un planning », n’avaient pas droit à plus d’une douche par an, n’ont jamais vu de dentiste ni de médecin depuis « au moins quatre ans ». Plusieurs souffrent de « déficiences cognitives » et de lésions nerveuses dues à la malnutrition.
Un enfant de 12 ans pèse le poids moyen d’un enfant de 7, et l’aînée de 29 ans ne fait que 37 kg, a précisé le procureur. La police avait fait savoir que, d’après les premiers éléments disponibles, il ne semblait pas y avoir eu d’abus sexuel dans la maison.
Journaux intimes
Selon le procureur, à ce stade, les autorités pensent que David et Louise Turpin sont bien les parents biologiques des 13 enfants. D’après la police, la famille avait déclaré pratiquer l’enseignement à domicile, courant aux Etats-Unis. Ils avaient enregistré leur maison comme établissement scolaire.
Mais « plusieurs » enfants présentent des « lacunes dans les connaissances de base » et ignorent par exemple ce qu’est un policier ou ce que sont des médicaments, a relevé M. Hestrin. Ils pouvaient néanmoins tenir un journal et les enquêteurs en ont récupéré « des centaines ».
Une sœur de Louise Turpin, Elizabeth Flores, avait témoigné sur la chaîne ABC que le couple était très réservé : « Ça a commencé avant même qu’ils aient des enfants. » « Nous les avons suppliés de faire du Skype avec eux. Nous les avons suppliés de pouvoir les voir, a poursuivi celle qui, quand elle était étudiante, a vécu quelque temps avec les Turpin. J’ai pensé qu’ils étaient vraiment très stricts mais je n’ai pas vu de maltraitance. »

Le Monde du 19.01.2018
 

A lire

https://fr.wikipedia.org/wiki/Quiverfull

et

https://en.wikipedia.org/wiki/Turpin_case

https://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_Duggar

 







 


 

 

 

 

UKRAINE

 

En Ukraine, des tentations révisionnistes

La question historique prend un tour très politique en Ukraine après l’interdiction par les autorités locales d’une traduction de Stalingrad, célèbre ouvrage de l’historien britannique Antony Beevor.

Il n’aura fallu qu’une phrase pour déclencher la colère des autorités ukrainiennes contre Antony Beevor, historien britannique mondialement connu pour ses ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale. Cette phrase, précisément : « Les 90 enfants juifs furent abattus le soir suivant par des miliciens ukrainiens, le commandement allemand préférant épargner les Sonderkommandos. » L’épisode évoque l’été 1941 et la fulgurante avancée allemande en Union soviétique, émaillée de massacres et marquée par le début de la « Shoah par balles ». Des tueries commises, à plusieurs reprises, avec l’aide directe de groupes locaux.

Cette simple évocation ne passe pas à Kiev, qui a décidé en janvier d’interdire l’importation de la version russe de l’ouvrage. Motif invoqué : Antony Beevor tiendrait son récit du massacre d’un rapport du NKVD, la police politique soviétique, source vue comme peu fiable par le Comité d’État pour la Télévision d’État et la Radio. Une affirmation démentie avec véhémence par l’historien. Antony Beevor dit s’être appuyé non pas sur des sources soviétiques, mais sur une lettre d’un officier allemand antinazi à sa femme, qui décrivait avec horreur le massacre. L’historien a réclamé une annulation de l’interdiction ainsi que des excuses, sans succès pour l’heure.

L’affaire, dénoncée par l’ONG « Human Rights in Ukraine », inquiète à plus d’un titre dans le pays. Il y a d’abord la crainte de la censure. L’interdiction a été décidée sur la base d’une loi votée en décembre 2016 permettant d’interdire des ouvrages étrangers au contenu « antichrétien ». Ce concept est lui-même défini par des critères aussi flous que « contenu faisant la propagande d’un État agresseur », un terme utilisé par les autorités ukrainiennes pour désigner la Russie. Alors que le gouvernement tente de convaincre les chancelleries occidentales de leur attachement aux valeurs européennes, cette décision fait tache. Plus largement, c’est la question de l’attitude du pouvoir ukrainien face à la période de la Seconde Guerre mondiale qui pose question. La révolution du Maïdan de 2014 a remis sur le devant de la scène l’OUN et l’UPA, deux organisations nationalistes ukrainiennes qui se sont illustrées pendant la Seconde Guerre mondiale par leur lutte pour la création d’un État ukrainien, mais aussi par des massacres de populations juives et polonaises, parfois de concert avec les troupes allemandes.

Volodymyr Viatrovytch, l’un des architectes de la réhabilitation de ces groupes en tant que directeur de l’Institut national pour la mémoire, a défendu l’interdiction. « Je la soutiens parce que l’édition russe a falsifié l’ouvrage d’Antony Beevor en remplaçant le mot “milicien” par le mot “nationaliste”. C’est une provocation », insiste-t-il. Quant aux massacres, Volodymyr Viatrovytch ne les nie pas mais parle d’actes commis par des individus isolés plutôt que par des groupes nationalistes ukrainiens, un révisionnisme critiqué par nombre d’historiens ukrainiens et occidentaux.

La polémique dépasse donc le cadre de l’ouvrage d’Antony Beevor pour toucher à l’épineuse question des Ukrainiens face à leur passé, dans un contexte de guerre larvée avec la Russie. Alors que le pays célèbre cette année le centenaire de sa première déclaration d’indépendance, le débat ne semble pas près de se tarir.

La Croix du 06.02.2018
 


 

 

 

 

VACCINATIONS

 

Contaminé par la rougeole à 24 ans, il se dit aujourd'hui «miraculé»

Non vacciné enfant, Jean-Baptiste garde des séquelles de la maladie infectieuse qu'il a contractée à 24 ans. L'épidémie, installée en Nouvelle-Aquitaine, gagne du terrain. Les médecins lancent l'alerte.

Le rameura remplacé les terrains de foot, les balades tranquilles la course à pied. Les séquelles sont bien présentes mais Jean-Baptiste, élégant jeune homme de 31 ans, garde le sourire : « Je préfère me dire que j'ai de la chance d'être là, nous confie-t-il de sa voix enjouée. Je suis un miraculé de la rougeole. » Cette maladie infectieuse, et hautement contagieuse, dont l'épidémie qui sévit en Nouvelle-Aquitaine gagne du terrain, a failli lui coûter la vie. « Contractée adulte, elle peut être extrêmement grave », confirme le professeur François Bricaire, infectiologue à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière.

Trois semaines dans le coma
En 2010, JB, comme l'appellent ses amis, a 24 ans et est en dernière année d'école de commerce. Un mardi matin, il se lève, découvre des points rouges sur tout son corps. Quand son père l'amène à l'hôpital vingt minutes plus tard, il a 41 °C de fièvre et ne peut plus parler. La suite, c'est une méningo-encéphalite, une pneumopathie, trois semaines de coma duquel il s'est réveillé paraplégique. « Plus rien ne se passait au niveau du bassin. Le médecin m'a dit que je ne remarcherais plus. Mais voilà, j'ai toujours eu l'esprit de contradiction », plaisante cet habitant de Bordeaux (Gironde).

Contaminé par la rougeole à 24 ans, il se dit aujourd'hui «miraculé»

« Aujourd'hui, je vais bien, même si je suis considéré comme invalide à 80 %. Mon mollet gauche n'a plus d'afflux nerveux, j'ai une sonde urinaire, beaucoup de fatigue. Mes priorités ont changé, je me suis notamment reconverti professionnellement », explique celui qui est devenu développeur Web.

Le vaccin, la seule protection
Jean-Baptiste ne doit pas sa rougeole au hasard. Enfant, il n'a pas été vacciné, seule protection contre la maladie. Alors, bien sûr, ça a été « le sujet qui fâche » avec ses parents à qui il en a « un peu » voulu, mais ce sentiment est aujourd'hui derrière lui : « Ils ne sont pas antivaccins du tout. Ce n'était pas un choix politique. Mais tout bêtement une erreur, un oubli à une époque où on en parlait moins. Ils ont été assez meurtris pour que je n'en rajoute pas. » C'est dans sa région que l'épidémie est active en ce moment. « Promis, c'est pas moi qui leur ai donné », continue-t-il à blaguer. Avant de devenir très sérieux : « Si je témoigne, c'est parce que cela peut peut-être éveiller les consciences. Il est idiot et égoïste de ne pas vacciner son enfant. J'en suis un exemple : la rougeole, ce n'est pas un jeu à tenter. »

Le Parisien du 29.01.2018
 


 

 

 

 

 

 

Dérives sectaires

dans des communautés, groupes ou associations catholiques

 


 

 

 

 

 

Il y a des dérives sectaires, oui.

Mais il y a aussi des comportements de paix, de dignité, de respect et de liberté :

les fruits de Gamaliel

 

 

 

 

 

 

 

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 Pour les années précédentes 

des sites sont à votre disposition pour vous aider dans votre recherche

en particulier

 

celui de Lacuzon

http://www.sos-derive-sectaire.fr

 

celui de Prevensectes

http://www.prevensectes.com

 

 

 

RAPPORT 2015

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

 

 

RAPPORT 2013-2014

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport-au-Premier-ministre_2013-2014_Miviludes.pdf

 

RAPPORT 2011

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_annuel_2011_miviludes.pdf

 

RAPPORT 2010

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/ra2010_mise_en_ligne.pdf

 

RAPPORT 2009

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport2009_mise_en_ligne.pdf

 

RAPPORT 2008

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_miviludes_2008_francais.pdf

 

RAPPORT 2007

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_Miviludes_2007.pdf

 

RAPPORT 2006

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_miviludes_2006.pdf

 

 

RAPPORT 2005 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_MIVILUDES_2005-2.pdf

 

 

RAPPORT 2004 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/RAPPORT_MIVILUDES_2004.pdf

 

RAPPORT 2003 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_MIVILUDES_2003.pdf

 

 

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