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ANTISEMITISME

 

Au Canada, l’inquiétante montée des incidents à caractère haineux

Des synagogues canadiennes ont reçu des lettres de menace à caractère antisémite lors de la fête juive de Hanoucca.

Ce fait est révélateur d’un phénomène de société plus large : celui de l’inquiétante montée des extrémismes au sein d’une société globalement pacifique et tolérante.

@JustinTrudeau
J’offre tout mon soutien à la communauté juive du Canada. Ces gestes haineux et antisémites commis récemment n’ont pas leur place au pays. Nous n’allons pas les tolérer. https://twitter.com/radiocanadainfo/status/943108423847067648 …
22:23 - 19 déc. 2017

Une dizaine de synagogues canadiennes situées à Montréal, à Toronto, à Kingston, à Hamilton et à Edmonton ont été la cible d’une lettre sur laquelle on peut lire « Jewry must perish » (« La communauté juive doit périr »). Y figurent une croix gammée et une étoile de David ensanglantée qui rappellent les codes de la propagande nazie. Les services de police locaux ont ouvert des enquêtes, après que les responsables de ces lieux de culte ont porté plainte.

Des appels à l’apaisement et à la fermeté
Le directeur de la synagogue Beth Ora a encouragé les membres de la communauté à « essayer de mettre l’événement en perspective ». Pendant les fêtes d’Hanoucca et de Noël, « temps sacré pour les juifs et les chrétiens », le rabbin Alan Bright a exhorté les membres de sa communauté à lutter « pour préserver la vérité et la liberté ».

Le premier ministre Justin Trudeau a apporté mardi sur Twitter son « soutien à la communauté juive du Canada » en assurant que « ces gestes haineux et antisémites » ne seront pas tolérés.

@JustinTrudeau
J’offre tout mon soutien à la communauté juive du Canada. Ces gestes haineux et antisémites commis récemment n’ont pas leur place au pays. Nous n’allons pas les tolérer. https://twitter.com/radiocanadainfo/status/943108423847067648 …
22:23 - 19 déc. 2017

Un acte révélateur d’une tendance internationale
Selon Steven Slimovitch, avocat-conseil de la branche canadienne de l’organisation juive B’nai Brith, il pourrait s’agir d’une réaction à la décision du gouvernement américain de reconnaître la ville de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël. « Lorsqu’il y a du mouvement au Moyen-Orient, on remarque toujours une hausse en Amérique du Nord d’actes antisémites », affirme-t-il.

Cette hausse n’est d’ailleurs pas propre à l’Amérique, puisque des dérapages antisémites et anti-israéliens ont également eu lieu en Allemagne la semaine dernière lors de manifestations contre la décision du président Trump. Plus grave encore, une synagogue a fait l’objet d’une tentative d’incendie criminel en Suède, samedi 9 décembre.

L’antisémitisme n’épargne pas le Canada
Mais au Canada, confédération une fois et demie séculaire qui se définit comme multiculturelle, cet incident haineux met en relief un inquiétant phénomène : celui de la montée de l’extrémisme et de l’intolérance, des réalités mal vécues par une population largement attachée à la liberté religieuse, inscrite dans la Charte des libertés.

En juin 2014, Statistique Canada a publié un rapport portant sur les crimes haineux déclarés à la police : 58 % de tous les crimes fondés sur la haine déclarés en 2012 avaient été perpétrés contre des Juifs, pour un total de 242 crimes.

Le rapport révèle également que la communauté juive est la plus fréquemment ciblée par la haine fondée sur la religion.

La communauté juive au Canada, installée de longue date, est la quatrième plus nombreuse sur la planète après les États-Unis, Israël et la France. Michael Mostryn, président de B’nai Brith Canada, déplore que depuis quelques mois se multiplient les messages et les symboles antisémites sur les murs « des écoles, des universités ou des bâtiments publics ».

D’autres communautés religieuses visées
Au Canada, la communauté juive n’est pas la seule à être visée. Des mosquées ont été récemment profanées, et on observe une recrudescence des groupuscules d’extrême droite anti-islam et anti-immigration. « Ces groupuscules, à l’image de la Meute, sont minoritaires mais ils ont moins peur qu’avant de s’exprimer et de se montrer dans l’espace public », explique Marie Lamensch, coordonnatrice à l’Institut montréalais d’études sur le génocide et les droits humains au sein de l’Université Concordia.

Le 29 janvier dernier, la communauté musulmane avait été sévèrement éprouvée par l’attaque meurtrière d’un centre culturel islamique situé dans la ville de Québec.

Pour faire face à la montée des extrémismes de tous bords, la Ville de Montréal a créé en mars 2015 le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV), avec l’appui du gouvernement du Québec et plusieurs partenaires des milieux communautaires et institutionnels.

Ce centre est une innovation au Canada et en Amérique du Nord. Selon son directeur, Herman Deparice-Okomba, « la radicalisation violente est un phénomène préoccupant qui, parce qu’il menace la sécurité des personnes et le tissu de notre vivre-ensemble, constitue une véritable problématique de société ».

La Croix du 20.12.2017

Au Canada, des synagogues cibles de messages antisémites

Le Premier ministre Justin Trudeau a apporté mardi sur Twitter son soutien à la communauté juive canadienne, visée par des menaces lors de la fête juive de Hanoucca.
Des synagogues de plusieurs villes canadiennes, dont Montréal et Toronto, ont reçu des lettres de menaces à caractère antisémite au moment de la fête juive de Hanoucca, a-t-on appris mardi 19 décembre de sources concordantes.
Le Premier ministre Justin Trudeau a apporté mardi sur Twitter son « soutien à la communauté juive du Canada » en assurant que « ces gestes haineux et antisémites » ne seront pas tolérés.
A Montréal, « deux synagogues ont porté plainte pour des menaces » proférées dans des lettres, a indiqué Benoit Boisselle, porte-parole de la police de l’agglomération québécoise. Une enquête a été ouverte pour « crime haineux », a-t-il ajouté.
« Ecoles, universités et bâtiments publics » déjà visés
Outre Montréal, sept autres synagogues ont également reçu les mêmes messages antisémites, quatre à Toronto, ainsi que les édifices de Kingston et Hamilton, également en Ontario (centre) et d’Edmonton (Alberta, ouest), a indiqué la branche canadienne de l’organisation juive B’nai Brith. « Il est impératif aujourd’hui plus que jamais de condamner ce symbole de racisme et de haine », a estimé Michael Mostryn, président de B’nai Brith Canada en déplorant que depuis quelques mois des messages antisémites fleurissent sur les murs « des écoles, des universités ou des bâtiments publics ».
Pendant ces fêtes de Hanoucca et de Noël, « temps sacré pour les juifs et les chrétiens », le rabbin Alan Bright a souligné la nécessité pour toutes les communautés de lutter « pour préserver la vérité et la liberté ».
Des mosquées ont récemment été profanées au Canada et des groupuscules d’extrême droite au Québec ont multiplié des défilés contre les flux migratoires.

Le Monde.fr avec AFP | 20.12.2017
 

Des croix gammées sur deux magasins casher

Des croix gammées ont été taguées sur les devantures des magasins Hyper Cacher et Promo Stock à Créteil (Val-de-Marne). Le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, a fait part de sa « profonde indignation ». Selon le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme, « les auteurs ont souhaité marquer (…) l’anniversaire de l’attentat antijuif » de l’Hyper Casher de Vincennes, lorsqu’un preneur d’otages avait tué quatre personnes le 9 janvier 2015. L’enquête a été confiée au commissariat de Créteil.

La Croix du 05.01.2018

Faut-il rééditer les pamphlets antisémites de Céline ?

« Bagatelles pour un massacre » (1937), « L’École des cadavres » (1938) et « Les Beaux Draps » (1941), les pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline n’ont jamais été interdits, mais l’auteur s’opposait depuis la guerre à leur réédition. Leur republication annoncée chez Gallimard suscite le débat.

De la haine à longueur de pages

Tal Bruttmann
Historien, spécialiste de l’antisémitisme

Dans ce débat, il faut revenir au contenu des écrits que Gallimard s’apprête à rééditer. Dans ces trois textes, Céline vomit de la haine à longueur de pages. Il ne s’agit pas de romans contenant de la haine antisémite : la haine est le fil conducteur pour exprimer de la haine.

Si l’auteur n’avait pas été Céline, ces ouvrages n’auraient jamais été publiés. Aucun éditeur n’en aurait voulu. D’un point de vue littéraire, ces livres n’ont aucun intérêt, même les spécialistes de l’œuvre de Céline le reconnaissent. D’un point de vue historique, ils ne nous apprennent rien, si ce n’est que Céline était antisémite – ce que l’on savait déjà.

Gallimard agit avec beaucoup de légèreté, avec des intentions commerciales pour assurer une rente à la veuve de Céline. L’éditeur envisage la reprise d’une édition canadienne dont le titre est Écrits polémiques. Or, il ne s’agit pas ici d’écrits « polémiques », mais clairement antisémites ! Dans le contexte de l’après-guerre, où l’antisémitisme n’avait pas bonne presse, Céline lui-même n’avait pas souhaité que ces textes soient réédités.

Plusieurs arguments donnés par ceux qui soutiennent la réédition doivent être déconstruits. Premier argument : il faudrait être « contre la censure ». Parler de censure est pourtant injustifié, car ces livres peuvent être consultés en ligne ou dans les bibliothèques. Personne n’est empêché d’y avoir accès.

Deuxième argument : il faudrait publier ces textes justement parce qu’on peut les trouver sur Internet. Ne faut-il pas plutôt considérer que tout ce que l’on trouve sur Internet ne mérite pas d’être publié par l’un des plus grands éditeurs français ?

Troisième argument : il ne faudrait pas sous-estimer le lecteur, capable de prendre de la distance avec une prose antisémite… Malheureusement, on sait bien que des propos outranciers, aberrants, peuvent séduire. Dans ce débat, on entend de manière surprenante des auteurs et des éditeurs défendre que la lecture d’un texte serait sans effet. C’est totalement absurde !

On évoque aussi la réédition de Mein Kampf. Du point de vue de l’historien, les deux ouvrages sont de nature très différente, Mein Kampf témoignant d’un programme qui a détruit des pans entiers de l’Europe. Les historiens allemands de l’Institut für Zeitgeschichte (IZF), qui ont travaillé à cette édition critique, se sont entourés d’un maximum de précautions. Ils ont rendu l’ouvrage le moins attractif possible, en l’entourant d’annotations au point de le rendre quasi illisible. Malgré cela, 100 000 exemplaires ont été vendus. Cet exemple montre qu’il ne faut jamais sous-estimer l’attrait de ce genre de textes. Ne croyons pas que seuls les spécialistes vont s’y intéresser. C’est un cadeau que les militants d’extrême droite seront ravis de se faire…


Il n’y a pas le bon Céline et le mauvais Céline

David Alliot
Essayiste (1)

Je suis favorable à la publication des pamphlets de Céline, car il faut toujours faire le pari de l’intelligence du lecteur. Il est vrai que c’est une prose particulièrement dure, abjecte, mais l’intérêt de leur mise à disposition est simple : pouvoir lire l’œuvre entière de l’écrivain Céline. On ne la connaît que par morceaux ; or, que cela plaise ou non, Céline est un bloc.

L’université adore le Céline écrivain, mais pas le pamphlétaire. On ne peut pas considérer qu’il y a le bon Céline et le mauvais Céline, c’est le même écrivain. Il est normal que tous les lecteurs aient accès à toute son œuvre, même si elle est dérangeante. Voyage au bout de la nuit, par exemple, comporte des aspects pamphlétaires. Céline est très violent quand il évoque le système colonial en Afrique. Il y a toujours dans son œuvre un message social, politique, antimilitariste. Évidemment dans les pamphlets, où il n’y a pas le voile du roman, c’est beaucoup plus direct, mais c’est le même écrivain : il a écrit parmi les plus belles pages de la littérature française et aussi parmi les pires.

Par ailleurs, ces textes ont une valeur littéraire, aussi abjects soient-ils. On est frappé par l’inconsistance de la plupart des pamphlets antisémites des années 1930. Céline, lui, y a mis son génie littéraire. Pour autant je ne crois pas que les lire constitue un danger. Les antisémites convaincus n’ont pas besoin de Céline, et je doute que le lire convertisse qui que ce soit.

L’intérêt de cette édition par Gallimard sera de sortir les pamphlets de leur légende maudite, et de retirer le goût d’interdit qui les entoure. Aujourd’hui on peut se procurer les pamphlets assez facilement, ils n’ont jamais été censurés. Il y a plusieurs solutions : aller chez les bouquinistes, où il faut compter 100 à 150 € par volume ; il existe aussi des éditions pirates vendues dans les librairies d’extrême droite ; et on peut les trouver sur Internet, sans garantie sur le contenu, qui peut être manipulé, falsifié.

Le travail de l’universitaire Régis Tettamanzi, qui s’est occupé de l’édition des pamphlets au Québec, est incontestable. Il a soutenu en 1993 une thèse sur les pamphlets de Louis-Ferdinand Céline et l’extrême droite des années 1930, dirigée par le plus grand spécialiste de Céline, Henri Godard. Dans le jury figuraient l’avocat Serge Klarsfeld et l’historien Pascal Ory, qui ont salué la qualité de son travail. Et on peut faire confiance à Gallimard non seulement pour ne pas publier un tel ouvrage à la légère, mais aussi veiller à ce que l’édition comporte les précautions nécessaires. Il y a derrière cette polémique de la mauvaise foi et une querelle d’historiens dont certains auraient peut-être aimé être associés au projet.

(1) Spécialiste de Louis-Ferdinand Céline et d’Aimé Césaire, il a écrit dix livres sur Céline et publiera le 18 janvier Madame Céline (Tallandier).

La Croix du 09.01.2017

Le Bien Public du 10.01.2018

Gallimard suspend la publication des pamphlets antisémites de Céline

La maison d’édition Gallimard a annoncé jeudi 11 janvier qu’elle suspendait son projet de publier les pamphlets antisémites de Louis Ferdinand Céline.

La volonté des éditions Gallimard de rééditer les pamphlets antisémites de Céline (Bagatelles pour un massacre, L’École des cadavres et Les beaux draps) avait suscité une levée de boucliers, notamment de la part de Serge Klarsfeld, président de l’association Fils et filles de déportés juifs de France.

La maison d’édition a indiqué jeudi 11 janvier qu’elle reportait son projet. « Au nom de ma liberté d’éditeur et de ma sensibilité à mon époque, je suspends ce projet, jugeant que les conditions méthodologiques et mémorielles ne sont pas réunies pour l’envisager sereinement », a ainsi indiqué Antoine Gallimard dans un texte adressé à l’AFP.

Censure
Le souhait de Gallimard était de publier « une édition critique » des pamphlets « sans complaisance aucune ».

« Les pamphlets de Céline appartiennent à l’histoire de l’antisémitisme français le plus infâme. Mais les condamner à la censure fait obstacle à la pleine mise en lumière de leurs racines et de leur portée idéologiques, et crée de la curiosité malsaine, là où ne doit s’exercer que notre faculté de jugement », a estimé l’éditeur.

Mais, a-t-il ajouté, « je comprends et partage l’émotion des lecteurs que la perspective de cette édition choque, blesse ou inquiète pour des raisons humaines et éthiques évidentes ». « Aucune date de publication n’était fixée à ce stade », a-t-il précisé.

Incitation à la haine
Ces textes de Céline constituent « une insupportable incitation à la haine antisémite et raciste », avait notamment estimé mardi le Conseil représentatif des institutions juives (Crif). Le président du Crif, Francis Kalifat, avait appelé les éditions Gallimard « à renoncer au projet de réédition de ces brûlots antisémites ».

Aucune date de publication
Les textes concernés ont été rédigés par l’auteur du Voyage au bout de la nuit entre 1937 et 1941. Ils devraient tomber dans le domaine public en 2031 (soit soixante-dix ans après la mort de l’écrivain en 1961) et seront alors libres de droits.

Les pamphlets de Céline ne sont pas interdits en France, mais n’ont pas été réédités depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’écrivain lui-même, puis sa veuve, Lucette Destouches, âgée de 105 ans, s’y opposaient.

Ils peuvent cependant aisément être consultés sur Internet ou achetés chez des bouquinistes.

La Croix du 11.01.2018

« L’antisémitisme a plusieurs masques dont celui de la haine d’Israël »

ENTRETIEN Dimanche 7 janvier, se tient le Conseil national annuel de l’Amitié judéo-chrétienne de France (AJCF), qui fête ses 70 ans en 2018, sur le thème de l’antisionisme. Trois questions à sa présidente Jacqueline Cuche.

La Croix : Pourquoi avoir choisi l’antisionisme comme thème de votre conseil national (1) ?

Jacqueline Cuche : Cette question trouble énormément. Elle revient tous le temps autour de nos groupes locaux mais aussi en leur sein. L’État d’Israël est extrêmement critiqué. Nous souhaitons mieux discerner autour de cette problématique alors que c’est une souffrance pour les juifs. Nous souhaitons ainsi faire la part des choses entre la critique de la politique israélienne et la solidarité avec la communauté juive car l’existence d’Israël ne doit pas être remise en cause, comme c’est parfois le cas dans les opérations de boycott.

L’après-midi sera marquée par l’intervention de deux spécialistes. Le frère Louis-Marie Coudray, qui a vécu 35 ans en Israël, dira son attachement de chrétien à Israël, qui n’est évidemment pas n’importe quel pays. L’universitaire Denis Charbit, auteur d’un ouvrage intitulé Israël et ses paradoxes, a aussi beaucoup travaillé sur cette question de l’antisionisme.

Israël n’est pas un État modèle, mais en existe-t-il vraiment ? Parmi les nombreuses critiques, il y a un certain nombre de limites à ne pas franchir. Il est parfois présenté comme un État voyou, qui serait presque le pire du monde alors qu’il est sans commune mesure avec les nombreuses dictatures dans le monde, et ce, même si, on peut considérer que le gouvernement actuel n’est pas exemplaire. Nous devons aussi faire connaître ceux qui œuvrent pour la paix en Israël, ces centaines d’associations, où juifs et palestiniens travaillent ensemble dans tous les domaines.

Quels rapports existe-t-il selon vous entre antisionisme et antisémitisme ?

J.C. : Je crois que souvent, derrière l’antisionisme, il y a de l’antisémitisme. Il n’est pas normal que l’État d’Israël soit constamment et autant montré du doigt, bien davantage que certaines dictatures. En Israël, les Arabes sont des citoyens à part entière et il y a une liberté d’expression. Forcément, on se demande si on parlerait autant de ce pays si ce n’était pas un État juif. Dès les origines, l’antisémitisme a pris plein de masques différents dont celui de la haine d’Israël. C’est une question douloureuse : bien sûr, nous avons le droit de critiquer la politique israélienne. Quand on aime quelqu’un, on a le droit d’être exigeant. En même temps, qui sommes-nous pour donner des leçons ?

Les juifs français sont très proches d’Israël. Beaucoup ont des parents ou des enfants qui vivent là-bas et ils tremblent dès qu’il y a un attentat. Pour eux, c’est donc d’autant plus douloureux de voir ce pays si critiqué. En France, la question d’Israël vient très facilement. Les juifs attendent que les chrétiens comprennent leur attachement à cette terre. Et de même, lors de nos rencontres avec l’AJCF, il y a toujours quelqu’un pour interpeller sur la politique israélienne. Il est donc important de posséder des éléments de réponse pour répondre et faire comprendre que la situation est très complexe est déjà un premier pas.

Quels sont les défis aujourd’hui de l’AJCF qui fête ses 70 ans cette année ?

J.C. : Nous devons d’abord continuer à lutter contre l’antisémitisme qui demeure toujours présent et qui tue encore en France. Il faut aussi permettre aux Français de confession juive de comprendre qu’ils peuvent compter sur l’amitié sincère des chrétiens. Nous partageons les mêmes valeurs et le désir de travailler ensemble pour contribuer à rendre le monde meilleur. Nous devons également contribuer à éviter une rupture avec les musulmans pour rendre notre société plus fraternelle et lutter contre les discours accréditant une guerre de civilisations.

Nous avons fait beaucoup de chemin pour l’amitié entre juifs et chrétiens mais il existe encore de l’ignorance et peut-être de la méfiance de chaque côté. Il y a encore du travail à accomplir pour une meilleure connaissance mutuelle. La confiance s’est installée entre les responsables de communautés mais à l’intérieur de celles-ci des efforts peuvent encore être faits. Nous pourrions, par exemple, trouver des actions caritatives à mener en commun car en œuvrant ensemble, nous apprenons à mieux nous connaître.

La Croix du 05.01.2018

 



 


 

 

 

 

ATHEISME

 

La vie après la mort est impossible d’après un physicien

Sean Carroll, un physicien doublé d’un cosmologue, pense que la vie après la mort est totalement impossible. Et ce pour une bonne et simple la raison : la conscience ne peut pas vivre indépendamment du corps.

Sean M. Carroll est né au milieu des années 60 à Philadelphie. Passionné de sciences et d’astronomie, l’homme a commencé par obtenir un doctorat en astronomie et en astrophysique à Harvard avant d’entamer des recherches post-doctorant au MIT et à l’Institut Kavli de Theorical Physics à l’université de Californie à Santa Barbara.

Par la suite, le scientifique a travaillé sur de nombreux sujets différents liés notamment à la cosmologie, à la gravitation et à la théorie des champs.

La vie après la mort ? Impossible selon ce physicien !

Dernièrement, Sean Carroll s’est découvert une passion pour l’énergie sombre, la matière noire et la relativité générale, mais il est surtout connu pour sa théorie tranchée sur la flèche du temps.
Contrairement à bon nombre de ses confrères, l’homme pense en effet que le Big Bang n’était pas le résultat d’un événement unique, mais la conséquence de plusieurs événements d’inflation cosmique.

Le scientifique a publié plusieurs ouvrages au fil de ces dernières années et il a aussi publié de nombreux articles scientifiques chez Nature ou encore New Scientist.

Sean Carroll se définit comme un athée convaincu. Pour lui, la science et la religion sont deux entités antagonistes et un scientifique ne peut croire en une divinité supérieure compte tenu de la nature matérialiste de ses recherches et de ses travaux.

Récemment, le brillant scientifique a donc été amené à évoquer la question délicate de la vie après la mort.

D’après lui, l’au-delà n’est rien de plus qu’un simple mythe imaginé par les différentes religions du monde. En réalité, pour lui, la question ne se pose même pas et il est ainsi tout à fait impossible que la conscience puisse survivre après la mort du corps.

La conscience ne peut stocker de l’information sans enveloppe corporelle

Pour le chercheur, la conscience doit impérativement respecter les lois élémentaires de la physique dans la mesure où elle se compose d’atomes et d’électrons. Dans ce sens, pour parvenir à un autre monde ou même à un autre niveau de conscience, elle devrait nécessairement trouver un moyen de stocker de l’information, ce qui est totalement impossible sans une enveloppe charnelle.

Pas selon les modèles standards en matière de physique en tout cas.

Dans son article, le brillant scientifique cite notamment l’équation de Dirac. Formulée en 1928 dans le cadre de la mécanique quantique relativiste de l’électron de Paul Dirac, cette dernière vise à décrire le comportement des particules élémentaires comme les électrons.

Pour Sean Carroll, cette équation décrit de manière correcte la manière dont les électrons se comportent face aux énergies connues. Or justement, si la conscience devait réellement survivre au-delà de la mort du corps, alors cette équation serait entièrement fausse. Elle, mais également la plupart des théories en découlant, des théories pourtant vérifiées par de multiples observations menées au fil de ces dernières décennies.

Plus intéressant, le scientifique se place également du point de vue de la biologie évolutionniste. Si l’être humain devait réellement voir sa conscience survivre après la mort de son enveloppe charnelle, alors il en irait logiquement de même pour tous les autres êtres vivants.

Si vous voulez approfondir le sujet, l’article de Sean Carroll peut être consulté à cette adresse.

http://www.fredzone.org/la-vie-apres-la-mort-est-impossible-dapres-un-physicien-738
13.11.2017


 


 

 

 

 

BIRMANIE

 

Plus de 6 700 Rohingya tués en Birmanie, selon MSF

Le bilan serait sûrement plus élevé d’après un rapport de l’organisation humanitaire. Plus de 646 000 personnes ont franchi la frontière avec le Bangladesh depuis fin août.
L’organisation Médecins sans frontières est la première à publier une évaluation du nombre de victimes de la répression subie par les Rohingya dans l’ouest birman. Selon l’ONG, la mortalité au sein de cette minorité a subi un pic brutal dans les semaines qui ont suivi l’attaque, le 25 août, par l’Armée du salut des Rohingya d’Arakan (ARSA), de plusieurs postes de police. MSF estime qu’au bas mot 6 700 Rohingya, dont au moins 730 enfants de moins de 5 ans, ont été tués dans le mois qui a suivi ces événements.
Cette évaluation, très conservatrice, se base sur une étude de mortalité réalisée auprès de 2 434 foyers représentant 11 426 individus parvenus dans les camps de réfugiés de l’autre côté de la frontière, au Bangladesh. « Notre chiffre est clairement sous-estimé car il n’inclut pas les ménages totalement exterminés ni les populations restées au Myanmar [nom officiel de la Birmanie]. Nous n’avons pu interviewer que les survivants qui sont parvenus jusqu’aux camps », dit le docteur Emmanuel Grellety, qui a travaillé sur le terrain.
« Nettoyage ethnique »
MSF souligne que la méthodologie est particulièrement prudente afin d’être indéniable. « C’est une enquête claire, avec une méthode robuste et reconnue, et fondée sur des échantillons puissants du fait de leur nombre, ajoute l’épidémiologiste. Nos conclusions permettent de décrire la situation de manière objective, on peut parler de nettoyage ethnique. »
Parmi ces morts violentes, 69,4 % des individus ont été abattus à l’arme à feu et 8,8 % ont été brûlés vifs (14,8 % pour les enfants de moins de 5 ans), la plupart du temps dans leurs maisons. 5 % ont été battus à mort et 2,6 % sont décédés du fait de violences sexuelles, d’autres encore ont marché sur des mines antipersonnel.
Plus de 646 000 personnes ont franchi la frontière depuis août. Il ne reste qu’un tiers de la population Rohingya dans l’Etat de Rakhine, dont beaucoup sont dans des camps de déplacés depuis de précédentes vagues de violence. Comme d’autres ONG, MSF demande un accès sans restriction à la zone, le nord de l’Etat, mais le Myanmar n’a jusqu’à présent voulu travailler qu’avec la Croix Rouge birmane.
La publication de ces données intervient alors que les institutions birmanes nient toujours la violence de la répression contre les Rohingya, population musulmane à laquelle la Birmanie ne reconnaît pas la citoyenneté et qu’elle considère immigrée du Bangladesh voisin. A la mi-novembre, le chef de l’armée, Min Aung Hlaing, jugeait « très faible » le nombre de départs de « Bengalis », la dénomination qu’emploie la majorité en Birmanie pour souligner le caractère étranger de cette minorité.

Le Monde du 14.12.2017

 


 

 

 

 

Les BRIGANDES

 

La Salvetat, un village sous l'emprise du groupe Les Brigandes

La petite commune de La Salvetat, dans l'Hérault, renommée pour son eau pétillante, est déchirée depuis qu'une communauté inquiétante, baptisée les Brigandes, s'y est installée.
Il faut franchir l'épais brouillard cernant le col du Cabarétou pour atteindre la propriété de Thierry Canals. Ce retraité affable habite depuis vingt ans à La Salvetat-sur-Agout (Hérault). Ce village de mille âmes, perché sur les hauteurs du massif de la Montagne-Noire, à une heure et demie de Béziers, n'était jusque-là connu que pour sa fameuse eau pétillante.
Mais, depuis 2015, Thierry est « entré en résistance ». Objet du trouble : l'installation au village d'une communauté d'une trentaine de personnes gravitant autour du groupe musical des Brigandes. Contrairement à ce que leur nom indique, ses membres présentent bien. Elles sont jeunes, souriantes et masquées. Sur fond de mélodies folk, ces mères de famille chantent des textes complotistes et identitaires. Le groupe cartonne auprès de la « fachosphère », l'extrême droite sur le Net, et cumule plus de quatre millions de vues sur YouTube.
Leurs cibles ? L'islam, les homosexuels, les juifs, les jésuites, les journalistes, les politiques et les francs-maçons. Les multiples billets de Thierry dénonçant les paroles réactionnaires des Brigandes sur son blog lui ont valu la visite de trois membres du clan chez lui en juillet, suivie d'une vive altercation sur la place du village en novembre. Il a déposé plainte pour injures et menaces physiques.

Une boutique lugubre, six enfants déscolarisés
Avant de mettre La Salvetat dans tous ses états, les Brigandes s'y sont discrètement implantées. En 2015, le groupe reprend des classiques de la chanson française sous le nom d'Ultra Sixties. Il multiplie les concerts gratuits, des maisons de retraite aux bals populaires, en passant par le bistrot du village, le Balcon. « C'était la phase de séduction », note Arnaud*, un Salvetois désabusé.

Thierry Canals a dénoncé les paroles réactionnaires de leurs chansons et porté plainte après une altercation - FLORENT PERMA
Petit à petit, les Ultra Sixties infiltrent les associations. Une aubaine pour le maire, Thibault Estadieu (DVD), qui se réjouit de la venue de trentenaires dynamiques censés relancer une économie en berne. En 2016, les Sixties accouchent d'un autre groupe : les Brigandes. Les tenues sont toujours colorées. Le style toujours pop. Mais les textes, eux, ont changé. Les chansons de Brel ont été remplacées par des « Je suis un fasciste » aux refrains scandés le bras tendu. En plein centre-ville, le clan ouvre une boutique lugubre mettant en vitrine des rituels présentés comme maçonniques, symbolisés par des candélabres et un petit crâne.
A l'école, la communauté ne cesse de remettre en cause le programme pédagogique. Un jour, le fils d'une Brigande arrive en classe sans son manuel scolaire. Sa justification ? « Maman l'a brûlé. » A la rentrée 2017, les Brigandes finissent par déscolariser leurs six enfants.

«On ne sait plus qui est pro-Brigandes, qui est anti»
Dans le village occitan, le ton monte. Au petit matin, un tag « Les Brigandes : barrez-vous » est découvert sur un pont. Comme la fameuse eau pétillante qu'on agite, La Salvetat menace d'exploser. « Les habitants se regardent en chiens de faïence. On ne sait plus qui est pro-Brigandes, qui est anti... ça a ruiné des amitiés », observe Arnaud. « Je boycotte les commerçants qui ont vendu leurs disques. Et je ne vais plus au volley, ils ont investi le club. L'ambiance est détestable. »
Christophe Pourprix, unique voisin des « maisons vertes » des Brigandes, a également déposé plainte pour menaces. Sa pétition demandant aux pouvoirs publics d'agir contre le clan a recueilli plus de 800 signatures. Pour l'instant, aucune procédure judiciaire de dissolution ne vise la communauté, qui fait quand même l'objet d'une surveillance.
Contacté, le maire de La Salvetat, Thibault Estadieu, n'a pas souhaité répondre à nos questions. Le maire est ulcéré des proportions prises par cette situation. Beaucoup craignent que cette polémique ne se poursuive désormais sur le plan politique : le Front national a atteint ici les 45 % au second tour de la présidentielle.
* Le prénom a été changé.

Une dérive sectaire ?

Derrière les Brigandes se cache la nébuleuse société Barka Productions. A sa tête, Joël Labruyère, gourou ésotérique connu comme le loup blanc des associations de lutte antisectes. Ce « penseur » a notamment créé en 1996 l'Omnium des libertés, un collectif de défense des « minorités spiritualistes ». Jointe, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) affirme avoir reçu une « bonne dizaine » de signalements à propos des Brigandes. Au moins une plainte a été déposée contre Joël Labruyère par un ancien adepte et le clan reste sous la surveillance de la Direction centrale du renseignement intérieur. « Cette communauté montre des signes d'emprise chez ses membres », note Serge Blisko, directeur de la Miviludes. « Labruyère a déjà créé plusieurs sectes sous des pseudos, comme le Nouvel Ordre mondial ou l'Ile blanche. » Le gourou se fait très rare au village. Ses deux seules apparitions publiques remontent aux voeux du maire en 2016 et 2017.
Pas facile de les approcher
Contactées par mail, les Brigandes étaient restées évasives quant à notre demande de rencontre, nous invitant à faire notre « boulot » comme on l'entend. A La Salvetat-sur-Agout, sous une pluie battante, nous décidons donc de grimper le chemin boueux menant à la propriété du clan. Nous sonnons à l'interphone. Surprise : deux Brigands, le guitariste et le secrétaire général du groupe, s'avancent en chemise blanche et chaussures vernies jusqu'au portail vert pâle. En guise de réponse à nos questions, les jeunes hommes, goguenards, nous somment de « contacter les autorités et le maire ». Ce dernier a décliné notre demande d'interview. « Tu sais combien d'albums on a fait ? » lance le plus grand. La réponse se trouve sur les cinq doigts de sa main tendue à travers le portail, à deux centimètres de notre nez. L'échange de dix minutes s'achèvera par un repli des deux gaillards sur leurs bases, sourire jusqu'aux oreilles.

http://www.leparisien.fr/faits-divers/la-salvetat-un-village-sous-l-emprise-du-groupe-les-brigandes-02-01-2018-7479387.php
Le Parisien du 02.01.2018
 


 

 

 

 

CHRISTIANOPHOBIE


De plus en plus de chrétiens persécutés dans le monde

Selon l’ONG évangélique « Portes ouvertes », plus de 3 000 chrétiens ont été tués en 2017 pour des raisons liées à leur croyance, et 215 millions de chrétiens seraient gravement persécutés dans le monde.

Sur les 2,48 milliards de chrétiens – toutes confessions confondues – dans le monde, environ 215 millions souffriraient de graves persécutions, soit un chrétien sur douze. C’est ce que révèle l’index mondial 2018 de l’ONG évangélique « Portes ouvertes », publié mercredi 10 janvier.

Fondée en 1955 par le Néerlandais André Van Der Bijl, l’ONG Portes Ouvertes appartient à la mouvance évangélique et se positionne de façon vigoureuse, avec une rhétorique combative, en faveur de la liberté religieuse pour les chrétiens. Son index, volontairement militant, est de plus en plus repris par les médias non confessionnels et par les institutions.

En tête de classement, on trouve la Corée du Nord, pour la 17e année consécutive, suivie par l’Afghanistan et la Somalie.

Selon les résultats diffusés par l’organisation, qui dit s’appuyer sur un important réseau sur le terrain, dont les relais sont chargés de remplir un questionnaire précis, plus de 3 000 chrétiens ont été tués entre novembre 2016 et octobre 2017 pour des motivations liées à leur foi, soit 154 % de plus que l’année précédente.

Toutefois, si l’on compare avec l’index de 2016, on enregistre une baisse de plus de 55 %. Cette variation s’explique par la baisse des activités de Boko Haram au Nigeria en 2016, explique « Portes ouvertes » en accompagnement de l’index. Cependant, les assassinats ont repris dans le pays, notamment du fait des Peuls, dits aussi bergers fulani, majoritairement musulmans.

« Chiffres sous-estimés »

C’est au Nigeria, en Centrafrique et en République démocratique du Congo que le nombre de chrétiens tués est le plus important. L’Afrique reste donc le continent le plus violent.

« Ces chiffres sont toutefois sous-estimés, car nous n’avons pris en compte que les morts dont nous sommes certains », a tenu à préciser à la presse Michel Varton, directeur de « Portes ouvertes France ».

Par ailleurs, dans le monde, 793 églises ont été ciblées, contre 1329 pour l’index 2017.

Les régions où les chrétiens sont le plus persécutés, indique encore « Portes ouvertes », sont d’abord l’Asie, y compris le Moyen-Orient (53 %), l’Afrique (38 %), l’Amérique Latine (9 %). Le reste du monde – Europe, Amérique du Nord, Océanie – n’est concerné que pour 0,01 %.

Cette persécution se décline en deux formes principales, selon l’ONG : la persécution « marteau » (violente) et la persécution « étau » (l’oppression et les restrictions dans le quotidien).

Pour la 5e année consécutive, on constate une augmentation des points de persécution. Ainsi, l’index 2018 fait état d’une progression d’1,13 %.

Parmi les principaux mécanismes de persécution, on trouve notamment l’islamisme, mais aussi le nationalisme religieux, qui se durcit, en particulier en Asie du Sud-Est.

L’Inde, où les extrémistes hindous agissent en toute impunité, fait ainsi partie des pays qui connaissent la plus forte hausse de persécution. En 2016, ce pays se trouvait à la 17e place de l’index, à la 15e en 2017. En 2018, il rejoint la 11e place.

Le Népal fait son entrée dans l’index, directement à la 25e place. Là encore, les hindouistes radicaux n’hésitent pas à s’en prendre aux chrétiens.

Au Pakistan, une situation qui se détériore d’année en année

Le Pakistan, 5e de l’index, reste le premier selon le critère de la violence, sachant que l’index 2018 ne prend pas en compte l’attaque d’une église peu avant Noël dans ce pays.

Ces violences comprennent les attaques régulières d’églises, les enlèvements, les mariages forcés, les viols mais aussi les émeutes à la suite des rumeurs de blasphème.

Lors de la présentation à la presse de l’index à la presse, Michael Nazir-Ali, ancien évêque de Raiwind, au Pakistan, et actuel évêque de Rochester, en Angleterre, a témoigné de la situation dans son pays d’origine, depuis l’islamisation advenue à la fin des années 1970 et au début des années 1980, avec l’influence croissante des théocrates musulmans.

Les pressions sont allées en augmentant au cours des dernières années, l’obligeant à quitter le Pakistan en 1986. Cette même année, la loi interdisant le blasphème fut promulguée dans le pays, renforçant encore les difficultés des minorités.

« Cette loi a favorisé une atmosphère de haine, a-t-il indiqué devant les journalistes, renforcée par le contenu de certains manuels scolaires, par exemple. »

Interrogé sur le sort d’Asia Bibi, cette mère de famille condamnée à mort et emprisonnée depuis plus de huit ans pour blasphème, l’évêque pakistanais a indiqué qu’elle « allait bien » mais que rien de nouveau ne se profilait à son sujet, le pays étant en attente des élections générales au printemps.

La Croix du 10.01.2018
 


 

 

 

 

COACHING


 

 

 

 

COMPLOTISME

Le Bien Public du 08.01.2018

 

 

 

 

ENTREPRISES

 

Salariés musulmans licenciés pour leur barbe, la justice se prononce

Une entreprise peut-elle licencier des salariés qui refusent de tailler leur barbe ? Réponse des prud’hommes le 11 janvier 2018.
Securitas s’est-elle rendue coupable de discrimination religieuse en licenciant, juste après les attentats du 13 novembre 2015, quatre agents de sûreté à l’aéroport d’Orly de confession musulmane ? Les employés refusaient de raccourcir leur barbe comme le leur demandait leur employeur. Le conseil des prud’hommes de Bobigny rendra sa décision le 11 janvier, au lieu de jeudi 14 décembre, le jugement n'ayant pas été motivé par la présidente du conseil, a appris jeudi l'AFP auprès du greffe.
Quelques jours après les attentats qui firent 130 morts, Securitas Transport Aviation Security (Stas) avait convoqué une vingtaine de ses salariés identifiés comme portant une barbe trop longue pour leur rappeler qu’ils devaient se conformer au référentiel vestimentaire de l’entreprise. Celui-ci stipule que les « barbes, boucs ou moustaches » devaient être « courts, taillés, soignés et entretenus ».
Barbe courte, soignée et taillée
Quatre d’entre eux ayant refusé d’obtempérer, ils avaient été mis à pied puis licenciés pour « faute grave ». Employés en CDI depuis huit ou neuf ans dans l’entreprise, ces trentenaires ont alors décidé de saisir les Prud’hommes. Ils réclament 40 000 € d’indemnité pour licenciement sans cause réelle ni sérieuse et 10 000 € de dommages et intérêts pour discrimination religieuse.
Lors de l’audience au fond en septembre, leur avocat Éric Moutet avait critiqué une décision entachée d’une « subjectivité absolue ». « Il va falloir m’expliquer ce qu’est une barbe courte, soignée et taillée », avait-il dit, s’étonnant qu'« on ne tolère plus le 14 novembre ce qu’on tolérait le 12 ».
La défense fait aussi valoir que ni le procureur, ni la préfecture, qui délivrent les agréments à ces agents après enquête fouillée, n’avaient émis de réserves à leur encontre. Elle avait enfin soulevé un « vrai problème de droit » : le fait que le code vestimentaire invoqué par Securitas pour licencier les quatre salariés n’était pas identique à celui qui avait été soumis en 2011 aux représentants du personnel.
« Donner aux salariés l’apparence la plus neutre possible »
L’avocat du groupe suédois a admis que le règlement avait bien été toiletté « en 2015 », mais il a rappelé que la société exerce, par délégation, une mission de service public. Il a aussi expliqué que ces consignes vestimentaires n’avaient d’autre but que de « donner aux salariés l’apparence la plus neutre possible ». Aussi est-il proscrit « tout ce qui peut être interprété comme fantaisiste : tatouage, piercing, vernis avec couleurs vives » et… « barbe trop longue ».
« Ce ne sont pas les musulmans qui sont visés, mais les salariés qui arborent une barbe qui n’est pas conforme au référentiel. La réponse aurait été la même avec un punk avec une crête d’Iroquois ou quelqu’un avec une barbe de hipster », avait-il fait valoir.
La jurisprudence européenne
En droit, l’employeur peut imposer des règles strictes à ses salariés quant à leur façon de se présenter. Mais ces restrictions à la liberté doivent être justifiées par la nature de la tâche à accomplir et proportionnées. Quand le respect de règles d’hygiène ou de sécurité est invoqué, elles ne semblent pas pouvoir être contestables.
La jurisprudence admet aussi que dans le cas d’un contact avec la clientèle, l’employeur peut invoquer l’image de l’entreprise. La Cour de justice de l’Union européenne a rendu, en mars dernier, un arrêt allant dans ce sens en reconnaissant aux employeurs le droit d’afficher une « image de neutralité » vis-à-vis de leurs clients. Elles peuvent, à condition notamment de ne pas être discriminatoire à l’égard d’une religion en particulier, interdire à leurs salariés le port de tout signe religieux visible.
Cette politique de neutralité doit, soulignait la Cour, être « poursuivie de manière cohérente et systématique » et s’appliquer de façon « générale et indifférenciée ».

La Croix avec AFP , le 14/12/2017

Les salariés licenciés pour leur barbe sont renvoyés devant un juge professionnel

Jeudi 11 janvier, le conseil de prud’hommes a finalement refusé de trancher – représentants du patronat, d’un côté, et des salariés, de l’autre, n’ayant probablement pas pu s’accorder sur la décision à rendre.

Le conseil de prud’hommes de Bobigny a renvoyé hier devant le juge départiteur une affaire opposant la société Securitas à quatre ex-salariés. Ceux-ci avaient été licenciés après avoir refusé, au lendemain des attentats de novembre 2013, de raccourcir leur barbe, alors que le référentiel vestimentaire de l’entreprise l’exigeait.

Considérant que leur employeur s’était rendu coupable de discrimination religieuse à leur encontre, les quatre agents de sécurité avaient saisi la justice dans la foulée. Preuve de la dimension ultrasensible du dossier, la décision, attendue d’abord mi-décembre, avait déjà donné lieu à un premier report.

Les quatre demandeurs réclament 40 000 € d’indemnité
Jeudi 11 janvier, le conseil de prud’hommes a finalement refusé de trancher – représentants du patronat, d’un côté, et des salariés, de l’autre, n’ayant probablement pas pu s’accorder sur la décision à rendre. L’affaire est ainsi renvoyée devant un magistrat professionnel. Les quatre demandeurs, qui étaient employés en CDI depuis huit ou neuf ans dans l’entreprise, réclament 40 000 € d’indemnité pour licenciement sans cause réelle ni sérieuse et 10 000 € de dommages et intérêts pour discrimination religieuse.

Aucune date n’a encore été fixée pour la nouvelle audience qui ne devrait cependant pas se tenir avant « au minimimum un an », Eric Moutet, l’avocat des quatre demandeurs.

La Croix du 11.01.2018

 



 


 

 

 

 

EXTREME-DROITE

Facebook ferme les pages d'Alain Soral

Alain Soral n'aura plus de page sur Facebook.
Le réseau social en a décidé ainsi en fermant, ce mercredi, la page de l'essayiste d'extrême droite et celle de son site, Egalité et réconciliation, indique Streetpress. A elles deux, les pages cumulaient 288 000 abonnés.
« Nos politiques ont toujours été très claires sur le fait que nous ne permettons pas l’expression du racisme ou de l’homophobie », indique Facebook à Streetpress.
Alain Soral a, de son côté, dénoncé sur son site un acte de « censure » qu'il impute aux « officines du pouvoir ».
La semaine passée, YouTube avait déjà décidé de restreindre l'accès d'une des vidéos d'Alain Soral. En septembre, c'est La Banque postale qui a fermé les comptes de l'association Egalité et réconciliation, ainsi que de l'entreprise d'Alain Soral, Culture pour tous, rappelle Streetpress.

Le Progrès du 16/12/2017

 

 

 

 

FRATERNITE SAINT PIE X


 


 

 

 

 

FRONT NATIONAL

 

Laïcité, un maire FN impose le porc à la cantine

Depuis le 1er janvier, le maire FN Julien Sanchez a supprimé les menus de substitution et a décidé de proposer du porc tous les lundis dans les cantines scolaires de Beaucaire.

Le maire Front national (FN)de Beaucaire ( Gard) Julien Sanchez, a décidé de supprimer les menus de substitution des cantines scolaires à partir du 1er janvier 2018 et d’y imposer du porc tous les lundis. ZOOM
Le maire Front national (FN)de Beaucaire ( Gard) Julien Sanchez, a décidé de supprimer les menus de substitution des cantines scolaires à partir du 1er janvier 2018 et d’y imposer du porc tous les lundis. / Remy Gabalda/AFP

Le porc était au menu le jour de la rentrée scolaire, lundi 8 janvier, dans les cinq cantines des onze écoles primaires et maternelles de la commune de Beaucaire (Gard). Pour les enfants de confession juive ou musulmane qui n’en mangeraient pas pour des raisons religieuses, et même pour les végétariens, il n’y a désormais plus d’alternative proposée. Le maire FN Julien Sanchez a décidé de supprimer les menus de substitution des cantines scolaires à partir du 1er janvier 2018 et d’y imposer du porc tous les lundis.

« L’école publique de la République ne reconnaît aucun culte, argue le porte-parole du FN, et le porc n’étant pas un aliment particulièrement allergène, il n’y a pas d’autre raison que religieuse pour ne pas en manger. » Julien Sanchez affirme ainsi défendre une conception de la laïcité selon laquelle « il faut pratiquer sa foi dans la sphère privée et ne pas faire entrer la religion dans l’espace public ».

La justice avait autorisé la crèche de Julien Sanchez
L’édile frontiste avait lui-même été attaqué par la Ligue des droits de l’Homme devant le tribunal administratif de Nîmes pour avoir installé une crèche de Noël dans la mairie. La justice avait alors donné raison à Julien Sanchez et autorisé la crèche au motif de son caractère artistique et de la dimension culturelle que celle-ci revêt dans cette région, ce que prévoit désormais la jurisprudence après une succession de diverses décisions rendues par différents tribunaux.

Une précédente décision invalidée par la justice
Concernant la suppression du menu de substitution à la cantine, la justice avait invalidé en août 2017 une décision similaire du maire Les Républicains (LR) de Chalon-sur-Saône. Le tribunal administratif de Dijon s’était alors appuyé sur la Convention internationale des droits de l’enfant et avait considéré que la mairie n’avait pas « accordé une attention primordiale à l’intérêt des enfants ». La justice avait ainsi refusé de fonder sa décision sur la liberté de culte.

« Évidemment, puisque la loi de 1905 n’encadre pas la restauration scolaire, gérée uniquement par la municipalité », explique Laure Cordelet, présidente du Rassemblement citoyen de Beaucaire. Son association, qui se présente comme « antiraciste » et a été fondée en 2014 en réaction à l’élection de Julien Sanchez à la mairie, est pourtant « quasiment sûre d’attaquer ». Si rien n’est encore officiel, elle se donne « quinze jours pour monter un dossier avec un avocat et décider ».

Les arguments du maire de Beaucaire
Julien Sanchez s’attend à ce recours en justice. « Cela ne m’impressionne pas, dit-il, je suis là pour défendre la République, je ne vais pas plier ». Le porte-parole du Front national a déjà aiguisé ses arguments. En invalidant la décision du maire de Chalon-sur-Saône, le tribunal administratif de Dijon avait mis en avant qu’un « menu de substitution avait été proposé, sans jamais faire débat, depuis 1984 », et qu’aucune « contrainte financière » ne justifiait leur suppression. Le maire frontiste veut, lui, prouver que les menus de substitution « ne sont pas une tradition à Beaucaire puisqu’ils ont été mis en place par la précédente municipalité en 2008 » et qu’ils « posent un problème de coût ».

« Cela crée des tensions dans notre ville »
S’il affirme avoir reçu des réactions positives de certains parents, d’autres montent au créneau. Une élue de parents d’élèves prévoit ainsi d’organiser « des pique-niques républicains » réunissant tous les lundis devant la mairie les parents des enfants ne pouvant pas manger de porc.

Pour Philippe Portier, titulaire de la chaire histoire et sociologie des laïcités à l’École Pratique des Hautes Études, « le maire de Beaucaire veut étendre la neutralité religieuse de l’école, définie par les lois Ferry dans les années 1880, à l’espace de restauration scolaire », a priori distinct de l’institution. Or, rappelle-t-il, la neutralité religieuse « vaut pour les agents de l’État, et jamais pour les usagers », même si « la tendance actuelle est à vouloir étendre l’impératif de neutralité à des populations qui en principe n’en dépendent pas ».

La Croix du 09.01.2018
 


 

 

 

 

HOMOPHOBIE

 

La condamnation de Christine Boutin pour ses propos sur l’homosexualité a été annulée

La Cour de cassation a annulé mardi 9 janvier la condamnation pour « provocation à la haine ou à la violence » de l’ancienne ministre Christine Boutin, qui avait affirmé que « l’homosexualité est une abomination ».

Après deux ans de bataille judiciaire, Christine Boutin, ancienne ministre du logement et présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD) a été blanchie par la Cour de cassation mardi 9 janvier pour ses propos dans une interview accordée à la revue Charles où elle qualifiait l’homosexualité d’« abomination ».

Celle-ci a déclaré sur Twitter sa satisfaction « de constater que la Cour de cassation a confirmé que la liberté d’expression et la liberté de conscience existaient toujours dans notre pays ».

@christineboutin
La C. Cass a cassé et annulé les condamnations, me concernant, du TGI et de la C.Appel de Paris pour avoir cité l’Ancien Testament . La plus haute juriction française vient ainsi de confirmer que les Libertés d’Expression et de Conscience existent toujours en France
17:49 - 9 janv. 2018

« Absence d’appel à la haine à l’égard des personnes homosexuelles »
La Cour de cassation a annulé la condamnation de Christine Boutin à 5 000 € d’amende sans ordonner de nouveau procès, jugeant que ces propos ne relèvent pas du délit de « provocation publique à la haine ou à la violence » pour lequel elle était poursuivie. Dans sa décision, la haute juridiction a estimé que « le propos incriminé, s’il est outrageant, ne contient néanmoins pas, même sous une forme implicite, d’appel ou d’exhortation à la haine ou à la violence à l’égard des personnes homosexuelles ».

De son côté, Me Etienne Deshoulières, qui défend l’association Mousse, l’une des parties civiles au procès, a « regretté » cette décision tout en estimant, au vu du terme « outrageant » employé par la Cour de cassation, que « si les associations LGBT (Lesbienne, gay, bi et trans) avaient agi sur le fondement de l’injure et non de l’incitation à la haine, Christine Boutin aurait été condamnée ». « C’est prescrit. Mais si demain quelqu’un redit cela, les associations auront entendu l’enseignement de la Cour de cassation et poursuivront pour injure », a-t-il ajouté.

« Mon opinion s’inscrit dans la tradition chrétienne »
Tout a commencé dans un entretien à la revue Charles, paru en avril 2014 sous le titre « Je suis une pécheresse », où Christine Boutin affirmait : « L’homosexualité est une abomination. Mais pas la personne. Le péché n’est jamais acceptable, mais le pécheur est toujours pardonné ». De là, elle avait été condamnée le 18 décembre 2015 par le tribunal correctionnel de Paris, puis en appel le 2 novembre 2016. Outre l’amende, elle avait été condamnée à verser 2 000 € de dommages et intérêts aux associations Mousse, Le Refuge et Inter-LGBT. « Ce que l’on entend dans vos propos, c’est que les homosexuels sont une abomination », avait résumé le procureur lors du premier procès.

« Mon opinion s’inscrit dans la tradition chrétienne », avait justifié Christine Boutin, tout en précisant qu’elle avait regretté ses propos par la suite. L’avocat de l’ex-ministre avait plaidé sa relaxe en estimant que sa cliente était jugée pour « une opinion ». « Si vous suivez les réquisitions du procureur, alors il faut saisir la Bible ! », avait-il lancé.

La Croix du 10.01.2018


 


 

 

 

 

ISLAMISME

 

Prison de Fleury-Mérogis : comment sont évalués les détenus radicalisés

Depuis un an, c’est dans le centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis (Essonne) que les détenus incarcérés pour terrorisme islamiste sont évalués. Avant d'être acheminés vers des centres de détention où ils purgent leurs peines, les détenus condamnés pour terrorisme islamique transitent par un centre chargé de les évaluer pendant quatre mois.

Elle est la directrice du quartier d’évaluation de la radicalisation (QER) de Fleury-Mérogis. L’un des trois scanners avec ceux d’Osny (Val d’Oise) et Fresnes (Val-de-Marne) par lequel vont passer tous les détenus radicalisés ou condamnés pour terrorisme, avant d’être dirigés ensuite vers les centres pénitentiaires de France. Et, tout en préservant son anonymat, elle est le premier personnel pénitentiaire à travailler en lien avec les djihadistes à accepter de lever le voile sur cette délicate mission qui a débuté voici près d’un an.

«Nous terminons notre deuxième session, glisse la directrice qui compte plus de 20 ans d’ancienneté dans le métier, malgré son visage d’adolescente. Nous apprenons tous les jours et notre expérience s’améliore constamment. » Ces périodes d’observation-évaluation de la dangerosité des pensionnaires durent quatre mois. A Fleury, 20 places sont disponibles, dans des cellules individuelles et une aile spécifique. «Tout le travail est justement basé sur l’individualisation, raconte-t-elle. Quand ils parlent d’eux, les radicalisés disent «nous », ils parlent de groupe. On doit les ramener au «je », à l’humain. Et quand on y arrive, ils deviennent complètement différents. »

Face à ce public dissimulateur, manipulateur ou séducteur, 15 agents, des éducateurs, des psychologues, des membres du service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip), un responsable religieux se succèdent au quotidien pour des ateliers, ou des entretiens individuels. «En comparaison, il y a seulement 150 agents pour 800 détenus sur le reste du bâtiment », précise la directrice du QER. Et quasi aucun psychologue disponible dans les autres tripales de Fleury.

«Il y a très peu de barbus»
«Tous les 15 jours, entre professionnels, on tient une réunion où on confronte nos avis sur chaque détenu, relate-t-elle. La plupart ont une vingtaine d’années, mais ce ne sont pas les plus dangereux, ce sont en revanche les plus vulnérables et certains ont vécu une désillusion en Syrie. Tandis que ceux qui ont entre 30 et 40 ans ont une idéologie plus enkystée. » Et le motif de la peine pour laquelle ils sont écroués ne représente absolument pas leur degré de dangerosité.

«Il y a très peu de barbus, certains ne sont jamais sortis de leur cité à part pour aller en prison, et la plupart ont été endoctrinés sur Internet, ils ont trouvé des gens qui les ont valorisé, décrypte la directrice du QER. Contrairement aux idées reçues, ce sont des gens très élaborés, qui parlent bien. Certains ont réalisé des études supérieures. » D’ailleurs, lors des cours, la philosophie est particulièrement prisée de ces détenus qui n’ont pas le droit de porter une djellaba ailleurs que dans leur cellule, sous peine de sanctions.

« Ils ont besoin d’avoir des gens très pointus face à eux, confie-t-elle. On a un imam à disposition. » La directrice a aussi été surprise par leur comportement. «Ils parlent beaucoup, ont besoin de s’ouvrir, de se livrer, assure-t-elle. Certains sentent qu’ils sont des funambules qui peuvent basculer et être définitivement perdus, ils sont inquiets pour leur avenir. »

«Ne jamais croire qu'on les connaît»
En profitant de leur amour pour leur famille, le personnel pénitentiaire arrive parfois à les «rééquilibrer» un peu. «L’expérience est probante, je n’ai moi-même, plus du tout le même regard par rapport à ces détenus terroristes islamistes, reconnaît la directrice. Certains nous disent qu’ils se sentent enfin compris.» Lorsqu’à la fin des quatre mois, la directrice résume au détenu la synthèse de 25 pages qu’elle va transmettre au futur centre de détention, «il y en a qui pleurent, d’autres sont reconnaissants. »

Mais la directrice sait rester prudente : «Le quotidien est plus apaisé qu’ailleurs, mais on sait que ce sont des personnes qui ont un rapport à la mort complètement différent, il ne faut jamais croire qu’on les connaît et je dis à mes équipes de ne jamais laisser s’installer la routine. »Et quelques pensionnaires ne collaborent pas. Deux ont été placés à l’isolement à l’issue de la première session. Sur la deuxième, un détenu terroriste qui possède la double nationalité a sollicité une déchéance nationalité.

«Mais pour d’autres, ce sont des erreurs de parcours, estime la directrice. C’est en prison que la première pierre pour tenter de les désengager est posée. Nous n’allons pas trop loin non plus, car certains ont des traumatismes liés aux crimes de guerre ou à leur passé familial. Ce sera le travail des psychologues et de leurs éducateurs ensuite durant le reste de leur détention. »

505 détenus incarcérés en France pour terrorisme islamiste

En France, sur près de 70 000 personnes détenues, 505 le sont pour des faits en lien avec le terrorisme islamiste, dont cinquante femmes. Près de 80 % d'entre eux sont impliqués dans des dossiers qui sont encore à l'instruction. Parmi ces centaines de détenus, on dénombre 123 hommes et 15 femmes qui reviennent de Syrie ou d'Irak. Par ailleurs, 1 150 détenus condamnés ou incarcérés en détention provisoire pour d'autres faits ont été repérés par les autorités et sont suivis pour radicalisation.

Le Parisien du 05.01.2018
 


 

 

 

 

LAICITE

 

Qu’attendent les responsables religieux d’Emmanuel Macron ?


D’abord programmée vendredi 8 décembre, la rencontre entre le président de la République Emmanuel Macron et les responsables des principaux cultes en France se tiendra finalement le jeudi 21 décembre. 

L’occasion pour les responsables religieux et politiques d’évoquer la place des religions dans la République.

Emmanuel Macron recevra les représentants des cultes à l’Elysée, le 14 décembre 2017. ZOOM
Emmanuel Macron recevra les représentants des cultes à l’Elysée, le 14 décembre 2017. / Christophe Ena/AFP

Une « laïcité de liberté ». C’est ce cap qu’entend suivre Emmanuel Macron. La rencontre, jeudi 21 décembre à l’Élysée, entre le président de la République, les représentants des principaux cultes mais aussi diverses « personnalités », pourrait être l’occasion de préciser le contenu de ce slogan. Et pour les responsables religieux d’expliquer, eux aussi, comment ils souhaitent contribuer à la vie sociale.

Concrètement, pour montrer au grand public que les religions ont leur place dans la société, une instance de dialogue doit être installée d’ici janvier. « En complément des cadres bilatéraux de relations avec les représentants des cultes, une instance informelle de dialogue et de concorde entre les autorités des principaux cultes pourra être réunie autour du ministre », indiquait la feuille de route du ministère de l’intérieur.

« Mieux faire comprendre les intérêts religieux des uns et des autres »
Aux yeux de Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France, l’initiative relève « d’une juste compréhension de la loi de 1905 ». « Elle montre que le ministre de l’intérieur est soucieux de la paix sociale, qu’il est conscient aussi du rôle que les responsables religieux ont à y jouer », avance-t-il. « Il n’exclut pas les religions du paysage mais reconnaît leur influence et les prend comme partenaires ».

« Le monde a tellement changé, on ne peut pas laisser les choses gravées dans le marbre pour l’éternité, y compris ces visions un peu archaïques d’une laïcité qui se réfère à une loi qui a été écrite il y a plus d’un siècle », estime de son côté Olivier Reigen Wang-Genh, le président de l’Union bouddhiste de France. Il espère que cette nouvelle instance de dialogue pourra « servir à apaiser et à mieux faire comprendre les intérêts religieux des uns et des autres ».

Un peu à la manière de Marseille Espérance ou de « Concorde et Solidarité » à Lyon, la future structure pourrait signifier « à certaines occasions que les religions sont facteurs de paix sociale, de respect de l’autre », poursuit Mgr Pontier.

« Ce que nous pouvons faire pour l’État »
Mais le président des évêques met aussi en garde contre des confusions possibles : « Il ne s’agit pas de dialogue interreligieux, qui ne relève pas du ministre de l’intérieur et pour lequel existent déjà de nombreuses initiatives, nationale comme la Conférence des représentants des cultes en France ou plus locales ». « Il faut voir maintenant comment cette instance sera mise en place et fonctionnera. Car pour le moment, nous n’en savons rien », souligne-t-il aussi.

Grand rabbin de France, Haïm Korsia juge a priori « intéressante » la création de cette instance de dialogue. Il y voit « la possibilité de donner l’éclairage des religions » sur certains sujets de société, aux côtés « d’autres éclairages ». « C’est comme cela que la République se construit, en écoutant ce qui fait la société », ajoute-t-il. « Il ne s’agit pas bien sûr d’écouter exclusivement les religions, mais de les écouter aux côtés d’autres composantes de la société. »

« La logique qui est la nôtre, est de se demander non pas ce que l’État peut faire pour nous, mais ce que nous pouvons faire pour l’État », assure encore Haïm Korsia, qui souhaite que cette instance manifeste la contribution des religions au vivre-ensemble.

Lui aussi rappelle que des rencontres bilatérales entre le gouvernement et chaque culte existaient déjà, ainsi que des rencontres organisées après des événements tragiques, tels que l’attentat contre l’hyper-casher ou celui de Saint-Etienne-du-Rouvray. « Mais entretenir un contact a priori change tout », estime le grand rabbin.

« Avec Emmanuel Macron, nous avons une opportunité »
« Si chacun doit pouvoir en France croire ou ne pas croire et pratiquer la religion de son choix, nous combattrons par contre tous ceux qui, en invoquant la religion, appellent à la haine et cherchent à semer la discorde », affirmait aussi la feuille de route confiée par Emmanuel Macron au ministère de l’intérieur.

Président du conseil français du culte musulman (CFCM), Ahmet Ogras souligne la confiance qu’il accorde a priori au président de la République, même si les détails du fonctionnement de la nouvelle instance ne sont « pas très précis pour l’instant ». « Emmanuel Macron est soucieux d’entendre les religions et les courants philosophiques sans chercher à imposer une idéologie, se félicite Ahmet Ogras. Il est demandeur, c’est cela le plus important. »

Au passage, le responsable musulman voit d’un bon œil la décentralisation de l’instance de dialogue entre l’État et le culte musulman, qui devrait selon lui permettre un dialogue moins exposé médiatiquement, donc plus serein et moins idéologique. « Nous voulons parler avec l’ensemble des forces vives de la société, et surtout pas avec le politique seul », poursuit le président du CFCM, qui entend bien que les musulmans prennent part aux débats sociétaux qui s’annoncent. « Avec Emmanuel Macron, nous avons une opportunité, il faut en profiter. »

« Prendre en compte le protestantisme dans sa toute sa diversité«
De son côté, le président de la Fédération protestante de France (FPF), François Clavairoly, a lui aussi salué cette initiative, tout en reconnaissant que, pour l’heure, les responsables de culte n’avaient pas été « informés » des modalités concrètes de la nouvelle instance.

« Il est important que nous puissions nous entretenir régulièrement avec les pouvoirs publics », relève le responsable du principal organe représentatif du protestantisme français. De telles rencontres, ajoute-t-il, peuvent permettre de porter les « préoccupations » des différents responsables religieux.

Quelques jours avant cette convocation, le président du Conseil national des évangéliques de France (Cnef), Étienne Lhermenault, s’était demandé si Emmanuel Macron serait capable de « prendre en compte le protestantisme dans sa toute sa diversité, FPF et CNEF à la fois ». Sur son compte Twitter, il indiquait qu’il « serait souhaitable pour créer une instance de dialogue aussi large que possible avec les religions ».

Cette structure représentative des Églises et mouvements évangéliques français - dont certains appartiennent aussi à la FPF - n’a pas été conviée à cette rencontre, ne faisant pas partie de la Conférence des responsables de culte en France.

La Croix du 12.12.2018

Logement, migrants et bioéthique : trois thèmes discutés par l’Église catholique à Matignon

L’instance de dialogue avec l’Église catholique se réunit mardi 12 décembre à Matignon. À côté des sujets techniques, la Conférence des évêques de France a souhaité cette année aborder aussi des thèmes plus politiques.

Le premier ministre Édouard Philippe recevra le 12 décembre, les principaux responsables de l’Église de France.

L’« instance de dialogue avec l’Église catholique » se réunit mardi 12 décembre à 16 h 30 à l’hôtel Matignon. Comme chaque année, elle rassemblera, autour du premier ministre, les principaux responsables de l’Église de France – le nonce apostolique, les représentants de la Conférence des évêques et l’archevêque de Paris – et plusieurs ministres.

La première partie sera consacrée à des sujets techniques, dont la mise en œuvre du décret paru le 5 mai qui rend obligatoire la possession d’un diplôme « sanctionnant une formation civique et civile agréée » pour les futurs aumôniers pénitentiaires, hospitaliers et militaires « salariés ou nouvellement recrutés ».

Les responsables catholiques s’inquiètent de la lourdeur de cette nouvelle formalité, qui visait principalement les aumôniers musulmans intervenant en prison, dans un contexte de lutte contre la radicalisation. L’obligation d’acquérir ce diplôme universitaire (DU) aura un coût pour des aumôniers catholiques en grande majorité bénévoles ou faiblement rémunérés.

Réformes fiscales
Les responsables catholiques – et protestants aussi – estiment ne pas avoir toutes les garanties sur les équivalences de diplômes que reconnaîtront les universités. « Nous entendons certaines inquiétudes. L’objectif est d’arriver à une solution au printemps pour que les aumôniers puissent obtenir leur équivalence ou leur DU avant le 1er octobre 2019 comme le prévoit le décret », précise-t-on au ministère de l’intérieur.

Sur le plan fiscal, deux prochaines réformes devraient être envisagées sous l’angle de leurs implications pour les dons et legs : celle de l’impôt de solidarité sur la fortune et celle du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu. Les représentants de la Conférence des évêques risquent également de revenir à la charge contre la hausse de la taxe foncière pour les établissements d’enseignement catholiques sous contrat. Avec l’espoir d’un réexamen du dossier par les ministères de l’éducation nationale et de l’économie…

Enfin, et comme le souhaitait de longue date le ministère de l’intérieur, l’instance de dialogue sera sans doute l’occasion d’un échange plus politique entre l’Église catholique et le gouvernement. Plusieurs sujets ont été inscrits au programme de la deuxième partie, à la demande des responsables catholiques : « le mal-logement et les migrants », mais aussi « la méthode » retenue pour la prochaine révision des lois de bioéthique. Des thèmes chers aux évêques de France et sur lesquels ils ont planché lors de leur assemblée plénière d’automne à Lourdes.

Laïcité à l’Elysée
En revanche, et malgré des tensions récurrentes, la laïcité et la place des religions dans la République n’ont pas été inscrites au programme de cette réunion, sans doute parce qu’elles devraient être abordées la semaine prochaine à l’Élysée à l’occasion de la réunion des représentants des principaux cultes par le président de la République.

Dans la feuille de route donnée début septembre à son ministre de l’intérieur, Emmanuel Macron chargeait celui-ci de « promouvoir une laïcité de liberté (...), permettant à chacun d’exercer son culte à la condition qu’il le fasse dans le respect des lois, de l’ordre public et des valeurs de la République ». « Si chacun doit pouvoir en France croire ou ne pas croire et pratiquer la religion de son choix, nous combattrons par contre tous ceux qui, en invoquant la religion, appellent à la haine et cherchent à semer la discorde », était-il également précisé.

La Croix du 12.12.2018

Une vidéo primée par l’Observatoire de la laïcité

L’observatoire de la laïcité a remis ses prix annuels.

Un clip produit par une association de Limoges a reçu le premier prix attribué à l’occasion de la date anniversaire de la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905.

L’Observatoire de la laïcité, piloté par l’ancien ministre Jean-Louis Bianco, a annoncé lundi 11 décembre le nom des récipiendaires de ses prix de la laïcité de la République française.

Parmi eux, figure une association d’animation et de développement social, « Citels », implantée dans les quartiers sensibles Limoges, primée pour la réalisation d’une vidéo, diffusée depuis février. Ce clip de trois minutes quarante, réalisée en partenariat avec la Caisse d’allocations familiales (CAF) de Haute-Vienne, le laboratoire limousin de la laïcité, la Fondation SNCF et la radio associative « Beaub FM » est intitulé « C’est quoi la laïcité ? ».

Grands piliers
Cette vidéo constitue une explication des grands piliers de la loi de 1905, ainsi que de la loi sur l’interdiction des signes religieux à l’école, adoptée en 2005, et celle interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, promulguée en 2010 (et qui interdit de fait le port de la burqa dans les espaces publics).


L’Observatoire de la laïcité a également primé un lycée public professionnel de Metz, Alain-Fournier, pour un jeu sur la laïcité, et le département de Meurthe-et-Moselle a reçu la mention spéciale pour un projet intitulé « Laïcité : tous engagés », défini comme « une action de grande ampleur en faveur d’une meilleure connaissance de la laïcité auprès des collégiens et des Meurthois ». Enfin, la Ligue de l’enseignement de Gironde a également été récompensée pour un jeu intitulé « La ligne laïque » et destiné aux jeunes.

Le prix de la laïcité de la République française, d’un montant de 5 000 €, est décerné chaque 9 décembre, date anniversaire de la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905.

La Croix du 12.12.2018

Laïcité, Dominique Schnapper prend la tête d’un « conseil des sages »

Nommée à la tête du « conseil des sages » de la laïcité à l’éducation nationale, la sociologue incarne une fermeté républicaine, tout en se tenant à l’écart des passions idéologiques qui agitent le sujet.
Il est de coutume d’appeler « sages » les membres du Conseil constitutionnel. Un titre que va retrouver Dominique Schnapper, ancienne membre du conseil (2001-2010), désormais chargée par le gouvernement de présider un « conseil des sages » de la laïcité à l’éducation nationale.
Sociologue et politologue, Dominique Schnapper a consacré à la citoyenneté de très nombreux ouvrages (1) affirmant la nécessaire défense des valeurs républicaines pour dépasser les sentiments d’identification à des identités particulières. Dans les débats qui traversent la société sur le sujet, intellectuels et politiques s’opposent à la fois sur l’ampleur des replis communautaires, en particulier dans les milieux musulmans, et le modèle d’intégration qu’il convient de promouvoir (assimilation ou inclusion). Dans ce contexte, le choix de Dominique Schnapper est stratégique. Il est un signe fort adressé aux « républicains » les plus vindicatifs, qui ne peuvent l’accuser de naïveté. Dans un entretien récent à La Croix, Dominique Schnapper avait ainsi souhaité que le président Macron, nouvellement élu, fasse preuve de « tranchant politique » (nos éditions du 23 mai 2017). « Il ne faut pas se montrer complaisant envers la progression de l’islamisme comme du populisme », avertissait-elle. Mais cette grande figure intellectuelle s’est toujours tenue à l’écart des postures idéologiques qui, sur le terrain de la laïcité, réveillent les passions.
Quelle sera la mission de ce comité des sages ? Selon la communication faite en conseil des ministres le 8 décembre, son rôle sera de « préciser la position de l’institution scolaire en matière de laïcité et de fait religieux ». Le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer a indiqué ce week-end que cette instance serait chargée de « définir la règle du jeu de la laïcité ». Une notion qui interroge, car il revient en principe à la loi et à la jurisprudence de fixer la norme, comme on l’a vu sur la question extrêmement sensible du port du voile musulman par les élèves (la loi de 2004 l’interdit) ou par des mamans d’élèves lors des sorties scolaires (le Conseil d’État l’autorise, sous conditions).
Les positions du conseil des sages « n’auront pas de valeur juridique. Mais par sa réflexion, par son expertise, il exercera une fonction d’éclairage, aura une mission de conseil quant aux méthodes et aux pédagogies », précise le cabinet du ministre. Sa marge de manœuvre, cependant, pourrait être réelle, estime un fin connaisseur du dossier. Car « sur bien des points, il ne suffit pas de se référer au droit, les juristes eux-mêmes n’étant pas d’accord ».
Concrètement, quand un professeur rencontre un problème lié à la laïcité, il doit s’adresser d’abord à son chef d’établissement. Au besoin, celui-ci sollicite lesunités laïcité, composées de plusieurs professionnels dotés de compétences complémentaires (juridiques, psychologiques, pédagogiques) et qui seront généralisées dans toutes les académies début 2018. Leur rôle est à la fois la prévention et l’intervention. L’affaire peut ensuite éventuellement remonter à l’équipe laïcité mise en place au sein du ministère, et qui travaille en dialogue avec le comité des sages. Cette instance devrait compter une dizaine de membres « de sensibilités différentes » dont les noms seront connus dans les jours à venir. Il s’agit de faire en sorte que « les personnels ne se sentent plus seuls et qu’ils n’hésitent plus à nommer les problèmes », explique-t-on encore au cabinet.
Sous la précédente majorité, on comptait déjà des référents laïcité dans chaque académie. Après les attentats, des formations à la laïcité avaient été développées à l’endroit des personnels. Un guide pratique avait été adressé aux chefs d’établissement. Ce livret évoquait, en y apportant des réponses étayées par le droit, la conduite à tenir en cas de contestation de certains enseignements au nom de convictions, de prières quotidiennes lors de voyages scolaires, ou encore de port de signes religieux par des élèves en stage dans une entreprise privée. « La ministre Najat Vallaud-Belkacem avait une approche pragmatique et le climat s’était apaisé » analyse un bon connaisseur de l’éducation nationale, qui s’inquiète des effets que pourrait avoir une ligne désormais plus intransigeante.
(1) Son dernier ouvrage : De la démocratie en France : République, nation, laïcité, Odile Jacob 2017.

La Croix du 14.12.2018

Emmanuel Macron souhaite un dialogue régulier avec les responsables religieux

Le président Emmanuel Macron a reçu les responsables français des cultes à l’Élysée jeudi 4 janvier. Il a insisté sur sa volonté d’établir un dialogue régulier avec eux.

Emmanuel Macron a évoqué l’idée d’un dialogue régulier avec les responsables des cultes. ZOOM
Emmanuel Macron a évoqué l’idée d’un dialogue régulier avec les responsables des cultes. / LUDOVIC MARIN/AFP

C’était un rendez-vous très attendu, au cours duquel, à en croire le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, les responsables religieux français ont perçu « une attention à la question spirituelle et religieuse comme jamais nous ne l’avions sentie ». Emmanuel Macron a livré pour la première fois, le 4 janvier, ses vœux aux responsables religieux, reçus à l’Élysée, poursuivant ainsi une tradition instaurée par ses prédécesseurs.

Durant cette réunion d’une heure et demie, il a prononcé un discours d’une trentaine de minutes, avant d’entamer un long temps d’échanges avec les onze religieux présents, en présence du premier ministre Édouard Philippe et de Gérard Collomb, le ministre de l’intérieur, également en charge des cultes.

Les cultes seront consultés sur la bioéthique
Lors de son discours, le président a notamment évoqué le rôle des religions dans la société, ainsi que l’importance de l’enseignement du fait religieux en France. Il a salué le rôle des associations chrétiennes caritatives pour l’accueil des réfugiés, tout en rappelant la « tension éthique » entre le droit d’asile et « la réalité de notre société, sa capacité à accueillir ». Autre thématique abordée : l’enseignement dans les mosquées et la formation des imams pour lutter contre la radicalisation.

Enfin, il a assuré aux cultes qu’ils seraient bien consultés avant la révision des lois de bioéthique, prévue à l’automne. Sans rien préciser du contenu de la future loi, Emmanuel Macron a précisé qu’il souhaitait que soit organisé en France « un vrai débat philosophique » sur ces questions extrêmement complexes.

Vers des rencontres régulières
Il a d’ailleurs confirmé sa volonté de dialoguer régulièrement avec les responsables religieux. « Il est naturel que le président de la République s’entretienne régulièrement avec vous parce que vous participez de la vie de la nation », a-t-il affirmé. Ces contacts pourraient être organisés en prenant le modèle de la Conférence des responsables des cultes en France (CRCF), une instance informelle qui réunit une douzaine de représentants des cultes catholique, protestant, orthodoxe, musulman, juif et bouddhiste.

Des relations régulières marqueraient un changement notable, puisque depuis plusieurs années, les rencontres entre le président et les responsables religieux étaient réservées à des situations de crise. « Le fait de vouloir nous rencontrer régulièrement, dans des périodes de calme, revient à nous associer à la construction de ce qui fait une nation », estime le grand rabbin de France Haïm Korsia.

« On a l’impression qu’il veut écouter les religions, ajoute Mgr Denis Jachiet, évêque auxiliaire de Paris, également présent à l’Élysée. Pas nécessairement pour aboutir absolument à un consensus mais vraiment pour établir un dialogue constructif. »

La Croix du 04.01.2018

Les vœux d’Emmanuel Macron aux autorités religieuses

Le président de la République Emmanuel Macron a livré pour la première fois, jeudi 4 janvier, ses vœux aux responsables français des cultes reçus à l’Élysée, poursuivant ainsi une tradition instaurée par ses prédécesseurs. Voici la retranscription de son discours.

« Chers amis,

Monsieur le Premier ministre,

Monsieur le Ministre d’État,

Monseigneur,

Monsieur le Métropolite,

Monsieur le Grand Rabbin de France,

Monsieur le Président du Consistoire,

Monsieur le Président du Conseil français du Culte musulman,

Monsieur le Président de la Fédération protestante de France,

Madame la Présidente de l’Union bouddhiste de France,

Chers amis,

Je vous adresse tous mes vœux. Je vous remercie d’être ici présents et au seuil de cette année nouvelle, je me réjouis d’avoir à nouveau l’occasion de cette rencontre. Nous nous étions vus sous ce format le 21 décembre dernier pour un premier échange. Comme je m’y suis engagé, comme je le souhaite, ces rencontres se poursuivront sous cette forme.

Cette rencontre au cours de laquelle nous échangeons nos vœux est une tradition ancienne que notre République a restaurée en 1947. Le temps et probablement aussi le pacte républicain noué à la libération ont permis que ce soit symboliquement retissé ce fil de relations souvent courtoises, parfois même cordiales, en tout cas toujours franches et exigeantes entre le chef de l’État et les représentants des grandes traditions religieuses présentes dans notre pays.

Il l’a d’ailleurs été par un président, Vincent Auriol, connu pour son ouverture d’esprit dans le domaine religieux à une époque où son parti parmi d’autres affichait ce qu’on appelait alors un laïcisme de combat. Mais il fallut encore presque trois décennies pour que ce moment que nous partageons prît la forme que nous lui connaissons. Non plus celui d’une succession d’audiences protocolaires mais une cérémonie commune restituant enfin l’image d’un paysage de foi divers que l’État considère sans défaveur ni parti pris.

Je ne retracerai pas ici le parcours qui a conduit à cette situation où l’État n’est partie prenante d’aucun culte mais garantit à chacun son libre exercice dans le strict respect des lois de la République, comme il garantit aussi la liberté de ne pas croire dans les mêmes conditions de neutralité.

Ce sécularisme à la française, qui parfois surprend nos voisins, est un ciment puissant dans notre pays qu’ont déchiré tant de guerres de religions où la religion est inscrite dans l’héritage intellectuel, culturel, social. Cela donne à l’État une position de surplomb et d’arbitre qui lui permet de ne pas sans cesse rejouer sa légitimité politique à l’aune des débats spirituels.

Mais cette neutralité ne va pas sans quelque pédagogie et nous avons commencé à en discuter en décembre dernier, car on a trop vite d’inférer de cette neutralité de l’État une absence. La laïcité organiserait ainsi une sorte de vide métaphysique à l’intersection de toutes les croyances. Consciente que l’individu nourrit toujours une interrogation existentielle que le vide inquiète, insécurise, la laïcité se ferait alors forte de venir elle-même peupler cette zone neutre et d’incarner une sorte de foi républicaine forgée par des valeurs, des traditions érigées à leur tour en croyance universelle sur le modèle lointain du culte de l’être suprême des Jacobins. D’aucuns y rêvent encore mais ce culte-là a fait long feu.

Mais la persistance des religions voire la résurgence sous des formes variées de la préoccupation spirituelle, conformément à la prophétie d’André Malraux, a rendu son actualité à une forme de prothèse philosophique et morale. Or, ce n’était nullement la vocation de la laïcité originelle.

Ce que Hannah Arendt appelait la sanction transcendante dans le domaine politique tenté par le culte de l’Être suprême n’est en rien le sens de notre laïcité française. Et je ne souhaite pas qu’une religion d’État soit substituée de cette manière aux religions. Mais pas davantage la religion ne saurait colorer la vie politique de la nation. Je serais aussi, toujours vigilant à cet égard face aux tentatives de faire revenir par la fenêtre politique ce qui est sorti par la porte du religieux. Et je sais, comme vous, que certains tentent d’instaurer avec les pouvoirs publics, une forme de rapport de force autour de la mise en œuvre de telle ou telle croyance, oubliant là aussi, le fil de notre histoire et voulant la faire bégayer.

J’aurais la même vigilance sur ce plan-là, je ne nie pas l’existence de questions et d’interrogations liées à l’inévitable friction entre l’ordre religieux et l’ordre politique, mais je récuse les stratégies d’entrisme comme les coups de force militant. Notre force, votre force, c’est que vous ne participez pas de la puissance publique et par conséquent que vous ne la légitimez pas. Et cette distinction fondamentale des Ordres est un acquis précieux pour vous comme pour la République car ce sont fondamentalement les principes de liberté d’association et de conscience qui régissent vos organisations respectives. Et de cette distinction ne saurait pour autant d’écouler une quelconque ignorance, qui ne serait que méconnaissance par exclusion.

C’est bien pourquoi il est naturel que le président de la République s’entretienne régulièrement avec vous parce que vous participez de la vie de la nation. Il en va de la compréhension de ce qui forge la vie de millions de Français au quotidien, que ce soit dans leurs pratiques ou dans les principes qui guident leurs engagements, mais aussi dans leur rapport à l’histoire de la Nation et de son évolution.

La foi religieuse qui relève de l’intime ne disqualifie pas pour être citoyen, il serait fou de penser qu’en une même personne les deux ne dialoguent pas constamment.

La République ne demande à personne d’oublier sa foi, mais pour faire nation, il faut également savoir dépasser ses différences en les mettant au service de la communauté de citoyens et œuvrer quotidiennement pour ne pas créer l’irréconciliable dans la société.

En quelque sorte, je ne demanderai jamais à quelques citoyens français, que ce soit, d’être modérément dans sa religion ou de croire modérément ou comme il faudrait en son Dieu, ça n’a que peu de sens, mais je demanderai à chacun constamment d’absolument respecter toutes les règles de la République.

Et c’est dans cet équilibre où la force de deux engagements peut se retrouver pleinement compatible, que nous sortirons renforcés.

Se rencontrer pour ces vœux, c’est aussi tenir compte du rapport de nos concitoyens avec leur religion, de leur expression dans l’espace public, qui constitue également une dimension de la civilité, de la manière dont chacun se présente et interagit avec les autres en participant à la communauté nationale.

Ainsi l’année qui vient nous réunira de nouveau autour de plusieurs sujets. Le premier, ce sera celui des lois bioéthiques. Ces questions conduiront à rouvrir des sujets discutés, il y a maintenant plusieurs années, à l’aune des évolutions de la recherche, de la science, des pratiques, et à revisiter des sujets qui ont parfois profondément fracturé la société française ces dernières années.

Il conviendra de donner le temps d’un vrai débat philosophique dans la société avant de légiférer. J’en suis à cet égard le garant et j’aurai à cœur que notre société puisse s’adapter aux évolutions qui sont en cours, que la loi puisse refléter celles-ci dans le cadre de ce qui est son esprit constant et que nous puissions aussi tout en accompagnant les évolutions technologiques, leur donner un cadre éthique indispensable. Je crois que c’est le rôle de la France en la matière sur beaucoup de sujets qui restent ou impensés ou évités.

L’année 2018 sera celle de la construction d’une philosophie commune sur ce sujet et comme je l’ai évoqué le 21 décembre dernier, je souhaite que vous puissiez y prendre toute votre part. Elle est pleinement légitime et lorsqu’on l’oublie, elle se rappelle à nous, et c’est je souhaite qu’elle soit donc considérée au sens propre du terme. C’est pourquoi durant cette année, je réunirai de manière régulière, non médiatisée parce que je veux que ce soit des séances de travail où il nous faut décanter une vision commune ou une maïeutique doit pouvoir s’exercer, je réunirai régulièrement ceux qui ont œuvré sur le travail de ces lois de bioéthique, en particulier le comité consultatif national d’éthique et vous serez pleinement associés, avec les représentants que vous désignerez, selon les sujets, à ce travail.

Je crois que les religions, que vous représentez ici, les philosophies qui les accompagnent et les convictions profondes traversent notre société profondément et sur chacun des sujets que nous aurons abordés dans le cadre de ces lois de bioéthique, il est impensable de penser trouver le bien commun de notre société sans les prendre pleinement en considération. Ce sera un travail important et je compte pleinement sur votre engagement sur ce sujet.

Nous aurons aussi à poursuivre notre travail sur l’accueil des réfugiés, nous avons eu un débat ouvert, direct le 21 décembre dernier sur ce sujet et il était important et nous continuerons à l’avoir. Rien n’est simple dans ce sujet où les grandes fractures du monde s’invitent dans l’intimité de notre quotidien et viennent en quelque sorte répliquer, comme des harmoniques musicales, les propres doutes de notre société, parfois ses propres fractures.

Sur ce sujet, vous connaissez ma position, les principes sont clairs, il y a un devoir, il est moral et politique, c’est celui de l’asile et d’accueillir de manière inconditionnelle toutes celles et ceux qui y ont droit. Et nous avons ensuite une difficulté qui crée cette tension éthique que nous évoquions en décembre dernier, qui est que derrière cela, il nous faut traiter de la réalité de notre société, de sa capacité à accueillir et de la réalité des phénomènes migratoires qui sont multiples. Et il y a aujourd’hui, bien plus d’ailleurs que de réfugiés politiques, une migration économique qui vient de l’Afrique, qui nous redit d’ailleurs notre devoir à l’égard de ce continent, le travail constant de lutte contre les réseaux de trafiquants, le terrorisme, de politique de coopération et de développement pour donner un avenir à chaque jeune ou moins jeune sur la terre qui l’a fait naître, mais qui nous oblige aussi à penser notre capacité d’accueil. Or aujourd’hui, dirais-je jusqu’alors notre politique consistait, sous prétexte d’inconditionnalité à tout indifférencier, donc à tout mal faire.

Nous accueillons de manière imparfaite à peu près tout le monde, les délais étaient considérables pour à peu près tout le monde, qui peut se satisfaire qu’il faille 18 mois en moyenne, deux ans dans la région où nous nous trouvons, pour accorder pleinement le titre de réfugiés et l’asile à quelqu’un qui y a droit. Nous voulons faire plus vite et donc les contrôles indispensables qui ne sont pas policiers, qui sont administratifs, qui permettent d’accélérer les procédures, sont ainsi mis en œuvre, qui ne conduiront pas à mettre qui que ce soit dans la rue, mais pouvoir commencer un travail indispensable plus tôt, éviter l’humiliation des queues à la préfecture pendant des jours et des nuits et va nous permettre de mieux travailler, mais aussi d’avoir un discours de vérité.

Et je veux ici saluer l’action de Premier ministre et du ministre d’État, ministre de l’Intérieur qui est aussi en charge des cultes, ce qui explique sa présence aujourd’hui, parce qu’il n’est pas facile de dire, surtout quand on a sa vie d’élu derrière soi pour témoigner du contraire, des choses qui peuvent parfois contrarier. Il y a dans notre société des excès, des gens qui ne veulent rien de l’autre, je les combattrai toujours, mais il y a ces moments de difficulté où certains qui veulent bien faire et qui font bien et sur lesquels je veux d’ailleurs que nous ayons là aussi une forme de générosité, en considérant leurs actions pour ce qu’elle est et en ne la pénalisant pas. Il y a aussi une forme de voix morale qui s’élève et ne comprend pas toujours ce qui est fait. Il nous appartiendra donc de l’expliquer davantage, mais aussi de savoir écouter la part d’actions que vous représentez et que plusieurs associations qui vous sont liées, représentent et qui, au quotidien, travaillent pour améliorer le sort de celles et ceux qui sont sur notre territoire.

Nous ne serons sans doute pas toujours d’accord sur ce sujet et c’est normal, parce que nous avons l’intérêt général à défendre qui oblige parfois à faire des choix et dans certaines situations à choisir le moindre mal. C’est cela la tension éthique du gouvernant, et le moindre mal c’est aussi parfois de savoir dire qu’on ne peut prendre toute la part qu’on voudrait prendre, parce qu’on ne le peut pas. Mais vous aurez toujours dans cette maison la volonté de conjuguer l’humanité qui nous revient, mis aussi cette exigence pratique qui va avec le fait de présider et l’exercice du gouvernement.

Mais sur ce sujet, je veux constamment que nous puissions dialoguer, entendre et vous aurez toujours la part de considérations qui vous est due et je veux ici par votre truchement remercier l’ensemble des associations qui, avec les travailleurs sociaux chaque jour font beaucoup pour celles et ceux, qui, il ne faut jamais l’oublier, ne font que subir le sort qui est le leur.

Nous aurons aussi des sujets sur lesquels le ministre s’est engagé et a commencé avec vous activement le travail, d’organisation de travail et je pense en particulier au sujet des aumôneries que nous avons longuement évoqué en décembre dernier, qui est absolument crucial, en particulier dans les prisons où, il est très important d’arriver à la bonne organisation. Et je sais l’engagement qui est le vôtre et vous connaissez la détermination qui est la nôtre.

Il y a enfin le sujet de l’école, qui continuera durant toute l’année qui vient à irriguer aussi nos travaux. Le ministre de l’Éducation nationale a pris des engagements très clairs ; nous avons commencé à mettre en place ce sur quoi nous sommes engagés en terme d’enseignement, de formation des enseignants, indispensable pour que le bon exercice de la laïcité se fasse, qu’il permette à des enseignants placés dans des situations d’extrême difficulté d’être armés, en quelque sorte, pour expliquer l’histoire de notre pays, mais aussi le fait religieux dans sa plénitude.

La question religieuse a connu un fort regain ces dernières années car dans diverses parties du monde et singulièrement dans notre pays, la religion a pu être invoquée pour justifier les pires crimes et cette grande transformation du monde continuera aussi à traverser la vie de notre pays dans l’année qui vient. Nous savons que les fois sincèrement professées ne peuvent se reconnaître dans ces abominations et votre réponse face au terrorisme islamiste, collective ou particulière, a été chaque fois admirable et a contribué profondément, j’en suis convaincu, à ce que l’entreprise de fracturation de notre société par ces terroristes, ces assassins, échoue.

Vous avez su et je vous en remercie, dénoncer et démonter sans faiblir toutes les propagandes qui feraient se retourner des enfants de France contre leur pays et leurs compatriotes, qui feraient se déchirer notre unité nationale au nom d’affiliations religieuses. Ce fut en particulier le cas après l’assassinat du père Jacques Hamel.

Le rôle de l’État, dans ce contexte, n’est pas de combattre les croyances, mais de combattre les propos et les pratiques qui se placent en dehors de l’ordre public républicain, tout en tenant compte des spécificités de chaque culte, l’État a pour mission de rappeler les règles communes de fixer ces principes et de les transmettre. La France n’est pas une multitude de groupes affinitaires que l’État tenterait d’unir avec des liens, qui faute de convictions communes, finiraient par devenir des normes artificielles, non, c’est pour cela aussi que j’ai souhaité m’entretenir avec vous et que le travail dans la nation que vous avez, lorsque nous avons été bousculés, blessés, meurtris, a été essentiel.

Cela ne s’arrêtera pas dans l’année qui s’ouvre d’évidence, et donc il nous faudra constamment veiller à ne pas importer les tensions qui existent de par le monde entre les différentes religions, parfois au sein même d’une religion et je pense à l’islam, et à ce titre, notre responsabilité, votre responsabilité est considérable.

Et je souhaite qu’ensemble nous puissions faire de la France, ce lieu où nous ne cachons rien des religions et du fait religieux, où le pluralisme des religions est pleinement reconnu et peut s’épanouir et où nous savons dans le même temps traiter de cette grande fracture du monde.

C’est aussi pour cela que j’ai souhaité m’entretenir avec vous et qu’il nous faut constamment dans les travaux qui seront les nôtres dans l’année qui vient, lutter contre les préjugés notamment le racisme et l’antisémitisme et veiller à ne pas être nous-mêmes les prisonniers de ces tensions. Elles continueront à monter immanquablement, lorsque je vois les évolutions géopolitiques en cours.

Nous savons tous que notre nation doit au cours de son histoire aux multiples apports religieux et philosophiques et le dire n’est pas renoncer à notre pacte laïque mais plutôt, reconnaître cette aspiration qui continue d’animer, nombre de nos contemporains a une forme de transcendance que Jaures décrivait en ces termes. « Il serait mortel de comprimer les aspirations religieuses de l’âme humaine, dès lors qu’il aura dans l’ordre social réalisé la justice, l’homme s’apercevra qu’il lui reste un vide immense à remplir ». Ce vide immense à remplir, certains voudraient le combler par des discours de haine ou en donnant des perspectives mortifères, parfois à des enfants de notre République à qui nous n’avons plus donné d’espoir.

Vous avez votre part de responsabilité dans ce vide immense à remplir, nous avons notre part de responsabilité dans la reconnaissance de votre rôle et la possibilité offerte de traduire justement cette action avec confiance et bienveillant. 2018 sera, à cet égard, inscrite sous le signe de la réconciliation et du dialogue. Ainsi nous fêterons cette année le 70ème anniversaire de la déclaration universelle des Droits de l’homme, de l’Organisation des Nations Unies et vous célébrerez aussi le même anniversaire de la création du Conseil œcuménique des Églises, prélude du rapprochement des confessions chrétiennes et la naissance de l’Amitié judéo-chrétienne de France, après le cataclysme de la Shoah.

Et cette année 1948, ce fut aussi celle de la mort du père Franz Stock qui fit tant pour le rapprochement entre Français et Allemands, comme celle de l’élection du patriarche de Constantinople, Athénagoras, initiateur d’un processus de réconciliation entre catholiques et orthodoxes.

Tous les échos de 2018 seront ceux de la réconciliation et ils nous conduiront à éclairer le travail qui sera le nôtre, indispensable durant l’année qui vient. Et c’est pourquoi en 2018, je souhaite tout particulièrement que l’État s’engage aux côtés du culte musulman dans ce même esprit de dialogue.

Sur ce sujet, nous pouvons dans ce format avoir cet échange direct, bien souvent on confond tous les sujets de notre société aujourd’hui. Et on voudrait en parlant de laïcité parler du seul sujet de la religion qu’est l’islam. C’est une erreur funeste et pour l’islam et pour toutes les autres religions.

L’histoire de la République française n’est pas la même avec chacune des religions qui sont ici représentées, c’est notre force mais, il faut aussi que nous nous disions les choses en vérité, chacune de vos religions n’a pas construit le même rapport avec le pouvoir politique dans son histoire et l’histoire de notre pays n’est pas le même avec chacune de nos religions. C’est le fruit de cette histoire qui a d’ailleurs conduit même à la loi de 1905, par un anticléricalisme de l’époque, que nous avons su dépasser, c’est cette même histoire qui fait que chaque samedi les Juifs en France prient pour la République, mais c’est cette même histoire qui fait que, alors même que cette loi 1905 fait partie d’un trésor qui est le nôtre, elle n’a pas pensé le fait religieux avec et par l’islam, parce qu’il n’était pas présent dans notre société, comme il l’est aujourd’hui, parce qu’il est lié à une histoire du XXe siècle qui lui a succédée.

Nous devons considérer ça de manière très apaisée, n’essayons pas de faire rentrer la réalité d’une histoire qui est différente avec chacune de nos religions dans une espèce de bloc commun qui viendrait soudain tout martyriser. Votre responsabilité est immense, je crois que vous la mesurez et parfois les troubles du quotidien d’hier ou d’aujourd’hui, le redisent encore parce que les divisions sont là, parce que votre religion n’est d’ailleurs pas structurée, chacun d’entre vous est structuré différemment. Et la France s’est habituée dans son dialogue à une religion qui est structurée de manière beaucoup plus verticale, parce que c’est l’histoire de la France avec l’Église catholique, il faut dire les choses aussi telles qu’elles sont, parce que les religions sont structurées différemment nous tâtonnons. Alors tâtonnons ensemble et de manière ouverte et de manière dépassionnée. Et je crois que sur ce sujet, vous l’avez compris, nous devons avoir cet esprit de responsabilité.

J’aurai un discours sur la laïcité qui est celui que je viens d’avoir avec vous : dépassionné, direct et exigeant, mais nous devons avoir un travail sur la structuration de l’islam en France qui est la condition même pour que vous ne tombiez pas dans les rets des divisions de votre propre religion et de la crise qu’elle est en train de vivre sur le plan international.

C’est pourquoi il y a non seulement des échéances à venir, et nous y travaillerons ensemble, mais il y a aussi un travail au cœur de la société – il est moral, philosophique -mais d’organisation. Il est indispensable et je vous y aiderai parce qu’il fait partie de la vie de la nation. Je pense que d’ailleurs chacune des religions, ici présentes, peut vous y aider. Parce qu’elle a sa propre histoire avec la République française et parce qu’elle a ses propres traumatismes ; parce que nous avons collectivement commis beaucoup d’erreurs par le passé et donc nous avons le droit d’être éclairés par ces erreurs du temps jadis pour ne pas les répliquer.

Et donc, je compte beaucoup sur vous tous et sur ce dialogue sincère, dépassionné qu’il nous faut avoir. Je n’ai qu’un objectif à la fin avec vous, c’est que la cohésion de la nation se tienne dans toutes les tensions qu’elle a à vivre et dans un monde ouvert où ce qui naît parfois des milliers de kilomètres d’ici existe au cœur de notre société. Parce que nos concitoyens vivent dans un monde ouvert et parce que l’histoire de notre pays est universelle, et donc a réimporté toutes ces tensions. Je ne sous-estime en rien la chance qui nous est offerte d’être ici ensemble aujourd’hui, mais le défi immense que nous avons devant nous.

Voilà, mes chers amis, tous ces défis pour 2018. Vous l’avez compris, ils sont immenses mais je pense que nous pouvons non pas les affronter mais les relever. La France ne doit pas sous-estimer la chance qui est la sienne de compter en son sein des instances religieuses pétries de tolérance et de bienveillance, dans un monde qui est débordé de toutes parts par les fanatismes. J’aurai, dans notre pays, la même volonté que celle que je porte à l’international de garder nos valeurs vivantes, de préserver constamment un dialogue pluriel et le respect de chacune et chacun dans ses convictions religieuses et philosophiques.

C’est ce que je demande à tous les pays avec lesquels je dialogue ; c’est ce que nous allons donc faire pour nous-mêmes. C’est sous ce double signe de la recherche de l’intérêt général et de l’esprit de tolérance que je souhaite inscrire notre relation et notre dialogue. Je les veux continus et confiants, même et surtout s’ils sont mis à l’épreuve par les circonstances politiques ou par quelque événement imprévu. Nous nous verrons hors de ces événements par temps calme, si ce temps calme nous est offert.

Il nous faudra sans doute affronter des tempêtes, mais faisons-le constamment avec l’esprit que nous partageons la même embarcation et que la tempête passée, nous serons toujours sur la même embarcation, et que nos concitoyens qui nous regardent le savent et la partagent. Mon vœu pour 2018 est que la France devienne avec vous ce modèle de laïcité sachant écouter les voix du pays dans leur diversité, capable de construire sur cette diversité une grande nation réconciliée et ouverte sur l’avenir.

Je vous souhaite également la paix dans vos lieux de culte et vos communautés. Nous y contribuerons à chaque fois que cela sera souhaité et chaque fois que cela sera nécessaire, mais aussi dans le dialogue entre vos religions dont je sais la fécondité.

Mes chers amis, puisse le tumulte du monde ne pas abîmer ce que vous avez construit ensemble sous l’ombrelle de notre République. Je vous remercie et bonne année. »

La Croix du 04.01.2018

Le Bien Public du 05.01.2018

 

Premiers vœux très appréciés d’Emmanuel Macron aux responsables religieux

Le président a reçu hier les responsables français des cultes à l’Élysée. Il a insisté sur sa volonté d’établir un dialogue régulier avec eux.
C’était un rendez-vous très attendu, au cours duquel, à en croire le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, les responsables religieux français ont perçu « une attention à la question spirituelle et religieuse comme jamais nous ne l’avions sentie ». Emmanuel Macron a livré pour la première fois, hier matin, ses vœux aux responsables religieux, reçus à l’Élysée, poursuivant ainsi une tradition instaurée par ses prédécesseurs. Durant cette réunion d’une heure et demie, il a prononcé un discours d’une trentaine de minutes, avant d’entamer un long temps d’échanges avec les onze religieux présents, en présence du premier ministre, Édouard Philippe, et de Gérard Collomb, le ministre de l’intérieur, également chargé des cultes. Lors de son discours, il a notamment évoqué le rôle des religions dans la société, ainsi que l’importance de l’enseignement du fait religieux en France. Il a salué le rôle des associations chrétiennes caritatives pour l’accueil des réfugiés, tout en rappelant la « tension éthique » entre le droit d’asile et « la réalité de notre société, sa capacité à accueillir ». Autre thématique abordée : l’enseignement dans les mosquées et la formation des imams pour lutter contre la radicalisation.
Enfin, il a assuré aux cultes qu’ils seraient bien consultés avant la révision des lois de bioéthique, prévue à l’automne. Sans rien préciser du contenu de la future loi, Emmanuel Macron a expliqué qu’il souhaitait que soit organisé en France « un vrai débat philosophique » sur ces questions extrêmement complexes.
Il a d’ailleurs confirmé sa volonté de dialoguer régulièrement avec les responsables religieux. « Il est naturel que le président de la République s’entretienne régulièrement avec vous parce que vous participez de la vie de la nation », a-t-il affirmé. Ces contacts pourraient être organisés en prenant le modèle de la Conférence des responsables de culte en France (CRCF), une instance informelle qui réunit une douzaine de représentants des cultes catholique, protestant, orthodoxe, musulman, juif et bouddhiste. Des relations régulières marqueraient un changement notable, puisque depuis plusieurs années, les rencontres entre le président et les responsables religieux étaient réservées à des situations de crise. « Le fait de vouloir nous rencontrer régulièrement, dans des périodes de calme, revient à nous associer à la construction de ce qui fait une nation », estime le grand rabbin de France, Haïm Korsia.
« On a l’impression qu’il veut écouter les religions, ajoute Mgr Denis Jachiet, évêque auxiliaire de Paris, également présent à l’Élysée. Pas nécessairement pour aboutir absolument à un consensus mais vraiment pour établir un dialogue constructif. »

La Grande Mosquée de Paris se retire du CFCM
En protestation contre l’absence d’invitation de son recteur, Dalil Boubakeur, aux vœux d’Emmanuel Macron aux autorités religieuses, hier matin, la Grande Mosquée de Paris s’est retirée du Conseil français du culte musulman (CFCM). L’Élysée a préféré se limiter à deux représentants du culte musulman pour cette occasion : Ahmet Ogras et Anouar Kbibech, président et vice-président du CFCM. Agacée par cette « mise à l’écart », la Grande Mosquée a décidé « de ne plus participer à toute initiative émanant des pouvoirs publics sur l’organisation du culte musulman ».

La Croix du 05.01.2018

Jean Baubérot : « Il faut qu’Emmanuel Macron énonce clairement les objectifs de la laïcité »

Le président de la République présente jeudi 4 décembre ses vœux aux représentants des cultes.

Pour l’historien et sociologue Jean Baubérot (1), Emmanuel Macron est non seulement convaincu que les Églises ont leur place dans la vie de la cité mais il prend aussi en compte – contrairement à son prédécesseur – la dimension spirituelle des religions.

La Croix : Quelle conception Emmanuel Macron a-t-il de la place des religions dans la cité ?

Jean Baubérot : Comme François Hollande, Emmanuel Macron est convaincu que les Églises ont un vrai rôle à jouer dans la vie de la cité. Mais contrairement à son prédécesseur, l’actuel président de la République ne les considère pas seulement comme de simples groupes de pensée ni uniquement comme des forces politiques et électorales.

Sa position, plus assumée, plus empathique, accorde aussi de l’importance à la dimension symbolique et spirituelle au sens large. C’est là son intelligence et le fruit de son compagnonnage avec le philosophe Paul Ricœur. Emmanuel Macron a conscience, pour paraphraser un célèbre passage de la Bible, que les sociétés ne vivent pas de pain seulement. On l’a vu en septembre dernier lors d’une cérémonie à l’occasion des 500 ans du protestantisme. Il a parlé en tant que président d’une République laïque, bien sûr, mais sans oublier que, pour son auditoire, la foi – autrement dit l’expérience intime de la religion – constituait quelque chose d’essentiel.

Comment aborde-t-il la question de l’islam ?

Jean Baubérot : Contrairement à l’ancien premier ministre Manuel Valls, convaincu qu’il existe un continuum de la pratique traditionnelle de l’islam à la radicalisation puis au terrorisme, Emmanuel Macron prône une approche inclusive. Il pense, à raison, qu’il ne faut pas donner aux musulmans l’impression d’être stigmatisés. Pour lui, il faut garder tous ceux qui obéissent aux lois de la République à l’intérieur d’une frontière qui les isole de ceux qui sont tentés par l’extrémisme. Il faut aussi éviter d’exercer une pression d’État sur les musulmans si l’on veut permettre à une partie de l’islam de produire une sorte d’aggiornamento.

On attend toujours de la part d’Emmanuel Macron un « grand » discours sur la laïcité. Quels sont les points qui lui restent à éclaircir ?

Jean Baubérot : Il faut, à mon sens, qu’il énonce clairement les objectifs de la laïcité. Qu’il rappelle que l’impératif de neutralité vaut pour la puissance publique et que c’est là un moyen pour garantir liberté de conscience et respect mutuel des opinions dans l’espace public. Pour dire les choses autrement, que la laïcité n’impose pas la neutralité de l’espace public et qu’elle n’est en rien synonyme de sécularisation.

Ce rappel s’impose car si Emmanuel Macron est au clair avec ces principes, on ne peut pas en dire autant de certains membres du gouvernement ou de la majorité. On peut notamment s’interroger sur la récente création, au sein du ministère de l’éducation, d’un « conseil des sages » présidé par Dominique Schnapper et chargé de dire « la règle du jeu » en matière de laïcité.

Il ne faudrait pas que cette instance serve à contourner la jurisprudence du conseil d’État sur des questions comme l’accompagnement des sorties scolaires par des mères voilées. Il ne faudrait pas non plus que ce conseil entre en concurrence avec l’Observatoire de la laïcité, qui depuis cinq ans a développé une réelle expertise.

Le plus sage serait de transformer la nouvelle instance en une commission de l’Observatoire de la laïcité, et d’accorder à ce dernier les moyens supplémentaires dont il a bien besoin.

(1) Parmi ses derniers ouvrages : Les Protestants en France. Histoire d’une minorité, XVIe-XXIe siècles, Éd. Ellipses, 2016, 26 €, et Parlons laïcité en 30 questions, Éd. La Documentation française, 2017, 5,90 €

La Croix du 04.01.2018

Dalil Boubakeur, recteur de la Grande mosquée de Paris, se retire du Conseil français du culte musulman

En protestation de l’absence d’invitation de son recteur Dalil Boubakeur aux vœux d’Emmanuel Macron aux autorités religieuses, la Grande mosquée de Paris a annoncé son retrait du Conseil français du culte musulman.

Le communiqué de la Grande mosquée de Paris (GMP) est sans équivoque. Publié mercredi 3 janvier sur son site Internet, le texte fait part de l’agacement de « l’institution religieuse musulmane la plus emblématique de France » alors que son recteur, Dalil Boubakeur n’a pas été invité aux vœux du président de la République aux autorités religieuses.

La Grande mosquée de Paris critique une mise à l’écart « injuste et inexplicable »
« Prenant acte de cette injuste et inexplicable mise à l’écart, la Grande Mosquée de Paris décide, par conséquent, de se retirer de toutes les instances du CFCM et de ne plus participer à toute initiative émanant des pouvoirs publics sur l’organisation du culte musulman », est-il annoncé sèchement dans le communiqué.

Emmanuel Macron a reçu, jeudi 4 janvier, pour une cérémonie traditionnelle d’échange de vœux, les responsables des cultes, déjà consultés longuement le 21 décembre à l’Élysée, en présence des ministres de l’intérieur Gérard Collomb et de l’éducation Jean-Michel Blanquer. Chaque culte était représenté par deux personnes. Le Conseil français du culte musulman, l’interlocuteur officiel de l’État pour l’islam, était représenté par son président depuis juillet Ahmet Ogras et son prédécesseur Anouar Kbibech.

Le président du CFCM attristé
Interrogé sur les ondes de France Info, le président du CFCM s’est dit « attristé par l’annonce du départ de Dali Boubakeur » mais « espère que la raison va dominer les sentiments ». Il a également rappelé que le CFCM ne s’occupe évidemment pas du protocole de l’Élysée. Interrogé par Saphirnews, Ahmet Ogras a assuré qu’il entendait rencontrer Dalil Boubakeur « dans les prochains jours ». Sur Radio Orient, Anouar Kbibech a, lui, demandé au recteur de la GMP de « revenir sur sa décision ».

S’estimant marginalisé, comme la sensibilité algérienne de l’islam de France dont il est l’un des éminents représentants depuis qu’il a laissé les commandes du CFCM en 2015, Dalil Boubakeur, 77 ans, recteur de la Grande mosquée de Paris depuis 1992, est coutumier de ces sorties fracassantes, généralement suivies de retours plus discrets.

Dalil Boubakeur, une influence en baisse
L’institution se plaint d’être « marginalisée voire ostracisée ». « L’édification de l’islam de France, que l’État appelle de tous ses vœux, ne peut raisonnablement se faire sans la participation active et responsable de la Grande Mosquée de Paris qui a notamment contribué à la fondation et à la pérennisation du Conseil français du culte musulman (CFCM) en ne négligeant aucune sensibilité de l’islam en France », est-il rappelé dans le communiqué de la GMP.

Déjà fin janvier 2017, Dalil Boubakeur avait exprimé son refus de participer au nouveau chantier de « l’islam de France », articulé sur une fondation culturelle, aujourd’hui active sous la présidence de Jean-Pierre Chevènement, et une association cultuelle de financement. En mars, il avait également protesté contre le lancement d’une « charte de l’imam » censée contribuer à la lutte contre la radicalisation, mais à ses yeux inaboutie.

La Croix du 04.01.2018

L’université de Hambourg adopte une charte pour la pratique religieuse

L’université de Hambourg est la première en Allemagne à franchir le pas. Face à la multiplication d’incidents, elle a mis en place une charte qui encadre la pratique religieuse sur le campus.

Un étudiant qui appelle Jésus à l’aide dans un couloir, des pressions exercées sur des jeunes femmes musulmanes non voilées… Pour Dieter Lenzen, président de l’université de Hambourg, ces incidents, certes « isolés », occupent de plus en plus de son temps. Il a donc demandé à une commission de juristes, philosophes, psychologues et spécialistes des religions de concocter une charte sur les pratiques religieuses.

« L’université est un établissement de recherche, d’enseignement et de formation », peut-on lire en préambule de ce code de bonne conduite. « C’est une institution laïque contrainte à la pluralité face aux questions idéologiques et vouée à l’enseignement et à la recherche sur la base de critères et de méthodes scientifiques. » Pour la direction, « la liberté de la pratique religieuse s’arrête là où elle porte atteinte ou met en danger la mission scientifique de l’université ».

Avec cette charte, l’université souhaite résoudre des problèmes pratiques. Le port de symboles religieux tels que la croix, l’étoile de David et le foulard islamique est ainsi autorisé. Les burqas le sont aussi, sauf lors des travaux de laboratoire (pour des raisons de sécurité) et des examens (pour des raisons d’identification). Les ablutions dans les sanitaires sont par ailleurs interdites. Autre clarification : la salle dite « de silence », inaugurée en 2005 et où les étudiants de toutes confessions peuvent se recueillir, devient l’unique lieu de pratique religieuse du campus. « Il n’est pas possible que le campus dans sa totalité devienne un lieu de prière », explique le président de l’université.

Par le passé, certains étudiants se sont plaints d’être dérangés par des prières faites à voix haute dans la bibliothèque. Aucune forme de discrimination ne sera tolérée dans cette salle de silence, précise-t-on aussi dans le code de conduite. Cela signifie notamment l’interdiction d’y séparer hommes et femmes, comme le font les musulmans. Quant aux étudiants refusant de participer à des cours dispensés par des femmes, ils pourront être sanctionnés. La direction refuse par ailleurs de modifier les horaires des cours en fonction des heures de prière mais confirme suivre les jours fériés prévus par la loi. Dans la ville-État de Hambourg, certaines fêtes musulmanes, juives et alévies sont officiellement reconnues.

Fallait-il réglementer plutôt que débattre comme le reprochent certains ? Le débat est ouvert dans un pays de plus en plus multiculturel, qui compte 4,7 millions de musulmans et attire de nombreux étudiants étrangers. Pour Dieter Lenzen, à la tête d’une université de 43 000 étudiants, le défi ne vient pas seulement des musulmans mais aussi de certains étudiants chrétiens radicaux.

La communauté des étudiants évangéliques (ESG) regrette de son côté que de plus en plus d’établissements universitaires allemands interprètent la liberté religieuse « comme une liberté contre la religion plutôt que pour la religion ». Pour éviter les conflits, certains reviennent en effet au principe de neutralité, en fermant leur salle de prière, comme à l’Université technique de Berlin, ou en interdisant toute fête religieuse, notamment chrétienne, sur leur campus.

La Croix du 09.01.2018

Salariés musulmans licenciés pour leur barbe, la justice se prononce

Une entreprise peut-elle licencier des salariés qui refusent de tailler leur barbe ? Réponse des prud’hommes le 11 janvier 2018.
Securitas s’est-elle rendue coupable de discrimination religieuse en licenciant, juste après les attentats du 13 novembre 2015, quatre agents de sûreté à l’aéroport d’Orly de confession musulmane ? Les employés refusaient de raccourcir leur barbe comme le leur demandait leur employeur. Le conseil des prud’hommes de Bobigny rendra sa décision le 11 janvier, au lieu de jeudi 14 décembre, le jugement n'ayant pas été motivé par la présidente du conseil, a appris jeudi l'AFP auprès du greffe.
Quelques jours après les attentats qui firent 130 morts, Securitas Transport Aviation Security (Stas) avait convoqué une vingtaine de ses salariés identifiés comme portant une barbe trop longue pour leur rappeler qu’ils devaient se conformer au référentiel vestimentaire de l’entreprise. Celui-ci stipule que les « barbes, boucs ou moustaches » devaient être « courts, taillés, soignés et entretenus ».
Barbe courte, soignée et taillée
Quatre d’entre eux ayant refusé d’obtempérer, ils avaient été mis à pied puis licenciés pour « faute grave ». Employés en CDI depuis huit ou neuf ans dans l’entreprise, ces trentenaires ont alors décidé de saisir les Prud’hommes. Ils réclament 40 000 € d’indemnité pour licenciement sans cause réelle ni sérieuse et 10 000 € de dommages et intérêts pour discrimination religieuse.
Lors de l’audience au fond en septembre, leur avocat Éric Moutet avait critiqué une décision entachée d’une « subjectivité absolue ». « Il va falloir m’expliquer ce qu’est une barbe courte, soignée et taillée », avait-il dit, s’étonnant qu'« on ne tolère plus le 14 novembre ce qu’on tolérait le 12 ».
La défense fait aussi valoir que ni le procureur, ni la préfecture, qui délivrent les agréments à ces agents après enquête fouillée, n’avaient émis de réserves à leur encontre. Elle avait enfin soulevé un « vrai problème de droit » : le fait que le code vestimentaire invoqué par Securitas pour licencier les quatre salariés n’était pas identique à celui qui avait été soumis en 2011 aux représentants du personnel.
« Donner aux salariés l’apparence la plus neutre possible »
L’avocat du groupe suédois a admis que le règlement avait bien été toiletté « en 2015 », mais il a rappelé que la société exerce, par délégation, une mission de service public. Il a aussi expliqué que ces consignes vestimentaires n’avaient d’autre but que de « donner aux salariés l’apparence la plus neutre possible ». Aussi est-il proscrit « tout ce qui peut être interprété comme fantaisiste : tatouage, piercing, vernis avec couleurs vives » et… « barbe trop longue ».
« Ce ne sont pas les musulmans qui sont visés, mais les salariés qui arborent une barbe qui n’est pas conforme au référentiel. La réponse aurait été la même avec un punk avec une crête d’Iroquois ou quelqu’un avec une barbe de hipster », avait-il fait valoir.
La jurisprudence européenne
En droit, l’employeur peut imposer des règles strictes à ses salariés quant à leur façon de se présenter. Mais ces restrictions à la liberté doivent être justifiées par la nature de la tâche à accomplir et proportionnées. Quand le respect de règles d’hygiène ou de sécurité est invoqué, elles ne semblent pas pouvoir être contestables.
La jurisprudence admet aussi que dans le cas d’un contact avec la clientèle, l’employeur peut invoquer l’image de l’entreprise. La Cour de justice de l’Union européenne a rendu, en mars dernier, un arrêt allant dans ce sens en reconnaissant aux employeurs le droit d’afficher une « image de neutralité » vis-à-vis de leurs clients. Elles peuvent, à condition notamment de ne pas être discriminatoire à l’égard d’une religion en particulier, interdire à leurs salariés le port de tout signe religieux visible.
Cette politique de neutralité doit, soulignait la Cour, être « poursuivie de manière cohérente et systématique » et s’appliquer de façon « générale et indifférenciée ».

La Croix avec AFP , le 14/12/2017


Aristide Briand, avocat de la laïcité ?

Lorsqu’il s’agit d’évoquer la laïcité, le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, invoque régulièrement celui qui lui sert de référence en la matière : Aristide Briand.

Socialiste libéral, ce dernier a été surtout le rapporteur de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État.

« Je reprendrai la laïcité telle que défendue par Aristide Briand dans la loi de 1905 », déclarait Gérard Collomb lors de son discours de passation de pouvoir, place Beauvau, en mai 2017. « Il disait que ‘cette loi est une liberté. La liberté de croire ou de ne pas croire. La liberté pour celles et ceux qui croient de pratiquer librement leur religion tant qu’elle ne fait pas obstacle à la loi de la République.’ C'est ainsi que nous concevrons la liberté des cultes. »

Depuis, l’actuel ministre de l’intérieur ne perd effectivement pas une occasion de citer ce socialiste au penchant libéral, député de la Loire et rapporteur de la loi de séparation des Églises et de l’État, dont il se dit le « disciple » (1).

Lundi 8 janvier, dans une interview accordée au Progrès, il en a encore fait sa référence en matière de laïcité.

Il faut dire qu’Aristide Briand a réussi une petite prouesse, au début du XXe siècle : faire voter la loi de 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État. Un travail d’équilibriste, car le socialiste – qui n’est toutefois pas resté longtemps au sein de la Section française de l’Internationale ouvrière – a dû convaincre les catholiques que ce texte n’irait pas à leur encontre, tout en ménageant la gauche partisane d’une laïcisation radicale de la société.

Pour une liberté des croyances

Après de vifs débats, la loi est votée par la Chambre des députés puis par le Sénat, avant d’être promulguée le 9 décembre 1905. « La République assure la liberté de conscience, dispose-t-elle dans son article 1. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. »

C’est bien de cette idée de liberté que se réclame Gérard Collomb lorsqu’il se réfère, à plusieurs reprises, au discours d’Aristide Briand devant la Chambre des députés, affirmant qu’il « fallait que la loi se montrât respectueuse de toutes les croyances et leur laissât la faculté de s’exprimer librement ».

Défenseur du rapprochement franco-allemand

Par la suite, ce fils d’aubergistes, avocat de formation, devient ministre de l’instruction publique, des beaux-arts et des cultes, et se charge de l’application de la loi de 1905. Il est ensuite Garde des sceaux puis président du Conseil, en 1909 – poste qu’il occupera à de nombreuses reprises.

Aristide Briand sera également ministre des affaires étrangères, notamment pendant la Première Guerre mondiale. À l’origine déterminé à faire payer les réparations de guerre à l’Allemagne, il change de position et œuvre pour un rapprochement avec elle.

En 1925, il signe ainsi les accords de Locarno avec les représentants de la Belgique, de l’Italie, de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Le traité vise à garantir les frontières de la France et de la Belgique avec l’Allemagne et établit un pacte d’assistance mutuelle. Cela lui vaut de recevoir, un an plus tard, le prix Nobel de la paix avec son homologue allemand, Gustav Stresemann.

Aristide Briand est également à l’initiative du pacte Briand-Kellogg, par lequel 63 pays renoncent à la guerre en 1928. Il continue ensuite d’œuvrer à la mise en place d’une politique de construction européenne mais le krach de Wall Street en 1929 et la montée des nationalismes limitent la portée de ses actions. Il meurt le 7 mars 1932, à Paris.

(1) Déclaration sur la « laïcité de liberté » et la lutte contre l’islam radical, le 15 juin 2015, à Lyon.

La Croix du 10.01.2018

Gérard Collomb reporte l’instance nationale de dialogue avec les cultes

Dans un entretien accordé au Progrès de Lyon, le ministre de l’intérieur évoque la menace terroriste, sa « passion » pour sa ville, et aussi l’instance de dialogue avec les cultes que le président de la République lui a demandé de mettre en place.

La création de l’instance nationale de dialogue avec les responsables religieux, annoncée début septembre, est une nouvelle fois reportée. Annoncée d’abord pour la fin 2017, puis pour janvier 2018, elle devrait désormais voir le jour « durant le premier trimestre » de cette nouvelle année.

« Une instance de dialogue sera donc mise place durant le premier trimestre de cette année », indique en effet le ministre de l’intérieur et des cultes, Gérard Collomb, dans un entretien publié lundi 8 janvier par Le Progrès de Lyon.

Dans sa feuille de route publiée début septembre – en plus de ses attributions en matière de sécurité –, le ministre de l’intérieur Gérard Collomb avait reçu pour mission de poursuivre la structuration de « l’islam de France ». Il devait aussi constituer « une instance informelle de dialogue et de concorde entre les autorités des principaux cultes » sur le modèle de Marseille Espérance ou « Concorde et Solidarité » à Lyon. Une filiation qu’il revendique.

La loi de 1905, « une loi de liberté »

« Nous avons déjà eu deux réunions avec les représentants des différents cultes autour du président Macron, cela me semble important », fait-il valoir à propos de la réunion qui s’est tenue à l’Élysée le 21 décembre, puis de la cérémonie des vœux « aux autorités religieuses » le 4 janvier. « J’avais le même dialogue en tant que maire de Lyon dans le cadre de l’instance ’Concorde et Solidarité’. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’un dialogue républicain ».

Après avoir évoqué l’état de la menace terroriste en France et les mesures prises pour y répondre, souligné aussi sa « passion » pour la ville de Lyon dont il a été le maire de 2001 à 2017 et où il « revient dès qu’(il) le peut », le ministre de l’intérieur développe également sa vision de la laïcité, dans le droit fil de celle du président de la République.

« C’est cela la laïcité. Aristide Briand l’avait parfaitement énoncé dans son rapport à la chambre des députés qui précédait le vote de la loi de 1905 », rappelle-t-il. « Il disait : ’cette loi est une loi de liberté : la liberté de croire ou de ne pas croire, celle de pratiquer le culte de son choix pourvu que ce soit dans le respect de l’ordre public’. C’est là notre conception ».

La Croix du 09.01.2018

Les salariés licenciés pour leur barbe sont renvoyés devant un juge professionnel

Jeudi 11 janvier, le conseil de prud’hommes a finalement refusé de trancher – représentants du patronat, d’un côté, et des salariés, de l’autre, n’ayant probablement pas pu s’accorder sur la décision à rendre.

Le conseil de prud’hommes de Bobigny a renvoyé hier devant le juge départiteur une affaire opposant la société Securitas à quatre ex-salariés. Ceux-ci avaient été licenciés après avoir refusé, au lendemain des attentats de novembre 2013, de raccourcir leur barbe, alors que le référentiel vestimentaire de l’entreprise l’exigeait.

Considérant que leur employeur s’était rendu coupable de discrimination religieuse à leur encontre, les quatre agents de sécurité avaient saisi la justice dans la foulée. Preuve de la dimension ultrasensible du dossier, la décision, attendue d’abord mi-décembre, avait déjà donné lieu à un premier report.

Les quatre demandeurs réclament 40 000 € d’indemnité
Jeudi 11 janvier, le conseil de prud’hommes a finalement refusé de trancher – représentants du patronat, d’un côté, et des salariés, de l’autre, n’ayant probablement pas pu s’accorder sur la décision à rendre. L’affaire est ainsi renvoyée devant un magistrat professionnel. Les quatre demandeurs, qui étaient employés en CDI depuis huit ou neuf ans dans l’entreprise, réclament 40 000 € d’indemnité pour licenciement sans cause réelle ni sérieuse et 10 000 € de dommages et intérêts pour discrimination religieuse.

Aucune date n’a encore été fixée pour la nouvelle audience qui ne devrait cependant pas se tenir avant « au minimimum un an », Eric Moutet, l’avocat des quatre demandeurs.

La Croix du 11.01.2018

Video - Jean-Louis Bianco  : « Une laïcité d’interdiction qui m’inquiète »

Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité, était l’invité de « Face aux Chrétiens » le jeudi 11 janvier, en partenariat avec « La Croix », KTO, Radio Notre-Dame et RCF. Principaux extraits.

« Une laïcité d’interdiction qui m’inquiète »
Il revient sur les propos du président de la république qui, en décembre, aurait regretté une « radicalisation de la laïcité » lors d’une réunion avec les responsables des cultes. « Je ne dirais pas forcément comme ça car j’évite tout ce qui peut faire polémique » assure Jean-Louis Bianco. Mais, précise-t-il, « il y a une conception d’une laïcité d’interdiction qui m’inquiète et qui inquiète l’observatoire (...) Une partie de ceux qui s’expriment au nom de la laïcité visent à interdire, en contradiction avec la Déclaration des droits de l’homme qui garantit la liberté d’expression ». Jean-Louis Bianco trouve « dangereuse » une tendance à la « neutralisation de l’espace public ».

Entre Mitterrand et Macron « une parenté, un héritage »
L’ancien secrétaire général de l’Elysée de 1982 à 1991 est interrogé sur le lien entre le style du président Macron et celui de Mitterrand. « Il y a une similitude même si le contexte est totalement différent » remarque Jean-Louis Bianco. Emmanuel Macron a selon lui « une forte conscience des symboles et de la responsabilité du président de la république et, en ce sens, il y a une parenté, un héritage avec François Mitterrand. »

« L’espèce en voie de disparition n’est plus le loup mais le berger »
Ancien député des Alpes des Hautes-Provence, Jean-Louis Bianco s’inquiète des conséquences que pourraient avoir le nouveau plan loup. « Le loup est un animal prodigieusement intelligent mais il n’est plus en voie de disparition » estime-t-il. Dans certains territoires comme les Alpes de Haute-Provence, « l’espèce en voie de disparition n’est plus le loup mais le berger ».

La Croix du 11.01.2018

Laïcité, les formules hasardeuses voire erronées de Marlène Schiappa

La secrétaire d’État Marlène Schiappa publie un livre sur le « combat » laïque, alors que le président Macron multiplie les efforts pour raisonner et dépassionner ce débat.

La laïcité est un terrain plein de chausse-trappes pour les responsables politiques. Dimanche 7 janvier, la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a dû préciser sa pensée après avoir, sur France 3, estimé que les convictions religieuses devaient rester « uniquement » dans « la sphère privée ».

Prise à partie sur les réseaux sociaux, elle en a appelé à la sérénité et rectifié : « La laïcité, c’est la liberté de croire ou de ne pas croire et de l’exprimer dans le respect de l’ordre public », a-t-elle tweeté.

Plus troublant est le livre que publie ces jours-ci la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, intitulé : Laïcité, point ! (1) Un ouvrage qui avait été annoncé par la secrétaire d’État après son intervention, début décembre, devant le Grand Orient de France.

Une approche différente de celle d’Emmanuel Macron
« La laïcité n’est pas un gâteau que l’on partage entre les différentes religions en en distribuant un morceau aux non-croyants. C’est un combat politique. » Affirmation reprise et développée dans les premières pages du livre. « Militants laïcs », écrit-elle, « nous combattons les dogmes de tous genres ».

Une approche qui vaut à la ministre les louanges de certains réseaux laïcs, mais qui cadre mal avec l’estime qu’Emmanuel Macron voue aux religions. « Vous participez à la vie de la Nation », a ainsi déclaré le président aux autorités religieuses lors de la cérémonie des vœux, le 4 janvier.

« La foi religieuse qui relève de l’intime ne disqualifie pas pour être citoyen », a encore insisté Emmanuel Macron qui s’inquiétait, il y a peu, d’une « radicalisation de la laïcité ».

Des formules hasardeuses voire erronées
Dans son livre, la secrétaire d’État multiplie les formules hasardeuses ou même erronées. À propos de l’école, elle évoque la « neutralité des élèves et des professeurs », alors que la loi de 2004 ne prohibe que les signes « ostentatoires » d’appartenance à une religion portés par les élèves.

La laïcité « protège aussi l’instrumentalisation politique de la religion » (sic) et « rend inéligibles les ministres des cultes » : la ministre oublie un peu vite que le chanoine Kir fut député maire de Dijon durant 22 ans et l’Abbé Pierre, député de 1947 à 1951… « Dans une République laïque, il n’y a pas de corps intermédiaire (…) entre l’État et les citoyens », est-il encore affirmé dans ce livre qui ne servira pas la cause qu’il prétend défendre.

La Croix du 08.01.2018

Laïcité : Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, corrige ses propos

Interrogée dimanche 7 janvier sur France 3, Frédérique Vidal a affirmé que la laïcité consistait à « mettre dans la sphère privée – et uniquement la sphère privée – les convictions religieuses, philosophiques, etc., des individus ».

Une erreur fréquente, mais regrettable pour une ministre de l’enseignement supérieur, et qu’elle a d’ailleurs partiellement corrigée ensuite.

1/Quels sont les faits ?

Nouvel épisode dans la « guerre des laïcités » ou simple maladresse ? Dimanche 7 janvier, la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, était l’invitée de « Dimanche en politique », le magazine politique de France 3. Interrogée sur sa position quant à l’interdiction du voile à l’université, la ministre s’est dite « profondément attachée à la loi de 1905 » qui selon elle « répond à la question ».

« Le trouble à l’ordre public, le prosélytisme doivent être combattus. Ensuite, la façon dont les gens s’habillent... », a-t-elle souligné, mentionnant le travail de l’Observatoire de la laïcité pour rappeler les règles dans les universités publiques.

Un peu plus tard, toujours dans la même émission, Frédérique Vidal était interrogée sur « la radicalisation de la laïcité », formule utilisée jeudi 21 décembre par Emmanuel Macron devant les responsables religieux réunis à l’Élysée. « Lorsqu’on utilise la laïcité pour poser le débat de l’islam, c’est une erreur », a-t-elle d’abord rappelé.

« La laïcité, ce n’est pas mettre en avant ou opposer telle religion à telle autre, c’est la liberté de conscience et mettre dans la sphère privée - et uniquement la sphère privée - les convictions religieuses, philosophiques, etc., des individus, et ainsi de garantir qu’ils puissent continuer à les avoir. Mais (ces convictions) n’ont pas à entrer dans la sphère publique », a-t-elle poursuivi. Une affirmation plus qu’étrange à laquelle n’a réagi aucun des deux journalistes qui l’interrogeaient.

2/ Quelles réactions ?

Immédiatement, cette dernière phrase a suscité des réactions en chaîne sur les réseaux sociaux, reprochant à la ministre de l’enseignement supérieur sa méconnaissance de la loi de 1905. « Inquiétant et navrant », a écrit sur Twitter le président du Conseil national des évangéliques de France (Cnef), Étienne Lhermenault. « Avant de faire des ’formations laïcité’ pour les profs, on devrait visiblement en faire pour les ministres », a ironisé un autre internaute.

Consciente de son erreur, la ministre de l’enseignement supérieur a d’ailleurs publié quelques heures plus tard un second message sur Twitter dans lequel elle corrige partiellement ses propos initiaux. « Ayons des échanges sereins sur ces questions. La laïcité, c’est la liberté de croire ou de ne pas croire et de l'exprimer dans le respect de l'ordre public », a-t-elle écrit.

3/ Quelles leçons ?

Une fois encore, l’épisode rappelle à quel point est répandue dans la société française l’idée selon laquelle la religion relèverait de la liberté de conscience et donc de la sphère privée ou intime de l’individu. « Il s’agit d’un double contresens si l’on se réfère à la doctrine juridique française initiée par la loi de séparation des Églises et de l’État en la matière, et aux textes de loi et des conventions internationales signées par la France depuis », écrit l’historienne Valentine Zuber, directrice d’études à l’École pratique des hautes études dans un récent essai « La laïcité en débat, au-delà des idées reçues » (Éditions Le Cavalier Bleu, 20 €).

Non seulement « la liberté d’exprimer sa religion en public est garantie », rappelle l’historienne, « mais la neutralité religieuse ne peut être exigée que des seuls agents publics représentant l’État laïque ». Toute liberté de manifester leurs convictions religieuses est laissée aux individus, et « en particulier aux usagers des services publics », y compris dans l’espace public. Seul l’ordre public - sous le strict contrôle du juge - peut la limiter.

Ainsi, si certaines prescriptions religieuses sont interdites - polygamie, mariage forcé ou excision - c’est « au nom d’autres principes jugés supérieurs de la démocratie et du bon fonctionnement de la société ». Quant à l’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école, elle a été validée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’homme qui a considéré qu’elle n’empiétait pas exagérément sur la liberté de religion des élèves.

Comment expliquer alors la confusion actuelle ? Par la méconnaissance des textes d’abord. Mais aussi par les tensions apparues à la fin des années 1980 autour de la visibilité de l’islam. D’une exigence de neutralité imposée aux représentants de l’État, le concept a été progressivement détourné par certains pour devenir « une revendication laïque de type plus philosophique, à la fois antireligieuse et antimusulmane », écrit Valentine Zuber.

Un détournement à l’égard duquel le président de la République a précisément affirmé, le 21 décembre, qu’il se montrerait « vigilant »...

La Croix du 08.01.2018

Comment les religions ont-elles contribué à l’unité nationale ?

Philippe Portier Directeur d’études à l’École pratique des hautes études Pour le sociologue des religions Philippe Portier, la parole de réconciliation portée par les responsables religieux après les attentats de ces dernières années a contribué à la paix civile.

Quel rôle les religions ont-elles joué, en France, après les attentats de ces dernières années ?
Philippe Portier : De manière unanime, les grandes organisations religieuses ont proposé une parole d’apaisement et de réconciliation, alors qu’on aurait pu craindre une fracture entre les communautés. Au moment de l’attentat contre Charlie Hebdo et contre l’Hyper Cacher, ou après le Bataclan, elles se sont souvent rassemblées dans des défilés, dans des moments de recueillement pour célébrer les morts de manière consensuelle. Ce furent des actes symboliques, posés en commun avec le concours du personnel politique qui demandait aux cultes de renforcer la paix civile.
Cela s’est vu très nettement aussi après l’assassinat du père Hamel. Les catholiques n’ont pas du tout déterré la hache de guerre. Ils ont établi une distinction entre les musulmans qui sont leurs interlocuteurs, et avec lesquels ils entretiennent de bonnes relations, et une petite minorité entrée dans la logique du djihad. Emmanuel Macron est d’ailleurs revenu sur cette attitude, jeudi, lors de ses vœux aux autorités religieuses, en les remerciant pour leur contribution à l’unité nationale (La Croix du 4 janvier).

Cette attitude d’apaisement était-elle inattendue ?
P. P. : On ne s’attendait pas forcément aux réactions qui ont suivi la mort du père Hamel, car la France est caractérisée depuis une vingtaine d’années par une tendance très forte au marquage des frontières, ce qui peut nourrir une tendance au repli sur soi et au rejet de l’autre.
Mais après un choc émotionnel comme celui provoqué par un attentat, il existe un tel effet de sidération que même les acteurs les plus attachés à leur identité – religieuse ou nationale – ont pu dépasser leur sentiment d’appartenance première pour s’associer aux citoyens porteurs d’autres convictions religieuses.
Il faut ajouter cependant que cette union nationale a été contrariée très vite, dans certains segments de la population, par une réaffirmation des identités lourdes. Dans le monde catholique, le choc passé, une tendance s’est cristallisée autour d’une conception homogène de l’être national, provoquant du reste la résistance d’autres catholiques plus ouverts à la différence. Du côté des populations qui ne se reconnaissent dans aucune religion, on a assisté aussi à une montée très nette du sentiment antimusulman. L’effet Charlie, qui était en fait très polysémique, a montré sa fragilité, en tout cas à la base.

De quelle manière, au-delà des institutions, des croyants contribuent-ils parfois à accentuer les fractures de la société ?
P. P. : Dans tous les groupes religieux, il existe des tentations de rupture, selon la même logique : le monde extérieur est un univers d’impiété et de décadence ; il faut s’en protéger en s’abritant derrière les clôtures de sa propre tradition. Ce type de doctrine, qui refuse le compromis avec le monde, fait obstacle à la construction d’une relation sociale fondée, dans l’acceptation de la différence de l’autre, sur le principe de réciprocité. Le monde musulman connaît une dérive extrême de ce point de vue, dans la logique nihiliste du djihad. Mais il existe d’autres conduites, moins violentes sans doute, de sécession avec la société globale.
Les groupements salafistes, qui ont prospéré sur le terreau du wahhabisme saoudien, se sont construits en se tenant à l’écart d’une société civile dont ils stigmatisent l’impureté. Sans être nécessairement des foyers de terrorisme, ils fragilisent la possibilité de l’interaction sociale, d’autant que leur idéologie exerce son influence sur toute une partie de la jeunesse musulmane qui s’estime mal intégrée. Le monde juif ultraorthodoxe témoigne de la même inclination. Le religieux, ce n’est donc pas ici le pont qui relie, mais le mur qui sépare.
Du côté du catholicisme, il peut exister aussi une tentation du repli. Sauf exception, elle ne débouche pas sur une violence matérielle, mais peut ouvrir sur une forme de violence symbolique. Le fait de rapporter l’identité de la France à ses seules « racines chrétiennes » a pour effet de tenir ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette appartenance-là en marge de l’enclos national. Le monde séculier connaît aussi, au nom d’une conception rigidifiée de la raison, le même complexe d’exclusion.

Comment les pouvoirs publics considèrent-ils le phénomène religieux ?
P. P. : Depuis une quarantaine d’années, il existe une crise du politique qui se trouve pris en défaut d’efficacité matérielle et symbolique. L’État ne parvient plus à répondre aux questions que l’histoire lui pose. Pour essayer de se réassurer dans son rôle, il essaie de s’appuyer sur les forces de la société civile, et notamment sur les forces religieuses, susceptibles de redonner du sens, de recréer du lien. De ce point de vue, on voit se mettre en place une interaction de plus en plus serrée entre le politique et le religieux, très originale par rapport à notre modèle de laïcité. On a pu le constater encore une fois dans le discours d’Emmanuel Macron aux responsables religieux, jeudi.

Pourtant, dans une société très sécularisée, on voit aussi chez certains la défiance augmenter vis-à-vis du religieux ?
P. P. : Certains analysent effectivement l’intervention des religieux dans le domaine social et public comme une manifestation de la volonté des Églises de dominer la société. Mais au plan philosophique, on peut tout à fait vivre dans une démocratie qui donne toute sa place à l’argument religieux. Et ce n’est pas parce que les religions interviennent dans l’espace public, en relation avec l’État, qu’elles le subjuguent. Elles sont partenaires, et ne disposent nullement du pouvoir, même si elles le voulaient, de refuser à la délibération citoyenne le dernier mot.

La Croix du 08.01.2018


 

 







 

 


 

 

 

 

MANIPULATION

 

Manipulation : "Face à un manipulateur, plus on essaye de comprendre, plus on se fait entortiller dans son piège"

Psycho et bien-être
Rencontre avec l’auteure Christel Petitcollin en marge de la sortie de son nouveau livre Pourquoi trop penser rend manipulable .
C’est une image que l’on se fait. Les gens manipulables seraient forcément bêtes et dociles, sinon ils ne se feraient pas manipuler. Mais c’est tout le contraire nous dit Christel Petitcollin dans son nouveau livre Pourquoi trop penser rend manipulable. Surprenant, mais vrai : les gens intelligents seraient en effet plus manipulables que les autres. Nous sommes allés à la rencontre de l’auteure pour en savoir plus.

Votre angle dans ce livre est que les gens intelligents, qui pensent trop, sont, contre toute attente, les plus aptes à se faire manipuler. Expliquez-nous pourquoi.
Il y a une phrase que j'ai lue sur Facebook qui résume bien le processus : « Un savant a lu plus de mille ouvrages et il doute toujours. Un intégriste n’en a lu qu’un seul, mais est persuadé de détenir la vérité ». Le doute est un corollaire de l’intelligence. Plus on est intelligent, plus on se remet en cause, plus on essaye de voir le point de vue de l’autre, de trouver des solutions.
Face à un manipulateur qui est de mauvaise foi, qui ment, qui se contredit, finalement plus on essaye de comprendre, plus on se fait entortiller dans son piège. C’est comme s’il valait mieux être un intégriste qui lui dit : « Non, tu mens. Tu dis n’importe quoi ! »
Ces gens qui « surréfléchissent », vous les appelez les « surefficients » dans votre livre. Finalement, est-ce que le manipulateur les choisit ? Ou est-ce que ce sont les « surefficients » qui sont attirés par lui ?
Le manipulateur est à la recherche de quelqu’un de très énergique et de bienveillant pour se faire prendre en charge. Et les « surefficients », ayant besoin d’être utiles et de sauver le monde, vont aussi choisir le manipulateur en le croyant malheureux et ayant besoin d’être réparé. Ils ont cette complémentarité. L’un a besoin d’une pile électrique pour brancher ses batteries, l’autre d’un vilain petit canard à sauver.
Déjà en 1989, Alberto Eiguer, en publiant Le Pervers narcissique et son complice, considérait que le complice en question n’était personne d’autre que la victime. « Inconsciemment, elle joue son jeu », disait-il. Qu’en pensez-vous ?
Tant que la victime ne comprend pas les mécanismes de la manipulation mentale, elle est piégée et elle tourne en rond dans son problème. À partir du moment où elle commence à voir la situation, elle devient coresponsable. Si elle passe outre pour rester dans son rêve, elle devient effectivement « complice ».
Comment se défendre de la manipulation ? Quelles sont les clés que vous donnez dans votre livre ?
D’abord, il faut prendre suffisamment de recul pour reconnaître le piège. Pour cela, il faut connaître les techniques de manipulation pour réaliser qu’on est dans ce cas de figure.
La manipulation a trois clés. Le doute, la peur et la culpabilité. À partir du moment où l’on se sent dans le flou, angoissé et coupable, on peut déjà se dire qu’on est dans une phase de manipulation. Avec ce recul, on a déjà fait 90% du travail.
Dans votre livre, vous établissez des étapes. Il s’agit donc d’un processus ?
Je recommande d’essayer de s’imaginer un de ses amis à notre place. De l’extérieur, qu’est ce que je lui dirais ? C’est comme ça que l’on voit les solutions.
Mais ce qui est dur avec la manipulation, c’est qu’il faut passer outre la séduction qui peut opérer. Devant un manipulateur, on perd ses moyens…
Il faut savoir qu’il a quatre ficelles : la séduction, la victimisation, l’intimidation et la culpabilisation. Si on ne se laisse plus séduire, c’est une ficelle de coupée. Si on ne le prend plus en pitié, une deuxième, etc. Une fois que les ficelles sont coupées, on le voit s’agiter comme un pantin désarticulé.
C’est vraiment quand on est sorti du piège qu’on voit vraiment comment il a fonctionné. Dedans, il peut être très difficile de développer cette clairvoyance.
Est-il possible d’arriver à apprécier un manipulateur au-delà de ce trait de personnalité ? Autrement dit, peut-on entretenir une relation saine, normale une fois qu’il est démasqué ?
Non. Ce sont des gens qui n’ont pas de limites, qui n’ont pas d’éthique, pas d’empathie. Par contre, on peut être amené, pour différentes raisons, à devoir collaborer avec eux. Dans ce cas, il faut se tenir à distance. Parler de la pluie et du beau temps, avoir des objectifs très cadrés, et un positionnement très ferme.
Mais ils sont fatigants. Ils cherchent sans cesse la dispute et à créer des problèmes là où il ne devrait pas y en avoir. Vous pensez avoir affaire à un adulte, mais il s’agit d’un enfant bête, mal élevé et mal cadré qui règle avec vous les problèmes qu’il n’a pas réglés avec ses parents.
Et dans la vie amoureuse ?
Vous êtes avec un vieil enfant vicieux et méchant qui vous prend pour un parent de substitution et qui vient chercher à combattre votre toute-puissance parentale avec sa toute-puissance infantile. Cela n’a rien de satisfaisant.
Quelle est la différence entre un manipulateur et un pervers narcissique ?
Ce n’est qu’un degré. Je le situe dans le niveau de maturité. Plus ils sont jeunes en âge mental, plus on retrouve le pervers narcissique. Ce que Freud appelle le stade « sadique-anal». Stade où ils peuvent être très dangereux.

http://www.lalibre.be/lifestyle/psycho/manipulation-face-a-un-manipulateur-plus-on-essaye-de-comprendre-plus-on-se-fait-entortiller-dans-son-piege-59f99a45cd703cdd75326160
01 novembre 2017

 


 

 

 

 

MEDITATION


 


 

 

 

 

MORMONS

 

Décès du président de l’Église mormone

L’homme d’état Donald Trump a salué mercredi le « message d’optimisme, de pardon et de foi » du président de l’Église mormone, Thomas Monson, décédé la veille à l’âge de 90 ans à Salt Lake City, la « capitale » des mormons située dans l’État américain de l’Utah. L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours a été fondée en 1830 par le pionnier américain Joseph Smith. Elle revendique 16 millions de fidèles à travers le monde.

La Croix du 05.01.2018

Mort de Thomas Monson, président de l’Eglise mormone

Le président américain Donald Trump a présenté mercredi 3 janvier ses condoléances à la famille du président de l’Eglise mormone, Thomas Monson, se disant « profondément attristé » par son décès à l’âge de 90 ans.
« Considéré comme un prophète par près de 16 millions de membres » de l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours, son nom officiel, « il avait un message d’optimisme, de pardon et de foi », a écrit M. Trump dans un communiqué. « Melania et moi sommes profondément attristés » par le décès du 16e président des Mormons, poursuit le président en présentant ses condoléances à « ses trois enfants et le reste de sa famille ».
Thomas Monson est décédé au soir du 2 janvier chez lui à Salt Lake City, la « capitale » des Mormons située dans l’Etat américain de l’Utah, « de causes relatives à l’âge », a annoncé l’Eglise mormone dans un communiqué. « Un successeur ne devrait pas être choisi par le Collège des douze apôtres de l’Eglise jusqu’après les funérailles du président Monson », précise le communiqué.
« Thomas S. Monson a marché là où Jésus a marché »
Thomas Monson avait été élu le 3 février 2008 pour succéder à Gordon Hinckley, après son décès à 97 ans. Ce dernier avait été inhumé à Salt Lake City en présence de milliers de fidèles, dont le Mormon Mitt Romney, à l’époque candidat à la nomination républicaine pour la présidentielle américaine.
« Thomas S. Monson a marché là où Jésus a marché, aidant les opprimés, confortant les blessés, soignant les malades, illuminant les vies des solitaires », a écrit M. Romney mardi sur Twitter.
L’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours a été fondée en 1830 par le pionnier américain Joseph Smith. Elle s’appuie sur le « Livre de Mormon », du nom d’un ancien prophète, version « restaurée » de la parole véritable de Jésus, par opposition à la version classique résultant de la « grande apostasie » du christianisme. Elle revendique aujourd’hui quelque 16 millions de fidèles à travers le monde.

Le Monde.fr avec AFP | 04.01.2018





 


 

 

 

 

OFFICE CULTUREL DE CLUNY

 

L’Office culturel de Cluny condamné à réparer les « années blanches »

L’Office culturel de Cluny ainsi que l’association Patrimoine et Développement ont été condamnés à verser des dommages et intérêts d’environ 1 million d’euros à 21 anciens membres permanents de cette association artistique et culturelle d’inspiration catholique, fondée par le comédien Olivier Fenoy, « en réparation du préjudice résultant de la perte de chance de percevoir une retraite ». Les plaignants avaient travaillé pendant plusieurs années pour cet organisme sans qu’aucun salaire ni aucune cotisation sociale n’aient été versés. La cour d’appel de ¬Paris a confirmé, le 21 décembre, le conseil des prud’hommes de Paris qui avait requalifié cette relation en contrat de travail.

La Croix du 03.01.2018
 

L’Office culturel de Cluny condamné à réparer les « années blanches »

Cette association fondée par le comédien Olivier Fenoy pour œuvrer au « plein épanouissement de l’homme par l’art et la beauté » a été condamnée à verser près d’un million de dommages et intérêts à d’anciens membres qui y travaillèrent plusieurs décennies sans salaire ni cotisations sociales.

« L’OCC se présentera toujours avec ces deux visages : celui professionnel d’une association loi 1901 et celui privé d’une’communauté nouvelle’ », peut-on lire sur le site créé par les anciens membres . Source : www.lespagesblanches.fr

L’Office culturel de Cluny ainsi que l’association Patrimoine et Développement ont été condamnés à verser des dommages et intérêts à 21 anciens membres permanents de cette association artistique et culturelle d’inspiration catholique, « en réparation du préjudice résultant de la perte de chance de percevoir une retraite ».

Les plaignants, qui ont quitté l’OCC entre 2000 et 2008, ont travaillé pendant plusieurs années – jusqu’à 30 ans pour certains – pour cet organisme sans qu’aucun salaire ni aucune cotisation sociale n’aient été versés. Cette association loi 1901 avait alors le style de vie d’une communauté nouvelle dans laquelle les « clunisiens » faisaient à divers degrés des « vœux » proches de ceux des religieux, quand bien même l’OCC ne bénéficiait pas de reconnaissance canonique de l’Église catholique.

Ce procès avait dès lors pour but, selon les plaignants, de « réparer le très grave préjudice subi », « cet abus social laissant des dizaines de personnes en situation de grande précarité au fur et à mesure que leur retraite approche ».

Le 19 décembre dernier, la cour d’appel de ­Paris a donc confirmé le conseil des prud’hommes qui avait requalifié cette relation en contrat de travail, par trois jugements différents – jugement assorti en 2015, chose rare, d’une exécution provisoire portant sur la totalité des sommes. La justice n’a pas retenu en revanche l’accusation de travail dissimulé.

Les dommages et intérêts varient entre 25 000 et 100 000 euros selon les cas, pour un montant total proche de 1 million d’euros. L’OCC et Patrimoine et développement ont été placés en redressement judiciaire en septembre 2016.

« Une première »

« Nous sommes très satisfaits, a réagi l’un des plaignants, qui a passé une vingtaine d’années à l’Office culturel de Cluny. C’est une première qu’une communauté soit condamnée pour ne pas avoir versé les cotisations sociales de ses membres. Comme elle n’a jamais été reconnue canoniquement, nous avions engagé une procédure civile, ce qui est plus simple, même si cela a quand même duré plus de huit ans… »

« C’est une décision importante car elle pourrait faire jurisprudence pour toute personne qui quitte aujourd’hui un mouvement pseudo-religieux dans lequel il a été exploité », s’est félicité l’avocat des plaignants, Maître Loïc Duchanoy, spécialiste en droit du travail, tout en précisant que pour des faits antérieurs, une telle procédure n’est plus possible. « Nous avions entamé la procédure avec les 21 plaignants de l’OCC avant 2013, mais par la suite, la prescription en la matière est passée de 30 ans à cinq ans, puis à deux ans et aujourd’hui à un an ».

Pas de reconnaissance canonique de l’Église

L’OCC a été fondé en 1963 par le comédien et metteur en scène Olivier Fenoy, aujourd’hui âgé de 73 ans, qui en a été le directeur général jusqu’en 1996. Selon ses statuts, cette association a pour but de « travailler au plein épanouissement de l’homme par l’art et la beauté ».

À l’origine, elle avait pour unique vocation la création artistique, produisant pièces de théâtre, films et spectacles. Puis, à partir des années 1970, l’OCC s’est investi dans l’animation culturelle et a été agréé « association nationale d’éducation populaire » par le ministère de la jeunesse et des sports en 1972 (1).

Formation dans les domaines de la danse, du cinéma, du théâtre, de l’architecture, animation de centres culturels, accueil de jeunes en difficulté… Ses activités se sont élargies et sa troupe de théâtre a pris le nom de Théâtre de l’Arc-en-Ciel, avec pour lieu de résidence le château de Machy à Chasselay (Rhône).

Au cours des années 1970, dans le sillage des communautés nouvelles, les personnes qui animent les centres culturels de l’OCC se réunissent progressivement en communauté de travail et de vie, et adoptent un style de vie calqué sur celui des moines. Un certain nombre d’évêques, comme le cardinal Decourtray à Lyon, sont proches de l’Office qui fait profession de fidélité à l’Église. « L’OCC se présentera toujours avec ces deux visages : celui professionnel d’une association loi 1901 et celui privé d’une” communauté nouvelle” », peut-on lire sur le site Les annees blanches créé par les anciens membres.

En 1981, des accusations de secte circulent et une enquête canonique est menée par le diocèse de Lyon qui pointera notamment la confusion entre les fors interne et externe.

C’est finalement la révélation d’un scandale en interne, en 2000, qui pousse une quarantaine de membres – ils étaient alors une centaine – à quitter l’Office culturel de Cluny.

En 2013, la Conférence des évêques de France et le diocèse de Lyon se prononcent clairement sur l’absence de lien organique entre l’Église catholique et cet organisme aux nombreuses réalités – le Congrès « Et si la beauté pouvait sauver le monde », le centre culturel Fra Angelico à Paris, Présence à Vézelay et la Maison du Visiteur, le Café des arts à Grenoble…

Dans un communiqué, le cardinal Philippe Barbarin précise que « même si plusieurs de leurs membres disent faire des” vœux” (…), avec une mission particulière d’exercer une” spiritualité de la beauté”, ces engagements ne bénéficient d’aucune reconnaissance de l’Église catholique ».

(1) Agrément retiré en 1982, puis de nouveau en 1996, après la publication d’un rapport parlementaire sur les sectes où figure l’OCC, mais rendu quelques années plus tard à l’Office qui avait fait appel.

La Croix du 04/01/2018


 

 

 


 

 

 

 

PARANORMAL

Le Bien Public du 29.12.2017

 

 

 

 

PEDOPHILIE

 

Pédophilie, l’association La Parole libérée reçue pour la première fois par l’épiscopat français

La principale association de victimes de prêtres pédophiles a été reçue pour la première fois officiellement au siège de la conférence des évêques à Paris, samedi 6 janvier, pour évoquer la lutte contre la pédophilie dans l’Église.

Mgr Luc Crépy (derrière le policier, lors d’une procession le 14 août 2016), évêque du Puy-en-Velay et responsable de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie, et Mgr Jacques Blaquart, evêque d’Orléans, l’un de ses membres, ont reçu pour la première fois officiellement les représentants de l’association La Parole libérée. ZOOM
Mgr Luc Crépy (derrière le policier, lors d’une procession le 14 août 2016), évêque du Puy-en-Velay et responsable de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie, et Mgr Jacques Blaquart, evêque d’Orléans, l’un de ses membres, ont reçu pour la première fois officiellement les représentants de l’association La Parole libérée. / PHILIPPE DESMAZES/AFP

L’association La Parole libérée, à l’origine des révélations d’actes pédophiles qui ont secoué l’Église de France depuis 2015, a été pour la première fois reçue officiellement, samedi 6 janvier, à Paris, par deux évêques chargés de ce dossier : Mgr Luc Crepy (Le Puy-en-Velay), responsable de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie, et Mgr Jacques Blaquart (Orléans), l’un de ses membres.

La rencontre de plus de deux heures au siège de la Conférence des évêques de France, à Paris, a permis de discuter des propositions émises par La Parole libérée pour améliorer la lutte contre la pédophilie dans l’Église.

« Un espoir fort »
« Ils ont prononcé des mots engageants et donné un espoir fort », s’est réjoui François Devaux, son président, regrettant toutefois l’absence, pour l’heure, de « calendrier concret ». « Nous n’avons pris aucun engagement, nous n’étions pas mandatés pour négocier, mais nous répercuterons les demandes et cette rencontre ne restera pas sans effet », a expliqué à l’AFP Mgr Crepy, évoquant un « rendez-vous très positif ».

L’association fondée par des victimes du père Bernard Preynat, ancien aumônier du groupe scout Saint-Luc de Sainte-Foy-lès-lyon, demande notamment que l’enquête préalable sur des soupçons de pédophilie soit confiée à un autre évêque que celui dont dépend le prêtre incriminé, afin d’éviter qu’« en raison du lien fraternel qui les lie », l’évêque soit « juge et partie ».

Un rapport annuel comme aux États-Unis ?
Déplorant « le manque d’informations sur les mesures concrètes prises », susceptibles de « déterminer l’efficacité réelle » de la cellule de lutte contre la pédophilie, l’association recommande également à l’épiscopat français de publier chaque année un rapport de l’action des diocèses en matière de protection de l’enfance, comme cela se fait aux États-Unis.

Ils insistent également sur le « droit à l’information » des victimes « sur le déroulement et l’évolution de la procédure canonique » engagée.

Ils plaident entre autres aussi pour que la levée de prescription dans les cas d’abus sur mineurs ou personnes vulnérables soit demandée systématiquement au Vatican, dans le cadre de la procédure canonique, parfois seul recours pour les victimes de faits très anciens.

Concernant l’indemnisation des victimes, « les évêques nous ont dit qu’une réflexion avait été mise en place sur un” accompagnement financier” sur le modèle de ce qui se fait en Suisse, en Belgique et en Allemagne », s’est félicité François Devaux. « La question n’est pas taboue », a confirmé à l’AFP Mgr Crepy.

Plusieurs membres de La Parole libérée participeront à la rencontre des associations de lutte contre la pédophilie dans le monde qui se tiendra à partir du 15 janvier prochain au Chili, en parallèle de la visite du pape dans ce pays. L’association française compte proposer la création d’une instance internationale fédérant les associations de victimes pour soutenir et encourager leurs efforts dans les différents pays.

La Croix du 07.01.2018
 


 

 

 

 

PHILIPPINES

 

Aux Philippines, l’Église monte au créneau contre la loi martiale et l’assassinat de religieux

Les évêques philippins ont condamné début décembre le projet gouvernemental de prolongation d’un an de la loi martiale dans le sud de l’archipel, autorisant l’assassinat sans sommation de toute personne soupçonnée de terrorisme.

Cette condamnation intervient après le meurtre d’un prêtre et d’un pasteur protestant activistes, quelques jours plus tôt, dans des circonstances encore troubles.

Déjà chaotiques, les relations ne cessent de se distendre entre l’Église catholique philippine et les autorités de l’archipel. Alors que le très controversé président du pays, Rodrigo Duterte, a demandé lundi 11 décembre au Congrès d’approuver l’extension pendant un an de la loi martiale dans le sud du pays pour y « éradiquer totalement » les extrémistes affiliés à Daech, les évêques appellent au retrait du projet gouvernemental.

« Il n’y a plus besoin de la loi martiale », a souligné en ce sens Mgr Antonio Ledesma, archevêque de Cagayan de Oro, sur le site de la Conférence épiscopale des Philippines (CBCP) en déplorant une extension inutile qui ne ferait qu’affecter « le développement économique de la région » et ferait « fuir les investisseurs » dans le sud du pays.

De son côté, Mgr Edwin de la Peña, évêque de Marawi, la ville philippine assiégée pendant six mois par les forces djihadistes jusqu’en octobre dernier, a déploré lundi 11 décembre une décision radicale. « Si elle devait être étendue sur le principe d’une évaluation de l’armée, elle devrait se concentrer exclusivement sur les zones de tension pour faciliter la réhabilitation et la reconstruction de la ville », demande-t-il ensuite.

« L’élimination des terroristes »
Ces condamnations interviennent quelques jours après le meurtre d’un pasteur protestant et d’un prêtre activistes, dans des circonstances encore troubles : le pasteur Lovelito Quinones, dimanche 3 décembre au sud-ouest de Manille, et le père Marcelito Paez, engagé dans plusieurs associations de défense des droits des pauvres, dont le corps a été retrouvé criblé de balles, lundi 4 décembre, à Neuva Ecija, dans le centre du pays.

Il est le premier prêtre catholique assassiné depuis l’accession au pouvoir de Rodrigo Duterte, en juin 2016. Plusieurs ONG, dont Amnesty International, ont fermement condamné ces meurtres perpétrés contre « des leaders religieux, tués par balles par des commandos armés non identifiés ».

« Des civils désarmés cibles de l’État »
La politique menée par Rodrigo Duterte est-elle directement responsable de ces drames ? C’est ce qu’affirme l’association de défense des droits Karapatan, qui impute ces dernières attaques au nouveau programme militaire « contre l’insurrection », lancé par le président de l’archipel, en déplorant que « des civils désarmés [soient] devenus la cible des forces de sécurité de l’État ».

Fin novembre, le chef de l’État a en effet exhorté les militaires du pays à tirer, sans sommation, sur tout individu soupçonné de terrorisme. Il visait par là notamment les rebelles de la Nouvelle Armée Populaire (NPA), le Parti communiste des Philippines, mais soulignait aussi que toute personne accusée de « conspirer » avec les « mouvements clandestins » était une cible légitime.

« Nous sommes troublés par cette annonce, et par l’escalade de violence qui s’ensuivra sûrement : abandonner le dialogue et s’en remettre exclusivement à des moyens militaires pourrait être très coûteux, tant en termes de vies humaines que de ressources », regrettait dans un communiqué, samedi 9 décembre, Mgr Ledesma, coprésident de la Plate-forme œcuménique Philippine pour la Paix (PEPP).

Des religieux activistes en ligne de mire :
Aux dires de plusieurs ONG, les deux religieux assassinés en auraient déjà fait les frais : peu avant sa mort, le pasteur Lovelito Quinones avait été prétendument identifié comme un membre de la NPA. Une assimilation que ses proches ont formellement démentie. Le père Paez, retraité depuis 2015 et membre des Missionnaires ruraux des Philippines, a quant à lui été tué juste après avoir facilité la libération d’un militant défendant la cause des petits paysans, accusé de faire partie de la guérilla maoïste locale.

L’évêque local, Mgr Roberto Mallari, a fermement condamné son assassinat en demandant aux autorités de « rendre justice dans cette affaire ».

La Croix du 12.12.2017

 


 

 

 

 

SANTE

 

Les docteurs Indiens en rogne contre les médecines alternatives

Dans la rue.
Plus de 300 000 médecins des secteurs public et privé ont manifesté ce mardi à travers l'Inde contre une loi controversée qui prévoit d'autoriser les praticiens de thérapies alternatives, comme l'homéopathie et l'ayurvédisme, à exercer en tant que docteurs en médecine après avoir suivi une formation complémentaire. Le gouvernement a dû repousser le vote de la loi au Parlement et les manifestants ont prévu de suspendre le mouvement de contestation.
L'Inde compte près de 800 000 praticiens exerçant la médecine traditionnelle, qui sont soumis à des formations rigoureuses dans leur champ d'expertise, mais ne sont actuellement pas autorisés à prescrire des médicaments. Environ 840 000 docteurs en médecine exercent en Inde, soit un pour 1 674 habitants, c'est bien moins que le ratio de 1 pour 1 000 recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

http://www.liberation.fr/direct/element/les-docteurs-indiens-en-rogne-contre-les-medecines-alternatives_75682/
Libération du 02.01.2018



 


 

 

 

 

SOGYAL RINPOCHE

 

Les bouddhistes de l’Hérault, de la quiétude à l’inquiétude

Au centre de retraite Lérab Ling, une missive signée par huit anciens disciples a fait l’effet d’une bombe. Elle accuse le chef du temple, Sogyal Rinpoché, d’avoir joué de son statut pour obtenir des faveurs sexuelles. L’établissement, qui attire chaque année plus de 20 000 visiteurs, en subit le contrecoup. L’intéressé est introuvable.
Les bouddhistes de l’Hérault, de la quiétude à l’inquiétude
Drôle de réfectoire. Tout autour du sapin qui trône dans cette vaste pièce, des boules de Noël côtoient des drapeaux de prière, des guirlandes tutoient des portraits de lamas. Assis côte à côte, des moines rasés, enveloppés dans d’épaisses étoffes rouges, bavardent avec des visiteurs en col roulé. La «période de silence» (entre 12 heures et 12 h 30) est passée : autour des assiettes en inox chargées de guacamole, de graines germées et de purée de betteraves, tous parlent indifféremment français ou anglais. Contraste total avec la campagne alentour, où l’on croise des bérets et des tracteurs, et où résonnent l’accent du Midi et celui, plus rocailleux, de l’Aveyron. Ici, sur ce site de 150 hectares, c’est un bout de Tibet qui s’est bâti. Le dalaï-lama s’y est lui-même rendu deux fois, en 2000 puis en 2008, accompagné de Carla Bruni-Sarkozy, Bernard Kouchner, Rama Yade…

«Vos abus»
Temple, statues, stûpa, bouddhas, rien ne manque : nous sommes à Lérab Ling, un centre bouddhiste tibétain implanté depuis les années 90 sur la commune de Roqueredonde (Hérault), à environ une heure de Montpellier. L’ambiance dans cette «salle à manger» paraît détendue. Mais les apparences sont trompeuses. Au sein de cette communauté, le traumatisme est encore vif. Tous le disent : «Ça a été un choc.» Et chacun se souvient de la date exacte du séisme, dont les répliques n’ont toujours pas cessé : le 14 juillet 2017.

Ce jour-là, huit anciens disciples diffusent une longue lettre accusant Sogyal Rinpoché, fondateur et maître spirituel de cette congrégation, de multiples abus. Accumulant les éléments à charge, les signataires (anciens moines ou nonnes, instructeurs, étudiants, assistants ou chauffeur du lama) dénoncent sa «conduite violente», son «style de vie extravagant», son «appétit pour le luxe». Il est aussi question de manipulation, d’humiliations, de menaces, d’abus physiques, de coups. «Vous utilisez votre rôle de maître pour avoir accès aux jeunes femmes, et les contraindre, les intimider et les manipuler afin d’obtenir d’elles des faveurs sexuelles», affirment ses anciens disciples. Puis : «Certains d’entre nous ont choisi de quitter Lérab Ling en catastrophe, laissant derrière nous tous nos biens, car nous étions au désespoir de couper au plus vite avec vos abus et la communauté qui s’en faisait complice…»

«Dérives sectaires»
«Oui, cette lettre a pour nous été un choc», confesse, dans un souffle, Dominique Side. Supérieure de la congrégation religieuse de Lérab Ling, docteure en philosophie bouddhiste, cette femme de 67 ans enseigne depuis quarante-trois ans au sein de Rigpa, un réseau implanté dans 30 pays, créé par Sogyal Rinpoché pour diffuser le bouddhisme tibétain en Occident. Cette fidèle de la première heure raconte : «Depuis la diffusion de cette lettre, Sogyal Rinpoché est en retraite, dans les deux sens du terme… Il ne dit pas où il se trouve. Il a 70 ans, est atteint d’un cancer ; il a de lui-même choisi de se retirer de son rôle de directeur spirituel de Rigpa. Il n’a pas démissionné. Contrairement à ce qui a été dit, il n’a pas non plus été évincé.»

Même consternation chez Samuel Truscott, 43 ans, directeur de Lérab Ling et membre de Rigpa depuis vingt ans : «Après un piratage de notre base de données, cette lettre a été envoyée à 2 000 étudiants de Rigpa. Oui, pour nous c’est une grande tristesse. Si Sogyal Rinpoché est parti fin juillet, c’est pour protéger tout ce qui a été fait jusqu’à présent.» C’est la première fois que des membres de Lérab Ling s’expriment publiquement sur cette affaire.

Jigme, moine bouddhiste de 47 ans, habite depuis douze ans dans ce centre. Ce Suisse autrefois baptisé François résume le sentiment général : «Ce qui est décrit dans cette lettre n’a rien à voir avec ce que je vis ici. Ça m’a fait mal au cœur. J’ai eu l’impression d’être attaqué sur mes propres valeurs, sans possibilité de répondre, de m’exprimer.» Personne ici ne semble accuser de mensonge les huit signataires. Et tous reconnaissent la «personnalité particulière» du maître, savent que ses dérapages ont déjà, par le passé, été critiqués. Mais ils estiment que les anciens disciples ont «mal interprété» certains faits et gestes de Sogyal Rinpoché, «mal évalué» certaines situations : le chemin spirituel n’est-il pas semé d’embûches ?

Pour Dominique Hilly, 65 ans, président de Rigpa Europe (l’association propriétaire de Lérab Ling), toute cette affaire est à la fois injuste et ingrate. «Cela fait trente-deux ans que je suis Sogyal Rinpoché. J’ai bénéficié de son aide et de son soutien. Les accusations formulées contre lui sont très graves. Or à notre connaissance, personne n’a porté plainte.» Ce que confirme Jean-Robert Phung, l’avocat de la congrégation religieuse : «Il n’y a aucune plainte en cours contre Sogyal Rinpoché. Pourtant on assiste à une campagne de presse violente et diffamatoire. Visiblement, quelqu’un en veut à cette communauté.» Car selon l’avocat, les attaques ne visent plus seulement le lama, mais l’ensemble de la communauté bouddhiste de Lérab Ling : «Assimilée à un mouvement sectaire, cette communauté s’estime diffamée. Ce n’est pas parce que leur maître spirituel a choisi de ne pas se défendre qu’on peut attaquer ces gens qui vivent paisiblement leur foi. Dorénavant le débat se tiendra au tribunal, et non plus dans les médias.» Me Phung, qui représente à ce jour 125 membres de Lérab Ling, va en effet poursuivre pour diffamation un autre avocat montpelliérain, Jean-Baptiste Cesbron.

Dans une interview récemment publiée par le quotidien régional Midi Libre, ce dernier évoque en effet un «mouvement sectaire», des gens «privés d’identité», «coupés de leur famille». Me Cesbron persiste et signe : «Oui, j’estime qu’il y a des dérives sectaires au sein de Rigpa. Et j’ai été saisi par une dizaine de victimes de Sogyal Rinpoché.» Problème : la plupart, voire la totalité, des faits rapportés par ces anciens disciples seraient très anciens. Mais l’avocat veut y croire : «Nous verrons le temps venu mais à mon sens, certains faits ne sont pas prescrits…»

Pressé de s’exprimer sur toute cette affaire, le moine bouddhiste et interprète du dalaï-lama, Matthieu Ricard, a botté en touche : «Je ne saurais juger des intentions de Sogyal Rinpoché et ne saurais dire s’il avait sciemment l’intention de nuire à ses disciples. Mais je n’ai, non plus, pas de raison de douter de la véracité des faits décrits dans cette lettre et des témoignages de ceux ou celles qui ont décrit les abus qu’ils ont subis», écrit-il sur son blog.

Lérab Ling est actuellement fermé aux visites - les ouvertures au public, chaque dimanche, ne redémarrent qu’au printemps. Devenu une véritable attraction touristique, le temple tibétain qui abrite un bouddha monumental accueille environ 20 000 visiteurs par an. Mais même en période creuse, Lérab Ling poursuit ses activités. Une petite centaine de salariés travaille sur le site, et presque autant de membres de la congrégation habitent sur place : 38 «laïcs» et une cinquantaine de religieux dont 11 moines et moniales. Outre ces permanents, le centre accueille des personnes extérieures en quête d’une retraite personnelle ou spirituelle. L’été, de «grandes retraites» attirent jusqu’à un millier de fidèles. Des cours de compassion ou de méditation sont aussi proposés. En 2016, les recettes engendrées par l’ensemble de ces activités atteignaient 4,1 millions d’euros. Devenu localement un acteur économique majeur, la communauté bouddhiste fait appel, pour assurer son fonctionnement et son développement, à plus de 200 entreprises et artisans.

Sauver ce qui peut l’être
Mais cet édifice semble désormais fragile. «L’affaire de la lettre», rapidement relayée par les médias et les réseaux sociaux, a fortement ébranlé Lérab Ling. Depuis, la fréquentation, comme les recettes, sont en baisse. A l’office de tourisme le plus proche, on serait désormais plus frileux pour conseiller aux touristes la visite du temple. La congrégation a tenté de rassurer ses partenaires institutionnels, mais elle sait déjà que les dégâts sont importants.

Parallèlement, l’association Rigpa a choisi d’employer les grands moyens pour sauver ce qui peut l’être : elle vient de désigner un cabinet d’avocats londonien spécialisé dans le harcèlement afin de recueillir les témoignages des fidèles et d’enquêter sur les abus reprochés au lama. «Bien qu’aucune accusation pénale n’ait été portée, il est essentiel que nous allions au bout des choses en engageant un tiers neutre qui puisse écouter objectivement le récit des événements tel que rapporté dans la lettre [du 14 juillet]. La portée de l’enquête est internationale et inclura les huit plaignants», précise le communiqué adressé le 22 décembre aux membres de Rigpa.

Malgré cette tempête, chacun à Lérab Ling reste persuadé que l’avenir du bouddhisme tibétain se joue désormais ici, en Occident.Dans une autre vie, les trois responsables de ce centre étaient journaliste, trader et entrepreneur. Aujourd’hui, au pied du bouddha de sept mètres qui s’élève au centre du temple, leur discours est identique : «Notre vie est là. Notre cœur aussi.»

Libération du 02.01.2018


 

 

 

 

SOLADICIO


Rome place sous tutelle le mouvement conservateur Sodalicio

Alors que le pape doit arriver jeudi 18 janvier au Pérou, la Congrégation pour les instituts de vie consacrée a nommé un commissaire pontifical sous la tutelle duquel est placée la puissante communauté nouvelle péruvienne Sodalitium Christianae Vitae.

Le Vatican a annoncé, mercredi 10 janvier, que la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique plaçait sous tutelle la puissante communauté nouvelle péruvienne Sodalitium Christianae Vitae (Sodalicio) dans la tourmente depuis plusieurs années à la suite de la révélation de nombreux abus en son sein.

« Le pape s’est montré particulièrement attentif à la gravité des informations concernant le fonctionnement interne, la formation et la gestion économique et financière, sujet sur lequel il a demandé avec insistance au dicastère une attention particulière », souligne la Congrégation pour la vie consacrée dans un communiqué.

Le fondateur condamné pour abus sexuels sur mineurs

« À cela se sont ajoutées récemment les séries de mesures adoptées par les autorités judiciaires péruviennes contre Monsieur Luis Fernando Figari (fondateur de Sodalicio, NDLR) », ajoute la Congrégation.

En décembre dernier, la justice péruvienne a en effet mis en examen plusieurs membres de Sodalicio pour « association de malfaiteurs en vue de commettre des abus sexuels, physiques et psychologiques ».

Parmi eux figure le propre fondateur du mouvement, Luis Fernando Figari, démis en 2010, condamné à une vie de pénitence et de prière par son successeur en 2015 pour abus sexuels sur mineurs, puis interdit par le Saint-Siège, en 2017, de résider dans une maison de l’institut.

En 2016, une enquête avait révélé qu’une vingtaine d’autres membres auraient commis des abus similaires ou les auraient couverts, au point que la commission chargée de l’enquête, très sévère sur la gestion de ces abus par Sodalicio, avait recommandé que son gouvernement soit confié à des personnes extérieures.

L’actuel supérieur général, Alessandro Moroni, dont le mandat s’achève cette année, avait alors expliqué à la presse péruvienne que le dossier était entre les mains du Saint-Siège et n’excluait alors pas la nomination d’un commissaire pontifical.

La Congrégation pour la vie consacrée avait alors nommé le cardinal Joseph W. Tobin, aujourd’hui archevêque de Newark (États-Unis), comme son délégué pour accompagner Sodalicio, notamment en ce qui concernait l’administration de ses biens.

Celui-ci continuera cette mission « en particulier en ce qui concerne les questions économiques », a annoncé la Congrégation qui a désigné Mgr Noel Antonio Londoño Buitrago, évêque de Jericó (Colombie) et religieux rédemptoriste comme le cardinal Tobin, comme commissaire apostolique de Sodalicio.

Indulgence des plus hautes de la Curie romaine

Fondée en 1971 à Lima (Pérou) et vouée à la nouvelle évangélisation, Sodalicio a souvent été l’objet de critiques pour son conservatisme et sa mobilisation à l’encontre de la théologie de la libération.

D’anciens membres ont aussi dénoncé l’extrême rigueur des méthodes de recrutement et d’éducation, de type sectaire, en vigueur en vigueur en son sein.

Malgré ces critiques, la première société de vie apostolique laïque reconnue de droit pontifical a longtemps bénéficié de l’indulgence des plus hautes de la Curie romaine, mais aussi de l’actuel archevêque de Lima, le cardinal Juan Luis Cipriani, d’ailleurs mis en cause pour ne pas avoir dénoncé les faits dont il aurait eu connaissance.

Le pape au Pérou le 18 janvier

La décision romaine de mettre sous tutelle Sodalitium Christianae Vitae intervient d’ailleurs quelques jours seulement avant l’arrivée du pape François au Pérou. Auparavant, il doit arriver lundi 15 janvier au Chili, où se tiendra en même temps une rencontre mondiale des associations de victimes des abus sexuels dans l’Église.

La Croix du 10.01.2018

Le fondateur d’une communauté nouvelle péruvienne accusé d’abus sexuels

Selon une enquête publiée par le quotidien péruvien Diario 16, Luis Fernando Figari, laïc consacré et fondateur en 1971 de la communauté nouvelle Sodalitium Christianae Vitae (SCV), serait l’objet d’une accusation pour « abus sexuels graves et mauvais traitements physiques, psychologiques et spirituels » de la part d’une femme, mineure à l’époque des faits, il y a trente ans.

Selon le quotidien, cette plainte aurait été transmise à l’archevêché de Lima (Pérou). Celui dément l’avoir reçu, tout comme la SCV ou Luis Figari lui-même. « Ces accusations sont fausses. Luis Figari les dément formellement », a déclaré le responsable de la communication de SCV dans une réponse publiée par le quotidien péruvien.

Critiques pour son conservatisme

Créée en 1971, la SCV a été reconnue en 1994 par Rome comme association de droit pontifical, puis en 1997 comme société de vie apostolique. Cette Fraternité est composée de laïcs, mariés ou célibataires, et de prêtres. Deux évêques péruviens en sont membres : Mgr Jose Antonio Eguren (55 ans), ordonné évêque auxiliaire de Lima en 2002, puis évêque de Piura en 2006 ; et Mgr Kay Schmalhausen (47 ans), ordonné en 2006 prélat apostolique de Ayaviri.

Vouée à la nouvelle évangélisation, SCV a souvent été l’objet de critiques pour son conservatisme et sa mobilisation à l’encontre de la théologie de la libération. Début 2011, Mgr Kay Schmalhausen a renvoyé pour ce motif un prêtre de son diocèse, suscitant un certain émoi local. Par ailleurs, d’anciens membres de la SCV ont dénoncé l’extrême rigueur des méthodes de recrutement et d’éducation, de type sectaire, qui seraient en vigueur au sein de la SCV.

Alors que, selon le Diario 16, la plainte à l’encontre de Luis Fernando Figari a été envoyée à Rome en vue de l’ouverture d’une enquête canonique, le Saint-Siège assure ne pas avoir été informé.

La Croix du 05.09.2011

Dans la tourmente, le mouvement Sodalitium en appelle à Rome

Une enquête interne confirme que son fondateur s’est rendu coupable de graves abus sexuels. Plusieurs membres seraient aussi coupables d’avoir perpétré ou commis des abus.

Après les Légionnaires du Christ, c’est au tour de Sodalitium Christianae Vitae, une autre importante communauté conservatrice née en Amérique latine, d’être dans la tourmente des affaires d’abus sexuels.

Depuis plusieurs années Luis Fernando Figari, le fondateur de ce mouvement de prêtres et de laïcs souvent critiqué pour son conservatisme et sa mobilisation contre la théologie de la libération, est l’objet d’accusations d’abus sexuels.

Des abus « très graves » commis entre 1983 et 1990, a finalement reconnu l’actuel supérieur général, le Péruvien Alessandro Moroni, qui, sous la pression, s’est décidé à déclarer le fondateur persona non grata au sein du mouvement, tout en affirmant qu’il s’agissait de « faits anciens ».

Enquête interne

Une enquête interne au mouvement a néanmoins révélé qu’une vingtaine d’autres membres de Sodalitium auraient commis des abus similaires ou les auraient couverts, au point que la Commission d’éthique pour la justice et la réconciliation chargée de cette enquête, très sévère sur la gestion de ces abus par le mouvement, a recommandé que son gouvernement soit confié des personnes extérieures.

Dans un entretien au quotidien péruvien El Commercio, Alessandro Moroni a souligné que l’ensemble du dossier était désormais entre les mains du Saint-Siège, auquel il a remis sa charge. Celui qui est encore supérieur général n’exclut pas la nomination d’un commissaire pontifical, comme cela avait été le cas pour les Légionnaires du Christ après les révélations sur leur fondateur, le P. Marcial Maciel.

Révélations dès 2011

En 2011, le quotidien péruvien Diario 16 avait révélé que Luis Fernando Figari était l’objet d’une accusation pour « abus sexuels graves et mauvais traitements physiques, psychologiques et spirituels » de la part d’une femme, mineure à l’époque des faits, il y a trente ans.

Cette plainte aurait été transmise à l’archevêché de Lima qui a démenti l’avoir reçue, tandis que le responsable de la communication de Sodalitium parlait d’accusations « fausses ».

Quelques mois plus tôt, Luis Fernando Figari avait néanmoins démissionné par surprise, avançant à l’époque des « raisons de santé ». Il vivait depuis retiré dans une maison de Sodalitium à Rome.

En avril 2015, la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique avait diligenté une enquête canonique au sein de Sodalitium, nommant Mgr Fortunato Pablo Urcey, évêque de Chota (Pérou), visiteur apostolique du mouvement. Le Saint-Siège demandait en outre Luis Fernando Figari de demeurer à Rome et de ne pas entrer en contact avec des membres péruviens de Sodalitium.

Mouvement très critiqué

La révélation par la presse de nouveaux abus commis par Luis Fernando Figari a poussé la justice péruvienne a ouvrir en novembre 2015 une enquête pénale dans laquelle l’archevêque de Lima, le cardinal Juan Luis Cipriani doit être entendu pour ne pas avoir dénoncé les faits dont il avait eu connaissance.

Créée en 1971, Sodalitium a été reconnue en 1994 par Rome comme association de fidèles de droit pontifical, puis en 1997 comme société de vie apostolique.

Cette Fraternité est composée de laïcs, mariés ou célibataires, et de prêtres – deux évêques péruviens en sont issus – a souvent été l’objet de critiques pour son conservatisme et l’extrême rigueur des méthodes de recrutement et d’éducation, de type sectaire, qui y seraient en vigueur.

La Croix du 18.04.2016



 


 

 

 

 

TRANSHUMANISME

 

La Cnil alerte sur les risques de l’intelligence artificielle

La Cnil présente vendredi 15 décembre ses recommandations sur les enjeux éthiques des algorithmes, omniprésents dans notre quotidien. Un rapport dévoilé en exclusivité par La Croix.
Adresser aux élèves des recommandations personnalisées sur leur avenir, diffuser des publicités ciblées, suggérer à chacun la lecture d’un livre ou d’un article, proposer le visionnage d’un film en fonction de ses goûts… Depuis quelques années, la réalisation automatique de ces tâches s’est démultipliée. Une possibilité technique offerte par la mise au point d’algorithmes désormais utilisés dans tous les domaines, et qui suscitent un engouement de plus en plus fort.
Pour la première fois, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) s’est penchée sur les questions éthiques posées par ces technologies dans un rapport au sous-titre évocateur : « Comment permettre à l’homme de garder la main ? »La Croix dévoile en exclusivité les recommandations que l’organisme s’apprête à faire sur les enjeux éthiques des algorithmes et de l’intelligence artificielle.
Le rapport, qui sera présenté aujourd’hui en présence du secrétaire d’État chargé du numérique, Mounir Mahjoubi, et du député et mathématicien Cédric Villani, passe en revue les applications actuelles de ces algorithmes, y rattachant « six grandes problématiques éthiques ».
Première d’entre elles : la dilution de la responsabilité. Un phénomène qui découle de certains processus, comme ceux qui permettent d’aider à la décision médicale (notamment pour le diagnostic de certains cancers) ou encore dans le domaine militaire. Ces systèmes, initialement destinés à nous aider dans nos prises de décision, seront-ils demain nos « délégués » en la matière ? Et avec quelle responsabilité en cas d’erreur ?
Aux États-Unis, une start-up, PredPol, entend ainsi conseiller les policiers pour prédire le crime dans le temps et l’espace afin d’orienter les patrouilles. Sera-t-il encore possible pour les agents de terrain de discuter les prédictions de ce logiciel ?
Autre préoccupation soulevée par le rapport : la manière dont sont constituées les bases de données exploitées par les algorithmes. Une façon d’éviter les incidents comme celui survenu l’an dernier, lorsqu’il a été révélé qu’Amazon avait exclu certains quartiers défavorisés de plusieurs grandes villes américaines de son service de livraison rapide. La raison : un algorithme de ce site marchand avait mis en évidence que ces zones n’offraient pas assez de possibilités de profit pour l’entreprise…
La Cnil signale encore quatre points problématiques liés au développement de l’intelligence artificielle : la menace pour la dimension collective de notre société, l’élargissement de la collecte des données personnelles, le mode de choix des données et l’autonomie croissante des machines.
Pour y répondre, l’organisme avance pour la première fois deux principes qu’il suggère d’appliquer à tout le secteur : la loyauté, qui vise à ce que l’outil ne puisse pas trahir les consommateurs ou les citoyens ; et la vigilance, qui vise à ne pas accorder aux machines une confiance illimitée.
« Ces deux nouveaux concepts sont les briques de base de la régulation d’univers numériques très complexes. Ils doivent être maintenus tout au long de la chaîne », martèle Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente de la Cnil, également à la tête de la Conférence mondiale des autorités de protection de données.
D’où la nécessité, poursuit-elle, de former massivement les acteurs du secteur à l’éthique, depuis les concepteurs des algorithmes jusqu’à leurs utilisateurs, en passant par les entreprises et les administrations publiques. Elle insiste aussi sur l’importance de rendre ces systèmes compréhensibles par le grand public. Des mesures qui devront passer par des véhicules législatifs, mais aussi par la mobilisation des entreprises elles-mêmes.
Irénique, diront certains ? « Nous sommes parfaitement capables d’instaurer un rapport de force avec les industriels, y compris avec les géants du Web », estime la présidente de la Cnil. Mais pour cela, ajoute-t-elle, il faut que ces grands principes soient repris à leur compte par les acteurs internationaux du secteur. « La France est en mesure de porter cette préoccupation éthique dans la conversation mondiale », veut-elle croire.

Paroles
« La question qui nous est posée est celle de l’altérité »
Jean-Michel Besnier
Philosophe, spécialiste des nouvelles technologies
« Par nature, les algorithmes trient, et donc créent de l’enfermement. On aboutit à des paradoxes, comme celui qui consiste à constater que les sites marchands contraignent notre accès à l’offre culturelle, alors qu’elle est en réalité quasiment illimitée. Au fond, la question qui nous est posée est celle de l’altérité : que devient-elle dans une société numérisée ? Or sans altérité, il n’y a pas de morale. Il n’y a de morale que si l’on est confronté à l’étranger, à l’autre. Les algorithmes interrogent aussi notre rapport au hasard. Or plus on dissipe le hasard, plus on déshumanise l’être humain. »

La Croix du 15.12.2017
 


 


 

 

 

 

TURQUIE

 

Mariage des enfants dès 9 ans : en Turquie, la polémique relancée

D’après les médias locaux, la direction des affaires religieuses aurait prétendu que les filles pouvaient se marier à 9 ans, avant de retirer cette déclaration de son site Internet.

Alors que la venue en France du président turc, Recep Tayyip Erdogan, ne fait pas l’unanimité, une polémique agite actuellement la Turquie. D’après le quotidien Hürriyet, la direction turque des affaires religieuses (Diyanet), puissante institution publique, aurait affirmé sur son site officiel, mardi 2 janvier, que l’âge minimum de mariage était de 9 ans pour les filles, et de 12 ans pour les garçons. Cette déclaration, qui se présentait sous la forme d’une note explicative sur la loi islamique, a depuis été retirée du site face à la polémique.

La Diyanet a démenti avoir approuvé le mariage des enfants
En Turquie, l’âge légal pour le mariage est fixé à 18 ans, même si la loi autorise une union dès 16 ans en cas de circonstances exceptionnelles, avec l’aval d’un juge. Rapidement, la Diyanet a publié un communiqué, affirmant qu’elle « n’avait jamais approuvé et n’approuvera jamais les mariages des enfants » et assurant qu’elle s’était contentée de décrire la loi islamique.

L’affaire a en tout cas relancé le débat, dans un pays où le mariage des enfants est une réalité malgré la loi, et où le combat se poursuit pour une meilleure éducation des filles. Le sujet créé d’ailleurs régulièrement la polémique : en novembre 2016, face à de nombreuses contestations, le gouvernement turc avait alors retiré un projet de loi voté en première lecture, prévoyant l’annulation d’une condamnation pour agression sexuelle sur mineur, si l’agresseur épouse sa victime.

Inquiétude des groupes de défense des droits des femmes
Face à cette nouvelle controverse, l’opposition et les défenseurs des droits n’ont donc pas tardé à réagir. Gaye Usluer, députée du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), principale formation d’opposition au Parlement, a accusé le gouvernement de s’intéresser à « comment marier des enfants de bas âge alors qu’il faut des discussions sur l’éducation et la santé des enfants ». Le député CHP Murat Bakan a précisé, sur Twitter, que son parti avait demandé l’ouverture d’une enquête parlementaire sur le mariage des enfants.

Des groupes de défense des droits des femmes se sont également mobilisés contre les déclarations de la Direction des affaires religieuses, l’accusant de légitimer les agressions sexuelles contre les plus jeunes. Les organisations s’inquiètent notamment du fait que cette déclaration intervienne quelques semaines après la promulgation d’une loi autorisant les muftis, des religieux employés par la Diyanet, à célébrer les mariages civils.

La Croix du 05.01.2018


 


 

 

 

 

VOYANCE

 

2018 dans le Puy-de-Dôme : de plus en plus de personnes font appel à des voyants

Travail, amour, santé... que nous réserve l'année 2018 ? Certains attendent des réponses précises et franchissent le cabinet d'Alain Bayer, voyant et magnétiseur depuis 32 ans à Aulnat dans le Puy-de-Dôme.

La voyance c'est un don et une "passion" pour Alain Bayer

Aulnat, France
Quand on passe la porte du cabinet d'Alain Bayer à Aulnat, on arrive dans une pièce simple avec quelques meubles par-ci, par-là. Des motifs chinois au mur et un petit bureau sur lequel se trouvent les outils de travail d'Alain : un pendule et un jeu de cartes vieux de 30 ans ! _"Je n'ose pas m'en séparer"_dit en souriant Alain, "finalement il y a mes empreintes dessus".
Jusqu'à 10 clients par jour
Son don, Alain l'a hérité de sa grand-mère. Il est voyant, magnétiseur et il possède également un doctorat en médecine chinoise. Avant de commencer une séance de voyance, Alain demande simplement le prénom et la date de naissance de la personne et il fait ensuite "un bilan complet" (travail, santé, amour, finances...).
Certains jours, il peut recevoir jusqu'à 10 personnes dans son cabinet. Selon Alain Bayard, "avec la crise, les gens ont de plus en plus besoin d'être guidés". C'est le cas de Stéphane qui se déplace pour la deuxième fois : "Je viens pour 2018 [...] pour ne pas refaire les mêmes erreurs qu'en 2017".
De plus en plus de jeunes
Ce qui frappe Alain depuis une dizaine d'années, c'est sa clientèle. "De plus en plus de personnes entre 25 et 30 ans viennent me voir, alors qu'avant c'était davantage des personnes d'âge mûr". Peut-être parce que l'avenir est plus incertain aujourd'hui, notamment dans le domaine professionnel... C'est l'hypothèse d'Alain Bayer.
Infirmier la nuit, voyant le jour
"Si je l'avais voulu, j'aurais pu devenir riche mais je ne fais pas ça pour l'argent". Avant de prendre sa retraite, Alain Bayer était infirmier de nuit dans un hôpital de Clermont-Ferrand et la journée, il pratiquait la voyance de temps en temps. Désormais, il est davantage disponible pour répondre aux demandes des personnes.
Et les arnaques dans tout ça ? Alain en est conscient, les voyants il y en a à tous les coins de rue. "Cela fait 32 ans que je pratique, j'interviens aussi sur une radio indépendante, alors si je n'avais pas vraiment ce don de voyance, on ne ferait plus appel à moi".
Alain Bayer précise qu'il faut être très prudent avec la voyance et se méfier de ceux qui proposent leur services sur internet et par téléphone.

https://www.francebleu.fr/infos/societe/2018-dans-le-puy-de-dome-de-plus-en-plus-de-personnes-font-appel-a-des-voyants-1514712262
France Bleu Pays d'Auvergne - 1 janvier 2018






 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dérives sectaires

dans des communautés, groupes ou associations catholiques

 


 

 

 

 

 

Il y a des dérives sectaires, oui.

Mais il y a aussi des comportements de paix, de dignité, de respect et de liberté :

les fruits de Gamaliel

 

 

 

 

 

ARCHIVES 2018
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DECEMBRE 2018

 

 

            

                           

 Pour les années précédentes 

des sites sont à votre disposition pour vous aider dans votre recherche

en particulier

 

celui de Lacuzon

http://www.sos-derive-sectaire.fr

 

celui de Prevensectes

http://www.prevensectes.com

 

 

 

RAPPORT 2015

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

 

 

RAPPORT 2013-2014

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport-au-Premier-ministre_2013-2014_Miviludes.pdf

 

RAPPORT 2011

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_annuel_2011_miviludes.pdf

 

RAPPORT 2010

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/ra2010_mise_en_ligne.pdf

 

RAPPORT 2009

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport2009_mise_en_ligne.pdf

 

RAPPORT 2008

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_miviludes_2008_francais.pdf

 

RAPPORT 2007

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_Miviludes_2007.pdf

 

RAPPORT 2006

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_miviludes_2006.pdf

 

 

RAPPORT 2005 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_MIVILUDES_2005-2.pdf

 

 

RAPPORT 2004 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/RAPPORT_MIVILUDES_2004.pdf

 

RAPPORT 2003 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_MIVILUDES_2003.pdf

 

 

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