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Focus Info du 20.04.2017


 

 

 

 

AGRIF


Pour leur action à Notre-Dame de Paris, les Femen à nouveau relaxées

Huit militantes du groupe féministe Femen, à nouveau poursuivies pour leur action à Notre-Dame de Paris en 2013, ont été pour la troisième fois relaxées.

Huit militantes du groupe féministe Femen, accusées par une association d’injure envers les catholiques, en raison de leur action à Notre-Dame de Paris il y a quatre ans, ont été relaxées jeudi 4 mai par le tribunal correctionnel.

C’était pour elles le troisième procès relatif à cette action du 12 février 2013, alors que Benoît XVI venait de renoncer à son pontificat.

Incognito dans le flot des visiteurs, elles étaient entrées dans la cathédrale avant d’enlever leur manteau pour se jucher sur le socle de trois cloches, exposées provisoirement dans la nef à l’occasion du jubilé des 850 ans de Notre-Dame de Paris.

Plainte de l’Agrif

Accusées d’avoir dégradé une cloche, elles avaient déjà été poursuivies mais relaxées en première instance, comme en appel.

Par ailleurs, elles ont été visées par une plainte de l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne (Agrif), une association liée à la Fraternité Saint-Pie-X, qui considère comme injurieux envers les catholiques les slogans inscrits sur leur corps tels « Bye bye Benoît », « In gay we trust » ou « Saved by the bell ».

Dans sa décision rendue jeudi, le tribunal correctionnel de Paris a considéré que les propos litigieux ne « présentent à l’évidence aucun caractère outrageant, injurieux ou méprisant ».

Une « décision qui s’inscrit dans la jurisprudence classique », selon Me Tewfik Bouzenoune, conseil de l’une des prévenues. Le conseil des sept autres, Me Michaël Ghnassia, s’attendait « assez largement à ce résultat, compte tenu du caractère anodin des propos ». Il a par ailleurs dénoncé une « instrumentalisation de la justice par une association proche des milieux d’extrême droite ».

Le tribunal a refusé de condamner l’Agrif pour procédure abusive, comme l’avaient demandé ses clientes. Le conseil de l’association n’a pu être joint dans l’immédiat.

Le mouvement des Femen, fondée en Ukraine en 2008 et en France en 2012 veut défendre les droits des femmes en s’attaquant,expliquait l’une des fondatrices, Marguerite Stern, « aux trois piliers du patriarcat que sont les dictatures, les religions et l’industrie du sexe ».

La Croix du 04.05.2017
 

 

 

 


 

 

 

 

ANTISEMITISME


Les préjugés sur les juifs restent répandus parmi les musulmans

Sans prétendre à l’exhaustivité ni à la « scientificité », une étude menée par l’Ifop à la demande de Fondapol et de l’AJC témoigne de la diffusion des stéréotypes antisémites classiques au sein de la population musulmane française.
« Ils ont un pouvoir bien sûr, le pouvoir des affaires. Parce qu’ils ont de l’argent. Ils sont solidaires entre eux ». « Dès que quelque chose se passe, on est tout de suite à les défendre. Alors que quand quelque chose se passe, on nous défend moins ».
À la demande de la Fondation pour l’innovation politique et de l’Americain Jewish Committee, trente-six hommes et femmes « se déclarant musulmans ou de culture musulmane » et résidant en France ont été interrogés par l’Ifop entre le 28 octobre 2015 et le 29 janvier 2016, soit peu de temps après les attentats de Paris.
Les résultats de cette enquête ont été réunis dans une note publiée le 4 mai 2017 et intitulée « France : les juifs vus par les musulmans. Entre stéréotypes et méconnaissances ».
Foyers d’antisémitisme
L’objectif de Fondapol et de l’AJC était de « prolonger » un premier travail mené en 2014 sur L’antisémitisme dans l’opinion publique française. Celui-ci identifiait les personnes « de culture musulmane » comme l’un des principaux « foyers d’antisémitisme » avec « les électeurs du Front national » et « les sympathisants du Front de Gauche ».
D’une manière générale, les spécialistes sollicités pour commenter les résultats de cette enquête qualitative relèvent une vision plutôt « communautariste » de la société française, conçue non pas « en termes d’individus mais de communautés plus ou moins juxtaposées et antagonistes », relève Mehdi Ghouirgate, maître de conférences à l’Université de Bordeaux-Montaigne.
Au total, une moitié des personnes interrogées tient des propos antisémites, c’est-à-dire stigmatisant les juifs pour ce qu’ils sont, « en leur accolant des dispositions particulières » ou en « les soupçonnant d’une recherche d’intérêts particuliers ».
Permanence des stéréotypes
« Ce qui est frappant, c’est la permanence des stéréotypes, unanimement affirmés, avec les thèmes les mieux connus et les plus constants : le pouvoir et la solidarité », note la sociologue Dominique Schnapper. Des thèses avancées « comme s’il s’agissait d’évidences partagées par tout un chacun et qui n’appellent pas d’autres considérations qu’un simple constat que tout le monde pourrait faire », ajoute Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie en Seine-Saint-Denis et formateur des enseignants au Mémorial de la Shoah.
Ces préjugés sont plus fréquents chez les femmes que chez les hommes, très répandus chez les personnes se déclarant d’origine algérienne et marocaine (et absents chez les personnes se déclarant d’origine turque ou d’Afrique subsaharienne). La prégnance des théories complotistes disponibles sur les réseaux sociaux est manifeste, tout comme le poids de l’entourage, de la famille ou du « pays d’origine ».
En revanche, la pratique religieuse n’apparaît pas comme un critère discriminant. Les arguments religieux, pourtant abondamment repris et diffusés par les courants de l’islam radical, ne sont quasiment pas évoqués. « Il faut observer que l’ignorance de la plupart des membres du groupe leur interdit toute référence précise au Coran ou à n’importe quel autre texte sacré », relativise toutefois Mehdi Ghouirgate, qui regrette au passage que l’échantillon n’ait pas inclus des sondés issus des classes moyennes supérieures, ou des convertis.
Relations interpersonnelles inexistantes
Le conflit entre Israël et la Palestine est cité par plusieurs des personnes interrogées. Si Medhi Ghouirgate y voit « le catalyseur d’une nouvelle forme d’antisémitisme », Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie en Seine-Saint-Denis et formateur des enseignants au Mémorial de la Shoah, ne voit pas dans ce conflit « la raison première ni des préjugés ou discours qualifiables d’antisémites, ni des considérations conspirationnistes ».
Au final, deux axes de travail principaux se dessinent : favoriser la rencontre entre juifs et musulmans d’un côté, et contrer l’idée d’une « islamophobie » croissante. « Dans tous les cas, les relations interpersonnelles sont inexistantes, ou, lorsqu’elles ont effectivement lieu, elles sont déclarées bonnes », souligne en effet Dominique Schnapper, qui observe aussi que « le thème du « deux poids deux mesures » est très largement répandu ».
« Une partie importante des gens interrogés considère que ce qu’ils nomment « islamophobie » est plus importante en France et plus gravement implantée que l’antisémitisme », appuie Iannis Roder. « Ils sont ainsi nombreux à considérer qu’un musulman est plus en danger en France aujourd’hui que ne le serait un juif, et certains considèrent qu’on ne dit pas tout sur l’islamophobie, que les médias cacheraient ou minimiseraient la réalité. Parmi ces personnes, un peu moins de la moitié estiment que les juifs en font trop, qu’ils en rajoutent quant à l’antisémitisme et à la victimisation. »

La Croix du 16.05.2017

 

 

 

 

 


 

 

 

 

ARABIE SAOUDITE


Comment l’Arabie saoudite exporte-t-elle le wahhabisme à l’étranger ?

Le Bangladesh a approuvé, mercredi 26 avril, la construction sur son sol de 560 mosquées, financées par Riyad à hauteur de près d’un milliard d’euros.
Depuis 50 ans, cette stratégie de dons pour la construction d’édifices religieux à l’étranger permet au royaume du Golfe de diffuser, partout dans le monde, une doctrine sectaire qui alimente et inspire l’extrémisme sunnite.

Une nouvelle mosquée pour chaque grande ville du pays. Les autorités bangladaises ont confirmé, mercredi 26 avril, la construction sur leur sol de 560 édifices religieux, presque entièrement financés grâce à un don saoudien de 1,07 milliard de dollars (98,15 millions d’euros).

Dans ce pays d’Asie à très large majorité musulmane, le projet inquiète les défenseurs de la laïcité et les représentants de diverses minorités religieuses. Ils craignent que ces mosquées ne deviennent de nouveaux supports de diffusion de l’islam très rigoriste prôné par la pétromonarchie du Golfe.

« Les financements saoudiens sont inquiétants. [Les autorités saoudiennes] pourraient se servir de leur argent pour promouvoir le wahhabisme (1) », a ainsi déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Rezaul Haq Chandpuri. Ce membre d’une fédération de musulmans soufis se dit sceptique quant au discours tenu par le gouvernement de Sheikh Hasina, qui soutient que ces édifices serviront « à répandre une véritable connaissance de l’islam » et permettront de mieux surveiller l’émergence de l’extrémisme islamiste, qui frappe depuis plusieurs années ce pays de 160 millions d’habitants.

Une large diffusion du wahhabisme

Le Bangladesh est loin d’être le premier pays à bénéficier des faveurs financières de l’Arabie saoudite pour ce type de chantier. Depuis plus de cinquante ans, celle-ci cherche, en soutenant la construction de centaines de mosquées, d’écoles ou de centres culturels islamistes tout autour du monde – de Bruxelles aux Yvelines, du Kosovo à la Chine, en passant par le Royaume-Uni, l’Afghanistan, ou encore l’Afrique –, à diffuser le wahhabisme, une doctrine sectaire qui alimente l’extrémisme sunnite.

« L’Arabie saoudite est une terre de prédication et, bien sûr, ce pays ne renoncera jamais à son credo, qui est de financer et soutenir une action islamique partout où la communauté islamique est présente », explique à la Croix Fatiha Dazi-Héni, politologue spécialiste de la péninsule arabique, chercheuse à l’institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem) et auteur de l’ouvrage l’Arabie saoudite en 100 questions (1).

Plus de 70 milliards de dollars de dons

Fondée vers 1745 par Mohammed-Abd el-Wahhâb, l’idéologie whahhabite s’est répandue, en dehors de l’Arabie saoudite, en suivant les principales routes commerciales de l’époque, notamment en Afrique. La dynamique s’est intensifiée entre les années 1970 et 1980, lorsque la pétromonarchie a commencé à installer – au motif de l’aide humanitaire – des ONG, ou encore des écoles véhiculant, sur plusieurs continents, cette idéologie.

D’après l’historien britannique Charles Allen, l’un des rares universitaires à s’être penché sur l’aspect économique de la diplomatie religieuse saoudienne, la monarchie du Golfe aurait versé, depuis 1979, plus de 70 milliards de dollars (environ 65 milliards d’euros) pour financer ces chantiers à l’étranger.

Des terrains fragiles

Les zones sinistrées, ou pauvres, sont des terrains particulièrement propices à l’implantation du wahhabisme. Au lendemain de la guerre pour l’indépendance du Kosovo, l’Arabie saoudite a par exemple soutenu l’édification, au sein de la petite république balkanique, de 240 mosquées, et instauré un système de bourses permettant aux prêcheurs kosovars de partir étudier plusieurs mois en Arabie saoudite.

Revenus dans leur pays d’origine, ces imams transmettent aussi dans les villages la vision rigoriste du Coran qui leur a été enseignée. « D’après mes chiffres, 30 000 personnes ont été formées dans ces universités islamiques saoudiennes : on va les retrouver ensuite dans toute la bande sahélienne, au Mali, au Niger, en République centrafricaine », expliquait, dans une interview accordée au Point en septembre, l’ancien haut fonctionnaire à la Défense Pierre Conesa. « Chaque année, les Saoudiens dépensent 7 à 8 milliards de dollars pour leur diplomatie religieuse », a-t-il également estimé.

De l’argent contre le port du voile

Et dans de nombreux pays, les représentants saoudiens n’hésitent pas à tenter de convertir ou de convaincre, directement, la population locale. « Avec plusieurs de mes amies, nous avons été approchées, au début de l’année, par une association saoudienne qui nous a proposé de l’argent si nous acceptions de porter le voile intégral », témoigne à la Croix Erina B., une jeune étudiante musulmane kosovare de 21 ans, originaire de Mitrovica, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Pristina, où elle vit désormais. « J’ai refusé, et les membres de l’association n’ont pas insisté, mais certaines personnes autour de moi ont accepté l’an dernier… »

(1) Aux éditions Tallandier, février 2017, 368 pages, 14,90 €

La Croix du 27.04.2017


 

 

 

 

ARGENTINE


Argentine : les Mères de la place de Mai, quarante ans de lutte

Le 30 avril 1977, ces femmes avaient invectivé la junte au pouvoir pour demander la vérité sur le sort de leurs enfants disparus.

Les Mères de la place de Mai ont célébré à Buenos Aires, le 30 avril, le quarantième anniversaire de leur premier rassemblement.
Les Mères de la place de Mai, qui réclament inlassablement la vérité sur le sort de leurs enfants disparus durant la dictature argentine, ont célébré dimanche 30 avril à Buenos Aires le quarantième anniversaire de leur premier rassemblement.
Le 30 avril 1977, elles étaient quatorze à s’être réunies devant le palais présidentiel, occupé par les militaires depuis le coup d’Etat de mars 1976. Femmes au foyer pour la plupart, ces Argentines avaient osé invectiver la junte alors que la répression battait son plein.
Les militaires les avaient baptisées avec mépris les « folles de la place de Mai », et les avaient obligées à marcher autour de la statue centrale, car les rassemblements statiques de plus de trois personnes étaient interdits.
« Ils sont en vie… les idéaux des disparus »
Au total, 30 000 opposants ont été éliminés par la milice de droite Triple A ou par la dictature, en vigueur dans le pays de 1976 à 1983. « Trente mille raisons de continuer à se battre », expliquait dimanche une pancarte portée par l’une des 700 personnes présentes à cette marche anniversaire. « Restez vigilantes, restez vigilantes. Ils sont en vie… les idéaux des disparus », ont-elles également clamé.
La fondatrice du mouvement, Hebe de Bonafini, désormais âgée de 88 ans et en chaise roulante, assistait à l’événement. Octogénaires pour les plus jeunes, ces femmes auraient pu abandonner la lutte ou espacer les manifestations, mais le temps n’a pas entamé leur détermination. Elles continuent de se rassembler chaque jeudi à 15 h 30.
En 2003, l’arrivée au pouvoir de Nestor Kirchner avait relancé leurs espoirs. Des centaines de militaires ont été jugés et condamnés pour la répression des opposants à la junte.

Le Monde.fr avec AFP | 01.05.2017

En Argentine, les Mères de la Place de mai exigent de l’Église qu’elle ouvre « sérieusement » ses archives

À l’occasion du 40e anniversaire du premier rassemblement des parents réclamant la vérité sur le sort de leurs enfants disparus pendant la dictature militaire, la présidente des Mères de la Plaza de Mayo a appelé l’Église à « ouvrir sérieusement » ses fichiers.
« Assez d’hypocrisie, de dissimulation et de silence dans l’Église. » C’est par cette déclaration forte que Nora Cortiñas, présidente des « Mères de la place de Mai, ligne fondatrice » (1), a interpellé la Conférence des évêques d’Argentine (CEA) lors d’une émission sur Radio Con Vos, à Buenos Aires, le 1er mai.
Cette émission avait lieu quelques jours après l’annonce par la CEA de l’ouverture des dossiers conservés par l’Église et relatifs aux années de dictature militaire en Argentine, de 1976 à 1983. Ces dossiers, entièrement classés et numérisés à la demande du pape argentin, vont désormais pouvoir être consultés par les familles des victimes.
Mais Nora Cortiñas, qui se bat depuis 40 ans pour savoir ce qui est arrivé à son fils Gustavo, disparu le 15 avril 1977, minimise l’importance de ces « environ 3 000 lettres et documents conservés au siège de la CEA, à la Secrétairerie d’État ainsi qu’à la nonciature apostolique de Buenos Aires » et demande à l’Église d’« ouvrir sérieusement » ses archives.
Quatre juntes militaires durant sept ans
Selon le mouvement des Mères de la Place de Mai, il y aurait toujours des documents portant sur des demandes faites à l’époque par l’Église pour connaître les déplacements des détenus et des personnes disparues. La Curie aurait également réclamé des négociations avec les quatre juntes militaires qui se sont succédé dans le pays durant sept ans.
Une hypothèse confirmée par Denis Merklen, professeur à l’Institut des Hautes Études de l’Amérique Latine à l’université Sorbonne-Nouvelle : « Pendant la dictature, les mères d’enfants enlevés s’adressaient à l’Église en dernier recours, car la Curie était proche des généraux, explique-t-il. L’Église dispose donc de documents et de témoignages qui n’ont pas tous été rendus publics : toutes les hypothèses sont envisageables sur leur contenu ».
Pour la fondatrice des Mères de la Place de mai, il est indispensable de pouvoir consulter ces documents car ils « disent et montrent la vérité ». Nora Cortiñas considère que l’Église « connaît la vérité sur ce qui est arrivé » pendant cette dictature qui a fait près de 30 000 « disparus », 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques, et 1,5 million d’exilés pour 32 millions d’habitants. Au moins 500 bébés avaient également été enlevés à des mères disparues et élevés par des familles proches du pouvoir.
Ni autocritique, ni excuse
Quarante ans après leurs premiers rassemblements, les Mères de la Place de mai continuent donc d’accuser l’Église catholique de complicité silencieuse avec les autorités militaires de l’époque, et lui reprochent, selon Nora Cortiñas, d’avoir « agi comme intermédiaire pour retirer les bébés des mères captives et pour confier ces bébés à des familles de militaires, de policiers et d’hommes d’affaires proches de la junte ».
« Les responsables de l’Église catholique en Argentine n’ont jamais fait leur autocritique quant à leur rôle, ni présenté leurs excuses, a encore tempêté Nora Cortiñas. Il est temps qu’ils arrêtent leurs mensonges et leurs propos hypocrites ».
Certains curés argentins soutiennent le mouvement des Mères et critiquent également le comportement de leur Église : « Il ne peut y avoir de réconciliation possible entre les victimes et leurs bourreaux, surtout quand aucun pas n’a été fait dans cette direction », déclare un groupe de prêtres liés à la théologie de la libération. « Il reste encore beaucoup d’informations non communiquées [par l’Église] sur les détenus, les disparus ou les enfants adoptés par d’autres familles », affirment-ils, demandant également à l’Église argentine de convoquer directement les militaires « coupables de terrorisme d’État ».
Ce silence a toujours un très fort impact sur la société argentine contemporaine, le refus de l’Église d’ouvrir totalement ses archives continuant d’entretenir « le soupçon et l’incertitude », analyse Denis Merklen : « Les mères croient que l’Église n’a révélé que les informations non compromettantes ».

(1) En 1986, le mouvement des Mères de la place de Mai s’était scindé en deux : d’un côté les « Mères de la Place de mai, ligne fondatrice » ; de l’autre l’« Association des mères de la Place de mai ». Ces deux branches ne doivent pas être confondues non plus avec les « Grands-mères de la Place de mai », ONG fondée en 1977, dans le but de retrouver les enfants volés par la dictature militaire et les rendre à leurs familles légitimes. En août 2014, la présidente, Estela Barnes de Carlotto, avait retrouvé Guido, né de sa fille Laura Carlotto, arrêtée le 26 novembre 1977 à Buenos Aires alors qu’elle était enceinte.

La Croix du 15.05.2017


 

 

 

 


 

 

 

 

BLUE WHALE CHALLENGE


Faut-il avoir peur de la baleine bleue ?

Certains parents s’inquiètent du « Blue Whale Challenge », une succession de défis sur Internet qui aurait conduit des ados au suicide.
Une croyance populaire veut que des cétacés d’une espèce particulière viennent s’échouer volontairement sur les côtes. D’où le nom de « challenge de la baleine bleue » donné à une série de 50 défis de plus en plus mortifères (se lever la nuit pour écouter une musique triste, se scarifier, monter sur un toit, etc.) lancés sur l’Internet et qui, en Russie, le pays où le phénomène a émergé l’an dernier, aurait conduit au suicide de dizaines d’adolescents, selon la Novaïa Gazeta.
L’emploi du conditionnel s’impose, les enquêtes menées depuis par d’autres médias tendant à prouver que ces morts ne présentaient pas de lien avéré avec le « Blue Whale Challenge ». Quoi qu’il en soit, la baleine a fini par arriver en France, il y a quelques mois. Ce qui a entraîné une mise en garde de la police à l’attention des jeunes, via les réseaux sociaux. Un message qu’elle a publié sur Twitter appelle à signaler les comptes faisant l’apologie de ce « jeu », en rappelant que l’incitation au suicide est sévèrement punie par la loi.
De son côté, l’Éducation nationale a, sur son site, ajouté ce challenge à la liste des jeux dangereux. Et elle invite les membres de la communauté éducative à « adopter la plus grande vigilance ». Pour l’heure, néanmoins, le phénomène reste très limité. « On compte 64 signalements concernant des élèves qui ont commencé à participer au Blue Whale Challenge ou ont cherché, en ligne, à trouver un ”parrain” pour y prendre part, indique le ministère. Les enquêtes judiciaires en cours pour savoir si certaines tentatives de suicide sont liées à ce challenge n’ont pour l’heure rien prouvé. »
« La visibilité de ce challenge sur la toile s’est tassée, assure du reste Justine Atlan, la directrice d’e-Enfance, association qui lutte contre les dangers d’Internet. Nos signalements et ceux de la police ont conduit les réseaux sociaux à supprimer les contenus incitant à y participer. »
Dès lors, doit-on mettre en garde explicitement nos enfants contre ce « jeu » ? Pour Caroline Genet, médecin scolaire en Gironde, « mieux vaut, pour ne pas leur donner envie de le découvrir, évoquer plus largement les questions du libre choix et de la prise de risque ». Sauf, précise-t-elle, s’ils nous parlent eux-mêmes de ce challenge ou si la famille est devant la télé quand passe aux infos un reportage sur ce sujet.
Le pédopsychiatre Xavier Pommereau (1) estime de son côté que « le Blue Whale Challenge constitue un vrai danger pour les 10 à 15 % de jeunes les plus fragiles, susceptibles de se laisser entraîner, manipuler ». C’est vrai aussi, souligne-t-il, d’autres défis qui ont pu se propager sur la Toile ces dernières années, « ceux consistant à ingurgiter un maximum d’alcool devant sa webcam ou à se brûler la peau avec un mélange de sel et de glace ».
Comme le souligne toutefois Justine Atlan, la particularité de ce « jeu » consiste à annoncer clairement la couleur dès le départ. « Il s’agit de parvenir à la mort en 50 jours et autant d’étapes, rappelle-t-elle. À ceux qui songent au suicide, il offre un scénario. »
(1) Auteur du livre Le Goût du risque à l’adolescence, éd. Albin Michel, 2016.

La Croix du 26.04.2017




 


 

 

 

 

BRESIL


Au Brésil, l’Église s’inquiète d’un recul dans la lutte contre l’esclavage

La commission pastorale de la terre s’inquiète de possibles « retours en arrière » dans la lutte contre le travail esclave.

Pourtant, en décembre 2016, une victoire judiciaire avait permis de faire avancer leur cause.

En pointe dans la lutte contre le travail esclave, le Brésil ferait-il machine arrière ? « Après une longue période de raisonnable progression, réalisée autour d’objectifs de plus grande inclusion sociale et d’élimination de la grande pauvreté, le Brésil a été comme aspiré dans une tourmente désespérante », déplore le Frère Xavier Plassat, dominicain et coordinateur du programme de la Commission pastorale de la terre contre le travail esclave.

Discussion au parlement et vote de lois libérant la sous-traitance, réformant le code du travail et les retraites et aussi redéfinissant le concept légal de travail esclave… Le dominicain redoute maintenant une série de « retours en arrière bien concrets ». « Les attaques visent en premier lieu la définition légale de ce qu’est l’esclavage moderne, un domaine où le Brésil – selon les dires de l’Office international du travail (OIT) – est en avance sur la communauté internationale pour avoir su associer dans sa définition les valeurs de liberté et de dignité, donnant un sens actuel à la notion classique d’esclavage (’traiter autrui comme une chose’) », souligne-t-il.

La fameuse « liste noire »

C’est en 1995 que le Brésil a officiellement reconnu l’existence sur son sol de « cet esclavage moderne que l’Église dénonçait depuis vingt ans ». Selon la commission pastorale de la terre (CPT), créée par l’Église catholique, près de 52 000 personnes ont été « sauvées » de conditions de travail dégradantes ces vingt dernières années. La plupart des victimes sont des jeunes de 15 à 30 ans, analphabètes, qui quittent des quartiers pauvres pour travailler dans des plantations où ils se retrouvent exploités.

Créée en 2003 sous le président Luiz Inácio Lula da Silva, la fameuse « liste noire » ou « liste sale » était l’un des symboles de la politique volontariste du Brésil. Tous les six mois, ce rapport exhaustif listait les noms des entreprises utilisant des travailleurs esclaves.

À contrecœur

Cette liste a bien failli disparaître. Sa publication a cessé il y a deux ans après une plainte de l’association de l’industrie de la construction, soutenant que les entreprises listées n’avaient aucun moyen de défendre leur réputation. « De fait, la liste est un moyen efficace d’inciter les consommateurs à bannir leurs produits », explique le Frère Plassat.

En réponse, le gouvernement de Dilma Rousseff a apporté des ajustements au document et la Cour suprême a levé l’interdiction de publication en mai 2016. Mais son successeur, Michel Temer, n’a guère montré d’empressement à reprendre le flambeau. À « contrecœur », poussé par des « décisions répétées de juges saisis par le Procureur général du travail », le ministère du travail a fini par publier une liste noire le 23 mars 2017.

Conditions de travail dégradantes

En décembre 2016, la condamnation du Brésil par la Cour interaméricaine des droits de l’homme à indemniser 128 anciens travailleurs agricoles asservis entre 1988 et 2000 dans une fazenda (grande ferme) brésilienne avait pourtant été saluée comme une victoire par les militants contre l’esclavage moderne. La décision n’a pas fait grand bruit en France, alors qu’elle fait du Brésil le premier pays à être condamné pour n’avoir pas « empêché » l’esclavage à l’intérieur de ses frontières.

Les 128 plaignants ont été utilisés comme travailleurs esclaves à la Fazenda Brasil Verde, appartenant au groupe Quagliato, l’une des plus grandes entreprises d’élevage de bétail au nord du pays, dont ils ont fini par s’enfuir. Au total, entre 1988 et 2000, les missions réalisées par le ministère du travail ont permis de sauver 340 travailleurs surveillés par des gardes armés, laissés sans abri ni nourriture et privés de salaire. Le tribunal a reproché aux autorités brésiliennes de ne pas avoir pris « des mesures et des politiques adéquates » pour prévenir cette situation. Elles ont aussi été condamnées à rouvrir l’enquête.

Responsabilité des États

Le Frère Plassat juge la décision importante pour l’ensemble du continent américain : « Valable pour tous les États signataires du’Protocole de San Salvador’ (NDLR : un texte de 1988 traitant des droits économiques, sociaux et culturels), elle met en évidence la responsabilité individuelle des États ». Le montant exceptionnellement élevé des indemnisations accordées - 40 000 dollars pour 88 des plaignants, 30 000 pour les autres - est également un signal fort qui leur est adressé.

La Cour interaméricaine des droits de l’homme est le bras juridique de l’Organisation des États américains (OEA), un forum politique et juridique composé des 35 États indépendants d’Amérique.

L'affaire a été portée devant l'OEA par le Centre pour la justice et le droit international (Cejil) et la CPT en 1998. « Après seize ans de pourparlers infructueux, de manœuvres dilatoires du gouvernement brésilien », la commission chargée d’instruire la plainte et de chercher une solution amiable a enfin transmis le dossier à la Cour. Deux audiences ont eu lieu en mars et juin 2016. La sentence a été rendue en octobre et publiée en décembre.

La Croix du 26.04.2017

L’ONU s’alarme de l’attaque d’une tribu indienne par des propriétaires terriens au Brésil

200 hommes liés à des fermiers locaux et munis de machettes et armes à feu s’en sont pris à des indiens de la tribu Gamela. Les affrontements ont fait 13 blessés.
Les indiens de la tribu Gamela affirment que les terres qu’ils occupent aujourd’hui leur ont été promises à l’époque coloniale.
L’ONU a réagi jeudi 4 mai à la « grave » attaque menée dimanche par des propriétaires terriens contre des indiens de la tribu Gamela au Brésil. Les affrontements sont la conséquence d’un litige sur des terres occupées par la tribu dans l’État de Maranhao au nord-est du pays. 200 hommes liés à des fermiers locaux et munis de machettes et fusils s’en sont pris aux indiens présents. 13 blessés sont à déplorer.
« L’ONU au Brésil est inquiète après avoir reçu le rapport sur cette attaque à Viana, dans le Maranhao, une région qui connaît des conflits concernant la délimitation des terres », explique dans un communiqué le bureau des Nations Unies au Brésil.
« Les Nations Unies exigent que les autorités mènent l’enquête avec rigueur et fassent preuve d’une tolérance zéro face (…) à la gravité des violences contre les indiens et à l’impunité de leurs agresseurs », ajoute le communiqué. « Les Nations Unies sont solidaires des victimes et prêtes à soutenir l’Etat brésilien afin que soient mis en œuvre les moyens d’éliminer le racisme, la discrimination ethnique, la haine, la violence et la violation des droits des peuples autochtones », conclut le texte.
Chassés par l’expansion agricole
Le ministre de la Justice, Osmar Serraglio, a promis mercredi de déclencher le processus de délimitation des terres. Un représentant de la police locale a déclaré à Globo News qu’il y avait eu des « agressions des deux côtés » selon les premiers éléments de l’enquête.
Les indiens de la tribu Gamela assurent avoir un droit sur des terres qui leur ont été données à l’époque coloniale. L’expansion agricole les en a chassés à partir de 1970. Depuis 2015, ils ont entrepris d’occuper certaines de ces terres pour faire valoir leurs droits. La situation a créé des tensions avec les producteurs.
D’après le Congrès Missionnaire Indien (Cimi), au moins 137 indiens ont été assassinés au Brésil en 2015. Le total s’élève à 891 morts depuis 2003.

Le Monde.fr avec AFP | 05.05.2017


 

 

 

 

 

 

BULGARIE


Le Bien Public du 05.05.2017

 

 

 


 

 

 

 

COMPLOTISME


Les boutineries de Christine

Le discours prononcé par Emmanuel Macron au soir de son élection devant la Pyramide du Louvre a occupé un moment les
complotistes. Nombreux ont été ceux qui y ont vu un message des Illuminati, des francs-maçons ou encore des services secrets.
Pour Christine Boutin, ce fut l’oeuvre du diable. L'incorrigible présidente du Parti chrétien-démocrate a souligné que 66,06 %,
le score réalisé par le candidat d' En marche ! au second tour de l'élection présidentielle, pouvait être assimilé à « 666 », le chiffre du diable. Heureusement pour elle, ce chiffre a été rectifié plus tard à 66,10 %...

Golias n° 481 – 18.05.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

EVANGELIQUES


La Croix du 03.05.2017

 

 

 


 

 

 

 

EXCISION

Chaque été, des adolescentes subissent une excision

Une campagne nationale se tient jusqu’à l’été afin d’alerter les jeunes filles du danger qui les guette lorsqu’elles rentrent dans leur pays d’origine pendant les vacances. Selon les associations, trois adolescentes sur dix dont les parents sont issus de pays pratiquant l’excision seraient menacées.
« Tu pensais partir en vacances ? » peut-on lire au-dessus de dessins d’un billet d’avion et d’un scalpel. Cette affiche est désormais placardée dans certains collèges et lycées. La première campagne nationale contre l’excision (1) est en effet lancée jusqu’à l’été par le réseau associatif « Excision, parlons-en ! », avec le soutien du ministère du droit des femmes. Son but : alerter les jeunes filles nées en France qui rentreront à l’occasion des vacances dans leur pays d’origine, où elles peuvent être prises au piège de coutumes dont elles ignorent tout.
Cette pratique traditionnelle non religieuse interdite en France a en effet encore cours dans plusieurs régions du monde, Afrique et Asie en tête. Elle consiste en une ablation totale ou partielle des organes génitaux censée garantir la pureté jusqu’au mariage. Les conséquences médicales en sont désastreuses. Les femmes concernées ne peuvent ni accéder à une sexualité normale ni accoucher comme les autres.
Les associations estiment que trois adolescentes françaises sur dix dont les parents sont issus de pays pratiquant l’excision seraient menacées. « Le risque s’est déplacé dans le temps et l’espace », explique Marion Schaefer, déléguée générale du réseau Excision, parlons-en ! L’excision n’est plus pratiquée en France mais dans les pays d’origine, lors des vacances. De plus, elle concerne moins les petites filles que les adolescentes car « les familles ont appris à contourner la surveillance pédiatrique menée par les PMI (services de protection maternelle et infantile, NDLR) et les visites obligatoires chez le pédiatre jusqu’aux 6 ans de l’enfant », précise Marion Schaefer. Moins protégées que les plus jeunes, certaines préadolescentes et adolescentes se font donc piéger, parfois à l’insu même de leurs parents, lorsqu’elles rentrent dans les villages où la famille au sens large entend bien faire respecter la tradition.
Or ces jeunes filles ne peuvent pas compter sur la mise en garde de leurs parents, plus occidentalisés, tant le tabou sur la question reste fort. Jennifer Razanadrakoto, professeur de mathématiques au lycée Jacques-Feyder d’Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), en fait chaque jour le constat. Ambassadrice de la campagne auprès de ses élèves, elle a ouvert un blog avec une de ses classes de seconde (2). « Alors même que beaucoup de mes élèves sont originaires de pays où l’excision se pratique, neuf sur dix n’en avaient jamais entendu parler », raconte-t-elle. Et ont été horrifiées de ce qu’elle leur a expliqué.
La campagne actuelle tente donc avant tout de lutter contre le poids des non-dits. « Les jeunes filles n’osent toujours pas en parler à leur mère mais elles parlent entre elles. L’une d’elles s’est d’ailleurs manifestée auprès de l’infirmerie », reprend Jennifer Razanadrakoto. Les parents, prévenus de ce projet pédagogique, ont tous accepté que leur fille y participe. « Je crois qu’ils sont plutôt fiers qu’elles s’engagent pour cette cause, même s’ils n’osent pas en parler. »
« Beaucoup de jeunes filles vivent avec ce secret bien trop lourd à porter », confirme le docteur Ghada Hatem, marraine de la campagne. Cette gynécologue-obstétricienne a fondé une consultation spécialisée à la Maison des femmes de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) après s’être rendu compte que 14 % des jeunes femmes qui venaient accoucher à l’hôpital de la ville avaient été excisées. « Ces femmes ont des parcours très divers et des séquelles variables. Cela va de la migrante qui a traversé l’Afrique à pied afin d’échapper à un mariage forcé à la jeune banquière née en France et occidentalisée… » Dans son établissement, elle leur propose un accompagnement complet : examen médical, consultation avec un psychologue, un sexologue, groupe de paroles et, si nécessaire, chirurgie reconstructrice. « Il faut que les jeunes filles sachent qu’elles peuvent se faire aider », rappelle-t-elle.
repères
Un crime lourdement puni
Selon l’article 222-9 du code civil, l’excision est un crime. Les personnes qui la pratiquent, ainsi que les parents des victimes mineures, encourent de dix à trente ans de prison ainsi qu’une amende de 150 000 €. La victime a vingt ans après sa majorité pour porter plainte.
La loi s’applique à tous les enfants vivant en France ainsi qu’aux actes commis à l’étranger si la victime est française ou réside habituellement en France.
Sous peine de non-assistance à personne en danger, quiconque a connaissance d’une situation à risque doit saisir le procureur ou le juge pour enfants du tribunal de grande instance. Les particuliers peuvent aussi appeler le 3919.
(1) En plus des affiches, une vidéo est diffusée sur les réseaux sociaux et un site Internet d’information a été mis en ligne www.alerte-excision.org
(2) parlonsexcision.wordpress.com

La Croix du 13.04.2017



 

 

 

 

EXORCISME

Une victime d'exorcisme affamée puis brûlée vive

Le pasteur jugé dans ce procès «nous a dit que nous ne devions pas aimer (Vilma Trujillo, la victime, NDLR) car elle était le diable en personne, qu'il fallait la brûler jusqu'à ce qu'il ne reste plus que sa tête», a raconté le cousin de la victime, Roberto Trujillo, devant un tribunal de Managua au deuxième jour du procès.
Le rite a eu lieu entre le 15 et 21 février à El Cortezal, petit village isolé du nord-est du pays.
Des témoins ont raconté que pendant cette période, la femme, mère de deux enfants, a été attachée, privée d'eau et de nourriture avant d'être condamnée au bûcher pour l'exorciser.
Elle est finalement décédée le 28 février dans un hôpital de Managua où elle avait été transportée. Son corps présentait des brûlures du deuxième et troisième degré après avoir été exposé à une température de 400 degrés, a indiqué le médecin légiste, Ricardo Larios.
La petite soeur de la victime, Marlene, a raconté mercredi au procès qu'elle avait vu Vilma, ligotée à un hamac, mais n'avait rien fait. «Ils ne me laissaient pas aller avec elle et le pasteur Juan Rocha a dit qu'il ne fallait pas y faire attention (car) elle avait un démon» en elle.
Quand le père et le cousin de Vilma sont venus la chercher, dans la petite chapelle où elle avait été torturée et brûlée, «elle ne pouvait pas marcher», a raconté d'une voix faible le cousin, Roberto.
Son père a lui déclaré que le pasteur lui avait interdit de voir sa fille pendant les sept jours qu'a duré l'exorcisme. Il lui a ensuite affirmé qu'elle s'était brûlée elle-même.
Le juge Alfredo Silva a suspendu l'audience jusqu'au 2 mai pour permettre l'audition de nouveaux témoins.
Le ministère public accuse le pasteur Rocha, ainsi que quatre complices, dont deux de ses frères, d'enlèvement et assassinat.

http://www.tvanouvelles.ca/2017/04/26/une-victime-dexorcisme-affamee-puis-brulee-vive
26 avril 2017




 


 

 

 

 

EXTREME-DROITE


Des radicaux aussi chez les catholiques

Pourquoi nier l’extrémisme religieux de nos propres terroristes? demande Martin Geoffroy

« En ce qui concerne les morts, c’est 6 à 2 pour les intégristes catholiques », lance le sociologue Martin Geoffroy. C’est un drôle de décompte, convient ce professeur au cégep Édouard-Montpetit et directeur du Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux et la radicalisation (CEFIR). Mais il illustre bien que, malgré le fait que l’attentat de la mosquée de Québec a fait six morts, ceux reliés à l’islam radical jouissent encore d’une attention disproportionnée dans les médias et l’esprit des Québécois. « On n’hésite pas à associer les attentats terroristes au groupe État islamique et à l’intégrisme religieux, mais quand ça émane de notre propre culture, c’est plus difficile à reconnaître. »

Il rappelle que seulement deux attentats djihadistes, celui de Saint-Jean-sur-Richelieu et celui au parlement d’Ottawa, qui ont fait en tout deux morts, ont été perpétrés chez nous. Le fameux complot des Toronto 18 planifié en 2006 a quant à lui été déjoué, et les liens de ces terroristes avec al-Qaïda ne seraient pas prouvés.

Fort de 20 ans de recherche sur l’extrême droite, son postulat se confirme. « C’est toujours plus facile de blâmer la culture de l’autre plutôt que de regarder notre propre culture. Mais l’intégrisme catholique, tout comme l’intégrisme islamique, a aussi un rôle à jouer dans le terrorisme », dit M. Geoffroy, reconnaissant qu’il y a d’autres facteurs, notamment psychologiques, pour expliquer cette violence extrême.

Dans une conférence qu’il donnera dans le cadre du colloque international du Centre de recherche Société, Droit et Religions de l’Université de Sherbrooke (SoDRUS) sur le thème « Les racines religieuses de la radicalisation : fait ou fiction » (les 4, 5 et 6 mai), il défendra la thèse voulant qu’au Québec, les deux formes les plus habituelles d’intransigeance religieuse sont l’intégrisme catholique et le fondamentalisme protestant. Mieux ancrés dans notre société, ces intégrismes bien de chez nous passent sous le radar des médias alors qu’ils vont pourtant à l’encontre des valeurs de la société moderne. « La radicalisation des jeunes et le djihadisme sont dangereux, je ne veux pas le minimiser. Mais cela étant dit, il faut se préoccuper de nos propres affaires. Et il semble plus difficile de regarder le côté sombre de la force de notre propre culture. »

Intégrisme catholique

Martin Geoffroy se heurte d’ailleurs souvent à des regards surpris lorsqu’il rappelle qu’il existe encore plusieurs sectes catholiques, antisémites, anti-islam, anti-immigration. Ses plus récentes recherches l’amènent à conclure que ces groupes sont « complotistes, à base d’intégrisme religieux ou les deux », soutient le chercheur, qui rappelle que des députés conservateurs avaient des liens avec l’Opus dei et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X. Cette société controversée de prêtres catholiques traditionalistes fondée en Europe, qui a des ramifications au Québec, avait été vue comme trop d’extrême droite par l’Église, qui avait notamment excommunié son fondateur, Mgr Marcel Lefebvre, en 1988.

La fraternité Saint-Pie-X est aussi dans la mire d’Atalante, a-t-il remarqué grâce à une veille de ces groupes sur Internet et les réseaux sociaux, où des vidéos ont clairement établi ces liens. La dimension religieuse, à tout le moins sacrée, est également présente chez les Soldats d’Odin, un groupe d’extrême droite d’origine finlandaise qui a rapidement pris de l’ampleur au Canada. « Dans les groupes suprémacistes blancs, il y a une adoration des dieux vikings, car ils sont blonds, etc. Et Odin, c’est le dieu principal de la mythologie nordique », rappelle le chercheur, qui entamera sous peu une collaboration avec le sociologue français Gérald Bronner, pour comparer les initiatives contre la radicalisation.

Le colloque du SoDRUS fera la part belle aux présentations sur la radicalisation au sein d’autres groupes religieux (bouddhistes, sikhs, anabaptistes, etc.). Martin Geoffroy s’étonne que certains doutent encore du lien entre la religion et l’extrême droite. La radicalisation et les actes terroristes des djihadistes sont automatiquement associés à la religion, alors que la majorité des djihadistes ne sont pas pratiquants mais plutôt convertis « à la version intégriste de l’islam, un islam pour les nuls », dit-il, pointant la thèse du politologue français Olivier Roi sur la déculturation du religieux. « Mais quand on parle de l’extrême droite chez nous, on ne parle pas nécessairement de la religion catholique. On dit que ça n’a pas de rapport, comme si on voulait déconnecter l’extrême droite de notre culture », dit-il. Or ce n’est pas parce que les gens ne sont pas pratiquants qu’ils ne sont pas croyants, rappelle-t-il, précisant que le taux de catholiques pratiquants (15-17 %) est presque aussi élevé que pour les musulmans (20 %).

Bissonnette, un extrémiste catho

Alors que plusieurs hésitent à associer Alexandre Bissonnette, accusé de six meurtres prémédités à la mosquée de Québec, à des groupes d’extrême droite ou à lui reconnaître des croyances religieuses, Martin Geoffroy ne se gêne pas. Affiché pro-Trump et pro-Le Pen sur les réseaux sociaux, le jeune homme ne s’est-il pas dit « catholique » lorsqu’on lui a posé la question lors de sa visite de repérage sordide une semaine avant son crime ?

« Il n’est peut-être pas catho pratiquant, mais certainement catho laïque […] et il adhère à une version catholique intégriste liée à la race et à la nation québécoise », selon le chercheur, qui compare le jeune homme à Dylann Roof, un sympathisant du nazisme condamné à mort en début d’année pour avoir tué neuf paroissiens noirs dans une église de Charleston aux États-Unis. La radicalisation est ici plus sournoise. « Chez les jeunes aujourd’hui, et au sein de groupes extrémistes, c’est très populaire de vouloir préserver les églises et les traditions. »

Les discours antisémites, anti-immigration, anti-islam et antiféministes auxquels s’est abreuvé à l’Université Laval le jeune accusé de meurtre ne sont pas dénués de cette dimension sacrée, croit-il. « Et ce qui est intéressant avec [Bissonnette], c’est qu’aucune accusation de terrorisme n’a été portée contre lui. Alors que, s’il avait été musulman, c’est sûr que ça aurait été le cas », estime M. Geoffroy. « Pour moi, il est un terroriste comme les autres. »

http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/497895/les-medias-font-la-part-belle-a-l-integrisme-musulman-culturellement-mieux-ancre-dans-la-societe-l-integrisme-catholique-passe-sous-le-radar
Le Devoir
4 mai 2017
 

 

 

 


 

 

 

 

FATIMA


Fascinant « secret » de Fatima
Le pape François est à Fatima (Portugal) ce samedi pour commémorer le centenaire des apparitions de la Vierge, marquées par un « secret » confié par elle à trois enfants.
C’est l’une des rares fois où Benoît XVI est sorti de son silence depuis sa renonciation au pontificat. Il y a un an, le 21 mai 2016, il publiait un communiqué pour couper court à des rumeurs à propos du secret de Fatima. Un site lefebvriste américain, « One Peter Five », affirmait qu’une partie du troisième secret de Fatima n’aurait jamais été révélée par l’Église. « De pures inventions, totalement fausses », déclarait le pape émérite, insistant sur le fait que « la publication du troisième secret de Fatima est complète ».
Un message avec un portée prophétique
Que d’encre aura coulé à ce sujet, que de controverses se seront développées, depuis cent ans et les événements rapportés par trois petits bergers de la campagne portugaise ! En ce printemps 1917, Lucia dos Santos, une fillette de 10 ans, garde régulièrement les moutons de ses parents, en compagnie de ses cousins, Francisco et Jacinta Marto, respectivement âgés de 9 et 7 ans. Les enfants d’Aljustrel, petit hameau de la paroisse de Fatima, se rendent souvent à la Cova da Iria, une combe fertile et verdoyante située à 2 kilomètres de chez eux. Le 13 mai 1917, la Vierge Marie apparaît pour la première fois aux petits bergers, puis à cinq autres reprises, s’échelonnant chaque mois jusqu’au 13 octobre de la même année. Alors que les pastoureaux jouent, ils voient un éclair, puis « une dame toute vêtue de blanc, plus brillante que le soleil, irradiant une lumière plus claire et plus intense qu’un verre de cristal rempli d’eau cristalline, traversé par les rayons du soleil le plus ardent », raconteront-ils. À Lucia qui lui demande d’où elle vient, la « dame » répond : « Je suis du ciel. »
C’est lors de la troisième apparition, le 13 juillet, que la Vierge leur révèle ce qui sera appelé le « secret de Fatima ». En réalité, « il ne s’agit pas d’un secret unique qui aurait été uniformément révélé aux trois enfants », précise l’historien Yves Chiron dans Fatima, vérités et légendes (1). Les deux premières parties du message seront dévoilées par Lucia en 1941 dans ses mémoires. Quant à la troisième partie, il faudra attendre 2000 pour en connaître la teneur. « C’est un message qui a une portée prophétique et eschatologique », analyse l’historien Joachim Bouflet (2).
La première partie de ce message consiste en une vision de l’enfer. « C’est quelque chose qu’on peut avoir du mal à entendre aujourd’hui, surtout en France où le message de Fatima est très mal connu, reconnaît le dominicain Louis-Marie Ariño-Durand (3). Pourtant, il ne s’agit pas de nous faire peur, mais de nous faire préférer le ciel par-dessus tout. » La seconde partie concerne la dévotion au « cœur immaculée de Marie », la Vierge demandant que lui soit « consacrée » la Russie. Elle annonce une guerre « plus grande » que celle en cours. À cette époque, l’Europe est déchirée par la Première Guerre mondiale, et la Russie connaît les premiers soulèvements qui conduiront à la Révolution d’octobre. Enfin, la troisième et dernière partie du message parle d’un « évêque vêtu de blanc », « tué par un groupe de soldats tirant des balles et des flèches contre lui ».
Un secret à révéler « quand l’Église jugera le moment venu »
Dans un premier temps, conformément à ce que leur a demandé la Vierge, les enfants gardent le silence sur ce qui leur a été confié. Au curé de Fatima, qui les interroge dès le lendemain de l’apparition, ils ne révèlent rien. Lucia ne parlera pas davantage à l’administrateur de la ville voisine de Vila Nova de Ourem, qui l’a convoquée avec son père pour faire cesser ce désordre public et mettre fin à cette « machination cléricale ». Les trois enfants seront même retenus pendant deux jours, les 14 et 15 août, à la prison publique, et menacés d’être jetés dans l’huile bouillante s’ils ne dévoilent pas ce fameux secret. Pour Frère Louis-Marie Ariño-Durand, le sens de ce mystère, à révéler « quand l’Église jugera le moment venu », est à rapprocher de celui entretenu par le Christ au début de sa vie publique sur sa personne et ses miracles. « C’est une pédagogie », estime-t-il.
Dans les années qui suivent les apparitions, la dévotion à Notre-Dame de Fatima se développe d’autant plus que les dizaines de milliers de personnes réunies le 13 octobre 1917 ont assisté à un phénomène extraordinaire, appelé par un journaliste d’O Século « la danse du soleil ». « Le soleil a tremblé, le soleil a eu des mouvements jamais vus et brusques en dehors de toutes les lois cosmiques », décrit-il. Dans le même temps, l’Église mène l’enquête, via une commission canonique, pour déterminer la véracité des événements. Les apparitions sont authentifiées en 1930.
À LIRE : 13 mai 1967, l’impressionnant pèlerinage de Paul VI à Fatima
Mais l’histoire de Fatima n’est pas finie. Pendant plusieurs années, Lucia, la seule survivante des trois voyants, devenue religieuse, insiste auprès de son évêque, puis des papes successifs eux-mêmes, pour qu’ait lieu la « consécration du monde au cœur immaculé de Marie, avec une mention spéciale pour la Russie ». Elle détaille cette demande dans ses mémoires rédigées en 1941. Une première prière de consécration est prononcée par Pie XII le 8 décembre 1942. Cependant, Lucia la juge « incomplète », car elle n’a pas été faite « en union avec tous les évêques du monde », comme demandé par la Vierge. Il faudra attendre le 25 mars 1984 et une cérémonie organisée par Jean-Paul II pour que Lucia estime que la consécration demandée a été faite dans les règles. Mais aujourd’hui encore, dans les courants les plus traditionalistes, des pétitions circulent pour demander au pape François « de lever toutes les ambiguïtés existantes et de consacrer une bonne fois pour toutes la Russie au Cœur immaculé de Marie »…
La troisième partie du secret suscite maintes interprétations
Tout comme la consécration de la Russie, la troisième partie du secret va susciter maintes interprétations fantaisistes ou complotistes. En 1944, Lucia met par écrit ce troisième secret et le transmet au pape Pie XII, indiquant qu’il ne doit pas être rendu public avant 1960. Jean XXIII sera le premier à prendre connaissance du contenu de l’enveloppe cachetée, tout en décidant de ne pas le révéler.
C’est finalement en 2000 que le pape Jean-Paul II choisit de dévoiler ce secret, persuadé que l’« évêque vêtu de blanc » tombant sous les balles n’est autre que lui-même, qui a survécu à une tentative d’assassinat le 13 mai 1981, jour anniversaire des apparitions de Fatima. Convaincu que c’est à la protection de Marie qu’il doit la vie, il fera même enchâsser dans la couronne de la statue de Notre-Dame-de-Fatima la balle extraite de son corps après l’attentat. Le cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, explique lors de la révélation du secret : « Les événements décrits semblent se référer à des choses passées. (…) Ceux qui attendaient des révélations apocalyptiques excitantes sur la fin du monde ou sur le cours de l’histoire vont être déçus. »
Pour une majorité des fidèles, la question du secret est réglée. « Au Portugal, les théories conspirationnistes n’ont pas d’écho, assure le Père Carlos Cabecinhas, recteur du sanctuaire de Fatima. Pendant un an, nous avons exposé au sanctuaire le manuscrit de Sœur Lucia, dans lequel est décrit le secret. Les pèlerins ont pu le lire dans son intégralité. » Mais certains demeurent encore persuadés que tout n’a pas été dit. L’article de « One Peter Five », démenti par Benoît XVI, affirmait que la partie « cachée » du message de la Vierge Marie aux pastoureaux de Fatima évoquait « un mauvais concile et une mauvaise messe ». Pour d’autres, le « vrai » troisième secret serait une annonce de la destruction de Rome et la mort de millions de personnes en une description apocalyptique.
De telles allégations proviennent « d’une frange intégriste de l’Église, très anti-pape », analyse Joachim Bouflet. Des spéculations parfois nourries par des divergences entre les différentes versions des mémoires de Lucia. L’historien attend beaucoup de la publication des pièces du procès en canonisation de Lucia. « J’espère qu’elle a écrit son interprétation du secret, ajoute-t-il. Le message de Fatima est valable pour le XXIe siècle, et n’a pas encore révélé tout son mystère. »

(1) Éditions Artège, avril 2017. (2) Auteur de Fatima, 1917-2017, Éditions du Cerf, avril 2017. (3) Auteur de Fatima, n’en parlez-pas, c’est un secret, Éditions du Cerf, mars 2017.

La Croix du 12.05.2017
 

La Vie
 

 


 

 

 

 

FRONT NATIONAL


Catholiques, le risque du Front national

Il ne faut pas le prendre à la légère. Pour le monde catholique, le refus du vote pour le Front national est un vrai enjeu. Et on ne peut que déplorer le relatif silence de ses responsables, alors que Marine Le Pen a réussi à rassembler plus de 7,6 millions de voix au premier tour, soit presque 3 millions de plus que son père en 2002.

En 2002, l’opposition des évêques

À l’époque, pour son père, Jean-Marie Le Pen, le président de la conférence des évêques d’alors, Mgr Jean-Pierre Ricard, avait pris la parole, pour expliquer clairement pourquoi un tel programme menaçait les valeurs fondamentales du christianisme. D’autres évêques lui avaient emboîté le pas. Rien de tel aujourd’hui. La conférence des évêques de France a rendu public un rappel salutaire des points d’attention pour un discernement politique. Mais le FN n’est pas cité, ni le danger de ses thèses xénophobes, ni le risque du repli identitaire ou de la contestation des institutions démocratiques.

Christine Boutin ou Sens Commun

Certes, si l’on regarde attentivement le document, – devoir d’accueil des étrangers, importance d’une solidarité européenne –, on voit mal comment voter Front national. Mais il n’y a plus cette volonté de barrage explicite au vote extrême comme cela avait été le cas en 2002. Pire, on entend des voix catholiques ici ou là, de la part de Christine Boutin, comme de certains responsables de Sens commun, pour renvoyer dos à dos Front National et programme d’Emmanuel Macron, ou plutôt, pour reprendre la formule extrêmement dure de Christophe Billan, président de Sens commun, refuser de choisir « entre le chaos porté par Marine Le Pen et le pourrissement politique d’Emmanuel Macron » : « pourrissement » pour qualifier un parti démocratique, voilà une expression qui fleure bon les années 1930 et l’Action française.

Le vote des catholiques pratiquants

Pourquoi une telle discrétion ? Les évêques ont-ils peur que leurs fidèles soient déjà sensibles aux sirènes du lepénisme ? Pourtant, à regarder de près le sondage publié par La Croix, les catholiques pratiquants ne sont guère plus nombreux qu’en 2012 à avoir donné leur suffrage au parti de Marine Le Pen.

Les trois droites catholiques

René Rémond déjà distinguait dans le catholicisme de droite les trois familles : les démocrates chrétiens, dont on peut dire que Macron est proche. Les catholiques républicains, de loin les plus nombreux, qui ont voté pour François Fillon massivement, comme ils l’avaient fait pour Nicolas Sarkozy, et enfin, dernière composante, la droite traditionaliste, héritière du maurrassisme.

Ce n’est pas nouveau. Déjà après la Révolution française, ou après l’institution de la troisième République, des catholiques ont eu ce même sentiment que leur monde s’écroulait, et furent tentés par le repli : pour eux, l’identité passait alors avant les valeurs républicaines. Mais la différence cette fois, c’est qu’ils ne se situent pas sur un terrain politique, mais moral : les évolutions sociétales leur donnent le sentiment de vivre un bouleversement anthropologique, qui les déstabilise profondément et provoque chez certains cette réaction identitaire.

Mais encore une fois, même à l’intérieur de la droite, le catholicisme est plus divers qu’on ne le pense. Cette « minorité active » de la droite traditionaliste reste justement une… minorité, comme à l’époque où René Rémond l’auscultait. Il ne faut pas qu’elle fasse la même OPA sur les catholiques de droite qu’elle a fait sur les marcheurs de la Manif pour tous. Et il est urgent de rappeler l’opposition fondamentale du christianisme aux thèses du Front national, même si parler ne suffit pas : on doit aussi en comprendre les raisons, et les combattre. Le catholicisme dans son ensemble ne gagnerait rien à laisser une partie de sa droite républicaine dériver vers le vote Front national.

La Croix du 24.04.2017

A lire

Catholiques ? Identitaires ?


Le Bien Public du 26.04.2017

Jean-Marie Le Pen perd son procès contre Paris-Match

Jean-Marie Le Pen a perdu son procès en diffamation contre Paris Match, qui avait qualifié en juillet 2014 de « propos antisémites » la sortie du président d’honneur du Front national sur la « fournée ». Dans cette incise, le magazine faisait référence à une vidéo de juin 2014, dans laquelle Jean-Marie Le Pen, avait réagi à l’évocation des noms d’artistes qui ont pris position contre le FN, dont Patrick Bruel, de confession juive : « Ecoutez, on fera une fournée la prochaine fois ».

Le Bien Public du 10.05.2017

Steeve Briois et David Rachline visés par une enquête pour des messages haineux

La justice a ouvert une information judiciaire après que des posts d’internautes contre le maire de Sevran ont été publiés sur les comptes Facebook des deux élus FN.
Après la démission de Jean-François Jalkh de son poste éphémère de président par intérim du Front national (FN), voilà une polémique dont se serait volontiers passée Marine Le Pen.
Le parquet de Bobigny a ouvert récemment une information judiciaire visant Steeve Briois et David Rachline – respectivement maires (FN) d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et de Fréjus (Var) – après que des messages à caractère haineux contre Stéphane Gatignon, le maire de Sevran – et soutien d’Emmanuel Macron –, ont été diffusés sur leurs comptes Facebook, a rapporté, vendredi 28 avril, Le Parisien sur son site.
Les messages publiés par les internautes après la diffusion par M6 d’un reportage sur l’islam et la ville de Seine-Saint-Denis qualifiaient le maire de Sevran de « belle ordure à exterminer avec le reste (…) qui a vendu son âme aux mécréants salafistes » et à qui ils promettaient « une bastos ».
« Le vrai visage du FN »
M. Gatignon a déposé une plainte, à la mi-octobre 2016, précise Le Parisien. « Au-delà de mon cas personnel, de tels agissements montrent le vrai visage du FN, celui de la provocation et de la division, instaurant dans notre pays un climat de haine dans lequel il est permis de s’attaquer et de menacer de mort des élus de la République », a réagi le maire de Sevran.
Le parquet de Bobigny considère qu’il existe « des indices graves ou concordants » contre onze personnes – dont le maire d’Hénin-Beaumont, désormais président par intérim du FN, et le maire de Fréjus, par ailleurs sénateur du Var et directeur de campagne de Marine Le Pen –, constitutifs d’un délit de « provocation à la commission d’une atteinte à la vie ou à l’intégrité physique par moyen de communication au public par voie électronique ».
M. Briois avait déjà suscité la controverse à cause d’un tweet dans lequel il déclarait, le 23 novembre 2016 : « La répartition des #migrants a pour conséquence l’explosion des agressions sexuelles, en Allemagne, en Suède, en Autriche, etc. » Pour ces propos, le maire d’Hénin-Beaumont sera renvoyé, le 11 octobre, devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour « provocation à la haine raciale et diffamation raciale ».

Le Monde du 28.04.2017



 


 

 

 

 

HASSIDISME


Shulem Deen, le prix de la liberté

Banni de sa communauté Skver, des juifs ultraorthodoxes, pour hérésie, l’écrivain de 43 ans est rejeté par ses propres enfants.

Il n’a pas vu ses enfants depuis des années. Tout juste a-t-il aperçu sa seconde fille, l’an dernier, le jour de son mariage. Il s’était rendu à cette cérémonie à laquelle il n’était pas convié, mais n’a pas pu entrer. Freidy, qui épousait un homme choisi pour elle par la communauté, a accepté de sortir lui parler quelques minutes, sans plus. Ce rejet de la part de ses enfants est sans doute la plus grande blessure de Shulem Deen, banni de sa communauté Skver, des juifs hassidiques parmi les plus extrêmes et fermés des États-Unis.

Un fonctionnement quasiment sectaire

Son crime : l’hérésie. « Celui qui va vers elle ne revient pas », dit le Talmud de cette faute impardonnable. Un homme qui a perdu la foi, cesse de prier et risque de corrompre les autres membres de sa communauté en les contaminant de son scepticisme n’a plus sa place dans ce village de l’État de New York. New Square, enclave hassidique fondée par un rabbin ukrainien dans les années 1950, n’a rien d’américain, raconte Shulem Deen, qui décrit de manière passionnante dans son roman autobiographique (1) le fonctionnement quasiment sectaire de cette communauté, sans pour autant vouloir régler ses comptes.

Le caftan traditionnel noir, la toque en fourrure et les longues papillotes sont un lointain souvenir pour celui qui arbore aujourd’hui une courte barbe aux reflets roux. À 43 ans, il s’adresse naturellement aux femmes qu’il rencontre. Il est revenu de loin, le jeune homme se mettant en colère contre ses coreligionnaires qui, par laxisme, ne referment pas le rideau destiné à leur épargner la vision des femmes dans l’autobus.

Un mariage, des enfants... et des doutes

Né à Brooklyn, dans une famille ultraorthodoxe de la communauté Satmar, Shulem choisit à l’âge de 13 ans d’étudier à la yeshiva – sorte de petit séminaire – de la communauté Skver. Son père acquiesce. Les skvers ne sont-ils pas ehrliche, de bons juifs, honnêtes et pieux ? Ils sont aussi extrêmement hospitaliers. « Ils étaient très chaleureux, généreux, m’ont ouvert leurs portes », se souvient Shulem. Comme ses camarades, il apprend à vénérer le rebbe, chef spirituel de la communauté. Comme eux, il assimile l’interdiction de remettre en question son autorité, le Talmud, la Torah… Le judaïsme pratiqué par les skvers diffère radicalement de celui des juifs libéraux. « Ne sais-tu pas que le Rambam (autre nom de Maïmonide, NDLR) a déjà répondu à toutes les questions ? » Cela coupe court à toute réflexion philosophique et théologique.

Peu à peu, les doutes envahissent Shulem. C’est d’abord la question de son mariage qui le trouble, lui qui sort à peine de l’adolescence. L’alliance est décidée alors qu’il n’a rencontré sa future épouse, Gitty, que sept minutes. Mais, il le sait, le rebbe connaît mieux que lui ce qui fera son bonheur. La naissance de ses cinq enfants lui apporte des moments radieux. « Être père, c’était mon identité, confie-t-il. Et cela l’est toujours, même si mes enfants me détestent aujourd’hui. »

Cependant, l’étude de la Torah ne nourrit pas sa famille. Lui qui se rêvait en érudit doit chercher du travail pour payer son loyer. Mais il doit se rendre à l’évidence : rien dans son éducation ne l’a préparé à cela. La yeshiva ne lui a enseigné ni l’anglais, ni les mathématiques, ni aucune des connaissances communes aux petits Américains. Les doutes sur l’organisation autarcique de sa communauté se muent en questionnements métaphysiques. Il entrouvre les portes, laissant bientôt libre cours à une curiosité insatiable. Journaux, radio, Internet, virées à New York : ces éléments proscrits lui révèlent un univers qu’il n’aura de cesse de rejoindre.

Le bannissement, une souffrance et une délivrance

Un matin, alors que, drapé de son châle de prière, il noue machinalement les tephillin autour de son bras avant de réciter ses psaumes, il réalise que la foi l’a quitté depuis longtemps, au cours de cette longue quête de savoir ponctuée de questionnements et de remises en cause. « Désormais, l’hérésie faisait partie de moi de manière irréversible », se souvient-il. Lorsque vient le bannissement, c’est une souffrance autant qu’une délivrance. Cela sonne aussi la fin de sa famille. Gitty souffrait depuis longtemps des bizarreries de son époux qui lui apparaissaient comme autant de péchés. Elle ne supporte pas l’éloignement de New Square et demande le divorce. « Notre mariage ne pouvait pas durer », constate celui qui voit dans cette séparation une autre libération. Reste le crève-cœur du rejet de ses enfants qui, un à un, lorsqu’ils atteignent l’âge de 13 ans, refusent de le voir, ayant honte de ses cheveux courts et de ses vêtements occidentaux.

Aujourd’hui, Shulem Deen vit à Manhattan de son métier d’écrivain. S’il achète encore de la viande casher, lui qui se dit incroyant, c’est pour sa petite amie, juive libérale. Il ne regrette rien de sa liberté, « gagnée au prix fort ». Il en est sûr, un jour, il reverra ses enfants. « Cela a mis du temps, mais j’ai appris la patience », assure-t-il, serein.

(1) Celui qui va vers elle ne revient pas, Éditions Globe, 414 pages, 22 €.

Son inspiration. Son père

Son père, "doux et patient", qui pratiquait un judaïsme hassidique ultraorthodoxe, au sein de la communauté Stamar, à peine moins rigoriste que les skvers, était un homme "inhabituel". Shulem Deen, devenu orphelin à l'adolescence, garde le souvenir d'"une personne à l'érudition et au charisme fascinant", qui n'hésitait pas à aller faire des conférences devant des assemblées interconfessionnelles, comprenant rabbins, imams, prêtres et pasteurs, une attitude rarissime pour un rabbin hassidique.

La Croix du 24.04.2017
 

 

 


 

 

 

 

HOMOPHOBIE


La Tchétchénie accusée de persécuter des homosexuels

Au moins une centaine de personnes auraient été arrêtées, selon le journal russe indépendant « Novaïa Gazeta ». Le secrétariat d’Etat américain réclame l’ouverture d’une enquête.
Les autorités de Tchétchénie auraient lancé, depuis la fin mars, une opération de répression contre des homosexuels, ou des personnes soupçonnées de l’être. Ces informations, révélées le 1er avril par le quotidien d’opposition russe Novaïa Gazeta et traduites en français par Courrier international, ont depuis été relayées par de nombreux médias et ONG dans le monde entier.
Le journal indépendant russe rapporte que plus d’une centaine de personnes, des hommes entre 16 et 50 ans, auraient été arrêtées, torturées, et qu’elles sont détenues dans des « prisons secrètes » du pays, non loin de Grozny, la capitale. « Trois d’entre elles seraient mortes, mais, selon des témoins, il y en aurait beaucoup plus », rapporte Courrier international, alors que le journal Novaïa Gazeta affirme connaître l’identité des victimes.
« Véritables meurtres »
D’après les témoignages recueillis par Novaïa Gazeta, les détenus seraient torturés et contraint de livrer les noms d’autres homosexuels de leur entourage. Parmi les hommes arrêtés se trouveraient des représentants des instances religieuses du pays, dont certaines proches de Ramzan Kadyrov, le dirigeant autoritaire de la Tchétchénie.
D’après Novaïa Gazeta, cette vague de répression ferait suite aux démarches entreprises début mars par des militants de la communauté LGBT qui voulaient organiser des Gay Prides dans plusieurs villes du Caucase du Nord. « C’est à partir de ce moment que fut donné l’ordre d’entreprendre un nettoyage préventif, que l’opération a abouti à de véritables meurtres », écrit le quotidien.
Le 4 avril, Novaïa Gazeta a publié deux nouveaux témoignages anonymes de victimes, accompagnés de photos choquantes montrant les blessures de ces hommes. Certains hommes auraient disparu.
Demandes d’enquêtes
En réaction à ces publications, le département d’Etat américain, qui se dit « extrêmement préoccupé » et « profondément dérangé » par ces allégations, a réclamé l’ouverture d’une enquête « indépendante et crédible » par les autorités fédérales russes.
L’ONG Amnesty International, qui appelle à une « action urgente » dans un communiqué, rapporte que des membres de l’ONG Russian LGBT network ont confirmé ces persécutions, et ont ouvert une ligne téléphonique d’urgence pour aider les personnes qui auraient besoin de se mettre en sécurité en dehors de la région.
Amnesty International a également lancé une pétition en ligne pour « cesser d’enlever et de tuer des homosexuels », et a appelé le chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson, en visite en Russie pour parler de la Syrie, à aborder « la situation désastreuse des droits de l’homme » en Russie et en Tchétchénie.
Contacté par L’Obs, Alexandre Artermyev, porte-parole de l’ONG Amnesty International à Moscou, précise que pour l’instant, son ONG n’a pas pu vérifier elle-même l’information de Novaïa Gazeta, qu’il estime toutefois être « une source fiable ». Il pense que ces « prisons » ne sont pas dédiées aux seuls homosexuels :
« Selon l’information publiée par Novaïa Gazeta, on peut tirer la conclusion que ce ne sont pas seulement des homosexuels qui y sont détenus ; les drogués ou d’autres personnes arrêtées pour différentes raisons y seraient également enfermés. »
Dans le New York Times, Ekaterina L. Sokiryanska, experte au sein de l’International Crisis Group, confirmait le 1er avril qu’il y a « de nombreux signaux provenant de trop nombreuses sources pour ne pas être vrais ».
Les autorités tchétchènes nient
De son côté, Human Right Watch souligne dans un communiqué que « les informations publiées par Novaïa Gazeta sont conformes aux rapports que Human Rights Watch a récemment reçus de nombreuses sources de confiance, y compris des sources sur le terrain. Le nombre de sources et la cohérence des cas ne laissent aucun doute quant au fait que ces événements ont effectivement eu lieu. ». Mais la directrice du programme russe de l’ONG précise ne pas pouvoir « révéler ses sources », afin de ne pas les mettre en danger.
Niant les accusations, un porte-parole de la présidence tchétchène a déclaré à l’agence de presse Interfax : « Vous ne pouvez pas arrêter ou réprimer des gens qui n’existent pas dans la République. L’homosexualité n’existe pas ici ». Et d’ajouter : « Si ces personnes existaient en Tchétchénie, la loi n’aurait pas à se soucier d’eux, vu que leurs propres parents se seraient déjà occupés définitivement de leurs cas. »

Le Monde du 11.04.2017

Le Bien Public du 12.04.2017

 

Les actes homophobes repartent à la hausse

L’association SOS-Homophobie, qui publie mercredi son baromètre annuel de la haine anti-LGBT, a reçu 1 575 témoignages en 2016, soit 19,5 % de plus qu’en 2015.
« En France, aujourd’hui, nous ne pouvons toujours pas vivre et aimer librement tels que nous sommes », constate Joël Deumier, président de SOS-Homophobie. L’association publie, mercredi 10 mai, son rapport annuel, unique baromètre déclaratif de l’évolution de la haine anti-LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans). Le constat est sombre. Elle a reçu 1 575 témoignages d’actes homophobes ou transphobes en 2016, soit 19,5 % de plus qu’en 2015.
Les agressions physiques perdurent : 121 cas ont été rapportés. Elles ont lieu le plus souvent dans l’espace public. « Se définissant comme “lesbienne et garçon manqué”, la jeune Leila nous contacte pour raconter son quotidien dans son quartier et au collège : les insultes – “erreur de la nature”, “travelo” –, les crachats, les bousculades et les agressions répétées. Un jour, elle s’est retrouvée à terre pendant qu’un groupe de personnes la frappait du pied », rapporte l’association.
Insultes et harcèlement
Autre exemple : « En décembre 2016, un couple sort d’une boîte gay de Metz et est violemment agressé par cinq personnes d’une vingtaine d’années. Le groupe a déclaré vouloir “casser du PD”. Une des victimes a été rouée de coups à terre. » Dans cette affaire, une femme et trois hommes ont été interpellés début janvier. L’homophobie « au quotidien » persiste également. Elle est d’abord le fait de la famille et de l’entourage proche (15 % des témoignages). Aziz, qui s’interroge sur sa sexualité, rapporte les dires de son cousin : « Si j’ai un homosexuel dans ma famille, je lui plante un couteau dans le cœur. » Romain relate, lui, que ses parents l’ont traité de « débauché » à l’annonce de son homosexualité. « Ce n’est pas ce que le Bon Dieu veut », ont-ils dit, offrant de lui « payer un abonnement à Meetic pour Noël pour redevenir hétéro ».
Le quartier, le lieu de travail, l’école, les commerces sont également le théâtre d’insultes, de harcèlement, de discriminations et de vexations. Un propriétaire a ainsi dit à Kim et Joanna qu’il ne souhaitait pas louer à des couples homosexuels : « En tant que bon père de famille, je ne veux pas avoir à expliquer ça à mes enfants. » Les deux mères de Noémie, 4 ans, ont relaté leur inquiétude pour leur fille qui rencontre des difficultés à l’école. Des camarades lui ont expliqué que « c’est interdit d’avoir deux mamans ». L’institutrice s’est dérobée et a dit ne pas vouloir « prendre parti ». Il arrive que les forces de l’ordre refusent d’enregistrer une plainte ou minimisent le caractère homophobe d’une agression. « C’est la double peine pour la victime, constate M. Deumier. Un gros travail de formation des agents publics a été entrepris. Il doit être poursuivi. »
Fait marquant, les témoignages d’actes transphobes ont doublé en 2016 (121 contre 63). L’année a été marquée par l’adoption d’une proposition de loi démédicalisant le changement de sexe à l’état civil des personnes transgenres. La médiatisation du sujet peut expliquer ce regain, mais peut-être aussi une plus grande propension à témoigner pour les individus visés. L’association n’est pas étonnée de cette recrudescence générale. Pourtant, la banalisation de l’homosexualité et de l’homoparentalité a progressé depuis la loi Taubira de 2013. Un sondage IFOP publié en septembre 2016, réalisé auprès de 2 274 personnes, montrait que les deux tiers des personnes interrogées souhaitaient le maintien de la loi sur le mariage pour tous ; 63 % estimaient qu’un couple avec ses enfants « constitue une famille à part entière ». « La majorité des Français fait en effet preuve d’ouverture, observe M. Deumier. Mais un discours minoritaire homophobe et bruyant persiste. »
Le militant en veut pour preuve le nombre de signalements effectués pour des propos homophobes sur Internet : 320 cas en 2015. L’homophobie y ressurgit souvent à propos de l’actualité – le débat sur l’ouverture du don du sang aux homosexuels, l’attentat d’Orlando (Floride) en juin 2016, la polémique à propos des affiches de prévention contre le VIH… « Internet est un défouloir », résume le rapport. Twitter restait, en 2016, le site dont les contenus sont le plus souvent signalés, mais tous les réseaux sont touchés. Sur Facebook, « il est difficile de s’exposer en tant que personne LGBT : se faire insulter, harceler voire menacer est encore une chose commune lorsqu’on ne prend pas garde à rendre son profil privé », poursuit l’association.
Pour SOS-Homophobie, les moyens consacrés à la modération par les principales plates-formes Internet sont insuffisants. « Il faut prendre conscience de l’effet dévastateur de cette homophobie sur Internet, poursuit M. Deumier. Quand vous êtes jeune, gay et sans accès à d’autres sources d’information, vous pouvez facilement vous sentir isolé. »
Les chiffres
1 575 témoignages collectés 
Les 1 575 témoignages reçus en 2016 par l’association SOS-Homophobie (+ 19,5 % par rapport à 2015) interviennent après deux années de baisse d’affilée du nombre de signalements. Un pic spectaculaire avait eu lieu en 2013, année marquée par l’adoption de la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe (3 517). Le niveau se rapproche aujourd’hui des années qui ont précédé (1 556 témoignages reçus en 2011). Ces chiffres sont collectés par le biais de la ligne d’écoute de l’association ou de son site Internet et reflètent donc les déclarations spontanées des victimes.

Le Monde | 10.05.2017

Les actes homophobes en hausse

En 2016, les témoignages d'actes homophobes ont augmenté de 19,5 % par rapport à 2015, selon le rapport annuel de SOS-Homophobie publié hier. En 2016, l'association a reçu 1575 témoignages d'actes homophobes ou transphobes. SOS Homophobie a enregistré 121 agressions physiques contre des personnes LGBT. Les actes transphobes ont, eux, doublé en 2016 (de 63 à 121). Dans son rapport, l'association pointe aussi du doigt le refus de certains policiers d'enregistrer des plaintes. Ces discriminations se sont aussi plus que jamais installées sur les réseaux sociaux.

Le Bien Public du 11.05.2017

 


 

 

 

 

HONGRIE


La Hongrie et la Pologne dans le collimateur de l’Europe

Les deux pays sont dans le viseur de la Commission, qui leur reproche notamment de ne pas faire respecter l’État de droit. Pourtant, ni elle ni le Conseil ne semblent vouloir recourir à des sanctions.
Bruxelles De notre correspondante
« Harceler les ONG, chasser les médias trop critiques, construire des murs, tenter de réintroduire la peine de mort, et maintenant, décider de fermer une université… Jusqu’où irez-vous ? » Le 26 avril, alors que se tenait au Parlement européen un débat sur la situation en Hongrie, l’eurodéputé belge Guy Verhofstadt, président de l’Alliance des démocrates et des libéraux européens (ADLE), n’avait pas mâché ses mots pour dénoncer, en présence de Viktor Orban, les dérives de l’homme fort de Budapest.
Cette colère laissait présager la fermeté du co-législateur européen. Hier, à Strasbourg, l’hémicycle a dans sa majorité (393 voix pour, sur 678) adopté une résolution relative aux atteintes à l’état de droit en Hongrie, où l’Université d’Europe Centrale est menacée et où un projet de loi risque de stigmatiser les ONG qui bénéficient de fonds étrangers, provoquant l’inquiétude de Bruxelles. Cette résolution, aussitôt saluée comme « historique » par Amnesty International, fait mention d’une possible activation de l’article 7 du Traité de l’Union européenne, qui prévoit l’adoption de potentielles sanctions (dont, en dernier lieu, la suspension du droit de vote au Conseil européen).
Le Parti populaire européen (PPE) était farouchement opposé à ce vote – le parti Fidesz de Viktor Orban étant membre de la famille chrétienne-démocrate. Manfred Weber, chef de file du groupe, réclamait de laisser la Commission mener à bien sa procédure d’infraction. Ouverte le 26 avril, elle touche à la loi sur les universités.
La pression des parlementaires suffira-t-elle à engager une procédure de sanctions à la Commission ? Sur le dossier polonais, celle-ci semble moins frileuse que sur le dossier hongrois. Dès janvier 2016, elle décidait d’activer le dispositif de « sauvegarde de l’État de droit », jamais utilisé jusque-là. Il permet de tenter d’éviter un « risque clair de violation grave envers l’État de droit » qui peut entraîner le recours à l’article 7. Mais la Commission a épuisé sans succès toutes les étapes du mécanisme. Mardi, le commissaire Frans Timmermans, chargé de cette question, s’en est remis aux États membres.
Tous les ministres ont bien affirmé que le respect de l’État de droit est primordial, mais ils ont surtout incité la Commission à poursuivre son dialogue avec les autorités polonaises. L’idée d’activer la procédure de l’article 7 a donc été soigneusement évitée. La Pologne et Hongrie n’en ont pourtant pas fini avec les foudres de la Commission. L’une comme l’autre refusent en effet d’accueillir des réfugiés sur leur sol et, si aucune action n’est entreprise d’ici à juin, la Commission brandit – là encore – la menace de procédures d’infraction.

La Croix du 18.05.2017
 

 

 

 


 

 

 

 

INDONESIE


En Indonésie, le gouverneur chrétien de Djakarta condamné à deux ans de prison pour blasphème

Accusé d’avoir insulté le Coran, l’ancien gouverneur chrétien de Djakarta a été condamné mardi 9 mai à deux ans de prison.

L’ancien gouverneur chrétien de Djakarta, Basuki Tjahaja Purnama, surnommé Ahok, a été condamné mardi 9 mai à deux ans de prison pour insulte à l’islam. Le juge Dwiarso Budi Santiarto a déclaré que les cinq magistrats du tribunal avaient estimé que Basuki Tjahaja Purnama était « de façon probante, coupable de blasphème ». Il a également ordonné son incarcération de celui qui, battu en avril aux élections, reste encore en poste jusqu’en octobre 2017. Le prévenu a annoncé qu’il ferait appel.

Cet événement est sensible en Indonésie, pays comptant le plus de musulmans au monde, dont 90 % de la population est de confession musulmane. Cette histoire fait automatiquement écho aux fortes tensions religieuses, politiques et identitaires qui secouent le pays.

Engagement en faveur de la lutte anti corruption

Issu de la minorité chinoise, Basuki Tjahaja Purnama, 50 ans, a été, entre 2014 et 2017, le premier gouverneur non musulman de la capitale indonésienne depuis plus d’un demi-siècle. Il a construit sa popularité grâce à son engagement en faveur de la lutte anti corruption à Djakarta, métropole de dix millions d’habitants. Son franc-parler lui a valu des inimitiés, notamment parmi les partisans d’une ligne dure de l’islam, opposés à un gouverneur de confession chrétienne.

En septembre 2016, à la suite de récentes déclarations lors de la campagne pour l’élection du gouverneur, il est accusé d’avoir insulté le Coran. Il avait déclaré que l’interprétation par certains oulémas (théologiens musulmans) d’un verset du Coran selon lequel un musulman ne doit élire qu’un dirigeant musulman, était erronée.

Sur les réseaux sociaux, son discours a provoqué la colère des musulmans conservateurs. Ceux-ci ont qualifié ses déclarations « d’insulte » à l’islam. En novembre, plusieurs organisations islamistes ont appelé à son arrestation et ont organisé une manifestation à Djakarta qui réunit plus de 100 000 personnes.

Par la suite, Ahok est inculpé pour « blasphème » et l’affaire est renvoyée au tribunal en décembre 2016. Dans ce contexte, il perd son siège de gouverneur en avril dernier, face à l’intellectuel musulman et ancien ministre de l’Éducation Anies Baswedan.

Un pays habité par sa corruption

« Je n’avais aucune intention de commettre un blasphème », a déclaré Basuki Tjahaja Purnama. Pour Sophie Lemière, anthropologue à l’Institut de l’Université européenne à Florence, son procès « est une mise en scène au service d’intérêts politiciens qui a permis d’obscurcir les problèmes économiques ». L’Indonésie est en effet fracturée par des fortes inégalités économiques.

Surtout, le pays connaît un durcissement de son discours identitaire au nom d’une représentation de l’islam. « La double identité minoritaire d’Ahok, chinoise et chrétienne, est perçue comme un symboledupluralisme de l’identité indonésienne », explique la chercheuse française. Or, « les opposants critiquent ce multiculturalisme et la démocratie dans une rhétorique teintée de xénophobie », ajoute Sophie Lemière.

Le procès d’Ahok et les manifestations qui ont suivi n’ont fait que « creuser les failles identitaires » du pays, selon la chercheuse. Les politiques entretiennent l’illusion d’une perte nationale d’identité et de religion.

« Cela sert à justicier des pratiques de pouvoir autoritaire, même dans un contexte démocratique », souligne Sophie Lemière. « La question religieuse est manipulée. Les controverses morales sont instrumentalisées par les politiciens ». ».

Pour appuyer leurs propos, « les politiciens soutiennent ou financent des groupes qui se réclament de la société civile, raconte la chercheuse.Ils se présentent comme des ONG mais sont de connivence avec des partis politiques pour faire croire qu’ils ont des soutiens », commente Sophie Lemière. L’utilité pour le gouvernement ? Affirmer qu’il y a un risque de déstabilisation ethnique dans la société.

Le jugement rendu ce mardi est très important pour les minorités religieuses. Il signifie, pour l’anthropologue, « réduire les communautés minoritaires au silence » : « on peut attendre des réactions fortes de leur part, comme des manifestations ou des votes de sanction à l’égard des autres politiques ».

Le verdict peut avoir un impact national et certainement affecter la politique menée par les politiciens face aux questions identitaire, religieuse et multiculturelle de l’Indonésie.

La Croix du 09.05.2017
 

 

 

 


 

 

 

 

INTEGRISME CATHOLIQUE


Un abbé intégriste jugé pour viols et actes de barbarie sur trois enseignantes

Un abbé intégriste doit être jugé à compter de mardi par la cour d'assises des Yvelines pour "viols" et "viols avec actes de barbarie" sur trois enseignantes d'une école privée des Yvelines qu'il dirigeait.

Seules deux des trois victimes présumées ont souhaité se porter parties civiles dans ce procès.

Me François Souchon, leur avocat, a précisé à l'AFP qu'il allait demander le huis clos, qui est de droit dans ce genre d'affaire. Seuls l'ouverture du procès et le verdict seront donc publics.

Le religieux, aujourd'hui âgé de 44 ans, avait été mis en examen et écroué en avril 2014 pour des actes présumés commis au sein de l'école Notre-Dame de la Sablonnière à Goussonville, près de Mantes-la-Jolie, un établissement proche de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, mouvement traditionaliste lefebvriste en rupture avec l'Eglise catholique depuis 1988.

La justice soupçonne l'ancien directeur de l'école d'avoir violé à l'automne 2010 trois enseignantes et de leur avoir fait subir des sévices. Il aurait usé de son "influence spirituelle" sur ces trois femmes, pour leur faire subir des séances d'exorcisme où il mimait l'acte sexuel, avait révélé Le Parisien.

Des faits que le religieux "conteste", selon son avocat Me Jérôme Triomphe.

Une élue municipale, interrogée par l'AFP au moment de la mise en examen de l'abbé, avait décrit l'école de Goussonville comme un établissement vivant en "vase clos".

La Fraternité Saint-Pie X est une communauté intégriste proche des milieux d'extrême droite, fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre. Elle ne reconnaît pas le Concile Vatican II (1962-1965) qui a, selon eux, rompu avec la tradition et compte quelque 600 prêtres dans le monde, dont 150 en France.

L’évêché de Versailles avait précisé en 2014 n'avoir "aucun lien avec ce mouvement" et "être profondément attristé pour les victimes" et "blessé que la figure du prêtre soit salie".

L'abbé a été placé en détention provisoire à la maison d'arrêt de Bois-d'Arcy (Yvelines). Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Le procès est prévu pour durer jusqu'à vendredi.

La Croix du 01.05.2017

Yvelines : 16 ans de prison pour l'abbé intégrise reconnu coupable de viols

PROCES - L'abbé intégriste Christophe Roisnel, 43 ans, jugé depuis mardi devant la cour d'assises des Yvelines pour "viols" et "viols avec actes de barbarie" a été condamné vendredi soir à 16 ans de réclusion criminelle.
Après quatre jours de procès, le verdict est tombé. Vendredi, l'abbé intégriste qui comparaissait depuis mardi devant la cour d'assises des Yvelines pour "viols" et "viols avec actes de barbarie" sur trois enseignantes a été condamné à 16 ans de réclusion criminelle, après plus de quatre heures de délibérations.
La cour, qui a suivi les réquisitions du ministère public, a estimé qu'il avait abusé de l'autorité que lui conférait sa fonction de prêtre et de directeur d'école. Elle a assorti cette peine d'une injonction de soins durant six ans dans le cadre d'un suivi socio-judiciaire.
L'abbé Christophe Roisnel n'a cependant été condamné que pour les viols et non pour les actes de barbarie dont l'accusait l'une de ses victimes. Le religieux de 43 ans sera par ailleurs inscrit au fichier des auteurs d'infractions sexuelles.
Un huis clos avait été demandé
Un huis clos, de droit dans ce genre d'affaires, avait été demandé par les parties civiles. Seules deux des trois victimes du religieux s'étaient portées parties civiles : l'institutrice, dont l'accusé était le directeur, et une amie de celle-ci, enseignante dans un autre établissement.
L'abbé Roisnel, homme fluet à la voix légèrement éraillée, front dégarni, cheveux poivre et sel et fines lunettes métalliques, qui comparaissait détenu, est resté impassible au prononcé du verdict. Il a dix jours pour faire appel.
Le religieux avait été mis en examen et écroué en avril 2014 pour des actes commis en 2010 au sein notamment de l'école Notre-Dame de la Sablonnière à Goussonville, près de Mantes-la-Jolie, un établissement proche de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, mouvement traditionaliste lefebvriste en rupture avec l'Eglise catholique. D'autres faits s'étaient déroulés à Villette (Yvelines), ainsi qu'au domicile de ses parents, à Saint-Quentin-sur-le-Homme (Manche).
Accusé d'avoir usé de son ascendant psychologique
Les victimes l'accusaient d'avoir usé de son ascendant psychologique sur elles pour parvenir à ses fins. Son mode opératoire : évoquer avec elles des agressions sexuelles, réelles ou inventées, que celles-ci auraient subies par le passé, pour les convaincre de la nécessité d'une "thérapie". Il leur faisait alors revivre ces épisodes traumatiques pour, disait-il, qu'elles puissent les dépasser.
L'accusé a contesté pendant tout le procès les faits qui lui étaient reprochés, estimant que les relations étaient consenties, a indiqué son avocat, Me Jérôme Triomphe, qui a plaidé l'acquittement. Me François Souchon, avocat des parties civiles, s'est dit pour sa part "assez satisfait", ses clientes "ayant été reconnues comme victimes" après avoir vu leur parole mise en doute tout au long de la procédure par l'accusé.
La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X est une communauté intégriste proche des milieux d'extrême droite, fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre. Elle ne reconnaît pas le Concile Vatican II (1962-1965) qui a, selon eux, rompu avec la tradition. Elle compte quelque 600 prêtres dans le monde, dont 150 en France.
Ecarté de ses fonctions en 2011
L'abbé Roisnel avait été écarté de ses fonctions de directeur d'école en 2011 par les autorités ecclésiastiques après que les trois femmes s'étaient plaintes de ses agissements. Il avait été envoyé dans un couvent de capucins dans la région lyonnaise, puis muté dans une école de garçons.
Mais, selon Me Souchon, il avait tenté de faire pression sur les enseignantes pour qu'elles se rétractent et celles-ci avaient alors déposé plainte pénalement en 2013.
Si le religieux ne fait pas appel, un nouveau procès canonique devrait avoir lieu dans les mois qui viennent: l'abbé pourrait alors être "réduit à l'état laïc" par sa hiérarchie, a indiqué Me Triomphe à l'AFP, sans vouloir commenter le verdict.

http://www.lci.fr/faits-divers/yvelines-16-ans-de-reclusion-pour-l-abbe-integriste-christophe-roisnel-reconnu-coupable-de-viols-2051102.html
06.05.2017

La Fraternité Saint-Pie-X mise en cause pour sa gestion des abus sexuels

Alors qu’un prêtre intégriste a été condamné vendredi 5 mai à Versailles pour « viols aggravés », Rome estime que la question de la gestion des abus sexuels « n’est absolument pas un problème » dans le processus de rapprochement avec la FSSPX.

Que se passe-t-il dans la Fraternité Saint-Pie-X ?

La cour d’assises des Yvelines a condamné vendredi soir 5 mai l’abbé Christophe Roisnel, prêtre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) à seize ans de réclusion criminelle pour « viols aggravés » sur trois jeunes enseignantes de l’école Notre-Dame de la Sablonnière de Goussonville dont il était le directeur. Cette lourde condamnation est assortie d’une injonction de soins et d’une inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles.

Même si l’avocat de l’accusé a indiqué qu’un procès canonique pourrait avoir lieu, au terme duquel l’abbé Roisnel pourrait être renvoyé de l’état clérical, cette affaire souligne la mauvaise gestion des cas d’abus sexuels au sein de la FSSPX. L’abbé Roisnel avait en effet déjà été l’objet d’un procès interne où la Fraternité avait conclu à des « actes sexuels sans fornication » avant de le muter dans une école de garçons puis, après un « comportement équivoque » avec de jeunes garçons, dans un couvent.

Selon l’association Aide aux victimes de dérives dans les mouvements religieux en Europe et à leurs familles (Avref), ces manières d’agir seraient récurrentes au sein de la FSSPX. Dans un Livre noir publié en mai 2016, elle relève ainsi plusieurs affaires d’abus étouffées par la Fraternité dont le supérieur général, Mgr Bernard Fellay, se serait contenté de muter les auteurs, contre les normes de l’Église concernant les délits graves (abus sexuels).

Comment réagit Rome ?

Cette question de la gestion des abus sexuels « n’est absolument pas un problème » dans le processus de rapprochement avec la FSSPX, affirme-t-on à la Commission Ecclesia Dei chargée des discussions entre les lefebvristes et le Saint-Siège. Selon elle, « Mgr Fellay n’a jamais pris aucune décision concernant les délits graves sans en référer à la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) ou à celle pour le clergé pour les renvois de l’état clérical ».

« Mgr Fellay n’a jamais voulu créer une Église parallèle », explique-t-on, confirmant que la CDF a déjà confié Mgr Fellay la possibilité de juger en première instance des auteurs d’abus sexuels. « Comment confier mandat à un supérieur pour juger un suspect selon les normes sur les délits graves quand ce même supérieur a précédemment contredit au sujet du même suspect ces mêmes normes ? », s’indigne d’ailleurs l’Avref dans son rapport.

À Ecclesia Dei, on reconnaît seulement du bout des lèvres que, si un accord aboutissait donnant un statut canonique à la Fraternité, le supérieur général de celle-ci serait « évidemment » justiciable du motu proprio Comme une mère aimante qui prévoit la « révocation » d’un ordinaire s’il a « manqué de diligence » dans les cas d’abus sexuels.

Où en est le dialogue de Rome avec la FSSPX ?

Les discussions entre Rome et la Fraternité « n’ont aucune échéance temporelle précise », explique Ecclesia Dei, démentant toute annonce pour le 13 mai prochain (centenaire des apparitions de Fatima) ou le 7 juillet (dix ans du motu proprio Summorum pontificum). « Le temps de la réconciliation est toujours plus proche car nous avons fait du bon travail ces dernières années », explique-t-on seulement.

La « condition sine qua non » d’un statut officiel de la FSSPX dans l’Église catholique demeure que Mgr Fellay signe la déclaration doctrinale proposée sous le pontificat de Benoît XVI. « Mgr Fellay a demandé le temps nécessaire pour que toute la Fraternité soit prête à accepter l’accord », explique Ecclesia Dei qui rappelle que la main tendue du pape François répond à « une volonté d’unité pour toute l’Église ».

La Croix du 07.05.2017

En France, la FSSPX relève de leurs fonctions les prêtres résistants au rapprochement avec Rome

Alors que la Fraternité Saint-Pie-X semble ne jamais avoir été aussi proche d’une réintégration dans le giron romain, les tensions en son sein entre partisans et adversaires du ralliement se font de plus en plus vives.

Début avril, le pape François décidait de rendre publique la reconnaissance de la légitimité des mariages « de fidèles qui suivent l’activité pastorale de la Fraternité (Saint-Pie-X, NDLR) ». Ce geste, considéré comme un nouveau pas en direction d’un rapprochement, avait suscité des remous chez les lefebvristes.

Ainsi, tandis qu’un accord entre Rome et les héritiers de Mgr Marcel Lefebvre, trente ans après son excommunication, semble à portée de main, le processus plonge la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) dans une importante crise entre les membres favorables à une réintégration dans le giron romain et ceux qui s’y opposent.

En réaction à la décision pontificale sur les mariages, plutôt bien accueillie par les responsables de la Fraternité, plusieurs prêtres du district de France ont rédigé et publié le 7 mai une lettre à l’intention des fidèles, exposant leurs doutes et critiquant la position de la Maison générale. Parmi eux, l’abbé Patrick de La Rocque, « curé » de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, emblématique église du centre de Paris occupée depuis 1977 par les traditionalistes.

Un procédé « inacceptable » et « subversif »

« Qu’il nous soit permis d’exprimer notre grand étonnement au sujet de cette décision romaine et de l’écho qu’elle a reçu, écrivent ces prêtres. La prélature personnelle que l’on fait miroiter à la FSSPX était censée nous reconnaître tels que nous sommes, et nous garder dans l’indépendance à l’endroit des ordinaires du lieu. Or les premières décisions prises consistent à soumettre injustement nos mariages à ces ordinaires, avant de conditionner demain l’ouverture de nos nouvelles Maisons à leur approbation. »

Du côté de la hiérarchie lefebvriste, la réponse ne s’est pas fait attendre. Par un courrier daté du même jour, le supérieur du district de France, l’abbé Christian Bouchacourt, a dénoncé un procédé « inacceptable » parce que « subversif ». Trois jours plus tard, il a annoncé avoir relevé de ses fonctions l’abbé de La Roque ainsi que les doyens signataires du courrier incriminé.

Une politique d’ouverture « minoritaire »

Cette mise à l’écart s’inscrit dans le cadre plus général de divergences profondes au sein de la Fraternité. Ancien de la FSSPX revenu dans le giron romain, l’abbé Guillaume de Tanoüarn voit un intérêt personnel, pour le supérieur de la Fraternité, à conclure rapidement un accord. Le prélat suisse arrivera en 2018 au terme d’un deuxième mandat de douze ans, or « sa politique d’ouverture à Rome est minoritaire » au sein de la FSSPX, a-t-il indiqué à l’AFP. « Il n’est pas sûr d’être réélu. Si on lui érige une prélature, il sera prélat à vie. C’est une forme de coup d’État qui ne dit pas son nom. »

La reconnaissance canonique actuellement discutée à Rome pourrait prendre la forme d’une « prélature personnelle », qui ferait dépendre la FSSPX directement du pape, hors du contrôle des évêques. Certains évoquent la date du 13 mai, jour des apparitions de Fatima, à laquelle les traditionalistes sont particulièrement attachés, pour qu’elle soit officiellement annoncée, mais aucun calendrier n’a pour le moment été précisé, ni par le Vatican, ni par la Fraternité.

La Croix du 12.05.2017


 

 

 

 


 

 

 

 

ISLAMISME


Un journaliste en immersion dans les mosquées allemandes

Le journaliste Constantin Schreiber a assisté durant plusieurs mois aux prières du vendredi dans des mosquées allemandes. Il en tire un ouvrage dans lequel il dit sa déception.

Constantin Schreiber est l’un des visages de la « culture d’accueil de l’Allemagne ». Ce journaliste de 36 ans, arabophone, est connu pour avoir lancé en 2015 un programme télévisé en langue arabe, à destination des réfugiés fraîchement arrivés outre-Rhin.

En 2016, il s’est lancé dans un autre projet, autour des mosquées allemandes, dans un pays qui compte 4 millions de musulmans. « Nous savons trop peu ce qui se dit dans les mosquées et spéculons trop souvent à ce sujet », constate-t-il. Il a donc assisté aux prières du vendredi, dans 13 lieux de prières, à Berlin, Karlsruhe ou Hambourg.

Constantin Schreiber s’attendait à découvrir « des contenus plus vastes »

Certains ont pignon sur rue, d’autres se trouvent en sous-sol. Il y enregistre les prêches, en arabe et turc, les traduit en allemand et les retranscrit dans un livre qui vient de paraître outre-Rhin. Il y ajoute un contexte d’actualité et un décryptage par des spécialistes, parfois par l’imam en question.

À l’issue de cette expérience, Constantin Schreiber se dit « déçu », car il s’attendait à découvrir « des contenus plus vastes ». « La plupart des prêches que j’ai entendus étaient contre l’intégration des musulmans dans la société allemande (…) Presque tous appellent les croyants à vivre entre eux », écrit-il.

Dans une mosquée de Magdebourg, l’imam compare la vie outre-Rhin à « un chemin à travers une forêt envoûtante ». « Ce voyage trompe les musulmans et les détourne du bon chemin », explique l’imam. Dans une mosquée turque de Berlin, l’imam appelle les fidèles à « éviter le danger de Noël ». Nous sommes le 23 décembre.

Des contenus « problématiques » sur la démocratie et les minorités

« Devant les portes des mosquées, on ne parle que d’intégration mais personne ne le prêche à l’intérieur », remarque Constantin Schreiber, qui explique avoir rencontré de nombreux réfugiés dans les mosquées. Le manque de religiosité des musulmans est un autre thème clé des prières du vendredi, de même que le prosélytisme auquel il est « souvent fait allusion ».

Au moment de ses recherches, l’actualité tournait beaucoup autour de la guerre en Syrie et de l’État islamique. « J’ai constaté à plusieurs reprises une claire distanciation envers les courants extrémistes de l’islam », rapporte le journaliste. Mais il a aussi entendu des contenus « problématiques » sur la démocratie et les minorités, à l’image de cette mosquée chiite de Berlin où l’imam affirme que l’on « ne peut pas être chiite et démocrate ».

Des prêches « spirituels, parfois difficiles à comprendre »

Dans les mosquées turques, gérées par le ministère turc des affaires religieuses, c’est la politique qui revient de manière récurrente. Après le coup d’État raté du 15 juillet, Constantin Schreiber se rend dans l’une de ces mosquées, à Berlin.

L’imam y évoque « les martyrs » et accuse le prédicateur Fethullah Gülen d’avoir mené la tentative de coup d’État. Dans les mosquées arabes, le journaliste assiste à des prêches plus « spirituels, parfois difficiles à comprendre, avec des niveaux d’interprétation très divers ».

Constantin Schreiber aurait aimé « entendre un prêche qui rayonne d’ouverture sur le monde et qui construise des ponts avec la société allemande ». « Peut-être n’ai-je pas eu de chance », espère-t-il. Depuis la parution de son livre, il dit avoir reçu des invitations d’associations musulmanes pour assister à ce genre de prières.

La Croix du 25.04.2017

Où en est la mobilisation des imams contre l’extrémisme ?

Alors que plusieurs dizaines d’imams de toute la France ont participé mardi 18 avril à une journée de formation consacrée au prêche du vendredi, responsables et sociologues s’interrogent sur la manière de lutter contre l’extrémisme.

Organisée à la grande mosquée d’Évry (Essonne), la première journée de formation au prêche à laquelle ont participé plusieurs dizaines d’imams mardi 18 avril avait plusieurs objectifs : la « promotion d’une pratique religieuse apaisée », la « lutte contre l’extrémisme », ou encore le « renforcement de la cohésion nationale par la promotion de la citoyenneté, du dialogue et du respect de la liberté de chacun en matière de conviction ».

Cette initiative découle des engagements pris par l’Union des mosquées de France (proche du Maroc) « lors de ses Etats-généraux sur le radicalisme, organisés entre juin 2014 et février 2015 ». Elle illustre l’amorce de cette « mobilisation » des musulmans de France contre l’extrémisme religieux à laquelle ne cessent de les appeler les pouvoirs publics depuis la multiplication des attentats commis au nom de l’islam.

Prise de conscience

Mobilisation ? En tout cas « prise de conscience que la radicalisation préoccupe la société et les pouvoirs publics », précise Muriel Domenach, secrétaire générale du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, qui a organisé début mars « une journée d’échange » avec 60 représentants du culte musulman sur « la prévention de la radicalisation ».

Ces derniers ont été invités à s’impliquer dans « cellules préfectorales de prévention et d'accompagnement des familles » dont un enfant présente des signes de radicalisation, à développer aussi un « contre-discours permettant de contrer la radicalisation des esprits ». « Nous n’étions pas dans le débat théorique mais vraiment dans la valorisation des bonnes pratiques », précise Muriel Domenach. Très sensible, la question du « signalement » par les responsables de mosquées des musulmans radicaux a également été abordée.

Initiatives interdisciplinaires

Des expériences de terrain, parfois prometteuses, ont été présentées. De son côté, Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman, a rappelé ses initiatives : « établissement d'une charte de l'imam » et « d'une convention-type régissant les rapports entre imams et mosquées », mise en place « d'un conseil religieux » pour la production d'un contre-discours...

Si la pression s’accentue sur les responsables musulmans, le diagnostic sur les causes de la radicalisation est encore loin d’être unanime. « J’ai toujours dit qu’il y avait une dimension religieuse dans la radicalisation de certains jeunes mais elle n’est pas la seule, a rappelé Anouar Kbibech dans la lettre envoyée aux principaux candidats à l’élection présidentielle. La radicalisation a aussi une dimension économique, politique et sociale. Et celle-là est de la responsabilité des pouvoirs publics. Chacun son rôle ».

Interrogé en amont du Rassemblement annuel des musulmans de France au Bourget mi-avril, le président de l’Union des organisations islamiques de France (liée aux Frères musulmans) Amar Lasfar assurait faire déjà tout son possible : « En 1990, nous avons imposé le prêche en français alors que les gens nous disaient que c’était la langue des ’kouffar’. Nous avons aussi imposé le calcul scientifique pour le calendrier des prières dans les mosquées... »

« Nous ne sommes pas outillés pour lutter contre la radicalisation », assure le président de l’UOIF qui se refuse à faire « le tri entre mosquées : toi c’est bien, tu es républicain, toi non ». « C’est à la police de faire le travail, de fermer les mosquées, voire d’expulser les imams. Pas à nous ».

Les désaccords persistent

Pour faire le point sur la mobilisation « des musulmans de France face au djihadisme », trois sociologues – Vincent Geisser, Omero Marongiu-Perria et Djuhra Benchir – ont mené des entretiens avec plusieurs de leurs représentants (1). « Les attentats ont fait évoluer certaines pratiques, affirme Vincent Geisser. Les musulmans qui affichent le drapeau français sur leur profil Facebook sont beaucoup plus nombreux. Les imams, quelle que soit leur tendance, sont moins réticents à se rendre chez le préfet, plus enclins aussi à rencontrer le prêtre du quartier ».

Mais sur le fond, les désaccords persistent sur le constat et donc sur les remèdes à apporter à l’extrémisme. « Le désir de réforme est général, mais quelle réforme ? Du point de vue des conservateurs, les plus nombreux, l’islam a été dévoyé par les djihadistes et il suffit de revenir à ses sources, analyse le sociologue. D’autres, comme Tareq Oubrou, se situent dans une sorte d’entre-deux et reconnaissent que la doctrine classique a une part de responsabilité. D’autres enfin, minoritaires, plaident pour une historicisation des textes sacrés ».

La mobilisation bute en tout état de cause sur un obstacle bien concret : le manque de formation des imams de France. « Toutes les attentes convergent vers eux, observe Vincent Geisser, alors que chacun sait, dans la communauté, qu’ils ne sont à la hauteur ni sur le plan théologique, ni sur leur connaissance de la jeunesse française ».

La Croix du 25.04.2017

Départ en Syrie d'une mineure : l'Etat condamné à indemniser les parents

Le 11 novembre 2013, la police aux frontières a laissé embarquer K., 17 ans, sur un vol à destination d'Istanbul. La jeune fille était pourtant inscrite au Fichier des personnes recherchées. Mercredi, le Conseil d'Etat a estimé qu'il s'agit d'une faute engageant la responsabilité des pouvoirs publics.

Départ en Syrie d'une mineure : l'Etat condamné à indemniser les parents
Mercredi, le Conseil d’Etat a ordonné, au titre du préjudice moral, l’indemnisation à hauteur de 15 000 euros d’un couple dont la fille mineure s’est rendue en Syrie. K., âgée de 17 ans au moment des faits, a disparu du domicile parental le 5 juin 2013. Comme la procédure l’exige, elle est immédiatement inscrite au Fichier des personnes recherchées (FPR).

Cinq mois plus tard, le 11 novembre, ce fichier aurait dû permettre à la Police aux frontières de l’aéroport d’Orly de l’identifier avant qu’elle n’embarque sur un vol à destination d’Istanbul. Au contraire, K. a pu monter dans l’avion sans que personne ne s’en aperçoive. Aujourd'hui, elle est toujours en Syrie, vraisemblablement aux côtés d'un franco-algérien. «Le Conseil d’Etat a estimé que cette négligence est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité des pouvoirs publics», se félicite Dominique Brouchot, l’avocat du couple. Qui précise : «La jurisprudence précédente nécessitait l’existence d’une faute "lourde" pour que l’Etat soit contraint à indemniser. Cette décision ouvre donc la voie à une nouvelle jurisprudence, plus souple.»

L’autorisation de sortie du territoire (AST) a été rétablie en janvier
Lors de l’embarquement, les fonctionnaires chargés des contrôles doivent systématiquement interroger les différents fichiers de police pour s’assurer qu’un passager n’y figure pas. Un travail fastidieux, qui n’est en général réservé qu’aux destinations à risques. Or, en 2013, les policiers ne pouvaient ignorer qu’Istanbul était la principale route menant à la Syrie et à l’Irak. Ont-ils mal consulté le FPR ? Ou ne l’ont-ils tout simplement pas interrogé ? Le même fonctionnement s’applique aux personnes fichées S – pour sûreté de l’Etat. Sans vérification du fichier, nul ne peut s’apercevoir qu’une personne soupçonnée, en l’espèce de terrorisme, cherche à quitter le France.

Concernant les mineurs, l’autorisation de sortie du territoire (AST), supprimée en 2012, a été réintroduite le 15 janvier 2017. Pour voyager à l’étranger, la personne mineure doit désormais présenter une pièce d’identité (carte d’identité ou passeport), l’autorisation de sortie du territoire signée par un titulaire de l’autorité parentale et la photocopie du titre d’identité du responsable légal l’ayant signée. Une avocate, Samia Maktouf, avait ferraillé plusieurs mois pour que l’AST soit rétablie par décret. Elle défendait alors la mère de Bryan, 16 ans, l’un des plus jeunes Français partis faire le jihad. Fin octobre 2016, 1 860 mineurs étaient signalés en France pour radicalisation violente dans un rapport de la Chancellerie. La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) estimait en septembre à 400 le nombre d’enfants de parents français ou partis de France (dont un tiers nés sur place) en terres irako-syriennes. Au moins dix-neuf de ces mineurs ont été identifiés comme combattants.

Libération du 26 avril 2017

En Arabie Saoudite, «déradicaliser par le salafisme»
Outre des leçons de charia, le programme de déradicalisation comprend des ateliers d’art plastique, du sport, un suivi psycho-sociologique...
Dans le royaume wahhabite qui a vu la naissance d’Oussama ben Laden et d’Al-Qaeda, les autorités ne lésinent pas sur les moyens mis à disposition pour en finir avec l’extrémisme islamiste. Et c’est à travers l’étude de la charia que les intervenants reconvertissent avec succès les jihadistes repentis.

En Arabie Saoudite, «déradicaliser par le salafisme»
Il ne manque que les feuilles euphorisantes de qat à mâcher à l’assemblée de Yéménites installés sur les coussins posés à même le sol d’une grande pièce couverte de faux tapis persans. Visages anguleux, fines barbes, chèches blancs sur la tête, corps menus en djellabas immaculées, ces hommes d’âge indéterminé ont le physique marqué de leur pays d’origine. Seuls les bracelets électroniques autour de leurs chevilles rappellent qu’ils ne sont pas encore tout à fait des hommes libres.

Ils ont passé quinze ans à Guantánamo après leur capture au Pakistan par les forces américaines en 2002, lors de l’intervention de la coalition occidentale en Afghanistan. Ces membres présumés d’Al-Qaeda ont été transférés en avril 2016 du tristement célèbre camp de détention à Cuba vers l’Arabie Saoudite, où résident leurs familles qui ont fui la guerre dans leur pays. «Le seul fait de nous trouver parmi des gens de notre religion et de notre langue a représenté une libération», explique calmement le doyen du groupe, 40 ans mais qui en paraît dix de plus. Sans passer par la case prison comme la majorité de leurs semblables Saoudiens, ces Yéménites ont été accueillis directement au Centre Mohammed ben Nayef pour la concertation et le parrainage, selon la traduction littérale en français. Ils sont sur le point de terminer la période d’un an d’assignation dans ce camp de «réadaptation de ceux qui sont tombés dans les griffes de l’extrémisme idéologique», formule locale pour désigner la déradicalisation des jihadistes.

Village de vacances
Une fois qu’on franchit les murailles surmontées de barbelés, le site situé à une vingtaine de kilomètres du centre de Riyad ressemble au campus d’une grande université américaine, voire à un village de vacances. Terrains de sport, piscine olympique, salles de fitness, baby-foot, ateliers d’art plastique, restaurants, services médicaux et jardins fleuris entourent les bungalows où sont logés, par deux ou trois, les pensionnaires. Le Royaume, considéré comme inspirateur et sponsor du terrorisme islamique, a mis des moyens à la hauteur de sa richesse de premier producteur mondial de pétrole dans la lutte contre ses propres extrémistes. Des milliers d’entre eux sont engagés sur les fronts du jihad dans les rangs d’Al-Qaeda ou de l’Etat islamique.

La première génération remonte à Oussama ben Laden, qui, avant de fonder Al-Qaeda, était parti se battre contre l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1980 avec le soutien de son gouvernement et des Etats-Unis. «On a compris que toute notre société était menacée, il fallait investir dans ce programme coûteux pour récupérer nos enfants qui ont déraillé», fait aujourd’hui valoir le général Nasser al-Motairi. Le directeur du Centre Mohammed ben Nayef (du nom du prince héritier actuel et ancien ministre de l’Intérieur d’Arabie Saoudite) se refuse à donner des chiffres sur le budget alloué à son établissement. Le haut gradé, hâbleur, n’est pas peu fier de présenter les installations et les réalisations de cette vitrine d’un «programme de concertation» global qui revendique aujourd’hui un taux de réussite de plus de 80 %.

Femmes jihadistes
«Les progrès ont été réguliers depuis sa mise en place en 2007, quand nous avons reçu un premier contingent de 123 Saoudiens de Guantánamo. Il s’agissait des plus idéologisés et des plus extrémistes d’Al-Qaeda», souligne Al-Motairi. Très vite, dix d’entre eux ont réussi à prendre la fuite. Une trentaine d’autres a disparu dans la nature après leur sortie de prison. Parmi eux, certains ont replongé en regagnant les fronts du jihad, où ils ont été tués. D’autres encore ont été repris et restent détenus. Mais 80 ont été réhabilités. Ils mènent désormais une existence familiale et professionnelle normale dans différentes régions du Royaume.

Dans ce groupe pionnier, le cas singulier de Mohammed al-Ofi est cité en exemple des effets positifs du programme, même quand ils ne sont pas immédiats. Ce chef d’Al-Qaeda, reparti au Yémen aussitôt après avoir été libéré, avait repris contact l’année suivante avec son référent au centre de réhabilitation pour se repentir et revenir dans son pays. En 2009, les médias saoudiens avaient largement mis en avant le pardon que ce terroriste avait demandé et obtenu des autorités et de sa famille. «Les rechutes étaient fréquentes au début, puis le taux de réussite n’a cessé de s’améliorer», explique le général Mansour al-Turki, porte-parole du ministère de l’Intérieur saoudien : «On a gagné en expérience au fur et à mesure et on continue à faire évoluer le programme. L’ambition de départ n’est pas de retourner les cerveaux. Il faut qu’ils prennent conscience qu’ils ont été manipulés. En corrigeant les idées qui imprègnent les terroristes, on les ramène progressivement vers la raison religieuse.» Récupérer les jeunes égarés pour en faire de bons musulmans selon les principes de la charia est la marque de fabrique du programme saoudien de réhabilitation. L’idée même du jihad n’est pas reniée, mais corrigée, en insistant sur le fait qu’elle enseigne la défense de sa famille, de sa maison, de sa terre… Et non pas de se laisser convaincre par «les obscurantistes zélés» car «le zèle en religion est une maladie mortelle et très contagieuse», peut-on lire dans les brochures présentant le programme.

«Il s’agit de déradicaliser par le salafisme», résume Stéphane Lacroix, professeur à Sciences-Po et spécialiste de l’Arabie Saoudite. Dans la patrie gardienne des lieux saints de l’islam, où le Coran tient lieu de constitution et où le rigorisme wahhabite s’applique dans tous les détails de la vie quotidienne, cette démarche s’appuie sur la croyance unanimement partagée en «notre religion du conseil», comme définit l’islam le principal formateur en charia du Centre de concertation. Le savant uléma, sexagénaire à la barbe blanche touffue du parfait salafiste, présente dans un arabe littéral irréprochable la démarche qu’il adopte dans les sessions individuelles de dialogue avec les détenus ou dans les cours collectifs. Il mentionne au passage qu’une trentaine de femmes jihadistes ayant accompagné leurs maris ont été prises en charge par ses collègues féminines diplômées de charia. C’est en rappelant les principes élémentaires de l’islam que l’uléma parvient à convaincre ses interlocuteurs, même s’il reconnaît rencontrer «des résistances totales chez certains cas impossibles». Il raconte son expérience la plus réussie avec un extrémiste «doté d’une intelligence exceptionnelle et de talents multiformes, qui avait dix-sept ans de jihad derrière lui». L’homme possédait cinq passeports (dont un allemand) avec des noms différents et parlait six langues sans accent. Il avait quitté sa famille à 17 ans en prétendant qu’il allait à La Mecque, puis il était parti en passant par le Yémen avant de se rendre en Irak et sur d’autres fronts du jihad.

«Péchés»
Le professeur lui aurait simplement démontré comment il avait enfreint la charia à plusieurs titres : en mentant à ses parents, en recourant à la corruption en payant des passeurs, en trichant sur son identité ou encore en se mettant au service d’organisations destructrices : «Convaincu de ses péchés, le terroriste hésitait à désavouer dix-sept années de sa jeune vie. Je lui ai alors dit que la repentance est ce que Dieu préfère et qu’il n’est jamais trop tard.» L’homme aurait, depuis, repris des études pour devenir enseignant en langues vivantes.

Au côté des ulémas, dont le rôle est central, il y a aussi des historiens, des responsables politiques, des sociologues, des psychologues ainsi que des formateurs professionnels qui comptent parmi les 4 00 intervenants spécialisés, dont 80 permanents, du Centre Mohammed ben Nayef. Ils prennent le relais d’une sensibilisation et d’une formation qui a commencé en prison pour les condamnés. A la fin de leur peine, ceux-là se portent volontaires pour suivre un parcours individualisé et quasi médicalisé. Accueillis au centre pour une période moyenne de trois mois, les «bénéficiaires», selon le terme officiel, sont soumis à un bilan psycho-sociologique complet. Celui-ci est réalisé à partir d’un logiciel utilisé par l’armée américaine et adapté par les experts saoudiens. Un cursus taillé sur mesure est alors développé selon la trajectoire, la personnalité, le niveau intellectuel, le potentiel, la situation familiale et les compétences de chaque candidat. «L’objectif de cette transition entre la prison et la société est une réinsertion progressive dans la vie sociale et familiale», explique le chef du programme.

Expérience pionnière
«Pour cela, le partenariat avec la famille et les proches est une pierre angulaire du programme», ajoute-t-il. Parents, épouses et enfants des pensionnaires sont invités à venir passer du temps, voire quelques jours, dans des appartements dédiés. Des permissions sont accordées pour retourner dans les familles, notamment lors des fêtes ou des vacances scolaires, et les anciens terroristes doivent revenir volontairement au centre. Un accompagnement complet est aussi organisé pour la réinsertion sociale par les études, la formation et la recherche d’un emploi. «Tous ces avantages font que le centre est parfois considéré comme une récompense pour les criminels», commente le psychologue. Ils expliquent sans doute en grande partie l’adhésion des volontaires et le taux de réussite. Avec 3 300 «bénéficiaires» et dix ans d’expérience, les autorités saoudiennes veulent mettre en avant leur expérience pionnière dans la déradicalisation. Des dizaines de délégations du monde entier et de responsables politiques ont visité ces deux dernières années le centre de Riyad ou son équivalent à Djeddah, la deuxième ville du pays. L’occasion aussi, pour le Royaume, d’affirmer sa détermination dans la lutte contre le terrorisme, qu’il est souvent soupçonné d’inspirer ou d’alimenter, au moins idéologiquement, par son wahhabisme rigoriste.

Libération du 26 avril 2017

Les maires appelés à surveiller l’islam radical

Un rapport sénatorial propose d’impliquer davantage les collectivités locales dans le contrôle des mosquées ou associations musulmanes radicales, notamment la mouvance salafiste.
Face aux risques que fait peser sur la société l’islam radical, les collectivités locales doivent renforcer, en collaboration avec l’État, leur vigilance. Dans un rapport rendu public hier, deux sénateurs, Jean-Marie Bockel (UDI) et Luc Carvounas (PS), analysent les menaces que représentent certains réseaux, notamment salafistes.
D’abord, le développement d’un communautarisme qui se manifeste par « une multiplicité de demandes qui peuvent paraître bénignes prises isolément, mais qui, considérées dans leur ensemble, font système et vont à l’encontre des principes qui régissent notre société. »
Le phénomène de radicalisation peut également « déboucher sur une violence qui va directement à l’encontre de tout ce que représentent les collectivités en termes de vie sociale et de communautés citoyennes. »
Ces réseaux fondamentalistes se développent à partir de mosquées mais aussi d’associations culturelles, sportives ou d’activités sociales qui vont leur permettre d’asseoir leur influence. Les deux sénateurs connaissent bien ces réalités de terrain. Le premier fut maire de Mulhouse et le deuxième, proche de Manuel Valls, est maire d’Alfortville (Val-de-Marne).
Or ils s’inquiètent qu’on ait minimisé la dangerosité de ces courants. Pire, « leur présence a pu rassurer certains élus dans la mesure où ils pouvaient sembler participer du contrôle social de certains quartiers ». Le rapport écarte les études selon lesquelles le salafisme serait travaillé par un glissement vers une forme de piétisme ou de mysticisme.
Dénonçant la « potentielle radicalité politique » de ce mouvement, le rapport assure que « la tentation de considérer le salafisme comme une variante au fond inoffensive a pu contribuer à retarder les efforts de vigilance de certaines collectivités. » Selon les auteurs du rapport, les élus locaux doivent aujourd’hui s’engager davantagedans une stratégie de préventionqui passe par un contrôle des embauches, des partenaires associatifs et des subventions. Une vigilance que recommandait déjà, en novembre 2015, l’Association des maires de France dans son vade-mecum sur la laïcité.
Mais les rapporteurs vont plus loin et veulent engagerles élus dans une logique de « signalement » et « d’intervention préventive » à l’égard d’individus ou de groupes qui « présentent des risques particuliers ».
Cela consisterait, en lien avec les services académiques de l’éducation nationale, à repérer les cas de déscolarisation et l’ouverture d’écoles hors contrat. Il s’agirait surtout d’améliorer les sources de renseignement. Le rapport suggère « d’engager une réflexion sur la constitution d’un fichier spécialisé destiné à permettre aux présidents d’exécutifs locaux de disposer des informations nominatives nécessaires à l’exercice de leur fonction ».
Pour améliorer le travail entre les élus et l’État, il faudrait aussi créer « une structure d’échanges sur l’identification des individus radicalisés » ou encore, mieux associer les municipalités à la prise en charge des individus en voie de radicalisation ou même « déjà radicalisés ».
Pour développer cette collaboration, sans que les collectivités locales empiètent, dans ce domaine très sensible, sur les compétences de l’État, on ne part pas de zéro. La loi de 2007 sur la prévention de la délinquance a permis d’institutionnaliser une telle stratégie. Il s’agit désormais, suggèrent les auteurs, de faire pour la radicalisation ce que l’on a réussi dans le champ des politiques de sécurité.
Une mosquée fermée en Seine-et-Marne
La préfecture de Seine-et-Marne a ordonné la fermeture administrative d’une mosquée à Torcy, dans le cadre de l’état d’urgence, pour des prêches « légitimant le djihad armé ». Selon l’arrêté de fermeture de la préfecture, les deux imams ont notamment « apporté leur soutien aux fidèles de la mosquée mis en cause dans la cellule terroriste dite ”de Cannes-Torcy” », dont le procès doit s’ouvrir le 20 avril.

La Croix du 12.04.2017

Les travaux de la délégation sur la prévention de la radicalisation

La radicalisation islamiste d’un certain nombre de résidents sur le territoire national est aujourd’hui une préoccupation cruciale des pouvoirs publics. Dans ce cadre, les autorités de l’État ont appelé à plusieurs reprises les collectivités territoriales à les aider dans la prévention de ce phénomène, qui inquiète tout particulièrement les maires, comme cela était apparu lors de leur rassemblement du 18 novembre dernier.
Toutefois, nombre d’élus locaux s’interrogent encore à la fois sur les contours de la notion de radicalisation, sur les mesures à prendre et sur les modalités du partenariat qui peut être engagé avec les services de l’État, en dépit de la montée en puissance progressive des cellules de veille présidées par les préfets.
La délégation sénatoriale aux collectivités territoriales et à la décentralisation a souhaité se saisir de la question et a chargé son président, Jean-Marie BOCKEL, sénateur du Haut-Rhin, et Luc CARVOUNAS, sénateur du Val-de-Marne, d’établir un rapport sur le sujet.
Afin de mener à bien leurs travaux, les rapporteurs, MM. Jean-Marie BOCKEL et Luc CARVOUNAS, ont souhaité consulter les élus du bloc communal et départementaux sur leur expérience de terrain.
La consultation a pris fin le 16 décembre 2016.


 

A lire

https://www.senat.fr/rap/r16-483/r16-483.html

 

 Le Bien Public du 12.04.2017

La Croix du 03.05.2017

A Stains, la mosquée fermée depuis novembre va rouvrir

Fermée sur le fondement de l’état d’urgence fin 2016, la mosquée de Stains va rouvrir ses portes. Une décision inédite rendue possible par les mesures de sécurité très strictes prises par l’équipe dirigeante, en accord avec le ministère de l’intérieur.
C’est une première depuis l’état d’urgence. La mosquée Al-Rawda de Stains (Seine-Saint-Denis), fermée depuis le 2 novembre 2016, va rouvrir ses portes. Le ministère de l’intérieur a en effet décidé d’abroger l’arrêté préfectoral de fermeture provisoire. En amont de cette décision, des mesures de sécurité drastiques ont été négociées entre la mosquée et la préfecture. Elles s’appliqueront dès la réouverture.
Ce lieu de culte, qui accueillait entre 700 et 1 000 personnes, avait été fermé car il constituait, selon le ministère, « un lieu influent de la mouvance salafiste » et « représentait, par son fonctionnement et sa fréquentation, une menace pour la sécurité et l’ordre publics ». En cause, des prêches jugés contraires aux valeurs de la République et le départ vers la Syrie de plusieurs djihadistes ayant fréquenté le lieu.
« La fermeture a été un très grand choc pour nous et notamment pour son dirigeant, Salih Attia, connu pour être un responsable très ouvert. Il assistait à la prière chaque vendredi et n’a jamais entendu l’imam proférer des paroles radicales. Si ce dernier tenait un autre discours en privé, nous ne pouvions pas le savoir », explique Mohammed Henniche, secrétaire général de l’union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM 93). Par deux fois, le Conseil d’État a en tout cas validé la fermeture.
« Nous comprenons les reproches qui ont été faits et nous avons répondu point par point aux demandes du ministère de l’intérieur », poursuit Mohammed Henniche, qui a travaillé sur la réouverture. Les conditions de sécurité qui s’appliqueront désormais sont en effet sans précédent. L’équipe dirigeante a d’abord accepté d’écarter l’imam mis en cause par le ministère, « pour montrer notre bonne foi », poursuit-il. Désormais, c’est un collège de trois imams qui se relaiera pour la prière. « Le but est d’éviter qu’un imam finisse par avoir la mainmise sur le lieu de culte », explique-t-il encore. La mosquée a aussi délégué la gestion des imams à l’UAM 93. Enfin, tous ont été choisis en accord avec la préfecture.
Un système de vidéoprotection va aussi être mis en place pour « mieux contrôler l’utilisation des lieux mis à la disposition des fidèles et prévenir ainsi la constitution de groupes incontrôlés, susceptibles de diffuser des messages radicaux », explique le ministère. Des caméras ont été disposées à l’entrée de la mosquée, davantage dans un but préventif que répressif : l’enjeu est de tenir d’éventuels perturbateurs radicaux à distance. D’autres caméras ont aussi été disposées à l’intérieur. « Si les autorités le souhaitent, elles pourront avoir accès aux vidéos des prêches que nous tiendrons à leur disposition », assure Mohammed Henniche.
Une « équipe de vigilance », composée d’une douzaine de fidèles ou de membres du conseil d’administration, a par ailleurs été instituée. Son rôle : « Alerter sur les comportements et les expressions contraires aux valeurs de la République », précise le ministère, y compris aux abords du lieu de culte.
Enfin, la mosquée a créé un site Internet pour dénoncer les actes terroristes et devra « développer un contre-discours » sur la radicalisation. Autant de mesures très strictes, voire intrusives pour la communauté des fidèles. « Nous payons le prix fort mais il ne nous semble pas exorbitant, juge Mohammed Henniche. C’est l’intérêt de tous de tenir les radicaux à distance. Nous n’avons pas d’amertume et nous sommes très heureux de pouvoir retrouver notre lieu de prière et la même équipe dirigeante. »
Sans ces mesures, la mosquée risquait en effet de rester fermée définitivement ou d’être confiée à une autre équipe. S’il assure que le dialogue avec la préfecture a été constructif et a permis de « combler le gouffre » entre deux mondes qui ne se parlaient pas, Mohammed Henniche prévient quand même contre le risque que ce type de dispositif soit étendu. « Il ne s’agit pas que les caméras de surveillance deviennent obligatoires dans toutes les mosquées ou que tous les imams soient validés par les préfectures… »
Depuis le début de l’état d’urgence, en novembre 2015, une trentaine de mosquées auraient été fermées.

Repères
Ce que dit la loi
La loi relative à l’état d’urgence autorise le ministre de l’intérieur et le préfet à fermer provisoirement un « lieu de culte » si « des propos constituant une provocation à la haine ou à la commission d’actes de terrorisme » y sont tenus.
Parmi les motifs, figurent les propos ou prêches de l’imam ; la fréquentation par des individus radicalisés ou en lien avec des combattants en Syrie ; des activités liées à l’islam radical (école coranique, filière de départ, financements…).
La fermeture dure le temps de l’état d’urgence, à moins d’être annulée en justice ou levée si les conditions sont réunies pour cela.

La Croix du 11.05.2017

Une mosquée fermée sous l'état d'urgence va rouvrir

Une mosquée de Seine-Saint-Denis, fermée en novembre 2016 dans le cadre de l'état d'urgence, est la première à pouvoir rouvrir, après s'être engagée à changer d'imam et à installer de la vidéosurveillance. La mosquée "Al Rawda" de Stains accueillait plus de 600 fidèles lors de la prière du vendredi. Les autorités lui reprochaient d'avoir accueilli des figures du djihad, dont Fabien Clain, voix de la revendication des attaques du 13 novembre 2015 à Paris.

Le Bien Public du 11.05.2017

Al-Azhar poussé à « rénover » son discours religieux

Le grand imam d’Al-Azhar, Ahmed Al Tayeb, attendait beaucoup de la visite du pape François au Caire pour asseoir sa légitimité auprès des musulmans. Confronté à l’opposition des islamistes et des salafistes, il est accusé, en Égypte, de propager les idées extrémistes.
Le Caire (Égypte) De notre envoyée spéciale
La visite du pape François, les 28 et 29 avril, a été un succès pour le cheikh Ahmed Al Tayeb : échanges de discours, accolade appuyée… De quoi accréditer l’idée – séduisante à l’étranger – selon laquelle le grand imam d’Al-Azhar serait en quelque sorte l’équivalent du pape pour le monde sunnite. En réalité, le répit n’aura été que de courte durée. Car cette référence de l’islam égyptien (1) est sous pression dans son pays.
Depuis son accession au pouvoir, le président Abdel Fattah Al Sissi, un général volontiers présenté comme un religieux observant, ne cesse d’appeler Al-Azhar à réformer son discours pour qu’il soit « en accord avec son temps ». « Le monde entier est suspendu à vos lèvres, car la nation islamique (oumma) entière est déchirée », a-t-il lancé fin décembre 2014 à Ahmed Al Tayeb dans son discours du Nouvel An. « Nous ne faisons pas assez, reprochait-il. Le problème n’a jamais été notre foi. Il est peut-être lié à une idéologie que nous sanctifions. »
Désormais, une partie de la presse ajoute ses critiques aux siennes, accusant Al-Azhar de contribuer à diffuser l’extrémisme. Le présentateur de télévision Islam Al Behairy a ainsi vertement critiqué les programmes d’Al-Azhar et notamment l’enseignement de hadiths (propos ou gestes prêtés à Mohammed par la tradition islamique) « incitant à la violence » (lire ci-contre).
« Le problème est que personne ne sait précisément en quoi consiste cette réforme : Sissi a lancé l’idée et laisse tout le monde se débrouiller », peste un étudiant azhariste. Il y a quelques semaines, le président a publiquement demandé à Al-Azhar d’entériner une réforme du divorce, pour mettre fin à la pratique de la répudiation orale, qui permet à un homme de divorcer en répétant trois fois une formule sans avoir besoin de passer devant un juge ou un officier de l’état civil. Le Conseil des oulémas a fermement refusé, rappelant la conformité de cette pratique à la charia. « Sissi a raison sur le fond, mais il s’y prend très mal », reconnaît un politologue égyptien.
Le même flou règne sur les intentions du grand imam. Al-Azhar – qui n’avait pas été consultée – s’est opposée l’an dernier au projet du ministre des waqfs de diffuser tous les vendredis un « prêche écrit » dans les mosquées. « Les prêches perdront de leur profondeur et de leur capacité à contrer les pensées déviantes », a affirmé son Conseil des oulémas, obligeant le ministre à n’imposer finalement que des « thèmes ». « Toutes les institutions du pays doivent prendre leur part dans la responsabilité et dans la lutte contre l’extrémisme », répètent aussi les azharistes, agacés d’être « les seuls accusés ».
L’entourage du cheikh Ahmed Al Tayeb le défend vigoureusement des accusations d’immobilisme, rappelant la mise en place d’un « comité interdisciplinaire » composé d’universitaires, d’intellectuels et de journalistes pour réfléchir « aux causes de la violence et du fanatisme ». Un comité d’experts en éducation s’est penché de son côté sur les programmes d’éducation islamique. Dans la précipitation, il a été décidé de retirer des manuels scolaires « les avis (fatwas) » issus de la doctrine classique et justifiant les actes de Daech. « Mais le plus important est d’améliorer la formation des imams », reconnaît Oussama Nabil, responsable de la section francophone de la faculté des lettres d’Al-Azhar, en soulignant qu’un centre de formation continue vient d’être inauguré pour eux sur le campus de l’université.
L’entourage du grand imam rappelle également la publication – dès 2011 – des « documents d’Al-Azhar », salués à l’époque pour leurs avancées en direction d’un État garantissant la séparation des pouvoirs, respectueux des « libertés fondamentales ». « Depuis l’invasion de Daech, l’actualité nous a poussés à nous concentrer davantage sur son argumentaire pour mieux le contrer », indique Oussama Nabil. D’où la création d’un Observatoire en sept langues, chargé de corriger chaque jour des interprétations considérées comme déviantes. D’où aussi les grandes conférences internationales organisées au Caire en décembre 2014 pour « combattre l’extrémisme » puis mars 2015 « sur la citoyenneté et le pluralisme ».
Il n’empêche, et malgré ses appels répétés après les récents attentats dans des églises de Tanta et Alexandrie, le président égyptien estime ne pas être parvenu à ses fins. La querelle ne cesse donc de s’envenimer, au point que des rumeurs lui prêtent le désir de remplacer Ahmed Al Tayyeb. « Pour certains, le grand imam bloque tout. D’autres soulignent les déclarations qu’il parvient à faire signer aux plus conservateurs », note le politologue. Tous s’interrogent, en tout cas, sur les projets de ce théologien nourri de soufisme, « esprit curieux » passé quelques mois à la Sorbonne dans sa jeunesse, mais aussi fin politique et même tacticien. Est-il un farouche partisan d’un « islam des Lumières » empêché d’agir par les Frères musulmans et les salafistes et contraint d’affirmer son indépendance face au pouvoir politique ? Ou un opposant à l’islamisme mais aussi à « l’Occident » et partisan d’une réforme a minima ?
Lors de la Conférence internationale sur la paix qui se déroulait au Caire les 27 et 28 avril et qu’est venu conclure le pape, un échange tendu avec un intervenant apporte un début de réponse. Prenant la parole à la suite d’un spécialiste saoudien de la charia qui avait accusé « la Bible d’être infiniment plus violente que le Coran », un philosophe et éditorialiste mauritanien – citant Paul Ricoeur ! – a appelé à dépasser cette « guerre des textes » en proposant des « principes d’interprétation » modernes. « Nous avons nos propres outils d’analyse des textes sacrés au sein de la tradition musulmane », lui a rétorqué le grand imam d’al-Azhar. Avoir recours aux sciences humaines « occidentales » rend leur lecture « erronée ».
La controverse étalée dans les médias
Jeudi dernier, Ahmed Hosni Taha, qui assurait l’intérim de la présidence de l’Université d’Al-Azhar, a été contraint de s’excuser publiquement après avoir traité d’« apostat » le présentateur télévisé Islam al-Behairy, condamné à un an de prison pour « insulte à la religion » avant de bénéficier d’une grâce présidentielle. Le lendemain, un communiqué du grand imam d’Al-Azhar annonçait également son remplacement à la tête de l’université.
De leur côté, des parlementaires proposent de réformer la nomination des membres du Conseil des oulémas (chargé d’élire le grand imam), voire même de plafonner à deux fois quatre ans le mandat de ce dernier. Une proposition dont le président du Parlement vient de rappeler qu’elle se heurte à la Constitution.
(1) Avec le grand mufti et le ministre des waqfs

La Croix du 17.05.2017

 









 

 

 

 

ISLAMOPHOBIE


Discrimination au vote

Une électrice d'Orange, dans le Vaucluse, a porté plainte après avoir été obligée de retirer son voile pour voter au second tour des élections présidentielles. « J'ai donné ma carte d'identité, d'électeur. Le monsieur me regardait avec un air bizarre (…). Il m'a dit : " Madame, vous enlevez votre voile, c'est la loi, sinon vous ne votez pas ! " » relate cette citoyenne choquée. Pour rappel, les signes religieux visibles ne sont pas interdits dans les bureaux de vote. En revanche, il est interdit de venir voter en portant un voile intégral. Tout un symbole que cette scène ait eu lieu à Orange, dirigée depuis 1995 par Jacques Bompard d'abord membre du FN puis du Mouvement pour la France avant de fonder la Ligue du Sud.

Golias n° 481 – 18.05.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

ISRAEL


Le sacrifice de Pessah de retour dans la vieille ville de Jérusalem

Une association dont le but est de reconstruire le Temple de Jérusalem a pu procéder au sacrifice rituel de Pessah à deux pas du Mur occidental. Cette première depuis presque 2 000 ans suscite incompréhension et malaise dans une grande partie de la communauté juive.

Mais, fait inhabituel, la police a déclaré cette fois que l’association pourrait procéder au rituel dans le centre du quartier juif de la vieille ville, à quelques centaines de mètres des restes du Temple.
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Mais, fait inhabituel, la police a déclaré cette fois que l’association pourrait procéder au rituel dans le centre du quartier juif de la vieille ville, à quelques centaines de mètres des restes du Temple. / MENAHEM KAHANA/AFP
Pour la première fois depuis la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains en l’an 70, un sacrifice rituel de Pessah a eu lieu dans la vieille ville, jeudi 6 avril. Depuis 1987, le Temple Institute « se consacre à tous les aspects du commandement biblique de construire le Temple Sacré sur le Mont Moria », où se situe actuellement l’esplanade des mosquées, un lieu saint de l’islam.

Chaque année, l’association israélienne demande aux autorités l’autorisation de sacrifier un mouton pour la Pâque juive dans le parc Davidson, au pied du mur occidental ou même sur l’esplanade des mosquées. Chaque année, l’autorisation leur est refusée. Cela a été une fois de plus le cas, lundi 3 avril, par la Haute Cour de Justice israélienne.

Habituellement, les fidèles devaient alors se replier en dehors de la cité antique, dans des quartiers périphériques ou à l’extérieur de Jérusalem. Mais, fait inhabituel, la police a déclaré cette fois que l’association pourrait procéder au rituel dans le centre du quartier juif de la vieille ville, à quelques centaines de mètres des restes du Temple.

Accélérer la venue du Messie

Dans l’esprit du fondateur de l’association, le rabbin Yisrael Ariel, « chaque génération doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour reconstruire le Temple ». Ce qui explique qu’il souhaite procéder aux cultes comme si l’édifice était toujours présent, afin d’accélérer selon lui la venue du Messie. Le Temple Institute a également reproduit la vaisselle sacrée du Temple et une « ménorah en or massif » devant intégrer le futur Temple.

L’idée est loin de faire l’unanimité dans la communauté juive. Moché Lewin, rabbin du Raincy et vice-président de la Conférence des rabbins européens, explique « que tous les sacrifices ont été suspendus avec la destruction du Temple » et que les membres du Temple Institute « ne représentent qu’une infime minorité » des juifs. Le rabbin Stephen Berkowitz, officiant au sein du Mouvement juif libéral de France, précise que le problème principal réside dans le fait qu’il est « normalement interdit de forcer la main de Dieu sur l’arrivée messianique ».

Une « absence de consensus »

Après la destruction du Temple, les sacrifices rituels ont été « remplacés par la prière », raconte Rabbi Berkowitz. À l’occasion du dîner rituel de Pessah, « on met un os de mouton dans l’assiette pour rappeler le symbole du sacrifice ». Mais les rabbins du Temple Institute profitent d’une « absence de consensus » sur la question de la nécessité du Temple pour procéder aux sacrifices rituels. Dans l’idéal, « un Sanhédrin [une assemblée religieuse qui édicterait les règles pour tous les juifs] aurait une autorité reconnue et pourrait dire s’il faut continuer à faire les sacrifices ou non ». Mais avec la Diaspora, les communautés juives « se plient aux décisions du rabbin du coin ».

Le rabbin Berkowitz confie également son malaise sur la situation engendrée par « ces excités et ces extrémistes ». Leurs fréquents passages en force pour venir prier sur l’esplanade des mosquées contribuent à attiser les tensions avec la communauté musulmane de Jérusalem. Régulièrement, l’association dénonce les pratiques de la police qui leur restreint l’accès au lieu saint musulman.

La Croix du 10.04.2017

En Israël-Palestine, l’Église refuse de considérer la situation comme « normale »

Dans un communiqué paru dimanche 14 mai, la commission Justice et paix de l’Assemblée des ordinaires catholiques de Terre sainte s’oppose à la « normalisation » des relations avec l’État d’Israël.
Appliqué au contexte israélo-palestinien, le terme de « normalisation » désigne une attitude de dialogue qui ferait abstraction du déséquilibre dans le rapport de force sur le terrain. Autrement dit, une relation à Israël qui ne s’accompagnerait pas d’une dénonciation claire de l’occupation et des discriminations subies par les Palestiniens.
Ce terme de « normalisation », déjà connoté négativement dans le monde arabe, fait désormais l’objet de la désapprobation de l’Église catholique locale, si l’on en croit un récent communiqué de la commission Justice et paix de l’Assemblée des ordinaires catholiques de Terre sainte.
Prudemment intitulé « La question de la normalisation », ce texte adopte un ton plus ferme dans son contenu. Il a été publié le dimanche 14 mai à Jérusalem.
Des citoyens arabes discriminés
« Dans les deux sociétés, israélienne et palestinienne, la vie des Palestiniens est loin d’être normale et agir “comme si” les choses étaient normales fait fi de la violation de droits de l’homme fondamentaux », indique le communiqué. « En même temps, dans les deux situations, la vie quotidienne nécessite certaines relations avec les autorités israéliennes. Mais toutes les personnes et institutions impliquées dans ces relations devraient être conscientes que l’“anormalité” doit être rectifiée. »
Cette « anormalité », précise le texte, concerne aussi bien l’occupation militaire israélienne imposée en Cisjordanie et à Jérusalem-Est que les discriminations qui affectent les Palestiniens citoyens d’Israël (aussi appelés Arabes israéliens) à l’intérieur des frontières de l’État hébreu.
Censés être égaux en droits avec les Israéliens juifs, ces citoyens arabes se voient discriminés dans différents domaines comme l’éducation, l’emploi ou encore les budgets municipaux, rappellent les ordinaires.
« Une blessure ouverte »
Ces évêques et prêtres des différentes communautés catholiques de Terre Sainte, qualifiant la situation politique sur place de « troublée et sans espoir », ont toutefois réitéré leur engagement pour la paix et la justice au Proche-Orient. Ils ont aussi invité les communautés chrétiennes, les responsables religieux et les croyants vivant sur place à travailler dans ce même but.
« L’Église ne peut jamais ignorer l’injustice en faisant “comme si” tout allait bien, mais elle est obligée de prendre la parole, de résister au mal et de travailler sans relâche pour que les choses changent, poursuit le communiqué. De plus, l’Église locale en Israël-Palestine a la responsabilité de rappeler à l’Église universelle qu’Israël-Palestine est une blessure ouverte et purulente, et que la situation ne peut pas être considérée comme normale. »
Ce communiqué de la commission Justice et paix a été publié le 14 mai, c’est-à-dire 69 ans jour pour jour après la création de l’État d’Israël.
Le samedi 13 mai, les Palestiniens étaient appelés aux urnes en Cisjordanie, pour un scrutin municipal déjà maintes fois reporté et dont les résultats semblaient joués d’avance. Le Fatah du président Mahmoud Abbas est arrivé en tête dans la plupart des grandes villes.

La Croix du 16.04.2017


 


 

 

 

 

LAICISME


Discrimination au vote

Une électrice d'Orange, dans le Vaucluse, a porté plainte après avoir été obligée de retirer son voile pour voter au second tour des élections présidentielles. « J'ai donné ma carte d'identité, d'électeur. Le monsieur me regardait avec un air bizarre (…). Il m'a dit : " Madame, vous enlevez votre voile, c'est la loi, sinon vous ne votez pas ! " » relate cette citoyenne choquée. Pour rappel, les signes religieux visibles ne sont pas interdits dans les bureaux de vote. En revanche, il est interdit de venir voter en portant un voile intégral. Tout un symbole que cette scène ait eu lieu à Orange, dirigée depuis 1995 par Jacques Bompard d'abord membre du FN puis du Mouvement pour la France avant de fonder la Ligue du Sud.

Golias n° 481 – 18.05.2017
 

 

 

 

 


 

 

 

 

LAICITE


Laïcité : en Isère, pas de voile sur le banc de touche

La Ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football a sommé Essia Aouini de retirer son foulard. L’Observatoire de la laïcité a été saisi du dossier.

Déclareront-elles forfait ? C’est un petit tournoi, impliquant des pré-ados évoluant dans un club amateur. Si l’on en parle, c’est qu’une affaire concernant l’un de ses éducateurs pourrait avoir « des conséquences sur des centaines de milliers de personnes », indique Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité.

En cause, le voile porté par l’entraîneuse de l’équipe des filles de moins de 13 ans de l’AS Surieux, un club amateur de 180 licenciés situé à Echirolles, au sud de Grenoble (Isère). Vendredi 21 avril, le président de la Ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football a notifié au club qu’Essia Aouini devait l’ôter si elle voulait être au bord du terrain le 6 mai prochain, jour de la finale de la Coupe Rhône-Alpes.

L’entraîneuse bénévole n’entend pas retirer son voile

« Pourquoi si tard ? s’interroge cette étudiante en licence d’anglais de 19 ans. Depuis le début de la saison, alors que nous jouons en compétition tous les samedis, ni les clubs adverses ni les arbitres n’ont jamais fait de commentaires sur ma tenue. » Quoi qu’il arrive, l’entraîneuse bénévole n’entend pas retirer son voile. « Pas pour un match de football, dit-elle. Le bureau du club et les enfants me soutiennent dans ma décision. »

« Nous ne voulons pas aller à l’encontre des règles ni réécrire la loi. Mais elle n’est pas appliquée à des joueurs professionnels qui se signent ou se prosternent sur les terrains, estime Amar Benguedouar, président de l’AS Surieux. Et puis on ne peut pas nous faire ça au moment où nous atteignons la finale d’une compétition. »

Jusqu’où s’étend la mission de service public déléguée à la FFF ?

« Nous n’avons appris que très récemment que l’entraîneuse portait un voile, » justifie Bernard Barbet, président de la Ligue Auvergne-Rhône-Alpes de football. Elle « apparaît voilée sur la photo de groupe que le club nous a fait parvenir récemment », assure-t-il, appuyant sa décision sur les statuts de la Ligue Auvergne-Rhône-Alpes, inspirés de ceux de la Fédération française de football (FFF). Le premier article indique que « sont interdits à l’occasion de compétitions ou de manifestations organisées sur le territoire de la Fédération ou en lien avec celles-ci (…) tout port de signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale ».

Point final ? Pas tout à fait. Le club a saisi l’Observatoire de la laïcité. Un premier doute porte sur l’article évoqué par la Ligue. « Il s’applique avant tout aux joueurs », estime Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité. Pour lui, la principale question posée est de « savoir si la mission de service public déléguée à la FFF est ensuite déléguée à la Ligue, puis aux clubs amateurs ». Auquel cas, une stricte neutralité s’appliquerait.

En 2014, la Fifa avait autorisé le port du voile sur les terrains

L’Observatoire de la laïcité attend d’examiner les documents envoyés par le club et par la FFF avant d’émettre un avis. Confrontée régulièrement à la question du respect de la laïcité, hostile à la décision de la Fifa en 2014 d’autoriser le port du voile islamique sur les terrains, la FFF semble vouloir temporiser. Et pour cause, la décision s’appliquera ensuite « à tous les signes religieux, y compris les plus discrets, jusqu’au moindre club amateur de village ou de quartier », avertit Nicolas Cadène.

Si la jeune femme devait se plier à la demande de la Ligue, elle indique à La Croix que son équipe déclarera forfait. « Des associations m’ont approchée, me suggérant de me présenter tout de même voile sur la tête pour changer les choses », glisse Essia Aouini, qui n’entend pas pour l’heure donner suite.

Président (LR) du conseil régional Auvergne-Rhône-alpes, Laurent Wauquiez s’est également saisi de l’affaire. Il a annoncé mercredi 26 avril son intention de conditionner « tout conventionnement au strict respect de la laïcité et au refus de toute forme de communautarisme dans les actions menées par ces structures ».

La Croix du 26.04.2017

Les nouveaux aumôniers doivent se former à la laïcité

Un nouveau décret exige désormais des aumôniers l’obtention d’un diplôme après une formation civique et civile. Les cultes saluent la décision mais regrettent un manque de discussion avec le ministère.
Qu’ils exercent dans les prisons, les hôpitaux ou les bataillons, tous les aumôniers devront désormais être formés à la laïcité. Un décret, paru le 5 mai, rend obligatoire la possession d’un diplôme « sanctionnant une formation civique et civile agréée » pour les futurs aumôniers pénitentiaires, hospitaliers et militaires. Le texte concerne uniquement les « aumôniers rémunérés et nouvellement recrutés », qui devront donc être déjà diplômés lors de leur recrutement, ou s’engager à l’être dans les deux ans.
Fruit d’une longue élaboration au ministère de l’intérieur, ce décret « assure à des acteurs qui ont un rôle particulier le partage d’un socle commun de connaissances sur les valeurs et les principes de la République », explique-t-on au ministère. « On ne peut pas nier la nécessité d’un tel diplôme, surtout après les attentats de 2015 », ajoute un responsable qui a participé à sa rédaction aux côtés de Bernard Cazeneuve et de Manuel Valls, véritables instigateurs du projet. Une façon à peine dissimulée de désigner le véritable destinataire du texte : les aumôniers de prison de culte musulman, en première ligne pour lutter contre la radicalisation, selon le ministère. « Tous les acteurs de la prévention de la radicalisation doivent être associés, et l’aumônier pénitentiaire n’est pas un acteur anodin. »
Une position critiquée par le pasteur Brice Deymié, aumônier national des prisons à la Fédération protestante de France : « Il ne faut pas instrumentaliser l’aumônier, et la lutte contre la radicalisation n’est pas notre boulot. » Cependant, les représentants musulmans ne s’opposent pas à ce décret : « Cela apportera un plus à nos aumôniers et sera bénéfique pour tout le monde », estime Hassan El Alaoui Talibi, aumônier général musulman des prisons. « Les formations doivent se généraliser ».
Mais tous critiquent le manque de consultation des aumôniers par le ministère concernant ce projet : « Il faut nous écouter, et d’abord parler de notre statut ! », s’exclame le pasteur Deymié. « On dirait que le ministère ne connaît pas la vie sur le terrain : nos besoins n’ont pas été entendus. » Un reproche partagé par le Père Jean-Marie Onfray, responsable du pôle santé à la Conférence des évêques de France : « On ne nous demande jamais notre avis », regrette-t-il.
Pourtant, en 2015, les discussions « avaient bien démarré », selon le pasteur Deymié, avec notamment un dialogue entre les différents cultes, mais le départ de Christiane Taubira, la ministre de la justice – dont dépendent les aumôniers pénitentiaires – et les changements de direction au bureau central des cultes ont rendu difficile cette collaboration. Une difficulté que le ministère de l’intérieur reconnaît à demi-mot.
C’est donc une « occasion manquée », selon le pasteur, regrettant un moment qui aurait pu donner lieu à une « construction collective » avec les autres cultes. D’autant qu’il juge « très positif » le fait d’avoir une formation, et ne s’oppose donc pas à ce que l’État propose un tel décret : « Cela fait d’ailleurs plusieurs années que nous avons un DU (diplôme universitaire) pour nos aumôniers, centré sur la pratique, mais il n’a pas été homologué », regrette-t-il.
En effet, pour être reconnus comme des « DU de laïcité », ces formations doivent comprendre 120 à 160 heures de cours sur le fait religieux, le fonctionnement des institutions françaises ou le dialogue interreligieux. Un nombre d’heures « trop élevé », selon le pasteur Deymié, qui demande « une cinquantaine d’heures » au maximum, ou un système d’équivalences qui permettrait de faire reconnaître des diplômes préexistants.
La question des équivalences est également au cœur des préoccupations des catholiques. « Tant qu’il n’y a pas les mesures d’application (qui devraient paraître la semaine prochaine dans un arrêté, NDLR), je dis à mes collègues de ne pas s’exciter, mais la question de la validation de nos formations nous inquiète quand même », reconnaît le Père Onfray. « Cela va compliquer la vie et le recrutement des aumôniers pénitentiaires », ajoute le Père Jean-François Penhouet, aumônier général catholique des prisons, secondé par Hassan El Alaoui Talibi, son homologue musulman.
Inquiétude infondée, selon le ministère de l’intérieur. « L’usager ne doit pas être pénalisé », assure-t-on Place Beauvau, et « nous allons trouver une solution avec des équivalences et des passerelles ». Seize « DU de laïcité » existent déjà en France, notamment à Strasbourg, Aix, Lyon et Montpellier. D’autres universités pourront faire homologuer leur diplôme si celui-ci respecte « des critères d’horaires et de contenus » ainsi que la charte d’homologation déjà existante.
repères
Les aumôniers en chiffres
Dans les prisons. Au 1er janvier 2015, selon le ministère de l’intérieur, les prisons françaises comptaient 1 628 intervenants d’aumônerie, dont 972 bénévoles. Le culte catholique est le plus représenté, avec 760 aumôniers. Viennent ensuite le culte protestant (377 intervenants) et le culte musulman (193 intervenants).
Dans les armées. Deux cents aumôniers catholiques servent sous les drapeaux, ainsi que 76 protestants, 35 musulmans et 30 israélites, dont la majorité exerce à temps partiel ; 16 aumôniers sont déployés en permanence en opération extérieure.
Dans les hôpitaux. Pas de recensement, mais tous les hôpitaux doivent disposer d’une équipe d’aumôniers pluriconfessionnelle. Le culte catholique dispose d’environ 1 200 aumôniers hospitaliers, selon la Conférence des évêques de France.

La Croix du 09.05.2017

La messe de France 2 décalée pour l’investiture, un « non-débat » pour Le Jour du Seigneur

Le Jour du Seigneur est avancé ce dimanche 14 mai en raison de l’investiture d’Emmanuel Macron. Christine Boutin réagit, l’émission lui répond.

En raison de la cérémonie d’investiture d’Emmanuel Macron, l’émission de France 2 Le jour du Seigneur, habituellement diffusée aux alentours de 10 h 30 est décalée à 7 h 30 dimanche 14 mai.

L’annonce a suscité des réactions sur le réseau social Twitter. Christine Boutin, fondatrice du parti chrétien-démocrate a ainsi commenté : « Pas de messe France 2 pour passation de pouvoir ! C’est la 1re fois qu’elle a lieu un dimanche ! Les choix d’Emmanuel Macron sont très clairs ». Une information que l’émission a démentie via son compte Twitter, précisant : « Pas de panique ! La messe sera bien diffusée, mais avancée à 7 h 35. »

Pour Fabienne Soulard, rédactrice en chef adjointe du Jour du Seigneur, il s’agit d’un « non-débat », assurant à La Croix : « On tient à être présent chaque dimanche ». « France TV nous avait demandé de décaler notre programmation car elle prend l’antenne à partir de 8h30. On s’est donc adapté et la messe est décalée, sans être supprimée. » Une situation qui se présente d’ailleurs plusieurs fois dans l’année, « notamment quand il y a des événements sportifs. Je pense au Tour de France, tous les ans. Quand le 14 juillet tombe un dimanche, aussi », précise-t-elle encore. Et d’ajouter : « Ça n’a rien à voir avec une place des religions qui serait limitée ou réduite. »

La Croix du 12.05.2017

Les nouveaux aumôniers doivent se former à la laïcité

Un nouveau décret exige désormais des aumôniers l’obtention d’un diplôme après une formation civique et civile. Les cultes saluent la décision mais regrettent un manque de discussion avec le ministère.
Qu’ils exercent dans les prisons, les hôpitaux ou les bataillons, tous les aumôniers devront désormais être formés à la laïcité. Un décret, paru le 5 mai, rend obligatoire la possession d’un diplôme « sanctionnant une formation civique et civile agréée » pour les futurs aumôniers pénitentiaires, hospitaliers et militaires. Le texte concerne uniquement les « aumôniers rémunérés et nouvellement recrutés », qui devront donc être déjà diplômés lors de leur recrutement, ou s’engager à l’être dans les deux ans.
Fruit d’une longue élaboration au ministère de l’intérieur, ce décret « assure à des acteurs qui ont un rôle particulier le partage d’un socle commun de connaissances sur les valeurs et les principes de la République », explique-t-on au ministère. « On ne peut pas nier la nécessité d’un tel diplôme, surtout après les attentats de 2015 », ajoute un responsable qui a participé à sa rédaction aux côtés de Bernard Cazeneuve et de Manuel Valls, véritables instigateurs du projet. Une façon à peine dissimulée de désigner le véritable destinataire du texte : les aumôniers de prison de culte musulman, en première ligne pour lutter contre la radicalisation, selon le ministère. « Tous les acteurs de la prévention de la radicalisation doivent être associés, et l’aumônier pénitentiaire n’est pas un acteur anodin. »
Une position critiquée par le pasteur Brice Deymié, aumônier national des prisons à la Fédération protestante de France : « Il ne faut pas instrumentaliser l’aumônier, et la lutte contre la radicalisation n’est pas notre boulot. » Cependant, les représentants musulmans ne s’opposent pas à ce décret : « Cela apportera un plus à nos aumôniers et sera bénéfique pour tout le monde », estime Hassan El Alaoui Talibi, aumônier général musulman des prisons. « Les formations doivent se généraliser ».
Mais tous critiquent le manque de consultation des aumôniers par le ministère concernant ce projet : « Il faut nous écouter, et d’abord parler de notre statut ! », s’exclame le pasteur Deymié. « On dirait que le ministère ne connaît pas la vie sur le terrain : nos besoins n’ont pas été entendus. » Un reproche partagé par le Père Jean-Marie Onfray, responsable du pôle santé à la Conférence des évêques de France : « On ne nous demande jamais notre avis », regrette-t-il.
Pourtant, en 2015, les discussions « avaient bien démarré », selon le pasteur Deymié, avec notamment un dialogue entre les différents cultes, mais le départ de Christiane Taubira, la ministre de la justice – dont dépendent les aumôniers pénitentiaires – et les changements de direction au bureau central des cultes ont rendu difficile cette collaboration. Une difficulté que le ministère de l’intérieur reconnaît à demi-mot.
C’est donc une « occasion manquée », selon le pasteur, regrettant un moment qui aurait pu donner lieu à une « construction collective » avec les autres cultes. D’autant qu’il juge « très positif » le fait d’avoir une formation, et ne s’oppose donc pas à ce que l’État propose un tel décret : « Cela fait d’ailleurs plusieurs années que nous avons un DU (diplôme universitaire) pour nos aumôniers, centré sur la pratique, mais il n’a pas été homologué », regrette-t-il.
En effet, pour être reconnus comme des « DU de laïcité », ces formations doivent comprendre 120 à 160 heures de cours sur le fait religieux, le fonctionnement des institutions françaises ou le dialogue interreligieux. Un nombre d’heures « trop élevé », selon le pasteur Deymié, qui demande « une cinquantaine d’heures » au maximum, ou un système d’équivalences qui permettrait de faire reconnaître des diplômes préexistants.
La question des équivalences est également au cœur des préoccupations des catholiques. « Tant qu’il n’y a pas les mesures d’application (qui devraient paraître la semaine prochaine dans un arrêté, NDLR), je dis à mes collègues de ne pas s’exciter, mais la question de la validation de nos formations nous inquiète quand même », reconnaît le Père Onfray. « Cela va compliquer la vie et le recrutement des aumôniers pénitentiaires », ajoute le Père Jean-François Penhouet, aumônier général catholique des prisons, secondé par Hassan El Alaoui Talibi, son homologue musulman.
Inquiétude infondée, selon le ministère de l’intérieur. « L’usager ne doit pas être pénalisé », assure-t-on Place Beauvau, et « nous allons trouver une solution avec des équivalences et des passerelles ». Seize « DU de laïcité » existent déjà en France, notamment à Strasbourg, Aix, Lyon et Montpellier. D’autres universités pourront faire homologuer leur diplôme si celui-ci respecte « des critères d’horaires et de contenus » ainsi que la charte d’homologation déjà existante.

Repères

Les aumôniers en chiffres
Dans les prisons. Au 1er janvier 2015, selon le ministère de l’intérieur, les prisons françaises comptaient 1 628 intervenants d’aumônerie, dont 972 bénévoles. Le culte catholique est le plus représenté, avec 760 aumôniers. Viennent ensuite le culte protestant (377 intervenants) et le culte musulman (193 intervenants).
Dans les armées. Deux cents aumôniers catholiques servent sous les drapeaux, ainsi que 76 protestants, 35 musulmans et 30 israélites, dont la majorité exerce à temps partiel ; 16 aumôniers sont déployés en permanence en opération extérieure.
Dans les hôpitaux. Pas de recensement, mais tous les hôpitaux doivent disposer d’une équipe d’aumôniers pluriconfessionnelle. Le culte catholique dispose d’environ 1 200 aumôniers hospitaliers, selon la Conférence des évêques de France.

La Croix du 09.05.2017

Le voile islamique progresse sur les terrains de sport

Après le football, le judo ou le beach-volley, le basket autorise à son tour les femmes musulmanes à porter un voile pendant les matchs. Une nouvelle réglementation qui montre l’évolution de la place des signes religieux dans le sport.

La fédération internationale de basket (FIBA) a tranché : les basketteuses musulmanes pourront désormais jouer voilées. Réunie en congrès à Hong Kong les 4 et 5 mai, l’instance avait entamé un processus de révision de son règlement en septembre 2014 pour autoriser les « accessoires vestimentaires servant à se couvrir la tête ».

Cette nouvelle règle ne concerne donc pas uniquement le port du voile pour les musulmanes, mais également celui de la kippa pour les juifs et du turban pour les sikhs, même si les femmes voilées sont les premières visées – le communiqué de la FIBA ne mentionnant que les « joueuses ».

Lors des Jeux asiatiques de 2014, le Qatar avait retiré son équipe féminine de la compétition car le port du voile n’était pas autorisé pour des raisons de sécurité. Le pays avait ensuite qualifié « d’insulte » cette interdiction.

La sécurité est d’ailleurs au cœur des préoccupations de cette nouvelle réglementation, considérée comme la « reconnaissance des différences culturelles au niveau vestimentaire dans certains pays » mais aussi « développée de telle manière qu’elle minimise le risque de blessure », selon la FIBA.

L’accessoire ne devra donc cacher aucune partie du visage et ne comporter « aucun élément de fermeture autour du visage et/ou du cou ».

Judo, karaté, football : d’autres sports ont franchi le pas

La fédération de basket n’est pas la première instance sportive à poser la question du port d’un signe religieux pendant les matchs.

Ainsi, en judo, c’est le refus de la judoka saoudienne Wodjan Sharkani d’enlever son hijab avant de monter sur le tatami aux Jeux olympiques de Londres en 2012 qui avait poussé la Fédération internationale de judo à s’interroger. Elle avait finalement autorisé l’athlète saoudienne à combattre coiffée d’un bonnet.

De même, en beach-volley, le bikini n’est plus incontournable depuis l’assouplissement des règles d’habillement par la fédération en 2012, notamment pour promouvoir le sport à l’étranger et dans des pays où cette tenue pouvait choquer. L’argument de l’accessibilité au sport renforcée par l’autorisation du port du voile est souvent mis en avant par les fédérations.

Pour d’autres, ces décisions vont à l’encontre de la charte des Jeux olympiques, qui prohibe toute « démonstration ou (…) propagande politique, religieuse ou raciale ».

Mais le voile islamique dans le sport peut également être une occasion de se lancer dans un nouveau marché. Profitant de l’absence d’interdiction formelle du voile par la fédération internationale d’athlétisme, l’équipementier Nike a ainsi conçu un nouveau produit à destination de ces sportives voilées, le « Nike Pro Hijab », élaboré avec une ancienne haltérophile et une patineuse des Émirats arabes unis.

« La façon dont [les femmes musulmanes] s’habillent relève de leur choix. Ce hijab sportif va encourager une nouvelle génération d’athlètes à tenter de devenir sportives professionnelles », a déclaré l’haltérophile émirienne Amna al-Haddad sur Instagram pour promouvoir le produit, qui sera commercialisé début 2018.

Enfin, les décisions prises par les fédérations sportives internationales n’engagent pas nécessairement les instances nationales : ainsi, même si la Fédération internationale de football (Fifa), a autorisé le port du voile sur les terrains, la Fédération française demeure ferme sur le sujet.

« Que cela constitue un progrès dans certains pays, d’accord, parce que certaines jeunes filles pourront ainsi jouer au foot », déclarait Noël Le Graët, président de la FFF, en 2014. « Dans nos compétitions nationales, la France accepte tout le monde à condition que soient respectées cette neutralité et cette laïcité. »

La Croix du 08.05.2017

Les prêtres wallons ne devront pas prêter serment aux autorités civiles
Un projet de décret du gouvernement wallon sur de nouvelles mesures d’encadrement des lieux de cultes prévoyait d’obliger les ministres des cultes à prêter serment devant le bourgmestre (maire), suscitant notamment l’inquiétude de l’Église.

Outre la prestation de serment, le texte prévoit notamment d’imposer l’usage du français pour les réunions des conseils d’administration et tous leurs actes administratifs et l’obligation de fournir les attestations de conformité aux normes de sécurité et d’assurance des bâtiments.
Les prêtres wallons ne devront pas prêter serment aux autorités civiles pour exercer leur ministère. Un projet de décret prévoyant la mise en place de cette mesure a finalement été amendé lors de son passage en commission, vendredi 5 mai. De façon évidente, il imposait de nouvelles contraintes à toutes les religions alors qu’il vise clairement des problèmes propres au culte musulman.

Quel est ce projet de loi ?

Porté par le ministre wallon des pouvoirs locaux, Pierre-Yves Dermagne, ce « projet de décret relatif à la reconnaissance et aux obligations des établissements chargés de la gestion du temporel des cultes reconnus », vise à imposer de nouvelles contraintes aux lieux de culte pour les encadrer plus strictement, à des fins de lutte contre le radicalisme. Des mesures qui concernent tous les membres des « fabriques d’église » (pour les autres cultes, on parle de « conseil d’administration »), les comités chargés de la gestion financière et immobilière d’une paroisse, dont le curé est toujours membre.

La version initiale de ce texte prévoyait donc que ces personnes, ministres du culte inclus, devraient prêter serment devant le bourgmestre – l’équivalent belge du maire – de la commune sur laquelle ils exercent. Ils devraient ainsi jurer « de respecter la Constitution, la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’ensemble des législations existantes », et s’engager à faire respecter ces mêmes textes par les membres de leurs communautés.

Outre la prestation de serment, le texte prévoit notamment d’imposer l’usage du français pour les réunions des conseils d’administration et tous leurs actes administratifs et l’obligation de fournir les attestations de conformité aux normes de sécurité et d’assurance des bâtiments. De plus, pour mieux surveiller le financement des lieux de cultes par les pays étrangers, tous les dons et legs d’un montant supérieur à 10 000 € devront être soumis à la tutelle régionale.

Plus de serment, mais une déclaration sur l’honneur

Ce projet de décret n’a pas manqué de susciter des inquiétudes, notamment dans l’Église catholique, mais aussi chez les juifs et les protestants. « Ceci veut dire que les ministres du culte et les membres des fabriques d’église deviendront des serviteurs du pouvoir et perdront tout droit de critiques publiques et encore moins officielles des décisions ou des comportements des pouvoirs publics », alertait fin avril, dans une tribune au quotidien belge Le Soir, le secrétaire d’une fabrique d’église.

Au parlement wallon, les députés du Centre démocrate humaniste (CDH), parti centriste, se sont fait le relais de ces inquiétudes. « Nous ne remettons pas en cause le nécessaire encadrement des cultes à l’époque où nous vivons, expliquait fin avril le député Josy Arens. Mais un tel formalisme est excessif et va décourager les citoyens qui s’investissent dans les fabriques d’église. » Et ils ont réussi, début mai, lors du passage du texte en commission des pouvoirs locaux, à amender le texte, transformant la prestation de serment en une déclaration écrite sur l’honneur, au contenu très similaire.

Une évolution qui rassure le Père Tommy Scholtès, responsable de la communication des évêques belges. « Une déclaration sur l’honneur dans laquelle on s’engage à respecter la loi n’est pas un acte servile », estime-t-il. « Nous avons encore des questions, mais nous sommes en dialogue avec la région », précise-t-il. Quant au fait que ce projet de décret impose de nouvelles contraintes à toutes les religions alors qu’il vise clairement des problèmes propres au culte musulman, il ne s’en agace nullement, affirmant que « la loi doit toujours être non discriminatoire ».

La Croix du 09.05.2017

La Fédération internationale de basket autorise le port du voile

Après plus de deux ans de réflexion, la Fédération internationale de basket a autorisé en congrès le port d’« accessoires vestimentaires » couvrant la tête, tant que la sécurité des joueurs n’est pas mise en danger. Si elle concerne en priorité les joueuses musulmanes voilées, cette nouvelle règle englobe aussi le port de la kippa pour les juifs et du turban pour les sikhs. Elle entrera en vigueur le 1er octobre prochain.

La Croix du 09.05.2017

L’Allemagne interdit partiellement le voile intégral

Au nom de la neutralité de l’État, le Bundestag a voté une loi interdisant aux fonctionnaires le port d’un voile dissimulant le visage. Une évolution inédite dans un pays très attaché à la liberté religieuse.

La société allemande s’engage dans un tournant avec le vote par les députés, dans la nuit de jeudi 27 à vendredi 28 avril, d’un projet de loi interdisant partiellement le port du voile intégral. Les fonctionnaires et les agents de la fonction publique (juges, militaires…) devront afficher un visage totalement découvert dans l’exercice de leurs fonctions, indique le texte. Pour les personnes non-fonctionnaires, « lorsqu’une identification est nécessaire et requise », les autorités pourront également exiger qu’elles retirent le voile ou le tissu dissimulant leur visage, ajoute le projet de loi.

Un projet de loi à portée limitée

Ce texte ne mentionne pas explicitement le voile intégral islamique et limite son application aux serviteurs de l’État ainsi qu’aux contrôles de sécurité. Mais son esprit n’en demeure pas moins inédit outre-Rhin. Déjà sollicitée sur le voile intégral islamique dans le passé, la Cour constitutionnelle avait rappelé que la garantie de la diversité et de la liberté religieuses, constitutives de la société allemande, rendait toute interdiction impossible. « Dans une société ouverte sur les différentes croyances religieuses, les individus ne disposent pas d’un droit à être protégés des professions de foi des autres », expliquait le Bundestag en 2014 en se référant à la Cour constitutionnelle.

Au nom de la neutralité de l’État

Le projet de loi, qui doit encore être approuvé par la chambre haute du parlement (le Bundesrat), risque d’être contesté devant la Cour constitutionnelle, mais sa portée limitée ainsi que sa précision devraient le protéger d’une invalidation. D’autant que c’est au nom de l’impartialité de l’État et non d’une stigmatisation de l’islam que l’interdiction est décidée. « L’État a le devoir de se présenter lui-même de façon idéologiquement et religieusement neutre », insiste le texte. Il ajoute qu’« une dissimulation religieuse ou idéologique du visage dans l’exercice de la fonction publique (…) va à l’encontre de ce devoir de neutralité ».

Le contexte a évolué depuis 2014. À partir de l’été 2015, l’Allemagne a accueilli plus d’un million de demandeurs d’asile, pour la plupart venus du Moyen-Orient et musulmans. L’AfD, parti nationaliste et hostile à l’immigration, a quant à lui progressé dans l’électorat, promettant de s’inviter comme un concurrent de poids aux élections législatives de septembre prochain.

Parmi les parlementaires, les Verts et Die Linke, parti de la gauche radicale, ont voté contre le texte.

La Croix du 28.04.2017

La Croix du 11.05.2017


 



 



 



 

 

 

 

LIBERTE RELIGIEUSE


L’UE tente de garantir la liberté religieuse dans le monde

À l’extérieur de ses frontières, l’Union européenne promeut la liberté religieuse en s’appuyant sur des lignes directrices adoptées en 2013. La Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece) organise aujourd’hui à Bruxelles une conférence qui interroge leur mise en œuvre.
En 2013, l’Union européenne (UE) adoptait ses premières lignes directrices en matière de liberté de religion ou de conviction – un texte de 18 pages cherchant à donner des clés aux diplomates européens basés dans des pays extérieurs à l’Union, grâce à l’élaboration d’une définition commune de la liberté de religion et de conviction – et des moyens de la promouvoir. Le but est de protéger le droit de chaque être humain de croire ou de ne pas croire.
Près de quatre ans plus tard, leur mise en œuvre fait face à des obstacles de taille. Les meilleures manières de les éviter seront évoquées aujourd’hui à Bruxelles, le temps d’une conférence organisée par la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece). Toutefois, le bilan n’est pas complètement négatif, tant le contenu des lignes directrices fait toujours consensus. Les acteurs qui ont été mis à contribution pour l’élaboration du document ou ceux chargés de son application parlent d’un « texte équilibré », d’un « dispositif important » ou d’une « étape nécessaire ».
« Le fait religieux se voit souvent instrumentalisé, regrette le Père Olivier Poquillon, dominicain, secrétaire général de la Comece. Il est donc primordial de s’être doté d’un outil capable de mettre en œuvre une volonté politique en la matière. » Mais il ne le cache pas : « Un long chemin reste à parcourir. » Notamment parce que les lignes directrices restent peu connues.
« Même au sein du SEAE (le Service européen pour l’action extérieure, pourtant chargé du suivi de l’application des lignes directrices par les différentes délégations européennes dans le monde NDLR), certains fonctionnaires ne savent pas qu’elles existent, regrette Marek Misak, conseiller politique à la Comece. Et sur le terrain, elles ne sont pas toujours appliquées. » En outre, très peu d’informations remontent jusqu’à Bruxelles, depuis les pays où ces lignes directrices sont potentiellement les plus utiles.
Mairead McGuinness, vice-présidente du Parlement européen chargée du dialogue avec les religions, veut voir la liberté religieuse remonter dans l’agenda institutionnel : « Nous avons notamment poussé en faveur de la nomination d’un envoyé spécial pour la promotion de la liberté de religion », expose l’eurodéputée irlandaise. Ce premier envoyé n’est autre que Jan Figel, ancien commissaire à l’éducation (de 2004 à 2009). Quant à l’évaluation des lignes directrices, elle doit intervenir tous les trois ans, pour aboutir, si besoin, à de possibles ajustements. Mais, après quatre ans, le processus d’évaluation n’est toujours pas lancé. « En coulisses, il se murmure qu’il y a un manque d’intérêt et de motivation pour se mettre au travail », explique encore Marek Misak. « Ce n’est pas normal, soupire le Père Olivier Poquillon. La matière religieuse demande une certaine constance. »
L’UE semblait pourtant déterminée à faire de sa conception de la liberté religieuse un argument diplomatique. Dans ce but, elle a opté pour une approche pédagogique, contrairement aux États-Unis, qui brandissent la menace de sanctions contre les pays ne respectant pas cette liberté fondamentale. « Aider les fonctionnaires sur le terrain est une intention louable, convient Pierre-Arnaud Perrouty, le directeur Europe et international du Centre d’action laïque (CAL) en Belgique. Mais l’UE reste relativement impuissante. Tant qu’on n’actionne pas tel ou tel levier, la bonne parole ne pèse pas lourd. »
Parmi les incitations évoquées dans le texte se trouve notamment l’utilisation d’« instruments financiers ». « Une boîte à outils plus spécifique et plus adaptée aux contextes nationaux devrait être pensée », maintient Marek Misak pour la Comece.
« La diplomatie n’a pas inventé grand-chose d’autre que le dialogue ou les sanctions », résume pour sa part Pierre-Arnaud Perrouty. Bruxelles mise gros sur le dialogue. Toute la difficulté est de trouver les meilleures manières d’entretenir un dialogue avec les États récalcitrants. « Au Bangladesh, des blogueurs sont tués à la machette car ils se revendiquent athées. Commission européenne comme SEAE sont scandalisés, mais au bout du compte, que peuvent-ils faire ? » s’interroge le spécialiste. L’introduction de sanctions n’est toutefois pas, pour l’heure, envisagée par Bruxelles.
51 % des citoyens européens croient « en un Dieu »
D’après une enquête publiée par l’Eurobaromètre en 2010, 51 % des citoyens européens croient « en un Dieu », 26 % « en une sorte d’esprit ou force vivante » et 20 % se disent « non croyants ». 3 % des personnes interrogées ne se prononcent pas. Selon le World Factbook, tenu par la CIA, 48 % des habitants des 28 pays de l’Union européenne sont catholiques, 12 % sont protestants, 8 % orthodoxes, 2 % sont musulmans, 16 % se disent agnostiques ou athées, 2 % ne se prononcent pas et 1 % sont d’une autre religion (incluant les juifs, les sikhs, les bouddhistes et les hindous).

La Croix du 26.04.2017

La liberté religieuse recule dans le monde

La Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (Uscirf) au sein du Département d’État américain, publie son rapport annuel 2017.

Le rapport 2017 de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (Uscirf) est sans appel : « La Commission a conclu que l’état de la liberté religieuse dans le monde empire, tant dans l’étendue que dans l’intensité des violations observées ».

Au début du dossier, le vice-président de l’organisme James Zogby enfonce le clou : « Objectivement, la liberté religieuse internationale a reculé depuis la création de la commission il y a presque vingt ans ». Presque un aveu d’échec, pour cette commission née en 1998 en même temps que la loi américaine sur la liberté religieuse dans le monde, dont elle évalue l’application.

Pour les experts, la vigilance ne concerne pas que les États. Depuis 2016, une loi les autorise à critiquer des acteurs non-étatiques. C’est le cas pour la première fois cette année, avec trois mouvements mis en cause : Daech, les Talibans en Afghanistan, et les Chebabs de Somalie.

La Russie épinglée

Cette année, le rapport évalue une quarantaine de pays. L’Uscirf propose au Département d’État américain une liste noire de seize États « particulièrement préoccupants », où la répression contre la religion est plus forte qu’ailleurs. Un nouveau venu détonne : la Russie. Le pays de Vladimir Poutine n’est certes pas le seul à rejoindre le rang des mauvais élèves cette année, (on y compte aussi la Centrafrique, le Nigeria, le Pakistan, la Syrie et le Vietnam), mais le rapport pointe la situation particulièrement inquiétante de la Russie.

« C’est le seul pays à réprimer la liberté religieuse sur son territoire, mais aussi dans d’autres pays, par des moyens militaires d’invasion et d’occupation », écrivent les commissaires. Ils dénoncent l’arrestation et l’exil forcé des représentants de la communauté musulmane tatare de Crimée, annexée par les troupes russes en 2014.

Les experts ciblent aussi une nouvelle loi contre l’extrémisme votée en 2016 à Moscou, « utilisée comme un outil pour réduire la liberté de plusieurs confessions ». Le rapport cite entre autres des enlèvements et des emprisonnements arbitraires de musulmans dans le nord du Caucase, restés impunis. Le document regrette également l’interdiction des Témoins de Jéhovah, décrétée par la Cour suprême russe le 20 avril dernier.

L’Uscirf demande donc au gouvernement américain de signer un accord contraignant avec la Russie, qui devra prendre des mesures pour pouvoir sortir de la liste noire l’année prochaine. Si les négociations échouent, la Commission préconise des sanctions.

L’administration Trump est aussi appelée à faire pression pour que la Russie rende sa loi contre l’extrémisme conforme aux normes internationales des droits de l’homme. « La Russie devra s’assurer que la loi n’est pas utilisée contre des groupes religieux pacifiques et des communautés minoritaires. »

L’Égypte et l’Irak en progrès, Israël épargné

Pendant que la Russie intègre la liste noire, deux pays la quittent : l’Égypte, qui y figurait depuis 2011, et l’Irak, qui ne l’avait plus quittée depuis 2008. Les experts ont notamment apprécié « les mesures positives du gouvernement égyptien face aux attaques de Daech contre les coptes », malgré les attentats du 8 avril contre deux églises coptes, qui avaient fait plus de 40 morts.

Parmi les habitués de la liste noire, on retrouve la Birmanie, la Chine, l’Érythrée, l’Iran, la Corée du Nord, l’Arabie saoudite, le Soudan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan.

Certains auraient bien voulu voir cité Israël, jamais mis en cause par ce rapport. Trente-quatre groupes chrétiens de Jérusalem et de Gaza, ainsi que plusieurs organismes religieux américains, dont la Conférence des évêques, avaient adressé une lettre aux commissaires. Ils y dénonçaient les discriminations des juifs orthodoxes envers les juifs libéraux, les chrétiens et les musulmans.

Une faible majorité de commissaires a refusé d’examiner les manquements du gouvernement israélien. Une position vertement critiquée par le vice-président James Zogby au début du rapport : « La Commission a échoué à respecter sa responsabilité, qui est d’examiner de façon impartiale les préoccupations de toutes les confessions », déplore-t-il.

Avertissement à Donald Trump

Dans ses observations générales, l’Uscirf interpelle Donald Trump à propos du décret anti-immigration défendu par le nouveau président américain.

Le rapport souligne l’importance des persécutions religieuses qui poussent les migrants à quitter leur pays. « Nous encourageons l’administration Trump à continuer l’accueil et la réinstallation des réfugiés, dans une époque d’atrocités massives et de déplacements forcés sans précédent. »

La Croix du 27.04.2017
 

 



 

 

 

 


 

 

 

 

MEDITATION

Méditation : les applis flairent le bonze créneau

A l’instar de Petit BamBou, qui rencontre un certain succès en France, plusieurs applications proposent de lâcher prise sur écran, en «pleine conscience» et dix minutes chrono.
Inde, 1968. Au pied de l’Himalaya et au bord du Gange, Paul, John, George et Ringo prennent la pose à Rishikesh. Assise en tailleur, vêtue de tuniques blanches, colliers de fleurs autour du cou, la bande des quatre est tombée raide dingue six mois plus tôt de la méditation transcendantale et de son «maître» Maharishi Mahesh Yogi. Les images des Beatles et de leur gourou font le tour du monde. Si la rumeur court que Maharishi a eu quelques faiblesses coupables et fait des avances à Mia Farrow, elle aussi venue réciter des mantras, le mouvement est lancé. La promo assurée. L’Occident s’emballe pour le transcendantal, la position du lotus, le vol yogique et les spiritualités indiennes.
2017. Pas d’ashram, pas d’encens, pas de galets. Ni dieu, ni maître. Les temps sont à la méditation dite de «pleine conscience», technique laïque en plein boom, destinée à se recentrer, «souffler sur les nuages de la pensée». Non pas en faisant le vide, mais en s’arrêtant, en observant les yeux fermés ce qui se passe en soi (sa respiration, les battements de son cœur…) sans rien empêcher d’arriver à son esprit, mais sans s’accrocher à ce qui le traverse (pas simple, l’affaire). Voilà ainsi que vient d’ouvrir en plein Paris (1) le premier bar dédié à ce type de méditation, tandis que les ventes de l’un des «long-sellers» du psychiatre Christophe André, Méditer jour après jour sorti en 2011, ne se calment pas, elles : 500 000 ventes à ce jour (lire Libération du 8 mars). Voilà aussi une multiplication d’offres de stages et de retraites, tandis que les applications destinées à chasser «le brouhaha du cerveau» se démultiplient, sur les traces des grosses machines à souffler que les sont les anglophones Calm et Headspace, sans parler de toutes celles qui vendent désormais du relax méditatif telles Buddhify, Smiling Mind, Pacifica… (lire encadré). Dans le lot, la française en vogue «Petit BamBou», symbolisée par un vieux bonze au sourire taquin et bienveillant, a su se frayer un chemin. Lancée en janvier 2015, pionnière dans l’Hexagone et surtout accessible en français, l’appli rassemble désormais, aux dires de ses fondateurs, une communauté de plus de 700 000 francophones inscrits (surtout des Français, mais aussi des Québécois, des Suisses…). A 65 % il s’agit de femmes. Parmi les plus accros : les 30-35 ans.
Petites phrases
A l’heure où nous écrivons (un samedi particulièrement stressant d’avant-premier tour), pas moins de 625 êtres humains connectés à l’appli via leur smartphone ou tout autre écran sont en train de «pratiquer». Chez eux, dans les transports (on peut précharger sa séance) ou, qui sait, à poil dans leur jardin. Ce programme de méditation 2.0 est l’enfant spirituel (et technologique) d’un duo d’amis et pères de famille aujourd’hui quadras : Ludovic Dujardin, serial créateur de start-up, fan de philo, de planche à voile et de hard rock, et Benjamin Blasco, polytechnicien, ex-directeur de la stratégie de la multinationale américaine PayPal, fan de hip-hop et de jazz. Pas franchement des babas cool.
Janvier 2012. Dujardin, qui pratique déjà la méditation, crée une page Facebook baptisée Petit BamBou. Quatre mois plus tard, 800 000 fans se régalent de ses petites phrases à méditer et du sourire du bonze chargé de réenchanter le quotidien. De son côté, Blasco cherche à «donner du sens à [sa] vie avant la crise de la quarantaine», ressent le besoin «d’être plus présent» à ce qu’il fait, «d’avoir un impact sur la vie des autres». Il s’initie à la méditation. Peu «porté sur l’ésotérique» et athée, il tombe dedans, y trouve des bénéfices «concrets». Plaque PayPal. En août 2014, le duo doué d’un sens finaud de la formule (du genre «pausez-vous»), crée la société FeelVeryBien, rampe de lancement du service «méditer avec Petit BamBou» qui va faire boule de zen dans la vague montante de la lutte contre le mal de stress, dans sa peau, en ville, au lit et autres jérémiades de l’époque.
Le lancement intervient à point nommé. «En France, l’engouement remonte à 2010. Il avait déjà commencé aux Etats-Unis cinq ans plus tôt», retrace Christophe André, qui rend hommage à Jon Kabat-Zinn. Ce biologiste moléculaire, fan de yoga et adepte de la pleine conscience, a sorti la méditation des temples pour la laïciser et la diffuser au plus grand nombre, créant selon le psychiatre «un renouveau après l’époque du new age». Dans la foulée, le Canadien Zindel Segal, professeur de psychologie cognitive, lance avec ses collègues de l’université de Toronto un travail d’évaluation scientifique ce type de méditation. Il montre notamment ses bienfaits dans la prévention de risques de dépression.
Pas de blabla
L’élan est là, propagé en France par le sympathique moine bouddhiste Matthieu Ricard et, donc, le psychiatre Christophe André qui rassure par son statut de médecin et se sert de la méditation - notamment - au sein de l’hôpital Sainte-Anne à Paris. «A partir de ce moment-là, c’est devenu contagieux. On s’en sert à l’école, dans les entreprises, en politique…» explique-t-il. Dans ce désir montant de mieux gérer son dur sort, Petit BamBou fait le buzz. «On fait du sport, on mange bio, mais le bien-être mental est un grand oublié. On peut aller voir un psy ou un coach, mais il n’y avait pas d’outil simple pour prendre soin de son esprit», expose Benjamin Blasco. Bref, le créneau est dispo. «C’est pour cela que nous avons cherché à rendre la méditation accessible à tous, à simplifier et à guider les séances avec des voix et des mots qui s’adressent aux gens normalement», poursuit-il. Pas de blabla, pas de théorie. De la pratique. Chacun des programmes (un catalogue de 37 à ce jour), de dix à vingt minutes, a été conçu par des «experts du mieux-être». «L’idée est aussi de toucher les gens là où ils sont. D’où la possibilité de méditer avec son smartphone. Je sais, ça peut sembler un peu antinomique…» Euh… Christophe André : «Je passe mon temps à dire aux gens "lâchez vos écrans petits ou grands". S’en passer, c’est trouver un espace dans lequel on décroche de ses petites addictions. Alors fournir une application de méditation sur écran, c’est un peu tenter le diable. Pour autant, si cela peut permettre à un public jeune de commencer et d’aller plus loin…»
Malin, ceux qui se lancent ont droit à huit séances gratuites (2) avant de sortir sereinement le porte-monnaie. Bilan ? Petit BamBou, qui emploie désormais une équipe de huit à neuf personnes installée à Roubaix, est rentable depuis un an et demi. Prête à conquérir d’autres aspirants à la méditation avec une version allemande en préparation. Un fichu business plan ? «Ah ! non, nous nous sommes lancés sans objectif», assure le polytechnicien. Hum. Pour mieux s’en convaincre, on a lancé Petit BamBou pour se piquer «Une crise de calme» : trois minutes pour faire tomber la pression. Pour finalement tomber comme une bûche. Zen comme ZZZZZ.

(1) 5, rue Gaillon 75002.
(2) L’abonnement est ensuite à 59,88 euros par an.
A lire : Méditer avec Petit Bambou, éd. Marabout, 12,90 euros.

http://next.liberation.fr/vous/2017/04/23/meditation-les-applis-flairent-le-bonze-creneau_1564714
23 avril 2017

A lire

Vous avez dit "méditation" ?

Nouvelles de Gamaliel21 n°32




 

 

 

 


 

 

 

 

MEDJUGORJE

Le pape « sévère » sur Medjugorje

Dans l’avion qui le ramenait de Fatima, le pape s’est aussi exprimé sur les « présumées apparitions de Medjugorje », en Bosnie-Herzégovine, saluant le « très bon travail » mené par la commission nommée par Benoît XVI et présidée par le cardinal Camillo Ruini. « Sur les présumées apparitions actuelles, l’enquête émet des doutes, a-t-il affirmé. Moi-même, je serais plus méchant : je préfère la Madone mère, plutôt que la Madone chef de bureau qui envoie des messages tous les jours. Cette femme n’est pas la mère de Jésus. » Tout en précisant qu’il s’agit là d’une « opinion personnelle », il estime que « ces apparitions présumées n’ont pas tant de valeur que cela », mais reconnaît aussi « le fait spirituel et pastoral » de Medjugorje pour lequel il a envoyé sur place un évêque, « pour voir comment se passe cette partie pastorale ». « À la fin, on dira quelque chose », a-t-il assuré.

La Croix du 15.05.2017

Vers une reconnaissance des premières apparitions de Medjugorje

La presse italienne a révélé hier le contenu du rapport de la commission d’enquête sur Medjugorje, positif à l’égard des premières apparitions mais émettant de sérieux doutes sur la poursuite du phénomène.
De quel rapport s’agit-il ?
En 2010, Benoît XVI a décidé d’instituer une commission d’enquête présidée par le cardinal Camillo Ruini pour étudier le « phénomène Medjugorje », petite localité située à 25 kilomètres au sud-ouest de Mostar, en Bosnie-Herzégovine, qui serait depuis trente-cinq ans le théâtre d’apparitions de la Gospa, la Vierge Marie. Après quatre ans de travaux, cette commission d’une quinzaine de personnes a remis ses conclusions au pape François en 2014.
La Congrégation pour la doctrine de la foi, compétente pour statuer, a, par la suite, souhaité compléter ce travail. Sans évoquer le contenu de ce document, le pape a nommé en février l’archevêque polonais Henryk Hoser envoyé spécial à Medjugorje, où il est arrivé en mars. D’ici à l’été 2017, Mgr Hoser remettra les résultats de son enquête à François, qui devra alors se prononcer.
Mais, d’ores et déjà, dans l’avion qui le ramenait de Fatima à Rome samedi, le pape s’est exprimé sur le sujet, résumant les conclusions du rapport, qu’il a qualifié de « très bon ».
Quels sont les résultats des travaux de la commission ?
Selon ce document, « il faut distinguer trois choses, a ainsi indiqué le pape. D’abord les premières apparitions », sur lesquelles l’enquête doit se poursuivre, puis les suivantes, au sujet desquelles le texte de la commission émet des « doutes », et enfin la dimension « spirituelle et pastorale » des conversions et de la dévotion de ceux qui s’y rendent en pèlerinage. Hier, le journaliste italien Andrea Tornielli, qui a manifestement eu accès au rapport, a donné des précisions sur le site spécialisé Vatican Insider. D’après lui, la reconnaissance du caractère surnaturel des premières apparitions aurait obtenu treize votes favorables, un vote contre et une abstention.
La suite du phénomène a été abordée en deux parties. Concernant l’attitude des voyants et la véracité des apparitions, la commission a majoritairement suspendu son jugement, en s’abstenant de voter pour ou contre. Elle a en revanche donné un vote positif sur les fruits pastoraux de Medjugorje. Dans l’avion, le pape est allé plus loin que le rapport. « Sur les présumées apparitions actuelles, l’enquête émet des doutes, a-t-il dit. Moi-même je serais plus méchant : je préfère la Madone mère, plutôt que la Madone chef de bureau qui envoie des messages tous les jours. Cette femme n’est pas la mère de Jésus. »
Quelles sont les deux phases des apparitions présumées ?
Les sept premières apparitions présumées auraient eu lieu entre le 24 juin et le 3 juillet 1981. D’un point de vue historique, cette période suscite aussi des objections de la part de détracteurs de Medjugorje, qui relèvent des incohérences dans les récits des six voyants. La commission accorde cependant du crédit aux récits des jeunes.
À partir du début du mois de juillet 1981, le Père Jozo Zovko, franciscain de la paroisse de la petite ville de l’Herzégovine, sceptique dans un premier temps, prend fait et cause pour le phénomène des apparitions, qui se multiplient et commencent peu à peu à attirer les foules. Mais cette seconde phase des apparitions, non plus en groupe mais souvent individuelles, apparaît dès lors comme davantage sujette à caution, en raison notamment du conflit ouvert entre l’évêque de Mostar et les franciscains de la paroisse.

La Croix du 17.05.2017



 

 

 

 


 

 

 

 

MORMONS


France: un temple mormon ouvre ses portes en région parisienne
Le premier temple mormon de France métropolitaine a ouvert ses portes au grand public ce samedi 22 avril, près de Paris, pour des visites guidées. Le premier avait été fondé à Tahiti en Polynésie française en 1984. Dans l'Hexagone, cette communauté représente environ 38 000 personnes.
Ce premier temple mormon implanté au Chesnay, dans l'ouest parisien, à quelques pas du château de Versailles, attire de nombreux curieux. « C'est superbe, j'ai assisté à la construction qui a été longue mais cela en vaut la peine, dit une dame. Je me pose des questions mais je n'ai pas du tout d'a priori. »
Ce n'est pas le cas de ces retraités qui habitent le quartier et qui avaient des idées reçues sur la communauté des mormons. « Pour moi, c'était plus une secte. Si vous allez sur internet, vous verrez marqué ce mot ». Ils se disent « complètement rassurés » désormais.
Parmi les visiteurs, des membres de cette communauté ont aussi fait le déplacement, comme cette mère de famille qui est venue de Lille avec son mari et ses cinq enfants. « Cela fait longtemps qu'on l'attend, on en avait beaucoup entendu parler, on a suivi la construction au fur et à mesure, raconte-t-elle. Aujourd'hui, c'est le jour J, on est venus avec les enfants. Sophie, qui habite à Paris, a fait les visites. Les deux plus jeunes, qui sont trop jeunes pour rentrer dans le temple normalement, ont pu rentrer parce que c'était ouvert. »
Implantation ancienne en France
« Les mormons sont des chrétiens, nous ne sommes ni catholiques, ni protestants, nous sommes des chrétiens, explique Dominique Calmels. C’est une communauté qui ne fait pas beaucoup de bruit, elle est en France depuis 1849. Nous avons, depuis des années, quelquefois quelques clichés qui sont restés sur notre image. Pendant une cinquantaine d’années, dans les premiers temps de l’Eglise, dans les années 1830 à 1890, nous avons pratiqué la polygamie comme indiqué dans l’Ancien Testament. Ceci est totalement terminé. Plus personne n’est polygame dans l’Eglise. »
« Il y a d’autres images qui en effet peut-être surprennent, le fait d’avoir des temples qui sont fermés au public et qui sont réservés aux membres de l’Eglise, parce que pour nous, c’est un lieu sacré et une fois qu’il est consacré pour nous on veut le garder sacré, explique-t-il encore. Donc il est réservé aux membres de l’Eglise qui vivent les principes de l’Evangile.
« Nous œuvrons également pour les personnes décédées, poursuit Dominique Calmels. Il y a une écriture dans le Nouveau Testament dans l’épitre de Paul aux Corinthiens qui dit : "Que font ceux qui sont baptisés si les morts ne ressuscitent pas ?" Et en fait c’est une des preuves du concept d’offrir le baptême à des personnes décédées, des personnes qui n’ont pas eu ce baptême et donc nous on leur offre ce baptême. C’est un concept qui peut étonner, mais qui existait à l’époque du Christ ».
Le grand public pourra visiter ce temple pendant trois semaines avant sa consécration. Il sera ensuite dédié aux seuls pratiquants.

http://www.rfi.fr/france/20170423-france-premier-temple-mormon-paris-chesnay
23-04-2017

Les mormons inaugurent leur premier temple en France

Le premier temple de l’Église mormone en France métropolitaine sera consacré le 21 mai prochain au Chesnay (78). Nous l’avons visité avant que son accès ne soit réservé aux seuls fidèles.

Les grandes portes principales de l'immense bâtisse s'ouvrent automatiquement et des agents de sécurité sont postés un peu partout dans les jardins. Le ton est donné. Par petits groupes, journalistes, invités et membres de l'Église de Jésus-Christ et des saints des derniers jours (c’est ainsi que les mormons appellent leur Église) pénètrent dans l’édifice de 7 000 m2 situé au Chesnay, à côté de Versailles.
Les 38 000 fidèles de la communauté mormone de France attendaient cet événement depuis plusieurs années. Ce temple de Paris , « particulièrement sacré », l'évêque président de l'Église mormone, le Bordelais Gérald Caussé, l’a rêvé, espéré et attendu depuis plus de vingt ans. Partageant ses souvenirs d'enfance lors du discours d'ouverture, il évoque ses vacances au temple de Berne (Suisse) en précisant : « Déjà, à l'époque, nous parlions du jour où nous aurions un temple dans notre pays. » Invité d’honneur, l'ancien candidat à la Maison Blanche, Mitt Romney, prenant ensuite la parole, se déclare « heureux de voir naître cet endroit (…) symbole d'unité de la famille et de l'humanité ».
Fondée en 1830 aux États-Unis par Joseph Smith, la religion mormone dispose en France de 110 églises et un temple est à la disposition des fidèles depuis 1983 à Tahiti. Les temples ou « maisons du Seigneur » ne sont pas des lieux de culte dominical ordinaires : on y célèbre des sacrements considérés comme salvateurs, tels que le baptême des morts et le mariage. Privés de temples sur l’Hexagone jusqu'à aujourd'hui, les mormons devaient se rendre à l’étranger pour se marier ou baptiser leurs défunts.

Unir la famille pour l'éternité
Très attachés à la notion de vie éternelle, les mormons placent la famille au centre de leur foi. Dans la salle dite du « baptistère », les fidèles reçoivent le baptême à la place de leurs ancêtres non baptisés de leur vivant. Une pratique propre aux mormons, qui ont d’ailleurs l'obligation de reconstituer leur généalogie.
Le mariage est appelé « scellement pour l'éternité ». Françoise Calmes, convertie depuis 1977 en même temps que son mari, explique que cette ordonnance permet aux époux d'être « réunis dans l'au-delà ». La salle dédiée à cette alliance est décorée d'immenses miroirs se faisant face et répétant à l’infini le reflet des époux. Néanmoins, le divorce est toléré. Pour éviter « de vivre éternellement avec une personne non aimée », expliquent avec humour les époux Calmes, nos guides pour cette visite.
Entre luxe et culte, le temple intrigue. Les meubles et les portes sont « en bois de cerisier américain », précise Dominique Calmes, directeur national de la communication. Plusieurs dizaines de tableaux représentant le Christ ornent les pièces et la lumière du jour pénètre à travers de grands vitraux aux motifs floraux. Un parking de 150 places est à disposition des fidèles au sous-sol, ainsi qu'une résidence hôtelière comprenant 24 chambres. Le luxe affiché est « à l’image de l'amour que nous portons au Seigneur, explique Dominique Calmes. Nous considérons notre vie sur terre comme une mission : celle de respecter les enseignements de Jésus. »
La ferveur que suscite la notion d'éternité est liée au fait que les mormons se considèrent comme les « saints des derniers jours ». Sans prévoir de date, ils croient que les Écritures sur l'Apocalypse se réaliseront. Pour être sauvé et vivre éternellement, en plus des sacrements au temple, les fidèles doivent respecter les enseignements de leur sauveur, Jésus-Christ. Les membres de l'Église mormone rejettent l’IVG, la pornographie, les jeux d'argent, la reconnaissance légale du mariage entre personnes de même sexe. L'alcool, le tabac, le thé et le café sont prohibés. À l'intérieur du temple, les mormons revêtent des vêtements blancs, sobres et pudiques, chuchotent et « laissent les bijoux de luxe au vestiaire », observe Françoise Calmes.
Deux autres salles, équipées de rétroprojecteurs, sont dédiées à l'enseignement. Enfin, la « salle céleste » se distingue par sa singularité. Éclairée par quatre lustres composés de cristaux Swarovski, la pièce offrirait une proximité avec Dieu et un avant-goût du royaume céleste.

« Rien n'est trop beau pour Dieu »
Concernant le financement de la construction, le porte-parole de l'Église mormone en France n’a pas souhaité nous en dire plus, mais renvoie au chiffre communiqué par Philippe Brillault, le maire du Chesnay : 80 millions d'euros. Sans infirmer ou confirmer cette somme, Dominique Calmes indique que « rien n'est trop beau pour Dieu » et que «9 000 m2 de terrain coûtent cher». Bien qu’ « aucune vérification [ne soit] faite », chaque membre de l'Église mormone se doit de reverser, « conformément à l’ Ancien Testament », une dîme équivalant à 10 % de son revenu. La totalité des frais a été financée par l'Église mormone basée aux États-Unis, à Salt Lake City, précise le chargé de la communication.
Bien que parfois suspectée de l’être, l'Église mormone n'est pas considérée comme une secte par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). « Nous ne sommes ni catholiques, ni protestants : simplement chrétiens » , indique Dominique Calmes. Les fidèles étudient la Bible et le Livre des Mormons, « un livre d'écritures saintes racontant l'exode des tribus d'Israël jusqu'en Amérique » entre 600 et 400 avant notre ère. Jésus serait apparu à ce peuple après sa résurrection et il reviendra sauver les mormons.
Ouvert au grand public
Le temple sera officiellement consacré le dimanche 21 mai. Avant cette date, chacun est convié à le visiter. Des visites guidées gratuites sont prévues tous les jours, sauf le dimanche, entre le 22 avril et le 13 mai. Puis, à partir du jour de sa consécration, seuls les membres de l'Église respectant un certain mode de vie pourront entrer dans le temple. En revanche, les jardins resteront accessibles à tous.
Le temple de Paris devrait accueillir de nombreux membres désireux de baptiser leurs ancêtres ou de se marier pour l'éternité avant la venue de leur sauveur. « La liste d'attente est déjà longue », note Dominique Calmes.

http://www.lemondedesreligions.fr/une/les-mormons-inaugurent-leur-premier-temple-en-france-25-04-2017-6241_115.php
25/04/2017


 

 

 

 

 

NAZISME


Des sous et des bottes

Décrivant des scènes fondatrices ainsi que la mécanique politique et psychologique portée par Hitler, Éric Vuillard montre l’enchaînement qui a mené à la dictature nazie.

L’Ordre du jour
d’Éric Vuillard
Actes Sud, 150 p., 16 €

Ce 20 février 1933 à Berlin, à l’invitation du président du Reichstag Göring, vingt-quatre représentants du monde économique viennent rencontrer Hitler dans les salons parlementaires. Éric Vuillard a choisi de représenter ce moment pivot dans un texte bref et tendu où il interroge en creux le rôle de l’écrivain à représenter et penser le réel passé. Avec 14 Juillet (1), il avait mis en roman la prise de la Bastille, proposant de « raconter ce qui n’est pas écrit » ; ici il campe des scènes fondatrices et la mécanique politique autant que psychologique portée par Hitler, montrant l’enchaînement qui a mené à la dictature nazie.
« Les ombres pénètrent dans le grand vestibule du palais présidentiel de l’Assemblée ; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. » Ils s’appellent Krupp, von Schnitzler, von Opel, ils dirigent BASF, Bayer, Siemens, Allianz, Telefunken… Ils s’apprêtent à financer le nazisme. Aujourd’hui encore, « notre quotidien est le leur. Ils nous soignent, nous vêtent, nous éclairent (…). Ces noms existent encore. Leurs fortunes sont immenses. »
Éric Vuillard raconte l’histoire d’une mutation double : celle d’industries familiales prêtes à basculer dans une dimension nouvelle et durable, et celle d’un régime au bord de son avènement grâce à elles. Un pacte faustien qui rappellera celui évoqué par Visconti dans Les Damnés.
Entre 1933 et 1939 se succéderont d’autres rencontres stratégiques. Dans le feutré des salons, Éric Vuillard montre l’incongruité de situations, l’aveuglement derrière l’écran des intérêts. Ainsi Kurt Schuschnigg, « le petit dictateur autrichien » qui ne voit pas venir l’Anschluss, dont Éric Vuillard relate de manière saisissante le face-à-face avec Hitler en 1938 au Berghof.
L’écrivain montre aussi un repas très mondain à Downing Street où, le fameux 12 mars 1938, jour de l’entrée des troupes allemandes en Autriche, l’ambassadeur Ribbentrop s’emploie à faire perdre leur temps à Chamberlain et Churchill. Ou encore, faisant zoom arrière, comme on projetterait les actualités d’époque, d’autres scènes de cette décennie particulière, rappelant les errements de dirigeants européens que l’Histoire viendra cruellement corriger.
À l’heure des caméras embarquées, de l’info en continu et du tout-image, Éric Vuillard nous donne à voir et à entendre les épisodes cruciaux d’un passé où le rapport au temps et à la médiatisation, à la sédimentation des faits, était tout autre. « La littérature permet tout, dit-on », souligne Éric Vuillard. « Je pourrais donc les faire tourner à l’infini dans l’escalier de Penrose, jamais ils ne pourraient plus descendre ni monter, ils feraient toujours en même temps l’un et l’autre. Et en réalité, c’est un peu l’effet que nous font les livres. Le temps des mots, compact ou liquide, impénétrable ou touffu, dense, étiré, granuleux, pétrifie les mouvements, méduse. Nos personnages sont dans le palais pour toujours, comme dans un château ensorcelé (…). Nous sommes à la fois partout dans le temps. »
Aujourd’hui, 4 mai 2017, en France, cette lecture permettra aussi de se remémorer quelle logique indécelée, insidieuse et tissée d’intérêts, a souvent présidé dans l’Histoire à l’installation d’un régime autoritaire. Que les facteurs ayant favorisé le mal se nomment compromission, désinvolture, indifférence ou aveuglement.
(1) Actes Sud (lire La Croix du 8 septembre 2016).

La Croix du 04.05.2017

Symboles nazis : toutes les casernes inspectées

La hiérarchie de l’armée allemande a annoncé hier avoir ordonné une inspection de toutes ses casernes après la découverte de symboles des troupes nazies dans deux d’entre elles. Il y a deux semaines, un officier, stationné dans la base franco-allemande d’Illkirch a été arrêté. Il est soupçonné d’avoir projeté l’assassinat de personnalités de gauche ou d’étrangers en se faisant passer pour un réfugié syrien. Des reliques nazies ont été retrouvées dans la caserne de cet homme de 28 ans. Un cas similaire a été découvert dans une autre base à Donaueschingen.

Le Bien Public du 08.05.2017

Il obtient le droit de s'appeler Hitler



Un suprémaciste blanc de Pennsylvanie, Isidore Heath Campbell, a pris cette semaine le nom de famille d'Hitler, avec l'accord de la justice américaine.

Isidore Heath Campbell ne s'en cache pas : cet habitant de Pennsylvanie, qui arbore sur le cou une croix gammée, est néo-nazi et suprémaciste blanc jusqu'au bout des ongles. Et désormais jusqu'à son nom, puisqu'il est devenu cette semaine Monsieur Hitler.

Sa requête pour changer de nom de famille a été validée en mars dernier par une cour du New Jersey, et est devenue effective lundi dernier. "Mon permis de conduire a déjà été modifié, mon assurance, ma carte d'identité, tout ce dont j'ai besoin a déjà été modifié", précise-t-il à la presse locale.

Un de ses enfants s'appelle Adolf Hitler

Le "nouvel Hitler", selon ses propres mots, se réjouit aussi de ses nouvelles initiales : I.H.H. (I Hail Hitler, "Je salue Hitler" en français).

L'homme avait déjà défrayé la chronique en 2008 quand un supermarché local avait refusé d'inscrire sur un gâteau d'anniversaire le prénom d'un de ses neuf enfants, appelé...Adolf Hitler. Aujourd'hui, selon le Huffington Post, il a perdu la garde de tous ses enfants, qu'il a eu avec quatre femmes différentes.

Le Progrès du 12.05.2017

La Croix du 11.05.2017

Petit-fils du commandant d'Auschwitz, il a rompu avec le mal
Ce jour-là, il est saisi d’une peur irrépressible. Une angoisse dévorante le glace sur place. C’était en 2010, à Auschwitz, alors qu’il visitait le camp avec de jeunes Israéliens. « J’étais là, devant eux et j’ai soudain senti le souffle de mon père et de mon grand-père derrière moi », confie Rainer Höss. Petit-fils de nazi, ce restaurateur a passé toute sa vie à se libérer de ses fantômes : le spectre de son grand-père, Rudolf Höss, qui fut le commandant d’Auschwitz, responsable de la mort de 1,5 million d’hommes, de femmes et d’enfants. Et celui de son père, Hans-Jürgen, deuxième fils du commandant, patriarche violent que l’on voit gamin, sur les photos de famille, jouer dans le jardin de la villa familiale, à quelques mètres de l’endroit où l’on gazait les enfants.

Qui a envie d’être le descendant d’un meurtrier de masse ?

Rainer Höss n’a jamais connu son grand~père, pendu après son procès à Nuremberg, et a dû d’abord s’extraire du silence. Après la guerre, d’anciens nazis viennent bien de temps en temps rendre visite à la famille, mais le petit Rainer ne comprend pas les conversations des grands. Et puis il y a Léo, le bien-aimé, l’ancien chauffeur du commandant, qui lui parle de Rudolf Höss comme d’un roi, tué par les « méchants ». À l’école, dans les années 1960-1970, assure Rainer Höss, le manuel d’histoire s’arrête à la fin de la République de Weimar et reprend avec le chancelier Adenauer. Exit le IIIe Reich. « Tout le monde se taisait, se souvient Rainer Höss. Après la dénazification, les familles avaient reçu un certificat qu’on appelait “Persil” parce qu’il lavait plus blanc que blanc ! » C’est à 15 ans que Rainer découvre la vérité, lorsqu’il lit Hommes et Femmes à Auschwitz de Hermann Langbein, un rescapé du camp. Il se souvient avoir ressenti une horreur profonde, un dégoût physique. « Qui a envie d’être le descendant d’un meurtrier de masse ? », dit-il. Depuis, il s’est plongé dans les archives pour reconstituer l’histoire de son aïeul honni et a créé une association – The Footsteps Team – pour préserver la mémoire des victimes de la Shoah.
Celui qui est considéré aujourd’hui comme un traître par sa famille a pourtant subi la même éducation que ses frères et sœurs, où culte de l’autorité, répression des émotions et violence tenaient lieu de pédagogie. « Quand j’étais enfant, lorsque je voulais poser une question à mon père, il fallait que je m’approche de lui en silence, jusqu’à ce qu’il sente ma présence. Il était interdit de lui parler directement. » Pourquoi s’est-il, lui, révolté ? « Cela doit être dans ma nature, dit-il. J’étais un enfant silencieux mais ma grand-mère maternelle n’arrêtait pas de dire “lui, c’est un rebelle” ! Quand on a été battu comme je l’ai été par mon père, on a deux options : soit on se laisse détruire, soit on se construit à partir des coups qu’on a reçus. » À 20 ans, il rompt définitivement avec sa famille. Il ne reverra sa mère, également victime des violences de son mari, que 10 ans plus tard. Sa famille incarne le mal, et lui, la possibilité de rompre avec le diable.

« Dès que j’ai eu 18 ans, j’ai été approché par des groupes néonazis, se souvient-il. Ils auraient bien voulu avoir un Höss dans leurs rangs, comme un trophée. Mais lorsqu’ils ont compris que cela ne se ferait pas, j’ai reçu des menaces de mort. » Il a très vite parlé de l’histoire familiale à ses quatre enfants. « Je pense que j’ai réussi à faire en sorte que ceux-ci aient conscience de leur histoire sans que cela soit un fardeau pour eux », confie-t-il. Grand-père lui aussi, il voit avec inquiétude l’extrême droite monter partout en Europe. « En 70 ans, ces groupes ont eu le temps d’affiner leurs méthodes. Et maintenant, avec les réseaux sociaux, on peut diffuser ces idées en un clic. Mes enfants sont déjà armés, mais je suis inquiet pour mes petits-enfants… Celle qui a 15 ans est déjà allée quatre fois à Auschwitz avec moi, mais les tout-petits... » Parce qu’il sent que le danger est là, Rainer Höss parcourt le monde pour donner des conférences dans les écoles (il en visite plus de 70 chaque année). Il a récemment tourné dans un clip suédois contre les partis néonazis en Europe. Aujourd’hui, c’est lui, et plus seulement son grand-père, qui se trouve au centre des attentions. Il a brisé la malédiction.

Ce que je crois
J’ai foi en l’être humain, en sa raison, sa capacité à sortir du déterminisme.

Passé
25 mai 1965 : Naît à Ludwigsbourg, près de Stuttgart.
1980 : Quitte le foyer parental, qu’il ne réintégrera jamais.
2009 : Est autorisé pour la première fois à se rendre à Auschwitz, à la suite de l’entrée de la Pologne dans l’UE. Précédemment, du fait de son nom et des crimes de son grand-père, la Pologne communiste lui refusait tout visa.

Présent
Publie l’Héritage du commandant. Le petit-fils du commandant d’Auschwitz raconte, Notes de nuit, 20 €.

Futur
Travaille avec des juristes à rassembler tous les éléments requis pour le futur procès du massacre d’Oradour-sur-Glane, qui se tiendra à Cologne.

La Vie du 15.02.2017

Armée : l'Allemagne veut faire le ménage

La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, a déclaré vouloir procéder à des réformes au sein de l'armée, après
la découverte dans ses rangs de sympathisants de l'extrême droite soupçonnés d'avoir fomenté un attentat pour l'imputer ensuite à des migrants. Une enquête est en cours pour établir les liens entre les mouvances d'extrême droite et l'armée. « L'armée doit avoir un dispositif plus efficace de signalement des incidents et des menaces potentielles et il importe de développer l'éducation politique des troupes », a estimé la ministre.

Golias n° 481 – 18.05.2017


 

 

 

 


 

 

 

 

ORDRE DE MALTE

L’Ordre de Malte va aussi avoir ses élections

Le Conseil complet d’État de l’Ordre souverain de Malte se réunit samedi pour élire un nouveau grand maître qui doit succéder à Fra’ Matthew Festing dont le pape François avait obtenu la démission, au terme de près de deux mois de crise entre l’Ordre et le Saint-Siège.

Pourquoi une élection à l’Ordre de Malte ?

Le grand maître de l’Ordre de Malte, Fra’ Matthew Festing, a démissionné le 25 janvier à la demande du pape François. Après une série de difficultés de gouvernement interne entre le conseil souverain (le gouvernement de l’Ordre) et le grand maître, celui-ci avait exigé la démission de son numéro 3, le grand chancelier. Le refus de celui-ci, appuyé par le conseil souverain, avait poussé le Saint-Siège à intervenir, ce que le grand maître avait refusé, arguant du caractère souverain de l’Ordre, à la fois ordre religieux catholique et sujet de droit international.

Poussé par le cardinal Raymond Burke, représentant du Saint-Siège au sein de l’Ordre mais aussi adversaire du pape, Fra’ Matthew Festing s’était enfermé dans une opposition de plus en plus dure vis-à-vis de François qui a finalement exigé sa démission. Dans le même temps, le pape a nommé le substitut de la Secrétairerie d’État, Mgr Angelo Becciu, son « délégué spécial », « seul interlocuteur pour toutes les questions relatives aux relations entre le Siège apostolique et l’Ordre », et chargé d’accompagner son « renouveau spirituel et moral ».

Que va-t-il se passer samedi ?

Samedi, le Conseil complet d’État, qui rassemblera 55 responsables de l’Ordre et représentants des grands prieurés et associations nationales, se réunit à la Villa Magistrale, sur la colline romaine de l’Aventin, pour élire un nouveau grand maître. Celui-ci doit être choisi parmi les chevaliers profès (religieux) ayant fait leurs preuves de noblesse. Seuls douze d’entre eux sont dans ce cas, ce qui rend délicat le choix du Conseil complet d’État. Or, les adversaires du pape n’ont pas désarmé. Le 23 mars, dans le Catholic Herald, Fra’ Matthew Festing, membre du Conseil complet d’État, expliquait que, s’il n’entendait pas « faire campagne », il devrait « envisager d’accepter » le cas où le Conseil complet d’État le réélirait.

Pour éviter ce qui constituerait un affront sans précédent au pape, Mgr Becciu a ordonné, poliment mais fermement, à l’ancien grand maître de « ne pas être présent » à l’élection et « d’annuler son voyage à Rome » à cette occasion. Une décision « partagée par le pape »,qui, pour apaiser les tensions, doit recevoir ce soir à la résidence Sainte-Marthe une quinzaine de hauts responsables de l’Ordre.

L’Ordre peut-il ne pas élire de grand maître ?

Si, au bout de cinq tours de scrutin, les membres du Conseil complet d’État ne parviennent pas à élire un grand maître à la majorité absolue, un lieutenant du grand maître peut être élu à la majorité simple et pour un an. C’est probablement la solution qui devrait être adoptée samedi. Elle permettrait, dès lors, à Mgr Becciu de continuer à accompagner le « renouveau spirituel et moral de l’Ordre » voulu par le pape et d’engager un certain nombre de réformes. Parmi elles, pourraient figurer la suppression de l’obligation de noblesse pour le grand maître – évolution soutenue y compris par les représentants des plus vieilles familles aristocratiques européennes – ainsi qu’un rééquilibrage des pouvoirs entre le grand maître (actuellement souverain quasi absolu) et le conseil souverain, dans une optique d’un gouvernement plus collégial qui permettrait à l’Ordre de continuer plus efficacement sa mission séculaire au service des malades et des plus pauvres.

La Croix du 26.04.2017

L’ancien grand maître de l’Ordre de Malte défie le pape

Désobéissant à l’ordre du pape d’annuler son voyage, Fra’Matthew Festing est arrivé à Rome pour l’élection de son successeur samedi 29 avril.

Contrairement à la demande du pape, l’ancien grand maître de l’Ordre de Malte, dont François avait obtenu la démission fin janvier, est arrivé à Rome où doit se tenir, samedi 29 avril, l’élection de son successeur.

Dans une lettre envoyée le 15 avril, après que l’ancien grand maître avait fait savoir que, s’il n’entendait pas « faire campagne », il devrait « envisager d’accepter » le cas où l’Ordre le réélirait à sa tête, le Vatican lui avait ordonné de « ne pas être présent » à l’élection et « d’annuler son voyage à Rome » à cette occasion.

« Je vous demande cela comme un acte d’obéissance », avait insisté Mgr Angelo Becciu, substitut de la Secrétairerie d’État, nommé par le pape pour le représenter auprès de l’Ordre, qui rappelait ainsi à l’ancien grand maître ses vœux religieux.

Bailly profès de l’Ordre de Malte, Fra’Matthew Festing est, théoriquement, membre de droit du Conseil complet d’État qui doit élire samedi son successeur. Il peut donc se présenter à l’entrée de la Villa Magistrale (son ancienne résidence sur l’Aventin) pour participer à cette élection, ce qui constituerait un affront sans précédent au pape.

De son côté, Mgr Becciu désigné par le pape comme son « délégué spécial » pour accompagner le « renouveau spirituel et moral » de l’Ordre et « seul interlocuteur pour toutes les questions relatives aux relations entre le Siège apostolique et l’Ordre », ne sera pas présent à Rome samedi : il accompagnera en effet François au Caire.

La Croix du 27.04.2017

Un Italien nommé à la tête de l’Ordre de Malte
Ce spécialiste de l’histoire de l’art médiéval, élu pour un an, aura pour mission de renforcer le contrôle et l’équilibre de la gouvernance de l’institution.

Giacomo Dalla Torre del Tempio di Sanguinetto a été élu le 29 avril, « Grand maître » de l’Ordre pour une durée d’un an.

Il sera le président de la transition. Giacomo Dalla Torre del Tempio di Sanguinetto, un Italien de 72 ans, a été élu, samedi 29 avril, pour une année à la tête de l’Ordre de Malte, le temps d’adopter une réforme appuyée par le pape François.
Lire aussi : L’Ordre de Malte, la cagnotte suisse et les adversaires du pape

Le grand maître sortant, le Britannique Fra Matthew Festing pourtant élu à vie en 2008, avait démissionné à la demande expresse du pape le 24 janvier.
Crâne dégarni et moustache fournie, Fra’Giacomo, spécialiste de l’histoire de l’art médiéval et ancien professeur de grec ancien, devient officiellement « lieutenant du Grand Maître », a annoncé l’Ordre dans un communiqué.
Il sera chargé de trouver les moyens de renforcer le contrôle et l’équilibre de la gouvernance, mais aussi la vie spirituelle de l’Ordre et le nombre de ses profès, des religieux faisant vœu de chasteté, pauvreté et obéissance, qui ne sont plus que 56 sur quelque 13 500 membres, selon le communiqué.
L’Ordre de Malte, fondé à Jérusalem et reconnu par le pape en 1113, est à la fois un Etat sans territoire basé à Rome, un ordre religieux et une puissante organisation caritative présente dans 120 pays.
« Renouvellement spirituel »
Seul un « chevalier profès » peut devenir « Grand maître », élu à vie, mais la réforme envisagée devrait au moins supprimer le critère désuet qui réduit drastiquement le choix : être d’extraction noble. Ainsi, seuls 12 des 56 « chevaliers profès », dont certains très âgés, présentaient un arbre généalogique conforme.
Mercredi, le pape a reçu une quinzaine de chevaliers et transmis une lettre dans laquelle il encourage la réforme et réaffirme son autorité, en tant que pasteur de l’Eglise, sur l’Ordre religieux qui tient pourtant beaucoup à sa souveraineté.
« J’ai entendu avec satisfaction, personnellement ou via mon délégué, les souhaits et les aspirations de nombreux membres de l’Ordre, qui veulent trouver un moyen de servir d’une manière plus en harmonie avec l’Evangile, le charisme et les objectifs de la famille de l’Ordre », a écrit le pape.
« Vous êtes engagés sur un chemin important de renouvellement spirituel, dans un esprit de fidélité à votre tradition et avec une vigilance pour les signes des temps et les besoins du monde », a-t-il ajouté.

Le Monde.fr avec AFP | 29.04.2017
 


 

 

 

 

RUSSIE


Bruxelles s’alarme de la désinformation russe

Face à la stratégie de communication du Kremlin, l’Union européenne a créé une équipe réduite d’experts.
« Les règles de la guerre ont changé… Des moyens non militaires peuvent se révéler plus efficaces que le recours à la force et servir des objectifs stratégiques », écrit en février 2013, le chef d’État-major russe Valery Gerasimov. L’homme qui passe pour l’un des théoriciens de la guerre hybride a poussé loin le concept de la bataille des mots, des images et des photos pour atteindre et déstabiliser l’adversaire. En guise d’armes : les fausses nouvelles, les rumeurs ou les articles biaisés, manipulés à l’étranger par les médias publics Russia Today (RT), Sputnik ou par des contractuels chargés d’inonder les réseaux sociaux de leurs messages.
« L’État russe a mis en place un système de désinformation planifié et organisé qui vise à délégitimer l’Union européenne et propager l’idée de pays occidentaux en proie au chaos », estime un expert européen de la communication qui travaille auprès de la commission à Bruxelles. Elle poursuit : « Les journalistes russes employés dans les chaînes de télévision publiques que nous avons auditionnées ont une conception différence de l’information : ils disent que leur pays est engagé dans une nouvelle guerre froide et que leur travail n’est pas de chercher les faits. »
Pour contrer le message des médias russes en Europe, l’Union européenne a envisagé un temps la création d’une télévision en langue russe à destination des populations russophones d’Europe de l’Est. Elle y a finalement renoncé, créant à la place une force opérationnelle réduite de 11 spécialistes de la communication. Ceux-ci ont la lourde charge de mettre en avant les succès de l’UE dans les pays du partenariat oriental (Ukraine, Georgie, Moldavie) tout en traquant la désinformation, grâce à un réseau de bénévoles européens. L’impact de leur « revue de la désinformation » apparaît cependant sans commune mesure avec la puissance de RT par exemple, fort d’un budget annuel de 300 millions de dollars (275 millions d’euros).

La Croix du 04.05.2017

Le Kremlin poursuit l’opposition jusque dans les écoles
Arrestations, menaces d’exclusion, tirades pro-régime… le quotidien des écoles et lycées en Russie est chamboulé par l’irruption de la contestation au sein de la jeunesse.
Dimanche 30 avril, un lycéen de 16 ans vivant à Vladikavkaz (Ossétie du Nord, Caucase russe) laisse un commentaire de quatre mots sur le réseau social vk.com (équivalent russe de Facebook) « Thème normal. Faut y aller » à propos d’une manifestation prévue pour le 12 juin, organisée par le groupe de lutte contre la corruption de l’opposant Alexeï Navalny. Ces quatre mots ont suffi à l’entraîner dans un cauchemar orwellien.
Dès le lendemain matin, deux policiers du « centre E » (division de lutte contre l’extrémisme) déboulent à son domicile pour un « entretien de prévention ». Ils tentent de s’emparer du smartphone du jeune homme, pour trouver d’autres traces « d’extrémisme » et débusquer ses « complices ». Le jeune homme, qui enregistre la conversation sur son smartphone, refuse. Les policiers lui demandent alors de les suivre, accompagné de sa mère, au poste de police.
Le lycéen, qui tient à rester anonyme, est amené dans le bureau du responsable local de la lutte contre l’extrémisme. Ce dernier lui fait la morale, expliquant que ceux qui le manipulent (il ne cite aucun nom) vont faire de lui un terroriste sans qu’il s’en rende compte. Le jeune homme rétorque qu’il est opposé au terrorisme. « Tu ne comprends rien. Qu’as-tu besoin d’appeler les gens à manifester ? Fais tes devoirs », lâche le commissaire, qui se tourne ensuite vers la mère du lycéen pour lui demander d’espionner le téléphone de son fils.
Puis le commissaire revient à la charge, exige du lycéen qu’il efface son commentaire sur vk.com. Il refuse : « C’est contre mes principes. » Au moment de le relâcher, un policier lui glisse : « Maintenant on t’a à l’œil, on va te surveiller. » Dans l’après-midi, il constate avec stupeur que son commentaire a été effacé du réseau social.
Des dizaines de cas similaires ont été rapportés dans les médias indépendants depuis un mois. Dans une école de la région de Briansk (au sud-ouest de Moscou), les policiers débarquent en plein cours, le 18 mars, pour interpeller un élève qui venait de partager sur vk.com une vidéo appelant à manifester le 26 mars. La directrice de l’école, entourée de plusieurs enseignants, convoque les élèves pour leur expliquer que l’action de l’opposant Navalny est une « pure provocation ». Un élève enregistre le discours et le fait circuler sur les réseaux sociaux.
Dans d’autres cas, c’est le corps enseignant qui prend les devants. La directrice adjointe de l’école n° 15 de Vladimir (au sud-est de Moscou), menace le 26 avril de placer dans des orphelinats les élèves ayant participé à la manifestation locale. Ces derniers enregistrent la tirade et la font parvenir à la chaîne télévisée locale Zebra TV.
À Samara, des centaines d’étudiants voient leurs cours remplacés par la participation obligatoire à deux conférences « contre l’extrémisme », où l’opposition est décrite comme la première phase d’un plan de destruction du pays et comparée au terrorisme. La presse indépendante recense des dizaines de cas de menaces d’exclusion adressées soit aux parents, soit aux étudiants ayant manifesté contre le gouvernement.
Tout a commencé le 23 février, lorsque Alexeï Navalny et son équipe diffusent une enquête sous forme de vidéo dévoilant « l’empire caché » du premier ministre. Elle fait un tabac. Un mois plus tard, des dizaines de milliers de Russes descendent dans la rue à l’appel de l’opposant pour protester contre la corruption du premier ministre. Non seulement le pouvoir ne s’attendait pas à une telle mobilisation, mais surtout il découvre qu’il s’agit pour l’essentiel de mineurs, d’écoliers, de lycéens et d’étudiants. Ceux que l’on appelle la « génération Poutine ».
Âgés de 15 à 25 ans, ces jeunes ont grandi devant un poste de télévision chantant tous les soirs les louanges du dirigeant. Les sociologues les croyaient dépolitisés ou fervents admirateurs du Poutine musclé faisant respecter la Russie dans le monde entier. Après les libéraux, les Caucasiens, les homosexuels et les Ukrainiens, les jeunes sont les nouveaux ennemis de l’intérieur.

La Croix du 15.05.2017

 

 

 

 


 

 

 

 

SYNCRETISME


Pourquoi le syncrétisme est-il si présent en Afrique ?

Lors d’une conférence donnée à Paris, fin avril, plusieurs théologiens et anthropologues ont abordé la notion de syncrétisme en Afrique.
Plusieurs anthropologues sont revenus, mercredi 26 avril à Paris, au cours d’une conférence organisée à Sciences-Po par l’Association des étudiants africains et l’association interconvictionnelle Coexister, sur l’importance du syncrétisme sur le continent africain. Un « mélange » religieux présent dans de très nombreux pays du continent.
« On ne peut pas effacer ce que l’on appelle la religion traditionnelle, explique Romuald Hazouma, un artiste béninois qui pratique le culte vaudou. Chez nous, il n’y a pas de catholiques, de protestants et de musulmans. Mais il y a des catholiques tropicaux, des protestants tropicaux et des catholiques tropicaux. Nous savons très bien que dès que cela tourne au vinaigre, l’Africain va voir le féticheur. »
Cet artiste récuse d’ailleurs le terme utilisé pour désigner les religions des ancêtres. « Parler de religion traditionnelle manifeste une volonté d’écraser la religion », selon lui.
La personne abandonne-t-elle ses pratiques ancestrales quand elle se convertit ? « Cela dépend de chacun, répond Pierre Diarra, théologien malien et chargé de formation aux Œuvres Pontificales Missionnaires (OPM). Mais cela dépend aussi de ce qu’impose le prêtre, l’imam ou le pasteur, et de la manière dont la communauté tolère une forme de syncrétisme – ou non. »
Le Père Gabriel-Marie Tchonang, prêtre camerounais et professeur de théologie fondamentale à Strasbourg explique, quant à lui, qu’il existe un réel « concubinage religieux » en Afrique, où « les frontières entre les religions deviennent poreuses car elles sont ancrées vers la vie ». Le prêtre raconte l’histoire de cet ami évangélique devenu témoin de Jéhovah, avant de rejoindre l’islam, puis de retourner vers la religion traditionnelle. « Tout ce qui peut concourir au renforcement de la vie se fait. Tout est orienté vers la vie », explique-t-il.
Anthropologue à l’EHESS, Jean-Pierre Dozon souligne que le syncrétisme est en partie ancré dans les religions traditionnelles. « La force de ces religions est d’avoir une tolérance entre elles. Personne ne connaît la totalité des divinités. On peut passer d’une divinité à une autre, ou alors en avoir plusieurs, en fonction de leur efficacité. En ce sens, le monothéisme a instauré une rupture théorique, mais le mélange a continué ».

La Croix du 02/05/2017

 

 

 

 


 

 

 

 

TEMOINS DE JEHOVAH

Culte. En Russie, les Témoins de Jéhovah sont désormais hors la loi

La Cour suprême de Russie a prononcé l'interdiction des Témoins de Jéhovah, le 20 avril.
Les Témoins de Jéhovah, qui comptent 175 000 adeptes à travers le pays, sont depuis le 20 avril considérés comme membres d’une secte extrémiste, par conséquent interdite.
Le 20 avril, la Cour suprême de Russie a déclaré “extrémiste” le Centre administratif des témoins de Jéhovah et a interdit, sur cette base, les activités des 395 sections et plus de 2 000 groupes d’adeptes sur le territoire de la Fédération, rapporte le quotidien Kommersant.
Les bureaux seront donc fermés et les biens de l’organisation confisqués. Cette dernière est accusée “de diffuser de la littérature interdite, de ne pas appliquer les mesures de prévention contre les manifestations extrémistes, et de financer des organisations régionales déjà interdites par la loi”.
“La secte était un vilain abcès dans la société russe, il est juste qu’elle soit liquidée”, a commenté Roman Silantiev, le vice-président du conseil d’experts sur les questions religieuses au sein du ministère de la Justice. “Les autres sectes à caractère agressif devraient se tenir sur leurs gardes.” Environ 175 000 personnes seraient concernées par la loi “sur la participation à une organisation religieuse interdite”, et pourraient encourir, à ce titre, une peine allant de deux à six ans d’emprisonnement.
Un risque d’accusation de violation de la liberté de conscience
“Nous estimons que cette décision est illégale et injuste”, a réagi Iaroslav Souvilski, membre du conseil dirigeant du Centre administratif des Témoins de Jéhovah de Russie.
En effet, le ministère de la Justice n’a fourni aucune preuve d’accointances avec un quelconque extrémisme. Nous n’enfreignons pas la loi, et payons nos impôts rubis sur l’ongle. Certains experts pensent qu’on veut nous interdire parce que nous concurrençons l’Église orthodoxe.”
Les biens immobiliers de l’organisation à travers le pays sont considérables, note Roman Loukine, directeur du Centre d’étude des problèmes religieux à l’Académie des sciences de Russie, qui estime que ce pourrait être “l’un des motifs sous-jacents de cette attaque juridique” – qui prévoit la confiscation de nombreux locaux, salles, immeubles et terrains.
L’expert estime qu’après cette décision, la Russie sera “accusée de violation de la liberté de conscience”. Selon lui,
l’interdiction en elle-même reflète les relations que le pouvoir entretient avec les associations indépendantes dans leur ensemble. Il n’y avait aucun fondement juridique direct pour liquider tout un mouvement religieux”.
Par ailleurs, “aucun des plus grands spécialistes des religions du pays n’a jamais émis de critique à l’égard des Témoins de Jéhovah. Désormais, la communauté scientifique prendra certainement la défense de l’organisation”.

http://www.courrierinternational.com/article/culte-en-russie-les-temoins-de-jehovah-sont-desormais-hors-la-loi
21/04/2017


 

      

 

 

 

TURQUIE


Le mouvement de Fetullah Gülen, entre islam et action sociale

Le mouvement Hizmet, initié par l’opposant turc Fetullah Gülen, est sous le feu des critiques du gouvernement Erdogan.
Ses membres mettent l’islam en avant, aussi bien que l’éducation et l’action sociale.

Ils sont musulmans, « veulent sauvegarder la foi » mais refusent « un islam politique ». Les membres du mouvement Hizmet préconisent l’action sociale, en bâtissant écoles et centres de formation en Turquie, pour faire évoluer la société.

C’est en tout cas ce qu’explique Yafes Uyarci, président du centre Hizmet de Paris. Le mouvement a été créé dans les années 1980 par un prédicateur turc, Fetullah Gülen. Exilé au États-Unis depuis 1999, il est le grand ennemi du président Recep Tayyip Erdogan, qui l’accuse notamment d’être responsable du coup d’état militaire manqué de juillet 2016. Pour les autorités turques, les « gülenistes » sont des « traîtres et des terroristes ».

Aujourd’hui, la victoire du président turc au référendum sur l’adoption d’une nouvelle constitution, inquiète les fidèles de Gülen. « Désormais, tout le pouvoir est officiellement dans les mains d’Erdogan », explique ce membre, préférant garder l’anonymat pour protéger sa famille en Turquie. Le militant espère seulement que ce référendum, entaché de soupçons de fraude, fera grandir le mécontentement de la population. Mais il ne pense pas que son mouvement puisse prendre la tête d’une révolte. « Nous sommes insultés 24 heures sur 24 dans les médias d’État turcs, alors le réveil des peuples n’est pas pour demain » se désole-t-il.

Un millier d’écoles ouvertes dans le monde dont deux en France

Hizmet n’est pourtant pas un mouvement révolutionnaire, ni même à proprement parler politique. Il s’inscrit dans la tradition des confréries turques mais se défend d’en être une. Yafes Uyarci expliquant « que contrairement aux confréries, nous n’avons pas de règle de culte, chacun peut pratiquer comme il l’entend ». Le mouvement en partage cependant l’admiration pour un leader charismatique.

En effet, Yafes Uyarci ne tarit pas d’éloge sur Fetullah Gülen, « qui peut aussi bien parler du Coran que de science et de droit des femmes, et cite Rousseau dans ses prêches ». Citant le sociologue Max Weber, auteur de L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, le jeune homme croit « au travail comme acte d’adoration de Dieu et à la grâce de Dieu atteinte par le service à la société ». Le mouvement revendique un millier d’écoles ouvertes dans le monde dont deux en France et a créé plusieurs médias, en turc et en kurde. Aujourd’hui, tous leurs établissements et journaux en Turquie ont été confisqués par le gouvernement.

« Erdogan a travaillé avec Gülen pendant longtemps »

Le mouvement fait la promotion de « l’islam intégré dans une vie politique démocratique et pluraliste ». C’est cette différence de vision entre Hizmet et le président Erdogan (qui prône un islam politique) qui serait la conséquence de leurs déboires avec le chef de L’État. Mais pour Bayram Balci, chercheur au centre de recherches internationales de Science Po, à Paris, interrogé par France Culture, « Erdogan a travaillé avec Gülen pendant longtemps. (…) Une fois qu’ils ont réussi à éliminer leurs adversaires, c’est-à-dire l’armée et l’establishment kémaliste (du nom de Mustapha Kemal Atatürk, père de la Turquie moderne, NDLR), ils sont devenus un peu concurrents. » Dans le même article, le chercheur dénonce « des activités nuisibles et mesquines en Turquie comme l’infiltration, l’espionnage, les écoutes illégales, etc. » auquel le mouvement se livrerait.

Les partisans de Gülen en France énoncent, quant à eux, les pressions et les discriminations à leur encontre qui s’exportent depuis la Turquie. Yafes Uyarci explique par exemple « que des entrepreneurs turcs sont obligés d’écrire des lettres dénonçant le mouvement pour ne pas être boycottés par la diaspora turque. Nous sommes aussi interdits d’entrée dans certaines mosquées françaises. » Des saccages, attribués par le mouvement à la diaspora soutenant Erdogan, ont également eu lieu « à Béziers, à Lyon » dans des locaux d’Hizmet après le coup d’État manqué de l’été dernier.

La Croix du 21.04.2017

En Turquie, le journalisme au temps de la peur

Onze journalistes de Cumhuriyet, quotidien de référence, sont en prison. À la rédaction, ceux qui restent se battent pour continuer à honorer leur métier.
Soudain, Bülent Özdogan marque un silence : ceci ajoute à la gravité de son petit bureau sommaire – une table de travail, deux fauteuils pour les visiteurs, une étagère presque vide –, austère comme le reste des locaux de Cumhuriyet, quotidien turc de référence dont il dirige la rédaction. Puis il reprend et les phrases s’échappent de son épaisse barbe noire : « L’autocensure ? Ce n’est jamais très agréable de le reconnaître, c’est même humiliant, mais le moindre article que l’on sort est passible d’un procès. En tant que directeur de la rédaction, je suis obligé de prendre cela en compte. »
Quotidien de cette élite intellectuelle honnie par le président Recep Tayyip Erdogan, Cumhuriyet, vendu à près de 50 000 exemplaires, tient lieu de cible de choix dans la traque des médias que le régime turc, populiste et autoritaire, a intensifiée après le coup d’État manqué du 15 juillet dernier. Depuis l’automne, onze journalistes de la rédaction ont été arrêtés et placés en détention provisoire, pour des motifs qu’ils n’ont connus qu’en avril : appartenance ou soutien au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), à la confrérie de l’imam Fethullah Gülen, accusée d’avoir fomenté la tentative de putsch, ou encore au DHKP-C, organisation d’extrême gauche. Risquant entre sept ans et demi et quarante-trois ans de prison, ils doivent comparaître lors d’un procès prévu le 24 juillet.
Chaque jour, les photos d’identité des onze grands absents de la rédaction s’affichent sur la une du journal. Un message de solidarité avec ces singuliers prisonniers, soumis à des conditions de détention défiant les règles habituelles – seules les visites de la famille sont autorisées, à raison d’une par semaine ; toute correspondance est interdite ; les entrevues avec l’avocat sont enregistrées. Un rappel, aussi, des risques courus par ceux qui restent. « Depuis les arrestations, nous n’avons pas changé de ligne éditoriale, mais les collègues font plus attention », dit Bülent Özdogan. Une prudence qui peut exiger d’habiles contorsions des journalistes, pour certains déchirés entre le souci de préserver leur déontologie et celui de rester en liberté.
Mentionner l’imam Fethullah Gülen est dangereux, son seul nom pouvant provoquer des accusations d’accointance avec cet ennemi juré de Recep Tayyip Erdogan, et donc de la nation tout entière, selon la logique du régime. La récente polémique entre la Turquie et les Pays-Bas fournit un autre exemple du péril qui guette les plumes audacieuses. La Haye a refusé, en mars dernier, d’accueillir deux ministres turcs souhaitant faire campagne auprès de la diaspora pour le référendum constitutionnel du 16 avril tandis qu’en riposte, le président Erdogan a dénoncé des pratiques « nazies » et « fascistes ». « Cette crise a été montée de toutes pièces à destination de l’électorat peu éduqué de l’AKP (le parti au pouvoir, NDLR), explique la chroniqueuse Ceyda Karan. Cela, on l’écrit, mais on sait qu’on peut le payer de notre personne. »
Le site Internet de Cumhuriyet, qui reçoit 12 millions de visiteurs par mois, permet la critique en évitant les mots risqués. « On peut montrer des contradictions par une simple vidéo de discours, en la comparant avec une vidéo antérieure », explique Oguz Güven, directeur Web. Le site n’échappe pourtant pas aux assauts extérieurs, des hackers rendant régulièrement son accès difficile ou bloquant des pages. Rien qui, toutefois, ne décourage Oguz Güven. « Jamais je n’ai pensé à arrêter mon métier, dit-il. Plus on s’éloigne des conditions démocratiques, plus c’est stressant, mais plus c’est nécessaire de le faire. »

La Croix du 04.05.2017
 

 


 

 

 

 

VACCINATIONS


De plus en plus de Belges se méfient des vaccins, certaines maladies font leur retour

La semaine mondiale de la vaccination se clôture ce dimanche, avec cette inquiétude du monde médical chez nous : des maladies graves comme la rougeole ou la coqueluche sont de retour, alors que leur vaccination est obligatoire. On a recensé près de 400 cas de rougeole en quatre mois, contre une vingtaine de cas par an en temps normal.

Les médecins tirent la sonnette d'alarme

Avec ce constat : les Belges se méfient de plus en plus des vaccins. Les médecins tirent donc la sonnette d'alarme, la couverture vaccinale devient insuffisante pour certaines maladies, comme l'explique Charlotte Martin, co-responsable de la Travel and Vaccine Clinic à l’hôpital St-Pierre à Bruxelles.

"Pour une maladie aussi contagieuse que la rougeole, on dit qu'il faut une couverture vaccinale de la population de plus de 95%. Et il faut la deuxième dose pour être parfaitement vacciné, et cette deuxième dose est très souvent oubliée. On est probablement entre 70% et 75% de couverture en Belgique, ce qui n'est pas du tout suffisant."

Un recul de la couverture vaccinale lié à une méfiance croissante envers la vaccination à cause d'une certaine crainte d’effets secondaires, mais aussi une méconnaissance des risques de certaines maladies oubliées. "Si vous parlez à vos parents ou grand-parents de la rougeole ou de la coqueluche, et que vous dites que vous hésitez à vacciner votre enfant, ils vont pousser de hauts cris. Nous ne voyons plus ses maladies, on ne sait plus ce que c'est." constate Charlotte Martin.

Du lobby anti-vaccin

Sans oublier des fake news qui se répandent régulièrement sur les vaccins, comme cette étude falsifiée avait par exemple établi un lien entre autisme et vaccin contre la rougeole. Un lien, en fait, inexistant. "On voit beaucoup de lobbies anti-vaccin, extrêmement actifs, des idées fausses aussi qui ont circulé et fait beaucoup de dégâts. Ça m'inquiète, je dois me battre contre cette méfiance tous les jours."

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, la vaccination permet de sauver trois millions de vies chaque année, de nouvelles campagnes de sensibilisation sont donc nécessaires pour remettre le Belge dans "le droit chemin" du vaccin.

RTBF / 30.04.2017
 

 

 

 


 

 

 

 

VEGETARISME



Belgique: Nourri au lait végétal, un bébé décède... Ses parents risquent jusqu'à 18 ans de prison
MALTRAITANCE NUTRITIONNELLE Ils n'ont consulté un médecin que quelques heures avant le décès du nourrisson...
Du lait végétal à la place du lait maternel. D’après le média 7 sur 7, un couple de Belges, végétariens et propriétaires d’un magasin biologique, est devant la justice après la mort en 2014 de leur nourrisson, nourri entre 3 et 7 mois de lait végétal. Pour le procureur, « cela revient à un refus délibéré de nourriture ».
Jusqu’à 3 mois, le bébé a été normalement nourri, mais la mère explique qu’ensuite les choses se sont compliquées. « J’ai dû arrêter d’allaiter après trois mois car je ne produisais plus assez de lait. Et vu que notre bébé ne réagissait pas bien au lait artificiel traditionnel – il avait des coliques et vomissait – nous avons décidé de plutôt lui donner du lait végétal pour le soulager. Nous avons tout essayé pour trouver une nourriture qui lui convenait. Et nous n’avons à aucun moment réalisé, au cours de cette adaptation alimentaire, que notre enfant avait un problème. »
Le jour de sa mort, le nourrisson de 7 mois ne pesait que 4,3 kg et était dans un état de malnutrition chronique et de déshydratation, d’après l’autopsie.
>> A lire aussi : Alimentation. Cinq produits «naturels» à bannir de l’alimentation des tout-petits
Des parents désemparés à l’audience
Déjà parents de deux fillettes, partiellement nourries au lait végétal, le couple belge n’a, d’après leurs dires, pas réalisé ce qui arrivait à leur enfant. Le jour de son décès, ils l’ont emmené consulter un médecin homéopathe, qui les a sommés de le transporter aux urgences. Peine perdue, le bébé est décédé sur le trajet.
La mère, en larmes à l’audience, a déclaré qu’elle nourrissait son bébé « jusqu’à quatre fois par nuit », alternant lait de maïs, de riz, d’avoine, de quinoa ou de sarrasin dans les biberons.
Pour le procureur, Pascal Persoons, « Les parents n’ont rien fait face à son amaigrissement. Ils ont simplement continué encore et encore avec leurs laits végétaux. Un tel comportement doit être poursuivi ». Il a également souligné que l’aversion des parents pour la médecine traditionnelle les avait menés jusqu’au drame et qu’ils étaient donc responsables.
Le jugement doit être rendu le 14 juin.

http://www.20minutes.fr/monde/2070295-20170517-belgique-nourri-lait-vegetal-bebe-decede-parents-risquent-jusqu-18-ans-prison
 

 

 

 


 

 

 

 

VENTES PYRAMIDALES


Procès Training Sandra Network : "Elle nous a vendu des rêves"

Sandra Faraire, grande prêtresse de Training Sandra Network. Charismatique, certains l'appelaient même "Divine" ou "Déesse" ont raconté des plaignants.

PAPEETE, le 18 octobre 2016 - Le tribunal correctionnel a renvoyé au 18 avril 2017, ce mardi, le procès en escroquerie visant Sandra Faraire, grande prêtresse de feue la société Training Sandra Network (TSN). S'inspirant du modèle économique de la vente pyramidale, illégal, TSN vendait à grand renfort de publicité, sur les réseaux sociaux notamment, de courtes formations en développement personnel promettant richesse et bien-être à ceux qui payaient pour les suivre. 48 plaignants se sont signalés mais les enquêteurs parlent de 6 000 victimes potentielles.


Poursuivies pour "escroquerie", "abus de confiance", "banqueroute" et "travail dissimulé", Sandra Faraire et deux de ses collaboratrices, Anouciatha Faoa et Heiata Huria, devaient être jugées ce mardi à l'audience du tribunal correctionnel de Papeete dans l'affaire de vente pyramidale TSN. Mais deux d'entre elles n'ayant pas encore d'avocats désignés, son président n'a eu d'autre choix que de renvoyer l'affaire en avril de l'année prochaine.

Une enquête préliminaire avait été ouverte début 2015 sur instruction du parquet de Papeete concernant des faits d’escroquerie présumés à l’encontre de la société SARL Training Sandra Network. A grand renfort de communication, notamment via Facebook, et de réunions d’information payantes, cette société installée à Tahiti depuis mai 2014 se vantait de dispenser des formations sur la réussite personnelle et financière, dont la finalité était de "devenir légalement riche", voire "ultra riche" en quelques mois seulement, pour reprendre les formules marketing utilisées par TSN.

Les investigations avaient été confiées à la brigade financière de la direction de la Sécurité publique (DSP), le procureur de la République soupçonnant les animateurs de cette société de se livrer à une arnaque de type pyramidale, promettant à leurs clients un retour sur investissement rapide moyennant un droit d’entrée de l'ordre de 30 000 Fcfp et une formation de quelques jours axée sur le développement personnel.

"Leur discours consiste à dire que pour cette somme, et à l’issue d’une courte formation, la clientèle pourra espérer un retour sur investissement de l’ordre de 500 000 Fcfp au bout de 6 mois, 1 million Fcfp au bout de un an", expliquait le commandant de police Heimana Besineau lors des prémices de l'enquête. "Si les clients estiment avoir été abusés, qu’ils n’hésitent pas à s’orienter vers la police ou la gendarmerie pour se signaler", poursuivait l'enquêteur.

Ne voyant pas l'argent promis revenir dans les délais, c'est ce qu'une cinquantaine d'entre eux avaient fini par faire, vite rejoints par leurs formateurs qui n'arrivaient pas, de leur côté, à se faire payer. Un nombre important de plaignants, la grande salle du palais de justice était bondée ce matin, mais finalement ridicule comparé aux 6 000 victimes potentielles du programme TSN.

Pendant plus d'un an, Training Sandra Network avait multiplié à un rythme effréné les sessions de recrutement clientèle à travers tous les archipels de la Polynésie française, jusqu'en Nouvelle-Calédonie sur la fin. Et pour cause : la vente pyramidale est une forme d'escroquerie dans laquelle le profit ne provient pas vraiment du succès du produit, mais du recrutement massif de nouveaux représentants payant leur droit d'entrée. Seuls les initiateurs du système en profitent en spoliant la base, jusqu'à l'explosion du modèle.

Sans actifs ni liquidités, la société liquidée fin 2015

C’est la très sérieuse Direction générale des affaires économiques du pays (DGAE) qui s'est trouvée à l’origine de l’ouverture de l'enquête dans ce dossier. Le service d'information des consommateurs polynésiens s'était inquiété auprès du parquet d’apprendre que la SARL Training Sandra Network (inscrite au registre du commerce, Ndlr) se vantait d’avoir obtenu son agrément pour se donner une légitimité, alors même que la DGAE ne délivre jamais de caution de ce genre.

En septembre 2015, c'est la CPS qui signait la fin de la récréation constatant plusieurs millions de francs de cotisations sociales impayées. Car TSN a compté jusqu'à plus d'une centaine "d'employés". Placée en redressement judiciaire, la SARL TSN, sans actifs ni liquidités, sera liquidée en octobre. Sandra Faraire, elle, était placée en garde à vue pendant 48 heures deux mois plus tard. 3,5 millions de francs avaient été saisis lors d'une perquisition au domicile de cette ancienne de la CPS, qui avait reconnu utiliser l'argent pour faire tourner sa "société" et assurer son train de vie.

Démarchage jusque dans les archipels, ouverture d’une salle de formation louée dans des bureaux neufs payés cash et rubis sur l’ongle, employés par dizaines, organisation de réunions d’information payantes sur ces formations miracles, la vitrine était trop belle. Un miroir aux alouettes sur lequel se sont potentiellement fracassés des milliers de polynésiens, sous le charme d'une patronne charismatique, Sandra Faraire, au discours séduisant et extrêmement bien rodé, habillé d'un décorum fastueux et de références bibliques promettant monts et merveilles à ceux qui voudrait bien répandre sa méthode ou lui confier leur argent pour investissements. Chaîne Youtube, montages photos sur internet mettant en scène des formateurs avec le créateur de Facebook Mark Zuckerberg, le tout servi à un public sous le charme d’un discours empreint de positivisme et aux allures de prêche, truffé de références à la foi, il n'en fallait pas plus pour séduire une armée de naïfs.

Sandra Faraire : "Je n'ai pas voulu faire de mal"
Procès Training Sandra Network : "Elle nous a vendu des rêves"
Présente à l'audience ce matin avec ses deux co-prévenues, celle qui a imaginé Training Sandra Network, Sandra Faraire, ne s'est pas démontée au moment de quitter le tribunal après l'annonce du renvoi de l'affaire. S'exprimant face caméra, en français et en tahitien, la vahine a assuré qu'elle travaillait au remboursement des personnes lésées et s'est défendue d'avoir manigancé une escroquerie :

"Je n'ai voulu faire de mal à quiconque, ce n'était pas intentionnel, je tiens à le dire publiquement et à m'excuser auprès de ceux que j'ai pu froisser. Il faut savoir que quand on monte une société ce n'est pas pour être pauvre, logiquement. Maintenant je me prépare pour le renvoi de l'affaire (le 18 avril 2017 devant le tribunal correctionnel, Ndlr). Le but c'est de rembourser tout le monde, on va travailler là-dessus. Je suis confiante, la TSN n'est pas la seule société dans cette situation. Merci à vous, et une excellente journée".

Dans une conversation sur Facebook avec une plaignante enregistrée une semaine avant l'audience d'hier au tribunal, Sandra Faraire poursuit sa fuite en avant et ses promesses de remboursement, "maximum d'ici juin 2017".

"On a été naïfs et stupides, c'est de la manipulation" confesse un plaignant
Léa Faatoa, plaignante et ancienne formatrice à TSN : "Nous avons perdu notre dignité, le moral, des mois de salaires, à travailler sans être payés ni déclarés à la CPS".
De nombreuses victimes de Sandra Faraire et de sa société de formation en réseau de marketing avaient fait le déplacement, ce mardi à l'audience du tribunal. Ils reviendront le 18 avril 2017, date à laquelle a été renvoyé le procès. Dans la salle des pas perdus, certaines d'entre elles ont accepté de revenir sur leur expérience malheureuse. Il y a ceux qui ont payé pour une formation qui ne leur aura servi à rien, ceux qui ont investi du temps et placé de l'argent en pure perte, et des formateurs qui ont cru comme les autres aux belles paroles de leur pseudo employeur. Avant de déchanter :

"Elle nous a vendu des rêves", peste Léa Faatoa, la seule du groupe à accepter de témoigner à visage découvert. "Tous les Polynésiens veulent réussir leur vie, ont un besoin financier. Nous avons perdu notre dignité, le moral, des mois de salaires, à travailler sans être payés ni déclarés à la CPS".

"Du coup, en tant que formateurs, nous avons nous même le sentiment d'avoir menti aux gens", renchérit une autre ex-formatrice. "On s'est excusé, les vrais amis sont restés, mais c'est dur. C'était beaucoup de développement personnel en réalité. La société était construite sur quatre valeurs : la bienveillance, la patience, l'enthousiasme et l'humilité. On y a cru. La légalité de la société était mise en avant. Naïfs et stupides comme nous l'étions, nous l'avons cru. On s'est aussi fait avoir par tout le décorum mis autour, il y avait une dynamique de groupe qui était géniale. Ce qui nous a attiré c'est que Sandra nous a laissé penser qu'elle aimait les petites gens, aux salaires modestes, ou qui n'avaient pas de travail, de bénir cette catégorie de la population. Il y avait aussi beaucoup de références à la religion et cela aussi c'était une arnaque. Parce que le Polynésien est pieux, les gens se sont précipités. C'est vraiment dommage car tout cela n'a rien avoir avec Dieu ou avec la Bible. C'est de la manipulation".

On l'appelait "Divine" ou "Déesse"

"Employés, on faisait notre travail avec cœur, on nous disait que la société était en règle", poursuit un troisième plaignant. "Ce n'est que des mois après qu'on a découvert que nos salaires n'étaient pas versés, qu'on n'était pas déclarés à la CPS, il a fallu que nous comprenions de nous-même que la situation était empoisonnée. C'était en janvier 2015. Rien de ce qui était dit n'avait été fait. C'est là qu'on a démissionné en avertissant l'inspection du travail des raisons de notre démission".

Et quand il s'agit de parler de Sandra Faraire, c'est à l'unisson que le petit groupe décrit une femme "à l’ego démesuré", qui "aime que les gens l'applaudissent sur scène". "Certains l'appelaient Divine, ou Déesse, la mettait sur un pied d'Estal. Elle a une voix très douce, jamais énervée, elle a du charisme tout simplement, et on a été naïfs. Quand on s'est rendu compte de l'arnaque, on a appelé nous même ceux à qui nous avions donné des formations pour nous excuser et expliquer que nous avions nous-mêmes été dupés. Elle manipule les gens. On est très peu à avoir porté plainte finalement. Je pense que beaucoup ont encore peur, ou honte".

Me Arcus Usang, avocat de l'une des victimes : "De l'abus de confiance"
-Quel est le profil de cette, chef d'entreprise dirons-nous…

Elle proposait à ses clients un tableau de placements financiers, portant parfois sur des sommes considérables, jusqu'à 25 millions de francs, avec des taux de rendement et de rémunération du capital très importants, de l'ordre de 15 à 20 %.

-Des taux évidemment très fantaisistes…

Fantaisistes oui, mais c'est surtout le capital apporté qui n'est pas près d'être représenté. D’où les poursuites pour abus de confiance aujourd'hui.

-Comment votre client est-il tombé dans le panneau et combien a-t-il perdu dans l'affaire ?

La technique était bien rodée. Mon client, sous prétexte d'une formation à réaliser, qu'il a aussi payée soit dit en passant, avait été sollicité à la fin de cette formation pour faire un placement financier. Il a placé 5,4 millions de francs exactement via TSN. Tout ce qu'il espère aujourd'hui, c'est retrouver a minima ce capital. Mais je crois qu'il a renoncé définitivement aux intérêts…

-Quelles explications lui avaient donné les prévenues pour justifier l'absence de retour sur investissement ?

Que l'argent est bien placé et qu'il faut attendre. Peut-être devra-t-il attendre toute sa vie…

Tahiti Info du 18.10.2016

 

 

 


 

 

 

 

 

Dérives sectaires

dans des communautés, groupes ou associations catholiques

 


 

 

 

 

 

Il y a des dérives sectaires, oui.

Mais il y a aussi des comportements de paix, de dignité, de respect et de liberté :

les fruits de Gamaliel

 

 

Égypte: une nouvelle église grâce aux dons des musulmans
Un geste salué par L’Osservatore Romano
« Un signe visible et concret pour renforcer la concorde nationale » : c’est ce qu’a déclaré le maire d’Ismailia (Egypte), dans la province de Minya, à propos de l’inauguration d’une église dédiée à saint Georges et à la Vierge Marie financée ne partie parles dons des musulmans, rapporte L’Osservatore Romano en italien du 18 mai 2017.
La réalisation de l’édifice a été rendue possible grâce aussi aux dons recueillis parmi la population musulmane résidante, ajoute la meêm source: dans la région d’Ismailia, vivent environ 20.000 personnes, dont un tiers de chrétiens coptes et deux tiers de musulmans sunnites.
La nouvelle église permettra aux fidèles chrétiens de ne plus devoir entreprendre, comme cela se produisait jusqu’à maintenant, un trajet long et dangereux pour rejoindre le lieu de culte le plus proche, précise L’Osservatore Romano.
C’est le « Comité de réconciliation d’Ismaïlia » – près du Canal de Suez -, dont la mission est de « prévenir ou de résoudre les conflits sectaires », a approuvé la construction d’une nouvelle église copte, établissant également la zone à destiner à l’édification du lieu de culte, en mars 2016. Les membres du Comité, en majeure partie musulmans, ont voté la proposition et le lieu de l’implantation de l’église par 49 voix contre 4, précise l’agence vaticane Fides. Beaucoup de chrétiens fuyant les terroristes du Sinaï se réfugient à Ismaïlia.
A Ismaïlia, l’église copte catholique Saint-Marc (photo) – dédiée à l’apôtre de l’Egypte, et auparavant à saint François de Sales – a été construite en 1929 par l’architecte Louis-Jean Hulot.

Zenit du 17.05.2017
 

Une femme, juge d’un tribunal islamique en Israël

Hana Khatib est la première magistrate à siéger dans un tribunal religieux dans l’État hébreu. En Israël où il n’y a pas de séparation entre la religion et l’État, les lois de la famille sont appliquées par des tribunaux religieux des différentes communautés.

C’est une première en Israël. Hana Khatib, magistrate originaire de Tamra (nord), a été nommée par la justice israélienne « qadi », titre attribué aux juges des tribunaux islamiques, mardi 25 avril. Ces cours de justice régissent principalement les affaires familiales au sein de la communauté arabe israélienne musulmane, soit aujourd’hui 17,5 % de la population.

Un héritage de l’empire ottoman

En Israël où il n’y a pas de séparation entre la religion et l’État, les lois de la famille – mariage, divorce, héritage – sont appliquées par des tribunaux religieux des différentes communautés qui comparaissent devant des cours séparées. L’État hébreu compte neuf tribunaux islamiques et 18 juges. Ils existent depuis la création du pays en 1948 et sont les héritières des cours de justice mises en place par l’empire ottoman.

Une innovation qui dépasse le monde musulman

Hana Khatib est la première femme à siéger dans l’un de ces tribunaux, non seulement musulmans, mais également druzes, juifs et chrétiens. Elle prêtera serment au cours des semaines à venir devant le président d’Israël Reuven Rivlin.

Une décision saluée en Israël

La ministre israélienne de la justice Ayelet Shaked, du parti nationaliste religieux Foyer juif, a estimé que cette nomination « aurait dû arriver il y a longtemps ».

« C’est une excellente nouvelle pour les femmes arabes et pour la communauté arabe. Je suis ravie de ce choix et j’espère que c’est de bon augure pour plus de nominations de femmes à ces postes », a-t-elle ajouté.

La députée arabe israélienne d’opposition Aïda Touma-Sliman a salué une nomination « historique » au terme d’un long combat légal. « Il est temps de croire au pouvoir des femmes arabes à tenir tous les rôles, à occuper des positions influentes dans la société et au sein de l’État et d’écarter les obstacles qui se dressent sur leur route », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Parmi ces obstacles, la société patriarcale palestinienne qui maintient la femme à un rôle traditionnel. Mais de plus en plus de femmes s’en affranchissent comme le montre le film de Maysaloun Hamoud (35 ans) sorti le 12 avril, Je danserai si je veux. Elle y dresse la chronique de trois citoyennes arabes israéliennes : l’athée revendiquée, la musulmane pratiquante et l’arabe chrétienne dont la famille est d’apparence plus ouverte. La photographie d’une société en pleine mutation.

La Croix du 26.04.2017

Mère Marie-Catherine Kingbo, à l’écoute des imams nigériens

Le mouvement Aide à l’Église en détresse ouvre ce soir la neuvième édition de sa « Nuit des témoins » (1), en hommage aux chrétiens persécutés. Parmi les intervenants, Mère Marie-Catherine Kingbo, fondatrice de la Fraternité des servantes du Christ, œuvre pour le dialogue interreligieux au Niger.
« Fais connaître mon vrai visage à nos frères musulmans. » C’est en 2006 que Mère Marie-Catherine Kingbo entend,à 53 ans, « cet appel du Christ » à partir fonder une congrégation religieuse au Niger. Onze ans après la création de la Fraternité des servantes du Christ, installée à Maradi, dans le sud du pays, elle continue d’y œuvrer quotidiennement pour l’éducation des enfants, la formation des femmes et le dialogue interreligieux, auprès d’une population à 98 % musulmane.
Ce besoin de rapprocher les religions, Mère Marie-Catherine le puise dans son enfance. Née en 1953 à Guinguinéo, au Sénégal, « dans une famille œcuménique » – son père, d’origine béninoise, et ses sept frères sont protestants, sa mère et ses quatre sœurs sont catholiques –, elle se réjouit d’avoir reçu « une éducation exemplaire ».« Mes parents, très pratiquants, nous ont montré que nous pouvions vivre harmonieusement dans la diversité ethnique, religieuse et culturelle ».
Pourtant, quand elle a, à 20 ans « le déclic de la vocation », l’incitant à quitter son métier de secrétaire, son père mettra quatre ans avant de « lui donner sa bénédiction ». En 1976, elle entre à Dakar chez les sœurs des Filles du Saint-Cœur de Marie (FSCM), dont elle prendra la tête trois années après avoir prononcé ses vœux perpétuels, en 1985.
Jusqu’en 2000, celle qui est aussi devenue présidente de la Conférence des supérieures majeures du Sénégal insuffle « un élan missionnaire à la communauté en l’ouvrant à d’autres Églises », au Tchad, au Niger et en Centrafrique. « Tout n’a pas toujours été rose », concède-t-elle, en évoquant « certains clivages ethniques entre des sœurs du Nord et du Sud ».
En 2001, épuisée à la fin de son mandat, elle vient se ressourcer en France.Au Centre Sèvres, elle suit une formation dispensée par un jésuite, « théologie comparée, christianisme et islam ». C’est là qu’elle comprend que Dieu l’appelle pour une nouvelle mission, au Niger, et quitte sa congrégation, avec l’aval de sa mère supérieure.
Avec les 20 religieuses et novices qui composent aujourd’hui la Fraternité des servantes du Christ et le soutien de Mgr Ambroise Ouédraogo, évêque de Maradi, Mère Marie-Catherine sillonne près de 120 villages de la région, à la rencontre de musulmans qu’elle invite à des sessions de formation, d’éducation et de sensibilisation contre le fléau du mariage précoce. « Certaines fillettes sont mariées dès l’âge de 9 ans », déplore-t-elle, les yeux humides. « Mais grâce à Dieu, nous arrivons peu à peu à faire changer les mentalités ».
Sa foi inébranlable lui a valu le respect des imams locaux et des chefs de village. « Ensemble, nous essayons de restaurer la paix », explique-t-elle. Un travail rendu difficile ces dernières années par Boko Haram et la montée des intégrismes. « On nous a déjà jeté des pierres pendant les vêpres », condamne-t-elle, désormais protégée par la police. Malgré tout, Mère Marie-Catherine reste confiante. Et appelle, par-dessus tout, les chrétiens du pays « à ne pas baisser les bras ».
(1) Cinq soirées sont organisées : ce soir à Reims, vendredi 24 mars à Paris, samedi 25 à Sainte-Anne-d’Auray, dimanche 26 à Monaco et lundi 27 à Perpignan. Rens. : www.aed-france.org
 

La Croix du 23.03.2017

Bose, comme un printemps

Deux écrivains nous entraînent à la découverte de la communauté de Bose, en Italie. Un reportage autant qu’une méditation sur ce qui fait l’essentiel et la saveur de la vie chrétienne.
Une vie simple
d’Alexis Jenni et Nathalie Sarthou-Lajus
Albin Michel, 202 p., 15 €
Le printemps n’est pas qu’une question de calendrier. C’est aussi une grande affaire spirituelle. La seule peut-être, puisqu’il s’agit du passage de la mort à la vie. Dans la verdoyance du Piémont, en Italie, les moines et moniales de la communauté œcuménique de Bose l’ont compris. Ils savent ce qu’il faut de patience, d’attention délicate, mais aussi de douceur et de beauté pour que la vie fasse son chemin dans les vieux rameaux de nos existences…
Au bout d’un grand pré, le hameau de Bose était en mauvais état, presque abandonné. C’est là qu’Enzo Bianchi s’est installé, seul, en 1965. Il voulait poursuivre l’expérience de recherche et d’échanges œcuméniques vécue dans sa chambre d’étudiant à Turin, où catholiques et protestants se retrouvaient dans une joyeuse effervescence pour commenter les surprises du concile Vatican II.
Cinquante ans plus tard, la communauté monastique qui a surgi dans son sillage s’est déployée, goûteuse comme un fruit mûr. Le hameau a été restauré, s’est embelli, et la cloche sonne aujourd’hui pour 42 moines et 33 moniales. La vie monastique multiséculaire a donné naissance à un surgeon étonnant, qui assume les questions adressées par la modernité à cette vie différente : comment accorder singularité individuelle et vie communautaire ? Comment réinventer une autorité qui évite le piège de l’infantilisme ? Quelle reconnaissance pour la dualité des sexes ?
Pour y répondre, Bose a renoué avec l’essentiel de la vie monastique. La prière d’abord, vécu à la manière de la lectio divina, une lecture intégrale et immersive des Écritures. Le travail, ensuite, qui permet de gagner sa vie, mobilise les corps et aide à développer un sens du réel que requiert aussi la prière. La communauté a également su inventer un nouveau type de vie fraternelle, où l’œcuménisme et la mixité sont considérés comme des richesses. Elle est aussi parvenue à se débarrasser de la raideur d’une certaine vie religieuse. À Bose, on propose une cuisine goûteuse et des lieux harmonieux, on prend soin du corps comme de l’esprit, sans surjouer l’ascétisme. On sait ici que la simplicité évangélique ne surgit pas d’une vie tronquée, mais de tensions travaillées et traversées.
Cette « vie simple » a séduit Alexis Jenni, prix Goncourt en 2011 pour L’Art français de la guerre, et Nathalie Sarthou-Lajus, philosophe et rédactrice en chef adjointe de la revue Études, qui sont venus et revenus à Bose. Leur livre tient à la fois du reportage et de l’enquête, de la réflexion et de la méditation spirituelle. Ils ont aimé l’esprit de cette communauté et nous le partagent, dans une écriture généreuse et chatoyante qui est comme le miroir de ce qu’ils ont contemplé.
À Bose, la vie spirituelle est « tout entière un exercice de reconnaissance d’humanité, une voie d’humanisation, une vie au plus proche de l’humain en méditant les Écritures », résument-ils. C’est parce que la vie y est incarnée que la prière agit « comme un principe de renouveau qui peut retourner le cours des choses, inverser le cours de ce qui apparaît glisser insensiblement de la vie à la mort ». Finalement, en racontant Bose, ce livre nous offre un formidable petit traité sur la vie chrétienne au XXIe siècle.

La Croix du 23.03.2017

Sciences-Po forme des ministres des cultes à l’interreligieux
Depuis septembre, une trentaine de responsables des différentes religions présentes en France suivent une formation à vocation interreligieuse.
Sciences-Po Paris propose un programme de formation sur un an pour contribuer au dialogue interreligieux en France.
Issu de la même racine étymologique qu’« amen », « emouna » désigne en hébreu la foi. C’est en son nom que se sont engagés les 31 participants à ce programme de formation sur un an, proposé par Sciences-Po Paris, pour contribuer au dialogue interreligieux en France.
Leur objectif ? « Unir nos forces contre le fondamentalisme, qui est un dévoiement du religieux », soutient le rabbin Pauline Bebe, membre du collège des fondateurs. Ce programme est soutenu par les institutions religieuses ainsi que par le ministère de l’intérieur.
Ce jour-là, la rencontre d’Emouna se tient à la Grande mosquée de Paris, avec des ateliers sur les violences faites aux femmes ou la question du handicap… « C’est passionnant de discuter de tous ces sujets ensemble, qu’il s’agisse de sciences, de philosophie ou de politique », estime Christophe Cousinié, pasteur protestant dans le Gard.
« Ici, on expérimente une laïcité ouverte »
Pour lui, le fait que cette formation soit assurée par Sciences-Po offre un regard extérieur et garantit un vrai dialogue. « Ici, on expérimente une laïcité ouverte, qui ne signifie pas la négation des religions. »
En 2012 a été créé l’Institut des hautes études du monde religieux (IHEMR), qui propose une formation similaire intitulée « Religions et enjeux contemporains » (La Croix du 25 mai 2016). Mais celle-ci cherche surtout à familiariser les cadres d’entreprises. À noter aussi des diplômes universitaires (DU) proposés par certaines facs sur ces questions de laïcité depuis 2008.
Sciences-Po axe sa formation sur la question du rapport entre les religions et les institutions de la République. Ainsi une journée Emouna a-t-elle été organisée au Sénat, où sont intervenus un représentant du Bureau des cultes tout comme le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme Gilles Clavreul.

La Croix du 08.03.2017              

Bernard Cazeneuve regrette que la République ait « négligé » le dialogue interreligieux

Remettant la légion d’honneur au président du Conseil français du culte musulman, Anouar Kbibech, le premier ministre a salué mardi 28 février « l’action de tous ceux qui se sont engagés ces dernières années en faveur du dialogue interreligieux ».
« Je veux saluer ce soir l’action de tous ceux qui se sont engagés ces dernières années, comme Anouar Kbibech, en faveur du dialogue interreligieux dans notre pays, car je sais qu’ils sont nombreux ce soir dans cette salle ». Lors de la cérémonie organisée mardi 28 février au soir à l’hôtel Matignon pour la décoration du président du Conseil français du culte musulman, le premier ministre, Bernard Cazeneuve a choisi de mettre l’accent sur les « efforts » de ce dernier en faveur du dialogue entre les religions.
Animateur du Forum des cadres chrétiens et musulmans, le président du Rassemblement des musulmans de France (proche du Maroc) est également l’un des fondateurs de l’association islamo-chrétienne « Œuvrer en Essonne pour une Europe fraternelle » en partenariat avec le diocèse d’Evry-Corbeil-Essonnes, de l’Amitié judéo-musulmane, en partenariat avec le consistoire israélite de Paris.
Anouar Kbibech a également fait partie, en novembre 2016 et à l’initiative de Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry – seul représentant catholique lors de cette cérémonie –, d’une délégation du CFCM qui s’est rendue à la rencontre du pape François à Rome. À la suite de l’assassinat du père Hamel, en juillet 2016, il est surtout à l’origine de l’appel lancé aux « musulmans de France à se rendre dans toutes les églises à l’occasion de la messe du dimanche, pour y porter un témoignage de deuil et de compassion ».
« Longtemps, la République a quelque peu négligé ces efforts, sans les décourager certes, mais sans percevoir non plus qu’au-delà de la curiosité théologique, ce dialogue contribuait à créer de la cohésion sociale », a reconnu le premier ministre. « Comment en serait-il autrement, dans un pays comme le nôtre, dont les racines sont chrétiennes et qui abrite à la fois la principale communauté juive et la principale communauté musulmane d’Europe ? »
Lutter contre « l’ignorance des religions »
Or, pour Bernard Cazeneuve, – dont Anouar Kbibech a salué un peu plus tard « l’engagement personnel et à chaque instant » pour « intégrer l’islam à la République » – lutter contre « l’ignorance des religions » passe par « l’école républicaine bien entendu », mais aussi « en soutenant les initiatives émanant des croyants et des Églises ».
La décoration de ce natif de Meknès (Maroc), la « ville aux cent minarets », a également été l’occasion, pour le premier ministre, de saluer « un parcours méritocratique tel que la République, quoi qu’on en dise, sait encore parfois en offrir ».
Lycéen à Rabat, Anouar Kbibech est arrivé en 1980 à Paris en classe préparatoire scientifique, avant d’intégrer l’École nationale des ponts et chaussées. Marié et père de trois filles, il est aujourd’hui directeur de la maîtrise d’ouvrage, des systèmes d’information et des outils réseaux au sein du groupe SFR.
« Ce parcours exemplaire en dit long aussi, non seulement sur vos dons scientifiques et sur votre capacité de travail, mais aussi sur votre force de caractère », a encore noté le premier ministre, saluant sa vision « d’un islam des Lumières, pleinement ancré dans la République (…). Un islam dont les fidèles ne renoncent pas à leurs racines ni à leurs préférences personnelles, mais dont chaque composante souhaite vivre en bonne intelligence avec les autres, tout comme les musulmans de France s’entendent avec les Français d’autres confessions et d’autres convictions, fussent-ils athées. »

La Croix du 01.03.2017

« Tous les citoyens sont égaux », affirme le grand imam d'Al-Azhar

Dans une déclaration télévisée, vendredi 13 janvier, Ahmed al Tayeb, grand imam d’Al-Azhar, a qualifié d’« anachronique » la protection des minorités religieuses dans les États majoritairement musulmans.

24 mai 2016 : Première visite officielle en France de Cheikh Ahmed Muhammad AL-TAYEB, Grand Imam de Al-Azhar et pdt du Conseil des Sages Musulmans. Il participait à l’Hôtel de Ville de Paris à une conférence internationale sur le thème "Orient et Occident, civilisations en dialogue", organisée par la Communauté de Sant’Egidio. Paris (75), France.
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24 mai 2016 : Première visite officielle en France de Cheikh Ahmed Muhammad AL-TAYEB, Grand Imam de Al-Azhar et pdt du Conseil des Sages Musulmans. Il participait à l’Hôtel de Ville de Paris à une conférence internationale sur le thème "Orient et Occident, civilisations en dialogue", organisée par la Communauté de Sant’Egidio. Paris (75), France. / Corinne SIMON/CIRIC

Dans son allocution hebdomadaire à la télévision égyptienne, vendredi 13 janvier, Ahmed al Tayeb, le grand imam d’Al-Azhar, « a fait un petit pas important sur la voie du renouveau du discours religieux », rapporte le site italien terrasanta.net. Abordant la notion de dhimma, la protection que l’empire musulman accordait aux non-musulmans à l’époque médiévale, cette haute autorité de l’islam sunnite a estimé qu’elle était « désormais anachronique ».

L’information a été confirmée à La Croix par une source interne au sein du grand imamat.

Lorsque l’islam s’est répandu en dehors de la péninsule arabique où il est né au VIIème siècle, les califats successifs ont été amenés « à gouverner de nombreuses minorités (et majorités) non-musulmanes », indique le site Internet retraduisant le contenu de l’allocution du grand imam.

« Ne pouvant forcer quelqu’un à se convertir à l’islam, les différents types de gouvernement issus de cette expansion ont dû penser à une forme particulière de pacte avec leurs sujets non-musulmans, une forme de relation leur permettant de protéger leurs droits sur un pied d’égalité avec ceux des musulmans et d’imposer des devoirs égaux. »

La jizya rétablie en Irak et en Syrie

Ce type de relation – la « dhimma » selon les mots utilisés par Ahmed al Tayeb – signifie que l’islam accepte « la garde et la responsabilité » des non-musulmans, en contrepartie du paiement d’une taxe (jizya), tandis que les musulmans, eux, paient la zakat. C’est cette jizya que l’État islamique a rétablie en Irak et la Syrie, « l’imposant d’une manière humiliante et brutale ».

« De nombreux groupes islamiques fondamentalistes voudraient la réintroduction de la dhimma pour les minorités chrétiennes au Moyen-Orient », indique encore le site Internet italien spécialisé dans l’actualité archéologique et biblique du Moyen-Orient. « Mais Ahmed al Tayeb a été extrêmement clair sur ce point : la dhimma est un concept qui appartient à un contexte historique spécifique qui n’existe plus, parce que les formes de gouvernement dans lequel il a été appliqué (et pour lequel il a été conçu) sont désormais remplacés par les États modernes et le concept la citoyenneté. »

À LIRE AUSSI : Le Vatican demande aux leaders musulmans de condamner la barbarie de l’État islamique

Une forme d’injustice et un manque de raisonnement

« Bien que la dhimma ait constitué, lors de son invention, une nette amélioration par rapport à ce qui se passait dans d'autres civilisations, et notamment dans l’empire romain où ceux qui ne suivaient pas la religion d’État étaient discriminés, l'appliquer aujourd'hui, dans un contexte profondément différent, constituerait, selon le grand imam d’Al Azhar, une « forme d'injustice et un manque de raisonnement scientifique » , écrit encore l’auteur de l’article.

Par conséquent, et toujours selon lui, « les chrétiens en Égypte ne sont pas et ne peuvent pas être dhimmi, ni même considérés comme une minorité, un terme chargé de connotations négatives ». « Les chrétiens sont des citoyens, et il n'y a aucune justification pour un retour anachronique à l'imposition de la jizya. La citoyenneté, réclamée par les manifestants de la révolution de 2011, est la seule garantie de l'égalité et de stabilité pour la société d'aujourd'hui », conclut l’article.

La Croix du 17.01.2017

Des femmes porteuses d’espérance

LE BLOCNOTES
JEAN-CLAUDE GUILLEBAUD JOURNALISTE, ÉCRIVAIN ET ESSAYISTE

Quantité de nouvelles décourageantes nous sont venues d’Israël ces derniers temps : soupçons de corruption du Premier ministre Benyamin Netanyahou, entendu par la police israélienne ; condamnation d’un sergent pour le meurtre d’un Palestinien gisant au sol ; assassinat de quatre soldats israéliens par un terroriste palestinien au volant d’un camion. Les médias ont abondamment parlé de tout cela. Et à juste titre. Mais pourquoi donc a-t-on si peu commenté l’éblouissante nouvelle venue du même pays. Elle suffirait à réveiller notre espérance en berne. Évoquée par Anne Guion dans La Vie (n ° 3724 du 12 janvier), elle aurait mérité d’être relayée par toutes nos radios et télévisions.

De quoi s’agit-il ? Des initiatives d’une association, les Mères pour la paix, créée en 2014, au moment de la reprise de la guerre à Gaza qui avait fait 2 200 victimes, principalement palestiniennes. Ce mouvement rassemble des femmes de toutes confessions, notamment des Israéliennes et des Palestiniennes. Elles réclament d’une même voix qu’un vrai dialogue se substitue à l’état de violence. Et elles s’engagent mois après mois pour le clamer, le hurler, le répéter.

Des Israéliennes et des Palestiniennes réclament d’une même voix qu’un vrai dialogue se substitue à l’état de violence.
En octobre 2016, elles avaient lancé la « marche de l’espoir », laquelle s’était achevée par une prière juive et musulmane prononcée par 4 000 femmes réunies à Qasr-el-Yahud, au nord de la mer Morte, mais aussi par une manifestation de 15 000 autres femmes devant la résidence de Netanyahou pour réclamer la fin du conflit. Je reprends ici les informations données par Evelyn Rottengatter de l’agence de presse internationale et multilingue Pressenza. Un film retraçant les différentes phases de cette « marche de l’espoir » a été récemment diffusé sur You- Tube. Il est accompagné d’une chanson de l’Israélienne Yael Deckelbaum, Prayer of the Mothers (« la Prière des mères »), reprise en choeur par des centaines d’Israéliennes et de Palestiniennes rassemblées pour l’occasion.

D’autres artistes des deux bords se joignent à cette chanson, interprétée par un ensemble mixte, le Choeur Rana, créé en avril 2016, dont les membres – 10 femmes juives et 10 musulmanes – chantent en hébreu et en arabe.

Dans cette vidéo joyeuse, déterminée, audacieuse, on entend un message de Leymah Gbowee, une femme du Liberia qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 2011 pour avoir contribué dans son pays à la fin d’une atroce guerre civile. S’adressant aux Mères pour la paix, elle les encourage à poursuivre la lutte. Selon elle, « la paix est possible quand des femmes intègres et décidées se lèvent pour l’avenir de leurs enfants ».

Oh, bien sûr, cela ne signifie pas que la paix soit – déjà ! – pour demain. Mais ce n’est pas en négligeant les bonnes nouvelles qui la préparent qu’on favorisera sa venue. Hélas, à part une brève mention de l’événement dans l’émission 28 minutes, sur Arte, et un court article dans Le Monde, peu de médias ont relayé cette initiative. Qu’attendent nos télévisions pour diffuser ce film ?

Cela nous changerait des blablas qui occupent – trop souvent – les antennes.

La Vie - jeudi 19 janvier 2017
 

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                          

La Croix du 16/12/2016

 

 

 

 

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 Pour les années précédentes 

des sites sont à votre disposition pour vous aider dans votre recherche

en particulier

 

celui de Lacuzon

http://www.sos-derive-sectaire.fr

 

celui de Prevensectes

http://www.prevensectes.com

 

 

 

RAPPORT 2015

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

 

 

RAPPORT 2013-2014

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport-au-Premier-ministre_2013-2014_Miviludes.pdf

 

RAPPORT 2011

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_annuel_2011_miviludes.pdf

 

RAPPORT 2010

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/ra2010_mise_en_ligne.pdf

 

RAPPORT 2009

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport2009_mise_en_ligne.pdf

 

RAPPORT 2008

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_miviludes_2008_francais.pdf

 

RAPPORT 2007

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_Miviludes_2007.pdf

 

RAPPORT 2006

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_miviludes_2006.pdf

 

 

RAPPORT 2005 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_MIVILUDES_2005-2.pdf

 

 

RAPPORT 2004 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/RAPPORT_MIVILUDES_2004.pdf

 

RAPPORT 2003 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_MIVILUDES_2003.pdf

 

 

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