SERVICE DIOCÉSAIN "PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

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"PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

N° 10

     Le courant fondamentaliste 

(les Evangéliques)

ISSN 0990-0500

 

   

LE COURANT FONDAMENTALISTE

(LES EVANGELIQUES...)

 

 

Note préliminaire :

Les groupes dits "Evangéliques" ne sont pas des sectes. Ce sont en général des groupes dans la mouvance protestante. Mais ces groupes sont autonomes, c'est-à-dire indépendants des grandes Eglises Protestantes. Cependant, beaucoup tiennent à s'affilier, non seulement à la Fédération Evangélique de France par exemple (FEF), mais même à la Fédération Protestante de France (FPF).

Le fait d'être autonome livre d'une certaine façon le groupe à l'autorité de son "pasteur". En général, celui-ci ne pose pas de problèmes (en ce qui concerne le comportement sectaire). Simplement, si ce "pasteur" dérape, il fait déraper le groupe et alors, il n'y a pas d'instances de contrôle. On se souvient de la secte des Davidiens et à sa fin tragique dans l'incendie de Wacco au Texas à la suite de son "pasteur"-gourou, David Koresh...

Le discernement au sujet des groupes évangéliques doit donc s'exercer au cas par cas.

Dans l'exposé qui suit, nous nous attachons aux grands traits caractéristiques du courant évangélique.

 

 

INTRODUCTION

Cette fin du XXème siècle est marquée par un certain " RETOUR DU RELIGIEUX ". Ce mouvement en fait, peut recouvrir le meilleur comme le moins bon. Le retour du religieux est positif, lorsque des hommes et des femmes découvrent l'impasse des matérialismes tant idéologiques que pragmatiques et s'ouvrent à la dimension spirituelle de l'être humain. "Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre coeur est sans repos tant qu'il ne demeure en Toi". Quête de Dieu, soif de son eau vive, recherche de sens, habitent indéniablement notre contemporain. Toutefois, il convient d'exercer un discernement dans ce "retour du religieux". En temps de crise, il peut être tentant en effet de chercher dans la religion un refuge et de fuir ainsi la dureté et le combat de la vie incarnée. C'est ainsi que nous assistons actuellement à une prolifération des pseudo-apparitions, révélations, visions, etc... Le merveilleux lui aussi est de retour comme exutoire au mal de vivre, comme consolation à bon marché en temps de marasme. "Retour du religieux" oui, mais encore une fois avec le meilleur et avec le moins bon!

Le sentiment religieux en effet, est une réalité qui peut être ambiguë, car il ne fait pas nécessairement rencontrer Dieu, à plus forte raison le Dieu de Jésus-Christ. Nous en avons un exemple dans l'autobiographie ("Confiteor") de Bernard Besret, ancien prieur de l'abbaye de Boquen, qui à la fin de son adolescence, est épris d'Absolu et entre dans la vie monastique, dans un monastère chrétien, parce que, dit-il, c'est cela qui s'est présenté sur son chemin, mais ajoute-t-il, ses pas auraient tout aussi bien pu le conduire dans un ashram! La passion de l'Absolu avec un grand A, bien souvent trait caractéristique de l'adolescence précisément, n'est pas à confondre avec la rencontre du Verbe fait chair, du Fils de Dieu fait homme. Elle est encore à évangéliser!

Ainsi, la dimension religieuse constitutive de l'homme est certainement, à l'heure actuelle, la porte d'entrée et l'expérience la plus commune, offerte au départ par les sectes et les gnoses. Mais cette dimension religieuse, pour reprendre l'analyse anthropologique et sociologique que l'on en fait, peut être vécue par deux tempéraments. Et la différence de ces tempéraments explique les manières divergentes dont on nommera ou identifiera le "divin" qui est ainsi atteint: un Dieu personnel pour les sectes ou un Centre d'énergie pure pour les gnoses.

Sectes et gnoses appartiennent en effet à deux grandes orientations de la pensée religieuse universelle, à deux familles d'esprits que les historiens des cultures et des religions ont mises à jour, à partir des travaux de l'anthropologie moderne. Dans son livre, "Le cortège des fous de Dieu" aux Editions paulines, Richard BERGERON, professeur à la faculté de théologie de l'université de Montréal, discerne dans le patrimoine spirituel de l'humanité, deux types majeurs de comportements religieux de même que de cultures, qu'on pourrait nommer les uns "HEROIQUES OU PROPHETIQUES", et les autres "PSEUDO-MYSTIQUES ou GNOSTIQUES".

Les traits que l'on peut relever tant dans le premier courant, celui des groupes héroïques ou prophétiques, que dans le second, les pseudo-mystiques ou gnostiques, sont problématiques en ce sens qu'ils sont durcis, extrêmistes et exclusifs. De plus, les traits du premier groupe s'opposent catégoriquement aux traits du second. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les Evangélistes par exemple (Pentecôtistes ou Baptistes) sont les combattants les plus virulents, voire intolérants, du Nouvel Age. Ces deux courants se situent donc aux deux extrêmités de la dimension religieuse. C'est pour cette raison qu'ils posent question. Les intuitions de chaque groupe portent du vrai en elles, mais sont déviées par leur durcissement et leur exclusivisme, la vérité étant toujours plus dans la nuance et l'équilibre. La démarche spirituelle dans laquelle nous conduit Jésus-Christ est en réalité comme la synthèse de ces deux courants; c'est la raison pour laquelle cette démarche porte un fruit de vie. Au contraire, le durcissement et la séparation de ces deux courants sont mortifères.

   

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Les groupes relevant des cultures héroïques puisent, en majorité, leur contenu doctrinal dans la tradition judéo-chrétienne.

Dans ces cultures, on a tendance à donner un sens positif à toutes les images ascensionnelles: on valorise ainsi l'espace en deux dimensions privilégiées, celle du haut et celle du bas. Le haut étant le lieu de la conquête, de la victoire sur la pesanteur et le lieu de la lumière; le bas étant celui de la chute, des ténèbres, de la régression vers l'animalité.

Le haut est l'habitat des dieux, c'est donc vers les sommets qu'aspirent les héros ou les chefs qui sont ici les figures prédominantes.

Pour s'assurer de sa position verticale, le héros devra être un habile manipulateur d'armes, posséder le savoir et les techniques qui le rendront maître des forces redoutables de la nature.

Le héros sera aussi un purificateur, quelqu'un qui sait séparer ce qui appartient à la dimension du "haut", celle de l'effort et du combat, de ce qui est apparenté au "bas", dimension qui représente le mal et les ténèbres, à qui appartiennent la chair et ses passions.

Dans ce contexte, la vie apparaît comme une réalité qu'il faut gagner à la sueur de son front.

Les actions que met en relief ce régime d'images se rassemblent toutes autour des gestes de couper et de trancher, soit: diviser, analyser, nommer, distinguer, purifier, manipuler pour séparer le bon du mauvais. Nous reconnaissons là un des traits de notre Occident juridique!

 

Les principales caractéristiques des religions prophétiques sont les suivantes:

- Dieu est tout-puissant et il habite la lumière inaccessible; il est l'Eternel, le Transcendant, le Très-Haut.

- Il intervient dans le monde par une révélation fulgurante, du genre des dix commandements, version spectaculaire.

Cette révélation est transmise au prophète, le personnage principal, qui porte sur son visage les reflets de la lumière divine et qui utilise la Parole de Dieu comme une arme.

- L'attitude demandée au croyant est celle de la foi, de la conversion, du choix volontaire pour Dieu. Dans sa vie il devra s'efforcer de séparer le bien du mal, le pur de l'impur.

Son attitude sera combative et tranchante, puisqu'il est en possession lui aussi de la pure vérité venue d'en haut. Son prosélytisme et son fanatisme même, pourront aller jusqu'à la guerre sainte contre les infidèles.

- La recherche de communion avec Dieu se fait par une vie sainte et séparée du commun; d'où la grande importance ici de la morale et des préceptes de pureté, comme les énonçaient les Pharisiens (les séparés) au temps de Jésus.

- Dieu interviendra à la fin de l'histoire des individus comme des collectivités, par une coupure violente. Une catastrophe finale viendra séparer de façon définitive le bon grain de l'ivraie.

 

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Les cultures dites "mystiques" sont tout à l'opposé des précédentes.

Ici, c'est la dimension horizontale de l'espace et celle de la profondeur digestive qui prennent le plus de signification.

L'activité de la connaissance et de la mémoire, qui produit l'expérience, prend le pas sur celle de la domination violente du monde. Ici on ne gagne pas sa vie par l'effort, on la goûte.

La dimension du temps qui va importer le plus n'est pas celle du moment présent, qui implique choix et décision comme dans le régime précédent, mais le passé dont on tire l'expérience et qu'on se remémore avec douceur.

La figure la plus fréquente dans ce contexte est celle du sage, du gourou, du maître de sagesse et du guide qui ont perdu les attributs virils du héros guerrier.

On peut s'attacher sans danger aux valeurs matérielles, on ne les craint plus, car elles recèlent une profondeur.

Le temps n'est plus une menace mais un facteur de maturation et d'approfondissement.

Le corps n'est plus exalté dans l'effort et la conquête, mais recueilli dans la contemplation et la méditation, dans cette sorte de digestion lente qu'est la connaissance.

La mort n'est plus une menace, car elle est porteuse d'un pouvoir de régénération.

Les actions privilégiées que l'on retrouve ici tournent autour de celles de recueillir, de mélanger, de comprendre, celles de fondre ensemble, d'unir, d'approfondir, de saisir les ressemblances plutôt que les différences.

Les cultures de ce type se sont développées surtout en Orient. Puis elles se sont manifestées sous forme de contre-cultures et de contestations de la civilisation mâle et technicienne, comme dans le mouvement hippie des années 6O, et depuis 1970, dans le Nouvel Age. Les groupes gnostiques s'inspirent largement d'ailleurs des philosophies et des spiritualités orientales.

 

Les caractéristiques des religions "mystiques" sont les suivantes:

- Dieu est immanent, c'est-à-dire partout répandu dans l'univers; tout est divin (panthéisme) et tout est un (monisme).

- Il n'y a pas de révélation venue d'ailleurs; chacun part de l'expérience du divin présent au plus profond de soi.

Le sage ou le gourou est le guide pour cette descente en soi. L'âme pourra arriver à l'illumination, à la connaissance d'elle-même et par là, de tout l'univers.

- L'attitude du fidèle est une attitude de tolérance et d'accueil; ici toutes les voies de recherche spirituelle sont estimées comme identiques en fin de compte. Les cultes peuvent tous trouver place dans cette démarche car toutes les religions se valent.

- Il y a une recherche de communion avec l'ensemble de l'univers; on cultive les parentés, les associations, les assonances plus que les différences.

- Il n'y a pas d'histoire linéaire qui pourrait être tranchée un jour, mais plutôt des cycles qui se reproduisent dans un retour éternel du Même. Ainsi, les individus ne meurent pas mais ils se réincarnent dans d'autres organismes pour continuer leur cheminement vers le salut, qui sera la fusion définitive dans le Grand Tout divin.

 

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La personne de Jésus et son Evangile faisant partie de nos racines religieuses, chaque mouvement, chaque groupe, chaque courant va les rencontrer sur son chemin. Il s'en saisit alors pour les faire entrer dans sa propre vision religieuse. Malheureusement ces visages divers et éclatés de l'homme de Nazareth n'ont souvent plus guère à voir avec Celui dans lequel la Tradition apostolique a reconnu le Visage de Dieu. Du coup, c'est dans un tout autre monde que celui du christianisme que l'on est conduit à pénétrer, même quand le vocabulaire et les références scripturaires demeurent semblables, ce dont il ne faut pas être dupe. Fussent-ils tout habillés de références bibliques et nourris d'éléments manifestement empruntés à la tradition la plus assurée du christianisme, le sacré et le religieux n'autorisent pas à eux seuls que l'on parle tout de go, là où ils apparaissent, de foi chrétienne. Ainsi, le Jésus de Lelouch dans "la Belle histoire" n'est qu'une relecture et une contre-façon du Jésus des Apôtres...

Dans ces groupes, le plus souvent, le mystère du Christ se trouve tronqué. Les uns en effet, s'en tiennent à un "Jésus" historique, d'ailleurs plus ou moins reconstruit pour les besoins de la cause qu'on le fait servir. Les autres ne retiennent qu'un "Christ" délesté de toute singularisation historique et conçu seulement comme un principe métaphysique et cosmique de portée universelle. Jésus ou Christ.

Ainsi, quand on passe du noyau de la tradition apostolique à la périphérie, le discours doctrinal sur Jésus tend à se modifier: ou bien il devient moins ferme, ou bien il se durcit. La moitié des baptisés catholiques ne croient plus à la divinité de Jésus. Cependant que les franges fondamentalistes gomment son humanité. Le personnage de Jésus est central dans l'un des ensembles, la notion de Christ est préférée par l'autre.

Pour parler du fondateur du christianisme, le vocabulaire est d'ailleurs différent. Dans le premier groupe on trouvera plus souvent les mots de Jésus, Sauveur, Fils de Dieu, Messie, Seigneur. Dans l'autre, ce sera: Christ, christique, initié, Maître, Instructeur, guide, voire un avatar du Divin cosmique au même titre que Bouddha.

"Ces familles se sont développées parallèlement, et l'antagonisme qu'elles manifestent laisse soupçonner de profondes divergences entre elles." C'est que les uns puisent leur univers de pensée et leur éthique à même le vieux fond biblique judéo-chrétien; et c'est là qu'on trouverait les "sectes" classiques. Alors que les autres puisent leurs symboles fondamentaux et leurs idées-mères dans la tradition ésotérique occidentale, la mystique orientale, la psychologie humaniste, voire la science moderne.

En fait, une secte classique naît d'une protestation de croyants pieux contre ce qu'ils ont estimé être une déviation ou un manque de ferveur de leur Eglise d'origine. Ils veulent retrouver l'authentique parole de Jésus, l'authentique vie chrétienne suivant les principes bibliques.

Une gnose naît aussi d'une protestation, mais cette fois, contre une société industrielle, jugée mortifère parce que hyperrationalisée, hyper-technicisée, meurtrière du spirituel et du mystique, du symbolisme et du sacré.

 

Nous avons donc là deux cultures qui peuvent donner deux tempéraments religieux, l'un recouvrant le monde des sectes au sens littéral du terme (secare: couper), l'autre désignant celui des gnoses, dont nous avons une illustration avec le courant du Nouvel Age que nous avons déjà présenté dans le numéro 5 de "Pastorale et Sectes en Côte d'Or".

 

Notre propos dans ce numéro 10 est d'analyser le premier courant, celui des groupes héroïques ou prophétiques.

 

UNE QUESTION DE TERMINOLOGIE:

Lorsqu'il est question d'Evangéliques ou d'Evangélistes, il convient de ne pas confondre les groupes indépendants dont il est question dans ce numéro avec les grandes Eglises protestantes officielles (luthérienne, réformée...) qui utilisent le terme "évangélique" par exemple. A savoir que ces groupes dont nous traitons ici ont à peu près la même attitude de rejet vis-à-vis des Protestants que des Catholiques! En fait, ces groupes héroïques ou groupes de la Foi Pure se sont coupés des grandes Eglises catholique et protestante notamment.

 

CLASSIFICATION:

Le courant dont il est question dans ce numéro comporte en fait cinq grands groupes, à savoir:

 

A) LES GROUPES A TENDANCE APOCALYPTIQUE OU CATASTROPHIQUE.

Ceux-ci mettent l'accent sur la grande purification qui approche et tentent même de prédire la date fatidique de la fin du monde. En fait il s'agit des plus anciennes sectes nées aux Etats-Unis et arrivées en Europe. Exemple: Les Témoins de Jéhovah- L'Eglise universelle de Dieu.

 

B) LES GROUPES EVANGELISTES ET BAPTISTES

vont mettre l'accent sur l'effort de purification personnelle et sur l'éthique. Ils sont issus de mouvements de réveil apparus au milieu du XIXème siècle

 

C) LES GROUPES PENTECOTISTES OU EGLISES GUERISSEUSES.

Il s'agit d'un mouvement de réveil né aux USA et en Ecosse au début du siècle, dans certaines dénominations protestantes. On y met l'accent sur l'effusion de l'Esprit-Saint et sur les charismes qui en découlent: glossolalie, témoignages, guérisons.

 

D) LE MOUVEMENT JESUS.

Ce sont des communautés issues de la "Jesus Revolution" des années 6O. Ils mettent l'accent sur le retour du Christ, vaillant guerrier, qui viendra confondre le monde matérialiste. Ce sont des sectes utopistes, car elles croient rassembler les bâtisseurs du monde nouveau qui s'élèvera sur les ruines de l'ancien. On y compte par exemple les Enfants de Dieu.

 

E) LES SECTES SYNCRETIQUES

sont inspirées de la Bible mais y introduisent des éléments hétérogènes. Exemples: Les Mormons et Moon.

 

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CARACTERISTIQUES DE CES GROUPES:

Ces groupes nous interpellent tout d'abord par leur vitalité. Avant d'analyser les points de divergence entre la foi chrétienne et eux, il convient de souligner le défi qu'ils lancent aux Eglises. Leur pouvoir de séduction vient d'abord de la qualité des communautés qu'ils forment. Ces communautés sont des lieux d'accueil fraternels et chaleureux, où l'anonymat est brisé. Chacun y est reconnu et le groupe représente vraiment quelque chose pour lui, il est sa famille. Chacun peut y exercer une responsabilité, et ce, avec générosité et dévouement. L'appareil institutionnel y est ordinairement léger. Le zèle de l'adepte s'allie normalement à une vie en conformité avec sa foi. Le message diffusé par le groupe est adapté à la culture des gens simples. Il s'adresse au coeur et provoque un changement de vie. L'accent est mis sur la parole de Dieu et la personne de Jésus. Le défi que représentent les sectes et les nouveaux mouvements religieux fera d'ailleurs l'objet d'une analyse approfondie dans un numéro ultérieur.

Mais quels sont les points de divergence repérables dans ces groupes "héroïques" ?

 

* Ces mouvements considèrent la Bible (1) comme leur ultime source de référence. Mais ils l'interprètent "à la lumière d'une 'révélation' subséquente ou à partir de principes particuliers dont les plus communs sont le fondamentalisme et le concordisme".

Ils prétendent s'aboucher directement avec l'Eglise primitive en sautant à pieds joints par-dessus deux mille ans d'histoire...

 

* Ils sont de tendance eschatologique (2) voire millénariste,

 

* Ils se présentent comme l'Eglise des purs (3), Ils parlent le langage de la décision ou de la conversion:" "Prendre une décision pour Jésus", "accepter Jésus comme Sauveur", "dire oui à Jésus"(4).

 

* "Ils articulent une protestation fervente contre les tendances permissives de la société et les compromis des Eglises établies."

 

Ainsi, en un temps où toutes les institutions et valeurs semblent dégringoler de concert, certaines personnes ont besoin de points de repère forts. La secte va donc leur offrir quelques symboles rassurants: Dieu très-haut, sa parole présentée comme un scalpel ou un bistouri dont se sert le prophète pour confondre les ténèbres d'un monde déchu, l'effort moral des adeptes pour se tenir à la hauteur des exigences de leur vocation de "sauvés" en ces temps qui finiront par une catastrophe, etc....

Ces groupes sont révélateurs d'un certain nombre de traits de l'actuel retour du religieux d'inspiration chrétienne. Ainsi l'évangélisme notamment constitue un puissant courant dans la conjoncture religieuse actuelle. C'est donc à une véritable explosion que l'on doit s'attendre pour la fin du siècle. On peut repérer par exemple leur activité de plus en plus intense sur les campus, en regrettant au passage leur publicité très rarement "signée"!

Ce mouvement dont nous avons souligné les aspects positifs permettant un dialogue, développent malheureusement dans un grand nombre de cas des tendances à la scission.

 

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1/ LEUR RAPPORT A LA BIBLE ou FONDAMENTALISME

Comment y lit-on la Bible ?

Les sectes (encore une fois, nous employons le terme dans son sens littéral: qui coupent, et non dans sa nuance péjorative) sont FONDAMENTALISTES. Il s'agit là d'une attitude vis-à-vis de la Parole de Dieu qu'elles prennent à la lettre et qu'elles refusent de replacer dans le contexte historique de sa composition.

Pour les groupes héroïques, la Parole divine est intervenue dans le monde comme un coup de foudre tombé du trône de l'Eternel. Elle a été dictée du début à la fin d'une seule coulée, à l'oreille de l'écrivain sacré.

On interprète donc les textes de manière raide et littérale comme des écrits an-historiques, qui ne sont pas soumis à l'histoire. C'est la pure vérité qui n'a pas à être interprêtée par les circonstances de temps ni par quelque contexte littéraire que ce soit. Les sectes ont ainsi plutôt tendance à prendre chaque parole de la Bible hors contexte et à interpréter littéralement ce qu'elle contient.

On trouve là un pessimisme profond concernant l'habileté de l'intelligence à pénétrer les réalités spirituelles: ce qui entraîne une méfiance à l'égard de la critique théologique et de la recherche intellectuelle en général.

Le texte écrit ou imprimé a par conséquent une grande importance.

Cette parole est arrivée entre autres au prophète ou au leader, qui est le héros fondateur du groupe, le guide qui dispose de cette parole comme d'une arme lumineuse qu'il manie adroitement. Les adeptes sont rassemblés autour d'un chef charismatique ou d'un illuminé à forte personnalité qui détient la vérité. Nous retrouvons là la fascination du chef qui sait tout et peut tout, et qui est apte à attirer les personnes en quête de sécurité. Ce chef a reçu pour mission d'interpréter les Ecritures ou parfois de les compléter par une révélation particulière (expression courante dans le monde baptiste et pentecôtiste: "le Seigneur m'a dit"!). Certains groupes, comme les Témoins de Jéhovah, ont même changé, manipulé le sens des textes.

Aux adeptes est demandée la foi pure en cette parole qui est un glaive destiné à pourfendre le monde mauvais. Il n'est pas nécessaire de la méditer et de l'approfondir par des réflexions humaines; il suffit de savoir la citer en temps opportun, pour confondre le chaos des idées mondaines.

On en fait alors l'instrument de ses convictions (pour faire des conversion) ou une arme pour démolir l'adversaire et confondre les ténèbres d'un monde déchu. On fait mémoriser quelques passages aux adeptes, pour donner l'impression à leurs interlocuteurs qu'ils maîtrisent toute la Bible.

D'autre part, on fait beaucoup de concordisme, c'est-à-dire de correspondances entre certains événements de l'actualité et les textes des anciennes prophéties en particulier. On y lit comme dans une boule de cristal l'annonce de guerres, d'assassinats de personnages publics.

On se sert de la Bible enfin comme d'un véritable livre de science d'où il est possible de tirer des informations sur la date exacte de la création du monde et de l'homme ou sur le déluge universel. On joue beaucoup également avec les chiffres que la Bible contient, comme s'ils exprimaient de la mathématique exacte. Par exemple les 144 OOO élus, etc...

Les sectes se font une véritable religion du Livre. Elles sont plus intéressées en fait par le texte écrit, approuvé officiellement par leurs chefs, que par la Parole vivante, portée dans les consciences.

De plus, on repère dans ces groupes, surtout les Evangéliques, une priorité accordée à la religion du coeur sur l'adhésion à un credo et à des notions desséchantes. Les célébrations ont un caractère festif et émotionnel, avec dans certains cas une véritable mise en condition de l'assistance progressivement "chauffée". Cette dernière fait l'objet d'appels à la conversion-adhésion de haute tonalité affective (invitation par exemple à la "décision pour Jésus" marquée par un "pas en avant" et l'inscription auprès des organisateurs dans les rassemblements de Billy Graham).

 

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2/ LEUR RAPPORT AU TEMPS ou ESCHATOLOGIE

Comment y considère-t-on le temps et les choses temporelles ? On vit tourné vers la fin, dans un présent qui perd toute sa consistance.

Il va de soi qu'on tente des prédictions concernant la date du dernier jour.

On fait également usage dans les sectes des images utopiques du paradis futur. On manipule l'espoir en agitant le rêve idéalisé de la société parfaite. Après la grande guerre qui s'en vient, les membres miraculeusement sauvés ou élevés dans les airs, sortiront de leurs abris et seront les bâtisseurs d'un monde meilleur. Les marginaux et les laissés-pour-compte trouvent dans cette projection une compensation pour leur manque à vivre présent. Comme on a du mal à gérer le présent, on ne vit que pour ces lendemains qui chantent.

On refuse la perspective d'un Royaume de Dieu déjà commencé, en gestation depuis la venue de Jésus et se formant à travers l'histoire, par le travail de nos mains. Le Royaume à venir ressemble plutôt à un paradis terrestre que Dieu lui-même est à la veille d'établir pour une période de 1OOO ans, selon leur interprétation de l'Apocalypse, suite à une victoire éclatante sur tout le Mal du monde.

C'est pour cette raison que les sectes découragent leurs membres de tout engagement social ou dans les choses temporelles. Il est préférable de consacrer ses énergies aux affaires internes du groupe ou à mieux connaître la doctrine. On ne peut rien changer aux événements du monde qui découlent de l'organisation de la société, car tout est temporairement sous le pouvoir du Mauvais. Certaines sectes condamnent même le travail des organismes des Nations-unies, car ils sont, selon elles, des officines du Royaume de Satan. Dans les pays du tiers monde, alors que les chrétiens luttent pour plus de dignité et de justice, les membres des sectes sont priés de ne pas se mêler de ces problèmes de libération ni d'aucune organisation sociale. La raison: le retour glorieux du Christ, qui ne devrait pas tarder, se chargera de tout cela et mieux que nous ne saurions faire! Ainsi, l'archevêque de Managua lors de l'assemblée de la commission pontificale pour l'Amérique Latine en décembre 1989, précisait: "Dans les années 1969-1970, le fameux rapport Rockfeller affirmait que l'Eglise catholique était infiltrée par des marxistes, qu'elle ne pouvait donc plus être considérée comme l'alliée des Etats-Unis. Il invitait donc à affaiblir l'Eglise en aidant l'expansion des sectes." C'est à un phénomène de véritable invasion des sectes fondamentalistes qu'on assiste à l'heure actuelle dans ces pays... et par voie de conséquence, d'immobilisme social et politique.

Le déroulement de l'histoire où se brassent les affaires humaines, est une dégénérescence; plus ça avance, plus ça se gâte. Il est temps que ça finisse!

Dieu interviendra bientôt par un acte de séparation violente. Les élus seront élevés dans les airs et les mauvais anéantis ou brûlés dans un cataclysme ou une catastrophe nucléaire. Le temps est donc près de s'arrêter pour l'établissement d'un Règne de 1000 ans de paix (c'est le millénarisme!). Dans le contexte actuel de crise des civilisations et des Eglises, beaucoup vivent dans un climat angoissé d'apocalypse prochaine, de la fin des temps. Les difficultés actuelles sont alors interprêtées comme autant de signes de la proximité de la fin du monde. Et le millénarisme que l'on rencontre souvent dans ce contexte est la croyance selon laquelle Jésus va venir sur terre où il régnera avec les justes ressuscités pendant mille ans, période durant laquelle le démon sera enchaîné. Au terme, Satan sera déchaîné durant encore quelque temps. Après quoi surviendront la résurrection finale, le jugement dernier, la récompense des justes et la punition des méchants, et enfin l'avènement décisif de Jésus en sa gloire. Nous discernons là une confusion entre passage d'un millénaire à un autre et millenium (Apo 20,1-10)

Pour les sectes tournées vers l'eschatologie, vers la fin du monde, le temps est court. C'est l'instant de la décision et du choix pour Dieu, avant qu'il ne soit trop tard, car la fin est toute proche.

On met l'accent sur le fait qu'en entrant dans un tel groupe, on se met à la suite (sequere) d'un leader ou d'un prophète pour former une arche de salut, dans l'attente du Jugement final. Attirée par le magnétisme de telles personnes, une cellule se forme et se développe; du fait du petit nombre, il s'y crée un fort sentiment de fraternité interne.

Le contact avec Dieu et le salut présentent là, un fort caractère individuel.

 

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3/ LEUR RAPPORT AU MONDE ou RADICALISME

On serre les rangs et on se convainc de la véracité de la doctrine. Le monde extérieur est associé à l'ignorance et au mal. La cellule se conforte en manifestant plus de ferveur à approfondir la doctrine et à pratiquer les obligations qui en découlent. Peu à peu on se considèrera comme les seuls justes et on se persuadera qu'on est en possession de la seule véritable religion ou voie de salut, qui devra tôt ou tard être annoncée au monde entier. On enverra donc des missionnaires qui créeront de nouvelles cellules dans d'autres milieux, pour "convertir". Ces chrétiens n'existent que pour convertir les païens, y compris les catholiques!

Les personnes trouvent dans une secte une nouvelle personnalité et une nouvelle identité. Elles croient avoir été tirées de la grande foule anonyme des rues, pour devenir des élues de Dieu. Pour conserver cette identité, on va exiger que le membre de la secte coupe tous ses liens d'appartenance. De toutes les façons, on ne se rassemblera plus qu'entre personnes qui se ressemblent!

Il s'agit donc d'une vision du monde que l'on nomme "schizoïde" et qui met l'accent sur la séparation, la dissociation, la discrimination. Nous avons là un dualisme moral prononcé où l'on pose en antagonisme les binômes loi-évangile, foi-incroyance, Royaume de Dieu-royaume de l'homme, grâce-oeuvres.

Il n'est pas sans intérêt de s'arrêter un instant sur un tract distribué par les soeurs évangéliques de Darmstadt (appelées aussi: les Amis de Canaan). Le tableau dressé à propos du monde actuel est sans nuance: ce monde est mauvais. On oublie que la crise contemporaine n'est pas la première, que d'autres époques ont présenté aussi de terribles maux (peste noire, guerres, etc...) même si le pouvoir de communication n'orchestrait pas aussi intensément l'information; on oublie que la vie du monde ne comporte pas que du mauvais et qu'enfin, Dieu n'est pas le Dieu du châtiment et de la colère!

 

Le tract, daté du printemps 1989, s'intitule: "Des appels au secours - qui répondra?"

<<Chers amis,

"Ecoutez le cri du monde qui se meurt !"

Ces paroles tirées d'un cantique allemand nous touchent plus que jamais. On ne peut plus ignorer ce cri. Notre pays, mais aussi le monde entier, peut être comparé à un vaste charnier où gisent les désespérés, ceux qui vivent dans le péché et qui en sont esclaves, abandonnés dans leur misère, tel un tableau de suprême désolation. Des cris montant de cette fosse parviennent jusqu'à nous: "Au secours! A l'aide! ". Des mains innombrables se tendent vers nous: "Retirez-nous de là! Nous périssons dans cet effroyable tombeau! "

On entend les cris des embryons assassinés - les cris des enfants dont les parents sont séparés ou divorcés - les cris des jeunes entraînés dans les perversités du sexe, de la drogue ou autres péchés - les cris des bébés et des petits enfants maltraités - les cris de tous ceux qui, à force de dépravation, ont détruit leur vie et perdu toute dignité humaine.

Et nous pourrions continuer cette énumération...

Nos pays d'Europe ne sont pas épargnés par ce courant, même s'il nous semble moins important. Ainsi le regard de Dieu sur le monde ne découvre que du péché, du péché... Et les cris du monde qui se meurt montent sans cesse vers Lui. N'est-ce-pas dans une fosse de péché, un véritable enfer, que se trouvent aujourd'hui un nombre incalculable de gens ?...

Il faut des sauveurs :

- des sauveurs envoyés par le Sauveur Jésus-Christ et équipés pour leur apporter Son message qui sauve. Jésus nous appelle. Il a si peu d'ouvriers. Il a de la compassion pour tous ceux qui se trouvent dans cette fosse de péchés de notre temps. Son coeur se brise en voyant leur détresse, car Il est mort pour eux tous. Mais ils ne Le connaissent pas ou Le refusent et ils risquent de périr dans la misère de leurs péchés.

Il faut entreprendre d'urgence des actions de sauvetage. Il nous reste peu de temps, le jugement menace et, quand il sera là, les gens mourront en grand nombre, beaucoup d'entre eux allant en enfer. Alors il sera trop tard pour aider à les sauver. Qui donc aujourd'hui a de la compassion pour tous ces gens ? Qui se préoccupe de leur sort? Ne sommes-nous pas des disciples de Jésus ? Ne nous a-t-Il pas donné la mission de sauver en Son nom tous ceux qui peuvent être sauvés ?

La misère du péché a atteint de nos jours son paroxysme. Aussi, comme jamais auparavant, nous devrions être saisis d'un zèle et d'une ardeur intense pour entreprendre des actions de sauvetage. Par Son Esprit, Jésus veut nous faire ressentir un peu de Sa compassion, afin que nous puissions voir cette misère comme Lui la voit et souffrir avec Lui...

C'est pourquoi nous voulons utiliser le temps qui nous reste encore pour agir...>>

 

On note le complexe de la "tour d'ivoire" ou le refus de se compromettre avec tout ce qui bouge, au profit d'une vision statique des choses, le temps qui avance étant perçu par les sectes comme un facteur de déclin des institutions et de dégénérescence du monde. On préfère alors le recul, le désengagement des choses temporelles, pour les regarder ou les juger avec le regard immuable de l'Eternel, d'où provient l'ordre statique du monde.

Ces groupes manifestent un désintérêt pour les questions de justice sociale, même s'ils s'adonnent ponctuellement à des oeuvres caritatives. Ils récusent tout lien avec l'Etat. Pour les baptistes par exemple, toute collusion avec le pouvoir établi, tout concordat ou "modus vivendi" avec les autorités politiques sont dénoncés. Tout pacte de type constantinien ou carolingien entre "l'Eglise " et "l'Etat" est proprement diabolique parce qu'il oppose deux "pouvoirs" ou "puissances"; or, l'Eglise trahit sa mission en devenant "puissance" au sens temporel et politique du terme. On établit une relation exclusive avec Jésus-Christ; c'est à lui seul qu'on reconnaît une autorité sur sa propre conduite, au-delà de toute intervention civile ou ecclésiastique. Et cette autorité s'exerce par l'entremise de la communauté locale à laquelle on appartient.

D'où répétons-le, la tentation politique pour certains partis en place qui ne demandent pas mieux que la religion soit une affaire privée et devienne un facteur de stabilité.

Cette démobilisation s'accompagne d'une perte de contact avec toute une partie du réel. On se réfugie dans un mouvement de fuite hors de la mêlée, dans le "statisme de la transcendance".

Ce recul s'accompagne encore d'une recherche de distinction, d'une sorte de fureur d'analyse en vue de classer les gens et les événements en purs et impurs, en récupérables ou totalement perdus. Chercher la petite bête noire, comme on dit, devient une idée fixe; la dénonciation du mal peut alors occuper tout le champ de la conscience. Aussi les gens des sectes vivent souvent dans la tension, en état constant de "légitime défense" contre le mal qui prolifère et avec qui il ne faut accepter aucun compromis. La pensée qui se développe est une pensée par antithèse ou une pensée "contre": le bien contre le mal, la lumière contre les ténèbres, l'ordre contre le chaos, le haut contre le bas, le Royaume contre le monde, l'esprit contre la chair, etc... Il s'agit d'une vision manichéiste où tout est blanc ou noir, mais sans nuances intermédiaires possibles. On cherche la polémique, on dénonce dans le but de convertir, car il n'est pas possible d'appartenir aux deux mondes à la fois. Dans ces groupes règne un véritable pessimisme face au déroulement de l'histoire qui rend perpétuellement en quête d'un scandale à dénoncer. Cette dénonciation pourra aller jusqu'à la violence et aux délits: voir les opérations-commandos pour lutter contre l'IVG ou les incendies de cinémas qui passaient des films jugés blasphématoires. Le livre de l'Apocalypse quant à lui est amplement invoqué pour annoncer les malheurs qui approchent.

 

Radicaux, ces groupes mettent l'accent sur la PURETE:

Toute l'existence de la secte se déroule dans la dimension verticale, entre le haut et le bas. Il est demandé au fidèle de se séparer du monde mauvais dans lequel il a été submergé, par un acte de décision en faveur de Jésus, par un effort pour lui consacrer toute sa vie. C'est ce choix qui est illustré par le baptême, signe que la personne a été purifiée, séparée du monde, hissée hors de ses maléfices.

Pas de compromissions avec les tièdes et les frileux. Les Eglises Evangéliques se veulent généralement libres, indépendantes, confessantes et composées de professants. Chaque communauté locale estime avoir la pleine ecclésialité. C'est à la suite d'une conversion personnelle au Christ, vécue et ressentie comme une nouvelle naissance, que l'on peut être baptisé (à l'âge adulte!). Une "Eglise de professants" (qui n'accueillent que les croyants convaincus et professant leur foi) par opposition à une Eglise "multitudiniste" (qui accueille et tolère tout le monde, y compris les enfants et les non-pratiquants!). En fait, le baptême (par immersion) n'est que le signe extérieur et secondaire de la conversion intérieure, de l'attachement décisif et définitif au Christ Sauveur. On ne naît pas chrétien (dans une famille ou société réputée telle), on le devient à la suite d'une décision (conversion) personnelle, prise à l'âge adulte.

La défiance se fait également vive à l'égard des institutions sacrées et des sacrements. Il y a affirmation massive du sacerdoce des fidèles, les Eglises établies ayant trahi le véritable Evangile et tourné le dos à Jésus-Christ.

D'où l'importance alors de l'éthique ou de la morale, d'une vie désormais encadrée par la discipline, pour éviter la contagion de ce qui s'agite dans "les bas-fonds enténébrés". Et aussi des prescriptions alimentaires, sexuelles ou autres qui constituent l'adepte au titre d'élu ou comme membre d'une élite de purs. Il lui faudra alors se maintenir dans l'effort moral pour demeurer à la hauteur des exigences de la vocation de "sauvés" en ces temps qui finiront par une catastrophe.

Comment les gens des sectes se considèrent-ils par rapport aux autres chrétiens? La pratique d'un ensemble de lois et d'interdictions assez rigoureuses confirme le membre dans la conviction qu'il n'est pas comme les autres. Il a le sentiment de faire partie d'une élite impeccable. En toute tranquillité d'esprit, on possède la totalité de la vérité et on estime que tous les autres sont dans l'erreur.

Les seuls contacts qu'on se permettra avec les autres, y compris les chrétiens, existeront dans le but de les convertir et de les tirer de leurs erreurs.

D'où le refus de partager le dialogue oecuménique; ce serait un compromis avec une entreprise humaine qui, comme toutes les autres, est destinée à l'échec. Et refus à plus forte raison encore de dialogue interreligieux. Lisons à ce sujet des extraits de l'étude publiée par l'Alliance Evangélique et intitulée: "Regard sur le catholicisme contemporain":

(page 39:) "En tant qu'évangéliques, comment réagissons-nous devant l'enseignement de Rome sur les autres religions ? Nous trouvons que le texte prudemment formulé de plusieurs de ses déclarations officielles est inattaquable en sa lettre. Nous non plus nous ne rejetons rien de ce qui est vrai et saint et nous ne négligeons pas les efforts de contextualisation. Cependant l'histoire nous montre que la mise en application de ces directives a souvent conduit au syncrétisme, avec des erreurs païennes qui sont mortelles et beaucoup de choses qui n'étaient pas saintes. Nous y voyons une sous-estimation dangereuse de l'état de péché de l'homme naturel et de l'activité des puissances de ténèbres. Nous sommes choqués lorsque le théologien catholique Karl Rahner parle d'un <christianisme anonyme> (comme si on pouvait appartenir au Christ sans l'appeler par son nom)... Des approches de ce genre rejettent carrément l'oeuvre définitive de Jésus-Christ.

L'opinion de Rome sur ces autres religions recèle en germe un universalisme non-biblique. En 1949, le Saint Office a souligné le fait que ceux qui ont des vies bonnes et qui suivent la vérité telle qu'ils la connaissent ont <un désir implicite> de la foi, ce qui est suffisant pour le salut. Selon l'enseignement de Rome, il y a donc universalité de la grâce divine, même pour ceux qui ne connaissent pas le Christ...

Nous croyons que la position de l'Eglise catholique vis-à-vis de ces autres religions se trouve en contradiction formelle avec le message de l'évangile. Rome maintient bien quand même la nécessité de proclamer l'évangile, car elle soutient qu'une foi naissante doit être amenée à maturité, que le Christ anonyme doit être rendu parfaitement connu. Néanmoins, depuis qu'elle a abandonné la position biblique, l'Eglise catholique romaine a pris une attitude très ouverte à l'égard des religions non-chrétiennes et, de ce fait, elle a baptisé beaucoup de gens dont la vie est encore très imprégnée d'idées et de pratiques païennes.

En tant qu'évangéliques, nous nous opposons fermement à des idées du genre <Christ incognito>, <christianisme anonyme>, <royaume latent>, une foi germinale qui est suffisante pour conduire au salut, et un universalisme qui englobe les agnostiques et les athées. Car <tout esprit qui ne confesse pas Jésus, n'est pas de Dieu>. (I Jn 4,3)"

 

Radicales, les sectes font du prosélytisme:

On entre dans une secte parce qu'on y a été sollicité. Les adeptes à leur tour n'auront plus que la volonté de convertir leur entourage et ils ne rencontreront plus personne si ce n'est pour lui proposer avec intransigeance, indiscrétion et non-respect de la liberté, de faire la même démarche. Et cette action apostolique directe pour convertir les hommes au Seigneur utilise tous les moyens: chants dans la rue, aux terrasses des cafés, porte à porte, meetings et spectacles, utilisation tous azimuts et à haute dose des medias.

 

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4/ JESUS, DIEU-FILS DU TOUT-PUISSANT

Comment considère-t-on Jésus dans les sectes d'inspiration chrétienne ? Les membres des sectes veulent reprendre contact avec le Jésus des origines. Pour ce faire, ils se coupent de 2OOO ans d'histoire qui ont porté selon eux, bien des malheurs. Puisque le temps est pour eux un facteur de pourrissement, la référence au Jésus de l'évangile est première et dernière dans ces groupes. Nous aboutissons à un Jésus sans l'Eglise, un Jésus central et très proche du coeur.

Leur prophète est le seul canal autorisé pour recevoir les messages de Jésus. A travers une sorte de "téléphone bleu", c'est Jésus qui lui transmet directement les consignes et les nouvelles révélations pour le monde.

Fait-on une véritable expérience de conversion en entrant dans une secte? Si les personnes qui s'y présentent n'étaient auparavant que des croyants peu convaincus, peu fervents et surtout ignorants du contenu de leur foi, il peut arriver qu'elles fassent une première rencontre avec Jésus-Christ qui sera déterminante, en entrant dans de tels groupes. Cette expérience est souvent très profonde. La rencontre avec le Christ pourra s'effectuer au niveau du coeur ou des tripes, et venir changer toute la vie. Ce ne sont pas seulement des idées qui sont changées, raison pour laquelle il n'est pas facile de discuter avec ces gens, surtout s'ils sont nouvellement convertis; les raisonnements n'ont plus aucune prise sur leur expérience qui a été vitale. Contre les meilleurs arguments, ils ont comme preuve le bouleversement de leur vie. Suite à une telle conversion que les sectes ont soin de dater précisément, plusieurs ont réussi en effet à quitter une longue habitude d'alcoolisme, de drogue ou d'homosexualité, et à se réconcilier avec Dieu et avec eux-mêmes. Ce revirement complet de leur existence explique un certain fanatisme dans leur nouveau comportement. Ils ont maintenant, on le comprend, la volonté de convertir leur entourage et ils ne rencontreront plus personne si ce n'est pour lui proposer avec intransigeance de faire la même démarche. D'où l'importance donné aux témoignages. C'est par exemple le nerf de la bataille chez les Hommes d'Affaires du Plein Evangile, ou bien à "La Mission", groupe pentecôtiste établi à Dijon et dans de nombreuses villes de France. Voici d'ailleurs des tracts distribués abondamment dans les rues:

 

Il faut souligner encore le caractère d'intimisme et de primat de l'expérience sensible du divin. Nous sommes là bien souvent dans l'affectif et l'émotionnel. Ce n'est pas un hasard si Françoise CHAMPION et Danièle HERVIEU-LEGER, chercheurs au groupe de sociologie des religions du CNRS ont publié en 1990 un ouvrage intitulé 'de l'émotion en religion'.

En réalité, la secte ressemble davantage à une religion exclusive du Père Tout-Puissant. En effet, les sectes vénèrent un Christ qui est avant tout la révélation de l'Eternel, du Dieu très-haut. Jésus y est apprécié surtout comme Fils divin et grand prophète, le nouveau Moïse, le nouvel Elie, annoncé par Jean-Baptiste qui le présente comme plus grand que lui. C'est un Jésus apparenté d'ailleurs au Baptiste, dont on retient la voix qui criait dans le désert et qui menaçait de la colère qui vient, pour le partage des fruits sains et pour la purification des autres dans le feu (Mt 3,1O-12). Dans cette même visée, on reconnaît surtout ici le Jésus exorciste, qui chasse les démons, qui impose son autorité aux possédés et fait tomber "Satan du ciel comme l'éclair" (Lc 1O,18). C'est aussi le Jésus qui appelle au choix moral, à la décision urgente en vue d'une perfection qui n'a pas de limite, à l'image du Père céleste. La conversion radicale est exigée de l'interpellé. Jésus est aussi le Maître de Vérité dont la parole confond tous les traquenards de ses adversaires. Il est le Saint, c'est-à-dire le séparé et le pur; il est celui qui dénoncera la religion superficielle des siens et qui entreprendra de purifier le Temple. Ceux qui le suivent le pousseront à devenir une sorte de thaumaturge, un Héros combattant, le Roi tout-puissant dont on avait besoin pour inaugurer la guerre sainte contre l'occupant. C'est encore celui qui commande à la tempête, qui se révèle sur le mont Thabor revêtu de lumière, qui fait l'objet de plusieurs interventions du Père et qui reviendra bientôt, debout sur les nuées, pour juger les vivants et les morts. C'est par conséquent un Jésus moins humain que divin, qui semble inspirer davantage la tendance sectaire. Un Jésus-Héros!

 

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CONCLUSION:

En guise de conclusion, il peut être intéressant, à partir de ce qui vient d'être développé, de s'interroger sur certains courants actuels repérables au sein même des grandes Eglises.

Ainsi, en 1988, le Père Joseph MOINGT, Jésuite, attirait l'attention dans la revue "Etudes" sur les tentations fondamentalistes auxquelles succombent certains groupes religieux, qu'ils soient musulmans, juifs ou chrétiens, ces groupes vivant mal leur confrontation avec le monde moderne. Il montrait qu'en période houleuse, lorsque certains croyants se sentent menacés dans leurs convictions, ils peuvent, par besoin de sécurité, faire preuve d'une mentalité étroite et rigide, exprimant des exigences radicales de pureté rituelle ou de moralité publique, se réclamant d'une lecture stricte des textes sacrés. Et ce fondamentalisme peut alors déboucher sur des comportements sectaires et violents.

Dans une thèse soutenue le 18 mai 1992, le Père Pierre LATHUILLIERE, prêtre du diocèse de Lyon, se risque à jeter dans le débat l'expression de "fondamentalisme catholique" à la suite du sociologue Emile Poulat, de l'historien René Rémond et de l'exégète Pierre Gibert, pour désigner un des nouveaux courants du conservatisme catholique. Ce phénomène aurait émergé dans les années 1980. Aux Etats-Unis, il est même devenu une réalité politiquement influente à cette époque-là avec la "majorité morale". Pierre LATHUILLIERE observe l'émergence d'une forme nouvelle de conservatisme catholique qui s'écarte de l'intégrisme classique. Un rapport nouveau à l'Ecriture et à la Tradition s'y manifeste. Un anticléricalisme interne donne de la voix, soupçonnant la foi du clergé et des exégètes. Un non-conformisme individuel est exalté et un accès immédiat aux sources de la foi est prôné.

Sans vouloir enfermer quelque groupe que ce soit sous une étiquette, il convient toutefois d'être vigilant. A titre d'exemple et afin d'alimenter une réflexion, voici quelques extraits d'un article paru dans le journal "La Croix L'Evénement" du 6 juillet 1989. L'article relatait la mise en garde des évêques italiens au sujet de certaines pratiques du groupe "Néo-catéchuménat":

"C'est ici (dans l'église des Martiri Canadesi, en plein Rome), que le laïc espagnol Kiko a vraiment lancé le Chemin néocatéchuménal. "Dans la clandestinité", nous précise Don Mansueto Zanchi, curé de cette paroisse de 5000 âmes. "Quand il est sorti à découvert, la paroisse a éclaté. Kiko a tapé du poing sur la table en disant: les vrais chrétiens, c'est nous, les autres doivent partir. L'affrontement a donc plutôt été violent..."

Don Zanchi veut faire la part des choses: "Les néocatéchumènes veulent imposer leur Chemin à tous. Ils se sentent un peu des Papes, mais c'est leur joie d'avoir rencontré le Christ, de se sentir convertis. Leur mérite est de ramener à l'Eglise des gens qui l'ignoraient ou la haïssaient. On est frappé par leur fraternité de groupe." En revanche, même après vingt ans d'expérience, "les unir aux autres est très difficile. Ils n'ont jamais répondu aux invitations à rencontrer toute la paroisse, car ils s'estiment trop avancés dans leur conversion par rapport au grand bercail des fidèles. Je me tue à leur répéter: ce n'est pas le chemin néocatéchuménal qui a fait cette Eglise, elle était là avant eux."

Ce soir,le curé est très pris. Les 18 communautés néocatéchuménales de sa paroisse participent à des messes séparées en des lieux contigus: "Heureusement, j'ai neuf salles dont quatre dans la crypte. En deux roulements, on s'en sort tout juste."... ces messes (sont) dites le samedi soir au lieu du dimanche.

Rossana, une adepte, nous éclaire: "Dans la Genèse, le jour de la création débute avec la nuit précédente. Nos messes ne sont pas vraiment fermées mais si vous n'êtes pas préparés, c'est idiot d'y assister. Vous êtes comme un enfant qui ne peut marcher tout seul. Par contre, vous pouvez suivre aussi le Chemin pour passer d'une foi infantile à une foi adulte." Du coup, il n'est pas rare qu'un couple se sépare pour la messe, chacun des conjoints participant à une eucharistie "adaptée" à son niveau.

Le Chemin peut se comparer à un hôpital. Cette image fait fortune chez les adeptes. Pour eux, tout chrétien est "malade du péché" et les non convertis sont "malades du refus de Dieu".

Un soir, Paolo a eu le coup de foudre pour une... fille en communauté: "Dix jours après on se mariait. Elle m'a dit que Jésus-Christ me sortirait de l'alcool. Lui seul m'a aimé sans me juger."

Maintenant, au saut du lit, Paolo récite les Laudes. Il ne boit plus une goutte d'alcool depuis cinq ans... "Je n'utilise pas de préservatifs car je crois à la Providence. Le démon n'est plus en moi."

Ce radicalisme chrétien est à double tranchant. En Italie, plusieurs conférences épiscopales régionales (Ombrie, Piémont) ont tiré la sonnette d'alarme sur le risque de créer des "Eglises parallèles".

Créée par Mgr Foresti, une commission presbytérale a dressé un bilan très sombre du Chemin des néocatéchumènes. Primo, leur annonce de la Parole de Dieu en style kerygmatique ne tient pas assez compte de "l'exigence de la médiation culturelle, théologique, catéchétique et pédagogique". Secundo, les pasteurs italiens dénoncent le danger d'une lecture fondamentaliste de la Bible: "Il y a un double fond presque magique à concevoir la Sainte Ecriture comme l'unique réalité permettant la rencontre avec Dieu." Qui forme ces catéchistes ? Par qui sont-ils mandatés ? Leurs rapports avec les prêtres restent "flous". Côté liturgie, l'Eglise locale note que l'accentuation des rituels "semble offusquer la vérité" et s'avère "antipastorale", comme la transformation du lieu de culte, l'autel étant déplacé. Sans compter les messes séparées. Au total, le rapport reproche au mouvement "un schéma rigide" et de "créer le sens de séparation et de secte"..."

Pour terminer, voici le compte-rendu des travaux du groupe national "Pastorale et Sectes" en date du 24 septembre 1990 (Documentation catholique n°2017, page 1073):

"La montée des intégrismes, des fondamentalismes et des conservatismes"

 

1. Comment elle se manifeste concrètement

La dernière enquête nationale auprès des délégués diocésains à "Pastorale et Sectes" (1987) avait identifié cette montée comme un trait particulièrement marquant du paysage religieux français. Qu'en est-il exactement ?

 

1.1 En ce qui concerne les groupes : - peu de prieurés lefebvristes (ou assimilés) actifs, quelques tentatives par contre d'implantation de séminaires ou maisons de formation ; - des groupes plus typés comme la Contre-réforme catholique de l'abbé Georges de Nantes connaissent des problèmes internes ; - on voit surtout apparaître de multiples petites Eglises non reconnues qui unanimement se parent du manteau de la tradition latine liturgique pré-conciliaire ; - des groupes au conservatisme durci se maintiennent autour de tel ou tel prêtre traditionaliste ; - les scissions ne sont pas rares ("Un pur trouve toujours un plus pur qui l'épure...").

Des dérives sectaires classiques apparaissent en filigrane dans plusieurs de ces groupes: élitisme, - fermeture sur le groupe et ses convictions, - défiance du "monde" considéré comme satanique et mauvais, -individualisme du sentiment religieux, -coupure (accompagnée souvent d'agressivité) avec tout autre groupe ne professant pas exactement les mêmes convictions.

 

1.2 L'évolution générale

Globalement et avec quelque recul, il semble qu'on ait surestimé le phénomène intégriste dans l'Église de France. Ses tenants entretiennent d'ailleurs l'ambiguïté en continuant à multiplier les attaques, les lettres de dénonciation, les manifestations médiatiques (pèlerinages à Chartres ou Lourdes, processions, fête de Jeanne d'Arc, etc.), les articles dans la presse, ce qui donne le change sur le nombre réel, très réduit, de leurs adhérents. Il ne faut donc ni majorer le nombre ni minimiser l'influence.

 

1.3 Le climat sous-jacent

La manifestation la plus repérable du renouveau des conservatismes en certains secteurs ecclésiaux apparaît plutôt dans :

- une certaine tendance à se replier sur les fonctionnements d'hier, une certaine forme de fatigue, et de passivité engendrée par le sentiment de ne pas être toujours reconnus aujourd'hui dans le mouvement généreux qui a poussé à faire siennes les orientations du Concile (c'est alors un conservatisme de passivité, lié à la lassitude, à la peur de l'avenir, à la crainte d'innover), - une certaine inquiétude de voir se développer à l'intérieur de l'Église une contre-Église affirmant explicitement (ou dans les faits) un refus de Vatican II mais ayant adopté l'entrisme comme tactique nouvelle ("Va-t-on voir se "protestantiser" une partie de l'Eglise au nom du retour au catholicisme pur et intransigeant ?"), - l'approche d'une lame de fond fondamentaliste en tout milieu.

Cette dernière est parfois proche parente de l'intégrisme par l'attitude de séparation agressive et polémique de certains groupes. Elle l'est surtout par une volonté de tout éclairer, - la destinée individuelle et collective, l'origine et le fonctionnement du monde, les règles du droit des sociétés, - par la seule référence à la religion, une référence prise «au pied de la lettre», dans le Livre. Cette attitude affecte bien des groupes chrétiens et pas seulement ceux que l'on qualifie de sectes. Or elle est foncièrement étrangère à la pensée chrétienne. Une brève analyse permet ainsi de comprendre le fonctionnement actuel de nombreux groupes dans cette mouvance, sectaire ou non.

 

2. Les fondamentalismes sont de retour

2. 1 Quand les croyances se sentent fragiles ou agressées, elles sont souvent tentées de se crisper sur des certitudes apparemment intouchables, en particulier celles du Livre interprété littéralement, de la Loi prise au pied de la lettre. C'est la tentation fondamentaliste. Elle s'origine à la fois dans le sentiment confus d'une vulnérabilité nouvelle, dans la volonté d'imposer agressivement sa conviction, dans la peur d'un affrontement pressenti comme inéluctable si l'on ne bétonne ses certitudes. Elle se traduit aujourd'hui en bien des pays. C'est, en Amérique, la montée des évangélismes, en Occident l'offensive intégriste, en pays musulman la séduction de l'islam pur et dur et l'appel au retour à la Chariah, en Israël la revendication d'un retour à la Torah sous sa forme d'impératif rituel devant s'imposer à l'État, en tous pays regain des groupes religieux fondés sur un conservatisme de type sectaire.

 

2.2 Le comportement fondamentaliste définit une mentalité religieuse rigide et étroite, marquée par une réaction - à la fois craintive contre le "monde", le laxisme des moeurs et les tentatives d'accommodation avec ses évolutions, - à la fois agressive contre tout compromis "moderniste" avec la société incroyante et sécularisée. Un certain penchant actuel pour le retour aux dévotions, aux habits et aux objets de piété d'antan, apparaît chez certains comme l'expression d'une fragilité de fond sous des dehors de provocation agressive, de peur sous une apparence de certitude conquérante.

Chez les chrétiens la référence de base est alors la défense de la Bible : - à l'extérieur de l'Église, contre l'irréligion par un militantisme agressif, contre la laïcité et pour les valeurs morales traditionnelles, - à l'intérieur contre toute interprétation du Livre qui atténuerait son sens littéral et risquerait de troubler ainsi la foi des simples défenses des «droits de Dieu» dont on se sent mission d'assurer le maintien intransigeant.

 

2.3 La tendance fondamentaliste est inhérente au sentiment religieux. Elle y apparaît comme une séduction incontournable. Pour certains en effet la valeur essentielle de la religion réside dans son «fondement» original identifié avec la Loi reçue des fondateurs, le Code légué par Dieu, les Écritures, fixées aux origines. Une religion "bonne" est alors celle qui transmet la lettre originelle, ne varietur, du dépôt original. Le fondamentaliste est habité par un souci tournant au scrupule de retrouver, garder et transmettre fidélement ce dépôt inviolé, dans toute sa pureté. Car il est convaincu qu'une bonne théologie peut et doit donner accès à la Parole même de Dieu, à sa source originelle, voire dans la forme littéraire où Dieu a parlé. Du coup, plus un texte sera ancien, plus il sera réputé authentique parce que plus proche des origines : la messe de Saint Pie V serait ainsi plus authentique que celle de Paul VI.

 

2.4 Le fondamentalisme est foncièrement étranger à la pensée chrétienne

D'abord parce que le christianisme n'est pas une religion du Livre mais du témoignage oral et de la parole. Et le Christ, s'il n'enlève rien aux Écritures, les «accomplit» en leur donnant un sens nouveau. Ensuite parce qu'il n'est pas une religion de l'ancienneté de la lettre, mais de la nouveauté de l'Esprit (Rm 7,6; 2 Co 3,6 à 17).

Le christianisme n'est pas un discours totalitaire dont tous les détails seraient au même plan à la virgule prés, où l'autorité divine couvrirait toutes les formulations des Conciles, tous les discours des Papes, toutes les pages des rituels les plus vénérables parce que les plus anciens. La tentation fondamentaliste tend à accorder à telle formule ecclésiastique le même crédit qu'à la Parole de Dieu, comme à une autre Écriture inspirée, au lieu d'y voir une invitation à revenir à cette Parole comme à la Source inspiratrice. Elle sacralise toute réalité censée représenter objectivement l'autorité de Dieu, au risque d'en faire un fétiche. Au risque de virer en idôlatrie. Et le danger pour la foi est plus grave que ce dont elle voulait la préserver.

D'autres dérapages du fondamentalisme sont possibles dont l'actualité nous a donné quelque illustration. Des chroniqueurs ont ainsi conclu à l'occasion des polémiques nées du port du voile islamique par de jeunes adolescentes, que fanatisme et intégrisme sont les fruits inévitables de toute appartenance religieuse. L'exemple des sectes d'origine chrétienne montre, il est vrai, qu'on est toujours tenté d'imposer aux autres son interprétation de la Loi après l'avoir pratiquée pour son propre compte. Les Témoins de Jéhovah refusent tout service national même civil, toute transfusion sanguine, au nom de leur propre lecture, fondamentaliste, de la Bible. Des musulmans intégristes n'hésitent pas à faire un pas de plus en désignant comme blasphémateurs les fidèles Baha'is et donc à les menacer de mort: parce que c'est écrit dans le Livre. Ces simples exemples montrent que fondamentalisme et intégrisme sont des retombées sociales bien repérables, que leur développement concerne l'avenir du christianisme au XXè siècle, que les dérapages sectaires les plus notables peuvent être déjà inscrits dans la vie de certaines de nos communautés."

 

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"Si le Christ nous a libérés,

c'est pour que nous soyons vraiment libres.

Alors tenez bon,

et ne reprenez pas les chaînes de votre ancien esclavage."

(Galates 5,1)

 

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