SERVICE DIOCÉSAIN "PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

9 bis, boulevard Voltaire - 21000 DIJON

 

"PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

N° 14

     L'irrationnel

Vassula

ISSN 0990-0500

 

 

Pour Pascal, il y a deux excès : exclure la raison ou n'admettre que la raison.

Cette pensée situe bien le propos de ce numéro 14 consacré à l'irrationnel que nous voyons ressurgir actuellement, que ce soit dans des milieux non christianisés ou au contraire tout à fait croyants.

Dans une première partie, nous analyserons les mécanismes sociologiques et les motivations de ce courant, et nous en brosserons le paysage; dans une seconde partie, nous illustrerons cette étude par un exemple précis : celui de Vassula Ryden.

 

1/ SOCIOLOGIE DE L'IRRATIONNEL

La seconde guerre mondiale marque dans nos sociétés occidentales une sorte de tournant. Un monde ancien s'en est allé, et tous les repères de ce monde, lentement au début, puis de plus en plus vite, se sont effrités.

Notre société a déjà connu une reconstruction rapide avec le bénéfice de la nouveauté, un progrès scientifique et technique énormes, la sécularisation et l'installation dans un matérialisme de consommation.

Dans les années 1968, on assiste à un mouvement de contestation globale de cette société technocratique et consumériste : à cette époque, on croyait pouvoir changer la société "métro-boulot-dodo" en en faisant éclater les structures. Cette contre-culture avait sa logique, sa rationalité et ses repères.

Or, dix vingt ans plus tard, à partir des années 1980, c'est le temps de la désillusion : refaire la société, ce n'est pas possible, pense-t'on; d'où la défection de la lutte politique, de l'engagement social, syndical, etc., dans un "sauve-qui-peut, chacun pour soi" : on ne peut pas changer le monde, alors on change de monde...

Et dans la béance creusée par l'effondrement du marxisme ou la désillusion d'une société de consommation, le religieux revient au galop.

Il est courant de rencontrer parmi les "gourous" du Nouvel Age, d'anciens leaders soixante-huitards!

Un professeur d'université exprime cette mutation en parlant de ses étudiants : "autrefois, lorsque je voulais faire rire mes étudiants, je leur parlais religion et lorsque je recherchais le sérieux de leur réflexion, nous parlions politique; aujourd'hui, quand je veux les faire rire, je parle politique et quand je recherche leur attention, nous parlons religion."

Cependant, un point d'interrogation demeure: de quelle religion s'agit-il ?

Beaucoup aujourd'hui sont en manque affectif et spirituel, sur fond d'angoisse.

Les modes de vie traditionnels qui les portaient, les entouraient, parfois les enfermaient, ont volé en éclats : nous vivons dans une sorte de nomadisme. Notre contemporain se sent perdu, seul et déboussolé dans une société anonyme, froide, souvent conflictuelle et régie par la loi de la jungle.

Or quand une difficulté est trop grande, la tentation est de la résoudre par une désimplification psychologique. Il n'est donc pas étonnant qu'en cette période de crise, un certain nombre de réponses pathologiques du même type apparaissent : drogue - suicide - entrée en secte ou nouveaux mouvements religieux.

Après l'échec des matérialismes idéologiques ou pragmatiques, notre contemporain est en manque spirituel. Il ne faut pas oublier que l'homme est aussi un "animal religieux". Mais ce réveil du religieux véhicule le meilleur et le pire : cela va d'une authentique quête de Dieu à la réaction viscérale de fuite et d'évasion d'un monde désenchanté et trop difficile. Le religieux devient alors opium. Il est d'ailleurs frappant de constater que bien souvent ce réveil ne passe pas par les chemins du caritatif. On parlera beaucoup de méditation, moins de solidarité.

Ainsi, la religion risque parfois de tourner en religiosité et même de se dégrader en superstition.

Le plus bel exemple nous en est donné par ce qui se passe depuis quelques années en Russie où on assiste à un véritable raz-de-marée de l'irrationnel...

"Depuis que les hommes ne croient plus à rien, ils croient à tout" (Gilbert Keith Chesterton, auteur catholique anglais du début du siècle).

En réalité, nous sommes aujourd'hui devant une religion multiforme et païenne, un religieux "sauvage", "diffus", ou "nébuleux", sous le label Nouvel Age bien souvent. Notre contemporain est ainsi entré dans un surnaturel flou, flottant, adogmatique, peu contraignant, peu engageant, et à visée fortement réconfortante.

Dans un monde désenchanté, il va rechercher le merveilleux, le mystérieux. Et là nous sommes en plein irrationnel, fait de voyance, de paranormal, de magie blanche ou noire, de spiritisme, d'occultisme et d'ésotérisme, entre autres.

 

2/ LE PAYSAGE DE L'IRRATIONNEL

 

MEDIAS / LIBRAIRIES / PUBLICITE

Les médias font place maintenant à la religion. En fait, sous le vocable de religion, vient s'engouffrer tout ce qui est irrationnel. Il y a souvent davantage de croyances que de foi, de superstitions que de relations avec Dieu.

A la télévision, de nombreuses émissions sont maintenant consacrées à la réincarnation, aux maisons hantées, à la magie. L'occultisme et la sorcellerie ont toujours existé, mais aujourd'hui ils ont droit de cité. Les sorcières qui se cachaient jadis dans le fin fond de leur campagne sont aujourd'hui invitées sur les plateaux des émissions télévisées.

Les films traitant le sujet, se multiplient : cf. Ghost - Céline...

Les maisons d'éditions déjà existantes ont souvent créé un département spécialisé en la matière. D'autres apparaissent. Un million de livres ésotériques sont déversés chaque année sur le marché français.

Des librairies et des boutiques se sont ouvertes dans les principales villes, mettant à la disposition de chacun les instruments et les recettes ésotériques et occultes. Une librairie ésotérique s'est ouverte rue des Godrans à Dijon. Pendules, pyramides, tarots, boules de cristal, livres d'exorcismes et compagnie sont vendus à la librairie de l'Université et ailleurs...

Des catalogues de tous genres, des prospectus sur de mystérieux pouvoirs, sont déposés dans nos boîtes aux lettres.

 

STATISTIQUES

Le fisc a recensé en France au moins 40 000 voyants et sorciers. 500 pratiqueraient la magie noire à Paris. Le chiffre d'affaire annuel de cette "nébuleuse" dépasserait les vingt milliards de francs - soit trois fois les dépenses de consultations des médecins généralistes (en augmentation de 20 à 30% par an). On compte 476 services de voyance par minitel.

Une enquête a été réalisée en janvier 1994 par l'institut CSA pour le compte d'ARM (Actualité Religieuse dans le Monde), de la Vie, du journal Le Monde et du Forum des communautés chrétiennes. Sur l'ensemble de la population, croient au moins un peu à:

- la transmission de pensée : 71%

- l'envoûtement et la sorcellerie : 46%

- l'explication des caractères par les signes astrologiques : 60%

- la prédiction des voyants : 46%

- les extraterrestres : 39%

- les tables tournantes : 31%

- la communication avec les morts : 37%

 

L'EMISSION "MYSTERES" sur TF1

"Mystère est une émission très sérieuse... Le rationalisme est mourant... C'est une des très rares émissions métaphysiques" déclarait le présentateur de l'émission, Alexandre Baloud, au journal Libération du 14/01/94.

L'émission a tenu la rampe tous les mois à 20h50 pendant deux ans environ de juillet 1992 à juin 1994.

Autour de "Mystères" et portant le même titre, gravitaient un mensuel de presse écrite et une émission de radio quotidienne (la société qui tient les ficelles de tout cela est une société spécialisée dans l'astrologie et l'ésotérique !

Des phénomènes surnaturels (3 ou 4 par émission) faisaient l'objet de reconstitutions audiovisuelles, puis de discussions en plateau.

Pour l'audience: près de 8 millions de téléspectateurs ont suivi régulièrement l'émission. Le 7 mars 1994, sur 7,1 millions de téléspectateurs, Médiamétrie comptabilisait 242 000 enfants de 4 à 10 ans. Les moins de 14 ans ont représenté ce soir-là un auditoire de 683 000 personnes.

La mise en scène s'avère particulièrement soignée! Tout est construit pour nous faire rentrer et demeurer dans le mystère.

Pour le décor : un ciel où défilent des nuages menaçants; des lueurs étranges, bleutées et jaunes fauves; notre planète enfin, qui d'un lent mouvement se rapproche... Allusion à un univers cosmologique où la terre et ses habitants sont soumis aux forces de l'au-delà. Imaginaire apocalyptique ?

Après le ciel, les trois autres éléments "primordiaux" sont au rendez-vous. La terre-matière d'abord : couleur ocre de l'amphithéâtre "naturel" où a pris place un public fort discret. Sommes-nous dans un temple ? Dans un lieu "sacré" en tout cas, avec des mégalithes (comme les pierres alignées de Carnac). Pour le feu, de grandes torches "fichées en terre" dispensent leur lumière changeante. Voici enfin l'eau : un bassin central autour duquel ont pris place l'animateur et ses hôtes. Une ambiance archaïque pour suggérer la tradition ésotérique.

Avec un maître de cérémonie : Alexandre Baroud.

On joue avec les effets spéciaux des éclairages, des images synthétiques, des mouvements de caméra, des plans superposés, des bruitages et fonds musicaux (du synthétiseur au chant grégorien).

L'émission commence par un texte d'avertissement : "Attention, toutes les histoires que vous allez voir sont vraies. Les témoins, les officiers de police, de gendarmerie, les scientifiques que vous entendrez ont vécu ces phénomènes étranges. Aujourd'hui ces mystères sont encore inexpliqués."

La vérité est définie comme ce qui est vu et vécu... "toutes les histoires que vous allez voir sont vraies".

Mais jamais le téléspectateur n'est averti de la nature des images : se succèdent des scènes jouées par des acteurs et des bouts de récits livrés par le témoin lui-même. Beaucoup de téléspectateurs pensent que les reconstitutions sont de vrais reportages !

L'émission présente des individus isolés de leur contexte. Elle supprime toutes les références sociales qui permettraient de comprendre la personne et son histoire.

La discussion est trop maigre pour permettre un vrai débat, mais sa seule présence suffit à "authentifier" l'émission.

De plus, "témoins, officiers de police, de gendarmerie et scientifiques" sont mis sur un même plan, comme si leur rapport à la véracité des faits était identique.

Le sérieux des titres dont certains des invités sont porteurs (scientifiques, auteurs d'ouvrages, ecclésiastiques) ne manque pas de rejaillir sur l'ensemble. On a ainsi le secours de la religion et l'appui de la science ! Tout en précisant que souvent, on a affaire à des intervenants, soit quelque peu marginaux dans leurs spécialités, soit très engagés eux-mêmes dans l'irrationnel, comme le Père François Brune et le biologiste Rémy Chauvin. A titre d'exemple, voici ce que l'on peut lire sur la couverture du livre du Père François Brune : "... L'humanité commence à rentrer en communication avec l'au-delà... on enregistre les voix des morts sur bande magnétique. On capte les images vidéo de l'au-delà. Grâce au chronoviseur on remonte même dans le temps pour filmer les images du passé... l'éternité, loin d'être une croyance dépassée, devient maintenant une vérité d'évidence. Un livre qui va bouleverser les conceptions modernes, religieuses ou non, sur la mort."

L'amalgame est constant entre le chrétien et le païen, entre les miracles authentiques de Lourdes, Marthe Robin et les séances de transcommunication avec les défunts ou les visites d'extra-terrestres. Du coup, la réalité de certains cas reflue vers les autres films.

L'émission développe un discours implicite, une idéologie. Plus que notre raison, c'est notre sensibilité qui nous met en relation avec le monde. Ce monde est un univers métaphysique - celui des éléments, du cosmos, des forces invisibles - et non un monde de relations humaines et sociales. Ce ne sont pas les autres qui donnent sens, qui nous relient au monde : le lien se fait par les puissances d'un au-delà qui transcende le corps, la mort, l'espace, le temps...

La typographie du titre de l'émission "MY$TERES" n'est pas insignifiante : le premier "S" est un "S" inversé en signe de contestation de la science.

L'escroquerie cautionnée par l'émission de février 1994 et démasquée en mars suivant a sans doute porté un coup fatal à l'intérêt du public. Il s'agissait d'un homme soit-disant doué de double-vue, capable de se diriger en moto dans Paris les yeux fortement bandés et mis dans l'impossibilité de voir matériellement. C'est qu'en fait nous disait-on, cet homme avait une vue supramatérielle, sa fusion avec le grand tout lui faisant faire l'économie des yeux... jusqu'au carambolage dès le début de la séance d'expertise!

 

INVENTAIRE DES THEMES DE L'EMISSION :

alchimie & pierre philosophale - ange gardien - apparitions - astrologie - aura - autocombustion - big foot - bijou maudit - Abbés François Brune et René Laurentin - chamanisme et marabouts - channelling - cryogénisation - décorporation, dédoublement, voyage astral - envoûtement, désenvoûtement, sorts, maléfices - écriture automatique - ectoplasme avec moules - extra-terrestre et OVNI - exorcisme - fantôme et maisons hantées - géobiologie - guérisons (miracles et guérisseurs, parmi lesquels des prêtres) - icône qui suinte de l'huile - pouvoirs - énergie et magnétisme- radiesthésie - magie - transcommunication (magnétophone, TV, téléphone) - médium - NDE (expérience aux portes de la mort) - Nostradamus - numérologie - paranormal - pendule - pouvoirs de l'extrême-onction - planète mars - psychokinèse, télékinésie, télépathie - parapsychologie - possession - régressions dans les vies antérieures et réincarnations - Marthe Robin, Padre Pio, etc... - sorcellerie - vampires - ... etc...

 

3/ LES CARACTERISTIQUES DE NOTRE NEO-PAÏEN

 

A) IL VIT DEJA UNE PROTESTATION PAR RAPPORT A LA SCIENCE ET A LA RAISON :

Depuis le siècle des Lumières (les lumières de l'intelligence), la religion était au banc des accusés. La Science avait pris le relais. Elle devait tout expliquer et tout résoudre. Or, le bel optimisme rationaliste et scientiste, la sécularisation à outrance et l'émancipation religieuse qu'on pensait nécessaire pour accoucher du progrès, sont sérieusement remis en question.

Un lycéen en aumônerie à Bar-le-Duc déclarait dans une enquête: "on vit dans un monde trop scientifique et les gens veulent retrouver une part de rêve".

Un livre comme "Le Matin des magiciens" paru en 1960, de Louis Pauwells et Jacques Bergier, ou la revue "Planète" avec Rémy Chauvin, sont une contestation de la science officielle.

La science dans laquelle on avait mis tous ses espoirs a déçu. Aux yeux de certains, elle a apporté plus de questions que de réponses et, dans ses bagages, on n'a pas trouvé le bonheur. Qui plus est, le progrès a aussi ses dégâts et ses Tchernobyl : stress, pollution, violence, chômage, exclusion...

Et il y a encore tant de lacunes dans les sciences dites rationnelles ! Toute solution à très long terme est devenue fragile. Il y a une telle complexité de fonctionnement que les analyses et les prévisions semblent tout aussi aléatoires que l'utilisation des "sciences" occultes!

Par-dessus le marché, pour des esprits en quête de repères et de certitudes, il n'existe plus aucune théorie unifiée et assurée de l'univers par exemple.

Par ailleurs, les sciences se sont hyperspécialisées et cloisonnées. Le non-spécialiste se sent alors complètement "largué" et n'a plus prise sur le réel. D'où une réaction de désengagement et de désintérêt.

D'un autre côté, lorsque tout le réel est disséqué, montré, il n'y a plus de place pour l'imaginaire. Le monde est désenchanté par un savoir purement rationnel. L'homme s'y ennuit et ressent l'appel à un "au-delà" du rationnel.

Bref, jadis, la science méprisait l'occultisme. Aujourd'hui, ils sont sur le même plan.

En fait, on peut craindre un abandon trop massif de l'intellect. Il est bien compréhensible qu'au sortir d'une ère rationaliste, beaucoup soient portés à négliger toute pensée discursive; ne glisse-t'on pas alors fatalement dans l'approximation, la confusion, voire même l'erreur évidente ? Une absence de rigueur alliée à une gentillesse louable mais ignorante conduit à une soit-disant tolérance qui tient plus de la paresse intellectuelle que du respect d'autrui.

A titre d'exemple, voici un extrait d'une conférence du groupe GEPM (Groupement Européen des Professionnels du Marketing) de Jean Godzich (K7 Action/Printemps- de 1992) : "les vraies réponses ne viennent pas de la tête, mais elles viennent du coeur... On n'a pas besoin de réfléchir à tout cela. Plus vous allez réfléchir, plus vous allez tomber dans les faux problèmes... Ce qui permettra de fonctionner, ce n'est pas la raison... Nos convictions profondes ne sont pas des convictions intellectuelles..."

 

Mais en même temps, nous sommes quand même enfants de notre siècle ! aussi chacun appelle-t-il les sciences au secours de sa vision du monde ou de sa croyance, qui devient alors une certitude prouvée par la science. On a besoin du label "scientifique" pour donner plus de poids à ses théories. On parlera donc de science métaphysique, de science et de conscience, etc... (selon l'astro-physicien Jean Charon, les électrons sont porteurs de propriétés spirituelles).

Ainsi, s'il conteste les lois de la raison et de la rigueur scientifique, notre néo-païen n'en est pas moins un ENFANT DE LA TECHNIQUE. Une technique purement fonctionnelle, détachée de ses soubassements scientifiques et rationnels.

Une technique largement mise à contribution pour améliorer le "rendement" de certaines activités ésotériques. L'ordinateur au service de l'astrologie, c'est, en somme, la modernité technique au secours des fantasmes les plus fous.

 

B) EN FAIT, NOTRE NEO-PAIEN EST EN QUETE D'UNITE.

En Occident, le triomphe des sciences exactes a donné la suprématie à une pensée rationnelle et analytique qui dissèque et décompose à la manière de Descartes. C'est pourquoi dans une société devenue compartimentée, voire éclatée, on va rêver d'harmonie, de globalité : on dira de la culture du Nouvel Age qu'elle est holistique, c'est-à-dire qu'elle prend en compte l'homme et la vie dans leur totalité, "tout" étant relié à "tout". Il faut retrouver l'unité primordiale entre la terre et le ciel, le corps et l'esprit, l'humain et le divin..

Selon une de ses hypothèses, le Nouvel Age accuse notre culture d'avoir fait fonctionner et se développer seulement notre cerveau gauche, considéré comme le lieu de la rationalité, de l'intellectuel, du cérébral, des sciences et des lois. Et d'avoir laissé en jachères le cerveau droit, lieu de la poésie, de l'intuition, de la sensation, de l'art et de la religion.

A Princeton, des savants à la recherche d'une religion scrutent l'Ame de l'univers (c'est la Gnose de Princeton).

On refuse de penser les distinctions, et finalement l'altérité. Il y a continuité, sans seuils, entre la matière, le corps, l'esprit, la nature et le divin. La notion d' "énergie" est souvent invoquée pour tout relier. Volontiers, on emploie des mots qui jouent sur plusieurs registres à la fois : les "ondes" de la physique et les "ondes" spirituelles, le corps physique et le corps "éthérique" ou "cosmique"; et l'on se promène de l'un à l'autre en refusant toute frontière. Ce passage peut aller jusqu'au délire.

 

C) UNE EGLISE QUI N'ATTIRE PLUS

A qui s'adresser pour gérer cette quête religieuse ? Jadis, on se tournait vers l'Eglise, vers les "religions officielles". Mais aujourd'hui, elles sont jugées défaillantes et font figure d'accusées.

Certains de nos contemporains les trouvent trop rationnalisées elles-mêmes, trop bureaucratisées, trop axées sur un magistère moral jugé anachronique ou au contraire trop soucieuse de "social", trop parties prenantes tout compte fait, de l'idéologie et de la pratique de la modernité rationaliste et techniciste. Et ils leur reprochent d'être à l'inverse, trop peu "mystiques", trop peu "intérieures", trop peu capables de fournir une spiritualité. En un mot, on leur reproche une certaine sécularisation et même une compromission avec le rationalisme hérité du siècle des Lumières.

Il y a donc dissociation entre le sentiment religieux et l'adhésion à une religion institutionnelle. Comme il y a rejet d'un ancien monde, il y a rejet des Eglises de cet ancien monde.

On rêve alors à la Religion universelle porteuse de paix et d'harmonie de l'ère du Verseau. Ou à l'opposé, on éprouve la nostalgie du bon vieux temps et on reproche alors de "nous avoir changé la religion".

Comme le dit le Père Vernette, la pastorale de l'Eglise s'était préparée à rencontrer un homme incroyant, sécularisé. Et voilà que surgit un homme "religieux" païen.

 

D) UN NEO-PAIEN ANALPHABETE EN MATIERE RELIGIEUSE

C'est un lieu-commun de parler de l'inculture religieuse actuelle.

En fait, le contexte culturel de l'éducation en France ne favorise guère l'épanouissement de la dimension spirituelle. Un type d'études où prédominent mathématiques et technique a évacué toute formation philosophique sérieuse et atrophié le sens poétique et symbolique.

Cette inculture prédispose à accueillir n'importe quelle proposition religieuse sans avoir les éléments nécessaires pour discerner. Elle livre toute une clientèle en manque, cerveau lié, aux soit-disants maîtres es-toutes qualités dont les élucubrations seront gobées sans sourciller. Qu'on pense aux idioties du messie cosmo-planétaire de Castellane : le malheur, c'est que les adeptes sont "chercheurs au CNRS, enseignants, infirmières, etc..."!

Notre contemporain rejette une culture qu'en réalité il connaît peu ou mal.

 

E) Parmi les caractéristiques de notre contemporain, il faut souligner

1°] SES INDIVIDUALISME / SUBJECTIVISME / RELATIVISME et SOIF D'EXPERIENCE

Dans le film "Le Cercle des Poètes disparus", tout est centré sur l'individu. Le subjectif a remplacé l'objectif. L'expérience intime devient le critère. La personne individuelle est devenue l'unique point de repère.

Le vocabulaire fréquemment utilisé est : réalisation de soi, élargissement de son potentiel humain. On vise avant tout le rétablissement et la bonne marche de sa santé/bien-être, de sa fortune et de ses affaires, de ses amours...

On ne refuse a priori rien de ce qui pourrait développer sa personnalité.

Nous venons peut-être d'une époque où le "dogmatisme" régnait en maître. Nous voici maintenant dans le relativisme. Sa force est la tolérance des différences, mais il paie cet avantage de la détérioration de la vérité. Accueillir la différence devient en effet une règle qui interdit les autres et la sincérité compte plus que la vérité, l'affectif plus que le rationnel.

La morale, quant à elle, devient individualiste et permissive. Tout comportement est "affaire personnelle" nous rapporte l'enquête d'ARM. Chacun est constamment renvoyé à sa propre subjectivité.

Il y a encore peu, un certain consensus régnait pour railler ou condamner toutes sortes de pratiques qualifiées précisément d'irrationnelles. Dans une société qui privilégie "l'expérience", l'authenticité de la démarche (et non la vérité), la sincérité (et non la réalité), l'émotion ressentie (mais non sa vérification ou sa légitimation par des arguments à discuter), tout est bon qui me fait du bien. Les individus peuvent afficher publiquement des intérêts et des pratiques naguère confidentiels ou refoulés. Et même des collectivités comme les entreprises - y compris de très grandes - considérées comme des bastions de rationalité, recourent sans vergogne, pour le recrutement des cadres et leur formation, aux arts divinatoires, au vaudou et autres pratiques.

 

2°] Nous sommes dans une ère d'EMOTION, de SENSATION et de CONFORT

L'expression religieuse se veut elle aussi plus sentimentale, plus émotionnelle, plus populaire et moins cérébrale, moins intellectuelle. On recherche non pas une théologie, mais une expérience, des expériences du divin. D'où le succès tant du courant orientaliste que du courant fondamentaliste des évangéliques par exemple. Notre contemporain est devenu allergique aux dogmes. Il veut fusionner avec le divin, et les gourous ou marchands de spiritualité seront perçus comme des déclencheurs d'expériences.

La tentation est ainsi celle d'un rapport "immédiat" avec le divin ; on aspire à un accès direct à la transcendance, on recherche une efficacité immédiate et un plaisir immédiat.

Pour avoir été réduite souvent à un discours, l'expérience de Dieu risque aujourd'hui de verser dans l'excès opposé : primat du sentiment et mise entre parenthèse du cheminement rationnel au profit du seul vécu considéré comme ultime instance de vérification.

Mais alors attention à ne valoriser que les expériences extraordinaires ! Des sociologues dénoncent, à juste titre, l'identification actuelle du spirituel et de l'extraordinaire. Attention aussi à ne privilégier que les expériences agréables. Il faut "positiver" à tout prix. On cherche le Divin mais sans trop de peine. L'inflation du facile et de l'extraordinaire mène à se désintéresser d'un ordinaire trop banal et trop ennuyeux.

 

3°] NOUS SOMMES A L'HEURE DE LA PLANETISATION

Les médias et les moyens de communication ont fait de notre planète un grand village. L'homme connaît aujourd'hui les richesses de l'ensemble des civilisations de la planète. Les appréciant toutes, il se voudrait l'héritier de toutes.

 

4°] UNE RELIGION EN KIT

Chacun compose lui-même son propre cocktail en choisissant à sa guise parmi les innombrables produits exotiques qui se proposent à lui au supermarché religieux mondial. Le chercheur actuel semble de moins en moins inséré dans une seule tradition. Il y a au contraire prolifération de systèmes individuels bricolés à partir de pièces détachées de diverses origines.

Cela peut être dangereux car toute démarche individuelle non régulée par une communauté ou une autorité légitime risque de sombrer dans la fantaisie et de se terminer en fiasco.

Ce retour du religieux dont on parle beaucoup est en fait une fringale de religions douces, religions-kit, pour s'évader des exigences et des combats d'une incarnation certes bien difficile aujourd'hui.

En plus, comme on croit tout savoir de notre terre (on a quand même pu voir notre planète bleue avec recul !), comment ne pas vouloir s'échapper d'un monde dont on connaît tout ? S'échapper... au-delà ?

 

 

4/ LES COMPOSANTES DE CET IRRATIONNEL

Nous avons donc affaire à une culture nouvelle qui est à évangéliser mais d'abord à connaître et à comprendre dans ses motivations profondes.

De plus, si la mode risque de passer dans les années à venir, les questions, elles, demeureront. On constate en effet une montée en puissance des préoccupations spirituelles, par-delà des réponses parfois superficielles.

 

A) LA CLIENTELE DE L'IRRATIONNEL

L'éventail des clients est large : cela va des personnes qui traversent une période de vulnérabilité, qui cherchent sécurité et refuge, jusqu'aux véritables quêteurs d'intériorité et de sens.

Deux grandes tendances selon le Père Yvon Le Mince, délégué pour le problème des sectes et nouveaux mouvements religieux à Paris: la "nombrilique" et l'altruiste.

La première, égocentrique et romanesque, conduit à l'amusement : on y rêve de voyages astraux, de visions merveilleuses, de guérisons miraculeuses ou de rencontres avec des extra-terrestres; on y consulte mediums et voyants. En somme, on s'y distrait plus qu'on ne s'y construit.

La perspective altruiste, par contre, regroupe ceux qui veulent aider l'humanité à progresser vers une vie plus intériorisée et plus reliée (aux autres, à la nature, au cosmos, à l'au-delà). Ils cherchent le contact avec une conscience supérieure.

Ces clients sont de tous âges, de toutes professions et de tous milieux.

Tous ces besoins sont bien entendu convoités par le marketing du religieux.

Cet irrationnel sera soit chrétien pour ceux qui ont des racines dans nos Eglise, soit païen pour tous ceux que l'Evangile n'a jamais atteints.

 

1°] L'IRRATIONNEL CHRETIEN :

En temps de crise, on assiste toujours à une prolifération des révélations, des apparitions de Marie, des messages du Sacré-Coeur, à une multiplication des visions et guérisons. Les pélérinages (Dozulé, San Damiano, Garabandal et compagnie), vont bon train. On se précipite vers des icônes qui suintent de l'huile parfumée (qu'on se rappelle au passage l'escroquerie du syrien parisien qui dissimulait des capsules sous la peau de sa main ...!).

Et si l'Eglise se montre, pense-t-on trop prudente, c'est parce qu'elle est compromise dans la sécularisation de notre époque, c'est parce qu'elle est devenue tiède, incrédule, scientiste...! Si des membres de l'Eglise se permettent de poser quelques questions ou d'émettre quelques soupçons, on les taxe bien vite d'hérétiques! Nous analyserons un cas précis de manière plus approfondie dans la deuxième partie de ce document.

Mais le retour du religieux n'est pas forcément chrétien.

 

2°] L'IRRATIONNEL PAÏEN :

En effet, la distinction est faite par souci de clarification. Mais sur le terrain, c'est moins évident. Notre contemporain pratique assez aisément ce qu'on appelle la double-appartenance. Cela ne gêne nullement certains catholiques de se dire chrétiens et réincarnationnistes (ils sont quand même 25% !), ou bien de reprocher à l'Eglise catholique d'avoir changé la religion mais en même temps, de consulter astrologues et voyants...

Que cette observation nous conduise à bien distinguer entre foi et croyance, entre foi et religion, même catholique ! Il est en effet des catholicismes qui ne s'éloignent pas beaucoup des religions païennes.

L'irrationnel païen observé actuellement se nourrit de rites initiatiques, d'ésotérisme, d'occultisme, de magie, de sorcellerie, de satanisme, de paranormal, de parapsychologie, de pouvoirs physiques par la pensée pure, de pouvoirs psi, de channelling, etc...

 

B) EN FAIT, DERRIERE TOUTES CES PRATIQUES SE CACHENT LES PEURS ET LES QUESTIONS ACTUELLES DE NOS CONTEMPORAINS QUI SE TROUVENT DEMUNIS DEVANT :

 

* la maladie

Quand les critères de nos sociétés sont : "être beau, puissant, dans le bien-être, etc..." avec tout ce que cela comporte de culte du corps et de plaisir immédiat, on fait le succès des innombrables groupes de thérapies en tout genre, avec leur cortège de médecines parallèles, de guérisseurs, radiesthésistes, magnétiseurs, harmonisateurs d'aura ou d'énergie, d'hypnotiseurs et de produits "Herbalife et cie"...

En effet, l'espoir immense que l'homme a porté sur les progrès de la médecine s'est en fait comme retourné contre celle-ci. Il est vrai que ces dernières années, la science médicale a fait des pas de géant. Cependant, elle ne guérit pas tout et elle n'empêche pas de mourir même si elle fait reculer les limites de l'âge. Qui plus est, en voulant guérir, il lui arrive de détruire : c'est l'accusation massive que porte entre autres le nouvel âge contre la médecine classique: "la lutte contre le cancer, dit-il, est un vietnam médical".

Alors, on se met à courir les guérisseurs. La gourou d'IVI ne dit-elle pas: "... il n'y a pas de maladies inguérissables (pas même le cancer, ou le sida)... Il suffit de prier et le miracle se fait... Les métastases s'envoleront sous vos doigts. Vous n'avez pas à vous soucier comment. Ce que je peux vous dire, c'est qu'elles disparaîtront..." Certains groupes vont même jusqu'à prescrire l'arrêt de tout traitement médical ! Qu'on pense aussi au succès de Maguy Lebrun et de ses groupes de "prière" : or pendant dix ans, elle a été initiée à la médecine par des médecins du ciel, des esprits à compétence médicale, qui l'ont instruite par le canal de son médium de mari... Qu'on s'interroge sur l'engouement suscité par certains "guérisseurs" catholiques... !

 

* la mort

Quand dans une société, la mort devient tabou, soit parce qu'on la cache soit parce qu'elle est montrée à tout instant, l'être humain se trouve démuni lorsqu'elle le menace lui-même ou le frappe à travers des proches.

A travers la croyance en la réincarnation, on cherche à se rassurer : la mort n'est qu'un passage et on reviendra sur cette terre.

Meurtri par la disparition d'un être cher, notre contemporain tout en immédiateté, est tenté par le spiritisme, ou sa version moderne : le channelling. Des parents déclarent communiquer par écriture automatique avec leur enfant décédé; le Père François Brune enregistrerait même les voix ! ainsi que Monique Simonet avec son magnétophone, et en plus, cette dernière capte les visages des défunts sur son téléviseur en circuit interne.

L'homme s'interroge sur le passage : qu'y-a-t-il après la mort ? on touche là tout le domaine des NDE (ou Expériences de Mort Imminente), décrites par le Docteur Moody dans son livre : "la vie après la vie".

 

* la peur de la fin du monde

Le spectre d'une guerre nucléaire mondiale ou d'une destruction écologique planétaire sert d'introduction dans un grand nombre de sectes (cf. l'Apocalypse de Luc Jouret et de son Ordre du Temple solaire). C'est ainsi qu'on voit des gens préparer des bunkers avec stocks de nourriture ou bien tout simplement... précéder l'heure fatidique.

 

* la peur d'un avenir personnel incertain

Quand l'horizon est trop bouché (chômage, impasse économique, etc...), l'homme est tenté de recourir pour exorciser son inquiétude à l'astrologie, à la voyance ou à la numérologie. Il cherche le guide de ses conduites et de ses décisions afin de prendre des garanties et des sécurités sur l'avenir, et de pouvoir ainsi contrôler le cours des choses.

Certaines entreprises font venir un sorcier avant d'ouvrir une surface commerciale pour qu'il fasse un rituel et que ça marche. L'irrationnel a pénétré ce monde jusque dans l'embauche, qui pour un grand nombre d'établissements ne se fait plus sur les diplômes et la compétence professionnelle mais sur le signe zodiacal, le nombre du nom ou le groupe sanguin.

Le maire de Pau consulte son astrologue avant les réunions du conseil municipal et il reconnaît très humblement que cela lui sert à vaincre la peur et l'anxiété.

 

* la peur des autres accusés d'être les auteurs d'événements malheureux.

"Si tout va mal, c'est parce que quelqu'un m'en veut, m'a jeté un sort... Je suis envoûté..." entend-on de plus en plus souvent. La solution est, croit-on, pour ceux qui ne se réfèrent pas à l'Eglise catholique, entre les mains des marabouts, des désenvoûteurs et des sorciers. Quant aux exorcistes de nos diocèses, ils ont de plus en plus de travail. Un jour, un prêtre est appelé dans une ferme où les porcs sont pris de frénésie. "C'est le voisin qui nous a jeté un mauvais sort..." L'exorciste fait alors sept fois le tour de la porcherie, juste le temps de remarquer que les soupiraux étaient fermés. L'air malsain avait mis les cochons en état d'épilepsie. Il provoque un courant d'air, et les bêtes se calmèrent...

On parle abondamment de retour du diable. Lors des dernières décennies, les actions du diable étaient en chute libre. La modernité lui avait bien réglé son compte. Avec Charcot à la Salpêtrière et ses expériences sur l'hystérie, avec Freud, le diabolique devenait trouble du psychisme ou inconscient refoulé. Or si 17% des Français croyaient au diable en 1968, ils sont 34% aujourd'hui.

Le journal La Croix du 1er octobre 1994, sous le titre "La magie noire empoisonne l'Italie" (occultisme, exorcisme...: le retour du diable) rapportait un fait divers, qui malheureusement n'est pas isolé : Polisten, un gros bourg rural de Calabre. C'est là qu'un bébé de deux mois est mort, début septembre, des suites d'une interminable séance d'exorcisme sauvage, orchestrée par un des oncles gourou. Les jeunes parents d'Ilena, tous deux ouvriers agricoles, étaient persuadés depuis plusieurs années que le diable était entré dans leur maison. Comment l'en faire sortir ? En mettant au monde un enfant, leur avait-on dit. Mais la naissance d'Ilena ne changea rien. Au contraire: "Le diable avait pris place dans son petit corps", affirmaient les deux époux, désespérés. C'est alors que l'oncle, qui vivait près de Rome, entre en scène en leur promettant de venir libérer leur petite fille du démon. Huit membres de la famille, dont la maman de 20 ans, ont participé à une succession de rites d'une violence inouïe. Aujourd'hui, tous sont écroués, mais restent persuadés que le véritable assassin de la petite Ilena n'est autre que le diable.

Et non seulement, il sera demandé d'être désenvoûteur, mais la magie noire permettra de renvoyer son sort à l'expéditeur ! Des catalogues pour vente de poupées en cire à cribler d'épingles, circulent même à Dijon; la rationalité occidentale ne rit plus des moeurs africaines!

 

* la peur de forces hostiles

Certains ont l'impression d'être environnés de forces hostiles. Ils essaient alors de les apprivoiser, de ne pas les mettre en colère. Des objets en revanche porteraient bonheur. Certaines prières...

La superstition est un réflexe de peur. Cela explique en particulier la prolifération étonnante des "chaînes de prière" ou "chaînes magiques", qui sont un chantage au malheur. On comprend l'effet désastreux de ce genre d'écrits, trouvés dans la boîte aux lettres, sur une famille déjà accablée par les coups du sort. L'impact des chaînes fondées sur la peur relève de la magie. On craint et on attend une action immédiate et mécanique des choses, comme un retour de manivelle. On voudrait alors exorciser cette angoisse. Certains pensent le faire en entrant dans la chaîne comme on entre dans un groupe protégé qui a noué des relations privilégiées avec le ciel. Certains essaient aussi de s'en libérer en confiant la chaîne à un prêtre, censé avoir le pouvoir d'en exorciser le mal, le mauvais oeil.

 

* la peur de la responsabilité

L'homme est le jouet de culpabilisations anarchiques. Ayant peur, même inconsciemment, de l'irréversible, là encore il se tourne du côté de la réincarnation : il cherche l'explication de son mal-être dans des vies antérieures. Et de toute façon, il espère une nouvelle chance dans une autre vie. Ou, pour échapper à l'exigence de sa liberté et de sa responsabilité morale, là encore il diabolise : c'est Satan ! Il est tellement plus facile de se croire victime que responsable.

 

* la peur de la nature ou encore l'écoute poétique de la nature

Les apprentis-sorciers de la Planète entrent alors dans des groupes pseudo-écologiques, genre Ecoovie qui prêche un retour aux moeurs indiennes, ou bien on recherche la fusion avec Gaïa la déesse-mère, la déesse-nature, comme aux jardins de Findhorn, où il est coutumier de parler avec les elfes et les dévas.

 

* peur et curiosité sur l'au-delà

Plus de mystère sur la terre, elle est toute entière contenue dans notre regard, plus d'inconnu ! Alors, il faut chercher l'étrange ailleurs... La terre est désenchantée, rêvons maintenant à Mars, à ces êtres venus d'ailleurs.

Il serait peut être intéressant d'analyser le genre de relations que nous essayons d'entretenir avec ces extraterrestres. Ils ne sont pas perçus en général comme menaçants, mais plutôt comme des grands frères, qui nous aiment, qui nous veulent du bien, qui nous protègent. Comme si l'homme ayant fait le tour de toutes ses réserves d'amour terrestre et assoiffé de tendresse, rêvait à des êtres aimants et admirables. Comme des anges... Nous ne sommes pas seuls dans l'univers et des volontés invisibles guident notre évolution.

Mais on peut nous-même, nous assure-t-on, aller dans l'au-delà : par les voyages astraux ou les pratiques de décorporation.

 

* la peur du vide

L'homme a besoin de repères, de sens, de raisons ( même si elles ne sont pas raisonnables), besoin d'explications, de connaissances salvatrices (c'est l'ésotérisme). Ce besoin de sécurité est naturellement accru en période de crise et est à l'origine de bien des rigidités doctrinales ou d'élucubrations.

 

* le besoin de pouvoirs

sur soi, sur les autres, sur le monde, sur Dieu. C'est une manière de se rassurer aussi. D'où la recrudescence de la magie.

 

* la fuite

Un homme qui a peur est tenté de régresser : c'est la fuite dans le passé (avec les mythes paradisiaques, les continents perdus comme l'Atlantide, le retour aux racines celtiques (les druides).

Il peut au contraire fuir en avant. Dans sa soif de paix, d'harmonie, de tolérance et d'universalisme, il investit en cette approche de l'an 2000 et croit que le passage à l'Ere astrologique du Verseau va amener le Nouvel Age, la Supra-religion mondiale (certains se déclarent déjà le dernier Messie : aujourd'hui il y en aurait 14 !), bref l'Age d'Or...

  

En conclusion,

la résurgence d'une religiosité archaïque même si elle a un vernis technique, pose un défi au monde scientifique et à l'Eglise.

"Il nous faut réapprendre à dire en direct la Bonne Nouvelle au milieu du vacarme des mille bateleurs vantant chacun leur marchandise religieuse au grand cirque de la nouvelle religiosité" (Les Evêques de France).

En effet, "le christianisme est la conversion à Jésus Christ d'une dimension religieuse constitutive de l'homme, mais qui est païenne à l'origine" dit le Père Jean Vernette.

Sans jamais oublier que "l'homme est rapidement religieux, mais lent à croire." (Claude Geffré).

 

 

 

Il convient maintenant de creuser les attentes et les ambiguïtés de ce retour du religieux.

Dans une première partie, me servant des travaux du Père Tony Anatrella, psychanalyste professionnel spécialisé en psychiatrie sociale, je voudrais d'une part attirer notre attention sur l'harmonie de toutes les composantes notre être, harmonie à laquelle nous devons tendre dans notre relation à Dieu. Le spirituel passe aussi par le psychologique. Une spiritualité saine dans une psychologie saine si possible ! Et avec le Père Anatrella, nous analyserons justement les traits psychologiques sous-jacents à certains comportements religieux actuels.

Dans une deuxième partie, nous envisagerons les jalons d'une relation authentique et adulte avec le Dieu de Jésus-Christ.

 

PREMIERE PARTIE :

LA TENTATION DE LA REGRESSION FUSIONNELLE

"L'Ere du Verseau est et sera de plus en plus un temps matriarcal" nous disent les adeptes du Nouvel Age.

De son côté, le Père Tony Anatrella (psychanalyste professionnel spécialisé en psychiatrie sociale) nous montre combien depuis quelque temps, le balancier est passé d'une civilisation patriarcale à l'extrême opposé, à savoir dans ce qu'il appelle "les religions de la mère". Il analyse l'époque où nous vivons comme une période de notre histoire tentée sous bien des aspects par la régression fusionnelle.

En effet, les nouvelles formes de religiosité qui se développent depuis quelques années mettent l'accent sur la sensibilité et les émotions ressenties dans la relation avec le divin. Le contenu intellectuel des doctrines religieuses qui se créent sur ce modèle utilise plus des idées à résonance affective qu'un discours logique et rationnellement cohérent.

Cette attitude sentimentale réactualise des conduites magiques, piétistes, guérisseuses, et des croyances dont on retrouve les principaux thèmes dans les religions païennes de l'antiquité, là où le christianisme avait réussi à offrir une autre représentation.

 

Le manque de symbolique paternelle

Les religions de la mère se développent en s'appuyant sur le premier mode de relation de l'enfant. Celui-ci vit sa mère à travers un sentiment de toute-puissance : " Maman peut tout faire ! et peut tout faire "pour moi !" Associé à elle de manière fusionnelle, il s'identifie à ce pouvoir et le renforce quand le père est absent. Sans la présence de ce dernier, qui symbolise le monde extérieur et la relation sociale, l'enfant risque de demeurer dans un imaginaire maternel avec l'illusion de disposer de tout comme il l'entend.

Par ailleurs, la relation sensorielle est la première communication que l'enfant établit avec sa mère. Les émotions précèdent la parole du fait de l'immaturité du cerveau. La parole comme outil culturel, mais aussi comme attitude relationnelle, ne se développe qu'en présence du père, ce tiers qui vient briser la relation primaire faite de fusion sans différenciation. Le père stimule l'enfant à se dire à travers des mots et à sortir de l'indifférenciation des personnes qui risqueraient de rester confondues dans les émotions de la toute-puissance.

Bien entendu, entre le huitième et le dixième mois, le père est d'abord vécu comme un obstacle, il est celui qui est "en plus" et qui gêne, celui qui prive de la possession absolue de la mère, celui qu'il faudrait éliminer pour disposer paisiblement de la mère.

Mais peu à peu l'enfant introduit en lui la voix de son père comme la présence de l'autre en lui-même. Le père va véritablement symboliser l'altérité, l'autre, les autres, ce que la mère ne peut faire, puisque l'enfant se vit comme une extension de son corps. Le père est en quelque sorte le médiateur entre l'enfant, la mère et la vie sociale. Il stimule l'enfant à sortir de lui-même; il ouvre son horizon sur le monde et les autres, objectifs et différents de lui.

 

Or, remarque Tony Anatrella, dans notre société, la symbolique paternelle fait bien souvent défaut. Sans doute par réaction. Autrefois en effet, l'accent était mis fortement sur les valeurs patriarcales, à savoir sur la loi, sur la rigueur et la discipline, sur les devoirs et les réglements du groupe social. En oubliant parfois l'aspect : personnalité de chacun, liberté, rythme personnel et cheminement, sensibilité et tendresse. Le raidissement ainsi obtenu appelait un assouplissement. Mais l'équilibre passe toujours, on le sait, par les extrêmes.

Nous sommes donc aujourd'hui dans un matriarcat éducatif : il n'y a, pour ainsi dire, que peu d'images masculines et paternelles dans le champ social pour s'occuper de l'éducation des enfants. Si des hommes y sont présents, la plupart d'entre eux ont tendance à inscrire leur action dans le sens d'une symbolique maternelle. Comme si on pouvait se passer du père et de la symbolique qu'il représente, oubliant que c'est la distance et non la proximité qui favorise la relation. C'est le besoin d'être aimé et reconnu qui est ainsi privilégié, plutôt que celui d'exercer son rôle social au sein duquel on porte la responsabilité de la symbolique paternelle.

Dans la cellule familliale, la mère laissée seule avec son enfant par exemple n'a pas le pouvoir, ni la ressource symbolique, d'opérer une salutaire séparation. Il ne s'agit pas d'une mauvaise volonté de sa part, mais d'une impossibilité structurelle.

Dans la société, les adultes bien souvent ne savent plus dire la loi, c'est-à-dire les repères. Les individus sont perpétuellement renvoyés à eux-mêmes dans ce système: "Fais ce que tu veux, fais comme tu le sens, c'est à toi de décider", voire "c'est ton problème." Les adultes refusant d'être pris comme modèles, au sens de la relation d'étayage et d'appui, les enfants ou les adolescents se vivent comme ayant leur fin en eux-mêmes - attitude renforcée lorsque les adultes se retournent vers eux pour les retenir comme des confidents, des conseillers, ou s'identifient à leur type de pensée et à leur vie affective.

On comprend que, dans ce climat, les enfants et les adolescents ne sont pas aidés pour se constituer en tant que sujets vivant avec d'autres sujets.

Ils restent alors principalement branchés sur la symbolique maternelle. Leur subjectivité risque d'être très émotive, pauvre, et le processus d'intériorisation de tourner à vide, faute d'image de père que le champ social se refuse à rendre présente. L'individu, ainsi privé de repères structurants, se rabat alors sur lui-même et s'invente des personnages qui vont servir d'objets identificatoires, très narcissiques et sans altérité. Il se réfugie dans le plaisir immédiat, dans l'émotionnel et la recherche d'un bien-être individualiste. Et c'est ainsi qu'on va "faire ses provisions spirituelles" au supermarché des religions, pour se fabriquer son petit cocktail de spiritualité tranquillisante.

 

Le retour d'un religieux fusionnel

Les religions païennes s'appuient sur ce mécanisme fusionnel, afin de ne pas rompre cette unité primaire illusoire qui se retrouve dans les aspirations océaniques (je vous renvoie au Grand Bleu et à Jonathan le Goéland). Elles expriment la volonté d'abolir toutes les barrières.

La religion du Dieu-Père (selon le modèle biblique) est très différente, car elle dépend d'une parole qui introduit dans une relation d'altérité; il s'agit de construire une alliance, une relative unité, dans une communion toujours à venir, et non pas de vouloir prolonger une unité initiale. La religion du Père inscrit l'individu dans une communauté et une histoire relationnelle à édifier, alors que les religions de la mère tentent de soigner une rupture fusionnelle qui n'aurait jamais dû se produire.

Ce religieux-là consiste surtout à se chercher et à être suffisant avec soi-même, plutôt que de rencontrer un autre. Dieu se confond avec un sentiment de bien-être. Il n'est plus alors qu'une représentation commode pour parler de sa subjectivité et de sa quiétude. Nous sommes loin de la spiritualité chrétienne, qui implique la découverte et le développement d'une relation avec le Dieu trinitaire, ouvrant au sens de l'autre et de l'échange. Ce religieux sauvage, qui en appelle plus à des techniques qu'à une culture spirituelle, est l'expression du narcissisme dominant qui privilégie les émotions, la dépendance par rapport aux leaders charismatiques, l'immédiateté de la présence divine répondant à l'injonction d'une prière, l'indifférenciation des individus, la croyance sans trop de raison et l'imaginaire au détriment de la parole. Et ces sentiments, ces impressions, ces émotions sont trop prises pour l'expérience religieuse.

Or recevoir une parole ou parler avec Dieu, c'est entrer dans une histoire relationnelle où chacun reconnaît sa place, et non pas d'abord éprouver des sensations pour s'assurer de sa présence.

Dans les religions de la mère, le divin et la parole se manipulent selon les décrets imaginés par les individus. Dans le christianisme, Dieu se donne dans une parole, que l'on ne peut pas utiliser au gré de ses besoins, et se rencontre personnellement au sein de la communauté ecclésiale. Notre intériorité se construit en dialogue avec Lui, et non pas en faisant le vide en soi comme pour rester en symbiose avec l'état premier de la relation maternelle. Cette découverte de quelqu'un d'autre favorise alors l'autonomie, la liberté et la dignité des individus.

 

 

DEUXIEME PARTIE :

 

quelques repères sur la route qui conduit à...

L'EXPERIENCE SPIRITUELLE ADULTE

L'expérience chrétienne est un paradoxe. D'une part, le chrétien croit à un Dieu incarné, qui a pris notre condition humaine, s'est donné notre visage, a voulu se faire voir, entendre et toucher (I Jean 1,1). D'autre part, il vit dans la foi; il espère la vie éternelle qui est la vision de Dieu face à face, mais il sait qu'on ne peut voir Dieu ici-bas, et la foi est, en lui, le commencement de la vie éternelle, déjà là - moins la vision.

Il peut être dur, dans ces conditions, de rester fidèle au paradoxe, au signe de Jonas, et de ne point céder à la tentation, à la fascination d'une certaine expérience.

Toutes les fois que l'homme cède, surgissent dans la vie chrétienne ces crises qui, par une valorisation redoutable du sentir, finissent par dresser l'expérience contre la foi, "l'expérience contre la raison", le coeur contre l'intelligence.

Ainsi, nous nous apercevons que dans ce retour du religieux, et précisément de ce courant irrationnel, Dieu même devient secondaire. Il est réduit au rôle de nous permettre de vivre; Dieu alors, on ne le sert pas, on s'en sert... Cette vue délibérément utilitariste - qui est la négation même d'un Dieu proprement religieux - aboutit à l'anthropocentrisme le plus caractérisé...

 

I/ LA TENTATION DE "DIEU POUR SOI"

 

A) DIEU EST LE TOUT-AUTRE

 

1 ¤ DIEU EST L'AU-DELA DE TOUT

Le contact avec lui est nécessairement, d'abord, un contact avec l'abîme. O Toi l'au-delà de tout... prions-nous dans l'office : "tu es indicible... tu es inconnaissable..." (Grégoire de Nazianze).

* Dieu est le Père qui est aux cieux : la transcendance, l'inaccessibilité infinie de Dieu sont indiqués par ces petits mots.

* Moïse, pour ne citer que lui, nous rappelle qu'on ne voit Dieu que de dos. "Voici une place près de moi... Quand passera ma gloire, je te mettrai dans la fente du rocher, et je te couvrirai de ma main jusqu'à ce que je sois passé. Puis j'écarterai ma main et tu verras mon dos; mais ma face, on ne peut la voir" (Exode 33, 21...)

* Entre Dieu et nous, il y a bien proximité, mais aussi distance : "Dieu était là et je ne le savais pas" s'écrie Jacob, lui aussi saisi du saint effroi.

On ne met pas la main sur Dieu. Dieu passe... il est toujours au-delà.

* Et Il est un mystère dans lequel on n'a jamais fini d'avancer, toujours au large :

"Dieu n'est jamais découvert, et plus on entre dans son mystère, plus on le connaît comme inconnu; plus on s'approche de lui, et plus on le saisit comme un absent, comme une présence qui se dérobe, comme un au-delà qui soutient tout l'élan de l'expérience, sans jamais s'identifier avec elle. Ainsi, la présence de Dieu est une espérance, et non une réalité pleinement donnée; et l'expérience religieuse est une perpétuelle recherche de la présence au sein de la communion." Je vous renvoie au Cantique des cantiques.

* On comprend alors toute la tradition apophatique : on essaie de parler de Dieu par ce qu'il n'est pas...

* Or, nous sommes toujours tentés par une conception possessive et matérialiste des choses. Le Ressuscité est obligé de dire à Marie-Madeleine : "ne me retiens pas".

* Toute audace de pensée et de parole sur Dieu risque l'anthropomorphisme.

Dieu est le tout-autre...

 

2 ¤ ET L'HOMME EST AUTRE QUE DIEU

* L'homme est créature : notre condition humaine est la finitude. Cette finitude n'est pas en soi une tare, qui serait à vivre négativement. Elle est un état, elle est une différence. Elle marque notre altérité vis-à-vis de Dieu qui lui est infini. Elle est une finitude ouverte au don de Dieu. "Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas" (Genèse 2, 16-17). Je te donne tout, mais c'est moi, Dieu, la Source !

* Notre finitude s'exprime notamment par notre position dans l'espace et dans le temps. Nous sommes foncièrement des êtres limités dans le temps et dans l'espace, même si les limites ont été repoussées par le progrès.

* Il nous est impossible par nous-mêmes de franchir cette barrière de l'au-delà. Nous avons certes jeté l'ancre derrière le voile, mais nous ne l'avons pas franchi.

* Nous marchons dans la foi, non dans la vision; cela exclue toute vue et toute saisie directe de Dieu. Nous ne pouvons pas, en raison même de notre état, être en prise directe avec Dieu.

* Ainsi, vouloir voir, toucher, entendre avec nos sens Dieu et le monde invisible, est un refus de ce qu'est Dieu, une incapacité à accepter l'altérité et le mystère de l'autre.

* Mais cela ne signifie nullement que nous ne puissions pas entrer en contact avec Dieu. Et c'est précisément parce que Dieu et nous, sommes autres, en quelque sorte en vis-à-vis, que Dieu peut établir avec nous une Alliance. Notre créateur qui est aux cieux est notre Père, le Dieu qui nous a faits pour nous partager sa propre vie, nous donner de participer, nous dit la deuxième épître de St Pierre (1,4) de la divine nature.

* Mais cette promesse se réalise dans l'histoire, au fil du temps individuel et collectif. Nous sommes en marche vers la terre promise. Ainsi, le chrétien connaît Dieu, mais il ne le voit pas, et cela, parce qu'il n'est pas pleinement transformé à son image. Sa connaissance n'est pas achevée, parce que son être ne l'est pas. Saint Jean dans sa première lettre, nous dit bien que nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons, sera manifesté seulement lorsque nous le verrons tel qu'il est, face à face.

* Mais on ne peut voir Dieu sans mourir, c'est-à-dire sans "passer", sans faire la pâque de notre condition humaine limitée à Dieu.

* Et ce, dans une relation faite de confiance filiale, de dialogue, dans l'acceptation de notre manque ouvert au Don de Dieu.

 

Or le mouvement de l'irrationnel se situe à l'exact opposé de cette attitude. Par sa recherche de la fusion entre l'homme et la divinité, c'est leur altérité qu'il refuse. Le divin et l'humain sont alors confondus, de même nature. Et dans cette confusion, sans vis-à-vis, il n'y naturellement pas de place pour une Alliance avec ses règles du jeu et ses étapes. Dans l'idéologie du Nouvel Age par exemple, il n'y a ni temps ni espace, mais tout est un, l'énergie; tout est dans tout, tout est divin; l'homme est dieu... Et on ne parle pas bien entendu de dialogue personnel entre Dieu et l'homme; mais on parlera de transpersonnel.

 

3 ¤ PARCE QUE DIEU EST LE TOUT-AUTRE, IL SE SERT DE MEDIATIONS

L'expérience religieuse est une expérience médiatisée. La présence et la saisie de Dieu qu'elle comporte sont une présence et une saisie à travers la médiation d'un signe ou d'un ensemble de signes. Dieu se sert de médiation :

  

a) DIEU NOUS PARLE PAR JESUS-CHRIST

Dieu nous fait un chemin d'homme pour aller à lui. Jésus le Christ, qui est "la Voie"; "par lui, nous avons accès, les uns et les autres, auprès du Père" (Eph 2, 18). Le mystère de Dieu est, nous le savons, absolument inaccessible. L'homme ne peut jamais être devant Dieu comme quelqu'un qui a franchi l'abîme par ses propres forces. Dieu ne se révèle pas directement à l'homme; il ne se livre pas directement à ses prises; il ne se communique pas directement à l'esprit fini, par un acte jailli de sa pure intériorité pour y plonger, directement, un homme jusque-là étranger. Dieu ne se révèle et ne se donne que dans le Christ. L'abîme n'est franchissable, et franchi, que dans le Christ; et c'est par la médiation de l'Homme-Dieu que nous atteignons Dieu. On n'atteint Dieu qu'en s'unissant à cet Homme qui est Dieu. Il est la Parole de Dieu.

"En nous donnant son Fils ainsi qu'il l'a fait, lui qui est sa Parole dernière et définitive, Dieu nous a tout dit ensemble et en une fois, et il n'a plus rien à dire : Je vous ai dit tout ce que j'avais à dire, par la Parole qui est mon Fils. ~ Fixez les yeux sur lui seul, car en lui j'ai tout établi, en lui j'ai tout dit, tout révélé, et vous trouverez là bien plus que tout ce que vous désirez et demandez." (La montée du Carmel, par saint Jean de la Croix)

Et les chrétiens connaissent le Christ par la médiation des apôtres - autrement dit, par la médiation de l'Eglise.

  

b) DIEU NOUS PARLE PAR JESUS-CHRIST EN EGLISE

L'expérience de Dieu n'existe avec sécurité que dans la communion à l'Eglise, premier habitacle de l'Esprit.

¤ L'expérience chrétienne est une expérience fondée sur la Parole reçue en Eglise

Celle-ci est dépositaire par la volonté même de son fondateur de la garantie de l'authenticité de la foi : "... Eglise que notre Sauveur, après sa résurrection, remit à Pierre pour qu'il en soit le pasteur (Jn 21, 17), qu'il lui confia, à lui et autres apôtres, pour la répandre et la diriger (cf Matth 28, 18 et sq), et dont il a fait pour toujours la "colonne et le fondement de la vérité (1 Tim 3, 15)" (LUMEN GENTIUM n°8). Au paragraphe 12, il est même question des dons extraordinaires qui "ne doivent pas être témérairement recherchés; ce n'est pas de ce côté qu'il faut espérer présomptueusement le fruit des oeuvres apostoliques; c'est à ceux qui ont la charge de l'Eglise de porter un jugement sur l'authenticité de ces dons et sur leur usage bien entendu."

"Les évêques sont les hérauts de la foi... docteurs authentiques, c'est-à-dire revêtus de l'autorité du Christ... attentifs à écarter toutes les erreurs qui menacent leur troupeau... Les fidèles doivent s'attacher à la pensée que leur évêque exprime, au nom du Christ... et ils doivent lui donner l'assentiment religieux de leur esprit" (LUMEN GENTIUM n°25)

"Comment Dieu nous parle", tel est le titre de l'éditorial de Mgr Michel COLONI, Evêque de Dijon, paru dans la revue diocésaine "Eglise en Côte d'Or" n°463 : "Dieu nous appelle, nous interpelle... Il est tout à fait vrai que Dieu s'adresse à chacun d'entre nous, et il est normal que nous ayons faim et soif de sa Parole... Mais cette Parole ne nous est communiquée en plénitude, en toute authenticité qu'en Jésus le Christ, le Fils du Père fait homme. Nous ne pouvons l'entendre en toute vérité que si nous sommes éclairés intérieurement par son Esprit, en Eglise. C'est dire que le témoignage de ses Apôtres, transmettant, interprétant le Livre par excellence, ancien et nouveau Testament, pierre de touche de leur enseignement, est requis pour authentifier l'interpellation de Dieu. Aucun message particulier ne peut lui être préféré et c'est cette Parole transmise par l'Eglise qui permet de l'évaluer, jamais l'inverse... Notre sentiment n'est jamais la référence ultime; celle-ci est ce qui nous est transmis par l'Ecriture, en Eglise..."

"... aucune nouvelle révélation publique n'est à attendre avant la manifestation glorieuse de Notre Seigneur Jésus Christ" (Constitution conciliaire DEI VERBUM n°4)

Et les révélations privées, si elles ont lieu, n'ajoutent rien; elles ne peuvent que renvoyer à l'unique Révélation publique. Leur contenu doit être conforme à celui de la Révélation

C'est la raison pour laquelle les Evêques suisses ont jugé bon de rappeler en septembre 1973 : "Nous vous mettons spécialement en garde contre une avidité de mauvais alois face aux apparitions. A notre époque d'insécurité et de recherche, trop de chrétiens confondent leurs propres désirs avec la Parole de Dieu. C'est pourquoi nous vous demandons d'être très obéissants aux directives de l'Eglise en ce domaine, où le vrai se mêle au faux, la superstition à la foi, Satan à l'Immaculée. Souvenons-nous qu'aucune apparition n'est nécessaire, que les plus authentiques sont tout à fait secondaires, et que les plus beaux messages reçus en vision n'atteindront jamais la profondeur et la beauté de l'Evangile vécu dans la foi."

Bien plus, il faut savoir que jamais l'Église n'impose une apparition comme article de foi.

 

¤ L'expérience chrétienne est une expérience vécue en Eglise

L'Eglise est le lieu propre du contact direct avec le Christ. "Toute expérience chrétienne est une expérience en Eglise, et la relation ecclésiale est une dimension nécessaire et constituante de cette expérience. L'Eglise préexiste au chrétien. L'être-chrétien est un être-dans-l'Eglise." Celle-ci lui offre une expérience première, normative et nourrissante.

L'expérience personnelle reste authentique par son lien à la proposition de l'Eglise.

Ce qui évite d'appeler Dieu tout ce qui nous plaît.

 

c) UNE EXPERIENCE A DISCERNER

Les personnes ayant des révélations ou visions sont la plupart du temps sincères et convaincues : «Ayant vu ce que j'ai vu et entendu ce que j'ai entendu, je ne peux pas ne pas parler». Elles se sentent investies d'une mission. Mais le sentiment de certitude n'authentifie pas par lui-même un message, de même que la sincérité n'est pas équivalemment la vérité. Il faut alors pratiquer le discernement des esprits.

Ce ne sont ni le nombre ni la ferveur des personnes adhérant à des révélations qui en font les critères de vérité, mais le seul jugement du pape et des évêques.

La Parole de Dieu nous avertit en effet que le merveilleux ne vient pas nécessairement de Dieu. Et l'Eglise ne se lasse pas de recommander aux fidèles prudence et précaution, afin qu'ils ne soient pas victimes de mystifications, d'illusions personnelles ou collectives, de stratagèmes humains ou même diaboliques. "Satan lui-même se déguise bien en ange de lumière", nous dit saint Paul, dans sa deuxième épître aux Corinthiens (chapitre 11, verset 14). L'ennemi du genre humain a toujour singé le surnaturel : c'est un premier danger.

Dans l'Evangile selon Saint Matthieu, au chapitre 24, verset 24, Jésus nous avertit : "Si quelqu'un vous dit : 'Voici : le Christ est ici !' ou bien : 'Il est là !', n'en croyez rien. Il surgira en effet, des faux Christ et des faux prophètes, qui produiront DE GRANDS SIGNES ET DES PRODIGES, au point d'abuser, s'il était possible, même les élus."

Nul non plus n'est à l'abri de fraudes : nous savons que sainte Thérèse de Lisieux, comme beaucoup de ses contemporains, a été victime de ce virtuose de la mystification religieuse qu'était le Marseillais «Léo Taxil».

Et puis, nous sommes des êtres blessés. Le merveilleux est souvent chargé de nos ambiguïtés. Nous pouvons être piégés par l'imagination, le psychisme, etc.

 

DEVOIR DE DISCERNER

Ce discernement, l'Eglise l'accomplit par ceux qui, dotés du pouvoir de grâce en vertu de la succession apostolique, constituent le magistère. Et ainsi, la reconnaissance des apparitions et l'approbation des pèlerinages sont des actes du magistère ecclésial où se trouve engagée son autorité.

L'Eglise, société surnaturelle, admet nécessairement la possibilité et l'existence des faits surnaturels, mais elle en exige des preuves certaines, exemptes de doute.

Avec toujours le souci d'éliminer les causes rationnelles avant de conclure au prodige.

 

QUELQUES CRITERES devant des manifestations dites surnaturelles

* au plan humain déjà :

- l'équilibre du sujet,

- son bon sens : que les voyants soient sains d'esprit et que les visions se déroulent sans bizarreries,

- la fidélité au devoir d'état

- l'effacement du «contacté» devant le message,

- la composition du groupe,

- son fonctionnement financier, etc...

* au niveau de la vie chrétienne :

- quelle place est faite à l'Ecriture ? Celle-ci est-elle méditée chaque jour et de bout en bout pour y trouver la lumière de la vie ?

- dans l'existence quotidienne, quelles sont les autres manifestations de la foi ? Y reconnaît-on les signes de la présence de l'amour de Dieu ?

- comment l'amour pour le prochain est-il traduit, avec la volonté de travailler à plus de justice, à un meilleur partage dans le monde ?

- quelle est la participation active à la paroisse, au diocèse ?

- quelle place est accordée à la formation ?

- quel est l'intérêt pour la vie de l'Église universelle ?

- comment traduit-on la communion avec l'évêque ?

- la conduite des "contactés" vise-t-elle la perfection évangélique ?

 

* en ce qui concerne le message lui-même :

- quels sont les fruits de cette révélation (et non les fleurs seulement !) ? Le message est-il cohérent avec la Tradition chrétienne ?

- qu'apporte-t-il de neuf au monde et à l'Église ? De quel aspect de la Révélation chrétienne est-il davantage "signe" ? - ce charisme est-il ordonné au bien commun ?

- quel contrôle la communauté est-elle à même d'exercer ? L'Eglise a-t-elle donné son approbation par l'évêque du lieu ? l'opinion d'un théologien, si réputé soit-il, ne peut en aucune façon être prise comme argent comptant. Pas plus que celle d'un évêque ou d'un cardinal, qui n'est pas l'évêque du lieu.

- les apparitions amènent-elles les fidèles à une adhésion plus sincère et plus totale à l'Eglise ? ou les poussent-elles à s'y opposer ? Ceux qui font campagne contre la non-reconnaissance d'une apparition de la part de l'évêque du lieu, agissent pour eux-mêmes et non avec l'Eglise. Que par exemple, un voyant ou une voyante affirme que la communion dans la main est un sacrilège doit nous rendre très prudents - pour ne pas dire réticents - sur l'origine d'une telle révélation. Cette affirmation en effet, condamne plusieurs siècles de pratique de l'Eglise ainsi qu'un document romain d'application actuelle sur ce sujet. Il faut ou beaucoup d'audace, ou une grande naïveté (avec méconnaissance de l'histoire de l'Eglise) pour s'ériger ainsi en juge d'une pratique de l'Eglise!

- les messages de la Vierge sont discrets et respectueux de l'Eglise et du peuple de Dieu: "Allez dire...", à l'Eglise d'abord, ensuite aux médias et à la publicité...

- s'il y a prophétie, il faut que celle-ci se réalise.

- quand le contenu du message ne parle que de catastrophes imminentes plutôt que d'insister sur la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ Sauveur, on est alors proche de la mentalité des Témoins de Jéhovah et de la religion de la peur.

- Il y a toujours danger quand les pèlerins sont avides de «secrets» et de toutes sortes de signes merveilleux qui feraient comme toucher de façon évidente l'intervention de Dieu.

- Qu'on n'oublie pas enfin que les foules ferventes et les guérisons se rencontrent aussi en dehors du christianisme.

 

 

d) UNE EXPERIENCE INTEGRALE

Toute la personne est impliquée dans l'acte religieux. Tous les aspects majeurs de la personne s'y trouvent engagés et hiérarchiquement intégrés. A cette saisie de la relation avec Dieu, il y a une composante intellectuelle, une composante volontaire et une composante affective, une composante active et une composante communautaire. C'est l'expérience structurée et structurante par excellence. Il y a en effet unification de l'être et de la vie sous l'emprise de Dieu.

Avec une hiérarchie : la sensibilité est faite pour obéir à la raison. Les passions doivent être réglées par la raison; elles deviennent moralement bonnes, lorsqu'elles sont soumises à la raison, acceptées ou commandées par elle.

Au plan de l'émotionnel, "le chrétien, nous dit le Père Jean Mouroux dans son ouvrage "L'expérience chrétienne", n'a pas à attendre le mouvement senti de la grâce: il sait, par la foi, que Dieu l'aide; il s'appuie, par l'espérance, sur ce secours; et, par la charité, il agit en choisissant librement l'obéissance à Dieu et le service de Dieu.

Par ailleurs, s'il est vrai que Dieu, quand il le veut, fait sentir à l'âme son action, l'absence de ce sentir est aussi normale que sa présence.

Le sentir est de toute façon, une réalité moyennante, à ne jamais attendre, à dépasser toujours, à sacrifier aussi durablement que Dieu le veut. Cette grâce est prêtée et non donnée.

La tradition spirituelle du catholicisme est sévère pour le sentir sensible dans la vie chrétienne, et elle le tient pour dangereux.

D'une part, notre affectivité psycho-organique n'est pas purifiée. D'autre part, cette affectivité est le lieu de redoutables illusions.

Les émotions religieuses risquent de provenir simplement d'un imaginaire et d'une instinctivité impurifiées. Elles trompent l'homme, parce qu'elles lui donnent l'illusion d'éprouver ou de goûter l'action de Dieu, alors qu'il est enlisé en soi. Elles rendent vulnérables aux prises du Malin.

De toute façon, le sentir sensible est inférieur. Ce n'est pas à ce plan que se réalise l'union à Dieu ni le service de Dieu. La valeur première en christianisme est toujours le libre hommage de l'intelligence et de la volonté à Dieu, et le libre service de l'homme tout entier à son Seigneur. Le sensible n'est pas à cette hauteur. Absent, il n'empêche pas l'ascension de l'âme; présent, il ne l'assure pas; recherché et savouré pour lui-même, il l'arrête. Il doit toujours être dépassé.

Foi éclairée, volonté droite, accroissement de force et de générosité dans l'agir, voilà les signes de la consolation authentique. Comme toujours, la structure juge l'élément."

Le savoir mène au non-savoir, le sentir au non-sentir, l'expérience au dépassement de l'expérience, l'affectivité consentie à l'union mystérieuse au-delà de toute affectivité, parce que l'homme s'achève dans le Dieu présent, mais inconnu.

 

B) DIEU N'EST PAS UNE ASSURANCE-CIEL

 

3 repères :

 

1 * Dieu encourage et réconforte, il ne sécurise pas

On a toujours vu dans l'histoire des hommes une coïncidence entre périodes troublées et recrudescence des phénomènes religieux comme apparitions, révélations privées, sectes, etc... Angoisse et "certitudes ébranlées" provoquent une recherche de Sécurité.

Aussi ne devons-nous pas nous étonner que dans une telle situation, qui est génératrice d'angoisse, des chrétiens cherchent une parole venue directement du ciel, une parole transmise par un voyant ou une voyante. Parole qui leur paraît incontestable : le voyant, en effet, prétend n'être que le témoin du message qu'il reçoit du ciel. Parole qui rassure les fidèles auditeurs : n'est-ce pas la réponse du ciel à leurs inquiétudes ?

Et comme les consignes viennent du ciel, on est sûr du chemin à prendre. Or l'altérité entraîne toujours un exode : "Quitte ton pays... pour le pays que je t'indiquerai" - "Où demeures-tu ? venez et voyez" - "L'Esprit souffle, on ne sait d'où il vient ni où il va!" Dieu est l'Emmanuel, Dieu toujours "avec nous", mais sur un chemin !

 

2 * Dieu fait de nous des hommes libres et responsables

Toute la médiation est voulue pour une liberté, qui doit se choisir et se donner : le voile est un appel à l'option de la foi; la distance, un appel au désir de l'amour. Mais l'un et l'autre permettent aussi à la liberté de se refuser ou de se scléroser.

Pour que notre liberté puisse s'exercer, Dieu a pour ainsi dire établi une règle du jeu : l'ordre de la création, les lois du monde. Et Dieu ne se permet pas de bouleverser anarchiquement ces causes secondes, afin que nous ne perdions pas la tête, mais ayons en main la boussole nécessaire à notre marche. Il y a une autonomie de la création.

Attendre du ciel toute la lumière pour guider sa vie est en fait un acte de démission de la liberté intellligente et discernante; et là encore une recherche de sécurité. "Aide-toi, le ciel t'aidera"!

 

3 * Dieu ne démobilise pas ni ne nous désincarne

Mais "l'ordinaire est si limité", nous disent les friands d'irrationnel... En fait, cela traduit un non-investissement de notre condition, une difficulté à vivre notre incarnation.

Une dame voulait rencontrer la voyante, Bernadette Soubirous. Mais à sa vue, elle s'écria : "Ce n'est que çà !" Si Bernadette a été canonisée, ce n'est pas parce qu'elle a vu la sainte Vierge, mais parce qu'elle a vécu dans la sainteté. Et l'Eglise n'a pas cru à la sainteté de Bernadette à cause des apparitions. Il faut dire plutôt qu'elle a cru aux apparitions à cause de la sainteté de Bernadette.

"Le vrai miracle n'est pas de marcher sur les eaux ni de voler dans les airs. Il est de marcher sur la terre." (un patriarche du bouddhisme zen)

Et "ce n'est pas celui qui me dit : Seigneur, Seigneur, qui entrera dans le Royaume des cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux". Critique radicale du sentir, qu'il ne faudra jamais oublier : ce sont la fidélité à la Parole, l'obéisssance à la volonté du Père, la conformité à ses exigences, qui confèrent une valeur religieuse à tout le reste.

Un signe par excellence, parce qu'il joint l'intériorité la plus profonde à la visibilité la plus caractérisée, est le prochain; on le voit, et on l'aime d'un amour qui passe au-dehors, non point seulement dans des paroles, mais dans des actes visibles, qui en manifestent la vérité.

Il y a primauté des charisme de service sur les charismes extraordinaires.

Le meilleur antidote de cet appétit de merveilleux et de révélation, c'est la participation directe et effective à la mission de l'Église. Un chrétien qui fait de la catéchèse, par exemple, partage trop le sérieux de la transmission des mystères chrétiens et de l'éducation de la foi pour s'encombrer de nouvelles révélations ; l'Évangile et le Credo sont assez pour lui. Un chrétien qui veut témoigner sa foi au coeur des réalités humaines risque moins de se laisser gagner par des prédictions dont le fruit manifeste est de rendre la foi frileuse et de conduire à déserter le champ des activités apostoliques où se réalise la vocation du laïc baptisé.

 

  

2/ LA TENTATION DE "DIEU CONTRE LES AUTRES"

"La religion est... au premier chef, relation personnelle à Dieu... (mais) pas simplement (dans) un aspect individuel, elle comportera nécessairement un aspect social ou communautaire.... Dieu est le Père de tous. La relation religieuse, qui est profondément individuelle, ne peut pas être individualiste... la religion vraie doit être une force de communion entre les hommes..."

Or on observe dans le courant de l'irrationnel une manière de se servir du divin pour imposer ses idées.

 

Il y a main-mise sur Dieu

a) pour se distinguer des autres

On se dit l'élu, la bien-aimée : c'est la tentation de l'originalité

b) pour polémiquer

Certains ressentent le besoin de trouver un responsable de ce qui trouble leurs habitudes, un coupable pour exorciser leurs angoisses. On brandit alors une parole qui identifie le danger et dénonce les vrais coupables.

 

On polémique

- contre le monde et la modernité

Par exemple, toutes les pseudo-révélations développent une eschatologie tragique, lient l'obtention du salut à des dévotions facultatives, voire suspectes, prônent une spiritualité qui détourne d'une foi en prise avec la vie, aussi bien dans l'Église que dans le monde. Or "le Christ aujourd'hui, n'est pas à chercher dans le retour du religieux, mais dans la radicalisation du mouvement de la modernité" (Serge Baque, Lettre aux communautés, Mission de France, janvier-février 1994).

 

- contre l'Eglise

On constate que les chrétiens qui prennent part aux pèlerinages vers ces nouveaux lieux d'apparitions et qui répandent ces nouveaux messages sont, pour une grande part, ceux que les réformes actuelles de l'Église ébranlent. Bouleversés par des changements dans l'Église, changements dont ils ne voient pas le bien-fondé, plus sensibles aux excès constatés ici ou là qu'au renouveau spirituel et apostolique que la réforme suscite, ils sont dans l'insécurité. Ils se voient menacés dans leurs habitudes, dans leur manière de penser, de vivre, de célébrer, d'annoncer la foi. Ils perdent pied. Désorientés, ils recherchent le signe qui leur confirmera qu'ils ont raison de ne pas entrer dans le mouvement de réforme et que les autres ont tort. Ils trouveront même dans le message venu du ciel la dénonciation des vrais coupables : tel ou tel responsable de l'Église, telle catégorie de chrétiens qui ont signé allégeance à un mouvement antichrétien pour saper l'Église de l'intérieur. La cause du danger est ainsi identifiée, elle est nommée : la situation est claire, on sait où on en est. Il ne reste plus qu'à lutter contre l'ennemi démasqué.

Et on n'hésite pas alors à aller contre la position de l'évêque qui a grâce pour statuer sur une question, en se réclamant du Pape. Etrange conception de l'Eglise qui se réduirait ... au pape! De la même manière, on constitue des Eglises parallèles.

 

 

CONCLUSION :

DIEU MARCHE AVEC L'HOMME TEL QU'IL EST AUJOURD'HUI.

Avec le Père Tony Anatrella, nous avons vu le mécanisme psychologique sous-jacent à la tentation fusionnelle d'une certaine religiosité actuelle. Il ne s'agit pas de réagir à l'extrême, mais tout simplement de s'inspirer du tableau de Rembrandt (Le retour de l'enfant prodigue), en contemplant tout particulièrement les deux mains du Père : une main masculine et une main féminine. Notre relation à Dieu se vit avec notre coeur et avec notre raison, dans l'altérité et la proximité.

On ne nie pas un élément de l'être humain aussi essentiel que le sentir, sans risquer de désastreuses compensations; et le catholicisme, qui est largement une doctrine de purification et d'assomption de la nature, n'est pas la doctrine de sa négation. Dans l'évangile de la femme hémoroïsse, Jésus l'accueille comme elle vient, avec son toucher un peu magique. Mais il ne s'en tient pas là. Dans la foule en effet, il se manifeste comme celui qui établit des relations de personne à personne : "Qui a touché ?" Il permet alors à cette femme de se trouver en vis-à-vis, en dialogue avec lui. Il la fait passer de la croyance à la foi.

Tel est l'appel lancé à tout cheminement spirituel.

Soeur Chantal-Marie

 

 

LE PHENOMENE VASSULA

 

 

LETTRE OUVERTE

du Père LAURENCEAU, Prieur des Dominicains

28 mars 1995

Chère Maryse,

Merci de m'avoir signalé la venue de Vassula à Dijon. Je suis allé à cette soirée, dans une grande église paroissiale, absolument comble. Et je voudrais te faire part de mes réflexions.

~ Pourquoi tant de catholiques sincères sont-ils, comme toi, attirés par Vassula et ses messages ?

Sans doute le christianisme "officiel" leur semble-t-il trop abstrait, trop intellectuel. Ils ont besoin d'un contact plus simple avec Dieu, qui s'adresse au coeur. Le Sacré-Coeur de Jésus leur parle davantage que nos discours théologiques.

Méfiants à l'égard d'un certain activisme, ils apprécient ces appels à la prière, à la rencontre personnelle avec Jésus.

Choqués par des critiques contre Jean-Paul II ou contre "Rome", ils sont heureux d'entendre rappeler l'obéissance due au Pape.

Pensant qu'on a trop facilement abandonné les pratiques traditionnelles, ils sont rassurés par la remise en valeur du jeûne, du rosaire, de l'adoration du Saint-Sacrement, de la confession régulière.

Ils pensent peut-être que nombre de prêtres ne croient plus vraiment à la divinité de Jésus, aux anges, au péché originel, au sacrifice de la Messe, à la Sainte Vierge... etc, en tous cas, qu'ils en parlent trop peu.

Cela m'intéresserait que tu me dises en quoi, selon toi, les messages de Vassula répondent aux questions de beaucoup de chrétiens d'aujourd'hui.

D'ailleurs tout cela rejoint des préoccupations dont nous avons souvent parlé au cours des récollections auxquelles tu participais.

Je comprends l'inquiétude de ces fidèles qui écoutent ou lisent avec avidité les messages de Jésus à Vassula. Ils y perçoivent un appel à la conversion, à la foi, à la prière.

~ Mais en même temps, je crains que tous ces gens sincères et fervents manquent un peu de prudence. Car, en présence de "messages" ou de "révélations privées", nous devons toujours nous rappeler les paroles de Jésus :

"Si quelqu'un vous dit : Voilà le Messie ! Il est ici ! Il est là ! ne le croyez pas. Il surgira des faux messies et des faux prophètes qui feront des signes et des prodiges, afin d'égarer les élus, si c'est possible. Quant à vous, prenez garde : je vous ai tout dit à l'avance" (Marc 13, 21-23).

Et nous lisons chez saint Jean : "Mes bien-aimés, ne croyez pas n'importe quel inspiré, mais examinez les inspirations, pour voir si elles viennent de Dieu, car beaucoup de faux prophètes se sont répandus dans le monde" (1 Jean 4,1).

Il ne s'agit pas de refuser a priori que ces messages puissent venir de Dieu-le-Père, de Jésus, de la Vierge Marie, ou d'un ange, mais un "discernement" est nécessaire, surtout aux époques troublées où messages et apparitions se multiplient.

~ Or, je dois t'avouer qu'après avoir écouté Vassula et lu une bonne partie des messages publiés, je me pose quelques questions. Je te les dis très simplement, et tu me donneras ton avis.

En leur temps, Brigitte de Suède, Catherine de Sienne ou Bernadette de Lourdes ont accepté humblement de se soumettre au discernement officiel de l'Eglise. On les a examinées, interrogées; et leurs messages ont été passés au crible de la foi de l'Eglise. Ça me gêne que Vassula échappe de fait au jugement de toute Eglise, en s'appuyant sur des messages où Jésus lui dirait : "S'ils te demandent à quelle communauté tu appartiens, dis-leur que tu appartiens à moi et que tu es sous mon autorité" (27 octobre 1987).

Autre question : je lis dans les messages de Vassula : "la majorité des âmes sacerdotales, par le doute et la crainte, ont fermé leur coeur... Un grand nombre d'âmes sacerdotales sont, par le doute et la crainte, des répliques des Pharisiens, aveuglés par la vanité et l'hypocrisie... En désavouant mes signes, ils m'ont désavoué, moi, leur Dieu" (1° et 28 septembre 1987).

Maryse, tu connais un bon nombre de prêtres. Tu connais leurs limites et leurs faiblesses, mais méritent-ils cette condamnation globale ? Ne pas accepter trop facilement ou même désavouer les messages de Vassula, est-ce d'emblée la preuve qu'on a rejeté Dieu ?

Insinuer la méfiance générale contre les prêtres et les évêques - traités d'"administrateurs" -, cela vient-il de Jésus ? Est-ce que cela ne pourrait pas venir, même inconsciemment, du Malin ?

Peu à peu, j'en suis venu à m'interroger sur l'abondance inépuisable de ces messages, dont le style est souvent confus et bizarre. La Vierge de la rue du Bec ou de Lourdes a un langage tellement plus simple !

La foi chrétienne consiste normalement à accueillir le témoignage des Apôtres de Jésus, transmis à travers toute la Tradition de l'Eglise. Il faut être très prudent dans le discernement de ces messages reçus "en direct".

J'avoue que je suis de plus en plus perplexe sur l'authenticité des messages de Vassula, tout en acceptant qu'elle soit probablement sincère quand elle dit transmettre des messages de Jésus.

Tu me trouveras sans doute trop "rationaliste". Mais tu me connais ! Je serai heureux de parler amicalement de tout cela avec toi.

En tous cas, je t'encourage à répondre personnellement aux appels du Seigneur Jésus que tu perçois à travers les messages de Vassula : prière plus personnelle, union avec Jésus, prière du rosaire, unité des chrétiens, intercession pour les évêques et les prêtres, plus grande docilité à l'Esprit-Saint... etc.

Dans ta prière, ne m'oublie pas.

Avec ma fidèle affection fraternelle.

frère Jean

 

 

Journal "LA CROIX L'EVENEMENT"

du samedi 11 septembre 1993

à la page 16, sous les rubriques "Religion - Ferveur"

 

LES "PREUVES" DU DIVIN par Yves de Gentil-Baichis

Aux Etats-Unis, un homme prétend avoir une apparition de la Vierge tous les premiers dimanches du mois (nos éditions du 10 septembre) et la foule se précipite malgré les mises en garde des autorités religieuses. Quand Vassula parle à Paris de ses rencontres avec un ange, envoyé direct de Dieu, plus de 1000 personnes vont l'écouter. Un homme se dit guéri après son passage à Lourdes et les médias se pressent pour lui faire décrire sa vision de la Vierge. Paradoxe d'un monde où l'indifférence religieuse ne cesse de gagner du terrain mais où, pourtant, on est avide de découvrir des traces bien visibles du divin.

Certes, les raisons ne manquent pas. L'homme étouffe parfois dans un monde hypertechinicisé. Il sait que le pouvoir de la science, quasi illimité dans l'ordre des prouesses techniques, n'apporte aucune réponse aux questions essentielles : pourquoi la vie ? Pourquoi le mal et la mort ?

On comprend aussi que dans des sociétés où les repères disparaissent, certains cherchent des preuves irréfutables de la présence divine.

Les sectes savent bien jouer sur ce besoin d'ancrage dans l'absolu. En Afrique, en Amérique latine et en Europe, les guérisons sont au programme de tous ceux qui veulent gagner des adeptes.

L'Eglise ne joue pas cette carte, même s'il lui arrive de reconnaître, après des vérifications aussi nombreuses que scrupuleuses, le caractère miraculeux de certaines guérisons survenues à Lourdes. Mais elle ne fait pas reposer sa crédibilité sur ces faits extraordinaires.

S'en tient-elle pour autant à la seule mémoire de la résurrection du Christ ? Pas seulement. Pour elle, Dieu manifeste sa présence actuelle en transformant le coeur de l'homme. Les valeurs évangéliques l'aident à dépasser les réflexes instinctifs de violence, qui poussent à percevoir l'autre d'abord comme un rival. Avec le Christ, l'homme, même très différent ou déconcertant, est révélé comme un frère.

Des traces du divin plus fréquentes et plus probantes que les guérisons...

 

VASSULA ELECTRISE LES FOULES Cette Grecque orthodoxe se déclare élue de Dieu

par Magdalena Tadeusiak

Plus de 1000 personnes affluent dans la salle de conférences de la Mutualité, à Paris. Tous les âges sont représentés : adultes, jeunes, personnes âgées. Pour la plupart des femmes. Tenues correctes, attitude discrète. Le silence recueilli, le chant, le chapelet dans l'attente du prophète. La statue de la Sainte Vierge et une fresque du Christ douloureux sur le podium remplissent ce rassemblement de mysticisme. Elles impressionnent et intimident.

Il est 20 h 30 et l'impatience d'assister à un miracle grandit. Le chant à haute voix emporte et unit le public. Le regard fixé sur le podium, le souffle retenu, tous attendent la star de la soirée.

Elle arrive en compagnie de trois prêtres. Blonde, cheveux longs, grande et mince. Une taille de mannequin qui séduit, malgré son âge (51 ans). Elle incarne une sérénité, une modestie exemplaires, confinant presque à l'indifférence comme si elle ne voyait pas ce qui se passe autour d'elle. Un spectateur vigilant, cependant, remarque sa concentration et sa vivacité. Le public applaudit, Vassula est parmi eux.

"Ce sont les coeurs de Jésus et de Marie qui m'envoient chez vous." Vassula Ryden, une Grecque, orthodoxe, se déclare élue de Dieu, intermédiaire entre lui et l'humanité. Depuis huit ans, cette femme mondaine, cultivée, polyglotte, aisée, dit écrire des messages sous la dictée de Jésus. Elle déplace des foules qui veulent écouter les paroles divines.

Sa conversion miraculeuse devait survenir en 1985, au Bangladesh. "Soudainement, ma main s'est mise à dessiner un coeur. Les roses sortaient de l'intérieur. J'ai vu un homme qui s'est déclaré mon ange-gardien, Daniel. Il m'a préparée à ma mission en m'apprenant la prière et la charité."

Ainsi purifiée, Vassula devient ensuite "un petit instrument entre les mains du Christ" : chaque jour, il lui dicte sa parole aux hommes.

Cependant, il ne s'agit pas d'apparitions physiques. "Je le vois intérieurement. Il a des fossettes quand il sourit. Ses yeux sont clairs et je reconnais sa voix. Elle est distincte de celle du Père. L'un et l'autre me parlent en anglais." Au fur et à mesure, Vassula et ses interlocuteurs deviennent intimes. Le ton de leurs discussions est familier, presque complice. "Nous sommes si près l'un de l'autre, je l'appelle "papa". Je sais ce qu'il ressent, la tristesse ou la joie." Cependant, il sait imposer son autorité. "Orthodoxe, je ne voulais pas me confesser. Alors, le Seigneur a élevé la voix : "C'est moi, Dieu, qui te le demande !" J'ai tout de suite obéi."

De même avec la prière à genoux. Au début, il ne disait rien lorsque Vassula restait assise en recevant ses messages. "Tu ne peux pas te mettre à genoux ?" m'a-t-il gentiment demandé. Depuis, j'y reste six heures par jour, pendant la prière et en écrivant sous la dictée. Avec une seule exception, à cause d'un pied cassé."

Avertissements, demandes de réconciliation, de conversion et d'unité : Dieu semble déçu par notre génération. "Les deux coeurs sont très combattus aujourd'hui par le monde, par le modernisme et le rationalisme. Nous vivons en pleine apocalypse. C'est un combat entre Dieu et Satan. La récolte est presque prête à être moissonnée. Bientôt, il sera l'heure de trier et d'extirper tous ceux qui ne sont pas les miens. Tous portant sur le front le nom de la bête ou le nombre 666."

Un grand frisson traverse la salle...

 

 

UNE OPINION SUR VASSULA RYDEN...

par François CAUDWELL

Les messages de Vassula Ryden exercent un certain attrait sur de nombreux catholiques. C'est la raison pour laquelle il est important de faire preuve d'une grande vigilance à leur égard, nous rappelant que "Satan lui-même se camoufle en ange de lumière" (2 Co 11,14)... Il faut effectivement prendre garde aux apparences. Les paroles de Vassula, peut-être sincères, risquent d'altérer la bonne nouvelle évangélique..

Pourtant, ses discours ressemblent souvent à une paraphrase de certains passages évangéliques. Mais ils ont tendance à en limiter la portée. Et surtout, Vassula prend rarement la peine de se référer à la Bible, source normative de notre foi chrétienne. Elle donne l'impression de placer l'autorité de sa propre parole, qu'elle prétend inspirée, au-dessus de celle des Ecritures ainsi que de la Tradition de l'Eglise. De même, elle ne fait guère allusion au Jésus de l'histoire, ni à l'événement pascal. L'incarnation du Fils de Dieu ne paraît pas avoir beaucoup d'importance. Jésus devient avec Vassula un visiteur venu d'on ne sait où. Il n'est qu'un nom donné à ses méditations spirituelles, une autorité attribuée à l'aboutissement de ses pensées...

Voilà qui est dangereux. Certes, Vassula a tout-à-fait le droit de faire partager aux foules ses méditations de l'Ecriture et le fruit de son expérience spirituelle. Cependant, elle ne peut se permettre d'en faire une nouvelle révélation, qui risque de nous faire oublier l'incarnation du Fils de Dieu dont témoignent l'Ancien et le Nouveau Testaments : "Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous..." (Jn 1, 14).

En réalité, Jésus n'apparaît pas à Vassula... C'est elle qui le dit : elle affirme que ses rencontres se produisent "à l'intérieur" d'elle-même. Que signifie cela ? Ne fait-elle pas allusion à la rencontre du Ressuscité à laquelle tout baptisé est invité ? Devant cette affirmation de Vassula, nous devons nous poser les questions suivantes : En tant que chrétiens, quelle est notre relation avec le Christ ? L'expérience d'une rencontre, d'une relation personnelle avec Jésus Christ doit-elle présenter un caractère si exceptionnel ? La présence du Ressuscité au coeur de nos vies deviendrait-elle ainsi un phénomène si rare qu'il ne serait réservé qu'à quelques privilégiés ?

Une grande partie de notre expérience chrétienne réside dans les réponses que nous donnons à ces questions... Pour ma part, je suis convaincu que le Christ habite dans le coeur des baptisés par la foi (Eph 3, 17). La réalité de la présence du Christ au milieu de nous (Mt 18, 20), annoncée par l'Evangile, est tout autre que ce que le témoignage de Vassula pourrait laisser croire. Tout chrétien, par l'Esprit Saint, peut affirmer : "c'est Christ qui vit en moi" (Gal 2, 20). Oui, le Christ demeure en nous (Jn 15, 4)... Or, Vassula donne l'impression de se réserver, en quelque sorte, la relation que le Seigneur voudrait établir avec tous les hommes.

Vassula donne un caractère de révélation exceptionnelle à l'expression de sa simple vie de foi alors que tout chrétien fait l'expérience de cette présence humble et discrète du Christ dans sa vie. Mais justement, cette relation au Christ reste le fait d'hommes et de femmes marqués par le péché. Le péché voile toujours notre écoute et notre compréhension de la Parole de Dieu; il la rend faillible... Le chrétien veut être docile au souffle de l'Esprit, mais seul le Christ a pu vivre jusqu'au bout l'obéissance et la fidélité à la Parole de son Père. Ne prenons donc surtout pas le message de Vassula à la lettre ! Il n'est que l'expression de sa foi - qu'il n'est pas question de mettre en doute -, et par là même l'expression de sa propre sensibilité... Par l'Esprit Saint, Dieu se révèle en des êtres de chair... Ce qui signifie que Vassula peut se tromper : elle n'est absolument pas infaillible ! Son message doit constamment être confronté à la Parole de Dieu.

C'est pour cela aussi que Vassula ne peut prétendre que Jésus se révèle de manière particulière par sa médiation. Le Christ qui "a souffert sous Ponce Pilate" est la seule Révélation totale et définitive que Dieu donne de lui-même : "tout ce que j'ai entendu auprès de mon Père, je vous l'ai fait connaître" (Jn 15, 15). Cette Révélation, nous l'accueillons grâce au don de l'Esprit répandu sur tous les chrétiens. En se posant comme intermédiaire nécessaire, Vassula contredit ce qui fait l'essence même de la révélation chrétienne : "il n'y a qu'un seul Dieu, un seul médiateur aussi entre Dieu et les hommes, un homme : Christ Jésus" (1 Ti 2,5).

Il suffit d'assister au début d'une conférence de Vassula pour s'apercevoir qu'elle commet des erreurs manifestes. En effet, il est pour le moins étonnant de prôner l'unité entre chrétiens et de commencer une conférence par une prière du chapelet ! Le moindre débutant en relations oecuméniques sait qu'il s'agit là de la meilleure solution pour faire fuir les protestants, mais aussi certains orthodoxes ! On peut faire la même remarque en ce qui concerne sa dévotion, constamment rappelée, au "Sacré Coeur de Jésus et au Coeur immaculé de Marie", dévotion qui n'a aucun fondement biblique.

Toujours en ce qui concerne l'oecuménisme, tout le monde est bien d'accord pour rechercher, entre Eglises chrétiennes, une unité dans les coeurs, une "unité de l'Esprit", comme le dit Vassula. Mais est-il pour autant judicieux, ainsi qu'elle le fait, de condamner la recherche théologique de l'unité ? Celle-ci a pourtant porté de beaux fruits au cours de notre XXe siècle ! Elle se poursuit au sein de l'Eglise catholique, dans la ligne du concile Vatican II, comme au sein des autres confessions chrétiennes. Vassula n'y voit, d'une manière péjorative, qu'une "unité de la lettre". Ceci ne serait-il pas le reflet de son sentiment d'incompréhension en face des recherches théologiques ? Or, ce n'est pas parce que Vassula n'est pas théologienne - loin s'en faut ! - qu'elle doit pour autant condamner toute théologie. "Il est, en effet, précise le concile Vatican II, très important que les futurs pasteurs et les prêtres possèdent la théologie (...), surtout pour les questions concernant les relations des frères séparés avec l'Eglise catholique" (Décret sur l'oecuménisme, 10).

Mais surtout, l'une des grandes ambiguïtés du message de Vassula consiste en ce qu'elle a tendance à présenter une idole à la place du Dieu vivant qui s'est révélé en Jésus Christ. Avec elle, la foi risque d'entrer dans l'ordre de l'affectif, du toucher, du sentir, du visible même... Ses auditeurs peuvent se laisser séduire par le fait de voir celle qui parle avec Jésus, par l'espérance d'une guérison miraculeuse à la fin de sa conférence (Jésus avait plutôt tendance à refuser des miracles à ceux qui lui en demandaient). Pourtant, "heureux ceux qui croient sans avoir vu" (Jn 20, 29) ! Vassula parle même d'une "Jésus" qu'une de ses amies retourne chercher dans sa maison !... Cette anecdote fait penser aux idoles païennes que chacun coulait posséder chez soi. Les disciples d'Emmaüs ne sont pas partis chercher le Christ à Jérusalem, lui-même les a rejoints sur la route (Lc 24, 13-35). Le Christ se donne toujours en premier, ne cherchons pas à le posséder... Ouvrons nos coeurs à sa Présence, elle illuminera toute notre vie, où que nous soyons....

Il ne faut pas se laisser abuser par le fait que quelqu'un affirme recevoir directement des révélations du Christ, d'un ange, de la Vierge... De tels exemples remplissent, non seulement l'histoire de toutes les confessions chrétiennes, mais aussi de toutes les religions et de la plupart des sectes... Si chacun de ces "prophètes" avait véritablement restitué une révélation dictée de la bouche même de Dieu, on pourrait raisonnablement penser que le Seigneur ne cesse de se contredire ! A titre d'exemple, rappelons-nous que l'Ange Gabriel aurait dicté le Coran à Mahomet et que Joseph Smith, le fondateur des Mormons, prétendait avoir aussi reçu une révélation angélique ! La venue de faux prophètes n'est pas un phénomène nouveau : "Gardez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous vêtus en brebis" (Mt 7, 15).

En conclusion, les paroles de Vassula ont trop tendance à transformer en religion notre foi au Christ vivant. Une religion a besoin de médiateurs, de mystère, de palpable, d'affectif, pour atteindre une divinité qui n'est que le reflet de nos pensées humaines, de nos aspirations humaines, aussi hautes soient-elles. C'est bien ce que paraît proposer Vassula... Or la foi chrétienne au Christ ressuscité, au Dieu Père et à l'Esprit répandu dans le coeur de tous ceux que le baptême a régénérés, est bien autre chose ! Elle ne cherche pas à atteindre Dieu, elle accueille le vrai Dieu qui se donne à tous, en Jésus Christ, par l'Esprit Saint...

 

 

ANALYSE DU PHENOMENE VASSULA

par Sr Chantal-Marie Sorlin, responsable du Service Diocésain "Pastorale, Sectes et Nouvelles Croyances"

Le phénomène Vassula ne laisse pas indifférent, suscitant soit l'enthousiasme chez certains, soit la plus grande réserve chez les autres. Vassula : mystique ou mystification ? Tel est le problème.

L'analyse qui suit ne se permet pas bien entendu de juger le fond des coeurs, à savoir celui de Vassula Ryden qui a sans doute vécu quelque chose avec le Seigneur, ni celui de ces personnes remplies de pieux sentiments et des meilleures intentions, qui ont au travers de ce phénomène, amorcé ou réamorcé un cheminement spirituel. Ce n'est pas la première fois qu'on voit Dieu tirer d'un mal ou d'un moindre mal un plus grand bien. Il n'en demeure pas moins qu'un mal reste un mal, une déviation une déviation, une erreur une erreur. Dès lors, il n'y a pas lieu de confondre un mal objectif et le bien que Dieu dans sa bienveillance et sa miséricorde peut éventuellement en tirer. Ainsi, s'agissant de ceux et celles qui, emportés par la trop rapide et imprudente caution fournie par l'Abbé Laurentin et d'autres, auraient mis leur confiance dans les messages de Vassula, ils n'ont pas à se traumatiser pour autant, mais seulement à accepter que le discernement soit fait selon les règles de l'art, c'est-à-dire en Eglise.

L'ensemble des productions de Vassula tourne autour d'un postulat : la grande Apostasie est aujourd'hui dans l'Eglise. A partir de ce principe, tout un édifice se construit qu'il convient d'analyser pierre par pierre.

 

I / UN DISCERNEMENT EN CIRCUIT FERME 

On ne peut manquer d'être frappé à la lecture des messages de Vassula par l'oeuvre de disqualification qui y est effectuée à l'égard des membres de l'Eglise, tout particulièrement à l'égard des serviteurs du Peuple de Dieu, exception faite pour le Pape Jean-Paul II.

 

A) "LA GRANDE APOSTASIE ACTUELLE DANS L'EGLISE" (VPSC293)

Aux yeux du groupe "Vassula", le déclin de la foi est largement répandu aujourd'hui dans l'Eglise catholique et l'apostasie a englouti de nombreux fidèles "...même parmi ceux qui sont chargés d'enseigner ou de prêcher la doctrine catholique" (VPSC17).

L'"actuelle et récente apostasie générale dans l'Eglise" était d'ailleurs annoncée : "nous connaissons la substance du troisième secret de Fatima". Confirmée à Garabandal. Et même prédite, ajoute-t-on, dans 2 Thess 2.3. (VPSC51-52) !

Un des principaux signes de l'apostasie n'est-il pas que la majorité des prêtres refusent de croire aux messages de Vassula ou de Garabandal ?...

"Le 12 décembre 1987, Jésus, qui n'avait jusque-là parlé que des défauts des prêtres, donna son opinion sur l'Eglise en général : "Jamais Mon Eglise ne s'est trouvée dans une telle confusion..." (VPSC55) : à l'image de la Pietà, "Mon Corps mort dans Ses bras... tel est exactement l'état actuel de Mon Eglise... Mon Eglise est en ruine... des vipères..." (VPSC60). Bref, c'est "une église mourante, approchant de la putréfaction" (VPSC179) !

On trouve dans cette littérature une dénonciation forcenée de "la corruption ecclésiastique" qui "vit à l'ombre de Satan" (VPSC70/71). "Vous avez souillé Mon Sanctuaire en ordonnant des hommes pervertis par des passions dégradantes", "prêtres pervers aux places élevées" (VPSC69), "...des Pharisiens." (VPSC134), des "...administrateurs...; ...ceux-là même qui ont industrialisé Ma Maison" (VPSC181).

Ces "imposteurs" "ont fait de Ma Maison un désert" (VPSC86). Ils ont fait "entorse aux vérités les plus importantes" (VPSC19). On constate "parmi les prêtres un déclin dans la foi en l'Eucharistie, affectant même la foi en la Présence réelle..." (VPSC51/52)

Mais qu'à cela ne tienne ! "Ce que le théologien de l'histoire atteint par la méthode propre à sa discipline, se trouve donné directement au mystique par son expérience du divin. Dans une saine situation religieuse, chacune de ces deux expériences complète et même confirme l'autre; nous pouvons cependant nous trouver à ne pouvoir compter que sur une seule des deux" (VPSC51).

Il s'agit donc de restaurer l'Eglise Primitive : "Rebâtissez Ma première Fondation, une Fondation établie par Ma Propre Main" (VPSC132-183). En fait, ce mythe de l'Eglise Primitive parfaite est un des points forts des groupes fondamentalistes évangéliques comme les baptistes ou les pentecôtistes, qui pour mieux garantir leur monopole de légitimité, rayent deux mille ans d'histoire en accusant les Eglises de trahison. Ils oublient simplement que les Ecritures nous montrent une Eglise Primitive taillée dans le même bois que nous, à savoir une Eglise Sainte mais faites d'hommes pécheurs. Qu'on se rappelle le différent entre Paul et Barnabé à cause de Jean-Marc (Actes 15, 37-39); qu'on se rappelle aussi la fraude d'Ananie et Saphire (Actes 5) !

En fait, il est un dicton bien connu: "Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la gale!"

 

B) "LE CHANTAGE"

Le Père Laurentin prend la précaution purement formelle de rappeler que la foi concerne seulement le credo : "Que penser de Vassula ? Chacun est libre d'en juger, car si le Credo et l'Evangile s'imposent à tous, les révélations particulières appartiennent au libre-service de la foi. Si certains d'entre vous ne sont pas attirés par les messages de Vassula, rien ne les oblige à les lire" (QEV17).

Néanmoins, se permettre une réserve quant à l'authenticité des messages de Vassula, nous prévient-on, c'est tout simplement s'opposer à Dieu en faisant preuve d'hérésie et de désobéissance à l'Esprit (QEV33). C'est pourquoi

On accuse les pasteurs

- d'incompétence :

"Les gens parlent souvent de prudence comme étant nécessaire dans le jugement de ces cas... Ce n'est pas spécifiquement la prudence qui est nécessaire ; et il faut souligner que par prudence on entend souvent méfiance, défiance... Ce qui est spécifiquement nécessaire à l'évaluation des grâces spéciales, telles que locutions, visions, apparitions, messages célestes, c'est le discernement... L'authentique discernement exige une défiance très considérable en son propre jugement... Dans l'histoire récente de l'Eglise, très nombreux sont les cas de personnes appelées et officiellement désignées pour agir dans des commissions d'enquête sur des causes mystiques, sans la moindre évidence qu'elles possèdent du discernement ou qu'elles sachent même en quoi cela consiste..." (VPSC20/21) "Quand l'autorité établit une commission d'enquête, elle choisit généralement des théologiens, canonistes et psychologues, voire des psychanalistes. On peut se demander si ces catégories de personnes sont les mieux préparées au discernement spirituel de l'action de Dieu... On nomme rarement des spirituels" (QDFS11)

- d'incrédulité :

"la majorité de Mes âmes sacerdotales, par le doute et la crainte, ont fermé leur coeur... par la vanité et l'hypocrisie... Je leur ai donné des signes mais ils veulent des signes qui puissent être expliqués par des preuves, ils veulent des preuves..." (VPSC55) "Bien que vos ancêtres se soient rebellés, leurs doutes n'ont jamais été aussi sévères que ceux de votre génération qui doute que Je parle à Mes anges choisis pour leur porter Mes Messages..." (VPSC60). "Homme de peu de foi!" (VPSC54), "...ô ère Sans aucune-Foi!" (VPSC56)

- de rationalisme :

On a intellectualisé Dieu, analyse-t-on; "...le Rationalisme, ce fléau de votre ère" (VPSC112) "provient du Prince des Ténèbres" (VPSC66). Le Rationalisme et le Modernisme seraient les ennemis fondamentaux de l'Eglise car tous deux mènent à l'athéisme ! "Quelques-uns seront persécutés par ceux dont le coeur est encore fermé et qui raisonnent avec leur intelligence et non avec leur coeur" (VPSC84). "Leur esprit et leur coeur sont plus proches du monde rationnel que de Mon monde Spirituel... Leurs discours et leurs sermons manquent de spiritualité..." (VPSC66) et "...les experts brillaient plus par la science et l'intelligence que par le discernement" (QDFS26). "Ouvre ton coeur, non ton intellect" (QDFS113).

- de fermeture à la grâce qui éteint l'Esprit :

"J'ai des ministres dans Mon Eglise qui... rejettent toutes les Oeuvres Divines... qui viennent du Saint Esprit..." (VPSC61) "Je vous avertis de ne pas étouffer Mon Esprit de Vérité qui parle à travers ce faible instrument" (VPSC104) - "ils ont oublié les Voies de Dieu..." (VPSC59)

- d'atteinte aux droits de l'homme et du croyant :

"... des Caïns..." qui "...piétinent Mes dévôts et ceux qui restent fidèles à Mon Pierre. Oui, ils ridiculisent tous ceux qui croient encore à lui" (VPSC64). On en appelle donc à "un impératif essentiel de notre époque, le respect de la personne humaine" (VPSC38).

- d'atteinte à l'Unité :

"Comment faire l'unité des Eglises si dans l'Eglise catholique on n'est pas uni ?" nous dit-on.

- "ils" sont en butte à Dieu même :

"Tes oppresseurs... réaliseront ces scènes au Jour de la Purification... ils réaliseront combien ils rejetaient Nos Divins Coeurs, et non toi..." (VPSC156)

- et c'est le procès de Jésus qui recommence :

"...la race des inquisiteurs et accusateurs improvisés..." (QEV71), "Les autorités de l'Eglise te renieront invariablement. Moi aussi J'ai été rejeté par les Pharisiens..." (VPSC58), "ce que vous avez fait à mes envoyés, c'est à moi que vous l'avez fait". "J'aurais ressenti des remords... si sur ma route, je m'étais, d'une manière ou d'une autre opposé..." (VPSC 12)

On menace :

"S'ils refusent [le message], je laisserai son bras s'abattre sur eux. Je ne pourrai plus le retenir" fait-on dire à la Vierge (QDFS59). "S'ils ne croient toujours pas, le courroux de Dieu grandira, augmentant Sa Coupe de Justice" (VPSC134). "Vos persécutions impitoyables de Mes apparitions (et de ceux que Dieu a privilégiés du don de Ses Messages), seront une cause de votre chute" (VPSC59) comme à Sodome (VPSC118-119) : "au jour du Jugement, Je les jugerai sévèrement!" (VPSC60)

Et on conclue : "n'écoutez jamais quiconque le rejette" (VPSC258).

 

C) AUTODISCERNEMENT

Les autorités ecclésiales ainsi discréditées, le discernement ne peut revenir bien entendu qu'à ceux et à celles qui ne mettent pas en doute ces messages, seuls "qualifiés pour juger" (premières pages de VPSC) ! Qui sont-ils ?

 

¤ les DIRECTIONS SPIRITUELLES

"...les prêtres qu'elle approcha furent déconcertés, sceptiques comme le sont généralement les prêtres catholiques lorsqu'ils sont confrontés à ce genre de problème" (VPSC25). En effet, les premiers conseillers spirituels, du Grand Séminaire de Dacca, restent sceptiques; le premier est d'abord enclin à classer Vassula parmi les schizophrènes, avec une propension certaine au dédoublement de la personnalité, voire à la médiumnité. Un autre refuse de continuer de la recevoir et lui demande de résister à ces messages. Mais Jésus, son seul guide finalement, prend lui-même la défense de Vassula : "Je souffre de voir Mes prédicateurs si éloignés de tout ce qui est céleste, et de l'indifférence qu'ils manifestent à l'égard de Mes Bénédictions, car tout charisme est une bénédiction" (VPSC79). Cette parole l'autorise donc à changer de conseiller pour en trouver un qui aille dans son sens. C'est ainsi qu'elle rencontre le Père James Fannan lui-même du Mouvement Sacerdotal Marial (autre groupe fondé sur des messages célestes). Vassula reçoit un avertissement le concernant : "A ce moment-là, Jésus, à travers elle, m'a demandé de prendre position face à l'expérience mystique qu'elle vivait" (p68). Le Seigneur n'avait-il pas annoncé : "Je le plierai" ! (QEV11) On ne peut manquer d'être étonné que ce prêtre ait tout bonnement accordé crédit à une requête émanant à travers la percipiente elle-même! Lorsqu'une distanciation intervient entre Vassula et le Père Fannan, ce dernier est remplacé par un prêtre âgé, le Père Michael O'Caroll.

 

¤ QUI DISCERNE ?

Des "professionnels" nous dit-on, c'est-à-dire des personnes habituées à fréquenter les voyants, sont seuls habilités à discerner. Bien sûr, aucune référence n'est faite à un quelconque mandat ecclésial ! (VPSC39). Il s'agit du :

* Père O'Caroll qui manifeste d'ailleurs un étrange besoin de justifier pendant des pages péniblement longues sa compétence ! "Mon expérience et le fruit de mes recherches... mon curriculum vitae... une bibliographie succincte de mes oeuvres écrites... (VPSC 9/10)

* Père Laurentin :

"...je n'ai pas qualité pour porter un jugement sur ses communications..." (minutes de son entretien le 26/5/1989) "Vous attendez en conclusion mon discernement. Ne le prenez pas comme une "caution". Je n'ai pour cela aucune autorité, aucune mission; j'entends seulement partager les faits et données qui éclairent ce cas remarquable: belle illustration de la Miséricorde de Dieu." "...Je concluerai en expert, sans autorité officielle" (QDFS16), précise-t-il. N'est-ce pas là jouer sur les mots, quand on sait précisément le rôle de caution joué par ce prêtre ?

* Docteur Loron :

Etrange neurologue qui remplit son rôle d'expert selon les indications du Seigneur : "Vassula a entendu le Seigneur dire ce que je pouvais faire comme test (l'empêcher d'écrire, je n'aurais pas osé le faire de moi-même)" ! Etrange expert à la fois juge et partie, qui se déclare désemparé et très ému à cause d'un message le concernant ! Et le docteur Loron de nous expliquer que nous avons deux cerveaux, l'hémisphère droit : intuitif, créatif, artistique, et l'hémisphère gauche : rationnel et cartésien. Le premier correspondrait à la culture orientale, le second à la culture occidentale. Or l'heure serait venue de réunifier ces deux cultures occidentale et orientale. N'est-ce pas là exactement la théorie d'un Rudolph Steiner dissident de la Théosophie et fondateur de l'Anthroposophie, théorie si prisée par le Nouvel Age?

* De toute façon, Dieu lui-même n'a-t-il pas dit : "Tout est exact. Tout ce que tu discernes est exact" ? (VPSC86) "Dis au Saint-Siège que c'est Moi qui t'envoie à eux."(VPSC173) !

 

MAIS QUI DONC A GRÂCE DE DISCERNEMENT ?

Il existe un Code de Droit Canonique, garant précisément de l'authenticité de ce que vivent à tous les niveaux les fidèles du Christ. Ce Code de l'Eglise Catholique Romaine, dans l'esprit du Concile Vatican II, nous rappelle au canon 375 §1 que "Les Evêques qui d'institution divine succèdent aux Apôtres par l'Esprit-Saint qui leur est donné sont constitués Pasteurs dans l'Eglise pour être, eux-mêmes, maîtres de doctrine, prêtres du culte sacré et ministres de gouvernement." Et au §2, "Par la consécration épiscopale elle-même, les Evêques reçoivent avec la charge de sanctifier, celles d'enseigner et de gouverner..." Pour ce faire, l'Evêque dispose d'une curie diocésaine. Le canon 469 la définit : "La curie diocésaine se compose des organismes et des personnes qui prêtent leur concours à l'Evêque dans le gouvernement du diocèse tout entier, surtout dans l'action pastorale, dans l'administration du diocèse, ainsi que dans l'exercice du pouvoir judiciaire". "La nomination de ceux qui occupent des offices dans la curie diocésaine incombe à l'Evêque diocésain"; ce canon 470 nous rappelle qu'on ne s'institue jamais soi-même pour parler et agir au nom de l'Eglise, mais qu'on reçoit un mandat officiel. C'est ainsi qu'en affaire de discernement, l'Evêque fait appel à un certain nombre d'experts.

Or, Vassula Ryden échappe à toute discipline ecclésiale en raison de son indétermination confessionnelle. Par ailleurs, la règle élémentaire de la pluralité et de la compétence professionnelle des experts est totalement violée. Le discernement des guérisons de Lourdes par exemple se fait d'une manière bien différente.

 

¤ COMMENT A-T-ON DISCERNE ?

"Je présume que les démarches élémentaires auront été prises en vue du discernement" (VPSC 12). "... se pose la question de la fiabilité de Vassula, de sa crédibilité comme témoin. Est-elle compétente dans la perception ? Est-elle véridique ? La réponse à la première question exige souvent des examens de normalité médicale et même psychiatrique. Dans le cas de Vassula, nous pouvons nous dispenser de tels examens, comme en ce qui concerne son honnêteté. Quiconque la connaît, que ce soit depuis peu ou depuis longtemps, ne peut avoir de doute sur son intégrité... En accordant à Vassula le don spécial d'une écriture caractéristique, le Seigneur l'a préservée de cette tentation (de créer quelque chose qui satisferait l'attente ou la curiosité) et nous a permis de faire l'économie d'une suspicion légitime" (VPSC20). L'exercice du discernement peut-il se contenter de présomption et d'économie ?

 

D) LE CONSORTIUM DU MERVEILLEUX CATHOLIQUE

Toutes les références données par Vassula et ses amis relèvent du même courant religieux, à savoir du consortium du merveilleux catholique. On y trouve comme d'habitude :

¤ le Mouvement Sacerdotal Marial de Don Gobbi.

¤ Garabandal appelé faussement "les sanctuaires marials catholiques de... Garabandal" (VPSC35). ...Ma fille, écris le mot "Garabandal"... Garabandal est la suite d'autres signes. Les apparitions de Garabandal sont authentiques... mais beaucoup de Mes âmes sacerdotales ont déclaré douteuses ces apparitions et certaines les ont reniées complètement. Je Me suis manifesté à travers toi pour lever ce doute sur Garabandal..." (VPSC135-136-137-138) "...L'opposition de Mes âmes sacerdotales envers les apparitions de Garabandal et son Message, sont toutes des manoeuvres de Satan... Il manipule Mon Eglise pour qu'Elle nie ces apparitions qui sont la suite du Message de Salut de Fatima" (VPSC139-140). On passe malheureusement sous silence ce qu'en ont dit les autorités compétentes (pour le détail, se reporter au n°6 de "Pastorale & Sectes en Côte d'Or"). Rappelons simplement qu'un communiqué de l'évêque de Santander (Espagne) à ses frères dans l'Épiscopat sur les apparitions supposées de la Très Sainte Vierge à San Sebastian de Garabandal, a été envoyé par les soins de la Secrétairerie d'État elle-même à toutes les nonciatures, qui l'ont fait parvenir aux évêques de l'Église tout entière, avec pour but de mettre un point final aux discussions qui se sont élevées au sujet des apparitions supposées de Garabandal (DC 1970 n° 1564) et d'alerter les évêques sur l'interdiction des manifestations de piété dont ces apparitions sont l'origine.

¤ le Saint-Suaire de Turin : Jésus lui-même a parlé ! "Que l'on sache que Mon Saint Suaire est absolument authentique : C'est Celui-là même qui M'a recouvert". Là encore, on passe allègrement sur les décisions prises à ce sujet par l'Evêque du lieu, après ample consultation d'experts.

¤ Medjugorje : on en parle comme si les phénomènes étaient reconnus par l'Eglise. Il est d'ailleurs frappant qu'une révélation vient toujours à la rescousse d'une autre révélation, en court-circuitant tous les responsables de l'Eglise. Les phénomènes se cautionnent les uns les autres : Garabandal est complété par Vassula qui est confirmée par Medjugorje, etc... Tout est prouvé par tout : c'est le cercle du merveilleux.

¤ Myrna la stigmatisée de Soufanieh (Damas).

¤ On fait encore appel à des exorcistes : mais figurent-ils sur la liste des exorcistes officiels et mandatés par leurs évêques respectifs ?

Et cet attrait du merveilleux est intensément alimenté par toute une littérature :

- les revues Chrétiens-Magazines, Stella Maris et autres...

 

La prolifération des apparitions ? "Nous ne sommes pas habilités à décider si Notre-Dame doit apparaître une seule fois ou des centaines de fois" (VPSC73). "Je suis libre de vous envoyer de nouveaux prodiges et de faire de nouvelles merveilles..." (VPSC110) Pourtant, Jésus au chapitre 24 verset 24 de l'évangile selon st Matthieu nous met en garde : "Il surgira... des faux prophètes, qui produiront de grands signes et des prodiges, au point d'abuser, s'il était possible, même les élus". Alors, discernons...

 

II / UN DISCERNEMENT EN EGLISE

La Foi, pour demeurer saine et vigoureuse, requiert d'être reçue, nourrie, approfondie et vécue en fonction de certains critères, déjà fournies dans la Sainte Ecriture, élaborés à travers la Tradition et confirmés par le Magistère.

Or, ces critères traditionnels de discernement nous font mettre le doigt sur un certain nombre d'anomalies dans le phénomène Vassula, anomalies qu'il convient maintenant d'analyser.

 

A) LA PERSONNE DE VASSULA

 

1- Ses antécédents conjugaux

Sous la pression de certains adeptes, Vassula régularise sa situation matrimoniale : le 31.10.90 le couple Ryden fait le rituel du mariage religieux en l'Eglise grecque orthodoxe de Lausanne, conformément à la loi des Eglises Orthodoxes en ce qui concerne un remariage après divorce. Usage paradoxal de la discipline plus souple de l'Eglise orthodoxe, de la part de Vassula, alors que par elle, Jésus déclare : "Obéissez tous à mon pape, quoi qu'il arrive".

 

2- Ses antécédents religieux

Vassula n'a reçu aucune catéchèse. Elle ne pratique aucune religion jusqu'à l'irruption du phénomène de l'écriture automatique (au Bangladesh fin novembre 1985). "Un jour, Il m'a dit: "J'aimerais que tu apprennes à entendre Ma voix : la voix intérieure". Et en six semaines, j'ai appris à entendre Sa voix" (VPSC31/32).

 

3- Son indétermination confessionnelle

Vassula, bien qu'officiellement grecque orthodoxe, n'adhère à aucune confession religieuse spécifique. Elle en appelle à la juridiction orthodoxe en matière matrimoniale, mais elle "partage intégralement toute la foi catholique", "ce qui lui vaut des attaques de certains orthodoxes" (QEV24). Mais on nous avertit bien qu'"elle n'est pas officiellement catholique romaine. Elle ne relève donc pas de la juridiction de nos autorités ecclésiastiques... Les Catholiques, même les prélats catholiques, devraient avoir la prudence de ne pas interférer ici sur la juridiction de l'Eglise Orthodoxe Grecque à laquelle appartient Vassula... Mais elle a maintenant une audience catholique internationale..." (VPSC13). "Elle n'est pas catholique, mais transcrit une expérience qui est profondément catholique" (VPSC93). "Jésus et Marie semblent traiter Vassula comme si elle était Catholique" (VPSC139).

C'est décidément une "orthodoxe très catholique". En fait, Vassula a le sentiment d'appartenir au Christ en deçà de l'Eglise et l'Eglise peut en paraître relativisée (QDFS44). Le Seigneur lui-même ne lui a-t-il pas enseigné qu'il était au-dessus de toute confession ? "tu ne leur appartiens pas; tu M'appartiens à Moi... tu dépends de Mon Autorité... Vassula répondit : "Seigneur, oui, nous sommes sous Ton Autorité, mais nous sommes organisés en un système d'appartenance à l'une des communautés chrétiennes, à ce que l'on m'a dit." Jésus répondit : "Tous sont pareils, à Mes yeux. Moi, Je n'ai jamais voulu que Mon Corps soit divisé. C'est vous qui M'avez démembré! Vous avez décidé de Mon Corps! Vous M'avez estropié" (VPSC172-173). En conséquence, "Dis au Saint-Siège que c'est Moi qui t'envoie à eux... s'ils te demandent à quelle communauté tu appartiens, dis-leur que tu appartiens à Moi et que tu es sous Mon Autorité" (VPSC173). Derrière cette indétermination confessionnelle, en fait Vassula échappe à toute juridiction ecclésiale qui puisse vérifier son "charisme". La protagoniste, de partout et nulle part, n'a toujours pas jugé cohérent et salutaire de rejoindre elle-même la famille catholique. Serait-ce là une habile astuce visant à se tenir à l'écart de toute tutelle canonique susceptible de se prononcer sur son cas?

 

4- Sa présentation

La façon de présenter Vassula démontre que ses admirateurs sont sous le charme : "un charme incontestable", précise-t-on; "cette fois, elle était là, longue, digne, avec le visage d'icône mangé par des yeux de jais d'une douceur incroyable, et cette longue chevelure blonde en forme de voile". Sa longue chevelure blonde tombe naturellement comme le Jésus de l'iconographie classique.

 

5- Son caractère

Les réactions que Vassula nous décrit, face aux manifestations, laissent perplexes par leur sentiments de supériorité et d'extraordinaire : "je suis la plus chanceuse du monde, je suis certainement la seule personne au monde qui puisse communiquer de la sorte avec son ange gardien!" croyait-elle au début (VPSC265). Elle est l'élue, la bien-aimée : "tu es Mienne à jamais..." - "Vassula de Ma Passion" (premières pages de VPSC) - "âme de Ma Passion" - "Vassula de Mon Sacré-Coeur" (VPSC89) - "Ma choisie" (VPSC30) - "Ma Vassula" (VPSC31) - "Le Seigneur l'a... assurée que nul n'a jamais aimé un ange gardien autant qu'elle" (VPSC24) - "le don de Vassula offre un caractère entièrement singulier" (VPSC30) par l'écriture! - elle est la "communicatrice spéciale de la vérité divine" (VPSC34) - "d'une seule voix, les anges chantèrent: "Un heureux événement est près de se produire!" Je comprenais que quel que soit cet événement, il me concernait directement..." (VPSC265) Tout cela sent soit le narcissisme enfantin qui a besoin de tout ramener à soi en croyant être le seul à faire des expériences, soit une certaine paranoïa qui a besoin d'exclusivité et de pouvoirs pour exister. Vassula n'a-t-elle pas été assurée que ses relations absolument privilégiées avec Jésus, à savoir ses messages, dureraient jusqu'à sa mort!

 

6- Son affectivité

Les messages sont pleins de débordements affectifs qui posent question : "Même lorsque mon ange gardien m'expliquait les choses du Ciel, j'étais simplement contente d'être avec mon ange" (VPSC25) (elle le cherche comme le Bien-Aimé du Cantique des cantiques). Au sujet de Jésus: "Moi, ton Jésus" - "son coeur sera Mon repose-Tête" (VPSC28) - "Mon enfant, toi et Moi, Moi et toi" (VPSC61) - "Il parle d'offrir Son Coeur dans Sa main." (VPSC84) - "Je prendrai ta main dans la Mienne et la placerai sur Mon Sacré-Coeur. Je te ferai ressentir Mes Battements de Coeur..." (VPSC89). Sentimentalisme aigu, déplacé, pour ne pas dire sensualisme certain.

 

7- Son dolorisme

Le mystère pascal est pour ainsi dire tronqué du fait de l'accent massif mis sur la souffrance et la Passion. Le versant "Résurrection" est absent du décor. On lui préfère les thèmes de la substitution, de la satisfaction, de l'expiation et de la réparation, préférence qui n'est pas psychologiquement sans ambiguïté. "Si tu me sers, je révélerai en toi rien que la Passion." "Vassula, Ma Vassula, victime de Mon Ame, victime de Mon Coeur, supporte Mes Souffrances et partage-les avec Moi. Bois de Mon Calice et sens ceux qui me flagellent... Je t'ai choisie pour être la victime de Mon Coeur Sanglant par tous les chagrins dont le tien est capable" (VPSC82). "Ma fille, suis Mes empreintes maculées de Sang..." (VPSC156) "Vassula a eu depuis le 17 juin de cette année le sentiment au pied droit d'une douleur intense comme si elle était causée par un clou... vu dans une de ses mains une tache rouge, qui n'a pas duré longtemps" (VPSC240). Ne dit-on pas qu'elle revit la crucifixion ? "Depuis de nombreuses années, Vassula a dû endurer la Passion du Christ, particulièrement les vendredis. Ce fut une expérience émouvante d'être témoin de ce supplice d'amour, de l'identification au Sauveur dans Son Sacrifice Rédempteur. La générosité et la coopération furent totales de la part de la victime" (VPSC37). "A 6 heures 30 du matin, je suis allée recevoir la sainte Eucharistie, comme Jésus me l'a demandé... j'ai reçu le pain et je l'ai senti dans la bouche comme un lambeau de chair déchiquetée par la flagellation" (18 mai 1986). Ces transes extatiques se sont même déroulées en public et ont pu être enregistrées en vidéo. Cela ne sent-il pas le voyeurisme ?

 

* avec le problème de la souffrance de Jésus :

"Mon Jésus, en disant tout cela a pris la voix d'une victime, épuisé, implorant, comme s'Il dépendait de nous, comme un prisonnier allant à la porte de sa cellule et demandant au garde par la petite ouverture combien de temps encore durera sa sentence jusqu'au jour de sa libération (note de Vassula)" (VPSC181).

 

B) LES MESSAGES DE VASSULA

Le titre donné au message est "La vraie vie en Dieu". Le qualificatif employé peut déjà poser question : "vraie". Jusque-là, tout était-il donc faux ?

 

1- LE PROCEDE

 

¤ DIEU EN DIRECT... SANS MEDIATION

C'est "une expérience directe du divin" (premières pages de VPSC). "Il y a maintenant un lien de communication directe entre la Vierge Marie et Vassula" (VPSC134). Et comme Vassula n'a pas le temps de lire, Dieu lui explique tout lui-même (les livres d'Ezéchiel, de l'Apocalypse, etc...). Vassula interroge, le Seigneur répond toujours. C'est même lui qui organise sa vie, ses voyages : "A partir de maintenant, c'est Moi qui organiserai et te donnerai le programme de Mes Réunions. C'est Moi qui te dicterai ce que tu diras. Le programme te sera donné d'En Haut" (VPSC33). Pour ses auditeurs, s'ils obéissent : "soudain les choses Célestes deviendront visibles dans vos coeurs, et Mon Royaume jamais vu jusqu'alors par les coeurs, deviendra visible et limpide comme le cristal, dans toute Sa Gloire." (VPSC114) Même la parole n'est plus nécessaire, même les formules de prière sont surannées : "Il préfère les prières spontanées du coeur; c'est le coeur qui compte, ce n'est pas la parole" (QDFS98). Or, comme nous le rappelle le Père Michel COLONI, Evêque de Dijon, dans un éditorial intitulé "Comment Dieu nous parle" paru dans la revue diocésaine "Eglise en Côte d'Or" du 9 mars 1995: "Pour répondre à l'appel de Dieu, pour prier - un chrétien sait que par lui-même il balbutie comme un enfant - il lui faut apprendre le langage de Dieu, et c'est encore avec les mots de la Bible, avec les Psaumes qu'il fait cet apprentissage pour devenir le partenaire familier de Celui qui l'a apostrophé... rien ne vaut les mots inspirés par Dieu aux psalmistes, aux prophètes, aux apôtres, et que l'Eglise propose de siècle en siècle..."

 

¤ PAR ECRITURE AUTOMATIQUE

Comme pour le fondamentalisme évangélique (pentecôtisme, baptisme, etc...), Vassula est en quelque sorte le stylo ou la secrétaire de Jésus. C'est Dieu lui-même qui écrit : "Un jour (fin novembre 1985), Vassula écrivait une liste d'achats. Elle sentit sa main trembler puis elle se vit écrire quelque chose d'entièrement différent. Elle écrivait sous l'influence de quelqu'un d'autre." (VPSC24) La dictée est reçue à la cadence de 4 à 6 heures par jour (parfois 9 heures), à la manière d'une drogue : "Y a-t-il des jours où vous n'avez pas de message du tout ? Non, quand ce ne serait que 3 mn. Je ne saurais m'en passer". Il ne s'agit pas de son écriture, mais de celle de quelqu'un d'autre. Lorsque Vassula devient un libre instrument, son écriture change. L'écriture devient haute, droite, empreinte d'un équilibre, et d'une sérénité supérieure, nous dit-on (QEV33). Lorsque Vassula recopie en vue de l'édition, sa main est de nouveau mue d'en haut et reprend l'écriture "hiératique" (et non automatique !). Enfin Jésus ajoute parfois un développement ou une précision à l'édition définitive. Il peut s'agir de la même manière de dessins : coeurs, poissons... (VPSC32) Dessins en fait analogues à ceux qui ont cours dans le contexte des phénomènes spirites.

 

* Analyse graphologique

On nous dit qu'il ne s'agit pas d'une écriture automatique mais d'une "écriture hiératique". Vassula est comme une secrétaire des Paroles de Jésus. Le Père O'Caroll affirme : "Ce qui rend le cas de Vassula si singulier, c'est le fait que même son écriture est directement contrôlée par le Seigneur. Nous avons le récit d'une expérience mystique avec la garantie que le Christ y est engagé jusqu'à l'action physique de mettre les mots sur le papier..."(QEV46) avec une telle force que le crayon se casse... Un graphologue a parlé de "force tellurique formidable".

Le Père O'Caroll affirme que "l'écriture automatique est sans rapport avec le credo préétabli de celui ou celle qui écrit, et n'est pas un exercice de la liberté personnelle. L'écriture automatique ne procède pas d'un ensemble d'idées entièrement surnaturel, relié directement au Sauveur de l'humanité, Notre Seigneur Jésus Christ. L'écriture automatique ignore toute relation sensible avec la Mère de Dieu, avec la société angélique, ne mène jamais à un approfondissement de la foi chrétienne, à l'espérance et à l'amour..." (VPSC41) Mais sans doute n'est-il pas au courant des "messages" écrits selon ce procédé par des mères même chrétiennes qui ont perdu un enfant, une Madame de Jouvenel par exemple ? sans doute n'a-t-il pas entendu parler du livre "Dialogue avec l'ange", et de l'abondante littérature fournie par le spiritisme appelé de façon plus moderne "channelling" dans l'univers du Nouvel Age ? Or, l'écriture automatique, y compris dans les cas où le contenu des messages serait dépourvu de toute erreur doctrinale, a déjà fait l'objet d'une condamnation formelle de la part de la Sacrée Congrégation du St Office en date du 30.3.1898, suivie en 1917 d'une condamnation tout aussi formelle de la médiumnité et du spiritisme. Par ailleurs, la science psychiatrique connaît bien ce phénomène.

 

¤ L'ABSENCE DE LIBERTE DE LA SECRETAIRE

* En ce qui concerne les messages : ce n'est donc plus son écriture. C'est une dictée, mot après mot. Jésus s'occupe même des corrections : "D'autres fois, Il me donne tout le paragraphe en même temps, et j'ai à me débrouiller pour l'écrire avant de l'avoir oublié. Mais si je l'oublie, Il me rappelle le mot que j'ai sauté" (VPSC31/32). C'est exactement ainsi que les groupes fondamentalistes évangéliques estiment que la Parole de Dieu a été dictée à l'écrivain sacré réduit au rôle de stylo ! Il est assez étonnant dans ces conditions de constater dans les Evangiles par exemple, non seulement des traits spécifiques aux évangélistes, mais encore des contradictions! Or, la constitution Dei Verbum n°11 nous rappelle que la parole inspirée a deux auteurs, Dieu et l'homme.

* En ce qui concerne sa vie : "Il" (Jésus) m'a demandé de ne pas faire un pas sans lui demander". L'Alliance entre Dieu et l'homme s'exprime-t-elle tout à fait ainsi ? Qui plus est "Un jour, il ("Jésus") m'a invitée à me confesser, j'étais contre. Je voulais effacer la phrase commencée, et il m'a bloquée la main. C'était comme si le crayon était tombé dans un trou. Alors, j'ai poussé avec l'autre main que je sentais plus libre. Et le crayon n'a fait qu'un tour dans ma main, il a sauté, et ma main s'est renversée en arrière" (VPSC32). Quel est donc ce Dieu qui ne respecte pas la liberté de ses fils ? On retrouve la même conception dans ce message concernant nos frères protestants : "Beaucoup de Mes disciples, qui se sont complètement isolés sous le nom de Luther, doivent retourner à Pierre... Je les mettrai à genoux pour vénérer Ma Mère... Je les inclinerai!... je les plierai..." (VPSC132/131)

 

¤ CONCORDISME

En fait, les messages reprennent souvent des passages des Ecritures non pas en les citant, mais en les adaptant, voire en les actualisant : "Demande à voir Mon bien-aimé Pape Jean-Paul. Lui ne fera aucune distinction. Vassula, dis-lui ceci: "Bien-aimé, Moi le Seigneur, Je Me tiens à ta porte et Je frappe; M'entendras-tu, t'appeler ? et Je partagerai ton repas côte à côte avec toi. Révèle-toi victorieux et Je te ferai partager Mon Trône; écoute-Moi, écoute ce que l'Esprit dit aux Eglises" (VPSC173). "Les Ecritures doivent s'accomplir. Tu vois qu'il est écrit (Ap 11.7) que la bête qui sort de l'Abîme s'apprête à faire la guerre contre les Deux Lampes qui se tiennent devant le Seigneur du monde, ces Deux Témoins qui représentent Mon Corps et sont Mon Corps" (VPSC163).

 

2- LES AUTEURS DES MESSAGES

 

¤ LES INTERLOCUTEURS

* Pendant les deux premiers mois, c'est l'ange gardien nommé Daniel qui lui apparaît et lui parle (intérieurement). Parfois avec une multitude d'anges des différents choeurs (VPSC265).

* Puis Dieu lui-même intervient, mais "Lorsque Dieu m'a approchée, prenant la place de mon ange, je fus en un certain sens désappointée" (VPSC26). Vassula précise même que le changement de personne s'est fait par "le travers d'une substitution incognito"...

* Vassula rencontre également des âmes du Purgatoire : "Je sentis quelques âmes m'approcher, quémandant auprès de moi des prières et des bénédictions. Je priai pour elle et les bénis. Puis elles me demandèrent de les bénir avec de l'eau bénite... je les bénis en les aspergeant d'eau bénite... " (VPSC26)

* A un moment, Vassula est laissée totalement à elle-même : "Ma Sagesse a ordonné à ton ange gardien de te quitter pour te laisser affronter seule le désert" (VPSC28), comme si la grâce du Seigneur pouvait nous laisser orphelins !

* Elle a été visitée par d'autres saints personnages : la Vierge Marie, François d'Assise, Padre Pio, l'archange Michel, etc, de même que par le démon.

* Puis Vassula entre en relation avec la Trinité. Chaque personne lui parle directement : c'est unique dans la spiritualité catholique, précise le Père O'Caroll ! "Mon enfant!" ainsi résonna pleine de joie la Voix du Père à travers le Ciel". Après cela, c'est le Fils qui parle et Il est suivi d'un message du Saint Esprit" (VPSC220).

 

¤ le Père :

"Le Père parle directement à Vassula." - "Puis Dieu le Père est venu, Yahvé. Il m'a demandé de prier le Notre Père...(QDFS93) "...Il m'a donné le charisme de pouvoir L'entendre... Il m'a donné la faculté de sentir si Son Coeur est triste ou joyeux, ou mécontent de moi. Il me donne cette grâce. Mais tout le temps..." "Dans les messages qu'Il donne à Vassula, nous atteignons un sommet lorsque nous étudions la révélation qu'Il fait du Père, lorsque nous tombons sur les paroles dites à Vassula par le Père... Ces prières constituent maintenant un trésor unique de la piété chrétienne, au meilleur sens du terme." (VPSC219) Sommet ? Révélation ? Excès de langage fort regrettable en terre chrétienne ! D'autant plus que la Parole de Dieu nous invite à la discrétion et à la pauvreté de coeur : "Nul n'a jamais vu Dieu" (Jn1, 18).

 

¤ Jésus :

Ce "Jésus", Vassula ne se limite pas à l'entendre intérieurement, mais elle en décèle aussi les traits. La curiosité de certains croyants y trouverait son compte : "Beaucoup ont, avec plus ou moins de succès, entrepris la même tâche sur les récits des Evangiles. Ils ne peuvent jamais en être entièrement satisfaits car Sa Personne reste énigmatique, mystérieuse. Il surprend à bien des égards tandis que nous Le suivons à travers les pages de Vassula. Il est si intensément humain, de façon si consolante, sensible à ses besoins, attentif à sa capacité à répondre à Ses désirs, jamais rude dans les face à face, si gentil, si prodigue en miséricorde et en compassion, ferme et lucide dans Sa vision globale des choses divines et humaines, pénétrant dans Ses inspirations sur les forces du mal..." (VPSC95) Les messages de Vassula seraient-ils donc un cinquième évangile destiné à nous expliquer les Ecritures ?

 

¤ l'Esprit-Saint

Lorsque Vassula parle de l'Esprit, il est frappant de constater la confusion de son vocabulaire : en fait elle attribue à l'Esprit-Saint des expressions que les Ecritures réservent au Fils de Dieu : "Mon Saint Esprit... est la Pierre Angulaire de Mon Eglise..." (VPSC243) - "Mon Saint Esprit vous épousera pour que vous deveniez Son épouse (Ap 21.2)" (VPSC114).

 

¤ Confusion des Personnes

On retrouve confusément, pêle-mêle, aussi bien : Dieu, Yahvé, le Père, le Fils, le Saint-Esprit, l'Esprit, le Seigneur, le Christ, Jésus, le Sacré-Coeur..., séparés, reliés, unis, fusionnés, confondus... "Je suis la Trinité" (dit Jésus)- "Le Père et Moi nous sommes Un et le même" (15 février, 29 mars et 26 juillet 1989). "Je suis le Père et le Fils, comprends-tu maintenant ? Je suis Un, Je suis tout en Un" (2/3/87). Jésus demande à Vassula : "Appelle-Moi Abba" (QDFS41) ou lui déclare : "l'Esprit Saint et Moi sommes Un et le Même!" (VPSC61 & 105). Ou bien encore, le Père donne un message à Vassula : "... révèle à chacun avec amour Ma Sainte Face!" (VPSC221). Cette confuse inclination à jouer sur toute la gamme des nominatifs et de leurs rapports, laisse sous-entendre que les distinctions hypostatiques au sein du Dieu trinitaire seraient, somme toute, relatives, accessoires, illusoires, et se ramèneraient à un fond moniste identique en lui-même, entendu : "l'Esprit" mis à toutes les sauces. Disons que nous avons là une doctrine trinitaire un peu flottante !

 

3- LE CONTENU DES MESSAGES

 

¤ QUELLE EGLISE ?

Nous l'avions déjà compris : l'Apostasie règne dans l'Eglise. Et les références données pour preuve sont les ouvrages de Michel de St Pierre... Seul Jean-Paul II aurait grâce aux yeux de Jésus. D'ailleurs, dans ces messages, l'Eglise est définie comme "la religion catholique qui est dirigée par le pape"; "le Pape est l'ultime gardien de la doctrine" (VPSC18). Et les messages ne manquent pas de critiquer "ceux qui s'opposent à lui, même parmi le clergé" (VPSC17). C'est oublier un peu vite comment "quand Céphas (Pierre) vint à Antioche", Paul lui résista en face, "parce qu'il s'était donné tort" (Galates 2, 11) ! Rappelons simplement la définition de l'Eglise donnée par la constitution "Lumen Gentium" au paragraphe 22 : "...De même que saint Pierre et les autres apôtres constituent, de par l'institution du Seigneur, un seul collège apostolique, semblablement le Pontife romain, successeur de Pierre et les évêques successeurs des apôtres, forment entre eux un tout..."

Mais selon Vassula, tous, y compris nos frères protestants et orthodoxes, doivent marcher sous la bannière papale. "Ma Maison gît en ruine, réduite en décombres par le Rationalisme, la Désobéissance et la Vanité... L'Obéissance manque. J'ai donné Ma houlette de berger entièrement à Pierre... mais..." (VPSC67)... "ils méprisent Mon Pierre et l'autorité que Je lui ai Moi-Même donnée sur tous Mes agneaux" (VPSC131)... "pour suivre les suggestions de Satan" (QEV70).

A coup de dédicace et d'audience papale (pourtant on sait combien il est facile au cours d'une audience générale de se faire photographier avec le Pape !), on s'arroge tranquillement une caution papale : "ce livre est dédié au Pape Jean-Paul II afin de marquer la frappante similitude entre son enseignement et le message de Vassula et pour souligner combien celle-ci prend la défense de la primauté universelle du successeur de Pierre" (dédicace du livre O'Caroll).

Par ailleurs, on ne peut manquer de s'étonner devant le mauvais goût de certains messages concernant Pierre : "... j'ai senti que Notre Sainte Mère avait un faible pour Son "Petro" (note de Vassula)... "Mon Petro tant bien-aimé ?" (VPSC195)

Ces propos vont à l'encontre de ce que nous professons dans le Credo : l'Eglise est sainte, même si elle est composée d'hommes pécheurs, et tous nous le sommes. Elle est assurée de l'assistance de l'Esprit-Saint ("je suis avec tous les jours jusqu'à la fin des temps"); quant aux vrais "prophètes", ils se situent toujours dans l'Eglise qu'ils aiment, et non en-dehors ou au-dessus.

 

¤ QUELLE UNITE ?

"Le message de Vassula, c'est l'unité des chrétiens. Sa mission est de la promouvoir, moins par le dialogue que par le fond : par l'amour et la conversion intérieure, autour de Pierre et de son successeur Jean-Paul II, fils de prédilection (QUV16). Cette unité devrait donc être :

* une unité catholique romaine : "Je rendrai entièrement sa Chaire à Pierre (Réalisant ainsi l'Unité des Eglises)" (QEV43)... ce qui mettra fin à ce qui est qualifié d' "excès d'ouverture, là où les catholiques se font protestants avec les protestants..." !

* une unité sans vague : "Pourquoi se combattre dans Mon Eglise ? Pourquoi ces querelles en Ma Présence ?" (VPSC176). Belle méconnaissance de l'histoire de l'Eglise et du réalisme de l'incarnation. Unité ou unification comme dans les sectes ?

* une unité magique : "Laissez-Moi vous dire que dans très peu de temps, il y aura un seul troupeau et un seul berger" (VPSC175). "Un jour, Mon Royaume sur terre sera comme il est au Ciel. Mon Eglise sera unie et bénie, car tous Mes fidèles se comprendront les uns les autres... le jour viendra, et ce jour est très proche, où Mon Eglise parlera un seul langage" (VPSC171). N'est-ce pas fuir le labeur de toute communion ?

* dans la méconnaissance de tout le travail oecuménique déjà accompli, celui-ci étant d'ailleurs taxé de "faux oecuménisme" (VPSC92).

* On peut se demander enfin quelle est cette mission oecuménique revendiquée par Vassula et qui fait grincer tellement de dents : des frères grecs ne l'accusent-ils pas d'être payée par les catholiques pour raconter ce qu'elle raconte ?

 

¤ QUELLE CONCEPTION DU MONDE ET DU TEMPS ?

Nous sommes à la fin d'une époque, nous dit-on. C'est vrai que nous arrivons à l'an 2000, et que de telles échéances ont toujours alimenté dans l'histoire l'imaginaire et les angoisses des gens! Mais explique-t-on, "A propos de notre époque...la décadence est pleinement apparente" (VPSC 11) :

* Le monde est obscurci par Satan, "sous ses ailes" (QEV70). "Jamais la Création de Dieu n'est tombée aussi bas, même pas aux jours de Sodome et Gomorrhe" (VPSC59). Or, faire un peu d'histoire relativise beaucoup ce genre de propos !

* L'âme de Vassula se réfugie dans le Coeur de Jésus, tandis que son corps est contraint de vivre dans ce monde mauvais. Jésus exprimait sa commisération à Vassula : "Mon Coeur se fend et se lacère de te voir parmi tout ce mal. Comprends, Mon enfant, que c'est un sacrifice pour Moi de te voir parmi les impies..." (VPSC52) On croirait lire la littérature des Témoins de Jéhovah : le monde est mauvais, les purs ne doivent pas s'y souiller. Nous voici très loin de la véritable spiritualité chrétienne exprimée par st Jean par exemple : Dieu a tellement aimé le monde qu'Il lui a donné son Fils Unique, Emmanuel, Dieu-avec-nous pour toujours, Dieu qui ne perd pas coeur à notre table ! Et attention aux spiritualités désincarnées qui méconnaissent si tragiquement l'unité de l'homme physique, psychique, culturel, religieux et spirituel. Attention à la recherche de la "perfection de l'âme" qui risque d'ignorer l'éthique concrète constitutive de la foi chrétienne : "ce que vous avez fait aux plus petits d'entre les miens, c'est à Moi que vous l'avez fait !"...

 

- Satan

"Satan vous a détournés de la vérité" (QEV71). "Satan et tout son empire(...) sont en train d'accéder au sommet de leur puissance dans Mon Eglise et dans toutes les nations. Ils sont armés jusqu'aux dents pour faire la guerre à Mon Eglise et à tous ceux qui obéissent à Mes Commandements." (VPSC107) Le Mauvais est toujours à l'extérieur, c'est toujours les autres... comme chez les Témoins de Jéhovah !

 

- le châtiment

Mais "maintenant les jours sont comptés" (VPSC31). "Il me reste peu de temps maintenant: ces temps de Miséricorde et de Grâce sont presque finis" (VPSC231), "les jours d'expiation ont commencé, les jours de représailles sont là" (VPSC59). "Il Me reste maintenant très peu de temps avant que la Main de Mon Père frappe cette génération..." (VPSC119), "elle entendit Jésus parler d'éclater de colère, dans Sa Justice, contre Sa création qui est devenue "dans sa décadence, une réplique de ce que fut Sodome" (VPSC134). "Les jours sont maintenant comptés; il ne reste plus beaucoup de temps et la grâce qui a enveloppé l'humanité va prendre fin abruptement et tout ce qu'il y a de plus soudainement..." Qu'est-ce donc que ce langage plein du prétendu courroux de Dieu ? On s'empresse de nous assurer que Dieu est tendresse et miséricorde; mais ces sentiments seraient-ils sélectifs ? Comment peut-on encore tenir pareil langage devant Jésus-Christ, le Fils Unique du Père, notre Frère, venu nous révéler Dieu sous les traits du père de l'enfant prodigue par exemple ?!

 

* la fin d'une époque ou la fin des temps ?

On nous dit que Vassula ne prédit pas la fin des temps mais la fin d'une époque. Pourtant les mots employés sont clairs : "... la fin des Temps est proche" (VPSC134). "Vas-tu reconnaître, en ces derniers jours avant le jour de Rétribution... ce seront mes derniers avertissements" (VPSC232). Ces expressions sont dignes elles-aussi de l'Harmaguédon des Témoins de Jéhovah.

 

¤ APOCALYPSE 21

De la même façon, le programme des événements est établi. Après la purification humaine de la Fin des Temps, le chapitre 21 de l'Apocalypse se réalise, avec le temps de l'Esprit et le Retour du Seigneur : "Je changerai la surface de cette terre en une Terre nouvelle, divine et prospère et le monde d'aujourd'hui aura disparu... Vous êtes Ma Cité Sainte... Ma Nouvelle Jérusalem" (VPSC113). "Les Nouveaux Cieux et la Nouvelle terre sont bientôt sur vous" (VPSC120)... "la Russie sera la première à faire le pas vers l'Unité. Lorsque toutes les Eglises seront unies, la seconde partie de la prière du Christ sera également accomplie. Le monde entier sera converti et ce sera le commencement du chapitre 21 de l'Apocalypse: les "Nouveaux Cieux" et la "Terre Nouvelle". "Aujourd'hui Je vous invite tous à prier avec ferveur pour le renouveau de l'Eglise, pour la seconde Venue du Seigneur : pour la seconde Pentecôte. C'est pourquoi Jésus et Moi venons aujourd'hui en différentes contrées afin de vous préparer tous à cette Venue. Priez... afin que chacun puisse être prêt pour le Retour du Seigneur" (VPSC144).

 

¤ LE TEMPS DE L'ESPRIT :

"C'est le temps de l'Esprit-Saint". Maintenant au seuil de la "nouvelle Pentecôte" nous nous apprêterions à inaugurer "le temps de l'Esprit Saint"; "Avant c'était le temps du Père, avec les prophètes. Ensuite, le temps de Jésus qui s'est manifesté en plénitude. Maintenant, c'est l'Esprit. Il faut compléter la Trinité avant la fin des temps. Parce qu'après la fin des temps, ce sera l'ère de l'Esprit. Sur toute l'humanité, il y aura la plénitude de l'Esprit Saint, nous dit-on. En fait, cette théorie du "temps de l'Esprit" n'est que la reprise de la vieille hérésie du "Troisième Règne" ou "Règne de l'Esprit" (IIè siècle) développée en particulier par un Joachim de Flore au XIIème siècle.

 

¤ la seconde Pentecôte :

"Je reviendrai (note de Vassula: Ce sera la seconde Pentecôte : l'effusion de l'Esprit -Joël 3)" (VPSC114). "L'heure est arrivée, et nul ne peut empêcher cette heure de Mon Saint Esprit. Lorsque vous verrez le monde se désintégrer sous vos pieds..., sachez que ces signes sont le commencement de l'effusion de Mon Saint Esprit" (VPSC115). Vassula fait référence au passage de Joël qui annonce l'effusion universelle de l'Esprit-Saint. Là encore une confusion est entretenue dans le coeur des fidèles. Cette effusion universelle annoncée par Joël, la Tradition en voit la réalisation au jour de la Pentecôte, où l'Esprit est répandu, libéré, parmi toutes les nations. Les temps sont déjà accomplis.

Par ailleurs, Vassula et ses compagnons font une subtile acrobatie pour ne pas trop heurter quand même un public qui serait réticent à rejeter au moins théoriquement le Concile Vatican II. Tout au long des messages, on fait donc référence à l'expression "Vatican II" tout en condamnant les fruits de ce concile. Et on nous explique que "le Pape Jean XXIII... espérait que son Concile, Vatican II, annoncerait une seconde Pentecôte. Pourquoi cet espoir ne fut pas satisfait est... une histoire compliquée dans laquelle il ne faut pas oublier, comme élément d'évaluation, le manque d'attention des pères du Concile pour l'Esprit-Saint" (VPSC144). Et dans le chapitre 2 intitulé "L'apostasie", page 43, on peut lire : "Les événements prirent soudainement et inexplicablement un tournant vers le bas (après Vatican II)... "ce qui arriva en bien des endroits fut quelque chose d'apparenté à la destruction... Pour la France, un auteur, Michel de Saint-Pierre, dont la nouvelle "Les nouveaux prêtres" avait exprimé une remarquable prescience de la situation, publia alors deux livres qui étaient des dossiers irréfutables, "Les fumées de Satan" et "Le ver est dans le fruit", registres d'altérations de la liturgie absolument inexcusables" (VPSC44). Voilà de quoi noyauter trop de réforme !

Et on n'hésite pas à s'approprier la pensée de Jean-Paul II sur la nouvelle évangélisation, avec en plus un message spécial de Jésus pour la France en date des 24/25 XI 1994 : Dieu est à la recherche de sa Fille aînée... Mais la Russie est aujourd'hui sa privilégiée : Dieu a "de grands projets sur la Russie. C'est de ce pays que repartira le grand réveil." Le secret de Fatima entretient l'imaginaire. Il est frappant de constater à cet égard combien de groupuscules sectaires se sont raccrochés aux apparitions de Fatima pour en faire une sorte de mythe capable de tenir en haleine les déçus des temps modernes. La nouvelle évangélisation a besoin bien entendu de soldats; qu'on n'oublie pas là encore les instincts guerriers développés dans certaines sectes de sensibilité chrétienne avec leurs moines-soldats. Il s'agit de convertir le monde : "les âmes que vous convertissez" (VPSC111). Je croyais que Dieu seul convertissait...

 

¤ LES ARMES DE CETTE CONQUETE ? 

* l'amour, quel amour ?

"Contente Mon Fils plus encore en Lui offrant des âmes afin qu'Il les sauve" (VPSC143). Alors que Vassula a vécu plusieurs années en Afrique Noire et au Bangladesh, il semble bien que son Amour ne concerne jamais les pauvres, les exclus, les affamés... et pourtant dans l'Evangile, Jésus s'identifie à eux. Le souci du monde qui apparaît dans cette spiritualité est totalement désincarné et individualiste. Il s'agit toujours de sauver son âme en oubliant que le Seigneur nous a placés au jardin de la création pour le faire fructifier dans la justice. Comment peut-on parler de Dieu à des ventres qui ont faim, à des dignités écrasées et humiliées ! "Prions pour la paix et l'amour dans l'Eglise. C'est plus urgent encore que de prier pour les catastrophes qui menacent le monde pécheur" (QEV75). L'Eglise serait-elle donc une arche de salut du genre "sauve-qui-peut" ?

 * la dévotion aux Deux Coeurs : un complément de Révélation

Ce pieux amour est nourrit essentiellement de la dévotion aux Deux Coeurs. La symbolique du Coeur de Jésus appartient bien à la spiritualité de l'Eglise, mais pas de n'importe quelle manière. On nous fait croire par dessus le marché que Vassula est le prophète de l'alliance des coeurs de Jésus et de Marie. "(L'Alliance des deux Coeurs) est la pulsation vitale de l'humanité. Elle était partiellement révélée, et connue jusqu'ici de façon fragmentaire et salutaire. Dans sa plénitude, que nous espérons de la condescendance divine, elle fournira un soutien essentiel à tous ceux qui l'assimileront dans leurs vies." (VPSC164) C'est oublier la Médaille Miraculeuse de la rue du Bac. Il convient là encore de faire remarquer que beaucoup s'approprie le Coeur de Jésus : le Front National, l'Abbé de Nantes, par exemple...

 * le merveilleux

"Je manifesterai Mon saint Esprit par des merveilles, par des miracles." (VPSC112)... "méfiez-vous de ces faux maîtres qui vous disent que Mon Saint Esprit ne peut pas descendre accomplir en vous des miracles et des merveilles" (VPSC117). Les miracles sont ainsi les signes par excellence de la présence et de l'action du Saint Esprit. "Les révélations données à Vassula nous appellent tous à plus de foi au surnaturel. Le clergé, en particulier, est invité à se montrer moins sceptique et plus ouvert au surnaturel et aux miracles." Or Dieu, qui est l'intelligence et la sagesse même, ne saurait se permettre, en manipulant les "causes secondes" de verser dans l'arbitraire, la fantaisie ou le caprice, c'est-à-dire de faire n'importe quoi, n'importe quand et n'importe comment, ce qui rendrait l'ordre de la création inintelligible, et par conséquent tout discernement et tout choix impossibles.

De plus, c'est oublier que le Malin, père du mensonge et singe de Dieu, est habile à travestir la vérité, à tirer les ficelles, à faire pression sur l'imagination, les émotions et la sensibilité, pour faire illusion; il peut ainsi donner le change en suscitant des prodiges et des prestiges susceptibles d'en duper plus d'un, "d'abuser, si possible, même les élus" (Mt 24, 24), afin de mieux faire servir sa cause: la perte et, en définitive, la négation de l'humain. Et St Jean de la Croix, Docteur de l'Eglise, nous avertit dans "la montée du Carmel" au Livre II chapitre X : "... Aussi le démon est-il très satisfait quand il rencontre une âme qui désire des révélations ou s'y porte. Il a alors une occasion facile de lui suggérer ses erreurs et de la détourner de la foi autant qu'il le pourra. Car, ainsi que je l'ai dit, cette âme qui désire les révélations se met dans une disposition très contraire à la foi et s'attire beaucoup de tentations et de dangers". Il y a de plus risque de remplacer la lecture et la méditation de la Révélation, de la Parole de Dieu, par les récits et les messages. Comparés à nos fondements scripturaires, ces textes somme toute, moins hiératiques, moins dépouillés, plus colorés, plus près de nos sensibilités, de nos aspirations et de nos préoccupations de l'heure, se révèlent plus susceptibles de satisfaire notre curiosité et de confirmer notre façon subjectiviste de concevoir et de considérer les choses. A titre de prévention, particulièrement à une époque de bouleversements sans précédents et dans un contexte friand de phénomènes comme le nôtre, il faut donc éviter d'entretenir ou de cultiver, en soi et chez les autres, l'attrait et la quête du merveilleux, le réflexe du voyeur/spectateur/consommateur toujours à l'affût de la nouveauté, du divertissement, de la distraction, y compris à saveur religieuse. Une vraie éducation humaine et spirituelle consiste à assainir les couches de l'âme où le Malin a beau jeu: l'imagination, les émotions, la sensibilité; à limiter l'engouement pour le merveilleux, en informant et en démontrant qu'il est le plus souvent piégé à bien des égards en tant qu'il constitue une source de diversion, de confusion, d'idolâtrie, un obstacle, un frein, face à un authentique cheminement de foi en Christ et en son Eglise. De ce fait, il convient de veiller à modérer et à contrôler les appétits en la matière, à se dégager d'un penchant naturel vers la curiosité et les curiosités, de l'attrait de la nouveauté, du sensationnel, de l'exceptionnel, voire du bizarre, de l'aspiration à s'en remettre à quelqu'un qui a réponse à tout, à se détacher du besoin de signes, de conseils impératifs, de recettes, de détails cachés, de prédictions parachutés d'ailleurs. Le vrai miracle est de marcher debout sur la terre.

 

¤ UN COURANT "CONSERVATEUR"

En fait, le phénomène "Vassula" est sociologiquement très typé. Il est alimenté par des personnes déstabilisées par le grand souffle du Concile Vatican II et heurtées par certains excès et certaines maladresses propres d'ailleurs à toute période de changement. Tout Concile passe par une phase de transition. "O Pierre, Mon Pierre! Bien-aimé de Mon Ame, ramène Mon troupeau à l'Intégrité!"... "Reviens, reviens, bien-aimé (il est question là de Mgr Lefebvre)..."(VPSC176-177). "Pierre!... demeure ferme. Ils te demanderont des lois qui semblent justes, de traiter chaque âme comme il leur plaît, ces lois-mêmes qui viennent des hommes. Ne les laisse pas te persuader..." (VPSC57).

Voici quelques aveux de trouble : "J'étais profondément troublé... dans un large secteur de l'Eglise, la dévotion au Sacré-coeur était morte..." (VPSC 11). "Depuis l'époque du Pape Léon XIII, la prière bien connue (à Saint Michel Archange) était récitée chaque jour après la Sainte Messe. Elle fut éliminée dans les réformes liturgiques qui suivirent Vatican II. C'est la prière que Jésus a demandé à Vassula de dire tous les jours, ajoutant qu'actuellement, elle est une nécessité."

 

Les références sont rassurantes et les messages attribués à Jésus se font très précis :

* "Il préfère que Sa dictée soit prise à genoux" (VPSC32). La prière selon une autre posture a-t-elle moins de valeur ?

* La confession : "Jésus nous demande d'aller nous confesser. Toutes les trois semaines, si possible. Une fois par mois en tout cas." (QDFS101) La loi de l'Eglise dit au moins une fois par an, tout en invitant bien sûr à une plus grande fréquence.

* "Jeûner deux fois par semaine au pain et à l'eau!" (VPSC293) Est-ce là le jeûne le plus profond?

* "Jésus m'a dit : il n'y a pas de réincarnation". La foi chrétienne le sait bien, mais la pastorale peut-elle se contenter d'un tel raccourci ? sous cette forme, tout effort de réflexion est court-circuité et donc aussi toute possibilité de dialogue et de conviction !

* A la conférence de novembre 1994 à Dijon, il a été répondu à une question de la manière suivante : "Tout avortement est un cadeau fait à Satan". Des témoins ont alors vu une jeune femme quitter la salle en proie au plus grand trouble. Le sens pastoral, qui sait bien que Dieu nous appelle à défendre la vie, ne se permet cependant pas de telle réduction aux conséquences fâcheuses.

* "La haine déchire... la Yougoslavie malgré tout ce qui subsiste de foi en ce pays, religieux et chrétien, malheureusement contraint et persécuté durant 4 siècles par l'occupant musulman" (QEV75) mais "A la fin, les Croates seront délivrés... Dis au père Rupcic que les Croates seront délivrés" (VPSC246-253). Les problèmes internationaux sont-ils si simples ?

 

Certes il convient de reconnaître la valeur du :

-désir d'un recentrage sur Dieu, sur la présence personnelle de Jésus contre un certain activisme,

-besoin d'une religion du coeur faisant leur place à l'intuition, aux sentiments, à l'Amour contre un danger d'intellectualisme, d'abstraction,

- souci de vie intérieure et de sens du sacré,

avec un désir sincère de foi, d'humilité, de conversion et d'unité.

 Mais il ne convient pas de tout mélanger. "Il faut garder "les traditions qui vous ont été enseignées" (VPSC258). Les "traditions" ou la "Tradition" ?

 

 ¤ LES EXTRAVAGANCES

On nous livre ces propos comme preuve de surnaturel, sans trop s'interroger sur la part d'illusions visuelles et surtout d'hystérie :

* "Ils avaient vu, l'un et l'autre, l'image de Jésus et de Marie dans la figure de Vassula pendant qu'elle parlait... J'ai vu sa figure changer et prendre la ressemblance de Jésus barbu... un très fort parfum de roses" (VPSC236-237). Et à Versailles le dernier samedi d'octobre 1992 dans l'Eglise Sainte Jeanne d'Arc : "Vers la fin de la conférence, pendant que tu lisais les messages du Christ, ton visage s'est transformé; tout d'abord il est devenu plus petit, il était rond, blanc comme de la porcelaine avec un petit nez fin... puis il a disparu et j'ai vu apparaître un autre visage avec des moustaches fournies, une barbe, un nez plat et long, les cheveux étant châtains et recouvrant une partie de la joue; ta silhouette s'est transformée, les épaules se sont élargies et arrondies devenant plus développées et légèrement voûtées. Le vêtement était d'une seule pièce comme une robe ou chasuble de moine... J'ai eu à ce moment précis, la conviction de voir le Christ en personne... Jésus ayant le visage identique au Saint Suaire et prêchant à ses disciples... c'était bien lui; ce nez long et comme cassé, ces moustaches, cette barbe, cette silhouette; c'était bien lui, Notre Seigneur, qui était là." - "Devant mes yeux Vassula s'est transformée en Jésus, Marie notre Mère et en d'autres êtres spirituels que je ne pouvais pas reconnaître... j'ai vu des rois et des reines, Jésus à l'âge de dix ans, Jésus à environ treize ans, à des âges différents: j'ai vu des femmes différentes, dont une était, m'a-t-il semblé (être), Sainte Marie-Madeleine..." (VPSC238) C'est méconnaître le phénomène des visions hallucinatoires nourries par des jeux de lumière et de décoration, avec le conditionnement d'une ambiance.

* certains "...à sa vue... sont tombés dans le repos de l'Esprit" (VPSC239) ?

* "... au-dessus de la salle où notre réunion devait avoir lieu... le Soleil tournait visiblement et puis on voyait un immense cercle en couleur, et finalement ce qu'on a pris pour une immense hostie - ceci a été aussi remarquable à Medjugorje" (VPSC240).

* "Il (Satan) m'éclaboussa les doigts d'huile bouillante, exactement là où je tiens mon crayon pour écrire. Immédiatement une ampoule apparut..." (VPSC274)

* Voici enfin deux exemples d'une étonnante chosification du Seigneur :

 "Cette jeune fille... au moment où elle devait sortir de chez elle pour faire des achats, après être descendue et avoir traversé la rue, elle s'est dit: "Ah, j'ai oublié Jésus. J'ai oublié de dire à Jésus de venir." Elle est retournée, elle est remontée dans son appartement, a ouvert la porte et a dit: "Jésus, excuse-moi, je T'ai oublié. Viens avec moi." (QDFS102)

 "...je vois l'heure, parce que j'avais rendez-vous avec ma soeur en ville. Et je Lui dis : 'Jésus, nous devons aller prendre l'autobus pour aller chez ma soeur'. Et Il me dit : 'Allons-y'. Alors, on part. Il y a l'autobus qui arrive. Je rentre, je m'assois, et le siège à côté de moi était toujours vide, parce que le Seigneur était là, assis. Il y a ensuite le conducteur qui vient et me dit : 'Pour les billets ?'et je lui dis : 'Un billet s'il vous plaît'. Je prends le billet et puis je retourne vers Jésus, je Le regarde et je Lui dis : ''Tu vois, on l'a eu; j'ai pris un billet et on est deux' (rires de l'assistance...) Et Il me dit tout étonné : 'Quoi ? qu'est-ce que tu dis ? est-ce qu'on n'est pas uni et un ?' Uni et un, donc on a besoin d'un billet..." (soirée à Dijon et QDFS80)

 

 4- LA MANIPULATION

 * publication des messages :

* Les premiers messages datent de fin novembre 1985 - Or il n'y a eu publication des messages qu'à partir du 20 novembre 1986 (cahier 1) - les messages reçus au cours des 10 premiers mois étaient-ils de caractère extrêmement personnel ? Mais qui a discerné ? et comment ?

* Une partie de l'information apparaît remaniée d'une version à l'autre. Avec omission et remaniement d'un nombre important de messages, suppression de certaines phrases (expurgés et remaniés entre leur réception et leur plus récente édition). "Quand je recopie, Il ("Jésus") me corrige"... Jésus lui prescrit le 5 mars 1987 : "Rassemblez tout ce que je vous ai donné et corrigez-le selon mes instructions, en complétant mes messages. Voulez-vous faire cela pour moi ? Vassula [pour vous aider] je vous envoie quelqu'un que j'éclairerai [il s'agit du Père O'Carrol]. Quand tout sera rassemblé et mis en ordre, moi, Dieu, je le scellerai de ma propre main." (QEV69). C'était nécessaire, paraît-il, afin d'éviter toute méprise ou ambiguïté, que le Seigneur n'avait sans doute pas prévue !

* S'il y a une initiative qui ne saurait être encouragée, c'est bien celle de diffuser sans recul, à vif, pêle-mêle, tout ce qui est susceptible de surgir sur la scène du merveilleux. Mais la tentation est forte de faire mousser un marché aussi lucratif. Surtout par une collection spéciale: "Apparitions et messages mystiques aujourd'hui". Le directeur du journal canadien "L'Informateur catholique" avoue d'ailleurs : "Puis-je constater, au risque de passer pour cynique, que les difficultés de survie de notre journal ne sont pas étrangères à notre décision de souligner fortement ce genre d'événements ?" !

 * Mise en scène des soirées :

Il y a une certaine mise en condition :

- par une longue attente de Vassula, avec récitation du chapelet...

- puis Vassula récite le Notre Père en araméen. Pourquoi ?

- par le décor : "que l'on sache que mon Saint-Suaire est absolument authentique: c'est celui qui m'a recouvert".

- dans une retraite de canadiens du 1er au 5 X 1991 en Suisse: "A Mirabel... nous y concélébrons la messe et nous nous engageons, sur mon invitation en tant qu'animateur spirituel du groupe, à vivre cinq points, efficaces pour la sanctification dans la mesure où on les prend au sérieux. 1. présence de Dieu et plus souvent possible; 2. absence de critique destructive intérieure ou extérieure; 3. absence de plaintes inutiles; 4. être des êtres de services; 5. être des artisans de paix. Les cinq points nous sont distribués sur des signets. Ce sera notre mot de passe. Si quelqu'un ou quelqu'une, dominé par la fatigue, dérangé par l'impatience s'échappe, on n'aura qu'à présenter le signet en souriant, et tout rentrera dans l'ordre" (L'informateur catholique, dossier spécial, vol. X, n°20 du 24 novembre 1991). Un tel procédé relève du chantage spirituel...

- enfin les guérisons.

 

CONCLUSION

Le phénomène Vassula illustre tout à fait ce mouvement actuel d'engouement pour le merveilleux, qui traduit au plan de la foi chrétienne un manque de formation et de maturité.

Il y a par conséquent non seulement légitimité mais devoir du sens critique face au merveilleux, afin d'éviter que "des aveugles soient guidés par des aveugles" (Mt 15,14). En matière de merveilleux, les grands mystiques reconnus de la tradition chrétienne préconisent inlassablement l'attitude suivante: la première réaction doit toujours en être une de rejet; à la rigueur, de méfiance ou alors de prudence; dans les meilleurs cas, la suspension du jugement jusqu'à la décision de l'Eglise est préconisée. Ceci vaut encore davantage à une époque comme la nôtre, caractérisée par l'effervescence de l'ésotéro-occultisme, etc... Nous sommes dans une époque marquée par une recherche du merveilleux et tenté par l'irrationnel.

Par ailleurs, cette pratique de "Dieu parle en direct" en court-circuitant tous les intermédiaires (toutes les médiations) ne risque-t-elle pas de disqualifier L'EXPERIENCE CHRETIENNE ORDINAIRE (Mouroux), une expérience de la foi, fondée sur le témoignage des apôtres, vécue en Eglise. "Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru" ! (Jean 20,29).

Saint Paul nous conseille d'éviter ceux qui "ayant les apparences de la piété" en renient "ce qui en fait la force la force" (2Tm 3, 5), notamment ceux qui divulguent une vision défigurée de Jésus-Christ, de l'homme et du monde.

Une interprétation défigurée aussi de l'Ecriture... C'est la raison pour laquelle nous avons demandé au Père Denis MARION de nous livrer les clés authentiques du livre de l'Apocalypse, si souvent manipulé pour alimenter des courants millénaristes ou ésotériques. Livre méconnu ou trahi, alors qu'il est tellement porteur de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ Vivant pour toujours...

 

 

LECTURE EN EGLISE DE L'APOCALYPSE

par le Père Denis MARION, exégète

Que celui qui a soif vienne, que celui qui le veut reçoive de l'eau vive, gratuitement. (Apoc 22, 17)

 

Six clés pour boire à la source de la "Révélation de Jésus-Christ" (Apoc 1,1)

Beaucoup de chrétiens, et même de prêtres, avouent ne jamais se servir de l'Apocalypse pour nourrir leur foi et soutenir leur prière. Par son contenu étrange et ses images fantastiques, ce livre du Nouveau Testament déroute, rebute. Alors certains l'ignorent, tandis que d'autres l'utilisent, selon les caprices de leur subjectivité, à des fins ésotériques ou millénaristes. Peu de gens savent y découvrir ce qui est annoncé par son titre: la révélation de Jésus-Christ, une Parole de Dieu destinée à soutenir la foi et l'espérance des chrétiens de tous les temps, au long de la période d'épreuve qui prépare la manifestation définitive de la victoire de Dieu.

Et pourtant quelle profondeur d'expérience spirituelle, personnelle et ecclésiale, dans le message inspiré de ce prophète chrétien du 1° siècle, qui relit et actualise les Ecritures anciennes à la lumière de l'événement de Pâques pour soutenir l'espérance de ses frères au milieu d'un environnement très dur. Oui, quelle force de suggestion dans le foisonnement de ces images bibliques! Quel enthousiasme libérateur pour l'oeuvre de Dieu en Jésus-Christ! Nulle part ailleurs, me semble-t-il, dans le Nouveau Testament, il n'est parlé en des termes aussi foisonnants, éblouissants, passionnés, convaincants, de Jésus-Christ, "le témoin fidèle, le premier-né d'entre les morts, le prince des rois de la terre... celui qui nous aime..." 1,5

Alors - gageure un peu folle - risquons-nous à proposer quelques clés qui pourront nous guider dans l'exploration de ce trésor méconnu.

 

Première clé :

L'Apocalypse est UNE LITURGIE COMMUNAUTAIRE

Non, l'Apocalypse n'est point un livre secret, réservé à des initiés 22,10, non plus qu'un livre de menaces et d'épouvante: elle est une source de bonheur pour celui qui en fait la lecture à ses frères et pour tous ceux qui en écoutent le message et s'en pénètrent pour en vivre.

Heureux celui qui lit et ceux qui écoutent la parole de la prophétie et gardent ce qui s'y trouve écrit, car le temps est proche. (1,3)

Une béatitude semblable sera proclamée au terme de la lecture et de l'écoute, 22,7.

Une ouverture liturgique prépare à l'audition du texte. L'officiant bénit l'assemblée au nom du Dieu Trinité 1,4-5a; celle-ci confesse en retour sa foi au Christ Sauveur qui nous aime 1,5b-6; l'officiant énonce le thème du livre: la venue glorieuse du Christ en vue de la conversion des nations 1,7ab; l'assemblée acclame: "Oui, amen!" 1,7c. Alors le Dieu de l'Univers est là présent au milieu de tous, tandis que la lecture se déroulera:

Je suis l'Alpha et l'Oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant (pantocrator). 1,8

Les deux derniers éléments sont la paraphrase en grec du titre solennel du Dieu d'Israël: YHWH SABAOT. On ne lit pas l'Apocalypse dans n'importe quelle disposition, sans se mettre personnellement en présence de Dieu et de son oeuvre.

De la même façon, c'est une liturgie qui clôture le livre en reprenant les éléments de la célébration inaugurale, dans la lumière des promesses de l'Epoux:

* invitation à la conversion avec la béatitude qui y est attachée 22,10.15

* Prière d'attente ardente de l'assemblée: "Amen, viens, Seigneur Jésus!" 22,17-20

* Dernier envoi de l'officiant: "La grâce du Seigneur Jésus soit avec vous tous" 22,21

L'expérience elle-même de Jean le Voyant n'est pas étrangère à la liturgie. Il reçoit ses visions au jour du Seigneur, c'est-à-dire un dimanche, ce jour où l'Eglise s'absorbe dans la commémoration et l'attente du Ressuscité. C'est probablement dans le cadre de la célébration liturgique du jour du Seigneur qu'il a "vu" et qu'il entend s'adresser aux Eglises dans la première partie du livre 1,9-3,22.

Enfin le déroulement des grandes visions des chapitres 4 à 22 est scandé par des moments liturgiques en présence du trône de Dieu 4,8-12; 5,8-14; 7,9-17; 8,2-5; 11,15-19; 14,1-5; 15,2-8; 19,1-8; 22,1-5. Il n'y a pas de contradiction à dire qu'il s'agit là d'un reflet des liturgies des premiers chrétiens, alors que la scène semble se dérouler dans les cieux. C'est que, dans l'Apocalypse, ciel, terre, mer ne sont pas des lieux physiques, mais des états de la relation à Dieu. Le chrétien qui a remis sa vie au Christ par le baptême est un habitant du ciel 12,12; celui qui ne veut s'en remettre qu'à soi est un habitant de la terre 13,8. Le chrétien est encore sur terre, mais il habite déjà réellement au ciel. Il en prend conscience dans la liturgie qui se déroule en présence de Dieu et de ses anges, comme nous le disons dans la préface de la messe et comme le ressentent si fortement les liturgies orientales.

Célébrer nous fait toucher du doigt notre situation d'éternité - moins la vision! -

Au coeur de ces passages liturgiques, nous avons des fragments d'hymnes, les doxologies. Ils traduisent en clair l'attitude spirituelle que doit susciter, au fur et à mesure, dans l'âme des auditeurs, le contenu parfois un peu codé des divers tableaux: 4,8-11; 5,9-10.12-13; 11,15.17-18; 12,10-12; 15,1-4; 19,1-10. Ils sont pour nous encore d'une actualité permanente, à tel point que la Liturgie des Heures nous les fait chanter à l'office du soir les mardi, jeudi, vendredi et dimanche.

Ces hymnes fonctionnent un peu comme les chorals dans une cantate ou une Passion de J.S. Bach qui font intérioriser au peuple ce qu'ont exprimé l'évangéliste et les solistes. Ainsi d'ailleurs fonctionnent les hymnes dans le reste de la Bible: faire prendre du recul, permettre l'actualisation et l'appropriation des événements rapportés. Par exemple, Ex 15 après le passage de la mer Rouge; I Sam 2,1-10 et II Sam 22,1-23,7, cantiques d'Anne et de David au début et à la fin de l'histoire de ce roi... Jonas 2,1-10... Judith... Tobit... etc; ou encore, en Luc 1-2, le Magnificat, le Benedictus et le Nunc Dimittis.

L'Apocalypse ne peut être séparée des assemblées d'Eglise qui l'ont reçue, priée, chantée au coeur de leurs liturgies.

 

Deuxième clé :

L'Apocalypse est l'oeuvre d'UN PROPHETE, mais d'UN PROPHETE DU PRESENT

Assemblée liturgique priante, l'auditoire de l'Apocalypse entend lire un livre qui se donne comme un livre prophétique 1,3; 22,7.10, un livre prophétique auquel on ne peut rien ajouter ni retrancher 22,18-19.

C'est là que nous risquons un malentendu. Trop souvent, on assimile la prophétie à une entreprise d'anticipation de l'avenir. A quelqu'un qui nous demande ce qui pourrait résulter de tel événement, nous répondons: "Je ne suis pas prophète!" On donne alors au préfixe "pro" son sens temporel de "avant". Le prophète, c'est celui qui parle d'avance. Mais notre suffixe a aussi un sens local et figuré: "devant, au nom de". Le prophète est un porte-parole, quelqu'un qui énonce le point de vue de Dieu dans une situation donnée, quelqu'un qui parle ici et maintenant au nom de Dieu. Un prophète est un homme du présent, un veilleur qui déchiffre dans les événements contemporains la trace de ce que Dieu veut nous dire, les défis qu'il nous lance. Le prophète appelle à changer face à ce que les autres refusent de voir. Non pas que l'avenir soit indifférent, au contraire, il est tout tourné vers l'espérance, mais sans échéancier précis, à partir d'un présent assumé. Il faut donc passer par le contexte historique où vivent les prophètes pour comprendre le pourquoi et le comment de leurs prises de position. Ainsi en fut-il pour les prophètes de l'Ancien Testament: ainsi en est-il aussi pour le prophète Jean de Patmos.

L'Apocalypse est un livre écrit dans une situation de crise extrême, dans un de ces moments où, à vues humaines, on ne sait plus trop qu'espérer et où il apparaît qu'on ne peut attendre le salut que de Dieu seul.

Les Lettres font état de tensions, de divisions, d'événements douloureux qui affectent les Eglises 2,6.9.13.19-20... D'une manière plus générale, Jean parle de la grande épreuve. Il l'explicite ainsi: "Ils ont lavé leurs robes dans le sang de l'Agneau." 7,14 Il y a là une allusion à la Passion de l'Agneau en l'an 30, au martyre des chrétiens depuis les années 60. Trois de quatre cavaliers 6, l'ensemble des trompettes 8-11 et des coupes 16 nous mettent en face d'une situation de détresse, de malheur, de menaces graves. Les événements qui ont entouré la persécution des chrétiens et la chute de Jérusalem en 70 ont amené suffisamment d'horreurs pour justifier un tel discours.

Au coeur de cette situation, deux problèmes particulièrement aigus émergent:

- la rupture avec les Juifs. Après les événements de 70 après JC, le judaïsme officiel a commencé à faire des difficultés aux chrétiens 2,9; 3,9. Grosse épreuve pour ceux-ci dont beaucoup étaient issus du judaïsme et ne voulaient renier leurs racines juives, sans pouvoir nier non plus la nouveauté inouïe de la résurrection et de l'Evangile.

- l'hostilité du pouvoir romain, avec la pratique grandissante du culte de l'empereur sous Domitien qui accentue le caractère totalitaire de l'Empire. Après Pierre et Paul, morts sous Néron, est venue la longue série des martyrs qui ont rendu témoignage à l'Agneau et résisté aux séductions de la Bête. Les chrétiens sont soupçonnés, calomniés, marginalisés cf I P 4,3-5.

Avant de chercher dans le monde d'aujourd'hui, de notre fin de millénaire, les rapprochements qui nous permettraient de dire que Jean a décrit ce qui allait nous "arriver bientôt" 1,1.19; 4,1, il faut d'abord regarder en quoi ce qu'il disait s'appliquait à son temps et pouvait éclairer ses contemporains sur leur actualité.

Lire la prophétie au présent nous ramène obligatoirement à la fin du 1° siècle de notre ère. C'est alors que l'Apocalypse a été d'actualité. Pourquoi chercher à y voir une description de l'histoire moderne? Pourquoi chercher à y mettre des noms et des dates ? Les noms et les dates, ce sont Domitien dans les années 90, Néron, dans les années 60, la prise de Jérusalem en 70, le poids de la domination romaine... et certainement pas Attila, Gengis Khan, Hitler, Staline, Khomeiny, l'impérialisme américain ou le communisme athée. Jean le prophète n'est pas un futurologue, un spécialiste de l'an 1000, 1500, 2000 ou 3000. C'est un chrétien et un témoin des années 90.

Alors seulement on peut dire: grâce à l'intelligence si profonde qu'en a eue Jean, les événements survenus en ce temps-là éclairent de façon exemplaire et notre époque et chaque époque passée ou future de la vie de l'Eglise dans le monde. L'Eglise reconnaît dans la situation de la fin du 1° siècle des traits de sa situation d'aujourd'hui, si bien que l'Apocalypse restera prophétique de siècles en siècles.

"L'Apocalypse ne nous décrit aucun moment précis de l'histoire, mais, (à travers son expérience de la fin du 1° siècle), elle nous révèle la profondeur permanente de "l'historique". C'est, pourrait-on dire, un discernement de l'éternel dans le temps, de l'action de la Fin dans le présent" Jacques Ellul.

 

Troisième clé :

L'Apocalypse parle avant tout du JESUS-CHRIST MORT ET RESSUSCITE et de L'ETABLISSEMENT DE SON REGNE

Face à ce monde déchiré et précaire qui va en s'effritant malgré sa puissance apparente, face aux angoisses des chrétiens persécutés, le message de Jean est:

Ne pleure pas! Voici, il a remporté la victoire, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, afin d'ouvrir le livre et ses sept sceaux. 5,5

Il ne dit là rien d'autre que les évangiles: "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez, de toutes les nations, faites des disciples... Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde." Mt 28,18...20. Rien d'autre que St Paul: Le Christ est ressuscité d'entre les morts... tous revivront avec le Christ, puis ce sera la fin lorsqu'il remettra la royauté à son Père après avoir détruit toute Principauté, Domination, Puissance.... Le dernier ennemi détruit, c'est la mort." I Cor 15,20...26

Si on lit l'Apocalypse pour résoudre l'énigme de la Bête avec ses sept têtes et ses dix cornes ou pour établir le scénario de la bataille d'Harmaggedon, on sera fatalement déçu. Mais si c'est pour y découvrir quelque chose de Jésus-Christ, on sera royalement comblé.

Cette place centrale du Christ dans l'Apocalypse ressort des quatre éléments suivants :

 

1 - Le titre du livre: "Révélation (apocalypsis = dévoilement) de Jésus-Christ 1,1.

Cette expression peut s'entendre en deux sens:

* révélation issue de Jésus-Christ: il en est la source et le médiateur.

* révélation concernant Jésus-Christ: il en est lui-même l'objet.

Les deux sens sont possibles, mais le second parait l'emporter.

 

2 - Les visions, placées à des endroits stratégiques.

* Au début de la 1° partie (1-3) en 1, 9-20, on trouve la description d'un personnage mystérieux et éblouissant qui se dresse "comme un Fils d'homme" 1,13, et se présente lui-même comme "le Vivant": "Je fus mort et me voici vivant pour les siècles des siècles, détenant la clé de la Mort et de l'Hadès." 1,18.

* Au début de la 2° partie (4-22), il y a la vision du Trône et de l'Agneau (4-5). Elle commande et surplombe tout le livre.

A la source de tout, le Dieu créateur, invisible. Il est rigoureusement transcendant. Il n'intervient pas immédiatement dans le monde, mais médiatement par les voix, les éclairs, les tonnerres, les tremblement de terre, la grêle, comme au Sinaï 4,5a; 8,5d; 11,19c; 16,18-21 - par l'Agneau qui est son égal et par les innombrables anges de toutes sortes, qui sont ses messagers.

Et puis parait l'Agneau, "debout comme immolé au milieu du Trône", c'est à dire de rang rigoureusement semblable à Dieu 5,6. Il va recevoir le livre qui contient la totalité des desseins de Celui qui siège sur le Trône, le livre des Ecritures. En en ouvrant les sceaux, il déclenche le déroulement de l'histoire jusqu'à la fin: sceaux d'abord qui disent le commencement, les débuts; trompettes qui disent l'approche de la théophanie et le rassemblement pour la bataille; coupes qui disent achèvement, accomplissement.

Cette vision céleste du Trône et de l'Agneau reste présente en filigrane tout au long des chapitres suivants. Elle introduit bien sûr la série des sceaux, mais après l'ouverture du septième sceau, celle de la septième trompette et celle de la septième coupe, elle se retrouve évoquée et complétée 8,2-5; 11,15-18; 15,2-7; 16,16-18 - jusqu'à ce que, en finale, elle se confonde avec la vision de la Jérusalem nouvelle descendue du ciel sur la terre. En effet, Celui qui siège sur le Trône et l'Agneau, après avoir été inaccessibles au ciel 4,1ss, ont complètement rejoint la terre. Ils sont désormais au coeur de la Jérusalem nouvelle pour une liturgie qui n'aura pas de fin 21,22-22,5. "Dieu tout en tous" I Co 15,28.

* Autre vision au chapitre 12: celle de l'enfant-mâle enlevé au ciel et victorieux du Dragon à travers le combat de Mikaël et de ses armées. Cette vision inaugure la grande parenthèse centrale sur le mystère actuel de l'Eglise aux chapitres 12 à 14, où l'on comprend que les deux Bêtes ne peuvent rien contre l'Eglise (la femme et sa descendance) qui chemine au désert où Dieu la nourrit, lieu intermédiaire entre terre et ciel, entre la victoire du Christ (12) et le jugement final (14).

* Vision du cavalier blanc au coeur du combat final 19,11-17. Il est revêtu d'un manteau trempé de sang, il se nomme 'la Parole de Dieu'. Sur son manteau et sur sa cuisse, il porte son nom écrit: 'Roi des rois et Seigneur des seigneurs'.

* Enfin, dans l'épilogue, vision finale qui clôt le livre 22,12-20. De cette vision et des paroles qu'y prononce Jésus naît l'espérance la plus fervente, celle qui doit animer l'épouse dans l'attente de son Epoux.

 

3 - Les acclamations liturgiques au Christ

Elles sont au nombre de sept.

La plus complète est la première 1,7; elle vient en conclusion d'une formule trinitaire et l'accent sur l'action de salut du Christ et sur son retour.

Les trois suivantes 5,9-10.12.13 soulignent l'égalité parfaite du Père et du Fils selon la théologie de la communauté johannique. "Le Père et moi, nous sommes un." Jn 10,30.

La cinquième 7,10 montre le Christ acclamé par la foule des nations.

La sixième 11,15 affirme sa suprématie sur tout autre pouvoir, et en particulier - suivez mon regard - sur le pouvoir romain de la Bête dont il va bientôt être question. A la lumière de 11,19, il apparaît aussi que l'établissement de ce règne du Seigneur et de l'Agneau accomplit toutes les annonces de l'Ancien Testament: tout s'ouvre, le Temple se fait accueillant et l'arche de l'alliance se donne à voir.

La septième, la plus festive, 19,6-7 célèbre déjà les noces de l'Agneau avec son Epouse.

 

4 - Enfin, tout au long du livre (sauf Apoc 4.8.9 et 10), et particulièrement dans les chapitres 1 à 3, s'expose l'inégalable collection des titres du Christ.

Jésus, le Christ, le témoin fidèle, le premier-né des rois de la terre, celui qui nous aime, un Fils d'homme, le premier et le dernier, le Vivant, celui qui tient les sept étoiles et marche au milieu des sept chandeliers, celui qui fut mort et qui a repris vie, celui qui possède l'épée à double tranchant, qui sonde les reins et les coeurs. Le Fils de Dieu, le Saint, le Vrai, l'Amen, le principe de la création de Dieu, celui qui détient la clé de David, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, le Seigneur, le Verbe de Dieu, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, l'Alpha et l'Omega, le principe et la fin, l'étoile radieuse du matin...

C'est un Christ radieux, resplendissant, un Christ toujours inséparablement mort et ressuscité, jamais l'un sans l'autre: 1,5.18; 2,8; 5,6.12; 13,8. Mais c'est sa résurrection qui illumine l'ensemble. Christologie éblouissante, fulgurante, Christ vainqueur de la mort et prémices d'un monde nouveau.

Dans cette fresque des titres, quatre ont un relief particulier:

- L'agneau: agneau pascal de l'Exode et de l'Egypte

agneau abaissé et victorieux des Chants du Serviteur en Isaïe 53.

- Le Vivant, qui est un titre de Dieu même 4,9.

- Le Seigneur et le roi 11,15; 17,14; 19,16, prince des rois de la terre 1,5, de la lignée de David 3,7; 5,5; 22,16. L'unique Seigneur qui l'emporte sur la Bête.

- Celui qui vient, un Christ qui ne vient pas du passé, mais de l'avenir. Il vient bientôt.

L'Apocalypse est comme une église byzantine, avec le Christ ressuscité au sommet de la coupole, avec la hiérarchie des quatre Vivants, des anges, des témoins et des prophètes par laquelle il nous rejoint - et puis à l'abside, la Vierge Mère, la Femme, figure de l'Eglise, du peuple sauvé - et au centre l'autel du sacrifice qu'entoure "la descendance de la femme", traversant la grande épreuve, vainqueurs "par le sang de l'Agneau et par la parole dont ils ont rendu témoignage, eux qui n'ont pas aimé leur vie jusqu'à craindre la mort" 12,11.

On pourrait conclure: Pourquoi lire l'Apocalypse ? Il faut répondre sans hésiter: Pour mieux connaître le Christ! Lui seul détient la clé du livre, de cette liturgie, de cette crise où l'Eglise est plongée. Toute interprétation qui fait abstraction de cela ne peut qu'aboutir au contre-sens.

 

Quatrième clé :

L'Apocalypse trace LA ROUTE PASCALE DE L'EGLISE sur les traces du Ressuscité.

Si vraiment le Ressuscité détient la clé de l'avenir du monde et de l'histoire, ne va-t-on pas pouvoir suivre la progression de son oeuvre, du premier sceau à la septième coupe ?

Oui et non!

Oui, au sens où les fléaux vont en s'aggravant jusqu'à la chute de Babylone et à la défaite de la Bête. Oui, au sens où les chapitres 21-22 représentent l'achèvement.

Mais non, au sens où il s'agirait d'un progrès linéaire, par étapes successives, bien délimitées. On a un peu l'impression que l'Apocalypse tourne en rond et n'en finit pas de finir. Lorsque s'ouvre le septième sceau, il contient les sept trompettes! Lorsque sonne la septième trompette, elle amène les sept coupes et la septième coupe se déploie de 16,17 à la fin. Jeu de poupées gigognes!

Tout est donné en germe dans la victoire de l'Agneau immolé et celui qui a lavé sa robe dans son sang est déjà au Paradis, dès la fin du chapitre 7.

Alors, il faut plutôt penser à une sorte de fondu-enchaîné entre le monde ancien et le monde nouveau, deux mondes qui ne sont pas sur le même plan, l'un au bout de l'autre, mais qui sont contemporains, simultanés, superposés, à des niveaux différents de réalité. Il ne s'agira donc pas à leur sujet d'une succession chronologique à proprement parler, mais d'un dévoilement, d'un déploiement, d'une révélation progressifs. Je pense à la 1° épître de St Jean 3,1-2: "Enfants de Dieu, nous le sommes déjà, mais ce que nous serons n'a pas encore été manifesté."

Ou si l'on compare l'Apocalypse au lever du jour de Dieu au coeur des ténèbres grandissantes de ce monde, alors les sceaux seraient la lueur qui accompagne l'aurore à l'heure où palissent les étoiles. "Au vainqueur... je donnerai l'étoile du matin" 2,28; les trompettes seraient le temps où l'on voit clair sans voir encore d'où vient le jour, et tout ce qui suit la septième trompette (avec les éclaircissements de 12-14) serait comme l'apparition du soleil depuis l'instant où il pointe à l'horizon jusqu'au moment où il culmine au zénith après avoir vaincu toutes les ombres. Et même, "la cité n'a besoin ni du soleil ni de la lune pour l'éclairer, car la gloire de Dieu l'illumine et son flambeau, c'est l'Agneau." 21,23-25; cf 22,5.

L'Eglise apparaît comme l'émergence de l'humanité sauvée de l'emprise des "habitants de la terre" qui ne veulent pas se convertir. Elle naît et se déploie à la faveur du délai de miséricorde que Dieu accorde entre 6° et 7° sceau, entre 6° et 7° trompette, chapitres 7 et 10-11.

Au chapitre 7, l'Eglise naît, en réponse à la question de 6,17: "Qui pourra Subsister ? Elle s'unit au Christ par le baptême. Ce baptême, c'est le sceau qui protège et marque l'appartenance, c'est la purification des vêtements dans le sang de l'Agneau, à travers la communion à sa mort; c'est le culte rendu à Dieu, la marche vers les eaux vives du repos. Ce baptême nous fait héritiers des douze tribus d'Israël dans la continuité, mais en même temps il est offert à tous les hommes de "toutes nations, tribus, peuples et langues".

Aux chapitres 10-11, l'Eglise reçoit mission de témoigner, unie dans sa chair à l'épreuve et à la victoire du Christ - et cela en réponse au constat deux fois répété de 9,20-21: "Le reste des hommes ne se repentiront pas". Là encore dans le témoignage même, il y a continuité avec l'ancien peuple: Moïse et Elie, la Loi et les Prophètes, mais il y a aussi le plus de la résurrection avec le Christ. Cette mission n'est pas sans fruit: "Les survivants, saisis d'effroi, rendirent gloire au Dieu du ciel" 11,13.

Aux chapitres 12-14, alors que la 7° trompette a marqué "l'accomplissement du mystère de Dieu" 10,7, et que le Seigneur et son Christ ont pris possession de leur royauté sur le monde 11,15, - alors l'Eglise dure et souffre dans la persévérance et la foi. Elle est opprimée par la Bête, l'Etat-Dieu qui singe les manières divines 13,1-8, et par le faux-prophète de la Bête qui représente la Propagande 13,11-17. L'Eglise est au coeur du mystère du mal, en pleine mer Rouge, mais le prophète, en aparté, lui souffle des conseils de persévérance: 13,9-10.18; 14,12.

D'ailleurs l'Eglise sait où elle a ses racines, elle sait ce qui se passe au ciel dans la sphère du définitif 12. Le Christ a remporté la victoire. Le temps de Satan est compté; chassé du ciel, il sévit sur la terre, mais pour un temps seulement, avant d'être rejeté dans l'abîme. Le peuple de Dieu, symbolisé par la Femme est d'ores et déjà victorieux, sa place est de droit dans le ciel, mais, en attendant, il est gardé au désert, nourri par l'eucharistie 12,6.14.

L'Eglise sait aussi où elle va. Déjà lui est annoncé le jugement. Déjà les 144000 sont debout avec l'Agneau sur la montagne de Sion (cf Héb 12,22-24) 14,1-5, tandis que les adorateurs de la Bête sont promis à la ruine 14,6-11.

Alors vient la 2° béatitude (après celle de 1,3): "Heureux dès à présent ceux qui sont morts dans le Seigneur!" 14,13. L'Apocalypse est essentiellement une bonne nouvelle, l'Evangile de la vie, à travers la mort.

Aux chapitres 15 à 22 s'accomplit le jugement à travers les sept coupes. Déjà les vainqueurs de la Bête chantent la victoire de Dieu, debout sur la mer de feu 15,2-4. Ils ne craignent rien du jugement et de ce temps de ténèbres où Dieu, prenant possession de la terre, la purifie, la consacre pour en faire son Temple sur terre 12,5-8; cf Ex 40,35; I R 8,10-11.

En ces derniers temps, l'Eglise est en train d'être manifestée et révélée dans sa gloire plénière. La septième coupe est répandue: "C'en est fait" 16,17. Une 3° béatitude félicite ceux qui veillent à leurs vêtements, c'est à dire les bonnes oeuvres (cf 19,8) en ces temps difficiles 16,15.

Entre deux "C'en est fait" 16,17; 21,5a, s'opère le grand jugement, en un très ample triptyque, coupé par un hymne.

 

1 - Babylone, la grande cité, est brisée 16,18-18,24;

L'Eglise est invitée à sortir de la cité du péché, de la civilisation de mort 18,4

Trois tableaux: l'effondrement du monde ancien 16,18-21

le jugement de la Prostituée 17,1-18

la chute de Babylone 18,1-24

Hymne. Au ciel, c'est à dire dans la liturgie qui en est l'avant-goût, l'Eglise se réjouit de la chute de la Prostituée 19,1-4 et des noces de l'Agneau dont l'Epouse (elle-même) s'est préparée par ses bonne oeuvres 19,1-5. Alors résonne l'Alleluia pascal et une 4° béatitude scande les étapes du salut: "Heureux les invités au festin des noces de l'Agneau" 19,9

A vrai dire, c'est l'univers entier qui loue Dieu; l'Eglise ne fait que se joindre à cette louange.

 

2 - Au centre se joue le combat décisif. Le Messie victorieux parait, suivi des siens, et terrasse la Bête et ses sbires 19,11-17. Il établit le temps de l'Eglise, les 1000 ans 20,1-6 et opère le jugement définitif sur la mort elle-même 20,7-15. Cf I Cor 15: "Le dernier ennemi, c'est la mort!" Une 5° béatitude congratule ceux qui sont restés fidèles à leur baptême et qui régneront avec le Christ 20,6.

 

3 - Enfin descend du ciel Jérusalem nouvelle, l'Epouse de l'Agneau 21,1-22,5

Trois tableaux: l'avènement du monde nouveau 21,1-8 l'Alliance Dieu-avec-nous

la gloire de Jérusalem 21,9-27

Le Paradis qui intègre la ville, l'oeuvre des hommes 22,1-5

Le déroulement de ces chapitres peut paraître complexe, et pourtant ont peut le synthétiser en une seule phrase, celle de Paul en Romains 6,14:

"[Considérez-vous comme] morts au péché 1

alleluia hymne

dans le Christ Jésus 2

vivants pour Dieu 3

C'est le baptême porté à son achèvement. Restent les mises en garde 21,8; 21,27.

N.B. A propos de cette route de l'Eglise, il sera peut-être à propos de faire une dernière remarque fort utile à qui veut faire un usage spirituel de l'Apocalypse.

Je partirai de 11,8:

Leurs corps (des deux témoins) demeurent sur la place de la grande cité

qu'on nomme symboliquement Sodome et Egypte,

là même où leur Seigneur a été crucifié.

La "grande cité" désigne toujours Babylone dans l'Apocalypse, et finalement Rome 16,19; 17,18; 18,10. Mais la précision "là où leur Seigneur a été crucifié" oblige à y voir Jérusalem, et symboliquement, c'est l'équivalent de Sodome et Egypte, lieux de la révolte contre Dieu, de l'idolâtrie et de l'hostilité contre les fidèles.

Ainsi il faut bien se garder, en lisant l'Apocalypse, de mettre les mauvais d'un côté et les bons de l'autre, les habitants de la terre et ceux qui ont leur demeure dans les cieux, le monde d'une part et l'Eglise d'autre part. La ligne de partage passe à l'intérieur de l'Eglise et du coeur de chacun. On ne fait pas ici de la géographie, mais de la théologie.

Jérusalem, ville sainte, est aussi la ville pécheresse qu'ont attaquée les prophètes tout au long de l'Ancien Testament. Elle est, pendant le temps de l'épreuve, un domaine livré en partie aux nations 11,2. Les chrétiens sont dans le monde et ils ont à combattre pour ne pas être du monde. D'un côté, ils ne sont plus du monde et, dans la liturgie, on peut dire qu'ils sont déjà devant le Trône de Dieu et de l'Agneau, mais en même temps, ils peuvent être "mondains" tout autant que les autres. Ils peuvent être "habitants de la terre", dans la mesure où ils ne se convertissent pas et pactisent encore avec la Bête. On peut bien dire aux chrétiens: "Sortez de cette cité, ô mon peuple, de peur de participer à ses péchés et de partager les fléaux qui lui sont destinés. 18,4. C'est le jugement opéré par Jésus-Christ, le choix de "ceux qui ont vaincu (Satan) par le sang de l'Agneau et par la parole dont ils ont rendu témoignage, qui n'ont pas aimé leur vie jusqu'à craindre la mort" 12,11 qui feront que la Jérusalem purifiée ne soit plus que la Jérusalem céleste où Dieu réside.

 

Cinquième clé :

L'Apocalypse invite chacune des Eglises - chacun de ses lecteurs -

à UN EXAMEN DE CONSCIENCE DANS LA LUMIERE DU RESSUSCITE.

Un prophète ne se contente pas d'énoncer le dessein de Dieu, de satisfaire des curiosités, ni même de consoler les coeurs éprouvés, mais il dénonce le péché, bouscule ses auditeurs afin de provoquer la réaction salutaire qui amènera le pécheur à réintégrer l'Alliance.

Ainsi fait Jean d'entrée avant tout autre propos dans les Lettres des chapitres 2 et 3. Par son intermédiaire, c'est le Christ lui-même "qui a le glaive acéré à deux tranchants" 2,12 et "dont les yeux sont une flamme ardente" 2,18 qui scrute et sonde les coeurs. Seul quelqu'un qui s'implique et se laisse toucher au plus profond par la Parole pourra contempler avec profit les visions des chapitres 4 à 22.

* A chacune des Eglises, le Ressuscité s'adresse, celui-là même qui était apparu dans la vision de 1,9-20. En tête de chacune des lettres est repris une des caractéristiques de cette apparition, en lien avec le contenu de la lettre. La corrélation est donc étroite entre ce qu'il est et ce qu'il fait pour l'Eglise.

* Les lettres se répartissent en trois catégories:

1 et 3: Ephèse et Pergame, Eglises vivantes malgré les attaques et tentations venues de l'extérieur, mais travaillées par un ferment de mort croissant.

5 et 7: Sardes et Laodicée, Eglises mourantes malgré leur renom ou leur autosatisfaction, avec un ferment de vie décroissant.

2 et 6: Smyrne et Philadelphie, Eglises engagées sur la bonne voie, "devenues semblables au Christ dans la mort pour parvenir, s'il est possible, à la résurrection d'entre les morts." Phil 3,10-11.

Smyrne, plutôt marquée par la souffrance et la Passion.

Philadelphie, plutôt marquée par la résurrection déjà à l'oeuvre en elle.

La lettre 4, à Thyatire est centrale et contient deux lettres en une: 2,18-23+2,24-29.

Le juge y tranche entre l'idolâtrie et la fidélité. L'idolâtrie et le refus du repentir y sont frappés de mort; c'est l'aboutissement des crises évoquées dans les lettres 1 et 3. La fidélité est invitée à tenir bon jusqu'au retour du Christ, comme dans les lettres 2 et 6.

* A chacune des Eglises, le Christ annonce son retour.

Pour celles qui luttent de leur mieux au milieu des tentations (1.3.4A), sa venue de juge est visible, sensible, sévère, pressante, car il estime avoir des chances de se faire entendre. Il oeuvre pour les purifier.

Pour celles qui sont aveuglées et qui ne voient pas leur état pitoyable (5 et 7), sa venue de juge est subite, inattendue, douloureuse. Il vient du dehors comme un voleur. Il frappe à la porte pour donner encore sa chance à qui semblait perdu.

Pour celles qui sont engagées dans le mystère pascal, versant Passion ou versant résurrection, et qui n'ont pas encouru de reproches, sa venue de juge est douce et encourageante. Il sera là bientôt, pleinement, pour toujours (2.4B.6)

* De toutes façons, où qu'on en soit, sa grâce surabonde gratuitement et il y a toujours un vainqueur. Le don n'est jamais à la mesure des oeuvres de l'homme et Laodicée aussi est invitée à partager l'intimité du repas comme la gloire du Trône, c'est à dire du règne.

Les biens qui sont offerts sont ceux dont il est question dans la description du monde nouveau et de la Jérusalem nouvelle: "le fruit de l'arbre de vie" qui est dans le paradis de Dieu 2,7 et 22,2; le fait d'échapper à la seconde mort 2,11 et 20,6.14; la manne cachée, prémices des nourritures célestes 12,6.14; pouvoir sur les nations 2,26 et 19,15; l'inscription au livre de vie 3,5 et 21,27; l'inscription dans la cité nouvelle 3,12 et 21,2; le règne 3,21 et 20,4. Ainsi il apparaît que tout le scénario des chapitres 4 à 22 n'est pas à prendre en un sens littéral et matériel, mais en un sens théologique et spirituel. Et les chapitres 1 à 3 nous montrent comment ces réalités du jugement, du monde nouveau, du châtiment s'inscrivent dans l'expérience spirituelle et dans la vie quotidienne des Eglises.

Tout cela va nous mener à parler du langage de l'Apocalypse. Mais concluons auparavant sur les Lettres.

Le prophète de l'Apocalypse cherche à aider les Eglises de son temps à rester vigilantes, à "écouter ce que leur dit l'Esprit" pour mieux affronter le regard et le jugement du ressuscité. Au centre de l'ensemble des lettres, en 2,23, est explicité ce que l'Esprit veut dire aux Eglises:

... toutes les Eglises sauront

que je suis celui qui scrute les reins et les coeurs,

et à chacun de vous je rendrai selon ses oeuvres.

Voilà un vigoureux appel à la responsabilité, mais aussi une bonne nouvelle, car, si le Christ nous interpelle ainsi, c'est en fin de compte parce qu'il nous aime.

A la plus comblée des Eglises, il dit: "Ils reconnaîtront que je t'ai aimée" 3,9

A la plus durement menacée, il dit: "Moi, tous ceux que j'aime, je les reprends et je les corrige" 3,19.

Oui, son désir est de donner dès ici-bas au "vainqueur" les biens de la Jérusalem nouvelle, les biens de l'éternité, de la communion avec lui.

A celui qui nous aime,

qui nous a délivrés de nos péchés par son sang,

qui a fait de nous un royaume, des prêtres pour Dieu son Père,

à lui gloire et pouvoir pour les siècles des siècles. Amen. 1,5-6.

 

Sixième clé :

Pour dire l'ineffable, l'Apocalypse puise au LANGAGE CONVENTIONNEL DE L'ECRITURE ET A UNE MULTITUDE DE SYMBOLES.

Le problème du langage est un des principaux obstacles à l'intelligence du livre de l'Apocalypse. Les lectures fondamentalistes le chosifient. Elles cherchent une référence littérale et immédiate à chacun des détails. Si l'on parle de 144000 élus, c'est qu'ils sont 144000, et pas 144001!

Ce refus du sens symbolique va à l'encontre de Jean lui-même qui, dans son texte, a conscience d'employer un langage imagé, qui suggère.

 

1 - Les réalités qu'il décrit sont comme... pareilles à..., elles ressemblent à... Il sent que son modèle est au-delà de toutes ces images. Ce genre d'expression est fréquent par exemple dans la vision du Fils de l'homme en 1,9-20.

Ceci dit, ces symboles ne sont pas des signes creux derrière lesquels on pourrait mettre n'importe quoi de mystérieux, au gré de notre imagination. Non, pour Jean, chaque symbole a un sens précis et, chose remarquable, ce sens codifié est maintenu à travers tout le livre. Jean lui-même prend soin d'en décoder quelques uns:

Les sept étoiles, les sept chandeliers 1,20; la grande cité 11,18; le chiffre 666, qui demande finesse et perspicacité 13,18; le nom de Babylone, "un mystère"! 17,5; les sept têtes de la Bête 17,9; le vêtement de l'épouse: "le lin, ce sont les bonnes oeuvres des saints" 19,8

 

2 - Une deuxième série de symboles sont universels ou quasi universels.

Le chiffre 4 pour désigner la terre dans son universalité. L'épée pour signifier la guerre 6,4; une balance, pour évoquer des restrictions 6,5.

 

3 - Une troisième série de symboles, la plus importante, provient de l'Ancien Testament. Face à une expérience toute nouvelle comme celle de la résurrection du Christ et de ses conséquences, on reste sans mots. Ces réalités échappent à nos sens. Pour parler du ressuscité et de son oeuvre de salut, pour dire Dieu, il ne reste que les expressions et le vocabulaire de l'Ancien Testament. Mais aucun de ces moyens d'expression n'est à la pointure de la réalité nouvelle. C'est pourquoi l'auteur s'autorise à puiser de façon très libre dans le réservoir des mots et des images bibliques. Il associe librement les réminiscences bibliques dont sa tête est remplie, sans jamais s'astreindre à suivre un texte précis. Il n'y a pas une seule citation à la lettre de l'Ecriture dans tout le livre!

Les symboles bibliques ne sont pas hermétiques. Et pour qui est familier de l'Ancien Testament, le texte de Jean en devient plus lumineux. Dans le cas contraire, la tâche est loin d'être impossible, il suffit de se plonger dans la Loi et les Prophètes et de se mettre à leur école.

Ainsi les fléaux, qui nous font si peur quand nous les coupons de leur contexte, sont en fait décrits dans des termes voisins de ceux qui sont utilisés pour les plaies d'Egypte, surtout aux chapitres 8 et 16. L'avantage est de rapprocher ainsi la situation contemporaine de celle de l'esclavage en Egypte, l'empereur, de Pharaon et de suggérer ainsi, à la lumière de l'expérience passée, que les tragiques événements du présent sont, comme jadis, les signes avant-coureurs de la libération.

Au stock commun des images bibliques s'adjoint en complément le magasin d'accessoires des apocalypses juives, celle de Daniel tout particulièrement. En matière de catastrophes, le matériel ne manque pas: famines, épidémies, tremblements de terre, étoiles qui tombent du ciel, soleil qui s'obscurcit, anges omniprésents. Ces modes d'expression s'étaient formés à partir d'une radicalisation des menaces prophétiques, évolution déjà amorcée dans des livres comme ceux de Joël, Ezéchiel, Zacharie, Isaïe 24-26... Des apocalypses vient également cette façon de s'exprimer en langage crypté - clandestinité oblige - pour parler de Rome, de l'empereur...

Un trait commun à tous ces fléaux: ils sont toujours sous la maîtrise de Dieu et limités à une période restreinte, ils n'ont rien d'un déchaînement de forces aveugles. Daniel avait déjà sa manière d'indiquer ce caractère limité, la moitié de sept: "un temps, deux temps, et la moitié d'un temps, 42 mois, 1260 jours Dan 7,25; 12,7. Le déroulement des malheurs est fréquemment assorti de mesures de limitation: par exemple pour les trompettes, destruction d'1/3; limitation des dégâts qui peuvent être faits au sanctuaire 11,1-2; limitation du pouvoir des sauterelles 9,1-5, etc...

Tout ce qui concerne le description de Dieu et du Christ s'inspire des visions du Trône en Isaïe 6, Ezéchiel 1, Daniel 7 avec la figure du Fils de l'homme, Daniel 10 également. Les Bêtes s'inspirent de Dan 7 et 8, le petit livre avalé de Apoc 10 provient de Ez 3; l'activité des deux témoins en Apoc 11 s'inspire de celle de Moïse et d'Elie; les accessoires qui entourent le Trône de Dieu évoquent le mobilier du Temple de Jérusalem...

La description du salut emprunte au Paradis et à l'Exode ou une idéalisation de la ville de Jérusalem présente déjà en Isaïe 60-62: le paradis, l'arbre de vie, le fleuve de vie; l'agneau pascal, la mer Rouge et le cantique des vainqueurs, la manne 15,1-4; le Mont Sion 14,1, la gloire de Jérusalem, les pierres précieuses de ses remparts 21,11.18-21 cf Is 54,11-12; Tob 13, 16-17...

On n'en finirait pas d'inventorier toutes ces allusions bibliques; elles apparaissent grâce aux références marginales des grosses bibles d'étude. Tous ces symboles sont chargés d'une histoire qui leur ajoute toutes sortes de connotations et enrichit infiniment l'expression du mystère en le situant dans le prolongement de toute la révélation biblique.

 

4 - Enfin, une quatrième série de symboles doit beaucoup au génie propre de Jean.

Particulièrement remarquable est le symbolisme des couleurs et des chiffres:

blanc: monde divin, résurrection, victoire, dignité...

noir: malheur, détresse...

rouge: puissance sanguinaire, violence...

vert: mort...

pourpre, écarlate: débauche...

Un, premier: exclusivité, primauté, excellence...

demi, trois et demi: période restreinte, temps limité...

quatre: universalité, totalité du monde habité...

six: imperfection 666 en 13,18

sept: perfection, totalité, plénitude...

douze: symbole des tribus du peuple choisi; continuité du nouveau peuple avec l'ancien. Douze fois douze mille 7,4-8 / deux fois douze: les 24 vieillards 4,4.10; 5,8; 11,16; 19,4.

mille: grand nombre, multitude. Les 1000 ans, période étendue, longue durée 20,2-7.

Bien des symboles de l'Apocalypse gardent une partie de leur mystère. Je pense aux sauterelles de l'Apoc 9. Mais ne sont-ils pas là précisément pour suggérer, pour faire rêver. Le langage du symbole et de la poésie va plus loin que nos mots univoques et permet de s'approcher au plus près des réalités qui échappent aux sens, de tout ce qui est de l'ordre des sentiments, du spirituel, du divin. Pour approcher l'Etre au plus près, le philosophe Heidegger abandonnait ses concepts abstraits et recourait aux poèmes d'Hölderlin.

Le langage de l'Apocalypse se veut et se dit symbolique et c'est dans son symbolisme même qu'il est vrai. On se tromperait lourdement en voulant traduire en tableaux réalistes les pages de l'Apocalypse. J'admire les oeuvres d'art qui se sont inspirées de l'Apocalypse: tapisserie d'Angers, miniatures, gravures, etc... Elles sont merveilleuses par leurs lignes, leurs couleurs, mais je ne trouve pas qu'elles apportent grand chose à l'intelligence spirituelle de ce livre. Bien plutôt, elles l'obscurciraient. Dans l'Apocalypse, les mots ne renvoient pas à des choses matérielles, mais à des réalités théologiques: L'APOCALYPSE NE MONTRE PAS, ELLE SIGNIFIE. Je pense toujours à Apoc 7,14: "Ils ont lavé leurs robes dans le sang de l'Agneau." Allez laver vos robes dans du sang et vous verrez si elles ressortent blanches. C'est absurde. Par contre, si le vêtement est le reflet de l'âme d'un homme, si le sang, c'est la vie offerte du Christ et si l'action de laver, c'est le baptême, alors oui, le baptême, en nous unissant à la mort et à la résurrection du Christ nous ouvre à un comportement nouveau, pur, divin.

Je pense toujours en lisant l'Apocalypse aux poèmes mystiques de St Jean de la Croix, dont on fait grand cas, à juste titre: la Nuit Obscure, la Cantique Spirituel, la Vive Flamme d'Amour. Ce sont ces poèmes-là qui suggèrent le mieux son expérience de Dieu. Ce sont eux qui lui sont venus au coeur pour rendre compte de ce qu'il avait vécu. Alors bien sûr, il va chercher à nous les expliquer. Mais sa prose, si elle satisfait nos intelligences, n'enflamme pas nos coeurs. Le dernier mot reviendra au poème.

Ainsi de l'Apocalypse de Jean. Quand on l'aura décryptée, commentée, c'est au texte, ce trésor inspiré, qu'il faudra revenir pour se laisser projeter par lui vers l'inaccessible grandeur de Dieu, du Christ et de leur oeuvre de salut.

Un poème n'a jamais fini de livrer sa richesse. Et que dire, quand cette richesse, c'est ce qui fait le coeur même de notre foi: la victoire du Christ sur tout ce qui s'oppose à Dieu, y compris la mort... les noces de l'Agneau et de son épouse au coeur de la cité de lumière! Mais me voici encore obligé d'utiliser des symboles!

 

Pour compléter l'étude, on tirera grand profit de Jen-Pierre PREVOST, Pour lire l'Apocalypse, Cerf 1991. On y trouvera d'autres indications bibliographiques.

 

 

Notification

de la Congrégation pour la Doctrine de la foi

(de la Cité du Vatican, le 6 octobre 1995)

(Documentation Catholique n°2127 du 3/12/1995)

 A propos des écrits et des activités

de Mme Vassula Ryden

 

De nombreux évêques, prêtres, religieux, religieuses et laïcs s'adressent à cette Congrégation pour avoir un jugement autorisé sur l'activité de Mme Vassula Ryden, grecque-orthodoxe, résidant en Suisse, qui répand dans les milieux catholiques du monde entier, par sa parole et ses écrits, des messages attribués à de prétendues révélations célestes.

Un examen attentif et serein de toute la question, effectué par cette Congrégation et visant à "éprouver les esprits pour voir s'ils viennent de Dieu" (cf. 1Jn 4,1), a révélé - à côté d'aspects positifs - un ensemble d'éléments fondamentaux qui doivent être considérés comme négatifs à la lumière de la doctrine catholique.

Après avoir mis en évidence le caractère suspect des modalités à l'origine de ces présumées révélations, on doit encore souligner certaines erreurs doctrinales qu'elles contiennent.

On parle entre autres choses avec un langage ambigu des Personnes de la Très Sainte Trinité, jusqu'à confondre les noms et les fonctions spécifiques des Personnes divines. On annonce, dans ces présumées révélations, une période imminente de suprématie de l'Antéchrist au sein de l'Eglise. On prophétise dans une optique millénariste, une intervention définitive et glorieuse de Dieu qui instaurerait sur la terre, avant même la venue définitive du Christ, une ère de paix et de bien-être universel. On annonce de plus la venue prochaine d'une Eglise qui serait une sorte de communauté panchrétienne, en contradiction avec la doctrine catholique.

Le fait que, dans les écrits de Mme Ryden, les erreurs énumérées ci-dessus n'apparaissent plus, est le signe que les présumés "messages célestes" ne sont que le fruit de méditations privées.

De plus, Mme Ryden, en participant habituellement aux sacrements de l'Eglise catholique tout en étant grecque-orthodoxe, suscite un grand étonnement en différents milieux de l'Eglise catholique et semble se situer au-dessus de toute juridiction ecclésiastique et de toute règle canonique; elle crée de fait un désordre oecuménique qui irrite nombre d'autorités, ministres et fidèles de son Eglise, en se mettant en dehors de la discipline ecclésiastique de celle-ci.

Attendu que, malgré certains aspects positifs, l'effet des activités exercées par Vassula Ryden est négatif, cette Congrégation sollicite l'intervention des évêques afin qu'ils informent convenablement leurs fidèles, et qu'ils n'accordent aucune place dans leurs diocèses à la diffusion de ses idées. Elle invite enfin tous les fidèles à ne pas considérer comme surnaturels les écrits et les interventions de Mme Vassula Ryden et à conserver la pureté de la foi que le Seigneur a confiée à son Eglise.

 

Dépôt légal - Imprimé par nos soins -

 

Afin de ne pas allonger ce texte, toutes les références, en iltalique, se feront par abréviation :

* VPSC = le livre "Vassula de la Passion du Sacré-Coeur" par le P. Michael O'Caroll

* QDFS = le livre "Quand Dieu fait signe" par le P. René Laurentin

* QEV = le livre "Qui est Vassula ?" par le P. René Laurentin

* Versailles = soirée de Vassula en octobre 1992

* Dijon = soirée de Vassula à Dijon le 28 novembre 1994

Bibliographie :

LE PHENOMENE VASSULA (Etude critique), de Marie-France JAMES (spécialiste depuis plus de 20 ans, du nouveau phénomène religieux, à la Faculté de Théologie de l'Université de Montréal) - aux éditions Nouvelles Editions Latines