SERVICE DIOCÉSAIN "PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

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"PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

N° 16

Krishna

ISSN 1279-1849

 

 

 

LES DEVOTS DE KRISHNA

 

Conformément à la finalité de cette publication "PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES", destinée à fournir des informations sur des groupes présents dans notre région, ce numéro 16 est consacré aux adeptes de KRISHNA.

 

En effet, un centre s'est installé en 1993, à Châtenois, près de Dole dans le Jura. Peu à peu, les adeptes se sont mis à sillonner les alentours : ils vendent par exemple des produits "bio" à Auxonne. Depuis quelques temps, nous les remarquons dans les rues de Dijon : soit à visage découvert, en cortège; soit dans une tenue plus discrète, avec proposition de leurs livres.

 

L'histoire de ce groupe est marquée par une date : septembre 1986. A cette époque, le responsable pour l'Europe méridionale abandonne le continent et ses congénères, laissant les adeptes dans un profond désarroi. Dans l'étude de ce mouvement, il faudra se souvenir de cet événement qui marque un avant et un après.

 

Il n'est cependant pas sans intérêt de prendre connaissance de l'histoire du groupe, de sa doctrine, de ses pratiques. Autant d'éléments permettant de savoir d'où viennent ces adeptes qui, depuis quelque temps, fréquentent nos rues.

 

Nous remarquerons d'emblée que le rapport parlementaire "Les sectes en France" mentionne ce groupe à la page 23, sous la dénomination "Fédération française pour la conscience de Krishna", dans les mouvements sectaires de 50 à 500 adeptes.

 

La question que nous garderons à l'esprit tout au long de cette étude est la suivante : "Le mouvement des Dévots de Krishna, tirant les leçons de son passé, s'est-il amélioré et a-t-il corrigé les erreurs initiales ?"

 

Sr Chantal-Marie SORLIN, responsable du service

Avril 1999

 

I

LE FONDATEUR

 

Le fondateur se nomme Abhay Charan Dee.

Il est né à Calcutta en 1896 et mort à Londres en 1977.

Il a été directeur dans une entreprise de produits chimiques jusqu'à sa retraite en 1954.

 

*

"En 1922, à Calcutta, il rencontre pour la première fois son maître spirituel, Srila Bhaktisiddhanta Sarasvati Thakura", qui lui déclare : "Tu es un jeune homme intelligent. Tu devrais prêcher le message du Seigneur Caitanya en langue anglaise".

En 1933, il est devenu officiellement adepte de la Gandiya Vaisnava Society fondée par le guru Sarasvati.

En 1944, il "commence sa revue, Back To Godhead (Le Retour à Dieu)".

"En 1950, il quitte son foyer pour dédier sa vie à la prédication".

En 1954, il prend le nom de A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada, ce qui signifie : "Le Maître aux pieds duquel s'inclinent tous les autres"...

En 1965, il arrive à New York, chargé d'une mission sacrée que lui a confiée son guru : faire connaître Krishna à l'Occident, "zone de fragilité mentale, porteuse d'un virus nocif pour l'humanité". "Il est convaincu que si les Américains prennent conscience de Krishna, les autres pays du monde suivront leur exemple". "Un jour viendra où les saints noms du Seigneur seront chantés dans chaque ville et village du monde".

En 1966, il crée l'International Society for Krishna Consciousness (ISKCON) à New York. Il recrute ses premiers adeptes parmi les hippies toxicomanes.

En 1970, l'Association internationale pour la conscience de Krishna (AICK) est fondée à Paris.

En 1971, Prabhupada retourne avec ses dévots américains en Inde où il n'obtient pas le succès escompté.

En 1974, il ouvre une communauté rurale près de Valençay, dans l'Indre.

En 1975, on compte environ 80 centres du mouvement dans le monde.

Le fondateur meurt en 1977.

 

 

II

LES GURUS SUCCESSEURS

 

A la mort du fondateur, l'ISKCON désigne 11 gurus-successeurs, chacun exerçant sa responsabilité sur une partie du monde.

 

1- WILLIAM EHRLICHMAN

Le guru désigné pour l'Europe méridionale, William Ehrlichman, se fait appeler Srila Bhagawan Das. Il est né à Washington en 1947.

Sous sa responsabilité, le groupe se fait remarquer pour ses activités immobilières : achats de l'hôtel d'Argenson à Paris dans le quartier du Marais en 1980 et du château d'Oublaisse à Luçay-le-Mâle (Indre), location du château d'Ermenonville (Oise) en 1981.

Le train de vie d'Erhlichman, à Ermenonville (siège européen), est particulièrement luxueux, tandis qu'à Oublaisse, les adeptes vivent chichement, et la santé des enfants y est en danger.

Un arrêté municipal de juin 1986 ordonne la fermeture des accès au public du château d'Ermenonville pour installations électriques jugées dangereuses. Cette décision administrative intervient au terme d'une relation conflictuelle entre cette communauté et des citoyens de plus en plus inquiets devant ses agissements. En fait, cette question d'insalubrité publique, précédée d'un redressement fiscal, déclenchera une crise profonde au sein du groupe.

En septembre 1986, William Ehrlichmann abandonne l'Europe, en laissant sa femme et ses trois enfants, pour se remarier aux Etats-Unis, non sans emporter des fonds de l'AICK.

Le Bulletin de liaison pour l'étude des sectes (Bulles), édité par l'UNADFI (Union National des Associations de Défense des Familles et de l'Individu), publie dans son n° 13, un extrait de "La Plume du Paon" de décembre 1986, où le mouvement Hare Krishna annonce à ses adeptes "la démission de celui qui a dirigé la mission en France depuis près de quinze ans. C'est un départ qui consterne les uns, soulage les autres et constituera certainement dans l'histoire du Vaishnavisme un exemple, une leçon de comportement à bien des égards, qu'il s'agisse des choses à faire comme des choses à ne pas faire. On nous demande d'informer nos lecteurs que Bhagava das a donc renoncé à ses fonctions et à son sannyas et qu'il ne reprendra en aucun cas la position qu'il occupait avant les récents incidents. Les consciences sont désormais appelées à se concentrer davantage sur celui qui restera le guide par excellence de la pure bhakti, à savoir, Srila Prabhupada. Personnalité sans faille, Srila Prabhupada continuera d'être l'exemple et le maître vers qui pourront sans risque de déception se tourner les chercheurs de vérité, contemporains et à venir".

Suite à cette trahison, la situation en France est catastrophique : c'est la faillite totale, spirituelle et matérielle. Selon leurs dirigeants, les adeptes n'auraient plus été que 200 en France. Selon l'ADFI, il n'en serait resté qu'une cinquantaine.

En fait, les vicissitudes du mouvement, dues au pourrissement grandissant de toutes les structures des "Temples", aboutissaient, pour lui, à une crise internationale.

 

2- "UNE REGRETTABLE ENTREPRISE"

Une réunion des "brahmanes" de l'AICK se tient en janvier 1987 à la Nouvelle Mayapura (Indre) en présence de Giriraj swami (du Conseil d'administration international : GBC), et d'une centaine de dévots. Après un long débat, il est décidé que la nouvelle direction de l'association formulerait expressément des excuses auprès des dévots qui ont été offensés et blessés par les événements.

Voici les excuses d'un des gurus qui rejette désormais l'adoration de sa personne au bénéfice exclusif du fondateur, Prabhupada :

"ISKCON telex dernière minute, en direct de l'Irlande où il était en visite,

Sats-Arupa Das Gosvami (ISKCON-guru, membre du G.B.C. et auteur de la biographie de Prabhupada) annonce publiquement, en s'adressant pour commencer à ses propres disciples, qu'il rejette le titre "Gurupada", qu'il rejette formellement le Vyasasan (siège réservé au guru) pour lui-même et se refuse désormais à recevoir le 'guru-puja' (adoration adressée au guru). Satsvarupa das gosvami présente formellement ses excuses à tous ses frères en Dieu, à ses disciples et à tous les Dévots pour s'être engagé activement dans la regrettable entreprise qui consistait à vouloir être un 'guru-acarya' en essayant d'imiter Srila Prabhupada. Il suggère fortement à tous les autres gurus soi-disant 'acaryas' de faire de même et présenter leurs excuses à tous. Le fait pour les disciples de Prabhupada d'avoir essayé de l'imiter en s'asseyant sur des trônes, en se faisant appeler '...-pada', etc., et en vivant dans l'opulence, constitue - selon lui - l'offense irréparable la plus grave qui ait jamais été commise dans notre mouvement".

Le 26 mars 1987, les 24 membres du Grand Collège étaient réunis à Mayapura (Inde). Ils ont décidé d'adapter le mouvement au mode de vie européen : seule une élite continuera à vivre en communauté. Les 95% des adeptes vivront une vie de famille normale et se retrouveront à intervalles réguliers pour célébrer le culte. Les fidèles se retrouveront dans le cadre d'associations à but non lucratif... Le château d'Ermenonville est fermé. Celui d'Oublaisse sera conservé. Il est encore question de la prochaine publication d'un mensuel, Hari-Khata.

 

3- UN DOUBLE COURANT

En fait, deux courants se sont formés pour tenter de remettre à flot l'association démantelée.

Le premier, d'emblée le plus tonique, fut celui des contestataires de longue date, les vrais Purs Dévots, qui avaient crié en vain leur réprobation devant la conduite des autorités en place. Ils se réunirent, soucieux de vivre, enfin libérés, et dans une doctrine véritable, leur engagement culturel et spirituel.

Sous l'égide de Christophe Léonard Petit, rédacteur de leur journal, la "Plume de Paon", ce groupe, "l'Association pour le Rapprochement des Cultures", continue depuis de se développer.

Le second, celui des irréductibles, se replia au château d'Oublaisse, dernier bastion de l'AICK. Là, quelques leaders du passé tentèrent des remaniements successifs dont aucun ne fut retenu (notamment celui de redorer l'image du gourou américain en fuite). La liquidation des biens devenue impérative accentua l'inquiétude et les dissensions. La nécessité d'habiter un château sans confort sur un domaine privé d'eau, précipita les défections. Le temple changea plusieurs fois d'autorités étrangères que les dévots français désormais refusèrent.

 

4- LUCIEN DUPUY

Lucien Dupuy, alias Swambhar Das, nouveau président de l'AICK en France en août 1987, tente donc de gérer une communauté désemparée et en déroute financière. Ce canadien est l'ancien bras droit du Gourou Dev en fuite.

Le mouvement se reconstitue à partir de Noisy-le-Grand (93). En avril 1987, il créé l'Association parisienne de bhakti-yoga.

Les anciens centres et commerces disparaissent, de nouveaux voient le jour dans les années 1990.

 

5- LE RETOUR

Les "Dévots de Krishna" sont de retour. Après dissolution de l'Aick, ils créent la FFCK ou "Fédération française pour la conscience de Krishna".

"Les "Krishnas" ? on ne les voyait plus. Auraient-ils quitté la France ?

Depuis quelques années, leurs manifestations étaient devenues bien discrètes; à peine les avait-on croisés, déambulant avec leurs clochettes dans les rues piétonnes de Tours à l'occasion des journées de la musique.

Mais tout récemment, plus discrets encore, en civil, des jeunes, circulant par deux ou trois dans le "vieux Tours" distribuent des tracts proposant une série de conférences sur la réincarnation, la vie de la femme en Inde,... et des cours de yoga dans un local récemment acquis (ou loué) en plein centre de quartier résidentiel. Seule l'insistance appuyée d'un promeneur soupçonneux obtint la réponse pressentie : il s'agit bien des dévots de Krishna.

Une activité ralentie subsiste à Oublaisse dans le château racheté par une SARL "Printemps". Au Temple, on a célébré des mariages; les couples, ainsi formés - ou reformés - sans ressource personnelle ou professionnelle n'ont d'autres moyens d'existence que les allocations familiales. L'Ecole védique, fermée pendant la période de pénurie, s'est ouverte à nouveau pour les vingt-quatre enfants qui vivent à la Nouvelle Mayapura, privant ceux-ci de l'expérience vécue dans un milieu scolaire ouvert qu'ils ont dû connaître pendant quelques années.

D'où vient l'argent ? D'Angleterre peut-être. Une maison d'édition, la BBL, dotée de lignes téléphoniques et de fax, nationales et internationales, publie le catalogue d'un nombre impressionnant de livres, cassettes, vidéo-cassettes, disques compact, cartes de voeux, posters... etc. Le règlement des commandes doit être effectué à la Banque Nationale de Westminster.

La BBL serait le service de distribution de la BBT : la Bhaktive-Danta Book Trust. Tout cela semble être légalement enregistré en Angleterre.

Quant à la relative discrétion des "Krishna" en France, on peut se demander si elle n'est pas corrélative à l'intense activité qu'ils déploient dans les pays de l'Est (On dénombrerait 600 à 800 "dévots" à Saint-Petersbourg)".

Les dévots sont donc de retour en France... Ils se réorganisent. En 1993, ils ouvrent un centre européen dans le Jura... En 1998, ils sont à Dijon...

 

 

III

L'ORGANISATION

& L'IMPLANTATION

 

L'organisation du mouvement repose sur l'ISKCON dont l'autorité s'exerce sur tous les temples et centres divers répartis dans le monde.

 

L'ISKCON

L'International Society for Krishna Consciousness (ISKCON) est l'organisme central du mouvement, avec un Conseil d'Administration (en anglais Governing Body Commission ou GBC) : "Bien avant de quitter ce monde, Srila Prabhupada fonda un comité directeur pour assurer la cohésion et la continuité de son mouvement. Les 30 membres de ce comité se réunissent annuellement à Mayapur, en Inde (siège mondial du mouvement). Ils définissent dans leurs grandes lignes, les directives générales pour l'association... Une partie de ces résolutions attribue la responsabilité de différentes zones géographiques et fonctions, aux membres du GBC". Ces gurus-successeurs exerce leur pouvoir dans leurs zones respectives et ont les présidents des ashrams sous leurs ordres.

 

L'ISKCON gère ashrams, fermes-communautés, restaurants végétariens et entreprises diverses dans une quarantaine de pays.

 

La propagande mondiale est assurée à travers une puissante maison d'édition, la BBT (The Bhacktivedanta Book Trust), qui publie en 30 langues les ouvrages de Prabhupâda : "la plus importante société d'édition du monde dans le domaine de la littérature védique".

 

LES TEMPLES ET CENTRES DIVERS

"Les temples, centres de prédication et autres groupes d'activité plus petits sont des unités complètes en elles-mêmes. Ces unités doivent organiser leurs propres activités spirituelles, économiques, sociales et politiques pour assurer la continuité de leur existence et contribuer à la propagation de la Conscience de Krishna. Chaque centre ou groupe d'activité est donc géré indépendamment des autres centres ou groupes. Cependant il y a dans chaque pays un Conseil National qui aide les centres de l'ISKCON à accomplir leur mission".

"Un temple est un centre de prédication de l'ISKCON où les dévots se réunissent pour adorer le Seigneur Suprême Sri Krishna sous la direction de l'Acarya-Fondateur, Sa Divine Grâce A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada. Les dévots habitant dans le temple suivent tous les quatre principes régulateurs, chantent 16 tours de chapelet tous les jours, et suivent tous les programmes réguliers du temple. En général un temple possède une salle où l'on adore la murti du Seigneur, et où ont lieu des kirtanas (chants à la gloire du Seigneur) et des conférences sur la Bhagavad-gita et autres écrits sacrés."

"D'autres activités participent de la vie d'un temple. Ce sont les Festivals publics du dimanche, les programmes scolaires, les séminaires d'éducation spirituelle, etc. Des facilités d'hébergement dans le temple (ashrams) sont fournies aux sannyasis (renoncés), brahmacaris (dévots célibataires) et brahmacarinis (dévotes célibataires)."

"Un Président de Temple est choisi parmi les dévots les plus expérimentés. Il ou elle est assisté d'un trésorier, d'un secrétaire, et d'un commandant. Ce dernier a pour fonction de superviser les activités de routine du temple. Chaque service du temple, par exemple le service de la cuisine, est dirigé par un chef de Service, qui est directement responsable envers le Président du Temple. Dans les grands temples on trouve également un Conseil du Temple, composé du président, des chefs de service, et parfois de membres importants de la congrégation."

"Un centre de prédication est un temple à petite échelle. Il peut être tenu par un ou deux dévots initiés qui essaient de prêcher la conscience de Krishna. Un centre de prédication remplit les mêmes fonctions de base qu'un temple, mais sans service élaboré d'adoration de la murti et autres gros services. C'est une petite unité de prédication. Si les circonstances l'autorisent, un centre de prédication peut grandir et devenir un temple à part entière. Il assumera alors tous les différents aspects du culte".

"Un centre de nama-hatta est différent d'un centre de prédication ou d'un temple : c'est un lieu où des personnes intéressées par la conscience de Krishna peuvent se retrouver régulièrement pour discuter, chanter ensemble, etc. Il n'y a au début ni dévots initiés, ni programmes de temple réguliers et, généralement, les personnes assemblées ne suivent pas strictement les principes régulateurs. Des programmes et des kirtanas sont organisés lors de la visite de prédicateurs itinérants. Plus tard, certains membres du groupe de nama-hatta peuvent atteindre le standard spirituel d'un dévot initié, et ainsi recevoir l'initiation. A ce moment le centre de nama-hatta peut se transformer en centre de prédication."

 

*

 

La carte géographique du mouvement, suite à la crise de 1986 et compte-tenu des batailles de chiffres que se livrent toujours observateurs et adeptes, est encore mouvante.

Les observateurs donnent des chiffres :

Dans le rapport parlementaire, à la page 30, sous la rubrique "Dénombrement des adeptes de sectes en 1995 par l'UNADFI", on lit pour Krishna:

 

Monde 80.000

France 1.000

 

Le rapport parlementaire lui-même classe le groupe français dans les mouvements de 50 à 500 adeptes.

 

Les chiffres avancés par l'association elle-même sont plus importants :

En effet, elle revendique dans le monde 15 000 à 20 000 dévots à plein temps, 80 000 membres à vie et une congrégation de fidèles qui se comptent par millions.

La revue "Bhakti" de septembre-octobre 1994 publie la liste des temples en construction ou à mettre en chantier d'ici 1996 : en Inde (Delhi, Baroda, Bangalore, Ahmedabad, Madras); aux Etats-Unis (Pennsylvanie); en Russie (à Saint Petersbourg où vivent 500 à 800 dévots, 8 étages, 39 000 m² dont 7 000 pour le temple); au Kenya (Nairobi pour 1200 personnes); dans l'Ile Maurice (Phoenix, un homme d'affaire a promis de financer à hauteur de 14 millions de FF); au Népal (Katmandou); en Malaisie (Kuala Lumpur); en Indonésie (Jakarta). Il ne s'agit là, précise-t-on, que des principaux projets en cours.

 

L'IMPLANTATION A L'EST

"Déjà, en 1982, une cellule Krishnaïque avait été découverte à Krasnoyarsk (Sibérie). Le recrutement se faisait sous couvert de yoga, fort en vogue en URSS, ainsi que les divers régimes végétariens".

Mais le totalitarisme communiste tentait encore d'éradiquer tout mouvement spiritualiste. Aussi les adeptes de Krishna étaient-ils persécutés, à l'instar des fidèles de toutes confessions...

"Les adeptes de Krishna ont été les premiers à s'introduire dans ce qui était encore l'Union soviétique. Maintenant autorisée, comme tous les autres groupes, la secte est l'une des religions dont la croissance est la plus rapide aujourd'hui en Russie... Il y a maintenant 50 (57 ?) groupes Krishna dans l'ex-Union soviétique, ils ont distribué 50 millions de livres ces deux dernières années. Ils prétendent avoir 700.000 adeptes rien qu'en Russie..."

On les voit notamment distribuer des repas végétariens gratuits aux indigents en Russie, à Sarajevo.

En 1995, il y aurait en Bosnie une quinzaine de dévots, des centaines de sympathisants, selon le président du mouvement, Mirza Agic.

Le Bulletin de liaison du Centre Roger Ikor (CCMM), d'octobre 1995, signale le prosélytisme du mouvement auprès des Bosniaques de Sarajevo, en particulier avec un spectacle appelé "Le Voyageur", le 24 septembre 1995. Il cite certaines expressions entendues : "Si plus de gens étaient membres de Hare Krishna, il y aurait probablement moins de guerres". "Ces gens (18 000 civils) qui ont été tués ont dû fauter dans une existence précédente"...

 

L'IMPLANTATION EN FRANCE

Parmi les implantations anciennes, le groupe avait acheté l'Hôtel d'Argenson (pour la somme de 5 millions de francs) dans le quartier parisien du Marais. Mais le bruit provoqué par le culte avait suscité l'opposition des co-locataires (en 1980) et des élus avaient demandé son expulsion. En 1984, l'AICK avait dû quitter les lieux.

En 1981, la Conscience de Krishna loua le château d'Ermenonville (Nanteuil le Haudouin 60440) malgré les réticences de la municipalité et de la population. En septembre, des dévots de Krishna avaient essayé de prendre la parole pendant une séance du conseil municipal, d'où leur expulsion. Une motion votée à l'unanimité par les édiles demandait au préfet de l'Oise de faire intervenir les commissions des Beaux Arts et de la sécurité et exigeait que l'entrée du public soit refusée sans l'autorisation du maire. Le québecois Lucien Dupuy, secrétaire général pour la France, affirma alors ne vouloir faire du château qu'un centre administratif avec un maximum d'une cinquantaine de permanents. En fait, le "temple" d'Ermenonville fut inauguré le 15 février 1984 par 400 dévots français, belges, italiens et anglais sous la présidence de l'un des onze dirigeants, Gurudeve. Plus de 70 dévots vivaient alors au château, et l'AICK demandait l'autorisation d'ouvrir une école privée. L'Association Défense des Valeurs d'Ermenonville avait installé des banderoles "Krishna dehors". A l'occasion des municipales de 1983, 48 dévots avaient voté, et l'Association de Défense avait poursuivi l'AICK pour fraude dans les inscriptions sur les listes électorales (inscription sans présenter de pièce d'identité). Le 16 avril 1985, quatre adeptes agressèrent chez lui le couple dissident Miranda-Ortiz et auraient essayé de ramener les intéressés de force à Ermenonville. En mai 1986, un arrêté municipal décida la fermeture du château. En août, un autre interdit l'accès à tout visiteur : en proie aux difficultés financières depuis un important redressement fiscal, l'AICK n'avait pu financer les travaux qu'elle s'était engagée à faire dans le château. Le 18 décembre 1986, Krishna fut condamné, pour avoir laissé entrer des visiteurs en septembre, à 4 000 F d'amende. Quoiqu'ayant annoncé qu'elle se pourvoirait en cassation, l'AICK évacua les lieux.

L'Association Internationale pour la Conscience de Krishna (AICK) a donc été dissoute et remplacée par la Fédération Française pour la Conscience de Krishna (FFCK), dont le siège est à Oublaisse (Indre). Cette instance est affiliée à l'ISKCON (siège à Mayapour, Inde).

 

Actuellement, elle regroupe en particulier :

- La communauté rurale La Nouvelle Mayapour à Oublaisse (Luçay le Mâle - Valençay - 36600), après rachat de la propriété par une SARL "Printemps".

- Le Château de Bellevue à Châtenois (Jura) dont l'inauguration donna lieu à une grande fête. Ce centre est en lien avec celui de Zurich (Suisse). Il s'agit d'un "centre agricole" qui lance aussi un centre scolaire alternatif.

- Le Temple Hare Krishna, à Noisy le Grand, où se tiennent les célébrations hebdomadaires. Les résidents desservent à Paris, rue des Fossés St Bernard (75005), un petit centre où ils assurent un accueil quotidien et deux conférences par semaine, avec vente de produits artisanaux (Centre Culturel Hare Krishna).

On note d'autres manifestations, par exemple le Rata Yatra, c'est-à-dire le festival traditionnel du mouvement. Par ailleurs, 300 repas végétariens gratuits seraient distribués chaque semaine à Paris aux indigents par l'association Les Repas Hare Krishna.

 

Le mouvement diffuse ses ouvrages par l'intermédiaire des éditions Bhaktivedanta France.

 

EN BOURGOGNE / FRANCHE-COMTE :

En 1985 déjà, cinq membres de l'Association internationale pour la conscience de Krishna occupaient le gîte rural de Lantenay, pour prospecter si la Côte d'Or était un terrain favorable à l'installation permanente d'une communauté.

Voici de nouveau quelques adeptes à Dijon, cette fois en appartement au centre-ville... en mission exploratoire ? Il aurait même été question à un certain moment d'un projet de restaurant végétarien.

Des produits "bio" sont vendus sur les marchés locaux, à Auxonne par exemple, par les dévots de la communauté rurale voisine.

En effet, le 28 juillet 1993, une Société Civile Immobilière composée de Giovanni Proietto et de la Fondation Suisse pour la Conscience de Krishna (qui a son siège à Zurich), a acheté, pour la somme de 4,6 millions de francs, le Château de Bellevue et ses 76 hectares de terrain (ancienne colonie de vacances pour Peugeot) dans les environs de Dole (Châtenois, Rochefort s/ Nenon, Jura).

Lors des transactions, le nom de Krishna n'est jamais apparu. L'acquéreur suisse qui s'était bien gardé de décliner sa fonction de Président de la Fondation suisse pour la Conscience de Krishna, avait intéressé la municipalité avec un projet de création d'un "centre de vacances et de remise en forme à vocation européenne" et d'une "ferme biologique" : le château serait transformé en restaurant biologique et chambres d'hôtes et 25 bâtiments d'habitation parsèmeraient le domaine. Le président de cette fondation gérait déjà la ferme de l'Agram, au Tessin (près de Roche d'Or, village de 50 habitants en Haute Ajoie, en Suisse). Ce "projet d'avant-garde à évocation européenne" présenté aux autorités par la SCI, où se mêlaient culture, santé, écologie, tourisme, etc. a fait illusion. En fait, le projet inavoué est d'établir un Centre européen pour la Conscience de Krishna agrémenté d'une ferme d'agriculture biologique type Agrama. Le masque tombe quand une demande de permis de construire déposée en mairie révèle un projet d'aménagement tout autre que celui qu'avait fait miroiter le promoteur. Pourquoi ne jamais avoir mentionné explicitement Krishna lors des transactions ? Réponse du responsable : "Si vous êtes chrétien et que vous achetez une maison, allez-vous signaler votre religion ?" Et d'ajouter : "La Conscience de Krishna est la branche monothéiste de l'hindouisme"... "Notre philosophie vient des Védas qui ont été écrits il y a plus de 5 000 ans. C'est la plus ancienne religion du monde..."

 

SUR INTERNET, http://www.krishnafrance.com

Le site http://www.krishnafrance.com/services.htm propose :

* Vente de livres

* Rencontres

"recevoir, chaque mois, la lettre philosophique"

"recevoir des réponses personnalisées à toutes vos questions"

"rencontrer des Vaishnava de votre région

* Abonnements (à bhakti, la revue de la communauté Vaishnava : 6 n° pour 150f, à l'ordre de "l'arbre à souhaits", Domaine d'Oublaisse, 36360 Luçay le mâle)

* Téléchargement de Hare.zip

 

 

IV

LA DOCTRINE

 

Les "Dévots de Krishna" se prétendent chargés de propager la pureté des Védas par leur rattachement à la tradition du Bengale, plus particulièrement à la prédication de Caitanya (1486-1533) considéré comme une manifestation (un avatar) de Krishna descendu sur terre pour enseigner la Voie de la dévotion (Bhakti-yoga), à savoir l'abandon à Dieu dans le pur amour.

Mais cette prétention du "krishnaisme" est contestée par de nombreux hindouistes. Pour Madame Indira Gandhi par exemple, les Krishnas n'avaient pas plus de rapport avec l'hindouisme que Moon avec le christianisme.

 

1- LA DOCTRINE SPIRITUELLE

Le fondateur du mouvement Hare Krishna, A.C. Bhabtivedanta Swami Prabhupada, est considéré comme le maître spirituel autorisé, de la lignée d'un certain Caitanya, lequel est en fait un avatar du Dieu Unique et Suprême, Krishna. L'enseignement de ce dernier est contenu principalement dans la Bhagavad-Gita.

 

A) LES ECRITURES VEDIQUES, LA BHAGAVAD-GITA

La doctrine de la Conscience de Krishna s'appuie sur les Védas, livres sacrés de l'hindouisme. C'est particulièrement parmi les Upanishads, poèmes métaphysiques de l'Inde, que l'on trouve la Bhagavad-Gita, "le chant du bienheureux", grand discours que prononce Krishna, le héros de l'épopée, le plus populaire des dieux de l'Hindouisme.

 

* Les plus vieux textes sacrés

D'emblée, les dévots de Krishna affirment : "C'est en Inde que nous trouvons les vestiges des plus anciennes civilisations... Le sanskrit est la langue littéraire la plus ancienne au monde...".

Le fondateur Prabhupâda est persuadé que la Bhagavad-Gita a été écrite il y a 5 000 ans; cependant les orientalistes ont démontré que cette oeuvre devait être datée du 1er siècle avant Jésus Christ : "selon la version de la plupart des indologistes modernes, les "Ecritures Védiques" n'existent même pas. Ils disent que l'ensemble des textes mentionnés dans cet article ne possède pas la cohérence d'un ensemble d'ouvrages didactiques, mais constitue plutôt un groupement d'origines diverses. Les indologistes prétendent que leur apparition s'étend sur une longue période commençant avec l'hypothétique invasion du subcontinent indien par les Aryens, vers 1000 ou 1500 avant Jésus-Christ, quand un groupement de tribus donna naissance à la culture "védique". Si nous accordons foi à ce genre d'explication, il est alors naturel de penser que les Ecritures indiennes ne sont qu'une masse non structurée de textes mythologiques. C'est, sans aucun doute, une manière de voir très commode pour tous ceux qui, consciemment ou non, désirent établir l'hégémonie de la culture judéo-chrétienne et du "rationalisme scientifique" occidental... Nous ne comprenons pas très bien la réticence de nos "scientifiques" à envisager l'existence d'une culture hautement évoluée en plusieurs milliers d'années avant l'apparition de l'homo-sapiens moderne".

 

* La révélation divine

"Les livres sanskrits originaux sont appelés Vedas ou textes védiques (du mot sanskrit veda, "savoir", "révélation divine")".

Aussi, le mouvement Hare Krishna "contribue au bien être de l'humanité notamment en rendant accessible la sagesse authentique de la Bhagavad-gita et des autres Ecritures sacrées de l'Inde".

"La Bhagavad-gita ("le chant de Dieu"), également surnommée "la bible hindoue", en constitue l'essence". "L'écriture sainte la plus importante de l'Inde", que le mouvement fait connaître et diffuse dans le monde entier, selon le souhait de Sri Caitanya lui-même, contient l'enseignement de Krishna.

 

* "La Bhagavad-Gita telle qu'elle est"

Malheureusement, "le message de la Bhagavad-gita fut mal interprété, même par de grands érudits". "Le Seigneur attaque... tous les vedantistes qui interprètent le Vedanta-sutra au goût du jour, selon la puissance limitée de leur intelligente personne, et afin de servir des fins qui leur sont particulières. Il condamne définitivement toute interprétation négligeant le sens direct d'Ecrits authentiques comme le vedanta... nul, de sa raison imparfaite, ne peut surclasser l'autorité des vedas. Les préceptes des Vedas doivent être observés à la lettre, sans spéculation aucune. De prétendus observants de la norme védique fabriquent leurs propres interprétations de cette norme et donnent ainsi naissance à de multiples sectes et groupements religieux qui se prétendent issus de la tradition des Vedas".

C'est pourquoi ces textes sacrés sont retraduits et commentés par Prabhupâda, le fondateur de l'ISKCON, chargé de livrer au monde "La Bhagavad-Gita telle qu'elle est". En fait, les Ecritures védiques y sont lues de manière littérale.

Les dévots attribuent une soixantaine d'ouvrages à leur fondateur, parmi lesquels on peut citer : La Bhagavad-Gita telle qu'elle est, le Srimad-Bhagavatam, le Sri Caitanya-caritamrta, le Livre de Krishna, le Nectar de la Dévotion, la Sri Isopanisad, l'Upadesamrta, Antimatière et Eternité, Entretien à Moscou : Conscience et Révolution, des Hymnes Vaisnavas, Solutions pour un âge de fer.

 

B) L'AVATAR, SRI CAITANYA

"Il y eut d'innombrables avatars, ou manifestations de Dieu sur terre. Sri Krishna nous enseigne, dans la Bhagavad-gita : "Chaque fois qu'en quelque endroit de l'Univers, la spiritualité connaît un déclin, et que s'élève l'irreligion Je descends en Personne. J'apparais d'âge en âge afin de délivrer mes dévots, d'anéantir les mécréants, de rétablir les principes de la spiritualité" (B.g., 4, 7-8)".

En 1486, Krishna s'est manifesté au Bengale sous la forme de Sri Caitanya. Celui-ci "est bien Sri Krishna Lui-même, bien que cette fois Il ait choisi d'apparaître sous la forme d'un grand bhakta, pour faire connaître à l'humanité tout entière, aux philosophes comme aux théologiens, la nature spirituelle et absolue du Seigneur Suprême dans Sa forme originelle de Sri Krishna, cause de toutes les causes. Son enseignement repose sur le fait que Sri Krishna, qui parut à Vrajabhumi (Vrndavana) [à Sridhama Mayapura, un quartier de la ville de Navadvipa au Bengale] en tant que fils de Nada Maharaja, est Dieu, la Personne Suprême, digne de l'adoration universelle".

"Il raviva la conscience de Krishna dans l'Inde entière et révéla à toute l'humanité la méthode idéale de réalisation spirituelle pour cet âge : le chant des noms sacrés de Dieu... Il prophétisa qu'un jour le saint nom de Krishna serait chanté dans le monde entier. Les successeurs de Sri Caitanya [au début, "les six Gosvamis", proches disciples] prirent à coeur de réaliser cette prophétie. Ils parcoururent l'Inde entière, écrivirent de nombreux livres et commencèrent, à partir du 19ème siècle, à rendre la connaissance védique accessible au monde entier par le biais de la langue anglaise. C'est A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada (1896 - 1977), grand saint et érudit, qui réalisa cette prédiction en répandant dans le monde, dix générations après Sri Caitanya, le nom de Krishna et le message des écrits Védiques".

 

C) A.C. BHAKTIVEDANTA SWAMI PRABHUPADA

Il est un maître spirituel autorisé, car il appartient "à une succession disciplique authentique", "une lignée de hauts sages", dont voici quelques chaînons :

1. Krishna; 2. Brahma; ... 22 Lord Caitanya; ... 32 Bhaktisddhanta Sarasvati; ... 33 A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada.

C'est donc ce dernier qui a assuré "la" traduction commentée de la Bhagavad-gita et autres écrits... "judicieusement présentés d'une manière moderne". Ses instructions sont "les enseignements essentiels pour chaque dévot de l'ISKCON"...

"Srila Prabhupada dormait seulement trois heures par nuit et mangeait peu. Tôt le matin, entre 1h30 et 4h30, il dictait ses livres, puis il passait le reste de la journée à prêcher toutes sortes de personnes, en public ou en privé".

A la mort du fondateur, "En onze années de prédication en Occident, il a ouvert 108 centres, écrit 51 livres..., fait huit fois le tour du monde et initié 5000 disciples. Il a créé la plus importante société d'édition du monde dans le domaine de la littérature védique (The Bkacktivedanta Book Trust), un institut de prédication scientifique (The Bhaktivedanta Institute), et de nombreux organismes pour assurer la continuation de l'ISKCON"... "dans 49 pays".

"Une cérémonie d'hommages doit être offerte quotidiennement à Srila Prabhupada par chaque dévot de l'ISKCON".

 

D) KRISHNA, DIEU UNIQUE ET SUPREME

La doctrine du mouvement Hare Krishna est monothéiste et personnaliste.

 

* Une doctrine monothéiste

Contrairement à l'hindouisme traditionnel, les dévots de Krishna enseigne que celui-ci est "Dieu unique et suprême", alors que l'hindouisme, polythéiste, le considère comme l'un des deux avatars de Vishnu : "bien plus qu'un Avatara de Visnu, Il apparaît aux yeux de tous comme le Dieu unique auquel toute dévotion est due".

Ils expliquent que "L'apparent polythéisme (de l'hindouisme) se rapporte en fait à l'adoration des devas (Brahma, Shiva, Ganesha, etc...) comparables à des ministres responsables de tel ou tel aspect de la création mais tous subordonnés à Dieu, connu sous le nom de Vishnu ou Krishna". D'où le nom de Vaishnavas ou Dévots de Krishna, qui suivent cette tradition monothéiste de l'Inde, à savoir le Vaihnavisme ou Vishnouisme.

"Bien sûr, il n'y a qu'un seul Dieu. Mais il est connu sous de nombreux noms différents. Ses noms sont donnés en fonction de l'époque, du lieu et des circonstances et sont toujours en relation avec Ses attributs"... "Krishna est le nom originel de la Personne Suprême"... ("Celui qui Attire", "l'infiniment fascinant").

Sri Krishna est "la Personne divine et absolue, le Seigneur lui-même, dont l'enseignement ultime dans ce grand livre de savoir spirituel est le suivant : délaisser toute autre pratique religieuse pour simplement s'abandonner à Lui, Sri Krishna, le Seigneur Suprême, seul digne d'adoration. Celui-ci assure encore que tous Ses Dévots seront protégés des suites diverses de leurs péchés, qu'ils s'affranchiront de toute angoisse".

La Bhagavad-Gita s'adresse à Krishna en termes rigoureusement monothéistes : "Tu es le Brahman suprême, le Purificateur suprême, l'Ultime Demeure, la Vérité absolue, la Personne divine et éternelle. Tu es Dieu, la Personne primordiale, originelle et absolue. Tu es le Non-né et la Beauté que tout pénètre".

"Krishna est le nom originel de Dieu. Bien sûr, Krishna a beaucoup d'autres noms. Pour les juifs, Il est Yahweh, pour les chrétiens Il est Jéhovah, pour les musulmans Il est Allah. Pour tous, Il est Dieu, l'Etre Suprême."

 

* Une doctrine personnaliste

Selon les dévots, "la substance que nous appelons Vérité Absolue peut être réalisée en tant que la lumière du Bhraman impersonnel, en tant que le Paramatma localisé ou bien encore en tant que l'Eternelle Personne suprême, Bhagavan... Brahman fait référence à l'aspect impersonnel et omniprésent de la Vérité Absolue... Paramatma signifie "le Soi Suprême" ou "l'Ame Suprême"... l'aspect localisé de la Vérité Absolue. En d'autres mots, Dieu réside dans notre coeur... Bhagavan fait référence à la Personne Suprême... Comment pourrions-nous bien être des personnes si Dieu, notre Père, la cause de toutes les causes, n'était pas non plus une personne ? Bhagavan est ainsi le Dieu personnel bien aimé de tous les dévots des religions monothéistes..."

 

E) LES AMES SONT DES FRAGMENTS DE KRISHNA

"Dieu se multiplie de différentes façons. Les êtres vivants sont également des émanations de Dieu. Il existe différentes sortes d'émanations, dont la source, ou le Seigneur originels, est Sri Krishna". Nous les hommes, "nous sommes tous des fragments éternels de Sa Personne".

Prabhupâda a déduit des écrits védiques certains énoncés pseudo-scientifiques, tels que : "L'âme humaine est un être d'antimatière emprisonné dans un corps d'énergie matérielle... Seuls ceux qui retournent dans l'univers d'antimatière, grâce au Bhakti-yoga, peuvent obtenir l'immortalité".

Par conséquent, le monde matériel, dans sa totalité, est méprisable. Seule, "l'âme est indivisible et insoluble; le feu ne l'atteint pas, elle ne peut être desséchée. Elle est immortelle et éternelle, omnipotente, inaltérable et fixe. Il est dit de l'âme qu'elle est invisible, inconcevable et immuable. La sachant cela, tu ne devrais pas te lamenter sur ton corps". Car "je ne suis pas ce corps; je suis une âme spirituelle et le but de mon existence est de m'affranchir du conditionnement matériel".

En quoi consiste cette libération ? Quel but les "Dévots" de Krishna poursuivent-ils dans leur recherche de purification et d'union à Dieu ? "Je désire uniquement m'absorber sans fin, vie après vie, dans Ton service d'amour pur et absolu... arrache-moi à ces vagues de morts et de renaissances, change-moi en un atome de poussière sous Tes pieds pareils-au-lotus".

Mais, réincarnationniste, Swami Prabhupada est clair : "Notre prochain corps dépend du mode de la nature qui prédominera en nous au moment de la mort. Ceux qui sont influencés par le mode de l'ignorance obtiendront des corps d'animaux ou d'espèces encore plus basses. Ceux qui meurent sous l'empire du mode de la passion obtiendront une forme humaine sur une planète semblable à la terre. Et ceux qui meurent sous l'égide du mode de la vertu seront promus aux systèmes planétaires supérieurs et acquerront le corps d'un deva (être plus évolué que l'homme). Mais tous ces corps sont matériels, donc temporaires. Seul celui qui a la chance de mourir en pensant à Krishna peut obtenir un corps éternel comme celui de Krishna. Celui-là va rejoindre le Seigneur Suprême dans sa demeure éternelle".

Cette sorte de retour à Dieu est finalement obtenue par une série de migrations et de réincarnations. Ainsi, différentes possibilités offertes aux dévots de Krishna de se rendre dans les planètes de leur choix sont décrites dans le livre de Swami Prabhupada "Antimatière et éternité". Les dévots peuvent atteindre la Lune, le Soleil, Mars ou n'importe quelle autre planète en se concentrant au moment de la mort ou en pratiquant l'astanta-yoga : si l'on fait monter l'âme du nombril à l'orifice du crâne, si on la fixe alors entre les sourcils en pensant fortement, "on peut, en moins d'une seconde, atteindre les planètes et y apparaître doté d'un corps spirituel qui nous permettra d'y vivre".

Mais il va sans dire que ces sortes de migration ou ce désir de voyager sur les planètes matérielles est de qualité inférieure. Mieux vaut aspirer aux Planètes de l'univers spirituel appelé Antimatière : "L'âme peut décider de regagner le Paradis perdu et retourner ainsi d'où elle vient, à l'origine de toute chose. On peut, en moins d'une seconde, atteindre les Planètes spirituelles et y apparaître doté d'un corps spirituel qui nous permettra d'y vivre. Il n'y aura plus qu'à abandonner nos formes physiques et subtiles et quitter le corps par l'orifice du crâne en désirant sortir de l'Univers de matière".

Cependant, cette libération se révèle difficile en notre temps. En effet, toujours selon les Védas, nous sommes à l'âge de Kali, "l'âge de fer" : "C'est le quatrième âge de l'humanité, l'âge noir de Kali, la déesse de la destruction. Cette ère dans laquelle nous vivons - le Kali-Yuga - est "une ère de discorde, de déchéance, de matérialisme extrême, de disparition progressive de la mémoire, de la compassion, de la probité, de la pureté et de la force physique". Il y a déjà 5000 ans que dure cette ère de malheur et tout ne fait qu'empirer. Au fil des temps, l'atmosphère sera de plus en plus empoisonnée, les gens de plus en plus touchés par ce mal mortel...

En fait, "Rien ne manque en ce monde, que la conscience de Krishna... l'éternelle souffrance des hommes vient de l'oubli qu'ils ont de Dieu. On croit, par ignorance, pouvoir négliger la réalisation spirituelle, et trouver son bonheur dans la poursuite du plaisir des sens, mais la course au plaisir n'entraîne que malheurs, tant sur le plan individuel que collectif. Des lois fort strictes régissent la nature matérielle, et l'homme agit comme s'il se trouvait être le seul et unique maître de la création. Aussi les masses se laissent-elles fourvoyer par les promesses des capitalistes, des communistes, des socialistes, des nihilistes et autres défenseurs de théories en "ismes", toutes plus impuissantes les unes que les autres à résoudre les problèmes de la guerre, de la faim, de la maladie, de la pauvreté, des carences de toutes sortes... un dévot de Krishna, s'afflige devant une situation aussi désespérée. Il sait qu'à l'origine de ce chaos se trouve l'oubli de Dieu et de Ses lois, et il met tous ses efforts à trouver par quels moyens offrir aux âmes conditionnées la science de la Conscience de Krishna, grâce à laquelle ils pourront vivre en harmonie avec les deux natures, matérielle et spirituelle".

 

F) LA VOIE DU BHAKTI-YOGA

Mais "vous ne pouvez voir Dieu que si vous êtes parfaitement qualifié. Lorsque vous avez le savoir parfait, vous pouvez voir Dieu face à face, de la même façon que vous me voyez et que je vous vois. Mais cela requiert une certaine qualification. Cette qualification, c'est la conscience de Krishna".

 

* Un maître

Comment acquérir cette qualification ? Il faut, pour cela, accepter de "suivre les enseignements d'un maître spirituel, recevoir de lui l'initiation et être prêt à le satisfaire en tous points"...

"Krishna est le premier maître spirituel, et lorsque grandit notre intérêt pour la vie spirituelle, il nous faut trouver un maître spirituel physiquement présent. C'est ce qu'affirme le verset qui nous occupe où Krishna conseille : "Si tu veux connaître la science transcendantale, approche quelqu'un qui la connaît"... "Si vous voulez être éclairé du savoir spirituel, il vous faut approcher un guru"... "Il te faut approcher une personne à laquelle tu pourras te soumettre"... "Si tu veux apprendre la science de la Bhagavad-gita, il te faut approcher quelqu'un à qui tu t'en remettras".

Car "Le guru est le représentant de Krishna, le représentant des acaryas précédents. Krishna dit que tous les acaryas sont Ses représentants; par conséquent on doit offrir au guru le même respect qu'à Dieu... s'abandonner au maître spirituel authentique revient à s'abandonner à Dieu... le guru est sur le même plan que Dieu. Quand nous offrons nos respects au guru, nous offrons nos respects à Dieu"...

 

* Une seule voie : le mouvement Hare Krishna

"Descendant en ligne initiatique directe de Caitanya et de ses premiers disciples, Srila Prabhupada est le maître spirituel (acarya) qui, en créant l'Iskcon en 1966, a répandu le Mouvement Hare Krishna dans le monde entier, c'est-à-dire le savoir védique conservé intact, alors que la masse des hommes s'en écartait de plus en plus".

C'est la raison pour laquelle "Paix et amitié ne sauraient être dans une société séparée de Dieu et de Ses purs dévots. Il est donc impérieux de rechercher sincèrement la compagnie de purs bhaktas et d'écouter avec patience et soumission leur parole; peu importe alors notre condition sociale".

Ainsi, les bhaktas ou dévots sont les seuls détenteurs de la vérité. "Il est très difficile en effet, sinon impossible de connaître Krishna au travers des Ecritures védiques, mais par contre vous saurez tout sur lui en vous adressant à ses purs Dévots. Les purs bhaktas ont le pouvoir de vous offrir Krishna tel qu'il est...".

Et la Voie qu'ils offrent pour connaître Krishna est le bhakti-yoga ou yoga de dévotion, "voie spirituelle recommandée par les Ecritures pour le perfectionnement de soi et la réalisation de Dieu dans les temps présents".

Sri Krishna a "énoncé Son chant divin, la Bhagavad-gita, sur le champ de bataille de Kuruksetra, voici plus de 5000 ans... Bien des Textes évoquent maintes voies - la charité, l'austérité, les rites, les sacrifices, la recherche philosophique, la pratique d'exercices yogiques et de la méditation... -, mais toutes doivent culminer dans le service d'amour spirituel et absolu qu'on offre au Seigneur Suprême, à défaut de quoi elles ne seront d'aucune aide pour s'affranchir de l'existence matérielle, du cycle implacable des morts et des renaissances, et se traduiront en conséquence par une pure perte de temps. Krishna, donc, toujours soucieux du bien des hommes, après avoir d'abord révélé, dans la Bhagavad-gita, le secret d'entre les secrets : "Laisse là toute autre forme de religion, ou d'occupation, et abandonne toi simplement à Moi", voulut par la suite en montrer la voie d'application pratique, ce pourquoi il apparut comme Sri Caitanya Mahaprabhu".

Cette Voie "balaie... tous les autres systèmes de réalisation spirituelle"... "Nous devons oublier que nous sommes Chrétiens, Musulmans ou Hindous. Nous devons comprendre que nous sommes des serviteurs de l'Etre Suprême. Quand nous réalisons cela, nous sommes libérés"... "tous les hommes accepteront alors Son Saint Nom comme le lieu commun de la religion universelle"

 

* Le chant du Mahâ-mantra

"Le Kali-Yuga est sans doute un océan de confusion, mais il suffit pourtant d'y chanter le nom de Krishna pour le traverser et atteindre la libération... Dans cette ère, les difficultés sont si grandes que le seul sacrifice possible, efficace, est le chant des Saints Noms de Dieu, du Mahâ-mantra. Seule voie pour accéder à la conscience de Krishna et être sauvé pour l'éternité : chanter 1728 fois par jour le Maha-mantra : Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare. Commencé il y a 5000 ans, ce chant durera encore 432 000 ans (période de décadence de l'humanité). Il est "un agent spirituel de purification, car Dieu et Son Nom ne diffèrent pas l'un de l'autre". Le chant du Mahâ-mantra ravivera bientôt la Conscience de Krishna en l'homme et le délivrera de ses faux attachements. Si l'on désire vraiment échapper à toute anxiété, il faut chercher refuge auprès de Krishna et de son Saint Nom, car ils sont absolus". Telle est la seule voie de salut dans l'âge où nous vivons.

Nous touchons là l'un des aspects les plus originaux du Mouvement Hare Krishna : "Chante les Saints Noms, chante les Saints Noms, chante les Saints Noms du Seigneur, car dans l'âge de Kali (l'ère de discorde et d'hypocrisie dans laquelle nous vivons), il n'y a pas d'autre moyen, pas d'autre moyen, pas d'autre moyen d'atteindre l'absolu... Il n'est point de méthode plus efficace pour contrecarrer les influences néfastes de l'âge de kali que le chant des seize syllabes qui constituent le maha mantra Hare Krishna... Le chant public et en groupe des Saints Noms du Seigneur - ou Hare Krishna, Hare Krishna, Krishna Krishna Hare Hare Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare - n'est donc pas une invention moderne... Sri Caitanya Lui-même prophétise : "Le chant des Saints Noms de Krishna sera étendu dans chaque ville et chaque village du monde entier". Il n'y a donc pas de raison de s'étonner si les dévots de Krishna défilent dans les rues de toutes les grandes villes du monde au son des cymbales, des tambours et du chant plein de joie Hare Krishna, Hare Rama".

Déjà, "lors de l'avènement de Sri Caitanya [par une éclipse de lune, où les gens doivent se baigner et chanter des mantras purificateurs], l'Inde entière retentissait des sons sacrés de Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare / Hare Rama Hare Rame Rama Rama Hare Hare. Ces seize Noms du Seigneur, qu'on trouve mentionnés dans plusieurs Puranas et Upanishads, constituent ce qu'on appelle le taraka-brahman-nama de l'ère où nous vivons, c'est-à-dire le moyen de s'y affranchir de l'existence matérielle"... En fait, "cette vibration sonore spirituelle... n'est pas différente de la Forme du Seigneur", elle "a le pouvoir d'engendrer des émotions spirituelles rares"... "l'écoute et le chant des attributs, de la forme ou du nom du Suprême, de l'Absolu, nous donne d'être aux côtés de l'Etre Suprême; il s'agit là d'une compagnie directe et transcendantale... En écoutant les gloires de Krishna, le coeur se purifie petit à petit".

 

* Le service exclusif de Krishna

Dans la "Voie de la Transcendance", le fondateur Prabhupada répond que les dévots doivent "vivre tous les actes de la vie dans la pensée de Dieu, connaître la relation qui nous unit à Dieu, chercher à posséder de Lui une connaissance profonde, agir en pleine conscience de notre relation avec Lui et lui dédier chaque geste, chaque parole, chaque pensée..."

En effet, "le service de dévotion offert à Dieu, la Personne Suprême, est le but ultime de la vie humaine". Or, "La perfection ultime consiste à se détacher de la matière, pour, dans les proportions de ce détachement, pénétrer le sublime service d'amour offert au Seigneur". "Le bhakta réalisé, c'est celui qui s'abandonne entièrement au Seigneur et qui n'a aucun attachement pour la prospérité matérielle. La prospérité matérielle et le plaisir des sens, de même que leur poursuite, relèvent, dans la société humaine, de l'ignorance".

Ainsi, par la pratique du "bhakti-yoga", l'âme regagnera le paradis perdu.

 

 

2- LA DOCTRINE POLITIQUE ET SOCIALE

Tout appartient donc à Krishna et doit servir à chanter ses louanges.

 

Politiquement, on rejette la démocratie en faveur d'un "monarque éclairé", désigné par Krishna lui-même. Il veillerait à ce que les dévotions soient observées.

 

Socialement, "La Bhagavad-gita distingue différentes catégories d'hommes. Ce système de divisions sociales et spirituelles est connu sous le nom de varnashrama-dharma".

* Les quatre varnas, ou divisions sociales, sont :

- les brahmana,

intellectuels et spiritualistes exclusivement occupés au service des disciples et à l'éducation spirituelle des autres classes;

- les kshatriya,

dirigeants et administrateurs;

- les vaishya,

agriculteurs et commerçants;

- les shoudra,

travailleurs manuels, qui servent les autres.

 

* Les quatre ashramas, ou divisions spirituelles, sont :

- le brahmacarya,

en général, entre 5 et 25 ans, les jeunes gens sont célibataires et étudient sous la conduite d'un guru, un maître spirituel;

- le grihasta,

avec création d'une famille, généralement entre 25 et 50 ans;

- le vanaprastha,

entre 50 et 75 ans : détachement progressif de la vie de famille;

- le sannyasa ou l'ordre du renoncement,

la dernière partie de la vie étant entièrement consacrée au développement spirituel : l'homme se prépare à la mort.

 

Le but de cette institution spirituelle et sociale est d'élever graduellement toute personne dans la connaissance de Dieu.

Mais, toujours selon le Mouvement, en Inde, le varnashrama a dégénéré au fil des siècles. Il a progressivement été remplacé par le système des castes héréditaires. Alors que le véritable varnashrama-dharma est fondé sur les qualités réelles possédées ou développées par un individu, quelle que soit sa naissance ou son hérédité.

On prêche encore le retour à la culture de la terre, retour idéal au modèle rural des anciennes communautés indiennes, comme un remède miracle aux problèmes économiques.

"Nous désirons voir la société évoluer vers une économie plus naturelle, moins agressive. Dans ce nouveau système, les hommes vivront dans des unités économiques plus petites, autosuffisantes, fondées sur les principes d'une vie simple vouée à de hautes pensées. Ces villages, villes et petites cités fourniront localement les nécessités premières de la vie humaine et offriront la sécurité d'un emploi à vie. A cette fin le Mouvement International pour la Conscience de Krishna développe graduellement des communautés rurales dans le monde entier ainsi qu'une ville de 20 000 personnes à Mayapur, en Inde".

"Nous soulignons et dénonçons les terribles dommages que l'industrie de la viande, et plus particulièrement l'industrie bovine, cause à l'environnement. Les programmes modèles de l'ISKCON visant à protéger la vache et à utiliser les boeufs pour le transport, l'agriculture, sont fondés sur les principes de la culture védique". "La terre et les vaches font la vraie richesse de l'homme, pas les véhicules à moteur... L'homme est fait pour les durs travaux... et la construction des maisons" (S.P., Solutions pour un âge de fer).

On nous rappelle que "La règle d'éthique générale dans la culture védique voulait que la femme reste sous la protection de son mari, de son père ou de ses enfants".

"Les mantras védiques en soi présentent de trop grandes difficultés pour l'homme du commun. Les femmes, les sudras et les membres déchus des familles de vaisyas, de ksatriyas et de brahmanas sont incapables de percer le sens profond des Vedas". "La femme, elle, peut traire les vaches, baratter le beurre, garder la maison propre et prendre soin des enfants" (S.P., Solutions pour un âge de fer).

L'engagement social est jugé inutile sauf pour faire de nouveaux adeptes.

Les adeptes doivent couper tout lien affectif avec leur famille.

La religion de Krishna est la vraie science, inscrite dans les Védas, opposée à la science occidentale, illusoire et dangereuse. On y apprend par exemple, qu'il existe 8 400 000 espèces de vie. Par ailleurs, les astronautes américains n'ont pas pu atterrir sur la Lune, car "les chiffres védiques... établissent que la Lune est à 800 000 miles plus loin de la terre que le Soleil. Et donc même si l'on admet le calcul moderne concernant la distance Terre-Soleil (93 millions de miles), comment les astronautes auraient-ils pu aller sur la Lune en seulement 91 heures".

 

CE QUE DIT L'HINDOUISME

Le mouvement Hare Krishna exprime lui-même sa distance vis-à-vis de cette religion qu'est l'hindouisme : "Srila Prabhupada désapprouve les influences panthéistes, polythéistes, et l'esprit de castes qui imprègnent l'Hindouisme moderne. Le sanatana-dharma, ou conscience de Krishna, et l'Hindouisme ont une racine historique commune - l'ancienne culture védique de l'Inde. Toutefois, au fil des siècles l'Hindouisme est devenu, à l'instar d'autres "grandes religions", un ensemble confus de groupes sectaires, souvent focalisés sur des croyances et rituels dogmatiques et fermés à une compréhension universelle des principes religieux et de la foi humaine. Totalement à l'opposé de cette attitude, le sanatana-dharma, ou conscience de Krishna, est universel et transcende les désignations sectaires".

En fait, le mouvement se définit, nous l'avons vu, comme la branche monothéiste de l'hindouisme : "Selon les écritures védiques, les devas sont des personnalités très puissantes. Responsables de la bonne marche de l'univers, ils assument certaines fonctions de la nature (deva du feu, deva de l'eau, deva du soleil, etc). Il est parfois recommandé dans les Védas, aux personnes très attachées à la vie matérielle, de vouer un culte à certains de ces devas, mais, cependant, le Seigneur Suprême, Sri Vishnu, reste le Maître, le bénéficiaire ultime. Telle est la vraie culture védique".

Puisque les adeptes du Mouvement Krishna revendiquent ainsi leur appartenance à l'hindouisme "pur", par la tradition du Bengale, il n'est pas sans intérêt de rappeler les lignes fondamentales de cette religion.

L'hindouisme est déjà sans fondateur, sans credo commun, sans clergé au sens chrétien du terme et sans institution définissant la doctrine. Il est interprété et enseigné par des maîtres spirituels (guru), chacun à sa manière. Il s'agit davantage d'une ligue ou d'un faisceau de religions que d'une religion proprement dite. Il n'est donc pas facile à circonscrire ni à définir, surtout à partir d'une "orthodoxie", car celle-ci en est absente... D'ailleurs, le terme "hindouisme" lui-même n'est apparu qu'en 1823... et dans le vocabulaire anglais. Jusque-là, on parlait, d'une façon plus juste, des religions, des moeurs et des coutumes des Hindous. En fait, au cours de sa longue histoire de près de quatre millénaires, l'hindouisme n'a cessé de s'enrichir d'expériences multiples, souvent hétérogènes, qui ont pourtant ceci de commun d'être nées en terre indienne. Il représente donc une masse considérable de traditions que les études actuelles n'ont pas encore toutes recensées ni définies.

 

1- Le panthéon hindouiste

L'hindouisme se caractérise par son panthéon. Les hindous croient en une puissance invisible et transcendante - le Brahman - mais qui se manifeste à travers de multiples divinités honorées par de nombreuses fêtes et pèlerinages dans des temples et lieux sacrés. En effet, le dieu hindou, omniprésent (d'où ses quatre têtes) est aussi omniforme. Il peut s'incarner, se symboliser, se manifester sous n'importe quelle apparence humaine, animale (vaches sacrées, éléphants...), voire dans un fleuve : le Gange. Ainsi, Brahman, appelé aussi Ishvara, "le seul et Unique Dieu, prend l'appellation de Brahma, Vishnu ou Civa, suivant qu'il créé, conserve ou détruit". Civa est ambivalent. Par sa danse cosmique, il anéantit l'univers pour le reconstruire.

Une grande figure divine de l'hindouisme est Vishnu, protecteur de l'ordre cosmique et socio-religieux. Ses fidèles adorent les formes humaines qu'il a prises en descendant - avatara - sur terre à chaque fois que le loi du bon ordre était menacée. Parmi ces avatara les plus importants ont été Rama et Krishna, objets, eux aussi, de nombreuses dévotions.

Face à Vishnu, l'autre grande divinité est Siva, dieu de l'énergie et de la violence, à la fois bienveillant et terrible, souvent représenté comme le roi de la danse. Il symbolise alors la réalité éternelle triomphant des formes transitoires de la vie. Sa ville sainte est Bénarès. Il agit dans le monde par l'intermédiaire de sa parèdre (divinité associée, à un rang subalterne, au culte et aux fonctions d'une autre), laquelle se manifeste sous différents visages : celui, gracieux, de Parvati, celui, altier, de Durga, et celui assez effrayant de Kali.

"Les savants emploient souvent, pour évoquer le développement de l'hindouisme médiéval et moderne, les termes "secte" ou "mouvement sectaire", mais il ne faut pas y voir la connotation péjorative que notre société y met; ils désignent une "attitude spéciale à certains groupes qui, tout en reconnaissant théoriquement l'ensemble du panthéon brahmanique, adressent leur culte à telle divinité dans tel temple particulier avec, très souvent, des rites qui leur sont propres"...

"Il faut bien entendu distinguer entre shivaïtes et vishnouites, comme c'est la coutume et aussi le mode d'approche le plus simple.

Le vishnouisme est probablement aussi ancien que le shivaisme, puisqu'il s'enracine dans les textes védiques... un idéal de dévotion dans lequel le Bhagavata n'honore qu'un seul dieu, en restant intégré à la société"...

 

2- La roue des réincarnations

La doctrine met au niveau suprême le Brahman qui n'a pas créé le monde ex nihilo mais de qui l'univers émane. Tantôt il est recueilli en lui-même et le déploiement cosmique n'a pas lieu. Tantôt il sort de son recueillement et l'univers est manifesté à l'extérieur. Il existe donc une succession sans début ni fin de jours et de nuits cosmiques. Les jours cosmiques, longs de plusieurs milliards d'années, se décomposent eux-mêmes en yuga ou "âges du monde" groupés par quatre dans l'ordre d'une décadence croissante. Actuellement nous vivons dans une phase quatre, donc dans une période de délabrement des moeurs, des institutions et des saisons. Dans ce devenir perpétuel, on naît pour mourir et on ne re-naît que pour re-mourir. C'est la transmigration - la samsara - dans la roue des renaissances successives. Mais une loi préside à ces renaissances, celle du karman... la conduite humaine dans la mesure où elle est conforme ou non à l'ordre juste des choses ou dharma. On renaît dans une caste plutôt que dans une autre, parmi les intouchables ou hors de l'espèce humaine, en fonction des actes exécutés dans les vies antérieures... Ne plus renaître est la libération suprême. Car on parvient alors à s'unir et à s'identifier à l'absolu et à l'universel. Une voie pour atteindre ce but... est celle du "renonçant" qui abandonne son rang social pour l'errance et le dénuement.

Car pour l'Inde traditionnelle, le premier perçu, ce dont on est sûr, c'est le monde intérieur (le monde invisible, le monde de l'âme, le monde de Dieu...). Le monde extérieur, lui, n'a qu'une existence seconde, problématique et, à la limite illusoire : il est maya, illusion... Et justement, toute la démarche religieuse de l'Hindou sera de se convaincre de l'existence d'une seule réalité, celle qui est au-delà de l'irréalité du monde des apparences.

Dans ce contexte, le mariage n'est pas d'abord une affaire de coeur mais un devoir cosmique. Dans 99% des cas, les mariages sont convenus par les familles, sans considération affective, et en s'aidant volontiers d'un horoscope. Il s'agit avant tout d'accomplir un devoir qui est la participation à l'acte cosmique de donner la vie. A la fois enchaînement volontaire au cycle des renaissances et libération de la chaîne purement instinctuelle du désir sexuel, le mariage est l'entrée dans un rituel cosmique.

 

3- Comment échapper à cette roue des réincarnations ?

Dans la recherche de la libération, deux époques ont marqué l'hindouisme :

a) La période védique (Inde du Nord) ou dravidienne (Inde du Sud) - 2000 av. JC env., 600 av. JC env.

A l'origine, la plus ancienne religion connue en Inde est la religion védique, religion des envahisseurs aryens... venus du Caucase et des hauts plateaux de l'Iran... Leurs textes sacrés les plus anciens furent composés (en sanskrit) entre 1500 et 800 avant notre ère.

Il y a quatre livres sacrés qui forment les Védas, mot qui veut dire "savoir". Le plus important est le Rig-Veda, "le savoir mis en strophes", collection de 1028 hymnes. Les trois autres Védas étudient le "savoir" mis en formules rituelles, en notations mélodiques, en pratiques bénéfiques et magiques.

Souvent hermétiques, les Védas ont besoin de commentaires : ce sont les Brahmanas et Upanishads échelonnés entre -800 et -300. Les Brahmanas nous décrivent la liturgie : paroles rituelles, libations de la liqueur sacrée, surtout sacrifices offerts par les seuls Brahmanes (prêtres). Les Upanishads, plus philosophiques, se résument dans l'affirmation qu'il y a un Principe tout-puissant, éternel, absolu, immanent et transcendant à la fois. Ce principe est le Brahman.

Aux quatre Védas et à ces commentaires, il faut ajouter une foule d'autres écrits. Deux grandes épopées en particulier sont consacrées aux avatars humains de Vishnu : le Ramayana en ce qui concerne Rama et le Mahabharata pour Krishna, appelé parfois "le cinquième Véda" (de quelques cent mille vers). C'est là que se situe la Bhagavad-Gita, le célèbre "Chant du Bienheureux".

Celui-ci est une oeuvre composite dont le texte a été fixé entre le IIè et le Ier siècle avant notre ère. C'était le livre de chevet de Gandhi.

La trame est un épisode de la vie de Krishna, avatar de Vishnou, qui a pris l'apparence d'un berger mais est devenu un chef de guerre redouté, au moment où deux clans se disputent les royaumes de l'Inde : les perfides Kauravas et les loyaux Pandavas. Krishna n'a pu empêcher la guerre entre eux; ami des uns et des autres, il donne son armée aux premiers et aux seconds sa personne. La bataille va commencer et les dix-huit chants de la Gita correspondent au dialogue entre Arjuna, allant au combat sur son char, et Krishna qui est à son côté pour lui donner l'enseignement de la sagesse.

Le coeur d'Arjuna défaille à l'idée qu'il va combattre ses parents. Il ne voudrait pas tuer ! Mais Krishna lui enseigne la première vérité : nul ne peut tuer ou être tué, car la vie est indestructible ! Qu'il fasse donc tout simplement son devoir d'état qui est de bien faire la guerre, aujourd'hui inévitable !

Suit l'enchaînement des conseils qui conduisent à la perfection. On ne peut pas ne pas agir, car l'action est dans la nature, mais il faut agir correctement, c'est-à-dire pour Dieu, en se détachant complètement du fruit des actes. L'ascète parfait ne connaît pas l'opposition de l'action et du renoncement.

Le neuvième chant révèle la connaissance très secrète : Dieu à la fois immanent et transcendant, est "le père de ce monde des vivants, sa mère, son fondateur... le but, le soutien, le terrain, la demeure, le refuge, l'ami..." Il faut l'adorer.

Au centre du livre, le neuvième chant se présente comme une théophanie. A Arjuna qui lui demande de le voir tel qu'il est, Krishna donne l'oeil divin et se révèle plus brillant que mille soleils !

La fin du dix-huitième et dernier chant récapitule tout l'enseignement. A celui qui l'adore dans un abandon total, Dieu, qui aime l'homme, donne sa grâce et sa paix.

 

Parmi ces grands courants spirituels qui ont façonné l'hindouisme, on retiendra celui de PATANJALI au 5è siècle après JC.

Il recommande le yoga (union, mise sous le joug). C'est une technique d'ascèse, enseignée par un maître spirituel, le guru. Le disciple, yogin, s'exerce à la maîtrise des sens, aux postures yogiques, au contrôle respiratoire, aux méthodes de concentration et de méditation. Le Purusha, que nous pourrions appeler l'esprit, le "soi", doit se libérer de la matière, du corps empirique, la Prakriti, pour se réaliser comme conscience autonome et pure.

Le Yoga est l'effort organisé de cette délivrance, qui comprend théoriquement huit étapes :

* Les "refrènements" (yama) : ne pas faire de mal, ne pas mentir, ne pas voler, s'abstenir de relations sexuelles, ne pas être avare.

* Les "astreintes" (niyama) : être propre, être équanime, pratiquer l'ascèse, l'étude et la dévotion. Au terme, le Maître confère au novice l'initiation, avec imposition d'un nom nouveau et communication d'un mantra, formule rituelle personnelle dont la récitation assidue accélérera la libération transformante.

* Les postures (asana) : leur visée est d'obtenir une maîtrise parfaite du corps.

* Les exercices de contrôle du souffle (pranayama). Le contrôle du souffle, lié à un ralentissement du rythme respiratoire, apaise et rectifie le corps dont toute l'énergie mentale devient disponible pour les dernières étapes du Yoga. Ces exercices réveillent l'énergie intérieure, la Kundalini, décrite sous la forme d'un serpent lové à la base de la colonne vertébrale qui remonte par les nadis (canaux du "corps subtil'), à travers les six çakras (centres) jusqu'au sommet de la tête. Le corps apaisé et immobile est alors prêt à utiliser toute son énergie mentale.

* Le "retrait des sens" (pratyahara) : il s'agit de cultiver l'attention soutenue sur l'objet que l'on s'est fixé sans être victime à tout instant des agressions des sens, et ce pendant un temps de plus en plus long.

* La "concentration mentale" (dharana) : le corps devient sans intérêt. Toutes sortes de techniques facilitent cette concentration : utilisation par exemple de certains desseins géométriques appelés mandalas comme supports du cheminement de l'esprit pour aller de la multiplicité à la simplicité. Les sons (mantras), le célèbre monosyllabe sacré "Om", considéré comme le son le plus simple qui puisse sortir de la bouche de l'homme, que l'on répète indéfiniment, en le chantant lentement et en prolongeant la résonance.

* La "méditation profonde" (dhyana). C'est là que peuvent se produire des manifestations étonnantes, comme les fantasmes et les hallucinations, qui ne sont que des incidents sur le chemin de la paix parfaite et représentent des risques de s'égarer en détournant de la recherche essentielle.

* Le "recueillement parfait" (samadhi). Le Yogin réalise intuitivement son union avec la profondeur de l'Etre universel : Atman est Brahman. Cette dernière étape projette hors de la sphère existentielle; dans le Samadhi, le corps humain devient corps de gloire. Celui qui l'expérimente est "réalisé", délivré vivant, il est devenu Dieu.

Ce cheminement théorique ne se fait bien entendu qu'au long des renaissances. De plus, des formes particulières de yoga, comme des accents différents, correspondent aux divers tempéraments spirituels :

* Jnana-Yoga ou Yoga de la connaissance, voie plus intellectuelle;

* Bhakti-Yoga ou Yoga de la dévotion avec exercices de prière et actes d'amour de Dieu, comme la religion populaire;

* Mantra-Yoga ou Yoga des formules : répétition indéfinie de formules soigneusement choisies, prises de textes sanscrits ou composées par les grands Sages eux-mêmes;

* Karman-Yoga ou Yoga de l'action bien faite, pour ceux dont la vocation est de vivre dans le monde en faisant consciencieusement leur devoir d'état;

* Hatha-Yoga ou Yoga de la force, Yoga des postures, première étape du Raja-Yoga ou Yoga royal, dernier niveau du cheminement.

Pour la Bhagavad-Gita, le Bhakti-Yoga n'est pas une étape du cheminement, mais il surpasse tous les autres.

 

b) La période musulmane (1200-1757)

Le vishnouisme se développe. Des hindous cherchent une réponse au conflit religieux de l'hindouisme et de l'islam et l'expriment dans une religion monothéiste de type hindou des disciples ou Sikhs, fondée par le gourou Nânak. Au contact de l'islam, les sikhs ont fini par se détacher de l'hindouisme au XVIè siècle, en professant l'existence d'un seul dieu créateur, dont il faut sans cesse répéter le nom.

Parmi les grandes figures issues du vishnouisme, il faut citer CAITANYA (1484-1534). Brâmane né au Bengale, il est l'initiateur d'une forme nouvelle de bhakti ou dévotion passionnée envers Krishna, qui n'est plus présenté comme un simple avatâra de Vishnou, mais comme le dieu suprême dont les autres divinités (hindoues) ne sont que des manifestations secondaires.

Dans son livre "L'hindouisme" (Des origines védiques aux courants contemporains), paru en 1999, Ysé Tardan-Masquelier présente ainsi le mouvement de Caitanya : "... cette bhakti hindoue entre en contact très largement avec l'islam : son monothéisme s'en trouve renforcé... Vers l'Est, la renaissance vishnouite au Bengale... est plus centrée sur le Krishna du Bhagavata Purana, avec des aspects très affectifs... c'est Caitanya (1485-1533) qui est son représentant principal. Né dans une famille de brahmanes bengalis, il reçoit une éducation vishnouite très stricte, se marie, devient un pandit renommé, gagnant de nombreuses joutes oratoires; on peut penser que cet intellectuel accompli méprisait les manifestations trop émotives de la dévotion. Lors d'un pèlerinage à Gaya, il reçoit pourtant une sorte d'illumination et se convertit à une forme beaucoup plus intense de vishnouisme. Pris de transes extatiques, il passe d'abord pour fou avant d'être reconnu comme mystique : "Je ne puis plus parler de rien, si ce n'est de Krishna, car telle est la vérité de mon coeur", disait-il. Il rejoint un groupe de bhakta errants, chantant sans cesse l'amour de Krishna et de Radha, devient samnyasin et pérégrine dans toute l'Inde (en particulier au Tamil Nadu), prêchant l'amour extatique et faisant des miracles. Il va sur les lieux saints du krishnaïsme... Ses extases sont tellement profondes qu'ils mettent souvent sa vie en danger; il serait mort de l'infection d'une blessure au pied qu'il se serait faite en dansant pour le Seigneur... Pour lui... Krishna est le dieu suprême, ce qui représente un renversement de perspective par rapport au vishnouisme traditionnel. Radha, surtout, prend une place éminente : comme symbole de l'âme, elle est un modèle de prema bhakti, de don inconditionnel de soi et d'attachement passionné au dieu comme amant. A son propos, Caitanya accentue encore les aspects affectifs et transgressifs qui restaient relativement contenus dans la geste du dieu : lui-même s'identifie à Radha, dans un mouvement de nostalgie passionnée, teintée d'érotisation, que nous retrouverons avec des accents différents chez Ramakrishna au XIXème siècle"...

 

En conclusion, nous retenons l'appréciation de la déclaration conciliaire "Nostra aetate" (Les relations de l'Eglise avec les religions non chrétiennes) au n° 2 : "... Dans l'hindouisme, les hommes scrutent le mystère divin et l'expriment par la fécondité inépuisable des mythes et par les efforts pénétrants de la philosophie; ils cherchent la libération des angoisses de notre condition, soit par les formes de la vie ascétique, soit par la méditation profonde, soit par le refuge en Dieu avec amour et confiance".

 

 

V

LES PRATIQUES

 

Le mouvement Hare Krishna enseigne donc le Bhakti-yoga (yoga de la dévotion), "voie spirituelle recommandée par les Ecritures pour le perfectionnement de soi (l'illumination spirituelle) et la réalisation de Dieu dans les temps présents (la propagation du pur amour de Dieu à travers la société occidentale).

 

A) L'INITIATION

Pour devenir membre à part entière, il faut passer par plusieurs stades d'initiation. Voici comment une ex-adepte américaine, Lisa Bryant, décrit son itinéraire chez les dévots de Krishna :

"Il faut passer un certain temps au service du temple - au moins six mois - pour prouver sa dévotion. Pendant cette période de préinitiation on vous répète combien il est nécessaire de s'engager totalement dans le mouvement si on veut avancer spirituellement. Puis vient la cérémonie d'initiation. Le président du temple préside à une cérémonie du feu appelée harernama (initiation du saint nom). On a fait du feu au centre de la pièce, puis on y a jeté sept grains différents. On y ajouta du beurre et lorsque la fumée montait, tout le monde s'est mis à chanter. Je reçus un nouveau nom spirituel, en sanskrit, et trois rangées de petites perles qui sont portées autour du cou jusqu'à la mort de l'adepte.

Après une deuxième période d'au moins six mois, l'adepte peut accéder à un deuxième degré d'initiation, s'il est jugé suffisamment dévoué et soumis en toutes choses aux maîtres spirituels. C'est l'initiation pour devenir brahmin, dont la cérémonie consiste, pour les hommes, à recevoir un fil sacré qui est porté sur l'épaule gauche et la poitrine. Les femmes ne reçoivent pas le fil brahmanique, mais à tous on donne un mantra secret - le gayatri-mantra - qui doit être récité trois fois par jour.

L'échelon suivant vers la perfection s'appelle sannyasa. C'est une forme de renoncement, réservé aux hommes, qui comporte un voeu perpétuel de pauvreté et de chasteté avec l'engagement de prêcher et de faire le bien. Peu de disciples atteignent ce stade.

Le but ultime du dévot de Krishna est le service amoureux du seigneur Krishna, accompli grâce au bhakti-yoga (yoga de dévotion), qui est la voie vers la vérité et le bonheur".

 

B) CINQ CHAÎNES A BRISER

Le dévot de Krishna a "cinq chaînes matérialistes" à briser : le corps, les proches, la terre natale, les coutumes religieuses antérieures et les biens matériels.

 

* Le principe fondamental "est de réaliser que nous sommes une âme spirituelle et non un corps... Tous nos troubles sont dus à ce corps qui constitue en lui-même notre plus grande maladie".

Pour guérir ce corps, les dévots observent un régime strictement végétarien. Toute la nourriture, frugale, doit être offerte à Krishna selon un rituel établi avant d'être consommée. "Tout d'abord, réservez un endroit particulier aux offrandes. Il peut s'agir d'une table ou d'une pièce entière convertie en temple. L'autel consiste essentiellement en une plate-forme surélevée avec une illustration du Seigneur Krishna et de Son amoureuse éternelle, Srimati Radharani, une image du Seigneur Caitanya et de Ses éternels associés (le panca-tattva) et une photo du maître spirituel. Le maître spirituel accepte l'offrande de son disciple et l'offre à son propre maître spirituel, qui, à son tour, l'offre à son maître spirituel. De cette façon, l'offrande est transmise à Krishna par une succession de maîtres spirituels... Depuis l'achat jusqu'à la cuisson, tout doit être fait pour le plaisir de Krishna. Recherchez les fruits et les légumes les plus frais et les meilleurs. Faire ses courses dans un supermarché nécessite du soin et de l'attention. En effet, il ne suffit pas de simplement éviter la viande, les oeufs et le poisson... Souvenez-vous qu'aujourd'hui la nourriture contient presque toujours des produits d'origine animale... S'il vous plaît, ne goûtez pas les plats que vous préparez, car vous cuisinez pour le Seigneur et voulez qu'Il soit le premier à apprécier vos préparations. Lorsque vous avez fini vos plats, placez une portion de chacun dans des assiettes et des bols que vous aurez achetés uniquement dans ce but. Amenez les plats sur votre autel et placez-les devant une illustration du Seigneur. Inclinez-vous devant l'autel, et après vous être redressé, chantez le mantra Hare Krishna pendant cinq à dix minutes... Lorsque vous avez fini de chanter, ramenez les plats à la cuisine, transférez la nourriture (maintenant appelée prasadam) dans des bols normaux, et lavez la vaisselle d'offrande. Après avoir soigneusement rangé la vaisselle d'offrande, distribuez le prasadam ainsi que le reste des préparations qui se trouvent encore dans les ustensiles de cuisine... et appréciez le goût transcendantal du royaume spirituel..."

Les dévots pratiquent la "médecine Ayur Vedique". La récitation du maha-mantra est considérée comme le meilleur remède contre les maux physiques (les médicaments étant cependant tolérés quand ils sont absolument nécessaires).

 

* L'adepte fuit les lieux où habitent les non-dévots et si la famille s'oppose à son choix, il doit rompre avec elle.

 

* L'anglais est la langue usuelle de l'AICK, celle dans laquelle les maîtres s'adressent toujours aux disciples.

 

* Chaque adepte donne ses biens à l'ashram. "Ceux qui en ont les moyens peuvent faire des dons au temple chaque mois pour aider à son entretien. Vous pouvez aussi faire des dons aux prêcheurs itinérants qui vous rendent visite. Chaque don fait aux Vaishnavas vous sera rendu au centuple dans votre prochaine vie".

 

 

C) LA SEPARATION

Sauf "missions" à l'extérieur, la vie est étroitement close dans l'ashram (temple) et strictement réglementée.

 

* Le service de mission à l'extérieur consiste à chanter le Maha-mantra pour "purifier les karmis" (impurs), ramasser de l'argent et faire de la propagande.

Les adeptes se livrent à des quêtes sur la voie publique en dissimulant leur but véritable - fonds destinés à la secte - derrière de grandes causes caritatives. Exemples : une fleur autocollante pour la défense des handicapés; une campagne antidrogue ou pour lutter contre la délinquance. En effet, séparer un non-adepte de son argent est lui rendre un grand service; c'est la "malhonnêteté transcendantale" tout à fait recommandée. Et comme, par ailleurs, une action faite pour Krishna ne peut être mauvaise... "La tendance au larcin... lorsqu'elle apparaît ainsi en l'Absolue, elle perd toute connotation perverse; elle devient même digne de l'adoration de Sri Caitanya, qui fonde Son attitude sur le fait absolu que le Seigneur et Sa tendance au larcin ne font qu'Un".

 

* La propagande se fait :

- à visage découvert : on connaît les dévots, crâne rasé, surmonté d'une longue mèche de cheveux, vêtus d'un sari ou d'un dhoti blanc ou safran; ils font des processions dans les rues, avec quêtes et interpellations;

- en tenue bourgeoise, avec perruque pour cacher le crâne rasé.

Par des journées portes ouvertes, les dévots invitent à se rendre au temple ou au centre, ne serait-ce que pour recevoir gratuitement "un succulent repas composé des meilleurs spécialités végétariennes de la cuisine indienne".

 

* Le dévot de Krishna est entièrement soumis à son maître spirituel (guru) qui est "un pur intermédiaire entre Dieu et le disciple".

 

* L'adepte ne doit pas lire ou parler d'autre chose que de l'enseignement de Krishna. Sa formation est entièrement basée sur les Ecritures Védiques, lues de manière littérale, y compris dans les écoles pour enfants. Déjà, "A seize ans, Sri Caitanya établit une école de village où il parle uniquement de Krishna, même dans ses cours de grammaire".

 

* Seize fois par jour, le dévot chante ou récite sur un chapelet de 108 grains, le mantra de 16 mots qui invoque Hare (la puissance de félicité du Seigneur), Krishna (l'infiniment fascinant), Rama (la source intarissable de toute joie). Ce maha-mantra chanté ainsi 1728 fois par jour, est considéré comme "un agent spirituel de purification, car Dieu et Son Nom ne différent pas l'un de l'autre". Ce service de dévotion s'effectue soit en méditation personnelle, soit en dansant au son des tambours, cymbales et grelots, dans les rues ou dans le temple devant les murtis (représentations de Krishna) avec vénération de l'effigie de Prabhupâda déifié.

 

* Toutes les activités du dévot sont offertes à Krishna. Son mode de vie est communautaire dans des ashrams.

Le programme journalier commence à 3 h 30 (4 h 30 maintenant) par des ablutions matinales en prenant une douche froide sans savon. Puis prière du matin avec chants et danses. A 5 h 30, méditation personnelle en psalmodiant "Hare Krishna" sur le chapelet de 108 grains pendant près de deux heures. Vient ensuite la première classe du jour : lecture d'un écrit védique. A 8 h : petit déjeuner : bouillie de céréales, un fruit, un bol de lait. De 8 h 30 à midi : étude, travaux de nettoyage et d'entretien. A 12 h 30, déjeuner : divers plats de légumes aromatisés d'herbes ou d'épices indiennes et offerts d'abord à Krishna. De 13 h à 17 h, temps libre : méditation Hare Krishna et travaux personnels d'artisanat. A 17 h, prières en commun chantées et dansées. A 17 h 30, dîner. Puis conférence sur un texte sacré. A 21 h 30, coucher à même le sol, en dortoir.

 

* Les adeptes s'adonnent à des travaux d'artisanat en dehors des heures consacrées à la dévotion ou à la propagande et préconisent un retour à la terre, jetant l'anathème sur la civilisation technique. Certains adeptes vivent ainsi sur des exploitations agricoles. Ils rendent un culte tout particulier à l'arbre "banian", agréable à Krishna, et à la vache, "divine mère", "ineffable nourrice". Enfin, la fabrication de bâtonnets d'encens et de parfums occupent un grand nombre d'entre eux.

 

* La situation florissante de l'ISKCON était due essentiellement aux versements d'une partie importante de leurs subsides par tous les centres du monde (ce qui explique le déclin et la disparition de nombre d'entre eux, rendus incapables de faire face aux dépenses ordinaires).

Ainsi, la trésorerie de l'AICK était estimée vide en 1986 (on avançait une dette globale de 200 millions de francs dont 80 à l'administration fiscale). La vente sur saisie immobilière du domaine d'Oublaisse a eu lieu le 6 décembre 1988, mais une nouvelle vente par surenchère a été remportée par la SCI Le Printemps, pour 2 920 000 francs, le 14 février 1989. La communauté Krishna - qui n'avait jamais quitté le domaine - a immédiatement repris ses activités : école védique proposant cours et séminaires, défilés dans les villes voisines.

Le château de Bellevue et ses 76 hectares de terrain ont été achetés 4,6 millions de francs. Les travaux d'aménagement projetés pourraient atteindre 50 millions de francs.

Sur jugement du tribunal administratif de Limoges (8 novembre 1990), l'AICK est astreinte à l'impôt sur les sociétés et à la taxe professionnelle.

 

* Malgré la faillite de 1986, le mouvement ne manque donc pas de ressources. Grâce en partie à la vente des livres sacrés, cassettes et des produits d'entreprises liées à la secte (encens, parfums, cosmétiques, fleurs, produits exotiques, objets d'art, etc.). En 1979, "Spirituals Sky Products", qui fabrique des savonnettes parfumées, des shampooings, henné, déodorants ou des bâtonnets d'encens. a réalisé un chiffre d'affaire de 8 000 000 francs, de 12 000 000 en 1980 et 15 000 000 en 1981.

Quant aux dons recueillis dans les lieux publics, un démarcheur "récoltait" en moyenne 3 000 francs par jour....

 

* La chutia est une petite mèche de cheveux par laquelle Dieu peut les tirer vers le ciel... "pour capter l'énergie de Dieu".

 

 

D) QUATRE INTERDITS

 

On trouve quatre interdits de base : ni viande, ni excitants, ni jeux de hasard, ni actes sexuels non destinés à la procréation des enfants. "Le bhakta ou dévot s'abstient de manger de la viande, du poisson et des oeufs; il ne s'intoxique pas et ne prend ni drogue, ni tabac, ni alcool, ni café, ni thé; il n'a aucune relation sexuelle illicite et ne perd pas son temps en de vaines spéculations ou en jeux inutiles".

* Le célibat est préféré au mariage. Celui-ci est cependant admis, mais c'est le guru qui décide de l'union et la détruit à sa guise quand sonne, pour l'homme, l'heure du renoncement (sannyasa). En effet, au bout de quelques années de vie commune, le couple fait acte de renoncement et de retour à la chasteté.

 

* "Krishna dit dans la Bhagavad-gita que la vie sexuelle conforme aux règles religieuses est autorisée. Cependant, la vie sexuelle due au hasard n'est pas acceptable. Si des enfants apparaissent au hasard de nos relations sexuelles, ils sont appelés varna-sankara ou population indésirable".

 

* La conception du rôle de la femme par rapport à l'homme est de type oriental. La femme est jugée moins apte à la réalisation spirituelle, étant plus "concupiscente" que l'homme. Celle-ci doit se contenter des travaux ménagers et de la présence auprès des enfants. Les femmes sont servantes des hommes et sont absentes de la hiérarchie et parmi les responsables de l'enseignement spirituel. En effet, "Les femmes sont, dans leurs choix, moins rationnels que les hommes. Elles ont plus de difficultés à contrôler leurs décisions et sont hésitantes devant un dilemme. Elles ont aussi tendance à trop faire confiance au jugement des autres et sont donc facilement trompées. C'est exactement la raison pour laquelle l'ancienne société védique protégeait les femmes à chaque étape de leur vie... Par leur nature psychologique, les hommes tendent à diriger, alors que les femmes ont une tendance innée à suivre..."

 

* La vie des enfants est tout aussi étroitement régie.

Les garçons, crâne rasé, portent dhoti (vêtement sans couture, drapé autour des hanches); les filles, maquillées comme les femmes - pour plaire au grand séducteur Krishna - portent sari. Leurs parents vivent le plus souvent dans d'autres ashrams. Leur scolarité se déroule à l'intérieur même du mouvement.

 

Voici un témoignage sur leur mode de vie :

 

"Je voulais observer le mode de vie des enfants entraînés par leurs parents dans des sectes. A priori, je m'attendais à des difficultés pour établir le contact et il n'en a rien été : les responsables de la communauté Krishna d'Oublaisse m'ont accueilli chaleureusement et ont tenu à ce que je reste une journée entière avec eux. J'avais prévenu que je souhaitais voir leur école. Voici mes observations.

 

Le cadre

L'école est un bâtiment de plain-pied en préfabriqué, situé à 200 mètres du château d'Oublaisse appartenant à l'Association Internationale pour la Conscience de Krishna (A.I.C.K.). Notre guide nous demande d'enlever nos chaussures que nous laissons avec celles des enfants, puis, frappe à l'une des portes. Un jeune homme souriant nous ouvre et se présente sous son nom hindou. Il me propose de m'asseoir à un pupitre vide parmi les enfants. Les fillettes se lèvent, se prosternent devant moi et se rassoient. Elles continuent la dictée commencée quelques minutes avant notre arrivée.

L'école comprend cinq petites salles de classe ayant chacune 8 à 10 pupitres. Deux tranches d'âge sont déterminées pour l'enseignement : les 6/10 ans et les 10/15 ans, la première correspondant au cours élémentaire et la seconde au cours moyen. Deux classes sont anglophones et les trois autres francophones. Deux sont mixtes, celles des 6/10 ans. Les autres ne le sont pas, les fillettes étant considérées comme de jeunes adultes, donc ne côtoyant pas le sexe opposé.

 

Le contenu

A mon arrivée, je constate que je suis avec des fillettes francophones de 10/15 ans. Elles écrivent un texte dicté par l'instituteur. C'est un extrait du Bhagavatam, un des livres saints du mouvement. En voici la première moitié : "Les notions de Dieu et de Vérité absolue ne sont pas exactement de même nature bien qu'elles s'attachent toutes deux à la même réalité. Le Shrimad Bhagavatam, quant à lui, prend pour objet la Vérité absolue. Dieu désigne le Mâitre suprême...". La dictée terminée, l'instituteur l'écrit au tableau et chaque élève corrige les fautes faites. Aucune explication n'est donnée, que ce soit au niveau du vocabulaire ou de la grammaire. La correction achevée, il leur demande de ranger leur cahier de français et de prendre celui de géographie. Il annonce le thème qu'il va traiter. Aujourd'hui, ce sera l'énergie. Voici quelques courts extraits des propos du maître et des réactions des élèves :

- L'instituteur : A l'âge d'or, il y a de cela des millions d'années, la surface de la terre était couverte de diamants... Au fur et à mesure des siècles, la terre donne de moins en moins de richesses, car l'homme les prend... Pour trouver actuellement des énergies nouvelles, il creuse donc à la surface de la terre mais, à long terme, c'est dangereux car de tels trous pourraient causer un déséquilibre de la planète. L'homme extrait actuellement du sol, du gaz et du pétrole.

- L'élève : C'est quoi du gaz ?

- L'instituteur : C'est comme l'air mais en plus, tous les gaz ne sont pas pareils. Certains sont produits par les hommes... Ceux-là sont mauvais, ils contiennent des toxines... Le soleil peut alors se voiler et la vie devenir très nocive.

- L'élève : C'est des scientifiques qui ont dit ça ?

- L'instituteur : Non. C'est le Baghavatam. Vous savez que la terre a plein d'énergies différentes et qu'elle les retient par l'intermédiaire de ses dévas.

- Moi : Qui sont les dévas ?

- L'instituteur : Des esprits supérieurs. Nous parlions des gaz. Eh bien, quelquefois au Japon, l'air devient tellement nocif que les habitants mettent des masques.

Plusieurs élèves étonnées échangent librement leurs remarques. Le maître les laisse quelques minutes puis leur demande de se taire. L'instituteur parle alors de l'industrie et les élèves lui demandent : "C'est quoi, importer", "C'est quoi, des textiles". Puis, l'instituteur fait une petite pause avant de parler de deux formes d'énergie actuelle, l'énergie nucléaire et l'énergie solaire et il parle ensuite des minerais pour terminer par la pierre philosophale.

- L'instituteur : Vous vous souvenez de la pierre philosophale. Cette pierre avait le pouvoir de changer en or les objets qu'elle touchait. On en parle dans le Baghavatam. Un vieux berger plein de sagesse l'avait trouvée. Il s'en servait pour le bien. Un jour, la pierre a disparu et personne ne l'a jamais retrouvée.

Les fillettes intéressées par ce qui vient d'être dit, parlent entre elles en évoquant d'autres histoires du Baghavatam.

Il est 13 heures 15, la cloche sonne. Les élèves quittent la pièce, vont dans le hall remettre leurs chaussures et se dirigent vers le château. Je reste avec l'instituteur dans la salle de classe pour obtenir d'autres renseignements sur l'éducation des enfants. Chaque élève a un manuel de mathématiques, de géographie et de sciences naturelles ainsi que plusieurs cahiers pour les matières d'orthographe, mathématiques, histoire, géographie, sciences naturelles, sanscrit. Une heure est en effet réservée au sanscrit chaque semaine. Les enfants ne mémorisent rien car, me dit l'instituteur, "le monde étant passager, s'attarder sur l'histoire et la géographie est inutile... Le but de l'éducation védique est de libérer l'être de la naissance, de la maladie et de la mort".

Un tel enseignement est surprenant par plusieurs aspects. Tout d'abord, certains termes du vocabulaire employé ne nous sont pas familiers car ils sont tirés d'ouvrages hindouistes lus par les Dévots. De plus, les enfants les connaissent alors que certains termes de notre vocabulaire courant leur sont étrangers. De plus, le contenu de l'enseignement est particulier. En feuilletant le cahier d'orthographe d'une des élèves, j'ai remarqué que chaque dictée est extraite de la Bhagavad-Gita ou d'un tome du Baghavatam. Les conjugaisons de verbes font appel à des notions religieuses : "avoir du pragadam", "être un dévot", "faire sanhirtan" servant de base à l'étude des temps composés. Il faut noter enfin l'orientation marginale de l'instituteur. Le cours de géographie auquel j'ai assisté ne tient pas compte des réalités géologiques et historiques de notre planète. Le mythe et la réalité sont étroitement mêlés. De plus, parmi les éléments réels étudiés, beaucoup sont choisis par rapport aux croyances du mouvement. Par exemple, les villes françaises considérées comme importantes sont celles où se trouvent les ashrams de la secte, l'histoire et la géographie de l'Inde sont limitées à l'histoire des maîtres spirituels antérieurs à Prabhupada (fondateur de l'A.I.C.K.) et à la connaissance des lieux où ils ont vécu.

Cet enseignement fonde la marginalité de ces enfants en creusant le fossé par rapport aux valeurs dominantes de la société environnante.

Cette école est une école privée hors contrat, elle n'est pas soumise aux contrôles pédagogiques pour fonctionner. Les instituteurs étant diplômés et les locaux conformes aux règles d'hygiène et de sécurité, elle peut recevoir un agrément officiel.

 

Les horaires scolaires

Après avoir transcrit le contenu des enseignements, il convient de donner l'organisation horaire d'une journée :

 

3 h 30 Réveil, douche.

3 h 30 - 4 h 30 Visite au temple en compagnie des adultes. Incantations.

4 h 30 - 7 h 30 Lecture du Baghavatam au temple. Tous les enfants et les adultes y assistent.

8 h 30 Petit déjeuner en compagnie des adultes. Les femmes dans une pièce, les hommes dans une autre.

9 h 30 - 13 h Enseignement.

13 h - 13 h 30 Déjeuner en compagnie des adultes.

14 h 30 - 16 h 30 Activités dirigées dans des ateliers (bricolage et judo pour les garçons, cuisine, tissage et couture pour les filles).

16 h 30 - 17 h Douche.

17 h 30 - 18 h Lecture du Baghavatam faite par un adulte exclusivement pour les enfants.

18 h Coucher des enfants de 6/10 ans, les 10/15 ans se couchant en même temps que les adultes à 20 h 30 [21h30 ?].

 

Cet emploi du temps est le même tous les jours de la semaine sauf le dimanche, journée sans école et que les enfants passent habituellement avec leurs parents. Cinq des huit fillettes que j'ai rencontrées voient leurs parents une fois par mois, ceux-ci vivant dans un autre ashram. Tous les enfants scolarisés ont un mois de vacances en juillet qu'ils passent en compagnie de leurs parents à visiter d'autres ashrams. J'ai demandé la raison de l'octroi d'un seul mois de congé scolaire. On m'a répondu que "passer trop de temps sans fréquenter les énergies spirituelles est nocif pour les enfants". Les contacts avec le monde extérieur sont très limités. Deux fois par mois, un groupe d'enfants et d'adultes se rend à Tours ou à Châteauroux pour se faire connaître du public. Ils distribuent alors leurs revues en chantant et en dansant au son de leurs instruments.

 

L'enfant face au Dieu Krishna

Enfants et adultes vivent dans un climat où la présence du surnaturel est permanente. Il en découle un sentiment tout imprégné de merveilleux. Celui-ci est le produit du cadre, de l'habillement, du rituel, des actions de la journée.

Comme les adultes, l'enfant est habillé à la mode indienne, les petites filles, dès deux ans et demi, portent le sari et sont délicatement maquillées comme les autres femmes. Les petits garçons gambadent en dhotis, la mèche rituelle derrière leur crâne rasé. La différence et l'étrange ne proviennent pas seulement de l'habillement mais aussi du rite. Ils ne passent jamais plus de trois heures et demie sans prier en groupe. Quatre heures dans la matinée sont passées au temple au milieu de la ferveur des adultes, dans le décor chargé d'un temple hindou. Au début du repas, ils participent à des libations en l'honneur du Dieu Krishna et au cours de l'après-midi, il leur arrive souvent de réciter le mantra de base. Ils vivent de plain pied avec la divinité.

Il me semble que cette éducation (qui a pour but d'amener les enfants à avoir à l'âge adulte une vie ascétique) combine, en proportions à peu près égales, avantages et inconvénients. Si elle leur apporte quiétude et régularité, si elle les fait vivre dans un monde heureux, plein de bienfaisantes créatures de Krishna, elle les plie à une rude discipline et creuse l'écart avec notre société contemporaine dans laquelle, s'ils le voulaient plus tard, ils auraient grandes difficultés et grandes souffrances pour se réinsérer.

Depuis la rédaction de ce rapport et peut-être en partie grâce à lui, des améliorations ont été apportées au mode de vie des enfants et en particulier aux horaires de lever [4 h 30]".

 

"On pouvait espérer qu'après le choc subi par l'AICK en 1986, c'en était fini de la mainmise de la secte sur les dévots et sur leurs enfants.

Hélas, l'enquête menée par Michèle Cotta pour Antenne 2 et l'émission qui fut programmée en mai 1991 - "Des enfants sous influence" - laissent sans illusion... Dans le château d'Oublaisse, racheté récemment (avec quels fonds ?) s'ouvre une école védique qui propose Cours et Stages de "Ayur-Vedique". Outre les hôtes de passage, on y voit une trentaine de résidents, dont une douzaine d'enfants très jeunes (le dernier n'a que quelques mois). Rien n'a changé : même horaire, même régime, même enfermement, même endoctrinement !

Le film montre dès 4 h 30 (on a quand même gagné une heure sur l'ancien régime) les mamans sortant des communs du château, entraînant leurs bambins, tout en récitant déjà le Mantra qui introduit à la prière : Hare Krishna, Hare Krishna... Pendant les quatre heures rituelles se succèdent chants, danses, acclamations, prosternations devant l'effigie de Prabhupada jusqu'au petit déjeuner que prennent les enfants assis par terre, en demi-cercle.

A l'heure de la classe, dans l'école, le dialogue qui s'engage est sans équivoque : Olivier raconte au journaliste que son nom indien signifie "Perroquet", qu'il est né à Châteauroux et vit à Oublaisse depuis lors, (il a 7 ans) sans ses parents dont il ignore le lieu de résidence.

Une petite fille, de nationalité allemande, âgée de 9 ans, vit là, elle aussi, coupée de sa famille.

Pour l'un comme pour l'autre, l'avenir est tout tracé : Olivier-Perroquet sera "Pujari" (c'est-à-dire dévot de Krishna). En dehors des heures de prière, de service et de méditation, il fera "Sankirtan", c'est-à-dire la quête et la vente, au porte à porte, des livres et disques édités par l'AICK.

Elle sera "dévote" et, au Temple, s'occupera de la cuisine, des fleurs pour offrir aux statues des dieux, des vêtements dont on les orne aux jours de fête...

Tous les deux sont de la section des petits, 6-10 ans. Devant eux, le Bhagavad-Gita - leur Bible. Au tableau, des exemples tirés des textes védiques.

Comment peut-on douter de la profondeur de l'empreinte dont sera marquée la psychologie d'enfants conditionnés dès le plus jeune âge, sans points de repère ni de comparaison ?

Des enfants ainsi marqués sont-ils irrécupérables ? Il n'existe pas de règle générale. Un espoir est permis si l'on agit assez vite et assez tôt. Des grands-parents ayant obtenu la garde de leurs petits-enfants reconnaissent qu'en quelques mois, ceux-ci ont réappris à jouer, à se nourrir comme d'autres enfants de leur âge. L'adaptation à la nourriture familiale est souvent le plus difficile. Ils se sont adaptés au rythme scolaire normal. Cela reste l'exception. Et là encore, des tensions demeurent, des retours en arrière dès que lettres ou visites - celle de la maman demeurée fidèle à la secte - replongent les enfants encore fragiles dans le climat qui les a formés".

 

 

VI

LE CONTENTIEUX

 

1- LES CONSULTATIONS AUPRES DE L'ADFI (Association de Défense des Familles et de l'Individu)

Dans le rapport parlementaire, sous la rubrique "Consultations reçues par téléphone dans les locaux de l'ADFI (centre parisien) et relatives à certains groupes", on lit en ce qui concerne Krishna :

 

1989 1990 1991 1992 1993 1994

84 16 57 25 24 31

  

2- MESURES ADMINISTRATIVES ET CONDAMNATIONS

 

* Une fermeture pour insalubrité publique

"Un arrêté municipal publié le 4 juin dernier (1986) par le maire d'Ermenonville a interdit l'entrée du public dans le château occupé depuis 5 ans par la secte. Cet arrêté, pris avec l'aval de la Préfecture de l'Oise, n'a rien à voir avec les doctrines de la Bhagavad-Gita, mais uniquement avec l'état de délabrement, spécialement des installations électriques, qui représente un grave risque d'incendie.

Les Dévots de Krishna n'ayant tenu aucun compte de l'arrêté, les gendarmes sont chargés de vérifier chaque jour que les portes du château sont verrouillées et dans le cas contraire, de dresser procès-verbal. Pour les représentants de la secte, il s'agit d'une "persécution religieuse", destinée à "empêcher l'exercice paisible de notre religion" (AFP, 12 et 13 août 1986)".

 

* Une condamnation à payer des dommages-intérêts pour stress émotionnel

"Un jury de Dedham (Massachussets) a alloué à Mary Murphy et à sa fille, Susan Murphy Erickson, des dommages à hauteur de 1,3 millions de dollars en compensation du stress émotionnel subi au milieu des années 70, alors que Miss Erickson, adolescente, était membre de Hare Krishna.

Le jury a alloué 350 000 dollars à la mère et 210 000 dollars à la fille pour "leur avoir infligé intentionnellement une détresse émotionnelle"; 20 000 dollars à la mère pour la privation de ses droits parentaux du fait des menées de la secte et 30 000 dollars à la fille en raison du fait que le groupe "ne l'a pas protégée de l'agression et de voies de fait par une tierce partie".

Durant le procès, il a été raconté comment Susan Murphy, à l'âge de 14 ans, a quitté l'école et sa famille pour devenir une dévote de Krishna à temps complet. Elle n'est retournée dans sa famille que deux ans plus tard, contre son gré, quand sa mère eut découvert que le temple s'apprêtait à l'expédier en Allemagne avec un faux passeport. Mais elle est retournée au temple en 1983; sa soeur, qu'elle avait également recrutée, a quitté le mouvement en 1985.

Devant la Cour, Susan a déposé que lorsqu'elle vivait au temple Krishna en 1974-75, elle dormait en moyenne 5 heures par nuit et avait souvent faim, n'ayant que deux repas par jour, composés de céréales et de pommes de terre froides ou rances. "Mariée" à l'âge de 14 ans à un dévot, Douglas Hewer, alias Damaghosa Das, lors d'une cérémonie sans aucune valeur légale dans aucun Etat, elle a été forcée par celui-ci, avec l'assentiment de la secte, à avoir des relations sexuelles avec lui, car, lui a dit un des chefs : "C'est son devoir d'épouse de servir son mari". Elle avait également été amenée, selon sa déposition, à croire que sa mère était un démon "mangeur de viande", et que si elle avait des contacts avec elle, cela mettrait son âme en danger.

Norman E. Zinberg, psychiatre, a témoigné que Susan souffre d'un "syndrome de stress post-traumatique" qui nécessitera plusieurs années de thérapie et que Mme Murphy a subi de "graves dommages" par suite de son anxiété durant les deux ans pendant lesquels sa fille avait disparu. Mme Murphy a raconté comment elle avait supplié en vain pour qu'on lui dise où se trouvait sa fille, encore adolescente.

Après le verdict, Madame Murphy a déclaré : "Je pleure pour les centaines de parents qui ont des enfants dans ce mouvement. J'espère que le monde prendra conscience de ce qui se passe. Ce n'est pas seulement une religion. Ce sont des gens très dangereux." (Résumé à partir de : The Boston Globe, 17/06/87; 24/05/87; 19/06/87)".

 

* Des redressements fiscaux

Deux responsables de la communauté Krishna ont été condamnés en janvier 1989, à Châteauroux (Indre) à 15 000 F d'amende pour "non paiement d'impôts sur le revenu et sur la TVA". Le jugement condamnant Rezard Dilhaire et François Marlier prévoit en outre le paiement des impôts sur les sommes fraudées avec pénalités pour indemnités de retard et éventuelle contrainte par corps.

 

Redressements fiscaux pour l'AICK : 1 800 000 francs, confirmés par le tribunal administratif de Limoges le 8 novembre 1990. Ces mesures avaient été ordonnées pour les années 1982 et 1983 par la direction régionale des impôts d'Orléans en raison du non-paiement de la TVA sur la vente au public de disques, cassettes et livres.

 

* Abandon de famille, séquestration...

Condamnations individuelles pour abandon de famille, séquestration de personnes, dissimulation de revenus. Deux responsables de l'AICK condamnés à une peine de prison avec sursis et à paiement d'amende par la Cour d'appel de Bourges le 19 octobre 1989.

 

* Condamnations diverses...

Des dévots de haut rang ont été condamnés pour contrebande de drogue, détention d'armes à feu et de munitions...

 

* ISKCON débouté d'une action en diffamation

Ursula Zöpel, rédactrice de la revue El mitteleilungen de Leverkusen est le principal auteur d'émissions d'information sur les sectes, destinées aux scolaires (en particulier sur la Conscience de Krishna, la Scientologie, les Enfants de Dieu et les Témoins de Jéhovah). Elle a dû faire face à cinq procès en diffamation intentés par ISKCON Allemagne (Les dévots de Krishna) avec action en cessation d'émission. Trois jugements du Tribunal de Cologne (25-3697, 17-7-97, 7-1-98) l'ont disculpée, condamnant le plaignant aux dépens.

Madame Zöpel avait systématiquement fondé l'émission sur les déclarations faites par les responsables des sectes eux-mêmes ou sur leur littérature.

Dans le procès-verbal du dernier procès, les juges distinguent l'interprétation d'un texte ("à mon avis cela pourrait signifier ceci"), de l'affirmation d'un fait ("c'est ou bien vrai ou bien faux"). De l'avis des juges, les défendeurs, de même que l'ISKCON l'avait fait, se sont placés sur le terrain de l'interprétation. Celle-ci étant libre ne peut pas être considérée comme un délit, selon la loi qui réglemente les paroles et les écrits. Le Tribunal considère que les termes de l'émission restent dans le cadre d'un exposé objectif et concret, et qu'ils ne sont ni infamants ni de nature à faire interdire les émissions. ISKCON est condamné à verser 20.000 DM aux défendeurs.

Ce jugement est conforme à la jurisprudence habituelle en Allemagne : les opinions sont libres, l'affirmation d'un fait nécessite une preuve.

 

3- DES REGLEMENTS DE COMPTE

"Par nature profonde, un Vaishnava [un dévot] est non-violent, pacifique, possédant toutes les qualités divines..." Cependant, la réalité ne correspond pas toujours à cet angélisme.

C'est ainsi que des armes de combat ont été découvertes stockées dans un centre Krishna en Haute-Autriche, en Allemagne, aux Etats-Unis...

Par ailleurs, la crise qui a secoué le mouvement Hare Krishna a mis au jour les rivalités des gourous, la corruption, les actes de vengeance et les règlements de comptes vis-à-vis d'ex-adeptes...

"Quatre adeptes de la secte Hare Krishna, domiciliée au château d'Ermenonville siège européen de l'association internationale pour la conscience de Krishna, ont été interpellés, hier matin, par les gendarmes après avoir tenté de récupérer de force un couple d'origine sud-américaine désirant quitter la secte, apprend-on de source policière. Alberto Miranda Ortiz, 29 ans, Vénézuélien, et son épouse, Anna-Judith Miranda Ortiz, 23 ans, d'origine colombienne, membres de la secte depuis quelques années, étaient arrivés en France avec leurs deux enfants âgés de 4 et 5 ans il y a six mois. Après avoir passé un mois dans le château des Krishna à Oublaisse (Indre), le couple arriva au château d'Ermenonville. Comme le veut la règle de la secte, le couple vivait séparé de ses deux enfants qui séjournaient au château avec les autres enfants de la communauté, habitant lui-même au Plessis-Belleville, commune située à quelques minutes du château. Un litige portant à la fois sur la rémunération d'Alberto Miranda-Ortiz qui exerçait la profession de cuisinier au château et le montant du dédommagement qu'il versait à la secte pour son loyer, a conduit ce dernier et son épouse à annoncer aux responsables, leur volonté de quitter la communauté. Hier matin, quatre membres de la secte sont donc arrivés au domicile des Miranda, où ils ont fait irruption, les ont ligotés avant d'entamer le rassemblement et le chargement des affaires du couple dans la camionnette. Anna Judith Miranda après s'être débattue et avoir reçu plusieurs coups, a réussi à s'échapper. Poursuivie par l'un des membres de la secte, elle est parvenue à trouver refuge chez un particulier. Son époux devait également parvenir à se libérer, se blessant toutefois au poignet avec des ciseaux. Il réussissait également à se réfugier chez un particulier. Ce dernier alertait les gendarmes qui interpellaient sur place trois des membres de la secte et arrêtaient enfin le conducteur de la camionnette au château d'Ermenonville. Maw Stuart, un Anglais de 18 ans, Michel Juhens, un Français de 29 ans, Thomas Milano, un américain de 37 ans et Hussain Shah Azhar, un Pakistanais de 30 ans, tous quatre domiciliés au château d'Ermenonville, sont actuellement placés en garde à vue dans les locaux de la gendarmerie de Nanteuil-le-Haudouin. Les époux Miranda et leurs deux enfants seront pris en charge par la D.A.S.S. de l'Oise, après avoir été entendus par les gendarmes.

"L'Américain Tomas Milano, principal auteur des violences commises mardi sur deux "transfuges" de la secte, a été placé jeudi soir sous mandat de dépôt, inculpé de violences avec préméditation et violation de domicile. Trois autres membres de la secte ont été inculpés et laissés en liberté sous contrôle judiciaire. Une jeune femme est également inculpée, mais laissée libre.

Le corps décapité d'un dévot de Krishna a été trouvé dans un magasin de Finchleu (Grande-Bretagne). Il s'agit de Jack Immel, un Américain qui a été le chef de l'AICK en Grande-Bretagne de 1979 à 1982. Il semble qu'il soit tombé en disgrâce pour avoir refusé de se conformer à certaines pratiques courantes dans la secte. Un de ses amis a déclaré qu'il avait quitté le mouvement avec un groupe d'autres Dévots, à la suite de disputes et de désillusions...

... aux Etats-Unis, Thomas Drescher a été condamné à la prison à perpétuité en Virginie Occidentale pour l'assassinat d'un autre (ex ?)-dévot, Charles St-Denis (décembre 1986).

Le Parquet de Los Angeles a demandé l'extradition de Drescher, accusé d'un autre meurtre sur la personne d'un ex-dévot, Steven Bryant. Celui-ci a été tué par balles à Los Angeles en 1986. Il avait accusé le Swami Bhaktipada (Keith Hamm, patron de la plus grande communauté de Krishna aux Etats-Unis) d'avoir provoqué sa rupture avec sa femme, de dénaturer les doctrines de Krishna et d'approuver des activités illégales.

Les enquêteurs ont déclaré avoir suffisamment de preuves pour inculper Bhaktipada de complicité dans le meurtre de Bryant. Il aurait approuvé le versement de plusieurs milliers de $ à Drescher en payement de ce meurtre. Mais l'inculpation du gourou ne peut avoir lieu avant la comparution de Drescher, et donc d'abord son extradition de Virginie Occidentale vers la Californie... L'extradition a été ordonnée...

Ce ne sont là que les affaires les plus dramatiques manifestant la décomposition de cette secte, en proie aux rivalités des gourous, à la corruption, aux vengeances...

Selon cette fois le journal Los Angeles Times (3 décembre 1988), Thomas Drescher (alias Tirtha Swami) déjà condamné à la prison à vie en Virginie occidentale pour le meurtre d'un autre dévot, Charles St Denis, a été extradé vers la Californie. Il était soupçonné et a été inculpé d'un autre meurtre, celui d'un ancien dévot, Stephen L. Bryant, en 1986. Bryant était devenu un critique acerbe de l'organisation Krishna. Circonstance aggravante, il s'agirait d'un "meurtre sur commande", crime qui peut, en Californie, être puni de mort. L'affaire dépasse donc de beaucoup l'inculpé et met en cause les dirigeants et toute la "philosophie" de l'AICK.

"Un adepte de Krishna, Santiago Iaffa Sancho, a blessé à coups de couteau Swami Japataca, responsable des prédicateurs de la conscience de Krishna pour l'Amérique Latine et l'Inde".

Aux Etats-Unis, à la fin de 1984, Charles Manson, condamné à la prison à vie pour toute une série de meurtres, a été arrosé de solvant pour peinture par un co-détenu. Ce dernier, adepte de Krishna (et emprisonné pour meurtre) ne cessait de psalmodier le "mantra" Hare Krishna, Hare Krishna... Charles Manson avait eu l'audace de trouver cela gênant à la longue, et de le dire tout haut...

 

3- LE LOBBYING SECTAIRE RUSSE

Ce lobbying est dévoilé par des messages Internet d'Alexandre Dvorkine des 01.01.1998 et 27.02.1998.

Le prêtre orthodoxe Alexandre Dvorkin, directeur du Centre St Irénée de Lyon à Moscou, avait en effet dénoncé l'action des sectes en Russie.

"La plupart des sectes internationales sont arrivées en Russie après 1990; elles n'avaient aucun passé et pouvaient donc, fortes de leur expérience antérieure dans d'autres pays, montrer qu'elles avaient vraiment changé. Or il n'en a rien été, au contraire : elles ont repris le modus operandi et le modus vivendi qu'elles avaient manifesté lors de leurs débuts dans d'autres pays.

La nouvelle Russie, postcommuniste, a mis longtemps à comprendre le danger posé par les sectes. Le régime communiste avait tout interdit. Le pendule s'est déplacé rapidement dans la direction opposée, et fort loin. L'opinion générale (dans les média et le grand public) était : toute spiritualité, tout ce qui se présente comme religion, est bon, et tous les chemins mènent à Dieu. Chaque citoyen possède le droit inaliénable d'adhérer à n'importe quelle d'entre elles. On n'avait pas le moindre soupçon que la religiosité puisse être positive ou négative, qu'il existe des sectes dangereuses et même destructrices. En résumé : tout ce que les Soviets avaient déclaré mauvais devenait automatiquement bon.

On admet généralement aujourd'hui que le communisme était fondamentalement un système quasi-religieux, de nature sectaire. Lorsqu'il s'est écroulé, les gens ont essayé de remplir le vide ainsi créé à l'aide de quelque chose de nouveau. L'Eglise orthodoxe était grandement affaiblie par 70 ans de persécution, et il lui fallait du temps pour se reconstruire. Les nouvelles sectes ont trouvé bien des gens avant que l'Eglise ne puisse les approcher.

Autre facteur : le passage de l'économie communiste, dirigée, à une économie de marché. Le marché devait résoudre tous les problèmes de la vie. Malheureusement, cette idée a été appliquée à la sphère religieuse. Beaucoup pensaient que nous avions besoin d'un libre marché, de libre compétition pour rendre vie à notre religion. Naturellement, tout ce qui venait de l'étranger était considéré comme meilleur que ce qui était russe. Les produits étrangers étaient jolis à regarder, agréables au toucher - et c'était vrai aussi en matière de choix religieux.

C'est dans ce contexte qu'a été votée la loi de 1990 sur la liberté de conscience. Le modèle était la loi américaine : toutes les religions étaient considérées comme égales sous tous leurs aspects. L'enseignement religieux était interdit dans les écoles publiques. Pour être déclaré comme organisation religieuse, il suffisait de trouver dix personnes se déclarant membres de cette organisation, quel que soit l'objet de leur culte.

C'est dans ce contexte qu'une armée de sectes étrangères totalitaires ont entamé leur campagne en Russie...

Au début, les groupes étaient anonymes, ou se présentaient sous des noms fantaisistes; on se présentait comme très proche de l'Eglise orthodoxe, ou au moins en accord avec elle; ou comme chrétiens. Résultat : le nombre de recrues augmentait de façon vertigineuse.

Les premières réactions sont venues de parents qui se demandaient ce qui arrivait à leurs enfants : après avoir adhéré à ces religions inconnues auparavant, ils changeaient complètement - pour le pire : ils devenaient, disaient-ils, des "zombies"...

Ces parents cherchaient de l'aide, mais personne ne les écoutait, jusqu'à ce qu'ils contactent l'Eglise russe orthodoxe en 1992. A cette époque, j'avais juste commencé à travailler avec le Patriarcat de Moscou. Mes supérieurs m'ont demandé d'aider les parents...

... beaucoup d'entre elles [les sectes] avaient passé une sorte de pacte mutuel... Scientologie, ISKCON (Krishna), l'église de l'unification (Moon), la "Famille" (ex-"Enfants de Dieu") et récemment les Témoins de Jéhovah - sans compter diverses autres, plus petites - ont commencé à échanger des informations stratégiques. Leur coopération est vite devenue manifeste quand les premiers articles négatifs ont paru dans les médias russes. En réponse, les rédacteurs ont commencé à recevoir des lettres pratiquement identiques de protestation, jointes à des paquets de documents, de tous les groupes mentionnés ci-dessus...

La branche russe d'ISKCON (Krishna) édifie activement un empire dans l'industrie pharmaceutique et alimentaire ("médecine ayurvédique"). Leur programme "Aliments de vie" reçoit des subventions publiques, ce qui leur fait beaucoup de publicité...

... les sectes ont pratiquement les mains libres dans les écoles, les hôpitaux, l'armée, l'industrie d'armement et les milieux dirigeants...

En réponse à leurs ennuis, les sectes ont procédé à une tentative de ce que j'appellerais "pseudo-indigénisation". Pour avoir l'air de religions russes authentiques, certains groupes ont nommé des Russes à tous leurs postes dirigeants. Mais ceux-ci restaient des prête-noms; les étrangers qui avaient démissionné pour la forme ont gardé le pouvoir absolu, agissant en coulisse. Ce sont les Krishnas qui sont sans doute allés le plus loin dans ce sens. Ils se sont associés à des groupes néo-nazis et néo-païens de nationalistes extrémistes, prétendant que la religion russe traditionnelle est en fait le paganisme védique, qui aurait été remplacé de force par un complot maléfique judéo-chrétien et remplacé par la religion chrétienne (qui serait en fait une pernicieuse invention juive)...

Récemment les grandes chaînes de télévision ont couvert l'histoire de Sacha, un garçon de douze ans, battu et violenté par sa mère, adepte de Krishna. Elle l'a emmené de force dans la gurukula de Vrindaban (Inde; centre Hare Krishna). Finalement Sacha a réussi à s'échapper, a pris l'avion pour Tachkent (Ouzbekistan), d'où il est allé en stop à Moscou. Une autre affaire montrée à la Télévision russe : un membre de Krishna arrêté à Ekaterinburg, inculpé de participation à une série de meurtres programmés et de trafic de drogue. La police d'Ekaterinburg a dit qu'elle suspectait la branche d'ISKCON dans l'Oural d'avoir des liens étroits avec la mafia locale dans le but de blanchir de grosses sommes d'argent par le biais de son programme "Nourriture pour la vie"...

Le Tribunal d'Instance d'un district de Moscou a débouté le 21 mai 1997, un "Comité pour la défense de la liberté de conscience", dans lequel s'étaient associées les sectes précitées, de leur plainte en diffamation contre Alexandre Dvorkine, directeur du Centre St Irénée de Lyon à Moscou. Celui-ci avait publié en effet en 1995 une brochure d'information intitulée "Dix questions à un étranger importun, ou : Manuel pour ceux qui ne veulent pas être recrutés". Le patriarcat orthodoxe de Moscou, représenté par Mgr Tikhon, directeur du département de la communication et des publications, était co-prévenu en tant qu'éditeur de la brochure. On a pu observé l'étroite collaboration entre les diverses "sectes". Chacun des plaignants individuels s'est déclaré membre à la fois de toutes les organisations représentées.

Les plaignants, parmi lesquels Hare Krishna, Scientologie, Moon, les Témoins de Jéhovah et d'autres membres de sectes, ont interjeté appel du jugement. La Cour d'appel de Moscou les a condamnés en février 1998 à dédommager la partie adverse des frais encourus pour ce procès, soit environ 20 000 $.

 

Toujours en qui concerne l'Est, voici encore une information sur Internet (http://www.multimania.com/tussier/rev9809.htm = Actualités sur les sectes en septembre 1998) :

"Regards sur, septembre 1998.

[Texte intégral]

Quatre années de guerre serbo-croate (1991-1995) ont fait du village croate de Licka Jesenica, à 120 km au sud de Zagreb, un désert à occuper. Ce que les dévots de Krishna n'ont pas manqué de faire, sans vergogne.

Sur les 444 habitants précédents, seuls 70 des Serbes sont demeurés, les 367 autres habitants ayant pris la fuite au cours de la guerre.

L'actuel maire croate, Luka Hodak, dévot de la secte sous le nom spirituel de Lokesa Das "le serviteur du Maître de la Planète", a en effet invité ses co-adeptes à venir occuper des maisons vidées de leurs occupants et à exploiter leurs terres.

Ancien boucher, membre du parti, le HDZ (Communauté démocratique croate), il donne l'exemple en occupant lui-même une maison dont il interdit l'accès à ses anciens occupants.

Ces dévots d'une secte qui proclame ses vertus pacifiques n'hésitent plus à "proférer des menaces et prédire que le sang allait couler et qu'ils ne quitteraient pas les maisons qu'ils ont occupées par la force", ajoutant même cette précision "qu'ils occupaient 27 maisons et qu'ils prévoyaient d'en occuper dix autres" (selon un communiqué de l'antenne croate du Comité d'Helsinki pour les droits de l'Homme. AFP 26 août 1998)."

 

 

4- LE CONTENTIEUX AUTOUR DU CHATEAU DE BELLEVUE

Après la vente du château et lorsque le nom de Krishna apparaît enfin au grand jour, la commune s'émeut. L'hostilité à ce projet n'a jamais cessé depuis. Le maire de Châtenois a refusé le projet d'extension immobilière; une pétition d'opposition au dit projet est lancée en mai 1994. Des difficultés naissent au sujet de la capacité du réseau public d'eau potable, puis de l'enlèvement des poubelles sur un chemin communal... En 1995, les habitants de Châtenois écrivent une lettre ouverte au Préfet.

La communauté installée au Château organise une opération portes ouvertes en août 1995, présentant son objectif : faire de ce lieu une vitrine de la culture de l'Inde avec une bibliothèque, un centre culturel, une approche de la vie traditionnelle par le biais de l'agriculture naturelle (une boulangerie est envisagée); et de la médecine indienne complémentaire de la médecine occidentale.

Nouveau refus de permis de construire le 19 mars 1996 au motif que l'accès routier n'est pas adapté à un afflux de public : "Considérant que la structure et les caractéristiques de la voie ne répondent pas à l'importance et à la nature du trafic qui serait induit par l'opération [la création d'un centre d'accueil ouvert au public]; considérant que la voie a perdu à ce jour son revêtement protecteur et qu'elle se dégrade rapidement, compromettant à terme la circulation des engins de lutte contre l'incendie..." Les propriétaires passent outre... Quant au maire et à ses conseillers, ils sont déclarés personna non grata sur le domaine selon une lettre envoyée fin septembre 1996 : "... à moins d'être dûment mandatés par des autorités supérieures, toute nouvelle intrusion fera l'objet d'une expulsion immédiate par tous moyens. Il est grand temps que la plaisanterie cesse ! Vos méthodes sectaires nous dispensent de vous saluer".

Le litige est porté devant les tribunaux, lesquels jugent que les adeptes de Krishna devront abattre leur maison : par décision du tribunal de Dole en date du 13 mai 1997, Giovanni Proietto, gérant suisse de la SCI "Bellevue", est condamné à 50 000 F d'amende et à 5 000 F de dommages et intérêts au bénéfice de la commune de Châtenois; avec obligation, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 500 F par jour, de détruire la maison restaurée sans permis sur des ruines. La Cour d'Appel de Besançon confirme la condamnation de la communauté Krishna à détruire la maison rénovée sans permis de construire.

Un autre procès identique était en cours.

Pendant ce temps, la communauté continue ses achats massifs de terres sur d'autres communes voisines... et de nouvelles constructions... Lors de sa visite dans le canton de Rochefort sur Nenon, le Préfet a été interpellé par les élus sur les agissements de la secte : "Depuis leur aménagement en 1993 au château de Bellevue, les adeptes ont jeté leur dévolu sur les terres de la région. 230 hectares de terrain acquis en quatre ans... " Les maires ont signalé que plusieurs adeptes "sont en formation pour s'installer comme jeunes agriculteurs. Ainsi, ils auront à leur tour le droit d'acquérir 80 hectares de terrain chacun". Les élus locaux ont alerté le Préfet "à propos de naissances au sein de la communauté qui n'ont vraisemblablement pas fait l'objet de déclarations sur un registre d'état civil. Quant aux enfants, officiellement scolarisés dans l'enceinte même du château de Bellevue, les élus en ont référé à l'inspection de l'académie de façon à ce que les services compétents effectuent les contrôles d'usage".

"C'est un sujet difficile qui exige vigilance et sang-froid" a déclaré le Préfet qui assure être très sensible aux interrogations des maires tout en les invitant à la plus grande circonspection : "On ne peut pas leur faire de procès a priori. Nous leur devons le droit... C'est un sujet qui me préoccupe, que j'ai signalé au gouvernement" a encore affirmé le Préfet qui demeure extrêmement vigilant".

 

 

VII

DES TEMOIGNAGES

 

 * DIX ANS DANS LE MOUVEMENT HARE KRISHNA

 "Comment ai-je fait pour sortir de la secte Hare Krishna ? C'est un phénomène paradoxal, car on commence à sortir d'une secte quand on se sent en désaccord avec sa doctrine. Dans mon cas cela a commencé assez tôt. Mais je n'ai pas réalisé tout de suite à quel point j'avais été victime d'un enfermement. Alors j'ai laissé plusieurs années se passer avant de vraiment secouer le joug. Pendant cette période, mon désaccord portait plus sur la forme que sur le fond. Autrement dit, plus sur les méthodes employées que sur la philosophie qui, somme toute, s'apparentait à un courant de l'hindouisme traditionnel.

J'ai malgré tout donné dix ans de ma vie de 17 à 27 ans et aujourd'hui, dix ans après m'être sorti de la secte, je paie encore chèrement les conséquences. J'ai l'impression d'avoir subi un viol de conscience. Un viol dont les traces sont si profondes qu'elles sont sans doute irrémédiables. Il ne se passe pas une semaine sans que la secte ne vienne me hanter dans mes rêves. Un parallèle approprié serait de la comparer au viol incestueux. Un enfant violé par son père subit un traumatisme si profond qu'il va nier les faits jusqu'à les effacer de sa conscience. Il lui faudra 15 ou 20 ans pour pouvoir commencer à en parler tant la charge émotionnelle est importante.

En entrant dans une secte, je cherchais sans aucun doute une famille de substitution. Par extension, j'y cherchais le père autoritaire et bienveillant que je n'avais pas eu. C'est cette image que le Gourou semble projeter. En échange du "refuge" accordé, le prix à payer est difficilement imaginable. Le gourou ne vous demande rien d'autre que votre vie entière, vos actes, vos pensées, vos paroles et cela, vingt quatre heures sur vingt quatre. Il vous demande l'abandon de votre intelligence, de votre esprit critique et de toute intimité. Lorsque j'étais jeune moine chez les dévots de Krishna, nous dormions cinq heures par nuit, à même le plancher, entassés jusqu'à parfois 20 dans une pièce de 30 mètres carrés. Nous nous douchions à l'eau froide et travaillions plus de dix heures par jour à vendre les livres et les disques du gourou.

En 1977, après deux ans de ce régime, nous dormions en décembre à cinq dans une camionnette et, en guise d'ablution matinale, nous nous jetions dans la rivière à quatre heures du matin (cela se passait à Strasbourg); à la suite de ce surmenage j'ai souffert de pneumothorax, j'ai dû être hospitalisé quatre fois en six mois. Au début on se contentait de me mettre sous aspiration (on rétablit le vide de la plèvre avec une pompe), la douleur est exceptionnelle. Puis, comme cela ne suffisait pas, on a dû procéder à une ablation de la plèvre. Deux ans après, mon père recevait toujours les factures d'hôpital qui s'élevaient alors à 70 000 francs. La secte n'avait toujours pas payé. Voilà une des raisons de l'enrichissement des sectes.

Dans notre cas nous nous consacrions dix ou douze heures par jour à des activités commerciales très lucratives. Nous n'étions, bien sûr, pas rémunérés, couverts par aucune assurance maladie, nous dormions à même le sol à dix par chambres, la secte ne payait pas de T.V.A. ni d'impôt en se réclamant de son statut d'association loi de 1901. Faites les comptes.

Un gourou ne peut se tromper

Mais je ne comptais pas, j'avais dix neuf ans, l'argent ne m'intéressait pas, l'état de ma santé ne m'inquiétait pas; quant à mon avenir, il était entre les mains de Dieu. J'avais besoin de la chaude solidarité de ma famille d'adoption. Tous, sous l'égide d'un même père, nous oeuvrions pour l'humanité en détresse. Dieu, infiniment bon, ne pouvait pas nous trahir. Le gourou, son envoyé, ne pouvait pas se tromper.

Aujourd'hui le souvenir est là dans mon corps à chaque respiration. Quant à mon âme, j'ai parfois l'impression qu'elle est un champ après le passage des troupes d'Attila. La secte m'a quand même laissé aller me soigner quelque temps dans ma famille. Vous savez, dans ce genre de mouvement, on s'occupe à sauver le monde, alors on n'a guère le temps pour les éclopés. D'ailleurs une fois rétabli, je revenais au bercail pour continuer "le grand sacrifice de l'âge de Kali". Nous étions là pour cela, le sacrifice. Dieu avait laissé les hommes tuer son fils; c'était bien le moins que nous pouvions faire, donner notre vie.

Pour les dévots de Krishna, le disciple ne peut jamais rembourser la dette envers son gourou, même en plusieurs vies de dévouement. Le gourou est un "océan de miséricorde". Il ne peut jamais avoir tort, même lorsque (comme Swami Prabhupada) il annonce sans rire que la Lune est plus loin que le Soleil. Si quiconque critique le gourou, un disciple a trois possibilités : 1. Défaire les arguments du détracteur. 2. S'enfuir en courant. 3. Si 1 et 2 sont impossibles, il doit se suicider sur place.

Voilà planté tout le décor psychologique du discours sectaire (voir le Temple Solaire). Je cherchais un univers moral rassurant, je suis tombé dans un univers concentrationnaire. Parfois j'ai du mal à en parler, la douleur est immense. Deux ans après mes premiers problèmes physiques, le groupe ne m'autorisant aucune régime particulier, j'ai atteint un degré d'épuisement qui, combiné avec la frustration sexuelle que nous imposait la chasteté, me plongea dans une dépression ponctuée d'hallucinations et de délires paranoïaques. Encore une fois on me confia aux bons soins de mes parents qui me firent hospitaliser à l'institut psychothérapique du Pin en Mauges. J'y restais deux mois et revins dans ma famille près d'Angers, celle-ci dut régler l'intégralité de la facture qui s'élevait cette fois à quarante mille francs.

L'ambiance familiale quasi névrotique me replongea vite dans la même insécurité ontologique et, au bout d'un an, le besoin du "groupe" se fit sentir avec l'intensité d'une drogue. J'étais reparti pour un tour. Je vous laisse le soin de déceler le schéma masochiste (l'existence n'est-elle pas faite pour l'imitation du calvaire du Christ ? J'étais dans une secte hindouiste mais mon enfance avait été très marquée par le catholicisme).

Cette fois je décidais de vivre l'idéal religieux avec plus de mesure. J'abandonnais la vie de moine "mendiant" pour m'installer sur la communauté rurale de la Nouvelle Mayapoura, près de Chateauroux. J'y créais un atelier de poterie et, avec un groupe d'amis, nous mîmes sur pied un petit village artisanal de tissage, sérigraphie, agriculture biologique, etc.

Le piège du mariage

Le gourou du moment, le flamboyant Bnagavan, m'avait promis de me trouver une "bonne dévote" pour épouse. C'est là, sans doute, un des pièges les plus insidieux des sectes. Elles obligent leurs adeptes à se marier entre eux. De cette façon elles vous tiennent pour la vie. Même lorsque vous réussissez à vous en sortir, il n'est pas rare que votre conjoint y reste, continuant à influencer les enfants. Car, pour les sectes, il faut faire des enfants, c'est un des meilleurs moyens de générer de nouveaux adeptes. Des adeptes soumis et malléables. Chez les dévots de Krishna on est bien sûr contre toute contraception et, la secte entretenant un sentiment illusoire de protection, on voit des jeunes couples se retrouver rapidement avec trois ou quatre enfants. Le plus souvent ces couples ne sont absolument pas préparés pour une telle responsabilité, ni psychologiquement, ni socialement, ni bien sûr financièrement.

Chez les dévots de Krishna qui forment une secte extrêmement fermée, le problème revêt une grande complexité. Car si les dirigeants encouragent les adeptes à se marier, ils ne savent pas gérer l'arrivée de cette nouvelle dimension, la famille naturelle, dont les besoins intrinsèques sont d'une autre nature que ceux de l'individu isolé en quête de spiritualité.

Le mariage a pour effet de ramener l'adepte dans la réalité. L'accès à la vie sexuelle (elle était proscrite jusque là) le fait revenir à un ego plus affirmé. Dans bien des cas, un réveil de la conscience se fait jour. Il s'agit de savoir alors jusqu'où l'individu peut mener son combat, s'il restera confiné dans les structures normatives de la secte ou s'il cherchera l'affranchissement. Il apparaît évident que l'effort à fournir est bien supérieur dans le deuxième cas, bien que certains luttent d'arrache-pied contre leur être pour rester fidèles au groupe.

Mon épouse avait un enfant de quatre ans lorsque nous fumes mariés dans la secte. Sur une période de cinq ans nous eûmes trois garçons. En 1985 je décidais de quitter la secte, à la suite de violents désaccords avec les dirigeants. Je connus alors des années difficiles. Démarrer sans un sou avec quatre enfants après dix ans de bénévolat, ce ne fut pas de tout repos. Deux ans après, ma femme et moi nous séparions. Après plusieurs emplois commerciaux, je montais une entreprise de conception de logiciels qui prospéra rapidement.

J'avais, depuis deux ans, repris deux de nos fils avec Dominique, ma nouvelle compagne.

A ce moment, je pensais en être sorti, j'avais défait les liens matériels, psychologiques, idéologiques au prix de grands efforts. Et puis tout rebascula à nouveau. Ma première femme, qui n'avait jamais vraiment coupé avec la secte, retourna vivre au temple de Noisy le Grand. C'est une ancienne adepte qui me prévint que mes fils vivaient dans des conditions sordides; je les récupérais en urgence. Puis leur mère partit rejoindre la secte en Inde, c'était en octobre 1993. Depuis mes fils n'ont pas revu leur mère, elle ne leur écrit pas. Je me suis retrouvé avec mes quatre fils, ma compagne m'a quitté, j'ai fait une dépression nerveuse, ma Société a dû déposer le bilan, j'ai licencié mes quatre employés. J'ai pu m'en sortir grâce à ma famille qui nous a aidés et hébergés, grâce à une assistante sociale et à Nelly.

Aujourd'hui je suis content d'écrire ce témoignage. Il y a encore quelques semaines, je me disais que je n'aurais pas la force, que je ne vivrais pas assez longtemps. Cela aurait été une victoire pour la secte, alors j'ai décidé de me battre."

 

 

* LE STATUT DE LA FEMME

"Ma fille, Françoise, est adepte de la secte de Krishna depuis trois ans et mariée au sein de la secte avec un "dévot". Nous avons assisté au mariage civil à Ermenonville, puis au mariage "religieux" au château d'Oublaisse, six mois plus tard. Nous connaissons donc la famille de son mari, Paul, dont il est l'unique enfant.

Nous avions l'espoir qu'à deux ils sortiraient plus facilement de l'association... un jour...

Le week-end que Françoise et Paul viennent de passer à la maison nous a fait perdre toutes nos illusions : Françoise, mariée, est une femme soumise. Quand son mari parle, elle ne dit pas un mot et sous des apparences aimables, nous nous sommes trouvés en présence de fanatiques.

Nous avons découvert que le premier soir, Françoise avait dormi sur la descente de lit, à côté du lit de son mari. Ils ne nous avaient pas dit qu'ils ne couchaient pas ensemble. La deuxième nuit, elle a dormi avec plaisir sur le canapé du salon !

Le samedi matin, Françoise cuisinait les mets qui leur sont permis et se donnait beaucoup de peine. Son mari la secondait et Françoise lui ayant dit qu'il mettait trop de beurre a reçu une pomme de terre en pleine figure en présence de son père... qui en est resté perplexe.

Paul, vexé, est parti dans sa chambre et n'en est descendu qu'à midi quand Françoise est montée le chercher et sans doute lui demander pardon.

Françoise, elle, ne revenait pas. Je suis montée à mon tour. La porte était ouverte. J'ai trouvé ma fille prosternée devant le portrait de leur "maître spirituel".

Je l'ai secouée en lui disant, le coeur meurtri : "Ma petite Françoise, nous ne sommes plus au temps des esclaves...". "Ça va se passer, me dit-elle, c'est un violent ! Il a le caractère de son père".

Le déjeuner fut amer. Nous n'avons fait aucune allusion à l'incident pour que Françoise n'en subisse pas les conséquences.

Bientôt, on a discuté "religion". Nous avions invité ma soeur, religieuse, qui a fait des études de théologie à Rome. N'ayant pas eu gain de cause, Paul est monté dans sa chambre sans lui dire au revoir.

L'après-midi, nous sommes allés à la plage, puis à Vannes. Mais rien ne les intéresse de "ce monde matériel".

Le dimanche matin, mon mari et moi, nous avons assisté à la messe, comme d'habitude, pendant que Françoise préparait avec coeur un bon déjeuner. A table, la discussion prit un tour très vif. Paul nous attaquait avec cynisme sur notre religion chrétienne. Je lui ai demandé un peu de tolérance. N'en ayant pas obtenu, je l'ai vexé en lui disant qu'ils étaient les victimes d'un illuminé... Il est monté faire sa valise.

Après quelques hésitations, Françoise l'a rejoint et tous deux sont partis sans dire au revoir et à pied pour la gare de Vannes... à vingt kilomètres !

 

 

* LE NAUFRAGE D'UNE INSTITUTRICE ET MERE

"Je vous écris pour vous raconter l'histoire de X. Elle a connu l'existence de la secte de Krishna grâce à des livres que son frère, étudiant à Angers, lui avait prêtés, puis elle est entrée en contact avec des membres de la secte. Elle allait leur rendre visite au Château d'Oublaisse.

X était institutrice, mariée et mère de deux enfants. Son métier la passionnait, elle s'y investissait beaucoup, elle adorait ses enfants. Au niveau du couple, il y avait certainement un problème de dialogue. Elle avait peu d'amies et vivait assez repliée sur son petit monde, elle travaillait beaucoup.

Peu à peu, elle a commencé à appliquer les grands principes de la secte : végétarisme, prières à répétition et lectures. Elle ne lisait plus que leurs livres qu'elle achetait. Elle avait convaincu ses enfants de ne plus manger de viande et les faisait prier. Elle les emmenait avec elle au Château d'Oublaisse. (Les enfants étaient âgés alors de 5 et 8 ans).

Quand le mari a vu l'ampleur que prenaient toutes ces pratiques dans leur vie quotidienne, il a commencé à se fâcher. Et ce fut la guerre.

A Pâques 1985, elle part pour le Château d'Oublaisse en emmenant ses deux enfants. Elle y reste 12 jours. C'est alors que nous avons pris contact avec vous. Le père a porté plainte auprès du juge des enfants. Elle est donc revenue.

En février 1986, elle quitte le domicile conjugal et demande le divorce. Elle espérait garder les enfants. Mais le père obtint la garde des enfants. C'est alors qu'elle replonge aux vacances de Février 1987. Elle essaie d'obtenir du père de partir en vacances à l'étranger avec ses enfants, celui-ci refuse.

Il lui laisse sa fille pour les vacances. Elle vend tout ce qui lui appartient et disparaît pendant deux semaines. Finalement, on retrouve la petite près de Pau, dans un gîte rural. Sa mère l'avait confiée à une vieille femme à qui elle avait donné un numéro de téléphone, celui du père.

Depuis on n'a jamais eu aucune nouvelle de X. On pense qu'elle est passée en Espagne. X était une amie et je regrette beaucoup d'avoir été complètement impuissante devant ce naufrage.

Par cette vieille dame, qui est la dernière personne à l'avoir vue, nous savons qu'elle est partie bouleversée, le visage défiguré par le chagrin. Quelle pression morale ou physique a-t-elle subie pour être contrainte à cette extrémité : abandonner son enfant pendant son sommeil ? Je pense qu'aujourd'hui c'est une femme brisée, perdue à jamais pour les siens."

 

 

 

* LES ENFANTS

"Comment devient-on adepte ?... Le "premier stade" s'effectue à partir du moment où une personne accepte de quitter son milieu familial et social pour vivre dans la communauté. Le "second stade" s'effectue en se faisant raser et en acceptant de suivre les rites de la secte. Il faut souligner que les gens qui rentrent dans la communauté ont déjà des contacts suivis avec Krishna. Le premier contact se prend généralement dans la rue. Ensuite les gens captés rendent des visites régulières à la communauté. Les "dévots" se lèvent très tôt, vers 4h - 4h 30 du matin. Ils ont cinq prières par jour avec "offrandes" et "dévotions". Entre temps, ils effectuent des travaux sur les écrits "Krishna" et aussi le ménage, etc. Il y avait parmi eux des gens de toutes couches sociales. Certains avaient une vie privée. Ils venaient participer le soir à la préparation du repas et restaient les week-ends. Il y a un "stade" à franchir entre les gens qui vivent à l'extérieur et ceux qui sont "dévots" au sein de la communauté. Les gens vivant dans la communauté arrêtent leurs activités professionnelles. Ils se financent grâce à des dons et des ventes dans la rue...

Les relations de couple ne sont pas possibles hors du cercle Krishna. Par ailleurs la vie de couple ne connaît pas d'intimité. Ils vivent tous dans des dortoirs. Le poids de la communauté pèse jour et nuit sur l'individu. En ce qui concerne les enfants, j'ai découvert une villa où se trouvaient tous les enfants en bas âge. Ils n'étaient pas déclarés aux registres d'état civil. L'enfant a la possibilité de devenir "dévot". S'il accepte, il est envoyé dans une autre communauté, éloigné de ses parents, de ses frères ou ses soeurs. J'ai ainsi vu un enfant de dix ans qui vivait dans la communauté parisienne depuis deux ans, sans ses parents. Ils pouvaient se voir régulièrement mais n'avaient aucune vie familiale. L'enfant mène sa vie dans la communauté, comme un "dévot" de trente ans avec obligation de se lever tôt, d'être végétarien. En réalité les enfants qui naissent dans ce milieu n'ont pas vraiment le choix...

Avant cela, je ne savais pas ce qu'était un lavage de cerveau. Maintenant je sais. Il est évident que cette technique de dépersonnalisation a pour base un manque de sommeil et une alimentation déséquilibrée. Les gens sont diminués au bout de deux ou trois mois de vie commune. Ils perdent tout jugement. Pour ma part, au bout de six mois, je ne suis pas sorti du reportage sans problème. Ma famille était d'ailleurs très inquiète".

 

Le harcèlement du grand-père pour récupérer son petit-fils

"Au mois d'août 1975, Joey Yanoff, un garçon de onze ans, quittait le domicile de son père et de ses grands-parents, à Chicago, pour aller passer un mois à Los Angeles chez sa mère. Ses parents étaient divorcés et il avait été confié à la garde de son père. La mère était adepte de Krishna.

Les Yanoff ne devaient revoir Joey que dix-sept mois plus tard, grâce à la ténacité de son grand-père, Morris, aidé de ses amis, ouvriers retraités comme lui.

A toutes les demandes adressés au temple Krishna de Los Angeles, puis à d'autres temples des Etats-Unis, les chefs avaient répondu : "Ils (Joey et sa mère) ne sont pas ici, ils sont partis, nous ne savons pas où ils sont...".

Echappatoire peu originale. Ce qui l'était plus, ce fut la tactique mise au point par Morris et ses amis : jour après jour, des Dévots de Krishna (en "civil" d'ailleurs) accostaient les voyageurs à l'aéroport de Chicago, leur offrant livres ou fleurs, exigeant ensuite un "don" - ("pour les victimes de la famine", "pour nos missionnaires", "pour les pauvres", "pour guérir les drogués", etc.) -, et ne rendant pas toujours la monnaie.

A l'automne de 1976, Yanoff et ses amis se postaient à proximité des Krishnas et avertissaient les voyageurs sollicités, aidaient ceux qui avaient été trompés ou même volés à récupérer leur argent, tout en informant sur les véritables activités et les méthodes de la secte.

Il y eut des accrochages : les Krishna étaient excédés, mais prétendaient toujours ne pas savoir où était Joey.

Arriva le mois de décembre, où les Américains ont le coeur particulièrement sensibles et donnent encore plus facilement; c'est un mois double ou triple pour les quêteurs (et racketteurs de tout poil); mais, pour les Krishnas de l'aéroport de Chicago, décembre 1976 s'annonçait désastreux.

Un beau jour, Morris Yanoff fut appelé par un des Krishnas qui le mena auprès d'un autre, un responsable manifestement, qui lui dit : "Laissez-nous tranquilles, et nous vous renverrons votre garçon". - "D'accord, - mais s'il n'est pas là dans la semaine, attendez-vous à me revoir - et pas seul !".

La semaine n'était pas écoulée que Joey était là. Où avait-il passé ces 17 mois ? La plupart du temps à Oublaisse !

Quand j'ai rencontré Morris Yanoff, le grand-père, c'était en 1982, je lui ai demandé comment s'était passé le retour de Joey et ce qu'il était devenu.

"Les premiers temps, il a continué à vivre, dans sa chambre, à la manière et au rythme Krishna. Nous l'avons laissé faire, l'avons laissé manger ce qu'il voulait. Peu à peu, il a commencé à mettre d'autres vêtements, à sortir, à faire autre chose que réciter le mantra, à parler avec nous. Puis il est retourné à l'école, et au bout de quelques mois, il s'était complètement réadapté".

"Et maintenant ?" - "Il est au "College" (premier cycle universitaire) et fort heureux de vivre".

Morris Yanoff a raconté son histoire dans un livre : "Where is Joey" (Ohio University Press, 1981)."

 

 

Le combat de grands-parents

"Annie A. (prénom et initiale modifiés par respect du secret professionnel), née en 1979 est amenée en consultation au CHU Dupuytren de Limoges en 1982 par sa grand-mère paternelle, inquiète, ainsi que son mari, du mode de vie imposé à la petite fille dans la secte de l'Association Internationale pour la Conscience de Krishna (AICK) dont ses parents sont adeptes, depuis 1981. Annie est âgée de 3 ans et 4 mois, mesure 98 cm, pèse 14 kg. Mise à part sa pâleur et une impression de tristesse, l'examen général est sans particularités.

Son histoire peut se résumer en trois phases :

- Tolérance.

- Décision de retrait.

- Conséquence du retrait.

1. Phase de tolérance

Dans la communauté, installée au Château d'Oublaisse, commune de Lucay-le-Mâle, près de Valençay (Indre), l'enfant est soumise à un régime végétarien, avec des horaires anormaux. Nombreuses sont les nuits où elle pleure derrière la porte fermée à clé, quand à 3 h du matin ses parents la quittent pour le premier office de prières à Krishna.

Elle souffre des absences de plus en plus longues de sa mère, envoyée à Paris pour vendre, sur les boulevards, des objets au profit de la communauté. Au terme de ce premier examen, nous pensons pourtant devoir être rassurant : le régime végétarien serait partiellement complété par du lait et d'autre part, si le système éducatif apparaît étrange, amorcer par une menace de retrait de l'enfant un conflit entre les grands-parents et jeunes parents serait désastreux, tant est grave pour un jeune enfant de vivre une situation conflictuelle.

Il est donc recommandé aux grands-parents d'être le plus tolérants possible et de profiter des périodes où l'enfant leur est confié pour lui donner un régime normal, de la viande et des oeufs, avec un supplément de fer et de vitamines.

Conseil est donné toutefois, pour le cas où la situation s'aggraverait d'en référer au Juge des Enfants, mais en étant alors bien averti du risque de "disparition" de la petite fille, par transfert dans une autre maison, au cas où la secte se trouverait alertée par une action imprudente, mais insuffisamment énergique pour s'assurer de l'enfant. Cette période va durer deux ans, la grand-mère ayant été jusqu'à accepter d'être hébergée, par périodes, dans une structure d'accueil du domaine d'Oublaisse (que l'on peut, dans une certaine mesure, comparer à l'appartement-témoin de certains promoteurs immobiliers...).

2. Décision de retrait

La situation d'Annie se dégrade de plus en plus; ses possibilités de sorties hors de la communauté se raréfient et en octobre 1984, une lettre désespérée des grands-parents nous apprend que la petite fille ayant atteint l'âge de 5 ans 1/2 doit entrer dans "l'Ashram des enfants". Elle doit y vivre séparée de sa mère (laquelle occupera désormais une chambre de célibataire dans le bâtiment des femmes).

Au sein de la nombreuse collectivité enfantine, Annie présente des rhino-pharyngites à répétition, compliquées d'otite séreuse avec baisse de l'audition, traitée par homéopathie.

La présence de la grand-mère à Oublaisse est jugée de plus en plus indésirable et elle se résout à recourir au Juge des Enfants.

Nous rédigeons donc, à l'appui de cette démarche, une attestation indiquant notamment que "si les conditions de vie de l'enfant sont telles que Mme A..., grand-mère de l'enfant, les décrit, elles mettent cet enfant en danger et justifient la prise d'une mesure de sauvegarde".

Le Juge des Enfants, jeune femme qui n'est pas sans connaître la communauté de Krishna, prend une décision de retrait immédiatement exécutoire et les grands-parents, assistés de deux gendarmes, se font remettre Annie, dont la garde leur est confiée, avec droit pour les jeunes parents de la visiter et de l'héberger pendant une journée, deux fois par mois.

La décision est confirmée deux mois plus tard, à titre conservatoire par la Cour d'Appel (janvier 1985) qui ordonne des expertises médico-psychologiques (Dr J.P. C., psychiatre des hôpitaux, expert près la Cour d'Appel d'Orléans, Pr F. de Tours).

Ces expertises, menées contradictoirement, les parents et les grands-parents ayant été longuement entendus, confirment absolument les conditions de vie des enfants dans la secte.

"A côté de l'école, écrit le Dr C. dans son rapport (p.3) existe une structure nommée Ashram, où les enfants sont dans une sorte de pensionnat en groupe de 6... Structure dirigée par un 'Gourou', personnage dit essentiel, investi d'une puissance spirituelle, car vivant et amplifiant les Ecritures"... "La fréquentation des cérémonies rituelles (la première a lieu le matin dès 4 h 30) serait obligatoire à partir de 10 ans, mais, continue le rapport, il est difficile de préciser, le discours des parents étant fait de longues discussions philosophiques, ou évite le sujet sous le prétexte d'une attitude plus ou moins persécutrice vis-à-vis d'eux".

"Dans le centre, cohabitent 120 enfants, encadrés par 100 adultes permanents et 150 'missionnaires', appelés à des déplacements".

..."Le régime alimentaire est végétarien strict, excluant les oeufs". Enfin, la non poursuite des vaccinations, le traitement homéopathique des otites sont confirmés par les interrogatoires des experts.

3. Conséquences du retrait

Sur le plan affectif, la situation est désolante. Les grands-parents vivent dans l'angoisse d'une décision définitive de la Cour d'Appel qui leur retirerait l'enfant pour le rendre à la secte. Les parents de leur côté profitent de leur droit de visite et d'hébergement pour prendre deux fois par mois l'enfant à l'hôtel et continuer à lui seriner les principes de l'AICK : "Si l'on mange de la viande, on devient un démon. Ceux qui dorment trop sont des ours...". Au point de vue physique et scolaire par contre, le séjour chez les grands-parents a permis une amélioration rapide et évidente :

L'état général redevient excellent, les oreilles guérissent, ce dont témoigne un récent examen au CHU de Limoges, complété par une impédancemétrie et un audiogramme. A l'école élémentaire, l'institutrice fait état, par écrit, d'une "véritable résurrection".

Réactions des parents et de la secte

(Il vaudrait mieux dire réaction de la secte conditionnant les parents)

1. Plainte au Conseil Départemental de l'Ordre des Médecins contre le rédacteur du certificat produit pour le Juge des Enfants, pour le motif "d'avoir établi une attestation lourde de conséquences sans bases tangibles et s'être immiscé dans les affaires de famille (art. 46 du Code de déontologie").

Très solidement argumentée et manifestement rédigée par un juriste avant d'être signée par le père d'Annie, la plainte est accompagnée de plus de 200 pages de témoignages photocopiés et d'attestations en faveur de la Conscience de Krishna et de sa doctrine.

2. En vue du procès en appel, rendez-vous est pris par les parents pour montrer Annie à d'éminents spécialistes : Pr Baruk, Pr Clément Launay, Pr Jean-Didier Duché..., en sollicitant (au vu d'une petite fille que le séjour de 6 mois hors de la secte a remis en excellente santé) un certificat tendant à la rendre à ses parents, auxquels elle est effectivement très sincèrement attachée et à qui elle a été arrachée par des grands-parents abusifs flanqués de deux gendarmes.

3. Finalement, la Cour d'Appel compte tenu des expertises, maintient l'enfant à la garde de ses grands-parents paternels, accordant toutefois aux parents un droit d'hébergement sur leur fille, qui s'exercera la première moitié de toutes les vacances scolaires de plus de 5 jours.

La solution adoptée est-elle la meilleure ?

Cette observation a pour but essentiel d'attirer l'attention sur un problème dont à l'évidence, la solution actuelle, pour la petite Annie, ne peut être que mauvaise, tant est grave pour un enfant aussi jeune d'être au centre d'un conflit la séparant de ses parents.

La seule solution, dit fort justement le Pr Baruk dans le certificat accordé aux parents, serait "la pacification entre les parents et les grand-parents". Mais quand il ajoute que "ces derniers, dans un acte de générosité et d'humanité pourraient rendre l'enfant à ses parents", on comprend qu'on lui a laissé ignorer que ceci avait été tenté en vain pendant deux longues années par la grand-mère, qui avait même accepté de participer pour cela à la vie dans la secte et qu'il est difficile de suivre ce conseil.

Sur le plan physique, la vie en communauté est malsaine pour de jeunes enfants, les otites en particulier sont la plaie des collectivités de tout petits et les rhino-pharyngites compliquées d'otite séreuse de la petite Annie en témoignent.

Le régime végétarien, s'il comporte du lait n'expose pas à la carence protidique, mais il existe un déficit en fer assimilable et moins connu en vitamine B12, dont l'effet est certes lent à se faire sentir, mais grave.

Sur le plan éducatif, il est évident qu'un pareil système, où les enfants ne passent pas 3h sans prier en groupe et où les lectures et les dictées sont des extraits du Bagavad-gita, sans ouverture vers l'extérieur, ne peut aboutir qu'à une marginalisation du futur adulte, au moins en Europe.

Même si l'on est prêt à respecter des croyances qui nous sont étrangères, et si, en visitant par exemple une communauté, on est impressionné par la gentillesse de l'accueil, la sincérité apparente des jeunes adeptes et la bonne préparation de la nourriture végétarienne, on ne peut que mettre en garde contre un système, qui, au niveau le plus élevé et en Occident tout au moins, semble une imposture :

- captation d'adeptes dont l'endoctrinement intensif rend rapidement la libération impossible;

- collectes de fonds par colportage de produits charlatanesques, ou quêtes sous un masque ambigu : on quête pour "l'AICK", que les gens comprennent comme "laïque", ou "pour l'enfance défavorisée", etc. (à côté des manifestations voyantes en tuniques jaunes, les quêteurs et quêteuses n'ont en pareil cas aucun uniforme);

- la puissance financière occulte de la secte lui permet de s'offrir une défense juridique agressive, capable d'intimider d'éventuels opposants.

- en cas de procès, un fatras quasi inextricable de documents et d'attestations inonde le tribunal, selon un procédé bien connu des "guérisseurs" et des charlatans, et il faut du temps et du travail pour dépouiller ces "documents" qui ne sont que l'expression de la naïveté des exploités, de la complaisance des serviteurs, du fanatisme (ou de la cynique imposture) des dirigeants, mais dont le volume aboutit à noyer l'essentiel du débat.

Sauvegarder l'avenir

Un jeune enfant élevé dans une secte est un "enfant à risque" dont l'avenir est compromis. En pareil cas, l'article 45 du Code de déontologie fait au médecin un devoir "de s'informer et d'alerter, si besoin, l'autorité compétente", en l'espèce, le Juge des Enfants. Bien évidemment, c'est au magistrat qu'appartient le pouvoir d'investigation et de décision. Il se peut, pourtant, qu'une attestation du médecin lui soit nécessaire : celle-ci doit être particulièrement objective et circonspecte, le praticien n'a pas à faire le travail des experts et doit, pour sa part rester juridiquement inattaquable."

 

 

CONCLUSION

 

On n'a aucune peine à reconnaître les valeurs spirituelles d'ascèse et de méditation, de prière et de vie communautaire qui font la richesse du mouvement. Mais on peut contester ses méthodes : rupture avec la famille, danger de dépersonnalisation de jeunes candidats, même légalement majeurs, qui risquent de se transformer en robots-à-mantras, n'assimilant plus que la lettre, même si une élite est capable d'assimiler intelligemment l'esprit.

Le défi ne se situe donc pas au niveau doctrinal, le krishnaisme pouvant apparaître à la rigueur comme l'une des multiples facettes de l'hindouisme. Mais au niveau des pratiques.

"Le mouvement des dévots de Krishna, tirant les leçons de son passé, s'est-il amélioré et a-t-il corrigé les erreurs initiales ?" Telle était la question soulevée au commencement de cette étude.

Nous avons bien remarqué que la majorité des témoignages fait allusion aux pratiques antérieures à 1986. Cependant, certains propos concernent aussi la période ultérieure... Il sera donc intéressant dans les années à venir de recueillir la relation faite par d'anciens adeptes de ce qu'ils auront vécu plus récemment.

Par ailleurs, la collusion actuelle du mouvement Hare Krishna avec des groupes sectaires, tels Scientologie ou Moon par exemple, implantés en Russie, ne peut manquer d'interroger.

Il convient donc de demeurer vigilants...

 

 

Les passages en italique sont des citations extraites du site Internet du mouvement Hare Krishna.

Le terme "guru" désigne dans l'hindouisme un "maître spirituel" et ne revêt donc pas un sens péjoratif comme en Occident.

Selon le bulletin "Mouvements Religieux" de mai 1987.

Bulles n° 16.

Bulles, 1er trimestre 1994.

 

A travers les diverses documentations accumulées sur le groupe, on trouve certaines estimations qui, certes, ne sont sans doute plus actuelles, mais dont il est bon de se souvenir :

8 millions de sympathisants en 82 pays

25 000 dévots initiés

400 temples

40 communautés rurales

26 écoles

40 restaurants végétariens (un autre chiffre apparaît : 87 ?)

Pour la France, les chiffres avancés par l'AICK étaient de 20 000 sympathisants et 300 dévots initiés. Le mouvement aurait en effet compté jusqu'à 700 adeptes en 1980.

 

Nous rappelons l'effectif actuel : une centaine de dévots et un millier de sympathisants.

Bulles n° 10.

Bulles n° 37 (1993).

Autres dénominations et adresses dont d'anciens centres existant avant la crise :

Association Les Amis de la culture védique,

Association Gavra Shakti, Neuilly-sur-Marne (93),

Association parisienne de bhakti-yoga, APB, Noisy-le-Grand (93),

Association orientale de bhakti-yoga, Paris 20° (1992),

Centre de bhakti-yoga, Angers (49),

24 bd Béranger à Tours (37000),

416 avenue de Fronton à Toulouse (31200),

25 rue du Parc Impérial à Nice (06000),

160 boulevard Bompard à Marseille (13007),

Les Nouveaux Sentiers, Bar-sur-Loup (06),

Manoir de l'onglette à Sucé sur Erdre (44240),

Restaurant végétarien L'Arbre à Souhaits, 15 rue du Jour, 75001 Paris,

4 rue Lesueur 75016 Paris,

Château de Petite Somme à Septon en Belgique (5482),

L'Arbre à Souhaits à Liège en Belgique (4000) et 22 rue Lanbert (Le bègue),

Ecole Védique 13 rue de la Maison Neuve à Scorbe Clairvaux (Vienne) SCI Printemps.

Parmi les revues, on trouvait :

Retour à Krishna (Back to Godhead),

Journal l'Essentiel.

Dans le journal Les Dépêches 25 janvier 1985.

Il y a quelques années, on trouvait leurs produits (Spirituals Sky Products : savonnettes parfumées, shampoings ou bâtonnets d'encens, etc...) dans certains magasins du centre-ville spécialisés dans la vente de produits exotiques.

Dans le journal Le Progrès / Les Dépêches du 12.09.1993.

Selon le Dictionnaire des Religions.

Pages 260-262.

Dans un article d'Alain Woodrow (Historia).

Siège social, unité de production et de stockage à Maisons-Alfort (Val de Marne) 49 bis au 53 rue de Reims.

Dans Bulles n° 6 - texte tiré d'un mémoire présenté en 1982.

Dans Bulles, 4ème trimestre 1991.

Dans Bulles n° 12.

Dans Bulles n° 16.

Dans le journal La Croix du 10.11.1990.

Dans Bulles, 3ème trimestre 1998.

Bulles n° 5.

Dans L'Yonne Républicaine du 17.04.1985.

Dans La Croix du 20.04.1985.

Bulles n° 18.

Dans le Quotidien de Paris du 04.09.1989.

Dans les Dépêches du Jura du 07.11.1994.

Dans les Dépêches du Jura du 20.11.1996.

Dans l'Est Républicain di 14.05.1997.

Dans les Dépêches du Jura du 29.04.1998.

Dans les Dépêches-Progrès du Jura 30.01.1998.

Bulletin de liaison du Centre de Documentation, d'Education et d'Action Contre les Manipulations Mentales, de Janvier 1996.

Bulles n° 21, 1989.

Bulles n° 16.

Dans La semaine du pays basque du 21 au 27 octobre 1994, reportage de Fabien Cottereau, journaliste qui a passé six mois à l'Association parisienne de Bhakti-yoga de Noisy-le-Grand.

Bulles n° 6.