SERVICE DIOCÉSAIN "PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

9 bis, boulevard Voltaire - 21000 DIJON

 

"PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

N° 21

Eglises, sectes, quelles différences ?

 

ISSN 1279-1849

 

 

EGLISES, SECTES :

QUELLES DIFFERENCES ?

 

 

DEFINITION DU MOT " SECTE "

 

Une secte est

* UNE STRUCTURE

un groupe - quelle que soit sa taille (de la multinationale au particulier - un thérapeute par ex.) -

dans laquelle tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains du dirigeant ou des dirigeants - le gourou - autorité absolue non contrôlée.

 

* SOUS COUVERT D'UNE PROPOSITION ATTRACTIVE

de développement personnel, d'évolution spirituelle, de transformation de la société

(MASQUES religieux, éthique, culturel, humanitaire, thérapeutique, écologique, etc)

 

* ELLE PORTE ATTEINTE AUX LIBERTES ET DROITS DE L'ETRE HUMAIN,

en faisant usage de manipulations mentales qui asservissent progressivement l'individu, afin de le soumettre au modèle défini par le gourou.

Les manœuvres se déroulent en 3 temps : séduction, déstabilisation et restructuration en vue d'une soumission inconditionnelle.

 

* LA VISEE EST GLOBALE, TOTALITAIRE

C'est toute la personne, toute la vie de l'adepte qui se trouvent comme happées , captées dans le système, avec envahissement de tous les domaines :

captation de la pensée, le temps, la vie relationnelle, l'énergie, les biens, etc

 

* LE GROUPE EST FERME SUR LUI-MÊME :

l'extérieur n'a aucune valeur, pire il devient l'ennemi avec diabolisation de tout ce qui n'est pas le groupe

 

* d'où RUPTURE induite pour l'adepte avec toutes ses références : culturelles, intellectuelles, morales, relationnelles, affectives…

 

* Cette manipulation des personnes aboutit à une DEPERSONNALISATION des adeptes avec perte de tout sens critique, de toute autonomie et à une UNIFORMISATION du groupe.

 

* Ces groupes mettent en PERIL

la santé physique et psychique des adeptes,

les libertés individuelles,

la situation économique des personnes,

leur vie relationnelle.

Les institutions démocratiques elles-mêmes peuvent parfois être menacées. Aux dernières élections présidentielles, des adeptes demandaient à leur gourelle dijonnaise pour qui il fallait voter ; réponse : pour Jésus ; et on écrivit sur les bulletins de vote le nom de Jésus !

 

* Les seuls bénéficiaires de l'opération sont les gourous qui assouvissent ainsi

leur SOIF D'ARGENT, DE POUVOIR ET DE JOUISSANCE SEXUELLE.

 

 

EGLISES, SECTES : QUELLES DIFFERENCES ?

 

Il m'arrive de temps en temps de recevoir des emails un peu furieux en réaction au site du service diocésain " Pastorale, Sectes et Nouvelles croyances " que j'anime. On me demande alors de quoi je me mêle puisque l'Eglise catholique ne serait qu'une secte qui a réussi. Eh bien ce soir ensemble, nous allons essayer de creuser cette question : " Eglise(s), sectes, quelles différences ? "

J'envisagerai la question sous quatre angles :

1/ Quelles sont les origines de ces Eglises et de ces groupes ?

2/ Quels moyens y utilise-t-on ?

3/ Quelle conception de l'autre y trouve-t-on ?

4/ Et enfin quels fruits y observe-t-on ?

Quatre angles successifs dans la présentation bien entendu mais qui en fait ne doivent pas être dissociés.

 

1/ LES ORIGINES

 

Un gourou est en général " un enfant trouvé " ; il surgit de lui-même et s'autoproclame. Or, même si par la suite, il s'efforce de réécrire l'histoire et de se donner une ascendance spirituelle ou une raison d'être salvifique, objectivement il ne peut présenter aucune lettre de créance.

Ainsi, Claude Vorilhon, après des tentatives professionnelles dans la chanson, la représentation commerciale et le journalisme sportif, prétend avoir rencontré un extraterrestre à bord de son engin spatial dans un cratère du Puy de Dôme en 1973 puis en 1975 carrément sur la planète de son visiteur qui l'y avait transporté. Le nom du président du Conseil des Eternels (les Elohim) qui a contacté notre messager serait Iavhé, le Dieu des chrétiens, lequel lui aurait dit : " Vous êtes le dernier des prophètes avant le Jugement, vous êtes le prophète des religions, le démystificateur et le berger des bergers. Vous êtes celui dont les anciens prophètes, nos représentants, ont annoncé la venue dans toutes les religions ". Et d'ajouter : " Le mouvement raëlien doit être la religion des religions. J'insiste, c'est bel et bien une religion mais une religion athée ". On notera au passage que le mouvement raëlien trouve son expression privilégiée dans la pratique de la " méditation sensuelle ", technique d'épanouissement révélée au prophète par les Elohim.

Par surcroît, ceux-ci auraient donné à Raël la véritable signification des événements relatés dans la Bible. L'arche de Noé par exemple aurait été une " fusée placée en orbite autour de la Terre ", transportant " une cellule vivante de chaque espèce, mâle et femelle ", pour échapper au déluge provoqué par des missiles nucléaires lancés par ces mêmes Elohim inquiets du progrès humain. Sodome et Gomorrhe ont été détruites par une bombe atomique ; Moïse et le peuple juif ont traversé la Mer à pied sec grâce à " un rayon répulseur " ; quant à Jésus, il a pu parler avec persuasion grâce à une " forme d'hypnose télépathique de groupe ".

Bref, ces élucubrations, qui ont quand même fait parler le monde entier il y a quelques semaines, ne surprennent pas les connaisseurs des auteurs américains de science-fiction des années 1950. On comprend dès lors que la Bible revue et corrigée par Raël n'est pas tout à fait cette Bible dans laquelle nous pouvons cheminer avec l'aide sérieuse et rigoureuse des exégètes en particulier.

Jésus Christ lui, se situe, contrairement à Raël, dans une lignée, dans l'histoire d'un Peuple dont il est solidaire. " Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l'adoption filiale " (Galates 4, 4-5).

 

A) DANS L'HISTOIRE HUMAINE : FILS D'ABRAHAM

La généalogie de Jésus en saint Matthieu le déclare " fils de David, fils d'Abraham " (Mt 1,1).

Fils d'Abraham : cela signifie que Jésus se situe dans une lignée humaine et spirituelle. Son histoire s'inscrit dans l'histoire d'un peuple, le Peuple de Dieu. A partir d'Abraham, l'histoire de cette Alliance entre Dieu et les hommes va se dérouler d'étape en étape à la mesure de la maturation de l'humanité.

Israël est ainsi constitué comme un veilleur qui attend l'aurore de Yahvé, comme une sorte de berceau pour le Messie, ce sauveur qui doit venir au nom de Dieu.

Jésus a donc une histoire, l'histoire d'un peuple qui avance sur la route de la promesse à la lumière des Ecritures.

" N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir " (Mt 5, 17). Ainsi, à la synagogue de Nazareth, après avoir lu un passage d'Isaïe, Jésus dit : " Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Ecriture " (Lc 4, 16-22).

Jésus n'est donc point une sorte d'électron libre ou d'extra-terrestre débarqué brusquement sur notre planète. Il vient dans le fil d'une histoire : " le salut vient des Juifs " (Jn 4, 22), " Vous, vous héritez de leurs fatigues " (38). Jésus est comme le fruit mûr d'une longue tradition.

Cela nous montre combien Dieu est respectueux des hommes et de leur conditionnement dans le temps et dans l'espace. Dieu ne nous sauve pas sans nous, d'où cette maturation du salut, cette pédagogie de Dieu et cette volonté de voir l'humanité collaborer à son Oeuvre.

 

B) L'ENVOYE DU PERE : FILS DE DIEU

Si saint Matthieu a mis l'accent sur les racines humaines, juives, de Jésus, l'évangéliste Luc insiste, lui, dans sa généalogie, sur l'origine divine du Christ : ce " fils de Joseph ", " fils d'Adam " est " fils de Dieu " (Lc 3, 38).

Jésus ne vient pas de lui-même, mais du Père qui l'a envoyé.

Il ne parle pas " de son propre fond " (Jn 7, 44). Sa référence constante est le Père. Et cela se perçoit bien dans sa manière d'être et d'agir. D'où l'importance de la prière dans sa vie ; il va à la Source.

Au fil de leur compagnonnage avec le Christ, les disciples ont deviné en l'observant que cet homme-là n'était jamais seul mais qu'au contraire il vivait constamment avec Quelqu'un. A tel point qu'un jour, ils lui ont demandé de partager son secret, et de les faire entrer un peu dans ce dialogue intime qu'ils percevaient.

Jésus n'est jamais seul et ne saurait se suffire à lui-même.

Envoyé par son Père, Jésus ne travaille pas à son compte. Son unique souci est d'être aux affaires du Père. Sa nourriture est d'accomplir la volonté de ce dernier.

Aussi ne cherche-t-il que la gloire du Père : " Celui qui parle de lui-même cherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l'a envoyé, celui-là est véridique et il n'y a pas en lui d'imposture " (Jn 7, 18).

En un mot, Jésus n'a qu'une idée en tête, qu'un but dans sa vie et celle de ses disciples : le Père et la relation d'amour avec lui. " Qui croit en moi, ce n'est pas en moi qu'il croit, mais en celui qui m'a envoyé " (Jn 12, 44). Jésus est totalement décentré de lui-même. Il n'est que passage vers l'Autre, il est éminemment pascal.

 

C) L'APOSTOLICITE DE L'EGLISE

" Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie… nous vous l'annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous" (I Jn 1, 1-4).

Ainsi, l'Eglise, née du côté du Christ, chair de sa chair, son Corps, son Epouse, est fondée sur ce compagnonnage des Apôtres " tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu au milieu de nous, en commençant au baptême de Jean jusqu'au jour où il nous fut enlevé " (Ac 1, 21-22). Ces premiers témoins ont été envoyés dans le monde : " Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde " (Jn 17,18). Nous pouvons ainsi remonter la longue chaîne des témoins dont nous héritons, qui nous ont passé le relais au fil des générations. C'est cela que nous appelons l'apostolicité de l'Eglise.

Cette Eglise, témoin du Crucifié-Ressuscité, est ainsi héritière de toute cette histoire sainte. A son tour, elle est envoyée comme témoin de l'accomplissement du salut, comme servante de l'actualisation de ce salut.

Nous avons là une énorme différence avec tous nos gourous à la mode. Nous ne renions pas le passé, nous en vivons ; nous ne nous désolidarisons pas, nous héritons du labeur de nos pères. Ainsi, par son origine, Jésus - et donc l'Eglise - ne coupe pas, ne rompt pas, mais accomplit.

D'où notre désaccord avec certains groupes évangéliques qui rayent 2000 ans d'histoire chrétienne jugés infidèles à l'Eglise primitive qu'ils enjolivent.

 

D) LES SECTES

Souvent, les gourous ont des prétentions messianiques.

Claude Vorilhon se fait appeler " Raël " , le " messager " des Elohims rencontrés sur une autre planète. Et nous avons aperçu sa façon de réinterpréter l'Ancien Testament entre autres, le transformant en livre de science-fiction, complètement déconnecté de l'histoire sainte.

Joseph Smith, le fondateur des Mormons, se fait passer lui pour le serviteur d'un ange Moroni qui lui aurait remis deux tablettes sur lesquelles était inscrite la vérité ; on nous dit que caché derrière un rideau, Joseph traduit le livre aux caractères mystérieux - de l' " Egyptien réformé " - grâce à deux pierres magiques que l'ange s'empresse de remonter au ciel une fois la lecture faite. Etrange exégèse !

Tout cela dénote en fait une rupture brutale et insensée, une manipulation abusive des Ecritures.

Bien entendu, les chemins évoluent. L'histoire se fait dans le temps et comme un arbre, il y a des croisées de branches - des Eglises diverses. Mais on ne renie pas pour autant le tronc. On en vient. On ne réécrit pas l'histoire mais on en hérite et on prend le relais, ce qui est tout différent.

 

CONCLUSION :

Avant d'aller butiner au supermarché religieux actuel, avons-nous creusé notre propre tradition, avons-nous pris possession de notre héritage ? A la croisée des chemins, sommes-nous comme cet homme qui fait dix mètres dans toutes les directions ? Ne vaut-il pas mieux aller certes dans une seule mais plus loin ?

 

 

2/ LES MOYENS EMPLOYES

 

Au commencement de sa vie publique, Jésus, rempli de l'Esprit-Saint, fut emmené au désert et là, connut la triple tentation : tentation de l'attachement à l'avoir et à la jouissance matérielle, tentation du pouvoir, tentation de la main-mise sur Dieu. Jésus repousse ces moyens-là.

Contrairement à un Moon qui rêve de récolter le plus d'argent possible et d'exercer un pouvoir politique sur le plus grand nombre possible de nations. Je le cite : " Nous posons le pied droit sur le christianisme pour le subjuguer et avec le pied gauche nous subjuguons l'idéologie du communisme. Et nous tendons les 2 bras vers Dieu pour l'amener sur la terre et le monde sera à nous. Il n'y aura plus qu'une idéologie " (Paris, le 02/04/1972). Dans la même veine, le mooniste Pierre Ceyrac répondait sur FR 3 Nord-Picardie le 21 novembre 1987 à cette question : " M. Moon déclare en 1974 : " Si nous pouvons manipuler au moins sept nations, nous contrôlerons le monde entier ". Cela ne vous dérange pas ? ". Réponse : " Non, du tout…. le but de toute religion est d'avoir le plus d'influence possible de façon que ses idées, ses idéaux triomphent ". On comprend dans ces conditions qu'aux yeux de Moon, la vie de Jésus n'ait été qu'un échec, celui de la croix, et qu'il ait fallu envoyer le vrai Messie - Moon bien entendu- pour rattraper le projet !

Or Jésus, " le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude " (Mt 20, 28). Le Maître est serviteur : " Il se lève de table, dépose ses vêtements, et, prenant un linge, il s'en ceignit. Puis il met de l'eau dans un bassin et il commença à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint " (Jn 13, 4-5). C'était la tâche des esclaves. Tout comme la croix est le supplice réservé aux esclaves. " Que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert… moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert ! " (Lc 22, 24-27).

Ainsi, selon les orientations du Christ, les moyens donnés à l'Eglise, à la suite du Maître Serviteur, relèvent d'une part de la simplicité et du don de soi et d'autre part de la loyauté et du respect de la liberté :

 

A/ LA SIMPLICITE ET LE DON DE SOI

 

a) SIMPLICITE ET INCARNATION

 

- La modestie, la douceur et l'humilité :

Pour son entrée décisive à Jérusalem, Jésus pose un signe : " Voici que ton Roi vient à toi ; modeste, il monte une ânesse, et un ânon, petit d'une bête de somme " (Mt 21, 5). C'est le chemin qu'il trace pour les disciples : " mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur " (Mt 11, 29).

A l'opposé, les trains de vie des gourous sont toujours impressionnants : on a ainsi l'exemple de Bhagwan Shree Rajneesh mort en 1990, qui se disait la réincarnation de Bouddha et possédait une flotille de 91 Rolls-Royces... Raël lui apprécie particulièrement les belles voitures de course que lui offrent ses adeptes.

 

- La petitesse et la faiblesse :

L'œuvre du salut universel commence (et demeure d'une certaine façon) " tout petit " comme le levain dans la pâte : avec douze apôtres, qui sont des hommes ordinaires, avec leurs générosités et leurs lâchetés, avec leur zèle et leurs opacités.

Cela va à l'encontre de l'élitisme, cet élitisme tellement navrant dans un film comme Jonathan le Goéland qui divise l'humanité en deux parties : la " masse " qui n'est capable que de s'empiffrer de croûtons de pain, et le petit nombre qui lui, vole en solitaire dans les hauteurs célestes. Cela s'appelle en termes techniques l'exotérisme (pour le commun des mortels qui se contente du superficiel) et l'ésotérisme (la connaissance réservée aux initiés, seuls capables d'approfondir). Certes, nous sommes bien les disciples du Dieu Très Haut… qui s'est fait le Très Bas et aux yeux duquel le plus petit est le plus grand !

 

- La pauvreté et le détachement :

Dans toutes les sectes, l'argent est l'intérêt, l'objectif principal. Ron Hubbard, le fondateur de Scientologie, n'a-t-il pas écrit : " Le meilleur moyen de devenir rapidement millionnaire est de fonder une religion " ? A ces propos, la réponse de Jésus est ferme : " Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent " (Mt 6, 24). La mission ne saurait viser un avoir. Certes, il faut les moyens de la mission, donc il faut de l'argent. Mais cela n'a rien à voir avec les sommes exhorhitantes versées par les adeptes, sans commune mesure avec les pseudo-services rendus.

Par ailleurs, Jésus a exprimé un conseil : " Tout ce que tu as, vends-le et distribue-le… aux pauvres ; puis viens, suis-moi " (Lc 18,22). Les biens du disciple ainsi appelé à tout quitter pour suivre le Christ sont donnés en aumônes et non au profit personnel de Jésus, " ce Fils de l'homme (qui), lui, n'a pas où reposer la tête " (Mt 8, 20). Voilà une description de la communauté de Rome, faite par Justin au 2ème siècle : " Les fidèles… donnent librement, chacun ce qu'il veut ; ce qu'on recueille est remis à celui qui préside et c'est lui qui vient en aide aux orphelins et aux veuves, à ceux qui sont dans le besoin par suite de maladie ou pour toute autre cause, aux prisonniers, aux voyageurs étrangers ; bref, il vient en aide à tous les malheureux ". Aujourd'hui, on parlerait du Secours Catholique ou du CCFD.

 

- Le refus du vedettariat :

Jésus ne cherche jamais à se mettre en valeur. Son seul but est la relation des hommes avec le Père et leur bonheur. Ainsi, lorsqu'il guérit un infirme à la piscine de Bethesda, il disparaît aussitôt et ne cherche pas à tirer gloire du prodige. On peut dire que le signe a été fait au profit unique de l'infirme.

Jésus ne cherche pas la gloire des hommes, il sait trop combien les gloires humaines peuvent être des bulles. Au contraire, il conseille de se méfier du levain de ceux qui cherchent leur gloire et la reçoivent des hommes : " Gardez-vous des scribes qui se plaisent à circuler en longues robes, à recevoir les salutations sur les places publiques, à occuper les premiers sièges dans les synagogues et les premiers divans dans les festins, qui dévorent les biens des veuves, et affectent de faire de longues prières " (Mc 13, 38-40).

Ainsi, chaque fois que la foule risque de venir le prendre pour le faire roi, Jésus se retire. Certes, il sera roi, mais à l'heure et à la manière de Dieu. Contrairement à un Gilbert Bourdin s'intronisant lui-même " messie cosmoplanétaire " et se faisant ériger une statue - la plus grande - de 33 mètres de haut à son effigie. Les gourous entretiennent volontiers le culte de leur personnalité, se faisant le centre absolu du groupe. Cela dénote tout simplement un profil paranoïaque.

 

- La discrétion :

Même dans la vie spirituelle personnelle, le Seigneur nous invite à la discrétion : " Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d'eux " (Mt 6, 1).

Cette discrétion s'appelle aussi méfiance vis-à-vis des excès si porteurs à l'orgueil spirituel ; n'a-t-on pas reproché aux disciples de Jésus de ne pas jeûner ? En fait, Jésus ne prêche ni la fuite de notre incarnation ni le stoïcisme. Il ne fait pas des siens des héros désincarnés.

Il ne se réfugie pas davantage dans une conduite rigide, mais sait être à l'écoute, souple, et reconnaître dans la mouvance des événements la volonté de son Père.

 

- L'incarnation :

Les gourous aiment être considérés comme des êtres supérieurs, tellement au-dessus de nos pauvres contingences terrestres… du moins en apparence !

Jésus lui, mène la vie de tout le monde : il mange, il boit, il travaille, il dort, il fait la fête, il paye ses impôts. Il est tellement humain que certains font la moue : " Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs " (Mt 11, 9). Il est sensible : il a des entrailles, il est capable d'attentions et de tendresses. Cela me fait penser à la bague de diamant des Petits frères des pauvres : en 1952, à l'occasion de noces de diamant, les petits frères ont offert une bague de diamant à une vieille dame qui en avait toujours rêvé. Il ne faut pas oublier de donner des fleurs avec le pain !

L'esprit évangélique ne désincarne pas, l'Eglise ne fait pas de nous des " séparés ". A la suite du Christ, véritablement homme parmi les hommes, se comportant comme un homme, la lettre à Diognète (IIème siècle) décrit ainsi les chrétiens : " [ils] ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n'habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n'emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n'a rien de singulier… ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l'existence… Ils résident chacun dans sa propre patrie… ils s'acquittent de tous leurs devoirs de citoyens… Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants… Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair ".

Même la fin du monde s'attend, selon l'évangile de Matthieu, dans l'ordinaire de la vie : " Alors deux hommes seront aux champs… deux femmes en train de moudre " (Mt 24, 40). On est loin de ces instigations sectaires à abandonner ses engagements dans la société et à attendre la catastrophe finale

Les Témoins de Jéhovah eux se séparent catégoriquement de toute vie sociale et citoyenne, la société étant à leurs yeux Babylone la prostituée.

 

- La solidarité :

Jésus, lui, de condition divine, le Saint, se place dans la file des pécheurs, pour être baptisé par Jean-Baptiste. Il fait corps avec son Peuple. D'ailleurs, il ne renie pas dans ses ancêtres selon la chair Rahab la prostituée, Thamar la rusée, David l'adultère assassin : vrai homme, il assume notre humanité. Les gourous eux ont plutôt tendance à enjoliver leurs ascendances et à gommer certaines ténèbres.

Au grand dam des scribes des Pharisiens, il mange avec les pécheurs et les publicains. Il est solidaire, il nous veut solidaires de tous les hommes, homme au milieu des hommes, Emmanuel. Gaudium et Spes rappelle " la solidarité des chrétiens avec l'ensemble du genre humain ".

 

- Les solidarités

Le Christ ne provoque pas de rupture pour isoler le disciple et capter son énergie à son unique profit : " lève-toi, dit-il au paralytique, prends ton grabat et va-t-en chez toi " (Mt 9, 6-7). Souvent, on me demande quelle est donc la différence entre un garçon qui s'engage totalement dans une communauté sectaire et un autre qui entre à Citeaux. D'une certaine façon, c'est bien dans les deux cas un " tout quitter " en particulier familial. La différence que j'observe cependant est réelle : elle est dans le cœur et dans la tête. Dans une secte, la famille est rayée jusque dans le cœur.

En effet, la secte isole et fait rompre. Voici une lettre reçue par une mère de famille dijonnaise, protestante convaincue et engagée dans son Eglise. Ses deux fils sont partis un jour sans laisser d'adresse à la suite d'un pseudo-pasteur : " S'il te plaît, veuilles ne plus envoyer de courrier pour moi en Suisse [la lettre vient d'Afrique du Sud], car il ne me serait pas envoyé. Si je désire que tu m'écrives, je te donnerai une adresse, mais pour l'instant, vu ton hostilité et ta position à l'égard de l'œuvre de Jésus Christ, je ne pense pas que tu aies quoi que ce soit d'édifiant à me partager ".

 

b) GRATUITE ET DON DE SOI

 

- La gratuité :

Jésus ne fait pas le bien pour recruter. D'ailleurs, il n'a pas la hantise du nombre et n'a pas peur du vide. Du coup, il ne s'appuie pas sur des moyens de pression morale. Il ne manipule pas les personnes. Alors que les gourous poursuivent leurs propres intérêts en ciblant et en recrutant des adeptes, Jésus lui, prêche la gratuité : " il disait à celui qui l'avait invité : " Lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres… ; heureux seras-tu alors de ce qu'ils n'ont pas de quoi te le rendre ! " (ni en argent ni en adhésion). Lorsque le Secours Catholique vient en aide à quelqu'un, il n'a pas en tête d'en faire un baptisé.

 

- Le refus de la démagogie :

Jésus ne court pas après les sondages ou les voix électorales. Si son discours s'adapte à l'auditoire, c'est pour le service de celui-ci, pour que les auditeurs comprennent. Il leur parle alors en paraboles. Mais ce n'est pas pour faire plaisir et finalement tromper. D'ailleurs, le discours dans la synagogue de Capharnaüm sur le pain de Dieu, discours qui permet à chacun de se situer en vérité, ne fait vraiment pas exploser l'audimat : " Après l'avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent : " Elle est dure, cette parole ! Qui peut l'écouter ? "… Dès lors, beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui ". Même devant ces abandons, Jésus demeure par-dessus tout respectueux de la liberté des siens : " Voulez-vous partir vous aussi ? " (Jn 6, 60-67), vous pouvez… Liberté de concience, cette liberté rappelée par Vatican II et si décriée dans les milieux intégristes.

 

- Jésus ne cherche pas à s'attacher les personnes

" Comme il montait dans la barque, l'homme qui avait été possédé le priait pour rester en sa compagnie. Il ne le lui accorda pas, mais il lui dit : " Va chez toi, auprès des tiens, et rapporte-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde " (Mc 5, 18). Jésus ne garde pas pour lui, mais il envoie…

On est d'ailleurs frappé à la lecture des évangiles par la façon dont toute sa vie est donnée, pour que les autres, tous les autres, vivent. Il ne cherche rien pour lui, il ne retient pas pour lui, il passe. Libre à l'égard de tous, livré à tous, il va son chemin pascal. Il est chaste et désintéressé. Les gourous ne le sont pas autant ! Eux qui visent l'allégeance inconditionnelle de leurs adeptes et les maintiennent dans un système totalitaire.

 

- La bienveillance :

Jésus donne sa vie mais protège celle de ses disciples. Malheureusement, les drames suscités par les sectes nous habituent à d'autres moeurs : en fait, on voit les gourous entraîner leurs ouailles dans des suicides collectifs. L'histoire des sectes, ne serait-ce que depuis les années 1970, en comporte déjà un certain nombre ; vous vous souvenez des suicides-assassinats de l'Ordre du Temple Solaire de Joseph di Mambro et Luc Jouret. Jusqu'au bout, alors même que leurs escroqueries et leurs supercheries sont dévoilées, les gourous manifestent leur paranoïa. Jésus, lui, n'expose pas inutilement ses disciples : " Si donc c'est moi que vous cherchez, laissez ceux-là s'en aller " (Jn 18, 8-9). Son souci est de ne perdre aucune de ses brebis. Jusqu'au bout, Jésus prend soin de chacun ; sur la croix, il pense même à confier sa mère, veuve, à Jean. Il est bien le Pasteur, le bon pasteur, qui prend soin de ses brebis et les défend.

 

- Le don de soi :

Il paye de sa personne. Déjà dans la vie publique, il ne regardait pas à sa personne physique et sociale. Pour guérir un lépreux, " il étendit la main et le toucha " (Lc 5, 13), ne craignant ni la contagion ni la compromission religieuse. Et son amour pour nous le conduit jusqu'au bout, jusqu'au don lucide de sa vie pour tous : " ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, (il) les aima jusqu'à la fin " (Jn 13, 1).

 

- Le don du meilleur de soi :

Durant sa vie publique déjà, Jésus avait fait participer les apôtres à sa mission : " Ayant appelé à lui ses douze disciples, Jésus leur donna pouvoir sur les esprits impurs, de façon à les expulser et à guérir toute maladie et toute langueur " (Mt 10). Mais il va plus loin, jusqu'à donner en partage sa propre vie de Fils unique, son intimité avec le Père ; ne nous a-t-il pas livré son nom intime : " Abba " ? Le signe de ce partage total, sans la moindre réserve, est l'eucharistie, par laquelle nous faisons Corps avec le Fils éternel : " le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde " (Jn 6, 51). " Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée… moi en eux et toi en moi…pour que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux et moi en eux " (Jn 17). Jésus a tout donné, il s'est donné totalement.

 

B/ LOYAUTE ET RESPECT DE LA LIBERTE

Ni manipulation ni pression…

 

- La loyauté :

Avec Jésus, pas de masques, contrairement aux sectes qui se dissimulent derrières des associations séduisantes. Au contraire, la parole du Christ est directe et limpide : " C'est au grand jour que j'ai parlé au monde, j'ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple où tous les Juifs s'assemblent et je n'ai rien dit en secret " (Jn 18, 20). De même, tout le monde peut pousser la porte d'une église au moment où nous célébrons l'eucharistie, source et sommet de notre foi. Et lorsque nous annonçons une conférence, nos tracts sont signés.

On est loin des documents internes de la Nouvelle Acropole, réservé aux adeptes suffisamment contrôlés. La nature et la finalité véritables de cette secte sont révélées en fait, non par son activité culturelle extérieure (des conférences sur l'Egypte, des concerts de musique médiévale, etc.), mais par les textes à usage interne écrits par son fondateur. Ainsi, dans l'introduction du " Manuel du Dirigeant ", celui-là souligne que l'ouvrage " n'est destiné ni à la publication extérieure ni même aux membres de Nouvelle Acropole qui n'ont pas de responsabilités directives " et il met en garde contre " sa diffusion dans le monde extérieur " qui est " non seulement dangereuse mais aussi inutile car il est écrit dans un langage imagé et selon un rythme que ne comprennent pas ceux qui n'ont pas eu auparavant une formation morale, intellectuelle et psychologique dans nos écoles pendant un temps suffisant ". Ainsi, les véritables objectifs du groupe sont dissimulés.

De la même façon, une autre secte, TFP (Tradition, Famille et Propriété) s'est spécialisée dans le camouflage sous diverses dénominations : Avenir de la Culture qui sollicite votre aide financière pour lutter contre la dégradation de la télévision - Droit de naître pour combattre l'avortement et bien d'autres manifestations encore dont la dernière est révélatrice de l'audace et de la perfidie des procédés. Depuis quelque temps en effet, vous recevez ce dépliant " Neuvaine à Notre-Dame de la Médaille miraculeuse " avec la médaille en question. Spontanément vous pensez avoir affaire à une campagne émanant de la rue du Bac. En fait, l'expéditeur est TFP à Asnières (Société française pour la défense de la Tradition, Famille, Propriété). Les Sœurs de la rue du Bac n'ont absolument rien à voir dans cette affaire. Bien entendu, on vous demande de soutenir financièrement cette diffusion (vous pouvez envoyer pour cette médaille de 20 € à 150, voir plus). Mais lisez bien votre coupon de participation, spécialement les plus petites lettres : " Je laisse Tradition, Famille, Propriété seule juge de l'utilisation de mon don pour cette campagne ou pour la réalisation de ses buts statutaires ". Vous l'avez compris, il ne s'agit pas de la rue du Bac ! Alors, de quoi s'agit-il donc ? Il faut savoir que les personnes qui se réclament de ces associations appartiennent à une secte brésilienne [répertoriée par les travaux de l'Assemblée nationale] dont le but " est de refaire et de remplacer l'Eglise et de lutter contre le communisme afin d'établir un âge d'or où serait restaurée la chrétienté " (La Croix du 22 avril 1989). Cette secte, militante d'extrême droite, a pour objectif notamment de neutraliser la réforme agraire du Brésil et ce, avec vos finances !

En fait, les gourous sont de bons sociologues, ils repèrent nos centres d'intérêt, nos désirs et se glissent dans ces créneaux pour mettre un pied dans la porte que devant cette offre, nous avons accepté d'entrouvrir.

Les masques de séduction sont multiples :

- le masque humanitaire marche bien actuellement : c'est ainsi que Scientologie s'est infiltrée parmi les secouristes du 11 septembre ou à Toulouse au moment de la catastrophe d'AZF pour proposer du soutien psychologique ;

- le masque éthique : un certain nombre de ces groupes réussissent même à se recouvrir du statut d'ONG ; Moon a ainsi fondé en 1999 une Fédération Interreligieuse et Internationale pour la Paix Mondiale et se déclare partenaire de l'Unesco ; les droits de l'homme, la lutte contre la toxicomanie et les abus psychiatriques, tout cela intéresse Scientologie ;

- masque religieux, masque culturel (avec des cours de dessin, du rattrapage scolaire, internet,

- le masque médical marche très bien lui aussi : le Conseil National de l'Ordre a repéré 3000 médecins impliqués dans ce phénomène sectaire ; le champ des thérapies alternatives est immense et non contrôlé : les charlatans y pullulent ;

- le masque économique : les sectes, sous couvert de formation permanente, infiltrent les entreprises ;

- masque politique : le Parti de la Loi Naturelle est un tremplin pour Méditation Transcendantale avec subvention étatique à la clef selon le nombre de voix;

- on a même le masque " lutte contre les sectes " avec le mouvement raëlien !

Cette pratique des masques répond en fait à une stratégie en 3 temps :

1/ On n'attire pas les mouches avec du vinaigre ; il faut donc avoir un visage séducteur pour susciter l'intérêt de la cible sans éveiller de soupçon ;

2/ Une fois le petit doigt dans l'engrenage, il conviendra de déstabiliser la personne, c'est-à-dire de la couper de ses repères et de mettre l'accent sur ses points de faiblesse, ses difficultés, ses culpabilités ;

3/ La troisième étape consiste alors à reconstruire sur la base des nouveaux repères présentés comme l'unique salut.

 

- Le respect de la liberté d'autrui :

Le bien le plus précieux est la liberté. La parabole de l'enfant prodigue nous montre que l'amour véritable est celui qui respecte la liberté de l'autre.

Ainsi, lorsque le Christ appelle, le disciple est toujours mis en mesure de prendre connaissance et de choisir librement : ce sont d'ailleurs les deux conditions qui font qu'un acte soit véritablement humain. C'est bien la raison pour laquelle nos catéchumènes cheminent pendant environ trois ans, le temps de mûrir une réponse d'homme et de femme libres. En revanche, dans certains groupes évangéliques, la personne est souvent rebaptisée dans le mois qui suit son arrivée.

Ainsi, alors que l'Eglise sait prendre son temps, les groupes sectaires ciblent et pratiquent un recrutement rapide et forcené.

Le respect de la liberté passe aussi par le dialogue. Pour permettre un choix éclairé, Jésus éduque et responsabilise. La secte, elle, ne supporte pas les questions personnelles, les doutes et les critiques des recrues.

 

- Le refus de la pression :

Dieu n'impose rien, il propose : " Si tu veux être parfait… " (Mt 19, 16-22)… " Qui peut comprendre, qu'il comprenne " (Mt 19, 12). La résurrection elle-même se fait discrètement : c'est l'heure de la foi, l'heure d'une réponse d'hommes et de femmes libres, c'est-à-dire non contraints par une manifestation massive et incontestable. La liberté est un bien si précieux que notre Code de droit canonique dispose dans son canon 219 : " Tous les fidèles jouissent du droit de n'être soumis à aucune contrainte dans le choix d'un état de vie ".

 

- Le refus du merveilleux :

Jésus n'est pas un magicien, un maître en paranormal. Au contraire, il se méfie du sensationnel : " beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu'il faisait. Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux… lui-même connaissait ce qu'il y avait dans l'homme " (Jn 2, 23-25). Il se refuse à toute pression morale sur les esprits. Ce n'est pas par des procédés aliénants, à coups de prodiges qu'il compte attirer les disciples ; au contraire, c'est " une fois élevé de croix " qu'il attire ! La foi n'a rien à voir avec la course au merveilleux ou à l'irrationnel. Malheureusement beaucoup, même parmi les catholiques, en sont friands et se mettent ainsi en danger spirituellement, voire humainement.

 

- Le refus d'exploiter la vulnérabilité :

Jésus ne profite pas d'une vulnérabilité pour s'attacher des adeptes. Combien de fois, alors même que tel ou tel malade guéri veut le suivre, il le renvoie à sa famille et à son village.

Une des méthodes des Témoins de Jéhovah est de surveiller les avis de décès publiés dans les journaux et de contacter les personnes concernées. Voici un exemple de courrier reçue récemment dans une famille endeuillée : " Madame… Votre annonce de décès dans le journal La Croix me donne l'occasion de vous envoyer ma sympathie. J'ai moi aussi perdu ma maman cette semaine et je comprends mieux la douleur de perdre un être cher… Savez-vous ce que deviennent les morts… La Bible dit que la mort est un sommeil et que Dieu ressuscitera les morts pour vivre sur la terre transformée en paradis puisque les méchants seront retranchés. L'église catholique vous a trompé pendant des siècles… La Bible n'enseigne pas l'immortalité de l'âme. Si vous désirez savoir d'où vient ces enseignements lisez avec attention ce petit dépliant "…

Le Christ ne joue pas davantage sur la peur ; au contraire, que de fois cherche-t-il à apaiser, à rassurer les siens : " ayez confiance ", " n'ayez pas peur ", " Paix à vous ". Il fortifie ses disciples, les " confirme " et les envoie dans le monde entier, dans tous les mondes.

Contrairement aux gourous qui, profitant de la déstabilisation inhérente à la mutation de nos sociétés, inoculent la peur d'une " apocalypse " et prêchent Harmaguédon ou le retranchement dans l'arche de salut ; et là ils entretiennent une mentalité de " citadelle assiégée ".

Devant ces exploitations, le législateur a cherché à affiner la protection de nos concitoyens. Ainsi, l'article 223-15-2 du Code pénal réprime " l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse soit d'un mineur, soit d'une personne dont la particulière vulnérabilité due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique, ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de son auteur, soit d'une personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l'exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement, pour conduire ce mineur ou cette personne à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables ".

 

- Le refus du chantage :

Remarquons la sobriété des paroles de Jésus à l'égard du jeune homme riche. Il le laisse libre de suivre ou de ne pas suivre un chemin de radicalité. Certes, l'Ecriture nous dit que ce garçon devint tout triste devant l'étroitesse du chemin. Mais Jésus ne cherche nullement à le contraindre, il le laisse totalement libre de se déterminer. Et l'Evangile ne nous dit absolument pas que ce jeune homme ait été condamné (Lc 18, 27). En revanche, dans les sectes, le bâton de la culpabilisation marche bien, pour empêcher l'adepte de s'en aller ou de poser des questions dérangeantes ; on sait lui faire comprendre que ce serait là faire le jeu du diable. Je lisais dernièrement ce témoignage d'une ex-adepte d'IVI encore très apeurée par son expérience ; lorsqu'elle exprima son désir de quitter le groupe, je la cite : " on me disait que ceux qui quittaient IVI avaient beaucoup de malheur et qu'ils étaient obligés d'y revenir ".

 

CONCLUSION :

 

Les intérêts des gourous sont triple : l'argent, le pouvoir et l'exploitation même sexuelle de leurs adeptes. Pour atteindre ces objectifs au maximum, et après avoir isolé leurs recrues, ils les tiennent en cage, cage psychologique le plus souvent, en les séparant du monde et en les faisant vivre dans une citadelle assiégée par l'extérieur diabolosé. A l'opposé de cet enfermement, Jésus, qui s'est lui-même appelé " la porte des brebis (Jn 10), envoie celles-ci et les fait vivre en plein vent : " ses brebis… il les mène dehors " (Jn 10, 3), en plein monde.

 

 

3/ LE REGARD SUR L'AUTRE

 

Pour le Christ et ceux qui marchent à sa suite, tout homme est fils de Dieu, tout homme est un frère.

 

- Le salut, tout le salut, est pour tous

Et non pour quelques-uns seulement, par exemple les cent quarante mille oints dont nous parlent les Témoins de Jéhovah. Bien plus, ce salut n'est pas réservé à une appartenance institutionnelle ; Dieu regarde le cœur de l'homme.

 

- L'amour est universel

L'amour véritable ne saurait être sélectif. La fraternité universelle exclue toute discrimination. Nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes, si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains des hommes créés à l'image de Dieu. La relation de l'homme à Dieu le Père et la relation de l'homme à ses frères humains, quel qu'ils soient, sont tellement liés que " Si quelqu'un dit : J'aime Dieu, et qu'il déteste son frère, c'est un menteur " (I Jn 4,20).

 

- Chaque homme est unique et irremplaçable

Cette multitude des sauvés n'empêche pas un regard personnel sur chacun : " ses brebis à lui, il les appelle une à une " (Jn 10, 3). La relation avec Dieu est une relation personnelle, une relation d'amour personnel.

La personnalité de chacun est remarquée et respectée. Jésus connaît chacune de ses brebis et son dialogue sait s'adapter au tempérament, à la formation de son interlocuteur (Jn 1, 47). Les Douze ont ainsi chacun leur personnalité, leur histoire, leur charisme. L'engagement à la suite du Christ ne dépersonnalise pas. Au contraire, le corps du Christ est riche de tous ses membres et saint Paul nous prévient même que " les membres du corps qui sont tenus pour plus faibles sont nécessaires " (I Co 12, 22).

 

- Jésus respecte le rythme, le cheminement de chacun

Il accepte de recevoir Nicodème, " un notable des Juifs ", incognito, de nuit (Jn 3). Il accueille le premier pas de chacun, pas maladroit, le pas du possible. Et peu à peu, il permet ainsi à chacun de mûrir. Souvent, dans les sectes, l'adepte ne doit pas poser de question ; et s'il le fait, on lui répond qu'il ne peut pas comprendre maintenant, on lui expliquera donc plus tard, ou bien on lui rétorque que le questionnement est fils du diable et signe du doute.

 

- La communauté chrétienne est pentecostale

On y parle toutes les langues. Et chaque groupe entend la Bonne Nouvelle dans son propre langage. Ainsi, Jésus ne rassemble pas des gens qui se ressemblent. Sa communauté n'est pas une " chapelle ". Et contrairement aux groupes à tendance sectaire, il ne vise pas une " pensée unique " (bien entendu, celle du gourou !). L'unité n'est pas l'uniformité. Qu'on pense aux quatre Evangiles de l'unique Bonne Nouvelle ! Dans les sectes, le penser et le comportement uniques entraînent l'uniformisation des membres, qui deviennent comme les clones psychologiques du gourou ou ses zombies. Alors que dans les Eglises, on remarque de multiples tendances, des sensibilités diverses qui ne manquent pas de s'exprimer.

 

- Le regard du Christ est toujours positif, respectueux et non culpabilisant

Quand Jésus rencontre quelqu'un, le regard qu'il pose sur lui est un regard d'amour. Il respecte toujours la personne qu'il rencontre. L'autre existe devant lui et n'est pas un pion à placer (même au paradis) ou un anonyme. Son regard est toujours un regard qui relève et fait vivre, quelles que soient les circonstances : " le Seigneur, se retournant, fixa son regard sur Pierre " (Lc 22, 61).

On est aussi frappé par la façon dont Jésus n'humilie jamais celui ou celle qui se trouve en difficulté. Qu'on se souvienne de l'épisode de la femme adultère traînée devant lui comme une femme à lapider (Jn 8). Jésus voit tellement plus loin que le péché ! Et son attitude est la même vis-à-vis de ceux qui poursuivent la femme : il leur donne la possibilité d'évoluer eux-mêmes.

Quelles différences par rapport à tant de pratiques culpabilisantes et humiliantes dans les sectes, dans certains stages, sous couvert de transparence à coup de confessions publiques et de délations, où l'on ne fait aucune distinction entre le for interne et le for externe. A titre d'illustration, voici le récit de stages dans l'entreprise Essor, stages assurés par l'épouse du Pdg elle-même gourelle de la secte Au Cœur de la Communication : " au cours des réunions 'de travail', on joue beaucoup avec le pathos. On recherche l'émotion pour faire craquer les gens, d'abord les plus fragiles pour enclencher le processus, explique un cadre Jean-François. On doit avouer ses souvenirs les plus douloureux, ses faiblesses, ses complexes, devant tous les collègues réunis ; on se culpabilise, on pleure. Tout est filmé en permanence par un membre d'ACC… Chacun devait dénoncer l'autre… ". Neuf commerciaux s'insurgent et sont licenciés pour " insubordination ". Heureusement ils ont porté l'affaire devant les Prudhommes.

 

- Jésus admire les autres et nous invite à savoir rendre grâce pour tout ce qu'il y a de bien, de vrai et de beau… ailleurs :

Le plus petit geste, le moindre signe, il le repère. Il voit la pauvre veuve mettre ses deux piécettes dans le tronc et sait apprécier la générosité du geste (Mc 12, 40-44).

Dieu admiratif de l'homme ! Qu'on songe à son regard sur la foi du centurion ou de la cananéenne, qui n'appartiennent pourtant pas au groupe ! Il sait en effet reconnaître partout l'œuvre de l'Esprit.

Et il invite les siens à la tolérance : " Jean lui dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas " - Mais Jésus dit : " Ne l'en empêchez pas… Qui n'est pas contre nous est pour nous " (Mc 9, 40) : l'Esprit Saint n'est pas assigné à résidence dans le groupe !

Comme on est loin du regard bicolore des sectes où les bons et les purs sont à l'intérieur, l'extérieur gisant sous le pouvoir de Satan. Cette attitude de Jésus vis-à-vis de l'autre, du différent, se situe en fait aux antipodes de certains courants évangéliques ou fondamentalistes qui refusent tout contact avec les autres, y compris avec les autres chrétiens, considérant le dialogue œcuménique ou interreligieux comme le terrain du diable.

 

- Le vrai missionnaire respecte les autres

Alors que le prosélyte s'en moque et n'a ni regard ni écoute vis-à-vis de ceux qu'il rencontre. Peu importe en effet la personne de l'interlocuteur, sa situation, peu importent ses propres chemins. C'est ainsi qu'à l'heure actuelle l'attitude des fondamentalistes évangéliques en terre d'Islam est dangereuse et compromet la présence de solidarité et de service de missionnaires plus désintéressés et plus respectueux.

 

- Sauver l'homme est le seul but

Le sabbat est fait pour l'homme et non l'inverse. Combien de fois Jésus ne s'est-il pas heurté à l'étroitesse et à l'endurcissement du cœur de ceux qui l'épiaient, alors même qu'il était en train de redonner vie et liberté.

 

- Jésus n'est qu'amour et miséricorde

" C'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice ". Jésus le premier " excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout ". Et tous sont égaux devant cette miséricorde du Seigneur. Celle-ci d'ailleurs ne saurait calculer, Dieu donne tout et sans mesure. C'est bien le sens de la parabole des ouvriers de la onzième heure (Mt 20, 1-16). La justice de Dieu n'est pas mathématique et ne jette pas d'anathème. " Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui " (Jn 3, 17). Le regard de Jésus, alors que son apôtre vient de le renier par trois fois, ne le condamne pas. Son regard est un regard qui lave. Il donne toujours ses chances à l'homme.

A l'opposé, devant certains comportements fondamentalistes, intégrisants, il y aurait beaucoup à analyser sur tant de rigidité castratrice !

 

- Jésus n'a pas la manie de classer les personnes

Il n'est pas du genre à manier le glaive du moralisme. Avec lui, on est loin de l'orgueil des purs, loin de cette vision commune à certains groupes fondamentalistes et intégristes qui partagent l'humanité en deux camps, selon un axe du Bien et du Mal. A l'adresse de tous ceux qui succomberaient à cette dérive, il est rappelé : " Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l'œil de ton frère ".

 

- L'amour des ennemis

Jésus reste bon, même quand on lui fait du mal : " ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. Mais on ne le reçut pas, parce qu'il faisait route vers Jérusalem. Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : " Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? Mais, se retournant, il les réprimanda " (Lc 9, 51-56). " Aimez vos ennemis… " (Mt 5, 44-48). Jusqu'au bout, Judas est appelé " ami " (Mt 26, 50). On est aux antipodes des comportements séparatistes des Témoins de Jéhovah ou de la " propagande noire " de la Scientologie en riposte aux dénonciations dont elle fait l'objet.

 

- Jésus a le souci concret de l'autre

On ne peut être que frappé par ses multiples attentions, ô combien réalistes, à l'égard de ceux qui l'entourent. Il a le souci de la foule venue l'écouter et qui risque de défaillir ; il lui multiplie alors pain et poissons. De la même façon, il est attentif au repos de ses disciples. On est loin des carences alimentaires et des épuisements savamment provoqués !

Après avoir guéri un aveugle-né (Jn 9), il revient sur ses pas parce qu'il a appris que les Pharisiens l'ont jeté dehors ; aussi tient-il à le réconforter. Il a tout de suite compris la détresse de la veuve de Naïn qui enterre son fils unique (Lc 7, 12-13). Juste avant son arrestation, il prie pour ses disciples qui vont être éprouvés (Jn 17).

L'autre a du prix à ses yeux.

 

- Il protège

Les gourous, quand sonne l'heure du danger, quittent le navire en premiers. Ils passent rapidement les frontières, avec le magot bien sûr, en laissant derrière eux des disciples tout désemparés. Ainsi, Lucien Engelmajer, sous le coup d'un mandat d'arrêt international, jouit actuellement d'une confortable retraite en Amérique centrale, où il s'est assuré ses vieux jours grâce aux fonds de la secte " Le Patriarche " opportunément placés en Espagne et en Suisse. Combien d'ex-adeptes se retrouvent sur le pavé, sans sécurité sociale, sans retraite, alors qu'ils ont tout donné, leurs biens propres, leur travail, leur santé…

 

- Les disciples en fait sont des amis

" Je ne vous appelle plus serviteurs… je vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître " (Jn 15, 15). Jésus n'a rien gardé pour lui, il partage avec les siens l'amour même dont il est aimé du Père. Premier-né, nous sommes tous ses frères.

 

 

CONCLUSION :

Le regard posé sur l'autre, la conception de l'autre est le critère par excellence. L'autre est-il considéré pour lui-même ou est-il instrumentalisé ? L'amour fraternel est en fait la pierre de touche de toute spiritualité vraie et authentique : " En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait… dans la mesure où vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait " (Mt 25, 31-46).

 

 

4/ LES FRUITS PRODUITS

 

On juge un arbre à ses fruits : " Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans sont des loups rapaces. C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez" (Mt 7, 15 sq).

Mon attention se porte ici sur deux fruits particuliers : la cohérence et un fruit de vie.

 

A) LA COHERENCE

 

- La cohérence des paroles et des actes, la cohérence entre l'extérieur (l'apparence) et le cœur

Aucune incohérence entre ce que dit Jésus et ce qu'il fait, entre son être et ses actes. Déjà les gardes des grands prêtres et des Pharisiens faisaient la différence : " Jamais homme n'a parlé comme cela " (Jn 7, 46). Ce Verbe se fait chair en vérité. Et sur la croix, la cohérence de cette mort avec la vie du prophète saisit le centurion qui se tenait en face de lui au calvaire : "Vraiment cet homme était Fils de Dieu ! " (Mc 15, 39). Contrairement aux scribes et aux Pharisiens qui, " Sur la chaire de Moïse se sont assis… faites donc tout ce qu'ils pourront vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes : car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt " (Mt 23, 2). On sait par ailleurs la force cinglante de la lettre de Jacques et son exigence quant aux œuvres : " c'est par les œuvres que je te montrerai ma foi " (Jc 2, 18). En effet, nous dit Jésus, ce n'est ni la longueur ni la démonstration ni l'intensité des prières ou des discours qui comptent : " Ce n'est pas en me disant : " Seigneur, Seigneur ", qu'on entrera dans le royaume des Cieux, mais c'est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux … " (Mt 7, 21-29).

 

- Un amour incarné

L'œuvre de Jésus ne nous sort pas de la vie. Au contraire. Elle nous indique comment répondre à la confiance du Créateur quant à la gestion du monde, ce monde qui en soi est bon : " Dieu vit tout ce qu'il avait fait : cela était très bon " (Gn 1, 31). Quand le Seigneur guérit un paralytique, il le renvoie à la vie quotidienne : " lève-toi, dit-il alors au paralytique, prends ton lit et va-t-en chez toi ". Et se levant, il s'en alla chez lui " (Mt 9, 6-7).

La foi n'est ni un refuge ni une sécurité, qui dispenserait d'être dérangé par les interpellations du Seigneur lequel nous parle à travers le prochain et les événements du monde. Qu'y a-t-il de pire que la justification d'un comportement nocif par une soi-disant exigence religieuse ? " Moïse a dit : Honore ton père et ta mère… Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son père ou à sa mère : Je déclare korbân (c'est-à-dire offrande sacrée) les biens dont j'aurais pu t'assister, - vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère - et vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous vous êtes transmise… " (Mc 7, 1- 23). Il convient donc de ne pas qualifier trop rapidement de spirituels des comportements dont l'interprétation serait à chercher davantage du côté de la psychopathie par exemple, voire du péché.

 

- La vérification du temps

Les Témoins de Jéhovah ont déjà annoncé la fin du monde à six reprises au moins (1914, 1918, 1925, 1930, 1975, 1986…). Or la seule vérification objective du caractère divin de la mission est celle qu'apportent les faits : " Si le prophète a parlé au nom de Yahvé, et que sa parole reste sans effet et ne s'accomplit pas, alors Yahvé n'a pas dit cette parole-là. Le prophète a parlé avec présomption. Tu n'as pas à le craindre " (Dt 18, 22). Alors que pour Jésus, " Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point " (Mt 24, 35).

De la même manière, quand Jésus guérit, il guérit. A Lourdes, un des critères de guérison inexpliquée en l'état de la science est précisément la durée. Or, dans des assemblées fortement émotionnelles, où l'on entretient les personnes dans l'espoir du miracle, il est bien évident que le psychosomatisme s'en donne à cœur joie, mais le temps, lui, fait son œuvre de vérification.

 

 

B) UN FRUIT DE VIE

 

- Jésus est passé en faisant le bien

" Appelant à lui deux de ses disciples, Jean les envoya dire au Seigneur : " Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? "… il répondit aux envoyés : " Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres " (Lc 7, 22). Jésus est passé en faisant le bien et à sa suite, depuis deux mille ans, des hommes et des femmes, à cause de leur foi, se sont mis au service concret de l'humanité.

Bien sûr, il peut y avoir çà et là des problèmes : des prêtres pédophiles, des économes qui détournent les fonds. Des brebis malades, il y en a partout. Mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt. C'est bien le message que l'on peut entendre dans ce jugement du Tribunal correctionnel de Metz qui vient de condamner un raélien pour avoir diffusé en mai 2001 des tracts appelant à " protéger les enfants des prêtres catholiques pédophiles ". Ces propos globalisants ont été considérés comme une " provocation à la discrimination ".

Certes, l'Eglise n'est pas le lieu où il n'existe pas de péché. Mais elle est le lieu où le péché est reconnu et confessé en vue du pardon et de la réparation. A maintes reprises d'ailleurs, ces derniers temps, l'Eglise catholique a exprimé sa repentance pour les infidélités qui ont jalonné son histoire.

En revanche, dans les multiples procès dont font l'objet des raéliens pour des affaires de mœurs, il convient de se pencher sur la littérature même qui est diffusée dans ce groupe et qui incite précisément les adeptes à ce genre d'agissements : " Il faut supprimer les lois faisant automatiquement un détournement de mineur d'un rapport sexuel entre un individu de plus de 18 ans et un individu de moins de 18 ans, et reconnaître aux adolescents le droit à une vie sexuelle indépendante " (Raël).

 

- Une œuvre de vie

" Le voleur ne vient que pour voler, égorger ou faire périr. Moi, je suis venu pour qu'on ait la vie et qu'on l'ait surabondante " (Jn 10, 10). Or, sous prétexte d'apocalypse, combien de suicides ou de massacres collectifs jalonnent déjà la route des sectes ? Et combien de ruptures de vie : relationnelle, professionnelle, sociale, économique ? combien de vies personnelles brisées ?

Fruit de vie ? Si vous connaissez des familles où certains membres refusent de devenir Témoins de Jéhovah, vous savez l'enfer qui peut régner dans ces foyers. C'est ainsi qu'un époux, au bout d'une tentative de dialogue douloureux, a déclaré à sa femme devant moi en guise de conclusion : " Pour Jéhovah, je te passerai sur le corps s'il le faut mais j'irai aux réunions ". Je pense aussi à ce groupe dijonnais où l'on n'a que les mots d'amour et de miséricorde à la bouche ; or, quotidiennement, je ne vois que ruptures familiales, conjugales, amicales, entre autres.

 

- Rassembler et non séparer

Le mot " secte " suggère l'idée de section, de rupture : l'appartenance à une secte coupe, sépare. Or le souci de Jésus, qu'il exprime dans la grande prière rapportée par l'évangéliste Jean, est précisément de " rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés " (Jn 11, 54), comme un berger son troupeau.

 

 

 

CONCLUSION

 

C'est en donnant à des peuples entiers un sens à la vie que les grandes religions ont acquis une place de premier rang dans la société. Il n'est pas sûr que ce soit en ce sens qu'oeuvrent les sectes.

Jésus déjà avertit les quêteurs de Dieu et de sens : " Prenez garde qu'on ne vous abuse. Car il en viendra beaucoup sous mon nom, qui diront : " C'est moi le Christ ", et ils abuseront bien des gens… Des faux prophètes surgiront nombreux et abuseront bien des gens. Alors si quelqu'un vous dit : " Voici : le Christ est ici ! " ou bien : " Il est là ! ", n'en croyez rien. Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes, qui produiront de grands signes, au point d'abuser, s'il était possible, même les élus " (Mt 24, 4 ; 11 ; 23).

Nous venons de voir différents éléments qui permettent de faire la distinction entre ces faux prophètes qui pullulent en ce moment et le vrai berger, celui qui permet à ses brebis de paître en sûreté. Les gourous en effet manipulent les adeptes à leur seul profit et les aliènent. Jésus Christ lui, rend libre.

 

1/ NOUS SOMMES LES DISCIPLES D'UN TEL MAITRE

Je vous ai finalement beaucoup parlé de Jésus. Or mon sujet n'était-il pas de faire la différence entre l'Eglise et les sectes ? Or, les chrétiens ne sauraient être identifiés totalement au Christ. Nous essayons d'être disciples, et l'Eglise y parvient. Mais l'Eglise n'est pas le Royaume ; il y a encore une distance entre notre Seigneur et son Corps. La distance de la conversion précisément. Et c'est peut-être bien pour cela que nous parlons ensemble ce soir, en plein carême, de la tentation sectaire.

Il faut déjà signaler que l'Eglise s'est doté précisément de moyens de régulation, à savoir :

- ces différents rouages, conseils divers, qui favorisent déjà la vigilance, la contre-influence, la discussion ;

- nous avons un droit canonique avec des officialités pour faire appliquer la règle du jeu et corriger les déviances ;

- l'Eglise s'est dotée récemment d'un Service Accueil-Médiation pour la vie religieuse et communautaire dans le but de lutter précisément contre les dérives sectaires possibles.

En effet, la dérive sectaire est une tentation humaine, qui peut guetter tout homme, tout groupe : une famille, un parti, une communauté, un Etat… Il n'est donc pas étonnant que l'Eglise elle-même ait été amenée parfois à dénoncer en son propre sein ce genre de dérives. Il faut alors avoir le courage de faire le ménage.

Et en reprenant les quelques points de repères énoncés ce soir, chacun d'entre nous, et nos communautés diverses, peuvent toujours se laisser interroger par l'Esprit de Jésus.

 

2/ DIEU FAIT DE NOUS EN JESUS CHRIST DES HOMMES LIBRES ; QU'IL NOUS DELIVRE…

En conclusion, je reprendrai tout simplement le logo de mon service :

Voici un oiseau : nous sommes faits pour voler. Nous ne sommes pas qu'une masse de chair ou une carte génétique. Certes, nous sommes bien Adam le terreux, mais Adam est appelé dès le commencement à devenir fils de Dieu, Fils du Père par, avec et dans le Fils. " Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne demeure en toi ".

Malheureusement, pour reprendre l'image du psaume 123, l'oiseau se retrouve parfois prisonnier " du filet du chasseur ", nous dirions aujourd'hui des gourous. Et on sait bien la subtilité de cet emprisonnement : la plupart du temps, il n'y a pas de cage extérieure ; les barreaux de la prison en fait sont dans la tête.

Mais - et je cite les versets 6 à 8 du psaume -

" Béni soit le Seigneur qui n'a pas fait de nous la proie de leurs dents !

Comme un oiseau, nous avons échappé au filet du chasseur ;

le filet s'est rompu : nous avons échappé.

Notre secours est le nom du Seigneur

qui a fait le ciel et la terre. "

Les mains prédatrices des gourous se referment sur elles-mêmes et leur proie. Les mains eucharistiques du Bon Pasteur, elles, sont ouvertes sur la croix tournées vers le Père…

Par Lui, avec Lui et en Lui, l'oiseau, plein de l'Esprit filial, peut s'envoler…

 

Voilà la Bonne Nouvelle dont le Seigneur nous a faits dépositaires pour tous les hommes, dont nous avons à être témoins de par notre baptême, dans la vie de chaque jour.

A nous de veiller sur notre fidélité à ce dépôt. A nous d'être vigilants pour ne pas succomber à notre tour à la tentation sectaire, en refermant nos mains au lieu d'être serviteurs à la suite du Serviteur.

CAMBRAI 26 MARS 2003

TOUS DROITS RESERVES