SERVICE DIOCÉSAIN "PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

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"PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

N° 3

La réincarnation

ISSN 0990-0500

 

 

 

 LA RÉINCARNATION

PLAN

I INTRODUCTION

II DÉFINITION DU MOT "RÉINCARNATION"

III MOTIVATIONS DES RÉINCARNATIONNISTES

1 - La réincarnation exorcise la mort

2 - La réincarnation résout le problème de l'inégalité entre les personnes

3 - La réincarnation dit "non" à l'enfer

4 - La réincarnation est une école de responsabilité

5 - La réincarnation est un facteur d'évolution

6 - La réincarnation guérit

7 - La réincarnation "écologique"

8 - La réincarnation prouvée par des phénomènes étonnants

9 - La réincarnation décloisonne les religions et les spiritualités

10 - La réincarnation est une doctrine souple.

IV CONCEPTIONS DIVERSES DE LA RÉINCARNATION

1 - Le modèle hindou

2 - Le modèle bouddhiste

3 - Le modèle tibétain

4 - Le modèle grec

5 - La réincarnation à l'occidentale.

V INCOMPATIBILITÉ DE LA RÉINCARNATION AVEC LA FOI CHRÉTIENNE

1 - Les partisans de la réincarnation citent des textes de la Bible pour appuyer leur conviction

2.- Les partisans de la réincarnation allèguent un enseignement secret de Jésus

3 - Prise de position de l'Église

4 - "Je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle"

A) Dieu

B) L'homme

C) Le corps

D) Dieu est miséricorde

E) La liberté de l'homme

F) La purification

G) Le temps et l'histoire

H) Le cosmos

I) La résurrection est déjà là

J) La résurrection est à venir

K) Responsabilité personnelle

VI CONCLUSION

 

 

I - INTRODUCTION

 

A la question : "Que devenons-nous après la mort ?", 22 % des Français interrogés répondent : "Nous nous réincarnons".

En Europe, une enquête sur "les valeurs du temps présent" commentée par le Père Gérard Defois, révèle que 21 % des Européens, dont 23 % de catholiques, croient en la réincarnation.

Ainsi, le quart environ des catholiques pratique la "double appartenance": un pied dans le christianisme, un pied dans une autre religion ou idéologie, entraîné en ce sens par les innombrables groupes plus ou moins sectaires et syncrétistes qui fleurissent et proposent, tous, la croyance en la réincarnation. Ce sont une nouvelle religiosité, une nouvelle culture, un "nouvel Age" qui apparaissent, visant la religion universelle pour l'an 2000.

 

 

II - DÉFINITION DU MOT "RÉINCARNATION"

 

Pour le Dictionnaire des Religions, la réincarnation signifie la "croyance selon laquelle l'âme, ou l'élément psychique, ou le corps subtil, se dote lui-même, à chacune des existences successives, d'un corps différent et se trouve ainsi réincarné".

La Réincarnation popularisée en Occident, implique l'idée que l'homme comprend, dans sa constitution, un corps physique qui périt à la mort et un élément "mental", "spirituel", "conscient", qui, étant distinct du corps physique, peut persister après la mort et s'associer plus tard à un autre corps physique. Elle enseigne que l'être humain connaît plusieurs existences successives sur la terre. L'homme vit et meurt ; plus il renaît, vit et meurt à nouveau pour renaître encore et encore, jusqu'à l'accomplissement de son être spirituel. Le cycle des renaissances ne s'achève que lorsque le processus de libération est accompli.

  

 

III - MOTIVATIONS DES RÉINCARNATIONNISTES

 

Pour quelles raisons cette croyance exerce-t-elle une si grande séduction sur nos contemporains ?

  

1) LA RÉINCARNATION EXORCISE LA MORT

A- L'homme sait, expérimentalement, qu'il n'est pas éternel. Il a certes espéré que les progrès de la science le délivreraient de cette angoisse. Or, les triomphes de la médecine n'ont rien changé à la condition mortelle de l'être humain. Et l'angoisse devant la mort est d'autant plus forte que bien souvent, l'homme contemporain se trouve englué dans son matérialisme. Dans l'impasse, il cherche des refuges, des calmants. En Occident, aujourd'hui, se multiplient les groupes qui promettent la guérison de toute maladie, même le cancer, même le sida, comme nous l'annoncent Yvonne Trubert du mouvement I.V.I. ou Rika Zaraï avec ses plantes. Et si mort il y a malgré tout, on s'efforce de la cacher, de la banaliser, de la passer sous silence. Certains vont même jusqu'à pratiquer la cryogénisation, à savoir la congélation d'un cadavre dans l'attente des découvertes de la médecine. Le refus de la mort conduit à la négation de la mort. Dans ce contexte, la réincarnation est rassurante : la mort n'étant qu'un passage avant une nouvelle existence sur cette terre, et dans de meilleures conditions.

 

B- Ce qui est vrai pour l'individu, l'est aussi pour l'univers tout entier. A l'approche de l'an 2000, sur un fond de prédiction apocalyptique (destruction nucléaire, fin du monde), il est rassurant pour certains de se dire que le monde, après une dissolution, renaîtra.

  

C- Croire à la réincarnation apaise également la douleur due à la séparation d'un être cher. D'une part, la communication avec l'âme errante du défunt en attente de réincarnation, serait possible. C'est le spiritisme. D'autre part, on pourra, dit-on, se retrouver dans d'autres existences. La mort pourrait même se réincarner dans la famille. C'est l'exemple de mère douloureuse de la perte de son enfant, qui trouve consolation dans la croyance que l'enfant mort se réincarne dans celui dont elle est enceinte à nouveau. Anne Philipe, pour réconforter ses enfants, parle ainsi de son mari défunt : "Gérard s'est transformé, il est devenu des arbres et des fleurs ; les abeilles le butinent, elle font du miel et nous mangeons du miel, et comme cela tout recommence".

  

Au travers de ces recherches, nous percevons le refus instinctif pour l'homme de considérer la mort comme la fin de la vie et le besoin d'un au-delà qui revient prendre place dans la vie présente, ici-bas.

 

 

2) LA RÉINCARNATION RÉSOUT LE PROBLÈME DE L'INÉGALITÉ ENTRE LES PERSONNES

L'homme éprouve le besoin d'une rétribution après cette vie, d'une justice postérieure qui compense les inégalités, les injustices criantes de la vie actuelle, et ce, dans ce monde-ci. Nous nous réincarnons en fonction de nos existences antérieures. Chaque individu est le seul responsable des conditions de son existence actuelle, puisque sa vie présente est la résultante nécessaire de ses vies antérieures sur la terre. La réincarnation corrige ainsi le sort apparemment inégal des personnes (les unes riches, les autres pauvres ; les unes en bonne santé, les autres malades ; les unes heureuses, les autres malheureuses). Cette croyance rétablit la justice pour tous au cours des générations.

Elle contribuerait en outre à instaurer l'ordre du monde, car celui qui torture par exemple, saurait qu'il sera torturé à son tour dans une autre vie. Ce serait également l'antidote de tous les racisme, puisque j'ai très bien pu être noir ou jaune dans une vie antérieure. L'actuel Dalaï-Lama pense d'ailleurs que la croyance dans la réincarnation devrait engendrer l'amour universel, car tous les êtres vivants, au cours de leurs existences innombrables, y compris la nôtre actuelle, ont été des parents, enfants, frères, soeurs et des amis que nous avons aimés".

En d'autres termes, la réincarnation nous donnerait une explication du mal: les gens qui souffrent injustement doivent probablement expier quelque chose qui leur vient d'une vie antérieure. Ce n'est pas de leur faute. Et pourtant, ils ont hérité de ce qui s'est passé avant eux dans une autre vie. Ils portent le poids de ce passé dont ils n'ont pas conscience. Ce sont des gens qui ont hérité d'une note à payer. D'ailleurs, chacun aura à payer ses dettes jusqu'au dernier sou.

 

 

3) LA RÉINCARNATION DIT "NON" A L'ENFER

Cette justice rétributive dont il est question ci-dessus, est en même temps rassurante, car on peut toujours bénéficier d'une nouvelle chance. Les réincarnations successives donnent l'occasion de se purifier et d'arriver à la perfection. Ainsi, le sentiment de culpabilité plus ou moins inconscient, est écarté. On a droit à l'erreur ! Mais, bien entendu, c'est dans la vie que l'on a ratée, qu'il faut refaire ses preuves.

  

 

4) LA RÉINCARNATION EST UNE ÉCOLE DE RESPONSABILITÉ

Puisqu'il faudra refaire ce qui a été raté ou abîmé, chacun apprend ainsi qu'il ne doit pas gaspiller sa vie. Il devient responsable.

 

 

5) LA RÉINCARNATION EST UN FACTEUR D'ÉVOLUTION

Les renaissances successives nous permettraient de développer toutes nos potentialités. Il y a tant de choses à faire et à découvrir dans l'existence qu'une seule vie serait beaucoup trop courte. Or, de vie en vie, l'homme peut évoluer et progresser, chuter et se reprendre, reconnaître ses erreurs et tirer les leçons de ses échecs. Certains groupes gnostiques occidentaux, comme la Rose-Croix par exemple, professent la réincarnation, qui permet de vie en vie d'avancer dans l'initiation à la Connaissance salvatrice. Nous percevons cet évolutionnisme dans ces vers du poète afghan Jaläl al Dîn Rûmi (1212-1273) :

. Quand j'étais pierre, je suis mort et je suis devenu plante.

. Quand j'étais plante, je suis mort et je suis parvenu au rang d'animal.

. Quand j'étais animal, je suis mort et j'ai atteint l'état d'homme.

. Pourquoi aurais-je peur ? Quand ai-je perdu quelque chose en mourant ?"

 

  

6) LA RÉINCARNATION GUÉRIT

Des écoles et des groupes à visées thérapeutiques vont même jusqu'à proposer des "lectures des vies passées", pour guérir le client des séquelles qui affectent sa vie présente. Pour certains psychologues, le fait de projeter dans une vie passée les difficultés ou les peurs auxquelles on est affronté dans la vie présente et que l'on ne peut ou ne veut exprimer, aurait un effet libératoire. 

 

 

7) LA RÉINCARNATION "ÉCOLOGIQUE"

Dans certains milieux écologiques, la croyance à la réincarnation peut être une manière de retrouver nos racines. Je prends conscience que je fais partie du cosmos. Je me découvre comme un simple élément, un maillon de la chaîne de la Vie, animé d'une Énergie cosmique qui bat identiquement dans nos veines comme dans chaque être vivant : l'Énergie divine. D'où le respect écologique des lois de la nature. A plus forte raison si l'homme peut se réincarner dans une plante ou un animal.

En effet, dans le monde, la vie ne cesse de se dissocier, de mourir et de renaître. La mort des êtres vivants se prolonge dans l'engendrement d'autres vivants. Quant au monde inanimé, celui de la physique et de la chimie, il est lui aussi, organisé par des lois de conservation de la matière et de l'énergie. Rien ne se perd, rien ne se crée. Les particules élémentaires, libérées par la destruction d'une forme matérielle, se réorganisent en d'autres figures où elles continuent d'exister. L'univers est donc constitué de chaînes causales et d'une multiplicité de restructurations. Si l'être humain appartient au monde des choses et de la vie, ne faut-il pas admettre qu'il est, lui aussi, intégré dans ces genèses et ces transformations constantes, ces redistributions ininterrompues ? La réincarnation, dans cette perspective, paraît une croyance cohérente avec les lois d'ensemble de l'univers. Après la mort d'un être, quelque chose de lui se dissocie et entre en composition avec d'autres réalités cosmiques (le corps se défait) et quelque chose de lui demeure, porteur des énergies accumulées et prêt à se réinvestir dans une nouvelle combinaison corporelle.

Par ailleurs, tout acte personnel produit un effet bon ou mauvais, qui s'inscrit dans le cosmos au même titre que dans la vie de l'homme. Quand un être humain s'écarte de la norme, l'harmonie de l'univers entier est menacé. Celui qui, par ses actes, a violé l'ordre de l'univers, se réincarne au bas de l'échelle des êtres. A l'inverse, celui qui aura agi en harmonie avec l'ordre cosmique, en accomplissant les rites et les préceptes, renaîtra à un niveau de pureté plus proche de l'équilibre idéal entre l'homme et l'univers.

 

  

8) LA RÉINCARNATION PROUVÉE PAR DES PHÉNOMÈNES ÉTONNANTS

Une autre motivation est alimentée par la production de faits étonnants, telle la mémoire étrange du passé, du "déjà vécu" ou "déjà vu". Par exemple, le nouveau Dalaï-Lama est identifié dans l'enfant qui, parmi d'autres enfants, est capable de reconnaître des objets ayant appartenu au Dalaï-Lama défunt.

Il s'agit aussi d'un savoir d'origine inconnue. C'est le cas des enfants prodiges, tel un Mozart à cinq ans. Comment expliquer de tels dons, sinon parce que les personnes les ont exercés et travaillés dans une autre vie ? On retrouve là l'idée d'une évolution croissante de l'homme par l'accumulation des savoirs acquis dans des existences passées.

Pour prouver la théorie de la réincarnation, certains encore tirent argument de traces physiques contractées dans des vies antérieures et présentes sur le corps d'un nourrisson.

Précisons tout de suite que d'autres explications peuvent être avancées au sujet des ces faits étranges, explications qu'une parapsychologie sérieuse et scientifique a déjà mises en valeur.

C'est ainsi que certaines mères sont en mesure de fixer sur le foetus qu'elles portent des images auxquelles elles sont fortement sensibles ; que le sentiment du déjà vu ou déjà entendu est un symptôme psychiatrique lié habituellement à des troubles de la mémoire. Il peut s'agir encore de réminiscence inconsciente, de mémoire génétique. En ce qui concerne les souvenirs sous hypnose, cette dernière n'est pas un état neutre : le patient est hautement susceptible de recevoir des suggestions ou des transmissions mentales ou psycho-spirituelles de la part de l'hypnotiseur. Quant aux informations reçues des médiums qui se disent en contact avec les esprits des morts, elles sont dépendantes de la croyance du médium. A preuve, dans les milieux spirites de tradition française où la réincarnation est un dogme, les esprits humains désincarnés enseignent la réincarnation. En revanche, dans le spiritisme de tradition anglo-saxonne qui refuse la réincarnation, ces mêmes esprits nient généralement la réincarnation.

 

  

9) LA RÉINCARNATION DÉCLOISONNE LES RELIGIONS ET LES SPIRITUALITÉS

Certains de nos contemporains s'intéressent à la réincarnation précisément parce qu'elle n'est pas une tradition "locale" chrétienne. Ce serait une sorte d' «oecuménisme élargi» ou de marché commun des croyances. Avec le charme mystérieux de ce qui vient de l'étranger.

  

 

10) LA RÉINCARNATION EST UNE DOCTRINE SOUPLE

La réincarnation semble à beaucoup une doctrine simple, claire et convaincante, plus solide et rassurante que le langage nuancé tenu sur la résurrection. Pour d'autres, que le dogmatisme effraie, cette théorie rassure par sa souplesse.

 

 

 

IV - CONCEPTIONS DIVERSES DE LA RÉINCARNATION

En réalité, il existe plusieurs conceptions de la réincarnation.

On distingue les modèles : - hindou - bouddhiste - tibétain - grec - occidental.

  

* Précisons pour commencer que cette vieille croyance n'a pas toujours existé, ni en tout lieu. Pour l'Hindouisme par exemple, on la repère vers 700 avant Jésus-Christ dans les Upanishads, et non dans le livre des Védas des années 2000 avant notre ère. En Grèce, Homère ignorait cette théorie. Pour l'Occident, la réincarnation prend pignon sur rue seulement à la fin du XIXème siècle, avec l'apparition de la Société Théosophique et l'essor des cercles spirites et occultistes. En fait, cette croyance cohabite souvent avec une époque de crise.

 

* Les modèles hindouiste, bouddhiste et grec ancien se fondent sur des schémas philosophiques. L'idée de renaissance y apparaît comme une solution de repêchage, tandis que les modèles occidentaux font appel à des preuves tirées, prétendent-ils, de l'expérience. Pour l'Occident, la réincarnation représente une chance pour l'homme. En bref, les modèles orientaux correspondent à une approche négative, tandis que la réincarnation vue par l'Occident est vécue "positivement".

 

* Un schéma commun cependant est repérable. Après la mort de l'élément physique de l'homme (son corps matériel), l'élément spirituel perdure et s'unit par la suite à un autre corps physique. Suivant les écoles, l'espace entre chaque incarnation est évalué à quelques semaines ou à des milliers d'années. De plus, le cycle porte sur quelques réincarnations ou sur des milliers. En tout état de cause, cette ronde s'achèvera seulement lorsque le processus de libération aura été totalement accompli.

Autre point commun : la qualité de notre incarnation aujourd'hui est en dépendance directe de la valeur morale de nos existences antérieures. C'est la loi du Karma qui fait de l'homme l'artisan de son propre salut.

  

 

I) LE MODÈLE HINDOU

Pour l'Hindouisme, le but de l'existence consiste à échapper à la Réincarnation : "Il y a des réincarnations et il faut y échapper" lit-on dans les Upanishads, livres sacrés de l'Inde des VIII-VIIèmes siècles avant Jésus-Christ.

Chaque action de l'homme produit son fruit, bon ou mauvais : le KARMA. A chaque existence, l'homme accumule davantage de Karma, bon ou mauvais, et transporte ce fardeau dans une autre existence. La ronde des naissances, des morts et des renaissances, ne cessera que lorsque sera brisée cette chaîne des effets et des causes. La vie, dans l'espace et le temps, est en effet sans commencement, et, à moins que l'on ait trouvé la voie de la libération, sans fin. Cette sorte de vie éternelle devient donc un fardeau accablant dans sa répétition. A l'issue de chaque cycle, le monde se dissout dans un état informel, puis se recrée. Nous voyons que la loi du Karma régit et le monde cosmique et l'univers spirituel.

Mais quand l'âme découvre la vérité, c'est alors comme la rivière qui rejoint la mer et s'y plonge sans limite. C'est l'illumination, le SAMADHI, la béatitude, la délivrance de l'illusion (la MAYA) qui nous fait croire à la réalité du monde et des choses, alors qu'il n'y a en fait qu'une seule réalité, celle de "Dieu", de BRAHMAN Pour l'Inde, le monde réel n'est pas le monde extérieur comme pour nous en Occident. C'est le monde intérieur, spirituel, celui de l'âme et de Dieu, d'ATMAN et de BRAHMAN. C'est ainsi que je me fais illusion lorsque je crois que j'existe et que mon âme est une réalité consistante, autonome. Car "ATMAN EST BRAHMAN". Quand j'en prendrai conscience, ce sera la libération. En attendant, je serai obligé de m'embarquer sans cesse pour le voyage, le SAMSARA (la roue des renaissances), en passant d'un corps à un autre, jusqu'à la bienheureuse délivrance : "A la façon d'un homme qui a rejeté des vêtements usagés et en prend d'autres, neufs, l'âme incarnée, rejetant son corps usé, voyage dans d'autres qui sont neufs" (Bhagavad-Gita).

Précisons que, dans la pensée hindoue, l'être humain est conçu comme une réalité tripartite. Il y a le corps, qui est la partie physique, matérielle ; le "support psychique", qui est le principe d'action ; et l'atman, qui est à proprement parler identique à l'être divin. L'atman est le soi impersonnel qui s'identifie à Brahman. Ce qui transmigre, ce n'est pas l'atman, cette étincelle divine, qui, elle, n'est pas affectée par l'action et est toujours identique à elle-même. Ce qui se réincarne, c'est l'être psychique de l'homme qui est le support de l'atman. C'est dans ce complexe psychique, principe d'action, que se nouent les liens qui rivent l'atman à la matière et à la roue de Samsara.

Pour accélérer ce processus, l'homme dispose des voies du YOGA. Nous constatons au passage qu'il ne s'agit pas de relaxation, comme beaucoup d'occidentaux le pensent, mais d'un élément constitutif d'une spiritualité ! Il dispose aussi d'une règle de vie, à savoir : accomplir son propre DHARMA, c'est-à-dire réaliser sans récriminer, la destinée qui lui est impartie par la roue de l'existence, accepter ma condition actuelle : brahmane ou paria intouchable, pauvre ou riche. Bien faire son devoir d'état, chacun suivant sa condition. On perçoit vite quel facteur d'immobilisme et d'oppression sociale, cela peut représenter.

Nous nous trouvons ainsi en présence d'une philosophie de l'action, dans laquelle l'acte produit sa récompense ou son châtiment. La pensée hindoue insiste d'ailleurs sur le caractère douloureux et inexorable de la transmigration. Cet éternel retour est une source de souffrance et de malheur. Les renaissances ne génèrent jamais la délivrance ; elles tracent plutôt un cercle infernal dont il faut se libérer au plus vite. Le sage ne cherche pas par ses actions bonnes à obtenir une bonne renaissance ; il vise de tout son être à dépasser le monde de l'agir pour échapper au cycle des renaissances, qu'elles soient bonnes ou mauvaises.

 

 

2) LE MODÈLE BOUDDHISTE

Un prince hindou, Gautama Sakyamuni, vers 525 avant Jésus-Christ, décide de tout quitter pour trouver une explication au scandale de la souffrance universelle, jusqu'au jour de l'Illumination, où il devient Bouddha, c'est-à-dire l'Illuminé.

Il comprend alors que tout est douleur : la naissance, la vie, la mort, la séparation d'avec ceux qu'on aime, le commerce avec ce qu'on déteste. Et que la source de toute souffrance, c'est le désir.

Celui-ci, en effet, insatiable, pousse à vouloir renaître pour goûter encore les voluptés trompeuses. La soif engendre les "trois racines du mal" : la convoitise, la haine et l'erreur. De ces racines, naissent les actes (le Karman) qui produisent inexorablement des fruits, fruits qui retombent en récompense ou en châtiment. Or la maturation de ces fruits dépasse souvent la durée d'une existence humaine. Il faut par conséquent se réincarner pour recevoir le salaire de ses actes.

Pour éteindre la douleur qui naît inexorablement du manque et de la déception, et échapper ainsi au cycle des réincarnations, il faut supprimer en soi le désir. On supprime la douleur en supprimant le désir. Pour arrêter la roue des réincarnations, il faut éteindre en soi la "soif" du désir. Bienheureux NIRVANA, bienheureuse extinction de cette soif !

Le bouddhisme entend donc proposer une sagesse capable de faire cesser toute souffrance. Une conduite morale droite où l'on s'abstient de toute action mauvaise, un effort de concentration pour vaincre l'ignorance, supprimer les passions et apaiser l'esprit, constituent la voie de la délivrance, au terme de laquelle on atteint la sérénité parfaite, imperturbable, à l'abri de toute douleur et de toute crainte, à l'abri de toute réincarnation au moment de la mort. Il s'agit, somme toute, d'une vie morale parfaite où, à force de concentration ou de calme d'esprit, on triomphe de l'ignorance et fait mourir les passions et les instincts.

Mais la perspective est bien différente de celle proposée par la pensée hindoue, puisque le bouddhisme nie l'existence d'une entité permanente comme l'atman hindou. Ici, rien n'est stable, rien n'est permanent. L'être humain n'est qu'une combinaison instable d'éléments corporels, psychiques et mentaux. La personnalité n'offre ni consistance, ni permanence.

Peut-on alors parler de réincarnation ? Qui transmigre s'il n'y a pas d'entité permanente dans l'homme ? Rien de la personne ne peut passer dans une autre vie car, de fait, il n'y a personne : il n'y a pas d'entité personnelle qui transmigre. Et pourtant, la loi du Karma est toujours de rigueur. Cependant, celui qui accomplit l'action bonne ou mauvaise n'est pas le même que celui qui en récolte les fruits. Entre une vie et la suivante, il y a une relation de cause à effet. A la mort se dissout la combinaison des éléments qui formaient une unité passagère et apparente. Une nouvelle combinaison des éléments est produite par le Karma, ce qui produit un nouvel individu - aussi illusoire que le précédent - qui recueille les fruits de son prédécesseur.

Ce qui transmigre, donc, c'est moins un être qu'un même élan. "La réincarnation bouddhique, c'est la transmission sans fin d'un même élan à travers une série de formes sans fin". Le Karma est le fil qui relie les existences successives. Dans ce flux, le présent est le fruit du passé et enchaîne le futur. La transmigration évoque l'idée d'un mouvement qui se communique d'une chose à une autre formant une réaction en chaîne sans fin. Elle apparaît comme une force karmique qui passe d'un individu à un autre. En d'autres termes, la transmigration bouddhique suggère l'idée que les conséquences de nos actes ne meurent pas avec nous mais ont des effets qui peuvent marquer de façon déterminante la vie d'autres personnes.

Ainsi, qui veut continuer à vivre au-delà de la mort, trahit une aspiration égocentrique et est l'indice d'une spiritualité qui n'est pas assez dépouillée. En un mot, le Nirvana, c'est le bonheur par le vide.

 

 

3) LE MODÈLE TIBÉTAIN

Pour lui, l'instant de la mort est capital, car il représente l'ultime chance offerte à l'homme de se libérer du cycle des renaissances, en "s'éveillant" à la connaissance de sa vraie nature. On se prépare à cet instant durant toute la vie, par la méditation, l'étude et les initiations.

Il existe d'ailleurs un guide pour ce parcours : Le livre des Morts tibétains.

Entre la mort et une éventuelle et plus agréable réincarnation, le délai peut aller jusqu'à 49 jours (7 x 7). Le texte du Livre est psalmodié au chevet du mourant, pour lui prodiguer tous conseils utiles en vue du voyage qu'il va entreprendre et des rencontres qu'il va faire.

Il y a trois étapes de délivrance :

a) La rencontre de la Lumière incréée représente trois jours et demi. Celui qui a médité sa vie durant sur la "connaissance du corps de vacuité", tout est vacuité, le reconnaît aussitôt et accède à la libération.

b) Il existe une deuxième chance de reconnaître la Lumière, dont la durée est proportionnelle au poids du karma personnel : vingt-quatre jours et demi en moyenne. Le mort, durant ce laps de temps, est assailli d'apparitions terrifiantes. S'il reconnaît que ces pensées proviennent de son seul mental, de son seul cerveau, il peut accéder immédiatement à la délivrance.

c) L'ultime chance compte 21 jours.

d) Si le défunt n'écoute toujours pas les conseils prodigués, il reprendra la ronde des réincarnations, jusqu'à ce qu'il comprenne que tout est vacuité.

Ajoutons que, dans la tradition bouddhique, le mourant peut être aidé par les Bodhisattvas. Ce sont des êtres exceptionnels qui, arrivés au terme de la libération, et prêts à entrer en nirvana, y renoncent par compassion pour leurs frères humains encore en route. Ils acceptent de se réincarner "tant qu'il restera un être humain à aider".

 

 

4) LE MODÈLE GREC

La croyance à la réincarnation serait passée de l'Orient à l'Occident par la Grèce. Pythagore, philosophe et mathématicien du VIème siècle avant notre ère, y aurait propagé l'idée de la transmigration, que déjà les Orphiques, adeptes de cultes secrets, connaissaient.

Selon eux, la réincarnation est nécessaire pour une purification totale. Non seulement les humains, mais l'univers tout entier, sont emprisonnés dans cette roue du destin.

Il reviendra à Platon (428-348), disciple de Socrate, d'en faire l'exposition articulée. Pour lui, les âmes sont immortelles et préexistantes, et leur nombre est fixe et invariable. Après la mort physique, les âmes rejoignent une récompense ou un châtiment définitif. Les âmes des sages vont chez les dieux, après avoir subi bien des épreuves et mené trois fois de suite une vie exemplaire (soit 3000 ans d'épreuve). Les âmes des tyrans et des criminels invétérés, se dirigent pour l'éternité vers leur espèce. Il existe toutefois un séjour temporaire pour les âmes qui peuvent encore s'amender. Après un temps d'épreuves dans un autre monde, elles s'incarnent à nouveau dans un corps et un mode de vie le mieux adaptés à leurs dispositions. L'intervalle entre deux réincarnations possibles est de mille ans.

A noter que les âmes peuvent se réincarner dans des corps d'animaux. Platon écrit en effet : "Quand à ceux pour qui, injustice, tyrannie, rapines, sont ce qui a le plus de prix, ils se réincarnent dans des formes de loups, de faucons, de milans" (Phèdre). Il faut parler ici très exactement, de métempsychose, le mot réincarnation désignant le retour d'une âme humaine dans un autre corps humain, et non d'animal.

L'âme, dans le modèle grec, se souille au contact du corps matériel, qui est une prison (soma = sema). C'est donc par la contemplation philosophique et la qualité de vie que l'âme se purifie graduellement. Une fois cette purification terminée, l'âme s'évade du cycle des réincarnations pour aller s'unir à la divinité.

En passant par la Grèce antique, l'idée de la réincarnation a subi une modification importante. Alors qu'en Orient, la réincarnation est une loi de douleur, elle devient en Grèce, un processus nécessaire et positif de l'évolution de l'humanité. Platon croit à la lente montée des âmes à travers le corps jusqu'à la félicité divine. Pour lui, la transmigration est une véritable école de perfectionnement et d'affinement pour l'âme.

Les idées de Platon vont influencer les Romains, par l'intermédiaire des poètes Ennius, Virgile, Horace et Ovide. Cicéron écrit : "Nous sommes nés dans un corps pour réparer les erreurs commises dans une vie précédente." L'écrivain égyptien Plotin (205-270 après Jésus-Christ) et le gnosticisme ancien portent la marque de l'influence grecque.

On retrouve cette influence chez les Celtes. César, dans "La guerre des Gaules", écrit d'eux : "Un de leurs dogmes essentiels est que les âmes ne meurent pas mais passent après la mort, d'un corps à un autre" ; d'où l'indifférence et le courage des guerriers celtes devant la mort.

Au temps des Cathares et des Albigeois, les groupes réincarnationnistes sont légions, héritiers en cela de la gnose et du manichéisme.

A la Renaissance, la réincarnation trouve un renouveau d'intérêt, avec en particulier, le poète et le philosophe italien Giordano Bruno, condamné pour cela d'ailleurs, au bûcher : "L'âme ne se limite pas à l'existence sur la terre. Elle a devant elle les mondes infinis pour sa demeure" ; "l'âme n'est pas le corps. Elle peut habiter un corps ou un autre, et transmigrer d'un corps à un autre".

Citons enfin quelques noms de réincarnationnistes : les philosophes Lessing, Voltaire, Goethe, Lamartine, Victor Hugo.

Ce dernier, dans "le Revenant", écrit : "On change de vêtement dans la tombe, le sépulcre est le vestiaire du ciel". "Tout porte à croire que Léopold (son fils défunt) est revenu ... Elle (son épouse enceinte) entendit, avec une voix bien connue, le nouveau-né parler dans l'ombre entre ses bras : "C'est moi, ne le dis pas".

A cette liste, ajoutons Tolstoï, Benjamin Franklin ...

 

 

5) LA RÉINCARNATION A L'OCCIDENTALE

Ce n'est qu'à la fin du XIXème siècle, avec la pénétration des doctrines asiatiques en Europe, que l'idée de transmigration intéresse vraiment l'Occident, par le canal des milieux théosophiques, occultistes, spirites et gnostiques.

 

Première caractéristique :

La Réincarnation est vue dans une perspective évolutionniste, optimiste. Chaque étape est progressive. La réincarnation est un processus de mutation, un facteur de progrès : l'homme est en ascension constante. Tout retour à des niveaux inférieurs est impossible : l'homme ne recule jamais dans l'échelle de la manifestation physique. La réincarnation est donc le creuset du progrès irréversible de l'homme. Ce dernier atteindra la perfection.

 

Deuxième caractéristique :

La Réincarnation occidentale se donne une allure scientifique : On cherche à prouver cette théorie à l'aide de la science, de la parapsychologie ou des contacts spirites.

 

Troisième caractéristique :

La loi du Karma est conçue d'une façon plutôt déterministe. Le karma devient la loi sans exception qui régit l'univers tout entier. Il fonctionne à l'instar des lois chimiques ou physiques. Rien ne peut empêcher ni détourner son effet. Appliquée à l'existence humaine, la loi du Karma signifie que toute action engendre une conséquence infaillible. Le Karma est sans pitié : Il est aveugle et automatique. Ce qui est fait est fait et rien ne peut altérer le cours des choses. Il n'y a ni pardon, ni indulgence, ni rédemption.

 

Quatrième caractéristique :

La personne devient le seul artisan de son propre salut, de sa propre réalisation spirituelle. Elle détient la clé du savoir et connaît les lois de sa destinée et de sa croissance personnelle. L'être humain est son propre sauveur, et la réincarnation est le lieu et l'instrument de ce salut personnel. De fatalité onéreuse qu'elle était en Orient, la réincarnation est devenue pour les Occidentaux bonne nouvelle du salut.

 

Cinquième caractéristique :

La réincarnation est conçue comme la seule explication valable du problème du mal et des inégalités entre les humains, la seule explication capable de sauver la justice de Dieu, qui autrement paraît arbitraire, injuste et tyrannique.

 

La réincarnation n'est jamais une doctrine isolée. Elle fait toujours partie d'un système doctrinal philosophico-religieux qui lui donne son sens, où elle puise sa sève et dont elle est, pour ainsi dire, indétachable.

Voici les grandes articulations du système doctrinal qui sous-tend le plus souvent la conception de la réincarnation qui circule actuellement dans notre milieu.

La réincarnation, telle qu'elle est présentée en Occident, fait généralement partie d'un système doctrinal où Dieu est conçu comme un principe impersonnel, comme une énergie universelle, spirituelle et consciente. Dieu, ou mieux, LE DIVIN, se laisse connaître et approcher par les lois qui régissent l'univers.

 

L'UNIVERS est une émanation de Dieu qui se condense dans une matière de plus en plus compacte. Dieu est l'âme du monde, le tissu ultime de l'univers. Le divin n'est pas distinct du monde : la multiplicité des êtres n'existe pas véritablement. Tout est un : tout est divin, vivant, spirituel et conscient. L'univers forme un tout hiérarchisé où est inscrit un double mouvement : l'involution qui est une descente de l'esprit dans la matière et l'évolution qui est une ascension de l'esprit vers la source.

 

LA PERSONNE HUMAINE est un microcosme (univers en petit) où se sont condensées toutes les lois qui se trouvent dans le macrocosme (grand univers). En se connaissant, chacun connaît tout l'univers et Dieu. Il lui suffit de se mettre en harmonie avec les lois du cosmos pour que l'énergie divine accomplisse en lui son oeuvre de libération et de maîtrise absolue. Dans cette vision du monde, l'être humain, qui est fragment divin, a en lui des potentialités, des possibilités inouïes qu'il ignore. Il a le pouvoir non seulement de se connaître mais aussi celui de se libérer par ses propres moyens. L'individu est l'artisan de sa propre destinée. Mais comme il est profondément rivé à la matière, il ne peut pas réaliser sa libération en une seule vie.

 

La personne est plongée dans le TEMPS. Le monde est éternel et le temps n'a ni commencement ni fin : le temps forme un cercle et comprend un ensemble de rythmes cosmiques qui reviennent sans cesse. Ces cycles cosmiques déterminent l'histoire des individus et des collectivités. Le temps n'a donc pas de sens véritable : il n'y a pas de vrai devenir. Il va de commencement en commencement. C'est l'éternel retour sur lequel est greffée la roue des réincarnations.

  

En résumé, nous trouvons dans la théorie de la réincarnation :

* Une vision émanantiste de Dieu : tout l'univers est une émanation de Dieu et non pas sa création.

* Une conception moniste du monde : tout est un.

* Une vision gnostique de l'être humain : la personne est un fragment divin.

* Une conception pélagienne du salut : chacun se sauve par ses propres forces.

* Une vision cyclique du temps : tout recommence sans cesse.

  

De nombreux groupes et mouvements religieux professent la Réincarnation :

l'Anthroposophie,

l'Antoinisme,

la Fraternité blanche universelle,

la Mission de la lumière divine,

l'Association Internationale pour la conscience de Krishna,

le Mahikari,

l'Ordre Martiniste,

l'Eglise de Scientologie,

la Théosophie,

les Rose-Croix A.M.O.R.C. et l'Association Rosicrucienne de Max Heindel,

la Franc-Maçonnerie,

le mouvement du Graal,

la Méditation transcendantale,

la Nouvelle Acropole.

 

  

V - INCOMPATIBILITÉ DE LA RÉINCARNATION

AVEC LA FOI CHRÉTIENNE

La croyance à la réincarnation n'existe pas dans la doctrine authentique des grandes religions monothéistes : judaïsme, islam et christianisme. Pour chacune d'elles en effet, l'homme est à l'image de Dieu et sa destinée est personnelle.

 

1) LES PARTISANS DE LA RÉINCARNATION CITENT DES TEXTES DE LA BIBLE POUR APPUYER LEUR CONVICTION :

 

. Matthieu XVII, 11-12 : "Elie doit venir et tout remettre en ordre ; or, Je vous le dis, Elie est déjà venu, et ils ne l'ont pas reconnu".

Certains parlent de réincarnation d'Elie en Jean le Baptiste. Or, Jésus fait allusion ici à la prophétie de Malachie (3, 23) selon laquelle le retour d'Elie devant précéder et préparer l'ère messianique. Il proclame ainsi que le même Esprit de Dieu, dont le dynamisme et la force remplissaient Elie, est également à l'oeuvre et de la même manière en Jean le Baptiste. D'ailleurs, en Jean I, 21, Jean-Baptiste, à qui on demande s'il est Elie, répond : "Je ne le suis pas".

 

 . Marc VI, 14-16 et VIII, 27-30 : "Le roi Hérode entendit parler de Jésus, car son nom était devenu célèbre. On disait : "Jean le Baptiste est ressuscité des morts ; voilà pourquoi le pouvoir de faire des miracles agit en lui". D'autres disaient : "C'est Elie". D'autres disaient : "C'est un prophète semblable à l'un de nos prophètes". En entendant ces propos, Hérode disait : "Ce Jean que j'ai fait décapiter, c'est lui qui est ressuscité". "Jésus s'en alla avec ses disciples vers les villages voisins de Césarée de Philippe. En chemin, il interrogeait ses disciples : "Qui suis-Je, au dire des hommes ?" Ils lui dirent : "Jean le Baptiste ; pour d'autres, Elie ; pour d'autres, l'un des prophètes." Et Lui, leur demandait : "Et vous, qui dites-vous que Je suis ?" Prenant la parole, Pierre lui répond : "Tu es le Christ". Et Il leur commanda sévèrement de ne parler de Lui à personne."

Ces passages signifient simplement que la puissance prophétique de Jésus est en continuité avec l'esprit prophétique qui s'était manifesté chez les prophètes d'autrefois. Il n'y a pas de rupture entre Jésus et ceux-ci : c'est le même Esprit de Dieu qui est à l'oeuvre chez Lui comme chez eux. D'ailleurs, Jésus pourrait-il être la réincarnation de Jean-Baptiste, alors que ce dernier est mort après la naissance de Jésus ?

 

 . Jean IX, 1-2 : "En passant, Jésus vit un homme qui était aveugle de naissance. Les disciples lui demandèrent : "Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ?"

Selon une conception fort répandue en Israël et dans le monde ancien, il existe un lien étroit entre le péché et les infirmités physiques. Dans le cas des infirmes de naissance, certains rabbins attribuaient la faute aux parents, d'autres à l'enfant lui-même au cours de sa gestation, et non à la réincarnation.

  

. Jean III, 3 : "En vérité, en vérité, Je te le dis, à moins de naître d'en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu".

Il n'est pas question ici de réincarnation. Car cette nouvelle naissance à laquelle Jésus fait allusion, c'est la conversion, l'entrée dans le monde nouveau qu'Il annonce.

 

  

2) LES PARTISANS DE LA RÉINCARNATION ALLÈGUENT UN ENSEIGNEMENT SECRET DE JÉSUS :

Les tenants de la réincarnation (participant à l'ésotérisme, c'est-à-dire à la connaissance des choses cachées), affirment que le véritable enseignement de Jésus était de nature secrète. Cet enseignement, occulté par l'Église, se serait transmis secrètement et on en trouverait des bribes éparses dans les évangiles apocryphes notamment, écrits au cours des IIème et IIIème siècles, ces documents venant pour la plupart de milieux gnostiques. Or, ces textes apocryphes n'ont aucune crédibilité historique. Seul, le Nouveau Testament, tel que nous le recevons, nous livre le message authentique de Jésus, dont la Bonne Nouvelle est adressée d'ailleurs à tous les hommes.

 

 

3) PRISE DE POSITION DE L'ÉGLISE :

Jamais, au cours de son histoire, l'Église n'a enseigné la réincarnation. Pourtant, elle l'a rencontrée sur sa route à plusieurs reprises, mais toujours, elle lui a opposé une fin de non-recevoir, en particulier avec St Irénée de Lyon. "Comme les hommes ne meurent qu'une fois..." (Hébreux IX, 27) !

Quand, au Synode de Constantinople en 543, l'Église prend position contre la préexistence de l'âme (thèse soutenue par Origène), elle rejette indirectement l'idée de la réincarnation.

Elle réprouve clairement la réincarnation au Concile de Lyon en 1254 : "à la mort, les âmes... sont immédiatement reçues au ciel".

St Thomas d'Aquin affirme que l'âme n'est pas dans un corps qui pourrait exister en dehors d'elle. Mais le corps et l'âme sont un ; il ne s'agit pas d'une union, mais d'une unité.

 

 

4) "JE CROIS A LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR, A LA VIE ÉTERNELLE"

Dans les pages qui précèdent, nous percevons sous les diverses conceptions présentées, un certain nombre d'intuitions ou d'aspirations tout à fait pertinentes et dignes de considération, même s'il faut en décoder l'expression. Tout homme, quelqu'il soit, ne porte-t-il pas au fond de lui la marque de Dieu, son Auteur et sa Fin ?

La déclaration "Nostra aetate" du Concile Vatican II, en parlant des diverses religions non chrétiennes, déclare : "L'Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est "la voie, la vérité et la vie", dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s'est réconcilié toutes choses."

Ces intuitions et ces aspirations du coeur de l'homme ont en effet trouvé leur illumination en Jésus-Christ, le seul qui puisse dire : "Je suis la Vérité". Avec Lui, la révélation divine atteint sa plénitude ; le royaume est déjà là et il revient aux disciples de Jésus d'entrer de plus en plus dans cette terre, dans la vie de Dieu.

Considérons donc maintenant en quoi la théorie de la réincarnation est incompatible avec la foi chrétienne. Il y a en effet un choix à faire entre Résurrection et Réincarnation. Car ce qui est impliqué au fond, ce sont la question de Dieu, le sens que l'on donne à Sa présence au monde et à Son amour, et par conséquent la valeur que l'on accorde au sujet humain et à son corps.

  

A) DIEU

Dieu est Amour ...

Qui dit amour, dit Personne et non Idée ou grand Tout abstrait ou Énergie Cosmique.

Qui dit amour, dit Pluralité de Personnes, communion : - Communion en Dieu même : c'est le mystère de la Trinité, de l'amour éternel du Père et du Fils dans le souffle de l'Esprit ; - Communion entre Dieu et l'homme. Pour la Bible en effet, il existe entre Dieu et les hommes, ses créatures, une histoire d'amour.

Or, le Nirvana, aspiration de certains, est, lui, impersonnel : c'est la fusion dans le grand Tout cosmique, de celui qui a accompli le cycle de ses renaissances, un peu comme une poupée de sel qui se dissout dans l'Océan. Pour les chrétiens, le Ciel, c'est le royaume de l'amour et de la COMMUNION des personnes, chacune conservant son identité (Dieu étant Dieu, l'homme étant l'homme). Pour évoquer cette intimité, cette union totale et définitive avec Dieu, Jésus utilise les images du repas de noces, de la maison où il fait bon être ensemble. Ce monde nouveau, qui sera définitivement instauré à la fin des temps, est inauguré dès cette vie : "Si quelqu'un m'aime, mon Père l'aimera et nous viendrons en lui et nous établirons chez lui notre demeure."

 

B) L'HOMME

Chaque homme est unique et irremplaçable. Chacun est une entité dont le nom est gravé "dans la paume de la main de Dieu". C'est un amour personnel que Dieu porte à chaque être humain. Lors d'une permanence d'accueil, une jeune femme, que nous appellerons Danielle, me déclare : "Aujourd'hui, moi qui viens vous parler, je suis Danielle ; peut-être reviendrai-je dans trois ou quatre ans : Je serai alors Bertrand" (sic). Eh bien, non ! chaque individu représente une personne originale, non reproductible et possédant une identité bien déterminée. Chaque personne qui naît sur terre est une personne nouvelle, qui a une vocation distincte, au service du bien commun.

Quant à la renaissance de l'homme dans une condition animale, c'est la négation même de l'originalité de l'être humain, gérant de la création : "Remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre " (Genèse I, 28).

 

C) LE CORPS

Pour la Bible, le corps est une réalité structurante de l'être humain. Il n'est pas un élément négatif devant être progressivement réduit ou dépassé. Pour nous rencontrer, Dieu a pris chair. Jésus, vivant parmi nous, avait un corps comme le nôtre, et ce corps a participé étroitement à sa mission de salut.

L'homme n'a et ne peut avoir qu'un seul corps : son corps fait partie de lui et n'est pas un support provisoire. L'être humain est son corps, comme il est son âme. Corps et âme se sont pour ainsi dire façonnés l'un par l'autre et l'on ne voit absolument pas comment une âme pourrait "prendre livraison" d'un corps qui lui serait étranger.

Le corps a une place après la mort. Il n'est pas éliminé dans l'au-delà, comme s'il était indigne de la proximité de Dieu. Jésus ressuscité est monté à la droite du Père avec notre chair glorifiée. Notre corps est bien voué à la résurrection et sera, un jour, transformé pour devenir adapté au monde de la fin des temps, à l'appel de Dieu. Au terme de notre existence terrestre, nous ressusciterons, pour la vie éternelle en Dieu, à l'exemple de Jésus de Nazareth, "ressuscité d'entre les morts" : "Je suis la Résurrection et la vie ! Celui qui croit en moi, fut-il mort, vivra !" Et notre vie dans l'au-delà, à l'exemple de la sienne, se situera dans le prolongement de notre existence ici-bas, mais d'une manière entièrement nouvelle et renouvelée, comme le grain de blé donne l'épi.

 

D) DIEU EST MISÉRICORDE 

Cette histoire d'amour qui lie Dieu et l'homme, le péché de celui-ci ne l'a pas arrêtée. La résurrection est précisément le maintien résolu d'une relation d'amour entre Dieu et ses créatures filiales. "Tu ne m'as pas abandonné à la mort". Dieu a fait les premiers pas vers l'homme. Il est un Dieu de miséricorde, faisant irruption dans l'histoire humaine. Dieu n'est pas un justicier.

Ce maintien de la relation est un don, une grâce. La résurrection est la manifestation du pardon de Dieu accordé aux hommes. En effet, il est impossible à l'homme, si saint soit-il, de se sauver lui-même. L'être humain a été créé par Dieu et non par lui-même. Sa rupture avec Dieu a pour ainsi dire "décréé" (selon l'expression du Père François-Xavier Durrwell) l'oeuvre du créateur. Seul, ce dernier peut refaire ce que l'homme a défait.

C'est pourquoi les hommes ne sont pas sauvés par la Loi, la règle, la force du poignet ou la dure loi du Karma qui, sans pitié, nous condamne à la fatalité. Nous sommes sauvés par la grâce. L'amour seul peut sauver. Ainsi avons-nous besoin, foncièrement, d'être pardonnés. Le pardon de Dieu est un acte créateur, qui dénoue l'impasse du péché : "Je vis dans la foi au Fils de Dieu (Jésus = Dieu-sauve) qui m'a aimé et s'est livré pour moi (a plongé au fond de mon abîme, et, me saisissant par la main, m'en a extrait pour me ramener vers le Père, pour l'éternité).

Pour les chrétiens, l'homme ne peut donc pas se sauver par des réincarnations successives, mais seulement par la libération, corps et âme, que Jésus nous a acquise. Et ce salut est un salut personnel, parce que chaque existence humaine est une histoire d'amour entre Dieu et celle ou celui qui est inscrit nommément au livre de vie. "Si vos péchés sont comme l'écarlate, ils deviendront comme la neige".

Pour illustrer ces propos, citons quelques exemples d'hommes et de femmes pardonnés par le Seigneur et qui, pourtant, n'auraient pas été considérés comme ayant achevé le parcours réincarnationniste :

Luc XXIII, 43 : le bon larron : "Aujourd'hui même ..."

Matthieu XXI, 31 : les publicains et les prostituées qui nous devancent au Royaume de Dieu ;

Matthieu XX, 9 : les ouvriers de la onzième heure ;

Luc XI, 32 : l'enfant prodigue ...

 

E) LA LIBERTÉ DE L'HOMME

Pour la pensée réincarnationniste, l'être humain étant foncièrement bon, le processus de croissance dans la réincarnation ne peut rater la cible. C'est oublier ce cri de St Paul : "Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas". C'est oublier aussi que l'homme est un être libre, c'est-à-dire capable de choisir. Il peut donc refuser. Nous touchons là la notion de l'enfer.

  

F) LA PURIFICATION

Le pardon de Dieu n'exclut pas la nécessité d'une purification, c'est-à-dire la réponse d'amour de l'homme remis debout par son Dieu. L'amour entraîne l'ajustement à l'être aimé. C'est l'histoire de Zachée qui, ayant rencontré la miséricorde de Dieu, met sa vie en accord avec celui-ci. Il n'est plus alors question d'une Perfection froide et abstraite. D'ailleurs, qu'est-ce que la perfection, si elle n'est pas perfection de l'amour ?

La purification est fondamentalement acquise dès le baptême et elle se poursuit avec la collaboration de l'homme durant toute sa vie de baptisé. Elle s'achève au-delà de la mort et une fois pour toutes. Durant leur vie, les hommes ont plus ou moins préparé leur regard intérieur à la rencontre de Dieu. A la mort, le défunt vit une étape purgative (le Purgatoire) plus ou moins intense, étape qui vise à habituer les yeux de son coeur à la lumière divine.

  

G) LE TEMPS ET L'HISTOIRE

Pour la conception réincarnationniste, le temps est conçu comme un mouvement circulaire, revenant perpétuellement sur lui-même : un mouvement sans commencement ni fin. Le temps serait un éternel retour. Or, le livre de la Genèse, premier livre de l'ancien testament, explique, sous forme imagée, que le temps a commencé un jour, avec la création. Le livre de l'Apocalypse, dernier livre du nouveau testament, affirme que ce temps et cette histoire humaine se termineront avec le retour du Christ, à la fin des temps. Entre les deux, se déroule l'histoire du salut, de l'alliance entre Dieu et les hommes. Le temps chrétien est donc un temps linéaire. Dieu a créé l'homme pour transformer le monde. Tout ce que nous faisons ici-bas pour rendre le monde plus humain et plus fraternel, prépare le "monde à venir" vers lequel nous marchons. Le temps est celui du travail et de l'action, de la confiance de Dieu en l'homme, confiance donnée et redonnée. L'espérance chrétienne ne dispense donc pas des tâches terrestres. Et ce temps nous rend solidaires et responsables les uns des autres.

Deux observations sont à faire :

1) Si nos dispositions morales ne s'expliquent que par la réincarnation, n'est-ce pas ignorer tout ce qui vient de notre héritage biologique, de la situation sociologique et de notre patrimoine culturel, où notre conscient et notre inconscient ont été façonnés ? N'est-ce pas nier l'Histoire, la nôtre et la grande ? Or, il existe une responsabilité historique de l'être humain: le salut, la libération, ne sont pas seulement don de Dieu ; mais aussi responsabilité humaine. Si ce salut est communion avec Dieu, il l'est aussi entre nous. Il est à la fois filiation divine et fraternité humaine. Le salut a, par conséquent, une dimension collective, il entraîne une solidarité entre les hommes : "Qu'as-tu fait de ton frère ?" Nos décisions historiques ont ainsi des répercussions sur notre avenir définitif dans l'éternité.

2) Si on explique la vie présente par une existence antérieure, il faut également comprendre cette existence antérieure après une vie précédente, et ainsi de suite. Jusqu'aux origines, où l'âme toute neuve n'avait pas de dette à payer, puisque c'était le commencement.

 

H) LE COSMOS 

L'homme et le cosmos sont liés dans le même destin. Ainsi, la création toute entière sera elle aussi, transformée, à la fin des temps. Il y aura des cieux nouveaux et une terre nouvelle, nous dit l'Apocalypse.

  

I) LA RÉSURRECTION EST DÉJA LA

La résurrection que le christianisme annonce, trouve en Jésus-Christ sa réalisation radicale. Le christianisme ne se contente pas de parler de la résurrection. Il la croit réalisée effectivement avant même la fin du monde, et ce, en Jésus-Christ. "C'est aujourd'hui le moment favorable ; c'est aujourd'hui le jour du salut". Et cette résurrection peut effectivement orienter la vie quotidienne. En Jésus s'anticipe et se manifeste déjà la résurrection générale des hommes, à la fin des temps.

 

J) LA RÉSURRECTION EST A VENIR 

La résurrection n'est pas une réanimation après la mort permettant de faire retour dans le monde présent. C'est un événement attendu pour la fin du monde. Mais il faut préciser que la fin du monde est déjà là, puisque nous sommes en ces "jours qui sont les derniers" (Hébreux I,2). Bien entendu, la clôture de ce monde est encore à venir. Les chrétiens l'attendent. Mais le monde présent n'est plus le même depuis Jésus-Christ. Il a touché à sa fin. "Tout est achevé". Quand elle viendra à proprement parler, la fin du monde ne sera que la mise en oeuvre ou la mise en scène de ce qui est déjà acquis. On peut être déjà ressuscité d'une certaine manière, avant même d'avoir connu la mort.

  

K) RESPONSABILITÉ PERSONNELLE

La résurrection suppose que les vivants sont autonomes et libres par rapport aux morts. Pour la réincarnation, les vivants sont en fait les prête-nom (ou prête-corps) des morts. Or, n'est-il pas injuste qu'une personne ait à expier la faute d'un autre ? Cette autonomie conçue par la foi chrétienne quant à elle, n'empêche pas une solidarité et même une communion entre les vivants et les morts : les vivants prient pour les défunts ; les saints prient Dieu pour les vivants, ceci sans tomber dans l'occultisme ou le spiritisme. Dans le mystère de la communion des saints, les défunts ne sont pas noyés ou dissous dans un nirvana ou un océan cosmique impersonnel. Une communion réelle est possible avec ceux qui nous ont précédés. C'est par Jésus ressuscité, premier-né d'entre les morts, que se fait le lien entre les deux mondes, et non par l'intermédiaire de quelque médium.

  

L) LA RÉSURRECTION EST UNE CROYANCE QUI DOIT SE GARDER DE TOUTE PRÉTENTION DANS L'ORDRE DU SAVOIR.

Elle n'a que faire des idées ou des images, des représentations et des vérifications, par lesquelles nous tenterions de nous rassurer et de nous désangoisser. Nous sommes invités à l'aventure de la Foi, dans la confiance en ce Dieu dont nous sommes sûrs.

En résumé, l'amalgame entre résurrection et réincarnation est une impasse. On ne peut pas à la fois tenir à l'amour de Dieu pour chaque être corporel et à la transmigration d'un être de corps en corps ou à sa recomposition à chaque nouvelle vie. On ne peut à la fois affirmer le pardon de Dieu et la purification négociée selon une loi de compensation du mal par le bien. On ne peut à la fois croire en un Dieu incarné, c'est-à-dire en un Dieu qui aime la réalité du corps, et en une doctrine qui conçoit le corps comme un obstacle ou un fardeau dont il faut, dès que possible, se défaire.

 

 

VI - CONCLUSION

Un défi pastoral nous est lancé !

A l'approche de l'an 2000, où 60 % de la population mondiale sera asiatique, il importe que les chrétiens occidentaux soient bien au fait de leur foi sur ce point, pour en rendre raison avec assurance, mais aussi avec pertinence.

Ce défi de la réincarnation implique pour l'Église le souci de la formation de ses fidèles. La catéchèse chrétienne concernant les "fins dernières" de l'homme, doit répondre à la question que celui-ci se pose sur l'au-delà et ne pas laisser en friche le désir de réfléchir au sort des morts. Les chrétiens contemporains doivent parler de plus en plus précisément de la mort et de la résurrection, de la valeur de chaque être et de l'amour de Dieu. Pour cela, chaque disciple du Christ est appelé à demeurer fidèle au dépôt de la foi :

"O Timothée, garde le dépôt. Évite les discours creux et impies, les objections d'une pseudo-science"

(I Timothée VI,20).

  

OUVRAGES DE RÉFÉRENCE /

 1/ RÉINCARNATION, RÉSURRECTION (communiquer avec l'au-delà) du Père Jean VERNETTE (éditions Salvator)

2/ LA RÉINCARNATION, OUI OU NON ? du groupe PASCAL THOMAS (éditions du Centurion)