SERVICE DIOCÉSAIN "PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

9 bis, boulevard Voltaire - 21000 DIJON

 

"PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

N° 4

Actualité du problème (éditorial 1)

Scientologie

Fraternité Blanche Universelle

ISSN 0990-0500

 

 

ÉDITORIAL n° 1

Le phénomène des sectes et nouveaux mouvements religieux est tout à fait d'actualité et constitue un vrai problème de société, à tel point que le thème apparaît désormais dans les programmes scolaires. Le courrier de l'ACI, dans son numéro de janvier-février 1989, nous rapporte la réaction des participants à l'issue d'une conférence sur le sujet : "Le phénomène nous est alors apparu beaucoup plus préoccupant que nous ne l'imaginions".

Nous sommes en train de vivre, en effet, un véritable bouleversement culturel. Il y a une dizaine d'années, les mass-médias nous informaient "sur" les sectes et nouveaux mouvements religieux ou pseudo-religieux. A l'heure actuelle, ce sont les sectes elles-mêmes qui s'expriment par le canal médiatique, offrant ainsi leur proposition parmi bien d'autres, aux adeptes en puissance, qui n'ont pas toujours, loin de là, les éléments nécessaires pour discerner ce qui conduit à la vie ou à l'aliénation. Ce changement culturel, nous en avons un petit exemple dans la présentation des rayons de livres dans un magasin comme la Fnac. Peu à peu, le domaine religieux s'est vu relégué dans un coin, pour laisser une place croissante à l'ésotérisme et à l'orientalisme.

 

Devant ce déferlement multiforme en vagues successives, dans lequel les sectes, pour reprendre l'expression de Roger Ikor, "sont toutes semblables et quasiment interchangeables", toutes les instances tant civile que religieuses, ont réagi :

1) Le 22 mai 1984, l'Assemblée Européenne de Strasbourg s'est prononcée sur la question, en demandant que les ministres compétents fassent une enquête sur "les nouvelles organisations religieuses".

2) Le 9 avril 1985, le député Alain Vivien a remis un rapport officiel sur la question au Premier Ministre, rapport publié à la Documentation Française sous le titre : "Les sectes en France : Expressions de la liberté morale ou facteurs de manipulations ?"

3) Lors de l'installation de la Commission consultative pour les Droits de l'Homme, le 7 janvier 1987, le Premier Ministre d'alors, Monsieur Jacques Chirac a évoqué en ces termes le danger de certaines sectes : "... Je pense encore à l'influence pernicieuse de certaines associations, plus connues sous le nom de "sectes" qui aliènent l'individu pour mieux le dominer. Il est de notre responsabilité d'informer les adolescents sur les dangers qu'ils courent et de sensibiliser à ce problème tous ceux qui sont en rapport avec la jeunesse : magistrats, enseignants, travailleurs sociaux. L'action menée dans ce domaine sera difficile et devra faire l'objet d'une coordination interministérielle".

4) Les services de police et de gendarmerie ont spécialisé certains de leurs membres dans ce domaine, entre autres, le Commandant Morin et le Commissaire Pierat. Les Tribunaux quant à eux sont de plus en plus saisis sur la question, soit par des ex-adeptes ayant porté plainte, soit par les sectes elles-mêmes pour diffamation.

5) L'Église catholique quant à elle, grâce à une documentation reçue des conférences épiscopales régionales ou nationales, a étudié ce phénomène au sein des Secrétariats pour l'Unité des chrétiens, pour les non-chrétiens, pour les non-croyants et enfin du Conseil Pontifical pour la culture. Ces dicastères, avec la Secrétairerie d'État, étaient depuis un certain temps préoccupés par le sujet. Un rapport est sorti de ces travaux, en mai 1986. Son titre: "Le phénomène des sectes ou nouveaux mouvements religieux. Défi pastoral".

C'est dire que l'unanimité se fait dans le souci suscité par l'apparition massive des sectes et ce, dans le monde entier.

 

Nous, chrétiens, qui nous voulons disciples du Christ, Dieu-fait-Homme pour rétablir l'humanité dans sa dignité et sa liberté, nous sommes particulièrement engagés dans ce combat et interpellés par un grand défi pastoral.

Mais ce combat a son éthique. Nous avons en effet, une double parole de l'Évangile à conserver en notre coeur :

- Au chapitre 9, verset 50, l'évangéliste Luc écrit :

"Jean prit la parole et dit : "Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne te suit pas avec nous". Mais Jésus lui dit : "Ne l'en empêchez pas ; car qui n'est pas contre vous est pour vous."

Saint Paul s'exclame de son côté : "Pourvu que Jésus-Christ soit annoncé !"

Ceci nous rappelle que l'Esprit Saint n'est pas assigné à résidence dans l'Église catholique, mais qu'il la déborde. Se préoccuper du phénomène des sectes n'équivaut pas à une chasse aux sorcières. Nous avons à garder le souci du droit à la différence, de la liberté de conscience soulignée par Vatican II.

- Mais un autre verset, le 23 au chapitre 11, nuance le débat : "Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui n'amasse pas avec moi dissipe". Nous voilà invités à ne pas tomber dans la naïveté : "Tout le monde, il est beau ; tout le monde il est gentil" !

Roger Ikor, à la suite du suicide de son fils à cause de la secte "Zen macrobiotique" a fondé le Centre de Documentation, d'Éducation et d'Action contre les manipulations mentales, appelé couramment C.C.M.M. Dans la charte de l'association, il est écrit :

"Les croyances, si aberrantes ou bizarres qu'elles puissent paraître, ne nous concernent pas. En revanche, des actes malfaisants appellent une réplique d'autant plus vigoureuse que dans ce cas particulier, c'est à des entreprises totalitaires que nous avons affaire". Certes, on a le droit de se tromper, mais on n'a pas celui de tromper sciemment autrui. Roger Ikor et son centre, tout comme l'UNADFI (Union Nationale des Associations pour la Défense de la Famille et de l'Individu : premier organisme non-confessionnel dans la lutte), se situent donc dans un combat pour la défense des droits de l'homme. Dans un bulletin de liaison, Bulles, l'UNADFI s'attaque aux phénomènes aberrants que l'on peut constater dans un certain nombre de sectes : "stimulation des pulsions racistes ou dévoiement sexuel transmuté en volonté de puissance. De telles pratiques doivent pouvoir être clairement dénoncées. Lorsque des individus sont maintenus en état de torpeur physique et morale, la société se doit d'y voir clair. Si des meneurs entretiennent dans des groupes sectaires des régimes alimentaires carencés, ces faits doivent être dévoilés et, le cas échéant, réprimés. Que des associations proclamant des buts entièrement religieux ou philosophiques - leurs adeptes d'ailleurs subsistant avec le minimum vital - se livrent à des transferts de devises, l'État est en droit d'intervenir avec la plus grande rigueur (...). Si, par dessus tout cela, le terme d'église masque des activités qui exploitent la crédulité des personnes socialement les plus faibles, le rôle de l'État est de réduire ces manipulations intolérables".

 

Quant à nous, chrétiens, nous sommes entièrement solidaires de cette mission. Mais il nous revient encore au sein de nos Églises, de veiller à l'intégrité de la foi chrétienne. Un danger guette certains parmi nous, celui de la double appartenance : un pied dans l'Église, un pied dans les idéologies à la mode. Le service diocésain "Pastorale et Sectes" se situe donc sur ces deux fronts, sans oublier cependant que le plus important, le plus constructif, n'est pas la mise en garde contre, mais l'écoute du défi pastoral qui nous est lancé. Une société a les sectes qu'elle mérite. Les Églises chrétiennes ont à s'interroger sur leur manière de partager la Bonne Nouvelle du Salut dans cette société.

Ce défi doit stimuler notre propre renouveau !

 

 Soeur Chantal-Marie

à suivre ...

 

  

SCIENTOLOGIE

 

Cette fiche sur la Scientologie est tirée de l'opuscule "Les Sectes" rédigé par le Centre de Documentation, d'Éducation et d'Action contre les manipulations mentales (C.C.M.M.) - Centre Roger Ikor

 

Nom officiel : Église de Scientologie de Paris.

Origine américaine.

 

Historique

Fondateur : Lafayette Ronald Hubbard, né le 3 Mars 1911 à Tilden (Nebraska), Américain. Sa biographie officielle le montre faisant tout jeune le tour du monde et s'initiant à la spiritualité hindoue, puis faisant aux U.S.A. des études scientifiques conclues par un diplôme d'ingénieur physicien. En réalité, a quitté l'Université dès la première année (échec à ses examens).

Romancier professionnel de science-fiction.

Guerre 1939-1945, Hubbard prétend que, gravement blessé aux yeux et reconnu cliniquement mort, il se serait guéri par ses propres méthodes. Aucune vérification valable n'a été obtenue.

1950 : Publication de «La Dianétique, science moderne de la santé mentale» (livre de base de la Scientologie).

1952 : Fondation de la Scientologie comme philosophie appliquée à prétentions scientifiques.

1954 : En Californie, première «Église de Scientologie» : façade religieuse le mettant à l'abri des réactions indignées de milieux médicaux contre la «dianétique» et lui assurant l'exonération fiscale.

1959 : Siège mondial en Grande-Bretagne et création de l'Église de Scientologie de France.

1967 : Création de la flotte scientologique (six yachts, dont le yacht géant Apollo, où Hubbard établit son quartier général). Hubbard forme en mer l'encadrement de l'organisation supérieure de la Scientologie (Sea-Org).

1968 à 1976 : diverses vicissitudes, liquidation de la flotte et finalement installation aux U.S.A. («Base à terre» FLAG, à Clearwater en Floride, et autres bases secrètes).

N'apparaît plus en public à compter de 1977. «Mort ou mentalement incapable ?» : son fils aîné pose la question devant les tribunaux (procès intenté aux dirigeants).

1982 : graves dissensions au sein de la Sea-Org : des jeunes s'emparent du pouvoir par la force. David Miscavige crée autoritairement, à Los Angeles, le «Religious Technology Center» (R.T.C.). Des centaines de scientologues font dissidence et s'affilient à un mouvement libre dont le chef de file, David Mayo, ex-bras droit et héritier spirituel de Hubbard, crée l'«Advanced Ability Center« de Santa-Barbara (Californie). En 1983 : mouvement implanté un peu partout dans le monde sous le nom de «Theta International».

1983 : condamnations judiciaires à Washington, de hauts dirigeants de l'église convaincus d'espionnage administratif et de vols de documents. Marie Sue Hubbard, épouse du Fondateur, est condamnée à cinq ans de prison.

Mort de Hubbard en 1986.

Déclin de l'Église marqué par une chute impressionnante des effectifs et par des procès retentissants intentés contre elle.

 

Doctrine

Trois étages :

a) Dianétique ou «Science moderne de la santé mentale» qui prétend guérir toutes les maladies en libérant l'esprit de ses «aberrations», sorte de psychothérapie.

b) La Scientologie proprement dite, ou «Science de la Connaissance» qui promet la liberté, la puissance et l'immortalité ; offre à l'être humain tout entier d'«être cause sur la matière, l'énergie, l'espace et le temps».

c) La philosophie scientologique réservée aux niveaux supérieurs.

A la base, une calamiteuse histoire de science-fiction : il y a 75 millions d'années, un chef de Confédération Galactique a déporté, sur la Terre, une partie de son peuple transformé en «thétans» (sorte d'esprits invisibles) programmés électroniquement avec des «données fausses» ; partout présents, ils sont causes de tous nos malheurs ; Hubbard a trouvé la méthode pour s'en libérer. But final : le scientologue libéré pourra «repartir à la conquête du Cosmos» dont il est issu (devise de la Sea-Org : Nous revenons).

But final, naturellement : la paix, la santé, le bonheur, la puissance illimitée.

 

Pratiques

La pénétration des esprits se fait de manière très progressive :

a) Le seul fait de répondre au Questionnaire distribué dans la rue vous enregistre comme sympathisant. Vous avez, en outre, révélé par vos réponses vos fragilités psychologiques. De ce jour, on ne cesse de vous relancer.

b) L'adepte («préclair») suit des séances d'«Audition». Son «auditeur» lui pose des questions et compare ses réponses aux siennes propres. L'élève est branché sur un appareil, l'électromètre, censé contrôler infailliblement sa véracité (en fait un simple pont de Wheatshone mesurant la résistivité de la peau, mais présenté comme mystérieux). L'audition est en somme «une psychanalyse qui serait vérifiée mot à mot par un détecteur de mensonge» (LHR).

c) Préparant l'audition, une «purification» : quotidiennement séances de sauna, course à pied, absorption massive de vitamines (dont la P.P. baptisée Niacine)...

d) Parallèlement, des cours d'«entraînement» apprennent notamment au préclair à «manier les gens et son environnement».

Tout cet ensemble constitue le «Pont», jalonné de «processus» de plus en plus décisifs, que le préclair doit parcourir pour devenir «clair». Au total, 400 à 600 heures de séances. Est «clair» celui qui s'est purgé de son «mental réactif», entendez de sa forme antérieure de pensée. Les niveaux supérieurs (OT) sont secrets, assurés dans quatre centres seulement au monde : Danemark, Angleterre et U.S.A. A partir de là, l'individu est «cause sur la vie» et doté de pouvoirs illimités.

Mode de vie régi par le Code et l'Éthique de la Scientologie : interdiction de drogues, d'alcool; vie sexuelle monogame en mariage célébré par un «ministre du culte» scientologue ; interdiction de voir le médecin sans autorisation (maladie considérée comme résultat d'un acte mauvais) ; surveillance constante des faits et gestes par l'«audition» ; investigations dans la vie intime par des «confessionnaux» et des «vérifications de sécurité».

Toute une gamme de châtiments - appelés «conditions», minutieusement répertoriés, imposés par les officiers de l'Éthique aux scientologues qui ont commis des fautes ou n'ont pas le «rendement» voulu à leurs postes : travaux longs et pénibles, sommeil réduit, mise en quarantaine, port d'un signe d'indignité, etc. L'adepte peut être déclaré «suppressif» ou «non existant». Sanction ultime : l'excommunication.

 

Organisation

Autorité dominante : le «Religious Technology Center» (R.T.C.). Structure internationale hiérarchisée et compartimentée : FLAG à Clearwater et organisations Saint Hill et avancées (U.S.A., Danemark, Angleterre) qui délivrent les grades supérieurs d'audition et d'entraînement ; églises, missions et académies du monde entier, pour les grades inférieurs.

Chaque Église locale dépend d'une Église continentale, qui dépend de la maison-mère américaine. Ainsi Paris dépend de Copenhague et Copenhague de Clearwater en Floride. Tout en haut, Hubbard (actuellement le groupe RTC au pouvoir) d'où cascadent tous les ordres (ex. : décapitation de toute l'organisation européenne à la suite de la révolution américaine).

En France ; «Église de Scientologie de Paris» (association loi 1901, dénomination prise en 1983) ; églises, missions et centres installés à Angers, Annecy, Brunoy, Challans, Chambéry, La Varenne Saint-Hilaire, Clermont-Ferrand, Le Havre, Lyon, Montpellier, Nice, Saint-Étienne, Toulouse, Vence ...

 

Multitude d'organismes nationaux, à façades variées, reliés plus ou moins ouvertement à l'Église.

Organismes liés à la Scientologie (déclarés à Paris) :

Celebrity Center (Centre Culturel de l'Église) - Vie Nouvelle (centre de purification) - Association de Défense des Scientologues Français - Commission des Citoyens pour les Droits de l'Homme - Comité Français des Scientologues contre la Discrimination - Commission pour la Réduction des Injustices Sociales - Groupe pour l'Amélioration des Méthodes d'Enseignement -Narconon.

Autres organismes :

Narconon Aquitaine (Navarrenx).

Association des Amis de l'Actuation (Vincennes) - S.C. Professionnelle IM-PRO-Plaisir de la Musique (Paris) - Association de Coordinations Sociales (SOCO - organe de liaison et de contrôle des organisations - Paris) - École de l'Éveil (école privée d'enseignement général - Paris) - École de l'Acteur (Vincennes) - École du Rythme, École de la Guitare (Paris) - Création et Futur (école de Dessin : Paris - Dijon).

S.A.R.L. «Management Distribution (commerce, Angers) - 8C Informatique (Paris), Leaders et G.M.R. Developments (Paris), Diace-Conseil (Courbevoie), Ciborg (formation continue, marketing, Paris).

 

Structure interne d'une église locale : service administratif, service technique chargé de l'«audition», de l'«entraînement» et de l'«éthique» (Officiers d'éthique veillant à l'ordre intérieur), «Bureau du gardien» chargé d'imposer la Scientologie dans la société, au moyen de «groupes de réformes», d'assurer sa sécurité en combattant les opposants par tous les moyens (Mme Hubbard dirigeait un «Guardian Office»).

 

Deux catégories de permanents :

a) les «staffs» signant un engagement de 2 ans et demi ou 5 ans ;

b) les membres de la «Sea-Org» signant un contrat pour un milliard d'années. Ceux-ci sont prêts à agir sur-le-champ, quoi qu'il leur soit ordonné. Art. 11 : «Je m'engage à accepter et à assumer au mieux de mes aptitudes, les responsabilités qu'on m'a confiées, peu importe leur nature et peu importe où elles me conduiront dans l'accomplissement de ma tâche».

Ces permanents, outre le personnel administratif, comportent deux catégories :

a) ceux qui ont en charge «auditions», «traîning» et «éthique»,

b) les «gardiens» avec mission de propager la Scientologie dans la société. Une de leurs activités majeures est l'espionnage (infiltration systématique aux points stratégiques). Des raids du F.B.I. dans les locaux des églises américaines ont révélé l'ampleur et l'efficacité de ces agissements.

 

Propagande

Un scientologue a quatre activités principales : diffuser le savoir, vendre des livres, contrôler son entourage et libérer la planète.

Techniques soigneusement élaborées et utilisées intensivement. Outils de propagande variés : Ouvrages de L.R. Hubbard en vente dans les Centres ou par correspondance (publicité par tracts et annonces de presse) ; Campagnes annuelles de presse : dans le supplément du «Figaro Littéraire» du 6.04.1987, quatre pages sur «L Ron Hubbard. Profession : humaniste», sans indication de la mention «Publicité» (le journal présentera des excuses à ses lecteurs dans le numéro suivant).

Cible prioritaire, l'audio-visuel : l'invité d'une émission vante les bienfaits de la dianétique et de l'église (exemple : Julia Migenes Johnson, dans «A la folie, pas du tout», émission dominicale sur TF1, début 1987) ; utilisation de célébrités et leaders d'opinion - en majorité américains - formés spécialement dans des «Celebrity Centers», comme témoignages de réussite et agents de recrutement (J Migenes Johnson, John Travolta, Keren Black, Chick Coréa, Nicky Hopkins, Al Jarreau, Cyprien Katsaris, John Ryan, etc...) ; spot publicitaire vantant «La Dianétique» dans des salles de cinéma ; une voiture aux couleurs de la «Dianétique» (Spice Pontiac Ficro «Dianétique») a participé aux «24 heures du Mans» en 1987.

Également petites annonces. Ex. (Figaro 7.7.83 : rubrique offres d'emploi «Motivation personnelle plus importante que l'argent. Bas salaire, grand futur». Moyen particulièrement efficace : le Questionnaire de Personnalité, distribué gratuitement dans la rue. 200 questions, établissant un premier lien avec l'adepte potentiel sur qui la Scientologie a d'emblée barre psychologique. Dans ce genre de documents, le mot scientologie n'apparaît pas, ou seulement en caractères minuscules dans un bas de page. Autre exemple : invitation à un «séminaire de dianétique» dans une école ; le profane ignore que c'est la Scientologie.

Actions publiques au nom de la «liberté des cultes» - défilés, pétitions, demandes officielles pour renforcer la façade religieuse, mais façade religieuse rejetée par le Conseil d'État (décision du 14.10.1985).

«Centres de Réformes» agissant en matière d'éducation, de santé, justice, travail, droits de l'homme, etc... Ainsi le Groupe pour l'Amélioration des Méthodes d'Enseignement (GAME) transmet l'idéologie et la technique scientologique sous couvert d'éducation. Dans le même esprit, l'École de l'Éveil, où des cours de rattrapage ou de perfectionnement scolaire donnés par des professeurs particuliers appliquent les directives d'Hubbard.

Narconon répand la Scientologie sous couvert de lutte contre la drogue. En France, deux responsables du Centre Narconon de Grancey-sur-Ource (21) ont été condamnés à des peines de prison avec sursis pour «non assistance à personne en danger» (Tr. Corr. de Dijon - 9.10.1987) ; en Italie : fermeture sur décision du Tribunal de Milan (déc. 1986) d'une vingtaine d'établissements de l'Église de Scientologie et d'une dizaine de centres Narconon.

La Commission des citoyens pour les Droits de l'Homme propose d'aider les malades mentaux qui auraient été victimes de violation de leurs droits.

 

FILIALES EN FRANCE - A PARIS

- Association Dianétique - Association de l'Étude de la Nouvelle Foi. - Association de Philosophie Appliquée et de Dianétique. - Comité d'Action pour le respect des Droits de la Défense. - Commission des Citoyens pour les Droits de l'Homme. - Groupe pour l'Amélioration des Méthodes d'Enseignement (G.A.M.E.). - Narconon - Ligue pour une Justice Honnête.

- Association Théta Péda (crèche). - École de l'Éveil (Maternelle et Primaire) - Espoir d'un Futur. - Nouvelle École de l'Acteur. - Association de Gérontologie. - Cours Emmanuel de Brie - Missions de Scientologie. - Centres de Philosophie Appliquée. - Groupes de Conseil Dianétique.

 

PUBLICATIONS

Magazines : The Auditor et Advance (américains) A.R.C. (Affinités, Réalités, Communication).

Journal : Justice et Liberté, Organe d'une «Commission Nationale pour l'Application des Lois».

 

Puissance matérielle

Présence dans une trentaine de pays, 400 000 adeptes dans le monde, dont la moitié aux U.S.A.; quelques milliers en France.

Énormes profits provenant des «donations» réclamées pour les séances d'«audition» et les cours d'«entraînement». Exemples : 8 000 à 10 000 dollars pour une «intensive» de 12 h 30 (audition) ; coût minimal de la méthode complète : 300 000 F. ; coût de l'électromètre Mark VI (achat obligatoire pour l'auditeur) : 35 000 F.

Exemple classique d'extorsion de fonds : un adepte ayant épuisé sa fortune et désirant néanmoins poursuivre les «processus» travaille gratis pour la secte pendant des années ; quand, enfin il renonce, il se voit réclamer pour son entretien des sommes parfois considérables. S'ajoutent les ventes de livres par une armée de bénévoles acharnés.

On est devant une multinationale aux vastes opérations de profit. Montant global de sa fortune difficile à apprécier : rien qu'aux U.S.A., elle encaisserait plus de 150 millions de dollars par an.

 

Hubbard par lui-même

«Maintenant nous en savons plus sur la Psychiatrie que les psychiatres eux-mêmes. Nous pouvons faire un lavage de cerveau plus vite que les Russes (en 20 secondes, nous obtenons une amnésie totale, contre trois années pour rendre la loyauté de quelqu'un légèrement confuse». (L.R.H. Bulletins Techniques, volume 2, page 474).

«S'il se présente une menace à la longue, vous devez immédiatement évaluer et être l'origine d'une campagne de Propagande noire afin de détruire la réputation de la personne responsable, afin de la discréditer de telle manière qu'elle soit mise au ban de la société». (L.R.H. Lettre de règlement du 30.05.1974).

«Les gens qui attaquent la Scientologie sont des criminels... le moins qu'on puisse dire des groupes qui nous attaquent est qu'ils sont déments». (L.R.H. Lettre de règlement du 18.02.1966).

 

 

 

ALAIN VIVIEN

Les sectes en France

Expressions de la liberté morale ou facteurs de manipulations ?

rapport au Premier ministre

Collection des rapports officiels

LA DOCUMENTATION FRANÇAISE

 

5. Église de la nouvelle compréhension (scientologie)

Cette secte n'avoue pas de but explicitement religieux. Elle préfère proposer des techniques d'épanouissement mental. A quel prix ?

Des pressions morales sont exercées sur l'adepte (pressions qui expliquent en partie la difficulté de quitter le groupe), comme le démontre le contrat de travail, article IV, 2 :

«Dans le cas où M, Mme, Mlle... romprait son contrat, il/elle sera tenu de rembourser l'Église pour toute la formation reçue dans le cadre de ce contrat». (tarifs pouvant atteindre 52 000 F., en 1981, pour un seul cours). ainsi que l'article VI : «Le présent contrat est prévu pour une durée de cinq ans. Il ne pourra prendre fin qu'en cas de faute grave ou de force majeure» (1).

----------------------

(1) Ces contrats tombent désormais sous le coup des lois Auroux votées en 1982 (voir annexe n° 1). 62

 

 

ADVANCE! 67 DONATIONLIST

 

ADVANCED COURSES DONATIONS

FFR SFR BFR

Student Hat 1510.00 590.00 10450.00

12 1/2 HOURS REG. Auditing 6280.00 2470.00 49560.00

Review Auditing (per hour) 700.00 280.00 4880.00

Purification Rundown (at AO) 52020.00 1970.00 34850.00

Solo Course 5810.00 2280.00 40320.00

Grade 6 2880.00 1130.00 20020.00

Clearing Course 4150.00 1630.00 28800.00

OT 1 1040.00 410.00 7200.00

OT 2 3740.00 1470.00 25920.00

OT 3 9550.00 3750.00 66240.00

OT 4 2490.00 980.00 17280.00

OT 4 Rundown (5 hours) 2510.00 990.00 17420.00

OT 5 4150.00 1630.00 28800.00

OT 6 4150.00 1630.00 28800.00

OT 7 1040.00 410.00 7200.00

OT 7 Rundown (3 hours) 1510.00 590.00 10450.00

NOTs (12 1/2 hours) 10620.00 4170.00 73690.00

OT Drug Rundown (12 1/2 hours) 9130.00 3590.00 63360.00

NOTs Drug Rundown (12 1/2 hours) 10110.00 1970.00 70140.00

Philadelphia Doctorates Course 6230.00 2450.00 43200.00

OT Package 1 (OT 1 - OT 7) 24080.00 9460.00 167040.00

OT Package 2 (Solo and OT 1 - OT 3) 17120.00 6720.00 118730.00

Survival Rundown TR's ans Co Audit Course (at SH) 4560.00 1790.00 31680.00

Survival Rundown TR's ans Co Audit Course (at AO) 5020.00 1970.00 34850.00

Survival Rundown TR's Course (at SH) 680.00 270.00 4750.00

Survival Rundown TR's Course (at AO) 750.00 300.00 5230.00

Ministers Course 1830.00 720.00 12670.00

Dianetic Clear Special Intensive (12 1/2 hours) 5710.00 2240.00 39600.00

Class VIII Course 12450.00 4890.00 86400.00

Purification Rundown (at SH) 4560.00 1790.00 30000.00

 

The OT 4 and OT 7 Rundowns are not included in the OT Package.

If you donate for several intensives of Auditing at once, reductions are given per a sliding scale : (4 intensives 5% ; 6 intensives 10% ; 8 intensives 15% ; 10 intensives 20 % ; 12 intensives 25% reduction of full rate).

It is the practice of the Church of Scientology to require and accept fixed offerings from members (who also select to become preclears ans students) for its pastoral counselling and training services. A refund of contribution will only be paid subject to the policy of the Claims Verification Board.

 

Turn over 63

Les témoignages abondent

«Il y en a des tas qui font du prosélytisme pour pouvoir se payer les cours. Ceux qui ne peuvent pas payer le prix, on les prend comme personnel et on leur dit qu'ils auront droit aux auditions. Mais ceux qui peuvent payer passent avant.

Si la personne s'en va, elle est tenue de rembourser la totalité de la formation reçue : c'est ainsi que l'on tient la personne. On est heureux d'y aller, donc, même si l'on est averti que le contrat n'est pas en bonne et due forme, on signe. (...)

Après, ils "doivent de l'argent" à la scientologie. Lorsqu'il était à Copenhague, mon fils avait gagné une reconnaissance de dette de 8 000 F. Alors qu'il avait travaillé pour eux. Il se sentait coupable de n'avoir pas payé son dû. Il n'a été dédouané que lorsque je lui ai dit moi-même que j'y avais encore 5 000 F. non utilisés. (...) Au "bureau du Guardian" , ce sont des personnes spécialisées dans la défense de la scientologie. Ils n'ont aucun contact avec les autres scientologues. Ils doivent respecter le secret total, sous peine d'une amende de 100 millions de francs pour laquelle on doit signer un papier.»

En février 1978, le tribunal de grande instance de Paris condamne pour escroquerie L. Ron Hubbard et l'un de ses collaborateurs étrangers, condamnation confirmée en appel. Ces affaires ont retenu l'attention de juristes universitaires

«L'affaire de l'Eglise de scientologie est particulière, car son objectif avoué n'est pas fondamentalement religieux, même si elle estime pouvoir bénéficier de ce qualificatif; elle aide ses adeptes, moyennant finances, bien sûr, à devenir des êtres "heureux et en bonne forme" (...)

Le résultat devant être la réussite matérielle, ainsi que la guérison des maladies psychiques ou psychosomatiques. (...)

Car la jurisprudence a toujours sanctionné les espérances chimériques, les pouvoirs imaginaires dont on pouvait constater ultérieurement l'inexistence. (...)

Ce fut le cas de l'Eglise de scientologie qui promettait la réussite sociale et professionnelle, alors qu'aucune certitude ne pouvait être donnée et qu'aucun pouvoir véritable n'existait.»

 

64

Le prosélytisme de l'Église de scientologie n'hésite pas devant les tactiques d'infiltration :

1. En milieu scolaire

Extrait du procès-verbal du conseil d'établissement d'un collège d'enseignement secondaire.

«GAME (Groupe pour l'amélioration des méthodes d'enseignement) : à la suite d'une demande d'information de Mme L, représentant la Fédération de parents d'élèves CORNEC, concernant le GAME, qui se réclame de L Ron Hubbard, M. B. précise que le professeur qui applique ses méthodes s'était engagé à interrompre son expérience en cas de protestations de parents. M B a fait état, auprès du professeur, de la demande de quelques parents et le professeur a arrêté l'application de la méthode.»

2. Dans les médias

Narconon : un journaliste de TF1 a commenté favorablement, durant plusieurs minutes, un reportage complaisant sur un centre, «Narconon», de l'Église de scientologie sans informer le public de l'identité réelle de l'association.

Les techniques employées par l'Église de scientologie ne semblent pas toujours concourir à l'équilibre de certains adaptes qui «témoignent», à leur manière, après avoir quitté la secte :

«Messieurs,

(...) aujourd'hui, vous vous retrouvez sur les bras avec quelqu'un qui en connaît beaucoup trop long à votre goût sur vos agissements et qui vous a expérimentés en chair et en os pendant des années, et c'est justement le Christ, le pire ennemi de Ron après Dieu. Bravo. (...)

Vous qui venez sauver ce monde à l'aide de la scientologie, vous dont certains membres portent à si juste titre l'appellation de "Missionnaires", vous qui répandez la "Bonne Parole" sur chaque coin de cette terre, après que vos services secrets se soient assurés des possibilités d'implantation et des manières adéquates d'y procéder sous la forme d'Église ou d'institut ou tout autre visage approprié, vous qui faites signer à vos dirigeants des contrats de deux milliards d'années avec Lafayette Ron Hubbard, le commandeur de votre organisation maritime, vous avez des objectifs qui dépassent les miens de très loin.»

 

65 & 66

 

 

TÉMOIGNAGE

LA VIE QUOTIDIENNE DANS UNE SECTE

 

Ce témoignage émane du Bulletin de Liaison pour l'Étude des Sectes (BULLES) publié par l'UNADFI (Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l'Individu) 10, rue du Père Julien DHUIT, 75020 PARIS - 47.97.96.08.

La secte, c'est un monde fermé, secret, isolé, où ne pénètre ni le regard, ni la loi du monde extérieur. Quel mystère pour ceux qui n'y ont pas vécu ! Qu'est-ce qui peut donc s'y passer ? Qu'est-ce qu'on peut bien y faire à longueur de journée ? Il est vraiment impossible de donner une réponse générale : tout dépend de la secte ... et de la place hiérarchique qu'on y occupe ! Le témoignage qui suit, écrit par un ex-adepte sorti de l'Église de Scientologie, vous donne une idée de ce que peut être le paradis promis aux adeptes de certaines sectes... Ce témoignage paraît à peine croyable ! Cependant, il peut être recoupé par d'autres ex-membres qui ont vécu des expériences semblables.

  

A présent ex-membre de l'Église de scientologie, j'ai eu mes premiers contacts avec cette secte il y a environ 7 ans, à travers mes parents qui, intéressés par une conférence, achetèrent tout de suite des cours d'introduction et, après m'avoir laissé libre de faire de leur passion la mienne, m'offrirent le cours d'introduction en 1974.

C'est en juillet 1981 que je deviens membre du personnel de l'Organisation Maritime (Sea Org) après que j'ai été enthousiasmé par les buts de cette organisation à travers les conférences auxquelles j'avais assisté sur le sujet et le courrier des recruteurs, la création d'un monde sans guerre ni criminalité, ni démence à l'aide de la technologie de la Dianétique et Scientologie. Avec ceci, une paye était promise chaque semaine ainsi qu'un logement et une alimentation décente. Les frais vestimentaires étaient couverts pour les soins de l'organisation également, du moins c'était là tout ce qui était promis.

 

Une vie de bagnard.

Dès mon arrivée, un programme obligatoire d'introduction à la «Sea Org» dément toutes les promesses faites jusqu'alors : nous sommes un groupe de nouveaux venus qui travaillons à la remise en état des derniers bâtiments achetés par l'organisation qui ne veut pas faire les frais de maçons, peintres, plombiers, etc... Nous sommes soumis à un régime physique et moral très dur : tous nos déplacements et agissements sont surveillés, voire sanctionnés en fonction de lois internes arbitraires. Nous devons courir pour le moindre déplacement, marcher est strictement interdit sous peine de sanction. Notre travail, ce sont généralement des tâches les plus rebutantes (entretien des toilettes, poubelles), mais aussi des travaux d'ouvriers qualifiés, le tout à un rythme très élevé, et sous les constantes insultes des dirigeants. Un temps de sommeil de plus de 6 heures est interdit. La surveillance débute dès le lever jusqu'au coucher, quotidiennement. Il est interdit de boire ou manger pendant le temps de travail. Nous disposons d'un temps de repos de 2 h 30 chaque semaine pour nous occuper de notre hygiène.

Un camarade, m'ayant retrouvé incapable de bouger dans ma chambre, m'emmène à l'hôpital où je subis une opération. Je dois être interné pendant 4 jours à l'hôpital pour une infection au second degré. Néanmoins, pendant le programme, 5 heures d'endoctrinement quotidiennes nous prouvent que ce que nous subissons est correct !

Le restant des 2 ans que j'ai passés à travailler à la «Sea Org» différera de ce programme d'introduction en quelques points seulement. Le temps d'endoctrinement est réduit, le travail est rarement physique, quelques interdictions ont été modifiées. Cependant les heures de travail s'allongent, la nourriture est toujours aussi insuffisante, les payes toujours aussi rares et peu élevées. La surveillance et la suspicion sont toujours présentes, mais plus discrètes.

Notre production est particulièrement surveillée et doit toujours augmenter sous peine de punition. Tout rapport sexuel est interdit pour toute personne non mariée. Et la possibilité de cette faute considérée comme criminelle est traquée par les «confesseurs». Je suis d'ailleurs régulièrement forcé de dévoiler toutes mes pensées, même les plus intimes, à un «confesseur». S'il s'aperçoit de la moindre faute, ne serait-ce que dans la manière de penser, il m'envoie dans la plupart des cas chez une personne responsable pour me faire effectuer des punitions et m'endoctriner ensuite quant à la manière «idéale» de penser et d'agir au sein de l'organisation. Un vrai lavage de cerveau ! Les punitions, quant à elles, sont généralement des heures de production supplémentaires, à fournir pendant les temps de repas ou de sommeil. Alors, j'ai fourni en moyenne 16 heures de travail par jour pendant ces 2 ans, y compris pendant les jours fériés. On m'enverra également travailler le jour de Noël et le jour de l'An. Il m'est arrivé certains jours de n'avoir qu'une ou deux heures de sommeil, ou pas du tout, le reste étant consacré à la production. Il est également arrivé plusieurs fois que l'on vienne me réveiller en plein milieu de la nuit pour retourner travailler. Je dors dans une chambre de 2 m 50 sur 3 m 50 avec 4 autres personnes. Je dispose en moyenne d'une demi-journée de repos (5 heures exactement) par semaine, lorsque cette demi-journée est accordée.

 

Pire que le bagne : le «projet de réhabilitation».

Une épreuve encore pire durant ces 2 ans aura été mon assignement à un programme spécial : le RPF (Rehabilitation Project Force) qui durera 4 mois, de début septembre 82 à début février 83. Je suis assigné au RPF pour avoir commis le «crime» d'avoir eu un rapport avec une fille (ce rapport n'ayant rien à voir avec aucune sorte d'adultère).

Les conditions physiques sont plus dures que celles du programme d'introduction. Un «jumeau» m'est assigné qui doit surveiller en permanence et me dénoncer si besoin est. Ce jumeau va même jusqu'à chronométrer le temps que je passe aux toilettes. Plus aucun temps libre n'est autorisé, juste 30 minutes chaque soir, lorsqu'elles me sont accordées !

Nous sommes traités en véritables criminels. Les travaux effectués sont à peu près les mêmes que ceux du programme d'introduction. Les peines pour les moindres fautes sont lourdes : quelques secondes de retard à l'appel le matin valent à peu près 3 heures de travail supplémentaires, plus une «condition» à faire qui est une véritable humiliation.

Nous dormons entassés : à peu près 16 à 18 personnes dans une pièces de 5 m sur 4 m. Toute conversation avec des personnes extérieures au RPF est interdite. Notre courrier personnel est lu par plusieurs personnes avant de nous être donné ou d'être envoyé.

Mon jumeau est également mon «confesseur». Presque chaque jour, il me force à lui dévoiler tout ce que j'ai pu penser ou faire qu'il ne sache pas, et qui est considéré comme mauvais : par exemple ne pas vouloir poursuivre le RPF. Évidemment ces confessions sont suivies de sanctions lorsque le confesseur trouve une infraction à la scène idéale.

Les heures de sommeil sont encore plus souvent sacrifiées et les payes, presque toujours inexistantes, sont diminuées de moitié ou même supprimées. Quelquefois, pendant l'hiver, nous aurons cependant la chance d'avoir un peu d'eau chaude pour nous laver. Nous vivons dans les caves, les greniers et les endroits délaissés par les non-membres du RPF.

Le RPF est une véritable manipulation mentale que je vais subir pendant 4 mois jusqu'à ce que j'accepte tout ordre qui m'est donné, l'exécute rapidement, et ne commette plus de «faute».

Enfin, c'est le 4 juillet 1983 que je parviens à m'enfuir en secret grâce à de l'argent en partie emprunté à mes parents.

Une semaine plus tard, encore sous l'emprise morale de la Sea Org, je remonte à Copenhague où on m'annonce qu'on va me «router» (diriger) sur le RPF à nouveau. Pendant que la personne qui me surveille téléphone, je réussis à m'enfuir pour de bon.

 

 

BRAS-DE-FER ENGAGÉ PAR D'ANCIENS ADEPTES

ÉGLISE DE SCIENTOLOGIE :

LE COMBAT D'UNE FEMME

Claude Junqua obtient le remboursement de 400 000 F.

 

De notre correspondante

« Pour mes trois enfants, rendez-moi mon argent» : pendant une semaine, avec une pancarte sur sa voiture, Claude Junqua, une jeune femme de 29 ans, a tenu une grève de la faim devant le siège de l'Église de scientologie à Paris. Les responsables de l'association - devant la présence d'une caméra d'Antenne 2 - ont craqué : ils lui ont remboursé 400 000 F.

Aujourd'hui, avec le recul, elle analyse les mécanismes de l'engrenage qui l'ont amenée à entrer dans l'Église de scientologie et à y rester sept ans. «En 1981, j'étais étudiante aux Beaux-Arts à Toulouse. Passionnée de livres et de philosophie. Un jour, un copain m'a prêté la Dianétique de Ron Hubbard . Je n'avais jamais entendu parler de scientologie. Le livre m'a plu. Il développait une technique mentale permettant de guérir les maux, de résoudre les problèmes, de rendre l'homme meilleur, mais tout cela de manière très subtile, pas utopique. Je me suis fait avoir comme cela.»

Claude Junqua franchit rapidement le premier pas : elle s'offre, un peu par curiosité, un stage de deux jours au centre de dianétique d'Angers pour la modique somme de 200 F. C'est à ce moment-là, à ses yeux, que le double piège est bouclé : «Il y a d'abord ce piège financier : les livres, les stages que l'on effectue au début sont très bon marché. Ensuite, il y a le piège mental, spirituel. Au départ, on fait des progrès. Les «auditions» au cours desquelles vous vous retrouvez face à un scientologue vous permettent de retrouver des souvenirs, des émotions enfouies. C'est magique, c'est captivant. On se dit : «Ça marche, je me sens mieux.»

Pour Claude Junqua, c'est le début de l'engrenage : «Quand quelqu'un met un pied dans la scientologie, il est canalisé. D'un côté, il y a ceux qui ont une situation (médecins, avocats...) et qui vont payer pour s'améliorer. Ce sont eux qui financent. De l'autre côté, il y a ceux qui n'ont pas d'argent (c'était mon cas) et à qui on fait miroiter un contrat pour devenir membre du personnel, avec un travail plein de promesses sur un plan humanitaire, planétaire...»

En attendant, Claude Junqua est «rémunérée» 50 F par semaine. On l'envoie alors à Copenhague pour suivre une formation interne à l'Église de scientologie. Déjà, elle n'a plus autorité sur ses choix : «Je voulais être auditeur mais «ils» avaient décidé que je serais superviseur de cours. Ça m'a un peu refroidie, mais j'ai encaissé.» Au Danemark, pendant trois mois, Claude Junqua va vivre une expérience difficile qu'elle qualifie de véritable endoctrinement. «Nous travaillions douze à quinze heures par jour. En plus de cours qui s'inspiraient exclusivement des théories de Ron Hubbard, il fallait faire ses preuves, avec un travail de manutention par exemple. Coupés de nos familles car il était impossible de les joindre à cause de cet emploi du temps, nous n'avions même pas cinq minutes pour réfléchir.»

En 1983, la jeune femme décide de changer de statut, de devenir membre bienfaiteur du mouvement. Un «privilège» qui se paie cher : 250 000 F la carte de «patron», sans compter les stages à 25 000 F et les «auditions» à 10 000 F. Pour payer Claude Junqua et d'autres membres de la scientologie présentent à diverses banques parisiennes des dossiers de prêt «étudiants». «L'Église de scientologie nous fournissait les dossiers ainsi que des factures de cours d'art. Un jour, je me suis retrouvée entre deux policiers, inculpée de faux, d'escroquerie et de complicité de faux et escroquerie. C'est la gifle qui m'a réveillée.» Relaxée par le tribunal (toutefois le ministère public a fait appel), Claude Junqua s'acharne alors à obtenir le remboursement de toutes les sommes versées à l'Église de scientologie. Pas facile. «Je savais qu'engager un procès ne servirait à rien. Alors j'ai cherché ce qui pourrait leur faire peur. La faille des scientologues, ce qu'ils redoutent par-dessus tout, c'est la mauvaise réputation»

Claude Junqua a récupéré la quasi totalité de son argent, mais pas tout le reste : «Ils possèdent sur moi des données intimes dans des dossiers qui correspondent à une violation de personnalité. C'est très grave d'aller fouiller dans le mental des gens. J'ai passé un an sans faire de rêves.» C'est aussi pour tout cela, pour les autres, que Claude Junqua accepte de témoigner aujourd'hui.

Florence STURM

- LA CROIX l'Événement - VENDREDI 15 SEPTEMBRE 1989

 

Notes :

Mme L. et son mari ont tous deux fait partie de l'Église de scientologie, ainsi que leur fils : témoignage devant la mission, décembre 1982.

Il s'agirait d'un bureau secret sur lequel nous avons eu peu d'informations.

Extrait du mémoire «Sectes religieuses et infractions pénales», Patrick Boinot, mémoire déposé devant la faculté de droit de Poitiers.

Lésigny, Seine-et-Marne, séance du 9 juin 1978, page 5.

«Narconon» est une filiale de l'Église de la nouvelle compréhension, qui a pour but la réhabilitation des drogués.

Extraits d'une lettre adressée aux scientologues par un ancien scientologue aujourd'hui dissident. Paul Morin, du 26 octobre 1982.

Le fondateur de l'Église de scientologie, décédé en 1986.


F.B.U.

 

Nom officiel : Fraternité Blanche Universelle

Origine bulgare.

  

Historique

Fondateur : Omraam Mikhaël Aïvanhov, Bulgare, né a Serbzy (Macédoine), le 30.01.1900, décédé en décembre 1986. Appelé fréquemment «mage Ivanoff» ou «Ivanov» ; prénom Omraam pris en 1959 après un séjour en Inde.

1937 : Aïvanhov arrive en France ; se dit envoyé par un Maître spirituel bulgare, Peter Deunov, de son vrai nom Biençon Douno.

1938 : crée une communauté à Sèvres (lieu baptisé «Izgrev» : lever du Soleil) et fonde une «Ecole-divine» : La Fraternité Blanche Universelle, F.B.U.

1947 : déclaration de la Fraternité Blanche Universelle (association loi 1901). A compter de 1960, développement notable de la F.B.U. en France. 1978 : création à Vaduz (Liechsteintein) de la «Fondation Pobéda Ouspech Universelle» dans un but de diffusion mondiale du Mouvement.

 

Doctrine

La F.B.U. se présente comme une école initiatique proposant un ésotérisme syncrétiste : doctrine suivant laquelle des connaissances de vérités cachées, rassemblées et synthétisées, ne peuvent être révélées que par une «initiation» réservée à ses disciples. Aïvanhov prétend tenir un savoir secret et sacré d'un maître tibétain, comme l'avait fait Deunov ; savoir venant de livres «absolument inconnus du commun des mortels, et conservés dans les quatre bibliothèques de l'Univers». En réalité, compilation d'éléments divers empruntés aux religions orientales, au thésophisme et aux sciences occultes en quelque 26 tomes.

Influence prédominante de Deunov, fils de pope grec qui, en s'inspirant du mouvement des «bogomiles» (secte hérétique bulgare du XIIe siècle), avait propagé une doctrine qualifiée généralement d' «ésotérisme chrétien».

Il estimait qu'un petit groupe d'«âmes humaines avancées», dixième et dernier degré de l'«Auguste Fraternité Universelle», constituait une loge de Grands Initiés sur la terre ; l'A.F.U. serait un organisme universel d'êtres évolués et parfaits, qui dirigerait le cosmos tout entier sous la conduite de l'Auguste Esprit Divin. Une «Fraternité Noire» serait opposée à la précédente.

Aïvanhov va calquer sa F.B.U. sur ces conceptions. Au sens large, elle est la Grande Loge blanche céleste ; au sens étroit, une Association «chargée de mettre en pratique et de diffuser l'enseignement du Maître O.M. Aïvanhov». Il est un «Maître désigné par le ciel», un grand Initié au pouvoir «d'essence hiérarchique, c'est-à-dire spirituelle et sacrée». Ainsi, son autorité est d'ordre divin.

Pour ce qui est de charisme, accents mis sur le sens divinatoire (voyance) et le pouvoir magique (magie blanche). «Le disciple qui a contemplé une fois l'aura du Maître est foudroyé par cette splendeur». La puissance de son esprit touche les vivants et «même les âmes trépassées».

Essentiel de la doctrine : «Le Christ est un disciple cosmique ... c'est un esprit solaire» ; «La religion universelle est la religion solaire ... Derrière le soleil se trouve le Dieu de tous les hommes ...». En bref, christocentrisme (le Christ, principe universel) et héliocentrisme (le soleil, centre universel de toutes les religions).

Autre aspect : un nouvel ordre mondial est nécessaire à l'ère du verseau. Promoteur : Aïvanhov, «19e Grand Maître de l'humanité», aidé de ses disciples. Fer de lance : la F.B.U., dont l'idéologie doit se propager dans le monde entier.

Promesse d'une «nouvelle vie de santé, de paix, d'harmonie, de richesse, de création» en des «lieux de compréhension et d'amour entre les hommes». (cf. Pratiques). La F.B.U. «travaille pour apporter la paix, la justice et le bonheur à l'humanité, c'est-à-dire le Royaume de Dieu et l'Age d'Or». C'est la seule voie de vérité et de salut : «si vous voulez devenir invulnérable, ne sortez pas de cette forteresse puissante, indestructible, qu'est la Fraternité Blanche Universelle.

Dès l'instant où vous pénétrez dans cette enceinte lumineuse, vous êtes invulnérable, les forces hostiles s'écartent pour vous laisser passer : mais si vous vous éloignez, vous êtes perdu».

 

Pratiques

Trois catégories d'adeptes suivant leurs moyens : «auditeur», «correspondant» ou «membre avec carte». Concrètement, deux classes : les intellectuels fortunés, participants occasionnels ; les jeunes «paumés», en quête de refuge ou d'idéal, qui en viennent à donner d'abord tous leurs loisirs, ensuite tout leur temps dans le mouvement.

Mode de vie résultant des pratiques de «purification» et de «développement harmonieux» inculqués aux «fraternistes», à exercer chez soi ou en commun dans les Centres :

- Contemplation et yoga du soleil (surya-yoga), le matin, au lever de l'astre, pour s'abreuver de son énergie.

- Exercices gymniques (paneurythmie), c'est-à-dire «série de mouvements rythmés par des chants destinés à harmoniser les forces électro-magnétiques dans le corps humain».

- Tous excitants interdits.

- Repas végétariens et frugaux, considérés comme «actes sacrés de communion» et exercices yogiques : on mastique chaque bouchée longuement, on respire profondément de temps en temps, on se concentre sur la nourriture, dans un silence absolu.

- Conférences du Maître, lectures de la parole du Maître (ou écoutes d'enregistrements), méditations à partir de la pensée du Maître, prière du Maître. Exemple : «... que l'eau la plus douce et la plus limpide s'écoule dans mon estomac, ma rate, mon foie, mes intestins, sur mon sexe, que tous les déchets de mon corps physique retournent à la terre pour être transformés par ses laboratoires, en pierres précieuses, végétation luxuriante, minéraux les plus purs. TARO, TORA, ROTA, TAROTA, ROTARO (3 fois)».

 Pratique en commun dans les centres F.B.U., puis chez soi quand on n'est pas un «fraterniste» permanent. Rassemblements périodiques au Camp d'été de Bonfin (Var) pour se régénérer : programme ci-dessus, accompagné de travaux domestiques, agricoles ou autres, non rémunérés ; ni visites, ni sorties permises ; pas de relations sexuelles, en raison de la recherche de l'amour spiritualisé (objectif : la séparation «de facto» des couples) ; pas de soins sans avis formel du maître-guérisseur ; couplets lénifiants et démobilisants : «... très chers frères et soeurs, remerciez le ciel ... Il vous a retirés du bruit, de la poussière, de la fumée, et il vous a amenés ici pour vous épanouir, pour communier enfin avec la lumière. Pourquoi vouloir retourner de nouveau dans l'ancienne vie ?».

Milieu sécurisant, ambiance musicale relaxante, vie coopérative, pression de groupe, endoctrinement permanent. L'adepte en arrive à partager les idées obsessionnelles du Maître (le culte du soleil, le combat de la Lumière sur les ténèbres, la régénération de l'humanité par la F.B.U.) et à vivre hors du temps, attaché à sa «petite famille privée», car déclare Aïvanhov : «Ce qui vaut la peine, c'est d'avoir une famille pour l'éternité ... Plus vous voudrez garder votre famille pour vous-même, plus vous la perdrez : tous vous quitteront et ils ne viendront jamais plus se réincarner auprès de vous ... Tandis qu'en travaillant comme j'essaie de le faire, je vous aurai tous avec moi, même dans les autres incarnations. A cause de tout ce que je vous donne, vous viendrez me chercher même sur les autres planètes pour me remercier».

  

Organisation

Autorité suprême d'Aïvanhov, mais l'âge venant, délégation de pouvoirs plus larges à des Frères et Soeurs endoctrinés.

Centres à Sèvres (92), Fréjus (83 - «Domaine du Bonfin»), Queven (56-«Centre Fleur de Lys»), Espezel (11-«Trassoulas)... certains n'étant ouverts que pour des stages et travaux d'aménagement. Amenuisement de l'effectif des membres actifs au fil des années : pas plus de 200 en 1986.

  

Propagande

Assurée discrètement par les adeptes-prosélytes et par les instances dirigeantes de la F.B.U. : conférences, approches du monde du spectacle, des arts et de la recherche scientifique, expositions. A signaler une exposition itinérante «Le soleil et le Point de vue héliocentrique», préparée à Montpellier (1979) par une équipe interdisciplinaire (enseignants, médecins, graphistes) et présentée depuis 1979 dans des Centres de Documentation pédagogique, des Maisons de Jeunes et de la Culture et des lycées. Quand le piège est déjoué, l'exposition est interdite ou retirée.

Stand les jours de marché sur la Place François-Rude à DIJON.

 

Puissance matérielle

Ressources financières en provenance des adeptes et sympathisants, de la vente des publications et cassettes. Patrimoine géré par la «F.B.U.-immobilière»).

La F.B.U. se dit implantée en Europe occidentale, aux Amériques, en Afrique et Extrême-Orient.

Le Maître, si «désintéressé» et les organes directeurs de la F.B.U. ont de l'argent. Plusieurs tentatives de faire admettre à l'UNESCO la fondation Pobéda Ouspech Universelle.

Certains adeptes aisés payent de lourdes contributions, d'autres se dépouillent de tous les biens.

  

Aivanhov par lui-même

Ce qui vaut la peine, c'est d'avoir une famille pour l'éternité... Plus vous voudrez garder votre famille pour vous-même, plus vous la perdrez ; tous vous quitteront et ils ne viendront jamais plus se réincarner auprès de vous ... Tandis qu'en travaillant comme j'essaie de le faire, je vous aurai tous avec moi, même dans les autres incarnations. A cause de tout ce que je vous donne, vous viendrez me chercher même sur les autres planètes pour me remercier».

Cette fiche sur la Fraternité Blanche Universelle est tirée de l'opuscule "Les Sectes" rédigé par le Centre de Documentation, d'Éducation et d'Action contre les manipulations mentales (C.C.M.M.). "PASTORALE ET SECTES EN COTE D'OR"

 

Dépôt légal - Imprimé par nos soins