SERVICE DIOCÉSAIN "PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

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"PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

N° 6

Classification

FAUSSES APPARITIONS... 

ISSN 0990-0500

 

 

La Parole de Dieu nous avertit que le "MERVEILLEUX", dont ce n° 6 de "Pastorale et Sectes en Côte-d'Or" envisage de traiter, ne vient pas nécessairement de Dieu.

Dans l'Ancien Testament, au Livre de Josué (chapitre 5, versets 13-14), Josué nous enseigne la prudence à ce sujet. Ayant l'apparition d'un homme devant lui, il demande: "Es-tu des nôtres ou de nos ennemis ?"

Le Nouveau Testament lui aussi nous appelle au discernement. Ainsi, dans l'Évangile selon Saint Matthieu, au chapitre 24, verset 24, Jésus nous avertit : "Si quelqu'un vous dit : 'voici : le Christ est ici !' ou bien : 'Il est là !', n'en croyez rien. Il surgira en effet, des faux Christ et des faux prophètes, qui produiront DE GRANDS SIGNES ET DES PRODIGES, au point d'abuser, s'il était possible, même les élus." L'Évangile selon st Marc rapporte la même mise en garde au chapitre 13, verset 22.

Rien d'étonnant à cela, nous dit Saint Paul, dans sa deuxième épître aux Corinthiens (chapitre 11, verset 14) : "Satan lui-même se déguise bien en ange de lumière".

APPARITIONS, RÉVÉLATIONS, etc... ne doivent pas être trop vite déclarées authentiques. Il y a un discernement à opérer, dont les moyens sont multiples et exigeants. Saint Paul dénonce les ruses du démon ; il faut aussi parler des pièges de l'imagination, du psychisme, et autres.

Pour ce faire, L'ÉGLISE EST MANDATÉE ET ELLE A GRÂCE : L'ÉVÊQUE DANS SON DIOCÈSE A AUTORITÉ EN LA MATIÈRE.

Dans un premier temps, ce document nous présente quelques critères de discernement exposés globalement par des responsables de l'Église, dans la tradition spirituelle d'un Saint Jean de la Croix, Docteur de l'Église et Maître en vie mystique.

Dans un second temps, nous prendrons connaissance de la position officielle de l'Église sur des apparitions bien connues. Dans ces cas précis, l'Église a discerné.

Il ne faut pas confondre en effet expression populaire de la foi et superstition ou recherche du merveilleux. Mais le passage de l'une à l'autre est aisé et difficilement repérable. Nous verrons donc en conclusion, qu'une éducation est à faire, une ... évangélisation de la religion populaire.

Ce n'est pas parce qu'une personne déclare avoir une apparition de la Sainte Vierge, que c'est vrai...

Ne soyons donc pas crédules et ne confondons pas la foi avec la course au merveilleux !

 

dans LA MONTÉE DU CARMEL (ST JEAN DE LA CROIX) :

"Dieu nous a parlé par son Fils"

"Le motif principal pour lequel, sous la loi ancienne, il était licite d'interroger Dieu, et pour lequel il convenait aux prophètes et aux prêtres de désirer des visions et des révélations, c'est que la foi n'était pas encore fondée, ni la loi évangélique établie. Par cela même, il était nécessaire que Dieu manifestât ses volontés, soit en employant le langage humain, soit par visions et révélations, figures et symboles, soit par tout autre moyen d'expression. Car tout ce qu'il disait ou répondait, toutes ces manifestations et révélations, étaient des mystères de notre foi, ou des vérités qui s'y rapportaient et l'avaient pour but.

Mais maintenant que la foi est fondée dans le Christ et que la loi évangélique est établie en cette ère de grâce, il n'y a plus lieu de consulter Dieu de cette manière, pour qu'il parle et réponde comme alors. Car en nous donnant son Fils ainsi qu'il l'a fait, lui qui est sa Parole dernière et définitive, Dieu nous a tout dit ensemble et en une fois, et il n'a plus rien à dire. C'est la doctrine de saint Paul aux Hébreux, quand il les engage à renoncer aux pratiques primitives, aux rapports avec Dieu selon la loi de Moïse, les exhortant à fixer uniquement les yeux sur le seul Christ. Il leur dit : Dieu qui jadis, tant de fois et de tant de manières, avait parlé à nos pères par les prophètes, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils. L'Apôtre nous apprend ainsi que Dieu est devenu en quelque sorte muet. Il n'a plus rien à nous dire, puisque ce qu'il disait jadis en déclarations séparées, par les prophètes, il l'a dit maintenant de façon complète, en nous donnant le tout dans le Fils.

Concluez-en que désirer sous la nouvelle Loi visions ou révélations, ce n'est pas seulement faire une sottise, c'est offenser Dieu, puisque par là nos yeux ne sont pas uniquement fixés sur le Christ, sans chercher chose nouvelle.

Dieu en effet pourrait répondre : Je vous ai dit tout ce que j'avais à dire, par la Parole qui est mon Fils. ~ Fixez les yeux sur lui seul, car en lui j'ai tout établi, en lui j'ai tout dit, tout révélé, et vous trouverez là bien plus que tout ce que vous désirez et demandez.

Depuis le jour où je descendis sur lui, avec mon Esprit, au mont Thabor, en disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis ma complaisance : écoutez-le, j'ai cessé toutes mes anciennes pratiques d'enseignement, de réponses, et je lui ai confié cette mission. Si j'ai parlé avant cette heure, c'était pour vous promettre le Christ, et si on m'adressait des demandes, elles s'harmonisaient avec la recherche et l'espérance du Christ. Tout bien devait se concentrer en lui, comme le proclame maintenant la doctrine exposée par les Évangélistes et les Apôtres. C'est pourquoi, si quelqu'un reprend l'ancienne méthode, demandant que je lui parle, que je lui révèle quelque chose, c'est comme s'il demandait de nouveau le Christ, et plus de doctrine de foi que je n'en ai donné. Et c'est manquer de foi dans le Christ, puisque cette foi a été donnée en lui ; c'est même faire injure à mon Fils bien-aimé, puisque ce manque de foi en lui équivaut en quelque sorte à lui demander une seconde incarnation, afin qu'il recommence sa vie et sa mort. Non, il ne faut plus vous adresser à moi par désirs de visions et de révélations : retenez-le bien, tout se trouve déjà réalisé en lui et infiniment plus."

  

RÉVÉLATION ET RÉVÉLATIONS

Étude de Mgr Coffy

(1- Quinzaine religieuse du diocèse de Gap^, mai 1973, p. 74 et s. Les sous-titres sont de notre rédaction)

LA DOCUMENTATION CATHOLIQUE - n° 1633 du 3/6/1973 - p. 524-525

 

Toute période troublée exhume des prophéties attribuées à des saints, publie des messages transmis de l'au-delà par des voyants, interroge les astres. Le phénomène est bien connu : rappelons- nous le succès de certaines prophèties au début de la Seconde Guerre mondiale. Le phénomène est bien connu et ne doit pas nous étonner. Il obéit en effet à un double besoin de l'homme : besoin de trouver un responsable de ce qui trouble ses habitudes, besoin de sécurité.

 

Des chrétiens, dans une période troublée cherchent leur sécurité dans une parole venue directement du ciel

Besoin de trouver un responsable, un coupable. Rien n'est plus insupportable qu'un danger que l'on ne peut identifier. Devant un danger précis et localisé, l'homme sait se défendre, il sait au moins quel chemin prendre pour y échapper. Devant un danger diffus et qui ne dit pas son nom, l'homme connaît une angoisse intolérable. Il tente, par tous les moyens, de dire ce danger, de le localiser, de le nommer, afin de l'exorciser. Il lui faut connaître l'auteur de cette menace ; il lui faut un coupable, afin de se libérer de son angoisse. Il est alors prêt à accueillir, sans les critiquer, toutes les accusations qui sont colportées.

Besoin, également, de sécurité. L'homme n'aime pas marcher sur du sable mouvant. Il lui faut un sol ferme. Quand les cadres dans lesquels il est habitué à vivre paraissent s'écrouler, quand ce qu'il appelle ses certitudes - souvent trop vite absolutisées - est contesté, il connaît encore l'angoisse. Il cherche alors le signe qui le rassurera. Il attend la parole réconfortante qui lui dira quel chemin prendre pour retrouver la sécurité et se délivrer ainsi de son angoisse.

Dire que nous sommes dans une période troublée, que tout est contesté, que tout change, tout bouge, devient un truisme. Constater que la crise qui affecte l'humanité traverse l'Église devient une banalité. Aussi ne devons-nous pas nous étonner que dans une telle situation, qui est génératrice d'angoisse, des chrétiens cherchent une parole venue directement du ciel, une parole transmise par un voyant ou une voyante. Parole qui leur paraît incontestable : le voyant, en effet, prétend n'être que le témoin du message qu'il reçoit du ciel. Parole qui identifie le danger et dénonce les vrais coupables. Parole qui rassure les fidèles auditeurs : n'est-ce pas la réponse du ciel à leurs inquiétudes ?

Ce recours aux révélations privées joue un rôle analogue à celui joué par les prophéties en temps de guerre et même par la consultation des horoscopes. Je parle de rôle analogue ; je ne porte pas de jugement sur "une foi" qui peut être sincère. Je ne juge pas les intentions des chrétiens, je tente d'analyser une démarche.

 

L'Église reconnaît les "révélations privées" dans la mesure où leur contenu est conforme à celui de la Révélation

Que faut-il penser d'une telle démarche au point de vue de la foi ?

Il est impossible de se prononcer sur la nature des apparitions qui transmettent des messages. Entrer dans une discussion sur ce sujet, c'est soulever des questions absolument insolubles. C'est d'ailleurs d'un intérêt secondaire. Par contre, il est possible et il est nécessaire de se prononcer sur le contenu du message transmis par un voyant et attribué à un saint ou à la Sainte Vierge. Nous avons pour cela un critère, une référence : la Révélation, la Parole de Dieu contenue dans la Bible, vécue, célébrée, approfondie par l'Église au cours des âges (la Tradition).

L'Église a toujours reconnu ce qu'on appelle les révélations privées. Notons que le terme de "révélation" ne devrait pas être employé en ce contexte parce qu'il prête à confusion. Quand on parle du Mystère de Dieu, il n'y a qu'une seule Révélation. L'Église a donc reconnu et reconnaît "les révélations privées", mais dans la mesure où leur contenu est conforme à celui de la Révélation. De telles révélations dites privées n'ajoutent rien et ne peuvent rien ajouter à la Parole que Dieu nous fait entendre par les prophètes et par son Fils Jésus-Christ, Parole que les rédacteurs de l'Ancien et du Nouveau Testament nous ont laissée et que l'Église interprète fidèlement. Les révélations privées ne peuvent qu'attirer l'attention sur tel aspect du Mystère ou expliciter tel autre aspect. De cette présentation et de cette explication, l'Église demeure seule juge.

Ce n'est donc pas le nombre de personnes qui accourent auprès de ces voyants, ni même la ferveur que l'on peut constater en ces nouveaux lieux de pèlerinages qui sont des critères de vérité, mais la confrontation du contenu du message à la Révélation. Que, par exemple, un voyant ou une voyante affirme que la communion dans la main est un sacrilège doit nous rendre très prudents - pour ne pas dire réticents - sur l'origine d'une telle révélation. Cette affirmation, en effet, condamne plusieurs siècles de pratique de l'Église et condamne un récent document romain sur ce sujet. Il faut ou beaucoup d'audace, ou une grande naïveté pour s'ériger ainsi en juge d'une pratique de l'Église. Le message de Lourdes, que nous a transmis sainte Bernadette, a un autre contenu et une autre tenue.

L'affirmation par le voyant que ce qu'il transmet lui est dicté par une "apparition" ne peut être et ne sera jamais critère de vérité. S'appuyer sur un tel critère, c'est relativiser la Révélation de Dieu en Jésus-Christ. A la limite, ce serait rejoindre l'attitude des adaptes de certaines sectes qui acceptent la Bible, mais complétée par la révélation de leur fondateur. On sait, par ailleurs, combien il est difficile, en ce genre d'affaire, de démêler l'authentique de l'inauthentique, l'illusion de la réalité, quand encore il ne s'y glisse pas de la supercherie. La psychologie, et notamment la psychologie des profondeurs, nous oblige à une très grande prudence. Il est donc normal que, devant de telles manifestations, l'Église soit très réticente et attende longtemps avant de se prononcer. C'est grande sagesse de sa part. Elle se prononce d'ailleurs toujours sur le contenu du message en se référant à la Parole que lui dit son Seigneur, non sur le phénomène lui-même. Cela veut dire, en d'autres termes, que jamais une apparition ne deviendra article de foi et que le message transmis n'est accepté que s'il est conforme à la foi.

Il y a, en ce recours aux apparitions, une expression populaire de la foi dont il faut tenir compte. Par là, le phénomène que nous constatons aujourd'hui peut nous conduire à un examen de conscience de nos célébrations. Mais ne confondons pas expression populaire de la foi et superstition, "soutenir la piété jusqu'à la superstition, c'est la détruire", écrit Pascal. Il faut le reconnaître, le départ entre l'une et l'autre n'est pas toujours facile à faire. De la foi à la superstition, de la recherche de Dieu à la recherche du merveilleux, le passage est aisé et difficilement repérable. Nous avons donc un effort d'éducation à faire et, en particulier, nous avons à rappeler aux chrétiens qu'ils ne doivent pas laisser l'Évangile et l'enseignement traditionnel de l'Église pour toutes les manifestations "merveilleuses" qui les rassurent faussement. "Ce n'est pas foi, mais crédulité ou superstition, de prêter l'oreille à de vains contes d'apparitions, de charmes, de présages et autres choses semblables qui ont cours jusqu'en pays chrétiens. La raison en est que nous avons déjà reçu la Révélation. Les miracles auxquels nous croyons nous rendent suspects d'autres miracles étrangers à la structure du christianisme. Nous avons trouvé le Christ, nous ne le cherchons pas (NEWMAN).

 

Ceux que les réformes actuelles de l'Église ébranlent

On constate que les chrétiens qui prennent part aux pèlerinages vers ces nouveaux lieux d'apparitions et qui répandent ces nouveaux messages sont, pour une grande part, ceux que les réformes actuelles de l'Église ébranlent. Une telle constatation n'est pas faite pour nous étonner si l'analyse proposée en début de ces pages est exacte. Bouleversés par des changements dans l'Église, changements dont ils ne voient pas le bien-fondé, plus sensibles aux excès constatés ici ou là qu'au renouveau spirituel et apostolique que la réforme suscite, ils sont dans l'insécurité. Ils se voient menacés dans leurs habitudes, dans leur manière de penser, de vivre, de célébrer, d'annoncer la foi. Ils perdent pied. Désorientés, ils recherchent le signe qui leur confirmera qu'ils ont raison de ne pas entrer dans le mouvement de réforme et que les autres ont tort. Ils trouveront même dans le message venu du ciel la dénonciation des vrais coupables : tel ou tel responsable de l'Église, telle catégorie de chrétiens qui ont signé allégeance à un mouvement antichrétien pour saper l'Église de l'intérieur. La cause du danger est ainsi identifiée, elle est nommée : la situation est claire, on sait où on en est. Il ne reste plus qu'à lutter contre l'ennemi démasqué.

 

Le signe de Jonas

Un jour, quelques scribes et pharisiens prirent la parole et dirent à Jésus : "Maître, nous voudrions voir un signe de toi." Jésus leur répondit : "De signe, il ne sera donné à cette génération que le signe du prophète Jonas." (Mt 12, 38-43 ; Lc 11, 29-33. Lire en entier les deux textes.)

Le signe de Jonas est double : c'est d'abord le fait que Jonas est resté trois jours dans la baleine, ce qui est une annonce prophétique de la mort du Christ, "resté trois jours et trois nuits dans le sein de la terre" ; c'est ensuite la conversion des Ninivites à la parole du prophète que Dieu a accrédité.

Nous demandons un signe. Le Christ nous indique où le trouver : c'est le signe de la mort et de la résurrection du Christ, mystère que nous devons vivre. En d'autres termes, c'est notre propre conversion. Toute réforme dans l'Église n'est pas d'abord adaptation, mais conversion de tous les chrétiens. Mais la conversion est une mort pour une résurrection. Toute conversion passe nécessairement par le Calvaire.

Il est vrai que nous aimerons toujours mieux aller écouter une parole qui nous rassure, nous confirme dans ce que nous appelons notre bon droit et qui condamne l'autre, que de risquer la mort. Mourir pour le Seigneur et pour l'autre est le seul signe que nous ayons à chercher.

Robert COFFY

 

 

APPARITIONS, RÉVÉLATIONS, MESSAGES

LA DOCUMENTATION CATHOLIQUE - n° 1700 du 20/6/1976 - page 591

 

Sous ce titre, Mgr ETCHEGARAY écrit dans le bulletin de son diocèse (l'Église aujourd'hui à Marseille, 23 mai 1976) :

Il ne se passe pas de semaine que ne tombent sur mon bureau ces nouveaux aérolithes que sont des opuscules étalant avec complaisance d'interminables confidences de la Vierge ou du Christ lui-même, des récits de visions apocalyptiques. Certains ne savent plus où donner de la tête : les voilà qui courent partout où est annoncée une apparition d'autant plus recherchée que l'Église après examen en a récusé le bien-fondé. A San Damiano, le 25 mars dernier, on a compté plus de 400 cars..., dont plusieurs immatriculés 13. Ce matin, je reçois un tract faisant campagne pour forcer le Pape à révéler "le troisième secret de Fatima", qui "contient la solution de tous les problèmes".

Trop de gens se laissent "ballotter, mener à la dérive, à tous vents de doctrine" (Ep 4, 14). Le phénomène est bien connu, il obéit au double besoin de sécurité personnelle et de dénonciation de ceux que l'on considère comme des fauteurs de trouble. Le climat d'angoisse dans lequel nous vivons engendre toutes les crédulités possibles. On se délecte à lire des messages célestes relatant les châtiments des mauvais pasteurs, y compris évêques et pape.

Toutes ces pseudo-révélations développent une eschatologie tragique, lient l'obtention du salut à des dévotions facultatives, voire suspectes, prônent une spiritualité qui détourne d'une foi en prise avec la vie, aussi bien dans l'Église que dans le monde. Nul non plus n'est à l'abri de fraudes : un récent livre montre que sainte Thérèse de Lisieux, comme beaucoup de ses contemporains, a été victime de ce virtuose de la mystification religieuse qu'était le Marseillais "Léo Taxil" ; quand ce dernier passa aux aveux, ce fut pour l'humble carmélite l'enfoncement poignant dans la nuit de la foi.

Nous connaissons la prudence de l'Église face aux révélations privées, sa rigueur et sa lenteur dans la reconnaissance de certaines d'entre elles, sa mesure pour en marquer le caractère relatif par rapport à la Révélation, à la Parole de Dieu vécue et célébrée en Église. Ce ne sont ni le nombre ni la ferveur des personnes adhérant à des révélations qui en font les critères de vérité, mais le seul jugement du pape et des évêques. Bien plus, il faut savoir que jamais l'Église n'impose une apparition comme article de foi ; elle se contente de se prononcer sur le contenu du message.

Dans quelques jours, 1.500 pèlerins du diocèse se rendront à Lourdes. Ce haut lieu a été reconnu par l'Église comme une terre d'Évangile. Nous le devons à sainte Bernadette, dont la vie silencieuse a témoigné de la vérité du message de Notre-Dame. Nous le devons aux générations de pèlerins qui n'ont jamais cherché à juger les autres, mais simplement à apporter plus de foi et de charité dans leur propre existence.

Courir après les révélations, écrit saint Jean de la Croix, serait non seulement une sottise, mais faire injure à Dieu qui a déjà tout dit en Jésus-Christ (cf. la Montée du Carmel, I, II, chap. 22). Relisons aussi saint Jean l'Évangéliste qui, déjà au temps apostolique, a dû faire appel au discernement des esprits : "Mes bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit..., car un esprit qui divise Jésus n'est pas de Dieu." (1 Jn 4, 1-6).

Le 23 mai 1976. + Roger ETCHEGARAY.

 

 

VRAIES ET FAUSSES APPARITIONS ?

Conférence de Mgr Jean Honoré, archevêque de Tours

(* Magazine-Journal de la grotte, n° 5, 22 décembre 1986. Cette conférence a été donnée à Lourdes, le 28 août 1986, au cours du pèlerinage de l'archidiocèse de Tours)

LA DOCUMENTATION CATHOLIQUE - n° 1935 du 1er/3/1987 - page 263...

Les époques troublées et difficiles voient surgir un prophétisme débridé d'oracles et de révélations. Le temps que nous vivons semble marqué par un phénomène analogue de mysticisme et d'inflation du merveilleux.

Nous sommes ici à Lourdes, haut lieu de pèlerinage et de prière, reconnu et approuvé par l'Église. N'est-ce point pour nous l'occasion de réfléchir sur le sens des apparitions ? Sur le rapport entre des révélations de caractère privé et la révélation de l'Evangile ? N'est-ce pas à partir de cette réflexion, que nous pourrons établir les distinctions indispensables entre vraies et fausses apparitions, en cherchant à reconnaître la ligne de démarcation qui les sépare les unes des autres ?

L'esprit dans lequel j'interviens est au-delà de la polémique et de la controverse. Je ne veux pas anticiper le jugement de l'Église sur des faits qui sont aujourd'hui soumis à son examen. Pas plus que je ne cherche à condamner les chrétiens de bonne foi qui sont attirés par de nouvelles visions. Mon propos est seulement de nous situer au coeur même de notre foi et de saisir en elle les clefs d'un discernement et d'un sens critique, devenus nécessaires dans une situation de confusion où le bon grain se trouve mêlé à l'ivraie...

 

Les apparitions mariales sont une donnée récente de l'histoire de l'Église

Si étrange ou paradoxal que cela puisse sembler, les apparitions mariales et la reconnaissance que leur a donnée l'Église constituent un phénomène récent dans la tradition et l'histoire. Elles datent des XIXe et XXe siècles. Et nous avons à nous dire pourquoi.

Sans doute, l'histoire de l'Église est-elle jalonnée de faits surnaturels (visions, apparitions, messages spirituels...) dont ont été privilégiés de grands saints : au IIIe siècle, un saint Cyprien de Carthage, à la fin du Moyen Age, sainte Brigitte de Suède, Angèle de Foligno, Catherine de Sienne, plus tard Marguerite-Marie ; chez nous, une Marie de l'Incarnation ... L'Église a toujours considéré ces visions comme relevant du registre privé, et les a interprétées, dans la mesure même où ces visions et révélations ne contenaient rien qui fût opposé à la foi et à la tradition du Credo, comme des signes destinés à éclairer une vocation, à répondre à un appel plus pressant à la conversion et à la sainteté.

Mais l'Église s'est toujours gardée de donner une caution officielle à ces visions ; elle s'est refusée à les identifier dans leur origine divine et surnaturelle. La reconnaissance de la sainteté est liée fondamentalement à l'héroïcité des vertus évangéliques, et non aux privilèges spirituels dont les serviteurs de Dieu auraient bénéficié. Encore plus l'Église s'est-elle refusée à engager la foi des fidèles par ces révélations privées.

 

Le défi de la foi

Devant ce qu'il faut bien admettre comme une conduite nouvelle de l'Église, nous ne pouvons manquer de nous interroger ? Pourquoi ce changement d'attitude ?

Les raisons sont nombreuses et complexes. Personnellement, j'en vois deux principales.

La première, que j'analyse ainsi : le changement d'époque qui, dans l'Occident chrétien, a provoqué la rupture de la foi et de la raison, l'éclatement entre l'esprit religieux et l'esprit scientifique.

Il semble bien, en effet, que depuis le XVIIIe siècle, et surtout la Révolution française, le divorce se soit consommé entre l'adhésion religieuse et la pensée savante. La révélation de l'Évangile, celle du Dieu fait homme, est bannie de l'horizon philosophique qui ne tolère que l'idée abstraite d'un Dieu lointain et inaccessible...

Au XIXe siècle, c'est l'apogée de la pensée savante qui, consciente de ses ressources, prétend construire l'avenir de l'homme et du monde en dehors de toute référence religieuse. Les découvertes scientifiques sont mises au crédit de la raison humaine ; elles discréditent toute autre connaissance, en particulier la certitude religieuse identifiée à la superstition.

N'est-ce pas justement dans ce contexte de rationalisme et de positivisme scientiste qu'il faut comprendre plusieurs manifestations dont le caractère surnaturel constitue, à l'égard de la modernité, comme une sorte de défi et de provocation ?

On a pu dire que la mentalité scientiste avait reçu trois démentis au cours de ce XIXe siècle :

- Le démenti du surnaturel, avec le témoignage du Curé d'Ars ;

- Le démenti de la sainteté, avec la "petite voie de l'abandon spirituel" de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus

- Le démenti du mystère, avec les apparitions de Lourdes.

Et c'est vrai que les apparitions de Lourdes viennent bousculer les certitudes blindées et bétonnées de la raison moderne. Celle-ci pensait à construire sa vision de l'homme et du monde dans l'exclusion de toute référence religieuse ; et Dieu lui-même intervient pour déchirer la trame de l'incroyance. Elle pensait s'identifier à l'absolu des certitudes acquises par l'expérience scientifique ; et voici qu'un autre Absolu se révèle et se rappelle à l'attention, en occupant une place que l'on croyait abolie. La pensée moderne croyait afvoir effacé l'Évangile, et le voici qui revient en force, emportant l'adhésion et la contagion des foules.

Et c'est finalement l'Esprit qui triomphe, comme à toutes les grandes étapes de l'histoire du salut. Et c'est justement cette victoire de l'Esprit et de la foi qui, en un temps de rationalisme et d'incroyance, conduit à considérer les apparitions de Lourdes comme un signe de Dieu qui révèle la pérennité de sa présence et de son action. Par le désaveu que les apparitions apportent à la tentation moderne, Lourdes apparaît comme signe éclatant de l'histoire du salut chrétien. L'Église, en accréditant Bernadette et son message, a ainsi reconnu la signification providentielle des apparitions pour la foi du Peuple de Dieu aujourd'hui menacée par tous les courants réducteurs du nouvel humanisme.

 

Un message qui dit les Béatitudes

Je vous annonçais une seconde raison de cette reconnaissance officielle des apparitions de Lourdes par l'Église. Si la première, que je viens d'évoquer, tient d'abord aux circonstances et à la conjoncture historique, la seconde tient, me semble-t-il, à la nature même des apparitions et à la simplicité du message de Bernadette.

Il suffit, pour s'en convaincre, de relire le récit très circonstancié des dix-huit apparitions qui se succèdent, de retenir les paroles du message transmis à la voyante, et surtout peut-être d'identifier le merveilleux là surtout où il se révèle : la bouleversante personnalité de Bernadette elle-même.

La presse irreligieuse de l'époque n'a pas manqué de présenter Bernadette comme une fille trop simple, dont l'ignorance et la candeur la rendaient disponible pour une manipulation cléricale. En utilisant Bernadette, et en confirmant les apparitions, l'Église aurait lancé une vaste entreprise de séduction populaire et repris en main un pouvoir et une influence qui lui échappaient.

Est-il besoin de dire qu'une telle interprétation est totalement démentie par l'analyse des faits ? Loin d'accepter d'emblée les dires de Bernadette, c'est à une véritable torture de questions que le curé de Lourdes, Peyramale, soumit d'abord la voyante, allant même jusqu'à lui interdire l'accès à la grotte.

Que Bernadette ait triomphé de cette épreuve, en gardant tout à la fois la certitude de ses visions et la fidélité de l'obéissance, est déjà surprenant. Plus surprenante encore l'attitude de Bernadette devant l'inquisition des fonctionnaires civils qui, à travers la maille serrée de leurs questions, ne réussirent jamais à la confondre et à l'ébranler...

Le premier miracle de Lourdes n'est-il pas dans cette rencontre de Bernadette avec ses juges qui fait penser au procès de Jeanne devant ses accusateurs de Rouen. De part et d'autre, même obstination devant l'innocence, même parti pris de refuser l'évidence. Mais aussi même assurance pour attester la vérité, même finesse de répartie pour déjouer les pièges de la critique et de la mauvaise foi...

Et il convient d'ajouter que par toute la suite de sa vie, en particulier chez les Soeurs de la Charité de Nevers, Bernadette offrira un témoignage exemplaire de vertu évangélique, qui sera la meilleure garantie de la vérité de ce qu'elle a vu et entendu à la grotte de Massabielle.

Or, c'est justement la simplicité des apparitions, l'étonnante conformité avec l'Evangile des paroles du message de la Vierge et des signes demandés à Bernadette, cette destinée de Bernadette, toute d'effacement, de silence et de renoncement qui accréditent aux yeux de l'Église tout le merveilleux de Lourdes. Il faut ici préciser que si Bernadette a été canonisée, ce n'est pas parce qu'elle a vu la Sainte Vierge, mais parce qu'elle a vécu dans la sainteté. Et l'Église n'a pas cru à la sainteté de Bernadette à cause des apparitions. Il faut dire plutôt qu'elle a cru aux apparitions à cause de la sainteté de Bernadette.

L'Église ne pouvait manquer de voir la continuité de l'action divine. L'événement de Lourdes prenait à ses yeux une dimension prophétique où elle reconnaissait l'une des merveilles accomplies par son Seigneur pour son peuple, comme autrefois Israël était gratifié des "visites" de son Dieu.

C'est le même jugement de consonance évangélique et de pertinence prophétique pour les fidèles, en un temps si influencé par l'incroyance, qui a conduit l'Église à reconnaître et à encourager d'autres lieux de pélerinages, à La Salette, à Pontmain, à Fatima... Dans des contextes différents, l'Église invite les chrétiens à la démarche de prière, de conversion, de rassemblement dans la foi qui a toujours été au coeur de la grande tradition des pèlerinages depuis les origines.

 

L'Église fait-elle des choix ?

Mais la question ne peut manquer de se poser. Pourquoi le jugement d'approbation s'exerce-t-il en faveur de certaines apparitions, à l'exclusion de certaines autres ? Y a-t-il des raisons à ce qui peut sembler à certains comme un choix discriminatoire ? Pour tout dire, quels sont les critères, c'est-à-dire les conditions objectives qui déterminent la sanction de la reconnaissance ou celle de réserve, sinon de refus ?

Je commencerai par évoquer l'attitude globale de l'Église devant le fait des apparitions, et du merveilleux en général.

Contrairement à ce que certains chrétiens peuvent penser, cette attitude n'est pas celle du préjugé favorable, mais de la défiance et de la plus extrême réserve. Comme si d'instinct, l'Église, consciente de la fragilité du jugement dans un domaine aussi complexe que celui du merveilleux, se tenait sur la défensive.

 

Ambiguïté du merveilleux

Les raisons de cette attitude sont aisées à comprendre :

- D'abord le risque constant de l'imposture et des contrefaçons ; l'Église croit au démon, et son pouvoir de séduction peut s'exercer à travers des subterfuges de surnaturel dont les croyants font les frais : l'histoire religieuse est remplie d'exploits de ce genre.

- Ensuite, l'Église redoute pour les fidèles la dérive de la crédulité et de la superstition. La dévotion vient après la foi ; les révélations privées n'accèderont jamais au plan de la Révélation évangélique. C'est de cette Révélation que l'Église a le dépôt et c'est elle d'abord qu'elle doit protéger et qu'elle doit transmettre. Sa mission, elle est d'abord dans cette fidélité intangible à la Parole reçue du Seigneur. En donnant trop vite crédit au message des apparitions, elle redoute de satisfaire chez les fidèles un besoin spontané de merveilleux, au détriment de la foi qui, en définitive, est plus obscure et plus exigeante.

- Enfin, il ne faut pas méconnaître que le merveilleux est toujours susceptible d'interprétations et de transpositions sur le plan esthétique qui, nourrissant des formes de piété sentimentale ou naïve, ne manquent pas de choquer l'intelligence critique de nombreux croyants qui risquent de puiser dans ces représentations de nouveaux alibis au refus de croire.

Ce sont donc ces diverses raisons qui incitent l'Église à garder la plus grande circonspection dans le domaine du merveilleux et des révélations.

 

La fonction de discernement dans l'Église

Toutefois, si l'Église sait que la Révélation est close avec la mort du dernier apôtre, elle sait aussi que l'histoire du salut se poursuit d'âge en âge, et que le Seigneur demeure présent à son peuple.

Il est présent dans l'oeuvre de grâce et de sainteté qui s'accomplit dans l'Église par son Esprit. Il est présent dans ce ministère de la Parole et des sacrements qui définit la mission de l'Église envoyée dans le monde pour l'évangélisation des hommes. Il est présent aussi dans certaines manifestations de sa puissance et de sa souveraineté sur le monde que constituent les émergences de faits surnaturels et en particulier les apparitions mariales.

Et c'est encore à son Église qu'il donne en quelque sorte mandat de reconnaître, d'interpréter et d'approuver celles-ci, en les proposant au culte et à la dévotion du peuple fidèle. C'est donc à l'Église qu'il revient d'opérer cet acte difficile de discernement qui permet d'affirmer à propos d'une apparition : "Le doigt de Dieu est là". Ce discernement, l'Église l'accomplit par ceux qui, dotés du pouvoir de grâce en vertu de la succession apostolique, constituent le magistère. Et ainsi, la reconnaissance des apparitions et l'approbation des pèlerinages sont des actes du magistère ecclésial où se trouve engagée son autorité.

 

Les critères de discernement

Cette fonction du magistère s'exerce selon une procédure bien définie qui exige souvent de longs détails depuis l'instruction dans le cadre du diocèse jusqu'à l'enquête de contrôle par les Congrégations romaines. La même attention et la même rigueur qui s'observent dans les procès de canonisation se retrouvent ici. Plus que les modalités de cette procédure, je crois devoir retenir les différents critères qui sont mis en oeuvre.

- Il y a d'abord, comme je l'ai dit plus haut au sujet de Lourdes, la conformité du message transmis avec la Révélation de l'Évangile et la tradition dogmatique de l'Église. C'est la Parole de Dieu qui fonde la foi, et la première condition, c'est que le message transmis par les croyants soit en totale harmonie avec cette Parole... A Lourdes, la révélation de la Vierge se désignant à Bernadette sous son titre d'Immaculée-Conception a été déterminante pour accréditer le message de Massabielle.

- Il y a d'autre part les données du message relatives aux attitudes chrétiennes ; invitation à la prière, à la pénitence et à la conversion du coeur, à l'amour fraternel, à l'espérance... Et, sur ce point, Lourdes, comme Pontmain, offre, dans la simplicité des mots et des expressions, une étonnante convergence avec les Béatitudes de l'Évangile.

Un point qui présente plus de difficultés, c'est la révélation des "secrets" qui entourent parfois certaines apparitions, comme à La Salette et à Fatima. Ces secrets concernent le plus souvent des prédictions d'avenir au sujet desquelles le magistère ecclésial garde la plus extrême prudence.

Autre critère important d'évaluation : la véracité des voyants. L'enquête commence toujours par l'examen approfondi de leur personnalité : équilibre psychique, conditionnements de vie, niveau de maturité... Expertise et contre-expertise se succèdent, et le témoin ne doit pas se couper dans le récit de son témoignage. Le fait que les apparitions reconnues aient eu pour témoins des enfants ou des jeunes adolescents n'en exige pas moins une rigueur dans l'examen et une sévérité dans le contrôle des déclarations qui s'apparentent à l'épreuve d'un véritable procès d'assises. Il s'agit surtout de prévenir le risque d'une manipulation par les adultes.

C'est donc au terme de cette longue et patiente instruction des faits que le magistère de l'Église est amené à conclure. Il est souvent devancé par le mouvement populaire, mais il demeure indépendant de toute pression.

 

La foi vient avant la dévotion

Considérons maintenant les conclusions qui en résultent.

1. Ce que l'Église reconnaît et approuve, c'est le caractère surnaturel, l'origine des apparitions. Elle leur attribue ainsi un crédit public qui garantit aux yeux des fidèles l'orthodoxie du culte et du pèlerinage.

2. Cette reconnaissance publique des apparitions n'implique pas ce que les théologiens appellent l'assentiment de foi du chrétien. Le message des apparitions, même s'il est reconnu par l'Église, garde le caractère de révélation privée qui n'est pas objet direct et explicite de notre foi. Le chrétien demeure donc libre de lui donner ou de lui refuser son adhésion. Il reste que par déférence à l'égard du jugement de l'Église, le chrétien est tenu à une attitude d'accueil et de "pieuse affection"...

3. A l'égard des apparitions ou des visions qui n'ont pas reçu l'approbation publique de l'Église, il convient de maintenir une attitude de prudence et de réserve. L'Église tolère que l'on puisse y accomplir des démarches de prière, mais à titre simplement privé. Elle met en garde contre des manifestations massives qui risqueraient d'abuser la bonne foi ; et surtout elle met en garde contre le risque de crédulité ou de dévotion qui mettrait en cause l'équilibre de la foi et de l'expérience chrétienne.

4. A l'égard des révélations qui ont fait l'objet d'une exclusion radicale, il appartient à la conscience chrétienne de se lier par obéissance à la décision de l'Église. Cette décision n'a pas été prise sans examen. Il y a ici un appel à la purification du sentiment religieux qui, nous le savons, est toujours exposé à ce que j'appelais la dérive de la crédulité et du besoin de signes surnaturels...

 

Conclusion

Ma conclusion, c'est justement que notre pèlerinage, dans le sillage de Bernadette et de son message, est pour nous un appel à nous enraciner dans la foi, à la purifier en allant à l'essentiel.

Lourdes est ce lieu de rencontre où le Seigneur nous donne rendez-vous. Afin de nous renouveler dans nos certitudes et nos fidélités de croyants.

Nos certitudes qui s'appuient sur ce qui est au coeur de l'Évangile : la révélation du Fils de Dieu. Nous n'avons pas à chercher une autre vérité que celle-là : "Dieu a envoyé son Fils dans le monde pour que le monde soit sauvé." (Jn 3.) C'est la vérité centrale de notre foi. Il n'y en a pas d'autre. Je vous ai tout dit en mon Fils", écrit Jean de la Croix. Et tout le message de Bernadette qu'elle reçoit de la Vierge ne fait que rappeler la mission du Christ rédempteur, de réconcilier tous les hommes dans la tendresse et le pardon du Père.

Saint Paul était déjà préoccupé de maintenir la foi de ses disciples dans l'axe du mystère du Christ : "Il faut que, par la foi, vous teniez solides et fermes, sans vous laisser déporter en dehors de l'espérance de l'Évangile que vous avez entendu." (Col 1, 23.) "Ce nest pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d'amour et de maîtrise de soi." (2 Tm 1, 7.)

Nos fidélités de croyants se fondent d'abord dans notre fidélité et j'ajoute notre loyalisme à l'égard de l'Église, plus particulièrement de son Magistère que le Seigneur a établi pour cette mission d'évangélisation qui implique d'abord le discernement spirituel à l'égard de tout événement qui présente un caractère merveilleux. Le chrétien fidèle est celui qui s'en remet au jugement de l'Église et ne cherche pas à enjamber sa prudence par des dévotions nouvelles et insolites. Encore moins s'agit-il de se complaire dans des visions qui, au lieu d'édifier la foi, risquent de l'égarer dans un prophétisme équivoque.

Je voudrais, en terminant, partager une conviction. Le meilleur antidote de cet appétit de merveilleux et de révélation, c'est la participation directe et effective à la mission de l'Église. Un chrétien qui fait de la catéchèse, par exemple, partage trop le sérieux de la transmission des mystères chrétiens et de l'éducation de la foi pour s'encombrer de nouvelles révélations ; l'Évangile et le Credo sont assez pour lui. Un chrétien qui veut témoigner sa foi au coeur des réalités humaines risque moins de se laisser gagner par des prédictions dont le fruit manifeste est de rendre la foi frileuse et de conduire à déserter le champ des activités apostoliques où se réalise la vocation du laïc baptisé.

Bernadette nous offre le visage de la vérité et de la simplicité de la foi. Vers elle, nous devons regarder. Elle est l'icône que la Vierge nous a donnée pour découvrir en elle pourquoi et comment nous devons croire.

 

 

L'ÉGLISE ET LES APPARITIONS

LE PÈLERIN n° 5619 du 10/08/1989 - LA RÉPONSE DU PÈRE IRÉNÉE

"Je m'étonne que votre revue garde sous silence les nombreuses apparitions de la Vierge dans le monde, alors que celle-ci appelle sans cesse les peuples à prier et à faire pénitence, car le fin des temps approche. Dois-je penser que l'Église n'y croit pas ou qu'elle se tait de crainte d'apeurer notre société de plus en plus matérialiste ? " M.-C. M.... (Finistère)

L'Église croit aux apparitions : Lourdes, la Rue du Bac, La Salette, Pellevoisin, en France, Fatima au Portugal, Beauraing, Banneux en Belgique en témoignent de manière éclatante ; mais, prudente, elle ne se prononce en leur faveur qu'après en avoir soigneusement vérifié l'origine, les acteurs et le contenu. Le problème est alors de savoir pourquoi l'Église fait preuve de réserve et de prudence en un domaine qu'elle devrait, au contraire, favoriser. Tout simplement parce que, comme le souligne Mgr Jean Honoré, archevêque de Tours, une apparition tient du merveilleux, et le merveilleux est souvent chargé d'ambiguïtés. L'ennemi du genre humain a toujours singé le surnaturel : c'est un premier danger.

Un deuxième danger, c'est la tendance, toujours réelle, de se servir d'une apparition pour faire passer son propre message. A notre époque, par exemple, certains lieux-dits d'apparitions entretiennent le même climat de peur - annonces de catastrophes, de châtiments - que certaines sectes ou mouvements religieux qui n'ont rien en commun avec l'Église. Ailleurs, les promoteurs et animateurs de lieux "d'apparitions" n'hésitent pas à marquer leur opposition aux évêques et à diffuser un message fort peu évangélique.

Le premier souci de l'Église est donc de faire la clarté : pour la foi dont elle garde le dépôt et dans l'intérêt des fidèles dont elle est responsable.

Son deuxième souci est de dire une parole autorisée à laquelle les chrétiens puissent faire entièrement confiance. Dans ce but, l'évêque du lieu, à qui revient la charge d'enseigner la vraie foi, soumet les apparitions et les témoignages des voyants à l'examen d'une commission d'experts (théologiens, historiens, médecins, psychologues), afin d'établir :

- que les voyants jouissent d'une parfaite santé morale et spirituelle ;

- que le message délivré - la plupart du temps, des appels à la prière et à la pénitence - est conforme à l'Évangile. Une apparition n'ajoute rien à la Révélation du Christ ; elle pourra éventuellement rendre plus actuel tel ou tel aspect du message. Mais en tout cas, elle n'exige jamais une adhésion de foi.

- Que les fidèles, qui désirent adhérer à ce message et au culte qu'il fait naître, restent en communion avec l'Église (et donc avec l'évêque du lieu), font confiance à ses décisions et conservent une attitude de discrétion et de réserve.

C'est pourquoi, en appeler aux apparitions sous prétexte qu'elles entretiennent la foi et la piété ne suffit pas. Il faut qu'elles soient conformes à la foi ! Or, celle-ci n'est à confondre ni avec la crédulité, ni avec la bonne foi, encore moins avec nos opinions personnelles.

 

 

A PROPOS DES "APPARITIONS"

ÉGLISE EN CÔTE D'OR - n° 241 du 8/12/1985 page 72

La Vierge est-elle apparue à Medjugorje (Yougoslavie) ? Que penser des prétendues apparitions et du message de Dozulé (Calvados) ? Par ailleurs, Garabandal, Kérizinen, San Damiano ont attiré l'attention, pour ne parler que de quelques points en Europe ... Des catholiques se font ardents propagandistes, ils invitent à des séances d'information avec projections. Que peut-on en penser ? Il n'est sans doute pas inutile de rappeler quelques règles de discernement, en s'appuyant sur la Tradition de l'Église.

Que le Christ, que Marie, manifestent leur présence de cette façon dans notre histoire, comment le déclarer a priori impossible ? Qui le leur interdira ? Tant pis si cela déroute les esprits rationalistes, comme ceux qui se réunissaient au "Café français" à Lourdes au temps de Bernadette ! On peut penser que, un certain nombre de fois, de semblables événements ont eu lieu.

Encore convient-il de mettre toutes choses bien à leur place. Et tout d'abord, ne pas confondre la Révélation donnée une fois pour toutes en Jésus-Christ, et les révélations dites privées, quelles qu'elles soient. Qu'on relise la Constitution dogmatique du Concile Vatican II : "aucune nouvelle révélation publique n'est à attendre avant la manifestation glorieuse de Notre Seigneur Jésus-Christ" (n° 4). C'est bien pourquoi nous ne sommes pas d'accord avec les Mormons ni les adaptes de M. Moon selon lesquels Dieu aurait complété ce qu'il a dit en Jésus-Christ.

L'affirmation de l'Épitre aux Hébreux est décisive : " Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières parlé autrefois aux pères dans les prophètes, Dieu, en la période finale où nous sommes, nous a parlé en son fils..." Héb. 1). On reconnaît un chrétien à cette conviction. Déjà, au 16e siècle, saint Jean de la Croix l'écrivait avec force dans "La montée du Carmel" (livre 2, chapitre 20). Les révélations privées, si elles ont lieu, n'ajoutent rien, elles ne peuvent que renvoyer à l'unique Révélation publique. D'ailleurs, même reconnues comme pouvant être authentiques, là où des pèlerinages sont autorisés ou approuvés et provoquent à la conversion, elles ne s'imposent pas à la foi. "Il faut seulement leur donner, selon les lois de la prudence, l'assentiment de la croyance humaine" (Benoît XIV).

Lorsqu'on entend parler de révélation quelque part, une enquête très sérieuse s'impose. Le Père Laurentin, dont on connaît la compétence en la matière, a commencé de s'y livrer dans le cas de Medjugorje. Mais, tout en étant très favorablement impressionné par ce qui s'y passe, il n'entend pas préjuger des décisions de l'Église qui ne s'est pas encore officiellement prononcée. C'est la seule attitude qui s'impose car il revient à l'évêque du lieu de vérifier et d'exprimer un avis autorisé. Dans le cas de San Damiano, l'évêque du diocèse de Plaisance dont dépend San Damiano, a demandé après enquête, la fermeture de ce lieu. Ce n'est pas une réserve mais une interdiction. Comme l'écrivait Mgr Coffy en demandant aux catholiques du diocèse d'Albi de s'abstenir d'aller en pèlerinage à San Damiano : "Peut-on se dire fidèle à l'Église et ne pas tenir compte de cette interdiction ?" (Documentation catholique du 4 mars 1984, p. 271).

Je pense qu'il y a lieu de se méfier au plus haut point :

- quand on prétend aller contre la position de l'évêque sur la question en se réclamant du Pape, dont on interprète telle parole ou tel silence pour se couvrir de son autorité ;

- quand les messages sont très bavards ;

- quand le contenu du message ne parle que de catastrophes imminentes plutôt que d'insister d'abord sur la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ Sauveur. On est alors proche de la mentalité des Témoins de Jéhovah et de la religion de la peur ;

- quand les pèlerins sont avides de "secrets" et de toutes sortes de signes merveilleux qui feraient comme toucher de façon évidente l'intervention de Dieu. Jésus le premier a mis en garde contre cette quête. Et qu'on n'oublie pas que les foules ferventes et les guérisons se rencontrent aussi en dehors du christianisme.

Aux personnes à l'affût des apparitions, j'aurais envie de poser quelques questions :

- quelle place faites-vous à l'Écriture, expression écrite de la Parole de Dieu ? La méditez-vous chaque jour et de bout en bout pour y trouver la lumière de vos vies ?

- dans votre existence quotidienne, quelles sont les autres manifestations de votre foi ? Y reconnaissez-vous les signes de la présence de l'amour de Dieu ?

- comment traduisez-vous votre amour pour votre prochain, votre volonté de travailler à plus de justice, à un meilleur partage dans le monde ?

- quelle est votre participation active à votre paroisse ?

- quelle place accordez-vous à la formation ?

- quel est votre intérêt pour la vie de l'Église universelle ?

- comment traduisez-vous votre communion avec votre évêque ?

Si le Christ, ou Marie par la grâce du Seigneur, nous font signe, béni soit Dieu ! Cela doit répondre à un besoin de notre temps. Sinon, il me suffit de me rappeler les paroles d'Évangile : "Qui me voit, voit le Père", "Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'avez fait", et encore "Ceci est mon corps".Ici, aujourd'hui, c'est la rencontre du Seigneur !

Pierre Choquet ("Église de Rouen et du Havre" n° 6, 1984)

 

 

LES RÉVÉLATIONS PRIVÉES : PERSONNES ET GROUPES

LA DOCUMENTATION CATHOLIQUE - n° 2013 du 7/10/1990 page 875...

 

Compte rendu des travaux du Groupe national "Pastorale et Sectes"

Le Groupe national "Pastorale et Sectes" a tenu sa première rencontre de l'année 1990, le 28 mai, au secrétariat général de l'épiscopat à Paris. Il réunit, avec le P. Jean Vernette, les PP. Pierre Le Cabellec, Norbert Gauderon, Yvon le Mince, Damien Sicard, Soeur Yvonne Vitré et le P. Claude Cesbron, du secrétariat général.

 

1. Les révélations privées mobilisent nouvellement l'attention

Nous parlerons au départ de manière indifférenciée de toutes les révélations, en Église et hors Église, reconnues ou non. Elles sont un des lieux d'expression significatifs de la nouvelle religiosité. Elles intéressent les gens pour des raisons diverses : messages venus d'en haut ; manifestations d'un contact avec des habitants de l'au-delà ; accompagnement étonnant de phénomènes merveilleux ; lévitation ; mouvements du soleil ; odeurs suaves ; sudation d'huile ; insistance des messagers sur les dangers immédiats courus par notre monde s'il ne se convertit pas ; aimantation spirituelle ou engouement collectif attirant pèlerinages et dévotions au lieu de l'apparition ; faits miraculeux, en particulier guérisons, accompagnant la révélation comme pour l'authentifier ; naissance de groupes religieux fervents autour du "contacté".

On y verra, suivant les cas, une manifestation de foi ou de crédulité, de religion ou de religiosité. On trouve en effet de tout en ces domaines. En restant dans le seul cadre de nos pays et de l'époque contemporaine, on fait état :

- d'apparitions de la Vierge dûment reconnues par l'Église ; d'apparitions du Christ accompagnées de révélations, à Michel Potay, par exemple, le prophète de la "Révélation d'Arès" (actuellement en fort développement) ; "locutions intérieures" amenant des mamans à rédiger par écriture automatique de nombreux messages en provenance de leurs enfants décédés ; de contacts avec les extra-terrestres dans les religions d'OVNIS, tels les Raëliens ou les groupes Appert ; de relations avec les entités de l'au-delà par "channeling", comme on le voit dans le best-seller tiré à plusieurs millions d'exemplaires de l'actrice Shirley Mac Laine ; de visions de scènes évangéliques relatées en de nombreux récits chez Maria Valtorta ; de "lecture dans l'astral" d'épisodes de la vie du Christ, en plusieurs groupes ésotériques ; de révélations non reconnues mais devenues lieux de pèlerinages suivis, comme à San Damiano, Garabandal, Kérizinen, Espis, Dozulé ; de groupes New Age, comme Vie Universelle, né de la prophétesse Gabriele Witeck ; de communications avec les habitants du ciel, tels les Dialogues avec l'Ange de Gitta Mallasz, traduits en toutes langues.

Parmi les nombreux groupes sauvages ou organisés qui en sont nés, certains se réclament du catholicisme, tels "IVI", de Yvonne Trubert, ou "El", de Joanna. Certains donnent même naissance à des Églises parallèles, comme Le Fréchou ou Palmar de Troya. Et des chrétiens y pratiquent alors la double appartenance. Certains messages seront certes à l'origine de conversions, comme ceux de Marthe Robin ou de Medjugorje. Mais d'autres sont de violentes attaques contre l'Église, comme ceux de Michel Potay à Arès, ou bien lui donnent des leçons, comme "Le petit Caillou" ou "Bayside". On est ainsi appelé aujourd'hui à discerner pour chaque nouvelle "révélation" entre l'admirable et l'inacceptable. Le développement de ce genre de récit répond chez les gens à un besoin de merveilleux mais aussi de lumière pour guider sa vie. Dans tous les cas de figure - écrits et pèlerinages, mouvements constitués -, il importe donc de discerner cas par cas.

 

2. Les éléments d'une révélation privée

A partir d'un exposé d'Y. Vitré, le groupe dégage différents paramètres dans les "révélations privées" :

- Les voyants sont de tous âges, mais souvent des enfants et des femmes, dans les apparitions en milieu catholique. Ils sont discrets ou bavards, simples ou revendicatifs.

- Dans les mêmes milieux, la personne délivrant le message est le plus souvent la Vierge, parfois un ange (et préférentiellement alors saint Michel), parfois Jésus. Ces traits sont conventionnels ou bien relèvent du milieu socio-culturel du contacté.

- Rythmes et lieux sont des plus variés. Des phénomènes exceptionnels les accompagnent souvent : grand voile bleu au Fréchou, immense croix à Dozulé.

- Les messages ont des constantes (dans des proportions variables bien sûr) : appel à la conversion ; prédications ; demande de fondation ; prophéties à saveur millénariste ; menaces de châtiment ; demande de pratiques rituelles précises.

Au départ de l'étude d'une révélation privée, on se trouve donc en face d'un matériau indifférencié : modalité de transmission des messages, personnalité et sentiments des "contactés" ; manifestations physiques extérieures, lumières et couleurs ; et physiologiques : extases et visions. Mais ces matériaux vont entrer dans des constructions fort différentes : apparitions reconnues par l'Église parce que jugées comme saines humainement et spirituellement et en cohérence avec le Message de la grande Tradition chrétienne, révélations douteuses de par la santé psychologique et spirituelle de leurs tenants ou/et la non-cohérence avec les Livres Saints.

D'où l'importance des critères de discernement, en une période de multiplication de ces phénomènes religieux et des groupes qui en sont issus.

 

3. Critères de discernement

Les personnes ayant des révélations ou visions sont la plupart du temps sincères et convaincues : "Ayant vu ce que j'ai vu et entendu ce que j'ai entendu, je ne peux pas ne pas parler". Elles se sentent investies d'une mission. Mais le sentiment de certitude n'authentifie pas par lui-même un message, de même que la sincérité n'est pas équivalemment la vérité. Il faut alors pratiquer le discernement des esprits :

- Au plan humain : l'équilibre du sujet, son bon sens (cf. Bergson étudiant les mystiques), l'effacement du "contacté" devant le message, la structure du groupe créé (Qui a l'autorité ? Comment est-elle exercée ? Quel est le fonctionnement financier ? Quelle marge de liberté intérieure est laissée aux membres du groupe ?).

- Au plan chrétien : quels sont les fruits de cette révélation ? Le message est-il cohérent avec la Tradition chrétienne ? Qu'apporte-t-il de neuf au monde et à l'Église ? De quel aspect de la Révélation chrétienne est-il davantage "signe" ?

- Quel contrôle la communauté est-elle à même d'exercer ? Ce charisme est-il ordonné au bien commun ?

En ce temps de floraison de messages inspirés, de nouvelles religions prosélytes et de phénomènes dits "miraculeux", il est important de donner aux chrétiens ces éléments de discernement.

 

Quelques textes maintenant, émanant de l'Eglise au nom de sa mission de discernement, sur telle ou telle apparition...

La liste des groupes cités n'est pas exhaustive ! Le texte précité ne parle-t-il pas de "floraison de messages inspirés" ?

Ce n'est pas parce qu'une personne déclare avoir une apparition de la Sainte Vierge, que c'est vrai...

Ne soyons donc pas crédules et ne confondons pas la foi avec la course au merveilleux !

*

ANDIRAN-LE-FRECHOU

 

 

Mise en garde contre les prétendues "apparitions"

d'Andiran-le-Fréchou

LA DOCUMENTATION CATHOLIQUE - n° 1925 du 5/10/1986 page 878

Andiran-le-Fréchou (Lot-et-Garonne) est le lieu de prétendues apparitions de la Vierge. C'est là que s'est également implanté un groupe qui se présente comme une "communauté religieuse", sous le nom de "Serviteurs de Notre-Dame" ou de "Fraternité Salve Regina".

Le groupe du Fréchou s'est d'abord mis dans la mouvance de l'ordre des Carmes de la Sainte-Face de Palmar de Troja (près de Séville en Espagne), dont le responsable et "voyant", Clément Dominguez, s'est fait ordonner prêtre illégitimement et s'est proclamé Pape, à la mort de Paul VI, sous le nom de Grégoire XVII.

C'est à Palmar de Troja que les deux responsables du Fréchou ont été "ordonnés évêques" une première fois ; puis, ils se sont séparés du groupe de Palmar de Troja ; ils se sont adressés à Mgr Ngo Dinh Thuc, ancien évêque vietnamien, pour se faire ordonner une deuxième fois.

Dans l'un et l'autre cas, la S. Congrégation pour la Doctrine de la foi, par mandat spécial du Pape, a déclaré que "l'Église ne reconnaît ni ne reconnaîtra l'ordination de ceux qui, déjà, ont ainsi été ordonnés illégitimement ou de ceux qui, éventuellement, seraient ordonnés par eux". (Cf. Déclaration du 12 mars 1983, dans la Documentation catholique n° 1854 du 19 juin 1983, p. 619 ; cf. Décret du 17 septembre 1976, dans la Documentation catholique n° 1706 du 17 octobre 1976, p. 857). Ceux qui ont ainsi été ordonnés ont été excommuniés. Quant à Mgr Ngo Dinh Thuc, il s'est rétracté publiquement une dernière fois le 11 juillet 1984 et les sanctions ecclésiales portées contre lui ont été levées par le Pape ; cette absolution des peines encourues ne concernait que Mgr Ngo Dinh Thuc lui-même. (Cf. la Documentation catholique n° 1889, du 3 février 1985, p.185).

Par rapport au groupe du Fréchou, l'attitude à tenir est simple : non seulement, il n'est pas possible d'accorder quelque crédit, que ce soit à cette communauté et aux idées sur la foi chrétienne qu'elle propage, mais ce serait, pour un catholique, se mettre en situation de grave désobéissance à l'Église que de participer de quelque manière aux réunions proposées par ce groupe. La S. Congrégation pour la Doctrine de la foi mettait clairement en garde les catholiques "afin qu'ils ne donnent en aucune manière leur participation et leur soutien aux activités liturgiques ou autres organisées par les personnes" qui avaient été ordonnées par Mgr Ngo Dinh Thuc ou ceux qu'ensuite les premiers auraient ordonnés. (Cf. la Documentation catholique n° 1854 du 19 juin 1983, p. 619).

Les positions de Mgr Johan, ancien évêque d'Agen, et de Mgr Saint-Gaudens, évêque d'Agen, "qui ont engagé pleinement leur responsabilité d'évêques en communion avec le Pape Jean-Paul II, successeur de Pierre", sont sans ambiguïté. Ils ont repris leurs interventions antérieures, le 18 février 1982, en déclarant notamment : "Notre-Dame ne peut pas approuver une si grave désobéissance, une telle rupture de communion. Marie, Mère du Christ et Mère de l'Église, ne saurait approuver une telle division dans l'Église, Corps du Christ. (...) Or, même s'ils affectent, en paroles, de respecter le Pape et de prier pour lui, les organisateurs des réunions du Fréchou lui ont désobéi et continuent de lui désobéir effrontément, posant ainsi des actes contre la communion en Eglise. (...) Tout chrétien qui veut demeurer dans la communion de l'Église catholique doit donc s'abstenir absolument de toute participation, même par une simple présence, aux réunions organisées par ce groupe."

(Église de Luçon, 24 juillet)

 

LES AMBIGUÏTÉS DE LA COMMUNAUTÉ DU FRÉCHOU

UNE PROCESSION CONTRE L'ÉVÊQUE D'AGEN

LA CROIX du 6/2/1990 - De notre envoyée spéciale

Ils avaient prévu une manifestation à Agen, ils ont fait une procession solennelle sur leur territoire.

Les Serviteurs et Servantes de Notre Dame avaient prévu - et l'avaient annoncée en fanfare - une manifestation en forme de procession (à moins que ce ne soit l'inverse) dans les rues d'Agen, le 3 février. Contre, disaient-ils, la "persécution" menée contre eux par l'évêque Mgr Sabin Saint-Gaudens. Finalement, ils se sont contentés d'une procession sur leur territoire, du petit hameau de Fréchou jusqu'au bois Notre-Dame, lieu où la Vierge apparaîtrait, depuis 1977, à l'un d'entre eux, Roger Kozik (Frère Jean-Marie). Revirement que Marie-Bernard et Marie-Marthe, au nom de leur communauté (9 prêtres, 7 séminaristes et 35 religieuses), expliquaient comme un geste de bonne volonté, en réponse à une lettre reçue la veille de la Congrégation romaine Ecclesia Dei.

Ce qu'ils ne disaient pas aux quelque 600 personnes venues les soutenir, c'est que la lettre du cardinal Mayer posait d'autres conditions que la renonciation à la manifestation, avant tout examen d'un possible chemin de réconciliation entre la communauté du Fréchou et l'Église catholique. Conditions d'ailleurs déjà exigées par la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le 23 janvier 1989, et reprises par le cardinal Decourtray, le 8 décembre 1989.

L'Église ne reconnaît pas et ne reconnaîtra pas les ordinations sacerdotales et épiscopales de MM. Kozik et Fernandez, "évêques" du Fréchou, et donc de tous ceux qu'ils ont ordonnés eux-mêmes : ils ont été ordonnés en 1981 par Mgr Ngo Dinh Thuc à Palma de Troja (Espagne), or tous ceux qui ont été ordonnés par lui, depuis 1976, sont excommuniés. (1 - Ancien Archevêque de Hué, Mgr Ngo Dinh Thuc, à la suite de nombreuses épreuves, était affaibli dans ses facultés mentales et s'était fait abuser par Clemente Dominguez, de Palma de Troja, qui plus tard s'est proclamé Pape. Avant de mourir, Mgr Thuc a reconnu ses erreurs)

 

Voltaire, Jaurès ...

Deuxième condition : rétracter auprès de Mgr Saint-Gaudens d'abord, puis publiquement, les "propos injurieux" lancés contre lui et son clergé. Les Serviteurs et Servantes de Notre-Dame, en effet, avaient lancé leur appel à manifester en conclusion d'un manifeste extrêmement violent - "virulent", préfère-t-on dire à la communauté, et justifié par "tant d'années de souffrances" - rendu public le 1er janvier dernier, tout entier dirigé contre l' "ordinaire du lieu", selon eux responsable de tous leurs malheurs. Entre autres amabilités, ils l'accusaient d'"exercer une véritable tyrannie caractérielle", sans compter les allusions au concubinage des prêtres du diocèse ou à leur fréquentation de camps naturistes ! Pour réclamer la liberté religieuse, les auteurs du pamphlet se réclamaient de Voltaire, Jaurès, Pierre Mauroy et ... Jean-Paul II.

En effet, plus la communauté du Fréchou attaque l'évêque d'Agen, plus elle se dit proche du Pape et de l'enseignement de l'Église. Le choix d'un bouc émissaire leur permet ainsi d'éluder les questions gênantes : "Rome vous condamne", - "Oui, mais c'est l'évêque d'Agen qui l'informe" ; "La lettre du cardinal Mayer ? - Elle prouve que le dialogue est engagé" ... Dialectique habile qui rassure des fidèles, souvent très simples. "Si le Pape leur écrit, c'est qu'il les considère", entendait-on samedi à l'issue de la messe célébrée dans le bois des apparitions.

Peu de Lot-et-Garonnais parmi les fidèles du Fréchou, mais des Antillais, nombreux, des gens venus de la région parisienne, de l'ouest de la France : "Les chouans sont là !", plaisantait un pèlerin. Quelques-uns affirment y avoir reçu des signes particuliers, comme Dominique dont la petite fille était malade et à qui lR. Kozik a révélé des faits qu'il ne pouvait pas connaître, ou cette Libanaise convaincue d'être comblée de grâces pour elle et sa famille demeurée au Liban ; d'autres sont séduits par la liturgie selon saint Pie V, les chants en latin, les mantilles et les chapelets : "La religion, comme je l'ai apprise." D'autres y ont des enfants - trois filles pour l'un, un fils et une fille pour l'autre. Enfin, il y a les militants, telle cette dame qui allait à San Damiano, mais "puisque la Vierge a choisi un coin de France, je viens ici".

Beaucoup, en tout cas, concilient l'appartenance à une paroisse classique avec leur fréquentation du Fréchou. C'est précisément cette ambiguïté, entretenue par les responsables du Fréchou, qui inquiète l'évêque d'Agen. Comme l'inquiète l'ascendant exercé par R. Kozik sur les pèlerins, et son message qu'il dit recevoir de la Vierge, extrêmement pessimiste sur la France et l'Église : "Paris transformée en un fleuve de sang ! Mgr Saint-Gaudens se dit, pourtant, prêt une fois de plus à recevoir les Serviteurs et Servantes. R. Kozik, lui-même, avant d'ouvrir la procession, a lancé un appel : "Soyons un instrument de paix." L'ennui, c'est qu'il prêchait comme un évêque, pas comme un simple baptisé.

Dominique QUINIO

 

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DERVAL

 

A Derval (Loire-Atlantique)

BULLETIN D'INFORMATION de l'A.D.F.I. n° 14

"L'Église de la Sainte Famille" est une secte pseudo-catholique fondée en 1974 par Pierre Poulain. Elle rassemble actuellement environ 2.000 adaptes répartis à travers la France.

Pierre Poulain est né en 1924, dans une famille d'agriculteurs à Conquereuil, près de Derval. A l'âge de douze ans, il arrête ses études, connaît une jeunesse assez perturbée et, à partir de sa vingtième année, vit en reclus, se plonge dans l'étude et la méditation de livres et revues ésotéro-occultistes et pseudo-mystico-religieux. Il fréquente les lieux d'apparitions, puis se dit gratifié lui-même d'apparitions et de révélations de "Marie-Corédemptrice" et commence à partir du 16 avril 1974 à rédiger "les messages de l'Amour miséricordieux".

Désigné par "Marie-Corédemptrice" "pour rassembler tous les hommes désireux de réagir contre la dégradation de la foi et de l'Église", Pierre Poulain est investi d'une mission divine : "la restauration de toute l'Église catholique et universelle". En effet, "le monde est rongé par le péché et puni de la main de Dieu par de grandes catastrophes", "la fin du monde est pour bientôt. Notre roi a reçu le message divin. La révolution succèdera aux élections, les Russes et les bolcheviques envahiront l'Occident. Tout sera détruit et c'est de Derval que repartiront les élus de Dieu".

Seul détenteur de la Vérité, le "Grand Restaurateur" persuade ses fidèles que "le seul espoir de Salut se trouve ici, à Derval" et les dissuade de fréquenter l'Église catholique, les sacrements et surtout les prêtres, qu'il attaque violemment les rendant tous responsables des maux de la terre entière.

Il enseigne aux malades que seul Dieu peut les guérir, qu'il faut porter la croix de la souffrance et de la maladie sans faire appel aux médecins, ni recourir aux médicaments. D'ailleurs, à Derval, par la prière et en allant puiser l'eau à "la source miraculeuse" (en actionnant une pompe à bras), on guérit toutes les maladies. En 1978, la Vierge lui avait révélé que "l'eau de Lourdes et bien d'autres avant avaient perdu leurs pouvoirs miraculeux, car les hommes ne respectent plus les principes de l'Église. C'est vous que nous gratifions de cette grande source miraculeuse".

Les membres de "l'Église de la Sainte Famille" qui habitent à Derval, participent aux interminables prières (chapelets, rosaires) et célébrations dans "l'Oratoire du Précieux Sang". Selon le témoignage d'un ancien adepte, "certains prient jusqu'à épuisement de leurs forces, pendant des heures d'affilée et deviennent comme dans un état second, sans plus aucun discernement". A l'occasion des grandes fêtes religieuses, des pèlerinages sont organisés, la foule accourt de toutes parts assister aux offices, messes, célébrées par un faux prêtre, le frère Clodulphe, que Pierre Poulain, sur demande de la Vierge, a ordonné et institué prêtre de l'Église de la Sainte Famille.

 

Sauveur et Rédempteur de l'Humanité : Jésus-Pierre

En 1979, une jeune femme, Marie-Odile Galerme, quitte sa province de Lorraine pour venir s'installer à Derval, à la demande de Pierre Poulain ; elle se trouve enceinte. Le Maître prophétise alors qu'elle est la "nouvelle Anne", qu'elle enfantera "miraculeusement" une petite fille, Marie, conçue directement et intégralement par Dieu. (Il n'est peut-être pas inintéressant de savoir que Pierre Poulain déclarait être Dieu). Toutefois le malheur a voulu qu'au lieu d'une fille, naisse, le 24 septembre 1980, un beau petit garçon.

On aurait grand tort de croire qu'un gourou puisse être un instant décontenancé par son erreur prophétique ou que ses adeptes puissent être ébranlés dans leurs convictions, dans leur confiance et leur fidélité envers leur Maître. Pierre Poulain donna immédiatement une nouvelle version : Marie-Odile n'était plus Anne, elle devenait Marie, c'est-à-dire la mère du petit garçon qui n'était autre que Jésus.

On lui donna le nom de "Jésus-Pierre, le bébé de l'Apocalypse". Et Pierre Poulain annonça en décembre 1980 que cet enfant était "le Rédempteur et le Sauveur de l'Humanité" et qu'une couronne d'or serait déposée sur sa tête le 13 novembre 1999.

A Derval, comme le "Rédempteur et Sauveur de l'Humanité" n'était pas déclaré à l'état civil, quatre mois après sa naissance, le Procureur de la République envoya, sur commission rogatoire, les gendarmes de Derval, de Guéméné-Penfao et Chateaubriant enquêter au domicile de M. Poulain, à Conquereuil, ainsi que dans les maisons achetées par l'Église de la Sainte Famille à Derval et dans les environs. Ainsi fut régularisée la situation civile du Bébé de l'Apocalypse : "Jésus-Pierre".

 

Un fondateur et un grand investisseur

Fondateur de l'Église de la Sainte Famille, Pierre Poulain a créé aussi une congrégation religieuse : l'ordre des Filles crucifères, vêtues de longues jupes grises, portant un voile vert sur la tête et une croix autour du cou. Certaines de ces religieuses auront la mission de mettre au monde des enfants immaculés, conçus par l'opération du Saint-Esprit, sans le péché originel.

Les habitants de Derval ne sont pas dupes, ils savent que Pierre Poulain investit aussi dans la pierre : dix-sept maisons, dont huit au moins à son nom, acquises grâce à la générosité des fidèles ! On organise des collectes d'or et de pierres précieuses pour fabriquer le berceau et la couronne d'or pour le futur sacre du roi en 1999. Les adeptes abandonnent leurs bijoux, broches de famille, certains même toute leur fortune. Les personnes âgées sont invitées à verser leurs rentes ou à léguer leurs biens, par testament, à l'Association de P. Poulain. Que ne ferait-on pas pour hâter l'oeuvre de la Restauration de l'Église catholique et universelle !

 

Des obsèques pas très catholiques ...

Récemment, "l'Église de la Sainte Famille" n'a pas craint de s'opposer aux obsèques religieuses d'un prêtre de Paris, auxiliaire au diocèse de Rennes, qui assurait la desserte d'une paroisse rurale en Ille-et-Vilaine. Après un séjour en hôpital spécialisé, le malheureux abbé avait été accueilli par ses soeurs, adeptes de Pierre Poulain. C'est ainsi que les obsèques furent célébrées, contre la volonté du défunt et du curé de Derval, lors d'une fausse messe, par un faux prêtre, le frère Clodulphe ... Bizarre ! Vous avez dit : bizarre ?

 

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DOZULÉ

 

LES AMIS DE LA CROIX GLORIEUSE DE DOZULÉ

Le 2 avril 1982, une nouvelle association, conforme à la loi de 1901, déposait ses statuts à la Préfecture de l'Aisne : "Les Amis de la Croix Glorieuse de Dozulé".

Ce groupe, qui a fait récemment parler de lui dans la presse locale, intrigue de nombreuses familles du Saint-Quentinois et du Laonnois. Quel est la véritable identité, la finalité de cette Association ?

 

L'ASSOCIATION

D'après l'article II de ses statuts, l'Association des Amis de la Croix Glorieuse de Dozulé :

"a pour but de se mettre pleinement au service du Message que Jésus de Nazareth, le Ressuscité, a délivré à Dozulé (Calvados) entre le 28 mars 1972 et le 6 octobre 1978, à Sa servante Madeleine, pour rappeler les hommes à l'amour entre eux et pour Lui.

C'est un Message de Paix, libre et indépendant de toute église, qui s'adresse à la fois à toutes les Églises et à tous les hommes, sans distinction de religion, de race, de langue, de nationalité ou de classe.

L'association se propose principalement d'annoncer au monde ce Message contenu dans le recueil intitulé : "DOZULÉ, Message unique, définitif et ultime de Jésus de Nazareth, le Fils de l'homme, le Ressuscité, le Vivant" (1972-1978).

L'association se propose également de réunir tous les moyens pour faire élever la Croix Glorieuse, le Sanctuaire, et réaliser le Bassin de purification, conformément au Message.

En outre, l'association devra s'assurer de la libre disposition des terrains nécessaires, soit par acquisition, soit par location de longue durée. Elle devra promouvoir toutes études indispensables à ces réalisations, et aussi tous autres bâtiments annexes et voies d'accès destinés aux pèlerinages."

 

LE MESSAGE DE DOZULÉ

Dozulé est un chef-lieu de Canton du Calvados, un petit village de 1.309 habitants, situé à mi-chemin entre Caen et Pont-l'Evêque. C'est là que Madeleine, (née en 1924) une mère de famille de 5 enfants, aurait eu des apparitions et aurait été chargée de transmettre au monde un "Message unique, définitif et ultime" : le Message de Dozulé.

Entre le 28 mars 1972 et le 6 octobre 1978, Madeleine aurait bénéficié de 49 interventions miraculeuses : apparitions d'une grande croix lumineuse, apparitions du Christ, apparitions de l'Hostie et de l'archange St Michel. Ces apparitions étaient ou non assorties de communications orales qui constituent l'essentiel du Message.

Au cours de ses 38 apparitions, Jésus se présente à Madeleine comme le Fils de l'Homme Ressucité et lui donne l'ordre de transmettre à son Curé, à son Evêque et finalement au Pape, sa demande de construire une croix glorieuse, un sanctuaire et un bassin de purification :

"Dites au Prêtre de faire élever à cet endroit la Croix Glorieuse et au pied un sanctuaire. Tous viendront s'y repentir et y retrouver la paix et la joie".

"Allez tous en procession à l'endroit où la Servante du Seigneur a vu la Croix Glorieuse".

"Faites creuser à 100 mètres du lieu de la Croix Glorieuse un bassin et de l'eau en sortira. Vous viendrez tous vous y laver en signe de purification".

"Allez dire à l'Evêché toutes les paroles que je vous ai dictées".

"Cette lettre, qui devra être remise au Pape, en mains propres, par une religieuse accompagnée d'un Supérieur, s'adresse au chef de l'Eglise... la grande tribulation est proche. Je vous demande de faire élever la Croix Glorieuse pour la fin de la Sainte Année".

Avec une minutiie digne d'un ingénieur ou d'un architecte, Jésus donne ses instructions précises pour la construction de la Croix et du bassin :

"Chaque bras de la Croix Glorieuse doit mesurer 123 mètres et sa hauteur six fois plus" (738 mètres !).

"Faites creuser un bassin de 2 mètres sur 1m50 et 1m de profondeur" (15e app.)

"Jésus demande que la Croix Glorieuse et le sanctuaire soient élevés pour la fin de la Sainte année". (17e apparition).

Puis Jésus annonce "le cataclysme général de cette génération" et le temps tout proche de son retour dans la gloire. Pour le moment, c'est le "temps du suprême effort du mal contre le Christ", c'est l'heure de Satan, "qui dirige le monde". "Délié de sa prison, il occupe la face entière de la terre" et va entraîner le monde dans une "catastrophe telle qu'il n'y en a pas eu depuis le déluge et cela avant la fin du siècle". La grande tribulation est proche ... "des jours de détersse et de calamité vont s'abattre sur le monde entier ..." Mais Dozulé, "la ville bénie et sacrée", sera épargnée, et "seuls seront sauvés ceux qui seront venus se repentir au pied de la Croix Glorieuse et se laver au bassin de purification". Et "après ces jours de détresse, apparaîtra dans le ciel le Fils de l'Homme lui-même avec une grande majesté et une grande puissance ..."

Au passage, on ne se gêne pas pour écorcher : les prêtres "hommes de peu de foi et inactifs qui ne veulent pas croire Madeleine et tardent à accomplir les ordres", les religieuses "incrédules", et pourquoi par l'Evêque qui interdit à Madeleine de transmettre le Message au Maire de Dozulé, lequel devait "rendre à l'Eglise la terre dont elle doit devenir propriétaire". Ces reproches sont accompagnés de menaces contre tous "ceux qui n'exécutent pas les ordres et empêchent Jésus de sauver le monde : malheur au Monde à cause de ces prêtres intrépides qui luttent et refusent. Dieu est colère contre ce refus d'obéissance et sa colère est cruelle".

 

LE COMMUNIQUÉ DE L'ÉVÊQUE DE BAYEUX

Que faut-il penser de ce Message, des héritiers spirituels qui se chargent de le transmettre et de l'exécuter, des pèlerinages organisés à Dozulé ?

Le 31 mai 1974, Jésus avait dit à Madeleine : "Allez voir l'Évêque... donnez-lui le Message complet... le coeur de l'Évêque fondra". Or l'Évêque de Bayeux n'a jamais reconnu l'authenticité du Message de Dozulé. En réponse à la demande transmise par Madeleine : "Auriez-vous la bonté de dire à l'Évêché que le prêtre ne doit pas quitter sa paroisse avant l'accomplissement de la tâche qui lui est demandée", Mgr Badré change de poste M. l'abbé L'Horset, curé de Dozulé, le 1er août 1977. Qui plus est, le 18 décembre 1982, dans le Bulletin officiel de l'Église de Bayeux, (n.24) Monseigneur Badré publie le communiqué suivant :

Depuis quelque temps, de nombreux groupes, étrangers au diocèse et de tendances différentes, en tout cas marginales à la vie de l'Église, se retrouvent à Dozulé. Ils ont des projets matériels insensés. Ils perturbent la vie de cette paisible paroisse et celle de la cité. Le Curé de Dozulé, tout en étant accueillant dans son église, est maintenant obligé de la fermer, et les paroissiens ne peuvent plus avoir d'offices tranquilles.

L'évêque de Bayeux et Lisieux désavoue toute cette agitation désordonnée et demande instamment à ces groupes de cesser leur action et d'arrêter la diffusion de leurs écrits, dont aucun n'est revêtu de l'imprimatur.

Il espère dans l'intérêt de tous être entendu par ceux qui, sans aucun mandat de l'Église, voudraient faire de Dozulé un lieu de pèlerinage et de rassemblement.

 

LE GROUPE DE L'AISNE

A Dozulé, la Croix Glorieuse n'a pas été élevée, le sanctuaire n'a pas été construit et le bassin a été rempli de terre. Mais ailleurs des groupes sont nés : ces groupes que désapprouve Mgr Badré et parmi lesquels se trouve "l'Association des Amis de la Croix Glorieuse de Dozulé", qui a son siège dans le département, à Laon, 13 rue du Cloître. Comme toute association, celle-ci est administrée par un Président, un secrétaire, un secrétaire adjoint et un trésorier, qui ont déposé leur signature en page 8 des Statuts. Mais le véritable animateur ou "Maître à penser" du groupe est un professeur de yoga qui donne ses cours à St-Quentin et à Laon et recrute ses adeptes parmi ses plus jeunes élèves.

Ces yogis, qui sont : professeurs, surveillants, éducateurs spécialisés, infirmières, psychologues, kinésithérapeutes, pharmaciennes, etc..., forment une communauté très cohésive et secrète, entièrement soumise aux doctrines ésotériques du Maître et à ses consignes, qu'il s'agisse de prophéties, d'Hindouisme, d'occultisme, d'astrologie, ou de règles diététiques.

La preuve ? Le Maître ayant prophétisé pour décembre la guerre civile et la famine, suivie d'une guerre mondiale, classique d'abord, puis nucléaire, plusieurs disciples ont demandé à leur employeur une mise en disponibilité et ont gagné la Bretagne, où ils avaient depuis les grandes vacances retenu des maisons et stocké des provisions. Paris, Lyon, Marseille seront détruits, mais la Bretagne sera préservée... Et en 1985, une petite armée libérera la France et le vrai Roi, (qui n'est autre que "le Maître"), quittera sa terre d'exil pour se rendre à Dozulé, au Sanctuaire, à l'ombre de la Croix Glorieuse et là il accueillera le second avènement du Fils de l'Homme !

Jacques TROUSLARD

 

 

A PROPOS DES "ÉVÉNEMENTS" DE DOZULÉ

Intervention canonique de Mgr Badré

LA DOCUMENTATION CATHOLIQUE 2 février 1986 - n° 1911

 

Intervenant pour mettre un terme aux manifestations qui se déroulent depuis quelques années dans son diocèse, à Dozulé, Mgr Badré a publié une ordonnance accompagnée d'une lettre du cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, et d'une déclaration complémentaire. Voici ces trois textes : (* - Texte original. Titre et sous-titres de la DC. Dans la Croix du 2 janvier, Bernard Le Léannec écrit : "Chaque année, depuis le 20 mars 1972, où Madeleine Aumont, une couturière de ce village de Dozulé), dit avoir vu une immense croix lumineuse dans le ciel, se déroule un pèlerinage fréquenté par plusieurs milliers de fidèles, encadrés par une association qui veut promouvoir les "faits" de Dozulé. Cette Association "les Amis de la croix glorieuse", envisagerait de construire sur la Haute-Butte qu'elle a achetée à prix d'or, une croix "haute comme Jérusalem" (738 m), comme l'aurait demandé le Christ à Madeleine. L'évêque de Bayeux avait, dès le début des "apparitions" émis les réserves les plus expresses tant sur les événements de Dozulé que sur les rassemblements qu'ils provoquaient."

 

ORDONNANCE DE MGR L'EVÊQUE DE BAYEUX

Depuis quelques années, des chrétiens se rassemblent à Dozulé, en un lieu appelé "La Haute-Butte", pour célébrer la croix glorieuse de Jésus-Christ et prier pour la rédemption du monde

Après avoir constitué le 27 avril 1984 une commission diocésaine chargée d'enquêter sur les motifs de ces rassemblements à Dozulé et de porter un jugement sur les livres et les cassettes répandus dans le monde entier et relatant les "événements" de Dozulé,

Après avoir étudié ses conclusions que je communique au Siège apostolique,

Dans le seul souci d'éclairer les chrétiens, de les aider à demeurer fidèles à l'Église et pour "veiller à ce qu'il ne soit pas porté de dommage à la foi ou aux moeurs des fidèles" (can. 823 § 1), je promulgue la présente ordonnance :

Article premier. - En vertu des canons 823 et 824 du Code de droit canonique (1), je réprouve formellement la publication de livres, brochures, prières, cassettes, qui ne portent pas l'approbation d'un Ordinaire.

Art. II. - Je ne reconnais pas comme "sanctuaire", c'est-à-dire comme "lieu sacré où les fidèles se rendent nombreux en pèlerinage, pour un motif particulier de piété, avec l'approbation de l'Ordinaire de lieu" (can. 1230), le domaine de "La Haute-Butte" de Dozulé.

Art. III. - En conséquence, j'interdis toute propagande et spécialement toute collecte de fonds en vue de la construction d'un sanctuaire ou de l'édification d'une croix gigantesque en ce lieu (can. 1265 § 1) (2)

De même j'interdis l'édification de tout sanctuaire (église, oratoire), calvaire, sur le territoire de la paroisse de Dozulé (can. 1215, 1224) (3)

Art. IV. - Restant saufs les droits du curé sur le territoire de la paroisse de Dozulé, j'interdis à tout prêtre :

- D'organiser ou de présider toute réunion en relation avec le "message" de Dozulé ;

- De célébrer l'eucharistie dans les mêmes circonstances.

Et précise que tout prêtre qui, obstinément, enfreindrait les interdictions contenues dans cet article IV, s'expose à être privé dans le diocèse de Bayeux de la juridiction nécessaire pour entendre les confessions et, éventuellement, d'être frappé de suspense.

Un certain nombre de fidèles seront désorientés par ces décisions. Ils en souffriront et auront de la peine à les accepter. Je les invite, ainsi que tous ceux qui liront cette ordonnance, à recentrer toujours plus leur piété, le témoignage de leur foi et leur zèle apostolique, sur le mystère de la Croix glorieuse du Sauveur.

L'Église nous y invite, spécialement pendant la Semaine sainte. Dans le même sens, le Saint-Père nous a demandé à tous de redécouvrir les bienfaits des sacrements de la Réconciliation et de l'Eucharistie.

C'est en eux et par eux qu'il faut chercher les sources de notre conversion et de celle du monde ; c'est en eux et par eux, dans l'Église, qu'il faut fortifier notre espérance dans l'attente du retour du Seigneur.

Cette présente ordonnance sera publiée lorsque le Siège apostolique aura fait connaître son opinion sur les "événements" de Dozulé, au vu de l'enquête faite par la Commission diocésaine et qui lui a été transmise intégralement.

A Bayeux, le 24 juin 1985.

† JEAN BADRÉ - Évêque de Bayeux et Lisieux.

Par mandement : E. BELIN, Chancelier de l'évêché.

 1/ Can. 823 - §1. Pour préserver l'intégrité de la foi et des moeurs, les pasteurs de l'Eglise ont le devoir et le droit de veiller à ce qu'il ne soit pas porté de dommage à la foi ou aux moeurs des fidèles par des écrits ou par l'usage des moyens de communication sociale, d'exiger aussi que les écrits touchant à la foi ou aux moeurs, que les fidèles se proposent de publier, soient soumis à leur jugement et même de réprouver les écrits qui nuisent à la foi droite ou aux bonnes moeurs.

§2. Le devoir et le droit dont il s'agit au §1 reviennent aux évêques, tant pris séparément que réunis en Conciles particuliers ou en Conférence des évêques, à l'égard des fidèles confiés à leurs soins; mais ils reviennent à l'autorité suprême de l'Eglise à l'égard du Peuple de Dieu tout entier.

Can. 824 - §1. Sauf disposition autre, l'Ordinaire du lieu auquel il faut demander l'autorisation ou l'approbation pour éditer des livres, conformément aux canons de ce titre, est le propre Ordinaire du lieu de l'auteur ou l'Ordinaire du lieu où des livres sont édités.

2/ Can. 1265 - §1. Restant sauf le droit des religieux mendiants, il est interdit à toute personne privée physique ou juridique de faire la quête pour toute institution ou fin pieuse ou ecclésiastique, sans la permission écrite de son Ordinaire propre et de l'Ordinaire du lieu.

3/ Can. 1215 - §1. Aucune église ne sera construite sans le consentement formel de l'évêque diocésain donné par écrit.

§2. L'évêque diocésain ne donnera pas son consentement à moins qu'après avoir entendu le Conseil presbytéral et les recteurs des églises voisines il n'estime que la nouvelle église peut être utile au bien des âmes et que les moyens nécessaires pour sa construction et pour l'exercice du culte divin ne manqueront pas.

§3/ Les Instituts religieux eux aussi, même s'ils ont obtenu le consentement de l'évêque diocésain pour établir une nouvelle maison dans son diocèse ou dans sa ville, doivent encore obteir son autorisation avant de construire une église dans un endroit précis et déterminé.

Can. 1223. Par oratoire, on entend un lieu destiné au culte divin avec la permission de l'Ordinaire, pour la commodité d'une communauté ou d'un groupe de fidèles qui s'y réunissent, lieu auquel d'autres fidèles peuvent avoir aussi accès, avec le consentement du supérieur compétent.

Can. 1224 - §1. L'Ordinaire ne donnera pas la permission requise pour établir un oratoire sans avoir d'abord visité, par lui-même ou par un autre, le lieu destiné à l'oratoire et avoir constaté qu'il est décemment aménagé.

 

LETTRE DU CARDINAL RATZINGER

Prot.n° 19/84 Rome, 25 octobre 1985.

EXCELLENCE,

Vous avez porté à la connaissance du Siège apostolique le rapport de la Commission diocésaine instituée par vous pour examiner les "événements de Dozulé", ainsi que l'ordonnance que vous avez jugé opportun de prendre au vu des conclusions de cette Commission.

Dans le cadre de sa compétence, la Congrégation pour la Doctrine de la foi a examiné avec attention ces documents et approuve la procédure que vous avez suivie ainsi que les dispositions de votre ordonnance. En même temps, elle ne doute pas que vous suiviez ultérieurement cette affaire avec la même vigilance prudente, et preniez au besoin les mesures opportunes qui, en cette matière, relèvent de votre propre responsabilité épiscople (cf. can 381, par. 1).

Veuillez agréer, Excellence, l'expression de mes sentiments de fraternel et très respectueux dévouement dans le Seigneur.

Joseph, card. RATZINGER.

 

 

DÉCLARATION DE MGR L'ÉVÊQUE DE BAYEUX

A cette ordonnance et à la lettre de M. le cardinal préfet de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la foi, j'ajoute la déclaration qui suit.

Célébrer la croix glorieuse, l'Église le fait solennellement le 14 septembre, et les innombrables calvaires de nos campagnes et de nos villes sont le signe de la dévotion des catholiques envers la Sainte Croix.

La Croix, instrument de supplice, s'affirme depuis le Vendredi saint et le jour de Pâques comme source de lumière et de force, grâce au Christ qui accepta librement d'en faire un signe visible du don gratuit de son amour pour les hommes.

Vénérer la Croix, l'Église l'a toujours fait et plus spécialement le Vendredi saint.

Prier pour la rédemption du monde, c'est ce que fait l'Église chaque fois qu'une messe est célébrée : "Voilà pourquoi, Seigneur, nous célébrons aujourd'hui le mémorial de notre rédemption : en rappelant la mort de Jésus-Christ et sa descente au séjour des morts, en proclamant sa résurrection et son ascension à ta droite dans le ciel, en attendant qu'il vienne dans la gloire, nous t'offrons son corps et son sang, le sacrifice qui est digne de toi et qui sauve le monde." (Prière eucharistique IV.)

Le sacrifice de la messe est célébré "dans la communion de toute l'Église" et en lien avec le Pape et l'évêque de l'Église diocésaine (cf. Prière eucharistique I.)

Dans cet esprit, il me semble important de faire les remarques suivantes :

1. L'Église, dont la foi se fonde sur la Révélation transmise par les apôtres, n'est jamais engagée par la manière particulière dont chaque fidèle exprime sa propre foi. Les grâces particulières reçues par chacun sont d'abord personnelles, et il appartient à l'autorité de l'Église de discerner si ces grâces ou charismes peuvent servir à l'édification du Peuple de Dieu.

2. Pour ce qui se passe à Dozulé, l'action et l'agitation, la collecte de fonds par des personnes n'engageant que leurs seules responsabilités, sans mandat, sans aucun respect de l'autorité de l'évêque, la propagande fanatique en faveur du "message", la condamnation sans appel de ceux qui ne s'y rallient point, me font estimer, en conscience, qu'au-delà de toute cette agitation, je ne peux discerner les signes qui m'autoriseraient à déclarer authentiques les "apparitions" dont il est fait état, ou à reconnaître une mission qui serait donnée à l'Église de diffuser ce "message".

3. A côté des appels à la conversion, à la confiance envers la Croix glorieuse et à la dévotion eucharistique, les écrits publiés contiennent des accents et des exigences tout à fait inacceptables :

- La valeur salvatrice de la seule démarche faite à Dozulé.

- Le caractère ultime et exclusif du "message".

- La mise en valeur de Dozulé, de La Haute-Butte, "Terre sainte, nouvelle Jérusalem".

- L'eschatologie douteuse et assez mal venue à l'approche de l'an 2000.

- Sans parler des détails matériels (en particulier les dimensions gigantesques de la Croix).

A une époque où l'opinion publique est attirée facilement par des événements analogues, nous aurons tous profit à méditer le beau texte du cardinal Newman, célèbre converti du XIXe siècle : "Ce n'est pas foi, mais crédulité ou superstition, de prêter l'oreille à de vains contes d'apparitions, de charmes, de présages et autres choses semblables qui ont cours en des pays chrétiens. La raison est que nous avons déjà la Révélation. Les miracles auxquels nous croyons rendent suspects d'autres miracles étrangers à la structure du christianisme (4- DC 9 juin 1973, n° 1663, p. 525)."

A Bayeux, le 8 décembre 1985.

† Jean BADRÉ - Évêque de Bayeux et Lisieux

 

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GARABANDAL

 

LES "APPARITIONS" DE GARABANDAL

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1965 n° 1452

La Semaine Catholique du diocèse de Belley (24 juin 1965) publie le communiqué ci-après qui lui a été transmis à la date du 11 juin dernier par Mgr BEITIA ALDAZABAL, évêque de Santander (1)

La Commission spéciale qui est compétente dans les faits qui arrivent dans le village de San Sebastian de Garabandal nous a remis le rapport correspondant, en date du 4 octobre de l'année en cours. Ladite Commission est confirmée dans ses interventions antérieures, en jugeant que de tels phénomèns manquent de tout signe de caractère surnaturel et ont une explication naturelle.

En conséquence et dans notre désir que nos diocésains soient dûment informés, et que tous ceux qui auraient quelque relation avec les faits aient une orientation sûre, en accomplissement de notre devoir pastoral et en faisant usage de nos facultés :

1. Nous confirmons en tous points les notes officielles de cet évêché de Santander, datées du 26 août et du 24 octobre 1961.

2. Nous interdisons à tous les prêtres, tant diocésains qu'extra-diocésains et à tous les religieux, même exempts, de se rendre au lieu mentionné, sans permission expresse de l'autorité diocésaine.

3. Nous réitérons à tous les fidèles l'avis qu'ils doivent s'abstenir d'échauffer l'ambiance créée par le déroulement de ces faits et que, par conséquent, ils doivent s'abstenir d'accourir audit village pour ce motif.

Dans une question si grave, nous attendons de vous l'accomplissement ponctuel de ces dispositions.

A Santander, fête du Rosaire, 7 octobre 1962.

† EUGENIO, évêque de Santander.

  (1- Nous lisons dans la Croix du 1er juillet 1965 : A la suite d'un rassemblement qui a réuni à San Sebastian plus d'un millier de personnes, en majorité des Français et des Allemands, la déclaration suivante a été faite par un porte-parole de l'évêché de Santander : "L'évêché de Santander interdit formellement aux prêtres et aux laïcs de se rendre dans la petite localité de San Sebastian Garabandal, pour y assister aux extases de quatre fillettes qui affirment sérieusement que la Sainte Vierge leur est apparue et leur a parlé. Rien jusqu'à présent ne nous oblige à affirmer qu'il s'agit de phénomènes surnaturels." Des témoins affirment que ce jour-là, pendant douze minutes, vers 23 h 30, la jeune Conchita Gonzalez, âgée de seize ans, aurait eu une "extase" au cours de laquelle, d'après ses dires, l'archange saint Michel lui aurait transmis un message.)

 

 

LES APPARITIONS DE GARABANDAL

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1965 n° 1457

De nombreux lecteurs nous interrogeant au sujet des apparitions de Garabandal (Cf. D.C. 1965, n° 1452, col. 1344), nous donnons ci-après cette note publiée le 9 juillet dernier par Mgr Beitia Aldazabal, évêque de Santander, sur le territoire duquel se trouve San Sebastian de Garabandal (1-Texte espagnol dans Illustracion del .)

 

Note de l'évêque de Santander

Notre devoir pastoral nous fait une obligation de publier cette note. Le nom de Garabandal et les faits qui se sont produits depuis quelques années dans ce petit village de montagne situé dans notre diocèse ont eu, par les moyens de communication sociale, un écho qui s'est répercuté bien au-delà de notre pays et même de notre continent. Des agences internationales ont diffusé des reportages et des photographies. On parle d'apparitions de la Sainte Vierge, de désirs exprimés par elle et de messages spirituels. En même temps, on nous demande un avis autorisé sur ces événements que l'on veut relier à d'autres vénérables manifestations mariales universellement connues.

L'évêché de Santander a réuni, au cours de ces dernières années, une vaste documentation sur tout ce qui s'est produit. Il ne clôt pas le dossier et il recevra toujours avec reconnaissance tous les éléments de jugement que l'on voudra bien lui faire parvenir. Jusqu'à maintenant, trois notes officielles ont été publiées pour orienter le jugement des fidèles. Cette note sera la quatrième et sa conclusion sera, pour le moment, la même que celle des notes précédentes. La Commission compétente pour la qualification de ces faits n'a pas trouvé de raisons lui permettant de modifier le jugement qu'elle a déjà porté. Elle estime qu'après mûr examen, le caractère surnaturel de ces phénomènes ne peut être établi.

En conséquence, l'autorité diocésaine renouvelle les mesures qui doivent être prises pour que l'on ne crée pas artificiellement une ambiance de confusion par une propagande massive ne correspondant pas à la lettre et à l'esprit des saints canons, par des informations, des articles de presse, des photographies, des indications d'itinéraires, etc.

Nous rappelons qu'en vertu du canon 1399, n° 5, "sont interdits par le droit les livres et tracts qui rapportent de nouveaux miracles, apparitions, révélations, visions ou prophéties, ou qui introduisent de nouvelles dévotions, s'ils sont publiés sans se conformer aux prescriptions". Nous faisons savoir que, jusqu'à maintenant, nous n'avons accordé d'imprimatur à aucun livre, tract, article ou reportage sur ce sujet. Partout où s'exerce notre autorité diocésaine, nous étendons cette interdiction canonique à toute publication d'articles ou d'informations qui n'ont pas été soumis à la censure du diocèse de Santander.

Nous supplions tous les fidèles de s'abstenir de fomenter par leur présence à San Sebastian de Garabandal l'ambiance créée autour de ces apparitions et communications spirituelles. Nous faisons cependant remarquer que nous n'avons rien trouvé qui puisse faire l'objet d'une censure ecclésiastique et d'une condamnation ni dans la doctrine ni dans les recommandations spirituelles qui ont été divulguées comme adressées aux fidèles, car elles contiennent une exhortation à la prière, au sacrifice, à la dévotion eucharistique, au culte de Notre-Dame sous ses louables formes traditionnelles, et à la sainte crainte de Dieu, offensé par nos péchés. Elles ne font que répéter la doctrine courante de l'Église en cette matière.

Nous admettons la bonne foi et la ferveur religieuse des personnes qui affluent à San Sebastian de Garabandal. Elles méritent le plus profond respect, et nous voulons précisément faire fond sur leur ferveur religieuse pour qu'elles obéissent pleinement à la hiérarchie de l'Église et à son magistère, et tiennent soigneusement compte des recommandations que nous avons publiées à diverses reprises.

Quant aux prêtres, étant donné l'importance spéciale que peut avoir leur intervention - qu'il s'agisse d'une participation active, d'une collaboration au déroulement des faits ou d'une simple présence à titre de spectateurs, - nous leur interdisons d'une façon explicite et formelle d'y assister sans l'autorisation expresse, particulière et donnée pour chaque cas par l'autorité diocésaine. Nous déclarons que seront suspens ipso facto dans ce diocèse de Santander tous ceux qui contreviendraient à notre formel avertissement.

La suprême congrégation du Saint-Office a pris contact avec le diocèse de Santander pour obtenir les informations voulues sur cette grave question.

Donné à Santander, le 8 juillet 1965.

† EUGÉNE, évêque de Santander.

 

Avis du Saint-Office

D'autre part, le Bulletin officiel du diocèse de Santander (août 1965) publiait l'information suivante :

Le Saint-Office, à la date du 28 juillet 1965, après avoir accusé réception des informations données par l'évêque de Santander, dit textuellement : "La documentation transmise montre avec une clarté suffisante combien Votre Excellence a agi prudemment en cette question. S'il survient quelque chose de nouveau, daignez le communiquer au Saint-Office."

Signé : RAIMONDO VERARDO, O.P., commissaire.

 

 

COMMUNIQUÉ DE L'ARCHEVÊCHÉ DE MONTRÉAL SUR GARABANDAL

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1967 page 532

Une propagande grandissante s'exerce, même en notre milieu, au sujet de prétendues apparitions de la Vierge qui auraient eu lieu à Garabandal, en Espagne.

L'autorité diocésaine de Montréal n'encourage nullement cette propagande et recommande plutôt la prudence au sujet des événements qu'elle diffuse. Des informations récemment reçues de l'évêché de Santander - diocèse dont relève le village de Garabandal - indiquent qu'à plusieurs reprises des avis officiels ont été émis par l'évêque à ce sujet. Ces avis ont été donnés à la suite d'enquêtes ecclésiastiques soignées et ils affirment clairement qu'il n'apparaît pas que les événements de Garabandal aient un caractère de surnaturel.

(Église de Montréal,3 janvier 1967).

Nous rappelons la note de l'évêque de Santander sur les apparitions de Garabandal, publiée dans notre numéro du 17 octobre 1965, col. 1823.

 

GARABANDAL

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1967 page 671

Au moment où nous mettons sou presse, nous recevons le document ci-après qui nous est transmis par l'évêché de Santander, et que nous traduisons de l'espagnol :

Note officielle de l'évêque de Santander

Les 30 août, 2, 7 et 27 septembre, ainsi que le 11 octobre 1966, accompagné de M. le Vicaire général, du "proviseur" de l'évêché et du curé de San Sebastian de Garabandal, à la demande des intéressées présentée au dit curé, nous avons nous-mêmes recueilli les déclarations faites par Conchita Gonzalez Gonzalez, Mari Loli Mazon Gonzalez, Jacinta Gonzalez Gonzalez, et Mari Cruz Gonzalez Madrazo, sur les faits qui se sont produits à San Sebastian de Garabandal à partir du 18 juin 1961.

Il résulte des déclarations des intéressées que :

1. Il n'y a eu aucune apparition, ni de la Sainte Vierge, ni de l'archange saint Michel, ni de quelque autre personnage céleste.

2. Il n'y a eu aucun message.

3. Tous les faits qui se sont produits dans ladite localité ont une explication naturelle.

En publiant la présente note, nous ne pouvons manquer de féliciter le clergé et les fidèles du diocèse de Santander qui, à tout moment et avec une obéissance filiale, ont suivi les indications de la hiérarchie. Nous regrettons que cet exemple n'ait pas été suivi par d'autres personnes qui, par l'imprudence de leur conduite, ont semé la confusion et la méfiance envers la hiérarchie, empêchant par une redoutable pression sociale que ce qui avait commencé comme un innocent jeu d'enfant puisse être démystifié par les auteurs elles-mêmes de ce jeu.

Une fois de plus, il est bon de rappeler que les vrais messages du ciel nous viennent par les paroles de l'Évangile, du Pape, des Conciles et du magistère ordinaire de l'Église.

A Santander, le 17 mars 1967.

VICENTE, évêque de Santander.

(L'évêque de Santander est depuis 1965 Mgr Vicente Puchol Montis, qui a succédé à Mgr Beitia Aldazabal, dont nous avions publié le jugement au sujet des événements de Garabandal dans notre numéro du 17 octobre 1965, col. 1.823.)

 

Lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi

Toute la documentation relative à l'affaire a été envoyée à la Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi, en lui faisant connaître le jugement définitif de l'évêque de Santander, contenu dans la note qu'on vient de lire. Voici la réponse de S. Em. le cardinal OTTAVIANI, pro-préfet de ladite Congrégation, à Mgr Vicente Puchol Montis, évêque de Santander.

Rome, le 7 mars 1967.

Excellence,

Par une lettre du mois d'octobre dernier, vous avez fait parvenir à cette Sacrée Congrégation les documents rédigés par la Commission diocésaine, ainsi que les normes données par Votre Excellence au sujet des "apparitions" que l'on dit avoir eu lieu à Garabandal.

Cette Sacrée Congrégation a examiné soigneusement et attentivement toute la documentation, y compris celle qui a été envoyée d'autres lieux, et finalement elle est parvenue à la conclusion que cette question avait déjà été examinée minutieusement et tranchée par vous-même, et que par conséquent il n'y a pas de raison pour que cette Sacrée Congrégation intervienne.

Je remercie votre Excellence de la diligence et de la prudence dont elle a fait preuve pour résoudre cette affaire et je suis heureux de profiter de cette occasion pour vous exprimer ma grande estime et mon affection.

A. card. OTTAVIANI, pro-préfet.

 

GARABANDAL

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1969 page 47

Nous avons déjà, à plusieurs reprises, fait connaître la pensée de la hiérarchie responsable au sujet d'événements soi-disant surnaturels (apparitions de la Sainte Vierge et de saint Michel) qui auraient eu lieu depuis 1961 à San Sebastian de Garabandal, dans le diocèse de Santander, en Espagne (Cf. D.C. 1965, col. 1344, 1823 ; 1967, col. 532, 671*). Voici le dernier communiqué qui a été publié à ce sujet par l'évêché de Santander le 9 octobre 1968 :

A propos d'articles publiés récemment dans certains quotidiens et revues à grande diffusion au sujet des événements de San Sebastian de Garabandal, le secrétariat de l'évêché de Santander, à la demande de Mgr Jose Maria CIRARDA LACHIONDO, évêque du diocèse, fait savoir ce qui suit :

1. La hiérarchie de l'Église est seule juge en cette question si délicate.

2. Trois évêques successifs, NN. SS. Doroteo Fernandez, Eugenio Beitia et Vincente Puchol, ont exprimé la pensée de l'Église sur ce point dans cinq interventions datées des 26 août et 19 octobre 1961, 7 octobre 1962, 8 juillet 1965 et 17 mars 1967.

3. Ces deux premiers évêques furent unanimes pour dire que "le caractère surnaturel n'apparaît pas dans les phénomènes qui ont été attentivement examinés" par la Commission créée à cet effet. Quant au dernier évêque, il a affirmé, après avoir traité l'ensemble de la question avec le Saint-Siège : "Tous les faits qui se sont produits dans cette localité ont une explication naturelle."

4. Demeurent en vigueur les dispositions prises par Mgr Beitia (Bulletin du diocèse, 1965, p. 181),en vertu desquelles :

a) Est interdite aux prêtres toute intervention, soit en participant ou en collaborant activement au déroulement des événements, soit en y assistant en simples spectateurs. Sont suspens dans ce diocèse de Santander tous ceux qui y assistent sans l'autorisation expresse donnée pour chaque cas par l'autorité diocésaine ;

b) Les fidèles sont priés d'éviter que se développe, par leur présence à San Sebastian de Garabandal, le climat créé autour de ces événements ;

c) Il est rappelé à tous qu'en vertu du canon 1399, n° 5, "sont interdits par le droit, les livres et tracts qui rapportent de nouveaux miracles, apparitions, révélations, visions ou prophéties, ou qui introduisent de nouvelles dévotions, s'ils sont publiés sans se conformer aux prescriptions des canons" (1). On fait remarquer que dans le diocèse de Santander, aucun imprimatur n'a été donné à quelque livre, brochure, article ou reportage que ce soit traitant de cette question, et qu'il est interdit de publier tout article ou information qui n'aurait pas au préalable été soumis à la censure du diocèse.

5. Est digne d'éloge l'obéissance filiale avec laquelle le clergé et les fidèles du diocèse de Santander ont suivi les directives de leurs évêques en cette matière, et tout spécialement M. le curé de San Sebastian de Garabandal, lequel ne fait que suivre les ordres donnés lorsqu'il interdit à ceux qui en font la demande lors de leur visite à cette paroisse, de célébrer la messe ou un culte spécial.

6. On doit, par contre, vivement déplorer l'obstination avec laquelle certains s'emploient à mener de vastes campagnes publicitaires, en Espagne ou à l'étranger, à organiser des visites aux lieux des événements, et même à y édifier un lieu de culte, que l'on est en train de construire contrairement à la volonté de la hiérarchie diocésaine. Tout cela entraîne une opposition rebelle contre le sens de l'Église et s'inscrit clairement en faux contre le caractère prétendument surnaturel des événements de San Sebastian de Garabandal et du climat créé autour d'eux ; la bonne foi demeurant sauve de ceux qui, ignorant les dispositions de la hiérarchie, viennent en ce lieu.

L'évêque de Santander espère que tous les fidèles se conformeront strictement aux prescriptions de ses prédécesseurs, qu'il réitère et qui continuent à garder toute leur vigueur.

Fait à Santander, le 9 octobre 1968.

Suit le texte de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, publié dans notre numéro du 2 avril 1967, col. 672*.

(Boletin eclesiastico oficial del arzobispado de Zaragoza, novembre 1968, p. 797)

 

GARABANDAL

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1969 page 821

Note de la congrégation pour la Doctrine de la foi

Nous avons déjà à plusieurs reprises publié des documents de la hiérarchie sur les soi-disant apparitions de Garabandal, en Espagne (cf. DC 1965, col. 1344, 1823 ; 1967, col 532, 671* ; 1969, p. 47). Le dernier en date est la note ci-après publiée à Rome le 10 mai 1969 par la S. congrégation pour la Doctrine de la foi :

Après la publication de la note officielle de l'évêque de Santander, le 17 mars 1967, et la lettre de S. congrégation pour la Doctrine de la foi datée du 7 mars 1967, de nouveaux éléments ne sont pas apparus. En conséquence, l'évêque de Santander a toujours autorité pour juger' de la situation au sujet de Garabandal.

La S. congrégation pour la Doctrine de la foi, sans aborder le fond de la question, a décidé que l'évêque de Santander a agi correctement dans cette question, et en parfait accord avec son autorité.

Il est inutile que les défenseurs de Garabandal en appellent à une approbation du Saint-Siège contre les actions et les décisions de l'évêque de Santander en cette affaire.

Étant donné que l'évêque de Santander a pleinement autorité sur ce point, il est faux qu'un "enquêteur privé" ait été désigné par le Saint-Siège.

Il est également faux d'affirmer que Paul VI ait accordé à Conchita Gonzalez une audience privée ou une bénédiction spéciale. Elle a effectivement reçu la bénédiction au cours d'une audience générale, mais ce serait falsifier la vérité que d'interpréter cela comme une approbation de Garabandal par le Pape.

(Texte espagnol publié par le service religieux de l'Agence Prensa asociada, Madrid, 27 mai 1969).

 

RECTIFICATION

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1970 page 161

Sur la foi de différentes agences de presse,, dans notre numéro du 21 septembre 1969, p. 821, nous avons présenté comme "Note de la congrégation pour la Doctrine de la foi" un texte relatif aux apparitions de GARABANDAL. Plusieurs lecteurs ayant contesté l'authenticité de cette note, nous en avons référé à la S. congrégation en question. Voici la réponse que nous avons reçue de son secrétaire, Mgr Paul PHILIPPE, en date du 21 janvier 1970 : " Le texte (sur Garabandal) publié dans le numéro 1547 du 21 septembre 1969 de la Documentation Catholique n'est pas de la congrégation pour la Doctrine de la foi."

 

GARABANDAL

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1970 page 532

Au dossier déjà abondant concernant les "apparitions " de Garabandal, dans le diocèse de Santander (Espagne), nous joignons les pièces ci-après. La S. Congrégation pour la Doctrine de la foi affirme que le Saint-Siège "déplore que certaines personnes et institutions persistent à répandre le mouvement" de Garabandal, et réaffirme son soutien aux décisions prises par l'évêque de Santander, "seul à avoir complète juridiction en cette affaire". Ce dernier, de son côté, rappelle que l'enquête diocésaine sur Garabandal, qui a conclu à la non-existence des apparitions, est close, et que toute manifestation de piété reposant sur ces "apparitions" est "rigoureusement interdite". Ces documents font par ailleurs la lumière sur la "note" publiée dans notre numéro du 21 septembre 1969, p. 821, dont Mgr Philippe a dit qu'elle n'était pas de la Congrégation pour la Doctrine de la foi (DC. du 15 février 1970, p. 161).

 

I. - Lettre du cardinal-préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi à l'évêque de Santander1

A S. Exc. Mgr José Cirarda Lachiondo, évêque de Santander.

Rome, le 10 mars 1969.

Excellence,

La Congrégation pour la Doctrine de la foi a bien reçu la lettre du 31 janvier dernier par laquelle vous lui transmettiez un dossier concernant les apparitions de Garabandal, en lui demandant de sanctionner de son autorité suprême les arguments proposés.

Ce dicastère a déjà dû se pencher plus d'une fois sur cette question, et votre lettre récente lui a donné l'occasion de la réexaminer attentivement. Mais comme cet examen n'a fait apparaître aucun élément nouveau, il n'y a pas aujourd'hui de nouvelle raison que la S. congrégation pour la Doctrine de la foi intervienne directement dans cette affaire.

Vous le savez, notre Congrégation s'est toujours refusée à se substituer à l'autorité à laquelle il revient en premier d'examiner et de juger un tel genre de questions, et elle s'y est abstenue de toute ingérence. Dans sa correspondance à ce sujet, elle s'est contentée de louer la prudence et la sollicitude pastorale dont votre curie a fait preuve 2, sans jamais porter de jugement engageant l'autorité du Saint-Siège. Il ne faut pas oublier, en effet, que lorsque la S. congrégation pour la Doctrine de la foi engage son autorité dans l'étude d'une question, elle rassemble toutes les données du problème pour les soumettre à son examen. Mais en l'occurrence, elle a jugé qu'il n'y avait pas lieu de le faire.

Du reste, le décret porté par l'autorité de l'Ordinaire diocésain 3 qui en a la compétence de droit doit constituer, même pour les Ordinaires des lieux, un motif suffisant pour écarter leurs fidèles de tous pèlerinages et exercices de piété concernant les prétendues apparitions et communications en question.

Je profite de cette occasion pour vous exprimer, Excellence, mes sentiments de profonde estime.

Francesco card. Seper, préfet.

 

II. - Lettre du cardinal-préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi à l'archevêque de La Nouvelle-Orléans 4

A S Exc. Mgr Philip M. Hannan, Archevêque de La Nouvelle-Orléans.

Rome, le 21 avril 1970.

Excellence,

Cet office a reçu votre lettre du 8 avril 1970 où vous faisiez part de vos craintes justifiées, devant la diffusion du mouvement de Garabandal dans votre archidiocèse et où vous demandiez au Saint-Siège des lignes directrices claires et sûres pour traiter de ce phénomène.

Le Saint-Siège partage votre préoccupation pour l'évidente confusion qui va croissant, occasionnée par la diffusion de ce mouvement parmi les fidèles et désire, par cette lettre, clarifier sa position sur ce sujet.

La S. congrégation, en dépit de requêtes provenant de divers évêques et fidèles, a toujours refusé de définir le caractère surnaturel des événements de Garabandal. Après le jugement négatif définitif porté par la curie de Santander, cette S. congrégation, après examen attentif des pièces du dossier transmises à cet office, a souvent loué la prudence qui a caractérisé la méthode suivie dans l'enquête, mais a néanmoins décidé de laisser la responsabilité directe de l'affaire entre les mains de l'Ordinaire du lieu.

Le Saint-Siège a toujours estimé que les conclusions et les mesures de l'évêque de Santander constituaient des lignes directrices suffisamment sûres pour le peuple chrétien et des indications pour les évêques, dans le but de dissuader les gens de participer à des pèlerinages et à d'autres formes de dévotion qui se réclament des apparitions et des messages supposés de Garabandal ou sont fondés sur eux. Le 10 mars 1969, cette S. congrégation a écrit une lettre à cet effet à l'évêque de Santander qui avait également demandé une déclaration plus explicite du Saint-Siège sur la question.

Cependant les promoteurs de Garabandal ont essayé de minimiser les décisions et la juridiction de l'évêque de Santander. Cette S. congrégation veut que l'on comprenne clairement que l'évêque de Santander a été et continue à être le seul à avoir complète juridiction en cette affaire et que le Saint-Siège n'a pas l'intention de poursuivre l'examen de cette question, étant donné qu'à son avis l'enquête déjà menée est suffisante, de même que sont suffisantes les déclarations officielles de l'évêque de Santander. Il n'y a aucune vérité dans l'assertion selon laquelle le Saint-Siège a nommé un "enquêteur officiel agissant au nom personnel du Pape à Garabandal", ainsi que dans les affirmations attribuées à ce personnage anonyme en vertu desquelles "la vérification des apparitions de Garabandal repose totalement entre les mains du Saint-Père le Pape Paul VI" ; d'autres expressions du même genre qui visent à miner l'autorité et les décisions de l'évêque de Santander sont complètement dénuées de fondement.

Dans le but de répondre à certains doutes que vous avez exprimés dans votre lettre, cette S congrégation désire affirmer que le Saint-Siège n'a jamais approuvé, même indirectement, le mouvement de Garabandal. Bien au contraire le Saint-Siège déplore le fait que certaines personnes et institutions persistent à répandre le mouvement, en évidente contradiction avec les dispositions de l'autorité ecclésiastique, semant ainsi la confusion parmi les gens, en particulier parmi ceux qui sont simples et sans défense.

D'après ce qui vient d'être dit, vous comprendrez sans difficulté que, bien que cette S. congrégation soit à coup sûr d'accord avec le contenu de la note du 10 mai 1969 (telle qu'elle a été publiée en divers pays et notamment dans la revue française La Documentation catholique, 21 septembre 1969, n° 1547, p. 821), elle doit ajouter qu'il est inexact d'attribuer la partie du texte traitant de l'absence de caractère surnaturel dans les événements de Garabandal à la S. congrégation, qui s'est toujours efforcée de s'abstenir de toute déclaration directe sur la question, précisément parce qu'elle n'estimait pas nécessaire de le faire, à la suite des décisions claires et expresses de l'évêque de Santander. Tel est le sens authentique de la lettre écrite le 21 janvier 1970 par Mgr Paul Philippe, secrétaire de cette S. congrégation, au rédacteur en chef de la Documentation catholique.

Dans le but de vous aider dans votre action pastorale touchant cette affaire, cet office joint à cette lettre d'autres documents officiels déjà publiés en d'autres pays, notamment en Espagne, à savoir les deux notes officielles de l'évêque de Santander, deux lettres de la S. Congrégation au même évêque, et une lettre au délégué apostolique à Mexico.

Par la présente lettre cet office espère avoir clarifié une question qui ne concerne pas seulement votre archidiocèse, mais également d'autres diocèses.

Avec l'assurance de mes sentiments de plus profonde estime et de cordial respect.

Franjo, card. SEPER, préfet.

Paul PHILIPPE, secrétaire.

 

III. - Lettre de Mgr Cirarda Lachiondo, évêque de Santander 1

Au Rev. D. Elmo L. Romagosa

Executive Editor du "Clarion Herald", La Nouvelle-Orléans 2

Santander, le 17 avril 1970.

Très cher Ami dans le Christ,

Vous m'avez écrit à trois reprises pour me demander des éclaircissements sur l'état actuel de la question des apparitions supposées 3 de la Sainte Vierge dans le village San Sebastian de Garabandal. Le motif de ces demandes était votre désir de faire la lumière sur le problème, étant donné que bien des gens, vous le soulignez, sont dans la confusion à cet égard, et cela malgré les déclarations réitérées de l'évêché de Santander. Et si vous m'avez écrit c'est que la S. congrégation pour la Doctrine de la foi elle-même vous a engagé à vous adresser à l'évêque de Santander, cette S. congrégation ayant décidé de ne pas intervenir dans une affaire qu'elle considère comme réglée dans cet évêché.

J'ai beaucoup tardé à vous répondre, et je vous prie de m'en excuser. La raison en est que, avant de vous écrire, j'ai voulu rendre visite à la S. congrégation en question, et même au Pape Paul VI. En effet, les personnes qui refusent d'accepter les décisions des évêques de Santander ne cessent de prétendre, d'une part, que ce n'est pas à l'Ordinaire du lieu qu'il revient de porter un jugement en cette affaire, mais au Saint-Siège, et, d'autre part, que ce dernier était d'un avis différent de celui de l'évêque de Santander. Je savais que ces allégations étaient fausses. Mais, avant de vous écrire, j'ai voulu obtenir une nouvelle confirmation sur tous ces points.

Après avoir rendu visite au Saint-Père ainsi qu'à cette S. congrégation, je puis et dois vous faire part de ce qui suit :

1. L'évêché de Santander a clos son enquête sur le problème des apparitions supposées de la Sainte Vierge à San Sebastian de Garabandal par la note publiée le 17 mars 1967 par mon prédécesseur, Mgr D. Vincente Puchol. Dans cette note était niée l'existence de telles apparitions, de même que celles de l'archange saint Michel. Cette conclusion négative a marqué la fin d'une longue enquête : copie du dossier a été transmise à la S. congrégation. Cette dernière a accusé réception dans une lettre, signée du cardinal Ottaviani, où nous lisons : "Cette S. congrégation a examiné soigneusement et attentivement toute la documentation, y compris celle qui a été envoyée d'autres lieux, et finalement elle est parvenue à la conclusion que cette question avait déjà été examinée minutieusement et tranchée par vous-même, et que par conséquent il n'y a pas de raison pour que cette S. congrégation intervienne." (Lettre du 7 mars 1967).

2. Dès mon entrée en fonctions dans le diocèse de Santander, je me suis rendu compte moi-même qu'un nombre considérable de dévots des apparitions en question répandaient le bruit, y compris en divers écrits, que le changement d'évêque permettait d'espérer sur ce sujet une attitude différente de la part de la hiérarchie. Dans ce but, après avoir étudié le volumineux dossier conservé dans notre évêché, et constaté le bien-fondé du jugement de notre prédécesseur de vénérée mémoire, j'ai réaffirmé sa position dans une note publiée par mon secrétariat le 9 octobre 1968.

3. En ce qui concerne la position du Saint-Siège vis-à-vis des apparitions supposées de San Sebastian de Garabandal, je suis en mesure de vous faire part de ce qui suit :

a) Que la S. Congrégation pour la Doctrine de la foi a été tenue au courant, dans tous les détails, de toutes les mesures prises par l'évêché de Santander dès les premiers jours des apparitions supposées de 1961 ; que cette S. congrégation a étudié tout le dossier "soigneusement et attentivement", selon les termes du cardinal Ottaviani dans sa lettre du 7 mars 1967 ; que "ce dicastère" a déjà dû se pencher plus d'une fois sur cette question, et votre lettre récente lui a donné l'occasion de la réexaminer à nouveau", comme me l'écrit le cardinal Seper , le 10 mars 1969, en réponse à une autre lettre de moi en date du 31 janvier de la même année ;

b) Que Mgr Puchol et moi-même avons demandé à la S. congrégation d'étudier l'opportunité de se réserver le jugement sur cette matière, vu l'agitation de quelques dévots de ces apparitions supposées, en

divers lieux du monde, alors que, concrètement, dans le diocèse de Santander, le problème ne présente aucun intérêt particulier ;

c) Que la S. congrégation répond en disant : "Comme cet examen n'a fait apparaître aucun élément nouveau, il n'y a pas aujourd'hui de nouvelle raison que la S. congrégation pour la Doctrine de la foi intervienne directement dans cette affaire" (cardinal Seper, lettre du 10 mars 1969) ;

d) Que "dans sa correspondance à ce sujet, ce dicastère s'est contenté de louer la prudence et la sollicitude pastorale dont cette curie (de Santander) a fait preuve, sans jamais porter de jugement engageant l'autorité du Saint-Siège" (cardinal Seper, ibidem) ;

e) Que la raison pour laquelle le Saint-Siège ne porte pas de jugement propre est claire, comme on me l'a expliqué à différentes reprises lors de mes visites au Saint-Siège. Cette raison, la voici : "Il ne faut pas, en effet, oublier que lorsque la S. congrégation pour la Doctrine de la foi engage son autorité dans l'étude d'une question, elle rassemble toutes les données du problème pour les soumettre à son examen. Mais en l'occurrence, elle a jugé qu'il n'y avait pas lieu de le faire" (cardinal Seper, ibidem) ;

f) Que la S. congrégation répète invariablement ce qui vient d'être dit, comme vous le savez vous-même par les déclarations qu'on vous a faites dans ce dicastère, le 10 mai 1969 ; mais elle ne veut en aucune manière qu'on dise que la S. congrégation a fait une déclaration quelconque sur le sujet, parce que cela supposerait que la S. congrégation prendrait l'affaire en main et, en conséquence, retirerait à l'évêque de Santander son autorité en la matière, puisque celle-ci serait réservée au Saint-Siège ; et il va sans dire que la S. congrégation ne veut prendre ni l'une ni l'autre de ces mesures pour les raisons indiquées plus haut. Tel est le sens de la réponse de Mgr Philippe publiée le 15 février 1970, où il est dit que le texte comportant les déclarations qui vous ont été faites le 10 mai 1969 "n'est pas de la congrégation pour la Doctrine de la foi". Je puis attester que ce sens est le seul authentique, en vertu d'une déclaration directe et personnelle que m'a faite Mgr Philippe lui-même (cf. la Documentation catholique du 15 février 1970).

4. Enfin, en ce qui concerne directement le Pape Paul VI lui-même, certains dévots des apparitions supposées osent prétendre, jusque dans des livres et des articles, que le Saint-Père manifeste une certaine sympathie pour ces apparitions. Je puis affirmer à ce sujet, avec une ferme certitude, que de telles allégations n'ont aucun fondement parce que le Saint-Père s'identifie totalement avec l'attitude de S. congrégation, telle qu'elle vient d'être indiquée.

Il ne me reste plus qu'un point à aborder pour donner une réponse complète à votre consultation. C'est de vous déclarer que, dans cet évêché de Santander, est rigoureusement interdite toute manifestation de piété qui repose sur les apparitions supposées de San Sebastian de Garabandal. La S. congrégation a également émis le voeu qu'il en soit ainsi dans le monde entier, comme l'exprime avec fermeté la thèse suivante du cardinal Seper, en tant que préfet de la S. congrégation en question :

"Le décret porté par l'autorité de l'Ordinaire diocésain qui en a la compétence de droit doit constituer, même pour les Ordinaires des lieux, un motif suffisant pour écarter leurs fidèles de tous pèlerinages et exercices de piété concernant les prétendues apparitions et communications en question." (Cardinal Seper, lettre du 10 mars 1969).

Je vous autorise à faire de ma lettre l'usage que vous jugerez opportun, afin de mettre fin à la confusion dans laquelle certains se sont trouvés plongés sans motif réel. En ce qui me concerne, j'espère également publier cette lettre, qui sert de réponse à d'autres demandes semblables à la vôtre (1). A ce propos, je voudrais souligner encore une fois, pour conclure, que le problème des apparitions supposées de la Sainte Vierge à San Sebastian de Garabandal n'offre aucun intérêt particulier dans mon diocèse de Santander, car aussi bien le clergé que les fidèles ont fait preuve à ce sujet d'une prompte obéissance en suivant les indications de leurs prélats, à l'exception d'un tout petit groupe qui continue à s'opposer au jugement autorisé de leurs évêques.

Je prie le Seigneur de nous accorder à tous dans son Église une dévotion authentique envers la Vierge très sainte, qui s'épanouisse dans une piété filiale envers celle qui est notre Mère très aimante. Rappelons-nous ce que dit le Concile : "Une véritable dévotion ne consiste nullement dans un mouvement stérile et éphémère de la sensibilité, pas plus que dans une vaine crédulité ; la vraie dévotion procède de la vraie foi, qui nous conduit à reconnaître la dignité éminente de la Mère de Dieu et nous pousse à aimer cette Mère d'un amour filial et à poursuivre l'imitation de ses vertus." (Lumen Gentium, n° 67).

Affectueusement vôtre dans le Christ.

José Maria, évêque de Santander.

 

GARABANDAL

DOCUMENTATION CATHOLIQUE N° 1577 du 3/1/1970 page 30

 

Lettre de l'évêque de Santander aux évêques du monde entier

Ce communiqué de Mgr José Cirarda Lachiondo, intitulé "Communiqué de l'évêque de Santander (Espagne) à ses frères dans l'Épiscopat sur les apparitions supposées de la Très Sainte Vierge à San Sebastian de Garabandal", a été envoyé par les soins de la Secrétairerie d'État à toutes les nonciatures, qui l'ont fait parvenir aux évêques de l'Église tout entière. Son but est de mettre un point final aux discussions qui se sont élevées au sujet des apparitions supposées de Garabandal (DC 1970 n° 1564) et d'alerter les évêques sur l'interdiction des manifestations de piété dont ces apparitions sont l'origine.

 

Motif de ce communiqué

De nombreux évêques consultent l'évêché de Santander sur les prétendues apparitions de la Vierge dans le village de San Sebastian de Garabandal, situé dans ce diocèse. L'un ou l'autre m'ont même écrit pour m'annoncer leur arrivée à Santander, à la tête d'un pèlerinage de leur diocèse pour visiter Garabandal.

Lors d'une récente visite à Rome, j'ai également appris que des consultations y parviennent à ce sujet, comme m'en ont fait part la Secrétairerie d'État et la S. congrégation pour la Doctrine de la foi.

Par ailleurs, les adeptes des prétendues apparitions susnommées continuent de publier livres et articles dans lesquels ils ne cessent de défendre :

a) La véracité desdites apparitions.

b) L'absence d'autorité de l'évêque de Santander pour juger de leur vérité ou de leur fausseté, parce qu'il s'agit d'une affaire qui regarde le Saint-Siège, étant donné la prétendue nature prophétique que possèdent, d'après eux, lesdites apparitions.

c) Une contradiction supposée entre le Saint-Siège et la Curie de Santander, comme si le Saint-Siège approuvait, ne serait-ce qu'implicitement par son silence ou par sa bienveillance, lesdites apparitions.

Se basant sur ces raisons, les adaptes de Garabandal refusent d'obéir aux déclarations répétées des évêques de Santander. Le plus grave est que certaines de leurs déclarations paraissent dans des livres ou des revues munis de l'approbation ecclésiastique.

En conséquence, après consultation du Saint-Siège, il a semblé opportun de porter cette communication à la connaissance de tous nos frères dans l'Épiscopat pour les informer du véritable état de la question, de manière qu'ils ne se laissent pas surprendre par de fausses nouvelles.

Si on a donné à cette communication un caractère général, c'est que les susdites prétendues apparitions ne posent aucun problème particulier dans le diocèse de Santander lui-même, où prêtres et fidèles ont fait preuve sur ce point d'une prompte et fidèle obéissance à leurs évêques, à l'exception d'un groupe très réduit, insignifiant du point de vue sociologique ; les consultations, parfois même dues à des prélats, parviennent à Santander de divers pays d'Europe, d'Amérique et même d'Asie et d'Océanie.

 

Premières décisions des évêques de Santander

Les apparitions supposées ont commencé à San Sebastian de Garabandal le 18 juin 1961 et se sont renouvelées à de très nombreuses reprises pendant plusieurs mois.

A cette époque, c'était Mgr Doroteo Fernandez qui se trouvait à la tête du diocèse, avec le titre d'administrateur apostolique. Sur-le-champ, il se mit à l'étude du problème et créa dans ce but une commission spéciale ; il tint le Saint-Siège au courant de la marche des événements étant donné l'abondante publicité dont ils ne tardèrent pas à être l'objet. Mgr Beltia agit de même après sa nomination comme évêque du diocèse en 1962.

Entre 1961 et 1965, les deux prélats publièrent quatre notes qui, toutes, concordaient dans leurs éléments fondamentaux. Deux propositions s'en détachent :

a) Le message supposé, que l'on affirme communiqué par la Vierge, ne contient rien contre le dogme et la morale.

b) Ce nonobstant, il n'apparaît pas que les phénomènes survenus à San Sebastian de Garabandal puissent se présenter ou être tenus sérieusement comme surnaturels, car ils ont une explication naturelle.

 

Déclaration de Mgr Puchol

Mgr Puchol a succédé à Mgr Beitia à la tête de l'évêché de Santander en août 1965. Après une étude exhaustive de l'ensemble du problème, il a clos le dossier des susdites apparitions supposées de la Sainte Vierge par une note publiée le 17 mars 1967. Le dossier tout entier et le texte de la note furent transmis à la S. congrégation le 27 octobre 1966. Le cardinal Ottaviani accusa réception des documents dans une lettre du 7 mars 1967 où il disait : "Cette S. congrégation a examiné soigneusement et attentivement toute la documentation, y compris celle qui a été envoyée d'autres lieux, et finalement elle est arrivée à la conclusion que cette question avait déjà été examinée minutieusement et tranchée par vous-même ; et que, par conséquent, il n'y avait pas de raison pour que cette S. Congrégation intervienne (1)" (Lettre du 7 mars 1967). La note de Mgr Puchol passait de l'expression employée par ses prédécesseurs, "le caractère surnaturel n'apparaît pas" à "l'absence de caractère surnaturel est patent" ; en effet, elle disait textuellement : "Il n'a existé aucune apparition de la Très Sainte Vierge ni de l'archange saint Michel ni d'aucun autre personnage céleste ; il n'y a eu aucun message ; tous les faits qui se sont produits dans ladite localité ont une explication naturelle."

Dès mon entrée en fonctions dans le diocèse de Santander, devenu vacant du fait du décès de Mgr Puchol, les adeptes des apparitions en question répandirent le bruit, y compris en divers écrits, que le changement d'évêque laissait espérer une attitude différente de la part de la hiérarchie. C'est pourquoi, après avoir étudié le volumineux dossier et constaté le bien-fondé du jugement de mon prédécesseur de vénérée mémoire, j'ai réaffirmé sa position dans une note publiée par mon secrétariat le 9 octobre 1968.

 

Le Saint-Siège et Garabandal

Il a déjà été noté que les défenseurs de la véracité des apparitions en question en appellent au Saint-Siège contre le ferme jugement des évêques de Santander et vont jusqu'à alléguer des divergences de vue entre Rome et la Curie de Santander sur ce point.

Il est clair qu'une telle allégation est fausse. L'évêché de Santander, comme on l'a déjà dit, a toujours tenu le Saint-Siège parfaitement informé de ce problème. Moi-même, je me suis rendu par deux fois à Rome - en janvier 1969 et en février 1970 - pour traiter de l'affaire avec la S. congrégation pour la Défense de la foi, la Secrétairerie d'État de Sa Sainteté et le Saint-Père lui-même ; le 31 janvier et le 10 mars 1969, une correspondance a été échangée entre le cardinal Seper et moi-même.

En conséquence, je puis et dois vous communiquer ce qui suit :

a) Aussi bien Mgr Puchol que moi-même, nous avons demandé en temps voulu à la S. congrégation d'étudier s'il convenait qu'elle se réserve le jugement sur le problème des apparitions supposées de San Sebastian de Garabandal, compte tenu de l'agitation entretenue par leurs adeptes en différents endroits du monde, cependant que ce sujet n'offre aucun intérêt particulier dans le diocèse de Santander.

b) "La S. congrégation, poursuit le cardinal Seper dans sa lettre du 10 mars 1969, a déjà dû se pencher sur le problème plus d'une fois et votre lettre récente lui a donné l'occasion de le réexaminer attentivement (1) (il se réfère à sa lettre du 31 janvier 1969) ; et il pense que "comme cet examen n'a fait apparaître aucun élément nouveau, il n'y a pas aujourd'hui de nouvelle raison que la S. congrégation pour la Doctrine de la foi intervienne directement dans cette affaire (2)".

c) Le cardinal Seper poursuit dans la même lettre : "Notre congrégation s'est contentée de louer la prudence et la sollicitude pastorale dont votre Curie a fait preuve (celle de Santander), sans jamais porter de jugement engageant le Saint-Siège."

d) De vive voix et par écrit, il m'a été dit à la S. congrégation que la raison pour laquelle cette dernière ne veut porter aucun jugement est que, si elle prenait la décision de le faire, elle devrait se réserver la cause en retirant à l'évêque de Santander l'autorité qui lui revient en cette matière ; en effet, comme me le dit le cardinal Seper dans la lettre mentionnée, "il ne faut pas oublier que lorsque la S. congrégation pour la Doctrine de la foi engage son autorité dans l'étude d'une question, elle rassemble toutes les données du problème pour les soumettre à son examen. Mais en l'occurrence, elle a jugé qu'il n'y avait pas lieu de le faire".

e) C'est la raison pour laquelle la S. congrégation ne veut pas que l'on dise qu'elle a fait une déclaration quelconque sur ce problème ; c'est pour cette raison aussi que Mgr Philippe a publié dans la Documentation Catholique du 15 février 1970 une réponse à l'information selon laquelle la S. congrégation avait fait paraître une note sur le sujet le 10 mai 1969 : c'est ce qu'il m'a déclaré personnellement lors d'une conversation le 24 février de cette même année. La note en question était une réponse, donnée dans la S. congrégation, mais non par la S. congrégation, à une consultation arrivée à Rome en provenance d'Amérique du Nord.

f) Les adeptes desdites apparitions ont coutume d'alléguer, y compris dans des livres et des articles, une certaine bienveillance du Pape Paul VI à l'égard de ces apparitions. Ils font appel pour cela à un argument qui serait risible, s'il n'était attristant : ils mettent en avant des bénédictions, données à Rome aux uns ou aux autres en vue d'obtenir l'indulgence plénière "in articulo mortis" ; sur le texte de ces bénédictions, préparé comme on le sait par des copistes spécialisés dans ce genre de travail, ils avaient mis le nom du requérant, en signalant qu'il appartenait à la Légion de Garabandal ; se basant sur ce fait, ils en sont arrivés à publier des images disant que le Pape avait béni les apparitions de San Sebastien de Garabandal à l'occasion de l'une des susdites bénédictions. En outre, les adeptes de ces apparitions affirment que le Pape avait exprimé personnellement son affection pour elles. Après m'être dûment informé, je suis en mesure d'annoncer à mes frères dans l'épiscopat, en toute certitude, qu'aucune de ces allégations n'a de fondement, étant donné que le Saint-Père s'identifie totalement avec sa S congrégation et qu'il laisse le jugement sur cette affaire entre les mains de l'évêque de Santander, à qui ce jugement revient, tant que le Saint-Siège ne se réserve pas l'affaire : or, comme nous l'avons dit plus haut, le Saint-Siège s'y refuse expressément.

 

Interdiction de tout culte fondé sur les prétendues apparitions

Pour terminer, je dois vous informer que, dans le diocèse de Santander, comme conséquence de ce qui a été dit précédemment, est absolument interdite toute manifestation de piété qui se fonde sur les apparitions supposées de San Sebastian de Garabandal. Enfreignent cette interdiction, tous ceux qui s'y rendent en pèlerinage, de même que ceux qui, passant outre à l'ordre formel de l'évêché, y ont élevé une chapelle en l'honneur de saint Michel. D'autre part, il est interdit à tout prêtre, qu'il soit du diocèse ou d'ailleurs, de monter au village susnommé sans autorisation spéciale, sous peine de se voir retirer le droit à l'exercice du ministère dans tout le diocèse. Malgré ces dispositions, des prêtres étrangers, venant de diverses régions du monde, y célèbrent l'eucharistie en plein air ou dans des maisons particulières, enfreignant ainsi les dispositions épiscopales.

En ce qui concerne l'interdiction des manifestations de piété que nous avons citées, la S. congrégation désire également qu'elle soit observée partout, en accord avec les dispositions de l'évêque de Santander, comme le dit le cardinal Seper dans les lignes qui suivent et qui sont définitives :

"Le décret porté par l'autorité de l'Ordinaire diocésain qui en a la compétence de droit doit constituer, même pour les Ordinaires des lieux, un motif suffisant pour écarter les fidèles de tous pèlerinages et exercices concernant les prétendues apparitions et communications en question." (Lettre du cardinal Seper du 10 mars 1969 (1).)

Dieu veuille que cette communication contribue à éclairer dans son entier ce problème irritant des prétendues apparitions de la Très Sainte Vierge à San Sebastian de Garabandal, en coupant court à des manifestations de fausse piété et à des attitudes contraires aux dispositions de la hiérarchie. En même temps, puissions-nous croître toujours davantage dans une authentique piété filiale envers notre Mère très aimée, la Vierge Marie, dans une véritable dévotion qui, comme le dit le Concile, "ne consiste nullement dans un mouvement stérile et éphémère de la sensibilité, pas plus que dans une vaine crédulité ; la vraie dévotion procède de la vraie foi, qui nous conduit à reconnaître la dignité éminente de la Mère de Dieu et nous pousse à aimer cette mère d'un amour filial et à poursuivre l'imitation de ses vertus." (Lumen gentium, n. 67).

José Maria, évêque de Santander

 

Déclaration de l'Évêché de Santander sur Garabandal

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1978 page 394

Le service d'information de l'évêché de Santander a communiqué à l'agence madrilène "Prensa asociada" la déclaration ci-après (1) :

Au mois de décembre 1977, Mgr Del Val, évêque de Santander, a fait une visite pastorale dans le haut Nansa, situé sur son diocèse. Il a également fait une visite, à ce moment-là, à la paroisse de San Sebastian de Garabandal, située dans cette région (2).

Au terme de cette rencontre pastorale, l'évêque de Santander a dit : "Les évêques qui m'ont précédé dans le diocèse n'ont pas admis le caractère surnaturel des événements qui se sont produits, depuis 1961, dans cette paroisse de San Sebastian de Garabandal. J'ai toujours été disposé, dans la charité et sans préjugés - et je continuerai à l'être - à considérer tout événement qui se produirait ici. Mais, depuis les six années de mon épiscopat à Santander, aucun phénomène nouveau ne s'est produit." Mgr Del Val a terminé en disant, en cette même date, que devant les suggestions de tant de partisans de ces phénomènes, il ne voyait pas d'inconvénient, pour sa part, à ce qu'une Commission pontificale, au Saint-Siège, examine ces phénomènes avec la collaboration du diocèse de Santander.

Ces déclarations de l'actuel évêque de Santander ont donné lieu, dans de nombreuses parties du monde, surtout parmi les partisans des phénomènes de San Sebastian de Garabandal, à des commentaires au sujet desquels on peut faire cette mise au point :

La disponibilité de Mgr Del Val pour considérer tout événement relatif à San Sebastian de Garabandal ne signifie pas que l'évêque projette de réviser le procès sur les événements en question, qui a été conclu en son temps par cet évêché. Par ailleurs, les réactions auxquelles ont donné lieu les déclarations faites par l'évêque à San Sebastian de Garabandal déconseillent comme non opportune la création d'une commission spéciale pour cette question auprès du Saint-Siège.

 

 

*

KERIZINEN

 

A propos de Kerizinen

DOCUMENTATION CATHOLIQUE n° 1634 du 17/6/1973 page 593

Dans "la Semaine religieuse de Quimper et de Léon" du 20 mai, Mgr Francis Barbu, évêque de Quimper et de Léon, fait la mise en garde suivante :

"L'annonce dans la presse de "pèlerinages à Kérizinen" pouvant prêter à confusion, l'évêque de Quimper et de Léon juge bon de rappeler - comme il l'a fait savoir à tous ceux qui l'ont interrogé à ce sujet - qu'il a toujours fait siennes les décisions de son prédécesseur.

- Interdisant aux prêtres, aux religieux et aux religieuses de se rendre à Kérizinen ou de conseiller à quiconque de s'y rendre,

- Réprouvant formellement toute forme de dévotion et de culte en ce lieu."

Et l'Évêque cite la mise en garde de son prédécesseur du 12 octobre 1956 qui précise : "1° L'édifice qui s'y trouve (à Kérizinen, en Plouvénez-Lochrist) a été construit malgré notre défense expresse, exprimée par écrit et notifiée à l'intéressée. Aucun prêtre n'a reçu de nous pouvoir de bénir cet édifice..."

"La démission d'un évêque, ajoute Mgr Barbu, ne rend pas caduques les ordonnances qu'il a prises pour le bien de son diocèse. Le nouvel évêque fait siennes les ordonnances de son prédécesseur et demande qu'on s'y tienne."

 

 

Mises en garde au sujet des "Apparitions" de Kerizinen

DOCUMENTATION CATHOLIQUE n° 1682 du 7-21/9/1975 page 779

Le bulletin du diocèse de Quimper et Léon (26 juillet 1975) a publié les documents que nous reproduisons ci-après au sujet des "apparitions" de Kérizinen (Plouvénez-Lochrist, Nord-Finistère) (1)

La S. Congrégation pour la Doctrine de la Foi approuve les conclusions de l'évêque de Quimper sur les "Événements de Kérizinen"

L'évêque de Quimper a reçu, le 2 juillet 1975, la lettre suivante, signée du cardinal-préfet de la S. congrégation pour la Doctrine de la foi, qu'il juge bon de faire connaître aux chrétiens de son diocèse :

 

Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi

Rome, le 21 juin 1975. Prot. N. 259/71

Excellence,

La congrégation pour la Doctrine de la foi a étudié avec attention le rapport sur les "événements de Kérizinen", que vous avez bien voulu établir à sa demande, et lui adresser le 27 février 1975.

Au terme de cet examen, ce Dicastère ne peut que louer et approuver le comportement prudent et ses sages décisions de Votre Excellence. Il ne doute pas qu'à l'avenir vous ne suiviez cette affaire avec la même vigilance attentive et ne preniez au besoin, dans le même esprit, les décisions opportunes, qui, comme vous le savez, relèvent en cette matière de votre propre compétence épiscopale.

Veuillez agréer, excellence, l'expression de mes sentiments de religieux et très respectueux dévouement dans le Seigneur.

Signé : Franc. card. Seper, préf.

A son Excellence Mgr Francis Barbu, évêque de Quimper et de Léon.

 

Pourquoi cette intervention romaine ?

Comme le rappelle la lettre du cardinal Seper, c'est à l'évêque qu'il revient de porter un jugement sur les faits prétendus surnaturels survenus en son diocèse comme de veiller à l'observation fidèle des prescriptions canoniques relatives au culte divin (can 1261). En vertu de cette responsabilité qui leur incombait, Mgr Fauvel, par deux fois, le 12 octobre 1956 et le 24 mars 1961, puis Mgr Barbu, le 20 mai 1973, ont interdit toute forme de dévotion ou de culte à Kérizinen et demandé en particulier aux prêtres, aux religieux et aux religieuses de s'abstenir de se rendre en ce lieu.

Il s'est trouvé des personnes qui ont contesté ces décisions et en ont appelé à l'autorité supérieure. Le préfet de la S. congrégation pour la Doctrine de la foi écrivait en effet à Mgr Barbu, le 28 mars 1974 : "La congrégation pour la Doctrine de la foi a été consultée récemment et à plusieurs reprises à propos de présumées apparitions de la Vierge à l'une de vos diocésaines..." D'où la demande formulée par le cardinal-préfet : "Comme notre Dicastère est dépourvu d'informations précises et objectives à ce sujet, je me permets de m'adresser à Votre Excellence. Auriez-vous la bonté de nous adresser une note relative aux "faits de Kérizinen", nous faisant connaître également votre appréciation personnelle et les mesures que vous avez éventuellement pu être amené à prendre. Ces renseignements permettront à la congrégation de déterminer son attitude avec la plus grande prudence."

En réponse à cette demande, l'évêque de Quimper a rédigé, avec l'aide d'exégètes et de théologiens, un assez long rapport, accompagné d'un important dossier de pièces justificatives.

Ce rapport a été transmis à la S. congrégation le 27 février 1975. Il a été étudié avec d'autant plus de soin qu'entre-temps un autre dossier, établi par des partisans des apparitions, était présenté à la Secrétairerie d'Etat et transmis par celle-ci à la même congrégation.

Le document cité plus haut est la réponse au rapport de Mgr Barbu. On remarquera que l'approbation est nette et sans réticence. Pour qu'on n'oppose pas une autorité romaine à une autre, il nous est possible de citer cette appréciation du cardinal Villot, secrétaire d'Etat, dans une lettre du 11 avril 1975 à Mgr Barbu : "La Secrétairerie d'Etat possède désormais des éléments tout à fait solides pour apprécier la correspondance adressée au Saint-Père sur le sujet. Je vous remercie vivement de les lui avoir procurés." Et celle du cardinal Philippe, ancien secrétaire de la congrégation pour la Doctrine de la foi : "J'ai lu votre rapport avec intérêt, car j'avais suivi les premières enquêtes sur "le fait Kérizinen". Je ne suis plus à la S. congrégation, mais je pense que l'on y appréciera vivement ces pages si claires et décisives." (15 mars 1975.)

 

Nouvelle mise en garde épiscopale contre "KERIZINEN"

Au mois de mars dernier, l'Association des Amis de Kérizinen a annoncé par voie de presse son intention de construire "bientôt une chapelle de 1200 m2" et une intense propagande est faite pour collecter les fonds nécessaires pour mener à bien ce projet.

Je me suis abstenu d'intervenir à nouveau avant d'avoir reçu la réponse de Rome au rapport que j'avais envoyé à la S. congrégation pour la Doctrine de la foi.

Cette réponse approuve pleinement l'attitude adoptée par Mgr Fauvel et par moi-même et me renvoie en cette matière "à ma propre compétence épiscopale". Elle m'invite aussi à "suivre cette affaire avec la même vigilance et à prendre au besoin, dans le même esprit, les décisions opportunes".

C'est pourquoi j'estime qu'il est de mon devoir d'intervenir à nouveau et de préciser la position de l'évêque responsable

- par rapport aux prétendues apparitions de Kérizinen ;

- au lieu de culte que l'on veut construire

- aux messages qu'on y diffuse

- et au culte que l'on veut y instaurer.

1.Comme je l'ai déjà fait dans mon communiqué du 20 mai 1973, reprenant ceux de mon prédécesseur, je réprouve formellement toute forme de dévotion ou de culte en ce lieu (1). Les prêtres et les religieux et religieuses sont tout particulièrement tenus de s'abstenir de s'y rendre ou de conseiller de s'y rendre.

2.J'exprime mon opposition la plus nette à la construction en ce lieu de l'édifice projeté, de quelque nom qu'on l'appelle (chapelle, oratoire, abri. )

3.Je mets les fidèles en garde contre les prétendus "Messages du Sacré-Coeur et de la Sainte Vierge" diffusés en ce lieu. Ils ne sont pas de nature à favoriser ce culte de la Vierge "plus rigoureux et plus authentique" dont le Pape Paul VI définit les exigences dans sa Lettre apostolique du 2 février 1974.

A Quimper, le 12 juillet 1975.

† Francis BARBU, Évêque de Quimper et de Léon.

 

POURQUOI CETTE SÉVÉRITÉ ?

Il ne s'agit point de récuser la dévotion à la Vierge ni de minimiser sa place dans l'économie du salut, mais plutôt de préserver la foi et la piété des fidèles d'exagérations ou de déviations dangereuses... Comme l'écrit le cardinal Villot en sa lettre du 11 avril : "A l'heure actuelle, un certain nombre d'entreprises risquent de détourner les fidèles de la véritable dévotion au Christ et à la Vierge, en s'appuyant sur le fond religieux des âmes simples." "L'entreprise Kérizinen" nous paraît être de celles-là : l'examen des faits, et surtout de leur contexte, ne présente aucune garantie d'origine surnaturelle, tandis que l'étude des messages et de la théologie qui les sous-entend empêche absolument de reconnaître ces messages comme révélations du Sacré-Coeur ou de la Vierge.

 

1. De précieuses directives pour un discernement

Dans son exhortation apostolique sur le culte marial (2 février 1974), le Pape Paul VI a cru bon d'attirer l'attention des pasteurs de l'Église "sur quelques aspects erronés du culte marial". Ce N° 38 de l'Exhortation vaut d'être cité intégralement car il nous donne de précieuses directives pour un authentique discernement en matière de piété mariale :

"Le Concile Vatican II a déjà dénoncé avec autorité aussi bien l'exagération de contenus ou de formes qui en arrivent à fausser la doctrine, que l'étroitesse d'esprit qui obscurcit la figure et la mission de Marie. Il a pareillement dénoncé certaines déviations du culte comme la crédulité superficielle substituant à l'engagement sérieux la confiance facile en des pratiques purement extérieures, et aussi le sentimentalisme stérile et éphémère, si étranger au style de l'Évangile qui exige au contraire un travail persévérant et concret. Quant à nous, nous renouvelons cette mise en garde : de telles formes de dévotion ne sont pas en harmonie avec la foi catholique et par conséquent ne doivent pas exister dans le culte. Une défense vigilante contre ces erreurs et ces déviations rendra le culte de la Vierge plus rigoureux et plus authentique, c'est-à-dire solide dans son fondement : l'étude des sources révélées et l'attention aux documents du Magistère prévaudront sur la recherche excessive de la nouveauté et des faits à sensation ; objectif dans son contexte historique : on devra donc éliminer tout ce qui est manifestement faux et légendaire, adéquat au contenu doctrinal : d'où la nécessité d'éviter des présentations unilatérales de la figure de Marie, qui, en insistant démesurément sur un élément, compromettent l'ensemble de son visage évangélique ; transparent dans ses motivations : on aura grand soin d'écarter des sanctuaires tout profit mesquin."(2)

On pourrait reprendre chacun des points indiqués par le Souverain Pontife et étudier à cette lumière le fait de Kérizinen. Il suffira de souligner quelques points plus caractéristiques.

 

2. Manque de fondement et d'objectivité historiques

Tout ce qui concerne les faits de Kérizinen repose sur un témoignage unique, celui de la prétendue "voyante" (apparitions, messages, etc.). Sans doute on sent qu'aujourd'hui elle est entourée et appuyée par des zélateurs qui, comme les "Amis de Kérizinen" ont pris en main l'organisation du "pèlerinage" et la diffusion des messages, mais rien que de très humain en cela. D'autres, qui au besoin se disent théologiens, mais irresponsables et sans mandat, souvent anonymes d'ailleurs, cherchent aussi à promouvoir la cause des apparitions, pour justifier leur vision du monde et leurs options. Cela mêlé à un certain courant de piété sentimentale qu'on ne peut condamner purement et simplement, mais qu'on ne peut approuver non plus, en raison de l'ambiguïté dans laquelle se développe ce phénomène.

Ne pourrait-on laisser le temps accomplir son oeuvre de discernement, comme le conseillait Gamaliel à propos de l'Église naissante (cf. Act. 5, 34-39) ? Ne pourrait-on admettre qu'il s'agit d'une forme de piété qui convient à certains, et donc, en vertu du pluralisme que l'on prône aujourd'hui dans l'Église, qu'on peut la laisser s'exprimer librement ? A chacun alors de discerner si cette forme lui convient, comme pour les pèlerinages de Lourdes par exemple, dont on ne fait une obligation à personne.

Malheureusement, les messages ne présentent point leurs exigences comme quelque chose de facultatif, mais comme une révélation nouvelle dont l'accueil est absolument indispensable pour le salut du monde et qui doit mobiliser prêtres et évêques pour prévenir l'orage de la justice divine (cf. par exemple le message du 18-2-61, et bien d'autres passages). Tout silence des responsables est interprété comme une approbation, non pas seulement de telle forme de piété comme le rosaire, mais du "fait Kérizinen" en sa totalité, avec apparitions et messages : j'en ai fait l'expérience pendant les cinq années de silence que j'ai observées au début de mon épiscopat.

On trouve aussi chez les partisans de ces apparitions une recherche suspecte du merveilleux et surtout une volonté obstinée d'obtenir coûte que coûte la reconnaissance par l'Église du caractère surnaturel de ces phénomènes. Cette volonté s'exprime aussi bien par l'interprétation tendancieuse du silence des responsables qui laissent faire (donc qui approuvent ?), que par la multiplication des formes de pression (lettres, libelles, campagne de signatures, envois de suppliques, etc.) ou encore par les accusations portées contre les responsables ecclésiastiques, en particulier contre l'évêque, accusé de "résister à la Sainte Vierge". D'où, dans la même ligne, les menaces que l'on fait peser sur lui de tous les châtiments contenus dans les messages ou la responsabilité dont on le charge de la décadence morale d'aujourd'hui, alors qu'une simple approbation de sa part suffirait pour sauver le monde. Quel dossier révélateur on pourrait produire !

Ainsi accepter la réalité des prétendues apparitions de Kérizinen exigerait une bonne dose de crédulité qui reposerait sur une base trop fragile et que rendent suspects l'opposition aux décisions des évêques responsables et les agissements des partisans inconditionnels qui décrètent avec une tranquille certitude que tout ce qui se passe là-bas (apparitions, messages, source, miracles, conversions, etc.) est d'ordre surnaturel et d'origine divine. Un des éditeurs des messages n'a-t-il pas intitulé sa brochure : "Messages du ciel donnés à Kérizinen" !

Précisément, pour un discernement plus poussé, l'étude des "messages" est d'une importance capitale, car leur "théologie", si on peut ainsi parler, sous-entend tout le phénomène.

 

3. Erreurs et ambiguïtés doctrinales des "messages"

Ces "messages" étant présentés comme révélations directes du Sacré-Coeur ou de la Sainte Vierge, simplement transcris avec fidélité par celle qui les a reçus, on est tenu de les juger avec la plus grande rigueur doctrinale et pastorale.

Or, quand on les étudie avec soin, en tenant compte des genres littéraires mis en oeuvre et qui ont évolué au cours des vingt-sept ans qui séparent le dernier message (1er octobre 1965) du premier (15 sept 1938), il apparaît qu'ils ne répondent pas aux exigences rappelées par Paul VI et que, par conséquent, la dévotion entretenue en ce lieu et le culte qu'on y veut instaurer ne sont pas "en harmonie avec la foi catholique" et ne doivent pas être favorisés par les responsables de l'Église.

Il ne peut être question de reproduire ici la longue étude qui a été soumise à la S congrégation pour la Doctrine de la foi, mais on peut souligner les points particulièrement importants rappelés en conclusion de cette étude :

1. Les prétendus messages célestes de Kérizinen, donnés comme révélations directes et immédiates du Sacré-Coeur ou de la Vierge, ne renvoient qu'à eux-mêmes et aux pratiques dévotionnelles qu'ils prétendent instaurer. Par là, ils détournent de l'Évangile et de l'authentique révélation telle qu'elle a été définie à nouveau par la Constitution dogmatique de Vatican II sur "la Révélation divine".

2. Ces messages centrent toute l'espérance du salut sur Kérizinen et son sanctuaire (plus de vingt-cinq références en ce sens), puisque c'est seulement par l'instauration du culte en ce lieu que le salut sera accordé au monde. Par là, ils détournent de l'Église, seule authentiquement mandatée par le Christ, comme l'exprime la Constitution conciliaire sur l'Église : "Le Christ, unique médiateur, crée et, continuellement, soutient sur la terre, comme un tout visible, son Église sainte, communauté de foi, d'espérance et de charité, par laquelle il répand, à l'intention de tous, la vérité et la grâce (N° 8.)

3. Ces prétendus messages développent une eschatologie suspecte (surtout dans la deuxième partie: 1955-mars 1962) : ils lient l'obtention du salut à des pratiques dévotionnelles au plus facultatives, ils prônent une théologie à base d'imagination et de sentiment et une spiritualité individualiste et désincarnée (surtout dans la troisième partie : juin 1962-fin). Par là, ils détournent les chrétiens de l'attention aux vrais problèmes du monde et de l'engagement dans le quotidien, ils vont donc à l'encontre des recommandations du Concile (cf. Constitutions ou décrets sur l'Église, l'apostolat des laïcs, l'apostolat missionnaire, l'Église dans le monde de ce temps...).

4. La représentation d'un Dieu juge impitoyable et vengeur terrifiant (deuxième partie) et d'un Christ larmoyant et sentimental (troisième partie) obscurcit l'authentique révélation du Dieu et Père de Jésus-Christ Notre-Seigneur, telle que nous la connaissons par l'Évangile et tout le Nouveau Testament. Et cela, pour le plus grand dommage des croyants et des incroyants.

5. La survalorisation de la mission et du rôle de la Vierge qui tantôt usurpe la place de son Fils pour promulguer une révélation nouvelle, tantôt supplée les déficiences du Saint Esprit, tantôt, à elle seule, accapare la mission de l'Église, compromet "l'ensemble de son image évangélique", grave déficience contre laquelle nous met en garde le Saint-Père.

Sans doute pourrait-on trouver ici ou là une affirmation ou une phrase qui demanderaient d'apporter un peu plus de nuances, mais c'est bien là le mouvement profond de l'ensemble de ces prétendus messages. De même, s'il s'agissait seulement de la relation de l'expérience spirituelle d'une pieuse chrétienne du Léon, dévote à la Vierge, on pourrait tolérer des approximations de langage, mais s'il s'agit de révélations directes du Sacré-Coeur ou de la Vierge, on ne peut les accueillir, en raison des erreurs et des ambiguïtés qui en arrivent à "fausser la doctrine" et à "obscurcir la figure et la mission de Marie".

Aussi ceux qui propagent ces messages et s'emploient à promouvoir un culte fondé sur eux accomplissent-ils - peut-être de bonne foi, et c'est leur excuse, - une oeuvre néfaste au sein du peuple de Dieu.

La récente Exhortation apostolique du Saint-Père sur le culte marial rappelle aux pasteurs responsables la nécessité d'une constante vigilance doctrinale et pastorale, qui ne doit pas se contenter de bonnes intentions. La récitation du Rosaire est certes une pratique recommandée et recommandable, mais dans un contexte comme celui de Kérizinen, quelle qu'en soit l'ambiance sentimentale, elle ne favorise pas le progrès de la foi. La foi chrétienne n'est pas de l'ordre du sentiment : elle est accueil de Jésus-Christ, de son Évangile, de son Église. A l'exemple de la Vierge elle-même qui, dans l'Évangile, ne nous a laissé qu'une seule consigne, celle qu'elle donnait aux serviteurs de Cana : "Faites tout ce qu'il vous dira."

Puissent ceux qui se sont laissé égarer par ces prétendues révélations ouvrir les yeux à la seule vérité de Jésus-Christ, qui n'écarte pas la Vierge mais la situe à sa place, au lieu de s'enfermer dans un ghetto sans ouverture ou sans issue ! Qu'ils méditent donc ces fortes paroles de saint Jean de la Croix, mystique authentique et de plus Docteur de l'Église :

"En nous donnant son Fils ainsi qu'il l'a fait, lui qui est sa parole dernière et définitive, Dieu nous a dit tout ensemble et en une seule fois, et il n'a plus rien à dire. C'est la doctrine de saint Paul aux Hébreux. L'apôtre nous apprend ainsi que Dieu est devenu en quelque sorte muet. Il n'a plus rien à nous dire puisque ce qu'il disait jadis en déclarations séparées par les prophètes, il l'a dit maintenant de façon complète, en nous donnant le tout dans le Fils.

Concluez-en donc que désirer sous la Nouvelle Loi visions et révélations, ce n'est pas seulement faire une sottise, c'est offenser Dieu, puisque par là nos yeux ne sont pas uniquement fixés sur le Christ, sans chercher chose nouvelle..." (La Montée du Carmel, II, ch. 20.)

† F. BARBU, Ev.

 

 

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SAN DAMIANO

 

LES "APPARITIONS" DE SAN DAMIANO

Communiqué de l'évêque de Piacenza

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1969 page 47

Au sujet des "apparitions" de la Sainte Vierge, dont prétend être favorisée Mme Quattrini-Pozzini, de San Damiano (Italie), l'évêque du diocèse (Piacenza) a publié, dans son bulletin diocésain (n° 1, 1968), le communiqué ci-après qui a été diffusé par l'Agence Kipa :

Depuis plus de trois ans, Mme Rosa Quattrini-Pozzini, de la paroisse San Damiano de notre diocèse, affirme être favorisée d'apparitions de la Très Sainte Vierge et être elle-même l'instrument de la Vierge pour transmettre des messages à l'humanité.

Après avoir pris des informations précises et avoir examiné attentivement les faits, nous avons déclaré ouvertement, dans une note de septembre 1965 et une seconde du mois d'août 1966, que le caractère surnaturel desdites apparitions n'était pas prouvé et nous invitions les fidèles à s'abstenir de leur prêter foi.

Cependant, du côté de ladite Rosa Quattrini, on continue comme auparavant. On continue de même du côté de ceux qui la soutiennent, lesquels ne cessent de faire de la propagande au sujet desdites apparitions et des messages, en Italie et à l'étranger.

Bien que nous n'ayons aucun doute sur le bien-fondé du jugement que nous avons déjà exprimé dans nos notes précédentes, nous avons jugé opportun, pour tranquilliser tout le monde, de faire exécuter une enquête formelle sur les faits de San Damiano et sur les personnes qui y sont intéressées.

Il résulte de cette enquête qu'il n'existe aucune donnée positive permettant d'affirmer la surnaturalité des faits.

Puisque la doctrine constante de l'Église, réaffirmée encore par le Concile oecuménique du Vatican (L.G., n° 12), enseigne que le jugement sur l'authenticité des dons extraordinaires des fidèles et sur leur usage bien entendu, regarde l'autorité ecclésiastique.

Nous devons une nouvelle fois et formellement déclarer :

1. Nous jugeons que les affirmations de Rosa Quattrini concernant le caractère surnaturel des apparitions et des messages de la Très Sainte Vierge sont privées de tout fondement valable.

2. Nous ne pouvons pas tolérer ultérieurement l'usage désordonné que l'on a fait, jusqu'à présent, desdites apparitions et des messages qui leur sont relatifs.

En effet, dame Rosa Quattrini a continué à tenir des manifestations religieuses étranges et publiques tous les vendredis et aussi d'autres jours, même après les notes que nous avons publiées, causant ainsi un trouble spirituel dans beaucoup d'âmes de bonne volonté.

On a même continué, du côté des partisans de ladite Rosa Quattrini, à diffuser des publications anonymes sur lesdites apparitions, sans aucune approbation de l'Église et nonobstant ce que nous avions demandé.

Obligé que nous sommes, par le devoir de notre charge, de mettre fin aux abus indiqués ci-dessus, nous promulguons les décisions suivantes :

1. La dame Rosa Quattrini devra s'abstenir immédiatement de tenir des manifestations religieuses publiques les vendredis et en d'autres circonstances, manifestations au cours desquelles elle se donne comme voyante et instrument de la Très Sainte Vierge.

2. Les partisans de ladite Rosa Quattrini devront immédiatement s'abstenir de diffuser des publications de propagande (imprimés, textes polycopiés, dactylographiés, etc.), concernant la vie de Rosa Quattrini et les messages qui sont attribués à Notre-Dame.

3. Toute manière d'agir contraire à ces dispositions, de la part de quiconque, sera considérée comme un acte de désobéissance manifeste à l'autorité ecclésiastique.

Nous avons confiance que les dispositions strictes que nous donnons seront promptement et fidèlement observées et qu'on ne nous obligera pas à de nouvelles interventions, ce qui serait très pénible pour tous.

Nous informons les prêtres et religieux des autres diocèses, qui auront connaissance de notre présente déclaration et qui, nonobstant, prendraient part aux manifestations publiques de San Damiano expressément désapprouvées par nous, qu'ils sont privés de tous pouvoirs dans notre diocèse, y compris l'autorisation de célébrer la sainte messe.

Piacenza, 2 février 1968.

† Umberto Malchiodi, archevêque-évêque

 

 

A propos de San Damiano

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1969 page 91

A propos des soi-disant apparitions de San Damiano, dont nous avons parlé dans notre numéro du 5 janvier 1969, p. 47, Mgr CHARRIERE, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, écrit dans la Semaine catholique de la Suisse romande (19 décembre 1968, p. 632) :

Nous avons fait connaître à nos prêtres par circulaire spéciale les décisions de Mgr l'archevêque de Piacenza (Italie) au sujet de ce qui se passe à San Damiano.

A la suite de nouvelles démarches des autorités ecclésiastiques compétentes, nous demandons à nos diocésains, et spécialement à nos prêtres, "de ne plus se rendre à San Damiano et de ne plus soutenir par leur parole et leur présence un fait qui ne mérite pas confiance. Un fatto che non merita fede". C'est dans ces propres termes que s'exprime Mgr l'archevêque de Piacenza, dans un document qui nous vient cette fois non plus seulement de lui, mais du Saint-Siège.

Beaucoup seront peinés par cette nouvelle mise au point. Ce n'est pas - est-il besoin de le dire ? - la dévotion à la Vierge Marie, la prière du Rosaire que nous désavouons, mais le fait qu'à San Damiano cette prière est accompagnée d'actes et de paroles qui sont de nature à désorienter les fidèles. Nous avons sur ce point des témoignages catégoriques.

Que nos diocésains continuent de prier pour la paix, pour la conversion des pécheurs, nous le rappellerons prochainement à l'occasion de la Journée mondiale pour la paix. Qu'ils restent fidèles à la dévotion mariale et spécialement au Rosaire, si délaissé dans certains milieux. Mais qu'ils acceptent aussi avec confiance et obéissance les directives que leur donne l'Église.

D'autre part, dans une mise en garde publiée dans l'Église en Alsace (janvier 1969), Mgr ELCHINGER, évêque de Strasbourg, précise que les interdictions portées par l'évêque de Piacenza "ont été examinées et confirmées de la manière la plus absolue par la S. congrégation pour la Doctrine de la foi, en date du 5 décembre 1968".

 

A propos de San Damiano

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1970 page 295

Sous ce titre, Mgr CHARRIERE, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a publié dans son bulletin diocésain ("La Semaine catholique de la Suisse romande", 19 février 1970, p. 81) la note ci-après au sujet des "apparitions" de San Damiano, dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises ("DC" 1969, p. 47 et 91) :

Le 26 février 1968, notre vicaire général résidant à Fribourg adressait en notre nom une lettre personnelle aux groupes des "Amis de San Damiano" de Fribourg, de Lausanne et de Genève, pour leur remettre la déclaration publiée par S. EXC. Mgr Umberto Malchiodi, archevêque-évêque de Plaisance, le 2 février 1968, leur demandant de la lire attentivement, de la faire connaître aux autres groupes dont notre évêché n'avait pas l'adresse et surtout d'y conformer leur manière d'agir.

Le 25 novembre de la même année, un long rapport du même archevêque a été transmis par le Saint-Siège lui-même aux épiscopats de différents pays, dont le nôtre. La lettre accompagnant ce rapport, écrite sur mandat du Saint-Siège, priait les évêques d'informer leurs prêtres et leurs fidèles et de leur demander de ne pas se rendre à San Damiano et de ne pas accorder foi à ces événements qui ne sont pas dignes de confiance.

Le 19 décembre 1968, nous référant à ce rapport et à cette lettre, nous avons publié nous-même un avis dans la partie officielle de notre Semaine catholique, par lequel nous demandions à nos diocésains et spécialement à nos prêtres de ne plus se rendre à San Damiano et de ne pas soutenir, par leur parole et leur présence, "un fait qui ne mérite pas confiance", selon les propres termes de l'archevêque de Plaisance.

Nous savons que la grande majorité de nos diocésains nous ont obéi, qu'un grand nombre aussi de ceux qui pensaient auparavant honorer la Sainte Vierge en se rendant là-bas et en croyant aux prétendus messages, ont fait généreusement le sacrifice que nous leur demandions. Nous les félicitons et nous les remercions de leur obéissance.

Nous avons cependant la souffrance de constater que d'autres ne tiennent pas compte de nos directives. Certains, paraît-il, auraient été influencés par une information selon laquelle l'archevêque de Plaisance aurait modifié son jugement. Nous sommes en mesure de leur déclarer que cette information est fausse. En effet, nous avons reçu de la chancellerie de ce même archevêché une lettre datée du 27 décembre 1969, accompagnant une nouvelle déclaration confirmant en tous points celle du 2 février 1968. Et nous renouvelons à leur intention les directives que nous avons données le 19 décembre 1968. Et nous leur redisons : "Ce n'est pas, est-il besoin de le dire, la dévotion à la Vierge Marie, la prière du Rosaire que nous désavouons, mais le fait qu'à San Damiano cette prière est accompagnée d'actes et de paroles qui sont de nature à désorienter les fidèles. Nous avons sur ce point des témoignages catégoriques."

Un nouveau témoignage nous a été donné par les amis de San Damiano eux-mêmes dans la publication du message qu'ils affirment avoir recueilli le dimanche 9 novembre 1969 et selon lequel la communion dans la main serait un sacrilège.

Nous avons dit nous-même assez clairement que personne n'est obligé de recevoir la communion dans la main, mais nous avons dit aussi que le Souverain Pontife a autorisé cette manière de communier. Le Vicaire du Christ ne saurait autoriser un acte sacrilège : il n'est pas possible que la Sainte Vierge ait inspiré les paroles prononcées par Dame Rosa ce 9 novembre. Nous déclarons donc une nouvelle fois que notre devoir est d'obéir à l'autorité ecclésiastique qui nous demande de ne pas accorder foi à des faits "qui ne méritent pas confiance".

Plus que jamais nous recommandons à tous les fidèles la vraie dévotion à Marie, Mère de Dieu et Mère de l'Église. Nous la supplions tous de nous conduire à Jésus dans l'obéissance aux évêques et au Souverain Pontife que ce même Fils de Marie a établis pasteurs de ses brebis. Fribourg, le 14 février 1970.

† François CHARRIERE, Epis. Laus. Gen. Frib.

 

SAN DAMIANO

I. - NOTIFICATION DE L'ÉVÊQUE DE PIACENZA

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1971 page 32 n° 1577

A propos des prétendus messages et apparitions de la Sainte Vierge à San Damiano (1), dans le diocèse de Piacenza (suffragant de Milan), Mgr Enrico MANDREDINI, nouvel évêque de Piacenza, a publié la notification ci-après (2) :

Depuis le jour où, de par la volonté du Saint-Père, j'ai assumé le gouvernement du diocèse de Piacenza, j'ai dû m'occuper également des faits de San Damiano, qui ont acquis une grande notoriété. Il s'agit de faits de caractère religieux, dont on affirme le caractère surnaturel, et qui donc relèvent pleinement de la compétence de l'évêque du diocèse, et celui-ci doit exprimer son jugement à ce sujet (lettre de la S. congrégation pour la Doctrine de la foi du 20 mars 1969, prot. 890/66, adressée à Mgr Umberto Malchiodi, sur les faits de San Damiano).

Naturellement, avant de me prononcer, j'ai voulu m'informer soigneusement de tout ce qu'avait fait mon prédécesseur, des enquêtes qu'il avait ordonnées, des conclusions auxquelles il était parvenu, et des mesures qu'il avait prises.

 

Le jugement de l'Église

C'est ainsi que j'ai pris connaissance des notifications qu'il a publiées, et en particulier de celle du 2 février 1968, dans laquelle il déclarait "dénués de fondement surnaturel" les faits de San Damiano et prenait à ce sujet des dispositions disciplinaires précises. Cette notification, traduite en différentes langues, a été largement diffusée.

En lisant les actes qui ont précédé et suivi cette notification, j'ai dû constater que tout avait été fait avec prudence et diligence, et que le Saint-Siège - en particulier la S. congrégation pour la Doctrine de la foi - avait été informé de tout. Je rapporte volontiers le jugement porté par cette S. Congrégation au sujet de l'action de Mgr Malchiodi dans cette délicate affaire. Dans une lettre datée du 29 décembre 1969, n° 890/66, adressée à la Secrétairerie d'Etat et dont une copie m'a été transmise, ladite S. congrégation écrit : "Il a fait preuve d'une sagesse pastorale et d'une modération dignes de tout éloge."

Je constate que tant le clergé que les fidèles du diocèse ont, sans hésiter, suivi les directives de leur évêque. Cela indique la vénération qu'ils avaient pour leur pasteur, leur esprit d'obéissance à l'autorité de l'Église, ainsi que leur clairvoyance sur les faits en question. Mais je dois aussi constater que dans d'autres diocèses il ne manque pas de fidèles qui ont pris une attitude bien différente.

 

Désobéissance ouverte

Les fauteurs de manifestations et la personne qui en est au centre n'ont pas obéi à l'évêque, et les faits ont continué. La vaste propagande qui a conduit à San Damiano de nombreuses personnes provenant en partie de diocèses d'Italie, mais en majeure partie de l'étranger, s'est poursuivie.

Il est pénible que l'on prétende honorer la Sainte Vierge par une attitude de sournoise désobéissance à l'autorité de l'Église.

Tout cela me peine aussi parce que de nombreuses personnes de bonne foi qui viennent là pour honorer la Sainte Vierge sont induites en des erreurs mettant en danger la foi et la vraie piété chrétienne.

Dans les actes conservés dans notre Curie, j'ai relevé avec peine qu'à l'occasion de réunions et de fêtes mariales organisées par les propagandistes, viennent à San Damiano de nombreux prêtres d'autres diocèses - et parmi eux un bon nombre de religieux - qui accompagnent les visiteurs. Souvent ils prennent part aux prières et processions qui ont lieu habituellement, et il n'est pas rare qu'ils en prennent la direction. Et tout cela en contrevenant d'une façon flagrante aux dispositions prises légitimement par l'évêque à ce propos, comme ils le savent bien.

Certains restent à San Damiano plusieurs jours, bien que soit toujours en vigueur l'interdiction de célébrer la messe dehors ou dans des maisons privées.

 

Fallacieux prétextes

Cet exemple de désobéissance donné par des prêtres à des fidèles est très grave. Certains tentent de justifier leur conduite en affirmant publiquement des choses manifestement contraires à l'enseignement constant de l'Église explicitement confirmé par le Concile oecuménique du Vatican. Ils osent soutenir que l'évêque du diocèse n'a aucune autorité sur eux parce qu'ils ne sont pas de son diocèse. Ils savent pourtant bien que cela est nettement contraire aux lois de l'Église concernant l'ordre public (can. 14 du Code de droit canon).

Ils osent, de plus, affirmer que l'évêque de Piacenza n'a aucune autorité pour se prononcer sur les faits religieux de San Damiano, parce que ces faits ont acquis une notoriété qui déborde les limites du diocèse, et que par conséquent c'est uniquement au Saint-Siège qu'il appartient d'en juger.

Contre de semblables affirmations, je dois rappeler la doctrine du Concile du Vatican au sujet du pouvoir et du devoir des évêques dans les matières concernant la foi. Le Concile nous enseigne que "les évêques sont les hérauts de la foi... docteurs authentiques, c'est-à-dire revêtus de l'autorité du Christ... attentifs à écarter toutes les erreurs qui menacent leur troupeau... Les fidèles doivent s'attacher à la pensée que leur évêque exprime, au nom du Christ... et ils doivent lui donner l'assentiment religieux de leur esprit". (Lumen gentium, 25.)

Sur les faits de San Damiano, l'évêque compétent a prononcé en conscience son "jugement" authentique. C'était son devoir de le faire. Personne ne pouvait raisonnablement prétendre que devant ces faits qui suscitaient un intérêt toujours plus large, il demeure comme une sentinelle muette.

En prononçant ce jugement sur des faits qui se déroulaient sur son territoire, l'évêque ne pouvait pas oublier qu'il est également de son devoir de donner une large diffusion à son jugement. Ce devoir lui est imposé par ce même Concile, qui rappelle à tous les évêques la "sollicitude" qu'ils doivent avoir pour toute l'Église en tant que membres du Collège épiscopal et légitimes successeurs des apôtres.

Le Concile déclare que cette sollicitude pour toute l'Église "est, pour l'Église universelle, éminemment profitable, même si elle ne s'exerce pas par un acte de juridiction". (Lumen gentium, 23.) La diffusion que l'évêque du lieu a donnée à son jugement sur les faits de San Damiano a effectivement contribué à donner à ses frères dans l'épiscopat un instrument de valeur pour former leur jugement et éviter d'être induits en erreur.

Mais tout le monde n'a pas accueilli cette notification avec respect et reconnaissance, notamment les contestataires dont nous avons parlé plus haut, qui ont semé beaucoup de trouble dans les consciences en favorisant la désobéissance à l'autorité légitime.

 

Réitération du jugement

Par conséquent, en raison des devoirs de ma charge pastorale, en communion avec le Siège apostolique, en considération également de ma responsabilité collégiale à l'égard de mes frères évêques dans les diocèses desquels sont propagés les faits de San Damiano - ce qui cause des maux graves et désoriente leurs fidèles, - je déclare et prescris ce qui suit :

1. Ce qu'on appelle "les faits de San Damiano", c'est-à-dire les prétendus messages, les soi-disant visions et les présumés prodiges, n'ont rien de surnaturel ; les preuves alléguées n'ont aucune valeur probante ; il existe, par contre, beaucoup de preuves indubitablement contraires.

2. Rosa Bozzini in Quattrini, qui est au centre de cette affaire, fait certes preuve d'une prudence toujours plus grande dans ses expressions. Mais, en substance, elle a continuellement désobéi publiquement à son évêque en continuant à se considérer comme une "voyante" et comme "l'instrument de la Sainte Vierge". Nous l'avertissons formellement que si elle persiste dans cette attitude, nous nous verrons dans l'obligation de lui refuser les sacrements et même l'accès à l'église. Celui, en effet, qui rompt l'unité par la désobéissance et la rébellion, ne peut être admis à l'eucharistie qui est centre et source de charité unifiante.

3. Dans le décret de révocation - décret confirmé par le Saint-Siège, - le prêtre Edgardo Pellacani, ancien curé de San Damiano, a reçu l'ordre formel de ne plus s'occuper des faits en question. Nous réitérons publiquement cet ordre, en y ajoutant la menace de suspense a divinis au cas où il y contreviendrait à l'avenir.

4. Nous avertissons les autres personnes, prêtres et laïcs, qui sont responsables de ce phénomène et le soutiennent - et qui, malgré l'interdiction portée par l'évêque du lieu, ont continué à promouvoir les faits de San Damiano, à se faire les propagandistes des prétendues apparitions et des soi-disant messages, à organiser des voyages, - que s'ils persistent dans cette attitude, nous nous verrons dans l'obligation de leur interdire nominativement dans ce diocèse l'accès à l'église et aux sacrements, et de les frapper de suspense a divinis s'ils sont prêtres. Pour tous, nous nous réservons d'en informer leurs Ordinaires.

5. Les pèlerinages collectifs et individuels qui se rendent à San Damiano dans des buts de dévotion sont invités à s'abstenir d'y venir. Nous les avertissons aussi que, s'ils persistent dans leur désobéissance, nous nous verrons dans l'obligation de leur interdire l'accès à l'église paroissiale de San Damiano et aux églises du diocèse.

Piacenza, Curie épiscopale, 1er novembre 1970.

Enrico Manfredini, évêque de Piacenza.

 

II. - Déclaration du Cardinal Journet

Au sujet de San Damiano, on ne peut parler de véritable mystique. La vraie mystique chrétienne, en effet, est une forme supérieure de la vie religieuse, une vie religieuse normale mais rare, et qui exerce un rayonnement incomparable sur une époque. Comme l'écrivait Bergson à propos des grands mystiques chrétiens : "Ils ont rompu une digue ; un immense courant de vie les a ressaisis ; de leur vitalité accrue s'est dégagée une énergie, une audace, une puissance de conception et de réalisation extraordinaire." Et encore : "Qu'un génie mystique surgisse, il entraînera derrière lui une humanité au corps déjà immensément accru, à l'âme par lui transfigurée." Bergson compare donc les mystiques aux grands génies. Comme eux ils ouvrent une voie et le monde suit.

On parle de pèlerinage à San Damiano. Dans tous pèlerinages, il y a, parallèlement, une profonde foi chrétienne et un élément sociologique. Mais il faut que la foi résorbe, absorbe, domine l'élément sociologique (c'est le cas à Lourdes par exemple). Il arrive cependant que le "sociologique" prenne une valeur plus grande que la foi, et dans ce cas le pèlerinage n'a plus de valeur chrétienne. Le "point" d'un vrai pèlerinage est un endroit où l'on trouve une marque chrétienne authentique. Dans ce cas, le centre, le coeur du pèlerinage devient authentifiable par l'Église. Dans le cas de San Damiano, il s'agit donc de conversations avec la Vierge. L'Église a cherché à découvrir, dans ces dialogues, la marque authentique d'une intervention surnaturelle. Elle n'en a point trouvé. Dès lors, elle a pu affirmer que ce pèlerinage, que - et je tiens à le souligner, - je ne considère pas comme une supercherie, ne repose pas sur quelque intervention surnaturelle, mais plutôt sur la crédulité d'un monde angoissé.

Il faut là parler un peu des pèlerins. Dans une période de désarroi, d'angoisse, d'incertitude comme celle que nous vivons actuellement, il est normal que l'homme ressente parfois le besoin de savoir dans quels termes il est avec l'absolu, avec Dieu. L'homme cherche à connaître le jour de sa fin ; il veut savoir quel masque prendra la mort. Et les messages de Mamma Rosa prétendent apporter à tous, individuellement ou généralement, une réponse à cette angoissante question. Mais ces gens sont dans l'erreur, car Dieu a voulu que nous ignorions la date et la forme de notre mort, afin que nous nous tenions prêts chaque jour. Cependant dans le coeur de ces pèlerins, tout n'est pas négatif. On y trouve quelque chose de positif. Ils ne recherchent pas le remède à leur angoisse dans la facilité (la drogue par exemple), mais dans la prière. En cela, leur foi, leur désir de vie chrétienne, peuvent être admirables.

Quant à Mamma Rosa, je pense qu'elle est véritablement sincère. C'est une femme très sensible et qui éprouve un insurmontable besoin de parler, elle possède sans doute un exceptionnel don oratoire, mais elle est l'objet d'une illusion. Ce qu'elle croit être la voix de la Vierge n'est qu'une voix intérieure, celle de sa subconscience par exemple. J'ajouterai encore que ces messages n'ont rien d'extraordinaire ; ils restent toujours dans la banalité.

Le succès des pèlerinages à San Damiano repose donc, avant tout, sur une illusion - celle dont est victime Mamma Rosa - et sur la crédulité d'un certain nombre de chrétiens que le monde actuel désarçonne. Je ne condamne ni l'une ni les autres. Je suis, en revanche, beaucoup moins indulgent à l'égard des organisateurs et propagandistes de ces pèlerinages - et notamment des ecclésiastiques dont le rôle est d'éclairer et non de suivre. Ils n'agissent pas dans un esprit chrétien d'obéissance à l'Église.

(La Suisse, 28 octobre 1970, p. 30.)

 

A propos des pèlerinages a San Damiano

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1973 page 348

Sous ce titre, Mgr BONTEMS, archevêque de Chambéry, écrit dans la Quinzaine Religieuse de Savoie - 1er mars 1973, p. 106 :

A plusieurs reprises déjà, j'ai dû intervenir, en conversation ou par lettre, au sujet de San Damiano.

Or, périodiquement, on relance l'événement, surtout en France ; il me faut aujourd'hui donner par la Quinzaine des précisions.

On fait valoir le grand nombre de pèlerins, dont certains viennent de très loin ; le climat exceptionnel de ferveur, le silence, le recueillement ... Tout cela est certain, et il est possible que ce soit pour plusieurs l'occasion d'un réveil et même d'une conversion.

Il y a sûrement beaucoup de sincérité, de bonne foi, de foi simple, et qui mérite le respect ; peut-on s'étonner qu'il y ait une proximité, une présence de la Très Sainte Vierge, quand les humbles la supplient de les aider, que leurs coeurs angoissés mettent en elle toute leur espérance !

Mais... à San Damiano, il y a les "messages" : certes ils sont adaptés à un auditoire simple, d'un style direct qui touche la sensibilité, d'où leur succès ; mais ils sont si abondants et d'une si grande banalité ! Au lieu de la marque indiscutable du surnaturel, ils laissent - comme d'ailleurs les autres "signes" dont on parle, - une impression de trouble et d'ambiguïté.

Aussi, après enquête, l'autorité ecclésiastique, dans sa responsabilité de discernement, s'est prononcée négativement à plusieurs reprises : les évêques successifs ont conclu, en 1969 et 1970, qu'il n'y avait pas de véritable apparition ; ils ont interdit manifestations et pèlerinages ; et le Saint-Siège les a approuvés (1)

En est-il toujours ainsi ? Un correspondant m'écrivait que l'attitude de l'évêque actuel de Plaisance avait changé. J'ai demandé ce qu'il en était : je reçois une longue lettre de trois pages, datée du 5 février 1973 :

" ... Mon attitude en cette affaire n'a nullement varié ; aucune preuve de faits surnaturels ; la certitude, au contraire, qu'il n'y en a pas.". Le diocèse de Plaisance, dit-il, n'est pas touché par l'événement ; mais c'est dans les pays de langue française que se déploie la propagande la plus active.

Il sera bon de relire ici attentivement les réflexions qu'a faites le cardinal Journet, en octobre 1970, sur San Damiano : à la fois respectueuses des personnes, nuancées et fermes, elles sont toujours actuelles (2)

Deux réflexions pour finir :

- Quel dommage que cette dispersion de forces ! Au contraire, quel profit pour tous si ces dévots de San Damiano apportaient aux groupes et aux communautés de chrétiens la richesse de leur amour pour Notre-Dame !

- Et puis ... ne devons-nous pas nous interroger sur nos célébrations ? Elles ont gagné considérablement en vérité et en proximité, c'est vrai ! Mais si certaine liturgie se veut dépouillée jusqu'à la sécheresse et l'indigence, faut-il s'étonner qu'il s'en éloigne bien du monde, qui se trouvera plus à l'aise, ailleurs ? Invitation à soigner la qualité "humaine" de nos célébrations ; à donner notamment toute sa place à la piété mariale, sa vraie place, celle que lui donne Vatican II.

† A. B.

 

Garabandal et S. Damiano

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1974 page 341

On lit à ce sujet dans "Pastoralia, Communications de l'archevêché de Malines - Bruxelles, n° 2, 15 février 1974 :

"Interrogé à diverses reprises sur les faits soi-disant miraculeux qui auraient eu lieu à Garabandal (Espagne) et S. Damiano (Italie), le Secrétariat de la Conférence épiscopale fait savoir que l'attitude des évêques locaux n'a pas changé et que les autorités romaines ont toujours approuvé la ligne de conduite suivie par les évêques à ce sujet.

"Le service d'information de la Conférence épiscopale précise qu'il est utile de renvoyer aux deux documents qui, dès 1970, furent envoyés par les évêques de Santander (Espagne) et de Piacenza (Italie) à tous les évêques, tant pour Garabandal que pour S. Damiano, nient l'existence de faits miraculeux. En conséquence, ils interdisent toute manifestation de culte, tout pèlerinage en relation avec ces faits." (Voir "DC" 1970, n° 1564, p. 532-535, et 1559, n° 295 ; 1969, n° 1531, p. 47. Voir aussi "DC" 1965, N° 1452, col. 1344-45 ; 1457, col. 1823 ; 1967, n° 1490, col. 532 ; n° 1491, col. 671*-672*.)

 

Poursuite judiciaires à San Damiano

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1979 page 194

L'Osservatore della Demenica, qui paraît maintenant en supplément de l'édition quotidienne de l'Osservatore Romano, a publié, dans son numéro du 7 janvier 1979, un article sur San Damiano dans lequel nous lisons : "Le substitut du procureur de la République de Piacenza, le Dr D'Onofrio, a mis sous séquestre, le 13 décembre, tous les biens immobiliers (terrains et constructions) appartenant ou liés au "sanctuaire" de San Damiano, à quelques kilomètres de cette ville de l'Emilie..."

Après un rappel des événements de San Damiano et des prises de positions de la hiérarchie (cf. DC 1969, p. 47 ; 1971, p. 32), l'article, signé Ercole Brocchieri, poursuit : " ... Pour accueillir les pèlerins, on a construit avec leurs offrandes des auberges, des pensions et créé un vaste parking. Le 8 décembre dernier, malgré la mauvaise saison, il y avait plus de 60 cars à San Damiano. Pendant l'Année sainte, les grandes agences de voyage inscrivaient San Damiano, avec Assise, Lorette et Rome dans les circuits des pèlerinages venus de l'étranger. L'autorité ecclésiastique a maintenu sa désapprobation, interdisant la célébration de l'Eucharistie sur le territoire du diocèse de Piacenza aux prêtres et aux religieux qui se rendaient à San Damiano et faisant tous ses efforts pour convaincre et dissuader les pèlerins. Tout ce mouvement entraîna naturellement un important afflux de capitaux. Sous cet aspect, la question n'intéressait pas l'autorité ecclésiastique, mais elle a commencé à intéresser la magistrature. C'est donc indépendamment de l'attitude négative de l'Église et uniquement pour des motifs d'ordre légal et fiscal que la magistrature a suivi l'évolution du phénomène. Et maintenant, par une décision autonome, elle en est venue à entreprendre une action judiciaire. Le chef d'accusation de la "communication judiciaire" est très lourd : "escroquerie avec circonstances aggravantes et association de malfaiteurs" ..

 

Notification de l'évêque de Plaisance à propos de San Damiano

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1980 page 844

Ma récente visite pastorale dans la paroisse de San Damiano et l'annonce d'un prochain rassemblement extraordinaire de jeunes sur les lieux des soi-disant apparitions mariales bien connues m'incitent à prendre de nouveau position vis-à-vis de ces faits qui, depuis très longtemps, troublent la vie spirituelle de cette paroisse et jette beaucoup de discrédit sur la religion et sur la vraie dévotion chrétienne.

De par l'autorité et la responsabilité qui me viennent de Dieu, en tant qu'évêque de l'Église qui se trouve à Plaisance, dans l'exercice légitime du devoir qui m'incombe de juger les faits qui concernent la foi et la morale, je ne peux pas me soustraire à l'obligation de dénoncer et de déplorer vivement la grave désobéissance de tous ceux qui, laïcs, religieux et prêtres extradiocésains, continuent de mépriser le jugement et les directives de l'autorité ecclésiastique, légitime et compétente, décrétés en communion avec le Saint-Siège apostolique, en date du 16 mai 1977, prot. 327022.

C'est pourquoi nous déclarons et décrétons ce qui suit :

1. Nous confirmons de nouveau le jugement négatif exprimé à plusieurs reprises par mon vénéré prédécesseur, ainsi que par moi-même, concernant les soi-disant faits de San Damiano, à savoir que ces faits n'ont rien de surnaturel.

2. Aucun acte de culte en l'honneur de la Bienheureuse Vierge Marie, lequel aurait un rapport avec les soi-disant apparitions et avec les prétendus messages, ne peut être légitimement pratiqué ou encouragé.

3. Tous ceux qui diffusent des publications de propagande en faveur du phénomène, qui organisent des "pèlerinages" et qui se rendent à San Damiano pour faire leurs dévotions, désobéissent ouvertement à l'Église.

4. Les 3 et 4 mai prochains, ainsi qu'au cours des journées à venir, pendant lesquelles, selon le jugement de l'autorité religieuse compétente, des circonstances particulières l'exigeraient, l'église paroissiale de San Damiano restera fermée. Le curé prendra les mesures utiles et nécessaires pour permettre à ses paroissiens de participer à la célébration de l'eucharistie.

5. Nous renouvelons la validité, sur tout le territoire du diocèse, des dispositions suivantes :

a) Tous les prêtres extradiocésains qui se rendent à San Damiano ne peuvent pas être admis à célébrer la sainte messe, et s'ils osent le faire, ils sont suspendus "a divinis" ipso facto.

b) La sainte communion sera refusée à tous les prêtres, religieux et religieuses qui se rendent à San Damiano.

6. Les recteurs des églises, y compris celles administrées par des religieux éventuellement fréquentées par les groupes des "pèlerins de San Damiano", sont invités à se charger d'une catéchèse adéquate pour les instruire sur la vraie dévotion mariale et sur leur devoir d'obéir à l'autorité de l'Église, et ceci en conformité avec la doctrine du Concile Vatican II, et selon les normes canoniques en vigueur.

Plaisance, le 1er mai 1980.

† Henri Manfredi, évêque de Plaisance.

 

San Damiano :

Décision du Saint-Siège et ordonnance de Mgr Manfredini, évêque de Piacenza

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1977page 698

La Vie diocésaine de Saint-Dié, 15 juin, publie le document ci-après :

"Vu les décisions épiscopales relatives aux faits de San Damiano, et en particulier celles en date du 1er novembre 1970 et du 15 octobre 1976 ;

Étant informé que le dimanche 22 mai est annoncé à grand renfort de publicité un rassemblement en cette localité, en relation avec de prétendues apparitions que l'Église a plusieurs fois désavouées ; vu la lettre de la Secrétairerie d'État de Sa Sainteté en date du 16 mai 1977, n° 327022, signée par M. le cardinal Villot et à moi adressée, j'ordonne ce qui suit :

1. Durant toute la journée de ce dimanche l'église paroissiale de San Damiano sera fermée ;

2. A partir de cette date, sur tout le territoire du diocèse :

a) Les prêtres étrangers au diocèse se rendant à San Damiano ne seront pas admis à célébrer la sainte messe, et s'ils osent le faire, seront suspens "a divinis" ;

b) Les prêtres, religieux et religieuses se rendant à San Damiano se verront refuser la communion eucharistique." (En date du 21 mai 1977, journal "Avvenire".)

 

SAN DAMIANO

Note de Mgr Coffy. (1)

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1984 page 271

C'est habituellement en périodes troubles et incertaines que se multiplient les lieux de prétendues apparitions et que fleurissent les révélations de tous genres. Rappelons-nous les prophéties qui circulaient pendant la guerre. Les temps incertains sont aussi ceux où voyants et diseurs de bonne aventure font de bonnes recettes. Ne nous en étonnons pas : nous avons besoin de sécurité, de refuge devant l'adversité. Nous avons besoin, au sein des interrogations, d'une parole claire et précise que nous accueillons quand elle vient confirmer ce que nous pensons.

Devant ce genre de phénomènes : apparitions, révélations privées, prophéties, l'Église s'est toujours montrée très réservée. Sa réserve lui est dictée par son souci de sauvegarder la foi des chrétiens et de les maintenir dans la communion ecclésiale. Combien ont été abusés par des prétendues apparitions ! Combien ont quitté l'Église pour suivre des prophètes qui prétendaient transmettre un message reçu directement du ciel ! Si l'Église reconnaît - sans d'ailleurs l'imposer - l'authenticité de telle ou telle apparition, ce n'est qu'après un long et minutieux examen. Elle se prononce surtout sur le message transmis et elle le fait en le confrontant à l'Écriture. Elle peut le faire en toute clarté puisqu'elle a une référence objective : la Révélation.

Étant donné cela, que penser de San Damiano ?

L'Évêque du diocèse de Plaisance dont dépend San Damiano, après enquête, a demandé la fermeture de ce lieu. Ce n'est pas une réserve mais une interdiction. Peut-on dès lors se dire fidèle à l'Église et ne pas tenir compte de cette interdiction ? A Lourdes, le 15 août dernier, le pape Jean-Paul II demandait aux chrétiens de France, "de consolider leur unité autour de leurs évêques... Depuis le début de l'Église, l'unité avec l'Évêque a été le signe des disciples du Christ et la garantie du progrès spirituel".

Les catholiques qui vont à San Damiano pensent-ils, en désobéissant à l'Évêque du lieu, au contre-témoignage qu'ils donnent à leurs frères du diocèse de Plaisance ?

A cette raison fondamentale, j'en ajoute une autre. J'ai lu dans "Stella Maris" le compte rendu de telle ou telle apparition. J'ai eu le sentiment que la Vierge était très prolixe alors qu'habituellement le message qu'elle demande de transmettre aux chrétiens est d'une grande sobriété. Celui de Lourdes, par exemple, se résume en quelques mots et ce n'est que le rappel des exigences évangéliques. Certains détails du message de San Damiano étaient d'ailleurs en contradiction avec des pratiques courantes dans l'Église primitive.

On objectera que les chrétiens qui vont à San Damiano prient, retrouvent le chemin de la prière, approfondissent leur dévotion à la Vierge. Nous n'avons pas à porter de jugement sur la piété des pèlerins de San Damiano pas plus que nous ne devons soupçonner l'esprit de la prière de ceux qui font partie d'une secte chrétienne. Mais la question n'est pas là. Ce qui est en cause c'est le sens de l'Église. Il faut même ajouter que, pour certains, ce qui est en cause c'est l'accueil et la mise en oeuvre des réformes de Vatican II qui semblent faire difficulté pour eux.

Pour ces raisons, je demande aux catholiques du diocèse de s'abstenir d'aller en pèlerinage à San Damiano.

 

 

A propos de San Damiano

Notification de Mgr Antonio Mazza, évêque de Plaisance

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1987 page 228

Mgr Antonio Mazza, évêque de Plaisance (Italie), diocèse dans lequel se trouve la paroisse de San Damiano, a publié le 1er septembre 1986 la notification suivante (1) C'est la première prise de position de l'évêque à ce sujet depuis sa nomination à Plaisance, le 20 août 1983.

Dès que j'ai commencé mon service épiscopal à Plaisance, j'ai été invité à de nombreuses reprises à donner mon jugement sur les apparitions présumées de San Damiano et à prendre des dispositions concernant les pèlerins qui affluent ici en nombre considérable, de divers endroits. Comme c'était mon devoir, j'ai examiné avec attention, au cours de la période écoulée, les documents relatifs aux faits de San Damiano ; j'ai pris en considération les diverses dispositions arrêtées par mes prédécesseurs, et j'ai cherché à écouter de nombreuses personnes, intéressées à des titres divers à la diffusion de la dévotion à celle que l'on appelle "la Vierge des Roses".

J'ai constaté avec plaisir que le Peuple de Dieu qui est à Plaisance, dans ses diverses composantes, qu'il s'agisse des prêtres ou des laïcs, des religieux ou des religieuses, n'adhère pas, dans sa quasi-totalité, aux faits de San Damiano et, donc, ne s'y rend pas pour exprimer sa dévotion mariale, alors qu'il nourrit cette dévotion, avec une ferveur qui ne cesse de se renouveler, à l'aide de louables initiatives diocésaines, dans les lieux et selon les formes suggérées par la tradition de l'Église.

En ce qui concerne l'attitude à adopter à l'égard des pèlerins étrangers qui affluent à San Damiano, il m'a été suggéré de divers côtés et par diverses personnes de tenir compte des circonstances actuelles, ainsi que du fait que "les pèlerins prient" et viennent pour accomplir des pratiques religieuses recommandées depuis toujours par l'Église. De mon côté, après avoir accordé attention et bienveillance aux faits signalés, aux demandes et aux suggestions, je ne puis pas ne pas observer le devoir qui est celui de tout pasteur de "faire la vérité dans la charité" (Ep 4,15).

Du reste, c'est ce qu'ont fait mes prédécesseurs. Leurs interventions n'ont jamais eu pour but de "punir" les personnes ; elles ont été faites dans une attitude de service envers les personnes, pour favoriser une dévotion mariale authentique, et pour promouvoir une prière qui soit en "esprit et vérité" (Jn 4, 15) (2)

Ceci dit, désireux de remplir mon devoir pastoral à l'égard de tous, dans l'intention de rendre "plus vigoureux et authentique" le culte envers la Vierge, qui préfère "à la recherche exagérée de nouveautés et de faits extraordinaires" l'étude des sources révélées et l'attention aux document du Magistère (Marialis cultus, 38), en continuité avec l'action de mes prédécesseurs, je déclare à nouveau que sont dépourvus de fondement surnaturel les faits qui ont été à l'origine du phénomène de San Damiano et je décrète ce qui suit :

a) Aucune pratique de dévotion ne peut être liée légitimement aux faits qui ont été à l'origine du phénomène ;

b) Les prêtres n'appartenant pas à ce diocèse et qui accompagnent des personnes qui se rendent à San Damiano, n'ont en ce diocèse aucune autorisation d'accomplir les actes du ministère ; c'est-à-dire qu'ils n'ont pas la faculté, sur notre territoire, de célébrer la messe, de recevoir les confessions des fidèles, de prêcher ;

c) Les recteurs des églises du diocèse, dans lesquelles des groupes de personnes se dirigeant vers San Damiano se rendraient pour célébrer des offices religieux, ont l'obligation expresse de faire oeuvre de catéchèse dans le sens de la présente notification.

 

San Damiano : Mise au point du nouvel évêque

LA CROIX du 6/2/1987

L'héritage de Mme Quattrini, en question depuis 1982, pourra maintenant être accepté par l'Association du pèlerinage

Quelle est aujourd'hui l'attitude du nouvel évêque de Plaisance face aux événements survenus à San Damiano (Italie) ? Mgr Manfredini avait été invité à plusieurs reprises à donner son avis sur les apparitions présumées de San Damiano.

Dans une déclaration qui sera publiée dans la Documentation catholique du 15 février 1987, il constate tout d'abord que, "dans sa quasi-totalité", le Peuple de Dieu n'adhère pas aux faits de San Damiano et "ne s'y rend pas pour exprimer sa dévotion mariale, alors qu'il nourrit cette dévotion avec une ferveur qui ne cesse de se renouveler".

Après avoir déclaré que les faits sont dépourvus de fondement surnaturel, l'évêque décrète : "Aucune pratique de dévotion ne peut être liée légitimement aux faits qui ont été à l'origine du phénomène."

Il ajoute : "Les prêtres n'appartenant pas à ce diocèse et qui accompagnent des personnes qui se rendent à San Damiano n'ont, en ce diocèse, aucune autorisation d'accomplir les actes du ministère (messe, prédication, confession)."

Enfin, Mgr Manfredini rappelle que "les recteurs des églises du diocèse de Plaisance dans lesquels des groupes de personnes se dirigeant vers San Damiano se rendraient pour célébrer des offices religieux ont l'obligation expresse de faire oeuvre de catéchèse" dans le sens de sa notification.

Déjà, en 1982, le Saint-Siège avait refusé l'héritage d'environ 5 milliards de lires que lui laissait Rosa Quattrini, la femme qui, en 1964, déclara qu'elle avait vu la Vierge et lui avait parlé. Ces biens étaient jusqu'à présent en déshérence, les héritiers de Mme Quattrini y ayant renoncé eux aussi. Selon le Civilta cattolica du 20 décembre 1986, le président du gouvernement régional a reconnu comme personne morale l'association "Ospizio Madonna delle Rose" (les amis de Mme Quattrini) non reconnue par l'Église. Dès lors, cette association, qui continue de s'occuper des pèlerins qui se rendent à San Damiano, peut maintenant accepter l'héritage.

 

Les "pèlerinages" à San Damiano : Communiqué de l'évêque de Nice

DOCUMENTATION CATHOLIQUE 1990 page 327

Mgr François Saint-Macary, évêque de Nice, a publié le communiqué suivant, daté du 23 janvier :

"Sollicité de divers côtés par des personnes et des groupes qui vont en pèlerinage à San Damiano, j'ai écrit à l'évêque du diocèse de Plaisance dont dépend San Damiano pour lui demander quelle était actuellement la position de l'Église par rapport à ce lieu où des gens vont en pèlerinage.

Mgr Antonio Mazza m'a répondu le 18 janvier 1990 qu'après avoir à nouveau enquêté, il avait confirmé les déclarations de ses prédécesseurs. Il m'a communiqué cette notification faite le 1er septembre 1986 (DC 1987, N° 1934, p. 228. NDLR) et confirmée plusieurs fois dans la suite :

"Je déclare à nouveau que sont dépourvus de tout fondement surnaturel les faits qui ont été à l'origine du phénomène de San Damiano et je décrète ce qui suit :

1) Aucune pratique de dévotion ne peut être liée légitimement aux faits qui ont été à l'origine du phénomène.

2) Les prêtres n'appartenant pas à ce diocèse et qui accompagnent des personnes à San Damiano n'ont en ce diocèse aucune autorisation d'accomplir les actes du ministère ; c'est-à-dire qu'ils n'ont pas la faculté sur notre territoire de célébrer la messe, de recevoir les confessions des fidèles, de prêcher.

3) Les recteurs des églises du diocèse dans lesquelles des groupes se dirigeant vers San Damiano se rendraient pour célébrer des offices religieux, ont l'obligation expresse de faire oeuvre de catéchèse dans le sens de la présente notification".

En conséquence, les divers groupes de piété qui existent dans le diocèse de Nice et qui rattachent leur dévotion aux phénomènes de San Damiano doivent savoir qu'ils désobéissent ouvertement à l'Église catholique. Les prêtres, religieux, religieuses, aumôniers et catéchistes sont invités à mettre en garde contre ce "pèlerinage" et à développer une vraie dévotion mariale dans l'esprit des lettres des derniers Papes, en particulier la Mère du Rédempteur, publiée par Jean-Paul II. La mission de l'évêque est de guider son peuple vers de bons pâturages.

Fait à Nice le 23 janvier 1990. (Les nouvelles religieuses de Nice, 9 février.

 

 

La religion populaire dans l'enseignement de l'Église

 

Bien orientée, cette religiosité populaire peut être une vraie rencontre avec Dieu en Jésus-Christ" (Paul VI)

La religiosité populaire a certainement ses limites. Elle est fréquemment ouverte à la pénétration de maintes déformations de la religion, voire de superstitions. Elle reste souvent au niveau de manifestations culturelles sans engager une véritable adhésion de la foi. Elle peut même mener à la formation de sectes et mettre en danger la vraie communauté ecclésiale.

Mais si elle est bien orientée, surtout par une pédagogie d'évangélisation, elle est riche de valeurs. Elle traduit une soif de Dieu que seuls les simples et les pauvres peuvent connaître. Elle rend capable de générosité et de sacrifice jusqu'à l'héroïsme, lorsqu'il s'agit de manifester la foi. Elle comporte un sens aigu d'attributs profonds de Dieu : la paternité, la providence, la présence amoureuse et constante. Elle engendre des attitudes intérieures rarement observées ailleurs au même degré : patience, sens de la croix dans la vie quotidienne, détachement, ouverture aux autres, dévotion. En raison de ces aspects, nous l'appelons volontiers "piété populaire", c'est-à-dire religion du peuple, plutôt que religiosité.

Il faut y être sensible, savoir percevoir ses dimensions intérieures et ses valeurs indéniables, être disposé à l'aider à dépasser ses risques de déviation. Bien orientée, cette religiosité populaire peut-être de plus en plus, pour nos masses populaires, une vraie rencontre avec Dieu en Jésus-Christ.

Paul VI - Evangelii Nuntiandi (8 décembre 1975)

 

Chrétiens populaires

On peut découvrir chez eux une foi populaire, car généralement ils adhèrent à Dieu, croient qu'il existe, qu'il regarde les hommes avec amour, veut leur bien et approuve le meilleur de leur vie, tout en jugeant leurs fautes. En Jésus, ils reconnaissent celui qui est venu de la part de Dieu pour nous révéler l'essentiel de sa pensée. Le bref Credo des apôtres résume leur foi. Ils le proclament avec une réelle loyauté. Cette foi se traduit dans les gestes d'une religion populaire. Ils acceptent de se rattacher à Dieu visiblement en entrant dans la communauté chrétienne par le baptême qu'ils demandent pour leurs enfants. Ils la réaffirment également dans les grandes circonstances de leur existence terrestre, par la profession de foi et la communion au sortir de l'enfance, le mariage religieux lorsqu'ils fondent une famille et la sépulture chrétienne en quittant ce monde. Ils manifestent aussi une piété populaire. Beaucoup tiennent à prier en certaines occasions, heureuses ou malheureuses. La pensée de Dieu les habite, même si elle n'est pas quotidienne ou demeure trop individuelle pour être vécue en communauté. Parfois ils rejoignent les autres chrétiens pour l'Eucharistie, y reconnaissent la présence réelle du Christ, écoutent la Parole de Dieu. La plupart acceptent comme venant de Dieu quelques grands impératifs concernant par exemple le respect de la vie, de la liberté, de la réputation et des biens d'autrui ; leur "morale" populaire présente une large convergence avec les commandements de Dieu, rappelés par le Christ, tout en manifestant une conception de l'homme centrée sur les points fondamentaux. Enfin, ils savent partager avec les plus démunis et, envers l'Église, ils sont capables de montrer une réelle générosité comme s'ils voulaient marquer par là aussi un certain désir d'appartenance. Voilà, me semble-t-il, autant de signes positifs de la réalité de leur rattachement à la communauté des croyants.

Jean-Paul II aux évêques de la région "Provence Méditerranée" (18 novembre 1982)

 

S'il est important pour les Pasteurs de veiller sur la santé de la foi du Peuple à eux confié, s'il est souhaité de la part des fidèles le sens de la confiance en ceux qui ont mission de les guider, il ne faut cependant pas déprécier la religiosité populaire, trop souvent "victime du divorce entre les élites et le peuple." "Cette religiosité, déclare la Conférence de Medellin en 1968, met l'Église face au dilemme d'être réellement universelle ou de se transformer en secte si elle n'incorpore pas vraiment les hommes s'exprimant avec cette religiosité."

"Une vraie pastorale populaire ne doit pas seulement se tourner vers le peuple, mais partir du peuple. Le peuple ne doit donc pas être seulement l'objet, mais le sujet et l'agent de l'évangélisation." Le modèle pastoral nous est fourni par saint Paul, en particulier dans sa première lettre aux Thessaloniciens (11,7) : "Frères, avec vous nous avons été pleins de douceur comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons. Ayant pour vous une telle affection, nous voudrions vous donner non seulement l'Évangile de Dieu, mais tout ce que nous sommes, car vous nous êtes devenus très chers".

Ce service du Peuple comporte "la nécessité d'accepter les hommes tels qu'ils sont et là où ils sont, et de reconnaître dans la religiosité populaire des semences de la Parole de Dieu".

"Ignorer ou mettre de côté les valeurs de religion populaire constituerait une offense grave à la communauté à évangéliser et pourrait fermer la voie à l'évangélisation."

Le synode extraordinaire de 1985, vingt ans après le Concile, souligne dans son rapport de synthèse : "Les dévotions populaires, justement comprises et correctement pratiquées, méritent une grande attention des pasteurs."

"La permanence d'un christianisme populaire depuis les origines de l'Église constitue une grâce et un appel", disait Jean-Paul II aux évêques français de la région Provence-Méditerranée en 1982. Et il leur demandait "d'apprécier aujourd'hui le catholicisme populaire de nos fidèles, avec ses valeurs et ses limites".

"Le pape employait les termes complémentaires de 'religion populaire', de 'christianisme populaire', de 'foi populaire', de 'piété populaire' pour définir le sentiment religieux de ceux qui 'se disent et se veulent catholiques et manifestent, en certaines occasions, les signes d'une foi sincère, même si elle n'est pas bien éclairée, et aussi des attitudes vraiment chrétiennes'.

"Comment Jean-Paul II juge-t-il ces comportements des 'chrétiens populaires' ? 'La qualification de 'populaire', interprétée comme un signe de superficialité et d'incomplétude, a pu susciter la méfiance d'une élite savante et croyante, et même de pasteurs zélés ; mais cela a par ailleurs l'avantage de caractériser une foi enracinée profondément dans une culture précise, nouée aux fibres du coeur autant qu'aux idées, et surtout partagée largement par tout un peuple qui est alors le Peuple de Dieu."

"Ainsi, selon le pape, la religiosité populaire reste l'expression d'un besoin religieux authentique, d'une soif de Dieu dont on ne peut mesurer la profondeur ni juger de la qualité sans prétendre abusivement pénétrer dans les consciences. Elle maintient un certain attachement au Christ et à l'Église qui, bien qu'imparfait, peut leur permettre de cheminer vers le Royaume de Dieu."

"Étant donné le caractère ambivalent de la religiosité populaire, il est nécessaire d'en discerner les éléments positifs et négatifs. Paul VI, dans EVANGELII NUNTIANDI, tout en percevant 'ses dimensions intérieures et ses valeurs indéniables', soulignait 'ses risques de déviation' par rapport au contenu de la foi chrétienne elle-même."

"Jean-Paul II constate lui aussi qu'il y a 'une large imprécision dans la conscience de ceux qui se contentent de cette religiosité populaire. Selon les sujets et les moments, ils se rangent tantôt du côté de Dieu et tantôt du côté de l'incroyance, du côté du service de l'homme ou repli égoïste sur soi."

"Comment dépasser ces risques ? Les différents documents officiels insistent sur la nécessité de purifier la religiosité populaire, quant à son contenu et quant à ses expressions, de tout ce qui est étranger à la foi chrétienne."

"Il ne s'agit pas de l'ignorer, encore moins de l'abolir, mais de l'orienter, de la transformer, et d'en sauver les valeurs."

"Cette 'religiosité-piété populaire' peut donc être le point de départ d'une nouvelle évangélisation, à partir d'éléments valables d'une foi authentique et digne du plus grand respect. Qu'il s'agisse des dévotions envers la Passion du Christ, le Sacré Coeur, la Vierge, les Saints ou des fêtes religieuses en général, des processions, des pèlerinages, des neuvaines, tout peut aider, comme le dit Paul VI dans Evangelii Nuntiandi, à 'une meilleure et vraie rencontre avec Dieu en Jésus-Christ".

"Cet approfondissement de la foi populaire se fera particulièrement sur deux plans, celui de la catéchèse et celui de la liturgie."

Au terme de cette étude, qui avait pour but d'apporter quelques éléments de clarification quant au problème des apparitions et de l'engouement qu'elles suscitent chez certains, l'attitude pastorale respectueuse des personnes et facteur de maturation dans la foi, est bien décrite par ce verset 3 du chapitre 42 du prophète Isaïe :

 

IL NE BRISE PAS LE ROSEAU FROISSÉ

IL N'ÉTEINT PAS LA MÉCHE QUI FAIBLIT

 


Ce numéro 6 de "Pastorale, Sectes et Nouvelles Croyances" commence par un éditorial sur quelques classifications possibles des groupes :

 

ÉDITORIAL N° 3

Le paysage offert par les sectes étant si divers et foisonnant, il peut être bon d'essayer une classification des groupes rencontrés.

 

1/ LES GROUPES "CLASSIQUES"

 

A) de confession chrétienne :

Exemples :

Les Adventistes, Les Évangélistes (Baptistes, Pentecôtistes...)

certaines "Petites Églises" comme l'Église Apostolique gallicane, la Chapelle Sainte-Marie ;

les mouvements de Réveil comme les Darbystes, les Mennonites ;

l'Église du Christ, l'Église Universelle de Dieu ;

etc...

 

Remarques :

- Il est à noter qu'avec certains de ces groupes, des relations sont possibles, voire fraternelles, et même en quête d'un certain oecuménisme.

- En général, ces groupes sont en perte de vitesse dans notre société ; sauf dans les milieux les plus pauvres, sensibles à leur accueil chaleureux, simple et fraternel.

- Ces groupes se caractérisent souvent par leur fondamentalisme : ils prennent la Parole de Dieu "ras la lettre", en méconnaissant toutes les nuances de l'interprétation exégétique.

On peut également leur reprocher un certain manichéisme et sa conséquence : la fuite du monde. Ce monde est mauvais, disent-ils, il ne faut pas s'y engager mais uniquement travailler au salut des âmes. Ainsi, les groupes évangéliques, principalement, sont des facteurs de démobilisation chez les populations d'Amérique Latine ; là, on se réunit en groupes de prière où l'on chante des cantiques et des alleluias ; l'engagement social n'est pas utile !

A l'heure actuelle, les études faites par ces groupes de confession chrétienne sur notre société et en particulier, sur ses mouvements religieux, sont très souvent "extrêmistes" ; leur jugement est excessif: "c'est mauvais... c'est satanique !"

 

B) de confession non chrétienne :

Exemples :

Les Témoins de Jéhovah, les Amis de l'homme,

Les Mormons,

les sectes nées autour d'un guérisseur, comme l'Antoinisme, ou le Christ de Montfavet (Église universelle du Christ).

 

Remarques :

- Ces groupes eux aussi s'amoindrissent, sauf les Témoins de Jéhovah dont le développement, toujours parmi les plus défavorisés de notre société, n'est pas sans inquiéter. Pour plus amples renseignements, consulter le n° 2 de "Pastorale et Sectes en Côte-d'Or".

- En ce qui concerne les Mormons, cf le n° 1 de cette revue.

 

 

2/ LES RELIGIONS DE REMPLACEMENT

Elles attirent davantage nos contemporains.

 

A) Les nouvelles sagesses d'Occident

Exemples :

Rose-Croix, Francmaçonnerie

Mouvement du Graal;

pseudo-ordres chevaleresques ou ordres du Temple (ordre martiniste),

Nouvelle Acropole,

Scientologie,

Fraternité Blanche Universelle,

mouvements druidiques,

Société Théosophique.

 

Ces groupes relèvent de la gnose, c'est-à-dire qu'ils proposent un salut par la connaissance initiatique (et non la grâce).

 

B) La fascination de l'Orient

- Tous les groupes à coloration orientaliste (pseudo-boouddhistes, pseudo-hindouistes) comme Hare Krishna, Bhagwan, Mandar'om, Méditation Transcendantale, Guru Maharaj Ji, Moon, Auroville, Dürckeim...

- Certains groupes viennent du Japon : Nichiren Soshu ou Sokka Gakai, Mahikari, Zen Macrobiotique.

- Il faut ajouter à cela certaines associations ou certains individus qui "vendent aux occidentaux du yoga ou du zen.

Par ailleurs, certains de ces groupes pratiquent le syncrétisme, c'est-à-dire font un mélange de religions occidentales et orientales : un "orientalisme" pour occidentaux. Ce que les vraies religions orientales ne sauraient reconnaître

 

C) Les groupes relevant de l'ésotérisme, de l'occultisme (en particulier du spiritisme), voire du satanisme

Exemples :

Société Théosophique,

Anthroposophie, de Rudolph Steiner

Atlantis, de Paul Le Cour

Bonne Volonté Mondiale

Metanoïa

Swedenborgiens ...

 

- A noter que l'ésotérisme (l'initiation à la doctrine secrète et primordiale, occultée selon ses adeptes, par toutes les religions et réservée à une élite) ainsi que sa pratique (l'occultisme), sont aussi l'apanage des nouvelles sagesses d'Occident classées dans le groupe A.

- Le satanisme :

Il est retour avec les sorcières de Salem, l'université "la Wicca" qui délivre des diplômes de sorcellerie, aux USA.

Dans plusieurs écoles allemandes, on s'est aperçu que les élèves, souvent fort jeunes (12-15 ans, et même moins), participaient à des séances privées de satanisme. Pour beaucoup, certes, c'est sans doute, un jeu, mais qui peut avoir des conséquences dramatiques.

Par ailleurs, les "sorciers commencent à investir les médias ; comme exemple d'émissions à la télévision française : "le sorcier habite l'immeuble" sur l'A2 le lundi 30 octobre 1989 à 22 h 15.

Le monde des entreprises lui aussi commence à s'ouvrir à la magie, par exemple avant l'inauguration d'une entreprise ou d'un magasin.

 

D) Les explorateurs de l'au-delà

Cela concerne tout ce qui tourne autour des OVNIS, des extra-terrestres :

 

Centre d'Études Fraternité Cosmique, Cosmicia,

Fraternité mondiale d'enseignement des maîtres cosmiques,

Iso-zen, les Raéliens...

 

E) Les groupes de thérapie corporelle et de psychothérapie

AAO (Organisation d'Analyse Actionnelle)

Albarracin, Arica, Bio-Dynamique, Bio-Energie,

Gestalt-therapie, Illumination intensive,

In, Rebirth,

des groupes de prière-guérison comme IVI,

certains radiesthésistes et magnétiseurs, etc...

 

F) Les groupes écologiques

Ecoovie

Longomaï

Findhorn

 

G) La religiosité sans Dieu

- l'astrologie

- la voyance : 50.000 voyants sont recensés par les services du fisc

- les horoscopes

- les marabouts

- la numérologie

- la morphopsychologie

 

H) Les illuminismes

Le Domaine de l'Immaculée Conception

Dozulé

San Damiano

Garabandal

Kérizinen

Derval...

 

I) Les intégrismes

constituent une frange extrêmiste dans toutes les religions à l'heure actuelle. Il existe un intégrisme catholique (Contre-Réforme catholique de l'Abbé de Nantes, Mgr Lefebvre...), un intégrisme dans le protestantisme, dans le judaïsme, dans l'Islam, etc ...

 

En vérité, ces groupes ainsi classés, peuvent appartenir à plusieurs dénominations. Beaucoup en effet relèvent de cette nouvelle culture qu'on appelle "le Nouvel Age" (cf. le n° 5 de "Pastorale et Sectes en Côte-d'Or"), culture qui tente par ses réseaux, d'investir tous les domaines. La doctrine en est gnostique, ésotérique. Ses adaptes pratiquent souvent l'occultisme et la parapsychologie. Le Nouvel Age se veut facteur de réconciliation entre l'Orient et l'Occident ; il propose une nouvelle médecine, une nouvelle psychologie ; il reçoit des messages d'entités invisibles et finalement, cherche à constituer la religion de remplacement par excellence, la supra-religion mondiale de l'an 2000.

 

D'autres classifications seraient envisageables :

- ENTRE PETITES SECTES ET MULTINATIONALES :

A l'heure actuelle, il est difficile de retenir cette distinction, car un petit groupe peut se révéler tout aussi nuisible pour ses adeptes qu'un grand mouvement.

- ENTRE GROUPES PRÉSENTANT UNE DOCTRINE SIMPLEMENT ORIGINALE ET DE VÉRITABLES ENTREPRISES DE DÉMOLITION, entre groupes de bienfaisance et sectes d'assassins.

En conclusion à cet essai de classification, retenons que parmi tous ces groupes, il est possible de distinguer principalement les TÉMOINS DE JEHOVAH et l'arrivée du NOUVEL AGE aux multiples facettes et aux innombrables portes d'entrée.

Soeur CHANTAL-MARIE

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