SERVICE DIOCÉSAIN "PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

9 bis, boulevard Voltaire - 21000 DIJON

 

"PASTORALE, SECTES ET NOUVELLES CROYANCES"

N° 9

Le spiritisme

ISSN 0990-0500

 

 

 

LE SPIRITISME

 

INTRODUCTION

 

"Dernier petit tour au coeur de la nuit afin de veiller sur le sommeil des adolescents confiés à ma responsabilité. A ma grande satisfaction, calme plat dans les chambrettes. Est-ce que mes instructions sur la nécessité du sommeil de chacun auraient porté leurs fruits ? Je m'apprête à regagner mon lit quand un sinistre et solennel "esprit, es-tu là?" me glace jusqu'à la moelle. La voix semble venir des combles aménagées du grenier. L'escalier de bois craque un peu sous mon poids. Un rais de lumière filtre à peine sous la porte close. Je l'entrebaîlle doucement et le spectacle qui s'offre à mes yeux me laisse sans voix.

Une douzaine de jeunes que je croyais sagement endormis se trouvent agglutinés autour d'une table sur laquelle l'alphabet constitué à l'aide des lettres du Scrabble entoure un verre retourné. Six jeunes, l'index tendu sur le fond du verre sont graves et concentrés. Les visages sont crispés, légèrement blêmes dans la lueur des bougies éclairant la table.

"Esprit, es-tu là ?" Le garçon qui mène la séance de spiritisme, car c'en est une, prend son rôle très au sérieux. Sa voix est posée et grave. Les mots qu'il prononce semblent détenir un pouvoir magique sur l'assemblée. L'atmosphère est lourde. Tous les regards convergent vers le verre. Les respirations sont légèrement haletantes. Chacun paraît retenir les battements de son coeur.

Au troisième "Esprit, es-tu là?", le verre tremble sur sa base et amorce un déplacement vers la lettre "O", puis "U" et "I". Oui, il est là! Acteurs et spectateurs s'agitent. Les filles, plus impressionnées, se serrent les unes contre les autres, les deux mains sur la bouche pour ne pas crier. Les garçons avalent difficilement leur salive...

Après un moment de flottement, les questions reprennent, se font plus hardies, puis fusent. Chacun veut obtenir une réponse de l'esprit: qui il est ? sa vie ? leurs problèmes et les remèdes à ceux-ci ?...

Le grenier est habité par 12 esprits surchauffés! Je décide d'intervenir, sentant un malaise grandissant, et le danger pour la santé physique et psychologique des jeunes hyper-tendus. Surtout ne pas leur faire peur, mais rompre l'atmosphère malsaine de ce grenier. Mes doigts actionnent le commutateur et la lumière blanche et froide des néons casse la chaude clarté vacillante des bougies.

Les jeunes sursautent, le verre roule à terre et les nez se dressent au plafond. J'ose un timide "bonsoir". Les jeunes se tournent d'un même mouvement vers la porte, poussant un cri. Ai-je donc une tête d'esprit ? "Nous ne faisons rien de mal!" (Témoignage d'Annie Garcin, dans la Revue "dba- Don Bosco aujourd'hui, de mars/avril 1991).

 

Un certain nombre de parents et d'éducateurs pourraient sans doute se retrouver dans ces lignes qui posent d'emblée le problème.

 

 

I/ SPIRITISME ET CHANNELING

 

La soif de communiquer avec l'au-delà est un rêve aussi vieux que l'humanité. De tous temps, dans toutes cultures, penseurs et philosophes ont scruté l'au-delà de la mort... Chez tous les peuples, la volonté de survie est présente: culte des morts de l'ancienne Egypte, culte des ancêtres chez les populations d'Afrique et d'Asie, rites funéraires. Avec Platon, la réflexion a abouti à la préexistence des âmes et à leur retour dans le monde des idées. Au siècle dernier, le spiritisme a cherché à concilier le besoin de communiquer avec les morts avec les exigences de l'esprit scientifique, en fournissant les "preuves" du dialogue avec l'au-delà par l'intermédiaire des médiums. Depuis, d'autres expériences ont ouvert de nouvelles voies de communication avec l'au-delà, qui se veulent autant de preuves "physiques" de son existence: voyages hors du corps, récit de ceux qui, parvenus en fin de vie, ont entrevu des "lumières de l'au-delà" et en ont fait le récit, confidences d'enfants récemment décédés à leur mère par écriture automatique, dialogues avec des anges, enregistrements des voix des défunts, images de disparus, séquences vidéo...

 

1) ANTIQUITE

 

L'antique nécromancie, technique immémoriale d'évocation des défunts, était très prisée des religions anciennes.

 

Les Babyloniens et les Assyriens croyaient que les morts étaient un souffle, une vapeur et venaient hanter les maisons; selon eux, ils pouvaient donner des conseils aux vivants, car les destinées de notre monde étant arrêtées dans un autre monde, les morts connaissaient notre destin. Le héros Gilgamesh, sorte d'Hercule, fait revenir son ami Enkidu pour s'entretenir avec lui et connaître le sort des morts.

 

Les Egyptiens aimaient les invoquer pour obtenir d'eux des rêves prémonitoires. Ils croyaient en l'existence de sept corps, parmi lesquels il y avait l'"âme" (Ba), représentée par un oiseau à tête humaine. Après la mort, Ba s'envole et rejoint les dieux au ciel. L'esprit, Akh, paraît partager la destinée céleste du Ba. Le Ka, sorte de double, se détachait du corps mais il ne l'abandonnait pas complètement. Il revenait visiter le corps terrestre dans son tombeau mais sa propre existence demeurait liée à celle du corps. Il était indispensable que le Ka pût se poser sur la dépouille charnelle de l'individu, momifiée, ayant conservé l'intégralité de ses organes (sans quoi la survie n'aurait été que partielle), ou, à défaut de la momie elle-même, sur une image du défunt que les incantations magiques avaient douées de vie, dont elles avaient fait l'équivalent d'un corps vivant. Dans le cas où n'aurait plus existé ni le corps du défunt, ni ses images, le Ka, ne sachant plus où se poser, aurait perdu le contact avec la vie, perdu la vie. Si l'âme Ba vit de sa vie propre après la mort, le Ka, lui, constitue un lien entre le monde terrestre, et le monde spirituel, entre le charnel et le divin.

 

Comme le Ka égyptien, les entités similaires chez les autres peuples expliquent les pratiques divinatoires dans l'antiquité, dont le but était justement d'évoquer, par des techniques appropriées, l'esprit du défunt en vue de connaître l'avenir. Un exemple de ces évocations nous est offert par la Bible. Dans le Ier Livre de Samuel (ch.28,13), on raconte que le roi Saül, avant d'engager la bataille contre l'armée des Philistins, alla demander à une magicienne de lui évoquer l'esprit du prophète Samuel. Mais une telle pratique était rigoureusement interdite par la loi. Et Saül, au lieu de recevoir de cette évocation un encouragement pour sa bataille, reçut la révélation d'une tragique défaite.

 

Au Vè siècle av. J.-C., Eschyle, dans Les Perses, dépeint la veuve de Darius, appuyée par le Choeur, rappelant son noble époux du Royaume des Ombres. Elle fait couler les libations: lait et miel, huile, vin. Puis le choeur commence une incantation sauvage et Darius apparaît. Il faut faire vite: il n'a que quelques instants avant de regagner l'Hadès. Contrairement à Samuel, il n'est pas clairvoyant dans la mort, c'est la Reine et le Choeur qui lui apprennent les malheurs de son pays, la flotte dispersée, la fuite de son fils Xerxès. Mais il a laissé un tel souvenir de sagesse que c'est à ses conseils que l'on s'adresse comme jadis.

 

Platon a raconté le mythe d'Er. C'était un soldat, mort en bataille. Au moment où son corps fut placé sur le bûcher avec ceux de ses compagnons morts pour y être brûlés, il revint à la vie et raconta ce qu'il avait vu, au cours de son voyage dans l'au-delà: son âme avait abandonné son corps, il s'était joint à un groupe d'autres esprits et avec eux il s'était rendu vers un lieu comportant des ouvertures qui conduisaient au monde de l'au-delà. Là, ses compagnons s'arrêtèrent pour être jugés par des entités divines qui contemplaient d'un seul regard tout ce qu'ils avaient fait durant leur vie. Lui, au contraire, avait reçu mission de retourner sur terre afin d'informer les humains de ce qui les attendait de l'autre côté.

 

Le monde romain, qui s'adonnait volontiers aux pratiques magiques, les réprouva à peu près de tout temps dans ses lois, dès la loi des XII Tables, mais celle-ci ne semble pas viser les nécromans. Le régime impérial, autoritaire, n'aima guère les devins qui, autant que les vendeurs de philtres et de charmes, pouvaient encourager les ambitieux à l'assaut du pouvoir: Tibère, Néron, Claude, Dioclétien sévirent sans succès, comme en témoignent de nombreux procès en sorcellerie. En 319, Constantin précise: la magie officielle, cérémonielle, pratiquée dans les temples, subsiste. L'autre est interdite. Sans succès. Après lui, Théodose, Justinien luttèrent en vain. "Ammien Marcellin assure qu'au IVè siècle de notre ère les chefs d'une conspiration contre l'empereur Valence interrogèrent des tables magiques"; et ce, en utilisant une méthode fort proche des méthodes mises au point à l'époque moderne.

 

En dehors du Bassin Méditerranéen, les kamis du Japon, esprits des morts continuent à habiter près des vivants.

En Chine, le Tao-tö King est le livre qui trace la Voie à suivre pour atteindre l'immortalité. Cette Voie peut être enseignée par les Immortels, à travers des médiums et... l'écriture automatique... Ces défunts immortels habitaient les montagnes et les îles, mais pouvaient revêtir l'apparence d'individus ordinaires. Par ailleurs, les adeptes des sectes Mao savaient aussi développer en eux le germe mystérieux d'un corps immortel. Celui-ci, sorte de "foetus taoïste", fait d'énergies cosmiques subtiles pouvait, en cas de mort apparente, se détacher du cadavre et voir et connaître l'au-delà.

 

Ainsi donc, le culte des âmes des ancêtres, avec offrandes et repas pour les honorer ou obtenir leur aide, se pratiquait aussi bien en Chine qu'en Inde, chez les Grecs comme chez les Romains. Mais on ne se préoccupait pas alors d'établir la "preuve" sensible d'une telle communication. C'est à l'époque moderne seulement que se fait sentir le besoin de procédés vérifiables "scientifiquement" pour établir un contact direct avec les défunts -par la vue, le toucher, l'ouïe,- et pour obtenir des messages directs de l'au-delà. Mais c'est alors un raz-de-marée spectaculaire avec le développement foudroyant du spiritisme au siècle dernier.

 

Auparavant, le triomphe général du christianisme avait profondément changé le climat. A dater de ce temps la magie ne disparut pas, ni même la magie évocationnelle. Mais elle se fit honteuse, apanage des sorcières promises au bûcher. En ce sens, le spiritisme est révolutionnaire. Renversant brusquement un courant vieux de quinze siècles, il fit de l'évocation des morts une pratique selon lui, sérieuse, morale, noble, une source de connaissances et même de sagesse: "Le spiritisme est toute une science, toute une philosophie... L'étude de la théorie montre immédiatement la grandeur du but et la portée de cette science... (comme) doctrine régénératrice de l'humanité." La divination antique est dépassée: il s'agit de recevoir un enseignement philosophique. La réprobation médiévale est abolie: il s'agit de reconnaître nos guides et nos inspirateurs, de les écouter, de nous en rendre dignes et même, ô merveille, il s'agit quelquefois de leur faire du bien, nous le pouvons: la bienveillance que nous témoignons à un Esprit inférieur est un soulagement pour lui. L'activité évocationnelle, maintenant, sérieuse, morale et philosophique, est aussi "scientifique". Ainsi, Allan Kardec, père du spiritisme, repousse vivement l'idée d'une action contre nature dans l'intervention des Esprits. Un Esprit n'est pas un être surnaturel, c'est un homme comme les autres, mais vêtu d'un périsprit aux propriétés connues au lieu d'être revêtu de chair. Une fois le périsprit analysé dans ses propriétés, aucune action des Esprits qui ne soit explicable "physiquement" et non surnaturellement. Voilà qui est nouveau.

 

 

2) HISTORIQUE DU SPIRITISME

 

La fortune dont a joui le spiritisme est due à la convergence de plusieurs facteurs: étude des phénomènes psychiques, tels que l'hystérie et l'hypnose, considérées autrefois comme des phénomènes de possession diabolique; hypothèses sur l'existence de forces cachées, comme le "magnétisme animal" pouvant régir à la fois le monde physique et le monde humain; permanence du désir de communiquer avec les morts; volonté d'asseoir la vérité de l'au-delà sur des bases "rationnelles"; réponse aux attentes des couches populaires; projet d'établir une religion nouvelle qui donne la clé de tous les mystères de l'univers, sans besoin de recourir à la foi et à des causes surnaturelles.

 

Le spiritisme est né de l'obsession dualiste: l'esprit d'un côté, la matière de l'autre, avec le désir de spiritualiser la matière et de matérialiser l'esprit: un XIXème siècle en quête de la religion nouvelle qui serait à la fois science de la religion et religion de la science. Ainsi, au siècle dernier, le spiritisme a cherché à fournir les preuves matérielles de la survie, à travers l'évocation des esprits des défunts.

 

 

A) LES PRECURSEURS DU SPIRITISME

 

* On fait généralement remonter les origines du spiritisme au mathématicien et visionnaire suédois, Emmanuel SWEDENBORG (1688-1772). Contemporain de Buffon, membre de l'Académie royale des sciences et fils d'un évêque protestant, il eut un jour une illumination: "Le Seigneur, écrit-il, se révéla à moi, en l'an 1743, et m'ouvrit les yeux sur le monde spirituel. Il me prêta alors et jusqu'à ce jour (1745) le pouvoir de communiquer avec les esprits et les anges." Dans tous les écrits théologiques qu'il publia à partir de 1745, ce symbole vivant de l'esprit de progrès considère comme un fait acquis ses contacts avec les anges et les esprits, y compris les esprits des morts, les désincarnés.

* Franz Anton MESMER (1734-1815), viennois, a recours, pour soigner les malades, au fluide magnétique universel, aussi influent que le magnétisme minéral, mais comme lui insaisissable par les sens. Ses baquets (il y en avait un gratuit, pour les pauvres) étaient remplis de bouteilles d'eau calées par un mélange de sable, limaille de fer, verre pilé, soufre concassé. Sur le tout, un couvercle. Du couvercle jaillissaient trente tiges métalliques, dardées sur l'estomac de trente patients. Tout ce monde se jetait bientôt dans des transports extrêmes, comme l'on disait alors. Il fallut ménager des "salles de convulsions" entièrement capitonnées. Certains en sortaient guéris et contents. Pour l'expliquer, Mesmer servait une hypothèse séduisante, en un temps où les expériences sur le magnétisme et l'électricité faisaient fureur... Selon lui, tout ce qui existe baigne dans un fluide animal. Un fluide animal, au sens traditionnel du terme. Anima, l'âme, c'est-à-dire la vie, ce qui meut ou fait croître aussi bien la lune que l'arbre et l'homme. Qu'est-ce que la santé ? La libre circulation du fluide. Qu'est-ce que la maladie ? Un blocage. Comment guérir ? En rétablissant la circulation. Dans ce but, Mesmer proposait deux types de traitement. Une thérapie privée, à base de passes -mouvements des mains à distance du malade, sur son visage et le long de son corps- et d'attouchements à l'aide d'une baguette. Et puis la fameuse thérapie de groupe, le baquet. La "crise magnétique", ses cris et ses convulsions marquaient la fin du blocage. En fait Mesmer préférait parler de fluide animal tout simplement, expression de l'unité d'un cosmos où il n'y avait pas de différence entre le soleil et un microbe, un caillou et un homme, une fleur et la voie lactée.

Le docteur allemand fit mieux encore. Comme il avait affirmé, dans sa théorie, pouvoir rendre magnétique tout ce qu'il touchait dans cette intention, il "prépara" de ses mains, à l'extrémité de la rue de Bondy à Paris, un platane qui pourrait dispenser à tout venant le fluide bénéfique dont il l'avait chargé. On vit alors des centaines de malades et d'éclopés se presser jour et nuit autour de l'arbre miraculeux pour s'y attacher avec des cordes et attendre des heures entières une problématique guérison.

Le 12 mars 1784, le roi nomma une commission de neuf membres, dont cinq étaient pris dans l'Académie des Sciences (Franklin, Lavoisier par exemple) et quatre, dans la Faculté de Médecine. Le rapport fut terminé et signé le 11 août 1784. Les commissaires cherchèrent d'abord inutilement à constater l'existence du fluide magnétique; puis ils se soumirent eux-mêmes à toutes les expériences, s'assirent autour des baquets et n'éprouvèrent absolument rien. Ils firent remarquer que des malades pouvaient guérir par les seules forces de la nature. Enfin, ils démontrèrent que l'imagination seule produisait tous les effets observés. Ils virent tomber en convulsions des personnes qui croyaient qu'on les magnétisait et ces mêmes personnes étaient parfaitement calmes lorsqu'elles étaient magnétisées sans en avoir été prévenues. Un rapport secret adressé au roi accusait le pouvoir des magnétiseurs sur ceux qui sont soumis à leur influence. Mesmer dut quitter la France en avril 1785.

 

* Armand-Marie-Jacques de Chastenet, marquis de Puységur (+1825) s'employait à magnétiser ses paysans. En 1784, il eut la surprise de plonger l'un d'eux dans un somnambulisme étonnant (on ne parlait pas encore d'"hypnose"- toujours par magnétisme, à l'aide de "passes"): non seulement le patient changea de personnalité, mais il acquit un don de voyance. Question énorme: de quoi, ou de qui, provenait la science étonnante dont faisait preuve les simples gens plongés dans ce que l'on appelait aussi le "sommeil magnétique" ?

 

 

B) LES SOEURS FOX

 

En 1847, dans une ferme de Hydesville, Etat de New-York, vivait la famille FOX. Des coups -ou raps, en langage spirite- étaient frappés dans les cloisons et dans les meubles qui, parfois, se déplaçaient tout seuls. "Le lendemain d'un jour où (le fantôme supposé) s'était montré particulièrement incommode, raconte Mrs. Fox, nous résolûmes de nous coucher de bonne heure et de n'y plus faire attention. Mon mari n'était pas encore au lit. Ma plus jeune fille- elle avait environ douze ans- s'amusait à frapper dans ses mains pour entendre le coup répondre contre la muraille. Je pris alors la parole et dis au bruit: "Compte jusqu'à vingt." Les coups furent comptés. Je lui demandai encore, si c'était un être humain, de frapper un coup. Il y eut un silence complet. Si c'était un Esprit, de faire entendre deux coups. Les deux coups furent frappés..." Margaret 13ans-et Katie 12ans interpellèrent l'esprit qu'elles baptisèrent Monsieur Pied-Fourchu. L'un des voisins, du nom d'Isaac Post, eut l'idée de réciter l'alphabet en demandant à Pied-Fourchu de frapper un coup à la lettre qu'il voudrait désigner. On composa ainsi des mots, puis des phrases. L'Esprit déclara se nommer Charles Haynes -ou Charles Ryan, suivant les auteurs-, veuf, père de 5 enfants, colporteur assassiné par un précédent locataire et enterré dans la cave. Il désigna son assassin, un voisin qui avait, en effet, habité la maison quelques années auparavant, mais qui passait pour un fort brave homme. On creusa dans le sous-sol et on trouva de la chaux, du charbon, des débris de vaisselle, une petite touffe de cheveux et quelques os où l'on crut reconnaître un fragment de crâne, sans que les Fox crussent devoir poursuivre leurs recherches d'identification ou avertir la justice.

 

Exclue solennellement de l'Eglise méthodiste, la famille émigra à Rochester puis s'installa à New-York sur le chemin de la fortune. Les exhibitions publiques se multiplièrent, dirigées par la soeur des deux jeunes filles, Leah, leur aînée de vingt-trois ans.

 

Un écrivain français, M. de Laroche-Héron rapporte dans tous ses détails, la séance au cours de laquelle il entend Mrs. Brown (Leah) provoquer "des bruits étranges"... Voici comment finit la séance:

"Cherchant à percer le voile de ces phénomènes, nous demandons à haute voix:

-Etes-vous envoyé de Dieu.

-Oui.

-N'êtes-vous pas plutôt envoyé par le démon ?

-Non.

-L'esprit voudra-t-il bien me dire quelle est la meilleure religion ? (A ce moment, nous remarquons que Mrs. Brown paraît vivement contrariée.)

Nous continuons:

-Est-ce le culte méthodiste ? le culte baptiste ? le culte catholique ? le culte presbytérien ? le judaïsme ? l'islamisme ?

Silence complet. Aucune réponse, même négative.

Mrs. Brown nous dit alors que les esprits n'aiment pas à être questionnés sur la religion, et notre voisin, demi-fou, prenant à son tour la parole, nous dit avec passion et presque avec rage:

-Savez-vous ce que ce silence signifie ? Cela veut dire que toutes les religions sont mauvaises. N'est-ce pas, ajoute-il, comme en s'adressant aux esprits, que tout culte est absurde ?

Trois coups frénétiques se font entendre.

-Qu'il suffit de suivre les conseils de sa conscience ?

-Oui.

-Qu'il suffit d'écouter les esprits ?

-Oui.

-Que toute religion où il y a des prêtres est mauvaise ?

-Oui.

-Où il y a un pape est mauvaise ?

-Oui.

-Où il y a des ministres quelconques est mauvaise ?

-Oui, oui, oui.

Telle était l'atmosphère dans laquelle évoluaient les prophétesses du spiritisme quelques années après la "révélation" d'Hydesville."

 

En 1852 se tint le Ier Congrès spirite à Cleveland (Ohio). En 1854, les spirites comptaient déjà en Amérique plus de 3 millions de fidèles, entraînés par plus de 10 000 médiums. Le mouvement traversa l'Atlantique dès 1852 pour envahir d'abord l'Angleterre, puis l'Allemagne et la France.

Six ans plus tard on compte déjà une vingtaine de revues spécialisées. En 1876, la Revue spirite dénombrait dans le monde 46 publications consacrées aux phénomènes médiumniques. En 1892, ce nombre avait au moins doublé.

 

L'Europe continentale est alors marquée par une forte influence catholique, une forte influence socialiste, et un grand "navrement d'espérances" dans les années 1848-1851.

En France, le carnage de juin 1848 et les fusillades de décembre 1851 ont brisé bien des espérances. C'est dans un peuple maté et surveillé, un peuple tel que l'entend Michelet, des blouses bleues des faubourgs aux "gants jaunes" des boulevards, que le spiritisme va tourner au camp-meeting. Dans un pays où le député Baudin s'est fait tuer sur les barricades et le député Hugo proscrire du territoire, on va jouer à être libre. Dans un pays où le parti de l'ordre et les honnêtes gens ont repris les affaires en main, on va jouer à être égaux. Dans un pays où l'archevêque de Paris a chanté le Te Deum pour fêter l'"opération de police un peu rude" du prince-président, on va jouer à être anticlérical. Ce fut un véritable engouement pour un type de spiritisme inventé aux Etats-Unis, où les "hommes sans qualité" inversaient les hiérarchies sociales et vivaient une société de rêve le temps d'une expérience. Le banquet républicain (révolution de février 1848) se sublime en banquet spirite, l'attente de la révolution en attente de la révélation. Les tables tournent, oui, mais de la mobilisation au divertissement. Le cercle spirite, doigts contre doigts, est un groupe "chaud" où tous communient dans les mêmes efforts, où tous les yeux sont fixés sur le même point, tous les esprits fixés sur la même idée. "Quelle affection entre adeptes"! Et quelle négation de la réalité sociale. Le petit employé de sous-préfecture, mal-marié, mal-nourri, mal-logé, triomphe, s'il déborde de fluide, sur le notable ou l'écrivain à succès, qui, lui, en est privé. L'épidémie des tables tournantes a sévi partout (et pas seulement dans les salons). Mais elle se serait peut-être éteinte sans l'action d'Hippolyte Rivail, dit Allan Kardec.

 

 

C) ALLAN KARDEC

 

* Hippolyte-Léon-Denizart RIVAIL naquit à Lyon, le 3 octobre 1804, d'une famille bourgeoise de magistrats et d'avocats. Il fut disciple du célèbre pédagogue suisse Pestalozzi, et hérita l'esprit de Jean-Jacques Rousseau pour qui l'homme est naturellement bon dans une société perverse, mais perfectible par une éducation appropriée. Ses études terminées, il revint en France. Avec son épouse, enseignante elle-aussi, il monta un petit cours fondé sur les principes pédagogiques nouveaux. Il fut membre de plusieurs sociétés savantes. Nourri de lectures socialistes, il publia de nombreux manuels dans le but d'éclairer le peuple, pour que le peuple puisse s'associer en toute responsabilité au gouvernement de la nation. Catholique, élevé en pays protestant, il eut à subir des actes d'intolérance qui l'attachèrent à l'idée de l'unification des croyances.

Passionné de magnétisme, il fut initié en 1854 par des amis, aux tables tournantes: il voulut en étudier le mécanisme. Le pseudonyme d'Allan Kardec lui fut donné, au cours d'une communication signée Esprit de vérité, l'appelant de ce nom qui avait été le sien au temps des Druides, et lui enjoignant de continuer à travailler dans le sens initiatique qui lui était propre depuis bien des réincarnations. Les druides ? Mais oui, c'était le temps où, avec Boucher de Perthes puis le Docteur Lartet, la France découvrait son passé lointain. Napoléon III lui-même écrivait une vie de Jules César et ordonnait des fouilles sur le site présumé d'Alésia. L'esprit lui précise sa mission: "Il n'y aura plus de religion, et il en faudra une, mais vraie, grande, belle et digne du Créateur... Les premiers fondements en sont posés. Toi, Rivail, ta mission est là." C'était le 30 avril 1856. Dès lors, toute son activité fut au service du spiritisme.

 

Les socialistes et "sociologues" de ce temps admettaient volontiers la pluralité des mondes habités. Pour un esprit acquis à la théorie du fluide animal, fluide universel de surcroît, il n'y avait pas lieu d'exclure la possibilité d'un contact -disons télépathique- avec les citoyens des autres mondes. Peu de mystique là-dedans; mais plutôt la conception progressiste d'un univers infini où l'homme ne représente pas nécessairement la forme la plus avancée d'intelligence et de capacité psychique. Connaître le monde: la science. Se connaître soi-même: la religion. L'éducation doit être fondée sur l'alliance de la science et de la religion. Les réconcilier, tel est le premier but de la pédagogie. Revoilà l'obsession dualiste, le refus du grand divorce, le refus d'une science qui ignore l'esprit et d'une religion qui ignore la matière. Rivail devint Kardec parce qu'il voulut une religion qui donne du sens à la science et une science qui prouve la religion.

 

Les adeptes d'un cercle spirite lui avaient remis une cinquantaine de cahiers: les comptes-rendus de leurs expériences, plus une documentation sur les Etats-Unis et autres lieux où soufflaient les esprits. A charge pour Rivail d'en tirer quelques idées claires. Peu à peu, la passion pédagogique reprit le dessus: il mit de l'ordre dans le "fatras".

 

Le "fatras" est devenu le Livre des esprit (Avril 1857) premier d'une longue série de titres, dont le Livre des médiums (Janvier 1861), Qu'est-ce que le spiritisme, l'Evangile selon le spiritisme (Août 1864), le Ciel et l'Enfer selon le spiritisme, Instructions et Recueil des prières, Janvier 1868: la Genèse.

 

Kardec mourut à Paris le 31 mars 1869, au terme d'une carrière spirite de douze années. Il repose au cimetière du Père-Lachaise, sous une sorte de dolmen, et sa tombe est l'objet d'une grande vénération. Sur le monument, une épitaphe résume sa doctrine: "Naître, vivre, renaître et progresser sans cesse, telle est la loi".

 

Existence laborieuse que celle d'Allan Kardec. Passionnée certes, mais jamais il ne donna dans les outrances et le sectarisme de ses successeurs. Ses ouvrages respirent tous l'amour de l'humanité entière, quelles que soient les divergences de pensée, la générosité, la tolérance. Sa probité mentale est réelle.

 

Le 1er janvier 1868, il avait fondé la Revue spirite (ou journal d'études psychologiques). Le 1er avril 1868: la Société parisienne d'Etudes spirites.

 

* LE LIVRE DES ESPRITS:

Voici le titre complet de l'ouvrage qui se présente comme une sorte de catéchisme en 1019 réponses:

"Le Livre des Esprits contenant les principes de la doctrine spirite sur l'immortalité de l'âme, la nature des esprits et leurs rapports avec les hommes, les lois morales, la vie présente, la vie future et l'avenir de l'humanité, selon l'enseignement donné par les Esprits supérieurs à l'aide de divers médiums, recueillis et mis en ordre par Allan Kardec." Ces Esprits portent les noms de saint Jean l'évangéliste, saint Augustin, saint Vincent de Paul, saint Louis, Socrate, Platon, Fénelon, Franklin et Swedenborg, entre autres...

 

Rivail fut l'homme qui interpréta une expérience américaine avec des idées propres à la France. Il trouvera un milieu de culture favorable à la fois dans le rationalisme, qui cherche à expliquer tous les phénomènes par les lois naturelles, dans le romantisme, avec son goût du mystère; dans le socialisme, avec la théorie du progrès de l'humanité, et dans l'idéal démocratique, puisque cette voie d'accès à l'au-delà est à la portée de tout le monde, sans distinction de classes ni d'opinion publique...

 

La synthèse, parue en 1857, englobe la conception de Dieu, de l'univers, de l'homme- et des esprits- dans un ensemble cohérent mais éclectique, car les vérités du christianisme y côtoient les traditions religieuses orientales.

 

D'après Allan Kardec,

* Dieu est l'intelligence suprême, cause première de toutes choses. L'univers est sa création, il est distinct de lui et englobe trois modes d'existence: Dieu créateur, la matière, le fluide de l'esprit, et un quatrième élément, intermédiaire entre la matière et l'esprit, source de toute vie animale, de nature électrique et magnétique. En fait, la véritable nature de ce fluide n'a jamais été éclaircie. Il y a plusieurs mondes habités et l'apparition de l'homme a eu lieu en divers endroits du monde et à plusieurs époques.

* L'homme est constitué de trois éléments:

- le corps, grossier vêtement périssable, "véhicule" permettant à l'âme de posséder une vie matérielle sur terre; rejeté à chacune des étapes de notre évolution que nous nommons la mort;

- l'âme, immatérielle, émanation divine, immortelle, en perpétuelle progression;

- le périsprit, sorte d'enveloppe fluidique, double éthéré de notre corps terrestre, matière éthérée, subtile, impalpable, corps astral, fluide individuel emprunté au fluide universel, et présent dans le corps sous forme d'énergie, de vibrations, de vapeurs... Le plus souvent invisible, mais susceptible de se matérialiser sous l'influence de sujets dotés d'une sensibilité supra-normale, les médiums. C'est par l'intermédiaire du périsprit que l'âme désincarnée communique avec les vivants. Le périsprit est l'enveloppe de l'âme, il constitue avec elle l'esprit proprement dit; c'est grâce à lui qu'elle dispose d'un instrument pour agir sur le corps vivant, peut se manifester, produire des bruits, déplacer des objets, faire écrire et parler les médiums, former des ectoplasmes. Le mot "périsprit" a été forgé à l'imitation d'un terme au-dessus de tout soupçon, apparu, lui, en 1789: le "périsperme", c'est-à-dire l'enveloppe de certaines graines, nénuphar, poivre, etc. Et le périsprit est lui-aussi une enveloppe matérielle, fluidique, magnétique,- comme l'on voudra- du domaine de la matière, en tout cas, donc accessible aux sens et à l'expérimentation. Dans "Qu'est-ce que le spiritisme", par exemple, Kardec insiste là-dessus: "Le périsprit, quoique invisible pour nous dans l'état normal, n'en est pas moins une matière éthérée". Lorsqu'après la mort, l'esprit se sépare du corps, il reste pour un temps prisonnier de cette enveloppe fluidique. Il "peut, dans certains cas", continue Kardec, "lui faire subir une sorte de modification moléculaire qui le rende visible et même tangible... C'est à l'aide de son périsprit que l'esprit agissait sur son corps vivant; c'est encore avec ce même fluide qu'il se manifeste en agissant sur la matière inerte; qu'il produit les bruits, les mouvements des tables et autres objets qu'il soulève, renverse ou transporte.... C'est également à l'aide de son périsprit que l'Esprit fait écrire, parler ou dessiner les médiums".

A la mort, la circulation du fluide dans le corps est interrompue et le corps tombe comme un vieux vêtement usé. L'âme demeure unie à son périsprit, et entre dans le monde des esprits: immédiatement, si elle est suffisamment évoluée; après un temps plus ou moins long, si elle est encore engourdie dans des imperfections. Une fois admise au nombre des êtres spirituels, elle mène une vie errante, dans les espaces infinis de notre monde ou d'autres, jusqu'au jour où elle sera appelée à rejoindre un autre corps pour se réincarner.

 

Voyons dans ce périsprit l'expression symbolique d'un désir: remarier la science avec la religion, oui, mais avant tout affirmer la solidarité de tout ce qui existe et d'abord "la grande solidarité qui doit", selon le Livre des esprits, unir les hommes "comme des frères". Et cette solidarité-là, n'a rien de brumeux: dans son testament, en 1868, Kardec presse ses disciples d'organiser une caisse de secours mutuels et une maison de retraite. Ce que ne manquèrent pas de faire, entre autres, les spirites lyonnais, qui organisèrent aussi une clinique et une "crèche spirite" pour accueillir les enfants des femmes qui travaillaient- c'est-à-dire, en ce temps-là, les ouvrières. Le congrès spirite de 1889 officialisa cette option solidariste: "l'égoïsme" qui sépare les classes sera vaincu le jour où les hommes reconnaîtront qu'ils ne sont pas "un éclair entre deux néants", mais qu'ils sont liés entre eux par une solidarité essentielle, celle des esprits et de leurs réincarnations ascendantes.

 

Après la solidarité, le progrès, c'est-à-dire les réincarnations successives. Toutes, elles offrent à l'esprit une chance de se perfectionner. Pas question de métempsychoses aléatoires ou punitives dans la peau d'un chien, l'exosquelette d'un cancrelat ou la matière inerte d'un caillou. Kardec refuse et le hasard et la régression. Non, si le périsprit est social, la réincarnation est pédagogique: c'est le passage dans la classe supérieure, au pire le redoublement, ou la classe de rattrapage. "L'esprit peut rester stationnaire, mais ne rétrograde pas". (Livre des esprits). Ces stations ne sauraient d'ailleurs être que provisoires. La règle, c'est la marche ascendante par "transmigration progressive". De classe en classe, de vie en vie, les esprits croissent en science et en sagesse. Après le socialisme, la science. Les théoriciens de l'Evolution, Lamark mais surtout Darwin, ne viennent-ils pas renforcer l'idée d'une ascension irréversible ? "Les races qui peuplent aujourd'hui la terre disparaîtront un jour et seront remplacées par des êtres de plus en plus parfaits".

 

La loi de l'évolution spirituelle fait qu'il y a, parmi les esprits, des différences de degrés et d'états. C'est l'échelle des esprits qui comporte trois ordres formés chacun de plusieurs sous-classes:

-les esprits imparfaits sont ceux en qui la matière domine encore sur l'intelligence. Ce sont des esprits impurs, légers, pseudo-sages et neutres;

- les bons esprits: esprits charitables, cultivés, prudents et supérieurs;

- les esprits purs: ceux qui sont entièrement dégagés de l'influence de la matière n'ont plus à subir des épreuves de nouvelles vies, deviennent les messagers de Dieu, aident les esprits inférieurs à se perfectionner, leur confient des missions. Au sommet de l'échelle, les esprits sublimes, dont ceux des inspirateurs du spiritisme et, en tout premier lieu, celui de Jésus-Christ.

Les esprits des ordres inférieurs doivent passer par de multiples épreuves pour se perfectionner. La principale de ces épreuves et la plus riche en expérience est "l'école de la matière", c'est-à-dire le retour sur terre dans d'autres corps ou réincarnation. "A chaque existence nouvelle, écrit Allan Kardec, l'esprit fait un pas dans la voie du progrès; quand il s'est dépouillé de toutes ses impuretés, il n'a plus besoin des épreuves de la vie corporelle" (Livre des esprits, n°168).

 

L'échelle des esprits explique la qualité de leurs communications avec les vivants: aux esprits supérieurs, les messages et les enseignements les plus élevés; aux esprits inférieurs, les effets physiques: coups, lévitation, déplacement d'objets, mauvais conseils, voire erreurs.

 

Nous observons le passage de Kardec d'une démarche initiale qui se voulait strictement expérimentale et déductive, à un testament final appuyé sur une autorité extérieure et infaillible (approbation des esprits- de st Louis). En s'assurant d'un véritable imprimatur signé des plus augustes désincarnés, le disciple est évidemment infidèle au maître Pestalozzi et ouvre, au sein même du mouvement spirite, une faille qui va s'élargir entre ceux qui veulent s'en tenir à une approche scientifique des phénomènes et ceux qui rêvent en fait d'un christianisme optimiste et simplifié.

 

Le 30 mars 1898, l'Eglise catholique décréta que la pratique du spiritisme, comme médium ou comme simple curieux, devait être en toute circonstance condamnée et tenue pour gravement illicite. Condamnation renouvelée en 1917. Refoulé dans le camp de l'anticléricalisme, c'est-à-dire de la république, le spiritisme fut conduit, après 1870, par un fils du peuple et un proscrit du Deux Décembre, Léon DENIS, celui qui fut le plus généralement reconnu comme le successeur de Kardec. Le corps de doctrines élaborées par Allan Kardec dans son Livre des esprits sera complété par lui, dans une visée plus anticléricale.

 

La doctrine du spiritisme fut proclamée au Congrès de Paris de 1900: existence de Dieu, pluralité des mondes habités, immortalité de l'âme, réincarnations successives sur terre et dans d'autres lieux de l'espace, solidarité et fraternité universelles.

 

Des personnages célèbres devinrent les dévôts de la nouvelle pratique: Conan Doyle, Victor Hugo, Victorien Sardou, Théophile Gautier, Camille Flammarion.

 

 

D) LEON DENIS

 

Né en 1847, Léon DENIS, successeur d'Allan Kardec dans le rôle de patriarche, avait dix-huit ans lorsqu'il lut le Livre des Esprits. Séduit, il se consacra dès cet instant au spiritisme. D'une origine très modeste il travailla seul, lut et réfléchit et finit par acquérir non seulement chez les spirites, mais dans la société "avancée" de son temps, une certaine réputation philosophique. Il connut Jaurès, Camille Flammarion. Il présida les deux congrès spirites de Paris de 1900 et 1925 et mourut en 1927, chargé d'ans et d'honneurs. Ses ouvrages confirmèrent dans le dogme les écrits d'Allan Kardec, mais les temps avaient changé. L'immense tolérance de celui-ci fut quelque peu abandonnée. Malgré les luttes commençantes, jamais Allan Kardec n'avait cessé de tendre la main à l'Eglise. Dans son esprit, le spiritisme était un creuset dans lequel l'Orient et l'Occident avaient versé le meilleur d'eux-mêmes pour fondre une vérité une et universelle. Léon Denis poussa les théories kardécistes dans leurs plus extrêmes conclusions: la divinité de Jésus était explicitement niée, la religion romaine abominée et tournée en dérision comme la déformation la plus coupable des paroles du Christ, toutes chargées d'un sens ésotérique.

 

Le XIXè siècle s'achevait dans une extraordinaire effervescence d'idées. L'Amérique, mère du spiritisme, nous envoyait à peu près en même temps Mormons(1850), Adventisme (1885), la Science chrétienne, la Théosophie... Ceci pour les courants "révélationnels". Sans parler des philosophies officielles: la révolution positiviste d'Auguste Comte... les recherches de Charcot sur les phénomènes d'hypnose... les recherches psycho-physiologiques de Pierre Janet... Du côté matérialiste et social, le manifeste communiste de Karl Marx , publié en 1848... le socialisme athée de Jules Guesde... l'activité maçonnique, vaguement déiste, ritualiste et tout imbue de scientisme.

 

 

E) MOUVEMENTS DERIVES

 

* LA THEOSOPHIE

Mme Hélène Blavatsky, russe et veuve, séjourna aux Indes où elle prétendit avoir été initiée à l'occultisme. Après un court passage au Caire en 1871, elle vint à New York où ses talents spirites: lévitation, danse des tables, apports d'écriture, firent aussitôt grand bruit. Mais elle avait d'autre ambition que de retrouver, comme médium, la célébrité des soeurs Fox. Après avoir étonné les foules et séduit par ses pouvoirs de puissants personnages, elle publia ses révélations, transmises, selon elle, par ses Maîtres indiens: au terme de ces révélations, les pouvoirs supra-normaux allaient de pair avec l'initiation ésotérique. Mme Blavatsky fonde en 1875 à New York la Société Théosophique et rédige sa doctrine. Elle fondait ses connaissances sur l'étude de textes indiens secrets fort anciens, antérieurs même à tout texte connu, tels les Stances de Dzyan, et sur la méditation extatique. Fidèle jusqu'au bout à son système, elle créa un centre initiatique à Adyar, dans l'Inde anglaise. Après elle, Annie Besant, Anglaise, esprit passionné et pratique à la fois, compléta la doctrine par ses vues personnelles et organisa les théosophes en une hiérarchie maçonnique. Le degré d'initiation de chaque adhérent marquait son rang dans la Loge. La souplesse et la discipline de cette institution permirent à la théosophie une extension considérable, toujours sous la férule d'Annie Besant qui mourut en 1933.

Une première différence au regard du spiritisme: la cosmogonie, très complexe, est formellement émanatiste. Au commencement, la Toute-Puissance se manifesta en une substance matérielle unique: l'éther. L'âme humaine est une parcelle de l'âme globale de l'univers. Quand l'homme doit naître, son âme quitte le plan monadique et doit traverser les divers plans, de moins en moins subtils, avant d'atteindre la Terre. A sa mort, l'homme abandonne son corps physique et dès lors, par une série de morts successives, va épuiser le résultat de ses actions et de ses pensées dans les différents plans dont elles relèvent. S'il a beaucoup vécu de la vie matérielle, son corps astral sera vigoureux et le retiendra longtemps. C'est à ce stade, combien inférieur, que se manifestent les Esprits comme l'entendent les spirites. La conception de Dieu, de la matière, de la genèse est aussi différente que possible de la conception classique occidentale, de tradition judéo-chrétienne, dont avait hérité le spiritisme. Le voyage de l'âme entre deux incarnations n'est pas le voyage spirite. Les Esprits en manifestation sont qualifiés d'inférieurs, purgeant un trop grand attachement à la Terre. La théosophie condamne explicitement l'évocation des défunts: cette pratique attire autour des hommes les éléments désincarnés les plus matériels, les plus grossiers, les plus pernicieux, les "larves", les âmes les plus élevées transitant rapidement de l'astral vers le mental. Quant aux morts récents que l'on peut appeler, car ils traversent obligatoirement le plan astral, le fait de les faire revenir sur le plan physique va à contre-sens de leur évolution, retarde leur accès aux plans supérieurs et leur béatitude. Le plus grand mal que l'on puisse faire à un être aimé qui meurt est précisément de le rappeler sur la Terre.

Sur un détail, spirites et théosophes se retrouvent. Comme Léon Denis dans "Christianisme et spiritisme", Annie Besant, dans son Christianisme ésotérique, attribue à l'Evangile un sens secret, ésotérique, d'origine indienne, que Jésus aurait connu à travers les Esséniens.

Spiritisme et théosophie, doctrines proches et lointaines, en tout cas interférentes. La fréquentation des salles théosophiques révèle un public sérieux, aimant la réflexion et l'étude, souvent passionné pour une forme spéciale de la recherche: graphologie, astrologie, chirologie, puisque "Tout est dans tout", comme dit Annie Besant. Les salles spirites au contraire sont lourdes de toutes les angoisses de la vie, quand elles ne frémissent pas d'une curiosité inlassable et assez morbide pour les phénomènes, toujours les mêmes et toujours nouveaux.

 

* LE CAO-DAÏSME

Né en Cochinchine, le cao-daïsme représente une forme extrême-orientale du spiritisme profondément originale. Il s'est greffé sur une civilisation adonnée au culte des Ancêtres et à la magie, appuyée sur une philosophie mélangée de taoïsme et de bouddhisme assez vague: le spiritisme s'y répandit rapidement. Soudain, aux environs de 1926, il prit une allure religieuse et politique. Il a aujourd'hui ses temples, son clergé, ses fidèles, ses offices, sa révélation, ses alliances, son armée. Exactement à l'inverse du spiritisme occidental, qui s'est toujours voulu rationnel dans ses conceptions, indépendant de tout pouvoir comme de toute religion.

C'est au bord du golfe de Siam, en 1919, que Ngo-Van-Chieu, fonctionnaire annamite du gouvernement de Cochinchine, reçut pour la première fois un message de l'Esprit Cao-Daï. Ngo-Van-Chieu s'adonnait aux tables tournantes depuis 1902, mais l'enseignement de Cao-Daï lui parut d'une élévation sans pareille, proprement divine. Le 24 décembre 1925, Cao-Daï se manifesta assez loin de là, à un groupe saïgonnais de fonctionnaires annamites eux aussi spirites pratiquants. Il se donnait pour une hypostase de Jésus-Christ et indiquait à ses adeptes son premier témoin, Ngo-Van-Chieu. Ce message fonda la secte des premiers adorateurs de Cao-Daï.

Le contenu philosophique du cao-daïsme est simple. Il calque le spiritisme occidental. L'unification nécessaire des religions en une religion unique et universelle, ce rêve kardéciste, est tout de suite affirmé. Comme le spiritisme, le cao-daoïsme est monothéiste, et, sur cette base, ouvert à toutes les grandes religions. Comme le spiritisme, il est fondé sur la survie, le karma et les réincarnations successives. Comme le spiritisme, il est la troisième révélation de la loi divine, cette fois après Cakya Muni et le Christ. Cette troisième révélation n'a pas besoin d'une nouvelle incarnation divine: nous sommes à l'âge des médiums.

Le cao-daïsme a quelques représentants en France.

 

* LE PREMIER ANTOINISME

Né en 1846 à Mons-Crotteux, faubourg industriel de Liège, Louis Antoine travailla à la mine dès l'âge de douze ans. En 1888, il s'initia au spiritisme en lisant le Livre des esprits de Kardec. Il se découvrit médium, se lassa vite de faire tourner des tables, commença à opérer des guérisons au nom des esprits et du fluide magnétique, et connut un succès prodigieux. Teinté d'évangélisme, l'antoinisme franchit la frontière française et s'établit dans le bassin minier du Nord. En 1905, brouillé avec la fédération spirite de Belgique, Louis Antoine commença à grouper ses premiers disciples, à dicter ce que Dieu lui révélait, à dériver vers le surnaturel pur, le miracle, le don de l'Esprit par la médiation du Père, l'établissement d'un culte régulier, d'une Ecriture sainte, d'un clergé enfin, le Collège des Desservants, qui portent soutane.

 

 

F) UN SPIRITISME CHRETIEN

 

Au début des années 1920 parut "Je suis vivant", un recueil de lettres dictées à sa mère par un fils mort...Pierre à Madame Monnier (l'ensemble des messages remplira sept volumes, pour un total de 2879 pages: les Lettres de Pierre).

En 1946, Marcelle de Jouvenel perd son fils unique, Roland, 14 ans. Quelques mois après son départ, une communication quasi quotidienne s'établit avec son enfant par écriture automatique. Pendant vingt-trois ans, Madame de Jouvenel prend un crayon et laisse courir sa main, sur les conseils d'une amie. C'était en octobre 1946. "Quelle ne fut pas ma stupeur de sentir alors passer dans ma main un courant électrique et de voir sur la page blanche se former des mots qui n'étaient pas de mon écriture! Les mots se traçaient doucement, sans l'intervention de ma conscience claire: "Maman, ne te désole pas, je suis là près de toi!"... La deuxième nuit, vers minuit, je ne pus m'empêcher de reprendre le crayon. Le même phénomène se reproduisit, ma main commença à écrire tout naturellement en dehors de ma conscience claire... Comment cela se passe-t-il ? Eh bien, une sorte de déclic se produit dans la tête qui annihile la personnalité, l'intelligence, la réflexion. tout se fait en dehors de soi, la main court doucement sur la feuille blanche. Entend-on ? N'entend-on pas ? Je n'en sais rien. On est guidé et les phrases s'enchaînent sans peine, sans travail. J'obéissais à quelque chose d'invisible. Chaque soir ou presque, je repris le crayon." Ces communications sont rassemblées dans "Au diapason du ciel". Le philosophe chrétien Gabriel Marcel préfaça l'ouvrage et s'attacha à diffuser les deux volumes suivants: "Quand les sources chantent" et "Au seuil du Royaume" (1950).

 

Les descriptions de l'au-delà varient d'un habitant à l'autre. A peine arrivé sur l'autre rive (25 octobre 1946), Roland de Jouvenel décrit en ces termes son nouveau lieu de séjour: "Je voudrais te dire comment je suis. Ecoute-moi: ici, c'est mieux que la terre. C'est chaud et ça ne ressemble en rien à ce que tu connais. Il y a des anges. J'ai un ami, il est grand. Il habite une tour. Tu y as ta place. Je prépare tout." Un trait commun toutefois... et bien humain: chaque messager affirme la fiabilité de ses propos nettement supérieure à celle des autres communicateurs!

 

Le livre de Mme de Jouvenel, Au diapason du ciel, a été mis à l'index par un décret du Saint-Office, en date du 27 avril 1955.

 

Michel Carrouges écrit dans La Vie spirituelle de février 1949, à propos de ce qu'il a appelé le "spiritisme chrétien": "Certains recueils de messages d'outre-tombe ont une curieuse allure. Ils rappellent volontiers les plus belles vérités de la foi, mais à côté, ils insinuent, sans crier gare, toutes sortes d'éloges du merveilleux spirituel. Ils parlent de prière, de recueillement, de communion, de sainteté, mais ils parlent aussi beaucoup de fluides, d'ondes, de lumières ravissantes. Ils prétendent venir de l'au-delà, mais ils peignent cet au-delà d'une manière vague où il est beaucoup question de fleurs, de parfums, de musique. Dieu y est étrangement absent et lointain. Dans ce genre de révélations, il n'y a rien qui heurte tout de suite un chrétien; pas de pages niant les vérités du Christ, mais une douce musique, pleine de poésie et de consolations imaginaires dans lesquelles, peu à peu, la foi s'évapore".

 

"Les morts ont donné signes de vie" (Fayard 1976) et "Les visiteurs de l'autre monde" (Fayard 1977), sont deux ouvrages signés Jean Prieur et repris par Le Livre de Poche. Les citations de l'Evangile ne manquent pas dans ces ouvrages. Mais ici et là, l'auteur fait sa propre traduction et donne sa propre interprétation des textes, estimant que les Eglises les affadissent quand elles ne les gomment pas "parce qu'ils ne cadrent pas avec l'enseignement officiel". L'auteur de ces livres affirme que "les traducteurs de toute langue et de toute confession se sont mis tacitement d'accord pour évacuer le monde invisible". Il considère le verset 12 de la première lettre de Paul aux Corinthiens, au chapitre 14, comme "une véritable charte des communications avec l'au-delà": "Puisque vous désirez avec ardeur les esprits, cherchez à les avoir en abondance, pour votre édification", traduit-il, alors qu'on peut lire dans la TOB par exemple: "Cherchez à être inspirés et le plus possible, puisque cela vous attire, mais que ce soit pour l'édification de l'assemblée" (Les morts ont donné signes de vie, p.257-58). L'auteur reproche aux Eglises de ne plus croire en l'au-delà, d'avoir perdu les connaissances ésotériques. "Les Eglises d'aujourd'hui, dit-il, éprouvent pour le ciel la même aversion que les Eglises de jadis éprouvaient pour le sexe... Les Eglises d'aujourd'hui, obnubilées par les fins immédiates, n'aiment pas beaucoup les fins dernières. L'immortalité de l'âme fait partie de la transcendance, or la théologie à la mode, c'est la théologie de l'immanence. Aujourd'hui, dès qu'il est question de l'au-delà, prêtres et pasteurs avancent les mêmes arguments que les matérialistes... Parce qu'ils ont perdu les connaissances ésotériques, ils ne savent plus ce que signifie corps spirituel... En prenant leur virage, tantôt à droite tantôt à gauche, les Eglises ont déraillé. On ne peut rester indéfiniment dans un train qui a déraillé, on prend ses bagages et on continue à pied" (260). Quant aux religions, elles sont indispensables au salut, nous dit-on, mais comme les écoles sont indispensables à l'instruction: "A côté des écoles, il y a les autodidactes. Les religions, c'est un peu comme nos transports en commun: s'ils tombent en panne, s'ils se mettent en grève, il faut continuer à pied" (300).

 

Les messages veulent rassurer et éduquer. Ainsi dans "Dialogues avec l'ange" (Aubier 1990), ils annoncent que l'humanité est arrivée à un tournant de son évolution. C'est alors le thème du Nouvel Age qui apparaît et que nous retrouverons à propos du channelling. Comme dans le spiritisme, des "guides" venant des mondes supérieurs interviennent pour aider les humains à l'élever spirituellement. Beaucoup voient dans l'extraordinaire aventure que rapporte Gitta Mallasz en 1976, sous le titre de Dialogues avec l'Ange- traduit depuis en toutes les langues-, un exemple typique de channelling. L'histoire se passe en Hongrie durant les années 1943-1944, au cours de la dernière guerre mondiale. Trois jeunes femmes se retrouvent durant le week-end pour approfondir leurs problèmes personnels. L'une est catholique, Gitta, les deux autres juives, Hanna et Lili. Pour aller plus loin dans leurs échanges, elles décident d'arriver chacune à la rencontre avec un texte écrit. Le 25 juin 1943, après avoir écouté le texte de Gitta, Hanna veut lui dire sa déception de ce travail qu'elle juge trop superficiel. Lorsque tout à coup elle sent monter en elle comme une force et une voix inconnues qui par sa bouche réprimandent vertement Gitta. Durant dix-sept mois et presque tous les vendredis à 15 heures, les messagers de l'au-delà s'expriment au long de quatre-vingt-huit entretiens à travers Hanna, leur "canal". Ils se présentent comme étant les anges des différents membres du groupe. Ils préparent Hanna, Lili et Joseph, le mari d'Hanna qui a rejoint le groupe, au baptême. Puis au martyre, avec leur déportation en camps de la mort nazis. Nous sommes ici au coeur de l'inspiration du Nouvel Age, qui revendique d'ailleurs les Dialogues comme son patrimoine. Gitta voit en effet, dans le message de l'ange, l'annonce que l'humanité est arrivée à un tournant de son évolution dans le Grand Plan divin. Les Dialogues en seraient un signe précurseur, comme un guide pratique pour réaliser dans notre vie de tous les jours un changement fondamental, la naissance de ce qu'elle appelle la PSDN -"Présence simultanée sur Deux Niveaux"-: un nouvel état de conscience aussi pleinement éveillé sur le plan matériel que sur le plan spirituel. "Avec la PSDN, déclare Gitta, c'est l'homme du Verseau qui s'annonce."

 

 

G) LA VIE APRES LA VIE

 

En 1976, c'est le "phénomène Moody", l'éclatant succès d'un livre, La Vie après la vie. Raymond Moody interroge des personnes déclarées mortes cliniquement et qu'une équipe médicale a pu réanimer in extremis. Le Dr Moody déduit de 150 cas de NDE (Near Death Experiments = Expériences au seuil de la mort) un parcours en 9 étapes:

1) le "mort" a la certitude d'être mort;

2) entend un bruit et entre dans une région obscure (tunnel);

3) est séparé de son corps, peut observer ce qui se passe autour de lui et rencontre des parents ou amis décédés;

4) un "Etre de lumière" vient à sa rencontre et

5) fait défiler devant lui sa vie entière;

6) heurte contre une limite infranchissable;

7) voudrait prolonger indéfiniment une expérience qui le comble de sérénité et de paix;

8) est ramené de force sur terre;

9) se trouve transformé spirituellement et n'a plus peur de la mort.

On ne voit pas seulement tout ce qu'on a fait dans le plus petit détail, mais on ressent, en même temps, les effets de ses actions sur les autres. L'humiliation, la peine qu'on a causées, ou au contraire la compréhension, la joie. On devient l'autre. Tous les gens qui ont vécu ce bilan en reviennent persuadés que l'amour est la chose la plus importante de la vie.

Et le Dr Moody déclare: "Il y a beaucoup de vrai dans les religions mais aucune ne détient la vérité. A travers ces expériences, c'est la spiritualité propre à l'espèce humaine qui s'exprime sans discrimination de croyances ou de confessions, que les sujets soient musulmans, juifs, athées, agnostiques, boudhistes, catholiques ou protestants. "Dieu ne s'intéresse pas à la théologie", m'a dit un prêtre qui avait franchi la frontière."

 

Le P.Bernard Matray, chercheur engagé dans l'éthique des sciences de la vie au Centre Sèvres, à Paris, explique quant à lui qu'une personne confrontée à la violence extrême de la mort mobilise, pour se défendre, l'arsenal d'images- y compris les représentations religieuses- qu'elle porte dans son subconscient, mais qu'elle refoule dans la vie courante.

 

D'autres expériences ont ouvert de nouvelles voies de communication avec l'au-delà, qui se veulent autant de preuves "physiques" de son existence.

 

 

H) UN SPIRITISME POUR L'AN 2000: LE CHANNELLlNG

 

"Après une décrue du mouvement liée à l'avènement de la rationalité pure, des philosophies du soupçon, de la civilisation technique et industrielle, on voit réapparaître aujourd'hui de manière vigoureuse ses pratiques, dans la vague actuelle du retour de l'irrationnel et dans le creux d'un contexte de crise des sociétés occidentales."

 

Dès 1926-27, Paul Le Cour, passionné de métaphysique et prophète de l'Ere du Verseau, fonde l'Association Atlantis, qui allie les pratiques spirites à l'attente d'un Nouvel Age.

 

Les bonnes vieilles méthodes des tables tournantes, oui-jà, écritures automatiques, etc. ont été perfectionnées grâce aux nouvelles techniques: photographie, magnétophones, téléphones, télévision, satellites, pratiques du Nouvel Age, destinées à former la nouvelle race de mutants.

On se branche sur l'au-delà comme on se branche sur l'un des canaux de son poste de télévision ou de radio, sur un "channel": c'est le channelling, fort prisé outre-Atlantique.

La 1ère conférence internationale de CHANNELLING s'est tenue à Murnau dans les Alpes de Bavière en juin 1988 et a donné de ce nouveau mouvement la définition suivante: "la communication avec des maîtres non-incarnés par l'intermédiaire d'individus particulièrement sensibles".

 

Aux voies classiques de communication avec l'au-delà, notre époque en ajoute d'autres, en harmonie avec ses découvertes, ses exploits interplanétaires et ses supports médiatiques. Ici, les sources ne sont pas des esprits désincarnés, mais des entités venues d'ailleurs: extra-terrestres et channels. Les premiers s'appuient sur les hypothèses relatives à la pluralité des mondes habités; les seconds, sur les expériences des psychologues américains concernant les activités du cerveau, voire même sur la théorie de l'"inconscient collectif" de Carl Gustav Jung. En fait, on se trouve en présence d'un processus nouveau qui permet à des personnes particulièrement douées -et dûment entraînées- d'avoir accès à une source d'information et de compréhension invisible: la "Mémoire universelle". Cette source est la somme de toutes les connaissances et expériences humaines, passées et à venir, actuelles et potentielles (possibles). L'accès à la source se réalise non par la communication parlée ni par le raisonnement, mais par l'intuition, voie de connaissance directe qui s'oppose aux méthodes scientifiques et à leur prétention de tout expliquer, et s'apparente aux itinéraires spirituels des mystiques.

 

Il y a donc, dans le channelling comme dans le spiritisme:

- une entité non physique située dans un au-delà;

- un "canal" (en anglais channel) -ce terme remplace celui de médium- qui a accès aux informations et les transmet aux humains;

- Dans le channelling comme dans le spiritisme, c'est en état de transe que les channels reçoivent les messages des entités supérieures. Transe légère, ou light trance, dans lequel le channel, libéré partiellement de sa conscience, entre en méditation; transe profonde, ou deep trance, où le channel, libéré de la conscience de veille, semble s'endormir.

- un message livré par les entités spirituelles, contenant les avertissements et les conseils pour réaliser un idéal très élevé: devenir "enfants du Verseau"; se préparer à entrer dans le troisième millénaire.

Dans le changement que l'humanité doit opérer, il devient donc indispensable d'écouter les avis des entités sages et expérimentées qui habitent l'autre monde.

On trouve la plus grande variété d'entités dans ces manifestations: -des anges (Michaël, Raphaël et bien d'autres habitants du monde parallèle); -des elfes, des farfadets, des gnomes, des esprits de la nature tels les "dévas" habitant les plantes du Jardin Findhorn; -des Extraterrestres, tels les "élohims" ou "êtres venus du ciel" de Raël; -des "Maîtres ascensionnés" ayant échappé au cycle des réincarnations. Avec une attention portée davantage aux messages des "Maîtres" -ils se présentent parfois comme Christ bientôt de retour -qu'aux paroles des défunts.

 

Ce spiritisme du Nouvel Age se distingue du spiritisme cependant sur de nombreux points.

-Les "entités" du channelling ne sont pas, comme dans le spiritisme, un parent, un ami, un Etre de lumière, qui vient rassurer les vivants: ce sont des êtres aux noms étranges, qui possèdent un degré supérieur de connaissance, sont passés, comme les esprits d'Allan Kardec, par "l'école de la matière", la réincarnation, et livrent un message de portée universelle.

- Dans le spiritisme, ce sont les esprits des défunts qui sont la source d'information; dans le channelling, la source est dans la Mémoire, ou réservoir universel des connaissances.

- Les manifestations de type physiques (coups, guéridons frappeurs, tables tournantes) font partie du paysage habituel du spiritisme; ce genre de manifestations est très rare dans le channelling.

- Dans le spiritisme, l'identité de l'individu continue après la mort; dans le channelling, elle se mêle à d'autres entités ou se perd dans un Grand Tout.

- Dans le spiritisme, le mode de connaissance est le dialogue tel qu'on le pratique quotidiennement; dans le channelling, c'est l'intuition.

- Le spiritisme classique a été très fécond en ouvrages et a rencontré un grand succès dans toutes les couches de la société; le channelling le dépasse très largement en production littéraire (certaines révélations remplissent de vingt à vingt-cinq volumes de cinq cents pages) et médiatique: l'actrice Shirley McLaine, prophétesse du Nouvel Age, a vendu un des trois volumes de son autobiographie à deux millions d'exemplaires, et fait du "channelling-spectacle" avec son film L'Amour-Foudre (1983).

 

Le dialogue contrôlé avec les morts s'intègre dans une nouvelle mythologie, c'est-à-dire une réprésentation collective qui émeut et mobilise. Cette mythologie est de type millénariste: elle se présente souvent comme l'attente inquiète et dynamique d'un Nouvel Age. Inquiète, car le Nouvel Age pourrait être précédé de catastrophes. Dynamique, parce que maux et tribulations ne sont pas inévitables. Violence, pollution et autres bêtes de l'Apocalypse menacent l'humanité, mais peuvent être vaincues grâce à des exercices spirituels révélés et validés par un au-delà. Pour beaucoup, le Nouvel Age correspond à une mutation des fonctions cérébrales. Il est déjà en train de s'installer, par nappes. Dès le XVIIIè et le XIXè siècles, il s'est manifesté chez des hommes très réceptifs, une avant-garde dont les effectifs augmentent à chaque génération. Maintenant, il y a urgence. Le Nouvel Age fait craquer le Vieux Monde de toutes ses membrures. Il risque d'ouvrir sur le chaos si l'humanité ne comprend pas ce qu'elle vit et n'écoute pas les esprits capables de la guider- exactement comme l'on écoute une chaîne de radio ou de télévision, un "channel".

 

Robert A. Monroe, écrivain, journaliste, producteur d'émissions de radio et de télévision, est le fondateur de l'institut Monroë, en Virginie. Avec son ami, le Dr Charles Tart, il a vulgarisé l'expression "out of the body experience" (OBE), en français "expériences hors du corps" (EHC). Ses premières expériences de "sorties" hors du corps remontent à 1958.

Qu'est-ce qu'une OBE ? C'est "l'état dans lequel, sorti de son corps physique, on demeure pleinement conscient et capable de percevoir et d'agir comme si l'on fonctionnait physiquement". La définition est de R. Monroë lui-même.

Il y a différentes manières de sortir de son propre corps. L'OBE est spontanée, si elle se produit, par exemple, dans le sommeil. Volontaire, lorsqu'on peut la reproduire à volonté par un long exercice ou par des techniques appropriées. Forcée, si elle survient à la suite d'un traumatisme obligeant le "moi" à quitter son corps, lors par exemple d'une anesthésie, d'une chute, d'une blessure grave, de l'absorption d'un produit psychédélique (drogue).

La décorporation comprend habituellement les caractéristiques suivantes:

- Le sujet se rend parfaitement compte de l'instant du détachement. Il en garde un souvenir précis.

- Il perçoit son corps physique comme sans vie; toutes ses sensations sont transférées dans son "double".

- Dans ce nouvel état, il se sent léger, heureux, apaisé.

- Un sentiment d'angoisse peut l'assaillir: il ne sait pas qu'il pourra réintégrer son corps.

- Des témoignages font mention d'une "corde" qui relie les deux corps, le physique et le double. Ce cordon (d'argent) est rassurant car les deux corps se trouvent ainsi reliés.

- Le temps, l'espace et la matière ne sont plus les mêmes.

- Chaque désir manifesté en état de dédoublement devient immédiatement effectif.

- La télépathie avec les proches est fréquente.

- De nombreux témoins déclarent avoir effectué ce voyage hors de leur corps en compagnie de membres décédés de leur famille.

 

L'intérêt que l'on prête aux OBE concerne surtout le genre de corps qui devient ainsi capable de se détacher du corps physique: temporairement pendant la vie sur terre, définitivement après la mort. Il s'agirait d'un deuxième corps qui constitue, avec mon corps physique ma personne unique, mon "moi", et qui se détache au moment de la mort. Après la mort, c'est encore mon "moi" qui continue, sous une autre forme. On rencontre l'hypothèse du "corps astral" formulée par la parapsychologie, l'ésotéro-occultisme et les recherches sur la décorporation: il s'agirait d'un corps subtil, composé d'énergie, de chaleur, de lumière, d'ondes, de vibrations: tous éléments qui ne peuvent mourir et dont le corps physique constitue l'enveloppe, la coque, la chrysalide. L'homme serait ainsi formé de trois principes: -le physique, le corps d'origine terrestre, -l'astral, d'origine subtile, -le spirituel, d'origine divine. L'astral serait le lieu des réalités vitales invisibles. Dans l'astral seraient inscrits en particulier les faits passés, présents et même à venir: ceux-là que perçoit le voyant ou le décorporé dans ses voyages dans le passé. Il serait comme la bibliothèque (les "annales akashiques") des actions, des pensées et des événements de la vie de l'humanité. C'est là qu'iraient puiser les médiums quand ils rapportent des scènes d'hier- celles de la vie de Jésus par exemple. Durant le sommeil, la partie supérieure de l'homme s'évaderait parfois au plan astral, s'y déplaçant sans fatiguer le corps physique. C'est cette extériorisation du corps astral qui expliquerait les décorporations avec bilocation et apparition à distance du double corporel.

 

La conséquence de cette réalité est qu'il n'y a pas de différence entre la vie consciente et la mort; et qu'il n'y a pas lieu d'avoir peur de la mort, car "personne ne meurt" définitivement.

 

On retrouve, dans cette explication, les mêmes ambiguités déjà relevées à propos du spiritisme.

- Récupération des traditions et croyances.

- Ambiguïté du matériel et du spirituel: le monde invisible est toujours décrit en termes de matière, la plus subtile possible, mais cependant matière: formes "déshumaines", transparentes, énergétiques, "transmatérielles", matière invisible.

- Ambiguïté du monde des esprits et du monde de la foi. Le corps éthérique ne serait autre que le "corps glorieux" dont parle saint Paul, et qui marque la condition des ressuscités.

- Ambiguïté au sujet du sort qui attend chaque personne. Notre corps énergétique se perdra-t-il dans l'énergie universelle et impersonnelle ou gardera-t-il son individualité ?

 

Résumons ainsi les diverses expériences du Nouvel Age:

* les NDE, dont il a été question plus haut;

* les phénomènes relevant de la psychokinésie (ou "phénomènes PK"), qui sont d'ordre physico-chimique: la télékinésie par exemple, ou production de mouvements à distance sans contact corporel;

* et ceux qui relèvent des perceptions extrasensorielles (ou "phénomènes PES"), qui sont d'ordre uniquement psychologique.

 

Illustrant ce mouvement du "channelling" , citons le Père BIONDI qui donne des conférences sur les possibilités de la religion universelle, sur le paranormal, sur les réalités de la religion du verseau, etc. Il se présente comme prêtre du diocèse de Paris, ce qu'il est. Mais il n'a jamais bénéficié de la caution de l'Archevêché pour ses diverses réunions, le seul rôle officiel qui lui ait été confié dans le diocèse étant celui d'aumônier des étudiants en journalisme et relations publiques. Il décline encore les titres de professeur à la Sorbonne, et conseiller religieux des guérisseurs. Sa recherche et sa conception ? "Ne pourrions-nous pas récupérer, pour vivifier certaines de nos liturgies, des secrets perdus, par exemple celui de l'utilisation du magnétisme tellurique pour induire la ferveur de la prière ou de la guérison, rayonnements encore perceptibles dans les temples égyptiens ?"

Voici d'autres déclarations données par le Père Biondi à une journaliste de Paris-Match et publiées dans cette revue le 29 juillet 1983:

" Je cherche une énergie de conscience qui permette d'intercommuniquer entre les êtres, sans passer par le langage... Je fais des expériences multiples avec des médiums, à l'occasion de réunions de prières silencieuses au cours desquelles le médium est habité par un esprit de haut niveau (par exemple le Curé d'Ars, Pie XII ou Teilhard de Chardin) à qui nous pouvons poser des questions qui ont directement trait à l'évolution du monde dans le cadre de nos recherches... Je fais également des expériences autour de la notion de dédoublement de la personnalité.... Nous voulons approfondir les relations des consciences entre elles, découvrir les modes et les conditions d'intercommunication entre les mondes, savoir comment les êtres communiquent de l'autre monde à celui-ci, également entre eux dans l'autre monde... Pour cela, nous n'utilisons pas seulement la prière, mais des techniques particulières. Alors qu'habituellement, les guérisseurs se servent de leur magnétisme au profit de leurs malades, nous, nous utilisons le magnétisme pour soutenir l'état de conscience de celui qui nous sert de cobaye... Le temps qui régit ces expériences n'est plus celui de nos pensées: on peut l'accélérer, le ralentir ou même le devancer... Il existe à Grenoble, depuis 32 ans, un groupe de prières qui fait partie de notre association pour la recherche et l'étude de la survivance. Ce groupe a été créé à l'instigation de défunts de haut niveau demandant notre prière comme moyen de nourrir leur action. Ces guides disent eux-mêmes si le niveau de la prière a été convenable. Les gens prient en silence en se donnant la main. Pendant ce temps, un ou deux magnétiseurs -nous en avons qui sont de véritables champions de la guérison- soignent les malades qui ont été prévus. La prière les aide... Lors de ces réunions de prière (les groupes sont de 250 personnes, parmi lesquelles se retrouvent des catholiques, des protestants, des musulmans et des juifs) j'ai l'impression que l'on nous demande de dépasser le rite pour accéder à la religion universelle. Lorsque nous arriverons de l'autre côté de la barrière, nous aurons des surprises par rapport au contenu même de ce que nous croyions être nos dogmes. En réalité, les dogmes sont très peu de choses par rapport à la tradition de l'Eglise. Des gens ont souvent pris comme vérité révélée des faits ou des habitudes de pensée de l'Eglise..."

Une question était ensuite posée par la journaliste Marie-Thérèse de Brosses: "Lorsque vous travaillez avec des médiums et que vous vous occupez des messages qu'ils reçoivent, vous considérez que vous n'êtes pas en contradiction avec l'Eglise ?"

Réponse: "Je ne cherche pas du tout à savoir si je le suis".

Et l'intéressé de poursuivre: "La prière a toujours été un super-spiritisme, une ultra-communication avec l'au-delà, même si l'on n'entend pas de paroles audibles, susurrées à votre oreille et si l'on a simplement des intuitions... Comme les gens sont dans des situations de magie, il faut répondre en terme de magie ou d'ésotérisme... Il faudrait redonner au monde d'aujourd'hui l'ésotérisme. C'est, pour le temps où nous vivons, le langage qui convient aux grandes idées et aux grandes révélations..."

 

Le Père François BRUNE quant à lui, a écrit un livre: "Les morts nous parlent" (collection: Les grandes questions de notre temps). Nous pouvons lire sur la couverture de ce document: "La réalité de la survie après la mort devient maintenant un fait scientifique. L'humanité commence à rentrer en communication avec l'au-delà. L'ouvrage de François BRUNE fournit au grand public tous les éléments de ce dossier encore objet de méfiance et de suspicion. Il fait le point sur les principales découvertes scientifiques les plus récentes: on enregistre les voix des morts sur bande magnétique. On capte les images vidéo de l'au-delà. Grâce au chronoviseur on remonte même dans le temps pour filmer les images du passé. Mais ce livre tente aussi d'offrir une véritable synthèse de la vie dans l'au-delà. Pour la première fois, un prêtre et un théologien, le père François Brune, prend réellement en considération l'ensemble des témoignages recueillis à ce jour lors de communications avec les morts. Ces témoignages et ces textes, souvent inexploités, sont mis en relation avec les textes mystiques des différentes traditions. La conclusion de cette enquête minutieuse est à la fois fantastique et merveilleuse: l'éternité, loin d'être une croyance dépassée, devient maintenant une vérité d'évidence. Un livre qui va bouleverser les conceptions modernes, religieuses ou non, sur la mort."

 

Autre exemple de channelling: un jour d'été 1959, Friedrich Jürgenson, peintre et chanteur d'opéra, enregistre des cris d'oiseaux. La scène se passe dans les environs de Stockholm. Or voici qu'en réécoutant la bande il entend, stupéfait, un solo de trompette et la voix d'un homme lui parlant en norvégien! Il pense évidemment que son magnétophone a pu capter une émission radio extérieure. Mais le phénomène se reproduit. Et quand il réécoute des bandes, il perçoit comme des voix l'interpellant, mais en allemand cette fois-ci. Ce sont des messages étranges et incohérents. Jusqu'à cet appel instant: "S'il te plaît, attends, attends, écoute-nous!" Jürgenson se consacre dès lors entièrement à cette recherche. Et une évidence s'impose peu à peu à lui. Ce sont bien des messages de l'au-delà qu'il reçoit en direct. Les "voix", le sachant polyglotte, ne mêlent-elles pas dans les messages des mots de différentes langues, ce que ne fait aucune émission de radio ? Sa mère morte quatre ans auparavant ne se met-elle pas à lui parler ? Il met en place une équipe de travail composée essentiellement de parapsychologues et d'acousticiens. Un ingénieur autrichien lui construit même un "psychophon" pour faciliter l'enregistrement des paroles. Et un "psitron" pour permettre aux morts de se manifester sur la bande magnétique par des coups en répondant suivant un code conventionnel aux questions posées par le chercheur -on retrouve ici les techniques spirites de conversation avec les esprits par des "raps".

 

"On commence ainsi à comprendre qu'au fur et à mesure que les techniques progressent, de nouvelles possibilités de communication commencent à apparaître, que nos trépassés guettaient avec impatience." (F.Brune)

Et aux yeux de nos chercheurs, l'intérêt nouveau des techniques d'enregistrement en direct sur bandes magnétiques, avec ou sans audition simultanée de la voix émettrice, tiendrait à ce que tout un chacun est apte à la percevoir même sans don médiumnique particulier.

Mais voici beaucoup mieux: lors de certaines séances d'enregistrement de voix, on aurait obtenu des images en direct de nos défunts! -La réalisation des premiers appareils enregistreurs serait d'ailleurs redevable aux bonnes indications des "amis de l'au-delà"-. Les images obtenues parviennent sur un simple écran de télévision et peuvent être reprises en vidéo. Avec l'espoir de réaliser bientôt le vidéophone personnel permettant à chacun de communiquer avec l'au-delà.

Mieux: on laisse entendre avec discrétion qu'à l'aide d'un appareil hautement sophistiqué dénommé "chronoviseur", la possibilité serait offerte bientôt d'enregistrer images et voix des défunts au moment de leur vie sur terre. Un universitaire italien, enseignant de musique archaïque, "aurait capté le son et les images d'une tragédie antique jouée à Rome en 169 avant Jésus-Christ", tragédie connue jusqu'ici seulement par vingt-cinq fragments rapportés par trois auteurs latins de l'Antiquité.

Notons toutefois, nous disent certains, que d'autres hypothèses peuvent être avancées relevant moins de la communication avec l'au-delà que de la maintenance dans le cosmos des traces d'événements du passé: ce que l'ésotérisme classique appelle les "annales akashiques". Des faits difficilement réfutables montreraient que l'univers semble rempli de "vibrations" du passé qui peuvent se trouver réactivées dans certaines circonstances. Ces images indélébiles qui "flottent" dans l'espace-temps pourraient ainsi être recueillies par des appareils enregistreurs, sur leurs bandes magnétiques. A vous d'apprécier!

Voici le top-niveau: quand les disparus appellent eux-mêmes au téléphone. "Votre téléphone sonne tout à fait normalement. Vous décrochez et tout à coup vous entendez la voix, le timbre, les mots familiers de la mère ou de l'enfant que vous avez perdu, la veille ou il y a quelques jours, quelques mois, quelques années...

On doit toutefois se rappeler que spécialement dans la période d'ultra-sensibilité causée par la mort d'un être cher, le désir de réentendre la voix disparue peut engendrer son objet. Le contenu des messages est d'ailleurs l'exacte réponse à cette attente: "Bonjour Papa, bonjour Maman. On pense à vous. On vous aime. On est heureux. Au revoir. A bientôt."

 

Dans cette hypothèse, l'ici-bas et l'au-delà relèveraient du même niveau de réalité, de la même dimension d'existence. Ils seraient susceptibles de la même approche d'observation par des instruments plus affinés et plus adaptés certes, mais en utilisant identiquement les méthodes pratiquées pour le monde sensible et matériel.

 

A la fin du XXè siècle, il n'existe donc pas deux mais trois grands types de spiritisme: l'institution, le mouvement, et un essai pour structurer le mouvement en une nouvelle institution qui diffère de l'ancienne sur deux points essentiels.

* L'institution, ce sont les groupes qui se serrent autour de la tombe de Kardec et s'expriment, entre autres, dans la Nouvelle Revue des Spirites d'expression française, "organe de diffusion morale et scientifique de l'Union Spirite Française et Francophone" (= l'intégrisme du spiritisme). Le monde occidental se rallie à un courant moralisateur et sentimental. Les groupes spirites français réunis à Hénin-Liétard le dimanche 19 octobre 1969, et cela dans le cadre de leur affiliation à l'Union Spirite française qui est leur organisation nationale, ont décidé à l'unanimité de "promulguer l'avènement d'un mouvement spirite pur et élevé conforme à la pensée d'Allan Kardec; c'est-à-dire un mouvement d'une part attaché aux croyances fortes génératrices d'Idéal et de foi donc de force, et d'autre part basé et axé tant dans son enseignement théorique que dans sa pratique expérimentale scientifique, sur le préalable prioritaire de l'enseignement et de la pratique de la loi morale traditionnelle, immuable et universelle dans toute sa rigueur, et dans toute son étendue". Par ailleurs, une controverse théorique fondamentale sépare le spiritisme anglo-saxon du spiritisme latin. Elle n'est pas nouvelle. Déjà en 1960: "S'ils croient à la vie de l'esprit après la disparition du corps physique, pourquoi n'acceptent-ils pas la thèse de la réincarnation ? Ceci peut s'expliquer par le fait que les pasteurs qui dirigent les églises ont une formation théologiques dont les dogmes excluent les vies successives... Ceci est valable pour la majorité des pays anglo-saxons où les différentes formes de protestantisme dominent."

* Le mouvement, ce sont les petits groupes informels qui se multiplient, s'activent un moment, meurent ou se disséminent en marge de toute organisation. A l'écart, aussi, de tout ce qui s'emploie actuellement à élaborer une nouvelle spiritualité. Un essor remarquable du mouvement est à signaler dans certains pays, notamment dans les pays d'Amérique latine.

* Le spiritisme du 3è type, cet essai pour structurer les groupuscules spontanés en une nouvelle institution de type millénariste. Il s'agit de ce courant du Nouvel Age. Différence importante avec l'ancienne institution spirite: le spiritisme de l'Age d'Or n'est que l'un des aspects d'un courant syncrétiste qui vise à redéfinir les rapports de chacun avec lui-même, avec les autres, avec le cosmos

 

 

3) DEFINITION

 

Au sens large du mot, le spiritisme est la croyance en la possibilité, dans des circonstances appropriées, d'entrer en communication avec des êtres humains décédés ou avec des entités immatérielles (pensées, élémentals: démons ou génies mauvais).

 

"Le spiritisme, écrit Allan Kardec (le père du spiritisme) dans le Livre des Esprits, est la doctrine fondée sur l'existence, les manifestations et l'enseignement des Esprits".

 

Qu'est-ce donc qu'un "Esprit" ? Le principe spirituel impérissable de l'homme, son "âme". L'Esprit n'est autre que l'âme impérissable de l'homme. L'homme est constitué de trois éléments principaux (ou quatre, ou cinq, ou sept suivant les écoles, mais la question est secondaire, car on peut partout reconnaître les trois éléments fondamentaux des spirites classiques):

* L'âme humaine, étincelle, élément immatériel, immortel, souffrant, pensant, voulant, est comme enchâssée dans

* un corps physique, élément matériel et grossier, par l'intermédiaire d'un

* "corps astral" ou corps de désir, ou "corps éthérique", ou "périsprit", cette dernière expression étant la plus familière aux spirites.

 

Qu'est-ce que le périsprit ? C'est un corps subtil, énergétique, comme un ensemble de vibrations: un fluide vital qui manifeste la grande Energie cosmique. Le périsprit est d'une matière infiniment ténue et subtile, absolument différente du limon terrestre; elle n'obéit pas à ses lois, pesanteur et autres. Elle est "énergétique", c'est elle le "fluide vital", partie du fluide universel, présent dans notre corps sous forme d'énergie nerveuse. Le périsprit porte l'énergie animale qui fait vivre notre corps. Il est modelé à l'image du corps physique humain. Il représente en somme l'individuation d'une portion du fluide cosmique universel. Il est véritablement l'intermédiaire entre le monde matériel grossier auquel appartient le corps physique et le monde immatériel auquel appartient l'âme. Sorte de double de notre corps physique, il en porte toutes les traces. Aussi représenterait-il aux yeux des spirites le meilleur intermédiaire qui soit entre le monde matériel (le corps physique) et le monde spirituel (l'âme).

A l'état habituel, chez le vivant, les trois enveloppes restent enchâssées les unes dans les autres sans qu'il soit possible de les distinguer. L'âme gouverne; le corps physique, animé de vie, obéit: le corps physique est, sur terre, seul visible et opérant.

Au moment de la mort, le corps physique défaille. Comme un vêtement usé, il tombe, se décompose, et ne peut plus donner asile à l'âme immortelle qui reprend sa liberté. Elle se retire, enveloppée dans le corps éthérique qui l'individualise et lui garde sa forme humaine. C'est cette âme, enveloppée dans son périsprit, qui reçoit le nom d'Esprit. Un Esprit n'est autre chose qu'un être humain, dépouillé de son corps physique.

Mais alors... pourquoi ne pas essayer de le contacter ?

 

Le spiritisme est une théorie organisée sur l'au-delà. La mort consisterait en la séparation des trois principes qui coexistent en l'homme. L'âme (d'origine divine) essaie de se dégager du corps (qui est matière), mais elle reste prisonnière quelque temps d'un troisième élément, le périsprit. C'est "l'enveloppe semi-matérielle de l'Esprit." Le médium, comme un trait d'union avec l'au-delà, aurait la possibilité de dissocier de son vivant ces trois éléments qui normalement ne se dissocient qu'à la mort.

 

Sur cette base, la définition du spiritisme comporte trois éléments différents:

A) Le spiritisme est une doctrine spiritualiste.

B) Les Esprits se manifestent à nous.

Allan Kardec dénie aux faits spirites, des coups frappés jusqu'aux apparitions en passant par les tables tournantes et le reste, le moindre caractère irrationnel.

C) Enfin, les Esprits nous enseignent.

Ils sont les seuls à connaître par expérience les fins dernières de l'homme. Pour l'Eglise, la période de la révélation s'est close à la mort du dernier Apôtre. Pour les spirites, on pourrait presque dire qu'elle recommence en décembre 1847.

En somme, le spiritisme, science des Esprits, se donne au départ comme un mouvement à la fois spiritualiste et rationnel, implicitement rénovateur de toute pensée religieuse ou philosophique par l'espèce de révélation scientifique qui est à la base.

 

 

4) DOCTRINE SPIRITE

 

Le spiritisme fait de "l'enseignement des morts" la source de la connaissance.

C'est dans les oeuvres d'Allan Kardec que réside l'exposé le plus ancien, le plus complet de la philosophie spirite. Le Livre des Esprits, contenant les principes de la doctrine spirite, joua le rôle de Bible pour les adeptes du spiritisme.

 

A- SCIENCE ET RELIGION

Il faut donner aux croyances fondamentales de la religion, pensent les spirites, une base scientifique. Cette formule définit assez bien les intentions de Flammarion: "La religion de l'avenir sera la religion de la science". Cela signifie, entre autres, que l'étude scientifique du spiritisme va enfin transformer les dogmes de la foi en savoirs authentiques. Voici ce qu'on peut lire dans l'article sur "les esprits et le spiritisme": "Hommes qui demandez à quoi sert le spiritisme, méditez ces paroles: il prouve l'immortalité de l'âme" (Flammarion)

 

B- DIEU

Pour le spiritisme fidèle à Allan Kardec, Dieu est l'intelligence suprême, cause première de toutes choses. La preuve évidente de son existence est l'harmonie universelle. Il est éternel, infini, immuable, immatériel, unique, tout-puissant, souverainement juste et bon. Dieu est inaccessible à l'intelligence de l'homme. La matière lui est extérieure: c'est la condamnation expresse du panthéisme émanatiste, comme dans l'orthodoxie catholique et contrairement à la pensée du Nouvel Age.

L'univers a été créé par un acte de volonté divine. Les êtres vivants sont dus à l'éclosion de germes qui étaient d'abord disséminés dans l'éther avant que la terre fût, puis inclus dans le chaos primitif jusqu'au jour où les circonstances devinrent favorables à leur éclosion.

L'homme est apparu en divers points, à diverses époques, issu de germes analogues mais légèrement différents, ce qui a donné les différentes races. Adam est un mythe.

Dans la nature, les minéraux représentent la matière non vitalisée, pourvue uniquement de force mécanique latente. Les végétaux représentent la matière vitalisée. Les animaux représentent la matière vitalisée, enrichie d'une sorte d'intelligence inférieure, toute appliquée aux besoins immédiats de la vie, dite intelligence instinctive. Les animaux ont une âme, ou plutôt une sorte d'âme, principe individuel qui survit au corps, lui donnant une certaine intelligence, variable avec les espèces, et une liberté très limitée. Dans l'Au-Delà, ils survivent, individuels, mais errants au hasard, aveugles et inconscients.

L'âme de l'homme comporte la vie morale et une grande liberté de jugement et d'action. L'âme de l'homme et celle de l'animal sont toutes deux issues du même principe intelligent universel. Mais il a subi dans l'homme une élaboration considérable dans une série d'existences précédant la période d'humanité. Cette période a pu se passer ailleurs que sur notre planète, dans des états dont nous n'avons aucune idée. Mais il n'y a pas d'échanges incarnationnels entre le règne humain et le règne animal, l'un ne procède pas de l'autre, ils étaient différents au départ. Surtout, il ne peut y avoir de régression du corps d'un homme dans le corps d'un animal d'une existence à l'autre: "Un fleuve ne remonte pas à sa source." C'est la condamnation explicite de la métempsychose indienne, comme on l'entend ordinairement.

 

C- LES ESPRITS

Les Esprits ou âmes sont tous issus, par un acte de volonté divine, du principe universel que l'on pourrait appeler l'intelligence universelle.

Le monde spirituel est préexistant au monde naturel: ils sont indépendants l'un de l'autre tout en agissant constamment l'un sur l'autre et en se compénétrant dans l'homme.

Les Esprits sont loin d'être égaux. Créés égaux au départ, simples et ignorants, certains n'ont rien appris depuis et restent ignorants, lourds, désireux de la matière et tout englués dans ses attraits. D'autres au contraire ont fait beaucoup de chemin. L'échelle spirite ou classification des Esprits donnée par les Esprits eux-mêmes en plusieurs communications, est un des points importants de la nouvelle révélation. Trois catégories essentielles, du bas vers le haut:

-les Esprits imparfaits: prédominance de la matière sur l'intelligence. Comme ils progressent peu et très lentement, ils ont le sentiment de souffrir toujours. C'est l'origine de la croyance à un enfer éternel. Ce sont tous ces Esprits inférieurs qui formaient dans les anciennes mythologies les démons, les mauvais anges et les mauvais génies.

-les bons Esprits; ce sont les bons génies, les protecteurs et les anges gardiens des différentes religions.

-les purs Esprits. Ce sont les anges, les archanges et les séraphins.

Comme on le voit, ni anges créés anges, ni démons créés démons pour l'éternité. Rien que des âmes sur le chemin de la perfection. Les Esprits inférieurs sont soumis aux Esprits supérieurs dont ils reçoivent les ordres et les missions. La vie des Esprits est erraticité. L'homme dégagé de son corps est essentiellement errant, quelle que soit sa classe comme Esprit. Ils entrent en contact direct et instantané avec tout ce que nous captons par nos sens. Quelles sont ces missions auxquelles se consacrent les Esprits d'un bout à l'autre de leur hiérarchie ? Celle de concourir à l'harmonie universelle. Quand la tâche est à remplir dans l'Au-Delà, elle consiste à inspirer les vivants, par transmission de pensée le plus souvent et sans qu'ils s'en doutent, ou à préparer les hasards et les grands événements générateurs d'utiles transformations de la vie terrestre.

 

D- LA MORT ET LA REINCARNATION

Etre Esprit ou être homme n'est qu'une question de changement d'état, par mort ou par naissance.

Chez un mourant, les organes physiques présentent une faille telle que la circulation du fluide vital porté par le périsprit est interrompue.

Le dégagement de l'âme, enveloppée dans son périsprit, n'est pas instantané. C'est une question d'évolution psychique. Les êtres évolués quittent promptement la prison charnelle, en quelques heures.

C'est dans une pluralité, une multitude même d'incarnations que l'âme parvient à la connaissance et à la pureté. Les incarnations successives ne se font pas toutes sur notre terre, mais dans différents mondes, au besoin extérieurs au système solaire.

On ne peut jamais rétrograder de rang spirituel, l'acquit de l'âme étant définitif. De même, nous ne gardons pas, dans une nouvelle existence, le souvenir précis de nos épreuves antérieures, mais l'expérience générale nous reste comme un acquit.

Bien entendu les Esprits n'ont pas de sexe, nous passons d'un sexe à l'autre, d'une vie à l'autre, sans même d'alternance: c'est une détermination physique.

Vient un moment de sa vie errante où l'Esprit sent peser sur lui l'impératif de la réincarnation. Les Esprits plus éclairés ont dans une mesure de plus en plus grande le libre choix de leur nouvelle vie en toute connaissance de cause: ils choisissent alors souvent les épreuves les plus dures pour se perfectionner plus vite. La renaissance est précédée d'un trouble bien plus grand, bien plus profond que celui de la mort. S'il est toujours pénible de changer d'état, il est bien plus pénible de quitter un état éthéré pour un état d'épreuves et d'emprisonnement dans la matière. L'union de l'âme et du corps commence au moment de la conception, mais n'est réalisée qu'au moment de la naissance. Dans cet intervalle de neuf mois, l'âme est dans un engourdissement spirituel profond, le souvenir du passé et des passés s'efface. Mais l'Esprit guide la construction de son corps.

"Il n'existe, écrit Jean Prieur, qu'une sorte de substance dans les deux mondes (ici-bas/au-delà). La différence entre eux n'est qu'une affaire de densité, de vibration."

 

E- LA MORALE

Chacun porte les conséquences de ses actes matériels et de ses pensées, qui sont les actes de l'Esprit. C'est en grande partie l'explication des conditions heureuses ou malheureuses, si inégales, dans lesquelles nous voyons se débattre les humains.

La loi de reproduction est une loi sacrée, fournissant le véhicule de chair aux Esprits désireux de progresser. Voilà pourquoi le célibat n'est guère admis par les spirites, à moins que ce ne soit un haut sacrifice pour le plus grand service de l'humanité, tels Jésus ou Vincent de Paul. Voilà pourquoi aussi tout avortement, si petit que soit le foetus, est un crime. L'ascétisme égoïste n'a pas de valeur aux yeux des spirites. De même, le suicide est une des plus grandes fautes que l'on puisse commettre contre le progrès et l'harmonie universelle.

La loi de société: l'homme ne peut progresser qu'au milieu de ses semblables, en leur rendant service. Les spirites condamnent expressément l'érémitisme et la vie dans le silence, inutiles à leurs yeux.

La loi de progrès est absolue, malgré les apparences, mais lente dans sa marche. Les sacrements sont inutiles, il faut avancer par un effort tout moral... tout homme est justifié en tant qu'Esprit et finira dans le sein de Dieu, c'est une question de temps et de dette karmique, qu'il faut essayer de solder et non d'aggraver.

 

Du point de vue doctrinal, la question est complexe. La doctrine spirite présente à première vue des éléments traditionnels occidentaux et des éléments orientaux. L'éducation protestante d'Allan Kardec a imprimé sa marque sur toute son oeuvre. Les Ecritures sont bien connues et personnellement approfondies. La doctrine est individuelle, elle se passe de tout ministre et de tout culte puisque l'évocation elle - même est exclusive de toute formule sacrée. Mais le fonds chrétien, évident, a subi de profondes modifications, moins peut-être dans les livres de l'Ancien Testament que dans le Nouveau. Jésus est un Esprit d'élite, certes, que l'on nous propose à chaque instant comme modèle, un Esprit sans pareil, le sommet des Esprits sublimes, mais un Esprit comme tout homme. L'Evangile est expliqué en fonction de la constitution périspritique de l'homme et médianimique de Jésus. Jésus est médium, thaumaturge et voyant. Les miracles, les prédictions, le sacrifice sont présentés dans cette perspective, et jusqu'à l'enseignement. Le Ciel est le climat d'amour et de joie dans lequel les Esprits élevés accomplissent leur mission d'harmonie universelle. L'Enfer n'a point de flammes et n'est point éternel: ce sont les hallucinations et les souffrances morales des Esprits coupables qui se purifient dans la douleur et vont vers la compréhension et la lumière. "Le spiritisme est la troisième révélation de la Loi de Dieu, si la Loi de l'Ancien Testament est personnifiée par Moïse et celle du Nouveau Testament par le Christ."

Quant aux éléments orientaux de la doctrine -outre une vaste tolérance- nous les reconnaissons sans peine: la survivance de l'Esprit (ou Atman) dans un véhicule semi-matériel, la notion de karma, ou effets de nos actions persistant jusqu'à leur extinction, le passage des âmes désincarnées dans un autre monde, et le retour sur la Terre dans une nouvelle incarnation jusqu'au nirvâna ou béatitude finale, tout ceci fait partie de l'hindouisme traditionnel, d'inspiration védique. Nous n'oublions pas qu'en Occident les études indiennes avaient subi une éclipse totale de près de quinze siècles. Mais à l'époque où travaillait et écrivait Allan Kardec, elles sortaient de ce long sommeil.

 

 

5) PROCEDES SPIRITES

 

A- CONDITIONS D'UNE SEANCE SPIRITE

Un bon déroulement des séances, selon Allan Kardec, doit comporter:

1. Sympathie et affinité. Les esprits supérieurs ne se manifestent que lorsqu'ils trouvent un groupe de personnes désireuses de recevoir leurs enseignements et disposées à les suivre.

2. Silence et pénombre. Un climat de silence et de recueillement est nécessaire, ainsi que la pénombre, lors de matérialisation et d'apparition. Certains médiums préfèrent la "chambre obscure", dans un angle de la pièce, isolée du reste par une barre diagonale à laquelle sont fixées des tentures foncées. Les participants forment la "chaîne spirite" en se tenant par la main, afin de permettre au fluide de l'esprit d'irradier leur "atmosphère spirituelle".

3. Il n'y a ni jour ni heure propices aux évocations; les esprits préfèrent cependant des "rendez-vous" réguliers.

4. Formule évocatrice. Il n'y a pas de formules évocatrices fixes: il suffit de formuler un désir en invoquant le nom de Dieu: "Je prie le Seigneur tout-puissant de permettre à l'Esprit de... de se mettre en communication avec nous." L'esprit invoqué répond en disant: "Oui" ou "Me voici" ou encore "Que voulez-vous ?"

5. La séance spirite ne fait pas revivre un cadavre: elle ne fait appel qu'à son esprit (âme + périsprit).

 

B- LES MEDIUMS

Les séances spirites se tiennent avec l'aide du médium.

"Qu'est-ce qu'un médium ? C'est l'être, c'est l'individu qui sert de trait d'union aux Esprits pour que ceux-ci puissent se communiquer aux hommes. Sans médium, point de communication tangible, mentale, scriptive, physique, ni de quelque sorte que ce soit." Les médiums sont des personnes sensibles à l'influx des esprits, donc capables de servir d'intermédiaires entre le monde des esprits et celui des vivants. Pour que cela se produise, il faut la rencontre du périsprit des esprits et de celui du médium. Les premiers possèdent la volonté et décident l'intervention, mais ne peuvent se matérialiser tout seuls: ils ont besoin pour cela d'assimiler la force vitale qui émane de l'organisme du médium en état de transe, car le fluide vital est enrichi par la vie physique de l'homme vivant.

 

Il y a deux sortes de communications: par des manifestations physiques et par des communications intelligentes. Chaque médium possède une aptitude particulière pour un type de phénomènes. Il y aura alors différentes sortes de médiums selon les différents types de manifestations. Allan Kardec a classé les médiums en neuf types:

-les médiums à effets physiques proprement dits qui produisent les effets les plus courants: coups, bruits, mouvements, déplacements d'objets, lévitation, apports, coups frappés;

-les médiums sensitifs ou impressibles captent la présence d'un Esprit par une impression personnelle, douce si l'Esprit est bon, angoissante s'il est mauvais;

-les médiums auditifs entendent la voix des Esprits, tantôt en dedans d'eux-mêmes, tantôt au dehors. Ils arrivent à reconnaître un Esprit à sa voix;

-les médiums parlants transmettent les communications oralement: ils ne sont pas, comme on pourrait le croire, une variété des précédents. Les médiums parlants n'entendent pas la dictée des Esprits, qui agissent sur eux par les organes de la voix, comme sur un médium scripteur par le bras ou la main;

-les médiums voyants possèdent la faculté de voir à travers l'âme des choses et des personnes absentes; tantôt éveillés et tantôt endormis, ils ont une impression visuelle, mais en réalité ils entrent par leur périsprit en contact avec le périsprit des Désincarnés. La meilleure preuve en est qu'ils voient aussi bien les yeux fermés;

-les médiums somnanbules agissent sous l'influence de leur propre esprit ou de celui d'un esprit défunt.

-les médiums guérisseurs soignent les maladies du corps; leur force vitale, ajoutée et combinée à la force périspritique des Esprits, s'écoule dans le corps du patient et ranime sa vie animale;

-les médiums psychographes reçoivent des communications écrites.

-les médiums écrivains, s'ils écrivent sous la dictée de l'esprit en utilisant un objet, une table, une planchette, une corbeille ou un crayon.

Il faut ajouter les médiums spéciaux: c'est-à-dire spécialisés dans un certain genre de communication, médicale, poétique, musicale, morale, savante, artistique...

 

Un bon spirite devra se méfier des esprits trompeurs et des charlatans dont les abus discréditent le mouvement; ils peuvent miner la santé physique et mentale des médiums et des participants aux séances.

 

L'homme étant triple, supposons que des êtres humains, vivants, aient la faculté de se dissocier comme les mourants. Supposons encore que d'autres aient la faculté de diffuser les propriétés "animantes" de leur corps éthérique, habituellement intégrées dans la matière inerte du corps physique, et nous aurons les deux grandes catégories de médiums, les médiums à dédoublement et les médiums à "aura".

 

1) LE DEDOUBLEMENT

Un médium à dédoublement a la faculté de se dissocier. Dans certaines conditions, l'âme et le périsprit quittent l'enveloppe physique qui demeure immobile, douée d'une vie au ralenti, reliée encore à ses enveloppes subtiles par un lien ténu: le lien vital. Ce lien est le cordon ombilical par lequel l'énergie vitale se déverse faiblement dans l'enveloppe charnelle et empêche la mort. Celle-ci ne manquerait pas de survenir en cas de rupture du lien vital.

 

*LE MEDIUM A INCORPORATION (l'esprit s'incarne dans l'enveloppe charnelle du médium en état d'hypnose) est dans ce genre le plus répandu. Il se dédouble, généralement sous l'influence d'un hypnotiseur, et dans son enveloppe charnelle endormie, en quelque sorte vacante, un Esprit s'incarne qui parle, agit, circule et se comporte en être humain complet. La communication terminée, l'Esprit se retire et l'hypnotiseur réveille son sujet avec toutes les précautions requises.

 

*Très rare au contraire est LE MEDIUM A EXPLORATION DIRECTE. En état d'hypnose ou en toute conscience suivant les cas, le sujet se dédouble et part à la découverte d'espaces planétaires. Tandis que le corps vit faiblement en veilleuse, les éléments subtils explorent les plans interdits aux humains, aussi bien la planète Mars que l'au-delà lui-même. Ils y rencontrent des esprits très élevés, des "Maîtres de sagesse" qui leur révèlent leurs secrets.

 

*LE MEDIUM A ECTOPLASME, capable de condenser la matière subtile du périsprit, est une variété tout à fait singulière. Par un transfert d'énergie spéciale empruntée au plan vital, ces médiums auraient la propriété de rendre plus dense, plus tangible et par là, perceptible à nos sens, la matière subtile du périsprit des habitants de l'espace. Ce sont les spécialistes de ces effets troublants appelés matérialisations. Ils accouchent d'un ectoplasme qui n'est parfois qu'un filament, une mousseline légère, une main, et parfois une forme complexe. C'est par la bouche du médium que se manifeste le plus souvent l'apparition. La forme, d'abord ébauchée, se complète et se densifie. Les têtes parlent, les mains jouent du piano, distribuent quelques menus cadeaux... puis tout se résorbe et disparaît. Il semble que ces enfantements comportent un certain épuisement physique, ce qui n'a rien d'étonnant puisque, en doctrine, l'enrichissement du périsprit ne peut se produire qu'aux dépens de l'énergie vitale du médium. Il pompe de l'énergie dans le "plan vital" et rend plus dense la matière subtile du périsprit des habitants de l'espace. Pour expliquer ce phénomène d'apport, il nous est demandé de le comparer à celui de la vapeur qui s'échappe d'un récipient bouillant: contractez-la, vous avez de l'eau. Cette comparaison aidera sans doute à comprendre comment les Esprits, trouvant dans l'ambiance de la terre les éléments simples de la matière, arrivent à les densifier pour former des objets. Ces objets ne sont "agrégés" que dans la mesure où le fluide périspritique les tient ainsi. C'est pourquoi ils se dissolvent et disparaissent assez rapidement, sous peine d'épuisement du médium.

 

2) LES MEDIUMS A "AURA" (halo lumineux mais invisible qui rayonne de tous les corps vivants). Ce n'est pas, comme on pourrait le croire, en soutenant occultement la table ou en l'ébranlant de quelque manière que les invisibles réalisent ces exploits: les Esprits, comme ils le rappellent eux-mêmes, n'ont ni muscles, ni mains, rien ne peut leur servir de point d'appui et il leur est impossible de manipuler directement la matière inerte. Mais les médiums à effets physiques présentent, par rapport aux autres hommes, une particularité: celle de diffuser l'énergie de leur périsprit hors du corps physique en une sorte d'"aura", ou sphère de rayonnement. De cette manière, par contact direct entre semblables, les Esprits y puisent l'énergie vitale et "animalisent" les objets, tables ou autres. Temporairement, la matière inerte s'anime donc d'un frémissement de vie. Et de même que le corps éthérique ou périsprit obéit aux impulsions de l'âme, les objets animalisés obéissent à la pensée des Désincarnés, qui n'ont qu'à donner mentalement des ordres. Ils extériorisent l'énergie du périsprit en une sorte de sphère de rayonnement où les esprits viennent puiser les vibrations nécessaires pour soulever les chaises, les guéridons et déplacer les objets. Les assistants peuvent augmenter la masse du fluide nécessaire pour que l'énergie de l'esprit combinée à celle des vivants opère ces merveilles, en formant la chaîne avec leurs mains.

 

Ainsi, les Esprits ont besoin de combiner à leur énergie éthérique propre, enrichie ou non aux dépens du cosmos, le fluide d'une personne vivante. Il faut rapprocher cet enseignement d'un texte de L'Odyssée (Chant XI): Ulysse, au confluent de deux fleuves, dans une région désolée et sauvage, évoque les morts de l'Hadès pour connaître d'eux l'avenir et prendre leurs conseils. Au bord d'une fosse, il égorge quantité d'animaux, le sang chaud coule à flots et les ombres se pressent autour de la fosse. Ulysse les tient en respect avec son poignard: un à un, les morts, "têtes sans force", domptés, viennent boire le sang fumant. Puis, ayant ainsi repris un semblant de vie, ils parlent chacun leur tour avant de s'effacer devant l'ombre suivante. C'est au fond, donnée sous une autre forme, la même leçon: le vivant, ou le sang chaud qui est son symbole, possède une force nécessaire au Désincarné pour se manifester.

 

C- LES DIVERS PROCEDES DE COMMUNICATION AVEC LES ESPRITS

Il existe deux sortes de langages: le langage des signes, dont les plus usités sont les coups frappés ou typtologie ou raps, et le langage de l'écriture ou psychographie.

 

La typtologie est externe lorsque les coups sont produits par un objet en mouvement; interne, lorsqu'ils sont produits à l'intérieur d'un objet qui reste immobile; alphabétique, s'ils correspondent aux lettres de l'alphabet et que, se réunissant, ils forment des mots et des phrases.

L'instrument de communication le plus connu est le guéridon sur lequel les participants posent leurs mains réunies en chaîne et qui se met à frapper ou à danser. La table tournante se soulève en présence du médium et le pied frappe un coup pour dire "oui", deux coups pour dire "non". Lorsqu'elle s'agite, l'esprit est en colère; lorsqu'elle se balance, l'esprit est heureux. La méthode la plus connue est sans doute celle qui consiste à demander aux "Esprits" de frapper un coup pour A, deux coups pour B, trois coups pour C, et ainsi de suite. Le système peut être amélioré de diverses façons, par exemple en divisant l'alphabet en trois séries de lettres qui sont respectivement attribuées à chacun des trois pieds d'un guéridon: le nombre de coups nécessaires est moins élevé et les "messages" sont ainsi transmis plus rapidement.

Le oui-jà ou planchette est un cadran marqué des lettres de l'alphabet, sur lequel l'aiguille est censée épeler les messages de l'Esprit.

Le verre parlant est un verre renversé posé sur une surface lisse. Les participants posent l'index sur le verre qui se déplace vers les lettres de l'alphabet.

La psychographie s'obtient par le moyen d'un guéridon ou d'une planchette, munis d'un crayon. Dans l'écriture automatique, le guéridon ou verre ou planchette, est remplacé par la main du médium.

Ajoutons à ces différents moyens, ceux que les progrès techniques de notre temps ont fait apparaître: magnétophone, système vidéo, chronoviseur, etc.

Notons encore le procédé des moulages de l'anatomie des visiteurs de l'au-delà. Les plus remarquables furent réalisés par le Dr Geley en 1920, avec le médium polonais Franek Kluski. "L'entité matérialisée obtenue par le médium était priée de plonger une main (ou un pied, ou le visage) à plusieurs reprises dans un baquet contenant de la paraffine fondue flottant sur de l'eau chaude. Il se formait presque aussitôt un moule qui durcissait à l'air. On pouvait alors y couler un plâtre."

 

 

 

II/ CONTROVERSES

 

 

1) SOCIOLOGIE

 

L'engouement du XIXème pour le spiritisme classique comme le succès du channelling de notre XXème siècle finissant, s'expliquent en fait par le comportement de l'homme face au mystère de la mort.

 

* PEUR DE LA MORT

Une femme, dans les Frères Karamazov de Dostoïevsky, pousse ce cri d'angoisse: "Ce qui suit la mort, quelle énigme... Rien que d'y penser m'émeut jusqu'à la souffrance, jusqu'à la peur, jusqu'à la terreur... Aurais-je donc vécu pour disparaître ensuite sans laisser de traces, pour que "l'herbe seule pousse sur ma tombe ?" C'est épouvantable... Comment savoir la vérité ? Où trouver les preuves ? Personne, semble-t-il, ne se soucie de ces choses, presque personne. Pour moi, mon ignorance m'est insupportable, c'est affreux!"

 

- LA MORT DE SOI

Le spiritisme est en quelque sorte l'expression d'un désir d'éternité qui ressurgit de toutes parts, une volonté d'exorciser l'effet destructeur de la mort pour prolonger indéfiniment la vie. Il faut se rassurer soi-même sur l'au-delà de sa propre mort...

La vie sociale, autrefois, éduquait l'homme quant à la mort. Celle-ci faisait partie en quelque sorte du paysage, ...de la vie. La mort apprivoisée était d'abord la mort de soi: c'était le mourant qui organisait son agonie et qui présidait le cérémonial. Le testament restait, au sens propre du terme, une alliance avec les survivants, un moyen aussi pour chaque homme d'affirmer ses convictions. Et la mort était communautaire; elle maintenait le mourant et réintégrait le mort dans les groupes sociaux auxquels il appartenait. A une agonie publique succédaient une fête et une distribution de biens (banquets, legs divers, messes, fondations, commandes de tableaux, rétables, etc.) auxquelles participaient la famille, les amis, les voisins, les collègues, les pauvres du quartier, l'église, les confréries, etc. Puis le testament s'est borné à répartir les biens meubles et immeubles d'un individu. Ces zones de mort conviviale et communautaire n'ont cessé de se rétrécir... laissant place à l'angoisse d'une époque où l'on a de moins en moins de chance de mourir pour les autres et de maîtriser sa mort. Cette évolution a sans doute joué un rôle essentiel dans l'émergence du spiritisme. La plus grande peur que l'homme porte en lui de manière consciente ou inconsciente est bien celle de mourir. Il sait qu'il ne peut échapper à sa condition mortelle et comme l'enfant qui met tout en oeuvre pour regarder derrière la porte défendue, il se pose mille questions sur ce qu'il deviendra après sa mort, il cherche à savoir. Le spiritisme est un essai de réponse à ses questions. Il répond exactement au besoin de certitudes sur cet au-delà qui fait peur. Chacun sait que pour guérir de cette peur, il suffit de se persuader, ou de persuader les autres, qu'il n'existe aucun danger.

 

- LA MORT DES AUTRES

Le pivot de l'affaire, c'est la mort. Nos morts sont-ils encore vivants? Où sont-ils? Pensent-ils à nous? Pouvons-nous entrer en contact avec eux? La mort, est-ce l'impasse sans issue ou débouche-t-elle, au contraire, sur une nouvelle vie? La personne en deuil éprouve le désir de revoir ses chers disparus. Le spiritisme réunit souvent des personnes désorientées par la perte d'un être cher. Mme de Girardin a ainsi initié à ses pratiques Victor Hugo, profondément affecté par la mort de sa fille Léopoldine, au cours de son séjour à Jersey.

Au XVIIIème, les vivants qui n'acceptent plus la disparition des êtres chers, conservent leurs défunts, quand ils le peuvent, dans de grands bocaux d'alcool, comme Necker et sa femme par exemple. Lorsqu'on ne dispose pas d'une des premières fortunes de France, on recourt à une innovation: le caveau de famille, avec concession perpétuelle. Ces détours et diversions ne suffisent cependant pas à faire accepter une mort qui n'est plus apprivoisée mais vécue comme une rupture, un arrachement inacceptable, d'autant plus inacceptable que cette idée de rupture est nouvelle. Par ailleurs, la présence auprès du mourant change elle-aussi. Alors qu'au XVIIIè siècle on mourait en public, au siècle suivant les assistants se réduisent aux membres de la famille- si l'on excepte, éventuellement, le prêtre et le médecin. Le mourant conserve, si l'on ose dire, le rôle principal, mais les assistants ne sont plus des spectateurs ou des figurants. Ils prennent en charge l'agonie, ses oeuvres et ses pompes. La mort de soi devient la mort de l'autre. Et pour la famille devenue le cercle de famille, formule parfaite par tout ce qu'elle suggère de clos, d'intime et de privé, la mort de l'autre est bien plus difficile à supporter que la mort de soi. D'où cette grande exagération du deuil qui marque le XIXè siècle, deuil ostentatoire déployé au-delà de toute obligation mondaine par les parents devenus les metteurs en scène et acteurs principaux de la mort du père, de la mère, du conjoint, de l'enfant. Dès la fin du XIXè siècle, la famille commence à se retirer du théâtre funèbre: elle cache à l'agonisant la gravité de son cas. L'évolution se précipite entre 1930 et 1950: on ne meurt plus chez soi, mais à l'hôpital, et seul. De la famille, aussi dépossédée que le mourant, l'initiative est passée à l'équipe médicale. Plus de mort de soi, plus de mort de l'autre, plus de mort de rien: relégué à l'hôpital, hérissé de tubes, le mourant est évacué du social. On ne sait d'ailleurs plus très bien quand il meurt. Indifférence ? Non, refoulement, obligation pour les survivants de souffrir seuls et en cachette. Le XVIIè siècle a enfermé ses pauvres, le XXè siècle a isolé ses mourants.

Le spiritisme est donc un essai de réponse à la question: que deviennent les hommes après leur mort? Nous pourrions communiquer avec les esprits des défunts moyennant certaines techniques et certains rituels. Il répond au besoin de certitudes sur l'au-delà et d'assurances sur le salut personnel. Il réunit souvent des personnes esseulées par la perte d'un être cher, mais aussi des gens animés d'une curiosité morbide pour l'étrange.

Le témoignage d'un illusionniste, Jean Champenois, souligne ce rôle de refuge joué par le spiritisme: "Moi-même, pris par le jeu, j'ai réalisé des séances spirites où je faisais de la fraude, c'est-à-dire exécuter des choses faussement mystérieuses, grâce à une illusion, une bonne manipulation ou un détournement d'attention. Lors de toutes mes expériences, les gens étaient émerveillés. J'ai pu constater leur crédulité poussée à l'extrême. Je leur disais pourtant à la fin d'une réunion où j'avais fait intervenir l'esprit d'un défunt que tout cela était faux, que c'était moi l'auteur de ces merveilles. Certains racontaient à l'extérieur qu'ils étaient entrés en contact avec les esprits. D'autres ressentaient une profonde déception. C'est pourquoi j'ai préféré par honnêteté mettre un terme à ces illusions. J'étais engagé dans un processus douteux, les gens m'auraient donné n'importe quoi pour parler à n'importe qui."

 

* SUBSTITUT A LA RELIGION

La fonction sociale de l'occultisme est paradoxalement l'adaptation au monde moderne de gens perdus dans un univers rationalisé à outrance, gavés de savoir technique mais souvent démunis du moindre rudiment de connaissance religieuse ou de réflexion un peu approfondie. Ce sont souvent des gens qui ont des difficultés pour s'intégrer au monde moderne, et doivent lutter contre des forces socio-économiques dont la nature leur échappe. Certains cherchent dans des spéculations à apparence scientifique ou mythiques "la réponse aux questions vitales que la science laisse ouvertes". L'on est impuissant à changer le monde. On change alors de monde.

 

* L'IRRATIONNEL

- "Esprit es-tu là ?": des jeunes font parler un verre, un jeu pour se faire peur ou pour tromper l'ennui.

- mais aussi des gens animés d'une curiosité morbide pour l'étrange, dont font particulièrement partie les adolescents. Paradoxe de la jeunesse, ils conjurent la peur de la mort en jouant à la peur. Généralement, les séances de spiritisme et l'occulte leur offrent une panoplie riche en appréhensions, inquiétudes, craintes, frayeurs, voire même en terreurs.

 

Dans la recrudescence actuelle du spiritisme, n'y-a-t-il pas en fait beaucoup de peur devant notre incarnation et son cheminement:

-peur de la maladie,

-peur de la mort,

-peur de la séparation qu'elle entraîne,

-peur de l'au-delà sur lequel nous n'avons pas prise,

-peur de notre propre cheminement, à construire, dans le souffle de l'Esprit, au travers de l'humilité de notre condition incarnée. Il est tellement plus facile d'être guidé à coup de messages venus d'en-haut, qui nous dispenseraient de cet état d'insécurité que sont la foi et la vie de foi,

-peur de l'ordinaire de nos vies, en nous réfugiant dans le merveilleux,

-peur de l'avenir.

Comme tout ce qui relève des phénomènes extra-naturels, car on y cherche volontiers- et parfois désespérément- un substitut à une religion que l'on a perdue, ou bien une évasion de notre monde envahi par la technique et le matérialisme ou encore un refuge et une sécurité contre les angoisses et les incertitudes du présent et de l'avenir.

 

 

2) POSITIONS ADVERSES

 

A- SUPERCHERIE

Souvenons-nous des conditions imposées aux participants d'une séance spirite. Nécessité d'une obscurité presque complète pour la production de la plupart des phénomènes de matérialisation et pour beaucoup d'effets physiques. Les participants doivent "faire la chaîne", ce qui leur interdit de se déplacer. Il faut écarter les sceptiques, qui font un barrage mental. Le médium quant à lui est isolé derrière le rideau. Conditions pour permettre aux Esprits de venir? ou champ libre aux fraudes ?

 

C'était le 21 octobre 1888. L'Académie de musique de New-York était pleine à craquer quand on annonça: "Mrs. Margaret Fox-Kane, qui démontrera comment elle provoque les coups que les spirites croient, depuis des années, produits par l'intervention des défunts." Dans un dramatique silence, Margaret s'avança sur la scène. "Mrs. Kane sortit un papier, mit ses lunettes, et d'une voix que l'émotion faisait trembler, prononça ces paroles:

"-Il n'existe rien de tel qu'une manifestation des esprits. Beaucoup d'entre vous savent que j'ai été l'instrument principal du spiritisme aux dépens d'un public trop confiant. C'est le grand regret de ma vie. Il est bien tard aujourd'hui pour dire enfin la vérité; mais j'y suis prête, avec l'aide de Dieu.

"Quand je commençai ce triste jeu, j'étais trop jeune pour savoir distinguer le bien du mal. J'espère que Dieu me pardonnera comme il pardonnera à ceux qui ont eu la naïveté de croire au spiritisme."

"Les médecins quittèrent la scène, et Mrs. Kane monta sur une petite caisse de sapin de quelques centimètres de haut. "Silence, s'il vous plaît!" demanda Richmond. Ce fut un instant mémorable, terriblement émouvant.

"Pendant un moment, Mrs. Kane demeura immobile; on eût pu entendre tomber une épingle. Puis on entendit des coups nets et forts, qui paraissaient venir tantôt de divers côtés de la salle, tantôt de derrière la scène... C'était une vision étrange et presque ridicule que cette femme en robe noire, au visage émacié, agitant son gros orteil".

Voici encore quelques passages des déclarations de Margaret au New York Herald, qui les publia dans son numéro du 24 septembre 1888:

"Oui, je m'en vais raconter le spiritisme depuis sa fondation. J'ai cette idée en tête depuis des années, mais je n'avais jamais pu m'y décider encore. J'y ai pensé jour et nuit. J'ai horreur de ce que j'ai été.

"Je disais souvent à Leah, quand elle voulait que je donne une séance: "Tu veux me faire damner." Et puis, le lendemain, je noyais mon remords dans le vin. Mais j'étais trop honnête pour rester médium. C'est pourquoi j'ai cessé d'exercer en public.

"Quand le spiritisme commença, Kate et moi n'étions que de très jeunes enfants. Et mon autre soeur, beaucoup plus âgée que nous, fit de nous ses jouets. Ma mère était une sotte. C'était une fanatique. Je l'appelle ainsi parce qu'elle était honnête. Elle croyait à ces choses-là.

"Le spiritisme est parti de rien. Nous n'étions que des enfants innocentes; j'avais huit ans et Kate six ans et demi. Que savions-nous ? Mais, ensuite, nous n'en sûmes que trop. Notre soeur se servit de nous pour ses exhibitions et nous lui gagnâmes beaucoup d'argent. Maintenant, elle se détourne de nous..."

"...J'ai exploré l'inconnu autant qu'un être humain peut le faire. Je suis allée auprès des morts, dans l'espoir d'en tirer une preuve, si petite soit-elle. Et rien n'est venu, rien... Je suis allée dans les cimetières à la nuit tombante; je me suis assise sur les tombeaux afin que les esprits de ceux qui y reposaient puissent venir vers moi. J'ai tenté d'obtenir un signe. Mais rien! Non, les morts ne reviennent pas parmi nous. Dieu n'a jamais voulu cela."

On sait que des propositions ont été faites à Margaret Fox-Kane pour acheter son silence...

Quelques jours plus tard, Kate Fox-Jencken débarquait à son tour aux Etats-Unis et faisait une déclaration similaire au New York Herald, qui la publia le 10 octobre. "-Non. Le spiritisme est une duperie, du commencement à la fin. C'est la plus grande duperie du siècle. Notre soeur Leah était de vingt-deux ans notre aînée; elle nous a poussées à tromper."

Enfin, le jour même de la séance à l'Académie de musique, le Herald publiait la confession complète signée de la main de Margaret. Celle-ci révélait, entre autres détails, que Kate et elle avaient commencé par s'amuser à faire peur à leurs parents en attachant une pomme à une ficelle et en la laissant tomber sur le plancher, tout en faisant semblant de dormir. Elles ne pensaient nullement à jouer aux fantômes. Mais elles entendirent leur mère, passablement effrayée, s'écrier: "Est-ce un esprit qui s'est emparé de mes chères petites ?" Etant donné leur jeune âge, nul ne songea à les accuser d'imposture.

Les soeurs Fox s'éteignirent successivement, en 1892 et 1893, dans la misère, le désordre et la déchéance alcoolique.

 

Dès 1851, trois professeurs de l'Ecole de médecine de Buffalo, les docteurs Austin Flint, Lee et Conventry, soupçonnèrent une fraude et invitèrent Leah Fox-Fish et sa soeur Margaret à se soumettre à leur contrôle. L'invitation fut acceptée. Les trois médecins découvrirent alors que les rappings se produisaient régulièrement lorsque les médiums étaient assis sur une chaise, les pieds reposant sur le plancher, mais qu'aucun son ne se manifestait quand on les allongeait sur un divan ou même simplement quand on posait leurs pieds sur des coussins. Ils en conclurent que les bruits attribués aux esprits provenaient certainement de mouvements provoqués dans les articulations du genou, phénomène très connu des spécialistes, et qui ne demande qu'un léger effort et un point d'appui suffisant pour servir de résonateur. Leurs soupçons furent confirmés par le fait que les jeunes médiums cessaient brusquement de produire aucun bruit dès qu'un contrôleur posait la main sur leur genou.

 

La théosophie, dans ses débuts spirites, ne fut pas mieux servie. Mme Blavatsky fut démasquée par la "Society for Psychical Research" de Londres et accusée de mystification dans ses phénomènes d'apports d'écriture. Ce fait fut confirmé par un groupe de ses intimes. Elle eut l'imprudence d'intenter un procès, qu'elle perdit, les experts en écriture ayant unanimement reconnu les messages "spirites" comme étant de sa main.

 

Tous les grands médiums en fait, ont triché.

Eusapia Paladino, une des plus complaisantes aux exigences des expérimentateurs, fut prise par deux fois en flagrant délit. La première fois, le 16 novembre 1898, au cours d'une expérience chez Flammarion, elle attira à elle un pèse-lettres... avec un cheveu. Une seconde fois en 1906, et Gustave Le Bon écrivit à son sujet un rapport à son ami Flammarion: "Lors de son dernier séjour à Paris, j'ai pu obtenir trois séances chez moi avec Eusapia. J'ai prié un des plus pénétrants observateurs que je connaisse, M. Dastre, membre de l'Académie des Sciences et professeur de physiologie à la Sorbonne, de bien vouloir assister aux expériences. Y assistait également mon préparateur, M. Michaux. En dehors de la lévitation de la table, nous avons vu à plusieurs reprises et presque en plein jour une main apparaître d'abord à 1 cm environ au-dessus de la tête d'Eusapia, puis à côté du rideau qui la couvrait en partie, à 50 cm environ de son épaule. Nous avons organisé pour la seconde séance les méthodes de contrôle. Elles furent tout à fait décisives. Grâce à la possibilité de produire en arrière d'Eusapia un éclairage qu'elle ne soupçonnait pas, nous avons pu voir un de ses bras, très habilement soustrait à notre contrôle, s'allonger horizontalement derrière le rideau et venir toucher l'épaule de M. Dastre, et une autre fois me donner une claque sur la main. Nous avons conclu de nos observations que les phénomènes observés n'avaient rien de surnaturel".

Flammarion a montré comment le médium peut dégager une de ses mains sans que, dans l'obscurité plus ou moins profonde, les expérimentateurs s'en aperçoivent.

Les contrôles à l'infrarouge portèrent un coup terrible aux médiums.

 

Le médium Dunglas Home, l'habitué des salons qui opéra devant Napoléon III, nous a laissé un témoignage inestimable. Le Dr Philips Davis, qui le soigna durant les trois dernières années de sa vie, a conservé le récit de l'entretien suivant: "Ce soir-là, las de causer, Home s'était approché de la table, et posant ses mains devenues diaphanes à force d'être amaigries, il me dit: "Je veux savoir combien de temps les Esprits me laissent encore à vivre". Et de toutes parts les coups frappés retentissaient sur la table, tantôt comme un roulement de tonnerre, tantôt comme un crépitement de mitrailleuse... "A quoi bon, lui répondis-je ? Ne savez-vous pas à quoi vous en tenir sur l'existence réelle de ces Esprits qui n'ont jamais existé que par la puissance de cet admirable cerveau, qui dit à la matière inerte: "Fais ceci", et à qui la matière inerte obéit ? L'Antiquité vous eût mis au nombre de ses demi-dieux!" Je savais comment le prendre et cette flatterie lui plut, car il me répondit: "C'est vrai après tout que cette foule d'Esprits devant lesquels s'agenouillent les âmes crédules et superstitieuses n'ont jamais existé! Pour moi du moins, je ne les ai jamais rencontrés sur mon chemin. Je m'en suis servi pour donner à mes expériences cette apparence de mystère qui, de tout temps, a plu aux masses et surtout aux femmes, mais je n'ai point cru à leur intervention dans les phénomènes que je produisais et que chacun attribuait à des influences d'outre-tombe. Comment pouvais-je y croire ? J'ai toujours fait dire aux objets que j'influençais de mon fluide tout ce qui me plaisait! Non, un médium ne peut pas croire aux Esprits, c'est même le seul qui n'y puisse jamais croire! Comme l'ancien druide qui se cachait dans un chêne pour faire entendre la voix redoutée de Teutates, le médium ne peut pas croire à des êtres qui n'existent que par sa seule volonté." Après avoir prononcé ces paroles avec effort et comme s'il se parlait à lui-même, il se tut... Quand il revint à lui, il me dit: "N'imprimez pas cela avant que je ne sois plus." (Dr Philips DAVIS, La fin du monde des Esprits.)

 

Des supercheries grossières ont été démasquées. Mme Williams, médium américain reçu à Paris en 1894 chez la duchesse de Pomar et mise en présence de la meilleure société, fut prise sur le fait, agitant des têtes de bois peint tout ennuagées de mousseline.

Devant l'Association des Spirites à Londres, en 1880, une dame Comer, endormie et liée sur une chaise, faisait apparaître l'Esprit d'une jeune enfant morte à douze ans. Soudain, un spectateur dont le fluide, probablement, manquait de sympathie, s'interpose entre l'apparition et le rideau classique, soigneusement clos. Le rideau écarté, la chaise apparut vide: l'Esprit et son médium n'étaient qu'une seule et unique entité de chair et d'os. Qui était cette dame Comer ? Miss Florence Cook, l'ancien sujet de Sir William Crookes.

 

Quant aux photographies transcendantales, qu'en est-il ?

Vers 1873, un photographe, à court de clients, lança dans certains organes de la presse, une annonce ainsi conçue: "Photographies spirites. Evocation et portrait de vos chers disparus. Les 6 épreuves, 20 francs. Buguet, photographe, boulevard Montmartre." Un directeur de revue, Leymarie, en assura la publicité, un médium américain, Firman, servit de rabatteur intéressé aux bénéfices. L'annonce rendit au-delà des plus confiantes prévisions. Les clients affluèrent. Ils étaient reçus par la caissière. Habilement, cette femme les interrogeait, recueillant ainsi des indications sur l'approximative apparence du défunt. Quant à Buguet, avant de photographier... le vide, il simulait une entrée en transe, feignait de manoeuvrer l'appareil, puis s'éclipsait dans une pièce voisine. Il en ressortait après un long moment et montrait au client une plaque de négatif sur laquelle se distinguait une vague silhouette drapée de voiles. La pièce secrète renfermait une collection de têtes de poupées et de mannequins. Dans le tas, Buguet choisissait un modèle répondant à la description fournie à la caissière, puis procédait à la prise de vue. Si le client formulait quelque réserve sur la netteté de l'image, Buguet soupirait accablé:

-Je le reconnais, c'est flou! Mais que voulez-vous... Avec un périsprit!...

La police eut vent de l'affaire. Un matin, deux inspecteurs, pseudo-clients, se présentèrent et commandèrent des clichés. Puis, forçant l'entrée de la pièce secrète, ils s'y livrèrent à une perquisition minutieuse. Les caisses contenaient deux cent cinquante têtes de poupées, une quantité presque égale de perruques. Les mannequins, de différentes tailles, s'alignaient contre le mur. Dans les armoires, pendait une friperie variée, habits, robes, layettes, toges, soutanes et uniformes, sans oublier l'indispensable voile, la parure fluidique du périsprit! Arrêtés, Buguet et ses complices furent déférés, le 16 juin 1875, devant le tribunal correctionnel présidé par M. Millet. L'inculpation était celle d'escroquerie et d'abus de confiance. Devant les charges accablantes, les accusés ne purent nier. Le plus plaisant de l'histoire fut que, malgré ces aveux et les preuves tangibles de la tromperie présentées aux témoins, nombreux furent ceux qui persistèrent à croire à la bonne foi de Buguet et à la réalité des apparitions! Un certain comte B., lequel avait laissé plus de 4000 francs entre les mains du photographe, affirma que le cliché fourni était bien celui de sa "chère épouse" et que leur enfant avait crié en le voyant: "C'est maman!" D'autres témoins, M. de V. et sa fille, examinant les têtes des poupées, déclarèrent:

-Vous nous montrez des têtes de poupées. Et après ?...

-Buguet a avoué la supercherie, le mensonge.

-C'est à vous qu'il a menti, monsieur le Président. Les esprits existent!

Un dernier témoin, Jacques D., fut encore plus catégorique. Comme le président insistait, tentait vainement de le raisonner:

-Enfin, monsieur, comprenez! "Comment expliquez-vous?..." Jacques D. l'interrompit, indigné:

-Comprendre, expliquer! Il n'y a rien à expliquer, rien à comprendre. Le spiritisme ne se comprend pas, il se sent!

Un an de prison, cinq cents francs d'amende pour Buguet et Leymarie, six mois et trois cents francs pour Firman sanctionnèrent leur frauduleuse activité.

Ainsi, la double exposition, que les photographes les moins malins peuvent produire, avait donné la parfaite illusion d'un fantôme ou d'une figure matérialisée.

 

Quant aux messages délivrés par les Esprits, en fait, rien n'y est "révélé" qui ne puisse être connu quelque part de l'un au moins des participants. Il y a toujours un lien entre le niveau intellectuel des participants et celui de l'entretien qui, toujours se conforme à leurs intérêts et préoccupations.

C'est en fait une poussée inconsciente et imperceptible d'un participant qui commence au hasard, et à son insu (on ne voit pas la force musculaire des doigts). La résistance des autres est faible, et elle se transforme plutôt en collaboration, d'autant plus facilement que l'état d'esprit est favorable: l'attente très forte, l'excitation, l'euphorie, mais aussi la fatigue, la tension et une curiosité bien disposée, on ne demande qu'à vérifier.

Quelques éléments de preuve: les hésitations du verre lorsqu'il y a une double possibilité, par exemple hésitation entre "très" ou "trop", ou désaccord sur l'orthographe (ignare, ignard selon quelqu'un). D'ailleurs, les fins de mots, de groupes nominaux, de propositions, de phrases ou de messages se forment toujours avec plus de facilité que les commencements improvisés.

On comprend pourquoi la présence d'observateurs sceptiques ou critiques -facteur de tension et d'inquiétude,- bloque parfois ce libre-jeu du subconscient; alors qu'il est favorisé par la fixation prolongée d'un "écran": la boule de cristal, le pendule qui retient le regard, la planchette du Oui-jà et le guéridon-frappeur. L'objet qui sert d'écran n'apporte sans doute positivement rien, mais il facilite la mise en transe, qui permet le contact avec la pensée -consciente ou inconsciente- d'une autre personne, ou même avec la simple mémoire.

 

Enfin les faits physiques: raps, lévitation, télékinésie, apports, peuvent relever d'une forme élégante de la fraude: la prestidigitation. Quand l'opérateur est de classe, le "truc" est impossible à découvrir.

Dans une plaquette publiée par les Editions "Fidélité" de Bruxelles (septembre 1989 Que penser de... Le spiritisme et les phénomènes paranormaux, rue de Bruxelles, 61, Namur), le magicien, illusionniste, ventriloque et médium, Tony Delbel (alias Jean Champenois), raconte les nombreux "trucs" auxquels il eut recours pendant les séances spirites. "Je faisais de la fraude, dit-il. J'ai même fait exceptionnellement des séances pour en dévoiler toute la duperie. A l'issue des séances, j'expliquais aux personnes que c'était moi qui dirigeais les expériences. Malgré cela, les gens disaient en sortant qu'ils avaient entendu les esprits. Il faut bien se dire, ajoute-t-il, que les phénomènes occultes puisent leur force dans le fait que les gens croient d'office à l'existence des esprits."

Des produits phosphorescents donnent d'excellents ectoplasmes, des bracelets aimantés ou des fils de nylon imperceptibles favorisent singulièrement les transferts et lévitations.

"Comme je connaissais le genre de tromperies qui se passent dans ces assemblées spirites, je regardais les pieds du médium. Il y a des trucs pour faire croire à des sons provenant de la table ou du mur, notamment en frappant d'une façon sèche avec le gros orteil. Pendant qu'il continuait à parler, je vis que la porte était entrouverte. Comme nous étions nombreux à cette soirée, je sortis discrètement et montai doucement à l'étage, je vis dans la pièce juste au-dessus de notre local quelqu'un qui tenait un manche de brosse."

Pour un cadre qui tombe, le cadre était tenu par une épingle reliée à un fil tiré à distance par un complice ou par le médium lui-même.

Les médiums font toujours ces réunions chez eux, parce que leur local reste toujours bien préparé.

Il faut voir l'ambiance qui se crée dans une séance spirite. C'est une expérience extraordinaire, vraiment une psychose de l'esprit.

Comment faire tourner la table ? Quand les spectateurs mettent les mains autour d'une table et qu'on dit d'avance qu'elle va tourner dans le sens des aiguilles d'une montre, chacun la pousse inconsciemment dans ce sens. Et toutes les forces ajoutées les unes aux autres la font craquer et tourner.

Comment faire monter la table ? J'ai dans ma manche un petit fer pointu que j'entre dans un trou qui se trouve dans la table qui, en général, m'appartient. Une seule pointe suffit pour la soulever et personne ne la voit car elle est cachée par la main. Je peux aussi le faire avec une bague échancrée (les gens ne la remarquent pas, car elle est de couleur chair). Elle entre dans un petit crochet qu'on voit à peine, et la table s'élève, quand je le désire.

Comment attirer à soi les objets à distance ? C'est un tour que les magiciens emploient souvent dans leurs spectacles. J'utilise un petit appareil à ressort ou équipé d'un moteur fonctionnant avec pile, frein et long fil. Celui-ci est presque invisible et on le voit d'autant moins qu'il traîne par terre. Il faut bien se dire que dans les séances spirites, il n'y a jamais beaucoup de lumière. Il faut se méfier des fenêtres, car les fils sont visibles à la lumière du jour; avec la lumière artificielle indirecte, ils ne se voient pas. Comme celui-ci est long, il peut faire le tour de la pièce. On attache par exemple un gant ou un foulard au fil et on peut l'amener à soi en actionnant cet appareil. Je dis, comme si l'objet était là par hasard: "Tiens, il y a là un foulard (ou un gant) je ne sais pas à qui il appartient, esprit, donne-le moi." Alors, tous regardent le foulard mais ne voient pas mes doigts bouger. Le foulard vole, fait le tour de la pièce et arrive dans mes mains. Les gens sont émerveillés.

Le verre qui bouillonne ? C'est un phénomène chimique. Au moment où je pose le vase, j'y fais tomber une toute petite pastille qui fait bouillonner l'eau au bout de quelques secondes. Au début j'avais essayé quelque chose de plus compliqué. Je buvais un peu du liquide, pour montrer aux gens que c'était bien potable, puis je versais le restant dans le récipient. Je disais à l'esprit: "Manifeste-toi dans le vase." Je le remuais légèrement, et l'eau s'enflammait. En fait, au fond du vase, il y avait un peu d'essence à briquet qu'on ne voyait pas. Au-dessus, j'avais collé un morceau de phosphore plus petit qu'une tête d'allumette. Or, ce produit s'enflamme au contact de l'eau. Je le remplissais jusqu'à un demi-centimètre, pas plus, sinon cela se serait embrasé de suite. Quand j'inclinais le vase, le liquide entrait au contact du phosphore, ce qui produisait une étincelle et enflammait l'essence en suspension sur l'eau. L'eau ou plutôt l'essence brûlait et c'était très impressionnant.

Jusqu'ici personne n'a relevé le défi, assorti d'un chèque de 50 millions de centimes, lancé à tous les médiums, de faire prouver la réalité de leur don par l'actuel maître-en-illusionnisme Gérard Majax et le chercheur spécialisé Henri Broch (auteur du livre fort décapant, Le Paranormal)..."

 

B- SCIENCE

Il n'est pas nécessaire de recourir, ni à Dieu, ni au surnaturel, ni aux esprits, ni à quoi que ce soit d'occulte, lorsque tout s'explique naturellement.

A l'époque des enthousiasmes spirites, Pierre et Marie Curie eux-mêmes se prêtèrent à des expériences de spiritisme. Pierre écrivait à Marie dès 1894: "Je dois vous avouer que ces phénomènes spirites m'intriguent beaucoup, aussi je crois qu'il y a dedans des questions qui touchent de près à la physique." En compagnie de Jean Perrin, ils allèrent s'asseoir autour d'une table avec un médium de réputation internationale, Eusapia Paladino. Celle-ci s'installa entre les deux hommes: sa bottine droite sur le pied gauche de l'un des physiciens, sa bottine gauche sur le pied droit de l'autre. La pièce fut plongée dans l'obscurité. Un esprit désincarné (émanation fluidique, ectoplasme, etc.) vint frôler le visage des assistants. Soudain quelqu'un ralluma la lampe. Eusapia, sortie de ses bottines "lestées", agitait une écharpe de mousseline.

Face à l'inexpliqué, à l'inconnu, à l'étrange, les récits d'esprits errants ou vengeurs ressurgissent avec une admirable spontanéité au fond des cerveaux. Même en France cartésienne, où se déroule la dernière grande histoire en date du genre. Vailhauquès, petite commune située près de Montpellier vit, au mois de novembre 1987, une famille se plaindre à la gendarmerie de centaines de coups sourds frappés durant la nuit. Au point de ne plus pouvoir trouver le sommeil. Après l'enquête traditionnelle de gendarmerie, qui ne découvrit rien, le professeur Yves Lignon, de l'université de Toulouse-Le Mirail, fut appelé. Un personnage à la parole agile, responsable d'un laboratoire de "parapsychologie", chargé d'élucider les cas notoires de l'étrange. Le professeur Lignon conclut à la psychokinèse (commande de la matière par le cerveau), des coups étant involontairement frappés sur les murs par les occupants de la maison, avec la puissance de leur esprit. Pas de fantômes, donc, mais un inconscient très actif, "probablement après un choc affectif des occupants", diagnostiquait Yves Lignon. Peu satisfaits de cette explication, les habitants font exorciser la maison par un prêtre. Et le calme revint... Pour quelques jours. Finalement, ce furent des géologues qui découvrirent le pot aux roses. Le mas était construit près de grottes souterraines inondées. Aux périodes de crues, ces siphons émettent des gargouillements brutaux, des "coups de bélier" identiques, à ceux provoqués par de l'air insufflé dans un quelconque tuyau charriant du liquide.

Statistiques à l'appui, Michael Persinger, de l'université Laurentienne d'Ontario (Canada) pense, pour sa part, que les feux follets qui ont pendant des siècles été pris pour des esprits divers, sont provoqués par les séismes. Les mouvements de la Terre rejettent des bouffées d'énergie en provenance du sous-sol, aux allures de feux, d'auras lumineuses. Des phénomènes dont on constate la multiplication lorsqu'un tremblement de terre vient de se produire dans une région. Cette hypothèse n'est pas sans rappeler une autre manière scientifique de voir les esprits: des gaz inflammables, produits par des bactéries, des organismes vivants miniatures. De petites créatures, les "archaebactéries", qui adorent l'acide, le sel, les fournaises, les odeurs pestilentielles et se nourrissent de soufre. De temps en temps, elles recrachent des gaz qui s'enflamment au contact de l'air...

 

Ces trois exemples illustrent la nécessité qu'il y a devant un fait inexpliqué de commencer par rechercher les causes naturelles du phénomène. Or, le spiritisme, lui, a introduit le périsprit, un principe intermédiaire entre le corps et l'esprit, pour expliquer que les phénomènes spirites avaient une cause surnaturelle, l'esprit des défunts. Il a ensuite développé, sans fondement scientifique, l'hypothèse de la pluralité des mondes, voire des planètes habitées, de la hiérarchie des décorporés, des différents niveaux et plans pouvant expliquer la qualité des messages: les mensonges et les mauvais coups étant produits par des esprits inférieurs; les messages de haute qualité, par les esprits supérieurs. En fait, nous sommes là en présence de constructions idéologiques qui visent à se substituer aux systèmes en place.

 

Mais la difficulté de contrôle se fait plus grande encore face au channelling. En effet, les messages des entités supérieures, les NDE, les décorporations, les rêves, les apparitions, la télépathie, la possession, l'écriture automatique, sont d'ordre spirituel et n'ont comme support que le témoignage des sujets qui en font l'expérience. On ne peut s'empêcher de remarquer dans le channelling, l'absence de bases vraiment scientifiques. Mais c'est la faute à la science, dit-on, si elle est incapable d'expliquer le fonctionnement du channelling et de l'intuition!... Nous retrouvons là toujours ce rêve d'unifier science et religion, rêve particulier du Nouvel Age. Et l'on oublie facilement que la méthode scientifique a ses règles d'objectivité et de répétitibilité; que la science et la médecine s'arrêtent au seuil des grandes questions métaphysiques de la vie et de la mort.

 

C- PSYCHOLOGIE

Dans un article intitulé: "Le spiritisme et la science de l'inconscient" par Pierre Thuiller, dans la revue "La Recherche" n°149, de novembre 1983, nous pouvons lire: "Il semble que toute science doive passer par une période de superstition bizarre: l'astronomie et la chimie ont commencé par être l'astrologie et l'alchimie. La psychologie expérimentale aura commencé par être le magnétisme animal et le spiritisme". Ainsi s'exprimait Pierre Janet, en 1889, dans son grand ouvrage: "L'automatisme psychologique. Essai de psychologie expérimentale sur les formes inférieures de l'activité humaine". Selon lui, il y avait en l'homme deux personnalités: d'une part une personnalité ordinaire, d'autre part une personnalité "anormale et subconsciente". La désagrégation psychologique avait son origine dans cette dualité, dualité qui pouvait revêtir de nombreuses formes et en particulier des formes pathologiques. Car, parfois, il arrive que la personnalité subconsciente "domine et détermine les idées et les actes de la première personnalité." Cette conception, remaniée et élargie, nous est aujourd'hui familière grâce à la psychanalyse. "Nous persistons à croire, écrivait Janet en 1892, que ce sont les spirites qui ont les premiers attiré l'attention sur les mouvements subconscients et sur les manifestations si extraordinaires de la désagrégation mentale".

 

L'écriture automatique n'est donc plus un fait spirite: c'est un exemple classique, en psychiâtrie, de dédoublement de la personnalité. Du point de vue de la science psychologique, la solution est claire: les cas d'écriture automatique (et plus généralement toutes les expériences spirites relatives à des "messages") s'expliquent grâce à l'hypothèse d'actes inconscients. Croyant dialoguer avec les "Esprits", on découvrait l'inconscient. Des détails exacts, glanés par le médium au cours de ses lectures ou de ses contacts mondains, tombés dans sa mémoire subconsciente, ressurgissent, amalgamés au roman issu, souvent en toute bonne foi, de son imagination.

Par ailleurs, les travaux de Charcot sur l'hypnose révèlent l'apparition, chez des malades psychiques, de nouvelles personnalités. Il a montré comment, dans l'hypnose hystérique, on assiste parfois à un dédoublement de la personnalité. Et la deuxième ou troisième personnalité qui s'exprime est alors dite celle d'un, de deux esprits. Mais c'est une illusion dangereuse.

 

D- PARAPSYCHOLOGIE

Un groupe de savants, dont Camille Flammarion, poussèrent l'investigation du côté de l'existence d'une faculté psychique spéciale chez les médiums. C'est alors que certains s'orientèrent vers la création d'une science distincte du spiritisme: la Métapsychique. Charles Richet en France, puis le Pr Rhine aux USA étudièrent scientifiquement la clairvoyance et la clairaudience, assurant les bases de l'actuelle Parapsychologie comme discipline de recherche qui se veut fondée sur des critères scientifiques.

 

Certes, s'il y a des supercheries, nombreuses, à dévoiler, il y a aussi un ensemble de phénomènes sortant de l'ordinaire qui relève de la part d'inconnaissable que nous devons reconnaître en l'état actuel de nos connaissances. Les faits "paranormaux" constatés durant certaines séances peuvent très bien s'expliquer par des phénomènes encore mal connus, relevant de la parapsychologie. Cette dernière en effet, représente tout le domaine des phénomènes humains insolites comme la transmission de pensée, la vision ou l'action à distance. Elle montre que certaines personnes jouissent d'une prédisposition particulière à utiliser des capacités psychiques encore mal connues. Et tout n'est pas fraude, loin de là. Mais on ne peut en aucun cas déduire de ces phénomènes naturels une doctrine quasi-religieuse sur la communication avec les morts.

 

Dans de nombreux cas, la possibilité, pour une personne -en l'occurence le médium-, de dédoubler sa personnalité pouvait déjà expliquer un certain nombre de phénomènes comme la lévitation et l'écriture automatique. Plus tard, Carl Gustav Jung fera appel au subconscient collectif, pour expliquer l'origine des messages perçus et communiqués par les médiums. Et pour contourner l'obstacle que représente le passage indu de la matière à l'esprit, on aura recours, d'une part à la notion de synchronicité et à la composition ondulatoire de la matière. Le mouvement des guéridons ou les déplacements du Oui-jà s'expliqueraient par la psychokinèse -production de mouvements à distance sans cause apparente. Leurs messages codés relèveraient des phénomènes de télépathie entre les personnes participant aux séances- autre type classique de Perception Extra-Sensorielle. Hypothèses multiples restant à vérifier!

 

A titre d'illustration de ce domaine de l'inexpliqué, voici un témoignage étonnant. Durant la dernière guerre, vers minuit, au presbytère d'une grande ville de l'Ouest, un prêtre termine son bréviaire. Un coup de sonnette. Une dame se présente à la porte: "Monsieur l'Abbé, venez vite! C'est un jeune homme qui va mourir!" Et elle écrit nom et adresse sur l'agenda du vicaire. Le prêtre part aussitôt à travers les artères de la ville occupée, trouve difficilement la rue indiquée, monte à l'étage, sonne... et se trouve en face d'un jeune homme en pleine santé qui lui ouvre la porte avec un étonnement souriant: "Il y a certainement une erreur sur l'adresse, Monsieur l'Abbé! Mais entrez donc, cela fait longtemps que je désirais venir vous trouver pour me réconcilier avec Dieu..." La confession entendue, le prêtre repart dans les rues lorsque mugissent les sirènes de l'alerte aux avions. Il se précipite dans le premier abri venu. Les bombes tombent. Peu à peu les blessés affluent. Il passe de l'un à l'autre, donnant l'absolution aux mourants. Lorsque tout à coup il se trouve devant le jeune qu'il venait de confesser deux heures auparavant... Mort. Dans son portefeuille, au milieu de ses papiers d'identité, il découvre une photo au verso de laquelle il est écrit "Maman", une autre où la même personne est photographiée sur son lit de mort, et une lettre jaunie signée: "Ta mère". C'est le visage de la dame qui a sonné à minuit pour l'appeler d'urgence auprès de son fils qui allait mourir... Il compare l'écriture de la lettre avec celle de l'adresse inscrite par l'inconnue sur son agenda: elle est de la même main.

 

E- LES NDE

La mort est "la cessation complète et définitive de la vie d'un être humain, d'un animal, de tout organisme biologique" (Le Robert)... la destruction irréversible des cellules nerveuses du cerveau, dont le signe scientifiquement admis, en l'état actuel des connaissances, est la présence d'un électro-encéphalogramme plat (définition retenue en octobre 1985 à l'Académie pontificale des sciences). Lorsque le système nerveux se dégrade, l'organisme se décompose, il n'y a plus de retour possible; si donc retour il y a eu, c'est signe que le voyageur n'a pas passé la frontière qui sépare la vie de la mort. Il n'y a pas de "rescapés" de la mort, "personne n'en revient". Ainsi, les NDE comportent une réelle limite physique: ceux qui les ont expérimentées n'étaient pas morts. Les analyses les plus sérieuses ont abouti à la conclusion qu'il n'y a pas d'explications scientifiques ou médicales du phénomène NDE. Il semble donc qu'il faille en attribuer le déroulement au mécanisme de défense que l'organisme et le psychisme installent face à la violence que représente l'imminence de la mort. Et ne pas trop vite en tirer un descriptif de l'au-delà, de la vie après la vie!

 

F) LE MALIN

Dans certains cas troubles et mal définis, on ne peut évacuer quelque "singerie" du Malin, de celui qui se plaît à contrefaire le Beau, le Bien et le Vrai. Surtout lorsqu'on lui fait directement ou indirectement appel du pied. Même les tenants du spiritisme mettent en garde. Léon Denis, un de ces premiers théoriciens, donne déjà cet avertissement: "Si vous faisiez du spiritisme un frivole usage, sachez que vous deviendrez l'inévitable proie des esprits menteurs, la victime de leurs embûches et de leurs mystifications..."

Tous les Maîtres spirituels, de toutes les religions, invitent instamment à manifester la plus extrême prudence en ces domaines où l'esprit des ténèbres se plaît à se déguiser en ange de lumière. A appeler inconsidérément des êtres du monde invisible, on ne sait trop en effet qui va répondre. On comprend la sévérité de la Bible quand elle alerte vigoureusement sur la manière maligne dont l'esprit-embrouilleur (le diabolos selon l'étymologie grecque) sait sa faufiler par toutes les portes qu'on lui entrebaîlle.

 

 

3) DANGERS

 

Déjà Allan Kardec et Léon Denis avaient lancé un cri d'alarme à cause des effets du spiritisme sur la santé physique et mentale des médiums et des pratiquants. "Les fluides lourds et malsains (des Esprits inférieurs), écrivait Léon Denis, altèrent l'état général de la santé des médiums, troublent leur jugement et leur conscience et, dans certains cas, aboutissent à l'obsession et à la folie." Swedenborg lui-même, aux curieux qui le pressent, déconseille fortement de tenter l'expérience. "Gardez-vous-en bien. C'est une voie qui mène droit aux petites maisons. Car en ces états-là, et lorsqu'il fouille les secrets des choses spirituelles, l'homme ne sait pas se préserver des ruses de l'enfer."

 

Ce danger menace tout d'abord le médium à cause de l'effort pour communiquer les messages, et par l'effet de l'hypnose à laquelle il se trouve soumis. "Peu à peu, écrit le Dr Paul Duhem exprimant l'opinion de la majorité du corps médical au début du siècle, la faculté d'effacement personnel de médium, passagère et obtenue avec effort au début des séances, devient plus ou moins intempestive. Le médium se dédouble et entre en transe n'importe où, n'importe quand. Les messages se multiplient et se corsent, mais le malheureux a de plus en plus de difficulté à recouvrer sa personnalité primitive." (Paul Duhem, Contribution à l'étude de la folie chez les spirites, Paris 1904.) "Tous les moyens de communication avec l'au-delà présentent ce genre de danger", déclare François Brune à partir de son expérience. Même les enregistrements magnétiques: à force d'écouter les voix des morts, on développe petit à petit certains dons médiumniques; souvent même, on finit par entendre ces voix en direct, sans avoir besoin de passer par l'intermédiaire d'un magnétophone. "Alors ces voix en arrivent à vous poursuivre jour et nuit, devenant parfois menaçantes, allant jusqu'à provoquer de terribles angoisses: un véritable cauchemar qui peut pousser les plus faibles au suicide."

Le spectateur n'en est pas plus à l'abri: la pratique du spiritisme flatte les prédispositions aux troubles mentaux. En général, ce sont en effet des personnes faibles, désorientées et accablées par la vie qui y ont recours, espérant trouver réconfort dans des messages provenant de l'au-delà. Leur douleur même leur est une faiblesse et une raison de moindre résistance.

Ainsi, le spiritisme à ses débuts semble avoir payé un très lourd tribut aux asiles d'aliénés. En 1855, à Zurich, sur deux cents aliénés, un quart était spirite; à Gand, en Belgique, on en comptait quatre-vingt-quinze sur deux cent cinquante-cinq, un bon tiers.

 

On sait, explique le Dr Sabom, que certaines personnes ont la prémonition de leur mort; ceci grâce à une décision consciente ou inconsciente de "se laisser mourir". De la même manière, une personne qui fait une expérience de joie, de paix et de bonheur dans un état proche de la mort, pourrait décider de ne plus revenir à la vie et rendre ainsi vains les efforts des médecins pour la réanimer (M.Sabom, Souvenir de la mort, Robert Laffont, 1982). Par ailleurs, si l'on parvient à connaître le mécanisme des NDE, il sera possible de le reproduire expérimentalement. De la même manière, comme l'explique Bernard Matray, si l'expérience de gens qui sortent d'une NDE avec une autre conception de la vie et de meilleures relations avec leurs semblables peut être reproduite cliniquement à volonté, les grandes questions métaphysiques et les expériences spirituelles auxquelles elle donne lieu céderaient dangereusement le pas à des récupérations intéressées, voire bassement commerciales...

 

 

4) FOI CHRETIENNE

 

A= LA BIBLE

La tentation pour le Peuple élu était de pratiquer les "abominations" des peuples idolâtres au milieu desquels il vivait. D'où les recommandations et avertissements suivants:

"On ne trouvera chez toi personne qui pratique la divination, incantation ou magie, personne qui use des charmes, qui interroge les spectres ou les esprits, qui invoque les morts. Tu seras entièrement attaché au Seigneur ton Dieu." (Dt18,10-13)

"Ne vous tournez pas vers les spectres et ne recherchez pas les devins, ils vous souilleraient! Je suis Yahvé votre Dieu!" (Lévitique 19,31; 20,6,27).

Le Prophète Isaïe renouvelle l'interdiction: "Si l'on vous dit: Consultez ceux qui évoquent les morts, répondez: Un peuple ne doit-il pas consulter son Dieu plutôt que de s'adresser aux morts en faveur des vivants!" (Is8,19). Pourtant le roi Saül, après avoir interdit formellement le spiritisme, alla consulter en catimini la célèbre pythonisse d'Endor. Il fut du coup terriblement châtié de sa désobéissance: "Pourquoi as-tu troublé mon repos en m'évoquant ?" interpelle violemment le fantôme de Samuel! "Tu as désobéi à Yahvé! Aussi il te livrera avec ton peuple aux mains de tes ennemis les Philistins!"

"Il surgira de faux-prophètes, qui produiront des signes et des prodiges considérables, capables d'abuser, si possible, même les élus"...(Mt24,24)

Aux yeux de l'apôtre Paul, c'est bien clair: ceux qui pratiquent ainsi "la magie" "n'hériteront pas du royaume de Dieu" (Ga 5,20-21).

Et pour le livre de l'Apocalypse, tous les "enchanteurs" de ce genre seront jetés "dans l'étang ardent de feu et de soufre" de la seconde mort (Ap 21, 8).

 

Quant à la parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare (Luc 16, 19-31), elle rappelle que le Seigneur a tout dit pour nous guider aux sources de la vie. Le mauvais riche supplie le Seigneur: "Envoie quelqu'un du ciel pour mettre en garde mes frères et qu'ils se convertissent". Jésus lui répond: "Quelqu'un viendrait les voir, cela ne changerait rien, ils ont Moïse et les prophètes; qu'ils les écoutent." Avec tout cela, on se détourne de l'essentiel, cela nous occupe l'esprit et nous empêche de nous engager.

 

 

B= L'EGLISE CATHOLIQUE

Le Pape Sixte-Quint condamne en 1585 ceux qui cherchent à entrer en relation avec les morts par la nécromancie.

Le Saint-Office en 1856 condamne le spiritisme naissant: "quand on évoque l'âme des morts, en recevant leurs réponses, en découvrant des choses inconnues ou lointaines". Et le Second Concile de Baltimore (1866) n'écarte pas la possibilité qu'il y ait dans ces faits "une intervention diabolique".

Le Saint-Office, le 30 mars 1898, décréta que la pratique du spiritisme, comme médium ou comme simple curieux, devait être en toute circonstance condamnée et tenue pour gravement illicite.

Le 24 avril 1917 intervenait de Rome la décision officielle et définitive, sous la forme d'un décret du Saint-Office. A la question: "Est-il permis de prendre part, soit par médium, soit sans médium, à des entretiens ou des manifestations spirites, présentant même une apparence honnête et pieuse, soit qu'on interroge les âmes ou les esprits, soit qu'on écoute les réponses faites, soit qu'on se contente d'observer, alors qu'on protesterait tacitement ou expressément qu'on ne veut avoir aucune relation avec les esprits mauvais ?" la Congrégation pour la Doctrine de la Foi répond toujours: "Non" sur tous les points. Jamais l'Eglise n'est revenue sur cette condamnation. Parce que de nombreuses affirmations spirites sont incompatibles avec la foi chrétienne.

Les comptes rendus des travaux de la IIIe session de la Commission centrale préconciliaire (DC n°1370, 18 Février 1962) rappellent encore les mesures exposées ci-dessus.

 

Il n'est pas inintéressant de remarquer la réaction sévère dont font preuve les auteurs des "Dialogues avec l'ange" et Pierre Monnier par exemple, à l'égard de l'Eglise: "L'Eglise, dit ce dernier, telle que les hommes cherchent si obstinément à la maintenir, avec ses petitesses, son orgueil et son obscurantisme traditionnel, ne subsistera point, parce que l'Eglise sous cette forme n'est pas l'oeuvre de Dieu. Mais la Lumière.... Christ, sur qui l'Eglise a jeté un voile de pourpre et d'or qui l'obscurcit et l'étouffe, la Lumière issue de Dieu, est inaltérable... elle est victorieuse... l'Eglise a trahi ses fondateurs... l'Eglise a trahi son Maître."

 

 

C= LA FOI CHRETIENNE

 

En 1900, le congrès spirite de Paris a voté à l'unanimité son adhésion aux principes suivants, sorte de "credo spirite":

* Existence de Dieu, Intelligence suprême, cause première de toutes choses.

* Pluralité des mondes habités.

* Immortalité de l'âme; succession de ses existences corporelles sur la terre et sur les autres globes de l'espace.

* Démonstration expérimentale de la survivance de l'âme humaine par la communication médianimique avec les esprits.

* Conditions heureuses ou malheureuses de la vie humaine, en raison des acquis antérieurs de l'âme, de ses mérites ou de ses démérites et des progrès qu'elle doit accomplir.

* Perfectionnement infini de l'être.

* Solidarité et fraternité universelles.

 

Le spiritisme nie donc expressément ou implicitement de nombreux dogmes chrétiens. Selon lui, la source de la révélation, ce n'est pas la parole de Dieu, mais ce que disent les esprits des morts. Ce qui sauve l'homme, ce n'est pas l'amour, mais la connaissance et la sagesse. L'homme est une sorte d'ange en train de se faire et qui, pour cela, se dépouille peu à peu de la matière et du péché. Son corps n'est qu'un instrument accessoire dont il se débarrasse définitivement au moment de la mort. Pour les spirites, si la résurrection était possible, ce ne serait pas une libération, mais une déchéance. Il n'existe pour l'homme aucune possibilité de se perdre. Ce qui le sauve, ce n'est pas la passion et la résurrection de Jésus, mais ses réincarnations successives auxquelles il est soumis sur cette terre ou sur d'autres planètes. Jésus n'est pas le Fils de Dieu, mais un homme comme les autres: ses paroles, ses miracles, sa résurrection montrent simplement que c'était un médium particulièrement doué et réceptif. Quant à Dieu, c'est un Etre lointain et inaccessible. Rien à voir par conséquent avec le Dieu d'amour de l'Evangile ni avec l'entrée dans la Béatitude et la Vie éternelle qui est promise, définitivement- et sans l'intermédiaire des réincarnations ni d'évolutions successives -à ceux qui répondent à l'amour de Dieu et se laissent envahir par l'espérance.

 

 

1/ DIEU

Pour Kardec et ses disciples, "Dieu le Père" est réduit à une entité abstraite: il est, pour le spiritisme traditionnel l'Intelligence suprême et créatrice, la "Cause première de toutes choses". C'est un Dieu lointain et inaccesible, comme dans le déisme et beaucoup d'anciennes religions, et non le Dieu vivant d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. C'est un Dieu créateur mais non le Dieu Sauveur des Evangiles.

Pour le néo-spiritisme qu'est le channelling du Nouvel Age, Dieu est davantage perçu comme la Grande Vibration cosmique, comme l'Energie originelle et impersonnelle, non pas créatrice cette fois mais émanante. Pour le Nouvel Age en effet, tout est un, tout est la même et seule réalité; tout est relié et interdépendant: tout est dans tout. "Il n'y a pas de différence entre Dieu, une personne, une carotte et un rocher, ce sont des manifestations différentes d'une même réalité continue" écrit Marilyn Ferguson. L'univers n'est pas créé mais procède par émanation. Le Divin est ainsi le principe transpersonnel qui demeure au coeur de tout être, d'une présence proportionnée à son degré d'émanation, celle-ci allant de l'énergie pure à la matière pure avec des intermédiaires.

 

Or le Dieu des chrétiens est un Dieu personnel et unique. Jésus, le Fils du Père, l'a fait connaître aux hommes comme un Dieu d'Amour et de Dialogue. Il est Dieu, Créateur distinct de ses créatures. Ces dernières ne sont pas de même nature que Dieu. Et c'est cette altérité précisément qui permet l'Alliance et la relation. La prière n'est point alors une concentration d'énergie mais une rencontre avec "Notre Père qui es aux cieux...", non point une fusion mais une communion où chacun garde son identité.

 

 

2/ JESUS-CHRIST

Dans la pensée spirite, Jésus-Christ devient un simple channel. C'est un Etre supérieur, réincarné non pour se perfectionner comme les autres esprits inférieurs, mais pour être un "instructeur" d'une très grande qualité, le "Maître spirituel" des humains et des désincarnés. C'est un esprit d'élite, sans doute le plus parfait, mais un esprit comme celui de tout homme. C'est un thaumaturge, un voyant, un médium extrêmement doué. Mais le fait qu'il ait réussi à matérialiser son esprit désincarné le troisième jour après sa mort ne prouve pas sa divinité. Au contraire: cette réincarnation immédiate prouve, aux yeux du spiritisme classique qu'il était trop attaché à la matière. Pour les spirites donc, Jésus n'est pas le Fils de Dieu, le Verbe fait chair, mort et ressuscité pour notre salut. Il est même inférieur aux anges puisque pour venir prêcher son Evangile, il a dû s'incarner dans un corps. Le Nouvel Age nous propose donc un autre Christ, situé sur les rayons du supermarché religieux mondial à côté de Bouddha, Krishna, Mahomet, Pythagore et de Zoroastre. La vie de Jésus, son incarnation, sont interprétées comme un ensemble uniquement symbolique. Et cette énergie christique va, nous dit-on, connaître d'autres incarnations, Jésus n'étant qu'un avatar pour son temps,

 

Le Credo des chrétiens est tout autre: "Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils Unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles; Il est Dieu, né de Dieu, lumière né de la lumière; vrai Dieu né du vrai Dieu; engendré non pas créé, de même nature que le Père; et par Lui, tout a été fait." Jésus est le Verbe de Dieu, le Fils de Dieu, fait historiquement chair.

 

 

3/ L'HOMME

Pour Kardec et ses disciples, tous les esprits (ceux des hommes, des anges ou des démons) sont de même nature. Tous ont été créés de la même façon: égaux, simples et ignorants. "Tous deviendront parfaits". Ils y mettront plus ou moins de temps, mais ils ne peuvent que progresser vers la perfection. Ce qui distingue entre eux les esprits, qu'ils soient hommes, anges ou démons, c'est le nombre de "réincarnations" auxquelles ils ont été soumis et la manière dont ils ont supporté ces épreuves. Les anges représentent le terme de cette évolution. L'homme est un ange en train de se faire. Sa conscience est une étincelle divine incréée en ce monde et c'est cette conscience qui lui donne l'accès à l'Un. D'où l'intérêt des "états modifiés de conscience", des cheminements initiatiques. En l'homme se fait la rencontre de la matière et de l'esprit, un esprit cloué sur la matière.

 

La Bible nous transmet quant à elle, une autre conception de l'homme. Celui-ci est une créature bien spécifique de Dieu: créature à la fois corps et âme. Il n'y a pas d'homme sans corps et l'homme n'est pas un ange. C'est un être libre, capable de choisir ou non Dieu.

 

 

4/ LE CORPS

La plus grande épreuve pour les esprits, nous dit-on, c'est la traversée de la matière, leur séjour provisoire dans un corps matériel. Le corps est un vêtement provisoire dont l'âme change successivement comme l'on change de vêtements usés, il est une prison. La matière ne serait qu'une concentration d'énergie. L'esprit nous dit-on encore, "chute" dans la matière: c'est l'incarnation. Il lui faudra donc évoluer, quitter la matière: ce sera l'ascension. Par un travail sur soi, l'homme peut évoluer le long de l'échelle des 7 degrés d'émanation, le niveau le plus élevé étant l'énergie divine ou la conscience universelle. Par ailleurs, à chaque niveau de conscience, correspond un pouvoir. Mais naturellement, une seule existence terrestre ne suffit pas pour la réalisation de l'état divin primordial.

 

Pour nous, chrétiens, la "chair", la matière, ne sont pas méprisables; elles sont positives, créées par Dieu; à tel point que pour nous rejoindre, le Verbe s'est fait chair et dans son Ascension, a emporté cette "chair" à la droite du Père. Pour la foi chrétienne, l'homme n'est pas un pur esprit, comme dans le gnosticisme; il est corps-esprit. Enfin, l'homme n'a qu'un corps, un corps avec une histoire.

 

 

5/ LA REINCARNATION

La réincarnation est vue comme la loi universelle de l'existence humaine. Mais soulignons au passage que les spirites ne sont pas unanimes sur la question. En Grande-Bretagne où le spiritisme s'est constitué en Eglise, avec offices et prédications régulières, un spirite ne saurait être réincarnationniste. Il semble que les "esprits" qui parlent en Angleterre ne soient pas d'accord avec les "esprits" français!

"La foi chrétienne est convaincue que même de nombreuses vies terrestres ne suffiraient pas pour purifier l'homme et le rendre parfaits; Dieu seul, en appelant l'homme à vivre auprès de lui, peut le rendre saint, juste et parfait. De plus, d'après la conception chrétienne, on ne peut pas séparer le corps et l'âme à un point tel que l'âme pourrait revêtir différents corps, sans perdre par là son identité propre. Enfin, cette vie ne peut être vraiment prise au sérieux que si elle est vue comme l'unique possibilité de décider pour ou contre Dieu, et si elle trouve dans la mort son aboutissement définitif. Le fait que nous ne vivions qu'une fois correspond au fait que Dieu nous a sauvés une fois pour toutes en Jésus-Christ, et qu'à travers la mort, nous aurons part à cette grâce du salut pour toujours (cf. He 9,27-28)." (La foi de l'Eglise, catéchisme pour adultes publié par la conférence épiscopale allemande).

 

 

6/ LE MONDE INVISIBLE

Le spiritisme quant à lui fait intervenir les morts de manière matérielle: des tables qui tournent, des verres qui lisent l'alphabet, des murs qui résonnent de coups, des médiums qui changent de voix.... N'est-ce pas réduire leur action à peu de chose ? Le spiritisme s'appuie sur notre difficulté à imaginer l'au-delà différent de notre ici-bas. Il se nourrit de notre désir de mettre la main sur le "ciel". Et les spirites se définissent comme des scientifiques "spiritualistes" dont la mission est de donner au monde des preuves irréfutables de l'existence de l'âme et de la survie dans l'au-delà. Or, on ne peut admettre qu'une sorte d'expérimentation quasi scientifique puisse prétendre explorer les secrets des mondes surnaturels. Il y a là une étrange confusion de plans qui semble mal défendable dans la lumière de l'orthodoxie." Le monde invisible dont nous parlent tous les spirites est en fait bien matériel. Nous avons affaire dans ces théories à un nouveau matérialisme, une sorte de "spiritualisme matérialiste".

 

Le credo chrétien affirme lui aussi l'existence de "l'univers visible et invisible". Mais chacun sera connu selon un mode propre. En effet, on peut connaître les choses soit par la raison, soit par le coeur. Les deux voies sont aussi valables l'une que l'autre, à condition qu'elles restent dans leur ordre et leur domaine propre. Ainsi, la vie de l'au-delà, elle, n'est pas objet d'expérience. Entre ici et là-bas, il n'y a pas une simple différence de degré, mais de nature. Par nature, un esprit sans corps est absolument inaccessible à nos sens. Son existence échappe désormais à l'espace et au temps. L'accepter, c'est assumer notre condition humaine et ses limites. La relation au monde invisible relève donc d'une dimension particulière: elle ne se fait pas sur le mode de l'expérience; elle n'appartient pas à un domaine qui peut être vérifié par les cinq sens.

Le P. Olivier de Dinechin du département d'éthique biomédicale du Centre Sèvres (Journal La Croix vendredi 13 janvier 1989) s'est intéressé à l'émission "Les explorateurs de la mort" présenté par Antenne 2 le mercredi auparavant: "Les personnes interrogées ont parlé après coup d'une expérience qui n'était pas la mort accomplie, seulement une très grande proximité de cet état... Je ne dis pas qu'il n'y ait rien de spirituel dans leur expérience mais leur manière de décrire ce qu'ils ont vu donnait une vision encore très matérialiste du spirituel. Ils évoquaient des sons, des couleurs, des expériences spatiales où l'esprit flottait au-dessus du corps mais cette approche risque de réduire le spirituel à une réalité encore très matérielle... Je pense que le spirituel est quelque chose de plus vaste, sans doute plus difficile à cerner. L'esprit c'est ce qui anime la vie intérieure de quelqu'un, ce qui lui donne le goût de vivre, de communiquer, de parler, d'agir. Or les descriptions sensorielles dont on nous parlait sont loin de dire tout le spirituel.

La réflexion philosophique juge les expériences de communications avec les morts en contradiction avec les principes élémentaires de la distinction entre la matière et l'esprit; entre le corps et l'âme spirituelle; entre le monde naturel, mortel et fini et le monde spirituel, marqué du sceau de l'éternité. Par conséquent, de Dieu et de l'autre monde, on ne peut parler qu'analogiquement. La notion de paliers à parcourir comme autant d'étapes avant l'union totale à Dieu doit alors s'entendre par simple analogie avec l'univers dans lequel nous vivons.

"La mort est une sortie de ce monde matériel situé dans l'espace et le temps. Elle est une porte ouverte sur le mystère de Dieu. Les défunts participent à la vie même de Dieu. Leur mode d'action sera donc le même que le sien. Un monde impossible à représenter. La mort supprime toute représentation possible d'un rapport avec nos disparus, car la condition de la rencontre est supprimée, à savoir la présence sensible, si lointaine soit-elle, à ce monde. Le drame de la mort vient aussi de ce que nous ne pouvons pas nous représenter le monde où sont nos morts. Ils sont au-delà ou ailleurs par rapport à ce monde sensible où la vie nous situe. Il faut du temps pour accepter cette donnée terrible de la mort qu'est celle d'une absence physique sans remède sensible. C'est le choc, c'est le coup imparable de la mort, la blessure lente à cicatriser, celle qui demeure longtemps à vif, même si elle ne saigne pas toujours" (P.Martelet, dans Message aux veuves, n.67).

Ce monde invisible, nous pouvons le connaître, non pas avec nos sens, non pas dans la claire vision mais "nous sommes pleins de confiance, car nous cheminons dans la foi, non par la vue...".

 

 

7/ TOUTES LES RELIGIONS SE VALENT-ELLES ?

La recherche religieuse spirite, nous l'avons-vu, aboutit à une sorte de syncrétisme: on s'intéresse à toutes les religions, mais à aucune en profondeur...Toutes les religions se valent. Comme Kardec, les spirites ne sont nullement opposés aux religions. Au contraire, ils les admettent toutes, les religions enseignant la croyance en la survivance de l'âme et le spiritisme ayant pour mission de la faire se manifester visiblement. Mais l'important est de rejoindre "l'unité transcendante des religions", leur noyau ésotérique. Ce dernier deviendra même, nous prédit-on, la religion mondiale de l'ère du Verseau.

Derrière cette hospitalité spirituelle syncrétiste des spirites, se cache cependant le refus de toute religion qui affirmerait apporter, au nom d'une révélation extérieure, l'intégralité de la Vérité. Ce refus vise au premier chef bien entendu, la religion chrétienne et l'Eglise de Jésus-Christ. "Je prends mon bien où je le trouve", proclame une des devises new-age.

 

"L'Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est 'la voie, la vérité et la vie' (Jean 14,6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s'est réconcilié toutes choses." (Nostra Aetate: ("les relations de l'Eglise avec les religions non chrétiennes")

 

 

8/ LA NOUVELLE REVELATION

Le spiritisme se présente en fait comme une nouvelle Révélation, qui doit compléter celle que le Christ a donnée au monde. Les 1019 demandes et réponses du livre-catéchisme d'Allan Kardec développent ainsi une nouvelle religion. En 1833, Alexandre Bellemare, dans un ouvrage intitulé "Spirite et chrétien" n'hésitait pas à écrire: "Nous réduisons les prophètes de l'Ancienne Loi au niveau des médiums, nous abaissons ce qui a été indûment élevé... S'il nous fallait faire un choix, nous donnerions de beaucoup la préférence à ce qu'écrivent journellement les médiums actuels sur ce qu'ont écrit les médiums de l'Ancien Testament".

Certains mêmes n'hésitent pas à accuser l'Eglise de trahison: l'Eglise aurait occulté le message du Christ. Ils vont donc nous donner une nouvelle interprétation des Ecritures. Voici un exemple dans lequel L'Evangile est pris au piège. "Christ vous a dit, explique Pierre Monnier: "Là où je vais, je vous prendrai avec moi." Ces dernières paroles évoquent l'Evangile de Jean (Jean 14,3). Elles sont citées correctement et ne prêtent pas à confusion. Mais les paroles suivantes: "Lorsque vous aurez à combattre pour la cause du ciel (pour faire comprendre l'état des esprits désincarnés), ne vous mettez en peine d'aucune chose, car c'est l'Esprit de Jésus qui parlera par votre bouche", font elles aussi référence à l'Evangile de Marc (13,11). En fait, le mot "esprit" prête à équivoque: à quel "esprit" font-elles allusion ? à l'Esprit-Saint de la foi chrétienne, ou à l'esprit de Jésus réincarné, dans la ligne de la doctrine spirite ?

Il y a ainsi de très nombreuses citations de la Bible, aussi bien dans les Lettres de Pierre que dans d'autres messages, qui sont interprétées dans un sens spirite et détournées de leur signification.

 

Rappelons-nous simplement que toute nouvelle révélation (avec un petit r) doit être en accord avec celle qui est contenue dans les Ecritures, reçue dans la communauté de l'Eglise.

 

 

9/ LA VALEUR DE CES REVELATIONS

L'empreinte des auteurs y est manifeste. Les messages n'apportent rien de bien nouveau et les réponses aux questions posées sont évasives.

Jugeons-en à travers l'exemple de "Au Diapason du Ciel" de Madame de Jouvenel. "Il est un peu étrange que le Christ, le médiateur par excellence entre Dieu et les hommes, y soit si rarement nommé (deux fois seulement). Plus étrange encore est le fait qu'on aperçoit à maintes reprises, mêlée à ce très catholique vocabulaire, une extrême abondance de termes empruntés à la pire littérature romantico-occultiste: zones d'évolutions, changements de plans, éveil du sixième sens, flair surnaturel, féerie de l'au-delà, insuffisante fluidité des vivants, etc. L'au-delà est évoqué en des termes singuliers:

<Il faut être très, très limpide pour arriver au grand Tout> (p.30).

Et encore:

<Malheur à ceux qui nous oublient! Ils ne nous retrouveront pas. Le lien ne doit jamais être rompu; sinon, nous partons dans d'autres zones, et l'on ne peut plus se retrouver> (p.30).

<La différence qui existe entre l'âge humain et nous est à peu près du même ordre que celle qui existe entre votre ère et l'âge de pierre> (p.145)

Déclarations qui ressemblent beaucoup plus à celles de Swedenborg et de Madame Blavatsky qu'au Credo.

Voici non moins étrange:

<Le grand calvaire terrestre est le manque d'ambiance entre vous et le monde extérieur> (p.82).

N'est-ce pas plutôt l'absence de Dieu et le poids du péché?

Il arrive d'ailleurs que le dogme soit traité avec une désinvolture encore plus explicite:

<Ecoute bien cela: l'enfer, il est partout, et vous vivez plongés dedans selon les étapes que vous vivez. En ce moment, tu es dans l'enfer, c'est ta plus dure phase> (p.53, et comp. p.89).

Plus loin:

<Repose-toi et recrée le plus possible en ton âme la légende de la naissance de Jésus> (p.76)

Et ces lignes sur l'Eucharistie:

<Je vais t'expliquer la sainte communion.

<La sainte communion est une acuité de recueillement, et puis elle dégrossit votre regard d'humain. Ce matin, après la communion, tu as pendant quelques instants promené tes yeux sur le choses terrestres et tu as été surprise de la beauté des objets> (p.53, comp. p.179).

Ces dernières lignes sont particulièrement symptomatiques. Elles suffiraient à indiquer à elles seules le sens dans lequel tous ces messages sont orientés. Ce qu'ils proposent avant tout, c'est une exaltation de l'esprit et de la sensibilité. Et si le but indiqué est la montée vers Dieu, les moyens proposés sont vraiment stupéfiants. C'est d'abord la pensée, c'est-à-dire non la prière et la charité, mais l'exercice de l'intelligence:

<Je suis très content que tu achètes des livres et te cultives, car le moule que tu m'offrais devenait trop primaire pour mon degré d'évolution> (p.112, comp. p.48).

<La pensée est un fluide que tu reçois de l'au-delà> (p.72).

<En résumé, la pensée est surnaturelle> (ibid).

<Du fait qu'elle est inexplicable et inexpliquée, elle devient mystère, et tout mystère est divin> (ibid).

Le sommeil possède aussi, nous est-il dit, une valeur incomparable au point de vue surnaturel. Il est défini comme une "dématérialisation" (p.86), comme un "commencement de la vie du ciel" (p.87), comme "une incursion de l'homme dans l'au-delà" (p.149).

<Qu'y-a-t-il de plus sublime que la féerie d'un beau songe ? N'est-ce pas dans ces réalités irréelles que tu atteins le bonheur le plus parfait ?> (p.149).

Comment pourrait-il en être autrement si l'on admet aussi que, dans le profond sommeil, <autour de vous, des anges s'empressent et caressent vos membres épuisés> ? (p.150)

Les fleurs n'ont pas une moindre importance surnaturelle dans cette singulière conception:

<Les fleurs ont une espèce de prolongement céleste; leurs vibrations viennent jusqu'à nous> (p.32)

<Pour ce jour, je donne aux fleurs une sorte de truculence; les yeux doivent leur reconnaître une vigueur surnaturelle> (p.124).

Les forêts ont aussi une haute valeur mystique:

<Les heures de méditation sous les arbres sont particulièrement bénéfiques, parce que l'arbre est une sorte d'aimant qui capte les fluides surnaturels, spécialement le sapin" (p.186).

Et que dire de ce nouveau mode de communication entre deux êtres séparés par la mort ?

<J'aime bien aussi que tu caresses la fleur de plume rose qui se trouve posée sur mon cercueil. Cela m'envoie des ondes> (p.61).

Mais les jeux de lumière surtout ont une importance capitale:

"Regarde, regarde cette tache de clarté sur ton plafond, et, à force de la fixer des yeux, tu y découvriras des signes, mille signes... A force d'extase et d'application, tu finiras par voir dans ce disque lumineux, le globe du monde, une croix, les ailes de l'Esprit-Saint, des ailes, des pointes et le commencement d'une étoile. Ceci est un mirage céleste> (p.180).

<Apprends à lire dans le reflet des glaces, dans le jeu des lumières, dans les taches d'ombre ou de clarté; toutes ces choses sont mes accessoires, mes miroirs, mes réflecteurs> (p.96).

<Nous sommes bien obligés d'emprunter des accessoires terrestres pour vous toucher; l'essentiel est moins dans le phénomène que dans la signification spirituelle que vous lui accordez, car elle dénote en vous l'état de grâce et prouve que les yeux de l'âme commencent à voir> (p.107).

Ce genre de propositions surabonde dans ce livre et Mme de Jouvenel prétend en effet avoir constaté nombre de tels phénomènes dans sa chambre. Aussi comprend-on que les "messages" puissent lui dire:

<Tu vois, je te mets dans une magie de signes> (p.96).

Et aussi:

<Les métamorphoses commencent à t'envahir, ceci est le signe que tu changes de plan> (p.167).

Poésie, magie, divination, voilà les nouvelles voies du salut. De là ces deux maximes:

<Aux vies extraordinaires, le privilège des sensations extraordinaires> (p.193).

<Le seul fait de vouloir orner la matière de luminosités célestes prouve l'état de grâce> (p.122).

(Etude parue dans "La Vie Spirituelle", Février 1949)

 

 

10/ VALEUR SUBJECTIVE

Les messages les plus valables sont peut-être bénéfiques pour ceux qui viennent de perdre une affection chère, mais ne sauraient constituer des preuves de la survie. Leur valeur est uniquement subjective. Ces visions et apparitions peuvent certes constituer des signes, des indices valables pour ceux qui en font l'expérience. Tout, en effet, par la miséricorde de Dieu, peut contribuer au bien de ceux qui l'aiment. Mais il ne saurait être question d'ériger ces expériences en nouvelle révélation ou en nouvel évangile.

 

 

11/ FOI ET RELIGION

L'expérience mystique a lieu à l'intérieur d'une foi, ou d'un ensemble de croyances bien définies- qu'elle aide d'ailleurs à approfondir-; et non en marge ou en opposition avec sa foi et avec ses frères croyants. Elle consiste, notamment dans les religions monothéistes, chrétienne, juive et musulmane, en une connaissance intime et amoureuse de Dieu, où le mystique ne perd rien ni de ses facultés ni de sa personnalité. Elle ne se produit pas au hasard d'une transe ou d'une expérience psychique de laboratoire, mais au terme d'une ascèse, et d'une vie consommée dans la réflexion, le silence et la prière. On ne peut la contraindre à venir. Pour le croyant, elle a même un caractère de don gratuit, comme une grâce d'En-Haut. Car on n'envoie pas au ciel des ultimatums. Et pour l'Eglise, la preuve de la sainteté n'est pas dans les phénomènes extraordinaires, mais dans l'amour vécu "en actes et en vérité" (Jean 3,18). Il y a un abîme entre le cas des saints que seules la prière et la grâce ont mystérieusement rendus capables de scruter les secrets de l'au-delà et l'emploi de procédés mécaniques systématiquement utilisés pour aboutir aux mêmes fins.

De plus, les "signes" (miracles de Jésus par exemple) étaient destinés à mettre les destinataires sur la route du Royaume de Dieu. Ils n'étaient pas une fin en soi. Jésus n'est pas venu nous apporter du merveilleux. Et comme le dit un sage bouddhiste, "le vrai miracle n'est pas de marcher sur les eaux ni de voler dans les airs. Il est de marcher sur la terre"!

Enfin, il n'y a pas de démonstration scientifique de l'origine extraterrestre ou non des manifestations évoquées. Adhérer à cette interprétation est l'objet d'un acte de foi. Comme pour la croyance à la réincarnation, comme pour l'existence d'un au-delà du sensible, d'un monde invisible.

 

 

12/ LES "FINS DERNIERES"

"La dernière phrase de la profession de foi: <J'attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir>, est la réponse de la foi chrétienne à l'espérance inscrite au coeur de l'homme." Cette réponse se trouve "dans la doctrine des <fins dernières>: la mort, le jugement, le ciel, l'enfer, le purgatoire, la résurrection des morts, le retour du Christ, le jugement dernier, la fin du monde et la nouvelle création du monde.... Face à ces questions, la foi chrétienne est plus que jamais mise au défi de rendre compte devant tous les hommes de l'espérance qu'elle implique (cf. 1P 3,15)... Dans la foi, nous pouvons dire quelque chose sur notre avenir parce que cet avenir a déjà commencé en Jésus-Christ. La conviction fondamentale et le coeur de la foi chrétienne, c'est que Jésus est le premier homme ressuscité d'entre les morts (cf. Rm 8,29; 1Co 15,20; Col 1,18). Le fondement et la mesure de notre espérance, c'est donc la résurrection de Jésus-Christ. Tout ce que nous pouvons dire en tant que chrétiens sur notre résurrection à la vie éternelle, n'est que le développement et le prolongement de l'affirmation fondamentale de notre foi à propos de Jésus-Christ, de sa résurrection et de son exaltation. Puisque nous sommes unis par la foi et le baptême à Jésus-Christ et à sa mort, nous pouvons aussi espérer être unis dans l'avenir à sa résurrection (cf. Rm 6,5). Saint Augustin a parfaitement formulé ce rapport: <En Jésus-Christ se trouve déjà réalisé ce qui n'est encore pour nous qu'une espérance. Ce que nous espérons, nous ne le voyons pas de nos yeux. Mais nous sommes le Corps de cette Tête dans laquelle est devenu réalité ce que nous attendons>... La foi en Jésus-Christ et en l'action du Saint-Esprit ne nous permet pas de faire pour ainsi dire un reportage anticipé sur ce qui se passe après la mort et de relater dès maintenant la suite des événements qui se dérouleront à la fin des temps... La Sainte Ecriture s'exprime sur ce sujet à travers des images et des symboles... La foi n'entend pas nous donner une description de la vie éternelle et du monde à venir, comme on le ferait pour des objets de ce monde...

La nature même de l'homme implique une exigence d'immortalité et de vie éternelle; mais cette exigence ne peut être satisfaite à partir de l'homme: elle requiert plus que l'homme lui-même ne peut donner. La réponse ne peut venir que de la source et de la plénitude de la vie, c'est-à-dire de Dieu. La vie nouvelle, l'immortalité de l'homme a le caractère d'un dialogue; elle est une existence reçue tout entière de Dieu et tout entière orientée vers lui... Dès le début... le fait que l'Eglise prie pour les morts constitue un point de départ ferme et sans équivoque pour une réflexion ultérieure. L'Eglise a très tôt exprimé sa conviction que les chrétiens défunts étaient vivants, en priant pour eux et en faisant mémoire d'eux dans la liturgie. Cette pratique est déjà attestée, par exemple, dans les anciennes catacombes chrétiennes. Elle s'est maintenue sans interruption jusqu'à nos jours, comme en témoigne l'usage de célébrer l'eucharistie à l'intention des défunts, ainsi que le rite des funérailles.

Sur cette base s'est progressivement imposée dans l'Eglise la conviction que la mort signifie la séparation de l'âme et du corps. Tandis que le corps se décompose après la mort, l'âme de ceux qui meurent en état de grâce est introduite pour toujours dans la communion avec Dieu. Pour bien comprendre cette doctrine, il faut entendre l'<âme> au sens biblique du mot, non comme une partie de l'homme à côté du corps, mais comme le principe vital de l'homme considéré dans son unité et sa totalité, autrement dit son <moi>, le centre de sa personne. C'est en ce sens que le mot doit être entendu dans une décision doctrinale du pape Benoît XII, en 1336, selon laquelle les âmes des saints, aussitôt après la mort, et les âmes de ceux qui ont encore besoin de purification, au terme de celle-ci, entrent au ciel et voient Dieu face à face... Cette doctrine a été défendue et explicitée par la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi en 1979 dans une déclaration sur ce sujet: "L'Eglise affirme la survivance et la subsistance après la mort d'un élément spirituel qui est doué de conscience et de volonté, en sorte que le <moi> humain subsiste. Pour désigner cet élément, l'Eglise emploie le mot <âme>, consacré par l'usage de l'Ecriture et de la Tradition" (Doc.cath.,tome LXXVI, 1979, p.709)...

Puisque l'âme n'est pas une partie de l'homme à côté du corps, mais le centre de sa personne, c'est la personne humaine qui entre dans la vie auprès de Dieu. Mais le corps n'est pas non plus simplement une partie de l'homme; il est la personne dans son rapport concret au monde qui l'entoure et dans lequel elle vit, un rapport à ce point intime qu'une "parcelle" de monde, à savoir notre corps, est partie intégrante de nous-mêmes. Sur cet arrière-plan, on voit clairement ce que signifie la séparation de l'âme et du corps, à savoir la cessation, l'interruption de nos rapports avec notre milieu et notre monde... au regard de la foi, le corps et l'âme ne peuvent pas être totalement séparés l'un de l'autre, au point qu'il n'y aurait absolument plus aucun rapport entre eux. Il faut admettre que subsiste au-delà de la mort un certain rapport au corps et au monde, un rapport incomplet et qui échappe à notre expérience. La foi professe, en effet, que les morts qui vivent auprès de Dieu restent unis à nous en Jésus-Christ et dans l'Esprit-Saint, à l'intérieur de la même communion des saints. Ce lien permanent s'exprime en particulier dans la prière pour les défunts. On voit clairement ici que l'espérance du chrétien va au-delà de la communion personnelle de l'individu avec Dieu; elle s'étend à la perspective d'un nouvel avenir pour l'ensemble de l'humanité, d'un corps transformé dans un monde transformé, et de la résurrection des morts. La tradition de l'Eglise distingue entre l'achèvement de l'homme individuel dans la mort et l'achèvement de l'humanité et de toute réalité dans la résurrection des morts à la fin des temps." (La foi de l'Eglise, catéchisme pour adultes publié par la conférence épiscopale allemande).

 

 

13/ LE "CORPS SPIRITUEL"

Le "corps spirituel" qui, selon la Bible et la théologie, peut réellement se manifester par un don exceptionnel, n'est pas le double astral, matière légère, énergie, lumière, des spirites et des décorporés, mais le corps glorieux des ressuscités. Dans l'expression "corps spirituel" selon Saint Paul, le terme "spirituel" ne désigne pas un corps aérien, inconsistant, imaginaire, réduit à ce qu'on peut concevoir de plus léger (ondes, éons, vibrations, lumière), mais toujours rivé à un support matériel: c'est un corps entièrement nouveau qui met l'homme en relation avec Dieu et, partant, avec tous les êtres. Après la mort nous accèdons à un autre corps, à un autre moyen d'expression, tout comme la chenille devenue papillon accède à un autre mode de relation au cosmos. Mais c'est aussi tout au long de notre existence que notre corps matériel se transforme progressivement en "corps spirituel". Celui-ci se constitue en particulier, comme une boule de neige, de toutes les expériences et de toutes les affections que nous accumulons au long des jours. "Notre corps actuel est déjà l'ébauche de notre corps glorieux, écrit Jean Guitton. Je suis une forme du futur, car je ne serai qu'après ma mort ce que je suis en germe."

Oui, nous serons transformés mais nous ne serons pas pour autant des désincarnés. Le "corps spirituel" désigne un corps d'une densité spirituelle telle qu'il est étroitement adapté à l'esprit. "Semé méprisable, il ressuscite corps glorieux" (1Co 15, 43). Et c'est bien notre corps. Aussi pourrons-nous nous reconnaître quand nous nous retrouverons sur l'autre rive. Car chacun de nous est un être unique par son patrimoine génétique, son histoire, ses relations. Et c'est ce moi unique qui demeure ici-bas et dans l'au-delà. Et qui communiquera avec tous ceux que nous avons aimés. A la manière de Jésus ressuscité communiquant après sa mort avec ses amis: avec son corps. Il mangeait des poissons grillés avec eux au retour de la pêche, il partageait le pain au soir tombant à la table de l'auberge sur le bord de la route: "Regardez! Je ne suis pas un fantôme!" Notre corps sera reconnaissable comme celui de Jésus que ses amis ont reconnu..."

Teilhard de Chardin mort un soir de Pâques, écrivait: "Comment se présente la mort...?" Je répondrai: "comme une métamorphose". Il faut toujours en revenir à ce point important...: aucune réalité physique ne peut s'accroître indéfiniment sans atteindre la phase d'un changement d'état... A un moment donné, un remaniement complet des éléments devient nécessaire pour que la grandeur accède à un nouveau domaine de progression possible.... Parvenus à une certaine limite de concentration, les éléments personnels se trouvent en face d'un seuil à franchir pour entrer dans la sphère d'action d'un centre, d'ordre plus élevé. Non seulement, il leur faut, à cet instant, s'arracher à l'inertie qui tend à les immobiliser. Mais le moment est venu pour eux de s'abandonner à une transformation qui parait leur enlever tout ce qu'ils avaient déjà acquis. Ils ne peuvent plus grandir sans changer... Les morts, la Mort, sont et ne sont que des points critiques semés sur la route de l'Union."

 

 

14/ LA COMMUNION DES SAINTS

* Nos disparus sont présents d'une présence spirituelle.

* Nos défunts nous sont proches.

* Les défunts sont nos compagnons et peuvent nous aider.

* Les défunts sont eux-mêmes.

Cette marque très personnelle du défunt est tout le contraire des entités du channelling, noyées dans le réservoir de la Mémoire universelle ou perdues dans le Grand Tout.

Les morts sont disparus. Nous sommes privés de leur présence physique; ils nous sont cependant présents. Près de Dieu, ils sont en contact spirituel avec nous. Et ils sont de puissants intercesseurs auprès de Lui, de par la Communion des Saints. Mais cette communion ne saurait s'exprimer sur un mode relationnel propre à notre monde.

Il faut d'ailleurs faire la distinction entre "communication" et "communion". La foi chrétienne affirme la communion des saints. Mais communion ne signifie pas communication possible. Karl Rahner dans son livre "L'homme au miroir de l'année chrétienne" (Paris, Mame, 1966) donne un sermon sur la Toussaint qui s'intitule "Le silence de nos morts" (pp.231-246): "Nos morts nous ont bel et bien quittés. Et ils se taisent. (...) Quel silence est le leur! (...) A moins que peut-être leur silence ne soit à l'image du silence de leur Dieu dont ils partagent la demeure ? Eh bien! oui, c'est cela. Car Dieu se tait, lui aussi tout comme nos morts. Or un tel silence enlève-t-il rien à l'obligation où nous sommes de vivre en sa présence et de le célébrer continuellement dans notre coeur, si lointain et si muet qu'il nous paraisse ? (...) Le silence où s'enferme le Dieu éternel est un espace infini; mais c'est le seul cadre où notre amour puisse vraiment se donner libre carrière, en engendrant la foi en son amour.(...) le silence de nos morts écho du silence de Dieu. Leur silence est pour eux le moyen le plus clair de nous faire signe, car il est l'écho du silence de Dieu, il est à l'unisson de la parole de Dieu qui s'adresse à nous."

Que notre communion avec nos morts puisse avoir des retentissements psychologiques, (sentiment de présence notamment), nul ne le met en doute. Mais cela ne signifie pas du même coup qu'il y ait une initiative du coté des défunts, ni évidemment que des impressions psychologiques puissent jouir d'une certitude infaillible. Notre temps est très affamé d'un Dieu qui parle et avec qui on entrerait en évidente communication. Les deux domaines: Dieu et les morts ne sont guère séparés dans de nombreux groupes. D'où la faim de phénomènes extraordinaires, de miracles ou encore du fondamentalisme scripturaire. La possibilité de communiquer avec les morts existe, car nos disparus nous sont toujours présents, étant toujours vivants auprès de Dieu. Mais ils le sont d'une présence spirituelle. La communication sera donc fondamentalement spirituelle, enseigne spécialement la Tradition catholique. Elle ne passera pas par les techniques du spiritisme. Les réalités spirituelles en effet ne sont pas localisées dans l'espace. Comme nous le sommes à un ami parti au loin, par la connaissance et l'affection, par l'esprit et le coeur. Ainsi nos morts devenus proches de Dieu nous sont-ils présents. Eglise du ciel et Eglise de la terre forment une seule communauté qui transcende les limites de la mort, unissant les habitants de l'ici-bas à ceux de l'au-delà. La Communion des Saints jette un pont d'une rive à l'autre. "Disparus" de notre regard, ils ne le sont pas à l'horizon de nos coeurs. On comprend alors que le lieu privilégié de la rencontre entre les habitants de l'ici-bas et de l'au-delà, en christianisme, ne soit pas le cabinet du médium ou la cabine d'enregistrement des messages audiovisuels, mais l'Eucharistie. Durant la messe, on évoque ensemble "les vivants et les morts". Car ils forment la communauté unique du Corps de Jésus rassemblée autour du Christ-Tête, du Christ-Source de Vie. Nous sommes alors branchés les uns sur les autres parce que branchés sur le même cep. Invisibles ils sont, mais non pas absents. Car nos disparus agissent à la manière de Dieu: rarement par des interventions fracassantes et extraordinaires.

 

 

15/ LA MORALE

Les spirites croient à la vie future, mais pour eux, il n'y a pas d'enfer, pas plus qu'il n'y a de vrais démons. Les réincarnations successives tiennent lieu de purgatoire. Quant aux esprits bienheureux, ils ne seront pas en contemplation devant Dieu pendant l'éternité: ce serait là "un bonheur stupide et monotone"... Le ciel est le climat d'amour et de joie dans lequel les esprits supérieurs accomplissent leur mission d'harmonie universelle.

Les films de la vie des rescapés de la mort sont contradictoires: paix et harmonie, ou extrême culpabilité: dans ce cas, ce sont les Eglises "qui ont inventé les fautes graves là où il n'y en avait pas..." Puisque l'homme en effet, selon le Nouvel Age, est illimité et divin, il ne saurait y avoir de transgression ni de limites à franchir. Donc, pas de péché. Dans le Nouvel Age, "est bon ce qui me fait du bien" et l'homme n'a de compte à rendre qu'à lui-même. Les néo-gnostiques sont au-dessus des lois du monde puisqu'elles sont encore du monde. Le mal n'est qu'un blocage de la réalisation de soi. D'ailleurs, il n'y a ni bien ni mal: ce n'est qu'une affaire d'état de conscience (au sens de conscience énergétique). Le salut est affaire de connaissance et non de grâce.

Le salut pour cette nouvelle spiritualité n'est que la restauration de l'unité perdue, avec abolition du temps, retour dans l'immobile, harmonie avec soi-même et le cosmos; il est un équilibre énergétique.

S'il faut quand même une initiation salvifique, il y aura connaturalité du sauveur (un être plus avancé que nous sur l'échelle initiatique) et de l'illuminé. Plus besoin de la Grâce, puisqu'il y a tout en nous; l'homme n'a pas besoin de l'aide divine pour évoluer. Les pratiques illuminatives et les expériences d'éveil ont une dimension de salut. Par modification de son niveau de conscience, l'homme découvre qui il est et il se sauve. Nous sommes là en pleine autorédemption, dans laquelle l'homme vise une Perfection à la force du poignet: échapper à la loi karmique. Nous sommes loin de la parabole de l'enfant prodigue!

 

Le ciel, objet de l'espérance chrétienne, est la communion éternelle de l'homme avec Dieu. La contemplation de Dieu nous fera participer à la béatitude propre de Dieu; nous participerons pleinement à la vie trinitaire. Et cette communion définitive ne se vivra pas dans l'isolement; au contraire, elle sera en même temps le fondement d'une parfaite "communion des saints", et ce, dans l'amour, la paix et la joie.

L'enfer quant à lui apparaît comme une possibilité. Il souligne le sérieux et la dignité de la liberté humaine, qui a à choisir entre la vie et la mort. Dieu respecte la liberté de l'homme; il ne veut faire le bonheur d'aucun homme malgré lui, en lui imposant sa volonté. De même que le royaume consiste dans la communion perpétuelle avec Dieu, l'enfer consiste à s'exclure soi-même par son propre choix, de la communion avec Dieu.

Quant au purgatoire, certes, l'homme, après l'achèvement de son pélerinage terrestre, ne peut plus coopérer activement à sa sanctification, mais avec l'aide de toute la communion des saints, il peut être purifié et "ajusté" à l'amour de Dieu.

Le Nouveau Testament exprime en ces termes la réalité du monde à venir: "Dieu sera tout en tous". Quand la gloire de Dieu sera révélée à tous les hommes, le désir le plus profond de toute créature sera comblé, et le Royaume de liberté des fils et des filles de Dieu deviendra réalité. La justice, la vie, la liberté et la paix de Dieu, la lumière de sa vérité et la gloire de son amour rempliront alors et transfigureront toutes choses. Le Règne et la gloire de Dieu seront la réalité ultime, qui englobera toute réalité dans un parfait bonheur. L'espérance chrétienne attend donc l'achèvement de l'humanité et du monde "de la puissance transformante de Dieu qui opérera l'événement eschatologique; cet avenir a déjà irrévocablement commencé pour nous en Jésus-Christ". Cependant, l'espérance du Royaume de Dieu n'est pas sans conséquences historiques. Les chrétiens peuvent et doivent dès ici-bas, dans la mesure de leurs possibilités, ébaucher de façon partielle la réalité du Royaume de Dieu en étant artisans de paix, pleins de miséricorde, des non-violents, des pauvres en esprit et des coeurs purs qui ont faim et soif de la justice et qui acceptent d'être persécutés pour elle.

 

 

 

CONCLUSION

 

Une société qui n'est plus spirituelle, devient spirite. L'histoire humaine le vérifie. A l'heure actuelle, les chrétiens sont particulièrement sollicités pour rendre compte de leur espérance. Avec le constat d'échec que font nos sociétés face à l'effondrement des illusions matérialistes athées, face à la désespérance laissée dans les coeurs par notre XXème siècle occidental superconsommant, un défi pastoral nous est lancé. "Voici que, de nouveau, des peuples afflueront, venus de la multitude des villes. On se dira d'une ville à l'autre: 'Allons implorer le Seigneur, allons chercher la face du Seigneur de l'univers; moi, en tout cas, j'y vais.' Des peuples nombreux et des nations puissantes viendront à Jérusalem implorer le Seigneur de l'univers et chercher sa face. Ainsi parle le Seigneur de l'univers: En ces jours-là, il y aura pour un Juif dix hommes de toute langue et de toute nation, qui le saisiront par son vêtement et lui diront: 'Nous allons avec vous, car nous avons appris que Dieu est avec vous." (Zacharie 8,20-23). La foi est en mesure de répondre à l'interrogation angoissante de l'homme sur son propre avenir. Il revient aux chrétiens d'en témoigner. "Ne me retiens pas!" dit Jésus Ressuscité à Marie de Magdala. "Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu."