Le Christ

ou le Verseau

 

 

Lettre pastorale de Noël du cardinal

Godfried Danneels, archevêque

de Malines-Bruxelles

 

«Es-tu Celui qui vient ou devons-nous en

attendre un autre ?» (Lc 7, 19)

 

FRÈRES ET SOEURS

 

L’inquiétude était grande sur terre quand Jésus naquit à

Bethléem. En Palestine même, l’occupant romain avait

pas mal de problèmes avec toutes sortes de libérateurs

qui surgissaient, attiraient une partie du peuple pour

sombrer quasi tous peu après. Il y avait aussi de l’inquiétude

religieuse. Les Juifs – et ils n’étaient pas les

seuls – attendaient quelqu’un qui devait venir: où restait

donc ce Messie? Certains se réfugiaient au désert:

«Comment continuer à vivre dans cette société pourrie?».

On n’attendrait d’ailleurs plus si longtemps: il y avait de

la fièvre en l’air. Jean-Baptiste lui-même ne parlait-il pas

un langage pareil: «Déjà la hache est prête à attaquer la

racine des arbres» (Lc 3, 9) et « Il a sa pelle à vanner à la

main pour nettoyer son aire, pour recueillir le blé dans son

grenier; mais la bale, il la brûlera au feu qui ne s’éteint

pas» (Lc 3,17).

Et chez nous? Noël 1990? Je serais tenté de dire: un

monde qui n’arrive pas à échapper au cycle de la violence.

Mais également une grande inquiétude religieuse.

Il ne reste pas grand chose du «flower power»

souriant des hippies des années soixante; et tout

aussi peu des grands idéaux agressifs de mai 1968.

Les années quatre-vingt nous ont donné de façon tout

à fait imprévue un homme inquiet, en recherche de

religieux. La surprise est tout aussi complète en

matière de pastorale. L’Église s’est sérieusement préparée

à la confrontation avec un homme parfaitement

sécularisé, athée, entièrement pris par des préoccupations

matérielles. Et que rencontre-t-elle en 1990?

Un homme inquiet, en recherche de religieux, que les

fruits de la science et de la technique n’enchantent

plus tellement. Partout on entend dire: «Qu’on me

donne autre chose que ce qui sort d’un ordinateur!

Qu’on me donne des raisons d’espérer! Qui me guérira

de mon mal de vivre? Où trouver quelque chose qui

fasse chaud au coeur? Qui veut devenir mon guide,

mon gourou? Qui veut m’apprendre comment restaurer

l’unité de mon moi si écartelé?».

Or le marché religieux est bien achalandé. Là où le

christianisme était à peu près seul jusqu’ici à donner

un sens à l’existence, les donneurs de sens foisonnent:

à côté des grandes religions orientales, toute une galerie

de petits prétendants. Ce sont surtout les sectes

ainsi que de nouvelles religions, comme le New Age,

qui progressent à toute allure. Elles seront notre sujet:

elle inondent tous les continents, le nôtre inclus.

 

«Small is beautiful»

 

Les sectes

 

Modèles réduits…

 

Certains cherchent leur voie en réduisant l’échelle: ce

sont les sectes. La plupart d’entre elles sont d’origine

chrétienne, elles portent en elles une bonne part de

l’héritage du Christ. Nous ne visons pas les grandes

Églises-Soeurs du catholicisme (Protestants, Anglicans

et Orthodoxes), mais bien les Témoins de Jéhovah, les

Mormons, Adventistes, Pentecôtistes ainsi que toute

une nébuleuse d’Églises libres (free churches) et de

prédicateurs électroniques, sans oublier les organisations

et mouvements de provenance orientale qui vantent

à qui mieux mieux recettes de bonheur et

sagesses ésotériques.

Les sectes sont championnes dans la réduction

d’échelle, la miniaturisation. De petites communautés

chaleureuses, un choix minimal de textes de l’Écriture,

peu ou pas de dogme, une liturgie créative et spontanée,

beaucoup d’attentions personnelles, une proximité

qui fait du bien et qui console, une attente

anxieuse du retour prochain du Christ. Nulle part de

clergé distant, nulle part de réglementations ecclésiales

tatillonnes.

 

Leur clientèle, les sectes la prospectent partout. Mais

elle est constituée surtout de jeunes qui n’ont encore

poussé de racines nulle part et qui aspirent à des liens

affectifs. Déçus par les grandes Églises ou simplement

ignorants, ils cherchent du côté du petit format.

Certains adultes se laissent tenter aussi. Pas seulement

des «pauvres types», également des gens d’un niveau

culturel et social supérieur. Ainsi pas mal d’universitaires

voient une issue plutôt de ce côté. Enfin, il y a

toujours ceux qui ont eu des ennuis avec des prêtres

ou qui se sentent marginalisés par l’institution ecclésiale.

 

Pourquoi cette attirance?

 

Le plus souvent, les sectes présentent les factures

impayées des grandes Églises. Assurément une partie

de leur succès est dû à leurs méthodes de recrutement,

voire de manipulation, mais la raison principale

de ce succès semble être la tendance de notre société

à la dépersonnalisation. Les gens deviennent des

numéros. Il est rare qu’on les aborde encore en tant

que personnes. Il en résulte un froid et une solitude à

peine supportables. C’est précisément là qu’interviennent

les sectes avec leur approche bien plus affective

qu’intellectuelle. Elles cultivent la logique du coeur,

non celle de la raison. Et elles vous déclarent uniques.

S’ajoute à cela une quête généralisée d’harmonie, de

paix, d’absence de stress, d’encouragement et d’estime,

d’intégration du corps et de l’esprit, de participation

aux décisions et aux réalisations.

 

«Où trouver un chez-moi?»

 

Chacun aspire à un chez-soi. Seulement, les foyers sont

en ruines: famille, village, traditions. Où suis-je encore

chez moi? L’imagination de millions d’hommes

modernes est hantée de rêves et fantasmes de communication,

proximité, communauté, chaleur, amitié,

accueil, dialogue, rencontre, partage, abri, apaisement

et sécurité. Autant d’étoiles au firmament de leurs

rêves.

Les sectes veulent répondre à ces aspirations. Elles

mettent de la chaleur dans les relations: on vous y

accueille personnellement avec beaucoup d’égards et

d’amour; vous êtes introduits bien à l’abri dans une

petite communauté moelleuse, où l’on pense et décide

à votre place, et qui vous conduit au-delà des

temps morts et des moments de crise. «Chez nous,

vous n’êtes jamais seul, et, qui que vous soyez, vous êtes

le bienvenu!».

 

Des réponses claires

 

Il n’y a plus rien de simple dans notre société. Nous

vivons dans des structures compliquées, captifs de

prescriptions et servitudes sociales comme d’une toile

d’araignée. Qui s’y retrouve encore dans la mer de

questions qui nous assaillent chaque jour? Dans cette

période post-moderne qui est tellement fragmentée,

l’homme cherche l’unité, une sécurité qui englobe

tout.

Les sectes fournissent des réponses claires, courtes et

prégnantes à des questions obscures. Elles simplifient

les vérités et valeurs traditionnelles, souvent proposées

ailleurs de façon tellement entortillée, trop nuancée et

très peu claire. Les sectes ignorent les mots «à moins

que», «si » ou «mais». Leur oui est oui, leur non non.

Leurs directives sont nettes et courtes, leur morale

claire, exempte d’astuces casuistiques: «c’est ainsi et

pas autrement». Les preuves ne viennent pas d’une

argumentation ou d’une compétence intellectuelle.

Elles sont du genre «frappant»: phénomènes de

langues, extases, prophéties, guérisons, incantations…

 

La recherche d’unité

 

Pas mal de gens ont le sentiment d’être déboussolés,

en conflit avec eux-mêmes, avec les autres, la société

et le monde entier. Canots à la dérive sur une mer peu

sûre. Ils ont fait des expériences de déchirure, et non

d’unité et harmonie. D’où ne sont pas venues leurs

blessures: parents, école, Église et clergé, société tout

entière! Or, de la religion, ils attendent qu’elle restaure

l’unité et l’harmonie: une vision de réconciliation,

d’apaisement et de participation. La liturgie devrait

être thérapeutique de ce point de vue: elle devrait

réunir et réconcilier, le corps et l’âme, le moi et le prochain,

Dieu et le cosmos entier. Aussi doit-elle être

créative, spontanée, inviter à la participation et consoler.

Par dessus tout, elle doit me guérir de tous mes

maux.

C’est ce qu’offrent les sectes: un sentiment de détente

qui apaise et décrispe, de réconfortantes expériences

religieuses, l’unification de la personne, la réconciliation

par-delà les déchirures; leur liturgie est vivifiante;

c’est un lieu où peuvent s’extérioriser et se calmer les

émotions, où coulent des sources de vie. Par-dessus

tout, les sectes offrent la guérison – spirituelle et corporelle

– par la prière, l’imposition des mains, l’ambiance

de chaude amitié. Même des problèmes d’alcool

ou de drogue arrivent à être résolus, au moins

dans certains cas, grâce à une présence patiente qui

jamais ne renonce et qui guérit.

 

Je suis quelqu’un de tout à fait particulier

 

Nous éprouvons un intense besoin d’échapper à l’anonymat

afin d’être nous-mêmes et de pouvoir construire

et sauvegarder notre moi. Personne ne veut être un

numéro sans visage dans la masse. La générosité

cachée, sans nom, n’est plus «in»: il ne faut surtout pas

oublier de remercier personnellement chacun de ses

collaborateurs. Ceci s’avère spécialement difficile dans

les grands organismes ou les grandes paroisses, équipés

d’une administration forcément plus froide. Où est-il

encore possible de pratiquer la visite à domicile systématique?

Des expressions telles que: affirmation de soi, avoir sa

chance, entrer en ligne de compte, avoir son tour, sont

sur toutes les lèvres. Aussi les sectes font-elles grand

cas de l’individu: leurs propagandistes vont de maison

en maison, la correspondance est adressée personnellement.

 

Il y a Quelqu’un dans les coulisses

 

Il existe un arrière-plan des choses que nous ne voyons

pas, quelque chose ou quelqu’un plus loin que ce qui

est immédiatement perceptible, au-delà du vérifiable et

du contrôlable. Quelque chose donc ou quelqu’un qui

donne un sens à tout et qui dirige tout. Ils sont un

nombre incalculable, nos contemporains, qui en sont

convaincus aujourd’hui bien plus qu’il y a quelques

années. De nouveau, nous sommes entourés de secrets

et de mystères; quelque chose ou quelqu’un est sur le

point de se manifester: quelque chose d’extraordinaire,

un prophète, un messie. Quantité d’hommes sont

en recherche. Mais en privé, car, disent-ils, «les grandes

Églises ne proposent que de la théorie et de la morale:

rien de neuf ni de captivant d’ailleurs quand nous parlons

de nos expériences religieuses profondes à des

prêtres, ils ne nous croient pas, ne nous prennent pas au

sérieux, voire nous ridiculisent. Les sectes, elles, nous

prennent a sérieux. Elles ont le sens du mystère, du sacré,

de la mystique, du réveil spirituel, du souffle libre de

l’Esprit, d’espoir de renaissance. De plus, elles nous donnent

l’occasion de nous occuper, dans une «zone protégée»,

d’importantes questions de vie et d’expériences

intimes. Elles ont d’ailleurs un langage et des concepts

pour aborder ces sujets et leur donner des réponses

claires».

 

Quelqu’un accepte-t-il de m’accompagner

et de me guider?

 

Beaucoup de gens se sentent absolument seuls et

impuissants quand il s’agit de leur âme. A une époque

où les grandes Églises ne disposent quasi plus de

conseillers spirituels, pas mal de gens sont en quête de

quelqu’un de pareil, quelqu’un qui veuille les accompagner

avec patience et les aider à «discerner». Or ils

ne trouvent personne pour les orienter, pour leur servir

en quelque sorte de «père», pour oser s’aventurer

sur des sentiers inexplorés.

Les sectes, elles, le font: elles disposent en général de

chefs charismatiques qui ne sont pas inhibés et n’hésitent

pas à trancher.

A votre place, au besoin. Or beaucoup sont à la

recherche de pareil maître, guide, gourou. Ils consentiront

aussi à ce que ce dernier exige éventuellement

une soumission absolue et l’abandon de tout esprit critique.

On préfère le risque d’un détour à celui de moisir

sur place.

 

Impossible de vivre sans perspectives

d’avenir

 

C’est surtout l’avenir qui angoisse les gens: où allons-nous

avec tous ces conflits?

A peine la guerre froide a-t-elle pris fin qu’il surgit

une autre menace avec de nouvelles images d’épouvante.

Pensez aussi au racisme ou au fanatisme religieux.

On cherche des raisons d’espérer, des portes

d’issue. Chacun veut collaborer à un monde

meilleur, mais ils sont peu nombreux ceux qui

l’attendent pour demain. Les sectes ont des mots qui

mobilisent: vision, réveil, ordre nouveau, monde

meilleur, issues, alternatives, espérance.

Les sectes disent: «Porte un autre regard sur toi-même»

– «Aie une pensée plus positive sur les autres» – Un âge

nouveau se prépare, un nouveau monde et un ordre nouveau».

Les sectes relisent les vieux textes des prophètes

dans cette perspective, entre autres, elles font

ample usage du Livre de la Révélation de Jean. «Viens

chez nous: nous avons des perspectives d’avenir et un

projet».

 

Puis-je être de la partie?

 

Beaucoup de ceux qui sont en recherche ne se contentent

pas de perspectives quant à l’avenir de la société,

ils veulent avoir leur mot à dire là où on projette, décide

et met en oeuvre. Ils tiennent à participer, à collaborer

de façon constructive, à être concernés, à être

consultés, à compter parmi l’élite.

Les sectes voient souvent la chose de façon particulièrement

concrète; c’est qu’elles ont du sens pratique en

matière d’aide sociale, de collaboration à une mission,

d’engagement pour une bonne oeuvre. Chacun est irremplaçable

et doit donc participer. Les relations fort personnalisées

à 1’intérieur de la secte font que personne ne

se sent oublié: chacun se sait important.

«En résumé, on peu dire que l’essor des sectes est du à ce

qu’elles croient avec beaucoup de conviction, de générosité

et d’ardeur. Elles vont à la rencontre personnelle des gens.

Elles sauvent l’individu de l’anonymat, favorisent la participation,

la spontanéité, le sens de la responsabilité, l’engagement.

Elles accompagnent de près les gens par de multiples

contacts, visites à domicile, encouragements: un

accompagnement ininterrompu. Elles aident à interpréter

les expériences personnelles et à répondre aux problèmes

grâce à un système de pensée global et cohérent. Elles disposent

d’une parole qui convainc: prédication, livres et brochures,

mass médias (avec usage abondant de la Bible);

souvent elles font appel aussi au ministère de la guérison.

En un mot, elles se présentent elles-mêmes comme la réponse

unique, limpide et décisive, comme la bonne nouvelle

dans un monde chaotique.» (le phénomène des sectes ou

nouveaux mouvements religieux - Un défi pastoral,

Secrétariat pour l’Unité des Chrétiens, Rome, 3 mai

1986).

 

Le syndrome

 

Si les sectes obtiennent pareil succès «thérapeutique»,

c’est incontestablement parce que notre société manifeste

un type de maladie bien déterminé.

En effet, énormément de traditions sociales et culturelles

sont perdues, si bien que pas mal de gens végètent sans

racines à la limite de l’étouffement. Ils sont devenus très

vulnérables. Aussi sont-ils en quête de points d’attache,

de racines. Et ce qui est à portée de main, si simpliste

que ce soit, est souvent le plus apprécié.

Il règne une grande incertitude. D’abord vis-à-vis de

soi-même: «Qui suis-je?». Mais aussi vis-à-vis de l’avenir

(chômage, menaces en tout genre: guerre, violence,

racisme). On se pose beaucoup de questions:

«Qu’est-ce que la vérité? Qui a raison? Qui garantit

notre avenir et notre sécurité? Quel est le sens de ma vie,

de mon histoire? Y a-t-il quelque chose après la mort ?».

De plus, on manque souvent de toute guidance, du

moins d’orientation destinée à soi personnellement.

«Personne ne répond à mes questions; les réponses des

Églises et des politiciens se cantonnent dans les généralités:

elles ne concernent pas mes problèmes».

Et qui protégera l’individu? C’est qu’il ne possède

aucun droit de parole, aucune influence, là où se prennent

les grandes options et tombent les décisions! Il

n’est qu’un frêle esquif sur l’océan, un esquif à la

dérive.

Il y a pas mal de frustrations et de déracinement, de

manque d’un chez-soi. Solitude à la maison, à l’école,

au lieu de travail, dans la ville, jusqu’au milieu de la

foule des stades.

Amère désillusion aussi quant à la société technologique

qui ne cesse de devenir plus compliquée et plus

administrativement impersonnelle («Toujours il

manque quelque chose pour que je sois en ordre»); quant

aux affaires publiques, l’enseignement, le monde des

affaires, la loi, les politiciens…, l’Église.

Chacun réagit à sa manière, selon son tempérament :

certains se sentent vides, d’autres indifférents, d’autres

encore deviennent agressifs. Mais tous veulent s’en

sortir: «Non, ça ne peut pas continuer ainsi!».

C’est précisément cela que les sectes ont compris:

elles répondent à cette pathologie. Et cela à l’aide de

méthodes de recrutement, habiles mais pas toujours

innocentes, et que, au début, on n’a même pas

conscience de subir. Par exemple: des marques de très

intense amitié («love bombing»), un dîner luxueux, des

visites à domicile assidues, une aide financière ou des

médicaments gratuits; parfois on isole les nouveaux

adeptes, on les endoctrine, on les garde en activité de

façon ininterrompue pour les empêcher de réfléchir et

de réagir; on prévient leur indécision éventuelle en exigeant

une confiance aveugle au leader. Il faut dire que

ces méthodes, pour inacceptables qu’elles soient parfois,

n’empêchent pas que les sectes répondent à des

besoins réels. Leur succès ne peut pas être expliqué

seulement par le savoir-faire de propagandistes

experts.

 

Un défi pastoral. Des communautés

saines et chaleureuses

 

Il nous faudra penser à transformer nos communautés

paroissiales en lieux de fraternité, d’aide mutuel-le,

des lieux de chaleur et d’espérance, des communautés

à taille humaine. Aujourd’hui, le travail

pastoral manque souvent d’approche personnelle,

d’individualisation.

L’Église doit être un lieu où, dans un climat de pardon

et réconciliation, on prie, célèbre et prend soin l’un de

l’autre. Il convient de créer des lieux d’écoute où les

confidences de chacun soient accueillies, discrètement

mais de manière efficiente.

La paroisse doit rester un lieu pour «le tout venant»:

pour le plus pauvre et le marginalisé. La communauté

doit de plus être missionnaire: pas renfermée

sur elle-même, mais préoccupée aussi de ceux du

dehors, ceux qui ne savent plus grand chose de ce qui

se passe à l’intérieur de l’Église. Faut-il envisager une

sorte de «communautés de base» adaptées à notre

situation? Une pratique renouvelée de la visite à domicile

par des prêtres et des laïcs? Une pastorale de quartier?

Quelles que soient les modalités choisies, il faut

trouver quelque chose de nouveau afin de personnaliser

l’approche pastorale. Il faut échapper à l’anonymat.

Tout le monde peut y collaborer. A côté du prêtre et de

l’équipe paroissiale, il y a de nombreuses personnes

qui ont l’art d’apporter la chaleur humaine autour

d’eux. Cela demande beaucoup de travail? Mais nous

sommes tout de même nombreux!

 

Formation et formation continue

 

On constate une ignorance criante chez beaucoup de

gens: hors de l’Église, mais aussi à l’intérieur. Une

évangélisation en profondeur s’avère nécessaire: catéchèse

et formation permanente. En premier lieu des

informations sur les trésors de la tradition catholique:

en particulier la Bible et la liturgie (hormis Noël et

Pâques, beaucoup de gens ne savent même plus citer

les fêtes religieuses, a fortiori indiquer leur sens). Au

moment où tant d’hommes et de femmes sont en

quête d’un art de vivre, quasi personne ne sait plus

comment les grands personnages de la spiritualité s’y

sont pris pour vivre selon l’Évangile à leur époque: les

saints sont oubliés. Oui, on a tout simplement besoin

d’information.

Mais il faut aussi de la vraie formation: connaissance

de la Bible, notion de Dieu, raisons d’espérer, vision

chrétienne sur le futur (y compris la venue du Christ et

les fins dernières), sens de l’engagement évangélique.

Toutefois, ce qui manque par-dessus tout, ce sont des

«guides spirituels» personnels. Car l’homme moderne,

conscient du caractère unique de son aventure spirituelle,

demande: «Qui m’aidera à trouver Dieu?» Entre

sa naissance et sa mort, chaque homme parcourt en

pèlerin son chemin inédit: qui va lui mettre en main le

bâton qui l’aidera à aller de l’avant? Qui l’aidera à comprendre

de façon nouvelle les anciennes vérités, à les

replacer dans un nouveau cadre de pensée et à les

reformuler?

Il conviendra de consacrer aussi pas mal d’attention à

la prière et à l’engagement personnels, à l’action «thérapeutique»

(pour l’esprit, l’âme et parfois aussi le

corps) des sacrements classiques de la guérison:

confession, communion et onction des malades, mais

aussi à la remise en honneur d’une tradition ecclésiale

séculaire de guérison par la prière de la communauté

et l’imposition des mains.

Finalement la pastorale de l’Église concerne tout l’être,

humain: esprit, âme et corps, individu et société. Rien

n’est étranger à la sollicitude de l’Église.

 

Une liturgie vivante

 

La liturgie est un moyen puissant de cette pastorale:

opérer à l’aide de symboles garantis par le Christ, est et

demeure le couronnement de toute activité ecclésiale.

Mais la liturgie est l’objet d’énormément de plaintes.

120.Il doit cependant être possible de faire preuve de

créativité et de spontanéité à l’intérieur d’une liturgie

qui reste identifiable par tous. Le caractère chaleureux

d’une liturgie ne provient d’ailleurs pas d’abord

de ce qu’on fait, mais de la manière dont on le fait.

Car les chants et gestes classiques vont soudain se

mettre à vivre dans les paroles et gestes d’un célébrant

profondément croyant et en communion avec sa

communauté, tout comme ils vivront sur les lèvres et

dans les attitudes d’une communauté enthousiaste

dans sa foi. La liturgie d’une ordination sacerdotale

ou diaconale par exemple, si classique soit-elle, est

toujours une fête!

La liturgie doit aussi être reçue par les participants. Il

ne suffit pas de la conserver intacte. Mais adapter la

liturgie suppose une sérieuse connaissance préalable

de ce qu’elle est, une initiation solide à la Bible et à la

tradition liturgique, une joyeuse créativité, soutenues

par la confiance en la force de signes simples. La

musique est d’une importance décisive: là où le chant

et la musique sont pratiqués de manière soignée et

liturgique, là aussi l’homme d’aujourd’hui vient volontiers.

Et la célébration peut être un peu plus longue

dans ce cas. Par ailleurs, nous avons besoin aussi de

liturgies non eucharistiques: veillées, adorations,

vêpres, méditations libres, échanges paisibles dans un

climat de respect mutuel et de prière, pèlerinages communautaires.

Enfin, nous devons sortir des espaces traditionnels

pour notre prédication et notre prière. Peut-être

même aller dans la rue?

La prédication reste souvent en deçà de ce qu’elle devrait

être: si peu biblique, trop intellectuelle ou trop moralisatrice,

de dimension horizontale (un écho tardif ou égaré

de 1968). «0n y entend si peu parler de Dieu», disent pas

mal de fidèles. Un témoignage sincère tiré de la vie et de

l’expérience du prédicateur, frappe toujours; mais pour

cela il faut qu’il y ait au préalable expérience et sens religieux.

Car peut-on donner ce qu’on n’a pas?

 

Participation et leadership

 

Il y a moins de prêtres. Beaucoup de laïcs souhaitent

participer selon leurs dons à la pastorale. En vertu de

leur baptême, c’est leur droit; de plus c’est devenu pratiquement

une nécessité à notre époque. Souvent

d’ailleurs, les laïcs sont plus proches que les prêtres

des nombreuses personnes qui sont en recherche et

donc particulièrement vulnérables vis-à-vis des sectes.

Mais les laïcs attendent formation et animation,

«accompagnement spirituel», pour pouvoir les exercer

à leur tour auprès d’autres. Les prêtres doivent être

des frères, des guides, des consolateurs; et avant tout

des hommes de prière.

 

Un défi pour l’Église

 

Il n’est pas aisé de trouver l’attitude juste vis-à-vis des

sectes. Le problème se pose différemment quand il

s’agit de personnes tout à fait étrangères à la foi, qui

par le biais des sectes peuvent entendre au moins quelque

chose à propos du Christ; ou bien de catholiques

menacés d’être abusés et de perdre toute une part des

richesses de leur tradition en échange d’une consolation

momentanée; ou encore de victimes de manoeuvres

de recrutement douteuses.

Il est d’ailleurs difficile d’identifier les sectes avec précision.

Quand avons-nous vraiment affaire à une secte?

Quelques critères semblent cependant fiables. Les

sectes refusent pratiquement toujours le dialogue et

repoussent tout oecuménisme; elles manifestent une

forte allergie vis-à-vis du dogme, magistère et hiérarchie;

les prêtres ne sont pas les bienvenus et tout

contact avec eux doit souvent être rompu par les

adeptes finalement, les sectes exigent le plus souvent

une obéissance aveugle et certaines fuient la lumière

du jour.

Notre attitude à leur égard doit être inspirée par l’esprit

de dialogue et un respect inconditionnel pour la

personne, la liberté de conscience et l’oeuvre secrète

de Dieu qui guide les coeurs. Il serait cependant naïf

de ne pas envisager les vrais ravages que peuvent causer

les sectes: délabrement de la personnalité, ruptures

dans la vie matrimoniale et la famille, éloignement

de la doctrine du Christ et des sacrements de

l’Église. Aussi ne nous est-il pas permis non plus de

nous taire. Les sectes n’en restent pas moins un défi

pour l’Église et pour sa pastorale: elles mettent en

lumière les maladies spirituelles de notre temps, elles

indiquent des demi-remèdes et parfois même une

authentique thérapie, qui existe en fait au sein de la

grande Église, mais qui est sous-employée par elle.

Oui, les sectes renvoient souvent à nos propres factures

impayées!

 

Une “religion” au vent

du monde:

 

New Age

 

La recherche de beaucoup de gens va dans une autre

direction: ici on agrandit l’échelle. En effet, l’ancien

monde arrive à son terme, disent-ils, et les religions

traditionnelles n’arrangeront rien. Cherchons donc

plus grand, plus vaste; cherchons l’universel. Foin de

l’étroitesse des vieux dogmes, d’une morale qui sent

le renfermé, d’institutions sclérosées en train de se

survivre!

Vous-même, ne l’avez-vous jamais ressenti? Vous voulez

autre chose, un souffle nouveau, une sagesse de

vie plus universelle et solidement fondée sur la science,

au service d’un monde unifié et fraternel. Un système

de pensée positif à l’intérieur duquel il y ait une

nouvelle chance pour votre personne et pour votre

passé, s’il y a eu un raté. Ne plus errer à la lueur

incertaine des dogmes, mais aller de l’avant sur d’authentiques

signes du ciel. Être guidé, non plus par un

fantomatique Esprit Saint, mais par les ondes mystérieuses

du cosmos. Faire l’expérience directe du

divin, que dis-je, devenir Dieu vous-même.

De prime abord, vous vous dites: «Qui peut croire

cela? Cela ressemble à de la science-fiction! Pas un

homme moderne ne peut s’y laisser prendre! ». Qu’on

se détrompe: des millions d’hommes se laissent

prendre. Surtout sous la forme du New Age, cette nouvelle

«religion» a déferlé comme un raz de marée à

partir de la Californie sur le monde entier, et par des

voies qu’on a peine à imaginer: d’abord dans les pays

hypercivilisés de Scandinavie, plus tard dans toutes les

nations industrialisées d’Europe occidentale. Chez

nous également, des milliers de gens ont subi la contagion.

En librairie, les livres sur le New Age se vendent

comme des petits pains.

De quoi donc s’agit-il? D’une opération de charme

ensorcelante? Jugez-en.

 

Un dépliant dans la boite aux lettres…

 

«Êtes-vous prêt à créer un monde nouveau?

Tout le monde est d’accord: “Quelque chose doit changer

dans ce monde!” Mais quoi? Quand? Comment? Et surtout

grâce à qui? Vous seul avez la réponse à ces questions.

N’attendez-pas que votre voisin fasse le premier

pas. N’espérez pas non plus que le gouvernement ou l’administration

lise dans votre tête vos plus chers souhaits.

Il vous appartient à vous de créer et d’agir. Tout de suite,

maintenant! Vous devez exprimer ce que vous portez profondément

à l’intérieur de vous. NE RESTEZ PAS

SEUL! Rejoignez les millions d’hommes qui partagent le

même but: se réunir, réfléchir, agir ensemble en vue de

se créer un nouvel avenir. Ayez une pensée positive sur le

monde. Décrivez, dessinez ou visualisez de façon simple

le monde tel que vous le voudriez. Ne vous arrêtez pas

aux crises ni aux problèmes actuels. Il ne faut pas les

écarter, mais les vaincre, élargir votre vision des choses

et la projeter vers l’avenir. Concentrez-vous uniquement

sur votre environnement tel que vous le souhaiteriez:

tant le monde que votre famille, tant votre profession que

votre vie intérieure.

Faites le premier pas! Posez un geste ou un acte qui

concrétise votre conception de l’avenir. C’est le début.

Cette onde de collaboration positive par tout le globe terrestre,

est déjà en elle-même une contribution à son amélioration,

parce que vous êtes des millions à faire le

même pas au même moment.

Vos idées, vos actions comptent: elles créeront la dynamique,

l’originalité et la dimension universelle de ce projet:

CRÉER ENSEMBLE!

Grâce à vos talents artistiques, à votre action ou tout

simplement à votre transformation intérieure, vous

allez changer quelque chose quelque part dans le

monde».

Voilà le texte du petit dépliant. Il provient de “Global

coopération for a better World” une des filiales des

nouvelles “religions”. De fait, il s’agit d’une sorte de

religion: attente d’un monde nouveau, différent de

l’actuel, attente formulée dans un langage proprement

messianique et prophétique. «Il est en train

d’arriver quelque chose» et «Vous pouvez le susciter en

vous associant au même moment à des millions

d’autres, réunis dans une sorte de nouvelle “communion

des saints”, qui par sa force et sa créativité intrinsèque,

dispose du levier capable de faire basculer le

monde du bon côté».

D’ailleurs, malgré l’approche indiscutablement américaine,

chacun se sent d’une certaine manière interpellé

et touché par ce langage. En effet, ça n’est pas rien

que de pouvoir faire du monde une réalité fraternelle

et dynamique, ensemble avec des millions d’autres, au

même moment, en prenant appui sur la force spirituelle

de transformation intérieure et de créativité artistique!

Pouvoir aider à faire le premier pas et obtenir ce

que jamais n’ont pu réaliser aucun gouvernement,

aucune coalition politique, aucune administration:

créer ensemble!

 

Ce n’est pas de l’utopie:

regardez, c’est déjà là!

 

Tout cela n’est pas un rêve, vous assure-t-on. Regardez

autour de vous: c’est en train de se réaliser. Vous le

constatez, quelque chose est en train de mourir dans

cette civilisation. Qu’ont apporté science et technique?

Progrès et confort, oui, mais aussi un océan de

misères: pollution de l’environnement, matérialisme et

inanité.

Vous êtes devenu un numéro qui doit garder l’alignement;

nulle part, on ne fait cas de vos sentiments, de

vos émotions. Vous êtes un oiseau dans une cage

dorée. De plus, vous avez perdu tout contact vital avec

la nature et le cosmos; vous n’êtes qu’un pauvre orphelin

en cet univers.

Heureusement, les meilleurs l’ont compris. Ils ont

découvert une nouvelle conception de vie, une nouvelle

philosophie et une nouvelle «religion». En ce «siècle

des surprises», il se produit quelque chose d’inattendu

et de merveilleux: nous retrouvons notre âme. Elle se

réveille de la torpeur d’une science impersonnelle et

d’une civilisation technique; la belle dormeuse se

réveille enfin. Même chez de grands scientifiques il se

passe quelque chose: des prix Nobel tiennent des colloques

sur des sujets non scientifiques concernant

immédiatement le bonheur de l’humanité. De grands

hommes d’affaires sont à la recherche de nouveaux

types de relations pour leurs entreprises et abandonnent

les lois aveugles de la rentabilité et du profit. Des

chefs de religions se réunissent et prient ensemble

pour la paix du monde. Partout la conscience l’emporte

sur la matière, l’émotion sur la raison, la sagesse sur

le savoir technique, l’âme sur les réalités extérieures.

 

«Si vous éprouvez cela…

alors vous devez être des nôtres»

 

Si vous souffrez de pas mal de frustrations… Si vous

êtes à la recherche d’autre chose… Si vous allez voir

des films comme E.Tou “Le cercle des poètes disparus”…

Si vous prenez de la nourriture macrobiotique…

Si vous préférez la médecine douce et les méthodes

naturelles… Si vous êtes décidé à accroître votre

potentiel humain… Si vous avez suivi quelque session

s’y rapportant… Si des livres sur l’ésotérisme et l’occultisme

figurent parmi vos livres de chevet (vous

savez bien, ce sont ces élégantes couvertures noires

à caractères dorés)… Si vous vous intéressez au

.secret, à l’étrange, au mystérieux, à la science-fiction…

Si vous êtes persuadé que votre moi est traversé de

rayons et ondes cosmiques et que les étoiles ont une

influence sur votre destin… Si vous cherchez avec

sérieux, vous posant des questions fondamentales, et

que vous ne trouvez aucune réponse ni dans les

milieux religieux classiques, ni dans les sciences, ni

dans la technique… Alors votre place est parmi nous,

au New Age.

Probablement, pas mal de chrétiens «classiques» hésiteront-

ils à reconnaître exactement leur portrait dans

l’énumération ci-dessus. Mais très peu d’entre eux

pourront dire que rien en eux-mêmes n’a vibré à la

lire. Quant aux chrétiens non classiques, des milliers

s’y reconnaîtront parfaitement: c’est leur portrait. A

leurs yeux, ce n’est pas du tout le bric-à-brac d’un

“bazar” mi-oriental, mi-U.S.A. L’état de manque de

ceux de nos contemporains qui sont devenus étrangers

au christianisme est dramatique et ils font flèche

de tout bois.

 

New Age

 

New Age est difficile à définir. Il n’est pas une religion,

mais est quand même religieux; il n’est pas une philosophie,

mais quand même une vision de l’homme et

du monde, ainsi qu’une clé d’interprétation; il n’est pas

une science, mais s’appuie sur des lois «scientifiques»,

même si celles-ci sont à chercher dans les étoiles.

New Age est une nébuleuse qui contient de l’ésotérisme

et de l’occultisme, de la pensée mythique et magique

au sujet des secrets de la vie, et un brin de christianisme,

le tout mêlé à des pensées provenant de

l’astro-physique.

Le mouvement est né en Californie (le paradis de la

prospérité); il est en général relié à la parution en 1948

du livre d’Alice Ann Bailey (1880-1949): “Le retour du

Christ”. Depuis lors, ses idées se sont largement répandues

et son devenues le bien commun d’un grand

nombre d’associations, fraternités, et mouvements:

Fraternité blanche universelle, Graal, Rose-Croix, communauté

de Findhorn (Écosse), etc. Toutefois l’héritage

est déjà présent chez des millions de gens sans

qu’ils en soient bien conscients. En fait, New Age n’a

pas de fondateur, pas de siège social, pas de livres

saints, pas de leader, pas de dogmes. C’est une “spiritualité”

au sens large, une spiritualité sans Dieu ni

grâce. Mais elle épouse “l’esprit du temps”.

Il est vrai que New Age se réclame d’une série de

“patrons prestigieux”: Aldous Huxley, Carl Gustav

Jung, G. Lessing, R. Sheldrake, W. James, Rudolf

Steiner, et aussi Teilhard de Chardin et Maître

Eckhart. A tort d’ailleurs, au moins pour ce qui est des

deux derniers.

New Age connaît un succès inouï. On estime le

nombre des adeptes à plusieurs millions; librairies et

boutiques disposent de plus de 18 000 titres (les

ventes les plus fortes se font dans les kiosques de

gare et les grandes surfaces), il existe quarante à cinquante

mille points d’implantation ou bureaux de

consultation. «Dans l’évolution du monde, il s’agit d’un

bond aussi important, dit Peter Russell, que celui de

l’énergie et de la vie même, il y a trois millions et demi

d’années».

New Age est fondé sur quatre piliers.

 

Premier pilier: une substructure

scientifique

 

Le succès de New Age est dû en bonne partie à sa prétention

de s’appuyer sur des bases scientifiques.

L’homme moderne rêve depuis longtemps de réconcilier

religion et science. La meilleure religion serait

celle qui pourrait exhiber les plus solides lettres de

créance. Et New Age le peut. En effet, c’en est fini de

la physique classique telle qu’elle était de mise depuis

Newton. Celle-ci considérait l’univers comme une grande

machine dont tous les éléments s’équilibrent par

interaction et maintiennent de la sorte l’univers en

mouvement. Einstein avait déjà établi que la matière ne

consiste pas en particules, mais en ondes ou à la fois

en ondes et en particules.

N’est-il pas significatif qu’un physicien atomiste,

Fritjof Capra, soit considéré comme l’idéologue du

New Age?

Car New Age a emboîté le pas: non, l’univers n’est pas

une machine, mais un grand corps vivant unique,

soutenu non par la mécanique, mais par des rapports

qualitatifs. Tous les êtres sont parents les uns des

autres, une même famille. L’homme fait intimement

partie de ce tissu, comme un morceau d’un tout: il participe

tout simplement à la vie organique de l’ensemble.

Il ne peut pas se tenir à l’extérieur comme un

observateur neutre ou un sujet indépendant. Il doit

être de la famille.

En conséquence, l’homme n’est plus réellement libre

ni responsable de ses actes: il prend seulement part,

même si ce n’est pas son sentiment. Tout est donc un

(monisme); même Dieu est une pièce du cosmos (panthéisme).

Pas question donc de création. Puisque tout

est un, les distinctions sont toutes gommées: entre

âme et corps, Dieu et monde, intelligence et sentiment,

intérieur et dehors, zones conscientes et zones inconscientes,

entre ciel et terre.

Il est impossible de suivre New Age sur ce terrain. La

science doit garder son autonomie et ses droits, et la

tentative de New Age visant à l’annexer à son profit,

fait fort penser au bon vieux concordisme. Il est indéniable

toutefois que quelque part au tréfonds de l’homme

il y a ce rêve d’unité, de réconciliation, ou de fusion

avec Dieu et avec le cosmos. Et que ce rêve est particulièrement

séduisant à une époque de morcellement,

de distinctions à l’infini, d’émiettement. Nous aimerions

tant être apparentés à tout.

 

Deuxième pilier: les “religions”

orientales

 

Ce sont précisément les «religions» orientales qui

concrétisent le mieux ce rêve d’unité primitive et de

fusion. Ainsi, pour l’ancienne sagesse chinoise (taoïsme),

la réalité toute entière n’est qu’un organisme

vivant unique dont les forces opposées, le yin et le

yang, se maintiennent en équilibre l’une l’autre. Le yin

est féminin, obscur, passif, enveloppant, introverti, synthétique;

le yang est masculin, clair, actif, créateur,

extraverti, analytique. L’homme ne peut être heureux

qu’en réalisant en soi-même cette loi de la nature,

l’équilibre entre yin et yang; il est appelé à la paix intérieure.

New Age a une autre raison de regarder vers l’Orient:

ces religions sont bâties davantage sur l’expérience

que sur la raison et l’autorité. Leur point d’appui, c’est

le sentiment. Le christianisme, dit New Age, comme

toutes les autres grandes religions occidentales, est

une religion du Livre. Il repose sur un dogme et une

morale; et ceux-ci sont imposés de l’extérieur.

Peut-être n’est-ce pas tout à fait à tort que New Age

accuse le christianisme d’un manque d’expérience

vécue, de méfiance à l’égard de la mystique, d’incessantes

exhortations morales et d’une insistance exagérée

sur l’orthodoxie de la doctrine. Dans les dernières

années surtout, le christianisme a presque été

réduit à un système éthique. Le Credo, en tant que

doctrine de vie et source d’expérience religieuse ou

mystique, a été fort oublié. Beaucoup se sont fatigués

de ce moralisme obstiné et sont allés chercher la paix

ailleurs. Or le Christ n’a-t-il pas dit : «Venez à moi,

vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et moi je

vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous

à mon école, car je suis doux et humble de coeur,

et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui,

mon joug est aisé et mon fardeau léger» (Mt 11, 28-

30)?

Il est encore un autre motif de l’opposition de New Age

au christianisme. Celui-ci divise. Il n’a rien produit que

conflits, schismes, inquisition et guerres de religion. Il

attache trop de poids au moi, à la liberté et à la responsabilité.

L’Orient estime que ce n’est pas le “moi”

qui est ce qu’il y a de plus profond dans l’homme; plus

profond que le “moi” il y a le “soi” qui n’a pas part à

notre existence historique en ce monde. Et ce “soi”

plus profond coïncide avec “Dieu”. Dans ce cas, l’homme

ne peut pas non plus vraiment pécher. Il est sans

péché, incapable même de pécher. Toute la notion de

personne – si chère au christianisme – s’évanouit donc

ici.

C’est le “soi” profond que l’homme doit rechercher. Il

y arrive par intuition et expérience, par détachement

de tout ce qui a partie liée avec le “moi” superficiel.

Certaines techniques (comme le yoga et les mind

machines, cet appareillage moderne) et certains

maîtres peuvent l’y aider. Et si l’on n’y arrive pas en

cette vie, ce sera toujours possible par après, dans une

vie nouvelle.

Car il y a réincarnation, et plusieurs fois de suite, jusqu’à

ce que l’homme aboutisse au “vide” entièrement

endormi et bienheureux. On peut rattraper une existence

gâchée.

Ces notions peuvent paraître étranges. Mais le sont-elles

vraiment? 23% des catholiques en Occident et

même 31% des catholiques pratiquants croiraient à la

réincarnation. Et qui d’entre nous n’a pas fait un jour

un rêve du genre: «Que ne puis-je recommencer ma

vie, ?» – «Qui me délivrera de la responsabilité de tel

acte,?» – «Pourquoi tant d’interdits,?» – «Pourquoi tant

de commandements et de tabous dans le christianisme,

alors qu’on prête si peu d’attention à l’expérience, au se-timent

et à la mystique?» – «Pourquoi tout est-il écrit

d’avance dans les livres et y a-t-il si peu de place pour ce

que moi je ressens?»

 

Troisième pilier: la nouvelle psychologie

 

Les arguments tirés du registre psychologique font

toujours recette auprès de nos contemporains. Et ce

genre d’argument, New Age prétend l’avoir. En effet,

son idée que le moi conscient baigne dans l’océan

d’une conscience suprapersonnelle, a quelque chose

de commun avec ce que disait, au début de ce siècle,

C.A. Jung, le psychologue suisse réputé. Toutefois, la

pensée de ce dernier est complexe et très nuancée;

jamais il n’a voulu franchir les frontières de son domaine

scientifique. New Age a retenu certains éléments de

sa pensée, tout en les comprenant à sa façon et en simplifiant

à outrance.

Selon New Age, il existe d’après Jung, un inconscient

collectif, présent dans tous les hommes. Il est comme

le dépôt de l’expérience de l’humanité depuis ses origines:

images, représentation, expériences, modes de

pensée. Normalement, ces matériaux ne sont pas

conscients, mais on peut y avoir accès, au moins partiellement,

dans certains rêves, contes de fées et

légendes mythiques.

Toujours selon New Age, Jung penserait que l’une de

ces données au fond de notre âme serait le “soi” et que

ce dernier serait proche de Dieu, sinon peut être Dieu

lui-même. S’il en est ainsi, nous pouvons en descendant

tout au fond de nous-mêmes rencontrer Dieu: il est en

nous.

Cela peut être compris de deux manières (Jung lui-même

n’a pas tranché). La première: Dieu vit en nous,

mais distinct de nous; il est notre Créateur et Seigneur.

Ceci est parfaitement chrétien: Augustin déjà, ne le

disait-il pas? Mais New Age ne l’entend pas ainsi: Dieu

est le plus profond de nous-même. Il n’est pas distinct

de nous: nous sommes Dieu. Ceci est tout différent,

une chose inadmissible pour un chrétien.

Que tout cela ait du succès, n’est pas tellement étonnant.

Qui n’a jamais fait l’expérience d’une certaine

«présence» au plus profond de soi-même? Ne serait-ce

pas Dieu ou du moins quelque chose de Lui? Il est

des expériences exceptionnelles où la conscience

s’ouvre largement et aboutit à une plénitude, une béatitude

presque “surnaturelles”. Il existe des états de

conscience suprasensoriels, mystiques. Certains saints

en ont eu. Ils ne sont peut-être pas si exceptionnels,

mais ceux qui les éprouvent osent rarement en parler.

New Age prétend que l’on peut revivre les événements

de sa naissance, et faire par ailleurs des expériences-limites

“à l’approche de la mort”. New Age provoque

systématiquement ces phénomènes: rebirthou nouvelle

naissance (pour évacuer certains traumatismes),

“voyages aux portes de la mort” ainsi que le fameux

channellingou entrée en contact avec des choses ou

des êtres au-delà du monde visible.

Quoi qu’il en soit, il est indéniable que le monde de la

psychologie exerce un attrait inouï sur nos contemporains.

 

Quatrième pilier: l’astrologie

(«C’est inscrit dans les étoiles»)

 

Le quatrième pilier de New Age est le plus étrange, et

peut-être, justement pour ce motif, le plus séduisant:

c’est l’ésotérisme et la connaissance secrète. L’humanité

a toujours cru qu’il devait exister quelque part des

sources de connaissance dissimulées, des chemins

vers le bonheur qui ont été fermés par les dieux afin

que les hommes ne puissent pas y accéder, ces

connaissances ne sont transmises qu’à des initiés, mais

celui qui les possède a tout pouvoir.

C’est surtout la lecture dans les étoiles (astrologie et

prédictions des horoscopes qui en découlent) qui,

depuis des temps très reculés, est considérée comme

une connaissance secrète. Les aventures de notre vie

sont inscrites dans les étoiles. New Age est d’avis que

nous sommes à la veille d’événements exceptionnels.

En effet, aux environs de l’an 2000 le soleil va entrer

dans une nouvelle constellation, celle du Verseau. Du

coup, le cours de l’univers et de l’histoire va se trouver

changé. Il fut un temps où l’homme a vécu sous

l’influence de la constellation du Taureau, et ce furent

les empires et les religions de Mésopotamie; puis ce

fut la constellation du Bélier avec la religion mosaï-cojudaïque,

maintenant celle du Poisson avec la religion

chrétienne (le symbole du Christ n’est-il pas

ichtus”, le poisson?). Autour de 2000, nous entrons

dans le Verseau: ce qui amènera, un nouvel ordre

mondial, une nouvelle humanité, une nouvelle “religion”.

Peu de gens veulent admettre qu’ils “croient” aux

étoiles, mais cela ne les empêche pas de lire les horoscopes

de leur magazine de fin de semaine. L’astrologie

n’est rien d’autre qu’une croyance absolument

contraire à la science: elle part de quelque

chose de vrai pour en tirer des conclusions injustifiées.

«Il est évident que le soleil a une influence sur la

vie terrestre, mais pas nécessairement sur la vie amoureuse

des êtres humains; la lune joue un rôle dans le

cycle des marées, mais elle est incapable de donner un

conseil utile dans le choix d’un billet de loterie; la planète

Mars est rougeâtre et porte le nom d’un dieu de la

guerre qui lui a été donné par des hommes, mais ça ne

signifie pas pour autant que cette planète possède des

vertus guerrières ni qu’elle provoque des conflits…»

(A.R. Van de Walle).

 

Doctrine secrète et techniques occultes

 

Toujours, l’homme a été friand de connaissances mystérieuses

et de recettes de bonheur inconnues. Même

autour du personnage de Jésus se sont développées

des doctrines secrètes.

Au 2 e et au 3 e siècle, il y eut la gnose; gnose est une

sorte de nom générique pour toutes les collections

possibles d’écrits pour initiés, où figuraient sur Jésus

des données secrètes non relatées dans les Évangiles.

Les initiés en question se considéraient dès lors

comme à part – et au-dessus – des autres chrétiens;

ils n’étaient plus tenus de se préoccuper de règles

dogmatiques et morales; ils étaient au-dessus de la

vérité du commun, au-dessus du bien et du mal. Dans

sa première Lettre, Jean se dresse déjà énergiquement

contre cette manière de voir; il souligne que

celui qui pense être sans péché, pouvoir aimer Dieu

sans aimer son prochain, ne pas devoir tenir compte

des commandements, pouvoir disloquer Jésus –

l’Homme Dieu – en un Dieu lointain ou un simple être

humain, que celui-là se fait des illusions et qu’il ne

peut pas être un vrai disciple de Jésus. «Ils marchent

dans les ténèbres, et pas dans la lumière».

Au cours de l’histoire, cette tendance n’a jamais tout à

fait disparu. Régulièrement, elle refait surface. Son

représentant le plus connu a été Joachim de Flore

(= 1202) qui défendait l’idée de 1’avènement de l’âge

du Saint-Esprit, après celui du Père (ancienne Alliance)

et celui du Fils (nouvelle Alliance). Ensuite, il y eut les

Frères du Libre Esprit contre lesquels réagissait la

dévotion moderne de Geert Grote avec sa spiritualité

«des deux pieds sur terre». Même à Bruxelles, vivait

au 14e siècle Bloemaerdinne, une dame qui elle aussi

défendait une doctrine secrète et qui était fort écoutée

dans la ville; Runsbroec ne l’appréciait guère.

Aujourd’hui, nous retrouvons un exemple semblable

de doctrine secrète et de techniques occultes dans le

livre «Le retour du Christ» d’Alice Bailey. Le Christ

historique n’a aucune importance. Le Christ est une

idée (un ensemble de vibrations) qui peut s’incarner

dans diverses apparitions: Bouddha, Hermès, Zarathoustra,

Jésus, Mani, etc. Bientôt, il va se réincarner

à nouveau, pour manifester aux hommes comment ils

peuvent se sauver eux-mêmes. L’auteur indique entre

temps toute une série de méthodes d’initiation et de

méditation pour aboutir à cette auto-rédemption. Elle

croit tout particulièrement à la force d’une Journée

Générale de Supplication, où tous les adeptes s’unissent

dans la prière au même moment et où ils pourront,

grâce à une concentration collective extrême,

infléchir le cours du monde.

 

Le coeur inquiet de l’homme moderne

 

Il doit régner une grande souffrance, une énorme

inquiétude, dans le coeur de nos contemporains, pour

qu’ils cherchent leur salut dans cette mixture. Mais

ils le font, et par millions. L’offre peut paraître inconsistante,

et l’observateur impartial se trouver mal

à l’aise; l’offre existe et on se précipite sur elle avec

avidité.

Quelle est donc la faim qui fait rêver de tels menus? Il

est clair que tout ce que propose New Age, est à l’image

de l’homme moderne: en négatif, ce dernier peut y

contempler son propre portrait comme dans un miroir.

Comme Narcisse qui regarde dans l’eau l’homme voit

son propre visage réfléchi dans les nouvelles religions.

Au milieu d’un âge technologique, l’homme reste “animal

métaphysique” et plus que jamais il aspire à un

cadre global de référence à l’intérieur duquel il puisse

mettre de l’ordre dans ses idées et émotions.

L’homme d’aujourd’hui tient à l’unité sans divisions: il

rêve d’un monde sans conflits, de réconciliation et de

fraternité universelles, de cette paix messianique dont

parlait déjà Isaïe: «La vache et l’ours paissent ensemble,

et l’enfant peut jouer sur le nid de la vipère (cf. Is 11,

6s.). Tout doit pouvoir vivre en harmonie: corps et

âme, passé, présent et futur, raison et émotion, moi et

toi, Dieu et l’homme. L’homme moderne veut une vie

sans difficulté ni résistance, sans stress, sans maladie

et sans manque d’argent une vie d’où tout contre-temps

ou obstacle soit écarté, une existence euphorique.

Il aime ce «sentiment cosmique» qui le trans-porterait,

comme dans le char du soleil, sur les ondes

d’une énergie mystérieuse.

New Age prône une pensée et un agir fortement axés

sur le bien-être du moi, fort égocentriques. «Je suis

cocréateur avec Dieu» – «Le Christ, c’est moi» – «Le bonheur

du monde est entre mes mains: il est à ma portée».

Le moi gonflé, hypertrophié, est sans conteste l’une

des toutes premières caractéristiques de la pensée et

de l’agir actuels. Le règne des yuppies est encore tout

frais dans les mémoires.

 

Syncrétisme: manger à tous les râteliers

 

Le syncrétisme va de soi: on mange mieux en piquant

quelque chose à tous les râteliers, à la carte.

Qu’importe ce que vous croyez, pourvu que vous

vous en portiez bien. Vous pouvez d’ailleurs en toute

quiétude appartenir à plusieurs religions: il n’y a là

rien de contradictoire. New Age pratique l’hospitalité

envers toute les religions: il est une sorte de super-

religion qui plane loin au-dessus de tout dogme, autorité,

clergé et livres saints. C’est le triomphe de “l’oecuménisme”.

«Qu’est-ce d’ailleurs que la vérité? Ce qui

est bon pour vous, c’est cela la vérité!». Le principe est

dés lors: «Servez-vous tranquillement au comptoir où

vous trouvez ce que vous cherchez».

Le sentiment l’emporte sur la raison et la mystique sur

la morale. New Age est une affaire d’expérience. Il

révèle une logique du coeur, une pensée «dans un rocking

chair», une morale de la félicité «dans un bain-mousse».

Rien n’est vraiment bon ou mauvais, et on

peut réparer tout faux pas éventuel au cours d’une nouvelle

existence. Ou plutôt il est réparé automatiquement

à la prochaine réincarnation. On n’a que trop

longtemps raisonné; le temps est venu du sentiment,

de l’amour et de l’action: «Aime et fais ce que ton coeur

t’inspire». Toute la crispation éthique de la religion

chrétienne a eu pour seuls résultats la fatigue et les

pièges d’un sentiment de culpabilité exacerbé, avec

son arrière-goût de découragement et d’impuissance.

L’âge de la loi doit donc cesser, la parole est à l’amour

et à la joie.

Le règne de la conscience commence, le temps de laisser

s’exprimer toutes nos potentialités. Nous pouvons

tout, grâce à la collaboration intense de toutes les

consciences: elles sont le levier qui fait basculer le

monde.

New Age emploie un vocabulaire qui lui est tout à fait

propre: d’harmonie et de paix (unité, amour, lumière,

paix, quiétude), d’énergie (ondes, vibrations, rayonnement),

d’individuation (réalisation de soi, prise de

conscience, créativité, ici et maintenant), de surprise

(re-naissance, mutation, bond, émergence, apocalypse).

Un vocabulaire “soft”, énergique et plein d’espoir

en même temps. Tout à l’image d’ailleurs de l’homme

d’aujourd’hui lui-même.

 

Un défi pour les chrétiens

 

New Age constitue un grand défi pour le christianisme.

Non seulement parce qu’il se propage avec tant de

vigueur, mais surtout parce qu’il s’en prend expressément

au christianisme, encore qu’il annexe des pans

entiers de l’héritage chrétien, à commencer par la

Bible. De plus, New Age s’érige en religion nouvelle,

planétaire, universelle, la religion qui succède à toutes

les religions précédentes et les mène à leur perfection;

New Age s’y entend à merveille pour caresser les rêves

de l’homme moderne.

Cela dit, New Age propose aussi de bonnes choses:

sens de la fraternité universelle, de la paix et de l’harmonie,

conscientisation, engagement pour rendre le

monde meilleur, mobilisation générale des forces pour

le bien, etc. Les techniques prônées ne sont pas toutes

mauvaises non plus: yoga et relaxation peuvent avoir

bien des effets bénéfiques.

 

Est vraiment bon,

seulement ce qui est vrai

 

Une distinction s’impose: tout ce qui fait du bien n’est

pas forcément sain et tout ce qui est agréable n’est

pas forcément vrai. C’est là que réside le problème,

également pour les chrétiens: eux non plus n’aiment

pas tracer des frontières pour distinguer et, au

besoin, pour séparer. Ils préféreraient que tout le

monde puisse avoir raison quelque part. Si quelqu’un

souligne le caractère nécessaire et unique de la foi

chrétienne, aussitôt il est taxé d’esprit de suffisance,

d’orgueil, de manque de sens oecuménique. Car il y a

du bon et du vrai partout: on peut donc hardiment

panacher. Malheureusement, cela n’est pas exact:

l’addition de demi-vérités ne mène qu’à une autre

demi-vérité.

Autre réflexion qu’on entend souvent: «Qu’importe la

vérité théorique, si elle donne de bons résultats dans la

pratique! Au reste, c’est quoi la vérité? On reconnaît

l’arbre à ses fruits; considérez les fruits: s’ils sont bons,

l’arbre l’est aussi».

Rien n’est moins vrai. Nulle part, n’est écrit qu’une foi

déviante ne puisse jamais porter quelque bon fruit.

Origène pouvait être un saint homme, mais sur certains

points de doctrine, il ne fut pas orthodoxe. La perversion

de la vérité est assurément la plus grande

faute. Elle peut être à l’origine de graves aberrations

morales. Pour Paul, la chose est claire: «Ils ont échangé

la vérité de Dieu contre le mensonge, adoré et servi la

créature de préférence au Créateur, qui est béni éternellement!

Amen. Aussi Dieu les a-t-il livrés à des passions

avilissantes» (Rm 1, 25 s). Il est donc nécessaire de

déterminer avec soin le contenu exact de la foi chrétienne

et ce qui s’en écarte. Il n'y a pas équivalence: il

faut choisir.

 

Un Dieu qui crée librement,

un homme libre

 

Dieu ne coïncide pas avec le monde: Il n’est pas son

âme immanente (panthéisme). Le monde n’est pas non

plus sorti de Dieu par émanation, sans libre volonté de

sa part ; non, Dieu a créé le monde librement, par

amour.

Il est tout aussi faux de dire que Dieu coïncide avec

l’homme. Il habite en lui certes, mais cela n’empêche

pas qu’il reste aussi le vis-à-vis de l’homme, comme son

Créateur, Seigneur et Sauveur. Entre Dieu et l’homme,

il y a une relation d’altérité. Dieu est autre; Dieu se

tient vis-à-vis de l’homme comme un je et un tu, libres,

partenaires en amour, sans fusion ni confusion.

L’amour ne produit d’ailleurs jamais de fusion: il fonde

même l’altérité. Or, c’est une des thèses fondamentales

de New Age que tout est dans tout, que Dieu coïncide

avec l’homme et que, soit le monde entier est divin,

soit Dieu s’identifie avec le cosmos. Ce même principe

on le retrouve sous l’une ou l’autre forme dans la plupart

des religions orientales. Il est inconciliable avec la

foi chrétienne.

 

La prière

 

La prière n’est jamais une coïncidence avec le moi le

plus profond. La prière suppose dualité: c’est se situer

librement dans l’altérité, en adoration, action de

grâces, supplication, foi et obéissance. La prière chré-

tienne, ce n’est pas de l’introspection, c’est entrer humblement

dans la volonté de l’Autre: «Père… que ce ne

soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse» (Lc 22,

42). C’est pourquoi une expression du genre «Dieu est

mon moi le plus profond» est très imprécise. Dieu habite

en moi, il est vrai, mais Il demeure l’Autre: je suis

plutôt habité par Lui.

D’ailleurs la prière chrétienne est toujours christologique.

Elle épouse la structure même de la foi chrétienne.

L’Écriture nous montre le chemin en la matière.

La prière chrétienne n’est pas une parole, elle est

tout au plus une réponse: la parole de Dieu précède,

sinon nous ne saurions même pas ce qu’il nous faut

dire ou demander. Le livre des Psaumes nous apprend

à voir tous les bienfaits de Dieu dans la création et la

rédemption. Le Nouveau Testament nous révèle comment

l’Esprit nous introduit au mystère du Christ.

Dans l’Esprit, nous sommes introduits dans la compréhension

des paroles et des gestes du Christ. La

structure de la prière chrétienne est en plus trinitaire:

adressée au Père, par le Fils, dans l’Esprit Saint. Enfin,

elle est aussi ecclésiale: nous prions dans l’Église et

avec elle, qu’il s’agisse de liturgie officielle ou de prière

“dans le secret de notre chambre”.

 

La grâce gratuite et indispensable

 

Selon New Age, l’homme est bon: de lui-même il est

porté à ce qui est bien. A vrai dire, il n’est pas libre et

il n’y a pas à proprement parler de bien ou de mal.

L’homme se suffit à lui-même; il est self-supporting; il

n’a pas besoin de révélation, ni de rédemption, ni d’aucune

aide extérieure.

Le christianisme parle un autre langage. L’homme est

foncièrement bon, oui, mais blessé. De lui-même, il

n’est pas en mesure de vouloir ni de faire le bien. Il a

besoin de rédemption. Sans la grâce, il ne peut rien.

«C’est Dieu qui opère en vous à la fois le vouloir et l’opération

même» (Phil 2, 13).

L’homme n’est ni sans péché, ni incapable de pécher.

Il est libre, mais ne peut rien sans la grâce. Il existe

donc bien une morale, et des commandements sont

nécessaires pour éclairer l’homme afin qu’il puisse

trouver le chemin vers la vie. L’homme n’est pas au

dessus de la loi. Pour cela, il lui manque et la lumière

et la force.

Aucune recette ésotérique de salut, aucun faisceau de

concentration psychique, aucun effort communautaire

de millions de consciences, ne peuvent sauver l’homme.

Notre seule voie de salut, c’est notre foi au Christ,

qui est venu et qui est entré dans notre histoire «pour

nous et pour notre salut».

De nos jours, la doctrine de la grâce est sans doute

le chapitre le plus négligé de la théologie et de la vie

pratique des chrétiens; que l’homme ne puisse pas se

sauver lui-même, ne fût-ce que partiellement, mais

qu’il est entièrement porté par la grâce gratuite de

Dieu, c’est là une pierre d’achoppement pour beaucoup.

On ne parvient pas à comprendre que la grâce

ne supprime pas la liberté et l’autonomie de l’homme,

mais que bien au contraire elle en est le fondement. Le

rêve d’un homme se suffisant à lui-même est apparemment

impossible à extirper. Or accepter l’idée de notre

dépendance vis-à-vis de Dieu, c’est cela précisément

croire.

 

Jésus Christ, fils des hommes,

Fils de Dieu

 

D’après New Age, Le Christ ne serait pas une figure

historique. Il est une idée. Le Christ-idée est un esprit

ou une âme qui pénètre tout et qui s’est manifesté,

chaque fois différemment, dans de grands personnages

comme Bouddha, Zarathoustra et d’autres. L’une

de ces manifestations (avatars) a été Jésus de

Nazareth.

Voilà la principale différence entre la foi chrétienne et

New Age. La foi chrétienne peut être exprimée en une

seule phrase: Dieu est entré dans l’histoire en Jésus-Christ,

son propre Fils, qui est à la fois Dieu et homme.

Jésus-Christ est un être humain historique, particulier,

né de Marie à Bethléem et sous l’empereur Auguste,

alors que Quirinius était gouverneur de Syrie et procédait

à un recensement (cf. Lc 2). Il est mort sous

Ponce Pilate, un peu en dehors de la ville de Jérusalem

lors d’une fête de Pâque des Juifs. Cet homme était le

Fils de Dieu et il s’est relevé d’entre les morts.

Il y a ici assurément un point de désaccord insurmontable

entre la foi chrétienne et tout le courant

New Age. Le voici: «Le Verbe de Dieu est devenu homme

et Il a habité parmi nous» (Jn 1, 14). Tout au long

de l’histoire, ce fut d’ailleurs toujours là une pierre

d’achoppement pour certains “spirituels”: que Dieu

soit à l’oeuvre dans un homme qui fait de la boue avec

sa salive et en frotte les yeux d’un aveugle pour le

guérir! Ainsi Dieu nous vient en aide de manière terrestre

et matérielle! Toutes les formes de gnose et

tous les mouvements spirituels aux confins du christianisme

ont toujours tenté de rendre Dieu plus crédible

en le préservant de la poussière de la terre. Le

corps du Christ n’était qu’apparence, sa souffrance

illusion optique. Car Dieu ne peut pas souffrir. Ou

bien le Christ n’était qu’un simple être humain.

L’appeler fils de Dieu était une simple façon de parler.

De la sorte, la foi chrétienne devenait acceptable,

plausible: le tranchant en était émoussé. Mais ce faisant,

il ne s’agissait plus de foi chrétienne. Bien de

gnose ou de New Age.

 

Pas de place pour la souffrance ni la mort

 

Il va de soi qu’il n’y a pas de place dans New Age pour

la souffrance: souffrir est absurde et stérile. «En face

de la souffrance et de la mort, je me cramponne, dit

l’adepte de New Age, à une spiritualité du sensible et de

la vie.»

Il est encore plus invraisemblable que le Christ ait

sauvé le monde précisément par la souffrance de la

croix. La rédemption vient de techniques salvatrices

d’élargissement de la conscience, de renaissance, de

voyages aux portes de la mort, par toutes sortes d’artifices

qui aident à se relaxer et à rendre opérationnel

ou à accroître son potentiel énergétique.

Oui, le chrétien lui aussi lutte contre la souffrance;

mais quand elle est là, il ne la passe pas sous silence ou

ne la déclare pas insensée. La souffrance portée en

union avec la croix du Christ, est salvatrice. La souffrance

– en soi, un phénomène assez absurde et incompréhensible

– et la croix – un instrument de supplice –

sont choisies par la sagesse de Dieu comme les

moyens pour révéler son amour aux hommes. Paul a

raison de dire que personne n’aurait pu avoir pareille

idée: «Aucun des princes de ce monde n’a connu cette

sagesse de Dieu – s’ils l’avaient connue, ils n’auraient

pas crucifié le Seigneur de la Gloire – mais, comme il est

écrit, nous annonçons ce que l’oeil n’a pas vu, ce que

l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au coeur

de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui

l’aiment» (1 Co 2, 8 s.).

Pour le chrétien, la mort n’est pas l’accès à une nouvelle

réincarnation, suivie d’autres jusqu’à ce que

l’homme arrive au bienheureux nirvana. La mort est

un événement unique: le passage unique pour la vie

définitive. Elle est préparée par la vie sur terre où

chaque acte libre de l’homme a valeur d’éternité.

L’homme ne tourne donc pas en rond, insouciant

d’ailleurs, sur le radeau de la Méduse ou en route pour

quelque Cythére. Il est un timonier responsable qui

doit gouverner son embarcation vers le port où Dieu

l’attend.

 

Croire est un acte libre

 

Il est vrai que croire a quelque chose à voir avec une

expérience. Que c’est aussi un phénomène intérieur

appartenant en partie au domaine de la psychologie

religieuse. Cependant, la foi est et reste avant tout un

choix libre – encore que fait sous l’action de la grâce

de Dieu – et un abandon libre à un Dieu qui se révèle.

Croire, ce n’est pas un simple acquiescement à son moi

le plus profond. La foi suppose toujours une transcendance

qui dépasse l’homme, ce qui est devant lui, au-dessus

et en dehors de lui. Croire c’est recevoir I’Autre

et se donner librement à Lui.

Pour New Age, croire est seulement une forme d’expérience

de soi. En ce sens, quels que soient les horizons

qui s’ouvrent devant lui, l’homme reste là à se

heurter à la paroi de verre de son propre moi, comme

un oiseau aux barreaux de sa cage. Même une dilatation

extrême du moi n’échappe pas à cette prison.

 

Le Christ ou le Verseau?

 

La réponse chrétienne à New Age et aux nouvelles

«religions» est contenue tout entière dans la fête de

Noël: c’est le Fils de Dieu, né de la Vierge Marie «pour

nous sauver».

C’est qu’il y en a de la peine dans le coeur de nos

contemporains. Et qui a mal essaie tous les médecins.

Cela explique l’abondance de l’offre actuelle en matière

de connaissances secrètes et de recettes de bonheur

pour échapper à la souffrance. Et la proximité de l’an

2000 fait encore monter la fièvre.

 

«Et ceci vous servira de signe…»

(Lc 2, 12)

 

Les gens d’aujourd’hui sont à la recherche de signes.

Ils regardent les étoiles. Noël donne un signe à l’humanité.

Mais ce n’est pas l’étoile des mages. Celle-ci

montre seulement de loin, elle cède la place quand

parait le signe véritable. Celui-ci n’était pas destiné aux

sages, mais aux bergers: «Et ceci vous servira de signe:

vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et

couché dans une crèche. Ils vinrent donc en hâte et trouvèrent

Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la

crèche» (Lc 2 12.16).

Le signe n’est pas un signe abstrait dans le ciel, mais

un homme concret et historique: Jésus, né de Marie à

Bethléem. C’est ainsi que sont les signes chrétiens: ils

sont incarnés, de simples événements historiques dissimulés

dans les plis de la vie de tous les jours. Jésus –

le signe – n’est pas une position favorable des étoiles

au firmament, il est un petit enfant qui pleure dans une

crèche.

Dieu est tellement grand qu’Il peut se faire petit, si universel

qu’Il est capable de devenir particulier, si fort

qu’Il peut se pencher sur l’histoire des hommes et y

entrer. New Age rêve de l’apparition prochaine du

Maître – la Maitreia” – haut dans le ciel, que tous

pourront voir, écrasante. Dieu n’est pas ainsi.

 

Dieu devient homme:

la vraie mystique d’union

 

New Age rêve d’une mystique d’union: tout est un et

tout est en relation avec tout. Il en est de même pour

Dieu et pour l’homme. Mais de telle manière qu’il n’y

ait plus de distinction.

Noël est la fête de l’union entre Dieu et l’homme. Dieu

devient homme afin que l’homme soit divinisé. C’est

cela précisément l’incarnation. L’enfant dans la crèche

est à la fois le Fils même de Dieu et le fils de Marie: il

est adoré bien qu’enveloppé de langes.

Mais jamais il n’y a fusion entre l’homme et Dieu: ils

restent distincts comme un je et un tu. Dieu et l’homme

restent des personnes distinctes. Sinon, comment

pourraient-ils s’aimer? Deux ingrédients chimiques

mêlés dans un alliage ne s’aiment pas: ils sont simplement

fusionnés. Seules des personnes autonomes et

libres peuvent s’aimer. Le rêve d’unité de New Age

relève plutôt du règne minéral, non de l’univers de

l’homme, moins encore de celui de Dieu.

 

Christ, énergie cosmique?

 

Les chrétiens qui ont des faiblesses vis-à-vis de New

Age, en appellent parfois à Teilhard de Chardin. Il

voyait en effet dans le Christ le coeur qui met en mouvement

la réalité matérielle tout entière. Grâce à

l’énergie de son incarnation, l’univers se retrouve

dans une sorte de champ magnétique de Dieu. En

Jésus, Dieu à voulu se faire le “coeur” de la matière

pour l’élever à un statut divin. Seulement, la pensée

de Teilhard reste résolument dans une logique

d’incarnation: le Christ demeure un personnage

particulier et historique, il ne devient pas l’âme uni-

verselle du monde. Centre du cosmos, il attire à soi

toute la réalité matérielle à la manière d’un aimant.

Mais cet aimant reste situé à Bethléem et au Calvaire.

Jésus garde ses plaies. Noël et Pâques ne sont jamais

dépassés. L’énergie continue à venir de la crèche et de

la croix.

 

Espérance

 

La quête fiévreuse de beaucoup de nos contemporains

à la recherche de sources d’encouragement et de joie

participe de près au brouillard de mélancolie qui enveloppe

notre époque. Nous sommes tristes, mais avec le

sourire.

Est-ce de la lassitude, de la désillusion, parce que notre

terre connaît si peu de bonheur malgré une telle abondance

de possibilités et de moyens? Cherche-t-on à

s’immuniser contre les souffrances et l’échec de l’histoire

humaine en se réfugiant dans des «conformités

aux lois cosmiques» qui pourraient nous rendre automatiquement

heureux? Si du moins nous parvenons à

découvrir la clef de leur secret. Il faut en effet pouvoir

cueillir le bonheur dans les étoiles.

Noël nous apprend qu’il n’existe pas de raccourcis

secrets vers le bonheur, qui puissent nous épargner

l’effort de chaque jour. Dieu lui-même ne connaissait

pas de sentier dérobé pour nous sauver. Il est devenu

homme et a mené une existence toute pareille à la

nôtre, avec toutes les joies et les peines qu’une vie

d’homme comporte normalement. Jésus a parcouru,

sans la raccourcir, jusqu’à la fin, une existence humaine

normale – et quelle fin!

Mais Noël, c’est aussi une espérance: «Aujourd’hui

vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans

la cité de David» (Lc 2, 11).

 

Sauvés par un Autre…

 

New Age donne une place tout à fait centrale au “soi”

de l’homme. «C’est vous-même qui vous sauvez, alors

même que vous vous servez pour ce faire des forces cosmiques»,

dit-il.

Malgré la compagnie de toutes les constellations, de

toutes les religions et de tous les gourous de l’Orient,

de toutes les recettes de bonheur, d’un éventail infini

de techniques psychologiques et concepts plus ou

moins scientifiques, New Age nous laisse absolument

seuls. Nous n’avons qu’à nous débrouiller nous-mêmes:

à être notre propre sauveur.

Ainsi, après de longues pérégrinations pour y échapper,

l’homme du New Age revient précisément à son

point de départ: l’obsession des performances personnelles

qu’il a en horreur. De nouveau, il a à se sauver

lui-même.

La bonne nouvelle de Noël est différente: nous

sommes sauvés pour rien par Celui «qui pour nous les

hommes, et pour notre salut, descendit du ciel» (Credo).

Un Autre est venu nous sauver.

«Venez, adorons…»

 

Sainte fête de Noël 1990.

 

GODFRIED, cardinal DANNEELS,

Archevêque de Malines-Bruxelles.

 

LA DOCUMENTATION CATHOLIQUE  3 FÉVRIER 1991 N° 2021